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18 juin 2019 2 18 /06 /juin /2019 06:41
Ada Colau, réélue maire de Barcelone - elle avait soutenu Ian Brossat aux élections européennes

Ada Colau, réélue maire de Barcelone - elle avait soutenu Ian Brossat aux élections européennes

Élections. En Espagne, pas de cordon sanitaire face à l’extrême droite
Lundi, 17 Juin, 2019

À la suite des scrutins municipaux et régionaux, les investitures des présidents et maires ont confirmé samedi la consolidation de pactes entre les formations de droite et le parti raciste et ultranationaliste Vox.

 

Sur le papier, le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE) a remporté les élections régionales et municipales du 26 mai. Au terme des investitures qui avaient lieu samedi, il s’adjuge la majorité des 81 villes de plus de 100 000 habitants. Les conservateurs du Parti populaire (PP), bien qu’en net recul, en dirigeront moins mais seront aux commandes de presque autant d’administrés. La formation de Pablo Casado ravit surtout Madrid, après quatre ans de gouvernance de la gauche alternative. La maire sortante Manuela Carmena était pourtant arrivée en tête du scrutin avec 19 élus, loin devant les 15 conseillers de la droite conduit par José Luis Martinez Almeida, et désormais nouvel édile. Cette nouvelle configuration survient au terme de tractations avec les libéraux de Ciudadanos (C’s) et l’extrême droite Vox. Dans les faits, elle consolide un bloc ultralibéral et réactionnaire grâce à la normalisation de Vox. Les élections municipales, régionales et européennes ont confirmé l’ascension de ce parti raciste et ultranationaliste qui se veut être la voix de « ceux qui ont eu des parents dans le camp national (franquiste – NDLR) et qui résistent à condamner ce que leur famille a fait ».

Vox, omniprésent sur le territoire

La formation s’est enracinée avec une fulgurance impressionnante à la faveur de la crise économique et du conflit catalan. Vox a même été le levier qui a permis au PP de ravir la présidence de la région andalouse au Parti socialiste en décembre 2018. Elle a, une nouvelle fois, été au cœur des pourparlers du « triptyque de droite ». Dans nombre de villes, elle sera un élément clé des gestions à venir. Vox ne dirigera aucune cité de poids mais son président, Santiago Abascal, s’est fait fort de rappeler que sa formation est désormais omniprésente sur le territoire. L’illustration est sans conteste Madrid, où le PP, qui y a pourtant enregistré son plus mauvais score, dirigera la capitale grâce aux 4 voix de Vox et également aux 11 élus de C’s.

La formation orange d’Albert Rivera a joué des coudes jusqu’à la dernière minute pour s’imposer à la tête de la capitale. Après avoir jeté l’éponge, elle a signé un pacte de 82 points avec les conservateurs, tout comme Vox. Renonçant à sa place de leader à droite, C’s a joint ses votes à ceux du PP et de Vox dans presque toutes les villes, à quelques rares exceptions près. Les ultralibéraux avaient pourtant juré leurs grands dieux qu’ils ne négocieraient pas avec l’extrême droite, et que cette dernière ne ferait partie d’aucun gouvernement local. Dans les faits, Vox sera des directions des arrondissements dans des accords au sein de la région madrilène.

Durant la campagne électorale, Ciudadanos avait pourtant répété à l’envi que son partenaire privilégié resterait le PP, puisque son principal réservoir électoral provient justement des rangs de la droite traditionnelle. Le principe de réalité l’a emporté sur l’idée même de cordon sanitaire face à l’extrême droite. En Andalousie, le budget régional vient d’être approuvé par les trois formations qui ont apposé, pour la première fois, leur logo dans un document officiel commun. « Ciudadanos n’a rien à négocier avec Vox », martelait encore en janvier dernier le leader régional de la formation et vice-président de la Junte andalouse Juan Marin.

La recomposition politique espagnole vient contrarier les desseins de LaREM. Samedi, le président français a déclaré qu’une alliance entre « Ciudadanos et l’extrême droite remettrait en question la coopération politique pour construire un groupe centriste rénové au sein de l’Union européenne ». « Il faut une cohérence idéologique. Un groupe progressiste et libéral ne peut pas se permettre d’être accusé de faiblesse ou d’ambiguïtés », a insisté Emmanuel Macron auprès de l’AFP. Santiago Abascal a aussitôt réagi, en sommant l’Élysée de ne pas « mettre son nez dans la politique espagnole. Vous devriez vous préoccuper (…) de rendre à vos compatriotes leur identité nationale étouffée dans une France islamisée », a-t-il osé. Quant au principal intéressé, qui intégrera le groupe européen Renouveau en dépit des déclarations de Paris, il a rappelé que « la collaboration avec le parti de Macron est étroite, et l’est encore plus depuis qu’ils se sont intégrés, grâce à Ciudadanos, au groupe libéral européen dans lequel Ciudadanos siégeait déjà au dernier mandat ». L’ambiance promet d’être cordiale à Strasbourg.

Cathy Dos Santos
 
ADA COLAU, RÉÉLUE  MAIRE À BARCELONE
Ada Colau a été réélue,  samedi, maire de Barcelone grâce au Parti socialiste catalan ainsi qu’aux trois conseillers de Ciudadanos, dont Manuel Valls, et ce, contre l’avis de leur formation. L’édile de gauche s’était pourtant inclinée face à l’indépendantiste Ernest Maragall à l’issue du scrutin, mais avait obtenu dix élus, ex aequo avec l’ERC, qui voulait faire de la capitale catalane, la vitrine de l’indépendantisme. 

Ada Colau, maire de Barcelone, samedi 15 juin 2019
Ce qui vient de se passer à Barcelone mérite plus de réflexions que de jugements à l’emporte pièces.
Ada Colau vient d’être réélue maire de cette ville. Ce ne fut pas sans difficultés. Elle l’a reconnu elle-même dans son discours d’investiture.
A l’issue du scrutin du 26 mai 2019, le conseil municipal de Barcelone se partageait entre 10 sièges pour ERC de Maragall ( indépendantiste), 10 sièges pour EN COMU PODEM d’Ada Colau, 8 sièges pour le PSC de Colboni, 6 sièges pour Ciutadanos (CS) de Valls, 5 pour Junt per Cat d'Atardi ou Puigdemont, et 2 pour le PP.
ERC a une légère avance de voix sur EN COMU PODEM.
Quelle que soit la configuration, des alliances sont nécessaires pour avoir la majorité absolue et élire le ou la Maire. Depuis cette date et jusqu’à aujourd’hui les tractations sont allées bon train avec les spécificités suivantes :
ERC ne voulait pas s’allier avec le PSC.
Si ERC et EN COMU PODEM s’alliaient il fallait un appui pour avoir la majorité qui n’aurait pu venir que de Junt per Cat, ce que ne voulait pas EN COMU PODEM, qui refuse l’indépendantisme de droite de cette formation.
Si EN COMU PODEM s’alliait avec le PSC, il fallait un appui qui ne pouvait venir que de CS.
Quadrature du cercle.
Posons nous alors la question : pourquoi les uns ne voulaient pas des autres et réciproquement ?
Le processus indépendantiste a profondément divisé la société catalane. Aux élections législatives de décembre 2017, juste après la prise de contrôle par Madrid de la Catalogne via l’article 155 de la Constitution voté entre autres par le PSOE qui a voté donc avec la droite de Rajoy, les indépendantistes ont été tout juste majoritaires en Catalogne avec 50,5 %. Cela veut dire que 49,5% de la population en Catalogne n’a pas voté pour eux.
Au mois de février 2019, au début du procès de Madrid, les indépendantistes catalans n’ont pas hésité à voter avec la droite et l’extrême droite pour faire tomber Sanchez et provoquer de nouvelles élections que ce dernier a finalement remportées.
Les repères sautent donc. Je m’en été alarmée à Madrid lorsque j’avais appris que ceux qui sont trainés devant les tribunaux votent avec ceux qui les y ont menés.
A Barcelone, cet après midi, Ada COLAU, dans on discours d’investiture, a répété qu’elle ne serait ni une maire indépendantiste ni une maire anti indépendantiste, mais celle de tous les Barcelonais. Selon la manière dont chacun voit les choses, c’est ce qui la sauve ou c’est ce qui la tue, ce que nous pourrons découvrir pendant son nouveau mandat.
L’alliance contre nature avec Valls qui lui a permis d’être élue doit se lire par rapport à une situation tout à fait originale, même pour l’Espagne et la Catalogne.
Le contrôle de Barcelone par les indépendantistes était un enjeu majeur qui comportait certainement des risques que nous n’appréhendions pas forcément. Rappelons-nous que, dès la proclamation de la déclaration d’indépendance avortée, de très grandes entreprises ont quitté la Catalogne, que cela a eu un impact important sur les emplois. Ce sont des traces qui ne s’effacent pas dans un pays où la précarité est de mise.
Rappelons-nous aussi qu’à Barcelone plus de 50 % de la population vient de toute l’Espagne ou d’autres pays et que l’indépendantisme représente pour elle un avenir incertain, donc une inquiétude.
Rappelons enfin que ce clivage terrible de la société catalane efface complètement les enjeux sociaux et divise les syndicats eux-mêmes paralysant ainsi les actions revendicatives.
Plus d’une centaine de villes de Catalogne ont vu aujourd’hui, dans la mise en place des conseils municipaux, des alliances étranges. Tantôt ERC s’alliait avec le PSC , tantôt Junt per Cat le faisait de son coté, certains s’allaient entre eux en fonction de situations locales très diverses.
Je pense que nous devons être modestes dans nos réactions car nous ne connaissons pas tous les dessous de ce moment important que vit la Catalogne.
La présence de Joaquim FORN sorti de prison pour prendre son mandat de conseiller municipal, aussitôt embarqué pour retourner dans la prison madrilène nous démontre le surréalisme d’une situation qui met le feu aux poudres en permanence.
Enfin voir Ada Colau, huée à la sortie de la Mairie par une foule haineuse avec des drapeaux en croix gammée barrée et des banderoles AlcadeSSa, doit aussi nous montrer à quel point la mesure est dépassée.
Je reste donc à l’écoute, j’observe et je me garde de jeter l’anathème sur les uns ou les autres et je persiste à penser que ce qu’à fait Ada Colau pendant les 4 ans de son précédent mandat a été très bénéfique pour la population la plus fragile socialement de Barcelone.
Quant à Valls il ne mérite pas que l’on s’intéresse à lui, il est minoritaire et c’est tant mieux. Puisse-t-il le rester.
 

Dominique Noguères

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18 juin 2019 2 18 /06 /juin /2019 06:22
1948, l'année terrible de la Palestine ( Jean-Pierre Périn, Médiapart, 16 juin 2019)
1948, l’année terrible de la Palestine
Par

Ils sont la mémoire de la Naqba, la fin de la Palestine historique et l’exode forcé de ses habitants. Dans Palestine – mémoires de 1948, Jérusalem 2018, dix-huit hommes et femmes racontent ce qu’elle fut, la destruction des villages par l’armée israélienne, les massacres, la peur et la fuite.

L'histoire dominante est le plus souvent terrible à l’égard des vaincus. Ceux de 1948 ne font pas exception, bien au contraire. Alors, comment faire connaître leur histoire, celle de la Palestine avant, après et au moment de la Naqba (la « catastrophe » ou le « désastre » en arabe) ? Comment sauter par-dessus le mur épais et haut des versions officielles pour la sauver de l’oubli ? Comment se faufiler à travers une historiographie écrite par ceux-là mêmes qui chassèrent les habitants de leurs maisons, de leurs terres, abolissant au passage leur culture, niant même qu’ils aient eu auparavant une existence ? Comment ?  Par des récits personnels.

Des histoires au plus près du nu de la vie, qui diront comment cela se passait au village, comment on y travaillait, comment on y naissait et l’on s’y mariait, comment les soldats israéliens arrivèrent au petit matin ou pendant la nuit, comment ils détruisirent les maisons, comment fut orchestrée la peur qui jeta tant de Palestiniens sur les chemins de l’exil. Et ce que fut cet exil.

« Je ne connais pas de grande poésie qui soit fille de la victoire », écrivait le grand poète palestinien Mahmoud Darwich. À lire les dix-huit témoignages – huit femmes et dix hommes – recueillis par Chris Conti dans Palestine – Mémoires de 1948, Jérusalem 2018 (éditions Hesperus), on est vite convaincu que s’il y a quelque chose qui ne leur pas été pris, c’est la poésie, comme si, effectivement, elle était une enfant de la défaite. On l’entend dans les mots tout simples de Rushdieh al-Hudeib, une vieille paysanne originaire de Dawaimeh, non loin d’Hébron, quand elle raconte combien ses petits-enfants et la plupart des gamins palestiniens d’aujourd’hui, devenus comme elle des citoyens jordaniens, ont toujours mal à la Palestine.

 

Comment l’esprit des lieux, ces villages et villes où vivaient leurs parents, qu’ils n’ont jamais connus et où il leur est interdit d’aller, même en visite, et dont ils ignorent la beauté, coulent encore dans leurs veines. « Ils ne savent pas que des cactus poussent désormais sur les terres où se trouvaient jadis nos villages, comme s’ils voulaient combattre l’oubli avec leurs épines. C’est à nous, les anciens, de leur raconter, de leur transmettre l’odeur très particulière de la Palestine. Ce mélange de frais et de sucré, qui ressemble au parfum de miel ».

On le sait : l’année 1948 pour les Palestiniens fut un cataclysme historique. Mais on sait moins – et chacun des dix-huit témoignages, dont la plupart n’avaient jusqu’alors pas laissé de traces écrites de leur existence, nous le montre –, ce qu’elle fut au niveau personnel. Ou au niveau des familles, séparées dans la fuite, bousculées par la peur et prises dans la souffrance de l’errance. Aussi chaque récit est-il en soi une véritable odyssée illustrant les différentes stratégies de survie, de persévérance, de créativité et de résistance que ces témoins ont déployées. Et si, comme l’indiquent la chercheuse et l’une des préfacières Falestin Naili, « ces 18 expériences ne peuvent évidemment pas dessiner l’intégralité du vécu palestinien, elles en donnent une idée assez représentative », d’autant plus que, « de Gaza à Nazareth, les narrateurs sont originaires de différentes régions de la Palestine historique et sont aujourd’hui dispersés aux quatre coins du monde ».

Si l’on revient à Rushdieh al-Hudeib, son village de Dawaimeh fait partie de ceux qui ont tout simplement disparu, rasés et remplacés par des colonies israéliennes, « renommés afin qu’ils soient mieux effacés de la mémoire collective, de la mémoire tout court ». Ces villages engloutis dans le silence de l’Histoire, on les estime entre 418 et 530. La vieille paysanne raconte comment cela s’est passé, le 29 octobre 1948, vers midi, quand trois colonnes motorisées israéliennes sont arrivées à Dawaimeh et que, prévenue à temps par son oncle, sa famille a pu heureusement s’enfuir avec ses deux chameaux et quelques sacs de vivres : « Les soldats israéliens sont méthodiques : ils avancent comme une vague sombre, ouvrent les maisons les unes après les autres, déchargent leurs armes à l’aveugle. C’est ainsi qu’ils procèdent habituellement lorsqu’ils veulent vider totalement un village de ses occupants. Ils savent que les survivants prennent la fuite quand le carnage approche. »

Cette opération n’est pas le fait des « irréguliers » de l’Irgoun et du Stern, responsables de plusieurs massacres, dont celui de Deir Yassin, le 9 avril 1948, qui joua un rôle central dans l’exode des Palestiniens et que Ben Gourion condamna. À Dawaimeh, c’est bien l’armée israélienne qui attaque la localité, en l’occurrence le 89e bataillon de Moshe Dayan. La suite est encore plus terrible : « Deux tanks s’arrêtent devant la mosquée Darawhish, où 75 personnes âgées se recueillent, la plupart sont des hommes. Parmi eux, mon grand-père Mahmoud Ahmed al-Hudeib, 90 ans. Les anciens n’ont pas le temps de s’enfuir, ils n’y pensent d’ailleurs même pas, persuadés que, vu leur âge avancé, les Israéliens ne leur feront aucun mal […]. Tous seront exécutés. » 

Après, il y aura le massacre de la grotte Iraq al-Zagh où se sont réfugiées trente-cinq familles. « D’abord, raconte encore la paysanne, ce sont les hommes qui sont sortis […]. Ils ont attaché leurs keffiehs au bout d’un bâton en bois et l’ont agité en signe de reddition. Puis ce fut le tour des femmes et des enfants. Les soldats leur ont intimé l’ordre de se mettre en rang et d’avancer. Au premier pas les tirs ont commencé, en rafales, leur crépitement a couvert les cris. Quand ça s’est arrêté, tout le monde gisait à terre. La femme de mon cousin et sa petite fille qu’elle tenait dans ses bras sont tombées elles aussi, mais par miracle elles ont échappé aux balles. Le reste de la famille a été décimé. »

Les dix-sept autres témoignages évoquent d’autres épisodes de la Naqba, la tragédie palestinienne qui se poursuit, sous d’autres formes, aujourd’hui.

Ainsi, Souleyman Hassan, 75 ans, un berger-agriculteur de Kafr Laqif, défend ses oliviers depuis des dizaines d’années. Il a vu les colons les arracher, a perdu son droit d’aller sur ses terrains, excepté six jours par an et sous bonne escorte de l’armée, mais il n’a jamais abdiqué, n’a jamais voulu les vendre, même pour devenir riche, et se saisit de tous les moyens légaux pour faire valoir son droit de propriété face aux colons après l’occupation de 1967. Ou l’avocat Fouad Shehadeh, de Ramallah, toujours en activité à 93 ans pour aider les Palestiniens à défendre leurs maisons, leurs fonds gelés par les autorités israéliennes et leurs terres depuis sept décennies, et qui, quoique devenu aveugle à la suite d’un accident, figure dans le Guinness World Record au titre de l’avocat ayant eu la carrière la plus longue du monde.

« Ce voyage dans la mémoire de Palestiniens, relève Rony Brauman dans sa préface, ne nous dit assurément pas toute l’histoire de la Palestine, mais il met à bas, et sous une forme vivante, un mythe encore tenace : celui d’une terre aride, abandonnée, parcourue par quelques chameliers, que les nouveaux Hébreux allaient faire fleurir ; celui d’un désert que le sionisme allait transformer en verger. Il nous rappelle qu’il existait une société palestinienne, au-delà d’une population clairsemée, avec sa bourgeoisie et ses paysans, ses notables, ses intellectuels, ses ouvriers que le grand récit sioniste s’efforce de rendre transparents. Il illustre ce que le sociologue israélien Baruch Kimmerling a nommé politicide, désignant par ce néologisme le “processus qui a pour but ultime la disparition du peuple palestinien en tant qu’entité sociale, politique et économique légitime”. »

« Edward Saïd, renchérit Falestin Naili, insistait en 1984 sur la nécessité d’élaborer des récits pour “absorber, soutenir et faire circuler” les faits, les incorporer dans l’histoire et les utiliser pour un récit historique dont l’objectif serait de rétablir la justice. Les mémoires palestiniennes constituent un pilier important de ce récit qui doit nécessairement ouvrir sur une histoire des possibles. »

Le livre nous emmène enfin chez les Palestiniens de la diaspora qui ont réussi leur nouvelle vie. C’est le cas de Nakhle Shahwa, 83 ans, originaire de Beit Jala, près de Jérusalem, installé au Chili, pays qui compte le plus grand nombre de réfugiés palestiniens (entre 300 et 400 000 personnes) hors du monde arabe, que l’on appelle là-bas « Turcos », en raison du passeport ottoman qu’ils possédaient à leur arrivée en Amérique du Sud dès la fin du XIXe siècle, alors qu’ils fuyaient l’obligation de servir de chair à canon pour les Ottomans pendant la Première Guerre mondiale.

« Toute notre maison respire la Palestine : objets, broderies, tableaux, carte de Palestine et photos […] au-dessus de mon bureau, raconte-t-il. Elle est dans la nourriture que je prépare, dans la langue que j’apprends à mes enfants. Ils savent qu’ils ont des origines palestiniennes, mais ils sont chiliens […]. Mais eux ne veulent pas vivre en Palestine, alors que moi j’en rêve, parce que j’ai été jeté dehors, je n’ai pas eu le choix […]. Moi aussi je voudrais passer mes vieux jours là où je suis né, entendre le roucoulement des colombes, goûter au jus sucré des oranges et manger du pain trempé dans l’huile d’olive. »

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  • Palestine – mémoires de 1948, Jérusalem 2018,
    photos de Chris Conti & Altair Alcântara,
    préfaces de Rony Brauman & Falestin Naili,
    éditions Hesperus Press, diffusion par Librest.

Lire aussi:

COMMUNIST'ART: Mahmoud Darwich, le poète national palestinien, voix universelle de l'amour et de la nostalgie (1941-2008)

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12 juin 2019 3 12 /06 /juin /2019 06:21
Le PCF section de Brest et fédération du Finistère soutient ce rassemblement et appelle à y participer nombreux.

Le PCF section de Brest et fédération du Finistère soutient ce rassemblement et appelle à y participer nombreux.

Solidarité avec la révolte populaire démocratique au Soudan contre la dictature - rassemblement à Brest le samedi 15 juin à 14h

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7 juin 2019 5 07 /06 /juin /2019 05:42
Stop au business de la mort: les ventes d'armes françaises ont augmenté de 30% en 2018

Les ventes d’armes françaises ont augmenté de 30% 

et atteignent 9,1 milliards d’euros en 2018

 

Sur terre et sur mer, Paris favorise le business de la mort
Vendredi, 31 Mai, 2019

Industrie militaire. S’il n’a pas chargé d’armes françaises, le cargo saoudien arrivé mardi à Marseille serait rempli de blindés canadiens. En l’accueillant, la France viole le traité sur le commerce des armes.

Le message est plus clair encore que les mers sur lesquelles voguent des cargos saoudiens remplis d’armes : l’Élysée ne veut pas que les Français se mêlent de sujets qui ne les concernent pas. Après avoir bâillonné le Parlement où toute discussion sur l’industrie de l’armement est systématiquement renvoyée, Emmanuel Macron et ses sbires ont décidé de s’en prendre aux journalistes qui mettent le nez dans leurs affaires. Récemment, Mathias Destal, Geoffrey Livolsi et Michel Despratx, du média-ONG Disclose, ont été convoqués par la direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) au sujet de leur enquête sur l’usage au Yémen d’armes françaises vendues à l’Arabie saoudite.

Le mois dernier (lire l’Humanité du 16 avril), le site Web – en partenariat avec France Info, Mediapart, The Intercept, Konbini et Arte – avait publié une note de la direction des renseignements militaires (DRM) mentionnant que des armes made in France étaient bien utilisées sur le territoire yéménite par Riyad et Abu Dhabi, en guerre contre les rebelles houthistes soutenus par l’Iran. Parmi ces armes : des canons Caesar, dont la portée de tir peut potentiellement atteindre des civils yéménites.

En début de semaine, à Marseille, ce seraient ces mêmes canons ainsi que des munitions qui pouvaient, d’après Disclose, embarquer sur le Bahri Tabuk. Ce que dément fermement l’armateur saoudien Bahri. « Le navire va charger (mercredi), pour le compte de (l’entreprise allemande) Siemens, des stations mobiles d’électricité à usage civil, et cela représente 100 % de sa marchandise. Les informations sur un chargement d’armes ou d’explosifs sont complètement bidon », a ainsi affirmé à l’AFP un porte-parole de l’entreprise saoudienne. Ce à quoi Disclose répond sans détour : « Selon nos informations, les charges modulaires parties en containers depuis l’usine d’Eurenco de Bergerac ont été redirigées vers une destination inconnue », évoquant « un changement de stratégie au sommet de l’État ».

La CGT des dockers du golfe de Fos ne confirme ni n’infirme cette version. « À notre connaissance, aucune cargaison d’armes ou de munitions n’était prévue à Fos ce mercredi. Et s’il y avait le moindre doute sur le sujet, croyez-moi que nous l’aurions bloquée ! » explique l’un des responsables du syndicat à l’Humanité.

Mais alors pourquoi autant d’énergie déployée ces derniers jours par le gouvernement pour noyer le poisson ? Jean-Yves Le Drian, super-VRP de l’armement français, ressort inlassablement la même antienne : « Oui c’est une sale guerre, oui il faut l’arrêter, oui il faut être extrêmement vigilant sur les ventes d’armes à l’égard de ces pays. C’est ce que nous faisons », a déclaré mardi sur France Inter le ministre des Affaires étrangères, oubliant de rappeler qu’un bombardement avait encore tué sept civils, dont trois enfants, la semaine précédente. « Nous respectons scrupuleusement le traité sur le commerce des armes », s’est-il en revanche empressé de rajouter, ne sachant manifestement pas de quoi le texte retourne.

La France n’en est pas à une inconséquence près dans ce dossier

« Dans cette affaire marseillaise, la France sait pertinemment qu’elle viole encore et toujours le traité sur le commerce des armes (TCA) », explique Benoît Muracciole, président de l’ONG Action sécurité éthique républicaines (Aser). « S’il n’y a peut-être pas eu de livraisons françaises, nous sommes quasiment sûrs en revanche que le bateau est rempli de blindés fabriqués au Canada et destinés aux soldats de la coalition située à la frontière du Yémen. » Si l’on se réfère aux paragraphes 2 et 3 de l’article 6 du TCA, la France est par conséquent hors des clous. Le texte s’applique en effet aux transferts d’armes classiques. D’après la définition du registre des Nations unies, cela inclut les imports, les exports, les prêts, les dons et… les transits. La présence du Bahri Tabuk au port de Marseille entre dans cette dernière catégorie.

Mais la France n’en est pas à une inconséquence près dans ce dossier. Interpellée mardi après-midi à l’Assemblée nationale sur la possible livraison, la ministre de la Défense, Florence Parly, s’est une fois encore emmêlé les pinceaux. « Et quand bien même ce serait le cas, cela serait-il étonnant ? Non, car nous avons un partenariat avec l’Arabie saoudite », avait-elle osé lancer avant d’être interrompue par un lapidaire « vous mentez ! » de François Ruffin, député de la France insoumise. Le 8 mai dernier, le député communiste de Seine-Maritime Jean-Paul Lecoq avait tenté lui aussi de questionner le premier ministre en dénonçant la complicité de la France, qui – bien que hors la loi – continuait à vendre des armes à l’Arabie saoudite et ses amis. Le député avait alors demandé au gouvernement les moyens de donner au Parlement le pouvoir de contrôler la vente d’armes. Pour toute réponse, il a reçu une fin de non-recevoir. Depuis, les journalistes qui tentent de prendre le relais sont désormais menacés.

Seuls aujourd’hui les membres de la société civile trouvent encore le moyen de faire entendre la voix des Français sur le sujet. Mercredi soir, sur le port de Marseille, outre les syndicats de dockers et Aser, des membres de l’association Marseille en commun et le Mouvement de la paix étaient montés au créneau pour dénoncer les mauvais « faits d’armes » de la France macronienne. Mais pour combien de temps encore…

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7 juin 2019 5 07 /06 /juin /2019 05:37
COMMUNIQUE DE PRESSE
 
Gaza : Macron doit refuser le chantage de Trump à la famine (PCF)
 
« Si nous ne pouvons collecter au moins 60 millions de dollars pour ce mois de juin, notre capacité à fournir de la nourriture à plus d'un million de réfugiés palestiniens à Gaza, dont près de 390 000 en pauvreté absolue (avec 3,5 dollars par jour) et 620 000 en situation de pauvreté abjecte qui tentent de survivre avec 1,6 dollar par jour est profondément remis en cause ». Cet appel de l'Office des Nations unies d'aide aux réfugiés palestiniens (UNRWA) signifie que la famine va sévir dès maintenant à Gaza. Un effondrement prévisible de cette prison à ciel ouvert pour près de 2 millions de personnes.
 
Ceci n'est pas un hasard : en supprimant la quote-part des États-Unis, Donald Trump a signifié le chantage à la mort aux Palestiniens : soit ils acceptent l'abandon définitif de leur droit internationalement reconnu à un État dans les frontières d'avant l'occupation israélienne de 1967, soit ils mourront de faim et de misère. Ceci fait partie du grand marchandage « the Deal of the century » que le président des États-Unis tente de vendre aux pays arabes : un plan qui prévoit que, en échange de centaines de millions de dollars, fournis par ces mêmes pays, le peuple palestinien soit définitivement dispersé - privé de toute existence juridique en tant que telle tant en Cisjordanie qu'à Gaza - notamment en Jordanie, en Égypte et au Liban.
 
La France a la possibilité d'arrêter ce processus destructeur en ne prêtant pas la main aux manœuvres conduites par Jared Kushner pour le compte de son beau-père, président des États-Unis. Aujourd'hui, à l'occasion de la commémoration du 75e anniversaire du Débarquement allié, Emmanuel Macron doit rencontrer Donald Trump. Il est essentiel que le Président français exige de son interlocuteur qu'il
impose à Netanyahu l'arrêt immédiat du blocus criminel de Gaza, ainsi que l'arrêt de la colonisation de la Cisjordanie. Plus largement, il est urgent que le gouvernement français reconnaisse l'État de Palestine
comme l'ont demandé dès décembre 2014 les deux chambres du Parlement français. Afin de faire de la parole des actes, notre pays doit cesser toute coopération militaire avec le gouvernement israélien et demander à l'Union européenne de suspendre enfin l'accord d'association avec Tel Aviv.
 
Parti communiste français,
 
Paris, le 6 juin 2019.
 
Gaza : Macron doit refuser le chantage de Trump à la famine (PCF, le 6 juin 2019)
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7 juin 2019 5 07 /06 /juin /2019 05:30
Appel des villes pour l’interdiction des armes nucléaires

Philippe RIO, Maire PCF de Grigny et Président des Maires pour la paix-France, Paul QUILES, Maire de Cordes sur ciel et Président des initiatives pour le désarmement nucléaire, et Jean-marie COLLIN, Co-porte-parole de ICAN France ont tous trois co-signés une lettre aux maires de France leur demandant de signer un appel à soutenir le traité sur l’interdiction des armes nucléaires et de demander au gouvernement d’y adhérer et de le ratifier.

Cliquer sur les liens pour voir L'Appel et la Lettre aux maires de France pour soutenir le désarmement nucléaire

 

 

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5 juin 2019 3 05 /06 /juin /2019 06:00
La France de Macron sous-traite t-elle la condamnation à mort des djihadistes français en Irak? - Henri Leclerc - L’horreur d’un crime ne justifie pas tout (L'Humanité, Alexandre Fache, 4 juin 2019)
Henri Leclerc « L’horreur d’un crime ne justifie pas tout »
Mardi, 4 Juin, 2019

Dans une tribune publiée hier, 45 avocats protestent contre l’inaction coupable de l’État, après la condamnation à mort de djihadistes français en Irak. Entretien avec Me Leclerc.
 

 

La peine de mort pour tous, par pendaison. Voilà le verdict infligé par la justice irakienne aux onze Français jugés depuis une semaine, après leur transfert de Syrie, pour « appartenance au groupe “État islamique” » (EI). « Je ne peux pas vous donner le chiffre précis mais on (en) aura d’autres », avait assuré dimanche Laurent Nunez, secrétaire d’État auprès du ministre de l’Intérieur, alors que 450 Français liés à l’EI environ seraient encore retenus en Syrie. Si le gouvernement dit intervenir « au plus haut niveau » pour éviter que ces hommes soient pendus, il défend aussi l’indépendance de la justice irakienne, assurant que les prévenus avaient bénéficié de « procès équitables ». Pas l’avis de Human Rights Watch, qui dénonce des procédures avec « de graves lacunes », autorisant le recours à de la « torture ». Hier, 45 avocats français ont publié sur franceinfo.fr une tribune fustigeant l’inaction de l’État dans ce dossier. Président d’honneur de la Ligue des droits de l’homme, Me Henri Leclerc s’explique.

Laisser condamner à mort des Français en Irak serait un « immense déshonneur », écrivez-vous. Pourquoi ?

HENRI LECLERC L’honneur de la France, c’est d’être le pays des droits de l’homme. Un pays qui, comme toutes les nations du monde, protège ses ressortissants. L’interdiction de la peine de mort est par ailleurs un principe fondamental de notre droit, au cœur de la Constitution, avec l’article 66-1, comme de la Convention européenne des droits de l’homme. Dans une telle situation, la France ne peut pas se contenter de protestations de principe, encore moins d’une absence de protestations. Dire « on préférerait qu’il n’y ait pas d’exécution» ne suffit pas.

Une grande partie de l’opinion considère qu’il est normal que ces Français partis faire le djihad en Syrie ou en Irak soient jugés là-bas. Pourquoi refusez-vous cette logique ?

HENRI LECLERC L’opinion n’est pas la seule boussole en matière de principes fondamentaux. En 1981, quand le Parlement a abrogé la peine de mort à l’initiative de Robert Badinter, 63 % des Français étaient hostiles à cette réforme. Personne ne conteste aujourd’hui que, ce jour-là, la France a fait un pas en avant considérable. Par ailleurs, quelle que soit l’horreur d’un crime, son auteur n’est pas destitué de la nationalité française automatiquement. Donc ces personnes restent françaises. Certes, leurs crimes sont parmi les plus lourds qui existent. Mais l’horreur d’un crime ne justifie pas l’abandon d’un principe fondamental : notre opposition à la peine de mort. La France est déjà intervenue, avec vigueur, pour des Français condamnés à mort pour trafic de stupéfiants en Indonésie, ou au Mexique. Quand de tels principes sont en jeu, elle ne peut pas donner l’impression de regarder ailleurs.

Le gouvernement assure que les procès ont été « équitables ». Cela ne vous convainc pas ?

HENRI LECLERC Pas tout à fait. Des confrères avocats, comme des journalistes ou des associations, assurent que la justice irakienne est expéditive, que les procès ne se déroulent pas toujours dans des conditions qui respectent les droits de l’homme. on parle même de tortures…

Vous évoquez dans la tribune la « résignation coupable » et même le « cynisme d’État » du gouvernement dans cette affaire. Quelle est sa responsabilité ?

HENRI LECLERC Sa responsabilité serait d’intervenir. Lorsqu’un pays comme la France veut quelque chose sur le plan diplomatique, elle a des arguments à faire valoir. Si la réponse qui lui est donnée est le mépris, elle doit montrer sa détermination.

Cette attitude serait le paroxysme d’un affaiblissement plus général de notre droit. Quelles en ont été les précédentes manifestations ?

HENRI LECLERC On l’a vu en matière d’antiterrorisme, mais pas seulement. Notre pays a voté une succession de lois sécuritaires, qui ont développé l’action de la police, en rognant parfois de manière inquiétante sur les libertés. Tout récemment, on peut citer l’interdiction préventive de manifester, finalement censurée par le Conseil constitutionnel, ou la création du délit « collectif de participation à un groupe violent ». Cela fait des années que nous tirons la sonnette d’alarme sur cet affaiblissement de notre droit.

Entretien réalisé par Alexandre Fache
« J’ÉTAIS SUPER BÊTE »
Ce lundi, deux nouveaux Français ont été  condamnés à la mort par pendaison, portant à onze le nombre de peines capitales prononcées depuis le 26 mai.
Défendus par des avocats commis d’office, qui ne les ont pas rencontrés et n’ont consulté leur dossier que quelques minutes avant l’audience, ces prévenus ont tenté
eux-mêmes de s’expliquer maladroitement. Mourad Delhomme, 41 ans, a ainsi raconté avec moult détails être entré en Syrie pour sauver la femme d’un ami. Bilel Kabaoui, 32 ans, a, lui, plaidé l’erreur de jeunesse : « Il y a cinq ans, j’étais super bête, j’étais convaincu que je pourrais ressortir de Syrie quand je le voudrais. » Tous ont trente jours pour faire appel. 
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5 juin 2019 3 05 /06 /juin /2019 05:43
Face au creusement du fossé entre riches et pauvres. Réduire les inégalités, un combat à mener en commun
Mercredi, 5 Juin, 2019

De passage en France pour la présentation de son livre Inégalités, ce que chacun doit savoir (Seuil), James K. Galbraith a répondu à l’invitation de l’Humanité pour un débat, sur le vif, avec la sociologue Monique Pinçon-Charlot, spécialiste de la bourgeoisie française, et l’économiste Frédéric Boccara. 

Conseiller de Barack Obama, de Bernie Sanders et de Yanis Varoufakis, James K. Galbraith passe pour un économiste iconoclaste. Chroniqueur au  Texas Observer, aNew York Times, au Washington Post et au Boston Globe, il fait partie des voix dites « hétérodoxes » qui, comme celles de Joseph E. Stiglitz ou Paul Krugman outre-Atlantique, font valoir d’autres idées que celles platement déroulées aux pieds des soi-disant « premiers de cordée » par « les figures dominantes contemporaines de l’économie », « sorte de politburo de la pensée économiquement correcte », comme il l’écrit sept années avant le déclenchement de la crise financière de 2008.

Fils du grand économiste de la société industrielle John Kenneth Galbraith, qui fut en son temps conseiller de Franklin Delano Roosevelt, John Fitzgerald Kennedy et de Lyndon B. Johnson, James K. Galbraith entend défaire, arguments à l’appui, « l’emprise magique des conservateurs sur les esprits de la gauche ». Une tâche plus nécessaire que jamais. Après un salut à la rédaction du journal fondé par Jean Jaurès, c’est à un échange à la fois respectueux et concentré que se sont livrés nos invités.

En question, l’accroissement des inégalités, dont le bruit de fond se fait entendre partout dans un monde dominé par les politiques néolibérales et mis en danger par la cupidité aveugle des classes dominantes. Une question aux enjeux majeurs, comme le montrent James Galbraith, Monique Pinçon-Charlot et Frédéric Boccara dans les pages qui suivent. Une question qui appelle également une réponse collective face aux périls inédits qui pèsent sur notre époque.

Chaque année, un certain nombre d’organisations indépendantes produisent des rapports sur l’évolution des inégalités. À quelles conclusions principales aboutit l’enquête scientifique à l’échelle globale et sur le temps long ?

James K. Galbraith : Dans mon livre Inégalité. Ce que chacun doit savoir, je me suis donné l’objectif de trouver une réponse, scientifique, juste et assez précise à la question portant sur l’origine des inégalités. Pour cela, il fallait faire un effort qui a duré presque vingt ans pour avoir, à l’échelle mondiale, des chiffres et des mesures sur lesquelles fonder quelque confiance. Avec mon équipe, nous avons fait des enquêtes sur plus de 150 pays et sur une période de cinquante ans, et nous avons trouvé deux choses convergentes. D’abord, qu’il y a des tendances en commun dans l’économie mondiale. Ces tendances correspondent au changement de la politique financière et monétaire, qu’on peut corréler à la hausse des inégalités dans la plupart des pays : la crise d’endettement du début des années 1980, la chute des régimes socialistes à la fin des années 1980 et au début des années 1990 et, ensuite, la crise asiatique des années 1995, 1996 et 1997. Après l’an 2000, on peut constater une pause et une stabilisation. Pas partout, mais dans un grand nombre de pays. C’est le deuxième point. À cause de la baisse des taux d’intérêt, l’amélioration des prix des exportations et le recul, en Amérique latine notamment, de la politique néolibérale. Au Brésil, par exemple, avec des gouvernements démocratiques qui ont essayé de lutter contre la pauvreté et de rétablir ou plutôt d’établir, peut-être pour la première fois, la démocratie sociale. Première conclusion donc : c’est une question de politique monétaire, financière et de l’endettement surtout. Je crois que mon livre est une contribution assez importante au débat parce que les économistes ont l’habitude de considérer cette question dans un cadre assez étroit. Par rapport aux statistiques, disons, strictement nationales d’une part ou, d’autre part, en considérant que c’est un phénomène secondaire par rapport au marché du travail par exemple.

Monique Pinçon-Charlot : Ce pouvoir de la grande finance n’aboutit pas seulement à aggraver les inégalités au niveau économique mais aussi sur le plan culturel. Le monde de la grande richesse, c’est le monde des collectionneurs d’art, avec, aujourd’hui, l’art contemporain, et aussi celui des grandes écoles. Dans nos recherches, Michel Pinçon et moi-même, nous reprenons les quatre formes de la richesse définies par Pierre Bourdieu : la richesse économique, culturelle, sociale et symbolique. La financiarisation du capitalisme, avec ce qu’on appelle le néolibéralisme, est ce moment où, précisément, à cause de la politique monétaire que James décrit à l’échelle internationale, la finance prend le pouvoir sur tous les secteurs de l’activité économique, sociale et politique. Les médias et les instituts de sondage sont ainsi aujourd’hui la propriété de milliardaires. Cette financiarisation de l’économie est à l’origine de l’aggravation de toutes les formes d’inégalités à l’échelle de la planète. Nos recherches montrent à quel point l’oligarchie est organisée. Malgré une concurrence interne liée aux traditions nationales, il y a une coordination de ses intérêts de classe sous la forme de groupes informels et internationaux comme Bilderberg ou la Trilatérale. Le capital social des dominants est donc national et international. La quatrième forme de richesse, celle symbolique, que décrit Bourdieu dans sa théorie de la domination, fait l’objet d’inégalités particulièrement cruelles au moment où les plus riches s’approprient toutes les richesses et tous les pouvoirs, se déclarent les premiers de cordée, les créateurs de richesse ou les modernes, tandis que les travailleurs sont traités de coûts, de charges, quand ce n’est pas de fainéants et de ringards. Je veux insister sur le fait que les inégalités forment système et que ce système d’inégalités est en cohérence avec la constitution de l’oligarchie comme classe sociale au sens marxiste du terme, c’est-à-dire, en soi, avec des modes de vie et de richesses exceptionnels et, pour soi, avec une mobilisation déterminée dans la défense de ses intérêts.

Frédéric Boccara : Les constats de Monique et de James sont riches et documentés. Je soulignerai pour ma part trois aspects des inégalités. D’abord, il y a les inégalités de revenus. Dans ces inégalités de revenus, il faut distinguer, d’un côté, les inégalités entre salaires, sur lesquels un certain nombre d’économistes et de commentateurs insistent pour opposer les salariés entre eux – y compris des gens à gauche comme Thomas Piketty, qui triche sur ses courbes pour opposer les salariés bien payés aux autres – et, d’un autre côté, il y a les inégalités considérées sur l’ensemble des revenus comprenant les revenus du capital, bien plus élevées. Les prélèvements du capital sont considérables. C’est ce que nous appelons le coût du capital, indicateur de sa domination. Deuxièmement, il y a les inégalités de patrimoine, qui sont toujours beaucoup plus importantes que les inégalités de revenus. Ensuite, il y a les inégalités pour ainsi dire réelles, comme les inégalités sociales face à la mort par exemple. Il y a plus de six ans d’écart entre l’espérance de vie des ouvriers et celle des catégories plus aisées. Mais aussi les artisans, qui sont dans le monde du travail et qui travaillent beaucoup, ont une espérance de vie qui n’est pas si bonne. Pour les chômeurs et les précaires, c’est pire. On ne connaît pas l’espérance de vie des très riches qui ne vivent pas de leur travail. Les inégalités réelles, ce sont aussi les inégalités de disponibilité du temps. Mais, troisièmement, il y a les inégalités de pouvoir liées aux monopoles sur les moyens financiers.

Pouvez-vous illustrer ce point ?

Frédéric Boccara : Aujourd’hui, d’après l’Insee, à peine deux cents très grandes multinationales installées en France, françaises ou étrangères, occupent directement un tiers des salariés des entreprises, sans parler des sous-traitants. Elles contrôlent plus de la moitié des profits, hors profits financiers. Ce sont des chiffres très importants. Ils montrent comment se polarise le champ des inégalités, qui sont des inégalités de pouvoir et de création de richesse. Ils renvoient, comme je l’ai dit, au monopole sur les moyens et sur leur utilisation. Ce monopole s’est concentré énormément. Par exemple, le fonds américain BlackRock gère 6 000 milliards de dollars, soit trois fois le PIB français. C’est gigantesque ! Et les banques, c’est bien plus encore. C’est de l’argent qui appartient à toutes sortes de personnes, des riches ou des moins riches, mais qui, monopolisé par ces institutions, fait levier et donne un pouvoir considérable à quelques entreprises, banques et centres de décision. Il est monopolisé au service d’une « culture du profit ». La question qui se pose, c’est de se saisir de ces leviers par l’action publique, pas seulement pour compenser les inégalités mais pour les réduire effectivement, au service d’une autre culture : développement des capacités de chacune et chacun, et développement de la société, de ses « bonnes » richesses. Avec la radicalité des révolutions informationnelle et écologique, combattre les inégalités de pouvoir, de savoirs, de formation, de revenus, de temps disponible devient décisif, y compris pour une autre production et pour l’efficacité économique elle-même. Il faut donc articuler répartition et production. Distribution des parts du gâteau avec sa taille à accroître et sa composition à assainir.

Le mouvement des gilets jaunes a mis en exergue la question de la justice fiscale à travers, notamment, la critique de la suppression de l’ISF. La montée des inégalités peut-elle être mise en relation avec l’« échappée fiscale » des classes possédantes favorisée par les politiques néolibérales ?

Monique Pinçon-Charlot : L’expression  d’«échappée fiscale » me paraît bien douce par rapport à la réalité. Il s’agit d’une fraude fiscale qui s’intègre dans une guerre de classe que mènent les plus riches contre les peuples. En cela, nous ne faisons que manifester notre accord avec le milliardaire américain Warren Buffett qui déclarait en 2005 que cette guerre de classe est menée par les riches et qu’ils sont même en train de la gagner. Le fondement de la fraude fiscale est le refus assumé de la part des ultrariches de contribuer aux solidarités nationales. Nous sommes nombreux en France, je pense particulièrement à Alain et Éric Bocquet, aux États-Unis et ailleurs, à combattre la fraude fiscale et à la documenter. Mais, paradoxalement, la fraude fiscale ne fait que s’aggraver ! On est passé en deux ou trois ans de 80 milliards à 100 milliards d’euros qui manquent chaque année dans les caisses de Bercy. Tout se passe comme si la critique sociale permettait au système capitaliste et à l’oligarchie d’affiner toujours plus la fraude fiscale et les secrets de son opacité. Dès son arrivée à l’Élysée, Emmanuel Macron a introduit le « droit à l’erreur » pour remplacer la politique de contrôle fiscal par une politique d’accompagnement qui sera évidemment favorable aux plus riches contribuables, en toute complicité avec certains hauts fonctionnaires de Bercy. Frédéric a insisté avec justesse sur l’interconnexion des inégalités, de la richesse et du pouvoir. L’État n’est en effet pas du tout une forme réifiée, indépendante des rapports de forces et de classes, qui défendrait généreusement l’intérêt général. L’État est aujourd’hui pillé par des oligarques prédateurs. Rien ne doit échapper à la gourmandise des donateurs qui ont placé Emmanuel Macron à l’Élysée. Les privatisations et les cadeaux fiscaux sont une des modalités de ce pillage. Les revenus du capital sont désormais imposés, de manière forfaitaire, à 12,8 %, c’est-à-dire en dessous de la première tranche d’imposition, de fait, des salariés, qui est à 14 %, mais qui grimpe de manière progressive jusqu’à 45 % !

Cette prédation du néolibéralisme appuyée sur le pouvoir politique n’est-elle pas à mettre en relation avec ce que James Galbraith a appelé l’« État prédateur », il y a plus de dix ans ?

James K. Galbraith : Dans mon livre l’État prédateur, en effet, je proposais de montrer qu’une grande partie de la politique néolibérale est une espèce de politique prédatrice de l’État-providence. C’est-à-dire que, étant donné qu’au XXe siècle on a établi des institutions pour les protections sociales et pour le bien commun au cours de l’évolution de nos politiques, ces institutions sont devenues des cibles et des sources d’enrichissement. La diminution des protections sur la Sécurité sociale ouvre un champ pour les assureurs privés par exemple. C’est un aspect très clair de ce genre de choses et même, dans certains cas, on a peut-être un élargissement de certains aspects des services publics, mais de manière à enrichir un petit nombre. C’est le cas pour les entreprises pharmaceutiques et pharmacologiques aux États-Unis, qui ont beaucoup profité du nouveau système d’assurance pour les médicaments. Mais je voudrais aussi souligner un deuxième point qu’a évoqué Frédéric. Ce qu’on trouve à travers notre enquête, c’est qu’il y a une relation assez étroite entre le degré d’égalité ou d’inégalité quand on fait une comparaison entre pays et la performativité de leurs statistiques macroéconomiques, c’est-à-dire que, en général, les économies qui ont maintenu un degré élevé d’égalité, c’est-à-dire surtout en Europe du Nord, ont l’expérience d’un taux de croissance de productivité plus élevé que les autres. Pourquoi ? Parce que cet environnement favorise les entreprises progressistes et défavorise les entreprises qui seront, d’un point de vue technologique, plus réactionnaires et plus régressives. Ceux qui jouent sur la main-d’œuvre bon marché ne sont pas favorisés par une politique où il y a une compression des salaires. Deuxièmement, il y a une réduction des taux de chômage. Dans ces pays-là, c’est très clair. L’inégalité et le chômage, ce sont deux aspects de la même chose. C’est aussi très évident en ce qui concerne les questions de migration. Quand les inégalités sont très grandes, vous avez la migration vers les villes, vous avez la migration vers les pays et les régions les plus riches. C’est motivé par la différence. Pour bien gérer l’économie nationale, l’économie continentale et l’économie mondiale, il faut réduire cet accroissement des inégalités. Autrement, ce que Monique a décrit sur la question de la culture de la société deviendra très difficile à tenir avec une façon de vivre ensemble sans violence.

Réduire l’accroissement des inégalités est-il possible sans une large base de l’économie qui soit socialisée ?

James K. Galbraith : Je suis plutôt favorable aux grandes entreprises et je crois qu’elles sont inévitables dans l’organisation de la production dans la société, mais il faut, effectivement, avoir des contrôles, des équilibres de pouvoir, avec des organisations qui puissent imposer les valeurs sociales, que ce soient les protections des conditions de travail, les salaires des travailleurs, les conditions environnementales et la direction du développement, et pas seulement des entreprises privées qui décident selon leurs seules préférences. Cela, effectivement, suppose une base qui soit socialisée avec un secteur public et des secteurs où ne domine pas la recherche du profit avec des institutions décentralisées : des assurances pour la retraite, des assurances santé, des assurances contre le chômage, des services publics des biens de consommation qui sont en commun.

Comment, pratiquement, faire avancer la lutte contre les inégalités ? N’est-elle pas une affaire collective ?

Frédéric Boccara : La question de l’unité du salariat dans sa diversité, depuis les plus précaires et les ouvriers jusqu’aux ingénieurs et aux cadres, mais aussi les enseignants, les chercheurs, les infirmières, les médecins, autrement dit la question de l’unité des forces sociales, est fondamentale. Les bases objectives de cette unité, nous devons les faire percevoir. Les inégalités mettent en lumière ces bases, dans leurs deux dimensions de richesse et de pouvoir, comme le montrent les travaux de Monique et Michel. La question environnementale pose aussi cela de manière brûlante. La société entière crève et souffre de la domination de la rentabilité et du pouvoir du capital. Cela s’exprime dans les inégalités. La réduction des inégalités doit être un but pour une civilisation humaine de partage des biens communs de toute l’humanité. Pas l’égalité au sens du nivellement. Le grand enjeu, c’est une sorte d’alliance entre toutes les forces et les acteurs du développement réel et de la création face au grand capital financier égoïste et cosmopolite. Mais cela veut dire aussi qu’il faut d’autres buts et d’autres critères qu’on puisse imposer à partir de l’existant. L’équation qu’on a devant nous est une alternative à la fois radicale et réaliste. Radicale, car il faut une autre logique. Réaliste, parce qu’elle part de la situation que nous vivons. La poursuite de la rentabilité à tout prix dans les entreprises n’est pas compatible avec une autre production écologique. L’écologie, ce n’est pas seulement dans la consommation, c’est une tout autre production. L’imposition d’autres critères, notamment à partir de l’utilisation de l’argent, doit se faire aussi bien dans les entreprises que dans les banques et les institutions publiques.

À partir de quand l’oligarchie libérale a-t-elle amorcé sa contre-révolution, disons, anti-égalitaire ?

Frédéric Boccara : On pourrait revenir sur 1979 et la théorie quantitative de la monnaie imposée en parallèle avec la « théorie » du ruissellement. L’idée c’était : « Peu importe où l’on met l’argent, il faut seulement maîtriser sa quantité pour éviter l’inflation. » Cela, c’est la théorie néolibérale. Nous, nous disons : si on utilise l’argent pour développer les gens ou pour polluer, ce n’est pas la même chose ! Si on utilise l’argent pour développer les gens ou pour accumuler du capital financier, ce n’est pas la même chose ! C’est une question politique majeure et qui s’articule à celle des institutions nouvelles à créer, dont parle James. Cette question d’une nouvelle démocratie, que pousse, par exemple, le mouvement des gilets jaunes, est très importante. On pourrait très bien avoir des conférences régionales citoyennes, dans chaque région, où l’on poserait les questions suivantes : combien d’argent existe ? Non pas seulement public mais celui des entreprises et des banques. Qu’est-ce que cela a donné ? Quelles atteintes à l’environnement ? Quelle création d’emplois ? On se donnerait des objectifs ensemble. Je ne suis pas pour faire table rase du passé mais pour faire advenir le meilleur dans l’actuel. C’est une lutte terrible qui est en cours. Pour des alliances efficaces, nous avons besoin de débattre et expérimenter cette idée de prendre le pouvoir dans les institutions et d’en créer de nouvelles, pour imposer une autre logique aux banques et aux entreprises, jusqu’aux multinationales organisant l’évitement fiscal, social, voire productif généralisé.

James K. Galbraith : Il y a effectivement une liaison très étroite entre les inégalités et la soutenabilité de l’écologie. C’est une question fondamentale de survie qui se pose au monde, parce que c’est seulement à travers une société plus égalitaire qu’on peut avoir un niveau de vie, une capacité, une qualité de vie pour la population générale qui soit acceptable dans les limites écologiques qui sont posées. À travers les services publics, à travers les assurances sociales et à travers les biens de consommation qui sont partagés et qui n’ont pas cet aspect de gaspillage, cet aspect d’émulation, cet aspect décrit avec génie par Thorstein Veblen de consommation ostentatoire. À travers des institutions qui nous enseignent à vivre ensemble d’une façon agréable et acceptable. Avec du travail pour tous. Avec une contribution faite par tous. C’est comme cela que les choses vont avancer. Autrement, on est sur la voie, vraiment, de la destruction. Les deux sujets, la question économique et la question écologique, ont été traitée séparément dans la plupart des discussions. Il faut admettre que, si on accepte les inégalités, on accepte aussi cette voie de détérioration de la situation écologique et, cela, il n’est pas possible de l’accepter.

Monique Pinçon-Charlot : Je rebondis pour faire ma petite conclusion à partir de ce que vient de dire James. La question écologique avec le dérèglement climatique, en s’interconnectant avec toutes les autres formes d’inégalité, va soit nous faire basculer dans l’enfer, soit, au contraire, nous permettre de construire le paradis. Nous sommes en effet à un moment de bascule dans l’histoire de l’humanité tout à fait inédit puisque c’est la première fois que la planète est menacée dans sa survie à cause d’êtres humains capitalistes, qui, dans leur soif de pouvoir et d’argent, ont provoqué ce dérèglement. Je suis d’accord avec vous deux pour essayer de continuer à travailler de l’intérieur pour améliorer tout ce qui est améliorable, mais j’insiste sur le fait que nos pensées critiques peuvent paradoxalement aider les capitalistes à aggraver l’opacité de l’oppression.

Je voudrais aussi déplorer les concurrences internes au marché de la contestation sociale, avec ses divisions et parfois ses ego disproportionnés. Or, nos recherches ont au contraire mis en évidence la solidarité, malgré des niveaux de richesse tout à fait hétérogènes, de l’oligarchie. Bien entendu, cette classe a l’argent et les pouvoirs et, n’étant pas nombreuse, la solidarité est beaucoup plus facile pour elle. Mais, à l’heure où la survie de la planète est en jeu, nous devons mettre toutes nos forces pour arriver à surmonter nos divisions politiques, bien dérisoires face à ce qui va advenir, et construire une union populaire et solidaire dans le respect des sensibilités des uns et des autres. Ce serait le plus beau des cadeaux empoisonnés que nous pourrions faire à nos oppresseurs !

Table ronde réalisée par Jérôme Skalski et Marc de Miramon
Face au creusement du fossé entre riches et pauvres. Réduire les inégalités, un combat à mener en commun - entretien de l'Humanité entre James K. Galbraith, Monique Pinçon-Charlot, Fréderic Boccara (L'Humanité, mercredi 5 juin 2019)
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1 juin 2019 6 01 /06 /juin /2019 06:30
Europe: et maintenant? - Par Francis Wurtz, ancien président du groupe communiste au Parlement Européen - L'Humanité Dimanche, 30 mai 2019

EUROPE: ET MAINTENANT ?
Par Francis Wurtz
https://franciswurtz.net/2019/05/31/europe-et-maintenant/

Inutile de se le cacher : les résultats de ces élections européennes sont les plus préoccupants enregistrés depuis 40 ans que le Parlement de Strasbourg et de Bruxelles est élu au suffrage universel. Le premier problème est naturellement le poids sans précédent des partis d'extrême-droite qui se traduira par un escalade dans la démagogie nationaliste, sécuritaire et anti-migrants. Une deuxième source d'inquiétude est liée à l'affaiblissement et à la division des forces qui se réclamaient jusqu'ici de la gauche. Quelle sera la proportion de membres du groupe de "l'Alliance des socialistes et démocrates" (ex-groupe socialiste et social-démocrate) prête à s'engager sur de vraies options progressistes ? Comment évoluera le groupe des "Verts" désormais dominé par un parti allemand n'hésitant pas à s'allier à la droite dans certains "Länder" et comprenant des élus, notamment français, qui se disent "ni de droite ni de gauche" ? Et puis, il y a le crève-cœur de l'absence de tout parlementaire communiste ou apparenté français dans le groupe que le PCF a contribué à fonder et qu'il a présidé pendant dix ans ! Dans le contexte actuel, cette absence est dramatique. Il faudra réfléchir sereinement et sans apriori aux raisons multiples qui ont conduit à cette situation, mais cette chronique n'est pas le lieu pour cela.
Une chose apparaît sûre, cependant : les enjeux européens actuels et prévisibles exigent qu'une formation politique comme le PCF -qu'aucune autre force ne remplacera à gauche- se donne les moyens d'une triple reconquête. Celle de ses positions dans le Parlement européen -une institution bien plus importante que beaucoup ne le pensent. Celle d'une popularisation approfondie de sa vision actualisée du combat pour changer l'Europe. Celle, enfin, d’une capacité à contribuer au rassemblement des forces de gauche pour arracher des succès concrets sur les enjeux européens.
Pour ce faire, nous ne partirons pas de zéro, loin s'en faut ! Par sa clarté, sa modernité et sa dignité, l'excellente campagne de Ian Brossat a grandement favorisé l’écoute de nos idées sur l’Europe . Le bilan et l'expérience de nos anciens députés et députées au Parlement européen, la constance de leur positionnement « pour une Europe des gens, pas de l’argent » sont également de précieux atouts à valoriser. L’apport de nos candidates et candidats, reconnus pour être au diapason du monde du travail dans toutes ses composantes et des luttes sociales et sociétales de notre époque , a creusé un sillon à même de porter au-delà de l'élection elle-même. Les soutiens remarquables recueillis par la liste présentée par le PCF constituent un autre atout potentiellement durable. La campagne dynamique et au plus près des gens menée par les communistes a bien plus semé que ce que leur liste a récolté dans l’immédiat. Notre coopération permanente avec nos partenaires progressistes européens au sein de notre groupe GUE-NGL, du Parti de la Gauche Européenne (PGE) et au-delà, est un bien précieux, à préserver coûte que coûte . Sans oublier les acquis d’une expérience exemplaire de démocratie citoyenne appliquée aux questions européennes dont les communistes furent les initiateurs et le fer de lance, et qui reste, à mes yeux -au prix, naturellement, des mises à jours nécessaires- une référence toujours actuelle en la matière : la campagne pour le "NON de gauche" au projet de traité constitutionnel européen de 2005. L'après-26 mai commence maintenant !

Lire aussi:

Après les Européennes, le combat continue! - éditorial de L'Humanité Dimanche par Patrick Le Hyaric, 30 mai 2019

Élections européennes : Déclaration du PCF

Europe: et maintenant? - Par Francis Wurtz, ancien président du groupe communiste au Parlement Européen - L'Humanité Dimanche, 30 mai 2019

Le groupe de la Gauche unitaire européenne comptera moins de 40 députés, ce qui devrait en faire le plus petit groupe au Parlement européen. Il devrait se composer comme suit (selon les estimations du Parlement européen du mardi 28 mai à 14 heures): Allemagne: 6 députés, Die Linke. Belgique: 1 député, PTB. Chypre: 2 députés, AKEL. Danemark: 1 député, ARV. Espagne: 5 députés répartis entre Podemos et Izquierda Unida. Finlande: 1 député, Parti de gauche. France: 6 députés, LFI. Grèce: 6 députés, Syriza. Irlande: 3 députés Sinn Fein (auxquels il faut ajouter 1 élu dans les 6 comtés du Nord durant la période transitoire du Brexit) et 1 Independant for change. Pays-Bas: 1 député, Parti des animaux. Portugal: 4 députés répartis entre le Bloco (2) et le PCP (2). Suède: 1 député, Parti de gauche. République Tchèque: 1 député, KSCM.

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1 juin 2019 6 01 /06 /juin /2019 06:22
Bravo aux dockers de la CGT à Marseille! - Nouvelle victoire: le Bahri Tabuk repart sans armements pour l'Arabie Saoudite ! (communiqué ACAT France, 30 mai 2019)

BRAVO AUX DOCKERS DE LA CGT !
"En effet, les dockers jouent ici un rôle important. De Gènes à Fos-sur-Mer, leur mobilisation a permis de faire pression, contribuant ainsi à empêcher tout chargement d’équipements militaires à destination de l’Arabie saoudite. Et si les dockers du port de Fos-sur-Mer ont confirmé qu’il n’y avait pas d’armes à charger sur le Bahri Tabuk, c’est que le chargement de munitions prévu a été redirigé vers une destination inconnue, indique Disclose. L’armateur Shipping Agency Service, représentant la compagnie Bahri en France, a beau jeu de parler de « fake news » pour les transferts d’armes prévues au Havre et à Fos-sur-mer, alors que la ministre des armées avait elle-même reconnu le chargement d’armes françaises au Havre, chose dont elle s’est bien gardé cette fois lorsque la question lui a été posée mardi, au cours de la séance de questions au gouvernement à l’Assemblée nationale."

 

Nouvelle victoire: le Bahri Tabuk repart sans armements !
Arrivé mardi dernier au port de Fos-Sur-Mer près de Marseille où il devait effectuer un chargement d'armes françaises à destination de l’Arabie saoudite, le cargo Bahri Tabuk a finalement repris le large hier soir, les cales vides. Informée de l’arrivée du cargo, l’ACAT a immédiatement déposé un référé devant le tribunal administratif de Paris, visant à bloquer cet acheminement d’armes. Elle se réjouit que son action ainsi que la mobilisation citoyenne aient à nouveau contraint un cargo saoudien à quitter un port français sans sa cargaison d’armes à bord.

 

Le 30 / 05 / 2019

Le cargo Bahri Tabuk a finalement pris la route du port d’Alexandrie en Égypte hier soir sans son chargement d’armes françaises, comme le Bahri Yanbu au Havre deux semaines plus tôt. Selon Disclose, il s’agissait de munitions pour les Canons Caesar, dont une note de la Direction du renseignement militaire (DRM) a déjà attesté de leur utilisation par l’Arabie saoudite dans le conflit yéménite. Face à l’illégalité de ces livraisons au regard du TCA (Traité sur le commerce des armes, signé et ratifié par la France), en raison de la forte probabilité que ces armes soient utilisées au Yémen contre des populations civiles, l’ACAT a mandaté le cabinet Ancile Avocats pour déposer un référé afin de bloquer leur livraison et par voie de conséquence, leur acheminement vers l’Arabie Saoudite.

« Une nouvelle fois, face à la mobilisation citoyenne et notre action en justice, un cargo saoudien a dû renoncer à charger des armes françaises, cette fois-ci à Fos-sur-Mer, alors qu’il est clair que cette livraison contrevenait au Traité sur le commerce des armes » indique Nathalie Seff, déléguée générale de l’Acat-France. « Nous nous réjouissons de voir que la société civile française a encore répondu présent, et félicitons tout particulièrement les dockers de Fos-sur-Mer pour leur engagement humaniste dans cette lutte contre ces transferts d’armes illégaux.» ajoute Bernadette Forhan, présidente de l’ACAT-France.

En effet, les dockers jouent ici un rôle important. De Gènes à Fos-sur-Mer, leur mobilisation a permis de faire pression, contribuant ainsi à empêcher tout chargement d’équipements militaires à destination de l’Arabie saoudite. Et si les dockers du port de Fos-sur-Mer ont confirmé qu’il n’y avait pas d’armes à charger sur le Bahri Tabuk, c’est que le chargement de munitions prévu a été redirigé vers une destination inconnue, indique Disclose. L’armateur Shipping Agency Service, représentant la compagnie Bahri en France, a beau jeu de parler de « fake news » pour les transferts d’armes prévues au Havre et à Fos-sur-mer, alors que la ministre des armées avait elle-même reconnu le chargement d’armes françaises au Havre, chose dont elle s’est bien gardé cette fois lorsque la question lui a été posée mardi, au cours de la séance de questions au gouvernement à l’Assemblée nationale.

Actuellement en route pour Alexandrie en Egypte, le Bahri Tabuk avait initialement pour destination Cagliari en Sardaigne, comme l’indique encore le site de la capitainerie du port de Marseille-Fos. Cagliari est en effet une destination régulière pour les cargos de la compagnie Bahri, qui y chargent régulièrement des armes, pour certaines produites par RWM Italia, une filiale de l’allemand Rheinmetall. Ce changement de destination interroge une nouvelle fois et pourrait être le résultat de la pression croissante de la société civile dans les différents pays européens concernés.

Une décision de justice cynique

Une nouvelle fois, le tribunal administratif de Paris a rejeté hier après-midi le référé déposé par l’ACAT, en considérant que « l’autorisation de sortie douanière de ces armements ne crée pas un danger caractérisé et imminent pour la vie des personnes. »» L’ACAT s’indigne devant cette décision cynique, qui se révèlera lourde de conséquences, lorsque ces armes se trouveront entre les mains d’un pays de la coalition dont on sait qu’elle commet des crimes de guerre à l’encontre des populations civiles yéménites.

 « Le tribunal administratif n’a même pas pris la peine d’étudier notre demande puisqu’il s’est contenté de faire un copier-coller de la précédente décision sur le Bahri Yanbu et le port du Havre » dénonce Me Laurence Craig du cabinet Ancile Avocats. En effet, alors qu’il n’est fait mention que de munitions pour des canons Caesar dans le référé déposé mardi dernier, l’ordonnance de rejet mentionne de manière erronée le chargement de canons Caesar, ce qui était le cas avec le Bahri Yanbu au Havre uniquement.

Il faut rappeler le caractère illégal du transfert d’armes dès lors que la France « a connaissance, au moment où l'autorisation est demandée, que ces armes ou ces biens pourraient servir à commettre un génocide, des crimes contre l'humanité, des violations graves des Conventions de Genève de 1949, des attaques dirigées contre des civils ou d'autres crimes de guerre » (Traité sur le commerce des armes, article 6 alinéa 3).  Le 2ème critère de la position commune 2008/944/PESC indique également que « les états membres refusent l’autorisation d’exportation s’il existe un risque manifeste que la technologie ou les équipements militaires dont l’exportation est envisagée, servent à commettre des violations graves du droit humanitaire international ».

L’absence de transparence et de contrôle parlementaire

Cette nouvelle affaire de chargement d’armes françaises à destination de l’Arabie saoudite est un rappel lancinant de l’opacité et du secret qui continuent de planer sur les transferts d’armements. Depuis mars 2018l’ACAT est engagée sur cette question, et demande plus de transparence de la part du gouvernement et un véritable contrôle parlementaire sur le commerce des armes. Un engagement que le gouvernement semble encore avoir du mal à prendre.

En témoigne les convocations par la Direction générale de la sécurité intérieur  (DGSI) de plusieurs journalistes ayant enquêté sur la question de ventes d’armes, dont ceux de Disclose qui avaient révélé à cette occasion cette fameuse note de la Direction du renseignement militaire (DRM). L’ACAT et ses partenaires ont dénoncé ces atteintes à la liberté de la presse et au droit à l’information dans un domaine qui est pourtant d’intérêt public et sur lequel règne une opacité totale.

« Il est temps pour le gouvernement français de changer de mentalité et d’évoluer vers plus de transparence et de redevabilité. On ne peut être une démocratie digne de ce nom et continuer à contourner le débat public et les représentants du peuple sur des questions aussi fondamentales d’un point de vue éthique et moral » explique Elias Geoffroy, responsable programme et plaidoyer Afrique du Nord et Moyen-Orient à l’ACAT.

Tant que le gouvernement continuera de jouer au chat et à la souris en matière de livraisons d’armes illégales, l’ACAT continuera à répliquer et à saisir la justice autant de fois qu’il le faudra. « Il est regrettable que le gouvernement français ne cherche pas à engager un dialogue constructif avec la société civile et les représentants du peuple, sur ce sujet des ventes d’armes » ajoute Luisa Fenu, Directrice du Pôle Programmes et Plaidoyer à l’ACAT.

L’ACAT reste et restera vigilante sur le parcours du cargo saoudien, ainsi que sur les prochaines livraisons de canons Caesar prévues dans les mois à venir.

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