Le Moyen-Orient connaît une tragédie humaine et politique. Violences, destructions, terrorisme, dictature, corruption, réfugiés, souffrances humaines... traduisent une situation à bien des égards apocalyptique mais qui ne peut en aucune manière constituer un inéluctable destin. Ce Moyen- Orient tend aujourd'hui à se confondre avec le monde musulman.
Ces sombres perspectives conjuguent des éléments de crise qui s'inscrivent dans la longue durée provoquant un engrenage de violence dont les solutions d'avenir peinent à émerger.
1 - Une crise d'une ampleur considérable
Sans établir de hiérarchie dans l'énumération des éléments de crise, les dimensions internes et internationales s'imbriquent tout en faisant du Moyen-Orient un champ privilégié des relations internationales de 1945 à 1989.
1 - 1 Une crise de longue durée
La décolonisation n'a pas été suivie par un processus de construction de l'État et de structures de pouvoirs dans ces différents pays. De plus, on note dans la plupart d'entre eux une inadéquation entre l'État territorial et les réalités des espaces post-impériaux ou post-coloniaux. Le refus de prendre en compte les pluralités ethniques, confessionnelles, les affiliations, les allégeances transfrontalières ont alimenté des tensions.
Pour y faire face, des régimes autoritaires stabilisateurs se sont mis en place depuis le début du XXe siècle. Ces formules ne sont nullement la conséquence d'une culture moyen-orientale mais bel et bien le fruit de la modernité. Ils survivent grâce à de puissants appareils sécuritaires destinés à juguler les insurrections locales.
Le Moyen-Orient est également orphelin de cette pensée de la modernité qui n'a pas tenu ses promesses. Pendant plusieurs décennies, il y a eu des mobilisations considérables autour de formules politiques universelles : occidentalisme, panarabisme, socialisme arabe, anticolonialisme, qui ont progressivement sombré même si les acquis ne sont guère négligeables.
Enfin pour faire main basse sur les richesses régionales, les puissances capitalistes ont apporté à ces États autoritaires un soutien militaire, financier, sécuritaire et symbolique gage de durabilité contribuant à fossiliser des situations et à affaiblir ces États. Les guerres successives et les violences massives, ont accéléré ce processus. Leurs récurrences : Afghanistan, Iran/Irak, Liban, guerre du Golfe ou Palestine... ont assommé ces sociétés.
1 - 2 Un baromètre du changement des relations internationales
Le Moyen-Orient est un baromètre des changements mondiaux. Il y a 25 ans, l'URSS agonisante était absente de la région tandis que les États-Unis sortaient triomphants de la guerre du Golfe. Or aujourd'hui, la Russie joue un rôle majeur tandis que les États-Unis sont sur la défensive. Les codes qui réglaient les relations durant la guerre Froide ont disparu alors que les voies vers une résolution des conflits n'apparaissent guère.
Depuis 1945, le Moyen-Orient est un champ privilégié des relations internationales. Sa force d'attractivité s'explique par la réunion de plusieurs facteurs qui attirent la puissance. On distingue:
Un effet de proximité géographique de toutes les grandes puissances
Il condense dans un espace réduit une grande diversité de peuples, de religions, de cultures en situation de cohabitation et de rivalité entre ottomans, persans et arabes.
Il dispose de ressources pétrolières considérables
Il attire les convoitises en raison de la décomposition concomitante des empires russe, ottoman, perses ou coloniaux
Il faut ajouter le conflit israélo-palestinien qui constitue également pour toute la période un facteur d'attractivité pour les puissances.
Or tout cet ordre est en voie de dissolution. Le Moyen-Orient n'a plus le même effet attractif et cette configuration n'est pas toujours facile à intégrer.
D'abord, la fin de la Guerre Froide et l'émergence d'un monde post-bipolaire ont contribué à l'autonomisation d'États. De ce fait, on assiste à une atomisation du jeu moyen-oriental dans lequel la puissance peine à s'exercer.
De plus, depuis la fin de la bipolarité, la substance des conflits a changé. Ils n'opposent plus tendantiellement des États entre eux mais le choc s'opère entre des États et des lambeaux de sociétés. L'intermédiation sociale est plus forte que la confrontation militaire et cela neutralise le jeu de puissance. La nature profondément sociale des nouveaux conflits leur confère un caractère de rhizomes. La menace est mobile, elle apparaît là où on ne l'attend pas donnant à ces crises une grande fluidité.
1 - 3 - De nouvelles voies dans le chaos
La solidité apparente du monde arabe a vite volé en éclat dans les années 1990. L'épuisement du panarabisme après la reconnaissance d'Israël par l'Égypte, les transformations des régimes baathistes en pouvoirs coercitifs, l'intégration du Moyen-Orient au système monde ont peu à peu confronté cet ordre traditionnel à des défis fondamentaux.
Le Moyen-Orient évolue alors dans un système d'incertitudes qui instaure la tyrannie au quotidien et dans lequel on peut dire que le néolibéralisme et l'islamisme ont laminé la pensée progressiste de gauche.
La nouvelle orthodoxie économique néolibérale a réduit les prestations sociales et détruit les services publics (santé, éducation...) ainsi que toutes formes de solidarité. Une part considérable de la population est exclue et vit dans la misère. Les infrastructures tombent en ruine. Ce système provoque aussi des dégâts environnementaux. Ces économies sont également fragilisées par les crises systémiques qui affectent les puissances capitalistes. Même les pays du Golfe ont subi la crise de 2008 avec les fluctuations des prix du pétrole.
L'islamisme est un phénomène ancien qui émerge au début du XXe siècle notamment avec les Frères Musulmans. Longtemps réprimé par ces régimes autoritaires en dépit d'une collusion croissante, il bénéficie du soutien des États-Unis et des théocraties du Golfe dans la lutte antisoviétique notamment en Afghanistan leur permettant de remporter une première victoire et de voir émerger des générations toujours plus radicales.
L’islamisme est une syntaxe politique dominante (cela ne veut pas dire majoritaire) qui divise profondément ces sociétés. Il diffuse un modèle marqué par la obscurantisme totalitaire et un nihilisme eschatologique. Sur les bases du chaos, il a gagné une large adhésion et a suscité des formes d’engagement.
1 - 4 Le conflit israélo-palestinien : centre de gravité de la conflictualité
Le conflit israélo-arabe a été structurant pour le Moyen-Orient des années 1950 à la fin de 1970 mobilisant les États et les opinions publiques arabes. Ils se sont indignés des nettoyages ethniques, des exodes, des destructions de villages, des massacres, des confiscations de terres et de la colonisation ininterrompue. Ces mouvements n'ont pas empêché Israël de briser le processus de paix, de poursuivre son expansionnisme colonial et de devenir une puissance d'occupation au diapason d'une opinion publique radicalisée.
Avec le soutien des États-Unis et des puissances occidentales européennes, cet État s'est consolidé culturellement, est devenu une puissance économique globale, s'est doté d'une bureaucratie, d'une armée redoutable et s'est renforcé diplomatiquement à l'exception de son environnement régional.
Avec le retour de la droite et de l’extrême droite au pouvoir une radicalisation brutale a amplifié le caractère religieux et identitaire du projet sioniste. Les lois discriminatoires à l'égard des non-juifs se sont multipliées. Elles aboutissent au texte raciste et ultranationaliste de 2017 qui proclame qu'Israël est l'État nation du peuple juif.
Sur le court terme, la situation géopolitique est favorable à Israël. L'épicentre de la conflictualité s'est déplacé dans le Golfe opposant l'Iran à l'Arabie Saoudite marginalisant de fait la question palestinienne. Cela favorise la colonisation d'autant que l'Autorité Palestinienne soumise à la domination de la puissance occupante est durablement affaiblie.
Pour autant, Israël est confronté à une crise profonde. L'annexion progressive de la Cisjordanie et l'abandon du projet de deux États au profit d'un seul selon un système d'apartheid suscitent des divisions et des réticences dans toutes les communautés juives. L'impossibilité de bâtir une paix durable, l'isolement international et l'extrême hétérogénéité sociale ne trouveront pas de résolution sans règlement de la question palestinienne.
La conjonction de ces différents éléments a provoqué une véritable implosion du Moyen-Orient.
2 - Mouvements populaires et engrenage de violences
Les printemps arabes de 2011 font apparemment figure de parenthèse dans un mouvement de retour de l'autoritarisme et de généralisation de guerres tragiques. Ces mouvements dessinent progressivement un nouvel ordre arabe dans le bruit et la fureur.
2 - 1 Les printemps arabes et le retour de l'autoritarisme
L'espoir a eu son heure, loin des fractures entre chiites/sunnites, entre l'Iran/Arabie Saoudite. Les mouvements révolutionnaires de 2011 ont révélé la vitalité et les attentes des sociétés arabes. Cette gestation d'en bas était celle des ouvriers et des étudiants. Les contestations ont éclaté partout en Iran, Tunisie, Égypte, Syrie, Bahreïn, Yémen, Libye... et les nouveaux médias ont permis à la contestion de se répandre rapidement.
Ces soulèvements ne sont pas venus de nulle part. Ils sont l'aboutissement des changements structurels, de la stagnation économique et du manque de liberté. Les sociétés ne tolèrent plus l'impéritie de ces États incapables de fournir le minimum de services publics. Ces sociétés n'acceptent plus l'autoritarisme avec la corruption, la torture, les tensions interconfessionnelles, la collusion entre le pouvoir et les islamistes, l'arbitraire policier... Partout on réclame des réformes démocratiques.
Ces révoltes ont aussi été révélatrices de la force des États. Certains se sont adaptés, d'autres ont échappé de justesse à la tourmente alors que d'autres se sont effondrés comme les dictatures de Moubarak et de Ben Ali.
La Tunisie fait aujourd'hui exception dans le sombre tableau du Moyen-Orient. En dépit de la désaffection de l'électorat aux derniers scrutins, le pays continue à poursuivre une trajectoire dans un espace politique pluriel, connaît des mouvements sociaux dynamiques et une réelle activité intellectuelle créative. Certes tout n'est pas au beau fixe. Les anciens partisans de Ben Ali ou les islamistes d'En Nahdha font craindre le retour d'un ordre autoritaire et ultraconservateur. La question sociale que la crise économique ne permet pas d'endiguer nourrit un climat de violence que les élections présidentielles et législatives de 2019 risquent d'attiser. À la différence de ses voisins, la Tunisie n'est pas entrée dans un cycle de fragmentation, de violence et de répression que l'on observe ailleurs.
Ces mouvements ont suscité aussi de nouvelles peurs chez les dirigeants arabes marquants un brusque retour de l'autoritarisme.
Cinq ans après le coup d’État d'Al-Sissi, l'Égypte fait l'objet d'une violence chronique des djihadistes qui ne sont plus contenus dans le Sinaï. La violence de la répression des opposants, la remise en cause des libertés ont suspendu le temps politique. Pourtant le pays gronde mais a peur comme le pouvoir qui se défie de plus en plus de sa société.
En Turquie, le pouvoir isalmo-conservateur de RT Erdogan s’inscrit dans cette matrice des régimes autoritaires. Ce phénomène s'est accentué depuis 2012 avec la guerre en Syrie et le mouvement de Gezi. Depuis, les purges succèdent aux purges qui s'accélèrent depuis la tentative avortée du coup d’État de 2016. Journalistes, intellectuels, démocrates turcs et kurdes, élus, hantent désormais les prisons dans des conditions particulièrement abominables. Les modifications constitutionnelles acquises il y a un an établissant un régime hyper présidentiel accentuent la dictature. À l’intérieur, on assiste à une paramilitarisation croissante de l'appareil d'État tandis qu'à l'extérieur il apporte son soutien aux djihadistes syriens qui ont entrepris le nettoyage ethnique des zones kurdes. Ce régime va continuer à distiller sa haine et durcir sa politique de répression contre les Kurdes.
Mais ne nous y trompons pas, ce régime de guerre et de terreur plonge la Turquie au bord du gouffre économique et n'est soutenu que par la moitié de la population. Les démocrates turcs et les Kurdes n'ont pas dit leur dernier mot. Le dernier scrutin, même s'il a permis l'élection de R.T. Erdogan, a marqué un net recul de l'AKP qui ne dispose d'une majorité qu'avec l'extrême droite.
R.T. Erdogan a échoué dans sa tentative d'éliminer le HDP, seule force progressiste et pacifiste, qui dépasse à nouveau les 10% et peut compter sur un groupe parlementaire qui constituera un point d'appui dans les luttes courageuses qui se développent. Comme le souligne H. Bozarslan, "l'erdoganisme est un des exemples les plus radicaux des anti-démocraties du XXIe siècle".
2 - 2 Guerres tragiques et nouvel ordre arabe
Après les printemps arabes, la situation dégénère. L'accablement prévaut devant des guerres qui délitent l'Irak, la Syrie et menacent toute la région.
On ne dira jamais assez combien l'intervention américaine en Irak a eu des effets profondément déstabilisateurs sur l'ensemble de la région. La relégation et l’absence d’intégration des sunnites sous le gouvernement d'Al-Maliki ont contribué à l'émergence de milices, d'inspiration salafiste, dont l'EI. En 2014, Daesh contrôle 1/3 de l'Irak, menace le Gouvernement Régional du Kurdistan tandis qu'Al-Baghdâdi proclame le califat. La prise de Mossoul dote l'EI de moyens considérables lui permettant de devenir, après l'invasion de la Syrie, une véritable puissance. Cette offensive accroît les violences communautaires, généralise la confessionnalisation des oppositions, fragmente les territoires et nourrit la théorie du choc des civilisations. En août 2014, une coalition internationale se forme conduite par les États-Unis à laquelle se greffent sur le terrain des milices pro iraniennes ainsi que des peshmergas kurdes. Cette guerre provoque la ruine du pays, l'effondrement de l'État et le délitement de la société.
En dépit de la victoire de la coalition et l'esquisse de reconstruction de l'État irakien, la violence demeure alors que le terreau sur lequel a émergé Daesh est toujours présent. La situation économique est catastrophique en dépit des ressources pétrolières considérables. Chômage, corruption, impossibilité d'accueillir les réfugiés, bradage des services publics, ont suscité depuis trois ans des mouvements populaires qui se poursuivent notamment dans le Sud chiite. Ils témoignent du rejet de la classe politique mais aussi des ingérences étrangères qu'elles soient iranienne ou saoudienne. Cette contestation a permis à la coalition conduite par Moqtada al-Sadr et les communistes d'arriver en tête du scrutin législatif. Les difficultés pour constituer un gouvernement tendent à nouveau la situation.
Le soulèvement populaire syrien de 2011 visait à renverser le régime sanguinaire de Bachar al- Assad. Les États-Unis, les pays du Golfe et la Turquie ont vu dans l'insurrection qui se confessionnalisait rapidement l'opportunité d'arracher la Syrie à l'influence iranienne et à réajuster l'équilibre régional. Pour ces raisons, ils ont organisé, financé et armé une myriade de milices djihadistes. L'afflux d'armes et d'argent destiné aux insurgés a fait glisser le centre de gravité de l'insurrection vers le djihadisme. En difficulté, le régime syrien a évacué le Kurdistan permettant au PYD de prendre le contrôle du Rojava et d'en proclamer l'autonomie démocratique expérimentant un programme progressiste, ouvert à toutes les communautés. En 2015, à la demande du régime aux abois, les Russes et les Iraniens intervenaient faisant reculer dans un fracas de violence contre les populations (bombardements, usage d'armes chimiques) les formations djihadistes notamment dans la Syrie utile. Aujourd'hui le régime est en passe de remporter le conflit ouvrant une nouvelle phase diplomatique et politique. Mais s'il est une chose de remporter une victoire militaire, il en est une autre de bâtir une paix durable. D'autant qu'il existe des tensions entre Damas, la Russie, l'Iran et la Turquie. Damas entend par exemple reconquérir l'intégralité de son territoire heurtant la politique d'annexion turque qui établit de véritables "djihadistans" dans les territoires qu’elle occupe. La situation de Chypre montre tous les dangers de l'expansionnisme turc.
La marginalisation des puissances occidentales, leur absence de relais régionaux ne leur permettent plus de peser. Elles sont réduites à miser sur la faillite diplomatique russe ou conduisent des expéditions punitives illégales et sans lendemain.
La Syrie est désormais divisée en trois zones d'influence : Damas épaulé par les Russes et les Iraniens dans la Syrie utile, les Turcs au nord-est et les États-Unis au nord-ouest protégeant de fait ce qu’il reste de l’espace kurde. À l’exception d'Idlib, les grandes opérations militaires sont terminées car on imagine mal ces puissances entrer en conflit direct. Pour ces raisons le conflit semble gelé.
Mais la Syrie de l'après Daesh devient le terrain d'affrontement des rivalités régionales comme en témoignent les bombardements israéliens qui font craindre un embrasement.
L'après Daesh place aussi la question kurde dans une position périphérique hypothéquant en partie les acquis de ces dernières années.
Ces guerres refaçonnent les relations régionales. Les grandes puissances traditionnelles : Égypte, Irak et Syrie sont aujourd'hui hors-jeu. La prolifération des États affaiblis, en déshérence, crée un environnement propice à la compétition, à l'intervention favorable à de nouveaux acteurs. Les pays du Golfe, riches et répressifs, prospèrent et tentent de tirer parti des États fragilisés et du désarroi de la communauté internationale.
L'Arabie Saoudite occupe une position dominante dans ces configurations aux côtés des Émirats Arabes Unis mais en rivalité avec le Qatar qui joue sa partition. L'Arabie Saoudite poursuit une double politique confessionnelle et hégémonique sans succès apparent pour le moment. Depuis l'accession au pouvoir de Mohammed ben Salman, le pays vit à l'heure du changement. Des réformes préparent l'après-pétrole et vont de pair avec un autoritarisme brutal qui vaut au prince héritier un prestige international. Parallèlement il conduit une politique étrangère aventureuse et agressive conduisant les pays du Golfe à conduire une opération militaire contre le Yémen et les houthis en particulier censés bénéficier de l'appui iranien. Si les lignes de force ne bougent pas montrant les limites de l'intervention saoudienne, la catastrophe humanitaire est d’une ampleur inégalée.
3 - Le Moyen-Orient : une poudrière
Le Moyen-Orient est devenu une poudrière. Le volume des armes exportées n'a jamais été aussi important nourrissant les conflits. Tous les budgets militaires sont en constante augmentation depuis 20 ans. 40% des armes vendues dans le monde le sont au Moyen-Orient en provenance des États- Unis, de la France, de la Grande Bretagne et de l'Allemagne pour l'essentiel. Ces armes favorisent l'internationalisation des conflits et se retrouvent souvent entre les mains de groupes non-étatiques.
La régionalisation des conflits est un autre facteur de dangers supplémentaires qui aggravent l'armement des groupes affiliés et la fragmentation territoriale mais surtout la souffrance humaine.
Désormais l'Arabie Saoudite et Israël affirment que l'Iran est pour eux une menace existentielle se traduisant par un rapprochement de ces deux États. Ce rapprochement ne peut s'expliquer sans la nouvelle orientation stratégique de Trump. : installation de l'ambassade américaine à Jérusalem, rupture de l'accord de Vienne sur le nucléaire iranien qui avait contribué à stabiliser la région. Tous entendent déplacer le centre de gravité des conflits régionaux vers l'Iran.
Cette politique peut conduire à une déflagration. Trump fait le pari que les difficultés de Téhéran à maintenir l'ordre islamique permettront un changement de régime. Les sanctions visent à accroître la pression. La politique de ce trio ambitionne aussi de contrer la politique milicienne de l'Iran dans des pays confessionnellement mixtes qui aggravent aussi la fragmentation des sociétés.
Dans cette perspective, les États-Unis travaillent à la mise en place d'une alliance de type "OTANArabe" qui comprendrait actuellement l'Égypte, la Jordanie et cinq pays du Conseil de Coopération du Golfe.
En dépit de ses difficultés, le régime iranien dispose encore d'une base sociale solide et la politique de sanction aura pour conséquences d’accroître les souffrances des populations mais aussi de raidir le régime, de mobiliser autour de lui l'opinion nationaliste et accentuera la répression contre les démocrates. Les risques d'engrenage sont donc réels. Des conflits par procuration se déroulent déjà au Liban, en Syrie et au Yémen et Israël intensifie ses interventions directes.
Depuis 2011, des voix se sont levées pour critiquer la politique américaine au MO, aux conséquences désastreuses. Aujourd'hui, il faut faire face à l'arrogance de Trump et au poids de l'armée américaine dans la détermination des politiques étrangères. Cela ne doit pas nous aveugler aussi sur la brutalité et le cynisme des pouvoirs russe, iranien et turc.
Au MO la lecture schmittienne qui considère que les ennemis de nos ennemis sont nos amis est une illusion. Elle témoigne d'une incompréhension des évolutions et d'une lecture campiste désastreuses.
Les systèmes démocratiques ne leur opposent pas de résistance et ne sont pas pressés de faire face aux tragédies du MO. Leur politique erronée et leur aveuglement aggravent la situation. Certes, la résolution pacifique des conflits est déterminante mais cela passe aussi par la résistance à ces régimes.
QUELQUES PROPOSITIONS
Revenir sur notre proposition de grande conférence internationale pour le MO sous l’égide de l’ONU pour la résolution globale des conflits.
Campagne sur la dictature d'Erdogan et renforcement du soutien au peuple kurde
Dénoncer la loi d'apartheid qui est entrée en vigueur en Israël en mobilisant diverses forces israéliennes et palestiniennes
Combattre la politique américaine de remise en cause de l’accord nucléaire, l’agressivité et la politique de sanction à l’égard de l’Iran
Dénoncer à l'image des opinions publiques canadiennes et espagnoles les ventes d'armes aux pays du Golfe.
Limiter au plus bas le réchauffement peut-il entrer en concurrence avec la sécurité alimentaire, la sûreté technologique ou la biodiversité ? Oui, si on attend encore avant de décarboniser nos économies, répond le Giec.
En matière de lutte contre le réchauffement, le remède peut-il s’avérer pire que le mal ? Le rapport spécial du Giec sur le réchauffement à 1,5 °C met en avant une série de solutions à la « décarbonisation » de l’atmosphère, dont certaines s’accompagnent aussi de mises en garde. Commandé par l’ONU au Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (Giec), rendu public dans la nuit de dimanche à lundi après tout un protocole de validations par les États, l’analyse décortique les conditions rendant possible de limiter à 1,5 °C la hausse globale des températures par rapport à l’ère préindustrielle (lire l’Humanité d’hier).
D’un point de vue géophysique, rien n’est encore plié, et les émissions cumulées depuis le début de l’ère industrielle jusqu’à aujourd’hui ne nous conduisent pas à un dépassement de 1,5 °C, relèvent les experts. Tout se joue sur la suite, et elle commence maintenant.
Des techniques et des technologies qui interrogent
De fait, la marge de manœuvre est limitée à l’extrême. Nos émissions de gaz à effet de serre (GES) devront quasiment avoir diminué de moitié entre 2010 et 2030 – de 45 %, pour être précis –, ce qui n’est pas gagné dans la mesure où elles s’affichent de nouveau à la hausse (+3 % au niveau mondial).
Surtout, cela ne suffira pas. Il faudra aussi réussir à extraire de l’atmosphère le surplus de CO2 qui s’y trouve, voire parvenir à ce que les experts nomment des émissions négatives (en absorber plus qu’on continuera à en émettre), passé 2030.
Cela s’appelle, en anglais, le CDR, pour carbon dioxide removal, et requiert l’usage de techniques et de technologies au mieux à mettre en œuvre avec raison, au pire à manipuler avec d’extrêmes précautions… si ce n’est pas du tout.
Elles incluent, pêle-mêle, l’afforestation (création de forêts là où elles ont disparu depuis des siècles) et la reforestation (là où elles ont été détruites récemment), la séquestration de carbone par les sols agricoles et la restauration de terres à cet effet, mais aussi l’alcalinisation des océans (visant à contrer leur acidification), la capture directe du carbone dans l’air et son stockage géologique, ou encore le couplage de la bioénergie avec ledit stockage de carbone en profondeur (Beccs, selon l’acronyme anglais).
Ces procédés diffèrent largement les uns des autres, tant en termes de maturité, de potentiel, de coûts, de risques que de compromis, soulignent les scientifiques. Leur rapport ne s’attarde pas sur l’alcalinisation ou autre fertilisation des océans, dont il est souligné qu’elles pourraient affecter le système biochimique des mers ou créer d’autres déséquilibres néfastes à la biodiversité marine. De même, le texte relève que les techniques de capture du carbone dans l’air présentent, entre autres, le défaut de nécessiter une grande masse d’énergie pour fonctionner, ce qui n’est pas le moindre des paradoxes à l’heure où il s’agit, justement, d’être sobre en la matière.
L’afforestation, la séquestration du carbone par les sols et la Beccs retiennent plus sûrement l’attention du Giec, qui en note le potentiel et les estime même quasi incontournables. Cependant, les auteurs du rapport insistent sur le fait que, développés à très grande échelle, ces procédés pourraient avoir des impacts significatifs sur les systèmes agricoles et alimentaires, ainsi que sur la biodiversité.
L’arbitrage entre les deux systèmes sera politique
Autrement dit, s’il fallait développer à outrance les monocultures de colza pour produire de la bioénergie, ou encore les forêts artificielles pour créer des puits de carbone végétaux, cela conduirait – et le niveau de confiance des chercheurs dans cette affirmation est élevé – à les mettre en concurrence avec les espaces destinés à nourrir la planète, ou avec certains écosystèmes.
Impossible, donc, de tenir l’objectif de 1,5 °C sans risquer de générer d’autres crises majeures pour les humains ou pour la biodiversité ? Le groupe d’experts n’est pas aussi tranché. D’abord, parce que tout dépendra, encore une fois, de la vitesse à laquelle sera enclenchée, en amont, la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Ainsi, le rapport relève-t-il que leur diminution « significative à court terme peut limiter le recours à des procédés de CDR et même éviter d’avoir à les coupler avec du stockage de carbone en profondeur », dont les impacts géologiques sont, eux, aussi notés.
« Plus on attend pour agir, résume la climatologue Valérie Masson-Delmotte, qui a codirigé la rédaction du rapport, plus le risque est fort, voire incontournable, d’avoir à y recourir massivement. » L’impact de ces mesures dépendra également de la gouvernance qui sera mise en œuvre pour les installer. Car toutes les méthodes ne se vaudront pas. En d’autres termes, le choix opéré entre les systèmes agricoles sera déterminant. L’agroécologie, l’enherbement des vergers ou l’agroforesterie seront tout aussi à même de capter du carbone que les grandes monocultures de colza, mais bien plus nourriciers.
Il faut, enfin, compter avec les bénéfices offerts par un monde moins chaud. Tout réchauffement évité réduit les risques d’inégalités et de pauvreté, rappellent encore les scientifiques. « Des mesures d’adaptation spécifiques à chaque contexte auront des bénéfices en matière de réduction de la pauvreté. » Bien orchestrées, « elles peuvent aider à sécuriser l’accès à l’eau et à l’alimentation ou permettre d’améliorer la santé ». Quoi qu’il en soit de la faisabilité du 1,5 °C, résume Michel Colombier, de l’Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri) et co-auteur du rapport, « ce sont les trajectoires rapides et ambitieuses qui permettent le mieux de s’aligner avec les objectifs de développement ».
Le gouvernement insiste beaucoup dans sa communication sur les éléments progressistes que comportent les lois Pacte et de lutte contre la fraude fiscale, actuellement en discussion à l’Assemblée nationale. Mais derrière les beaux discours et les fausses promesses, l’exécutif impose une ligne pro-entreprises forte.
Le gouvernement tente de redorer son blason social avec deux lois qui sont actuellement examinées par l’Assemblée nationale : la loi Pacte (Plan d’action pour la croissance et la transformation des entreprises) et la loi contre la fraude fiscale. Dans les deux cas, le procédé semble parfaitement bien rodé. Les deux locataires de Bercy, le ministre de l’économie et des finances Bruno Le Maire et Gérald Darmanin, le ministre de l’action et des comptes publics, viennent dans les médias défendre un agenda progressiste. Mais la réalité des textes votés et des débats parlementaires est bien différente.
La loi Pacte : bonne conscience et verrouillages
Le premier acte s’est joué la semaine dernière lors de la discussion en commission de la loi Pacte qui sera examinée en séance dès la semaine prochaine. Bruno Le Maire défend officiellement un texte qui « veut faire entrer l’entreprise dans le XXIe siècle ». Et pour cela, il avance une proposition forte sur le papier : le changement de l’article 1833 du code civil qui indiquera désormais que les sociétés devront agir « en prenant en compte les enjeux sociaux et environnementaux ». L’ennui, c’est que derrière cette vitrine attrayante, l’engagement du gouvernement est extrêmement réduit.
En effet, la loi Pacte est avant tout une loi de libéralisation, centrée sur la réduction du nombre de seuils sociaux, une très ancienne demande des syndicats patronaux, sur la mise en place de privatisations, et sur la libéralisation de plusieurs marchés. On y trouve ainsi notamment la fin pour 2023 des tarifs régulés du gaz que le Conseil d’État avait, en juillet 2017, jugés contraires au droit européen. Cette loi est donc une loi fourre-tout largement destinée à « faciliter la vie des entreprises », comme le reconnaît d’ailleurs volontiers Bruno Le Maire. Mais l’heure n’est plus guère à un tel discours. Il faut insister sur l’engagement social du gouvernement.
Pour cela, il y a donc l’article 1833. Le problème est que les termes choisis n’induisent pas forcément de nouvelles obligations pour les entreprises. Et, du reste, lors de la présentation de cette loi en conseil des ministres, en juin, le ministre avait insisté sur le fait que ce changement dans le code civil ne devrait pas induire de nouvelles obligations pour les entreprises. Cela était conforme à l’esprit de la loi Pacte : ne pas compliquer la vie des dirigeants. Il s’agissait simplement de sanctionner l’existant et d’intégrer un certain nombre de jurisprudence sur le sujet dans le marbre. Mais pas davantage. Dès lors, il y avait bien un risque que ce changement fût de pure forme. D’autant que la nécessité pour toute société d’être gérée « dans l’intérêt de ses associés » est maintenue, ce qui implique une priorité donnée à la rentabilité.
Pour éviter ce destin, bon nombre de députés ont proposé des amendements pour préciser ces enjeux et les obligations des entreprises. Certains de ces amendements étaient portés par des élus de La République en marche. Par exemple, 37 députés du groupe majoritaire avaient déposé un amendement pour intégrer la notion de chaîne de valeur dans l’article 1833. C’était un détail important : elle permettait d’intégrer les fournisseurs, notamment des pays à bas coûts, dans cette obligation. L’association CCFD-Terre Solidaire avait suggéré cette modification. Mais tous les amendements, y compris ceux-ci, ont été rejetés ou retirés. Bruno Le Maire s’est même félicité de ce que la nouvelle rédaction du code civil ne « permet[te] pas de faire place aux parties prenantes de l’entreprise ». Et d’ajouter qu’il ne fallait pas que « de nouvelles responsabilités » pèsent sur les entreprises. La grande réforme de l’objet social de l’entreprise a donc bien accouché d’une souris.
Un autre volet important de la loi Pacte est la participation des salariés. Bruno Le Maire est allé sur tous les plateaux pour expliquer qu’il était légitime que les salariés bénéficient davantage du partage des profits. Pour cela, le gouvernement avait une mesure phare : la suppression du forfait social sur l’intéressement et la participation pour les PME de moins de 50 salariés. Mais si le ministre estime que cette mesure va ouvrir des droits nouveaux pour ces salariés, il oublie de préciser que la loi Pacte ne signifie qu’une possibilité d’accéder à ces droits par une incitation fiscale. Le chef d’entreprise qui considère qu’il ne doit pas redistribuer ses bénéfices est libre de le faire pour les sociétés de cette taille. Par ailleurs, la loi Pacte ne dit rien des autres salariés, ceux des entreprises plus grandes. Pour eux, la loi n’est pas modifiée.
Un député La République en marche, Stanislas Guerini, avait proposé d’abaisser le niveau de proportionnalité au salaire de la participation. Actuellement, il est fixé à quatre fois le plafond de la Sécurité sociale, soit 160 000 euros par an de salaire net. Au-delà, donc, la participation est plafonnée. Le député souhaitait l’abaisser à deux fois ce plafond, ce qui permettait de redistribuer aux salariés plus modestes un peu plus de participation. Bruno Le Maire a refusé pour des raisons « politiques », estimant que les 150 000 personnes qui verraient leur participation reculer de 500 à 900 euros par mois « feraient beaucoup de bruit ».
Finalement, selon Les Échos, un compromis serait trouvé autour de trois fois le plafond de la Sécurité sociale, ce qui devrait toucher 70 000 personnes pour environ 400 euros par an. Le gain pour les autres ne sera que « de quelques euros ». L’impact sur le pouvoir d’achat sera donc proche de zéro. Le geste est symbolique avant tout et ne modifie pas le partage de la valeur ajoutée, mais on peut mesurer combien même ce symbole a été difficile à arracher. Bercy n’a cédé qu’au prix d’une dilution de la mesure.
En revanche, Bruno Le Maire a rejeté catégoriquement un amendement qui proposait de « partager équitablement la valeur ajoutée entre les parties prenantes », en prétextant qu’avant de la partager, la richesse doit être créée. Pourtant, cet amendement ne disait rien d’autre puisqu’il évoquait bien le partage de la valeur ajoutée, donc de la richesse créée. Par ailleurs, la participation contribue autant que les dividendes à la création de richesse, par l’épargne et la consommation.
On en restera donc à l’incitation fiscale. En passant, on notera également que cette incitation fiscale sera en partie payée par la Sécurité sociale puisque le gouvernement ne devrait plus compenser les baisses de cotisation pour cet organisme. Les salariés y perdront donc sans doute une partie de ce qu’ils auront gagné. Et in fine, le grand gagnant de cette mesure sera l’entreprise qui bénéficie d’une baisse d’impôt alors que le salarié paiera bien l’impôt sur le revenu sur les sommes versées, sans compter l’impact sur la Sécurité sociale.
Je suis favorable à l’obligation, pour les entreprises, de publier les écarts entre les niveaux de rémunération. Il faut de la #transparence. Ce qui tue la cohésion dans notre nation comme dans l’entreprise, ce sont les excès #PACTE#Les4Vpic.twitter.com/XAramXNnni
Dernier élément phare de la loi Pacte : la transparence. Plusieurs députés de la majorité, inspirés par certaines ONG comme Oxfam France, ont voulu profiter de cette loi pour publier les écarts de rémunération dans les entreprises. Bruno Le Maire s’y était dit favorable. « Je considère que dans une entreprise, il est bon que les écarts salariaux ne soient pas trop importants pour garder de la cohésion », avait-il affirmé sur France 2 le 6 septembre.
Un amendement avait alors été déposé par plusieurs députés de La République en marche, comme Matthieu Orphelin, Barbara Pompili ou Joël Giraud. Il proposait de publier dans les entreprises de plus de 1 000 salariés la répartition par quartile des rémunérations, l’écart entre la plus haute rémunération et le niveau médian et l’écart entre la plus haute et la plus basse. Mais en commission, le gouvernement a fait adopter le 14 septembre un amendement édulcoré où seul le salaire moyen hors dirigeants devra être publié. Une mesure sans vrai objet tant cette donnée est peu significative. Cette volte-face montre combien le gouvernement verrouille cette loi Pacte et se contente principalement d’effets d’annonce.
La loi contre la fraude fiscale : un nouveau tour de passe-passe
Cette semaine, c’est la loi contre la fraude fiscale qui a été examinée en séance. Globalement, les débats n’ont pas permis de modifier réellement les compromis trouvés en commission en juillet. Ces compromis permettent à Gérald Darmanin de clamer partout, par exemple dans les colonnes de Libérationce mercredi 19 septembre, que le « verrou de Bercy, c’est fini ». Concrètement, la commission des finances avait accepté, après de longues discussions avec Bercy et le Sénat, de rendre obligatoire la transmission à la justice des dossiers de fraudes fiscales les plus graves, qui entraînent plus de 100 000 euros de pénalités. Gérald Darmanin estime donc que deux fois plus de dossiers seront transmis à la justice, 2 000 par an au lieu de 1 000 jusqu’à présent.
Une avancée ? Peut-être. Mais rien n’est sûr. D’abord parce que le verrou de Bercy existe toujours pour les autres cas. Mais surtout, la fin du verrou de Bercy s’accompagne de deux mesures nouvelles qui en réduisent l’impact : le « plaider-coupable » en matière fiscale qui permet d’éviter un procès public et de s’en sortir avec une amende, finalement comme au temps du verrou, et l’élargissement de la « convention judiciaire d’intérêt public » (CJIP), un accord avec la justice qui permet aux entreprises, moyennant finance, d’éviter une condamnation et un procès.
Cet élargissement de la CJIP avait été proposé par le Sénat début juillet. Gérald Darmanin était alors fortement opposé à la CJIP, qu’il voyait avec justesse comme un élément de statu quo : « Il serait paradoxal de supprimer le verrou de Bercy pour permettre un traitement administratif de ces affaires », avait-il affirmé. C’est pourtant ce paradoxe qu’il défend désormais. Et pour une raison simple : début juillet, le projet de loi ne défendait pas la suppression du verrou de Bercy, mais c’est le cas à présent.
Gérald Darmanin a donc simplement accepté la suppression de ce verrou pour le remplacer par la CJIP, une version revisitée du verrou de Bercy. Cela permet de rassurer les entreprises fraudeuses quant à leur image, tout en pouvant clamer que l’on a supprimé le verrou. Une justice dérogatoire remplace une justice administrative… Un magnifique tour de passe-passe communicationnel que le ministre n’a cependant pas défendu dans l’hémicycle le 18 septembre, préférant transmettre cette tâche ingrate à Olivier Dussopt, son secrétaire d’État en charge de la fonction publique…
3/07: @GDarmanin se prononce contre la Convention Judiciaire d'Intérêt Public (CJIP) en matière de fraude fiscale justice négociée sans reconnaissance de culpabilité
On comprend alors que toutes les tentatives de repousser l’extension de la CJIP se soient heurtées à un mur. La proposition de La France insoumise de voter le texte si l’on excluait cet élément a été catégoriquement rejetée. Désormais, cette proposition votée par le Sénat majoritairement à droite, et repoussée jadis par le gouvernement, est devenue un élément clé du texte !
Toutefois, il ne faut pas oublier que ces mesures concernent la fraude fiscale, et que l’essentiel des pertes pour l’État relève d’autres formes d’évasions fiscales. Or, sur ce plan, rien n’a été fait au cours des débats. La liste noire de l’UE des paradis fiscaux a certes été intégrée à la liste française. Mais c’est une liste en trompe-l’œil. L’essentiel des vrais paradis fiscaux, ceux vers lesquels se dirigent les flux de capitaux ont été exclus de la liste, soit parce qu’ils ont été placés vers une « liste grise » en raison « d’engagements » pris devant Bruxelles, soit parce qu’ils sont… européens et que, selon Pierre Moscovici, le commissaire européen aux affaires économiques, « il n’y a pas de paradis fiscaux en Europe ».
Dès lors, intégrer dans une liste noire Niue, la Namibie, Nauru ou le Guatemala n’a aucun autre intérêt que celui d’un affichage prouvant sa bonne conscience. L’argent va vers le Luxembourg, l’Irlande ou les Caïmans.
De ce point de vue, toute modification, ou durcissement, de la liste a été rejetée par la majorité et le gouvernement qui se sont retranchés derrière les obligations européennes ou la défense de l’investissement. Jean-Louis Bourlanges, député MoDem, a estimé que tout durcissement dans la lutte contre l’évasion fiscale « ferait fuir les investisseurs ». Tout a donc été rejeté sur ce plan. On a ainsi repoussé toute proposition de taxe sur les géants de l’Internet, alors même que le projet franco-allemand sur le sujet, qui était l’an passé la marotte de Bruno Le Maire, est sur le point, sans surprise, de s’enliser, Berlin commençant même à faire marche arrière. C’est un élément significatif de la façon dont fonctionne ce gouvernement sur ces sujets : de grandes annonces, suivies de peu d’actes et d’une volonté de cacher la poussière sous le tapis…
En fin de compte, ce débat, comme celui sur la loi Pacte, n’a été fait que de volte-face et de volonté d’édulcorer les beaux discours publics. Manon Aubry, une des responsables d’Oxfam France qui suit ce travail parlementaire, voit dans cette confusion et ces contradictions une stratégie. Pour elle, « une fois que les bonnes paroles ont été prononcées devant les médias, il est difficile de faire comprendre que les actes n’ont pas suivi ».
Comme l’a confirmé Bruno Le Maire sur la question de la participation, l’enjeu est avant tout politique pour l’exécutif. Il s’agit, sans ne rien lâcher quant au fond, d’envoyer des messages à l’aile gauche de son électorat. Mais les actes, eux, sont toujours les mêmes : il s’agit de faire pencher un peu plus la balance du pouvoir en faveur des entreprises et d’épargner les plus puissants sur le plan économique.
C’est donc moins à une politique de « l’en-même-temps » que se livre Bercy qu’à la fabrication d’une immense usine Potemkine où la communication dissimule une politique unidimensionnelle centrée sur la protection des entreprises et de leurs dirigeants.
LE MOUVEMENT DE LA PAIX POUR L’ABOLITION DES ARMES NUCLÉAIRES:
PLUS DE BOMBES ATOMIQUES POUR LA SURVIE DE L’HUMANITE
GAGNONS LA RATIFICATION DU TIAN (Traité d’interdiction des armes nucléaires)
POUR SE RENDRE AU RASSEMBLEMENT DE L’ILE LONGUE
LE 14 OCTOBRE 2018:
POUR LES PERSONNES PRÉFÉRANT UN TRANSPORT COLLECTIF, IL RESTE QUELQUES PLACES DE DISPONIBLES DANS UN DES CARS VENANT DE RENNES ET QUI PASSERA A MORLAIX DIMANCHE A 9 H PRÉCISES, RENDEZ- VOUS PARKING DU GÉANT, A SAINT MARTIN DES CHAMPS, CÔTÉ DU GARAGE CITROËN
INSCRIPTION OBLIGATOIRE TEL 06 37 63 88 95.
( Prix par personne 10 Euros ou 2 euros pour les personnes sans ressources)
( APPORTEZ VOTRE PIQUE NIQUE)
LE MOUVEMENT DE LA PAIX
Le PCF s'engage pour le désarmement nucléaire et la Paix
Le 14 octobre, soyons nombreux à soutenir l'interdiction des armes atomiques et une politique de paix
Selon un sondage IFOP-Le Mouvement de la Paix- La Croix-Planète de juin 2018, 76% des français interrogés sont favorables à un processus d'élimination totale des armes atomiques. Nous sommes les plus nombreux à considérer que la France doit maintenant signer et ratifier le Traité international d’interdiction des armes nucléaires, adopté sous égide de l’ONU en juillet 2017. Et pourtant, bien que l'ICAN, la coalition qui a fait signer ce traité adopté par 127 pays, ait reçu le prix Nobel de la Paix en 2017, la France refuse de ratifier le traité et fait tout l'inverse, engageant des milliards d'euros chaque année pour le renouvellement de notre force de frappe nucléaire et le programme de missiles M51 à longue portée, alors que l'argent public fait défaut, parait-il, pour les écoles, l'université, les hôpitaux, la réduction des inégalités.
Dans la logique de nos engagements pour la paix et le désarmement nucléaire depuis des décennies, le PCF Finistère appelle à manifester très nombreux le dimanche 14 octobre à Crozon à partir de 10h , au port du Fret, face à l'île Longue, à l'occasion de la journée nationale pour la Paix et la ratification du traité d'interdiction des armes nucléaires. Il faut mettre ces questions qui sont complètement absentes du débat public alors qu'elles engagent des dépenses colossales et compromettent l'avenir de l'humanité au centre de l'attention.
Nous sommes révoltés face à l’augmentation incessante des dépenses militaires qui sont passées de 1144 milliards de dollars en 2001 à 1739 milliards en 2017 (Sipri en USD taux de change 2016) et favorisent un commerce des armes immoral et dangereux, alors que le budget des Nations unies pour les opérations de paix est de seulement 8,7 milliards et que la lutte contre le réchauffement climatique nécessite des moyens importants tout comme la réalisation des Objectifs du développement durable (ODD).
C'est aux citoyens de mettre au premier plan les exigences de Paix, de développement, de réductions des inégalités et de défense de la culture face à la barbarie, la haine xénophobe et sectaire et la violence qui montent dans le monde.
Dans une étude publiée aujourd’hui, l’Observatoire des inégalités souligne que la relative stabilité du taux de pauvreté s’accompagne d’un creusement des situations de précarité, dont les moins de 30 ans font majoritairement les frais.
En première ligne. Publié aujourd’hui, le rapport sur la pauvreté de l’Observatoire des inégalités rappelle, parmi ses multiples constats, que les jeunes, en France, restent les plus touchés par la précarité. Parmi les 5 millions de pauvres (1), un peu plus du tiers sont des enfants et des adolescents, et plus de la moitié a moins de 30 ans. Ce taux monte à 19,8 % pour les moins de 18 ans. Un constat inquiétant et pourtant souvent minoré par les politiques publiques. « Plus d’un enfant sur dix vit sous le seuil de pauvreté du fait des bas revenus de ses parents. On oublie plus encore les jeunes adultes de 20 à 29 ans, dont 11,8 % sont pauvres, souvent les peu diplômés en difficulté d’insertion professionnelle », détaille le rapport.
S’il est impossible d’établir un profil type, ce sont principalement des enfants et des jeunes vivant dans des ménages n’ayant pas eu accès à une insertion professionnelle stable qui sont concernés. Julien Damon, professeur à Sciences-Po et auteur d’Éliminer la pauvreté (éditions PUF), connaît bien les raisons de ce constat : « Les jeunes entrent difficilement dans le marché du travail. Le choc du chômage pèse sur ces outsiders, mais il y a aussi la transformation des familles plus souvent monoparentales et fragiles, plus nombreuses dans les quartiers prioritaires, et enfin, la surréprésentation de jeunes pauvres et migrants. »
Le plan pauvreté d’Emmanuel Macron était attendu, entre autres, sur cette question. Mais la plupart des associations ont été déçues. Beaucoup comptaient notamment sur un élargissement du RSA aux 18-25 ans, puisque cette tranche d’âge ne perçoit que l’aide personnalisée au logement (APL) en termes de soutien effectif. Le président n’a rien proposé en ce sens. Une mauvaise nouvelle pour des centaines de milliers de jeunes précaires, dont de nombreux étudiants.
Zoé ne se considère pas comme une personne pauvre. Néanmoins, lorsqu’elle détaille l’ensemble de ses difficultés à payer son loyer et ses charges, avec un emprunt à ses proches de 20 000 euros pour ses deux ans d’études, la jeune femme de 24 ans ne fait pas partie des privilégiés. Soutenue par ses parents, qui lui paient une partie de son loyer, Zoé peine à joindre les deux bouts. En colocation à Bordeaux avec deux autres étudiants, son appartement est une passoire thermique. L’hiver, c’est un frigo. Avec un radiateur dans chaque chambre, la température dépasse péniblement les 12 degrés. Cette rentrée universitaire n’en finit pas de l’angoisser : « Nous avons reçu une facture d’électricité de 1 300 euros parce que EDF a mal estimé notre consommation. Il a fallu batailler pour qu’ils acceptent d’échelonner le paiement sur douze mois. Et maintenant, j’attends la taxe d’habitation… C’est stressant et il est hors de question que je demande de l’argent à mes parents. » Lorsqu’on lui demande si un RSA pour les jeunes changerait son quotidien, elle n’hésite pas une seconde : « Ce serait une aide essentielle qui me permettrait de me dédier complètement à mes études. Je travaille tous les week-ends et je ne vis pas dans de bonnes conditions. »
« Beaucoup sont déjà en rupture familiale »
Dans son plan pauvreté, Emmanuel Macron a en revanche affirmé que l’obligation de formation passera de 16 à 18 ans. Des moyens supplémentaires devraient être attribués aux missions locales pour qu’elles repèrent les décrocheurs du système scolaire et leur proposent des formations. Le dispositif « garantie jeunes », pour les 16-25 ans les plus éloignés de l’emploi, a pour objectif de s’étendre à « 500 000 jeunes avant la fin du quinquennat », contre 100 000 actuellement. Plus facile à dire qu’à faire. Car c’est une des difficultés des travailleurs sociaux des missions locales : repérer et faire venir ces jeunes. Conseillère à la mission locale de Saint-Just-en-Chaussée (Oise), Ingrid explique : « Nous sommes dans un milieu mi-rural, mi-urbain. Lorsque les jeunes entendent parler de la garantie jeunes, ils viennent, mais se découragent vite à cause des documents à fournir. On leur demande notamment l’avis d’imposition des parents et un certificat d’hébergement. Beaucoup sont déjà en rupture familiale ou à la rue. D’autres sont à un tel niveau de décrochage que la moindre contrainte les tétanise… » Jusqu’ici, le dispositif a fonctionné pour 48 % des jeunes et pour une majorité un accès à la mobilité.
À la mission locale, la garantie jeunes permet de faire bénéficier d’un accompagnement pour trouver du travail tout en étant payé 480 euros par mois. Mais c’est avant tout un travail de lente reconstruction d’une jeunesse sans repère et précaire. « Nous avons vu des jeunes qui arrivaient avec des chaussures trouées, des vêtements sales, moisis par l’humidité de logements insalubres. Il fallait les orienter vers le CCAS ou les Restos du cœur. Beaucoup d’entre eux vivaient dans des familles où les parents étaient seuls, au chômage ou en invalidité. Il faut lever les freins les uns après les autres, mais cela prend du temps. »
Des enfants à la rue… Macron fait le service minimum
De son côté, la précarité des enfants mineurs reste à des niveaux élevés. « En 2015, 1,7 million des moins de 18 ans vivaient dans un ménage dont le niveau de vie était inférieur au seuil de pauvreté », rappelle l’Observatoire des inégalités. Certains dorment dans des hôtels peu confortables ou des logements de fortune. D’autres dans la rue. Selon l’Insee, au moins 30 000 enfants sont avec un parent qui n’a pas de domicile fixe. Sur ce volet, le plan d’Emmanuel Macron fait le service minimum, promettant d’ouvrir davantage les crèches aux gamins de quartiers prioritaires ou défavorisés, ou d’offrir des petits déjeuners gratuits à l’école. Mais, pour l’Observatoire des inégalités, le diagnostic n’est pas le bon : « Il y a un paradoxe à déplorer la pauvreté de ces jeunes sans voir qu’elle résulte de la situation de leurs parents. Dans leur immense majorité, ces enfants sont dans cette situation parce que leurs parents le sont, du fait des bas salaires, des temps partiels imposés, des contrats de courte durée renouvelés, d’un échec scolaire trop fréquent ou des faiblesses de notre système de formation. »
(1) Taux de pauvreté à 50 % du revenu médian, soit 850 euros par mois.
Le constat dressé par l’Observatoire des inégalités est conforté par une récente note de l’Insee qui pointe le rôle délétère des politiques, qui accroissent le fossé entre les plus modestes et les plus riches.
Allons-nous enfin assister à une reprise du recul de la pauvreté ? Les chiffres bruts publiés aujourd’hui par l’Observatoire des inégalités pourraient le laisser penser. Après la décennie 2006-2016, qui a marqué un retournement de tendance historique, avec 600 000 personnes supplémentaires en situation de pauvreté (à 50 % du revenu médian, 850 euros par mois) et un creusement des écarts entre plus riches et plus pauvres, les statistiques font apparaître des signes d’amélioration. « Entre 2013 et 2016, le taux de pauvreté s’est stabilisé », souligne Anne Brunner, l’une des rédactrices du rapport. Mais qui précise aussitôt que « cet optimisme doit être mesuré ».
La baisse des APL« pénalise les plus modestes »
Car, pour l’Observatoire, certains signes inquiètent. La diminution du nombre d’allocataires du revenu de solidarité active, constatée depuis fin 2015 (– 90 000 en 2016), s’est arrêtée début 2017. Pis : cet indicateur est même reparti à la hausse depuis janvier 2018. « La suppression de très nombreux contrats aidés à l’automne 2017 n’a pas arrangé les choses », souligne le rapport. Autre problème : l’incertitude autour de la croissance. « La tendance est plutôt à une croissance atone, qui stabilise la pauvreté mais ne permet pas de créer suffisamment d’emplois, note le rapport. Si le taux de pauvreté se stabilise, c’est en partie lié au fait que les revenus des classes moyennes stagnent. »
L’Observatoire des inégalités voit deux conditions pour sortir par le haut de cette situation d’incertitude : un redémarrage de l’activité et de l’emploi mais surtout que cette croissance soit mieux partagée, qu’il s’agisse des salaires comme de la qualité de l’emploi. « Pour éviter que les tensions s’accroissent entre les milieux sociaux, les politiques publiques doivent être garantes de ce partage », insiste Anne Brunner.
Mais voilà, de toute évidence, elles ne le sont pas. Bien au contraire même, comme le montre une note de l’Insee parue mardi. Comme l’Observatoire des inégalités, l’institut constate une relative stabilité du taux de pauvreté en 2017, autour de 14 % de la population (1). Mais ce résultat n’est, en vérité, pas une si bonne nouvelle. La conjoncture économique, avec notamment un recul, pour la première fois depuis 2009, du chômage de longue durée, aurait dû entraîner une baisse de ce taux de pauvreté, estime l’Insee. Or, de fait, les choix politiques de ces dernières années ont annihilé cet effet positif. Un comble ! Certaines mesures ont clairement « amoindri l’effet redistributif des transferts sociaux et fiscaux » et « mécaniquement accru le taux de pauvreté », déplore l’Insee. Qui cite, par exemple, la baisse des aides personnalisées au logement (APL) « qui pénalise les ménages les plus modestes », ou encore « la réduction exceptionnelle de l’impôt sur le revenu de 20 % (décidée par le précédent gouvernement), qui bénéficie surtout à des ménages de niveau de vie intermédiaire », ce qui accroît le niveau de vie médian et donc le seuil de pauvreté qui est fixé en proportion de celui-ci. Bref, tout ce qu’il faut pour conserver une société inégalitaire.
(1) Pour un taux à 60 % du revenu médian, soit 1 029 euros par mois.
La Ve République, issue, on l’oublie souvent, d’un coup d’état militaire, fête ses 60 ans. Au fil des décennies, elle a changé de modalités et l’hyperprésidentialisme insufflé par de Gaulle n’a fait que croître, y compris depuis la présidence Macron. Alors, à quand la VIe ?
Elle a 60 ans, toutes ses dents, et s’en est même rajouté quelques-unes au fil du temps. La Ve République est née le 4 octobre 1958, de la promulgation de la Constitution adoptée par référendum, une semaine plus tôt. Comme on oublie la douleur d’un accouchement, le fait qu’on doive la naissance de notre régime actuel à un coup d’État militaire est aujourd’hui largement occulté. « À bas la dictature militaire ! » écrivait pourtant « l’Humanité » sur sa une en mai 1958, quand de Gaulle parvient à revenir au pouvoir.
« Homme fort »
« En réalité, la Constitution de 2018 n’a plus grand-chose à voir avec celle de 1958 », explique Dominique Rousseau, constitutionnaliste. « À l’époque, le collège électoral est restreint à 80 000 personnes ; le mandat présidentiel est de sept ans ; la France est un État unitaire, aujourd’hui décentralisé ; la Ve est basée sur la souveraineté nationale, alors qu’une partie de nos décisions sont désormais soumises à l’Union européenne, comme l’indique notre Constitution actuelle, etc. » Pourtant, l’esprit de la Ve République – avec en surplomb la silhouette du général de Gaulle comme « homme fort » du régime –, lui, n’a pas bougé. Emmanuel Macron lui-même, pendant sa campagne, disait vouloir la « renforcer », ce qu’il s’apprête à faire avec « sa » réforme constitutionnelle, réduisant le nombre de parlementaires. Début septembre, lors du discours sur le plan pauvreté, l’Élysée a dévoilé son nouveau logo. Aux armoiries de la présidence, l’actuel locataire de l’Élysée a fait rajouter une discrète croix de Lorraine, signe d’une volonté d’inscrire son quinquennat dans les pas du général.
Rôle ambigu du premier ministre
Quelles que furent les 22 réformes constitutionnelles, ce que Dominique Rousseau appelle « l’équivoque constitutionnelle » a demeuré. « La dyarchie maintenue entre premier ministre et président n’existe nulle part ailleurs », constate le juriste. « La Constitution dit que c’est le gouvernement qui décide ; or, dans les faits, c’est le président. De ce point de vue, la Constitution n’a jamais été appliquée. » En 1969, Jacques Chaban-Delmas tente d’affirmer ses prérogatives constitutionnelles et « oublie » de faire lire son discours d’investiture sur la « nouvelle société » au président Pompidou. Comme pour reprendre la main, dans le quinquennat suivant, Valéry Giscard d’Estaing annoncera lui-même la composition de son gouvernement à la télévision. Si l’ambiguïté constitutionnelle perdure, « l’épisode Chaban » est désormais inimaginable. Certes, Sarkozy n’a pas réussi en 2010 à se séparer de son premier ministre, François Fillon, mais le bâton est tout de même tombé du côté de l’Élysée, qui a désormais plus que le dernier mot. « Emmanuel Macron est mon patron », dit aujourd’hui le premier ministre, le 27 septembre, sur le plateau de France 2.
En réalité, toutes les évolutions vont dans le sens du présidentialisme. En 1958, le positionnement vis-à-vis de la Ve ajoutait une frontière entre droite et gauche. C’était le temps du « Coup d’État permanent », publié par François Mitterrand en 1964 pour dénoncer le caractère antidémocratique des institutions. Sur ce sujet comme sur d’autres, la frontière a disparu. En se coulant dans les habits du monarque républicain, mieux que Pompidou et Giscard, François Mitterrand a légitimé les institutions, qui ne furent guère plus contestées que par le Parti communiste. En 2000, Lionel Jospin ira plus loin que son mentor en faisant voter le quinquennat et l’inversion du calendrier électoral, consacrant la présidentielle comme le seul moment vraiment important de la vie démocratique du pays. La succession présidentielle/législatives devient systématique et assure une large majorité (entre 60 et 70 % des sièges depuis 2002) au président. Calendrier et mode de scrutin verrouillent ainsi le présidentialisme. « Le scrutin majoritaire à deux tours (lors des législatives) conduit à ce que les différents courants politiques soient très mal représentés à l’Assemblée nationale. Les citoyens ne se reconnaissent pas dans cette Assemblée », constate Dominique Rousseau.
Cette malformation démocratique est de plus en plus insupportable. En 2017, l’idée d’une VIe République était l’un des piliers de la candidature Mélenchon, qui a recueilli presque 20 % des voix. Selon le dernier baromètre de la confiance politique du Cevipof, daté de janvier 2018, pas une seule institution ne recueille plus de 50 % de confiance. Les Français sont 47 % à faire confiance au conseil municipal, puis, plus on monte vers le niveau national, plus la confiance s’étiole. Au début de l’année, le président bénéficiait encore d’un certain état de grâce post-présidentielle : il ne rassemblait pourtant que 36 % des Français lui faisant confiance ! Le même taux de Français considère que la démocratie fonctionne bien en France !
Confiscation du pouvoir
« Je ne regarde pas les sondages », a déclaré le président lors de son récent voyage aux États-Unis. « J’ai un avantage sur Donald Trump, je n’ai pas d’élections de mi-mandat », a-t-il ajouté. Électoralement, les Français sont en effet prisonniers pendant cinq ans, et l’actuel président compte bien en profiter. « Notre priorité n’est pas de durer, mais de faire », a-t-il répété au « JDD », le 30 septembre. Comprenez : qu’importe ce qu’en pensent les Français, je ferai les réformes exigées par mes mandants. La finance se délecte et les citoyens sont impuissants.
Mettre la Ve République à la retraite exige donc de nouvelles institutions : « La domination des forces de l’argent sur les décisions politiques est immense », constate Pierre Dharréville, député PCF. « Le défi principal, c’est de faire pièce au pouvoir de l’argent, et donc repenser nos institutions à l’aune de ce défi. » La Ve agit comme un verrou pour les politiques libérales, la VIe devra redonner le pouvoir aux citoyens. « Il faut avancer vers une démocratie revivifiée, beaucoup plus délibérative, plus prise en commun et avec un processus d’élaboration beaucoup plus collectif. »
Outre le changement de mode du scrutin vers la proportionnelle, cette irruption citoyenne pourrait se traduire par quelques mesures concrètes. « Nous pourrions inscrire dans la loi l’obligation de réunir les citoyens avant l’arrivée de la loi à l’Assemblée ou encore la possibilité pour des citoyens de proposer une loi », décrit ainsi Dominique Rousseau. Une façon de donner au citoyen plus de pouvoirs face à une figure présidentielle que le constitutionnaliste estime « bien installée jusque dans la tête des Français ». Il faudra pourtant bien s’y attaquer, et « refonder la République autour de l’idée des biens communs », appelle de ses vœux le député communiste Pierre Dharréville. Macron, et sa fausse révolution démocratique, précipitera peut-être l’urgence d’un vrai changement institutionnel et provoquera, à son corps défendant, la mise à la retraite anticipée de la Ve République. À 60 ans il serait temps.
Le Parti communiste français appelle à participer à la nouvelle marche pour le climat organisée, le 13 octobre prochain, partout en France. Car le nombre et l'ampleur des événements climatiques se multiplient comme ces derniers temps encore en Indonésie, frappant très durement les populations pauvres et démunies.
Le rapport spécial du GIEC commandé par l'ONU qui a paru le 8 octobre vient nous le rappeler, si nécessaire. Il est encore possible d'éviter un enchaînement des catastrophes pour les décennies à venir. Toutefois, il y a urgence. Pour cela l'augmentation de la température à la surface du globe doit être limitée à 1,5°C, ce qui déjà ne sera pas sans conséquence. Pas d'autre alternative donc que de réduire de 45% nos émissions de gaz à effet de serre d'ici 2030 et atteindre la neutralité carbone en 2050.
C'est vrai pour la France où l'on constate depuis 2015 la relance d'une augmentation de nos émissions due à une forte utilisation des énergies carbonées. L'accumulation de ces retards sont très préjudiciables à la qualité de la vie de toutes et tous. Le climat est une affaire trop sérieuse pour être laissée entre les mains de dirigeants, même les mieux intentionnés. Au contraire l'écologie, le climat ont besoin, au quotidien et dans tous les domaines (énergie, agriculture, forêts, océans, transports, industries et bâtiments...), de l'intervention solidaire de femmes et d'hommes, de citoyen·ne·s et de salarié·e·s toujours plus actifs et déterminés à mettre en cause le système productif dominant planétaire responsable du réchauffement climatique. Face aux bons mots de Macron sur la scène internationale, l'heure est à la mobilisation de tous les secteurs de la société. Or c'est pourtant le moment où l'homme désigné « champion de la Terre » ampute le ministère de l'Environnement de plus de 1300 fonctionnaires. C'est inconcevable !
Plus que jamais, la lutte contre le réchauffement climatique ici, en Europe et dans le monde exige la fin des politiques d'austérité. Contre l'égoïsme d'une minorité, notre place est dans la rue pour exiger une autre politique de progrès social et écologique. L'humanité n'attend plus, elle se mobilise !
"9 millions de pauvres, 1 million d'enfants qui vivent sous le seuil de pauvreté, 1 Français sur 5 qui n'a pas de quoi manger 3 repas équilibrés par jour. Que fait le gouvernement ? Il est occupé à jouer au jeu des petits chevaux depuis 1 semaine..."
La loi Pacte (plan d’action pour la croissance et la transformation des entreprises) qui a "pour but de transformer les entreprises", a été adopté en première lecture à l’Assemblée Nationale le 9 octobre. (361 ont voté pour, 84 ont voté contre et 103 se sont abstenus).
Avec humour, le député communiste Pierre Dharréville, a expliqué pourquoi son groupe n’a pas voté cette la loi Pacte dont il a résumé le fond au refrain "Chacun fait fait fait c’qui lui plait plaît plaît"...
Extraits :
Article 1, nouveau guichet : un employeur vient d’arriver, y’a plus personne pour lui parler, encore moins pour l’accompagner Article 3, faut simplifier : annonces dématérialisées. La presse écrite pourra pleurer. On a quoi de prévu pour l’aider ? Article 4 : plus obligé, pour l’artisan qui veut s’installer, de faire un stage, de se former. C’était pourtant bien indiqué. Article 6 : seuils réformés. Ils donnent des droits aux salariés, ces seuils sociaux si décriés, par le MEDEF et ses alliés. Article 9 : radars débranchés. Les comptes seront exonérés de devoir être certifiés. Sous 8 milliards, cinquante salariés Article 12 : c’est supprimé, l’obligation d’un compte dédié rien que pour leurs activités, pour les entrepreneurs isolés. Article 13 : modernisées, les CCI, ou dézinguées ? « Chacun fait, fait, fait, c’qui lui plaît, plaît, plaît ! » Article 20 : sur les marchés, l’épargne retraite sera plus placée. Pour l’employeur exonérée, pour la Sécu, volatilisée ! Articles suivants, débridés, pour plaire aux marchés financiers Article 30 : la CDC sera toute remodelée. Articles d’après : les brevets, les équilibres modifiés, privatisation d’ADP, la FDJ va y passer, d’Engie les parts seront cédées, le forfait social supprimé. On ne sait plus où on en est ! « Chacun fait, fait, fait, c’qui lui plaît, plaît, plaît ! »...
"On s’arrête là ; fini la soirée mousse ! On vous aura vus faire, en effet, beaucoup de mousse pour vanter la révolution à l’œuvre et ses immenses mérites, une révolution libérale, accompagnée de quelques faux-semblants. On l’aura entendu, ce refrain, cette injonction à arrêter d’empêcher, à libérer, à laisser chacun faire « c’qui lui plaît, plaît, plaît » – enfin, seuls ceux qui peuvent, évidemment."
"Concernant le coût de cette réforme : vous n’en savez vous-mêmes rien de précis, mais il s’élèvera au moins à 1 milliard d’euros, sans compter ce que coûteront les opérations de fusion-acquisition. Ensuite, de la fragilisation économique qui résultera de la suppression des règles et des garde-fous qui sécurisaient les échanges, les relations économiques et le développement des petites entreprises, qui en sortiront fragilisées."
"Quelques mots encore de la suppression de droits pour les salariés et du financement de ces droits – je pense au logement et à la Sécurité sociale. Vous encouragez le contournement du salaire, et vous avez vilipendé les augmentations – cette vilaine idée ! – et le salaire différé et socialisé – ce concept grossier ! Il va vous falloir quelques cours de rattrapage en pouvoir d’achat, je le crains".
"Quelques mots, enfin, des privatisations irresponsables des entreprises bien-portantes et stratégiques, chacune dans leur champ : la dérégulation du jeu, des transports et de l’énergie est au rendez-vous. Les tarifs réglementés seront rayés sans débat, d’un trait de plume."
"Nous vivons sous la pression du dumping social, fiscal, environnemental : le marché cherche en permanence à amoindrir les règles pour se livrer à cette guerre économique qui réduit toutes les dépenses, sauf la rémunération du capital. Votre projet de loi glorifie ce règne du dumping ; nous, nous voulons y mettre fin et changer de mode de développement, de production et de consommation, pour mieux respecter l’humain et la planète"...
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Favoriser l'expression des idées de transformation sociale du parti communiste.
Entretenir la mémoire des débats et des luttes de la gauche sociale.
Communiquer avec les habitants de la région de Morlaix.