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13 mars 2019 3 13 /03 /mars /2019 07:11
Défense des associations: être à la hauteur de l'engagement citoyen (Marie-Georges Buffet, députée communiste, ancienne ministre de la jeunesse et des sports, L'Humanité, 12 mars 2019)

être à la hauteur de l’engagement citoyen

Marie-George Buffet

Députée PCF de Seine-Saint-Denis et ancienne ministre de la Jeunesse et des Sports

Le monde associatif n’a pas mis longtemps à comprendre comment se traduirait pour lui l’arrivée du « nouveau monde » au pouvoir. Baisse du budget dédié au développement de la vie associative, fin brutale des contrats aidés, recours toujours aussi massif aux appels à projet et baisse des subventions pluriannuelles : voilà la mise en marche de l’affaiblissement d’un secteur apparaissant de plus en plus comme un pilier fondamental de l’État dans la mise en œuvre de ses politiques publiques.

Le monde associatif représente 1,3 million de structures, 13 millions de bénévoles et pratiquement 1,9 million de salariés dans 163 400 associations employeuses. Derrière ces chiffres se cache une utilité sociale difficilement quantifiable mais tellement importante, tant les associations apparaissent comme le lien vital à la cohésion de notre pays. Lorsque l’État se désengage, il se tourne le plus souvent vers le monde associatif pour prendre le relais de ses actions. C’est ainsi que les associations payent deux fois le prix des politiques comptables de l’État. D’une part, parce qu’elles assument pleinement le rôle qu’il ne veut plus remplir et que les collectivités territoriales ne peuvent plus assumer. D’autre part, parce qu’il leur est donné de moins en moins de stabilité financière.

En juillet 2017, soit seulement quelques mois après l’arrivée d’Emmanuel Macron au pouvoir, la baisse brutale des contrats aidés a déstabilisé durablement les structures associatives. Au nombre de 459 000 en 2017, les contrats aidés ont été réduits à seulement 200 000 en 2018. Leur prise en charge par l’État a également chuté, passant de 60 % à 85 % du Smic horaire brut avec les anciens contrats à 50 % de prise en charge avec les nouveaux Parcours Emploi Compétences. Si les contrats aidés n’étaient pas toujours le dispositif le plus adapté pour leurs bénéficiaires, ils permettaient néanmoins aux associations de pallier le désengagement des pouvoirs publics. C’est pour cela que je réclame la mise en place de véritables emplois associatifs qualifiés, en parallèle des dispositifs d’insertion.

D’autres mesures ont eu un impact conséquent sur les ressources des associations. La réserve parlementaire représentait environ 50 millions d’euros reversés par les parlementaires aux associations actives dans leur circonscription. Lorsque la fin de cette réserve a été adoptée, seulement 25 millions supplémentaires sont venus abonder, en 2018, le Fonds pour le développement de la vie associative afin de compenser cette suppression.

Enfin, la transformation progressive des subventions pluriannuelles en appels à projet qui a eu lieu ces dernières années, doit cesser car elle dévoie le fait associatif, obligeant les structures à se contorsionner pour être éligibles au financement. Il convient ainsi de redonner aux associations plus de visibilité financière pour qu’elles développent leurs propres actions sans les considérer comme de simples prestataires de l’État.

Le gouvernement et sa majorité doivent renouer le lien de confiance entre l’État, le monde associatif et les bénévoles qui le font vivre. Leur engagement doit être mieux valorisé, le fait associatif doit être respecté et, surtout, il faut cesser de demander aux associations de remplir des missions qui, normalement, incombent à la puissance publique. Ce n’est qu’à ces conditions que l’État sera enfin à la hauteur des femmes et des hommes qui s’engagent au quotidien au service des autres.

Défense des associations: être à la hauteur de l'engagement citoyen (Marie-Georges Buffet, députée communiste, ancienne ministre de la jeunesse et des sports, L'Humanité, 12 mars 2019)
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13 mars 2019 3 13 /03 /mars /2019 06:58
Refus de la suppression de la prise en compte des ressources du conjoint dans le calcul de l'allocation adulte handicapé -  La lâcheté de nos gouvernants (Marcel Nuss, Blog Médiapart)

 

Marie-George Buffet , députée communiste, vient de proposer la suppression de la prise en compte des ressources du conjoint dans le calcul de l'AAH. La droite, majoritaire dans cette chambre, alliée à la majorité présidentielle, a voté contre ce projet de loi.

Une fois de plus le projet de loi demandant la suppression de la prise en compte des ressources du conjoint pour le calcul de l’Allocation aux Adultes Handicapés (AAH) a été rejeté.

(...)

L’Allocation Adulte Handicapés, à l’instar de tous les minima sociaux, est sous le seuil de la pauvreté. Et son ultime augmentation de ce quinquennat, prévue pour novembre 2019, n’y changera rien avec ses 900 € par mois. Ça mettra juste un peu de baume sur le quotidien de centaines de milliers de personnes, en leur ôtant un peu de pression. Et ce n’est pas du luxe au vu de l’inflation du coût de la vie.

De toute façon, ce n’est dans les plans d’aucun gouvernement, depuis que l’AAH existe (1975, loi Veil), de lui faire dépasser le seuil de pauvreté. Les minima sociaux, vous font bien signifier que vous avez la chance de bénéficier de la bonté étatique. Il s’agit donc bien de vous maintenir dans la précarité ; on vous octroie le minimum vital parce qu’on est humain, démocrate et qu’on se pense humaniste et solidaire. Une solidarité qui vous signifie tous les jours que vous n’êtes qu’un précaire, un rebut de la société, qui ne doit jamais oublier qu’il est redevable à la charité publique.

Ce gouvernement ambitionne de faire des « handicapés » des citoyens comme les autres, disent-ils une main dans le portefeuille et l’autre sur le cœur, des assistés ou des travailleurs.

La proposition de loi déposée par Marie-Georges Buffet (PC), et soutenue par (seulement) 80 députés, avait pour but de « mettre fin au lien de dépendance financière entre le bénéficiaire de l’AAH et son conjoint. » Car, dès 1125 € de revenus par mois, pour le conjoint, l’AAH commence à être amputée jusqu’à 0 € à partir de 2200 € de revenus (on trouve normal qu’un couple vive avec moins que le SMIC). De plus, la revalorisation de l’AAH ne bénéficie, totalement ou partiellement, qu’à 60 % des couples. Pour avoir les 100 %, il vaut mieux… que les deux partenaires aient l’AAH ! 900 €, un effet d’annonce macronien.

En fait, ce qui chagrine ce gouvernement, c’est que l’AAH est le minima social le plus avantageux à plus d’un titre, donc le plus coûteux. Et pour faire passer la pilule, par la voix de Sophie Cluzel, il est est prêt à toutes les contorsions rhétoriques, se targuant de vouloir « reconnaître dans les citoyens en situation de handicap des citoyens à part entière et non des citoyens à part. » Ajoutant : « Je m’élève contre l’idée d’un droit toujours plus spécifique : je veux que l’on tende au droit commun. »

Droit commun, tout est dit ! Sauf qu’avoir un handicap, c’est tout sauf commun, elle devrait le savoir la ministre. Au contraire, elle invoque le fait que : « L’AAH s’articule avec les solidarités familiales, notamment la solidarité entre époux reconnue par le droit civil et qui constitue un principe de base de notre modèle social ».

Tout ceci mérite plusieurs remarques. D’une part, les suffragettes se sont battues avec raison pour ne plus être sous le joug financier de leur mari. Pourquoi les personnes handicapées devraient-elles être financièrement à la merci de leur conjoint.e, en plus d’en dépendre physiquement ? Rejeter ce projet de loi, c’est estimer normal d’humilier, de rabaisser et de réduire les personnes handicapées à leur handicap.

D’autre part, afficher l’ambition de mettre les « handicapés » au travail (mais pas de les sortir des institutions, comme le préconise Catalina Devandas Aguilar, dans un rapport de l’ONU sur la situation des personnes handicapées en France) sous prétexte d’inclusion, c’est l’église qui se fout de la charité. L’inclusion n’est pas le souci du gouvernement, sinon il s’y prendrait autrement. Et Madame Cluzel, à l’instar du gouvernement, est tout à fait consciente de cette réalité. Il y a les personnes qui sont dans l’incapacité de travailler, celles que le système institutionnel a tellement broyées qu’elles sont trop assistées pour trouver les ressources de travailler et les centaines de milliers qui ne trouvent pas de travail en raison de… leur handicap.

(...)

Lu sur le blog Médiapart de Marcel Nuss

 Questions sociales et santé : suppression de la prise en compte des revenus du conjoint dans la base de calcul de l’allocation aux adultes handicapés - Rapporteure : Marie-George Buffet

(projet de loi déposé en mars 2019)

Allocations aux Adultes Handicapées, et si on ne comptait pas les ressources du conjoint? - une proposition de loi déposée par Marie-George Buffet

Allocations aux Adultes Handicapés, et si on ne comptait pas les ressources du conjoint ?
DANIEL ROUCOUS
JEUDI, 25 JANVIER, 2018
La conférence de presse de Marie-George Buffet entourée de député(e)s co-signataires de sa proposition de loi le 23 janvier 2018 à l'Assemblée Nationale
La conférence de presse de Marie-George Buffet entourée de député(e)s co-signataires de sa proposition de loi le 23 janvier 2018 à l'Assemblée Nationale

C’est l'objet de la proposition de loi déposée au Parlement par Marie-George Buffet cosignée par une cinquantaine de députés de tous bords.

Des députés FI, LR, LRM, UDI, MODEM, GDR, PCF se sont associés à une initiative transpartisane visant à supprimer la prise en compte des revenus du conjoint dans le calcul de l'Allocation adulte handicapé -    , présentée le 23 janvier 2018 par Marie-George Buffet, auteure d’une en ce sens.

Selon elle,  « Il faut que cette allocation puisse garantir l'autonomie de la personne » et « mettre fin à la prise en compte des revenus du conjoint »qui place le bénéficiaire « dans une situation de dépendance ».

En effet, « un bénéficiaire de l’AAH commence à perdre son allocation à partir du moment où son conjoint (sa conjointe) dispose de 1 126 euros par mois, c’est-à-dire même pas le Puis c’est dégressif, jusqu’au moment où le conjoint gagne 2 200 euros et là, vous n’avez plus rien», argumente la députée PCF.

Elle a donc demandé au président de l’Assemblée nationale, François de Rugy, que » la proposition de loi (qu’il a dans ses tiroirs depuis le 6 décembre 2017), fasse l’objet de la mise en place d’une commission spéciale et soit inscrite à l’ordre du jour de l’Assemblée nationale. »

En attendant que cette proposition appuyée par les associations de personnes handicapées - - devienne force loi rappelons que le Gouvernement a promis de porter l’AAH de 810,89 euros par mois actuellement pour un bénéficiaire vivant seul à 900 euros en novembre 2019 Notre article  

Cependant il faut savoir que :

-  les demandeurs d’emploi handicapés  ne peuvent plus cumuler l’AAH avec l’allocation de solidarité spécifique,  

- le niveau de ressources garanti à un couple comptant un bénéficiaire de l’AAH devrait être aligné sur le niveau de ressources moins favorable garanti aux autres bénéficiaires de 

La suppression de la prise en compte des revenus du conjoint dans le calcul de l’AAH serait donc la bienvenue  pour les 250 000 bénéficiaires en couple et ceux qui ne le sont pas de peur de perdre en tout ou partie ce minimum social.

Journaliste, rubrique "Vos droits"

Fi

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13 mars 2019 3 13 /03 /mars /2019 06:52

80 personnes pour le café-citoyen avec Patrick Le Hyaric, Glenn Le Saoût, Cindérella Bernard à Roscoff ce samedi 2 mars sur l'Europe et les Conséquences du Brexit au bar restaurant C'est Ici! sur le port du Bloscon

Très beau café-citoyen sur l'Europe et les enjeux et conséquences du Brexit hier à Roscoff, au bar-restaurant, C'est ici! , qui nous a reçu très chaleureusement avec son propriétaire Vincent et ses employés, avec 80 personnes présentes pour échanger avec Patrick Le Hyaric, Glenn le Saout , Cindérella Bernard candidats du PCF aux élections Européennes du 26 mai prochain. L'échange a été extrêmement riche. Patrick Le Hyaric passionnant et très percutant sur les fondements de cette Europe du capital et de la mise en concurrence de tous contre tous et la nécessité d'en révolutionner les bases!

Auparavant, Patrick Le Hyaric, Glenn Le Saout et Ismaël Dupont avaient rencontré Eddy Pierres, co-fondateur de Wart et de Panoramas, pour évoquer la problématique des Festivals face aux nouvelles normes réglementaires sécurité et son, et aux surcoûts que ça engendre.  

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13 mars 2019 3 13 /03 /mars /2019 06:47
Privatisation. Aéroports de Paris, les dangers d’une cession en eaux troubles
Mardi, 12 Mars, 2019

La loi Pacte, qui revient demain à l’Assemblée nationale, organise la braderie d’Aéroports de Paris (ADP). La rentabilité à court terme semble être la seule priorité du gouvernement au détriment du maintien du service public, mais aussi de la sécurité.

La loi Pacte passera ce mercredi en deuxième lecture à l’Assemblée, après avoir été retoquée au Sénat à cause d’un article en particulier : la privatisation d’ADP. Malgré l’opposition franche de nombreux élus, elle pourrait être définitivement adoptée avec tous les risques se profilant pour les salariés, les usagers comme pour l’État.

1 Un manque à gagner important

Si le gouvernement ne cesse de mettre en avant le pactole de 8 milliards d’euros que la cession de ses parts dans Aéroports de Paris lui procurerait, c’est bien la puissance publique qui risque de finir en dindon de la farce. En cas de privatisation, l’État, actionnaire à hauteur de 50,6 % d’ADP, se priverait de recettes substantielles. Les aéroports parisiens, deuxième groupe aéroportuaire européen derrière British Airports en nombre de passagers, ont réalisé en 2018 un bénéfice de 610 millions d’euros, soit une hausse de 6,9 % par rapport à l’année précédente. « ADP est en plein développement. Premier exploitant mondial d’aéroports, l’entreprise accueillera près de 120 millions de visiteurs à l’horizon 2022 en France, le cours de son action a crû de 160 % en cinq ans, son taux de 7 % de profit lui permet de générer pour l’État 175 millions d’euros de dividendes, en constante progression », soulignaient 250 élus socialistes et apparentés dans une tribune parue dans le Parisien, dimanche. Au-delà de ce manque à gagner, la puissance publique devra en plus indemniser les actionnaires minoritaires à hauteur de 1 milliard d’euros.

2 Une sécurité mise en péril

Première frontière du pays, les aéroports parisiens craignent pour le maintien de leur niveau de sûreté avec la mainmise d’un concessionnaire privé. Sur place, quatre polices, celles de l’air et des frontières, des transports, la police aéroportuaire ou encore la douane, assurent ces différentes missions. Comme l’explique Daniel Bertone, secrétaire de la CGT Aéroports de Paris (ADP), « l’État a un rôle de coordination. S’il n’est plus actionnaire, ça pourrait augmenter les délais de décision et affaiblir la synergie. Les exigences en matière de sécurité ne seront plus les mêmes avec une entreprise privée qu’avec un service public. Comme il n’y avait pas assez d’agents de contrôle aux frontières, ADP a financé récemment des portiques. Je ne vois pas une société privée faire ça ». Aujourd’hui, le pouvoir de police de sûreté des usagers et des passagers est déjà sous-traité. Les contrats, renouvelés tous les trois ans, sont contrôlés par ADP, mais ensuite ? « À chaque fois, leurs acquis sociaux sont remis en cause. Avec l’obligation de rentabilité rapide liée à la privatisation, ça ne risque pas de s’arranger ! Nous sommes aussi au-dessus de la réglementation pour certaines procédures de contrôle, pas sûr que cela dure… » conclut le syndicaliste.

3 La désastreuse privatisation de Toulouse-Blagnac

Dans un rapport de l’an dernier, la Cour des comptes avait critiqué le processus de privatisation de l’aéroport de Toulouse-Blagnac (SATB), lancé en 2014 alors qu’Emmanuel Macron était à Bercy. Des actionnaires de Casil Europe, holding créée par un groupe chinois et un fonds d’investissement hongkongais, avaient alors racheté à l’État 49,9 % du capital. Les sages de la rue Cambon pointent de nombreux écueils : « Un manque d’expérience en matière de gestion aéroportuaire », « un acquéreur dont le profil soulève des inquiétudes » et « un manque de transparence financière ». Moins de quatre ans plus tard, les actionnaires chinois de Toulouse-Blagnac ont cédé leur participation, avec au bout une plus-value alléchante, dont le montant n’a pas été dévoilé. Vinci serait sur les rangs pour racheter à la holding Casil Europe 49,99 % du capital. De leur côté, les syndicats CGT, Solidaires et FSU ont saisi la justice pour empêcher une nouvelle vente à la découpe : « Notre objectif est de faire en sorte que la revente soit impossible et éviter qu’un fonds vautour ne prenne le contrôle de l’aéroport », a indiqué maître Lèguevaques, conseil des organisations syndicales. Une audience en référé devant le tribunal de commerce de Paris est prévue ce mercredi.

4 un énorme propriétaire foncier

Contrairement aux aéroports régionaux administrés par le privé, ADP est propriétaire de terrains d’une superficie totale de 6 686 hectares. C’est le premier propriétaire terrien au nord et au sud de Paris. Outre les espaces dévolus aux activités aéronautiques, ADP possède 1 125 000 m2 de surface utile commercialisable, qui comprend notamment le complexe immobilier Roissypôle, des immeubles de bureaux et des hôtels. Bref, celui qui décrochera la mise aura bien plus dans sa besace que la simple gestion des trois aéroports franciliens. « On fait partie de ces communes riveraines de l’aéroport de Roissy et ADP est propriétaire de foncier aménagé et vierge sur notre territoire, cela nous pose de vraies questions d’aménagement, explique Charlotte Blandiot-Faride, maire PCF de Mitry-Mory. Alors que la construction d’un nouveau terminal est en discussion, il est important pour nous que l’État garde son droit de regard et de maîtrise. Certes, Roissy est un pôle dynamique, mais pour les riverains, cela pose déjà de vrais problèmes de sécurité, de qualité de l’air et de circulation. »

Pierric Marissal, Loan Nguyen, Cécile Rousseau et Lola Ruscio
Un cadeau mirobolant au privé

Trois consortiums, jusqu’à maintenant, ont fait part de leur intérêt pour les aéroports parisiens, dont l’un porté par le géant Vinci, qui exploite déjà une quarantaine d’aéroports dans le monde. Les conditions sont particulièrement alléchantes. La durée de concession, fixée à 70 ans, revient à laisser la mainmise à un groupe privé de manière quasi permanente et, pour l’État, à se priver de la possibilité de reprendre le contrôle en cas de dysfonctionnement ou de changement d’orientation politique à la tête de l’exécutif.

Privatisation: Aéroports de Paris, les dangers d'une cession en eaux troubles (L'Humanité, 12 mars 2019)
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13 mars 2019 3 13 /03 /mars /2019 06:43
Pour le Défenseur des droits, le recul des services publics «sape la cohésion sociale»
Par

Entre privatisation, décentralisation, dématérialisation et réductions budgétaires, le rapport d’activité annuel du Défenseur des droits dénonce les effets néfastes de « l’évanescence croissante des services publics sur les personnes pour lesquelles ils constituent souvent le principal recours ».

Le Défenseur des droits Jacques Toubon dresse, dans son rapport d’activité 2018 publié mardi 12 mars, un tableau sombre des services publics français, de plus en plus réduits, éloignés des citoyens, complexes et difficiles d’accès.

Avec 55 785 plaintes, un chiffre en hausse de 10,3 % sur un an, les « relations avec les services publics » représentent plus de la moitié des quelque 100 000 saisies du Défenseur des droits. « Ces réclamations font du Défenseur des droits un lieu d’observation privilégié des difficultés rencontrées par les usagères et usagers des services publics et des atteintes portées à leurs droits fondamentaux, mais aussi, à travers elles, des inégalités et des maux de la société dont elle est le reflet », explique le rapport.

Ces maux ne datent pas d’hier et « renvoient souvent à des problèmes plus profonds, d’ordre systémique. Ils constituent les “signaux faibles” émis par la société française, souvent “invisibles” des responsables politiques et administratifs nationaux, faute d’être appréhendés de manière globale ». La réduction du périmètre des services publics, les réductions budgétaires d’un côté et la progression de la pauvreté et de l’exclusion de l’autre ont des effets dévastateurs sur la cohésion sociale. Résultat, « en 2018, le Défenseur des droits a constaté, une fois encore, (…) les effets néfastes de l’évanescence croissante des services publics sur les personnes pour lesquelles ils constituent souvent le principal recours ».

Cette évanescence est tout d’abord le fruit d’une réduction du « périmètre des services publics » par « la privatisation des services organisés en réseau, tels que la poste, les télécommunications, l’eau, le gaz, l’électricité, les services urbains ou les transports publics ».

Parallèlement à cette privatisation, l’État s’est également déchargé de ses obligations en déléguant « certains services publics, en particulier dans le domaine de l’action sociale et de l’aide à domicile des personnes en perte d’autonomie » à « des associations à but non lucratif de plus en plus mises en concurrence avec des sociétés privées dans le cadre de procédures d’appel d’offres où les critères financiers s’avèrent prédominants ».

Les services publics restant sous le giron de l’État ont quant à eux été « confrontés à une restriction de leurs moyens budgétaires, y compris dans le domaine social, couplée à une transformation de leurs modes d’intervention appelés à être plus efficients ».

Affaiblis par la réduction de leur périmètre et de leurs budgets, les services publics ont cependant dû faire face « au développement des inégalités, de l’exclusion de la pauvreté », explique le rapport. « Les personnes “exclues” sont apparues massivement dans les services publics : non seulement aux guichets des services sociaux et des organismes de logement, mais également dans les services de santé, d’éducation, dans la justice, etc., tous sont confrontés à la multiplication de situations d’urgence. »

Et beaucoup d’administrations n’ont pas les moyens de faire face à l’afflux de demandes. « Confrontés à l’essor de la pauvreté, les services publics, en particulier sociaux, ont tenté de faire face à l’afflux des demandes en développant le traitement de masse de dossiers, explique le rapport. La standardisation des modes de traitement des demandes de prestation d’allocations ou de pensions, alliée au souci de performance des différents opérateurs évalués à partir d’objectifs quantifiables et statistiques, fait obstacle au traitement individualisé des dossiers. Or les situations individuelles des personnes les plus précaires, qui constituent des cas d’urgence majeurs, sont souvent complexes. »

Le rapport cite particulièrement l’exemple « des réformes successives des régimes de retraite mises en œuvre à partir de 1993. Les évolutions législatives se sont enchaînées à un rythme soutenu. Elles ont systématiquement entraîné une augmentation du nombre de départs à la retraite et des demandes de pension que de nombreux organismes n’ont pas été en mesure de gérer dans des délais raisonnables (…). Des personnes assurées sont ainsi restées dans l’attente de la liquidation effective de leur avantage vieillesse plusieurs mois après leur cessation d’activité, ce qui, pour celles à revenus modestes, a pu poser des difficultés insurmontables ».

Le rapport du Défenseur des droits s’inquiète également d’une « répartition géographique des services publics décorrélée des besoins des usagers ». « Derrière la logique budgétaire et le souci de rationalisation qui conduisent à la fermeture de guichets de services publics dont dépend l’accès aux droits des personnes les plus précaires, se profilent de nombreuses situations individuelles », prévient-il.

Le Défenseur des droits s’inquiète notamment du projet de loi de programmation 2018-2022 et de réforme pour la justice qui prévoit « la suppression des tribunaux d’instance » qui « poserait des difficultés d’accès au juge, en particulier, pour les populations les plus vulnérables. Ces tribunaux traitent des litiges du quotidien et notamment des matières touchant les personnes les plus fragiles (mesures de protection, surendettement, baux d’habitation, crédits à la consommation…) ».

Le rapport s’inquiète également du développement des « “déserts médicaux” dont les effets sur le droit fondamental à la santé sont indéniables ». Le Défenseur des droits a été saisi de « témoignages, des “appels à l’aide” qui émanent d’usagères et d’usagers ne parvenant pas à trouver un nouveau médecin traitant, un ou une spécialiste, un infirmier ou une infirmière à domicile ».

La réduction des services publics, leur éloignement, leur complexité et leur dématérialisation contribuent à un sentiment d’abandon, une « fatigue d’être usager », des citoyens les plus défavorisés qui, de plus en plus, renoncent même à faire valoir leurs droits. « En s’effaçant peu à peu, les services publics qui, en France, constituent un élément essentiel du consentement à l’impôt, hypothèquent la redistribution des richesses et le sentiment de solidarité, sapant progressivement la cohésion sociale », prévient le Défenseur des droits.

 

Pour le Défenseur des droits, Jacques Toubon, le recul des services publics sape la cohésion sociale (Jerôme Hourdeaux, Médiapart, 12 mars 2019)
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12 mars 2019 2 12 /03 /mars /2019 20:21

Grand débat : Le PCF reçu par le Premier ministre samedi pour présenter ses 10 propositions pour la France

Le mouvement des gilets jaunes porte des revendications légitimes pour l'ensemble des français et les mobilisations, auxquelles nous avons participé, sont indispensables.

Depuis le premier jour, le PCF s'est emparé du sujet en organisant des débats partout en France et en récoltant des milliers de revendications issues des cahiers de doléances mis à disposition de la population.

A partir de ces revendications, le PCF a travaillé 10 propositions pour la France.

Samedi 16 mars à 10h00, place Chassaigne-Goyon à Paris, le PCF organise un rassemblement pour présenter ses 10 propositions.

Une délégation de 10 personnes, communistes, élu-es ou issues du monde du travail sera reçue par le Premier ministre, samedi 16 mars 2019 à 12h00 à Matignon.

Elle remettra et présentera les 10 propositions pour la France, au Premier Ministre.

Paris, le 12 mars 2019.

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12 mars 2019 2 12 /03 /mars /2019 16:00

Leïla Shahid, ancienne déléguée générale de la Palestine en France (1994-2005) et ambassadrice de la Palestine auprès de l’Union européenne (2005-2015)

Chers amis du journal l’Humanité, les journalistes, les administrateurs et même les lecteurs et lectrices, dont je fais partie depuis quarante-cinq ans seulement ! En ces jours si difficiles où le sort de votre journal, qui est un peu aussi notre journal, se joue, je tiens à vous dire de Beyrouth, où je réside dorénavant, combien je suis solidaire avec vous tous et combien j’espère que vous trouverez les solutions qui permettront au journal de continuer à vivre. Comme je vous ai dit, j’ai commencé à lire l’Humanité à mon arrivée à Paris en 1974, comme étudiante. Je n’ai jamais cessé depuis. J’y ai toujours trouvé une couverture et des analyses qui m’ont permis de comprendre les luttes sociales, politiques et culturelles en France, et en même temps l’analyse des questions internationales comme celles de la Palestine et du tiers-monde. L’Humanité est plus qu’un journal, c’est une vision de notre société française, européenne et internationale. L’Humanité participe à créer entre ses lecteurs un désir d’actions citoyennes qui fait de nous des acteurs dans nos sociétés et pas seulement des lecteurs avertis. C’est toute la différence. Dans un moment où les luttes en France témoignent d’une crise politique, sociale, économique profonde, où la lutte essentielle contre l’antisémitisme provoque chez certains des amalgames dangereux, où la scène internationale devient de moins en moins lisible, les analyses et décodages de vos journalistes et chroniqueurs et chroniqueuses sont indispensables pour nous, lecteurs et lectrices. J’émets les vœux les plus sincères pour des solutions réalistes et efficaces pour sauver votre journal, notre journal, de cette crise qui frappe d’ailleurs un grand nombre de titres de la presse française. Je serais très heureuse d’y contribuer, si je peux.

Message de soutien de Leïla Shahid, ancienne déléguée générale de la Palestine en France (1994-2005), pour sauver L'Humanité
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12 mars 2019 2 12 /03 /mars /2019 15:51
Mineurs étrangers. Va t-on enfin en finir avec les tests osseux? - Emilien Urbach, L'Humanité, 12 mars
Mineurs étrangers. Va-t-on enfin en finir avec les tests osseux ?
Mardi, 12 Mars, 2019

Saisi par la Cour de cassation, le Conseil constitutionnel se penche aujourd’hui sur la validité de ces examens, toujours utilisés en France pour déterminer la minorité des jeunes exilés, malgré les nombreuses critiques sur leur fiabilité.

Jugés « invasifs et non fiables » par le Défenseur des droits, les tests osseux, auxquels sont régulièrement soumis les mineurs étrangers non accompagnés, sont-ils constitutionnels ? Les sages doivent se prononcer sur cette question aujourd’hui. Le Conseil constitutionnel a été saisi par la Cour de cassation, qui a lui transmis une question prioritaire de constitutionnalité (QPC) soulevée par le cas d’un jeune exilé Guinéen, en décembre dernier.

À son arrivée en France, en 2016, Adama est confié aux services de protection de l’enfance de l’Ain. Il déclare avoir 15 ans. Mais le conseil départemental, en charge de l’Aide sociale à l’enfance (ASE), doute et souhaite le soumettre à un examen radiologique de la main ou du poignet afin de déterminer s’il est mineur ou non. Adama refuse. Courant 2017, un juge pour enfant en déduit qu’il est majeur et met un terme à sa prise en charge par l’ASE. Le jeune homme fait appel et accepte, cette fois, de subir le fameux test osseux. La cour d’appel de Lyon interprétera les résultats en lui attribuant un âge situé… entre 20 et 30 ans. Adama décide alors de se pourvoir en Cassation et ses avocats de poser la QPC.

Pour Isabelle Zribi, conseil du jeune homme, le recours à ces tests « porte atteinte à la protection de l’enfance, au droit à la santé et à la dignité ». Elle insiste également sur « la très large marge d’erreur » qu’ils comportent, risquant de « priver des mineurs de la protection de l’État et de les livrer à la rue ».

En France, des hôpitaux publics refusent de pratiquer ces tests

Inscrite au Code civil, article 388, par un coup de force, en novembre 2015, de Bernard Cazeneuve, alors ministre de l’Intérieur, face à la commission des Affaires sociales de l’Assemblée nationale qui demandait son interdiction, cette pratique est sévèrement décriée par les associations et par une grande partie du corps médical. Dans leur grande majorité, les médecins jugent ces tests obsolètes car basés sur des données statistiques collectées dans les années 1930-1940, sur une population américaine et bien portante. Ils comporteraient, de plus, une marge d’erreur d’au moins 18 mois pour les 16-18 ans… En Suisse, les radiologues ont décidé de ne plus les pratiquer et, en France, à Nîmes et à Brest par exemple, des hôpitaux publics s’y refusent aussi.

« C’est surtout leur interprétation soumise à une suspicion généralisée à l’égard de ces jeunes qui fait souci », dénonce Violaine Husson, en charge de la protection des mineurs à la Cimade. Selon la loi, ces examens ne doivent être pratiqués qu’en dernier ressort, avec le consentement des personnes concernées. Leurs « conclusions, qui doivent préciser la marge d’erreur, ne peuvent à elles seules permettre de déterminer si l’intéressé est mineur, précise l’article du Code civil. Le doute profite à l’intéressé ». Dans la pratique, certains départements usent de ces examens de façon systématique et concluent le plus souvent à la majorité des jeunes qui y sont soumis. « Ils peuvent déposer un recours devant un juge pour enfants, continue Violaine Husson. Mais les délais sont longs et, pendant ce temps, ces enfants sont considérés comme des adultes expulsables. »

Les documents d’état civil, présentés par les intéressés, souvent contestés

Les détournements de la loi par les conseils départementaux afin de se débarrasser des mineurs isolés ne concernent d’ailleurs pas que ces tests osseux. Les documents d’état civil présentés par les intéressés sont régulièrement contestés et envoyés au service de la fraude documentaire de la police aux frontières. Certains jeunes se voient même soumis à des évaluations de leur puberté, pourtant bannies par le législateur en 2016. « On m’a demandé de me déshabiller dans une pièce, il y avait deux médecins présents », a relaté Lassana au mois de janvier dernier, devant des journalistes du magazine Regards. L’adolescent explique avoir ensuite subi des palpations des parties génitales. Dans l’Hérault, où se seraient déroulés les faits, l’acharnement du département à l’égard de ces jeunes a conduit à l’emprisonnement, pour escroquerie à l’ASE, d’une trentaine d’entre eux depuis 2016.

Constitutionnels ou non, ces tests osseux sont un des rouages de la violente chasse aux étrangers qui se déroule en France et que l’intérêt supérieur d’un enfant ne saurait freiner.

Émilien Urbach
Quinze ans d’indignité

La dénonciation des tests osseux ne date pas d’hier. Saisi en novembre 2004 pour avis, le Comité consultatif national d’éthique pour les sciences de la vie et de la santé déclarait : « Il est inquiétant de voir pratiquer, à des fins judiciaires, des examens dont la signification et la validité n’ont pas été évaluées depuis plus de cinquante ans. (…) L’important est de protéger les enfants, non de les discriminer. »

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11 mars 2019 1 11 /03 /mars /2019 15:55
La compagne d'internement de Guy Môquet, la résistante Odette Nilès, sur la liste de Ian Brossat et du PCF aux Européennes

🔴 Elle est la doyenne de notre liste pour les élections européennes et c’est une fierté pour nous

➡️ Odette Nilès, résistante arrêtée par les nazis en août 1941, compagne d’internement de Guy Môquet et militante associative.

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11 mars 2019 1 11 /03 /mars /2019 15:53
Loi anticasseurs. Droite macroniste et droite LR unies contre le mouvement social
Lundi, 11 Mars, 2019

La loi restreignant la liberté de manifester, déposée par la droite sénatoriale et approuvée par les marcheurs à l’Assemblée, devrait être adoptée définitivement demain, au Sénat. Cinquante organisations alertent contre un texte liberticide.

Dans le contexte des gilets jaunes, il fallait délivrer un texte « rapidement » pour « rétablir l’ordre public ». Voilà le principal argument avancé par Bruno Retailleau, patron du groupe « Les Républicains » au Sénat, pour justifier que celui-ci vote la loi dite anticasseurs, demain, au Palais du Luxembourg. Les sénateurs LR et leurs homologues centristes n’apporteront pas la moindre modification au texte adopté par la majorité macroniste de l’Assemblée. Avec une conséquence de taille : cette proposition de loi liberticide sera alors définitivement adoptée par le Parlement. Pour rappel, cette loi visant « à renforcer et garantir le maintien de l’ordre public lors des manifestations », écrite et déposée par la droite sénatoriale, confère aux préfets le pouvoir d’interdire à une personne de manifester. Toute dissimulation volontaire du visage dans un défilé sera passible d’un an d’emprisonnement et de 15 000 euros d’amende.

Un « joli coup », s’est empressé d’applaudir le magazine Valeurs actuelles. En refusant de revenir sur les modifications faites à l’Assemblée, Bruno Retailleau a pris de court la majorité macronienne, qui comptait sur le passage en deuxième lecture à l’Assemblée pour modifier ce texte, une fois que la résistance des gilets jaunes aurait perdu de sa vigueur. Cinquante députés LaREM s’étaient abstenus – un record –, lors de l’examen en première lecture et pensaient avoir suffisamment marqué les esprits pour inverser le rapport de forces au sein du groupe LaREM. « Ce vote est un signal en vue de la deuxième lecture », avait même prévenu Sonia Krimi, députée LaREM de la Manche, sûre de son fait.

Les députés LaRem ont durci le texte du sénateur LR Bruno Retailleau

À ces petits jeux politiciens, il semble que les vieux briscards de la droite sénatoriale aient donné une leçon aux députés macronistes… sur le dos des libertés publiques. Car, au-delà des chicaneries parlementaires, ce rebondissement constitue, d’un strict point de vue factuel, une alliance de la droite macroniste et de la droite LR pour attaquer le mouvement social. Loin d’être anecdotique, ce vote témoigne, au fond, d’une réelle communion d’idées sur la nécessité de conjuguer libéralisme économique et autoritarisme politique. Notons, à ce sujet, que cette proposition de loi, promue par Bruno Retailleau, a été durcie par les députés marcheurs, qui ont étendu la période pendant laquelle le préfet pouvait bannir de manifestations un individu (jusqu’à un mois). C’est ainsi qu’une « loi de circonstance », « anti-gilets jaunes », vouée aux gémonies par Henri Leclerc, président d’honneur de la Ligue des droits de l’homme, mais aussi par Jean-Pierre Mignard et François Sureau, deux avocats proches d’Emmanuel Macron, va devenir une loi générale, intemporelle, gravée dans le marbre du Code pénal.

« Soumettre les participants et les participantes à une manifestation à une fouille systématique, confier aux préfets le pouvoir d’interdire à une personne de manifes ter, y compris sans qu’elle ait connaissance de l’interdiction prononcée et donc sans recours effectif possible, faire d’un visage en partie couvert un délit, voici l’esprit et la lettre de mesures qui sont autant d’empêchements à l’exercice d’un droit essentiel en démocratie : celui de manifester publiquement, collectivement et pacifiquement son opinion. » Telle est l’alerte lancée jeudi par 53 organisations (dont Amnesty International, Attac, la CGT, FSU, Unsa, l’Unef, le Syndicat des avocats de France, le Syndicat de la magistrature, FNE, LDH…) pour appeler « solennellement » le gouvernement et le Parlement « à abandonner ces mesures qui violent les principes les plus fondamentaux de l’État de droit ».

Si la droite sénatoriale, après avoir tenu son rôle de contre-pouvoir dans l’affaire Benalla, maintient sa position demain dans l’Hémicycle, il reviendra au Conseil constitutionnel de juger s’il s’agit d’une loi « anticasseurs » ou « antimanifestants ». « Il est archiprobable qu’elle va nous être déférée », a déclaré son président, Laurent Fabius. Lequel devra en discuter, désormais, avec Alain Juppé, promu à la juridiction suprême. Un homme de droite nommé par le pouvoir macroniste et qui avait appelé les gilets jaunes à « cesser les manifestations » dans sa ville de Bordeaux, où il avait dénoncé les « vandales », « voleurs » et « pillards » lors de l’acte IV du mouvement.

Pierre Duquesne
Loi anticasseurs. Droite macroniste et droite LR unies contre le mouvement social (Pierre Duquesne, 11 mars 2019, L'Humanité)
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