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2 janvier 2018 2 02 /01 /janvier /2018 06:39

LES GRANDS ENJEUX POUR NOTRE PLANÈTE, PAR GÉRARD LE PUILL

 

 

La Nina assèche l'Amérique du Sud : les rendements de soja et de maïs peuvent drastiquement diminuer.

Chaque semaine, de nouveaux indices confirment les risques induits par le réchauffement climatique. On vient d'apprendre que les truffes se font rares cette année en Vaucluse à cause de la sécheresse qui se prolonge, avec des conséquences sur d'autres cultures et sur l'alimentation en eau potable. Mi-novembre, nous étions informés que la production hydraulique d'EDF avait reculé de 16 % sur les neuf premiers mois de l'année. Une trop faible pluviométrie sur toute l'année n'a pas permis de stocker assez d'eau derrière les barrages pour faire tourner les turbines comme en année normale.

La France, pays au climat tempéré, a aussi subi en 2017 d'autres dégâts liés au réchauffement climatique. Certains sont le résultat d'évolutions contradictoires en cours d'année. Ainsi, quand un hiver très doux permet à la végétation de prendre de l'avance, il suffit ensuite de quelques gelées tardives, en avril ou en mai, pour détruire les fleurs des arbres fruitiers et les bourgeons de la vigne. En Amérique du Sud et en Amérique centrale, c'est la production de café qui se trouve menacée à terme par le réchauffement climatique. Au point que près de 90 % de cette production pourrait disparaître d'ici à 2050, selon certaines études. Des groupes de scientifiques spécialisés dans la recherche agronomique, dont ceux du Cirad, estiment que les superficies agricoles favorables à la culture du café vont se réduire dans les prochaines années de 46 % à 76 %. C'est notamment le cas au Brésil, en Colombie et au Nicaragua.

Dès 2018, le Brésil et d'autres pays d'Amérique du Sud devraient subir le contre-phénomène climatique d'El Nino, que l'on surnomme La Nina. La Nina succède à El Nino quand la température de l'eau à la surface du Pacifique équatorial refroidit, ce qui est le cas en ce moment. Dès lors, ce phénomène assèche une partie de l'Amérique du Sud, dont le Brésil et l'Argentine. Du coup, leurs rendements de soja et de maïs cultivés pour nourrir le bétail et pour être exportés peuvent considérablement diminuer.

C'est aussi au regard des enjeux climatiques et des conséquences du climat sur la production de nourriture de manière globale qu'il faut regarder d'un œil critique les risques induits par la libéralisation des échanges au seul profit des multinationales. La Commission européenne, mandatée par les pays membres de l'Union européenne, dont la France, tente en ce moment de conclure un accord de libreéchange avec les pays du Mercosur afin que ces derniers puissent nous vendre plus de viande, au risque de ruiner nos éleveurs.

Faut-il attendre que la forêt amazonienne recule encore de plusieurs millions d'hectares et que les successions de plus en plus fréquentes du phénomène El Nino et de son contraire La Nina provoquent de nouvelles émeutes de la faim comme en 2007 et 2008 pour que les grands de ce monde comprennent enfin qu'il vaut mieux faire coopérer toutes les agricultures du monde que de continuer à les soumettre à une concurrence mortifère ?

DE LA NINA A EL NINO, LE RECHAUFFEMENT AUGMENTE LES RISQUES DE FAMINE (L’HUMANITE DIMANCHE – JEUDI 21 DECEMBRE 2017 – GERARD LE PUIL
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31 décembre 2017 7 31 /12 /décembre /2017 07:00
Portugal, au pays de la gauche qui marche
 PAR 

Depuis octobre 2015, les socialistes tiennent les rênes de l’exécutif portugais. Avec l’appui d’une coalition originale au Parlement : la gauche radicale du Bloco et le parti communiste. Un attelage qui pourrait être riche d’enseignements ailleurs en Europe. Premier volet de notre série de reportages.

 

Lisbonne (Portugal), envoyée spéciale.-  Ce jour-là, Mario Centeno, fraîchement élu à la présidence de l’Eurogroupe, est auditionné en session parlementaire. Le ministre des finances portugais à la tête de l’institution de la monnaie unique : une bonne nouvelle pour ce petit pays qui se relève doucement d’une longue cure d’austérité ? « Pas vraiment, tranche sèchement Catarina Martins, la « coordinatrice » du Bloco de Esquerda, le parti de gauche radicale portugais, qui soutient pourtant au parlement le gouvernement socialiste dont Mario Centeno est issu. Le changement en Europe ne viendra pas de l’Eurogroupe. Et Centeno est un libéral, il prônait entre autres la facilitation des licenciements. »

Nous sommes début décembre à Lisbonne et la députée Catarina Martins vient d’interpeller le ministre des finances à l'assemblée. « Oublions un instant que le Bloco ne croit pas en l’Eurogroupe. Oublions que l’Eurogroupe est un forum informel qui n’existe dans aucun traité européen et où l’Allemagne a toujours le dernier mot. Oublions que l’Eurogroupe a exclu le ministre grec des finances de ses réunions. Oublions que l’Eurogroupe a insulté le Portugal et imposé l’austérité dans plusieurs pays du Sud. Même si nous oublions tout cela, il y a un problème : vous avez dit en septembre que l’union monétaire était une zone de divergences… Si tout le monde est conscient de cela, au sein du Parti socialiste comme à Bruxelles, quelle est votre stratégie à la tête de l’Eurogroupe ? » lui a-t-elle lancé. Toute l’habileté du Bloco tient dans cette capacité à critiquer le gouvernement socialiste et à assurer le rôle d'un « parti minoritaire »… tout en le poussant, avec l’aide du Parti communiste portugais (PCP), à mettre en œuvre des mesures sociales.

Depuis octobre 2015, c’est cet attelage original qui préside aux destinées du Portugal. Les législatives n’ayant pas débouché sur une majorité claire, le Parti socialiste (PS), arrivé deuxième, a alors pris la main pour former l’exécutif. Il a obtenu le vote du Bloco et du PCP pour l’investiture, en échange de quoi son gouvernement, minoritaire, s’est engagé sur un certain nombre de mesures sociales afin de compenser les effets dévastateurs qu’ont produits la crise économique et la cure d’austérité imposée entre 2011 et 2015 par la droite au pouvoir et la Troïka (Commission européenne, FMI et Banque centrale européenne). « Ce n’est pas que nous soutenons ce gouvernement, nous ne gouvernons pas, corrige Miguel Tiago, élu du Parti communiste. Nous nous contentons de ne pas le faire tomber. »

 

La nuance est de taille pour ces deux partis qui risquent de se brûler les ailes à voter d’une même voix aux côtés des élus socialistes. Comment convaincre ensuite leurs électeurs qu’ils sont toujours opposés à l’Union européenne dans sa forme actuelle, à la monnaie unique, à l’OTAN… et qu’ils sont accessoirement très différents l’un de l’autre, même s’ils se partagent la gauche de la gauche de l’échiquier politique ? Pour l’instant, le résultat des dernières élections municipales, en octobre dernier, n’est guère probant.

 

Le Bloco, qui n’est pas très bien implanté localement, a certes légèrement progressé dans certaines villes, comme à Lisbonne, où le PS gouverne désormais là aussi suivant un accord avec le Bloco. « Nous sommes aujourd’hui le troisième parti du Portugal », se targue Catarina Martins. Mais le Parti communiste recule ; il a perdu quelques-uns de ses bastions, comme la commune d’Almada qui, de l’autre côté du Tage, fait face à Lisbonne. Et ce malgré un « pacte de non-agression » conclu avec le PS local, qui y avait envoyé comme candidate une actrice sans lien avec le terrain. Elle a réussi à dépasser le PCP de quelque 400 voix…

Celui qui semble le mieux profiter de cette alliance, finalement, c’est le Parti socialiste. Le ministre adjoint aux finances, Ricardo Mourinho Félix, s’en réjouit : les positions du Bloco et du Parti communiste « ont de manière évidente influencé notre manière de gouverner ces deux dernières années. Je ne le vois pas comme quelque chose qui s’impose à nous et nous met dans une situation inconfortable », dit-il. (L’intégralité de l’entretien sera à lire dans un prochain article.) En fait, pour une partie du PS, ce soutien est un soulagement…

En témoigne également le député socialiste et vice-président du groupe à l'assemblée Joao Galamba : « La crise a accru nos divergences avec la droite portugaise. La possibilité d’une alliance avec le Bloco et le PC est apparue comme une chance pour la gauche, qu’il ne fallait pas rater. Ne perdons pas de temps et concentrons-nous sur les points où nous pouvions tomber d’accord : telle a été notre philosophie. Nous n’étions pas à la recherche d’idéal, de consensus, de convergence absolue : nous voulions des changements concrets dans la vie quotidienne des gens. »

De fait, la liste de mesures mises en œuvre est impressionnante au regard de ce qu’ont fait – ou plutôt n’ont pas fait – les autres gouvernements sociaux-démocrates en Europe ces dernières années : augmentation du salaire minimum de 5 % par an jusqu’à atteindre 600 euros brut en 2019, allègement de l’impôt sur les plus bas revenus, hausse des petites pensions de retraite, rétablissement de quatre jours fériés qui avaient été supprimés…

Le dernier budget – le 3e voté par cet attelage PS-Bloco-PCP –, adopté fin novembre, s’inscrit lui aussi dans cette lignée : l’impôt sur le revenu est abaissé pour les premières tranches de revenus (1,6 million de foyers touchés au total) ; une nouvelle taxe est introduite pour les grandes entreprises qui dégagent plus de 35 millions d’euros de profits annuels ; les pensions de retraite sont augmentées de manière variable en fonction de leur niveau (de 1 à 10 %), et les livres scolaires deviennent gratuits jusqu’à la sixième année d’éducation.

Le grand écart du PC portugais

Jusqu’à présent, tous les termes du contrat ont été respectés : les mesures sociales sont bien mises en œuvre par l’exécutif, et entre les trois partenaires de circonstance, on ne parle pas des sujets qui fâchent. « Nous nous sommes mis d’accord sur quatre principes, explique Catarina Martins. Le premier, c’est la hausse, chaque année, d’une partie des salaires et des retraites afin de compenser les coupes des années précédentes. Le deuxième, c’est l’impossibilité de nouvelles baisses de revenus, et donc de hausse des prélèvements obligatoires pour les salariés ainsi que des taxes sur les biens essentiels. Le troisième, c’est l’arrêt définitif des privatisations, qui dans le passé avaient été décidées par le Parti socialiste lui-même. Et le quatrième, c’est l’impossibilité de retirer davantage de droits aux travailleurs. » Car le droit du travail, comme en Grèce et comme en France aujourd’hui, a été sérieusement entamé au Portugal pendant les années de Troïka.

« Sur ce plan-là, on ne reviendra pas en arrière avec ce gouvernement, regrette Jorge Costa, autre député du Bloco. C’est la limite de cet accord, et, me semble-t-il, le résultat d’un accord tacite avec le patronat, en contrepartie de la hausse du salaire minimum. » « Les socialistes sont trop compromis avec le système capitaliste pour qu’on puisse évoluer là-dessus », renchérit le communiste Miguel Tiago, qui regrette par ailleurs un blocage tout aussi complet sur le budget alloué à la culture, un budget « misérable, inacceptable », ainsi que l’impossibilité de faire baisser le prix du gaz domestique, « trop élevé pour quantité de foyers au Portugal ».

Autre zone d’ombre de l’accord : le travail précaire, de plus en plus répandu au Portugal. Un décret à venir doit permettre de titulariser 30 000 contractuels de la fonction publique au cours du premier semestre 2018. Une victoire à rajouter au compteur du Bloco. Mais dans le privé, rien ne change. Si l’emploi est reparti à la hausse, ces derniers temps, c’est le plus souvent au détriment des protections sociales élémentaires. Le système d’auto-entreprenariat, où le travailleur doit cotiser lui-même pour ses couvertures santé et retraite, devient en effet de plus en plus la règle… et rien ne permet aujourd’hui d’enrayer cette tendance.

 

« Pour mieux protéger ces travailleurs dits indépendants, nous avons émis des propositions au sein d’un groupe de travail sur la précarité, explique le député du Bloco Jorge Costa. Notamment l’établissement d’un taux très réduit de cotisations sociales pour les bas revenus, le maintien de la protection sociale même si l’activité s’interrompt, et un accès à la caisse d’assurance chômage. » Le texte, présenté mi-décembre au parlement, est en bonne voie d’être adopté.

Restent des désaccords idéologiques de fond et tous les points qui sortent de l’accord avec le PS, sur lesquels les deux partis échouent à faire avancer les choses dans leur sens. Ainsi en est-il par exemple du coût de l’énergie portugaise, l’un des plus élevés du continent. Le Bloco a proposé que le secteur de l’énergie renouvelable – qui fait des profits ahurissants au Portugal – soit taxé au même niveau que le secteur conventionnel et que cette hausse permette au consommateur de payer un prix moins élevé. Échec total.

Face à ces divergences, Bloco comme PCP assurent maintenir une ligne idéologique claire. « Les socialistes et la droite s’entendent parfaitement sur la politique européenne. Ce qui fait que nous avons 80 % des députés engagés dans le statu quo européen, lâche Catarina Martins. Mais nous, notre engagement n’est pas aux côtés du PS. Il est aux côtés de nos électeurs. C’est pourquoi nous n’abandonnerons aucun de nos principes. »Parmi ces principes, il y a une franche hostilité à l’euro, « qui rend chaque jour les pauvres de plus en plus pauvres et l’Allemagne de plus en plus riche – sans que cela ne bénéficie toutefois aux travailleurs allemands », selon les mots de Catarina Martins, pour qui le vrai problème, en réalité, est la renégociation de la dette publique portugaise.

Le professeur d’économie Francisco Louça, membre fondateur du Bloco, ne voit quant à lui aucune contradiction entre cette opposition à l’euro et le fait de voter d’une même voix avec un gouvernement qui envoie son ministre des finances à la tête de l’Eurogroupe : « Ce que change, pour le Bloco, cette attitude de soutien au gouvernement, c’est son agenda. Cela l’inscrit dans la gestion politique d’un travail quotidien. Cela lui donne plus de poids, plus de profondeur. Mais on reste dans le cadre d’un contrat très clair : il s’agissait d’éviter le prolongement de la droite au pouvoir et d’ouvrir la porte aux mesures sociales. »

Le PCP, l’un des derniers partis communistes d’Europe avec le KKE grec à n’avoir pas rompu avec le marxisme-léninisme, fait de son côté le grand écart. Après avoir refusé pendant des années de dialoguer avec les autres partis (posture dans laquelle se trouve encore aujourd’hui le parti frère hellénique, qui agit dans un isolationnisme total, y compris sur le plan syndical), il affiche aujourd'hui un certain pragmatisme, sans rien abandonner de son corpus théorique.

« Le PS ne s’est pas engagé à exaucer tout ce que nous demandons en dehors de l’accord, et de notre côté, nous ne sommes pas obligés de voter ce qui sort de l’accord. Nous avons simplement trouvé un terrain commun sur une liste délimitée de sujets, justifie l’élu communiste Miguel Tiago. C’est pourquoi, par exemple, nous ne pouvons pas faire tomber le gouvernement parce qu’il refuse la nationalisation du système bancaire que nous voulons : cela sort de notre accord. Nous essayons pour le moment de tirer le meilleur de la situation dans laquelle nous nous trouvons, de construire avec les conditions que nous avons. Mais cela ne veut pas dire que nous abandonnons notre lutte. »

« Le PS a retrouvé son électorat traditionnel »

Et le député de rappeler les grèves que le parti a soutenues, les manifestations auxquelles les élus ont participé, la volonté de dissoudre l’euro, l’Union européenne et l’Otan. « Notre objectif n’est pas que le PS tourne le dos à l’Union européenne et se rapproche de nous. Notre objectif, c’est d’élargir notre base. » Le PS n'a d'ailleurs aucunement infléchi sa politique européenne et le gouvernement se targue même de remplir les critères de Bruxelles au-delà des objectifs fixés.

Toutefois, à écouter Miguel Tiago, le principal ennemi du PCP semble être à l’heure actuelle le Bloco… « parti bourgeois, au fonctionnement électoraliste, dont toutes les positions sur le plan international, comme la Corée du Nord, le Venezuela et l’Angola, ne font que suivre la tendance. Certes, nous avons des positions similaires sur le plan social. Mais tout nous sépare en réalité ».

Mais, au-delà de la rhétorique, difficile d’appréhender ces divergences, à l’exclusion de la politique étrangère où le Bloco est en effet beaucoup plus critique envers des régimes corrompus comme l'Angola que le Parti communiste qui, en raison de vieux liens historiques avec le MPLA au pouvoir, ne s'est jamais avancé à critiquer le régime de l'ancienne colonie portugaise. Les deux partis de gauche, d’ailleurs, ne discutent pas entre eux. Les négociations sur les mesures gouvernementales se font de manière parallèle, entre le PS et le PC, d’un côté, et le PS et le Bloco, de l’autre.

« Cette alliance au parlement est un défi, reconnaît de son côté le socialiste Joao Galamba. Il y a des tensions entre nous. Mais cela nous force à être créatifs. Et en général, nous arrivons à un compromis qui est meilleur que notre position de départ. De plus, les citoyens voient que les compromis sont possibles à l’intérieur du parlement : c’est bon pour la santé démocratique du pays… »

Outre les bénéfices sociaux indéniables de cette configuration exceptionnelle pour le parlement portugais, cet attelage inédit instille, de fait, une nouvelle manière de faire de la politique à Lisbonne : à la fois un certain pragmatisme chez des partis tenus par un solide socle idéologique, et une recherche du compromis que l’on observe généralement plutôt dans les pays du nord de l'Europe, habitués des coalitions politiques.

 

« Il n’y avait jamais eu dans le passé de négociation entre les partis de gauche au Portugal, reconnaît Jorge Costa. C’est la première fois de l’histoire du pays qu’un budget est voté par le Parti communiste et la gauche radicale… Cela n’est pas le résultat d’une négociation qui aurait formé un gouvernement rigide. C’est au contraire le résultat de discussions permanentes, graduelles, qui nous permettent de faire la preuve que nous ne sommes pas seulement des partis de confrontation. Les électeurs voient que nous sommes aussi capables de gouverner et de trouver des compromis. »

Une expérience inspirante pour le reste du continent ? Tous nos interlocuteurs le disent : difficile de reproduire ailleurs ce qui a marché dans un contexte exceptionnel, dans un pays particulier. Mais chacun en tire des leçons à sa manière. Pour le député Joao Galamba, il en sort une évidence pour le Parti socialiste : « En se démarquant très clairement de la droite, en s’ouvrant à la gauche radicale, le PS portugais a retrouvé son électorat traditionnel. Il faut montrer à l’électorat qu’il existe une alternative franche aux politiques de droite et que des compromis avec la gauche sont possibles. Si ce choix est proposé aux électeurs, les sociaux-démocrates européens pourront se relever. Mais s’ils restent quelque part dans l’entre-deux, sans valeur claire, ou avec une action sans rapport avec les valeurs affichées, ça ne peut pas marcher. »

Pour le député du Bloco Jorge Costa, il faut rester modeste : « Il ne faut pas surestimer le succès de la gauche au Portugal. Cela ne change rien au rapport de force au niveau européen. Il ne faut pas croire non plus que le Parti socialiste portugais a viré à gauche… Il n’y a pas eu de révolution culturelle au PS. Ce dernier a été obligé, pour des raisons de survie politique, de trouver un accord avec sa gauche. Ce n’était pas un acte volontaire pour ce parti, qui était entré en campagne en 2015 avec le programme le plus à droite de son histoire. Il l’a fait de manière contrainte et forcée. »

Quant à l’éventualité de répéter une telle alliance dans le futur, aucun de nos interlocuteurs ne s’y est engagé. Rien ne dit qu’ils voudront, ni qu’ils pourront, reproduire cet attelage dans la prochaine législature. Se glisser momentanément dans les interstices d’un pouvoir socialiste affaibli : voilà ce qu’auront réussi, pour l’heure, Bloco de Esquerda et Parti communiste portugais.

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31 décembre 2017 7 31 /12 /décembre /2017 06:09
Egypte: le régime militaro-islamiste cible les athées (Stéphane Aubouard, L'Humanité)
Égypte. Le régime militaro-islamiste cible les athées
STÉPHANE AUBOUARD
MARDI, 26 DÉCEMBRE, 2017
L'HUMANITÉ
 
L’université d’Al Azhar évaluait en 2015 à 12% le nombre d’athées dans la population égyptienne.
 

Dans un contexte de dénonciation grandissant, une mère a perdu la garde de ses deux enfants en raison de son athéisme déclaré.

En guise de cadeau de Noël, un tribunal des affaires familiales du Caire a décidé de retirer la garde de ses deux enfants à une mère qui se déclarait athée. Une première au pays du maréchal Al Sissi qui, en juillet 2013, avait renversé le leader des Frères musulmans Mohammed Morsi, aujourd’hui condamné à la prison à vie. Le régime militaro-islamiste aux prises au terrorisme islamiste, notamment dans le Sinaï et les régions éloignées des grandes villes, a décidé de lancer des signaux positifs aux défenseurs zélés de la charia. « L’extrémisme et l’athéisme sont les deux faces d’une même pièce », martèlent ainsi depuis plusieurs mois des imams sur les chaînes de télévision égyptiennes dans ce qui s’apparente à une campagne nationale contre la libre-pensée. Cette séquence réactionnaire a commencé après la publication d’un rapport de la très officielle Direction générale des fatwas, dont l’une d’elles décrète l’athéisme comme un mal qui se diffuse à grande vitesse auprès de la jeunesse.

La vie privée des citoyens surveillée en égypte

Dans la foulée, la commission des Affaires religieuses du Parlement a élaboré une loi contre l’athéisme. « Toute personne affirmant publiquement son athéisme ou sa sympathie pour les athées sera passible d’amende ou d’une peine de prison. » Ce durcissement soudain intervient dans un contexte nouveau. D’après le chercheur Houssame Bentabet, qui consacre une thèse à l’abandon de l’islam depuis 2014, l’athéisme progresserait fortement dans le monde musulman et le phénomène ne ferait que commencer. « Le problème, c’est la condamnation à mort des apostats inscrite dans le droit musulman classique, sur laquelle s’accordent les quatre écoles juridiques sunnites et reprise dans la Constitution de certains pays majoritairement musulmans », soulignait en août dernier le sociologue chez nos confrères de la Croix. Mais cette rage contre les athées ne touche pas que le monde musulman. « Les athées sont exécutés dans 13 pays musulmans mais sont discriminés partout dans le monde », rappelait en 2013 un rapport de l’Union internationale humaniste et éthique de 2013. En Inde, par exemple, les services de police répugnent à enquêter sur les meurtres d’athées par des fondamentalistes religieux. Aux États-Unis, dit le rapport, bien que la situation soit « plutôt satisfaisante », une série de lois et de pratiques fait « l’équation entre être croyant et être américain ». Pour ce qui concerne l’Égypte, le projet de loi prévoit une surveillance au cœur même de la vie privée des citoyens. Une police spéciale devrait être mise en place sur Internet pour vérifier tout glissement antireligieux. Une loi qui viole la Constitution égyptienne, qui jusqu’à présent garantissait la liberté de croyance.

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30 décembre 2017 6 30 /12 /décembre /2017 09:24
Carton rouge: quand un porte-parole de Mélenchon, Djordje Kuzmanovic, reprend les arguments de la droite et de l'extrême-droite sur l'immigration

Qui a entendu parler de ce tweet d'un porte parole de la France Insoumise aux dernières présidentielles (sur les questions internationales), Djordje Kuzmanovic à propos des migrants en date du 20 décembre...?

"L'immigration est une richesse pour la France" qui... en regorge déjà. Moins pour les pays d'origine des migrants. Mais ce point est aveugle à la gauche. Ne parlons pas des 6 millions de chômeurs, 9 millions de pauvres et 4 millions de mal logés. On offre quoi aux migrants ?"

Ces propos revisitaient en mode mineur le lien de causalité établi souvent entre le poids du chômage et l'immigration, relation que tous les économistes sérieux réfutent. Ils n'étaient pas sans contribuer à opposer les pauvres vivant déjà en France, dont il faudrait s'occuper en priorité, et les malheureux qui nous arrivent de l'extérieur, chassés par la guerre, les dictatures, la misère, et qu'on ne peut pas accueillir, car "on ne peut pas accueillir toute la misère du monde" comme disait Rocard, même si 90% de l'immigration se fait d'un pays pauvre et du sud à l'autre, et que, par exemple, ensemble, Turquie, Liban, Jordanie, Egypte, accueillent trois fois plus de réfugiés syriens que l'Europe entière. 

Il faut savoir que ce Djordje Kuzmanovic était déjà connu pour ses commentaires plus qu' indulgents sur la politique de Poutine ou de Bachar-al-Assad, dont il faisait des alliés objectifs contre le terrorisme islamiste, autres points communs avec le discours tenu actuellement par l'extrême-droite. C'est un ancien membre du PS fasciné par la chose militaire et le virilisme, qui s'engagea au moment de la guerre en Afghanistan. 

Ce tweet de Djordje Kuzmanovic n'est pas sans rappeler les propos de Jean-Luc Mélenchon sur les travailleurs détachés, qui "voleraient le pain des français" (au Parlement Européen) ou sur la nécessité de se protéger contre l'immigration irrégulière contrairement à ce que diraient les bonnes consciences idéalistes de gauche. Quand le fond de l'air est brun, et que les politiques d'Etat et de l'Union Européenne sont déjà influencées par la xénophobie ambiante, ces propos sont peu dignes de l'internationalisme de la gauche de Jaurès.   

 

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30 décembre 2017 6 30 /12 /décembre /2017 08:48
Robert Laffon, 21,50€, 580 pages, 2017

Robert Laffon, 21,50€, 580 pages, 2017

Roman. Le sommeil de la raison, des monstres et des crimes
ROGER MARTIN
JEUDI, 14 DÉCEMBRE, 2017
L'HUMANITÉ

L'Étoile jaune de l’inspecteur Sadorski de Romain Slocombe. Il était une fois… l’Occupation. Un inspecteur consciencieux et pervers, des étoiles jaunes, des vengeurs rouges et un ordre définitivement noir.

Nous avions dit ici même tout le bien qu’il fallait penser de l’Affaire Léon Sadorski, un roman noir historique exceptionnel dans lequel, refusant tout effet de suspense gratuit, Slocombe, à travers les yeux et les actes d’un policier arriviste et retors, faisait défiler devant nous les deux premières années de l’Occupation. On y suivait quasiment au jour le jour les faits et gestes d’un policier dont les idées s’accordent parfaitement à l’air du temps et auquel sa conscience ne pose aucun problème.

Une plongée au cœur de la France collaborationniste

Avec l’Étoile jaune de l’inspecteur Sadorski, on plonge davantage encore au cœur de la France collaborationniste, à l’intérieur des Brigades spéciales qui traquent et torturent les résistants, au moment où se prépare la grande rafle du Vél’d’Hiv. On retrouve le chef du Rayon juif de la 3e section de la direction générale des Renseignements généraux et des Jeux le 8 juin 1942 au moment où obligation est faite aux juifs d’arborer l’étoile jaune. Lorsqu’on le quitte, un mois et demi plus tard, il est dans la foule qui assiste à une parade monstre organisée dans Paris par le commandement militaire allemand. Nous sommes le 29 juillet, Sadorski sourit, se dit qu’il est un homme heureux. Au même instant, un convoi quitte Drancy. À bord du train, 730 hommes et 270 femmes, tous juifs, destination Auschwitz-Birkenau. Entre-temps, Slocombe plonge son personnage au cœur de l’Histoire authentique, loin des fabulations et des approximations, saisissant Sadorski alors qu’il est amené à traquer un groupe de communistes qui liquide collaborateurs et ex-communistes passés avec Doriot du côté des nazis. Pendant 550 pages, d’un commissariat de police à un cinéma, d’une station de métro à une gare de province, à pied, à vélo, en voiture, le lecteur est obligé de cohabiter avec un salaud doublé d’un pervers dont la perpétuelle bonne conscience et la certitude qu’il agit pour le bien du pays donnent la nausée. Mais cette vie commune est d’une richesse exceptionnelle tant Slocombe connaît son sujet. La masse d’informations est époustouflante, la reconstitution de Paris et de la région parisienne laisse interdit, le traitement d’épisodes authentiques de l’histoire de l’Occupation rendu avec une rigueur stupéfiante. Impossible de trouver un détail, une affirmation, un fait qui ne soit confirmé par les archives ou les travaux d’historiens. Mais, en même temps, alors que cette matière historique est la chair du roman, elle ne l’envahit jamais, ne phagocyte pas un récit qui palpite de destinées tragiques, de combats inégaux, de grandeur et de barbarie. Romain Slocombe a prévu trois autres volumes, voire quatre, avant le dénouement de la Libération. Une tâche titanesque, une sorte de Village français littéraire. À en juger par les deux premiers volumes, la fresque, achevée, témoignera avec une rigueur et une force impressionnantes d’une période qui n’en finit pas de passionner.

L'Étoile jaune de l’inspecteur Sadorski de Romain Slocombe. Robert Laffont, 584 pages, 21,50 euros.

L'étoile jaune de l'inspecteur Sadorski et L'affaire Léon Sadorski: deux romans noirs sur la collaboration de la police française extrêmement bien écrits et documentés de Romain Slocombe (Roger Martin, L'Humanité)
Itinéraire d’un salaud ordinaire
ROGER MARTIN
JEUDI, 29 DÉCEMBRE, 2016
L'HUMANITÉ
L’Affaire Léon Sadorski,  de Romain Slocombe. Robert Laffont, 500 pages, 21 euros.

Les séries américaines ont imposé leur tyrannie : tueurs en série géniaux, policiers scientifiques nobélisables, flics de terrain démiurges. La littérature s’est engouffrée dans la brèche dans l’espoir d’adaptations au grand ou au petit écran. Miraculeusement, il est encore des auteurs pour honorer le roman noir, qui est au thriller ce que Spartacus est à Gladiator. Leurs livres refermés, on reste hanté par des récits qui se refusent à n’être que divertissement, palpitant, certes, mais formaté. Romain Slocombe est au nombre de ces irréductibles. L’auteur de Monsieur le Commandant n’écrit pas pour passer le temps. Chez lui, comme chez Daeninckx, Le Corre, Pivion et quelques autres, le sujet est l’essentiel, ce qui ne l’empêche pas de déployer dans son dernier ouvrage un talent de conteur exceptionnel. Une construction solidement charpentée, une science aiguë des ressorts dramatiques, une maîtrise totale des péripéties, s’ajoutant à une capacité rare de faire de ses personnages, victimes ou bourreaux, autre chose que de simples marionnettes, autant d’atouts supplémentaires qui obligent le lecteur à une attention soutenue. L’Affaire Léon Sadorski est en effet un roman noir historique exceptionnel dans lequel, refusant tout effet de suspense gratuit, Slocombe poursuit sa plongée vertigineuse au cœur de l’Occupation, projetant un éclairage cru sur les arcanes de la collaboration et le rôle de la police. L’inspecteur Léon Sadorski ne détonne guère dans ses rangs. Un fonctionnaire consciencieux, méticuleux même, qui fait son travail, avec conscience et même zèle, d’autant plus aisément qu’il est pétainiste et antisémite et que, après tout, il ne fait qu’obéir aux ordres. Contrôler des juifs, puis les arrêter avant de les expédier à Drancy, donner un coup de main aux brigades spéciales pour traquer des communistes, rien que de très légal, après tout. Sans parler de l’orgueil de contribuer au salut de la France et à l’espèce d’ivresse qui s’empare de lui lorsqu’il participe aux séances d’interrogatoire poussé, autrement dit de torture. Sadorski jouit de sa toute-puissance. S’il n’est pas Dieu, c’est tout comme puisqu’il peut décider d’une mort ou d’un salut. Mais le Capitole n’est pas loin de la roche Tarpéienne. Un jour, il est arrêté, emmené contre son gré en Allemagne, persuadé qu’il n’en reviendra pas. La Gestapo a décidé de faire de lui sa pièce maîtresse au sein de la préfecture de police. Entre missions officielles et enquêtes privées, louvoyant sans cesse pour éviter les pièges de ses nouveaux maîtres, ceux des brigades spéciales et des truands nazis de la rue Lauriston, Sadorski s’enfonce irrésistiblement et comme avec délectation dans les horreurs de la collaboration sans problèmes de conscience excessifs… On croyait tout savoir, on découvre à chaque page ! Slocombe s’est appuyé naturellement sur des faits authentiques. Sa documentation, impressionnante, qu’il a pris le temps de digérer, ne phagocyte jamais le récit, mais l’irrigue et donne en permanence au lecteur la certitude d’être dans l’authentique. Un livre fascinant, indispensable !

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30 décembre 2017 6 30 /12 /décembre /2017 08:37
Ronit Matalon, photo Haaretz

Ronit Matalon, photo Haaretz

"Connue comme une voix féministe et orientale importante dans la littérature hébraïque contemporaine, et une activiste sociale et politique, Ronit Matalon dénonçait dans les médias l’occupation par Israël de la Cisjordanie. Après une interview au Monde en janvier 2016, elle avait été la cible de critiques dans son pays après avoir affirmé : «Nous vivons aujourd’hui sous un régime d’apartheid. Comment qualifier cela autrement quand nous construisons des routes réservées aux juifs ? Rien de ce qui se passe aujourd’hui n’était absent à l’origine de l’Etat d’Israël, en 1948. Il y a toujours eu une lutte sur l’identité de ce pays. Dans son ADN, Israël me fait penser aux sociétés fondamentalistes.»
Disparition de Ronit Matalon- romancière israélienne au ton libre
Par Frédérique Roussel, Libération 

L'écrivaine israélienne, fille d'immigrés égyptiens, est morte jeudi à 58 ans des suites d'un cancer.

La romancière Ronit Matalon, figure majeure de la littérature israélienne, connue pour sa liberté de ton et sa radicalité formelle, est morte jeudi matin à l’âge de 58 ans des suites d’un cancer, a annoncé le quotidien Haaretz pour lequel elle avait travaillé plusieurs années. La veille de sa disparition, sa fille Tayla recevait en son nom le fameux Prix Brenner de l’Association des écrivains hébreux pour son dernier roman And the Bride Closed the Door.

Née en 1959 à Ganei Tikva, non loin de Tel-Aviv, Ronit Matalon était la fille d’immigrants égyptiens arrivés en 1949, au lendemain de la création de l’Etat d’Israël. Au bout de quelques années, son père Felix, d’origine aristocratique, abandonne la famille avant sa naissance, ne voulant pas vivre en Israël comme un juif oriental marginalisé par les Ashkénazes qui dominaient alors la vie politique et économique du pays, selon le magazine américain World literature today, qui avait interviewé l’auteure israélienne en 2015. «Il a été un extralucide concernant la maladie de la société israélienne et son nationalisme mortifère, cette machine à exclure tout ce qui est lié à la culture arabe», disait-elle aussi de son père lors d’une rencontre avec le Monde en août 2012. Sa mère Ama, issue d’une riche famille du Caire, a trimé comme femme de ménage pour subvenir aux besoins de ses trois enfants et de sa propre mère. Chez elle, on parlait arabe, français et hébreu. Ils habitaient dans un quartier pauvre des faubourgs de Petah Tikva, dans les environs de Tel-Aviv.

«Le plus fidèle à ma mémoire»

Dans son roman le plus autobiographique, le premier traduit en français par Rosie Pinhas-Delpuech, le Bruit de nos pas (Stock «Cosmopolite», 2012), elle raconte un huis clos d’une famille d’immigrés juifs égyptiens dans «la baraque», un genre de préfabriqué dans la lointaine banlieue de Tel-Aviv, parmi les ronces et le sable, bien après le terminus du bus. Tout est vu à hauteur d’enfant, et donc sans jugement politique, sociologique ou psychologique, pour montrer les difficultés d’intégration en Israël d’une famille juive égyptienne. Le bruit de nos pas, paru en 2008 en Israël, formé de chapitres courts aux fins abruptes, a été récompensé du prix Bernstein 2009 du meilleur roman original et du prix Alberto-Benveniste 2013. «J’ai essayé d’être le plus fidèle à ma mémoire, disait-elle à World Literature Today. C’est pour cette raison que le roman est si fragmenté.»

C’est à 18 ans, quand diagnostiquée d’une tumeur au poumon qui l’oblige à rester alitée de nombreux mois, que Ronit Matalon commence à écrire. Elle rédige ses premières nouvelles tout en étudiant la littérature et la philosophie à l’université de Tel-Aviv, puis devient journaliste à la télévision avant de rejoindre le quotidien Haaretz, couvrant la Cisjordanie et Gaza de 1986 à 1993 pendant la première intifada. En 1992, elle publie son premier livre, Strangers at Home suivi, en 1994, d’un livre pour la jeunesse A Story that Begins with a Snake’s Funeral, qui sera adapté à l’écran. Elle continue à publier tout en enseignant la littérature comparée et hébraïque à l’université de Haïfa et l’écriture de scénarios à la prestigieuse école de cinéma Sam-Spiegel à Jérusalem. En 2000 paraît Sarah Sarah, sur le sort fait aux populations palestiniennes, construit en flash-backs. En 2012, elle écrit A Romance in Letters avec Ariel Hershfeld, son partenaire depuis 2012. Puis suivent une pièce Girls Who Walk in their Sleep (2015) et son dernier livre And the Bride Shut the Door (2016). Dans celui-ci, son personnage Margie refuse de quitter sa chambre le jour de son mariage, disant seulement «non», au désespoir impuissant de ses proches. Le livre porte un regard burlesque sur la société israélienne contemporaine.

«Voix féministe et orientale»

Son premier roman paru à Tel-Aviv en 1995, De face sur la photo, a été traduit chez Actes Sud en 2015. Il tourne autour d’un séjour que la narratrice, Esther, 19 ans, fait au Cameroun, chez l’oncle Cicurel, le frère de sa mère. Lui n’a jamais vécu en Israël, il est passé directement de l’Egypte à l’Afrique francophone. Le livre est plein de photos de sa famille, insérées au début de chaque chapitre : l’oncle Cicurel à Brazzaville en 1955, le grand-père Jaco à la gare du Caire en 1946, la mère dans le jardin de Tel-Aviv… «La narratrice décrit les photos comme autrefois à sa grand-mère aveugle. L’écriture de Ronit Matalon est précise et sensible, elle mêle de manière inextricable l’intime et ce qui relève de la destinée collective», écrivait Libération, à la sortie du livre.

Connue comme une voix féministe et orientale importante dans la littérature hébraïque contemporaine, et une activiste sociale et politique, Ronit Matalon dénonçait dans les médias l’occupation par Israël de la Cisjordanie. Après une interview au Monde en janvier 2016, elle avait été la cible de critiques dans son pays après avoir affirmé : «Nous vivons aujourd’hui sous un régime d’apartheid. Comment qualifier cela autrement quand nous construisons des routes réservées aux juifs ? Rien de ce qui se passe aujourd’hui n’était absent à l’origine de l’Etat d’Israël, en 1948. Il y a toujours eu une lutte sur l’identité de ce pays. Dans son ADN, Israël me fait penser aux sociétés fondamentalistes.»

Frédérique Roussel

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30 décembre 2017 6 30 /12 /décembre /2017 08:35
Augmentations des prix tout azimut: vive 2018!
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30 décembre 2017 6 30 /12 /décembre /2017 08:34
Israël: la chasse aux enfants s'intensifie (Stéphane Aubouard, L'Humanité, 29 décembre 2017)

Il y a une semaine, Ahed Tamimi, 16 ans, icône aux boucles blondes de la lutte des enfants palestiniens contre Israël, était arrêtée à Nabi Saleh, au nord de Ramallah, en Cisjordanie occupée. Son crime? Avoir giflé des militaires israéliens qui quelques temps plus tôt avaient tiré à bout portant sur son cousin de 14 ans, Mohammed Tamimi. Une semaine plus tard, tandis que le jeune homme est toujours entre la vie et la mort, l'adolescente, qui devait initialement passer trois jours en garde à vue, attend toujours sa libération. Ce jeudi, elle comparaissait devant un tribunal militaire palestinien (*elle a été condamnée à deux ans de prison). 

Un scénario banal sur les bords de la mer Morte qui se nourrit notamment de la passivité de grandes démocraties occidentales sourdes et muettes. Les faits sont pourtant avérés et documentés. En 2015, l'ONU avait obtenu le témoignage de 122 enfants palestiniens de Cisjordanie arrêtés par les forces de sécurité israéliennes. Tous y ont vécu l'enfer: passage à tabac, coups de bâton, yeux bandés, coups de pied, violences verbales et menaces sexuelles (Assemblée Générale, Conseil de Sécurité, rapport du secrétaire général sur les enfants et les conflits armés, 2015). D'après un rapport de l'Unicef daté de 2016, plus d'un dixième des mineurs incarcérés en Israël sont mis à l'isolement pendant une durée moyenne de treize jours. Jeunes filles et garçons sont embastillés dans des cellules aveugles et sans commodités, une lampe allumée 24 heures sur 24. 

Depuis 2015, le nombre de mineurs détenus par Israël à explosé

L'ONG française Ensemble pour la justice en Palestine a récemment alerté sur le nombre croissant des enfants palestiniens emprisonnés. Entre 500 et 700 jeunes gens seraient ainsi jetés en prison chaque année en Cisjordanie. Depuis l'an 2000, plus de 8 000 mineurs ont été détenus, interrogés et inculpés par la justice militaire israélienne. Entre 2015 et 2016, leur nombre aurait triplé. "La plupart sont inculpés pour avoir lancé des pierres et 3 enfants sur 4 subissent des violences physiques lors de leur arrestation, transfert ou interrogatoire", peut-on lire sur le site. Certes, Israël n'est pas plus tendre avec ses propres enfants. Mais une différence de traitement s'opère dès lors que vous êtes né d'un côté ou de l'autre du mur de séparation. Un rapport du ministère britannique datant de 2012 la décrit avec précision: "Les enfants israéliens peuvent avoir accès à un avocat dans les 48 heures. Ils ne peuvent pas être emprisonnés avant l'âge de 14 ans. Les parents peuvent les accompagner durant l'audition par les forces de l'ordre et la justice", alors que "pour les enfants palestiniens, ils peuvent être incarcérés dès l'âge de 12 ans et détenus 90 jours sans avocat. Aucun enregistrement audio-vidéo n'est possible, ni accompagnement des parents". 

Une réalité qui perdure aujourd'hui sans la moindre réaction à l'échelle internationale. Pourtant, une fois la sentence rendue, 60% des mineurs incarcérés sont transférés des territoires occupés vers les prisons israéliennes, et ce en violation même de la quatrième convention de Genève. Théoriquement, celle-ci protège les civils aux mains d'un Etat ennemi contre l'arbitraire de celui-ci. 

Seule amélioration notable - sur la forme tout du moins - pour les enfants placés sous la férule de la justice israélienne: la création en 2009 de la Military Juvenile Court, une juridiction pour mineurs. Mais certains continuent de purger leur peine dans des prisons pour adultes. 

Stéphane Aubouard   

Ahed Tamimi

Ahed Tamimi

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30 décembre 2017 6 30 /12 /décembre /2017 08:30
Georges Weah, élu président du Libéria avec pour co-présidente l'ex-épouse de Charles Taylor, ancien tortionnaire condamné par la justice internationale pour 50 ans de prison pour crimes contre l'Humanité (José Fort)
L’ex-star du football George Weah a donc été élu président du Liberia. Tous les commentaires ce matin dressent des portraits à la gloire de l’ancien du PSG, se félicitent du bon déroulement du scrutin et saluent un « exemple démocratique » pour l’Afrique.
Est-il permis, au milieu de ce concert de louanges, de poser une question : pourquoi George Weah a-t-il choisi comme vice-présidente Jewel Howard-Taylor, ex-femme de Charles Taylor, ancien tortionnaire condamné par la justice internationale à cinquante ans de prison pour crimes contre l’humanité ? Cette dame a divorcé de Taylor mais jusqu’en 2006, elle a occupé des fonctions officielles couvrant ainsi la folie meurtrière de son ex-mari. Avant d’évoquer un « exemple pour l’Afrique », n’est-il pas préférable de rester un peu plus prudent ?
 
José Fort 
 
George Weah, l’enfant du ghetto devenu président du Liberia
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30 décembre 2017 6 30 /12 /décembre /2017 08:30
Michel Kerninon, sur le poète Georges Perros, à l'occasion de la publication d'une somme de l'oeuvre de l'écrivain qui vécut la fin de sa vie à Douarnenez chez Gallimard, en collection quarto
Michel Kerninon, sur Georges Perros

 

Il y aura 40 ans au mois de janvier prochain, le 24, que l'écrivain Georges Perros quittait ce monde. L'essentiel de son oeuvre et des inédits ont été rassemblés et sont présentés par Thierry Gillyboeuf dans un volume de 1600 pages qui vient de paraître dans la collection Quarto de Gallimard.

Il y a 40 ans que l'aura de l'oeuvre de Georges PERROS, que sa mémoire et le souvenir de ceux de plus en plus rares qui l'ont approché dans sa " vie ordinaire ", ne cessent de grandir.
Le Quarto consacré à Georges Perros met en lumière une oeuvre singulière dans la littérature du XXe siècle. Ni Cioran , ni Pessoa, mais des traces glissées, des griffures, dans la marge d'un livre à venir. Dont il ne souhaite d'ailleurs pas qu'il advienne. Des notes ni furtives, ni griffonnées, et d'ailleurs de moins en moins aphoristique avec l'âge. Notes de musique, notes critiques, portraits, papiers collés de carnets ficelés ... Il s'agit d'un journal ouvert à tous les vents. Ceux de l'intelligence, de l'amour, de la mer, papiers fouettés aux tempêtes de Bretagne, comme aux orages des paysages intérieurs. Comme apaisé aux réconforts de la géographie, les pointes, les îles, la baie s'ouvrant en toile de fond sur l'absurdité consubstantielle de l'homme et du monde.
Dans la préface, Thierry Gillyboeuf, avec amitié, sobriété, pertinence écrit que " Lire Perros, c'est à la fois entendre une voix reconnaissable entre toutes et se laisser emporter par une pensée sans cesse en mouvement, qui se rétracte et se déploie comme le ressac."
Cet homme, Georges Poulot, devenu Perros après avoir quitté la Comédie (française) pour le plancher des vaches, près desquelles d'ailleurs, il habitait à son arrivée à Douarnenez, le pays des penn sardins, était l'incarnation du verbe. Sa voix dans les livres comme dans la vie. Et le solitaire très entouré fut privé de parole par la maladie. Elle allait saper une voix si belle après la cinquantaine, puis l'emporter en deux années.
La magie de sa voix est pleinement audible dans ce volume. Proses, journal, quelques correspondances -(sa correspondance immense, étant certainement le deuxième versant de l'oeuvre, mériterait d'être rassemblée)- ou des vers octosyllabes aux enjambements musicalement singuliers et aussi les silences, le silence qui respire comme si Georges était encore près de nous.
Si de tout beau livre, de toute poésie, d'une musique, d'une femme... ne devait subsister que le sillage, comme on le dit d'un voilier, la parabole à ras d'existence est une illustration de la magie de la vie, de toute la vie. Il y a chez Georges Perros un amour infini pour les êtres, une tendresse inconsommable. Elle est d'autant plus envahissante que nous ne sommes pas à la hauteur. " Nous sommes incapables de n'aimer qu'une fois, parce que nous n'aimons jamais. " Il s'agirait donc, seulement, de tenter de trouver les modalités de sa dévotion à la solitude. "Pour ne pas mourir à côté."

 

https://blogs.mediapart.fr/michel-kerninon/blog/101217/georges-perros-1923-1978-pour-ne-pas-mourir-cote

Michel Kerninon, sur le poète Georges Perros, à l'occasion de la publication d'une somme de l'oeuvre de l'écrivain qui vécut la fin de sa vie à Douarnenez chez Gallimard, en collection quarto

Ce volume contient la totalité de l'œuvre de Georges Perros ainsi que de nombreux inédits. Elle est ici établie par ordre chronologique pour Papiers collés, Poèmes bleus, Une vie ordinaire, Papiers collés II, Échancrures, L'Ardoise magique et Papiers collés III, et par ordre d'écriture pour les inédits, les textes non repris en volume ou ceux réunis après sa mort. Attiré par la scène et l'envers du décor, sa première vocation fut le théâtre - une déception. Restent la force des mots, le phrasé. Glissement de l'oral à l'écrit. Sans revenus fixes, il assuma son dénuement volontaire, acharné à noircir ses petits carnets, ses agendas, seulement riche d'une moto. Ses amis, peu nombreux mais présents, le guidèrent. Gérard Philipe le recommande à Jean Vilar. Son métier ? Lecteur pour le T.N .P. Vilar s'est-il amusé autant que nous à lire ses comptes rendus ? Ils tiennent en peu de mots : l'intrigue, la meilleure réplique, son jugement. Pas de bavardage, ni de laconisme, c'est impitoyablement drôle - l'élégance de l'humour assassin. Georges Poulot (1923-1978) devient Georges Perros, l'homme inclassable
de la littérature, le lecteur insatiable, le critique avisé, le touche-à-tout. Sa rencontre avec Jean Grenier amorce un tournant. Il consent à lui montrer quelques textes. Grenier les aime, s'empresse de les donner à lire à Paulhan, la N.R.F. les publie. Le ton est donné, la pensée entière, vive, l'écriture acérée et précise. C'est à son corps défendant qu'il réunit et publie Papiers collés - et les ouvrages suivants -, parce que la vie matérielle, avec toute une famille, l'a rattrapé et qu'il faut vivre. Il place si haut la littérature qu'il se juge toujours indigne d'un tel sacerdoce. Loin de Paris, à l'écart de tout «milieu», à Douarnenez, il officie de notes, de lectures, de poèmes. L'homme parle, malgré lui. Et lorsque le verbe le fuit, il dessine, peint, pour retrouver la seule écriture qui vaille : celle du quotidien, ces instants sans importance, l'anecdotique, où se niche l'essentielle vérité. Comment la poésie peut-elle enchanter notre réalité ? Comment transcender la douleur ? Aimer, se pardonner ? Comment vivre ?
Ce volume contient la totalité de l'œuvre de Georges Perros ainsi que de nombreux inédits.

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