/image%2F1489059%2F20211111%2Fob_6c70b4_pcf-a5-emploi-page-1.jpg)
/image%2F1489059%2F20211111%2Fob_52f062_pcf-a5-emploi-page-2.jpg)
/image%2F1489059%2F20211111%2Fob_4375b3_pcf-a5-emploi-page-3.jpg)
/image%2F1489059%2F20211111%2Fob_11bed1_pcf-a5-emploi-page-4.jpg)
commenter cet article …
/image%2F1489059%2F20230703%2Fob_d3a7c7_capture-d-ecran-2023-07-03-a-19-07.png)
/image%2F1489059%2F20211111%2Fob_6c70b4_pcf-a5-emploi-page-1.jpg)
/image%2F1489059%2F20211111%2Fob_52f062_pcf-a5-emploi-page-2.jpg)
/image%2F1489059%2F20211111%2Fob_4375b3_pcf-a5-emploi-page-3.jpg)
/image%2F1489059%2F20211111%2Fob_11bed1_pcf-a5-emploi-page-4.jpg)
Non content d’avoir été condamné pour propos racistes, non content de traiter les femmes comme des « sous êtres humains », après la réhabilitation de la collaboration et de l’Algérie française, voici que M. Zemmour s’en prend au capitaine Dreyfus dont il réfute l’innocence, pourtant clairement établie, déjà par Zola et Jaurès, puis par le travail de générations d’historiens.
Méthodiquement, l’éditorialiste agitateur révise chacun des événements historiques en réponse desquels s’est construite la droite républicaine. La stratégie est clairement établie de réunir les droites par un discours national-capitaliste, mais aussi par l’invention d’un récit historique expurgé des graves errements de la grande bourgeoisie française, et pire, de les revendiquer. Jusqu’à l’infamie d’accuser la Résistance communiste d’avoir inauguré une « guerre civile » en engageant le combat contre les nazis et leurs supplétifs vichystes…
Tout ceci est pensé. L’affaire Dreyfus n’est pas le moindre de ces épisodes qui auront déchiré le pays. Il aura également été l’un des moments fondateurs du clivage entre la droite et la gauche, sur fond d’antisémitisme virulent. Contester l’innocence du capitaine Dreyfus aujourd’hui, c’est remettre en selle ceux qui la contestaient hier, ces penseurs et acteurs du « nationalisme intégral » que furent les Maurras, Daudet ou Barrès, nommant le capitaine Dreyfus « Judas » à longueur de colonnes, hurlant à « l’anti-France », et excitant la veine nationaliste jusqu’aux charniers de 14-18. Ces mêmes courants qui ont applaudi à la constitution des fascismes en Europe.
L’hégémonie gaulliste sur la droite française pendant près d’un demi-siècle aura eu tendance à faire oublier les racines profondes des forces conservatrices, qui plongent dans le nationalisme le plus belliqueux, le racisme, l’antisémitisme, et un corporatisme qui réunirait possesseurs du capital et salariés dans « la magie » du travail exploité. Maurras et l’Action française n’étaient pas des épiphénomènes mais, au contraire, des courants qui ont structuré le discours et les pratiques de la droite jusqu’à la Libération.
Aux considérations stratégiques de cette attaque contre Dreyfus, s’ajoute sans nul doute une considération tactique. Les origines juives de M. Zemmour pourraient freiner l’adhésion à son entreprise politique des courants les plus extrêmes, traditionalistes, cléricaux et antisémites de la droite. Qu’à cela ne tienne ! Quel meilleur brevet d’acceptabilité leur offrir que de s’attaquer à la figure honnie du « juif Dreyfus » ?
Ainsi, selon ses termes, Zemmour compte sceller l’alliance de « la bourgeoisie patriote » des catégories supérieures et les masses populaires. Cette alliance de classe a présidé au bonapartisme comme, dans un contexte différent, au gaullisme. Elle a pour principale fonction d’ôter toute autonomie d’action aux classes populaires chloroformées par les vapeurs nationalistes et laissées à la merci du grand capital pour en devenir la piétaille. Vieux rêve des classes possédantes et du capitalisme national aujourd’hui à la manœuvre dans de nombreux pays, comme en témoigne le cas Trump aux Etats-Unis ou Bolsonaro au Brésil.
La nouveauté, concernant la France, tient au point d’équilibre de cette alliance, que M. Zemmour tente de faire tenir très à droite, par la réconciliation de Maurras et de Gaulle, de l’OAS et du RPF, du RPR et du FN, de Barrès et de Péguy. Y parviendra-t-il ? C’est aussi l’affaire d’une droite qui se laisse voler son histoire récente.
Des courants conséquents sont tentés par le projet zemmourien, d’autres l’ont déjà intégré, comme en témoigne le vibrant accueil de l’ancien journaliste du Figaro et de Cnews à l’université de rentrée du « Mouvement conservateur », nouveau nom de « Sens commun », mouvement de droite intégriste affilié aux « Républicains ». En témoigne également le parcours de membres de son équipe de campagne qui, pour l’essentiel, viennent de « LR » travaillent ou ont travaillé comme assistants parlementaires ou collaborateurs de maires de droite. Se retrouvent enfin dans ce cénacle des cadres importants des jeunes LR ou du syndicat UNI.
En voulant réunir les droites, Zemmour tente donc de ressusciter tout un courant réactionnaire qui a structuré la vie politique française avant guerre, et que les contradictions du gaullisme auront mis en sourdine. Une réaction qui plonge aussi certaines de ses racines dans certains courants minoritaires du mouvement ouvrier emprunts de proudhonisme et de corporatisme, qui auront fait les « riches heures » de Vichy. Il n’y a dès lors rien d’étonnant à ce que le proudhonien Onfray « n’exclut pas de voter Zemmour » selon ses propres termes.
Ces courants ont pour point commun la détestation du marxisme et du communisme et, partant, refusent de reconnaitre la lutte de classes comme force motrice de l’histoire. Que des éditorialistes ou dirigeants politiques qui se réclament du souverainisme « de gauche » refusent de porter la revendication historique de la baisse du temps de travail, accusé de dévaloriser la « valeur travail », en dit long sur les glissements à l’œuvre et le refus d’affronter le capital dans toutes ses logiques. Cela dit aussi la persistance, en France, d’un vieux courant corporatiste qui se réinvente perpétuellement. Sans être, pour l’heure, allié à l’entreprise Zemmour, il crée les conditions de son acceptation.
Un léger regard dans le rétroviseur permettra de voir combien le terrain a été préparé ces dernières années : de la participation du personnage à de multiples émissions de télévisions et de radio depuis vingt ans dans le rôle du procureur et sans contradicteurs, à la table ouverte à des commentateurs de droite extrême et aux dirigeants du parti d’extrême droite dans les télévisions d’informations en continue, jusqu’au nauséabond débat de ces derniers mois autour « du séparatisme » » de la « subversion migratoire », de « l’islamogauchisme » de la « destruction de la civilisation occidentale », du « délitement de la nation française » ; les attaques contre l’UNEF ou encore cet entretien accordé par le président de la République à « Valeurs Actuelles »… Le terreau pour faire germer et grandir le monstre a été bien fécondé.
M. Zemmour fait ainsi la démonstration de son appartenance à un courant philosophique et politique qui, plus d’une fois, a causé un tort considérable à la nation française ; celui de la contre-révolution et des anti-Lumières qui a prospéré à l’ombre de la bourgeoise industrielle, réfutant avec une admirable constance la déclaration des Droits de l’Homme et du citoyen, la République sociale, le Front populaire, le Conseil national de résistance, la décolonisation, mai 68 et aujourd’hui toute forme de progrès social. Sa ligne de mire est bien 1789 et les suites qui surent lui donner le mouvement ouvrier, socialiste et communiste. C’est Goebbels qui avait résumé l’intérêt de ce point de jonction entre les extrêmes droites et les droites traditionalistes en affirmant que les nazis avaient « effacé 1789 de l’histoire ».
La mise sur orbite de ce personnage est un défi lancé au courant progressiste dans ses multiples expressions. Les forces du capital et leurs mandataires ont besoin de réactiver cette « union-fusion » des droites pour éloigner toute perspective de rupture avec l’ordre existant, alors que les contestations sociales, les aspirations à défendre et améliorer les conquis sociaux du Conseil national de la résistance sont puissantes.
Dans le temps long de l’Histoire, c’est ce courant et sa pointe avancée communiste qui est directement menacé. Cette offensive appelle à faire revivre ce progressisme à la française, dans un processus de dépassement du système capitaliste, et à construire patiemment son hégémonie. Les forces militantes, syndicales et communistes ont un rôle déterminant à y jouer. Car nul ne peut douter que le zemmourisme aurait la destinée funèbre de ses ancêtres. Les classes populaires, d’où qu’elles viennent, une nouvelle fois et comme toujours en paieraient chèrement le prix. L’ignorer reviendrait à ne pas le combattre !
Un TER heurte un groupe de migrants proche des voies ferrées, 1 mort et plusieurs blessés. 400 migrants secourus in extremis en Méditerranée lors d’une seule opération de sauvetage. Au Sénégal, la marine nationale a réussi à secourir 82 personnes qui partaient vers l’Espagne sur une simple pirogue. 4 enfants morts sur la route migratoire vers les Canaries
Au centre de rétention administrative de Mesnil-Amelot, un homme passe toute la nuit sur le toit pour éviter l’expulsion. Au centre de rétention administrative de Palaiseau, un homme de nationalité colombienne en France depuis 10 ans enfermé à cause d’un patron qui ne lui fait pas de contrat de travail alors qu’il travaille pour lui depuis plus de 3 ans. Un jeune apprenti malien en France se retrouve du jour au lendemain sans hébergement, sans avoir le droit de travailler car il vient d’avoir 18 ans. Un médiateur de l’OFII (Office français de l’immigration et de l’intégration) en déplacement à Calais repart en annonçant avec un certain cynisme que les personnes délogées après les démantèlements réguliers de la police auront le droit de récupérer leurs affaires. 2 militants de la solidarité encore en grève de la faim à Calais, bras de fer entre associations et État au sujet de la fermeture d’un refuge d’accueil pour migrants à Briançon, etc.
Cette énumération est une partie de l’actualité des 15 derniers jours. On pourrait rajouter la situation en Île-de-France où des centres d’hébergement d’urgence dans des lieux transitoires « réquisitionnés » il y a
un an et demi pour mettre à l’abri de la pandémie une partie des personnes en attente de demande d’asile ou autres risquent de fermer sans que l’État propose des solutions pérennes d’hébergement.
Voici les conséquences des politiques migratoires de la France et de l’Europe et il faudrait laisser parler sans contradiction possible les Pécresse, Ciotti, Barnier, Bertrand, Zemmour, Le Pen, Valls, Darmanin, etc.
Une nouvelle fois, répétons qu’il n’y a pas « d’invasion » migratoire, répétons que les personnes déplacées sont pour la plupart déplacées dans les pays voisins et les pays du Sud, répétons que l’immigration ne coûte rien ou presque aux pays d’accueil. En effet, un rapport de l’OCDE rendu public le 28 octobre explique que dans tous les pays d’accueil, la contribution des immigrés sous la forme d’impôts et de cotisations est supérieure aux dépenses que les pays consacrent à leur protection sociale, leur santé et leur éducation.
Répétons que le monde s’est construit avec les mouvements de population et que les politiques migratoires en France comme en Europe n’ont pas besoin d’être de plus en plus dures, elles le sont déjà beaucoup trop. Elles ont besoin de courage, de voies légales et sécurisées, de montrer que la solidarité et l’accueil digne peuvent être plus forts que la haine, le mépris et la construction de murs.
Cécile Dumas
responsable adjointe du secteur international
chargée des enjeux migratoires
Comité de soutien à Salah Hamouri, AFPS et Plateforme des ONG françaises pour la Palestine
/image%2F1489059%2F20211023%2Fob_0e977d_salah-hamouri.png)
Voilà 20 ans qu’Israël s’acharne contre Salah Hamouri, citoyen franco-palestinien, avocat, défenseurs des droits humains.
Ce lundi 18 octobre, il s’est vu notifier la révocation de son statut de résident de Jérusalem. Il ne lui reste qu’une toute dernière possibilité d’appel sous 30 jours.
>> Voir le communiqué de l’AFPS et du Comité de soutien à Salah Hamouri
>> Voir le communiqué du Comité de soutien à Salah Hamouri
C’est maintenant en vertu d’une loi inique qu’Israël projette d’expulser Salah Hamouri. Les Palestiniens de Jérusalem sont soumis par Israël au statut précaire de résident et Israël entend leur imposer un devoir d’allégeance. C’est pour défaut d’allégeance qu’Israël a décidé de révoquer le statut de résident de Salah Hamouri, premier pas vers son expulsion de sa terre natale.
Comment la France peut-elle accepter que l’un de ses ressortissants soit ainsi soumis à de tels actes inhumains, à des violations constantes de ses droits élémentaires ?
Elle sait parfaitement se faire entendre quand elle en a la volonté, on l’a vu à de nombreuses reprises. Il est temps de le faire avec Israël.
Le Président de la République doit s’exprimer publiquement sur le cas de Salah Hamouri et affirmer qu’il ne laissera pas ainsi les droits élémentaires d’un citoyen français bafoués. Il est de sa responsabilité de protéger tous les citoyens français où qu’ils se trouvent.
Le Président de la République doit mettre en œuvre tous les moyens dont il dispose pour que ce harcèlement de 20 ans cesse.
Salah doit pouvoir vivre à Jérusalem avec sa femme et ses enfants, c’est son droit le plus élémentaire. Le Comité de soutien à Salah Hamouri, l’Association France Palestine Solidarité et la Plateforme des ONG françaises pour la Palestine appellent toutes celles et tous ceux qui sont épris de justice à interpeller le Président de la République.
Appel à action
Envoyez le message ci-dessous au Président de la République en remplissant le formulaire en ligne sur http://www.elysee.fr/ecrire-au-president-de-la-republique/
Monsieur le président de la République,
Voilà 20 ans qu’Israël s’acharne contre Salah Hamouri, citoyen franco-palestinien, avocat, défenseurs des droits humains. Ce lundi 18 octobre, il s’est vu notifier la révocation de son statut de résident de Jérusalem. Cette révocation est la dernière marche avant son expulsion de sa terre natale.
Il ne lui reste qu’une toute dernière possibilité d’appel sous 30 jours.
C’est pour « défaut d’allégeance » qu’Israël a décidé de révoquer le statut de résident de Jérusalem de Salah Hamouri, en vertu d’une loi inique qui contrevient en tous points au droit international : NON, une personne vivant sous occupation ne doit pas allégeance à l’occupant ; OUI, elle a le droit de vivre sur sa terre natale et de résister à l’occupation.
Salah Hamouri doit pouvoir vivre à Jérusalem avec sa femme et ses enfants, c’est son droit le plus élémentaire.
Nous vous demandons de vous exprimer publiquement sur le cas de Salah Hamouri et de recevoir sa femme officiellement à l’Élysée pour marquer le soutien que vous leur apportez et votre réprobation à Israël.
Nous vous demandons de vous engager et de faire tout ce qui en votre pouvoir pour que soient respectés les droits élémentaires de Salah Hamouri et de sa famille à qui vous devez assistance et protection.
« Suivre l’affaire de près » - comme dit le faire votre Ministre de l’Europe et des affaires étrangères - ne suffit pas, il faut des actes !
Veuillez agréer, Monsieur, l’expression de ma haute considération.
On a connu Arnaud Montebourg mieux inspiré. Mais il est vrai que depuis des années l'ambitieuse ancienne étoile montante du Parti socialiste, très critique au sortir de l'échec du 21 avril 2002 sur les causes internes de la défaite de Lionel Jospin, et à l'époque promoteur d'un renouveau éthique de la politique socialiste, cherche à construire la voie d'un nouveau populisme de centre-gauche basé sur le souverainisme cocardier, le patriotisme économique, sans remettre en cause les logiques de l'accumulation capitaliste, de la domination anti-démocratique et néo-coloniale portée par les grands groupes financiers, ni l'exploitation des travailleurs des travailleurs en général. Le protectionnisme a lieu sens n'a pas fait une politique de gauche, ni le "achetez français"...
L'homme avait déjà conseillé avec Benoît Hamon à François Hollande de prendre l'ultra-droitier Manuel Valls comme premier ministre, calcul d'apprenti sorcier qui a connu le succès que l'on sait.
Mais là, ce week-end, Arnaud Montebourg a été très loin dans la dérive idéologique, plus loin que jamais: marchant dans les pas des Le Pen et autres Zemmour, il a annoncé que, pour lui, il faudrait empêcher les immigrés de transférer leurs salaires vers leurs familles dans leurs pays d’origine si les gouvernements de ceux-ci refusent de donner les autorisations pour le rapatriement de leurs compatriotes illégaux en France.
Autrement dit, interdire au salarié d'origine étrangère qui gagne son salaire à la sueur de son front, qui paie sa quote-part de solidarité sociale avec ses cotisations, qui paie sa quote-part de solidarité nationale avec ses impôts et taxes, de faire profiter sa famille du fruit de son travail lorsqu'elle n'habite pas en France (souvent d'ailleurs contre son gré en raison de conditions de regroupement familial rendus toujours plus difficiles).
Outre que cette proposition est difficilement applicable, et plutôt grand-guignolesque, elle appelle finalement à l'expulsion manu militari de centaines de milliers d'immigrés, souvent en France depuis quelques années, voire entre 5 et 10 ans, qui sont toujours en situation irrégulière, en raison des restrictions à l'accueil et au droit d'asile, tout en travaillant bien souvent en France, en y ayant parfois des enfants scolarisés, etc.
Un beau programme de gauche, vraiment!
Comment aller dans le sens du vent, même quand il est mauvais, même quand il conduit vers les nuages bruns...
On aurait aimé l'entendre dénoncer plutôt les déstabilisations liées aux délocalisations créées par les mouvements de capital des fonds de pension étrangers dans les entreprises françaises ou l'exil fiscal des milliardaires français enrichis grâce à l'exploitation des travailleurs français aussi bien qu'étrangers.
Jean-Luc Mélenchon était l'invité de France Culture le samedi 6 novembre dernier.
Adepte des contres-vérités et des attaques contre ses concurrents politiques, il a une nouvelle fois accusé Fabien Roussel de l'insulter. Nous n'avons pourtant jamais vu, entendu, lu, que des insultes de Jean-Luc Mélenchon contre les secrétaires nationaux du PCF: que ce soit Pierre Laurent ou Fabien Roussel.
Il a également prétendu que Fabien Roussel et la direction du PCF empêchaient les élus communistes de donner leur parrainage à son auguste personne. Crime de lèse-majesté sans doute! Et pourtant, c'est absolument faux. Fabien Roussel encourage les élus communistes à lui donner leur parrainage, quoi de plus normal. Il ne les force à rien, il n'en a pas la possibilité, et d'ailleurs, marginalement mais on les entend, des élus communistes comme Gilles Poux, le maire de la Courneuve, soutiennent déjà Jean-Luc Mélenchon contre le candidat de leur formation politique qui leur a permis d'être candidat et élus.
"On a dépassé la moitié mais c'est pas suffisant. Il en faut 500. C'est dur, je ne vais pas le cacher. Je ne peux pas vous dire que je dors tranquille. Non. Moi j'étais partisan du fait que l'on parraine par des citoyens. J'ai proposé une proposition de loi et ils ont voté contre. Alors aujourd'hui c'est des élus. Souvent tous ces gens sont élus par des partis. Et les partis leur disent tu donneras pas ta signature à qui que ce soit. Cette fois-ci le parti communiste a dit ça suffit, Mélenchon n'aura pas une signature. Cependant il ne faut pas que je joue le faut catastrophiste. Toutes les semaines ça rentre." (Jean-Luc Mélenchon, France Culture)
C'est juste que les communistes ont un projet, le leur, et un candidat, qui correspond à leurs idées et à leur éthique politique: Fabien Roussel.
Dans L'Humanité aujourd'hui, un article pleine page à nouveau sur Jean-Luc Mélenchon (de Diego Chauvet) où ce dernier fait reproche à Fabien Roussel de mener campagne essentiellement sur l'immigration et l'insécurité, au mépris de toute bonne foi.
Révélée en 2019 dans « Papicha », de Mounia Meddour, Lyna Khoudri est à l’affiche du nouveau film de l’Américain Wes Anderson, « The French Dispatch ». D’Aubervilliers à Hollywood, une actrice en pleine ascension se raconte. Entretien.
Plus jeune, à Aubervilliers, en Seine-Saint-Denis, où elle a grandi, elle s’entraînait à « faire des discours avec des télécommandes ». Un soir de février 2020, c’est devant un prestigieux parterre mais sans télécommande que Lyna Khoudri a remercié, d’une voix à la fois bizarrement tremblante et assurée, ses parents et la cinéaste Mounia Meddour. Celle qui se sent « encore adolescente » venait d’être sacrée césar du meilleur espoir féminin pour son rôle dans « Papicha ».
Une pandémie mondiale et une poignée de films (« Gagarine », « Hors normes ») plus tard, la jeune femme de 29 ans s’est déjà imposée comme l’un des visages présents et futurs du cinéma français. Comme son mentor Marion Cotillard avant elle, Lyna Khoudri n’a pas tardé à attirer les projecteurs hollywoodiens.
Lors du dernier Festival de Cannes, la comédienne partageait le tapis rouge avec Bill Murray, Tilda Swinton ou encore Adrien Brody pour présenter « The French Dispatch », de Wes Anderson. Un film où, dans l’un des chapitres de l’histoire, elle prête ses traits à Juliette, une jeune révolutionnaire bornée, en plein Mai 68, face aux superstars Frances McDormand et Timothée Chalamet. Pour cette fille d’Algériens communistes arrivés en France en 1994, l’avenir ne fait donc que commencer.
Que partagez-vous avec Juliette, votre personnage dans « The French Dispatch » ?
Lyna Khoudri Comme moi, c’est une personne déterminée, du genre têtue, qui va au bout de son histoire. Juliette remet toujours tout en question. Elle ne va jamais vers la facilité. Ça peut être insupportable, mais ces gens sont intéressants parce qu’ils font avancer le débat. Elle porte toujours un casque. Je le vois comme une métaphore : elle a la tête dure et on ne peut pas rentrer dedans.
Jouer me procure tant de plaisir que je ne réfléchis plus à l’énergie que ça me demande.
Que ce soit dans « The French Dispatch », « Papicha » ou « Gagarine », les personnages que vous interprétez sont toujours en mouvement, moteur de l’action. Voyez-vous des points communs entre ces rôles ?
Lyna Khoudri Il y a un fil rouge : ce sont des femmes qui ont des choses à dire. Elles sont indépendantes, fortes, et avec un parcours original. Mais elles sont toutes très différentes. Dans « Papicha », c’est une jeune créatrice de mode. Dans « Gagarine », c’est une jeune femme aux cheveux rouges qui vit dans un camp de Roms et qui vend de la ferraille. Et Juliette est une révolutionnaire. Je ne suis pas certaine qu’elles pourraient s’entendre entre elles, mais ce sont elles qui font ressortir l’énergie que j’ai au fond de moi. Toute mon adolescence, j’ai été comme elles. Maintenant, à 29 ans, je me pose davantage. C’est le moment de ma vie où jouer me procure tant de plaisir que je ne réfléchis plus à l’énergie que ça me demande.
Vous vous décrivez comme « engagée ». Qu’est-ce qui vous révolte aujourd’hui ?
Lyna Khoudri Le réchauffement climatique. On ne peut plus faire semblant. La génération d’avant nous a prévenus : c’est maintenant ou jamais. C’est mon combat parce qu’il y a urgence. Mais, politiquement, plein de choses me déplaisent. Par exemple, pour revenir à « Gagarine », film pour lequel j’ai passé beaucoup de temps avec les Roms, j’ai vu à quel point la société les rejetait.
L’Internationale était l’une de mes berceuses, c’est toute ma jeunesse.
Dans « Madame Figaro », vous dites : « Je ne me définis par aucun courant politique, je n’en ai pas besoin. Mais si je dis à mon père que je suis autre chose que communiste, ça peut partir dans des discussions sans fin. » Que vous reste-t-il de votre héritage communiste ?
Lyna Khoudri J’en suis fière. Ce sont mes racines, j’ai grandi dans cet environnement. « L’Internationale » était l’une de mes berceuses, c’est toute ma jeunesse. Il me reste les grandes valeurs du communisme à son âge d’or : le partage et la solidarité. Je n’ai pas fait les Jeunesses communistes, mais mon père m’a transmis cela : se soucier de l’autre en face de soi. Si je lui dis que j’ai voté pour un autre parti que le PCF, il va devenir fou ! Mais ce sont ses convictions. Aujourd’hui, je ne me reconnais nulle part. Je suis de gauche, mais la gauche m’énerve. La politique ne m’intéresse même plus… J’ai fait beaucoup d’actions humanitaires et associatives, c’est une autre forme d’engagement. L’acte est politique, car la politique n’est pas l’apanage des partis.
« The French Dispatch » est votre premier film américain. Comment se prépare-t-on à tourner avec Wes Anderson ?
Lyna Khoudri Au début, j’étais très stressée. J’ai rencontré Wes à Angoulême et on a commencé directement à travailler sur les costumes. Et puis j’ai revu tous ses films. Ça m’a beaucoup servi à comprendre le monde dans lequel il veut nous projeter, ce qu’il a dans la tête et comment il a évolué, de « Bottle Rocket », son premier long métrage, à « The French Dispatch ». Il reste l’essence de ce qu’il veut montrer : le rythme, les textes alambiqués, les grands sujets comme l’amour et la famille, l’humour et une subtile touche politique.
Vous affirmez avoir besoin que rien ne vous échappe. Comment se passe la rencontre entre une actrice qui a besoin de tout contrôler avec un autre obsédé du contrôle, Wes Anderson ?
Lyna Khoudri Je me laisse porter parce que j’ai trouvé pire que moi ! C’est un maître en la matière. J’ai passé des heures, fait cinq ou six allers-retours pour choisir mon costume. Parfois juste pour essayer une paire de chaussures ! C’est un plaisir de travailler avec des gens qui portent autant d’attention aux détails que moi.
On vous décrit comme le futur du cinéma français. N’est-ce pas trop lourd à porter ?
Lyna Khoudri Je sais qu’on parle de moi, mais je garde de la distance. J’espère ne décevoir personne, mais je ne fais pas ce métier pour plaire aux gens, mais pour m’amuser. Ça me plaît de mettre des belles robes et d’aller au Festival de Cannes, mais ce n’est pas ma partie préférée du job. Je préfère être sur un plateau de cinéma.
Entretien réalisé par Emilio Meslet
Les sénateurs communistes ont obtenu la création d’une commission d’enquête parlementaire sur le rôle que les cabinets de conseil privés jouent auprès des décideurs publics. Entretien.
Éliane Assassi Sénatrice PCF
En pleine crise du Covid, le gouvernement avait confié l’élaboration de la stratégie vaccinale au cabinet de conseil américain McKinsey. Un exemple parmi d’autres qui a amené les sénateurs PCF à utiliser leur droit de tirage pour créer une commission parlementaire chargée d’enquêter « sur l’influence croissante des cabinets de conseil privés sur les politiques publiques ». Entretien avec Éliane Assassi, présidente du groupe communiste au Sénat.
Pourquoi avez-vous choisi de lancer cette commission d’enquête, la dernière avant la fin du quinquennat d’Emmanuel Macron ?
Éliane Assassi La gestion de la crise sanitaire a mis en évidence une pratique qui existe depuis des années, à savoir le recours à des cabinets de conseil privés qui participent à définir et parfois dictent la conduite politique du gouvernement. Cela n’est pas nouveau mais il nous a semblé important, à l’heure où certains prônent la réduction du nombre de fonctionnaires, de faire un point sur ce sujet. Combien cela coûte-t-il ? Qui sont ces cabinets ? Comment travaillent-ils et en lien avec qui ? Quelle est la commande précise qui leur est faite ? L’émetteur reste l’exécutif, mais la commande passe sous les radars du Parlement. Au final, nous apprenons de façon détournée qu’il a eu recours à des cabinets. Nous voyons de plus aussi bien au Sénat qu’à l’Assemblée nationale que des études d’impact sur les textes législatifs sont souvent externalisées. Tout cela est très opaque, alors que cela pèse sur les politiques publiques décidées. La Cour des comptes a d’ailleurs remarqué une hausse très forte des recours à ces officines privées. Il est bien que cette instance s’en émeuve, mais c’est aussi le rôle du Parlement de s’y intéresser et de faire la lumière.
De mars 2020 à février 2021, le ministère de la Santé a passé près de 26 commandes auprès de sept cabinets, pour un coût de 11,35 millions d’euros…
Éliane Assassi Ces décisions prises dans le cadre de la lutte contre le Covid nous interrogent. Est-ce le résultat d’une défaillance de la puissance publique ? L’État s’est-il affaibli au point d’être en difficulté au moment de faire face à ses responsabilités ? Mais surtout qui mène les politiques publiques ? Le gouvernement et le Parlement, ou bien des prestataires privés dépourvus de toute légitimité démocratique ? Nous devons donc étudier cette question. Nos camarades députés du groupe GDR avaient déjà déposé, sans succès pour le moment, une demande de commission d’enquête à la suite des révélations par la presse du recours au cabinet McKinsey afin d’établir la stratégie vaccinale. Nous nous inscrivons dans la même logique. La commission d’enquête du Sénat, qui sera présidée par la droite et dont je serai rapporteure, doit être mise en place le 18 novembre.
Au-delà de la crise du Covid, le gouvernement avait déjà mandaté un prestataire privé, rémunéré, pour préparer l’exposé des motifs de son projet de loi sur les transports. Une pratique qui avait été validée par le Conseil constitutionnel…
Éliane Assassi Cela semble invraisemblable, mais si l’on remonte le fil de l’histoire, ce n’est pas nouveau. Simplement, lorsqu’il y a eu les grandes nationalisations de secteurs primordiaux et stratégiques comme les transports, l’énergie ou l’eau, l’État avait balayé ce recours aux officines privées pour écrire la loi et décider des politiques publiques. Et puis, par un effet de balancier, quand il y a eu le retour des privatisations de grands secteurs d’activité dans notre pays, nous avons de nouveau eu recours à des cabinets privés. Nous observons quelque part que quand les services publics sont sous la protection de l’État, nous n’avons pas besoin de ce genre de cabinets. Mais quand on privatise, alors ils ressurgissent et proposent leurs services. D’abord gratuitement, pour mettre un pied dans la porte, et puis de façon rémunérée. Nous observons aussi que certaines personnes qui travaillent pour ces cabinets sont d’anciens responsables politiques qui aspirent parfois à le redevenir. Ce qui s’appelle du pantouflage et pose de façon générale la question de la perméabilité entre intérêts privés et publics.
Entretien réalisé par Aurélien Soucheyre
Une implantation syndicale et socialiste ancienne, avec un développement très fort des coopératives
Morlaix est connue des historiens comme une des villes de France ayant vu naître, entre la fin du 19e siècle et le début du 20e siècle, le plus de coopératives de consommation et de production (16 répertoriées en 1923), certaines d'inspiration socialiste, d'autres plutôt catholique sociale (c'était le cas de la Laborieuse, coopérative d'artisans peintre fondée au départ au départ en 1905 par des militants du Sillon de Marc Sangnier). En 1895, Morlaix était la troisième ville de province, après Lyon et Grenoble, quant au nombre des associations ouvrières de production. Avec 247 coopératives de production en 1900, la France figurait d'ailleurs au premier rang en Europe.
Le développement des coopératives à Morlaix est inséparable de l'émergence du socialisme et du syndicalisme dans notre ville. Deux conceptions divergentes des coopératives de production étaient plus ou moins en concurrence: pour certains, la coopération de production relevait d'une forme de patronat collectif, pour d'autres, les socialistes particulièrement (ceux de l'époque s'entend), il s'agissait d'une étape vers l'abolition du salariat.
La maison du Peuple s'est installée en 1922 1, impasse de Tréguier dans les locaux de la coopérative de consommation La Ménagère.
La Ménagère avait été fondée à la fin de l'année 1892 par un groupe d'ouvriers de la Manufacture des Tabacs. C'était à l'époque une des trois coopératives de consommation du Finistère - les deux autres étant brestoises - visant à procurer à leurs sociétaires de l'épicerie de bonne qualité au meilleur prix possible. C'est d'abord parmi les ouvriers de la Manu, puis ensuite plus largement, qu'elle recrutait ses sociétaires. La société La Ménagère comptait tout de même en 1904 600 membres. C'était la troisième coopérative de Bretagne en nombre de sociétaires. Son bureau ne comportait pas de socialistes déclarés.
La boulangerie coopérative La Glaneuse était quant à elle plus proche des socialistes. Sa création datait de l'année 1898. C'est le tonnelier syndicaliste et socialiste Yves Guyader qui avait demandé sa fondation lors d'une réunion des syndicats morlaisiens en s'appuyant sur les nombreux exemples de boulangeries coopératives existant en Bretagne. Sur le plan local, l'activité de La Glaneuse permettait de contenir le prix du pain. La fusion de La Ménagère et de la Glaneuse, préconisée par Yves Guyader, ouvre une période de lutte d'influence entre socialistes et sillonnistes catholiques, emmenés notamment par des gens comme Jean Marzin et Jeanne Gallouedec.
Le développement du syndicalisme et du socialisme à Morlaix et dans le Finistère se nourrissent l'un et l'autre. En 1869 apparaît à Brest une première section de la Première Internationale, recrutant principalement parmi les ouvriers de l'arsenal. A partir de 1892, le syndicalisme et le socialisme commencent vraiment à se développer à Morlaix.
Syndicat des ouvriers et ouvrières de la Manufacture de tabacs: fondation en 1891
Syndicat des ouvriers tonneliers: 1892
Syndicats bâtiment, ouvriers en métaux, ouvriers boulangers: 1893
Syndicat ouvriers du livre, Menuisiers, charpentiers et charrons: 1894
Syndicat Tanneurs et corroyeurs: 1897
Tailleurs d'habits: 1898
Cordiers: 1900
Peintres: 1904
A la Manu, en 1897, le taux de syndicalisation est de 52% chez les hommes, de 74% chez les femmes. Et encore, beaucoup de syndiqués sont empêchés de rejoindre le syndicat du fait de leurs arriérés de cotisation.
Au 1er juillet 1893, il y a 980 syndiqués à Morlaix contre 0 à Brest. Au 1er juillet 1894, il y a 1018 syndiqués à Morlaix contre 367 à Brest. Au 1er juillet 1895, il y a 1704 syndiqués à Morlaix contre 636 à Brest. La situation s'inverse à partir de 1900: 1423 syndiqués à Morlaix contre 3169 à Brest.
L'union des syndicats de Morlaix joue un rôle essentiel dans le groupement des syndicats sur le plan départemental: en 1898 est créée par les syndicats morlaisiens et brestois la Fédération syndicale des travailleurs du Finistère. En 1904, dans la foulée des grands conflits du syndicalisme révolutionnaire à Brest, il y aura un mouvement de grève très fort à Morlaix en mai. Dockers, couvreurs, maçons et garçons de magasins entrent en grève par l'intermédiaire des socialistes, Guyader en particulier. La grève ne donnera pas les résultats escomptés et suite à cela on observera un certain recul du syndicalisme à Morlaix jusqu'en 1914, peut-être dû aussi à une concentration plus grande des ouvriers les plus militants et compétents sur la gestion des coopératives.
En 1894 parait pour la première fois à Morlaix le "Breton socialiste". Jusqu'en 1898, cependant, la plupart des ouvriers, laïcs dans leur majorité, restent républicains. A partir de l'année 1898, le socialisme va se développer à Morlaix dans un contexte national de progrès significatifs et grâce aux actions conjuguées de deux figures locales: Yves-Marie Guyader et Yves Le Febvre.
Né à Morlaix en 1857, Yves-Marie Guyader était le fils d'un artisan tonnelier. Il fit son apprentissage dans l'atelier paternel avant d'entreprendre son "tour de France" et de passer quelques années sous les drapeaux en Algérie et en Tunisie. Revenu à Morlaix en 1883, il est à l'origine en 1892 d'un syndicat des tonneliers et d'une association ouvrière de production.
La grève des tonneliers de 1892-1893
A Morlaix, à la fin du 19e siècle, la fabrication de tonneaux et de barils est surtout liée à l'exportation du beurre vers Paris, Londres, le Brésil, les Antilles anglaises et françaises. Jusque avant 1900, avec une quantité exportée de 1679 tonnes, le beurre figure encore après les céréales comme la deuxième marchandise sortie du port. La corporation des tonneliers compte 330 ouvriers à la fin de 1893.
L'historien Vincent Rogard nous plante le décor du conflit social des tonneliers et de l'émergence du syndicalisme à Morlaix dans son livre Les Catholiques et la question sociale -Morlaix 1840-1914 (Presses Universitaires de Rennes):
"C'est un milieu dominé alors par les maîtres tonneliers employant une ou deux douzaines d'ouvriers et d'apprentis rémunérés souvent à la pièce. Les journées de travail dans les ateliers patronaux n'ont pas de cadre horaire puisque leur durée s'adapte au volume de travail à fournir. Les ouvriers sont, en outre, astreints à de nombreuses corvées. Dans ce milieu d'ouvriers insatisfaits de leurs conditions de travail, Guyader parvient à fonder le 14 mars 1892 un syndicat ouvrier... L'objectif immédiat affiché par le syndicat est l'amélioration de la condition matérielle de ses 168 adhérents. Un cahier de revendications portant sur les salaires et l'organisation du travail est soumis à la fin de l'année 1892 aux patrons. Leur refus d'en tenir compte déclenche un mécontentement qui soude les rangs ouvriers. Un an plus tard, le jour de Noël 1894, les ouvriers se mettent en grève pour obtenir satisfaction sur quatre revendications majeures:
- la suppression des corvées
- l'unification des tarifs dans tous les ateliers
- l'adoption d'un tarif proposé par les ouvriers et qui prévoit un alignement sur les ouvriers les mieux payés
- l'abrogation de diverses mesures inscrites dans le règlement des ateliers et l'adjonction de certaines autres comme un cadre horaire de travail.
La grève est très dure car les positions patronales et syndicales sont figées. Les patrons tentent de déconsidérer les ouvriers aux yeux de la population en les accusant d'inconduite et d'alcoolisme tandis que les ouvriers révèlent certaines pratiques patronales: distributions d'eau-de-vie pour faire accepter les corvées les plus excessives aux ouvriers, fourniture d'un litre d'alcool en guise de contrat de recrutement d'urgence quand le travail est trop abondant. Comme le note avec humour le comité de la grève: "avec de tels procédés, il ne faut pas nous rendre responsables si les ateliers de tonnellerie ne peuvent pas être comptés au nombre des sociétés de tempérance". Au nom de ses convictions progressistes, un négociant, Auguste Arthur, organise la solidarité avec les ouvriers. Les ouvriers des tabacs, qui sortent eux-mêmes d'une grève, la caisse du syndicat et la Fédération des travailleurs du tonneau aident financièrement les grévistes. Mais le conflit s'éternise car l'accord bute sur la question salariale et toutes les tentatives d'arbitrage échouent. En définitive, les ouvriers doivent regagner leurs ateliers sur un échec, après une interruption de travail de 33 jours qui fait de cette grève la plus longue alors connue par la ville. Certes, les tonneliers ont obtenu la suppression des corvées et la journée de travail est désormais limitée à une tranche de onze heures mais leur salaire journalier d'à peu près quatre francs n'augmente pas. En dépit de son issue peu satisfaisante pour les ouvriers, ce conflit, qui manque sur sa fin de sombrer dans la violence, comporte toutefois pour eux une leçon décisive: la bourgeoisie républicaine, qui règne au conseil municipal, peut accessoirement les soutenir contre les patrons; les négociants et autres courtiers de commerce peuvent trouver leur intérêt dans l'émergence d'une force de production ouvrière indépendante" (p. 414-415).
A l'issue du conflit, une poignée d'ouvriers adhérents du syndicat réunit difficilement 900 francs à raison d'actions de 50 francs l'une. Guyader obtient bientôt grâce au soutien des syndicats des différents corps de métier de Morlaix 7000 francs pour lancer la coopérative des tonneliers.
Les patrons, maîtres tonneliers, tentent de jouer de leur influence pour priver les coopérateurs de commandes et d'approvisionnement en bois mais le maire républicain de Morlaix, Onésime Kérebel, l'un des principaux négociants en beurre, va rompre le contrat des puissants contre l'émergence de la coopération ouvrière en commandant 600 barils de beurre à la coopérative d'Yves-Marie Guyader.
Le maire, qui jouit d'une forte influence, est imité par d'autres négociants qui passent des commandes, au début modestes, de sorte que de six, les coopérateurs passent rapidement à vingt. Pour tenter de contrecarrer ce développement, les patrons tonneliers décident de ne plus produire de barils de beurres alors même que la production annoncée pour l'été est excellente: dès lors, les négociants prennent de plus en plus le parti de la coopérative qui à la fin 1894 emploie 124 ouvriers, parmi les meilleurs. Les patrons vont réagir en cassant leur prix pour casser les reins de la coopérative et les effectifs de celle-ci vont tomber à 93 en 1895. Pour contrer ce dumping, le maire Onésime Kérebel fait augmenter le prix des barils de beurre afin de soutenir le salaire plus élevé de la coopérative (5 francs au lieu de 4 chez les maîtres tonneliers).
Yves-Marie Guyader créa une coopérative de production « l’Union des Tonneliers » qu’il géra toute sa vie. Il contribua également à fonder d’autres coopératives de production dans divers corps de métiers. Antérieurement, il avait participé à la création d’une coopérative de boulangerie « La Glaneuse » qui fusionna avec « La Ménagère » fondée par des employés et ouvriers de la Manufacture des Tabacs. Guyader fut surnommé le « Père des coopératives ».
En octobre 1910, il figura sur la liste des candidats présentés par la CGT lors des élections prud’homales à Morlaix. Le 7 janvier 1912, il figura sur la liste des candidats présentés le Parti socialiste SFIO lors des élections sénatoriales.
Alors président du conseil de prudhommes, il Il fut élu, en mai 1912, conseiller municipal de Morlaix. Une élection complémentaire eut-lieu en septembre de l’année suivante et Yves-Marie Guyader fut reconduit dans son mandat de conseiller municipal. Lors du scrutin de mai 1925, conseiller sortant, il fut à nouveau candidat.
En avril 1922, il fut signalé comme étant le trésorier de l’Union des syndicats CGT de Morlaix.
C'est sous l'influence de Yves Le Febvre, beaucoup plus jeune que lui, que Yves-Marie Guyader deviendra réellement socialiste en doctrine. Yves Le Febvre, né en 1874, était le fils d'un docteur, conseiller municipal républicain à Morlaix et d'ascendance noble. Il est devenu socialiste à Paris en préparant son doctorat de droit et en fréquentant Briand et Jaurès. C'est lui le premier en 1898, à seulement 24 ans, qui défend ouvertement les principes politiques marxistes et socialistes à l'intérieur d'une société électorale républicaine où l'on trouvait une assistance nombreuse où les ouvriers syndiqués étaient bien représentés. Le Febvre se déclare internationaliste, défend le principe de l'affrontement de classe. Guyader le suit et propose la création d'une association socialiste. La première liste socialiste est constituée à la veille du 19e siècle: elle obtient au premier tour des municipales entre 814 et 854 voix (seuls un tiers des inscrits se sont rendus aux urnes) mais est battue au second tour grâce à l'alliance des républicains de centre-gauche et de catholiques modérés. Lors des élections cantonales du début du siècle, le score des socialistes sera très bon à Morlaix (le meilleur des listes en présence) le poids de la partie rurale de l'arrondissement les empêchera de gagner des sièges.
D'emblée le défi d'Yves Le Febvre et du groupe socialiste morlaisien est de contribuer à transformer un socialisme pratique fondé sur un réseau de syndicats et de coopératives en un mouvement politique. Vers 1898-1899, le socialisme n'est vraiment bien implanté en Bretagne qu'à Nantes et dans sa région: il a périclité à Brest et à Lorient et commence à s'organiser sur la base des syndicats et coopératives de production à Morlaix, Fougères, Hennebont.
Une fédération des groupes socialistes de Bretagne a lieu en mars 1900 à Nantes: 5 organisations ouvrières morlaisiennes y adhèrent (tonneliers, couvreurs, tanneurs corroyeurs, menuisiers, bâtiment). Avec Nantes, Brest et Saint Nazaire, Morlaix devient l'un des centres les plus actifs du socialisme breton. Ce congrès est suivi d'une tournée de réunions publiques de Jaurès qui fait halte à Morlaix. La municipalité a refusé ses salles pour la réunion publique présidée par Le Febvre. Entre 400 et 1000 spectateurs assistent à la réunion publique avec Jaurès, qui valorise le développement des sociétés mutuelles, des syndicats et des coopératives, perçus comme moyen de la conquête des pouvoirs publics par la classe ouvrière pour transformer la société. La Résistance, le journal de la droite cléricale et réactionnaire, note: "nous sommes bien obligés de reconnaître au citoyen Jaurès une très grande puissance oratoire (...). Il n'est qu'un tribun curieux à entendre, un illuminé dont les paroles ne doivent pas être prises en considération". Au congrès socialiste de Rennes de 1902, Morlaix est la ville qui détient le plus de mandats (9) après Nantes, 3 fois plus que Brest. En 1900, aux élections au conseil général et la députation, Guyader arrive en tête à Morlaix-ville devant la droite et le centre gauche libéral.
Au début du 20e siècle, Morlaix devient "l'épicentre du socialisme dans le département", comme l'écrit Vincent Rogard, à qui nous empruntons l'essentiel de ces informations (Les Catholiques et la question sociale: Morlaix 1840-1914
La réussite de la coopérative des tonneliers a été à l'origine de la fondation d'autres coopératives morlaisiennes. Les ébénistes créent l'Ameublement. Les couvreurs l'Union des ouvriers couvreurs. Les fondations de coopérative se succèdent ensuite régulièrement jusqu'en 1914. Souvent, c'est dans la foulée d'une grève que la coopérative est organisée. Ainsi, la grève de 63 jours des ouvriers typographes de 1911 se termine sur une augmentation de salaire et aboutit à la formation de l'Imprimerie Nouvelle. Il en va de même pour la coopérative des maçons et l'Union des Tanneurs.
"Certaines coopératives, comme l'Ameublement, précise Vincent Rogard, s'avèrent d'emblée compétitives et procurent à leurs membres une réelle amélioration de leurs conditions de vie tandis que d'autres sont à la peine. Lorsque Vila visite la coopérative des cordiers en 1903, son compte rendu est, de ce point de vue, instructif: "La coopérative est située à Petit-Launay, à trois kilomètres de Morlaix. Ils ont fait construire un hangar avec une subvention de 1000 francs et ont acheté un métier à filer. Mais leur travail reste primitif. Il faut travailler onze heures pour gagner 2,75 francs par jour. Ils ont fait néanmoins cinquante-six francs de bénéfices. Un prêt de 3000 francs pour un moteur serait nécessaire". Les coopératives ne sont pas toutes sur le même plan du point de vue de leur taille et de leur chiffre d'affaires".
La maison du Peuple de Morlaix
Des bourses du travail existaient à la fin du XIXe siècle, dépendantes de fonds publics. Pour garantir davantage d'indépendance, la CGT, créée en 1895 à Limoges, va chercher à posséder ses propres bâtiments. Ce sera la création des Maisons du Peuple. C'est en Bretagne qu'apparaissent les premières maisons (Saint-Nazaire, puis Fougères en 1908) financées par les syndicats et leurs adhérents, construites grâce au travail de bénévoles syndiqués du bâtiment. Ces Maisons du peuple favorisent un développement plus libre de l'action syndicale et des activités sociales ou éducatives (coopératives d'achat, cours professionnels, bibliothèques, conférences...). Morlaix, qui n'a jamais eu de véritable bourse de Travail, mais seulement une Union des Syndicats, attend 1924 pour avoir sa Maison du Peuple.
En 1922, la CGT est traversée par deux courants opposés qui amènent une scission en deux confédérations: la CGTU, dite unitaire, révolutionnaire et proche des communistes; la CGT, dite confédérée, de tendance réformiste et socialiste (la CGT retrouvera son unité avec la stratégie anti-fasciste de rassemblement républicain du PCF, et le Front populaire, en 1936). La scission se répercute dans les fédérations professionnelles et les structures territoriales et locales. A Morlaix, il y a deux unions locales, une CGTU et une CGT. Malgré leurs divergences, les syndicats morlaisiens s'entendent pour créer et gérer ensemble une maison destinée à les accueillir tous.
L'acquisition de l'immeuble de la Ménagère intervient fin juillet 1924. Dès novembre 1924, plusieurs activités récréatives, éducatives, et sociales, s'ajoutant aux permanences d'information, y sont organisés pour les adhérents: bibliothèque, salle de lecture et d'écriture, jeux de société. De 16h à 18h30, une salle permet aux enfants des syndiqués de faire tranquillement leur travail scolaire, une autre salle sert de garderie et de salle de jeux.
En 1925 a lieu une grande grève des dockers à Morlaix, initiée par la CGTU.
Une ville acquise majoritairement dès le début du XXe siècle aux idées laïques et de gauche
Emile Cloarec, né à Morlaix en 1869, est l'homme qui marque la vie politique morlaisienne au début du XXe siècle. En 1892, il est élu maire de Ploujean. Il y développe le théâtre populaire en breton, langue à laquelle il est très attaché et crée des fêtes bretonnes à Ploujean (1898). Il est proche des milieux régionalistes bretons. En 1901, il est élu député de la circonscription de Morlaix et sera réélu ensuite sans discontinuer en 1902, 1906, 1910, et 1914. De sensibilité radicale de gauche, il siège dans le groupe de la gauche démocratique et soutient la politique de séparation de l’Église et de l’État. Emile Cloarec décède à Neuilly-sur-Seine en 1914.
Entre 1919 et 1928, la mairie de Morlaix est gérée par des hommes du Cartel des gauches. Il y a d'abord l'horloger-bijoutier (il avait une boutique rue d'Aiguillon avec son associé Jean-René Grall) Guillaume Chatel, socialiste modéré de la SFIO, qui devient maire de Morlaix en 1919. Au début des années 20, il occupe la fonction de trésorier fédéral de la SFIO. C'est lui qui fut à l’origine de l’achat de la Maison du Peuple de sa ville, inaugurée en 1926, et le fondateur de la colonie de vacances des écoles laïques à Plougasnou. Il exerça ses fonctions municipales jusqu’en 1928. Cette année-là, il échoua aux élections législatives dans la 1re circonscription de Morlaix. Il recueillit au premier tour de scrutin 3 894 voix sur 12 971 votants et, au second, 3 171 sur 13 928.
Les élections législatives de 1928 marquent ainsi un vrai tournant dans la vie morlaisienne, avec l'émergence sur la scène locale de François-Louis Bourgot. Damien Chaussec, dans son mémoire de maîtrise d'histoire sur Morlaix pendant l'Occupation allemande (mémoire de Master 1 de l'UBO écrit l'année 2008 sous la direction de Christian Bougeard) , précise:
" Né en 1879 à Morlaix, cet homme extraverti s'engage dans un premier temps dans la marine avant d'en être réformé pour insuffisance physique. Il est ensuite employé à l'octroi de Morlaix jusqu'au déclenchement de la guerre en 1914. Quand les hostilités se terminent, il retrouve la cité du viaduc et travaille pour le compte d'une maison anglaise d'importation de charbon. Intéressé par la politique, il milite pour le parti socialiste unifié et se fait élire sur la liste radicale et socialiste aux côtés de Guillaume Chatel. Quelques semaines après les municipales de 1919, il est désigné candidat de la SFIO pour les élections cantonales. Il est élu au second tour du scrutin et conserve son poste de conseiller général six ans plus tard grâce à sa réélection en 1925. A l'approche des législatives de 1928, il pense être le candidat de la première circonscription de Morlaix pour le compte de la SFIO. Finalement, on lui préfère Guillaume Chatel maire de la cité depuis dix ans. Mécontent de ce choix, Bourgot refuse de se plier à la discipline du parti: il rompt avec la SFIO et mène sa campagne seul en tant que socialiste indépendant. A la surprise générale, il remporte le siège de député le 29 avril 1928 grâce à ses 6 478 voix. Il s'impose devant le candidat centriste Cloarec (4133 voix) et surtout devant Chatel (3171 voix) qui est mis en minorité dans sa propre ville".
Résultat: Guillaume Chatel démissionne de sa fonction de maire le soir même de l'élection. Il est accompagné dans son départ par les conseillers municipaux socialistes et radicaux socialistes du Cartel des gauches de Morlaix. Bourgot emporte alors la mairie en composant une liste très bigarrée avec des socialistes qui l'ont suivi dans la rupture avec la SFIO, en tendant la main aux radicaux et à des membres de la droite chrétienne associée à l'Union Républicaine Démocratique. L'équipe hétéroclite politiquement de François-Louis Bourgot est élue entièrement. En 1932, Bourgot est battu aux élections législatives par le radical socialiste Pierre Mazé, docteur et conseiller général du canton de Sizun depuis 1925, lequel a bénéficié du désistement du candidat socialiste Guy Le Normand, secrétaire fédéral de la SFIO du Finistère, le dirigeant, professeur d'allemand à Morlaix (il servira d'interprète et de médiateur auprès de l'armée allemande à Morlaix pendant l'occupation) qui forme Tanguy Prigent au cours de sa campagne législative de 1932.
Fils de paysans, Tanguy Prigent, né le 11 octobre 1909 à la petite ferme de Kervari à Saint-Jean-du-Doigt, était un élève doué, premier au certificat d'études primaires pour le canton de Lanmeur en 1922, mais qui dût s'adonner néanmoins très tôt au métier de la terre. A quinze ans, il fonde la section socialiste de son village. En 1934, il est élu conseiller général du canton de Lanmeur mais trop jeune de quatre jours, son élection n'est pas validée. Il est élu triomphalement l'année suivante, devenant à 25 ans le plus jeune conseiller général de France, et devient également maire de son village, Saint-Jean-du-Doigt. A l'approche des élections municipales de 1935 à Morlaix, le climat est tendu.
Dans "le Breton socialiste", l'hebdomadaire socialiste morlaisien dans Guy Le Normand est le rédacteur en chef, on dénonce l'opportunisme de François Bourgot qui fait alliance avec la droite chrétienne tout en se proclamant toujours socialiste. Le journal "l’Éclaireur du Finistère" soutient les idées radicales-socialistes d'une partie des anciens élus de Burgot et dénonce également l'alliance du maire avec "certains cléricaux notoires". La liste de l'ex-socialiste Burgot est d'ailleurs soutenue par le journal catholique conservateur "la Résistance - La Croix de Morlaix", notamment une dizaine de membres du conseil municipal jugés catholiques bon teint, dont le médecin Olivier Le Jeune, futur maire, et premier adjoint de Bourgot depuis 1928.
Après une campagne électorale acharnée, François Bourgot l'emporte, mais avec une avance moindre qu'en 1928, face à Guy Le Normand et à son ancien élu radical-socialiste Louis Le Feunteun. En 1936, aux élections législatives du 26 avril, Tanguy Prigent devance avec 43,36% des voix le docteur Mazé, radical-socialiste (38,65%) et le communiste Louis Nédellec, qui réalise un faible score de 0,99% et se désiste en faveur de Tanguy Prigent. L'avocat Robert Debled (URD, droite) n'obtient que 16,97% des suffrages. Dans la ville de Morlaix elle-même, au soir du 26 avril 1936, Tanguy Prigent devance de peu Pierre Mazé avec 1097 voix contre 1035 voix, 73 voix au candidat communiste Louis Nedellec, et 631 voix au candidat de droite Robert Debled. Lors du second tour du 3 mai 1936, le maire de Morlaix Bourgot vient jouer les troubles fêtes en prenant la place laissée vacante par le candidat de droite, et soutenant le camp hostile au Front populaire. Malgré cela, Tanguy Prigent est élu et comme député, va défendre l'intérêt de la paysannerie pauvre et de la coopération. A l'automne 1936, le maire François Bourgot décède à 57 ans.
Une élection municipale partielle a lieu pour élire un nouveau conseiller municipal. Au premier tour, Guy Le Normand arrive en tête pour la SFIO avec 1038 voux, devançant le républicain socialiste Aimé Tourmen (965 voix) et le communiste Tanguy (197 voix) qui se retire au second tour au profit de la SFIO et de Guy Le Normand. Guy Le Normand est élu au second tour mais quand l'ensemble des conseillers municipaux procède au remplacement du maire défunt, c'est Olivier Le Jeune, adjoint de Bourgot depuis 1928? qui est élu maire. Ce morlaisien né en 1887, médecin, fils de comptable, qui s'engagea dans la colonisation du Maroc, fut professeur à l'école de médecine navale à Brest jusqu'en 1924, est un chrétien modéré qui apparaît à la population comme un homme discret, juste, équitable, travailleur, moins excentrique, truculent et imprévisible que Burgot. "C'est donc, précise Damien Chaussec, un notable de la droite chrétienne âgé de 49 ans qui gère la mairie à partir de décembre 1936. Responsable d'un conseil municipal hétérogène sur le plan de la représentation politique, il collabore avec des républicains socialistes et un haut responsable de la SFIO locale (Guy Le Normand). En 1937, le socialiste Guy Le Normand est élu conseiller général du canton de Morlaix face au radical socialiste, le cultivateur Hervé l'Eleouet, bénéficiant du désistement du cheminot communiste Louis Nédelec (98 voix au premier tour). En 1938, Olivier Le Jeune est élu sénateur, accompagnant à Paris les sénateurs finistériens Victor Le Gorgeu (ex-socialiste hostile au front populaire), François Halna du Fretay, Fernand Lancien. En 1940, le sénateur-maire de Morlaix Olivier Le Jeune va voter les pleins pouvoirs à Pétain, contrairement au député Tanguy Prigent, ou encore au sénateur Victor Le Gorgeu.
CONTRIBUTION AU DÉBAT SUR LA POLITIQUE ÉNERGÉTIQUE
PCF Morlaix - 2 novembre 2021, débat sur les énergies
Contribution de Jean-Victor Gruat
La combinaison de sources de production électrique où prédominent le nucléaire et l’hydraulique n’immunise pas la France contre les conséquences de la raréfaction des énergies fossiles et de leur renchérissement orchestré par les pays producteurs et les grands distributeurs.
Nos économies, nos modes de vie sont en effet extrêmement dépendants du pétrole et de ses dérivés, présents dans le moindre aspect de la vie quotidienne via des processus de production ou de commercialisation présentés comme intangibles.
Pour avancer sur la voie d’une réduction de cette absolue vulnérabilité, il aurait fallu produire depuis des décennies des efforts considérables en termes de recherche et de développement, efforts auxquels se sont refusés les gouvernements successifs, aveuglés par l’idéologie libérale de maximisation du profit à court terme.
Il est frappant à cet égard de constater que des progrès significatifs dans le nucléaire, comme la technologie des EPR, demeurent hors de portée en France et en Europe, alors que, avec le soutien logistique d’EDF, ils sont effectifs en Chine, un pays ne se soumettant pas aux diktats des lobbies pétroliers et financiers. De même, le renoncement par le CEA, au motif que l’uranium ne serait « pas cher », à la recherche sur le projet ASTRID, qui apporte pourtant une solution à long terme en recyclant les déchets nucléaires dans un cycle de production vertueux, témoigne de la courte vue gouvernementale.
Par-delà les querelles de chapelle sur les avantages et inconvénients des différentes filières pour produire de l’énergie non carbonée de manière sure, efficace et durable, il est nécessaire d’aboutir à une prise de conscience du caractère indispensable d’une décarbornation drastique de l’économie pour espérer échapper à la catastrophe écologique, donc économique et sociale, qui menace nos sociétés.
Cette approche radicalement nouvelle affecterait un tel nombre de domaines, comme l’emploi, l’industrie, la recherche, l’habitat, les transports, l’industrie, l’agriculture …, que s’impose comme allant de soi la pertinence pour en traiter de la planification, outil global de gestion économique et sociale à long terme.
Alors que, dans un sursaut de bon sens, la présidence Macron avait décidé en septembre 2020 de rétablir à un niveau politique prestigieux la fonction de Haut-Commissaire au Plan abolie en 2005, cette administration semble encore à la recherche de sa pertinence, se contentant d’approches sectorielles sous forme de notes sans réelle portée pratique1, là où une grande ambition, dégagée des contraintes électoralistes, serait nécessaire.
Il est, me semble-t-il, du devoir des communistes d’insister sur la priorité absolue à reconnaître à la lutte contre le changement climatique pour le bien-être futur en France, en Europe et dans le monde globalisé, et sur le caractère indispensable du recours à une planification réinventée pour faire face à tous les aspects de ce défi dramatique en mobilisant durablement les moyens nécessaires, nonobstant les changements de gouvernement.Jean-Victor Gruat,
2 novembre 2021.
Note de mars 2021 – Électricité: le devoir de lucidité,
https://www.gouvernement.fr/sites/default/files/contenu/piece-jointe/2021/04/electricite_le_devoir_de_lucidite.pdf