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27 juin 2019 4 27 /06 /juin /2019 10:54
Plan Trump : l’arnaque du siècle !

http://www.france-palestine.org/Plan-Trump-l-arnaque-du-siecle

Ce devait être une conférence, c’est devenu un atelier économique : des chefs d’entreprises et de fonds d’investissement y côtoient les rares responsables politiques qui ont accepté de se compromettre dans cette mystification. Le plan de la Trump Company a été dévoilé : des mesures hors sol pour tenter de liquider une fois pour toutes les droits du peuple palestinien.

La vision de Trump de la reconnaissance des droits du peuple palestinien est simple et claire : tout doit disparaître. Depuis son arrivée au pouvoir, il s’est exprimé sur tous les volets : feu vert à la colonisation, reconnaissance de l’annexion de Jérusalem, acceptation de l’occupation, préparation de l’annexion d’une partie de la Cisjordanie, enterrement de la question des réfugiés palestiniens : toutes les atteintes par Israël au droit international et au droit humanitaire sont validées par les USA. La loi du plus fort et le fait accompli en guise de règle.

Le cadre politique est donc posé. Pour y parvenir : le soi-disant « miracle économique ». Le mirage d’une société prospère et dynamique construite à coups de pétrodollars sur les ruines des droits du peuple palestinien.

Qu’attendent les écoliers palestiniens, sinon de pouvoir se rendre à l’école sans passer par les points de contrôle de l’occupation, sans vivre cette humiliation matin et soir, et sans craindre de trouver leur maison détruite au retour de l’école ou un père, une mère, un frère emprisonné ?

Que valent les discours néo-coloniaux d’un développement piloté de l’extérieur et de « protection de la propriété privée », comble du cynisme lorsque l’on sait que le vol par Israël des maisons, des terres et des ressources palestiniennes se poursuit depuis plus de 70 ans ?

Ce dont la Palestine et les Palestiniens ont besoin pour pouvoir vivre, travailler, développer leur société, c’est la fin de l’occupation de leur terre par Israël, la fin de la colonisation, la fin des politiques discriminatoires et bien évidement la levée immédiate du blocus de Gaza. Le plan pour y parvenir passe par l’application des résolutions de l’ONU que les USA ont balayées d’un revers de manche pour plaire à leur allié israélien.

Mme Hanan Achraoui, conseillère de Mahmoud Abbas n’a pas déclaré autre chose : "Commencez par lever le siège de Gaza, par arrêter le vol par Israël de notre terre, de nos ressources et de notre argent, donnez-nous la liberté de mouvement et le contrôle sur nos frontières, notre espace aérien, nos eaux territoriales [...] et ensuite regardez-nous construire une économie dynamique et prospère en tant que peuple libre et souverain".

Aux côtés des Palestiniens, l’Association France Palestine Solidarité réaffirme qu’aucune solution ne pourra voir le jour sans un règlement politique basé sur le droit international et le droit à l’autodétermination des peuples. L’entreprise de liquidation de la question palestinienne menée par Donald Trump doit être dénoncée pour ce qu’elle est et la France doit prendre ses responsabilités en s’engageant enfin vers cette solution politique.

Laissons la conclusion à Dominique de Villepin : « On n’achète pas l’indépendance d’un peuple. On n’achète pas la dignité d’un peuple. Cinquante milliards pour fermer sa gueule et accepter d’être dépouillé de ses droits : c’est ignoble ! Ce plan est mort-né ».

Le Bureau national de l’Association France Palestine Solidarité
26 juin 2019

 

Palestine - Plan Trump : l’arnaque du siècle ! (communiqué AFPS, 27 juin 2019)
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26 juin 2019 3 26 /06 /juin /2019 11:00
Tensions Etats-Unis / Iran : la périlleuse escalade -  Pascal Torre (secteur international du PCF)

Tensions Etats-Unis / Iran : la périlleuse escalade

Pascal Torre (PCF)


Les attaques de deux pétroliers japonais et norvégien en mer d'Oman le 13 juin, après les actes de
sabotage de quatre navires en mai, marquent une nouvelle étape dans la dangereuse surenchère entre
l'Iran et les Etats-Unis. Cet engrenage s'est accéléré depuis que Washington s'est retiré unilatéralement
de l'accord sur le nucléaire et a mis en place un régime de sanctions.


L'heure est désormais à l'escalade.

Donald Trump, ses alliés israéliens et des pétromonarchies du Golfe accusent Téhéran d'avoir fomenté ces opérations, sans preuves tangibles, conduisant les pays de l'Union Européenne à exprimer de la prudence dans l'attribution des responsabilités voire de la perplexité.

Quant à l'Iran, elle dément toute implication. L'offensive américaine se traduit également par un renforcement de ses capacités militaires avec l'envoi d'un porte-avion, de missiles Patriot et d'un contingent supplémentaire de 1000 soldats. La destruction d'un drone espion américain au dessus du territoire iranien a conduit D. Trump à ordonner des frappes aériennes avant qu'il ne se rétracte. Enfn, la politique de pression maximale empêche désormais l'Iran d'exporter son pétrole, menaçant d'asphyxie une économie minée par la crise, les inégalités et la corruption.

Les Etats-Unis agissent en violation complète du droit international et imposent leur volonté au monde par leur règle d'extra-territorialité.
L'étranglement de l'économie iranienne pousse ses dirigeants à faire le dos rond, alors que la population
soufre désormais de pénuries, d'absence de perspectives et d'accentuation de la répression contre toute
velléité d'expression démocratique. Les femmes sont particulièrement visées par ce déchaînement de
violence. Le consensus qui s'exprime sur l'exigence de résistance pousse certaines forces à accentuer la
militarisation du système et à poursuivre la politique milicienne d'interventionnisme régional. Faute de
dividendes politiques et économiques, Téhéran fait aussi monter la pression en annonçant que ses
réserves d'uranium enrichi dépasseront les limites prévues par l'accord sur le nucléaire dés le 27 juin.
Tandis que les provocations se multiplient, rejetées par les opinions publiques respectives, les Etats-Unis
et l'Iran proclament ne pas vouloir d'une nouvelle guerre au Moyen-Orient et s'installent dans un statu quo propice à tous les dérapages. Pour les iraniens, confrontés à des tensions internes et à des
interrogations sur leur politique étrangère controversée, ni l'escalade régionale, ni le dialogue avec D.
Trump ne constituent une alternative crédible. Quant à la stratégie de Washington, elle apparaît dans
l'impasse. Le président américain n'est pas parvenu, dans sa croisade, à enrégimenter les pays
signataires de l'accord sur le nucléaire. Il s'agace de son incapacité actuelle à faire fléchir l'Iran alors qu'il
est engoncé dans un double discours : officiellement, il appelle à négocier sur le nucléaire, les missiles
balistiques et la politique régionale tout en souhaitant officieusement un renversement du pouvoir
actuel. Mais surtout, D. Trump manifeste, comme son prédécesseur, le souhait de se retirer du Moyen-
Orient tout en multipliant les foyers de confits avec la volonté de peser sur les évènements. Enfin, dans
la perspective du scrutin de 2020, D. Trump ne se contentera pas de résultats limités sur le dossier iranien afin de flatter sa base électorale.

Le Parti communiste français (PCF) s'inquiète et condamne cette dangereuse escalade qui risque
d'embraser à nouveau un Moyen-Orient exsangue. Il dénonce la politique de sanctions américaine qui accentue la souffrance et la pauvreté du peuple iranien et conforte ce pouvoir théocratique dans la répression des forces démocratiques.
Il appelle la France et l'Union Européenne à ne pas céder aux injonctions de D. Trump en n'appliquant pas les sanctions, en maintenant leur engagement en faveur de l'accord sur le nucléaire et en refusant de se laisser entraîner dans une politique agressive.

Pascal TORRE, responsable-adjoint du secteur international du PCF, en charge du Maghreb et du Moyen-
Orient

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26 juin 2019 3 26 /06 /juin /2019 07:31

 

Par incompétence et bêtise, le président américain Donald Trump, poussé par son entourage fondamentaliste et néoconservateur, n’a jamais été aussi près d’attaquer l’Iran. Son opposition personnelle aux guerres extérieures se heurte aux impasses créées par ses décisions et sa propre rhétorique belliciste.

 

Que se passe-t-il dans les couloirs de la Maison Blanche ? Que se trame-t-il ces jours-ci dans la fameuse West Wing, où officie l’ombrageux John Bolton, un ennemi déclaré de l’Iran qui rêve depuis des décennies de faire la peau aux mollahs de Téhéran ?

Si les propos exacts des uns ou des autres nous échappent, l’idée générale est assez claire. Depuis des semaines, Bolton et Mike Pompeo, un ultraconservateur du Kansas à la tête de la diplomatie américaine, ainsi que la directrice de la CIA Gina Haspel, impliquée dans les programmes de torture de l’après-11-Septembre, font tout pour pousser le président Trump à décider une frappe militaire contre Téhéran.

Jeudi 20 juin, ils ont failli parvenir à leurs fins lorsque le président Trump a ordonné, puis annulé au dernier moment une frappe militaire qui avait pour objectif des radars et des batteries de missiles situés sur le territoire iranien.

L’opération avortée était destinée à riposter à une attaque menée par l’Iran contre un drone de surveillance américain dans le golfe d’Oman. Une attaque justifiée, selon Téhéran, par l’incursion du drone sur son espace aérien – une version que Washington dément.

À dix minutes près, les États-Unis s’engageaient dans une spirale militaire incontrôlable, potentiellement dévastatrice.

À cette heure, Donald Trump, dirigeant imprévisible, versatile, conseillé en coulisses par un présentateur star de Fox News qui lui conseille la retenue pour ne pas nuire à sa réélection l’an prochain, est donc la principale force qui s’oppose à cette intervention. Ce qui, avouons-le, n’a rien de rassurant.

S’ils n’ont pour l’instant pas obtenu gain de cause, le néoconservateur John Bolton, architecte de la guerre américaine en Irak, et le chrétien fondamentaliste Mike Pompeo, qui s’échinent à installer un climat favorable à une intervention, n’ont pas rendu les armes.

Pompeo, qui ne rate pas une occasion d’accuser Téhéran de « désinformation », s’est envolé dimanche pour un voyage au Moyen-Orient où il fera halte en Arabie saoudite et aux Émirats arabes unis, afin, dit-il, de bâtir une coalition destinée à « faire reculer le plus grand sponsor étatique du terrorisme dans le monde ». Après la reculade de Trump, John Bolton a exigé ce week-end du régime de Téhéran qu’il ne confonde pas la « prudence » américaine avec de la « faiblesse ».

Le New York Times a annoncé dimanche que l’armée américaine a activé récemment un programme de cyberattaques et d’opérations clandestines contre des installations militaires et des groupes liés au renseignement iranien, soupçonnés par Washington d’être à l’origine de récentes attaques de tankers pétroliers dans le très stratégique détroit d’Ormuz, une accusation démentie par Téhéran.

Lundi, le président américain a annoncé une nouvelle salve de sanctions contre la République islamique, visant le guide suprême Ali Khamenei, huit généraux du commandement des Gardiens de la Révolution, l'armée idéologique de l'Iran, et le chef de la diplomatie iranienne Mohammad Javad Zarif. 

Le président iranien Hassan Rohani a assuré mardi que ces mesures seront sans effet : « Nos dirigeants ne sont pas comme ceux d'autres pays qui ont des milliards sur des comptes à l'étranger pour que vous puissiez vouloir imposer des sanctions dessus, les saisir ou les bloquer. »

Les Américains « mentent quand ils disent vouloir dialoguer avec l'Iran, comme le prouvent les nouvelles sanctions », a-t-il poursuivi dans une allocution télévisée. « Cette Maison Blanche souffre de troubles mentaux. Elle ne sait plus quoi faire », a ajouté le président iranien.

À plusieurs égards, Donald Trump se retrouve dans une impasse stratégique totale, et cette position dangereuse pourrait in fine le conduire à une intervention.

Le président américain s’est fait élire en défendant la nécessité d’arrêter les guerres – une promesse qu’il n’a d’ailleurs pas tenue, puisqu’il a ordonné par deux fois des frappes en Syrie et soutient activement l’intervention saoudienne au Yémen, tandis que les États-Unis restent engagés dans sept guerres (Afghanistan, Irak, Syrie, Yémen, Somalie, Libye, Niger).

Sa rhétorique envers Téhéran, une marque de fabrique chez lui, est si belliciste qu’une intervention pourrait un jour lui éviter de se déjuger et de perdre la face – une dimension qui n’est pas anecdotique pour cet homme d’affaires qui se targue de détester les « losers », et dont l’obsession est de « gagner ».

En 2018, Trump a dénoncé l’accord sur le nucléaire signé avec Téhéran et les Européens. L’Iran, qui a continué de l’observer jusqu’à présent, menace désormais de relancer très prochainement sa production d’uranium enrichi. Une déclaration qui a conduit l’administration Trump à annoncer la semaine dernière le déploiement d'un millier de soldats américains de plus au Moyen-Orient.

Dimanche, lors d’un entretien sur la chaîne NBC, Trump a affirmé qu’il ne souhaitait pas la guerre et a lancé un improbable appel à la négociation. Un an après avoir rompu le deal tripartite sur le nucléaire iranien, le président américain s’est dit convaincu que Téhéran « souhaite un accord ». Et ce, alors même que les canaux de discussion officieux avec la République islamique sont rompus.

Dans ce contexte incertain, l’Iran continue de s’en remettre à la communauté internationale, notamment aux Européens, pour peser sur Washington. Vendredi, à Bruxelles, le président français Emmanuel Macron a appelé les États-Unis et l’Iran à « la raison, la désescalade et la discussion ».

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24 juin 2019 1 24 /06 /juin /2019 20:05
Conférence de Bahreïn  : le piège tendu aux Palestiniens (Pierre Barbancey, L'Humanité, 25 juin 2019) - et entretien avec Maher Mezher, membre du FPLP
Conférence de Bahreïn  : le piège tendu aux Palestiniens
Mardi, 25 Juin, 2019

Washington veut régler la question palestinienne à coups de milliards de dollars, sans évoquer le droit à l’autodétermination et donc à un État. But ultime : rapprocher ses alliés du Golfe et Israël face à l’Iran.

 

Bande de Gaza, envoyé spécial.

Vue de la bande de Gaza, l’ouverture, aujourd’hui, à Bahreïn, de la conférence voulue par les États-Unis, consacrée à la Palestine et intitulée « De la paix à la prospérité », est tout simplement surréaliste. Depuis près de douze ans maintenant, près de deux millions de personnes de ce territoire palestinien subissent un blocus inhumain de la part d’Israël avec un lâche silence international, qui se traduit par une asphyxie de leur économie et un délabrement de leurs conditions de vie, qu’on les enferme comme du bétail, qu’on les bombarde à intervalles réguliers sous prétexte qu’ils refusent cet état de fait ou qu’ils soeint sous la surveillance permanente des drones israéliens. Voilà maintenant qu’il leur faudrait découvrir le bon Donald Trump, déguisé en roi mage, apportant son offrande sur un plateau.

Un plateau sur lequel il manque néanmoins l’ingrédient principal sans lequel aucune recette n’est réalisable : l’autodétermination du peuple palestinien. Ce volet économique – dévoilé samedi –, qui voudrait éteindre une fois pour toutes les velléités palestiniennes d’indépendance, promet monts et merveilles. 50 milliards de dollars seraient levés au cours de la prochaine décennie. Le PIB des Palestiniens serait doublé. Un million d’emplois seraient créés… « Il représente l’effort international le plus ambitieux et le plus complet pour le peuple palestinien jusqu’ici », prétend la Maison-Blanche.

On peut même lire dans le document qu’« aucune vision pour les Palestiniens ne peut se réaliser sans le soutien total du peuple palestinien et de ses dirigeants » ! Ces derniers ont déjà exprimé leur sentiment sans ambages. Vendredi, en différents points de la bande de Gaza, des milliers de Palestiniens ont participé à la Marche du retour sous une banderole on ne peut plus claire : « La terre n’est pas à vendre ». Comme en réponse, les snipers israéliens, postés tout le long de la frontière, ont appuyé sur la détente de leurs fusils à lunette. Abbas, 23 ans, blessé à cinq reprises, était là une fois de plus « pour lancer un message à Israël. Nous demandons pacifiquement nos droits. Nous voulons notre terre ». Hamza, infirmier de 25 ans, l’affirme tout de go : « Ce plan ne m’intéresse pas. La patrie est dans nos gènes. C’est nous qui devons décider. » Ni l’un ni l’autre ne sont des militants.

L’ensemble des organisations palestiniennes, pour une fois passant outre leur division, rejettent ce plan et ne feront pas le déplacement à Bahreïn. « Le potentiel économique total de la Palestine ne peut être atteint qu’en mettant fin à l’occupation israélienne, en respectant les lois internationales et les résolutions de l’ONU », a prévenu Saeb Erekat, le secrétaire général de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP). Pour Talal Abou Zaryfa, du comité central du Front démocratique de libération de la Palestine (FDLP), « ce plan est inacceptable car il veut effacer les droits légitimes du peuple palestinien ».

L’atout maître dans la manche de Trump et de son gendre Jared Kushner, qui est à la manœuvre, réside dans la présence de plusieurs pays arabes. Les poids lourds du Golfe que sont l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis seront bien là, de même que la Jordanie, l’Égypte (seuls pays arabes à avoir signé une paix avec Israël) et le Maroc (où des milliers de personnes ont manifesté samedi en signe de protestation). L’ONU sera représentée, de même que l’Union européenne (UE) ainsi qu’une délégation israélienne, sans doute des chefs d’entreprise, comme l’a laissé entendre Benyamin Netanyahou, histoire de ne pas trop choquer. En revanche, la Russie et la Chine ne seront pas au rendez-vous. Un tableau qui dresse à lui seul les antagonismes et affrontements régionaux. « Ceux qui participent à cette conférence sont des partenaires pour la destruction de la cause palestinienne », a confié à l’Humanité Khaled Al Batch, dirigeant du Djihad islamique, alors que Abdellatif Kanwa, porte-parole du Hamas, également rencontré, veut croire que « ce n’est pas parce que des pays arabes participent qu’ils vont nous forcer à adopter les décisions. Personne ne peut nous forcer ».

Alors que la tension monte entre les États-Unis et l’Iran, tout semble indiquer que cette conférence n’est qu’un prétexte pour rapprocher nombre de pays arabes et Israël, unis dans leur combat régional contre Téhéran. Pour rendre cela possible, il convient de faire croire que la question palestinienne peut être réglée grâce à la baguette magique économique. Quitte à faire porter la responsabilité de tout échec sur les Palestiniens comme cela est régulièrement le cas de façon mensongère. Car, en réalité, le volet politique qui est censé suivre, régulièrement annoncé et tout aussi régulièrement reporté, est en train de se mettre en place. Les États-Unis ont fermé le bureau de l’Organisation de libération de la Palestine à Washington, signe que ce n’est pas un partenaire de discussion, ont reconnu Jérusalem comme capitale d’Israël ainsi que l’annexion du Golan syrien, supprimé leur aide financière à l’UNRWA, l’agence de l’ONU pour les réfugiés palestiniens, afin que disparaisse cette question, et des signaux favorables sont envoyés au gouvernement israélien pour une mainmise quasi totale sur la Cisjordanie, où la colonisation se poursuit. La ficelle est grosse et pourtant… C’est un véritable piège qui est tendu au peuple palestinien.

Pierre Barbancey
Maher Mezher : « Notre cause est celle du droit d’un peuple »
Mardi, 25 Juin, 2019

Maher Mezher, Membre du comité central du Front populaire de libération de la Palestine et dirigeant dans la bande de Gaza, décrypte les enjeux de la conférence qui se tient au Bahreïn jusqu’à mercredi.
 

 

Envoyé spécial.

Comment jugez-vous cette conférence de Bahreïn axée sur le volet économique et l’attitude des pays arabes ?

Maher Mezher Cette conférence ne représente pas la Palestine pour qui est un homme d’honneur. Elle concerne ceux qui veulent trahir la cause palestinienne et garder leur poste de roi, de prince ou de président. Le fait même que cette conférence aborde le volet strictement économique montre que le seul but recherché est que les Palestiniens vendent leur terre. Notre cause n’est pas une cause humanitaire, c’est celle du droit d’un peuple qui veut libérer sa terre occupée. C’est pourquoi l’ensemble des forces palestiniennes refusent ce deal et qu’il n’y aura pas de représentants palestiniens au Bahreïn.

De quelle manière pouvez-vous vous opposer à cette stratégie américaine soutenue par Israël alors qu’une grande partie des pays arabes y participent ?

Maher Mezher De grandes actions sont prévues qui vont mobiliser le peuple palestinien. Pour l’ouverture de la conférence, la bande de Gaza sera en grève générale et, demain, une conférence populaire se tiendra à Gaza-ville, à laquelle participeront tous les partis et toutes les organisations de la société civile. L’après-midi, des manifestations se dérouleront le long de la frontière pour dire que nous sommes tous des résistants, opposés à cet « accord du siècle » qu’on veut nous imposer. En Cisjordanie également, des manifestations ont démarré hier et des rassemblements se tiendront devant tous les check-points dressés par l’occupant israélien. Une action est par ailleurs prévue dans le camp de Yarmouk, en Syrie, pour rappeler le droit au retour des réfugiés palestiniens. Enfin, les grandes marches pour le retour, initiées en mars 2018 à l’occasion de la Journée de la terre, vont se poursuivre.

Comment expliquer le blocage concernant la réconciliation entre les deux principales forces palestiniennes, Hamas et Fatah, alors que chacun se renvoie la balle et que la division demeure ?

Maher Mezher Effectivement, jusqu’à présent, tout est bloqué malgré les accords passés entre le Hamas et le Fatah. Chacune de ces organisations a son propre agenda international. On sent bien que certains n’ont pas une réelle volonté d’atteindre l’unité, parce que la division sert leurs propres intérêts. Au détriment du peuple palestinien.

La division interpalestinienne apparaît comme un frein à toute initiative et semble désespérer les Palestiniens. Comment la surmonter ?

Maher Mezher En tant que FPLP, nous invitons le Fatah et le Hamas à en finir avec cette division qui écrase notre cause et à réaliser l’unité pour combattre cet accord du siècle. Il faut oublier la discorde pour être fort et soutenir la société palestinienne. Dans ce cadre, nous avons présenté plusieurs propositions : ouvrir le dialogue avec toutes les organisations, appliquer tous les accords passés entre le Fatah et le Hamas depuis le 4 avril 2011, inviter le président Mahmoud Abbas à réunir la structure de direction provisoire de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) incluant toutes les organisations, membres et non-membres de l’OLP, afin que soit élaboré un nouveau projet, organiser des élections législatives et présidentielle et, enfin, arrêter tout engagement avec Israël prévu par les accords d’Oslo et ceux de Paris (volet économique d’Oslo – NDLR), et cesser la coordination sécuritaire avec les Israéliens.

Entretien réalisé par P. B
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20 juin 2019 4 20 /06 /juin /2019 19:00
Nouvelles menaces d'assassinats politiques de Kurdes en France (PCF, 20 juin 2019)

 

Nouvelles menaces d'assassinats politiques de Kurdes en France (PCF)

 

Le ministre des Affaires étrangères, J.-Y. Le Drian s'est rendu en Turquie le 13 juin pour y rencontrer son homologue turc. Dès son retour, le co-président et le porte-parole du Conseil démocratique kurde de France (CDKF) ont vu leur compte bancaire bloqué sur ordre des ministères de l'économie et de l'intérieur. De toute évidence, il ressort de l'opacité de ces tractations que les Kurdes sont à nouveau une monnaie d'échange entre Paris et le dictateur Recep Tayyep Erdogan.

Cette décision intervient dans un contexte politique semblable à celui qui prévalait au moment de l'assassinat des trois militantes kurdes à Paris en 2013. L'enquête de la justice française avait abouti à la conclusion que l'Etat turc était bien le commanditaire de ce crime.

La tête du co-président du CDKF a été mise à prix officiellement par les services secrets turcs (MIT). Quant au porte-parole du CDKF, des menaces similaires ont été proférées explicitement par des membres du MIT et ce de manière récurrente depuis plusieurs mois.

L'ambassade de Turquie en France est devenue l'épicentre en Europe des opérations contre les Kurdes. Les autorités françaises ne peuvent pas ignorer cette situation d'une extrême gravité.

Le Parti communiste français (PCF) appelle à la mobilisation de tous les élus et de tous les citoyens épris de justice et qui gardent en mémoire le sacrifice des Kurdes dans la lutte contre l'obscurantisme de l'Etat Islamique. Le gouvernement de la France doit clairement faire entendre qu'il n'acceptera pas que la Turquie assassine ses opposants en toute impunité sur notre territoire. Dans l'immédiat, il lui incombe d'assurer la protection des militants kurdes et de  lever toutes les mesures prises à leur égard. Il est impensable que puisse se reproduire un acte aussi odieux que celui perpétré en 2013. Par ailleurs, toutes tentatives d'extradition  seraient un acte criminel contre des hommes qui risquent la torture et la mort dans les geôles turques.

La responsabilité du gouvernement français est totalement engagée et les capitulations successives ne servent en rien les intérêts de la France.

Le Parti communiste français appelle à la solidarité avec les Kurdes qui portent les valeurs universelles de liberté, de démocratie et de paix.

Parti communiste français
Paris, le 20 juin 2019

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20 juin 2019 4 20 /06 /juin /2019 18:58
Algérie: L'exigence d'une transition démocratique - L'entrée de l'Algérie sur la scène protestatrice - Pascal Torre, secteur international du PCF

 

Algérie: L'exigence d'une transition démocratique

 

L'entrée de l'Algérie sur la scène protestatrice

Depuis le 22 février, l'Algérie a fait irruption sur la scène protestatrice dans la continuité des revendications exprimées lors des "printemps arabes" de 2011. Dans cette société ouverte, dynamique, qui aspire à la liberté et à la démocratie, la contestation n'est pas venue de rien. Elle fut l'aboutissement d'une accumulation de luttes voire d'émeutes depuis trois décennies. Le mouvement de 1988 avait permis d'arracher des réformes sur la liberté de la presse, une nouvelle constitution et des transformations économiques. La victoire des islamistes du FIS en 1991 a occulté cette ouverture politique. Dans les années 2000, le pays a connu près de 10 000 manifestations en moyenne par an sans aboutir à un mouvement unifié. Aux côtés des revendications économiques et sociales, le peuple algérien a désavoué ce régime suranné, autoritaire, corrompu, prédateur plongeant le pays dans l'immobilisme.

Le pouvoir algérien, coalition d'acteurs politiques, militaires et d'affairistes, exclusivement préoccupé par la pérennisation de leurs prérogatives n'est pas parvenu en 2014 à trouver un consensus autour de la succession du président Abdelaziz Bouteflika. Faute d'accord en interne, il a tenté de réitérer l'opération en 2019 heurtant la dignité du peuple algérien et leurs aspirations à une société plurielle et pacifiée. La révolution est née de la confluence de toutes ces protestations.

Cette ébullition est inédite, exceptionnelle par sa durée, ses modalités et ses premiers succès. Elle mobilise toutes les classes sociales, les générations, la jeunesse, les professions et les territoires. Le refus de la violence, la maturité, la détermination et la créativité ont frappé tous les observateurs.

Les manifestants portent des revendications claires, radicales et fédératrices. Ils dénoncent le "pouvoir assassin" et ne se contentent pas du départ de Bouteflika, de son frère Saïd et de certains caciques. Ils réclament un changement de système, du personnel politique et notamment de tous ceux qui ont entouré A. Bouteflika et au premier rang le chef d'état-major Ahmed Gaïd Salah. Enfin, ils exigent une période de transition afin de réformer l'Algérie, de préparer une nouvelle constitution puis d'organiser des élections.

Les risques d'une impasse

Depuis le début des évènements, le pouvoir et l'armée ont utilisé la peur et le spectre de la guerre civile pour endiguer la contestation en essayant de convaincre les algériens que la tyrannie valait mieux que l'anarchie. Ils ont tenté de jouer les Kabyles contre les Arabes en interdisant par exemple la présence du drapeau berbère dans les cortèges. Le fiasco des consultations organisées par le président par intérim Abdelkader Bensalah donne l'image d'un pouvoir discrédité qui navigue à vue, qui n'a plus d'autres alternatives que l'improvision et qui demeure incapable de produire du sens. Pour autant, il ne cède rien sur l'essentiel et nul ne doit exclure l'hypothèse de sa recomposition à la hâte.

Dans ce contexte, l'armée et son chef d'état-major A. Gaïd Salah sont désormais au centre du jeu politique et tentent d'imposer leur feuille de route pour ne pas toucher au système. Au pouvoir depuis 1962, l'armée a tiré les enseignements de ses erreurs et connaît le coût de la violence indiscriminée. A. Gaïd Salah ne ménage pas ses efforts pour apparaître comme le garant de la Révolution insistant sur une vision commune entre l'armée et le peuple. Il est même allé jusqu'à qualifier de "gang" le pouvoir d'A. Bouteflika dont il a été pendant vingt ans l'un des piliers. Aujourd'hui, ce général instrumentalise la justice pour offrir des têtes à la contestation et favoriser une purge dans le cadre de la lutte des clans au sommet de l'Etat. Ainsi, des chefs d'entreprises ou d'anciens premiers ministres sont derrière les barreaux. Beaucoup de manifestants ne sont cependant pas dupes des ces manipulations qui visent essentiellement à désamorcer la colère.

A. Gaïd Salah sait aussi se faire menaçant avertissant qu'il ne laissera aucune latitude aux manifestants qui souhaitent oeuvrer hors du cadre constitutionnel existant. Pourtant, la Constitution algérienne est constamment violée par ceux qui prétendent la soutenir. Après avoir constaté l'incapacité d'organiser le 4 juillet le scrutin présidentiel, le Conseil constitutionnel a prolongé le mandat d'A. Bensalah pour une durée indéterminée et ce en dehors de toutes règles. Bien qu'encore limitée, la répression des manifestants n'en est pas moins réelle. Tous les rassemblements en dehors du vendredi sont désormais interdits. Les provocations policières sont nombreuses et les forces de l'ordre procèdent à des arrestations préventives. Des opposants politiques de premier plan sont incarcérés comme Louisa Hanoune tandis que certains trouvent la mort dans les prisons comme Kamel Eddine Fekhar. L'armée bloque Internet et les réseaux sociaux tout en contrôlant un grand nombre de médias. Ces signes avant-coureurs augurent une possible escalade et l'éventualité d'une répression de grande ampleur à l'image de celle du Soudan qui est dans toutes les têtes.

Le sentiment dominant dans l'opinion publique oscille donc entre la crainte et l'espoir car le mouvement démocratique présente également bien des faiblesses en raison de l'absence de feuille de route et de leader. Le dégagisme radical n'est en soi pas suffisant pour imposer un changement complet. L'opposition politique ne dispose d'aucune crédibilité, apparaît divisée et sans véritable projet de société. Il en va de même pour les islamistes, dont certains soutiennent le pouvoir. Il ne faudrait tout de même pas sous-estimer leur influence et leur habileté même si leur base populaire demeure nettement plus étroite que par le passé.

L'Algérie est en suspens, suspendue à un mouvement de constestation qui ne s'épuise pas et suspendue à l'attitude de l'armée. Cet apparent statu-quo peut conduire à une impasse si bien qu'il y a urgence à enclencher un processus de transition face à l'armée.

La nécessité d'une transition

La transition sera de toute évidence un processus long et difficile. Il faut tenir compte des manoeuvres du pouvoir qui s'exercent dans la plus grande opacité. Ce régime a fait la démonstration de sa capacité à s'adapter aux crises et à apporter des réponses rapides notamment lorsque la rente permettait d'acheter la paix sociale. Avec la baisse des réserves de change, le pouvoir n'en a plus les moyens.

En dépit de ces facteurs, le mouvement citoyen veut des négociations saines et transparentes avec l'armée. Le défi est donc de faire converger toutes les forces démocratiques. Les organisations de la société civile composées de la Confédération des syndicats autonomes, du Forum civil pour le changement ainsi que du Collectif de la société civile viennent de prendre une initiative prometteuse. Ils se sont mis d'accord sur des propositions de sortie de crise et une transition démocratique de six mois à un an. Pour aller vers une nouvelle République qui respecte l'Etat de droit, ils proposent une instance présidentielle collective, un gouvernement chargé d'expédier les affaires courante et une commission indépendante chargée d'organiser les élections. De leur côté, sept partis s'unissent dans un appel pour "construire un pacte politique consensuel qui définira par la suite les contours du processus de transition démocratique".

Si le chemin de l'unité est encore long, il apparaît comme le seul moyen de sortir par le haut de l'impasse actuelle.

Pour la première fois depuis 1962, il y a une volonté commune des Algériens de changer de régime. Ils portent des aspirations universelles à la liberté démocratique. Pour ces raisons, le peuple algérien a besoin de tout notre soutien car cette révolution peut avoir une immense résonance en Afrique du Nord et dans tout le Moyen-Orient.

Pascal TORRE
responsable-adjoint du secteur international du PCF
chargé du Maghreb et du Moyen-Orient

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18 juin 2019 2 18 /06 /juin /2019 06:41
Ada Colau, réélue maire de Barcelone - elle avait soutenu Ian Brossat aux élections européennes

Ada Colau, réélue maire de Barcelone - elle avait soutenu Ian Brossat aux élections européennes

Élections. En Espagne, pas de cordon sanitaire face à l’extrême droite
Lundi, 17 Juin, 2019

À la suite des scrutins municipaux et régionaux, les investitures des présidents et maires ont confirmé samedi la consolidation de pactes entre les formations de droite et le parti raciste et ultranationaliste Vox.

 

Sur le papier, le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE) a remporté les élections régionales et municipales du 26 mai. Au terme des investitures qui avaient lieu samedi, il s’adjuge la majorité des 81 villes de plus de 100 000 habitants. Les conservateurs du Parti populaire (PP), bien qu’en net recul, en dirigeront moins mais seront aux commandes de presque autant d’administrés. La formation de Pablo Casado ravit surtout Madrid, après quatre ans de gouvernance de la gauche alternative. La maire sortante Manuela Carmena était pourtant arrivée en tête du scrutin avec 19 élus, loin devant les 15 conseillers de la droite conduit par José Luis Martinez Almeida, et désormais nouvel édile. Cette nouvelle configuration survient au terme de tractations avec les libéraux de Ciudadanos (C’s) et l’extrême droite Vox. Dans les faits, elle consolide un bloc ultralibéral et réactionnaire grâce à la normalisation de Vox. Les élections municipales, régionales et européennes ont confirmé l’ascension de ce parti raciste et ultranationaliste qui se veut être la voix de « ceux qui ont eu des parents dans le camp national (franquiste – NDLR) et qui résistent à condamner ce que leur famille a fait ».

Vox, omniprésent sur le territoire

La formation s’est enracinée avec une fulgurance impressionnante à la faveur de la crise économique et du conflit catalan. Vox a même été le levier qui a permis au PP de ravir la présidence de la région andalouse au Parti socialiste en décembre 2018. Elle a, une nouvelle fois, été au cœur des pourparlers du « triptyque de droite ». Dans nombre de villes, elle sera un élément clé des gestions à venir. Vox ne dirigera aucune cité de poids mais son président, Santiago Abascal, s’est fait fort de rappeler que sa formation est désormais omniprésente sur le territoire. L’illustration est sans conteste Madrid, où le PP, qui y a pourtant enregistré son plus mauvais score, dirigera la capitale grâce aux 4 voix de Vox et également aux 11 élus de C’s.

La formation orange d’Albert Rivera a joué des coudes jusqu’à la dernière minute pour s’imposer à la tête de la capitale. Après avoir jeté l’éponge, elle a signé un pacte de 82 points avec les conservateurs, tout comme Vox. Renonçant à sa place de leader à droite, C’s a joint ses votes à ceux du PP et de Vox dans presque toutes les villes, à quelques rares exceptions près. Les ultralibéraux avaient pourtant juré leurs grands dieux qu’ils ne négocieraient pas avec l’extrême droite, et que cette dernière ne ferait partie d’aucun gouvernement local. Dans les faits, Vox sera des directions des arrondissements dans des accords au sein de la région madrilène.

Durant la campagne électorale, Ciudadanos avait pourtant répété à l’envi que son partenaire privilégié resterait le PP, puisque son principal réservoir électoral provient justement des rangs de la droite traditionnelle. Le principe de réalité l’a emporté sur l’idée même de cordon sanitaire face à l’extrême droite. En Andalousie, le budget régional vient d’être approuvé par les trois formations qui ont apposé, pour la première fois, leur logo dans un document officiel commun. « Ciudadanos n’a rien à négocier avec Vox », martelait encore en janvier dernier le leader régional de la formation et vice-président de la Junte andalouse Juan Marin.

La recomposition politique espagnole vient contrarier les desseins de LaREM. Samedi, le président français a déclaré qu’une alliance entre « Ciudadanos et l’extrême droite remettrait en question la coopération politique pour construire un groupe centriste rénové au sein de l’Union européenne ». « Il faut une cohérence idéologique. Un groupe progressiste et libéral ne peut pas se permettre d’être accusé de faiblesse ou d’ambiguïtés », a insisté Emmanuel Macron auprès de l’AFP. Santiago Abascal a aussitôt réagi, en sommant l’Élysée de ne pas « mettre son nez dans la politique espagnole. Vous devriez vous préoccuper (…) de rendre à vos compatriotes leur identité nationale étouffée dans une France islamisée », a-t-il osé. Quant au principal intéressé, qui intégrera le groupe européen Renouveau en dépit des déclarations de Paris, il a rappelé que « la collaboration avec le parti de Macron est étroite, et l’est encore plus depuis qu’ils se sont intégrés, grâce à Ciudadanos, au groupe libéral européen dans lequel Ciudadanos siégeait déjà au dernier mandat ». L’ambiance promet d’être cordiale à Strasbourg.

Cathy Dos Santos
 
ADA COLAU, RÉÉLUE  MAIRE À BARCELONE
Ada Colau a été réélue,  samedi, maire de Barcelone grâce au Parti socialiste catalan ainsi qu’aux trois conseillers de Ciudadanos, dont Manuel Valls, et ce, contre l’avis de leur formation. L’édile de gauche s’était pourtant inclinée face à l’indépendantiste Ernest Maragall à l’issue du scrutin, mais avait obtenu dix élus, ex aequo avec l’ERC, qui voulait faire de la capitale catalane, la vitrine de l’indépendantisme. 

Ada Colau, maire de Barcelone, samedi 15 juin 2019
Ce qui vient de se passer à Barcelone mérite plus de réflexions que de jugements à l’emporte pièces.
Ada Colau vient d’être réélue maire de cette ville. Ce ne fut pas sans difficultés. Elle l’a reconnu elle-même dans son discours d’investiture.
A l’issue du scrutin du 26 mai 2019, le conseil municipal de Barcelone se partageait entre 10 sièges pour ERC de Maragall ( indépendantiste), 10 sièges pour EN COMU PODEM d’Ada Colau, 8 sièges pour le PSC de Colboni, 6 sièges pour Ciutadanos (CS) de Valls, 5 pour Junt per Cat d'Atardi ou Puigdemont, et 2 pour le PP.
ERC a une légère avance de voix sur EN COMU PODEM.
Quelle que soit la configuration, des alliances sont nécessaires pour avoir la majorité absolue et élire le ou la Maire. Depuis cette date et jusqu’à aujourd’hui les tractations sont allées bon train avec les spécificités suivantes :
ERC ne voulait pas s’allier avec le PSC.
Si ERC et EN COMU PODEM s’alliaient il fallait un appui pour avoir la majorité qui n’aurait pu venir que de Junt per Cat, ce que ne voulait pas EN COMU PODEM, qui refuse l’indépendantisme de droite de cette formation.
Si EN COMU PODEM s’alliait avec le PSC, il fallait un appui qui ne pouvait venir que de CS.
Quadrature du cercle.
Posons nous alors la question : pourquoi les uns ne voulaient pas des autres et réciproquement ?
Le processus indépendantiste a profondément divisé la société catalane. Aux élections législatives de décembre 2017, juste après la prise de contrôle par Madrid de la Catalogne via l’article 155 de la Constitution voté entre autres par le PSOE qui a voté donc avec la droite de Rajoy, les indépendantistes ont été tout juste majoritaires en Catalogne avec 50,5 %. Cela veut dire que 49,5% de la population en Catalogne n’a pas voté pour eux.
Au mois de février 2019, au début du procès de Madrid, les indépendantistes catalans n’ont pas hésité à voter avec la droite et l’extrême droite pour faire tomber Sanchez et provoquer de nouvelles élections que ce dernier a finalement remportées.
Les repères sautent donc. Je m’en été alarmée à Madrid lorsque j’avais appris que ceux qui sont trainés devant les tribunaux votent avec ceux qui les y ont menés.
A Barcelone, cet après midi, Ada COLAU, dans on discours d’investiture, a répété qu’elle ne serait ni une maire indépendantiste ni une maire anti indépendantiste, mais celle de tous les Barcelonais. Selon la manière dont chacun voit les choses, c’est ce qui la sauve ou c’est ce qui la tue, ce que nous pourrons découvrir pendant son nouveau mandat.
L’alliance contre nature avec Valls qui lui a permis d’être élue doit se lire par rapport à une situation tout à fait originale, même pour l’Espagne et la Catalogne.
Le contrôle de Barcelone par les indépendantistes était un enjeu majeur qui comportait certainement des risques que nous n’appréhendions pas forcément. Rappelons-nous que, dès la proclamation de la déclaration d’indépendance avortée, de très grandes entreprises ont quitté la Catalogne, que cela a eu un impact important sur les emplois. Ce sont des traces qui ne s’effacent pas dans un pays où la précarité est de mise.
Rappelons-nous aussi qu’à Barcelone plus de 50 % de la population vient de toute l’Espagne ou d’autres pays et que l’indépendantisme représente pour elle un avenir incertain, donc une inquiétude.
Rappelons enfin que ce clivage terrible de la société catalane efface complètement les enjeux sociaux et divise les syndicats eux-mêmes paralysant ainsi les actions revendicatives.
Plus d’une centaine de villes de Catalogne ont vu aujourd’hui, dans la mise en place des conseils municipaux, des alliances étranges. Tantôt ERC s’alliait avec le PSC , tantôt Junt per Cat le faisait de son coté, certains s’allaient entre eux en fonction de situations locales très diverses.
Je pense que nous devons être modestes dans nos réactions car nous ne connaissons pas tous les dessous de ce moment important que vit la Catalogne.
La présence de Joaquim FORN sorti de prison pour prendre son mandat de conseiller municipal, aussitôt embarqué pour retourner dans la prison madrilène nous démontre le surréalisme d’une situation qui met le feu aux poudres en permanence.
Enfin voir Ada Colau, huée à la sortie de la Mairie par une foule haineuse avec des drapeaux en croix gammée barrée et des banderoles AlcadeSSa, doit aussi nous montrer à quel point la mesure est dépassée.
Je reste donc à l’écoute, j’observe et je me garde de jeter l’anathème sur les uns ou les autres et je persiste à penser que ce qu’à fait Ada Colau pendant les 4 ans de son précédent mandat a été très bénéfique pour la population la plus fragile socialement de Barcelone.
Quant à Valls il ne mérite pas que l’on s’intéresse à lui, il est minoritaire et c’est tant mieux. Puisse-t-il le rester.
 

Dominique Noguères

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18 juin 2019 2 18 /06 /juin /2019 06:22
1948, l'année terrible de la Palestine ( Jean-Pierre Périn, Médiapart, 16 juin 2019)
1948, l’année terrible de la Palestine
Par

Ils sont la mémoire de la Naqba, la fin de la Palestine historique et l’exode forcé de ses habitants. Dans Palestine – mémoires de 1948, Jérusalem 2018, dix-huit hommes et femmes racontent ce qu’elle fut, la destruction des villages par l’armée israélienne, les massacres, la peur et la fuite.

L'histoire dominante est le plus souvent terrible à l’égard des vaincus. Ceux de 1948 ne font pas exception, bien au contraire. Alors, comment faire connaître leur histoire, celle de la Palestine avant, après et au moment de la Naqba (la « catastrophe » ou le « désastre » en arabe) ? Comment sauter par-dessus le mur épais et haut des versions officielles pour la sauver de l’oubli ? Comment se faufiler à travers une historiographie écrite par ceux-là mêmes qui chassèrent les habitants de leurs maisons, de leurs terres, abolissant au passage leur culture, niant même qu’ils aient eu auparavant une existence ? Comment ?  Par des récits personnels.

Des histoires au plus près du nu de la vie, qui diront comment cela se passait au village, comment on y travaillait, comment on y naissait et l’on s’y mariait, comment les soldats israéliens arrivèrent au petit matin ou pendant la nuit, comment ils détruisirent les maisons, comment fut orchestrée la peur qui jeta tant de Palestiniens sur les chemins de l’exil. Et ce que fut cet exil.

« Je ne connais pas de grande poésie qui soit fille de la victoire », écrivait le grand poète palestinien Mahmoud Darwich. À lire les dix-huit témoignages – huit femmes et dix hommes – recueillis par Chris Conti dans Palestine – Mémoires de 1948, Jérusalem 2018 (éditions Hesperus), on est vite convaincu que s’il y a quelque chose qui ne leur pas été pris, c’est la poésie, comme si, effectivement, elle était une enfant de la défaite. On l’entend dans les mots tout simples de Rushdieh al-Hudeib, une vieille paysanne originaire de Dawaimeh, non loin d’Hébron, quand elle raconte combien ses petits-enfants et la plupart des gamins palestiniens d’aujourd’hui, devenus comme elle des citoyens jordaniens, ont toujours mal à la Palestine.

 

Comment l’esprit des lieux, ces villages et villes où vivaient leurs parents, qu’ils n’ont jamais connus et où il leur est interdit d’aller, même en visite, et dont ils ignorent la beauté, coulent encore dans leurs veines. « Ils ne savent pas que des cactus poussent désormais sur les terres où se trouvaient jadis nos villages, comme s’ils voulaient combattre l’oubli avec leurs épines. C’est à nous, les anciens, de leur raconter, de leur transmettre l’odeur très particulière de la Palestine. Ce mélange de frais et de sucré, qui ressemble au parfum de miel ».

On le sait : l’année 1948 pour les Palestiniens fut un cataclysme historique. Mais on sait moins – et chacun des dix-huit témoignages, dont la plupart n’avaient jusqu’alors pas laissé de traces écrites de leur existence, nous le montre –, ce qu’elle fut au niveau personnel. Ou au niveau des familles, séparées dans la fuite, bousculées par la peur et prises dans la souffrance de l’errance. Aussi chaque récit est-il en soi une véritable odyssée illustrant les différentes stratégies de survie, de persévérance, de créativité et de résistance que ces témoins ont déployées. Et si, comme l’indiquent la chercheuse et l’une des préfacières Falestin Naili, « ces 18 expériences ne peuvent évidemment pas dessiner l’intégralité du vécu palestinien, elles en donnent une idée assez représentative », d’autant plus que, « de Gaza à Nazareth, les narrateurs sont originaires de différentes régions de la Palestine historique et sont aujourd’hui dispersés aux quatre coins du monde ».

Si l’on revient à Rushdieh al-Hudeib, son village de Dawaimeh fait partie de ceux qui ont tout simplement disparu, rasés et remplacés par des colonies israéliennes, « renommés afin qu’ils soient mieux effacés de la mémoire collective, de la mémoire tout court ». Ces villages engloutis dans le silence de l’Histoire, on les estime entre 418 et 530. La vieille paysanne raconte comment cela s’est passé, le 29 octobre 1948, vers midi, quand trois colonnes motorisées israéliennes sont arrivées à Dawaimeh et que, prévenue à temps par son oncle, sa famille a pu heureusement s’enfuir avec ses deux chameaux et quelques sacs de vivres : « Les soldats israéliens sont méthodiques : ils avancent comme une vague sombre, ouvrent les maisons les unes après les autres, déchargent leurs armes à l’aveugle. C’est ainsi qu’ils procèdent habituellement lorsqu’ils veulent vider totalement un village de ses occupants. Ils savent que les survivants prennent la fuite quand le carnage approche. »

Cette opération n’est pas le fait des « irréguliers » de l’Irgoun et du Stern, responsables de plusieurs massacres, dont celui de Deir Yassin, le 9 avril 1948, qui joua un rôle central dans l’exode des Palestiniens et que Ben Gourion condamna. À Dawaimeh, c’est bien l’armée israélienne qui attaque la localité, en l’occurrence le 89e bataillon de Moshe Dayan. La suite est encore plus terrible : « Deux tanks s’arrêtent devant la mosquée Darawhish, où 75 personnes âgées se recueillent, la plupart sont des hommes. Parmi eux, mon grand-père Mahmoud Ahmed al-Hudeib, 90 ans. Les anciens n’ont pas le temps de s’enfuir, ils n’y pensent d’ailleurs même pas, persuadés que, vu leur âge avancé, les Israéliens ne leur feront aucun mal […]. Tous seront exécutés. » 

Après, il y aura le massacre de la grotte Iraq al-Zagh où se sont réfugiées trente-cinq familles. « D’abord, raconte encore la paysanne, ce sont les hommes qui sont sortis […]. Ils ont attaché leurs keffiehs au bout d’un bâton en bois et l’ont agité en signe de reddition. Puis ce fut le tour des femmes et des enfants. Les soldats leur ont intimé l’ordre de se mettre en rang et d’avancer. Au premier pas les tirs ont commencé, en rafales, leur crépitement a couvert les cris. Quand ça s’est arrêté, tout le monde gisait à terre. La femme de mon cousin et sa petite fille qu’elle tenait dans ses bras sont tombées elles aussi, mais par miracle elles ont échappé aux balles. Le reste de la famille a été décimé. »

Les dix-sept autres témoignages évoquent d’autres épisodes de la Naqba, la tragédie palestinienne qui se poursuit, sous d’autres formes, aujourd’hui.

Ainsi, Souleyman Hassan, 75 ans, un berger-agriculteur de Kafr Laqif, défend ses oliviers depuis des dizaines d’années. Il a vu les colons les arracher, a perdu son droit d’aller sur ses terrains, excepté six jours par an et sous bonne escorte de l’armée, mais il n’a jamais abdiqué, n’a jamais voulu les vendre, même pour devenir riche, et se saisit de tous les moyens légaux pour faire valoir son droit de propriété face aux colons après l’occupation de 1967. Ou l’avocat Fouad Shehadeh, de Ramallah, toujours en activité à 93 ans pour aider les Palestiniens à défendre leurs maisons, leurs fonds gelés par les autorités israéliennes et leurs terres depuis sept décennies, et qui, quoique devenu aveugle à la suite d’un accident, figure dans le Guinness World Record au titre de l’avocat ayant eu la carrière la plus longue du monde.

« Ce voyage dans la mémoire de Palestiniens, relève Rony Brauman dans sa préface, ne nous dit assurément pas toute l’histoire de la Palestine, mais il met à bas, et sous une forme vivante, un mythe encore tenace : celui d’une terre aride, abandonnée, parcourue par quelques chameliers, que les nouveaux Hébreux allaient faire fleurir ; celui d’un désert que le sionisme allait transformer en verger. Il nous rappelle qu’il existait une société palestinienne, au-delà d’une population clairsemée, avec sa bourgeoisie et ses paysans, ses notables, ses intellectuels, ses ouvriers que le grand récit sioniste s’efforce de rendre transparents. Il illustre ce que le sociologue israélien Baruch Kimmerling a nommé politicide, désignant par ce néologisme le “processus qui a pour but ultime la disparition du peuple palestinien en tant qu’entité sociale, politique et économique légitime”. »

« Edward Saïd, renchérit Falestin Naili, insistait en 1984 sur la nécessité d’élaborer des récits pour “absorber, soutenir et faire circuler” les faits, les incorporer dans l’histoire et les utiliser pour un récit historique dont l’objectif serait de rétablir la justice. Les mémoires palestiniennes constituent un pilier important de ce récit qui doit nécessairement ouvrir sur une histoire des possibles. »

Le livre nous emmène enfin chez les Palestiniens de la diaspora qui ont réussi leur nouvelle vie. C’est le cas de Nakhle Shahwa, 83 ans, originaire de Beit Jala, près de Jérusalem, installé au Chili, pays qui compte le plus grand nombre de réfugiés palestiniens (entre 300 et 400 000 personnes) hors du monde arabe, que l’on appelle là-bas « Turcos », en raison du passeport ottoman qu’ils possédaient à leur arrivée en Amérique du Sud dès la fin du XIXe siècle, alors qu’ils fuyaient l’obligation de servir de chair à canon pour les Ottomans pendant la Première Guerre mondiale.

« Toute notre maison respire la Palestine : objets, broderies, tableaux, carte de Palestine et photos […] au-dessus de mon bureau, raconte-t-il. Elle est dans la nourriture que je prépare, dans la langue que j’apprends à mes enfants. Ils savent qu’ils ont des origines palestiniennes, mais ils sont chiliens […]. Mais eux ne veulent pas vivre en Palestine, alors que moi j’en rêve, parce que j’ai été jeté dehors, je n’ai pas eu le choix […]. Moi aussi je voudrais passer mes vieux jours là où je suis né, entendre le roucoulement des colombes, goûter au jus sucré des oranges et manger du pain trempé dans l’huile d’olive. »

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  • Palestine – mémoires de 1948, Jérusalem 2018,
    photos de Chris Conti & Altair Alcântara,
    préfaces de Rony Brauman & Falestin Naili,
    éditions Hesperus Press, diffusion par Librest.

Lire aussi:

COMMUNIST'ART: Mahmoud Darwich, le poète national palestinien, voix universelle de l'amour et de la nostalgie (1941-2008)

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12 juin 2019 3 12 /06 /juin /2019 06:21
Le PCF section de Brest et fédération du Finistère soutient ce rassemblement et appelle à y participer nombreux.

Le PCF section de Brest et fédération du Finistère soutient ce rassemblement et appelle à y participer nombreux.

Solidarité avec la révolte populaire démocratique au Soudan contre la dictature - rassemblement à Brest le samedi 15 juin à 14h

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7 juin 2019 5 07 /06 /juin /2019 05:42
Stop au business de la mort: les ventes d'armes françaises ont augmenté de 30% en 2018

Les ventes d’armes françaises ont augmenté de 30% 

et atteignent 9,1 milliards d’euros en 2018

 

Sur terre et sur mer, Paris favorise le business de la mort
Vendredi, 31 Mai, 2019

Industrie militaire. S’il n’a pas chargé d’armes françaises, le cargo saoudien arrivé mardi à Marseille serait rempli de blindés canadiens. En l’accueillant, la France viole le traité sur le commerce des armes.

Le message est plus clair encore que les mers sur lesquelles voguent des cargos saoudiens remplis d’armes : l’Élysée ne veut pas que les Français se mêlent de sujets qui ne les concernent pas. Après avoir bâillonné le Parlement où toute discussion sur l’industrie de l’armement est systématiquement renvoyée, Emmanuel Macron et ses sbires ont décidé de s’en prendre aux journalistes qui mettent le nez dans leurs affaires. Récemment, Mathias Destal, Geoffrey Livolsi et Michel Despratx, du média-ONG Disclose, ont été convoqués par la direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) au sujet de leur enquête sur l’usage au Yémen d’armes françaises vendues à l’Arabie saoudite.

Le mois dernier (lire l’Humanité du 16 avril), le site Web – en partenariat avec France Info, Mediapart, The Intercept, Konbini et Arte – avait publié une note de la direction des renseignements militaires (DRM) mentionnant que des armes made in France étaient bien utilisées sur le territoire yéménite par Riyad et Abu Dhabi, en guerre contre les rebelles houthistes soutenus par l’Iran. Parmi ces armes : des canons Caesar, dont la portée de tir peut potentiellement atteindre des civils yéménites.

En début de semaine, à Marseille, ce seraient ces mêmes canons ainsi que des munitions qui pouvaient, d’après Disclose, embarquer sur le Bahri Tabuk. Ce que dément fermement l’armateur saoudien Bahri. « Le navire va charger (mercredi), pour le compte de (l’entreprise allemande) Siemens, des stations mobiles d’électricité à usage civil, et cela représente 100 % de sa marchandise. Les informations sur un chargement d’armes ou d’explosifs sont complètement bidon », a ainsi affirmé à l’AFP un porte-parole de l’entreprise saoudienne. Ce à quoi Disclose répond sans détour : « Selon nos informations, les charges modulaires parties en containers depuis l’usine d’Eurenco de Bergerac ont été redirigées vers une destination inconnue », évoquant « un changement de stratégie au sommet de l’État ».

La CGT des dockers du golfe de Fos ne confirme ni n’infirme cette version. « À notre connaissance, aucune cargaison d’armes ou de munitions n’était prévue à Fos ce mercredi. Et s’il y avait le moindre doute sur le sujet, croyez-moi que nous l’aurions bloquée ! » explique l’un des responsables du syndicat à l’Humanité.

Mais alors pourquoi autant d’énergie déployée ces derniers jours par le gouvernement pour noyer le poisson ? Jean-Yves Le Drian, super-VRP de l’armement français, ressort inlassablement la même antienne : « Oui c’est une sale guerre, oui il faut l’arrêter, oui il faut être extrêmement vigilant sur les ventes d’armes à l’égard de ces pays. C’est ce que nous faisons », a déclaré mardi sur France Inter le ministre des Affaires étrangères, oubliant de rappeler qu’un bombardement avait encore tué sept civils, dont trois enfants, la semaine précédente. « Nous respectons scrupuleusement le traité sur le commerce des armes », s’est-il en revanche empressé de rajouter, ne sachant manifestement pas de quoi le texte retourne.

La France n’en est pas à une inconséquence près dans ce dossier

« Dans cette affaire marseillaise, la France sait pertinemment qu’elle viole encore et toujours le traité sur le commerce des armes (TCA) », explique Benoît Muracciole, président de l’ONG Action sécurité éthique républicaines (Aser). « S’il n’y a peut-être pas eu de livraisons françaises, nous sommes quasiment sûrs en revanche que le bateau est rempli de blindés fabriqués au Canada et destinés aux soldats de la coalition située à la frontière du Yémen. » Si l’on se réfère aux paragraphes 2 et 3 de l’article 6 du TCA, la France est par conséquent hors des clous. Le texte s’applique en effet aux transferts d’armes classiques. D’après la définition du registre des Nations unies, cela inclut les imports, les exports, les prêts, les dons et… les transits. La présence du Bahri Tabuk au port de Marseille entre dans cette dernière catégorie.

Mais la France n’en est pas à une inconséquence près dans ce dossier. Interpellée mardi après-midi à l’Assemblée nationale sur la possible livraison, la ministre de la Défense, Florence Parly, s’est une fois encore emmêlé les pinceaux. « Et quand bien même ce serait le cas, cela serait-il étonnant ? Non, car nous avons un partenariat avec l’Arabie saoudite », avait-elle osé lancer avant d’être interrompue par un lapidaire « vous mentez ! » de François Ruffin, député de la France insoumise. Le 8 mai dernier, le député communiste de Seine-Maritime Jean-Paul Lecoq avait tenté lui aussi de questionner le premier ministre en dénonçant la complicité de la France, qui – bien que hors la loi – continuait à vendre des armes à l’Arabie saoudite et ses amis. Le député avait alors demandé au gouvernement les moyens de donner au Parlement le pouvoir de contrôler la vente d’armes. Pour toute réponse, il a reçu une fin de non-recevoir. Depuis, les journalistes qui tentent de prendre le relais sont désormais menacés.

Seuls aujourd’hui les membres de la société civile trouvent encore le moyen de faire entendre la voix des Français sur le sujet. Mercredi soir, sur le port de Marseille, outre les syndicats de dockers et Aser, des membres de l’association Marseille en commun et le Mouvement de la paix étaient montés au créneau pour dénoncer les mauvais « faits d’armes » de la France macronienne. Mais pour combien de temps encore…

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