Surviennent les événements de mai 1968.
En Bretagne, le Parti Communiste y joue tout son rôle.
Le 31 mai 1968, Pierre Le Rose prononce un discours réquisitoire inspiré place de la Mairie à Concarneau lors d'un rassemblement unitaire de la gauche, syndical, politique et associatif:
"Il y a 10 ans, s'appuyant sur un complot, de Gaulle pris le pouvoir. Aujourd'hui, sa politique néfaste au seul service des grands monopoles dont il est le zélé serviteur, a fait l'unanimité contre elle de toute la France qui travaille et qui pense. Alors, pour perpétuer son pouvoir, le Général use de chantage. Mais nous ne sommes plus en 1958.
Le mécontentement profond qui, unissant les forces vitales de la Nation, paralyse le pays, a des causes justifiées. La grève du 8 mai dernier en Bretagne, venant après de nombreuses actions et rassemblements, s'ajoutant à ceux de nombreuses régions de France, a montré l'union contre la politique gaulliste de toutes les couches de la population: ouvriers, marins et paysans, commerçants, artisans et fonctionnaires, intellectuels, enseignants et étudiants, croyants et non croyants. De partout s'élèvent des protestations car tous sont unis contre tel ou tel aspect de la politique du gouvernement gaulliste œuvrant au profit exclusif des grands monopoles.
Les travailleurs ne font pas grève de gaieté de cœur. Ils y sont contraints et forcés. Malgré l'augmentation de la production et de la productivité les travailleurs ont vu baisser leur pouvoir d'achat. Par la concentration des entreprises, comme dans la conserve, de nombreuses ouvrières et ouvriers ont perdu leur emploi. Les ordonnances de l'été dernier portaient atteinte lourdement à la Sécurité Sociale, à la défense des travailleurs contre la maladie et l'accident. La création et l'extension des grands magasins à succursales multiples entraînent la faillite des petits commerçants tandis que la concurrence industrielle ruine l'artisanat. Alors qu'augmentent les prix industriels, la baisse à la production aussi bien dans la pêche que dans l'agriculture contribue à la concentration, à l'exode rural, au sous-emploi. La mise en place du marché commun accélère ce processus. La réforme Fouchet-Peyreffite toujours au profit des monopoles, sans tenir compte des besoins grandissants de la jeunesse ajoute encore aux raisons de la crise de l'Université inadaptée aux progrès du monde moderne.
L'étincelle des étudiants a fait se lever, en même temps, de partout, et dans toutes les couches de la population, le mécontentement accumulé depuis dix ans et exprimé dans des luttes, des grèves, des rassemblements, de simples résolutions parfois ou pétitions. Cette lutte inlassable a uni les travailleurs manuels et intellectuels contre le pouvoir gaulliste en déclin.
Aujourd'hui, les choses sont claires. La volonté d'en bas se heurte à un gouvernement et un gros patronat qui, contraint de négocier ou de céder sur certains points, ne veut pas satisfaire pleinement aux exigences légitimes de la classe ouvrière et du peuple. C'est pourquoi de plus en plus fort notre peuple demande à vivre décemment. Pour y aboutir, les réunions se multiplient entre les organisations syndicales et démocratiques, entre la Fédération de la Gauche démocrate et socialiste et le PCF, une position commune que, pour notre part, nous n'avons cessé de demander depuis depuis des mois et des années.
Le PCF, considérant qu'un tel programme commun doit comprendre des clauses permettant de franchir une étape vers le socialisme. S'en prenant aux monopoles, il doit prévoir la nationalisation des grandes banques d'affaires, mais aussi celle des grandes entreprises industrielles. Les entreprises nationales doivent être gérées démocratiquement et, à tous les échelons de la vie économique doit s'établir un pouvoir de contrôle des travailleurs, à commencer par l'extension des attributions des Comités d'entreprise et la libre activité de la section syndicale dans l'entreprise. La réforme démocratique et profonde de l'Université doit être réalisée avec le concours des enseignants et des étudiants comme le demandent avec une grande maturité que nous tenons à saluer les lycéens de Concarneau, unis dans un même mouvement aux côtés de leurs professeurs et de tous les personnels de l'Education Nationale.
Les réformes de structures proposées n'ont pas pour but d'enterrer sous des phrases de gauche les revendications essentielles des travailleurs telles que l'augmentation des salaires, la réduction progressive du temps de travail, l'abrogation des ordonnances anti-sociales, le plein-emploi pour tous. Pour changer ainsi complètement de politique, il faut une autre politique conforme à la volonté du peuple.
Ne tirant aucune leçon des 10 années de faillite, de Gaulle veut se maintenir en place. Devant l'échec de l'opération-Référendum, il dissout l'Assemblée Nationale pourtant favorable à ses conceptions mais montrant qu'il craint par-dessus tout l'expression démocratique de l'opposition. Soutenant à fond Pompidou, il entreprend le replâtrage de son gouvernement. Arrogant et méprisant, il somme les travailleurs en lutte de reprendre le travail, les enseignants d'enseigner, les étudiants d'étudier, ne tenant nul compte que sa politique seule est cause de la paralysie actuelle, parce qu'il veut la perpétuer. Faisant fi de la volonté du peuple, il le menace et songe à supprimer les élections. Il brandit le chantage à la guerre civile. Comme si la guerre civile n'était pas justement parmi ceux qu'il avait "compris": les Salan, les Soustelle, et autres O.A.S. Et lorsqu'à deux reprises ceux qui l'avaient portés au pouvoir tentèrent l'insurrection, de Gaulle dut se tourner vers ce peuple qu'il méprise et implorer "aidez-moi". Ce fut le cas en 1960 lors des barricades d'Alger et en 1962 lors de la subversion O.A.S: ce sont les syndicats, les organisations démocratiques, les partis de gauche qu'il méprise qui étouffèrent les nouveaux complots et empêchèrent la guerre civile. Mais au lieu de porter les coups principaux à ses alliés d'hier, voyant déjà en eux ses alliés de demain, c'est contre la C.O que s'abattit la répression comme à Charonne lorsque dix travailleurs dont neuf communistes trouvèrent la mort sous les coups des sbires de Fouchet. Une fois de plus, de Gaulle attaque grossièrement notre Parti. Rien de plus naturel car nous tenons fermement le drapeau de la démocratie véritable et de la paix civile.
C'est l'hommage du vice à la vertu. Les communistes qui ont lutté et fait la preuve avant guerre au sein du Front Populaire, pendant la guerre dans l'union de la Résistance, à la Libération au sein du gouvernement et dans la bataille pour relever la France, ensuite dans la lutte pour l'indépendance nationale contre l'impérialisme américain, depuis dix ans, levés dès le premier jour contre le pouvoir gaulliste, ne peuvent qu'être choisis pour cible par des adversaires du peuple. Mais en 1968, en France, l'anticommunisme peut-il encore diviser? Il vous appartient d'y répondre en vous unissant, comme vous l'avez fait jusqu'ici dans le calme et la fermeté, sans vous laisser détourner par aucune provocation ou diversion, ayant en vue vos clairs objectifs, conformes d'ailleurs aux intérêts du pays.
Loin d'être un signe de force, l'allocution menaçante de de Gaulle est une preuve de faiblesse. Le mythe de l'Etat fort, de l'ordre et de la stabilité est tombé. Le masque est tombé. Derrière la "Chie-en-lit" il ne reste qu'un vieillard impuissant qui se veut tyrannique.
Puisqu'un défi est lancé, répondons au défi. Nous ne craignons pas les élections, bien au contraire. Le scrutin prochain apportera une majorité de gauche, si toutes les forces démocratiques s'unissent autour d'un programme commun de gouvernement.
Que des chantiers, des usines, des entreprises, des quartiers, les démocrates s'unissent.
C'est en appelant à l'union des forces de gauche que notre Parti mènera la campagne électorale en exposant ses solutions, en les faisant ratifier par le corps électoral. Celui qui menace de supprimer les élections, tout en accusant d'autres d'ailleurs de totalitarisme et de tyrannie, a certainement peur du verdict du peuple.
Pas nous, pas les démocrates, pas ceux qui luttent pour une vie meilleure, pas les syndicats, partis et organisations qui vous ont appelés ici aujourd'hui et qui font serment de rester unis comme les doigts de la main.
Unité pour les libertés!
Unité pour la République!
Unité, permettez-nous de reprendre les mots d'il y a 32 ans, Unité pour une France libre, forte et heureuse!
Dans son allocution à l'ORTF le 12 juin, que "l'Humanité" reproduit dans un supplément le 13 juin, le premier secrétaire du PCF Waldeck Rochet est un peu moins enthousiaste face aux manifestations de l'unité et de la révolte populaire de 1968 appelant à une "fin rapide du conflit" (par la satisfaction des revendications ouvrières et la fin de la répression policière), présentant le PCF comme "le parti du progrès, de l'ordre, de la sagesse politique", de la responsabilité, contrairement aux "groupes ULTRA-GAUCHISTES" qui "nous attaquent et nous insultent, parce que nous avons DESAVOUE, dès le début, leur recours à la provocation et aux violences aveugles susceptibles de nuire au mouvement populaire et de faire le jeu du pouvoir gaulliste". Ici clairement visé "le drapeau noir de l'anarchie".
Paul Le Gall, membre du Comité, dans son article du 16 juin dans le supplément Finistère de "l'Humanité" (la page Bretagne Nouvelle), se félicite des succès obtenus par le mouvement populaire - "gouvernement et patronat ont du céder" et appellent à insister dans les urnes pour obtenir de nouvelles conquêtes:
"Les questions concernant l'agriculture et la pêche, celles aussi de l'Université, restent en suspend mais chacun se rend compte que les coups redoutables portés au pouvoir vont favoriser leur règlement. Pour qu'il en soit ainsi, il importe en premier lieu de resserrer les liens entre toutes les catégories sociales victimes du pouvoir gaulliste. Aussi, prennent-ils une lourde responsabilité ceux qui, sous couvert de phrases "révolutionnaires" tentent de diviser les masses populaires.
Quel régime tout de même! Il a fallu pas moins de 10 millions de travailleurs en colère pour le faire reculer. Satisfaction n'était pas encore accordée que De Gaulle encourageait le patronat à résister et amenait ses ministres à ne céder que le minimum. Demain, ils essaieront de reprendre ce qui leur a été arraché si... si à l'Assemblée Nationale ils arrivent à avoir une majorité de gaullistes et centristes. Rappelons que ces derniers avaient voté contre la motion de censure sur les ordonnances en octobre 1967. Il s'agit donc d'amener une nouvelle majorité au Parlement. Au sein de cette majorité de gauche, la présence de nombreux communistes sera garante de la formation d'un gouvernement populaire et d'union démocratique".
Paul Le Gall est lui-même candidat pour le PCF, après la dissolution de l'Assemblée Nationale, aux élections législatives du 23 et 30 juin 1968, avec dans le Finistère Louis Le Roux (secrétaire fédéral du PCF, Brest I), Denise Roudot (prof de maths à Brest) dans la circonscription de Morlaix II, Yves Cam, prof d'Education Physique dans la circonscription de Brest II, Jean-François Hamon à Quimper, Alphonse Penven, le maire communiste de Huelgoat, dans la circonscription de Morlaix I, Marcel Youinou dans la circonscription de Douarnenez, Louis Hémery, le maire de Chateaulin dans la 7e circonscription.
Au niveau national, à l'issue de ces législatives marquées par une large victoire du "vrai parti de l'ordre", la droite gaulliste, le PCF fera en moyenne 20% au 1er tour mais n'obtiendra que 34 sièges.