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19 mai 2021 3 19 /05 /mai /2021 05:27

 

Les communistes ont donc décidé de présenter une candidature communiste à l’élection présidentielle de 2022. Enfin ce retour. Pour quelle raison ? Parce que la profondeur de la crise exige d’avancer de façon créative les idées communistes novatrices avec la posture communiste de contestation et de construction, de luttes et de conquêtes de pouvoirs, d’avancées réalistes et révolutionnaires. 

  • Face à la précarité de masse et aux interrogations immenses sur la perte de sens du travail, voire des activités humaines, il y a besoin de refonder notre pays, voire le monde, et singulièrement la gauche, sur un projet émancipateur et de transformation sociale radicale. Il y a besoin de faire connaître, et progresser dans les luttes et les votes, les propositions constitutives d’un tel projet. En ce sens, nous avançons le projet d’une sécurité d’emploi et de formation pour chacune et chacun, jumelée avec un nouvel âge des services publics, afin de conjuguer vie émancipatrice sécurisée et construction d’un nouveau mode de production écologique. Il s’agirait de viser l’éradication du chômage, le dépassement du marché du travail, le partage des savoirs et une nouvelle efficacité, pour une société de liberté et de rotation des rôles.  

Cela répond au mûrissement accéléré des consciences comme au mûrissement de la réalité travaillée par de véritables révolutions inédites dans l’histoire du genre humain, telles la révolution informationnelle – dont la dimension anthropologique est fondamentale – ou celle de la maîtrise démographique et de la sénescence, et bien d’autres encore comme la révolution monétaire.  

– Il y a besoin de porter le débat, face aux renoncements incessants depuis 1983-84, sur la nécessité de moyens financiers et de pouvoirs démocratiques à l’appui d’objectifs sociaux-écologiques ambitieux qui, sinon, resteront lettre morte. Nous mettons au cœur de nos propositions un nouveau rôle des banques, pour une tout autre utilisation du crédit et de la monnaie, et un nouveau rôle des entreprises avec de nouveaux critères de gestion. Tous deux exigent de nouveaux pouvoirs populaires et des travailleur.se.s. Dans ces temps où des milliards sont déversés sur notre économie par la BCE plus que par les recettes fiscales des États, mais en armant les marchés financiers, nous proposons le chemin d’un combat de classe pour que cet argent, bien commun de tous les peuples d’Europe, soit utilisé pour l’emploi, les services publics et le climat, pas pour le capital. Dans ce temps où monte de partout l’idée d’une intervention de l’État dans l’économie (comme s’il n’y intervenait pas déjà massivement 1

C’est autrement plus ambitieux, et donc réaliste, que les vagues propositions, de gauche comme du centre, sur « la finance » qu’il suffirait de taxer, ou pour annuler la dette comme une réponse magique à tous les problèmes posés par la domination du capital, ou encore pour nier que la dette publique puisse poser un problème, empêchant alors de voir tout le combat de classe à mener face aux marchés financiers et à leur logique sur l’utilisation de la dette et son financement. Nous ne sommes ni suivistes, ni annulationnistes, ni négationnistes. Pour appuyer toutes les luttes sectorielles pour une autre utilisation de la dette publique et un autre financement, nous avançons une proposition précise qui généralise la réponse à ces besoins : celle d’un Fonds national pour l’emploi, la formation et la transformation productive. Il vise l’exercice d’un pouvoir démocratique nouveau sur la création monétaire et sur les entreprises. Cette proposition se doublerait de celle d’un Fonds européen. 

  • Portons notre conception d’une nouvelle démocratie, en contestant le régime existant et ses évolutions. Portons l’idée de nouvelles institutions avec d’autres relations entre élus et citoyens et à visée autogestionnaire, dont notamment des conférences territoriales (des communes et de leurs communautés aux départements), régionales et nationales pour l’emploi, la formation et la transformation productive. Cela ouvrirait un chemin vers de nouveaux pouvoirs ne séparant pas le politique, du social, de l’économique. Il faut en effet relever le défi des réponses réactionnaires et autoritaires, voire dictatoriales, de toutes sortes mais aussi du simplisme d’une VIème République réduite à une république parlementaire classique, amendée d’un référendum citoyen. Nous avons l’ambition de changer de régime politique, social, économique et même international ! 
  • Portons l’exigence de nouveaux rapports des humains à tout le système du vivant, à leur niche écologique, la terre. Il s’agit de transformer très profondément nos rapports sociaux et technologiques de production, de distribution, nos modes de consommation, nos institutions et rapports de pouvoir, à l’entreprise en particulier. Le « capitalisme vert » est un oxymore, une contradiction dans les termes, une illusion dangereuse, car la défense et la promotion de l’écologie exigent de donner la priorité aux capacités et à la créativité humaines. Ils ne peuvent se conjuguer avec une priorité à l’accumulation, les critères de rentabilité, les pouvoirs et la culture du capital. Libérer l’écologie de la logique de profit et de la dictature de l’argent exige une tout autre économie et de tout autres institutions démocratiques. Loin du mirage mortifère de la « décroissance », agissons pour construire un nouveau type de croissance et de développement. 
  • Portons l’exigence d’une tout autre mondialisation, pour un monde de paix, de désarmement, de partage, de culture plurielle et commune, de développement des biens qui devraient être communs (emploi, santé, climat, connaissances et résultats des recherches…). Portons-la pour une contribution internationaliste de la France face à la fuite en avant dans l’intégration européenne et dans la folie d’un partage impérialiste du monde sous la coupe du dollar, de l’ordre de Wall Street et de ses supplétifs dont l’OTAN. Portons-la, pour une transformation radicale, une refondation de toute cette construction européenne mais aussi des institutions mondiales – alors qu’il y a tant besoin de coopérations nouvelles et intimes. Portons-la face à la violence des délocalisations comme face à la montée des nationalismes, des souverainismes. Portons-la face au besoin de réponses communes, de souveraineté populaire, face à des défis qui, comme le climat et les pandémies, ne connaissent pas de frontières. Portons-la en tendant la main à cette recherche de tant de peuples du Sud et des émergents pour de tout autres institutions mondiales, pour une mondialisation gagnant-gagnant face à l’ennemi commun : le grand capital financier. De nombreuses forces politiques et sociales dans le monde y sont disposées, tout particulièrement les communistes de tous les pays. 

Faisons vivre notre solidarité avec les peuples qui résistent et luttent. Les marches en avant vers un dépassement du capitalisme pour une civilisation de partage de toute l’humanité et d’émancipation de chacun.e, le communisme, sont en pratique des luttes acharnées. L’ordre existant, en crise profonde, entend rester dominant, tandis que grandit l’appel à des règles, principes, critères d’une civilisation supérieure. C’est la recherche d’une société supérieure qui n’est pas encore communiste, dans un long affrontement historique partout dans le monde, un processus de transition socialiste. 

  • Pour une société de l’émancipation de toutes et tous, contre l’enfermement dans un rôle, un genre, une origine supposée, une religion ou une apparence… une société du droit à l’intervention pour toutes et tous. Portons l’idée d’une société qui allie développement de soi, dans sa singularité, et faire société. Une société de liberté et de dignité pour dépasser dans un même mouvement l’exploitation capitaliste et les dominations (patriarcale, raciste, LGBTIphobes, d’âge, ou culturelles), car exploitation et dominations se renforcent l’une l’autre. 

Face aux forces conservatrices qui veulent masquer la lutte des classes et imposer une guerre de civilisations enfermées dans le capitalisme, la candidature PCF portera l’affirmation de notre refus des divisions racistes, de genre ou LGBTIphobes. 

Une société où les définitions sociales ou sociétale de chacun-e ne pré-déterminent pas son parcours, sa place dans la société mais permettent de se construire soi-même avec les autres dans une universalité nouvelle. 

*** 

Au cœur de ces questions se situe l’exigence de conquérir des pouvoirs « sur l’économie » pour s’en libérer. Elle est objectivement incontournable. Mais elle se heurte à des contre-tendances délégataires, vers l’État ou vers les patrons, renforcées par la crise et par un certain désarroi des plus fragiles. De l’autre côté, voyons comment l’idée de pouvoirs nouveaux peut monter de la société à partir d’un souci éthique et anthroponomique sur l’économie (sens du travail, écologie, domination des GAFAM contre les libertés, évasion fiscale face au besoin de services publics…) à condition qu’il ne soit pas dévié vers de fausses pistes du « dé », comme la décroissance généralisée ou la démondialisation, ou encore du keynésianisme et de la sur-délégation vers un État « régulateur éthique ». Il s’agit d’aider à identifier les lieux (entreprises, banques) et la logique (rentabilité financière). Une piste majeure se situe du côté de la jonction avec les couches salariales non ouvrières – cadres, chercheurs, techniciens, enseignants, soignants – ou avec la jeunesse. Il s’agit aussi de conforter la prise de conscience du monde du travail dans ses capacités d’exercer des pouvoirs nouveaux. 

Cette exigence concerne des luttes concrètes envers les entreprises, les banques, les services publics avec des contre-propositions. Elle exige des prises de pouvoir politiques (État, mais aussi départements ou régions) pour que ceux-ci créent des pouvoirs démocratiques nouveaux sur les entreprises, les banques et l’utilisation de l’argent. Elle exige des idées et une culture nouvelle. 

Car ce n’est pas qu’une question de « volonté » ou d’une gauche qui « ne renonce pas ». C’est une question de fond. Exercer le pouvoir, c’est ne pas reproduire la logique du capital, même malgré soi. Nous connaissons l’exemple des nationalisations de 1982-83 qui, sans changer les critères de gestion des entreprises ni conférer de pouvoirs effectifs aux salariés sur la gestion, ont conforté la domination du capital. Nous savons aussi l’exemple de l’Union soviétique qui, à partir de son socialisme de rattrapage étatique autoritaire (SRE), nécessité par l’arriération russe, n’a pas su, pas pu ensuite inventer le chemin d’un développement véritablement alternatif à l’accumulation du capital, avec des critères d’efficacité nouveaux, décentralisés aux mains des travailleurs et des populations. Elle s’est trouvée vaincue, pour une large part, par sa propre crise d’efficacité économique inséparable de sa faillite démocratique. 

Bref, un autre pouvoir, c’est bien plus que de dire « l’État est propriétaire ». Et d’ailleurs, dans la conjoncture actuelle, un bras de fer se profile où les dominants actuels cherchent à renforcer encore la pénétration de l’État dans l’économie et son appui au service du capital et de sa rentabilité. Ce que j’ai pu appeler la recherche d’une impossible nouvelle alliance État-capital, impossible, non pas comme alliance, mais comme nouveauté et comme issue à la crise. Ni super-CMES (capitalisme monopoliste d’État social), ni CME international. Mais plutôt toujours une hypothèse de nouvelles institutions de crise du CME. Des réformes conservatrices, plus encore que Necker et Turgot sous Louis XVI : changer pour ne rien changer ! Il faudra de ce point de vue poursuivre l’analyse de ce qui se cherche et se construit par le gouvernement Biden et par les institutions internationales (OCDE, FMI, etc.), notamment en matière de multinationales. Quelle conservation se cherche derrière ces changements ? Quelle pression sociale tellurique exprime-t-elle ? Quels obstacles vont être rencontrés ? 

Or, face à la culture du capital et de sa rentabilité il faut du nouveau ! Et il faut faire le poids, en idées et dans les luttes. N’opposons pas les deux : les idées arment les luttes. Et la perspective peut donner passion, envie et donc courage aux luttes. 

C’est dire l’importance que peut prendre cette revue, si cette question de prendre le pouvoir sur l’argent – et plus généralement sur l’économie, sur les banques et les entreprises – devient effectivement centrale. En lien avec la nouveauté du monde, que nous assumons pleinement ! Il va s’agir de donner chair à cette idée, qui n’est pas si neuve pour nos lecteurs mais qui l’est tant dans notre société. Il va s’agir de la populariser, d’en faire la pédagogie, de donner à voir les luttes qui cherchent dans ce sens. 

L’économie, c’est très politique, comme le dit le nom de notre revue – sans s’y réduire bien sûr ! l’économie, ce sont des pouvoirs. C’est aussi le besoin d’une confluence de valeurs, de subjectivités, de règles communes, portées par des institutions et une culture.  

Entrons dans cette bataille en étant nous-mêmes, en développant notre originalité, en étant porteurs de ces idées et de cette posture, originales. En écho, en dialogue et en appui aux idées de recherche d’alternative qui germent et aux luttes qui se construisent. 

Non pas pour une quelconque affirmation identitaire mais à cause de la profondeur de la crise de civilisation qui ébranle le monde, une crise économique, sanitaire, écologique, morale, institutionnelle. Face à cette crise, face aux solutions illusoires, face à l’alliance Etat-capital exacerbée que construit le pouvoir macronien, pour battre la droite et l’extrême-droite, il y a besoin de faire lever une ambition de transformation profonde, une force de résistance et de construction, de portée révolutionnaire, un espoir raisonné. 

C’est sur la domination de la rentabilité financière et de ses critères que se sont fracassées les expériences de gauche de 1981 comme celle de 1997-2002, alors qu’il s’agissait d’imposer, par la lutte et par des mesures institutionnelles sur l’utilisation de l’argent, d’autres critères de gestion, tout particulièrement dans les entreprises nationalisées. Ces échecs ont nourri le désarroi et ouvert un champ au vote lepéniste. On ne peut faire le silence là-dessus. 

Elles se sont fracassées sur l’incohérence entre des objectifs sociaux explicites (retraite à 60 ans, réduction du temps de travail, lutte contre le chômage) et des pouvoirs et moyens qui n’étaient pas à la hauteur, voire contradictoires (les baisses des cotisations sociales et privatisations du gouvernement Jospin, jusqu’au naufrage Hollandais dans le CICE et le pacte de stabilité européen).  

La question de la cohérence entre objectifs, moyens et pouvoirs est fondamentale au moins autant que celle d’objectifs socio-écologiques hardis. 

Sur ces différents domaines, l’élaboration originale de la pensée communiste, du collectif national que forme le PCF, constituent des alternatives à mettre en débat pour faire grandir les rassemblements. Pendant des années, elles ont été mises de côté pour réaliser des alliances sur un contenu minimal, qui s’est avéré désarmé face aux problèmes. La campagne présidentielle doit être l’occasion de faire fructifier toute la richesse de l’apport intellectuel marxiste et l’apport militant des communistes.  

Discuter, faire discuter de tous ces enjeux, c’est déjà engager la bataille de l’élection présidentielle. Cela s’enracine dans les luttes actuelles, et le déploiement de notre campagne pour l’emploi, pour un autre projet de société à travers une tout autre conception de l’emploi, alliant travail plus épanouissant et utile avec une émancipation hors travail et un développement de chacune et chacun dans sa personne humaine singulière et commune, bien au-delà du travail.  

 

 

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18 mai 2021 2 18 /05 /mai /2021 09:13

 

*Bernard Devert est responsable de la CGT Métallurgie.

 

La crise sanitaire a mis en évidence les conséquences délétères de la désindustrialisation et de l’absence de contrôle démocratique sur la stratégie industrielle. Une révolution à tous les niveaux, des pouvoirs locaux à la coopération internationale, est nécessaire pour répondre aux défis économiques, écologiques, démocratiques et sanitaires.

LA FRAGILITÉ DU TISSU INDUSTRIEL RÉVÉLÉE

La crise sanitaire a mis en évidence le fait que notre pays n’était plus en capacité de produire du matériel essentiel à la lutte contre le virus et de soigner la population : masques, respirateurs, tests, vaccins, 2450 médicaments en situation de rupture de stock. Dans un domaine aussi stratégique que la santé, nous sommes devenus dépendants des choix politiques d’autres pays ainsi que des stratégies des multinationales.

L’exemple de la pénurie des masques est révélateur : une entreprise en Bretagne qui avait une capacité de production de masques pouvant aller jusqu’à 200 millions d’unités par an fut fermée en 2018 par le groupe états-unien Honeywell, qui l’avait rachetée huit ans plus tôt. Un autre exemple : après avoir supprimé 1700 postes de chercheurs et fermé plusieurs laboratoires, Sanofi veut supprimer encore 400 emplois dans la recherche, alors que le groupe se trouve en difficulté pour élaborer un vaccin contre la covid-19.

Cette situation a créé de fortes interrogations parmi la population sur l’état de l’industrie et du service public dans notre pays. Le Conseil économique, social et environnemental (CESE) dans son dernier avis l’a mise en évidence et a souligné que « La crise sanitaire a montré l’importance pour notre pays de recouvrer son indépendance, sa souveraineté et sa maîtrise de filières stratégiques face aux bouleversements économique, sociaux et environnementaux ».

L’EPR de Flamanville est un prototype. S’il a rencontré des difficultés, c’est dû aux pertes de compétences et de capacités industrielles après plusieurs années de moratoire sur les commandes et de suppressions d’emplois.

PRODUCTION D’ÉNERGIE ET AUTRES FILIÈRES INDUSTRIELLES

Comme la santé et l’eau, par exemple, l’énergie doit être considérée comme stratégique, nécessaire à la vie, au bien commun de la nation. Ne devrions-nous pas exiger qu’elle ne soit pas mise dans les mains des marchés financiers et d’investisseurs privés mais au sein d’un pôle public ? L’industrie a besoin d’énergie, entre autres électrique, pour produire les biens et services. Le fait de disposer d’une énergie de qualité, fortement décarbonée, à un prix bon marché, délivrée de manière continue, est un levier potentiel pour réindustrialiser l’économie du pays. L’énergie et l’activité économique forment un système couplé.

En retour, l’industrie est aussi un facteur déterminant pour maîtriser et innover les technologies nécessaires au développement des capacités de production électrique. Cela implique de remettre sur pied une véritable filière industrielle, cohérente entre les entreprises et en lien avec le secteur public, avec le levier incontournable de la commande publique.

L’énergie est la 3e filière industrielle en France ; elle représente plus de 300000 travailleurs (près de 80000 d’entre eux dans l’industrie manufacturière) et 2800 entreprises, dont 80 % de PME et TPE. Avec des emplois très qualifiés et un niveau de recherche et de laboratoires important, avec une proportion d’ingénieurs importante, surtout dans les grandes entre-prises, cette filière prouve qu’elle est au cœur de l’innovation technique. On y trouve des multinationales comme General Electric, Framatome, Arcelor-Mittal, Vallourec, Auber-Duval, Schneider Electric, Rolls-Royce, Man, Jeumont Electric, etc.

 

EXIGENCES DE RENTABILITÉ ET MANQUE DE STRATÉGIE DE L’ÉTAT

La France a une situation atypique en Europe, avec un mix énergétique adossé au nucléaire et associé aux énergies hydraulique et renouvelables, permettant d’avoir une électricité à 84 % bas carbone et des capacités d’ingénierie, de production dans l’ensemble des domaines que comprend le mix énergétique. Mais aujourd’hui cette filière est fragilisée. Dans le nucléaire, depuis quinze ans pas un seul chantier n’a été lancé en dehors de l’EPR, un prototype qui a rencontré des difficultés du fait de pertes de compétences et de capacités industrielles après plusieurs années de moratoire sur les commandes et de suppressions d’emplois, qui ont déstructuré les collectifs de travail. Le gouvernement semble vouloir lancer six EPR2 tout en recherchant des économies et la réduction des coûts.

Dans l’hydraulique, alors que la France était reconnue dans le monde, les capacités de production d’équipements sont limitées à deux sites. Par ailleurs, malgré les 150 milliards d’euros d’aides au développement de l’éolien, seuls quelques établissements, essentiellement d’assemblage, ont vu le jour. Le solaire s’est également soldé par un échec.

Cette situation montre qu’il ne suffit pas de financer des activités à coups de milliards d’aides publiques pour gagner sur le long terme une maîtrise technologique, des compétences et des savoir-faire. Ce choix a conduit à financer plutôt des entreprises privées, qui ont préféré importer plutôt que d’enraciner des activités sur nos territoires. C’est malheureusement le résultat d’une absence de politique industrielle depuis des années, issue du concept « entreprises sans usine » et d’un État sans vision et sans aucune planification à long terme.

D’un point de vue global, l’industrie en France, comme en Europe, se vassalise, se plie aux stratégies des multinationales qui construisent et pilotent des chaînes de production éclatées dans le monde, accentuant le dumping social et la financiarisation, et imposant aux collectifs de travail une réorganisation permanente. Aujourd’hui, la filière énergie est de plus en plus confrontée à cette situation, avec des entreprises fragilisées financièrement. Les critères financiers imposés par les groupes à leurs filiales et à leur réseau de PME conduisent à déstabiliser l’ensemble de la filière, tuent de nombreuses entreprises sous-traitantes, suppriment des savoirs, des savoir-faire, des compétences collectives pourtant nécessaires dans bien des domaines dans le futur. Conséquemment, ce dysfonctionnement de l’entreprise industrielle engendre des coûts élevés du fait de la non-qualité des produits, du développement des pénalités pour retard de livraison ou non-respect des cahiers des charges.

La filière gaz représente 130 000 emplois au cœur des territoires.

 

DES CONSÉQUENCES NÉFASTES POUR LES TRAVAILLEURS

Le travail est malade. La plupart des salariés se retrouvent en situation d’incertitude du fait de la multiplication des restructurations, la mise en vente de leur entreprise, les délocalisations, l’absence de reconnaissance de leur travail et de leurs qualifications. Démotivation, démission, sensation d’être dans une machine à broyer, émiettant les tâches... : il y a un malaise profond, avec un véritable danger de dégradation des collectifs de travail, qui risquent de faire défaut pour développer des projets. Malgré cela, bon nombre de salariés sont attachés a leur travail, à leur savoir-faire, à leur activité, à leur entreprise, comme l’attestent les mobilisations qui se font sur l’emploi, la pérennité de l’activité, les salaires, les garanties collectives.

 

MARGINALISATION OU SOUVERAINETÉ NATIONALE ET DÉMOCRATIQUE ?

L’industrie de l’énergie est à un moment charnière. Elle est financièrement fragilisée, confrontée à une Europe qui cherche à se désengager de la recherche et des nouveaux types de réacteurs à fission nucléaire, alors que seize pays européens ont des capacités et des compétences dans l’énergie nucléaire. Comme l’a fait la France, l’Europe risque de rater un rendez-vous technologique, au risque de se voir marginaliser en termes d’indépendance, alors que la Chine, la Russie et les États-Unis investissent massivement.

La réindustrialisation de la filière énergétique pour une réelle ambition écologique et pour une souveraineté énergétique pose l’urgence d’arrêter cette casse d’emploi et des qualifications. Le temps presse, certes, mais il s’agit de réaliser un ensemble de projets industriels interdépendants,ce qui nécessite du temps et des moyens humains, dans le domaine de la recherche, de la maîtrise des technologies, de l’élévation du niveau des compétences des collectifs de travail, du renouvellement des infrastructures et du parc de machines. Les investissements doivent être placés sous contrôle des salariés et des usagers pour qu’ils soient effectivement au service de ce nouveau développement. La question de la formation, qu’elle soit continue ou initiale, doit devenir un vecteur dynamique, sachant que l’expérience acquise demande là aussi du temps pour bâtir des collectifs de travail. Le besoin d’un autre modèle de développement nécessite de s’attaquer à la manière dont se créent les richesses, et donc de redéfinir la place, la finalité et les pouvoirs du travail.

Dans le contexte de la diversité de la filière industrielle et du secteur public, la question de la souveraineté du pays en termes d’énergie doit être mise en débat. Souveraineté ne veut pas dire vie en autarcie ; en effet, l’indépendance économique n’empêche pas coopération entre les pays. Aujourd’hui, les chaînes de valeur sont largement internationalisées sous l’impulsion des multinationales et des politiques des gouvernements qui ont favorisé compétitivité, concurrence et dumping social à l’échelle européenne et mondiale. Ne faut-il pas s’atteler à la reconstruction de la filière industrielle complète, sociale et écologique, en réduisant les chaînes de valeur à l’occasion de nouveaux projets donnant lieu à des commandes publiques réalisées dans le pays ?

Malgré tout, la France possède des compétences précieuses ainsi qu’un niveau technologique et de recherche important qui lui valent une place non négligeable en Europe et dans le monde. Sa situation de premier exportateur d’électricité en Europe lui donne la principale responsabilité pour gagner une cohérence et des coopérations. Son mix énergétique peut être considéré comme un modèle, avec au centre une entreprise comme EDF, qui doit rester intégrée et publique.

La question de la propriété pour reprendre la main sur les actionnaires et les multinationales afin d’extraire les salariés et les stratégies de la financiarisation et de la Bourse se pose parmi les travailleurs et les syndicats. Il faut conquérir une réappropriation publique et démocratique, avec des droits nouveaux pour les représentants des salariés et des élus locaux dans les entreprises. L’objectif est la mise en place d’un pôle public de la filière au niveau national composé des principales entreprises.

En s’appuyant sur les atouts existants dans les territoires, il est possible de gagner un réseau de coopération entre les entreprises, de définir les besoins, d’investir, de contrôler l’investissement et de développer les formations en lien avec l’éducation nationale. Mais l’essentiel sera la mise en mouvement de l’ensemble des travailleurs et des forces politiques en France et en Europe.

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18 mai 2021 2 18 /05 /mai /2021 09:06

 

De nombreux sondages d’opinion indiquent que la sécurité s’annonce comme l’un des thèmes majeurs des prochains scrutins. Ceci est tout à fait logique dans la mesure où l’insécurité, dans toutes ses dimensions, caractérise notre époque, bien que les homicides n’aient pas augmentés ces dernières années et décennies. Il s’agit de l’insécurité liée à la délinquance et aux incivilités qui polluent le quotidien de millions de concitoyens et contre laquelle il faudrait savoir lutter plus efficacement, celle horrible des trafics de drogues dont les truffions se mettent à tirer et tuer des fonctionnaires de police. Mais c’est aussi celle, sociale, de la peur du lendemain, de la crainte de l’avenir. Les deux s’entretiennent l’une l’autre et aucune lutte sérieuse contre l’insécurité ne saurait être menée en oubliant l’une de ces dimensions.

Car comment un pays qui compte 10 millions de chômeurs peut-il décemment prétendre lutter contre l’insécurité, sauf au prix d’un redoublement de la coercition des « classes dangereuses ». On le sait, l’insécurité est un phénomène social dont les causes plongent dans l’organisation même de notre société. Or celle-ci est marquée par la violence. Celle des comportements, des agressions verbales et physiques qui touchent les personnes, les fonctionnaires mais aussi les élus locaux qui font face à des menaces de moins en moins voilées. Celle sociale d’un peuple privé de ses perspectives, cloué dans la crainte de l’avenir pour soi et ses enfants, et dans lequel l’extrême pauvreté s’accroît sans cesse.

La réponse de droite qui nous est servie depuis des décennies accouche d’un empilement de lois incroyable : chaque année, une nouvelle loi sécuritaire, un nouveau texte qui rogne les libertés individuelles et collectives. Le résultat est accablant : loin de baisser, l’insécurité s’infiltre partout. L’accusation de laxisme lancée contre la gauche ne sert donc qu’à masquer l’inefficacité totale des politiques uniquement répressives.

La lutte résolue contre l’insécurité doit bien sûr passer par un renforcement du service public de la sécurité, que la loi sécurité globale maltraite en intégrant dans les dispositifs de sécurité territoriaux des offlines privées. Elle doit aussi passer par une formation bien plus exigeante des forces de police, conforme à l’éthique républicaine. Par une amélioration des conditions de travail des fonctionnaires de police et de gendarmerie et par le déploiement d’une police de proximité à équipement léger et aux missions bien définies.

Ajoutons enfin que l’insécurité est très lucrative pour certains. Qui profite des masses colossales d’argent du trafic de drogues et des trafics en tous genres ? Pourquoi cette pudeur à contraindre les banques à faire la lumière sur l’argent sale qu’elles conservent dans leurs coffres ? La lutte contre l’insécurité qui refuse de s’attaquer aux causes est vouée non seulement à l’échec, mais aussi à préparer une société de violence permanente.

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18 mai 2021 2 18 /05 /mai /2021 05:47

 

Malgré l’apparence, ce n’est peut-être pas dans la bataille de Gaza qu’il sera le plus difficile d’obtenir un retour au calme. Israéliens comme Palestiniens sont rodés aux marchandages qui préparent un cessez-le-feu. Mais comment mettre un terme aux affrontements dans les villes « mixtes » d’Israël où se sont rouvertes les plaies de 1948 ?

Comment sortir du conflit entre Israël et les Palestiniens ? En dépit de son caractère spectaculaire et de son bilan humain – près de 200 morts palestiniens, dont 55 enfants, 10 morts israéliens –, c’est peut-être, paradoxalement, la confrontation armée autour de la bande de Gaza entre le mouvement islamiste Hamas et l’armée israélienne qui posera le moins de problèmes.

Même s’ils rêvent de détruire Israël, les dirigeants du Hamas savent qu’ils n’y parviendront pas. Et les responsables politiques et militaires d’Israël qui aimeraient se débarrasser définitivement du Hamas n’ignorent pas davantage que cet objectif, sous les yeux du monde, n’est pas à leur portée, quelle que soit la supériorité de leurs armes. Mais du « brouillard de la guerre » émergent quelques évidences incontournables.

Le Hamas a déjà remporté une victoire militaire et politique indiscutable. Les salves massives de roquettes et de missiles tirées par ses combattants depuis la bande de Gaza ont contraint des centaines de milliers d’Israéliens à vivre dans la peur et à passer une partie de leurs journées dans les abris. Elles ont aussi provoqué l’arrêt des vols commerciaux vers les deux aéroports internationaux d’Israël : Tel-Aviv et Eilat. Et plongé l’état-major dans une interrogation nouvelle sur les limites de l’efficacité de leur principal système de défense antimissile. Indispensable et rassurant, le « Dôme de fer » a parfois semblé en difficulté face à des stratégies de saturation.

Le 16 mai 2021, non loin de Ramallah. © Abbas Momani/AFP

Israël, de son côté, peut se féliciter de la qualité de ses renseignements sur le Hamas, son organigramme civil et militaire, la localisation des QG, des bureaux d’études et ateliers de production d’armement, des sites de lancement et le plan détaillé de ses tunnels. Ce qui permet à l’état-major de revendiquer l’élimination de plusieurs dizaines de chefs militaires et de spécialistes des armements enfouis sous les décombres de leur immeuble ou de leur sous-terrain frappés par les bombes « intelligentes » des F-16.

Assurés de pouvoir se prévaloir de ces succès auprès de leurs partisans ou de leurs électeurs, les deux camps, qui n’en sont pas à leur premier affrontement, savent en outre qu’ils n’ont pas intérêt à une guerre de longue durée. Et que les objectifs à court terme qu’ils poursuivent sont atteints ou sur le point de l’être.

Le Hamas a confirmé sa capacité de nuisance, la productivité de ses arsenaux, sa légitimité patriotique et son aptitude à incarner la résistance. Il a aussi démontré sa solidarité active avec les Palestiniens de Jérusalem-Est, de Cisjordanie et d’Israël. Et rappelé son attachement à la défense des Lieux saints, soulignant du même coup la faiblesse et l’impuissance de l’Autorité palestinienne et du Fatah.

Israël, pour sa part, a fait la démonstration de sa puissance militaire, de sa maîtrise du rapport de force, de ses soutiens diplomatiques et politiques, et a même, en dépit des apparences, rétabli son potentiel de dissuasion. Y compris après deux ans de crise gouvernementale et sous la direction d’un premier ministre contesté, affaibli par les affaires et en sursis.

En d’autres termes, il ne manque plus qu’un médiateur mutuellement agréé pour entamer la négociation d’un cessez-le-feu. L’Égypte, qui a déjà joué ce rôle et qui ne veut à aucun prix voir se poursuivre un conflit armé – surtout impliquant une branche des Frères musulmans – à ses frontières, a été récusée la semaine dernière par Israël. Mais, selon les militaires israéliens, elle aurait poursuivi ses approches et l’implication de ses services secrets dans des contacts indirects avec les deux parties serait plus active encore qu’en 2014 pour l’opération « Protective Edge ».

Le Qatar, qui fournit – avec l’accord d’Israël – une aide financière annuelle de plus de 350 millions de dollars au Hamas, ce qui permet au mouvement islamiste de payer les salaires de ses 20 000 fonctionnaires et d’apporter un soutien à plus de 100 000 nécessiteux, parmi lesquels les familles des « martyrs », pourrait aussi contribuer à des contacts discrets. Contacts que Washington observe avec circonspection, impatient de voir la fin de l’affrontement armé mais prévenu contre une intervention plus active par des décennies d’efforts vains.

Les termes de la négociation seraient les mêmes que lors des conflits précédents : « retour au calme contre retour au calme », sans autre condition ou engagement au moins pour la première phase, après une période de désescalade plus ou moins longue, mais dont la durée pourrait être liée au bilan humain des affrontements à l’intérieur d’Israël.

Le problème est que ce deuxième front, qui ne peut être traité par des frappes de F-16 ou des pilonnages d’artillerie, pose aux dirigeants israéliens des questions auxquelles ils n’ont, pour l’heure, pas de réponses. Depuis le début de la semaine dernière, les « villes mixtes », en général pauvres et sous-équipées, où coexistent habitants juifs et « arabes israéliens », c’est-à-dire citoyens palestiniens d’Israël, sont la proie d’affrontements et d’émeutes. Le plus souvent, ces confrontations mettent aux prises les jeunes résidents arabes et des groupes de colons d’extrême droite armés venus de leurs collines de Cisjordanie pour « défendre les Juifs ».

Lynchages communautaires et représailles, incendies de synagogues et de mosquées, ratonnades, agressions se multiplient depuis les localités « mixtes » de la banlieue d’Haïfa jusqu’aux villages bédouins du Néguev.

Mobilisés par la solidarité avec les Palestiniens de Jérusalem-Est, par la défense des Lieux saints musulmans que menacent les suprémacistes juifs, les jeunes « Arabes israéliens » affrontent, armés de cocktails Molotov et de pierres, les commandos d’extrémistes juifs et les unités anti-émeutes de la police des frontières transférées depuis la Cisjordanie pour tenter de rétablir l’ordre. Mais c’est aussi contre le marasme économique et social dans lequel ils se débattent qu’ils se révoltent. 

« La violence à l’intérieur d’Israël a atteint des niveaux inégalés depuis des décennies », estimait jeudi le porte-parole de la police, Micky Rosenfeld. Lod, Ramle, Jaffa, Tamra, Hura, Saint-Jean-d’Acre, Tibériade, Bat Yam, Haïfa : aucune des villes où résident les 20 % de citoyens israéliens non juifs n’échappe à cette flambée de violences. À Lod (voir notre reportage), près de l’aéroport international de Tel-Aviv, où un tiers des habitants sont des Palestiniens d’Israël, le niveau des violences a été tel que l’état d’urgence a été déclaré, un couvre-feu imposé par la police et des « renforts massifs » de forces de sécurité déployés en urgence par le ministre de la défense

« Ce qui se passe dans ces villes est en train de rouvrir des plaies qui datent de 1948 », constatait la semaine dernière le chroniqueur militaire de Haaretz. Alors que les Palestiniens ont célébré samedi le 73e anniversaire de la Nakba, la « catastrophe » qui a vu, en 1948, 700 000 d’entre eux chassés de leurs maisons par les combattants juifs et devenir des réfugiés, il est clair que la violence impunie des groupes de colons et d’une police qui a multiplié, ces dernières semaines, bavures et maladresses provocatrices ne peut que réveiller des échos tragiques, lourds de désespoir et de colère.

Benjamin Netanyahou n’incarne pas à lui seul cette histoire mais, depuis qu’il est entré en politique, et surtout depuis qu’il est devenu premier ministre en 2009 et qu’il exerce le pouvoir, il s’appuie sur des majorités de plus en plus à droite pour conduire une politique qui repose sur le développement de la colonisation en Cisjordanie comme à Jérusalem-Est, et sur une domination et une oppression croissantes des Palestiniens.

Selon Ayman Odeh, avocat et chef de file de la Liste unifiée qui représente les Palestiniens d’Israël, « tous les premiers ministres israéliens qui se sont succédé depuis Ben Gourion en 1948 ont été responsables de 10 % de l’incitation à la haine des Arabes qui existe en Israël. Et Netanyahou de 90 % ».

Guidé par l’héritage idéologique de son père vénéré, qui fut le secrétaire de Zeev Jabotinski, fondateur du « révisionnisme sioniste » et partisan de la « muraille d’acier » face au nationalisme arabe, Benjamin Netanyahou n’a jamais renoncé à ce rêve de « séparation et de domination » des Arabes de Palestine, même lorsqu’il faisait mine, pour des raisons diplomatiques, d’accepter l’idée d’une solution à deux États. Ses choix politiques en témoignent.

Après avoir défendu et célébré l’érection du mur qui annexe une bonne partie du territoire de la Cisjordanie et sépare les colons juifs des habitants palestiniens, c’est lui qui a pris l’initiative d’une autre forme de séparation, non plus dans l’espace avec du béton et du grillage, mais dans le droit, les usages et les têtes. En juillet 2018, il a fait voter par la Knesset la loi sur Israël « État-nation du peuple juif » qui sépare les citoyens juifs d’Israël de tous les autres citoyens. Et qui fait de ces derniers des citoyens de seconde zone.

« En vertu de cette loi inacceptable, expliquait en janvier dernier à Mediapart Avraham Burg, ancien président de la Knesset et de l’Agence juive, un citoyen d’Israël qui n’est pas juif est astreint à un statut inférieur. Comparable à celui qui a été assigné aux juifs pendant des générations. Ce qui fut odieux pour nous, nous l’infligeons maintenant à nos citoyens non juifs. »

C’est probablement pourquoi les Palestiniens d’Israël, qui se considéraient déjà en dépit de leur passeport israélien et de leur droit de vote symbolique comme des sous-citoyens confinés dans des banlieues ou des villes négligées, bannis de toutes les coalitions gouvernementales, ont mesuré au fil des ans, et surtout depuis l’arrivée au pouvoir de Netanyahou en 2009, qu’ils avaient de plus en plus d’intérêts communs avec les Palestiniens de Jérusalem-Est et de Cisjordanie. Au point de prendre le sillage de leur révolte, lorsque l’irruption des extrémistes juifs à Al-Aqsa, les provocations de la police à la Porte de Damas et les tentatives d’expulsion des habitants de Sheik Jarrah les a jetés dans la rue.

Est-ce un hasard si cette colère des Palestiniens las des humiliations, de la domination, de l’oppression, de la discrimination, des persécutions qu’ils subissent, explose au moment où les juristes mettent un nom sur le statut qu’ils rejettent : l’apartheid ? Car cette traduction de « mise à part » en afrikaans, la langue de la minorité blanche d’Afrique du Sud, n’est plus seulement aujourd’hui un raccourci rhétorique ou une caricature polémique dans la bouche ou sous la plume des critiques de la politique israélienne. Ce n’est plus le risque lointain contre lequel Itzhak Rabin mettait en garde ses concitoyens en 1976.

C’est désormais la description clinique et documentée du « crime contre l’humanité » que commet Israël et dont les Palestiniens sont les victimes. C’est ce que démontrait déjà en juin 2020 le juriste israélien Michael Sfard dans une étude publiée par l’ONG Yesh Din (« Il y a une justice », en hébreu), analysée par Mediapart. C’est ce que vient de confirmer le rapport de 224 pages publié il y a quelques semaines par Human Rights Watch.

Après avoir rappelé ce qui constitue au regard du droit international les crimes d’apartheid et de persécution, et exposé le fruit de leurs investigations sur le terrain, les auteurs du rapport concluent que « le gouvernement israélien a démontré son intention de maintenir la domination des Israéliens juifs sur les Palestiniens à travers Israël et les Territoires palestiniens occupés (TPO). Dans les TPO, y compris à Jérusalem-Est, cette intention s’est accompagnée d’une oppression systématique des Palestiniens et d’actes inhumains commis à leur encontre. Lorsque ces trois éléments sont présents simultanément, ils constituent le crime d’apartheid ».

On le voit, il ne suffira pas pour éteindre cette révolte-là de parvenir à un cessez-le-feu et d’offrir le silence des armes contre le silence des armes. Ce sont presque trois quarts de siècle de violence et d’injustice qui sous-tendent la colère des jeunes Palestiniens d’Israël et des territoires occupés. Premier ministre sans mandat ni légitimité, Benjamin Netanyahou semble vouloir profiter du désordre qu’il a créé pour récupérer son pouvoir. Qu’a-t-il à proposer, hormis le recours à la force, pour sortir de cette crise ?

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17 mai 2021 1 17 /05 /mai /2021 16:59
Iraci Hassler Jacob: nouvelle maire communiste et féministe de Santiago du Chili

Felicitaciones a Iraci Hassler, alcaldesa electa de Santiago de Chile 🇨🇱 !

👏 Bravo à Irací Hassler Jacob, nouvelle maire de Santiago du Chili.

Irací Hassler vient d'être élue maire de la capitale du Chili : Santiago de chile.
 
Irací Hassler, qui arrache cette ville de 5 millions d'habitants à la droite Chilienne, est une jeune femme communiste de 30 ans.

Il y a 10 ans, alors qu’elle était étudiante, elle s’était fortement mobilisée pour l’accès à une éducation publique et gratuite.

Aujourd’hui économiste, féministe et membre du parti communiste chilien, elle vient d’être élue maire de la capitale chilienne, à seulement 30 ans.

Ses objectifs sont clairs : l’inclusion et le vivre-ensemble, l’accès au logement, à la santé, au sport, à l'éducation et à la culture, une politique environnementale et pour le bien-être animal, etc

PCF - Parti Communiste Français

Iraci Hassler Jacob: nouvelle maire communiste et féministe de Santiago du Chili
Attention, âmes sensibles s'abstenir ! Voici le résultat de Daniel Jadue Jadue, leader communiste chilien, à Recoleta, dans la capitale. Un spectre hante le Chili... Cathy Dos Santos

Attention, âmes sensibles s'abstenir ! Voici le résultat de Daniel Jadue Jadue, leader communiste chilien, à Recoleta, dans la capitale. Un spectre hante le Chili... Cathy Dos Santos

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17 mai 2021 1 17 /05 /mai /2021 16:59
CHILI : UN PEUPLE QUI PREND SON DESTIN EN MAIN (L'Humanité, 17 mai 2021)
CHILI : UN PEUPLE QUI PREND SON DESTIN EN MAIN
Lundi 17 Mai 2021

En octobre 2019, de jeunes étudiant-e-s commençaient à manifester contre la hausse des tarifs dans les transports. Plus d’un an et demi s’est écoulé, et le réveil chilien se confirme enfin avec un scrutin historique. Le peuple s’est exprimé afin d’élire 345 maires, 2 252 conseillers municipaux, 16 gouverneurs régionaux et les 155 membres de la Convention constituante. Les élections de cette Convention constituante, paritaire, sont l’aboutissement de la mobilisation sociale. Malgré la répression sanglante de ces derniers mois, ce sont la force et la persévérance populaires qui permettent de changer l’histoire et d’avancer vers une Constitution issue de la démocratie, pour se débarrasser définitivement de l’héritage lourd et obscur du dictateur Pinochet.

L’espoir populaire des derniers mois s’est donc traduit dans les urnes. La gauche est largement majoritaire pour rédiger la nouvelle Constitution. Ce qui peut être considéré comme une victoire des mouvements sociaux est, pour le gouvernement de Sebastian Piñera, une cuisante défaite. Cette coalition de droite atteint 37 sièges, c’est-à-dire loin du tiers nécessaire qu’elle espérait obtenir pour imposer son veto et freiner les changements structurels qui s’annoncent.

Les résultats cristallisent un peu plus le rejet des partis politiques traditionnels, d’ailleurs, près de 40 % des candidats n’étaient pas issus de partis politiques. C’est notamment le cas pour la coalition de centre gauche qui a gouverné à plusieurs reprises depuis 1990 et qui atteint seulement 25 sièges. La « gauche alternative », composée du Parti communiste et de Frente Amplio, obtient 28 sièges. Mais les grands vainqueurs de ce scrutin sont définitivement les candidat-e-s indépendant-e-s, de tendance progressiste, qui gagnent 48 sièges.

Une des difficultés pour ces candidat-e-s indépendant-e-s aura été de faire connaître leurs candidatures en peu de temps. Beaucoup de celles et ceux qui travaillent dans les syndicats, dans des organisations sociales ou dans l’enseignement n’ont pas les mêmes ressources pour rivaliser avec des personnalités de la télévision ou du monde intellectuel, des politiciens bien connus, qui ont reçu des contributions financières importantes du monde des affaires du pays. Ces inégalités n’auront rien empêché. Le processus est désormais enclenché, le Chili peut maintenant rompre et instaurer de véritables changements structurels sur le plan politique, économique et social.

Le peuple chilien s’est aussi mobilisé pour l’égalité et la diversité. D’une part, dans cette Assemblée, 17 sièges sont réservés aux peuples autochtones, trop souvent oubliés des institutions en place depuis trente ans. D’autre part, la parité de la Convention représente une première mondiale ! C’est la garantie d’une perspective de genre tellement essentielle pour cette refondation démocratique. C’est l’opportunité de bousculer le patriarcat et le rapport de forces traditionnel qui opèrent depuis 1990, permettant ainsi de faire émerger une Convention suffisamment diverse afin d’avancer vers un nouveau pacte social.

La responsabilité est énorme pour ces 155 membres dont le but sera de rédiger une nouvelle « Carta Magna » pendant neuf mois, avec une éventuelle prorogation de trois mois. L’expérience australe de la souveraineté populaire au XXI e siècle est en cours. Il sera fondamental que les membres de la Constituante favorables aux changements puissent instaurer, dans les premières semaines où doivent être débattus et définis les rouages de fonctionnement de l’Assemblée, d’importants mécanismes de participation citoyenne. Cette Convention constituante est la porte de sortie de quarante-sept ans de néolibéralisme outrancier et d’injustices sociales.

Le travail de cette Convention va se dérouler à quelques mois de l’élection présidentielle (premier tour prévu le 21 novembre). Ces résultats électoraux doivent pousser les forces progressistes à parvenir à l’unité pour la présidentielle, afin que la fragmentation politique ne vienne pas obstruer le processus constituant. Les victoires du Parti communiste, notamment à Santiago avec Iraci Hassler, renforcent la candidature présidentielle de Daniel Jadue, lui-même largement réélu dans à Recoleta, une des municipalités de la région métropolitaine.

Le changement est une lutte continue. Cette lutte légitime et nécessaire, elle aura malheureusement coûté la vie à des dizaines de jeunes manifestant-e-s, aveuglé-e-s et mutilé-e-s, des centaines d’autres, mais elle ne fut pas en vain. Ce peuple debout et conscient, avec un crayon bleu, aura en quelques heures anéanti la Constitution de Pinochet et embrassé la diversité et la parité pour écrire une nouvelle histoire : celle de la dignité. Ce 16 mai 2021 au Chili « quelque chose a changé, l’air semble plus léger, c’est indéfinissable ».

Pierre Lebret, politologue, expert du Chili et de l’Amérique latine

Christophe Bieber, historien, expert de l’Amérique latine

Florian Lafarge, ancien conseiller du porte-parole du gouvernement français (2012-2017)

 
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17 mai 2021 1 17 /05 /mai /2021 16:30
Voeu adopté à Morlaix Communauté le lundi 10 mai - voeu relatif au projet d'évolution du service public postal sur le territoire de Morlaix Communauté

Vœu relatif au projet d’évolution du service public postal sur le territoire de Morlaix Communauté

A l’instar de plusieurs territoires au plan départemental, plusieurs communes de Morlaix Communauté sont aujourd’hui concernées par un projet de réorganisation des activités de La Poste, notamment par une diminution des horaires d’ouverture de bureaux de poste: Plouigneau, Plourin les Morlaix, Lanmeur, Plougasnou, Pleyber-Christ, Carantec. La réforme de La Poste engagée depuis une dizaine d’année a eu les effets redoutés:

augmentation des tarifs,

dégradation du service,

réduction des emplois

Alors qu’au contraire, le développement d’un service public postal de qualité et de proximité s’avère essentiel sur l’ensemble de nos communes, en particulier dans les communes rurales ou de taille moyenne, là où il contribue à réduire les inégalités sociales et territoriales. Ce nouveau projet de réorganisation des horaires d’ouverture de bureaux de poste, s’il est mené à son terme, affaiblira une fois encore la qualité du service public postal dont bénéficient les habitants de Morlaix Communauté. Il perturbera aussi le bon fonctionnement de nombreuses entreprises, des commerçants et artisans installés dans notre territoire, alors même que tous les efforts doivent être faits pour les aider à la reprise dans les meilleurs conditions.

Enfin, ce projet dégradera les conditions de travail des postières et des postiers employés sur le territoire de Morlaix Communauté. En conséquence, le conseil de communauté de Morlaix Communauté, soucieux du service public comme pilier de l’égalité républicaine:

réaffirme son soutien au développement d’un service public postal de qualité et de proximité sur Morlaix Communauté,

demande à la direction de la Poste d’abandonner son projet de diminution des horaires d’ouverture des bureaux de poste dans notre communauté d’agglomération.

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17 mai 2021 1 17 /05 /mai /2021 15:39
Communiqué de la section PCF du pays de Morlaix : soutien à la mobilisation des personnels de la Poste du 18 mai

Communiqué de la section PCF du pays de Morlaix : soutien à la mobilisation des personnels de la Poste du 18 mai.

Le 16 mai 2021

Un mouvement de mobilisation unitaire important à la Poste aura lieu le mardi 18 mai  en intersyndicale unitaire dans le Finistère (CGT FAPT 29 Nord et Sud, CFDT 29, SUD PTT 29, FOCOM 29, UNSA Postes 29): ce sera un mardi noir à la Poste avec une grève qui s'annonce massivement suivie et des rassemblements à 10 h à Brest et Quimper. La section du pays de Morlaix du PCF soutient cette mobilisation des postiers. Au niveau départemental, le groupe La Poste, dont l'état et la caisse des dépôts et consignation sont les actionnaires principaux, mais qui est géré comme une entreprise à qui l'on demande des niveaux de retour d'investissement et de rentabilité ponctionnés essentiellement sur le personnel et la réduction du service public, continue ses réorganisations à marche forcée, au détriment de ses missions de service public, et du personnel, avec une intensification du travail, et souvent une perte de sens. Pour l'ensemble de la Bretagne, il n'y a eut que 15 embauches en CDI depuis le début de la crise sanitaire, et 5 dans le Finistère, et cela malgré le nombre de départs en retraite et l'augmentation spectaculaire de l'activité colis. 

Dans le pays de Morlaix, cette politique du groupe La Poste se traduirait par des mesures de réorganisation inacceptables que le PCF dénonce avec les élus locaux (à l'exception notable de la députée Mme Le Feur) et les syndicats de la La Poste.

- des réorganisation de tournées pour les facteurs qui sont déjà sous pression. Pour Morlaix, il y aura une tournée en moins.

- 15 heures d'ouverture de guichets de moins sur tout le secteur de Morlaix, 3 plein temps de postiers en moins.

Concrètement, cela se traduit par la volonté de supprimer l'agence postale de Taulé pour la transformer en agence postale communale, de faire passer des bureaux postaux en statut de facteurs-guichetiers a Plourin-les-Morlaix et Plouigneau (-7h d'ouverture), nouvelles réductions d'ouvertures à la Poste centre-ville de la rue de Brest (ouverture à 9h30 plutôt qu'à 9h) à Morlaix et au Géant de Saint Martin des Champs (ouverture à 10h30 plutôt qu'à 10h), après la surpression du bureau de poste de la Boissière, et avant cela, celui de la rue de Paris. Le bureau de Plougasnou ouvrirait aussi plus tard, à 9h30 plutôt qu'à 9h.  Le bureau de Lanmeur serait fermé le mercredi après-midi aussi bien que le lundi. Il n'y a déjà plus que 4 bureaux de poste véritables sur le secteur de Morlaix: Morlaix-centre, Saint-Martin, Plougasnou, Lanmeur.  Tous les autres ont été détruits, se sont transformés en agence communale, avec la suppression de nombreux emplois de postiers, des frais de service public national qui reviennent désormais aux communes, des restrictions d'accès au service.

Or, pour nous, la Poste est un service public essentiel, notamment pour sa banque qui est celle des classes populaires, et ses services courrier, colis, importants pour tous, et notamment les personnes âgées.

Au plan national, les syndicats de la Poste et les usagers expriment de nombreuses inquiétudes sur le service universel postal : La France pourrait ramener la distribution du courrier de six à cinq jours par semaine et abandonner le J + 1. La Poste risque de ne plus assurer ses missions de service public, faute d’une compensation financière de l’État. Le service universel postal qui oblige La Poste à distribuer le courrier six jours sur sept sur l’ensemble du territoire est en péril.

Et pourtant, en 2020, La Poste a dégagé un bénéfice de 2,1 milliards d’euros, contre 800 millions en 2019. Une politique de rentabilité pour l'actionnaire qui a pour contrepartie des suppressions d'emplois chaque année (100 000 depuis 10 ans pour le groupe la poste), la transformation de contrats protecteurs de fonctionnaires en contrats de droit privé, en CDD, missions d'intérim. Les postiers dénoncent ainsi légitimement une dégradation de leurs conditions de travail et demandent une plus grande reconnaissance : les communistes leur apportent leur soutien.

Communiqué de la section PCF du pays de Morlaix : soutien à la mobilisation des personnels de la Poste du 18 mai
Le Télégramme, 17 mai 2021

Le Télégramme, 17 mai 2021

 

Ouest-France
Morlaix. Le Parti communiste soutient la mobilisation des personnels de La Poste

Le Parti communiste français (PCF) de Morlaix (Finistère), soutient la mobilisation des personnels de La Poste, qui a lieu mardi 18 mai 2021, à Guipavas et à Quimper.

Le Parti communiste français (PCF) à Morlaix (Finistère), soutient la mobilisation des personnels de La Poste de ce mardi 18 mai 2021, à Guipavas et Quimper. Les réorganisations annoncées par le groupe se traduiraient par une tournée en moins, à Morlaix et « 15 heures d’ouverture de guichets de moins sur tout le secteur de Morlaix, trois pleins-temps de postiers en moins ».

Mais aussi « par la volonté de supprimer l’agence postale de Taulé pour la transformer en agence postale communale, de faire passer des bureaux postaux en statut de facteurs-guichetiers à Plourin-lès-Morlaix et Plouigneau », des réductions d’ouvertures à Morlaix, à celle du Géant de Saint-Martin-des-Champs, à Plougasnou, ou à Lanmeur.

Plus que quatre véritables bureaux

« Il n’y a déjà plus que quatre bureaux de poste véritables sur le secteur : Morlaix-centre, Saint-Martin, Plougasnou, Lanmeur. Tous les autres ont été détruits, se sont transformés en agence communale. »

Tout cela alors qu’en 2020, « La Poste a dégagé un bénéfice de 2,1 milliards d’euros, contre 800 millions en 2019 ».

https://www.ouest-france.fr/bretagne/morlaix-29600/morlaix-le-parti-communiste-soutient-la-mobilisation-des-personnels-de-la-poste-dc0f18da-b6e1-11eb-b73a-358c628dc742

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17 mai 2021 1 17 /05 /mai /2021 09:04

 

Il s’est dit beaucoup de choses, il s’est tenu beaucoup d’émissions autour du 10 mai dernier à l’occasion du 40ème anniversaire de la victoire de la gauche en 1981, sans jamais dire que celle-ci n’a été possible que par une conjonction de forces, d’aspirations populaires et l’apport considérable du Parti communiste. Je ne peux revenir ici sur l’ensemble de cette période de l’histoire, mais je me sens obligé d’en dire quelques mots.

Cette victoire est d’abord le résultat d’un long processus de luttes sociales et sociétales (parmi lesquelles le grand mouvement de mai 1968), de confrontations politiques dans la société et au sein de la gauche elle-même, de la reconstruction d’un Parti socialiste abandonnant les oripeaux de la vieille SFIO et d’un travail patient des communistes pour l’union populaire et l’union de la gauche.

En 1965 puis en 1974, le PCF choisit l’union et le rassemblement autour d’un candidat commun de la gauche, issu du Parti socialiste. La candidature de Jacques Duclos en 1969 vise également cet objectif et elle est comprise comme telle par un électorat issu de toute la gauche. Celle de Georges Marchais en 1981, porteuse du Programme commun, est nettement une candidature anti-droite (anti-Giscard) tout en ayant l’ambition de créer à gauche un rapport de force favorable à la prise en compte des espoirs des travailleurs. Devancé par François Mitterrand, il réalise cependant un score important, lors de l’élection présidentielle la plus difficile pour les communistes. D’autant plus qu’au niveau international, après les avancées des « révolutions » sur plusieurs points de la planète, on assiste au début de la contre-offensive conservatrice et réactionnaire, fortement teintée d’anticommunisme, avec le reaganisme – le thatchérisme plus près de nous – le tout étant cornaqué par une instance mondiale du capitalisme et de l’impérialisme : la Commission trilatérale.

Cette pression n’était déjà pas sans effet sur F. Mitterrand et le Parti socialiste. Dès la signature du Programme commun, F. Mitterrand dira à l’Internationale socialiste à Vienne qu’il avait signé un programme de gouvernement pour « prendre trois millions de voix au Parti communiste ». Les élections qui suivirent montrèrent que le recul constaté lors du scrutin présidentiel, qui avait pu être attribué à son caractère spécifique et sa dimension de pouvoir personnel, s’inscrivait en réalité de façon durable dans la vie politique française.

La bataille pour l’union du Parti communiste a profité électoralement à toute la gauche, jusqu’en 1978. A partir de 1981, l’union réalisée, c’est au Parti socialiste qu’en est attribué le mérite. Et quand les communistes s’efforcent, tant bien que mal, dans un même mouvement, de préserver, d’amplifier le contenu transformateur des politiques menées et l’union indispensable pour y parvenir, il n’est pas compris par de nombreux progressistes. La période difficile de l’actualisation du Programme commun en 1977 en a témoigné. Rien n’est venu depuis contredire les reculs électoraux du Parti communiste, en dépit de toutes les tentatives qui ont suivi. Sans doute convient-il d’approfondir la réflexion pour en déterminer les causes les plus profondes et radicales, nationales, européennes, internationales et internes au parti lui-même et à la gauche.

Du reste, c’est partout dans le monde que ce phénomène se constate. Cela ne doit cependant pas conduire à minimiser ce qu’a apporté la victoire de l’union de la gauche en 1981. Aujourd’hui encore, les salariés se mobilisent pour en préserver les acquis, mis à mal par les gouvernements qui se sont succédés, par le patronat et l’Union européenne.

Dès les premiers mois, des réformes de progrès ont été votées et mises en œuvre. Le 1er juillet 1981, une hausse de 20% de l’allocation handicapés, de 25% des allocations familiales et de logement. Le 4 août, la suppression de la Cour de sureté de l’Etat. Le 2 octobre, l’autorisation des radios locales. Le 8 octobre, le blocage des prix, le 9 octobre, l’abolition de la peine de mort, le 15 décembre, l’abrogation de la loi anticasseurs, le 30 décembre création de l’impôt sur la fortune. Le 14 janvier 1982, l’instauration des 39 heures de travail hebdomadaire et de la 5ème semaine de congés payés. Le 13 février, le vote des nationalisations de grandes entreprises et banques. Le 3 mars, la loi de décentralisation. Le 25 mars, l’abaissement de l’âge de la retraite qui passe de 65 à 60 ans puis le vote des lois Auroux pour de nouveaux droits des salariés dans les entreprises.

Les quatre ministres communistes, Charles Fiterman, Anicet le Pors, Jack Ralite et Marcel Rigout, ont pris leur part dans ce bilan impressionnant de tout le gouvernement et de la majorité parlementaire. Avec certains apports particuliers, comme celui de Charles Fiterman qui, à l’opposé de ce qui se fait aujourd’hui, fait transformer les dettes des entreprises concessionnaires d’autoroutes en participations au capital de l’Etat, ce qui les nationalise. L’argent ainsi économisé est réinvesti dans de nouvelles infrastructures. Le chantier de l’A380 est lancé et le ministre d’Etat pousse ainsi à la diversification d’Airbus. Il fait voter la loi des transports intérieurs, premier acte d’un projet écologique pour les transports. Il fait voter une loi ancrant la maîtrise publique des entreprises de transport en contrôlant la concurrence et en obligeant les entreprises du secteur à endosser la responsabilité des coûts sociaux et environnementaux.

Le statut de la SNCF en fait un nouvel établissement public industriel et commercial tout en y renforçant l’emploi. Il met en place le remboursement à 50% de la Carte orange, supprime les deux classes dans le métro et participe au lancement du TGV.


Marcel Rigout, ministre de la formation professionnelle, fait voter la loi du 24 février 1984 portant réforme de la formation professionnelle continue et modifies en ce sens le Code du travail. Elle est complémentaire des lois Auroux que Macron a rendues caduques avec les « lois travail ». Il lance 600 000 contrats nouveaux de formation professionnelle pour des jeunes. 300 000 d’entre eux débouchent sur des contrats à durée indéterminée.


Jack Ralite, ministre de la Santé puis de l’Emploi, supprime le secteur privé à l’hôpital public, lance les centres de santé publics, équipe plusieurs hôpitaux de scanners, abroge la loi de 1938 qui mettait les malades mentaux à l’écart de la société, fait adopter une loi de réorganisation de l’hôpital. C’est lui qui fat supprimer la pénalisation de l’homosexualité. Comme ministre de l’Emploi, il lance les contrats « emploi-formation-production » et permet ainsi de sauver plusieurs petites et moyennes entreprises et leurs emplois.

 

Anicet Le Pors conduit une réforme fondamentale de la fonction publique et du statut en introduisant notamment le droit de grève, la liberté d’opinion, le droit de négociation. Il ouvre la troisième voie d’accès à l’ENA pour des élus, responsables associatifs, des agents des collectivités, des hôpitaux et de la recherche. La fonction publique est étendue aux collectivités locales, aux établissements hospitaliers et de recherche. Le statut général des fonctionnaires se décline avec lui en quatre lois nouvelles.


Ces éléments de bilan, trop souvent sous-estimés, ne peuvent s’inscrire dans le simplisme binaire des mots « échec » ou « succès ». La présence de ministres communistes concrétisait l’état de rapports de force politiques, sociaux, culturels. Trop souvent les concrétisations sont restées comme en suspens car la victoire de la gauche n’a pas été accompagnée d’une mobilisation sociale suffisante pour contrebalancer les pressions d’un contexte international nouveau et la tendance d’importantes fractions du Parti socialiste à revenir aux démons de l’adaptation au capitalisme. Dès le 26 novembre 1981, le ministre des Finances, Jacques Delors, réclame une « pause ». Jusqu’au tournant économique de l’année 1983 qui est sans doute le début de l’affaiblissement des idées de la gauche de transformation économique, sociale, démocratique dans le cadre de l’affaiblissement de l’Etat national au profit des carcans de l’Union européenne et de la mondialisation capitaliste.

 

Cela ne veut évidemment pas dire qu’il faut s’en satisfaire au moment où, aujourd’hui, l’enjeu du post-capitalisme est à l’ordre du jour. Il se pose avec une force accrue car le « tout-capitalisme mondialisé » ne fait qu’aggraver toutes les tares que sécrète ce système inhumain, du développement des inégalités à celui de la pauvreté, de l’épuisement de la planète à celui de la biodiversité, des guerres aux atteintes aux libertés… Les dénoncer, les combattre, pied à pied, est indispensable. Mais reste posée dans son entier l’immense question de l’alternative, de l’engagement dans un processus populaire démocratique mondial d’émancipation humaine. En ouvrir la voie, pour la gauche et l’écologie toutes entières et singulièrement pour le Parti communiste et le Parti socialiste, suppose, me semble-t-il, de prendre la mesure des deux déflagrations qui au XXe siècle les ont atteints l’un et l’autre, l’effondrement du l’URSS et l’échec de la social-démocratie. La tâche est d’autant plus ardue que l’activité politique a, elle-même, été durement atteinte, la désindustrialisation a produit des ravages, les cadenas de l’Union européenne aussi au point de voir tant de nos concitoyens s’en détourner.

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17 mai 2021 1 17 /05 /mai /2021 09:01

*Clément Chabanne, rédacteur en chef de Progressistes

La crise sanitaire met en lumière la violence du système de propriété intellectuelle. Loin de la coopération scientifique qui devrait permettre à toute l’humanité de progresser, face à la pandémie comme face aux nombreux défis du siècle, les grands groupes organisent leur monopole sur les fruits du travail intellectuel collectif. Avant le dépôt d’un brevet par une multinationale, combien d’heures de recherche fondamentale dans les laboratoires publics ? Combien de milliards de subventions publiques à la recherche, pour finalement nourrir une logique de rentabilité et laisser les pleins pouvoirs aux groupes privés sur l’organisation de la production industrielle et les applications de la recherche ? Ce monopole organisé porte la marque originelle d’une logique guerrière. La protection internationale des brevets est largement inspirée de la législation états-unienne, utilisée comme une arme dans la guerre froide. L’Export Administration Act de 1980 autorise le président des États-Unis à interdire l’exportation des technologies soumises à la loi de ce pays. Il s’agit d’une arme qui s’avéra particulièrement efficace pour rompre les relations économiques entre l’Europe de l’Ouest et l’Union soviétique. Après la chute des pays socialistes, les accords TRIPS (Accords sur les aspects de droits de propriété intellectuelle qui touchent au commerce, en français) de 1994 ont réorienté la protection internationale de la propriété intellectuelle vers ce que Samir Amin a appelé « une offensive en vue de renforcer le pouvoir des monopoles technologiques au détriment des pays en développement ». La concentration de la propriété intellectuelle permet le contrôle de quelques grands groupes sur des milliers de filiales et de sous-traitants grâce au monopole technologique. Elle organise également l’extraction d’une rente, depuis les lieux de production réelle vers les têtes de groupes, dans les grandes capitales du Nord ou les paradis fiscaux. La pandémie montre l’efficacité froide de ce système dans sa plus simple expression : l’organisation de la pénurie pour faire augmenter les prix.

Sous l’impulsion du PCF et d’autres partis et associations en Europe a été lancée la campagne « Pas de profit sur la pandémie », le but visé étant la levée des brevets en Europe et le positionnement diplomatique en ce sens de nombreux pays du Sud : la crise sanitaire mondiale révèle donc des possibilités d’une nouvelle alliance entre pays en développement et classe laborieuse des pays développés.

La réussite de cette campagne peut engager une lutte de grande envergure pour mettre fin aux logiques de monopolisation, de financiarisation et de rentabilisation de la connaissance, et entamer une transition vers une coopération internationale mettant l’ensemble de la recherche scientifique au service de l’émancipation humaine.

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