Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
25 mars 2020 3 25 /03 /mars /2020 06:32

 

 

 

De la grippe espagnole de 1918-1919 au coronavirus de 2019-2020

En 1918, une des plus grande pandémie de l'histoire de l'humanité, la grippe espagnole, provoque plusieurs dizaines de millions de morts. Un siècle plus tard, ces évenements font étrangement échos à celle du coronavirus.

En 2019-2020, la crise du coronavirus, nouveau virus grippal apparu en Chine, replace sur le devant de la scène l’Organisation mondiale de la santé (OMS). La grippe, connue depuis l’Antiquité grecque (elle a été décrite par le médecin Hippocrate il y a 2400 ans) est effectivement une maladie très meurtrière. Il y a un siècle, en 1918-1919, l’épidémie de « grippe espagnole » a fait entre 20 et 50 millions de morts dans le monde en deux ans, soit environ quatre à cinq fois plus que le nombre de victimes de la Première Guerre mondiale. C'est la pandémie la plus grave devant la "peste noire" de 1348 (34 millions de morts d'après des estimations). C’est d’ailleurs cette épidémie de grippe espagnole qui a poussé la Société des Nations (SDN) nouvellement créée à instaurer en son sein un Comité d'hygiène, ancêtre de l’OMS.

 

Origine

La grippe dite « espagnole » avait en fait vraisemblablement son origine en Chine, puis elle a muté aux Etats-Unis. Pourquoi alors a-t-elle été appelée « grippe espagnole » ? C’est parce que l’Espagne a été le seul pays à publier librement des informations sur cette épidémie. En effet, l’Espagne, Etat neutre pendant la guerre, n’était pas tenue au secret militaire1.

D’après l’historien Niall Johnson, la grippe espagnole a touché sévèrement l’Inde (18 millions de morts soit 6 % de sa population), la Chine (9 millions) et l’Europe (2,3 millions de morts)2.

Cette maladie a causé une mortalité 10 à 30 fois plus haute que la grippe saisonnière. Elle a été mortelle pour 2 à 5 % des cas. En l’absence d’antibiotiques, la maladie causait souvent la mort au bout de dix jours de symptômes douloureux, sur des individus épuisés et affaiblis3.

Elle a proliféré car les populations n’avaient pas conscience – contrairement à aujourd’hui- des mesures d’hygiène et de précaution élémentaire à prendre : confinement, éloignement distanciel, lavage des mains… A l’époque, la grippe espagnole a été répandue par les paquebots remplis de voyageurs qui traversaient l’Atlantique, et a engendré un foyer épidémique particulièrement vif du côté de Boston et de la Californie. Bientôt, la majorité des grandes villes américaines ont été infectées.

En Europe, le virus a été sans doute apporté par les soldats américains venus en 1917 en renfort pour aider la Triple Entente dans la guerre.

 

Une pandémie mondiale

En 1918, le virus connaît une diffusion exponentielle : en deux semaines, il couvre tout le continent nord-américain. Le mois d’octobre 1918, un mois avant la fin de la guerre, est particulièrement meurtrier, le virus y est très virulent et mortel sur des populations harassées par la guerre. Des personnalités comme le poète Guillaume Apollinaire y succombent. Aux Etats-Unis, c’est la panique, et une infirmière sur quatre meurt du virus.

De l’Europe, le virus se répand jusqu’aux colonies par le biais des paquebots. En novembre 1918, alors qu’on célèbre la fin de la guerre, l’épidémie devient une pandémie mondiale. Elle est présente sur tous les continents. En Afrique et en Asie, la proportion de personnes contaminées oscille entre 30 et 80 %, chiffre énorme, étant donné le faible niveau d’hygiène, la pauvreté et la situation démunie des colonisés. Seule l’Australie parvient à mettre sur pied un système efficace de quarantaine4.

Pourquoi n’a-t-on alors pas beaucoup parlé de cette pandémie dans la presse de l’époque? A cause de la censure de guerre. De fait, la grippe espagnole n’est pas restée très présente dans les mémoires collectives, éclipsée par la mémoire très forte de la Première Guerre mondiale, célébrée ensuite par les cérémonies officielles et par les anciens combattants.

Après une accalmie en décembre 1918, l’épidémie reprend de la vigueur en 1919. Certains pays restent même touchés jusqu’en 1920. Parmi les bizarreries liées aux phénomènes de rumeurs, et des mouvements de panique, le prix du rhum, réputé antidote, flambe.5

Pourquoi cette grippe est-elle apparue à ce moment-là ? Comme le rappelle le Pr Berche, cela s’explique par «de mauvaises conditions sanitaires, des populations affaiblies et de grands rassemblements » liés au contexte de la fin d’une guerre planétaire longue de cinq ans. «On pense que la grippe espagnole est apparue d'abord au Kansas où elle a contaminé de jeunes soldats américains, qui étaient réunis trois mois dans des camps de formation militaire, à raison de 50 000 à 70 000 individus, avant de traverser le pays et de prendre la mer pour l'Europe»6.

Comme l’analyse l’historien des sciences Guillaume Lachenal, au plus fort de l’épidémie, à l’automne 1918, la réponse médicale a été complètement inadaptée : « manque de lits, de médicaments et surtout de personnel, les médecins, infirmiers et infirmières – qui comptent aussi parmi les premières victimes de la maladie – étant massivement mobilisés sur le front. Les autorités militaires agissent à l’aveuglette, laissant des malades en permission diffuser la grippe dans tout le pays, tout en faisant au mieux pour recenser les cas, grâce à une bureaucratie minutieuse et discrète – censure oblige. »7

Il y avait déjà eu une épidémie de grippe en 1889, dite « grippe russe », mais les sociétés n’avaient apparemment pas assez tiré les leçons de ce premier avertissement8.

 

La situation en France

En 1918, les autorités françaises ne prennent pas la mesure à temps de la gravité de la situation : comme l’écrit Frédéric Vagneron, « au milieu de l’été [1918], l’épidémie est considérée comme un problème sinon en voie de règlement, du moins ne prêtant pas à l’inquiétude. L’affirmation de la nature grippale de la maladie sert à rassurer la population, plus encline à l’affolement en cas de maladie infectieuse comme le choléra et le typhus, dont la presse indique la réapparition sur le front oriental au même moment. Dans ce contexte, la gestion des premiers cas de grippe par la Suisse, qui a adopté des mesures énergiques pour contrôler la circulation des personnes, limiter les regroupements, est jugée trop sévère et de nature a inquiéter inutilement les populations »9. Cet historien souligne « l’étrangeté de cette relative ignorance de la grippe par les contemporains ».

La presse française tarde à rendre compte de l’épidémie de grippe espagnole : comme l’observe Françoise Bouron, « dans la presse nationale, les articles sur l’épidémie de grippe sont quasi inexistants jusqu’à la fin du mois de mai » 1918. Puis des articles fantaisistes paraissent, indiquant des remèdes invraisemblables : manger de la farine par exemple. Les journaux colportent de folles rumeurs : « En 1918, la rumeur court que la grippe aurait été envoyée par les Allemands dans les boîtes de conserve, ou qu’elle serait arrivée jusqu’en France par sous-marin, ou encore que les premiers cas auraient été observés à la prison de Sing-Sing aux États-Unis et que de là, elle aurait gagné l’Europe à bord des bateaux qui transportaient les militaires américains »10.

La grippe espagnole a eu des conséquences sur le moral et le comportement des populations, après-coup. Dans les années 1920, la guerre et l’épidémie étant passées, on entre dans les « années folles », les peuples ont besoin de s’amuser  et, pour Svenn-Erik Mamelund, la grippe espagnole pourrait avoir provoqué par contre-coup un véritable « baby-boom » dans les années 1920 dans certains pays, comme la Norvège11.

 

 

La création de l’ancêtre de l’OMS

L’épidémie de grippe espagnole a été un catalyseur pour pousser à la création d’une organisation internationale consacrée à la santé mondiale. En 1907 déjà,  «l'Office international d'Hygiène publique» (OIHP) avait créé à Paris, muni d'un secrétariat permanent et d'un «comité permanent» qui organise plusieurs conférences. Mais en 1918-19, les États-Unis s'opposent à ce que l'OIHP passe sous le contrôle de la Société des Nations (SDN) nouvellement créée, et à laquelle ils n’ont pas adhéré, le Congrès américain se prononçant contre, au nom de l’isolationnisme.

Dans l’entre-deux-guerres, l’OIHP continue son action, adoptant en 1926 une Convention sanitaire internationale contenant pour la première fois des dispositions relatives à la variole et au typhus. Jusqu'à la Seconde Guerre mondiale, deux organismes sanitaires internationaux distincts coexistent en Europe, l'OIHP et l'Organisation d'Hygiène de la Société des Nations tandis que, pour le continent américain, c’est l'Organisation sanitaire panaméricaine qui tente de mettre en place une gouvernance continentale de la santé.

Finalement, il faut attendre la fin de la Seconde Guerre mondiale, et la création de l’ONU en 1945, pour qu’une agence spécialisée chargée de la santé, l’OMS, soit créée, et basée à Genève, en 1948. Sa mission est de conduire la population mondiale au « plus haut niveau de santé possible ».

 

De la grippe espagnole de 1918 au CoVid-19 de 2020

En réalité, la médiatisation actuelle des alertes grippales ne doit pas faire oublier que, au quotidien, depuis des années, d’autres maladies sont beaucoup plus meurtrières, surtout pour les peuples des pays du Sud touchés par la pauvreté : le paludisme tue entre un et 3 millions de personnes par an, et le sida, considéré depuis 2002 comme une pandémie globale, tue actuellement près de 800 000 de personnes par an (2 millions par an il y a une douzaine d’années).

Le 11 mars 2020. L’OMS annonce l’alerte pandémique et déplore l’inaction des gouvernements pour combattre ce virus. « Nous sommes très inquiets des niveaux de diffusion et de dangerosité, ainsi que des niveaux alarmants de l’inaction » des Etats, a indiqué déclaré le DG de l’OMS, l’Ethiopien Tedros Adhanom Ghebreyesus. En effet, en à peine trois mois, près de 120 000 cas de coronavirus se sont déclarés dans 110 pays, tuant plus de 4300 personnes12.

Au premier trimestre 2020, les Etats réagissent distinctement, chacun à leur façon, à cette crise pandémique. L’Union européenne ne réagit pas de manière coordonnée. L’OMS, agence de gouvernance globale de la santé, devrait coordonner au niveau mondial les mesures à prendre et veiller à ce que les populations les plus pauvres ne soient pas laissées pour compte et à ce que les Etats coopèrent entre eux pour vaincre la maladie. Mais en sera-t-elle capable ?

Chloé Maurel est historienne

1Lise Loumé, « Grippe espagnole : le mystère de son origine enfin résolu », Science et avenir, 30 avril 2014.

2Niall Johnson, Britain and the 1918-1919 Influenza Pandemic. A Dark Epilogue, Routledge, 2015.

3Sur ce sujet, cf. Michel Morange, « Expliquer les épidémies : le cas particulier de la grippe espagnole de 1918 », Les secrets du vivant, 2012, p. 125-133.

4Sur ce sujet, cf. Vincent Viet, La Santé en guerre, 1914-1918. Une politique pionnière en univers incertain,

Paris, Les Presses de Sciences Po, 2015.

5Louise Wessbecher, « 100 ans avant le coronavirus, la grippe espagnole avait aussi ses masques et ses remèdes miracle », Le Huffington Post, (en ligne), actualisé le 20 mars 2020.

6Pauline Fréour, « L’origine du virus de la grippe espagnole de 1918 enfin précisée », Le Figaro, 29 avril 2014, en ligne.

7Guillaume Lachenal, « C’était en 1918… L’épidémie de grippe espagnole », Vie-publique.fr, Parole d’expert, 27 février 2020 (en ligne).

8 Sur ce sujet, cf. Aux frontières de la maladie. L’histoire de la grippe pandémique en France (1889-1919), sous la direction de Patrice Bourdelais, EHESS, Paris, 2015.

9 Frédéric Vagneron, « Quand revient la grippe  Elaboration et circulation des alertes lors des grippes « russe » et « espagnole » en France (1889-1919) », « Parlement[s], Revue d'histoire politique », 2017/1 N° 25 , p. 55 à 78

10Françoise Bouron, « La grippe espagnole dans les journaux français », Guerres mondiales et conflits contemporains, 2009/1, n°233, p. 83-91.

11 Svenn-Erik Mamelund, « La grippe espagnole de 1918 est-elle responsable du Baby-Boom de 1920 en Norvège ? », revue Population, 2004/2 Vol. 59 , p. 269 à 302.

12« Coronavirus : l’épidémie de covid 19 considérée comme une pandémie par l’OMS », Le Monde et AFP, 11 mars 2020. (en ligne).

Revue Progressistes | 22 Mar 2020 à 15:07 | URL : https://wp.me/p3uI8L-1Xl

Partager cet article
Repost0
25 mars 2020 3 25 /03 /mars /2020 06:17

 

Les mesures prises un peu partout dans le monde  pour lutter contre la propagation du Covi -19 vont réduire considérablement l’activité économique sur toute la planète. Du coup, les émissions de gaz à effet de serre  pourraient baisser en 2020 par rapport à 2019. Car il y aura eu, des semaines durant, des milliers d’usines à l’arrêt, des milliards de voitures en moins sur les routes, des milliers d’avions en moins dans le ciel. Toutefois, il ne faudra pas interpréter cela comme une inversion  durable de la courbe des émissions de CO2 pouvant nous conduire à la neutralité carbone à l’horizon 2050. D’autres chiffres ont récemment confirmé la tendance inverse. 

Un peu partout dans le monde, les fermetures d’usines, pendant quelques semaines, vont se traduire par une moindre consommation d’énergie électrique en provenance des centrales fonctionnant au charbon, au fioul ou au gaz. De même, il y aura, dans de nombreux pays,  moins de voitures sur les routes du fait même de la mise en arrêt des entreprises. Mais ces changements ne seront que provisoires. L’Organisation météorologique mondiale(OMM) nous informait le 10 mars que 2019 a été, après 2016, la seconde année la plus chaude dans le monde depuis que l’on pratique des relevés réguliers de température. D’après l’OMM, les cinq dernières années qui viennent de s’écouler figurent toutes dans les  années les plus chaudes depuis 1950.

Au niveau planétaire, le réchauffement global  est désormais de + 1,1°C par rapport à la période préindustrielle du début XIXème siècle. Mais ce réchauffement est plus élevé sur terre qu’au niveau des océans, bien que ces derniers continuent aussi de se réchauffer. Voilà un peu plus de quatre ans,  l’accord conclut lors de la COP 21 à Paris en décembre 2015 prévoyait de contenir le réchauffement à +2°C à la fin de ce XXIème siècle, et, si possible, à +1,5°C afin d’en limiter les conséquences désastreuses pour la vie sur terre. Mais, selon Omar Baddour, chargé de mission à  l’OMM « certaines projections montrent que l’on pourrait attendre + 1,5°C de réchauffement global dans cinq ans», soit à la fin du premier quart de ce siècle et non en 2100 !

40 milliards de tonnes de CO2 émises chaque année dans le monde 

 

Quelques chiffres doivent être rappelés  pour comprendre que la partie est loin d’être gagnée. Les émissions mondiales annuelles de CO2 sont de l’ordre de 40 milliards de tonnes en ce début de XXIème siècle alors qu’il faudrait les diviser par quatre  pour espérer atteindre la neutralité carbone en 2050. Un pays comme la France, en dépit des faibles émissions imputables à sa production électrique, a émis dès le début de mois de mars, autant de CO2 qu’il émettrait en douze mois, s’il respectait  aujourd’hui ce que l’on nomme la neutralité carbone que l’Europe se fixe comme objectif pour 2050. Nos secteurs les plus émetteurs sont dans l’ordre les transports avec près de 30%, le bâtiment, l’agriculture et l’industrie. Les émissions de l’industrie sont  passées sous la barre des 20% de nos émissions globales. Mais c’est par le biais des délocalisations de productions dans les pays à bas coûts de main d’œuvre. Dit autrement, le bilan carbone imputable à la production des biens industriels que nous utilisons est plus élevé que celui de la production  de ceux que nous fabriquons.      

Un dépérissement des forêts est déjà en cours 

Nous voyons déjà  les conséquences négatives du réchauffement global s’aggraver  avec ses périodes de sécheresse et de canicule. Nous avons vu la température à l’ombre monter à plus  de 46°C dans un village de l’Hérault en juin dernier et à 42,6°C dans la ville de Paris au cours de l’été. Nous voyons aussi se succéder les tempêtes et les pluies diluviennes de plus en plus fréquentes avec de toujours  plus de dégâts provoqués par le vent et les inondations.

Dans un tout autre domaine, on constate dans plusieurs régions du monde un dépérissement des forêts.  Avec les longues périodes de sécheresse qui se succèdent, une forte densité de plantation dans la forêt ne permet plus à tous les  arbres de trouver assez d’eau dans le sol pour survivre. Dans cette concurrence pour la survie, les arbres les plus faiblement enracinés dépérissent et finissent par mourir. Nous le voyons désormais dans plusieurs régions forestières de France  à commencer par les Vosges. Ces arbres qui sèchent sur pied, captent de moins en moins de carbone et offrent aussi un bon combustible aux incendies.

L’évolution rapide du réchauffement climatique permet de mieux comprendre l’importance du message des scientifiques du GIEC quand ils insistent sur le fait que la bataille du climat sera gagnée ou perdue dans les toutes prochaines années, à savoir d’ici 2030 pour l’essentiel. Mais force  est de constater qu’on n’en prend pas le chemin, y compris en France. Nos gouvernants laissent toujours le marché spéculatif concentrer les emplois au cœur des capitales régionales tandis que les zones d’habitation de ceux et celles qui occupent ces emplois s’éloignent de plus en plus loin en banlieue. Face à la spéculation immobilière, de plus en plus de salariés  n’ont pas les moyens de se loger au cœur des villes. Voilà qui met toujours plus de voitures sur les routes deux fois par jour. De même, les normes de construction des bâtiments ne sont pas, loin s’en faut, suffisamment orientées vers les économies d’énergie.

 

Réduire le bilan carbone des transports, des bâtiments et des aliments 

 

Dans deux semaines, les 150 membres de la «Convention citoyenne», tirés au sort l’an dernier  pour faire des propositions aux pouvoirs publics, vont rendre leurs conclusions. Il faudra les examiner le moment venu  et il y aura probablement beaucoup de propositions de bon sens. Mais il suffit d’observer l’évolution de la conduite de l’économie en France, comme en Europe et au-delà,  pour constater que, pour le moment, les décisions permettant d’aller vers la neutralité carbone en 2050 risquent fort de ne pas être prises. Dans le cas précis de la France  il faudrait, en même temps, réduire la circulation sur route, mieux isoler les bâtiments et réduire la distance entre les lieux de production de nos principaux produits alimentaires et les lieux de consommation. En dépit de quelques bons exemples qu’il est toujours possible de mettre en exergue, ici ou là, c’est le contraire qui prédomine un peu partout dans le pays.

Au niveau de l’Union européenne, la Commission de Bruxelles et les pays membre continuent  de négocier des accords de libre échange avec les pays tiers. Du coup, la «compétitivité» continue d’être recherchée via le dumping, social, fiscal et environnemental; ce qui augmente les émissions de CO2 dans le processus de production et dans l’allongement des transports. Le manque de pièces dans les usines européennes suite à l’arrêt de la production en Chine est venu nous le rappeler ces dernières semaines.

Face à toutes ces contradictions et dépit de leur bonne volonté, les 150 citoyens tirés au sort  ne pourront guère changer cette réalité tant que la politique globale se fera dans l’intérêt exclusif des firmes multinationales.

                  

 

Partager cet article
Repost0
24 mars 2020 2 24 /03 /mars /2020 10:44
Coronavirus : la Palestine, confinée, subit de plein fouet les exactions de l’occupation israélienne
Coronavirus : la Palestine, confinée, subit de plein fouet les exactions de l’occupation israélienne

http://www.france-palestine.org/Coronavirus-la-Palestine-confinee-subit-de-plein-fouet-les-exactions-de-l

Partout dans le monde les populations, les unes après les autres, vivent le confinement pour lutter contre la pandémie. Tous confrontés au même problème, nous ne sommes pas tous dans les mêmes conditions pour y faire face.

On aurait pu imaginer que la « start-up nation », obsédée par sa propre sécurité, consacre toute son énergie à assurer la sécurité sanitaire des populations qu’elle « administre ». Au lieu de cela, depuis deux semaines, entre la protection des populations et l’application du plan Trump, Israël a choisi : destruction de maisons pour « punir » des familles ou pour prolonger le mur au sud de Jérusalem, construction de nouvelles routes interdites aux Palestiniens pour relier les colonies, arrestations et meurtres d’enfants, incursions toutes les nuits dans les quartiers populaires de Jérusalem…

Plus de limites à l’imagination de cette armée qui ose encore se prétendre la plus éthique du monde : arrêter des volontaires qui désinfectent les rues d’un quartier de Jérusalem abandonné par les services de la ville, quoi de plus normal. Les jeter sans ménagement dans des véhicules en leur hurlant dessus, c’est une conception particulière de la distanciation sociale. Interdire l’accès à l’Esplanade des mosquées pour les musulmans par mesure sanitaire alors que les colons sont toujours accompagnés par l’armée pour y parader : quelle logique si ce n’est d’affirmer la domination d’un peuple sur un autre, et de rappeler aux Palestiniens qu’ils vivent sous un régime d’apartheid ?

Depuis hier, la Cisjordanie est isolée du monde « par mesure sanitaire ». Tous les points de contrôle ont été fermés, isolant complétement du monde des lieux comme le camp de réfugiés de Shuafat où vivent 20 000 personnes entassées les unes sur les autres.
La nuit précédente, Sofian Al-Khawaja, 29 ans, a été tué par balle alors qu’il circulait en voiture à l’entrée de son village de Nil’In.
Les travailleurs palestiniens qui travaillent en Israël se retrouvent dans l’impossibilité de rentrer chez eux le soir et dépendent du bon vouloir de leur employeur pour espérer un hébergement.

Les colons eux aussi ont passé la vitesse supérieure : des milliers d’arbres arrachés ou tronçonnés ces deniers jours, des tentes plantées dans la vallée du Jourdain, des mobile-homes au sud de Bethléem, sur des terres privées palestiniennes pour accaparer toujours plus de terres. Confinés chez eux, comment les Palestiniens pourront-ils y résister ?

Des décennies d’occupation font que des millions de Palestiniens vivent dans des conditions de surpeuplement et des conditions sanitaires déplorables. Que ce soit dans les camps de réfugiés, dans la Bande de Gaza ou dans les prisons israéliennes, bien plus que d’autres ils sont à la merci de ce virus et sont démunis pour y faire face.

Dans le nouveau contexte de la crise sanitaire, nous devons exiger d’Israël un changement radical de politique et le respect du droit humanitaire : libérer les prisonniers politiques - à commencer par les enfants, les femmes et les malades -, permettre aux populations civiles sous occupation de vivre dans des conditions sanitaires humaines, lever toute restriction à l’entrée de matériel et de personnel médical à Gaza, cesser toute entrave aux soins pour les Palestiniens comme le lui impose la 4ème convention de Genève.

Nous sommes à juste titre mobilisés contre la pandémie dans notre propre pays. Mais cela ne doit pas nous empêcher de voir ce qui se passe en Palestine, où l’arrivée de l’épidémie éclaire d’un jour particulièrement odieux la politique israélienne de domination et d’oppression du peuple palestinien.
Ces exactions doivent cesser et la politique israélienne doit changer radicalement : nous le demandons solennellement et nous demandons au gouvernement français d’agir dans ce sens.

Le Bureau National, 24 mars 2020


--
Association France Palestine Solidarité (AFPS)

Partager cet article
Repost0
24 mars 2020 2 24 /03 /mars /2020 08:30
Article du Ouest-France, Marie Jousseaume, aujourd'hui, par rapport aux Français bloqués au Sénégal, dont les morlaisiens Sandrine Corre et Gilbert Apamon

Article du Ouest-France, Marie Jousseaume, aujourd'hui, par rapport aux Français bloqués au Sénégal, dont les morlaisiens Sandrine Corre et Gilbert Apamon

Rapatriement d'urgence des français au Sénégal et ailleurs
 
Le lien pour signer la pétition:
 
Sandrine Corre, des Utopistes en action, et Gilbert Apamon, éducateur à Morlaix, était au Sénégal pour préparer un séjour de coopération avec un groupe du lycéen Tristan Corbière, séjour qui a été finalement annulé à cause du Coronavirus, ils sont actuellement bloqués au Sénégal à Dakar faute de moyens suffisants mis à disposition par Air France et le gouvernement pour rapatrier les Français. D'autres français se trouvent depuis 8 jours dans l'aéroport sans pouvoir accéder à des places dans un avion. 
 
Le texte de la pétition:

Je vous alerte sur la situation de nombre de nos compatriotes bloqués dans des pays étrangers pour cause de manque d'avion et surtout d'ignobles spéculations de la part d'Air France, notamment au Sénégal. Voici le message d'urgence transmis en désespoir de cause à un sénateur ce jour par 2 amis bloqués au Sénégal.

"Cette lettre a pour but de vous alerter sur la situation des voyageurs à l'aéroport de Dakar actuellement. En effet, au Sénégal, Air-France spécule sur les tarifs des billets pour le rapatriement des ressortissants français. La compagnie est injoignable au numéro mis en place pour assurer le rapatriement. Acheter un billet sur leur site est impossible. Les derniers billets ont été achetés à prix d'or, directement de France par ceux qui en avait les moyens ! Des billets ont été vendus à plus de 3000€ ce vendredi alors qu'ils étaient en vente à 1000€ jeudi matin... et en classe économique ! Un scandale inacceptable en ces temps de crise sanitaire mondiale ! Trois cents ressortissants français se sont rassemblés à l'aéroport ces deux derniers jours et ont été délogés ce midi par les forces de l'ordre locales. Ils n'ont obtenu aucune réponse au guichet concernant les prochains vols, un seul décollage étant effectué par jour et aucun avion supplémentaire n'étant prévu. Nous dénonçons l'attitude d'Air-France qui spécule sur la peur des voyageurs qui craignent une contamination au Covid -19, en plus de ne pouvoir rejoindre leur famille dans des délais acceptables. Cela ne correspond en aucun cas au discours de Mr Macron et de l'exécutif, affirmant que tout serait mis en œuvre pour rapatrier au plus vite, et à prix décent nos ressortissants ! Nous savons de source sûre que le Sénégal est prêt pour organiser des vols à destination de la France, et ceci pour un tarif de 500€... mais il leur est impossible de décoller, le monopôle du rapatriement étant réservé à Air France ! Les réponses de l'Ambassade de France et de la compagnie sont absolument floues du style : « Nous prévoyons de rajouter des vols »... Nous n'obtenons bien sûr aucune réponse sur ces pratiques de spéculations scandaleuses !

Nous faisons appel à nos représentants politiques pour leur faire part de la réalité sur le terrain. Nous voulons rentrer au pays comme l'a annoncé le Président de la République, et au plus vite car il y un risque de fermeture complète des aéroports ici jusqu'à nouvel ordre, l'état d'urgence sanitaire devant bientôt aussi être instauré. Sur place la situation devient très critique pour les français présents à Dakar. Les voyageurs forment des queues sans protocole de sécurité au guichet, certains dorment à même le sol car les hôtels ferment progressivement leurs portes... sauf pour ceux qui ont les moyens de se payer un billet d'avion à 3000 € ! De jeunes enfants et des personnes âgées, considérés comme personnes à risques, sont exposées à la propagation du virus, et d'autres personnes commencent à ressentir de l'agressivité de la part des autochtones, qui craignent eux aussi cette propagation potentiellement transmissible par les voyageurs. Le manque d'information et certaines contradictions nous plongent dans un sentiment d'insécurité total, d'abandon de nos dirigeants, et nos familles et amis nous manquent un mois après le début de notre mission humanitaire au Sénégal, où nous avons été cependant fort bien accueillis. Nos relations en France ressentent bien sûr aussi une vive inquiétude ! Nous lançons ce cri d'alerte afin que vous nous veniez en aide, en transmettant ce message à toutes personnes compétentes en mesure de nous aider. Pour le bien de tous nos ressortissants veuillez s'il vous plaît, faire en sorte que la compagnie Air-France cesse ces pratiques de spéculations financières inadmissibles, en ces temps de solidarité internationale demandée par tous nos dirigeants, et appliquée par la plupart des pays !

Gilbert Apamon et Sandrine Corre, deux victimes de cette situation.

Partager cet article
Repost0
24 mars 2020 2 24 /03 /mars /2020 06:44

 

Docteur Jean-Jacques PIK –  le 22/03/2020

Médecin Hospitalier, actuellement en fonction à l’Unité COVID-ambulatoire du GHPSO-site de Creil

(2) Cet article fait suite à la précédente publications en ligne en date du 1er mars 2020 sous le même titre que vous pouvez lire en cliquant ici

Au point où nous en sommes, c’est-à-dire au stade d’épidémie confirmée (stade 3), il paraît inutile de revenir sur la genèse de l’épidémie et de s’attarder sur le rapport actuel de situation sinon pour mentionner les chiffres du 21 mars 2019

  • Au plan mondial 266 000 cas, 11200 décès
  • Au plan national, un peu plus de 14000 cas, 564 décès

D’importantes disparités nationales sont apparues dans les diverses région du monde, également au sein de l’Europe. L’épidémie semble sur le déclin dans les pays où elle a débuté, la Chine, la Corée, Singapour, les Philippines. En revanche, elle s’accentue en Europe, sur le continent africain et sur les continents américains.  En Europe même, les chiffres absolus et les taux de mortalité semblent très variables, de la tragédie italienne à l’autre extrémité constituée par l’Allemagne qui connaît un nombre de décès, certes croissant mais beaucoup plus faible qu’ailleurs. S’agit-il là d’un marqueur de la qualité de l’accès aux soins, de l’état du dispositif sanitaire ou bien d’une différence d’approche du contrôle d »e l’épidémie ? De nombreuses explications péremptoires circulent, il semble bien prématuré de pouvoir conclure

Le gouvernement français a pris mardi 17 mars 2020 l’initiative du confinement complet de la population afin de ralentir la circulation virale ainsi que des mesures d’accompagnement du ralentissement économique, celui-ci étant vu de façon différente du point de vue des travailleurs et des syndicats d’une part et du patronat d’autre part.

Il paraît utile de s’arrêter sur quelques points qui sont présentés ci-après, étant entendu que les opinions exprimées ici n’engagent que l’auteur.

 

1/ l’efficacité du confinement

  • Il était devenu totalement indispensable en phase épidémique. Il semble globalement bien accepté, le niveau d’anxiété générale ayant monté d’un cran devant la courbe des décès. On entend régulièrement que la décision a été prise trop tard. Ce n’est pas certain car elle aurait été prise à la légère un mois plus tôt par une partie de la population. Observons qu’il est certainement plus facile d’adhérer aux conditions strictes quand on dispose de conditions de vie de bonne qualité que dans les zones vétustes et surpeuplées. En cela, la tendance au rejet et à la stigmatisation de ceux qui ont du mal à respecter les consignes n’est pas acceptable, ce d’autant qu’elle tend à diluer  et affadir les responsabilités du pouvoir. La question des SDF et migrants ultra-précarisés est une réalité quotidienne dans une région comme la nôtre à Creil.
  • Sa durée devrait être annoncée ces jours-ci par le Conseil Scientifique du Ministère de la Santé. Il paraît logique d’imaginer que celui-ci sera prolongé plusieurs semaines. Ses effets bénéfiques espérés ne pourront être identifiés qu’au bout d’au moins deux à trois semaines (le temps d’incubation et du développement des signes cliniques). Le danger est certainement celui d’un épuisement psychologique et des effets sociaux délétères que voudront imposer les maîtres de l’industrie et de la finance.

 

2/ L’accès au matériel de protection, en particulier aux masques

On rappelle brièvement ici la dualité des masques :

  • Masques de protection « FFP2 ». Ils ont pour objet de protéger, de par leur étanchéité, les personnels soignants. Ils n’ont aucune  indication auprès des autres publics et leur port en public est parfaitement abusif. D’importants stocks avaient été réalisés lors des menaces de grippe aviaire et de la pandémie H1N1. L’affaire est désormais connue,  la politique gouvernementale a changé ensuite, le ministère ayant jugé que les stocks étaient inutiles et que les masques seraient fabriqués en fonction des besoins. On voit ici la conséquence désastreuse de ce choix, à un moment où ces masques arrivent en quantité très insuffisante aux soignants, souvent obligés de se rabattre sur des masques « chirurgicaux » beaucoup moins protecteurs. Des stocks de masques résiduels de 2011 sont actuellement utilisés, sans que l’on sache exactement si leur capacité d’isolation a été altérée ou non.
  • Masques chirurgicaux. Ceux-ci permettent d’arrêter le principal des sécrétions émises lors d’une toux, d’un éternuement ou simplement de la parole. Ils sont également, et pour les mêmes raisons, en grande pénurie dans le grand public, or ils constituent l’un des éléments indispensables à côté de la distanciation sociale, de la prévention de transmission autour d’un cas confirmé ou probable.

Ce manque de masques constitue actuellement, bien que les autorités s’en défendent une faiblesse grave de notre dispositif de lutte contre l’épidémie.

La transmission « gouttelette » reste certainement le vecteur prédominant mais la rémanence du virus dans de micro-gouttelettes aériennes et sur certaines surfaces planes est évoquée par certaines équipes. Les recommandations du Ministère de la Santé vis-à-vis de la vie à domicile avec une personne porteuse ont été renforcées au linge, à la vaisselle.

 

3/ Faut-il tester plus ?

L’accès aux tests est en tout premier lieu contingenté par le nombre de tests disponibles en fonction de la structure de soins et le délai de rendu du résultat. Or celui-ci ne cesse de s’allonger (2 à 3 jours dans notre région) et pose le problème de la prise en charge des personnes en attente de résultats. Pour les moins atteints, il est consensuel de les renvoyer chez eux avec les précautions données aux patients positifs. En établissement de soins, il est préférable de les admettre dans un secteur spécifique en attendant le résultat, ce qui complique leur trajectoire hospitalière.

Tester la population générale n’a probablement plus grand sens en phase épidémique sinon dans un but statistique. A ce propos, on réaffirme ici qu’il aurait probablement été intéressant de tester la population dans des zones-cibles prédéfinies, afin de pouvoir effectuer des modélisations mathématiques. Si cela a été fait, santé Publique France ne communique pas dessus.

Le faire plus tôt afin de généraliser en amont les mesures-barrières ? Certains le disent. Là encore,  rien n’est moins sûr, l’acceptation n’aurait pas forcément été bonne, les Français et les Coréens ont des comportements différents et la quantité de tests nécessaires aurait été inatteignable.

 

4/ Les traitements

Actuellement, les patients non graves, l’immense majorité, ne reçoit aucun traitement spécifique hors le Paracétamol (et exclusivement celui-ci à titre d’antipyrétique, les patients hospitalisés justifient la plupart du temps  une oxygénothérapie nasale, dans certains cas une antibiothérapie complémentaire. Les patients les plus graves justifient une ventilation assistée par respirateur et des mesures très codifiées de réanimation. La caractéristique de cette phase est la durée de celle-ci, souvent plusieurs semaines et les services de réanimation sont très souvent saturés, voire débordés dans les régions les plus tendues (Alsace notamment). Les soignants sont épuisés, les respirateurs peuvent manquer et se profile le spectre du choix des patients réanimables ou pas, déjà une réalité dans beaucoup de cas.

Des traitements spécifiques antiviraux sont en cours d’évaluation dans le cadre d’un essai thérapeutique multicentrique portant sur 3200 patients, piloté par l’INSERM (REACTing) qui comparait initialement quatre bras :

  • Un bras « contrôle » traité par toutes les mesures citées ci-dessus, optimisées sans autre médicaments. Ce bras « contrôle » reste éthiquement acceptable tant qu’il ne sort pas un traitement de référence.
  • Un bras associant le REMSEDEVIR du laboratoire états-unien GILEAD, développé autour du virus EBOLA et qui possède une activité « in vitro » contre le SARS-CoV-2
  • Un bras associant le LOPINAVIR, antiviral de type « antiprotéase » qui fut dans la décennie précédente un des piliers des trithérapies antiVIH
  • Un bras associant l’INTERFERON au LOPINAVIR du fait d’une forte composante immunologique dans les cas graves
  • L’adjonction d’un bras supplémentaire comportant l’administration de CHLOROQUINE (CLRQN), en fonction de l’étude chinoise publiée en février 2020, a été discutée mais non retenue par le Comité REACTing compte-tenu de la fragilité des données de l’étude et la marge thérapeutique étroite (proximité de la dose réputée efficace et de la dose toxique)

Entretemps est survenue la publication de l’étude virologique de l’équipe marseillaise de l’IHU, dont la référence est ici :

 Gautret et al. (2020) Hydroxychloroquine and azithromycin as a treatment of COVID-19: results of an open‐label non‐randomized clinical trial. International Journal of  Antimicrobial Agents – In Press 17 March 2020  

Cette étude montre une efficacité virologique tout à fait réelle de l’HYDROXYCHLOROQUINE (HCLRQN), autre dérivé antipaludéen de synthèse largement utilisé dans les maladies auto-immunes, nettement plus facile à manier en sécurité que CLRQN. HCLRQN est associée dans cet essai à unantibiotique, l’AZITHROMYCINE qui en renforce l’efficacité.

Soulignons qu’il s’agit d’une étude purement virologique, montrant la diminution majeure de la charge virale à J6 dans les cellules-cibles, qui serait donc virtuellement intéressante dans les formes débutantes. Les résultats se doivent d’être confirmés par d’autres travaux portant sur plus de patients et associant des objectifs cliniques, absents dans cette étude. Le Comité REACTing a donc inclus cette formule dans un bras supplémentaire.

Les résultats de REACTing sont espérés aussi vite qu’il est scientifiquement possible, y compris des alertes intermédiaires si l’un des bras se révélait supérieur aux autres.

Dans cette attente, sous la pression médiatique, l’envie de bien faire rapidement, de nombreuses équipes ont mis en place ces différents traitements, hors cadre de l’essai.

Au jour de rédaction de cette note, toute autre interprétation des données disponibles est prématurée.

Parallèllement, les recherches vaccinales se poursuivent…mais elles concerneront éventuellement les années suivantes.

 

5/ En guise conclusion très provisoire

Beaucoup de lecteurs auront pris connaissance de l’article de Bruno CANARD, virologue, dans « L’Humanité » il y a quelques jours où il déplorait le retard considérable pris par la recherche fondamentale sur les coronavirus après l’épidémie de SRAS en 2003. Il notait en quoi ce retard est en grande partie imputable à l’austérité budgétaire imposée à la recherche publique sous les années Sarkozy, et non corrigée lors des quinquennats suivants.

L’organisation générale des soins et de la prise en charge repose toujours sur les Hôpitaux publics et les Médecins Généralistes. Le taux d’infection chez les soignants n’est pas connu mais de nombreux soignants contaminés continuent à travailler. Plusieurs décès ont été enregistrés chez des médecins ou infirmières en France et surtout en Italie.

Dans notre région, les établissements de santé privés à but non lucratif ont commencé à prendre en charge des patients.

La déprogrammation massive et générale de toutes les activités hospitalières hors COVID, Urgences et soins inévitables (comme en oncologie), permet de dégager artificiellement des places d’hospitalisation et un peu de temps de travail soignant. Mais il faudra bien, la crise passée, rattraper le retard de toutes ces interventions et traitements actuellement différés. Il n’y aura donc pas de temps mort après la crise, une sorte de double peine pour les Hôpitaux, qui souffrent donc plus que jamais de ces décennies d’étranglement budgétaire.

Il y a urgence…

Revue Progressistes | 23 Mar 2020 à 13:15 | URL : https://wp.me/p3uI8L-1Xx

Partager cet article
Repost0
24 mars 2020 2 24 /03 /mars /2020 06:43

Ce documentaire retrace l’histoire du CNR, Conseil national de la Résistance, et de son programme.

Réalisatrice : Jeanne Menjoulet.

Produit par le Centre d’Histoire Sociale (CHS)

Ce film a été réalisé à l’occasion de la parution, aux éditions Codhos, du livre « Les jours heureux – dans les archives Conseil National de la Résistance Louis Saillant », livre collectif dirigé par Michel Pigenet et Rossana Vaccaro.

Nous retrouvons, dans ce documentaire, les historiens Claire Andrieu et Michel Pigenet, Rossana Vaccaro, responsable des archives au CHS, le politologue Jean-Marie Pernot, ainsi qu’André Saillant, le fils de Louis Sailant, le dernier président du CNR.

Outre bien-sûr les images d’archives du Centre d’Histoire Sociale (en particulier celles tirées du fonds CNR/Saillant), les crédits images sont les suivants : - Archives départementales de la Savoie http://www.savoie-archives.fr/ - Archives départementales de l’Ain http://www.archives.ain.fr/fr - Bibliothèque Nationale de France https://gallica.bnf.fr - Bibliothèque municipale de Lyon http://numelyo.bm-lyon.fr - Archives municipales d’Ivry http://cabinetdecuriosites.ivry94.fr/... - IHS-CGT http://www.ihs.cgt.fr - Newsreel U.S. Domaine public https://archive.org/details/universal... - TIGER Forum 2014 Welfare state Interview Denis Kessler

Partager cet article
Repost0
24 mars 2020 2 24 /03 /mars /2020 06:17
Coronavirus : la science ne marche pas dans l’urgence !

Je suis Bruno Canard, directeur de recherche CNRS à Aix-Marseille. Mon équipe travaille sur les virus à ARN (acide ribonucléique), dont font partie les coronavirus.

En 2002, notre jeune équipe travaillait sur la dengue, ce qui m’a valu d’être invité à une conférence internationale où il a été question des coronavirus, une grande famille de virus que je ne connaissais pas. C’est à ce moment-là, en 2003, qu’a émergé l’épidémie de SRAS (syndrome respiratoire aigu sévère) et que l’Union européenne a lancé des grands programmes de recherche pour essayer de ne pas être pris au dépourvu en cas d’émergence. La démarche est très simple : comment anticiper le comportement d’un virus que l’on ne connaît pas ? Eh bien, simplement en étudiant l’ensemble des virus connus pour disposer de connaissances transposables aux nouveaux virus, notamment sur leur mode de réplication. Cette recherche est incertaine, les résultats non planifiables, et elle prend beaucoup de temps, d’énergie, de patience.
C’est une recherche fondamentale patiemment validée, sur des programmes de long terme, qui peuvent éventuellement avoir des débouchés thérapeutiques. 


Elle est aussi indépendante : c’est le meilleur vaccin contre un scandale Mediator-bis.

Dans mon équipe, nous avons participé à des réseaux collaboratifs européens, ce qui nous a conduits à trouver des résultats dès 2004. Mais, en recherche virale, en Europe comme en France, la tendance est plutôt à mettre le paquet en cas d’épidémie et, ensuite, on oublie. Dès 2006, l’intérêt des politiques pour le SARS-CoV avait disparu ; on ignorait s’il allait revenir. L’Europe s’est désengagée de ces grands projets d’anticipation au nom de la satisfaction du contribuable. Désormais, quand un virus émerge, on demande aux chercheur·ses de se mobiliser en urgence et de trouver une solution pour le lendemain. Avec des collègues belges et hollandais·es, nous avions envoyé il y a cinq ans deux lettres d’intention à la Commission européenne pour dire qu’il fallait anticiper. Entre ces deux courriers, Zika est apparu…

La science ne marche pas dans l’urgence et la réponse immédiate.

Avec mon équipe, nous avons continué à travailler sur les coronavirus, mais avec des financements maigres et dans des conditions de travail que l’on a vu peu à peu se dégrader. Quand il m’arrivait de me plaindre, on m’a souvent rétorqué : « Oui, mais vous, les chercheur·ses, ce que vous faites est utile pour la société… Et vous êtes passionnés ».

Et j’ai pensé à tous les dossiers que j’ai évalués.

J’ai pensé à tous les papiers que j’ai revus pour publication.

J’ai pensé au rapport annuel, au rapport à 2 ans, et au rapport à 4 ans.

Je me suis demandé si quelqu’un lisait mes rapports, et si cette même personne lisait aussi mes publications.

J’ai pensé aux deux congés maternité et aux deux congés maladie non remplacés dans notre équipe de 22 personnes.

J’ai pensé aux pots de départs, pour retraite ou promotion ailleurs, et aux postes perdus qui n’avaient pas été remplacés.

J’ai pensé aux 11 ans de CDD de Sophia, ingénieure de recherche, qui ne pouvait pas louer un appart sans CDI, ni faire un emprunt à la banque.

J’ai pensé au courage de Pedro, qui a démissionné de son poste CR1 au CNRS pour aller faire de l’agriculture bio.

J’ai pensé aux dizaines de milliers d’euros que j’ai avancé de ma poche pour m’inscrire à des congrès internationaux très coûteux.

Je me suis souvenu d’avoir mangé une pomme et un sandwich en dehors du congrès pendant que nos collègues de l’industrie pharmaceutique allaient au banquet.

J’ai pensé au Crédit Impôt Recherche, passé de 1.5 milliards à 6 milliards annuels (soit deux fois le budget du CNRS) sous la présidence Sarkozy.

J’ai pensé au Président Hollande, puis au Président Macron qui ont continué sciemment ce hold-up qui fait que je passe mon temps à écrire des projets ANR.

J’ai pensé à tou·tes mes collègues à qui l’ont fait gérer la pénurie issue du hold-up.

J’ai pensé à tous les projets ANR que j’ai écrits, et qui n’ont pas été sélectionnés.

J’ai pensé à ce projet ANR Franco-Allemande, qui n’a eu aucune critique négative, mais dont l’évaluation a tellement duré qu’on m’a dit de la re-déposer telle quelle un an après, et qu’on m’a finalement refusé faute de crédits.

J’ai pensé à l’appel Flash de l’ANR sur le coronavirus, qui vient juste d’être publié.

J’ai pensé que je pourrais arrêter d’écrire des projets ANR.

Mais j’ai pensé ensuite aux précaires qui travaillent sur ces projets dans notre équipe.

J’ai pensé que dans tout ça, je n’avais plus le temps de faire de la recherche comme je le souhaitais, ce pour quoi j’avais signé.

J’ai pensé que nous avions momentanément perdu la partie.

Je me suis demandé si tout cela était vraiment utile pour la société, et si j’étais toujours passionné par ce métier ?

Je me suis souvent demandé si j’allais changer pour un boulot inintéressant, nuisible pour la société et pour lequel on me paierait cher?

Non, en fait.

J’espère par ma voix avoir fait entendre la colère légitime très présente dans le milieu universitaire et de la recherche publique en général.

Vous pouvez également lire une interview de Bruno Canard parue dans le Monde le 29/02/2020.

 

______________________________________________________________________________________________________

 

La revue Progressistes est un trimestriel articulant les enjeux du monde du travail, de l’environnement, et les avancées scientifiques et techniques.

Chaque numéro est organisé autour d’un dossier spécifique et des rubriques régulières en lien, plus ou moins distendu, avec l’actualité immédiate.

Nombre de ses articles font appel à des spécialistes dont les préoccupations vont bien au delà des seuls aspects purs de la science, de la technologie ou de la technique qu’on peut habituellement retrouver ailleurs.

 

 

Partager cet article
Repost0
24 mars 2020 2 24 /03 /mars /2020 06:14

 

Dans le concert des pays devant affronter l’épidémie, la France s’est distinguée par le faible nombre de tests pratiqués. Le résultat d’un manque de « réactifs », expliquent les uns. D’une impréparation coupable, accusent d’autres.

« T estez, testez, testez. Nul ne peut combattre un incendie les yeux bandés. » En faisant le point, le 16 mars, sur la pandémie de Covid-19, le directeur général de l’Organisation mondiale de la santé, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a convoqué répétition et métaphore pour tenter de se faire entendre. Un message que de nombreux pays (Corée du Sud, Allemagne…) n’ont pas attendu pour pratiquer un dépistage massif. D’autres, à commencer par la France, semblent avoir beaucoup de mal à en faire une priorité. Après des semaines de déni, le ministre de la Santé a fini par reconnaître, samedi, que la « doctrine » française en la matière devait « évoluer ». « L’OMS nous demande de tester, on doit désormais suivre cette voie », a déclaré Olivier Véran, promettant de « multiplier les tests », mais seulement « quand nous aurons levé le confinement ».

Suffisant ? Pas sûr. De nombreux scientifiques, comme le Pr Didier Raoult, infectiologue à Marseille et membre du comité scientifique chargé de conseiller l’État, plaident au contraire pour un dépistage aussi massif et précoce que possible. « Pour sauver des vies, nous devons réduire la transmission. Cela signifie qu’il faut trouver et isoler le plus grand nombre de cas possibles, et mettre en quarantaine leurs contacts les plus proches », indiquait déjà le patron de l’OMS, le 12 mars. « Même si vous ne pouvez pas arrêter la transmission, vous pouvez la ralentir et protéger les établissements de santé, les maisons de retraite et autres espaces vitaux – mais seulement si vous testez tous les cas suspects. » « L’identification plus systématique des sujets porteurs pourrait contribuer significativement à l’écrasement ou l’étirement du pic épidémique », écrivaient aussi, le 13 mars, dans le Quotidien du médecin, Laurent Lagrost (Inserm) et Didier Payen (ex-chef de la réanimation à l’hôpital Lariboisière). Las, malgré des objectifs affichés similaires, la France a choisi de ne pas procéder ainsi, et se retrouve face à une propagation invisible et plus large que les chiffres égrenés chaque jour. Il y aurait « entre 30 000 et 90 000 » personnes infectées en France, a d’ailleurs estimé samedi Olivier Véran. Soit bien plus que les 14 459 cas positifs relevés officiellement.

La France atteint péniblement les 5000 tests par jour, depuis peu

Pourtant, jusqu’à il y a quelques jours, l’idée de tester plus largement la population était écartée sans autre forme de procès. « En circulation active, le test n’a pas beaucoup d’intérêt, aucun pays ne l’a fait », assurait ainsi le directeur général de la santé, Jérôme Salomon, le 17 mars, au lendemain de l’injonction de l’OMS. « La France n’est pas visée » par cette déclaration, voulait croire le haut fonctionnaire, infectiologue de profession. Ah bon ? Mais qui cette supplique visait-elle alors, sinon les pays limitant encore drastiquement leur politique de dépistage ? Lors de la première semaine de mars, tandis qu’elle n’avait encore constaté aucun décès lié au Covid-19, l’Allemagne a testé 35 000 personnes, 100 000 la suivante, et peut désormais dépister 160 000 personnes chaque semaine, selon le président de l’Institut de santé publique Robert-Koch, Lothar Wieler. La France atteint péniblement les 5 000 tests par jour, depuis peu.

Et début mars, c’était pire. « Pour toute la Seine-Saint-Denis, nous avions une limite de 14 tests, 28 à partir du 9 mars, se souvient Christophe Prudhomme, porte-parole de l’Association des médecins urgentistes (Amuf). C’était totalement dérisoire ! Résultat : on ne testait que les cas ultra-prioritaires. Une erreur ! Cela laissait dans la nature de nombreux cas douteux. » Pour le médecin de l’hôpital Avicenne, à Bobigny, « le gouvernement a manqué à la fois de réactivité – en ne mettant pas la pression sur les labos pour produire massivement des tests – et de clarté – avec son discours invitant à “maintenir l’activité” tout prix ».

Cette stratégie de dépistage limité était-elle le résultat d’un manque de stocks ? C’est ce qu’affirme l’immunologiste Jean-François Delfraissy, qui préside le comité scientifique mis en place le 11 mars. « Nous sommes incapables (…) de tester à la même échelle que la Corée du Sud », a-t-il affirmé dans l e Monde ce week-end, du fait d’un « énorme problème (d’approvisionnement – NDLR) en réactifs », qui viennent « de Chine et des États-Unis ». Une explication qui ne satisfait pas la cofondatrice de l’Observatoire de la transparence dans les politiques du médicament, Pauline Londeix (lire entretien en p. 4). Dans un courrier envoyé jeudi à Édouard Philippe, elle rappelle avoir tiré la sonnette d’alarme, à l’automne, « sur les problèmes généraux du marché du diagnostic en France », auprès d’Olivier Véran, alors rapporteur du projet de loi sur la Sécurité sociale, et Agnès Buzyn. En vain : « Nous constatons que rien n’a été fait depuis », se désole-t-elle.

Seuls quelques laboratoires seraient opérationnels

La France, pourtant, compte sur son territoire de nombreux laboratoires, publics ou privés, en mesure de réaliser des tests (120 selon la DGS). Mais seuls quelques dizaines seraient opérationnels. Et un industriel français est spécialisé dans cette activité : BioMérieux et ses 2,4 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2018. Ont-ils été sollicités assez tôt par le gouvernement ? Le scénario actuel permet d’en douter. Convaincus que toutes les mesures n’ont pas été prises à temps, trois médecins, représentants d’un collectif de soignants, ont déjà porté plainte jeudi, devant la Cour de justice de la République, contre le premier ministre et l’ex-ministre de la Santé Agnès Buzyn. D’autres ont saisi en référé le Conseil d’État vendredi, réclamant un confinement plus strict. Le même jour, une tribune de cinquante soignants interrogeait : « Le gouvernement fait-il vraiment la guerre au coronavirus ? » Le signe d’une colère qui se propage presque aussi vite que le virus.

Alexandre Fache

 

Partager cet article
Repost0
23 mars 2020 1 23 /03 /mars /2020 19:13
Le PCF demande le confinement général et la mise à l’arrêt les secteurs non indispensables (Fabien Roussel)
Publié le 23/03/2020 par PCF
Le PCF demande le confinement général et la mise à l’arrêt les secteurs non indispensables (Fabien Roussel)

16 018 cas recensés, 1 746 cas graves et 674 décès, soit 112 morts supplémentaires en seulement 24 heures... Le bilan en France de l'épidémie de Covid-19 est terrible. Son évolution rapide exige d'intensifier le confinement des populations, premier rempart à la propagation de l’épidémie.

Les ministres Le Maire, Véran et Pénicaud demandent aux entreprises et à leurs salarié-es de travailler. C'est inadmissible ! Airbus envisage de réouvrir ses lignes de productions tandis que des entreprises du BTP ne savent plus quoi faire ! Le gouvernement devrait concentrer ses efforts sur la mobilisation des cliniques privées pour la prise en charge des malades.

La seule solution pour stopper l'épidémie, freiner sa propagation, c'est le confinement général. Pourtant 45 % des salarié-es sont aujourd'hui contraint-es de travailler dans des secteurs non indispensables à la gestion de l'urgence sanitaire.

Il est donc urgent que le gouvernement, en lien avec les organisations syndicales et patronales, décide de mettre à l’arrêt des secteurs non indispensables au fonctionnement du pays dans les conditions actuelles. Cette décision ne peut pas relever du bon vouloir des employeurs.

Nous demandons le confinement général et le maintien des rémunérations des salarié-es concerné-es par cette suspension et la prise en charge des indépendants tel que les livreurs.

Pour les salarié-es actuellement en 1ere ligne, personnels soignants, force de l'ordre et de sécurité, auxiliaires de santé, et autres professions nécessaires au fonctionnement du pays dans cette période, nous demandons toutes les mesures de protection et l'arrivée rapide de matériel de protection (masques, gants, gel, ou encore désinfection des locaux collectifs…).


Fabien Roussel, secrétaire national du PCFdéputé du Nord

Partager cet article
Repost0
23 mars 2020 1 23 /03 /mars /2020 18:06
Lucien Sève disparu : la pensée communiste en deuil. Par Patrick Le Hyaric (Lundi 23 mars - L'Humanité)
Lundi, 23 Mars, 2020
Lucien Sève disparu : la pensée communiste en deuil. Par Patrick Le Hyaric
 
C’est un choc. Une douleur. Un monument vient de tirer sa révérence. La peine des militants communistes et progressistes est à hauteur du legs que nous laisse Lucien Sève : immense. Il était un authentique ami de L’Humanité, avec la volonté de toujours la porter plus haut pour qu’elle soit toujours plus utile. C’est lui qui inventa lors d’une rencontre alors qu’il en était le rédacteur en chef d’un jour le concept de « Cortex » devenu une rubrique chaque vendredi. 
 
 
Lucien aura consacrée sa longue et riche existence à faire vivre obstinément la pensée communiste. Le communisme originel. Récemment encore, du haut de ses 90 années, Lucien s’attaquait à une somme colossale, « Penser avec Marx aujourd’hui ». Une tétralogie laissée inachevée pour remettre la pensée de Marx sur ses pieds et penser le communisme au futur.
En révolutionnaire convaincu, il faisait preuve d’une abnégation exemplaire à remettre sur le métier l’ouvrage d’une vie pour faire vivre l’idée selon laquelle « le libre développement de chacun est la condition du libre développement de tous », comme l’écrivait Marx et Engels dans le Manifeste du parti communiste
L’âge ne lui faisait pas peur et nous avions l’impression déroutante que toute année de plus signifiait pour lui, plus d’audace, plus de courage, plus d’engagement. La quête du communisme était en somme son bain de jouvence. Il parlait ces derniers mois et années avec un appétit insatiable des sujets de recherche qui mobilisaient ses journées pour éclairer encore et toujours le mouvement transformateur. Il ne loupait rien de l’actualité et de ses ressorts pour nourrir, en rapprochant dans son dernier livre Jaurès de Marx, une « évolution révolutionnaire » à visée communiste.
Sa vie, Lucien la traça au cœur du phénomène communiste français, endossant très jeune, dès l’après-guerre, d’importantes responsabilités au sein des instances du Parti communiste. Très actif dans les différentes régions de France où il s’établissait par nécessité, le jeune professeur, normalien et agrégé de philosophie, fit face à l’opprobre et la censure des administrations qui voyaient d’un mauvais œil ce militant communiste, sagace et impertinent. Il a été en quelque sorte victime « d’interdit professionnel » et des avancements qui lui aurait ouvert les portes des plus grands centre de recherches universitaires. 
Mobilisé dans le comité Maurice Audin 1959, il s’engagea dans les luttes anticoloniales et contre les dérives bonapartistes du gaullisme. Parallèlement il intégra la rédaction en chef de la Nouvelle Critique où il se saisit des questions relatives à l’histoire de la philosophie. Entré au comité central du PCF lors du XVIe congrès en 1961, Lucien Sève fit valoir ses compétences et son intelligence dans les débats qui secouaient alors le mouvement communiste. Travaillant ardemment à sortir le parti communiste du stalinisme, il fut néanmoins très attentif à son ancrage théorique et à la fidélité aux concepts issus du marxisme. Il tint alors, contre vents et marées, une position originale et solidement argumentée entre l’humanisme de Roger Garaudy et le structuralisme de Louis Althusser. Sa position fut théorisée dans un ouvrage au fort retentissement publié en 1969 Marxisme et théorie de la personnalité qui se fixait pour objectif d’exposer une conception marxienne de l’individu, à rebours d’une conception désincarnée du socialisme alors en vogue.  
A la tête des Éditions sociales dès 1970, Lucien contribua à faire rayonner la maison d’édition au croisement des nouvelles disciplines en sciences sociales. L’indépendance acquise par Lucien lui permit d’ouvrir les Editions sociales à l’ébullition intellectuelle propre à cette décennie, tout en poursuivant un travail d’édition remarquable des œuvres de Marx et de ses héritiers. 
Nommé en 1983 par le Président Mitterrand au Comité consultatif national d’éthique, Lucien prit la tâche avec son sérieux coutumier pour laisser quelques ouvrages importants sur les questions, ô combien actuelles, relatives à la bioéthique. Bien qu’il ait assumé dès les années 80 des désaccords avec le parti communiste, il restait très attentif à son évolution et indéfectiblement fidèle à ses militants – ses camarades. 
Récemment encore, Lucien nous témoignait de son attachement viscéral à l’Humanité qu’il jugeait indispensable à tout combat commun. « La prise de la bastille aujourd’hui, c’est la prise conscience » disait-il en février dernier pour soutenir l’Humanité dans ses difficultés. Régulièrement invité par notre journal- le sien- et à la fête de L’Humanité, il épatait par son agilité, ses idées qui s’entrechoquaient à une vitesse surprenante sans jamais perdre de leur cohérence. 
Sa disparation nous plonge dans une infinie tristesse. Souhaitons que l’œuvre qu’il aura patiemment construite, avec sa rigueur,  ses audaces, ses intuitions et ses fulgurances, et parmi elle ces deniers ouvrages offerts à la postérité pour penser le communisme,  puisse être abondamment partagée et commentée. L’Humanité s’y consacrera car son œuvre est féconde. Porteuse d’avenir et d’espoir au moment ou trébuche les thèses du capitalisme. Lucien nous manquera, mais son immense œuvre le fera vivre.  
 
Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : Le chiffon rouge - PCF Morlaix/Montroulez
  • : Favoriser l'expression des idées de transformation sociale du parti communiste. Entretenir la mémoire des débats et des luttes de la gauche sociale. Communiquer avec les habitants de la région de Morlaix.
  • Contact

Visites

Compteur Global

En réalité depuis Janvier 2011