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2 juillet 2019 2 02 /07 /juillet /2019 09:33
Italie. Solidarité pour la « capitaine Courage »
Lundi, 1 Juillet, 2019

Carola Rackete, aux commandes du Sea-Watch 3, a été interpellée en Sicile, après quinze jours d’errance forcée en mer, avec 42 migrants à bord de son bateau.

 

«Dévoué, le marin accepte l’incertitude du lendemain, est prêt à affronter le danger et à agir par tous temps et en tous lieux, quelles que soient les circonstances. » Ces mots sont inscrits en première page du Livret des valeurs de la marine française. La capitaine Carola Rackete, aux commandes du navire humanitaire Sea-Watch 3, n’a fait qu’obéir à ces valeurs. Elle force le respect. À son arrivée, samedi, dans le port de Lampedusa (Italie), pour y débarquer 42 exilés sauvés des eaux 17 jours plus tôt, la jeune femme a dû faire face à l’attaque d’un navire de guerre, envoyé pour la stopper par le très xénophobe ministre italien de l’Intérieur, Matteo Salvini. Mais au final, rien n’aura empêché cette scientifique, spécialisée dans la navigation en Arctique et en Antarctique, de mener jusqu’au bout sa mission de sauvetage. Une vingtaine de policiers l’attendaient à sa descente du navire pour l’assigner à résidence. De nombreux militants de la solidarité étaient là aussi, venus l’applaudir pour avoir su tenir tête au nouveau « duce » (guide – NDLR) de l’extrême droite européenne et avoir fait revenir de force l’humanité en Europe.

Des messages haineux, sexistes et xénophobes...

« Carola, merci d’avoir mis ton corps dans cette bataille de civilisation », a publié sur Twitter l’écrivain antimafia Roberto Saviano, parmi des centaines d’autres messages rendant hommage à la jeune capitaine allemande. « Vous avez obéi à la loi des hommes, les mêmes hommes qui, il y a plus de 70 ans, ont plongé dans le trou noir de l’histoire, ceux qui relèvent encore la tête aujourd’hui. »

Ces derniers étaient, pour leur part, une poignée à vociférer sur le quai. « Les menottes ! », « J’espère que tu vas te faire violer par ces nègres », ont-ils aboyé, se plaçant à la même hauteur de langage et de pensée politique que leur mentor, Matteo Salvini, qualifiant, l’avant-veille, Carola Rackete d’« emmerdeuse » qui lui « casse les couilles ». La fachosphère française également, sur le site de Riposte laïque notamment, diffuse depuis toute une série de messages haineux, sexistes et xénophobes, et qualifiant les naufragés secourus par le bateau humanitaire de « 42 futurs égorgeurs ».

La justice italienne doit annoncer aujourd’hui, à l’issue d’un interrogatoire mené par le parquet d’Agrigente, en Sicile, si la capitaine de 31 ans sera effectivement poursuivie. Comme sa consœur Pia Klemp, en attente de son procès depuis 2017, elle est passible de quinze ans de prison. Elle pourrait également être accusée de « résistance à un bateau militaire ». Un délit passible de trois à dix ans de réclusion.

Le ministre allemand des Affaires étrangères, Heiko Maas, demande, quant à lui, une « clarification rapide » des accusations. « Sauver des vies est une obligation humanitaire, a-t-il déclaré samedi. Le sauvetage en mer ne doit pas être criminalisé. » La France, elle, se contente d’annoncer qu’elle peut accueillir dix des exilés mis à l’abri par Carola Rackete. « Ni la Commission européenne ni aucun gouvernement européen n’ont trouvé la solution pour le débarquement des 40 survivants, déclare pour sa part l’ONG qui affrète le navire humanitaire. C’est finalement la capitaine Carola Rackete qui, étant à la fois forcée et aussi prête à prendre ses responsabilités, a enfin mis en sécurité ces personnes. »

Une cagnotte pour l’aider à financer ses frais de justice atteignait bientôt, hier après-midi, les 400 000 euros tandis que dans plusieurs communes d’Europe se tenaient des rassemblements de soutien à la « capitaine Courage ».

Émilien Urbach
Italie. Solidarité pour la capitaine Courage Carola Rackete, interpellée à bord du Sea-Watch 3 en Sicile, pour avoir sauvé 42 migrants à bord de son bateau (L'Humanité, 1er juillet 2019)  
Avec Carola Rackete et Pia Klemp, pour la justice et l’humanité

https://you.wemove.eu/campaigns/avec-carola-rackete-et-pia-klemp-pour-la-justice-et-l-humanite

Au gouvernement italien
Au Parlement européen, à la Commission européenne et aux gouvernements de l'Europe
A tous les citoyens et citoyennes de l'Europe

Cette pétition prend la suite de l’appel publié les 27 et 28 juin sur Le Monde, Paris, et Il Manifesto, Rome : « Sea-Watch 3 : C’est maintenant qu’il faut inverser la destruction du droit et de l’humanité », avec 700 signataires. Elle est proposée par le Comité Européen contre la Criminalisation du Sauvetage en Mer (CECCSM).

Un appel international

En faisant arrêter la capitaine Carola Rackete comme « hors la loi » et l’accusant de « rébellion » militaire, en séquestrant son navire comme « bateau pirate », en menaçant l’ONG propriétaire d’une « maxi-sanction » de dizaines de milliers d’euros, le Ministre Matteo Salvini qui semble exercer désormais dans son pays un pouvoir sans limites vient d’ajouter le délire à l’infamie. C’est lui qui place l’Italie en dehors du droit international et des principes fondamentaux dont nos Etats tirent leur légitimité démocratique. De graves conséquences vont s’ensuivre si on n’y fait pas obstacle.

De son côté, en « forçant le blocus » de la douane italienne après 14 jours d’atermoiements de l’UE et l’aveu d’incapacité lamentable de la CEDH, en accostant malgré l’interdiction à Lampedusa pour sauver ses passagers en détresse, la Capitaine du Sea Watch 3 n’a fait que son devoir. Elle en a assumé les risques mais ne doit pas en payer injustement le prix. Il appartient aux citoyens d’Europe et à leurs gouvernements – premiers concernés et impliqués – de faire immédiatement le nécessaire pour que cesse la persécution illégale et déshonorante contre les sauveteurs et l’équipage du Sea Watch 3.

Ne l’oublions pas cependant : une autre capitaine allemande est jugée en Italie pour avoir sauvé plus d’un millier de vies en Méditerranée : accusée d’aide à l’immigration clandestine et de complicité avec les « passeurs », Pia Klemp risque vingt ans de prison pour les vies qu’elle a sauvées – ce qui provoque l’indignation de beaucoup en Europe et dans le monde mais ne semble pas émouvoir nos gouvernements. On veut faire peur aux sauveteurs, mais Carola et Pia ne seront pas les dernières à prendre de tels risques alors que l’hécatombe des noyades se poursuit en Méditerranée avec la complicité des Etats qui devraient l’empêcher.

Nous exigeons donc que le gouvernement italien se ressaisisse, abandonne ses poursuites, libère immédiatement la capitaine Rackete et débloque le Sea Watch 3 pour qu’il puisse poursuivre sa mission. Nous exigeons qu’il accueille les hommes, femmes et enfants rescapés de la guerre et de la noyade, en concertation avec les ONG et les autres pays européens, et instruise correctement leur demande d’asile. Nous exigeons qu’il cesse de criminaliser la solidarité exercée au nom des droits humains par ses propres citoyens. Nous exigeons qu’il cesse d’ameuter l’opinion publique contre les migrants dénués de tout et forcés de quitter l’Afrique.

Nous appelons le nouveau Parlement européen à proposer, la Commission à élaborer, et les Gouvernements à décider enfin, dans l’esprit de la Convention de Genève, la politique commune de l’asile, ainsi que les règles de répartition équitable des personnes qui permettront à l’Europe de remplir ses obligations, de restaurer sa légitimité morale, en faisant preuve de sa capacité politique. Nous les appelons à respecter les conventions SOLAS et SAR qui imposent le débarquement en lieu sûr des personnes secourues en mer, en déclarant que ni la Libye ni la Tunisie ne sont aujourd’hui des lieux sûrs. Nous les appelons à ordonner la reprise des sauvetages en mer et à cesser de financer et d’entraîner les garde-côtes libyens qui traquent et torturent les fugitifs sous prétexte de lutter contre les trafics. Toute autre attitude est en réalité criminelle, elle relève de la lâcheté et de l’idiotie. En voulant épargner des conflits à l’Europe, elle les aiguise et détruit son propre avenir.

Enfin nous appelons tous les citoyens et citoyennes d’Europe à s’élever contre la politique d’hostilité envers les réfugiés et les migrants dont l’Italie aujourd’hui se fait gloire et que d’autres pays pratiquent de façon hypocrite. Nous les appelons à se solidariser avec Carola Rackete et Pia Klemp. A l’heure où Matteo Salvini et d’autres cherchent ainsi à nous entraîner dans l’ignominie, ces femmes courageuses, avec leurs équipages, sont l’honneur du continent européen. Citoyens et citoyennes de l’UE, battons-nous pour les libérer et rejoignons-les dans leur combat qui s’amplifie. Il est certes difficile, mais ses enjeux sont incontestables : contre l’arbitraire, contre l’hystérie xénophobe et le racisme, pour le droit, pour la vie humaine, pour l’hospitalité et aux côtés de tous ceux qui la font vivre. Ne restons pas spectateurs.

Photo: SeaWatch

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2 juillet 2019 2 02 /07 /juillet /2019 06:00
Commerce. Quand l’UE et le Mercosur signent le pillage de la planète (Cathy Dos Santos, L'Humanité, 1er juillet 2019, et entretien de Eric Serres avec Maxime Combes)
Commerce. Quand l’UE et le Mercosur signent le pillage de la planète
Lundi, 1 Juillet, 2019

L’accord conclu entre Bruxelles et les pays du cône sud-américain prévoit de faire sauter les taxes douanières, entraînant des désastres pour les filières agricoles et l’environnement. Il doit encore être ratifié par chaque parlement.

 

Les multinationales et autres investisseurs rêvaient depuis longtemps d’une zone commerciale gigantesque, « libre et non faussée ». L’Union européenne et le Mercosur (Argentine, Brésil, Paraguay, Uruguay) se proposent de la leur offrir sur un plateau en or avec une quasi-impunité fiscale, sociale et environnementale aux conséquences désastreuses dans ces domaines de part et d’autre de l’Atlantique. Après vingt ans de tractations et de marchandages pour savoir qui remportera le plus gros morceau de la bête, ces deux blocs de 777 millions d’habitants sont convenus, vendredi, de la création d’un accord de libre-échange qui pèsera pour près d’un quart du PIB mondial. « Accord commercial fait ! Un moment historique. Au milieu des tensions commerciales internationales, nous sommes en train d’envoyer un signal fort que nous appuyons le commerce basé sur des normes », a jubilé dans un tweet le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, qui entend quitter ses fonctions, en brandissant le texte tel un trophée de guerre.

« Tournant historique en faveur de l’ouverture économique »

C’est « une conquête » pour Buenos Aires, alors que le président de droite Mauricio Macri devra affronter une élection présidentielle à l’issue incertaine en raison de l’impopularité de ses réformes libérales et austères. « Tournant historique (…) en faveur de l’ouverture économique », s’est félicité le Brésil du président d’extrême droite, Jair Bolsonaro, qui offre, avec cet accord, du pain bénit à ses soutiens de l’agrobusiness et aux multinationales qui exploitent les territoires amazoniens.

Ces satisfactions ne parviennent pas à étouffer les salves de critiques qui ont accompagné cette nouvelle phase de libéralisation des échanges commerciaux. Car, l’accord UE-Mercosur, c’est une affaire de gros sous aux retombées sociales et économiques asymétriques en raison de la levée des taxes douanières et de l’ouverture de marchés, jusqu’alors réglementés. L’organisme sud-américain exigeait des impôts de l’ordre de 91 % sur les produits en provenance de l’Europe. En retour, cette dernière éliminera jusqu’à 92 % de ses taxes sur les importations en provenance du cône sud. Le deal conclu n’épargne aucun domaine, mais des secteurs clés sont particulièrement touchés. L’Europe pourrait à l’avenir exporter ses produits industriels, notamment de la filière automobile. Elle serait également avantagée en ce qui concerne l’importation de métaux rares pour les hautes technologies, faisant la part belle aux compagnies extractivistes, au détriment des normes environnementales. Elle sortirait également gagnante sur le terrain des marchés publics – infrastructures, télécommunications – des pays du Mercosur qui avaient jusqu’à présent mis leur veto à ces secteurs stratégiques pour leur propre économie. Les Latino-Américains, quant à eux, ont finalement remporté la palme des négociations en obtenant un feu vert – conditionné à des normes sanitaires et environnementales à la marge – leur permettant d’inonder les Vingt-Huit de produits agricoles et agro-industriels : bœuf, volaille, sucre, éthanol, jus d’orange, café instantané…

Depuis l’an 2000, le chapitre agricole a été la pierre d’achoppement des négociateurs au point de faire capoter la trentaine de rounds de pourparlers qui ont eu lieu. Il pourrait d’ailleurs constituer le principal obstacle à la mise en œuvre de l’accord, qui, pour voir le jour, devra encore être ratifié par l’ensemble des parlements des États membres, puis par le Parlement européen, ainsi que par les assemblées nationales des pays latino-américains concernés. Et pour cause, ces derniers constituent à eux seuls une puissance agricole à même de dévaster l’agriculture européenne. Selon l’accord conclu – aux vastes zones d’ombre –, le Mercosur aurait gagné de pouvoir exporter 99 000 tonnes de viande bovine avec des taxes douanières réduites à 7,5 %. Lors de précédentes tractations, les Latino-Américains exigeaient que ses exportations soient libres d’impôts, contre les 70 000 tonnes avancées par l’UE. Le compromis final n’en est pas un, et il risque d’affaiblir à mort une filière de la viande déjà très fragilisée, la Fédération nationale bovine estimant que la baisse du nombre d’élevages bovins a doublé depuis 2017. Pour rappel : le Mercosur exporte déjà près de 250 000 tonnes de bœuf vers l’Europe, soit 75 % des importations totales de l’UE. Le nouvel accord, dont tous les aboutissants ne sont pas connus, pourrait dévaster les éleveurs européens. De l’aveu du commissaire européen à l’Agriculture, Phil Hogan, l’UE a opéré des « concessions significatives », à même de poser, a-t-il dit, non sans euphémisme, « certains défis pour les agriculteurs européens » que « l’aide financière » d’un milliard d’euros « en cas de perturbation du marché » ne saurait pallier.

« 74 % des produits phytosanitaires au Brésil sont interdits en Europe »

La possible déferlante de produits agricoles et de l’agrobusiness a soulevé une vague de contestation en Europe. Cette « politique commerciale a deux poids et deux mesures » creuse le fossé « entre ce qui est demandé aux agriculteurs européens et ce qui est toléré des producteurs du Mercosur » quant aux normes sanitaires et environnementales, a protesté la Copa Cogeca, la puissante fédération qui regroupe les syndicats agricoles de l’UE. Même tonalité pour le principal syndicat allemand, le Deutscher Bauernverband, qui estime que « beaucoup d’exploitations agricoles familiales » seront en danger si l’accord est ratifié. En France, les réactions à charge n’ont pas manqué, des Jeunes Agriculteurs à la FNSA qui, par la voix de Christiane Lambert, ont fustigé « un coup dur pour l’agriculture ». « 74 % des produits phytosanitaires utilisés au Brésil sont interdits en Europe », a-t-elle alerté. C’est là l’autre préoccupation majeure qui avait déjà été soulevée par 340 ONG européennes et sud-américaines concernant l’impact environnemental.

Salve de critiques des syndicats agricoles et des partis politiques

« On ne peut pas promouvoir une agriculture durable et faire du climat une priorité, et importer sa viande de l’autre bout de la planète en favorisant un modèle agricole intensif responsable de 80 % de la destruction de la forêt amazonienne », a vivement réagi l’eurodéputé PS Éric Andrieu. Pour Esther Benbassa, d’Europe Écologie-les Verts, l’accord est « une catastrophe écologique », tandis que le secrétaire national du PCF, Fabien Roussel, a mis en garde contre « un projet qui va abîmer la planète, notre santé et l’agriculture française ». La France insoumise appelle à un rassemblement, mardi, devant le Parlement européen, pour dénoncer un « accord opaque » conclu « au cours de la vacance parlementaire et sans transmission de la moindre information aux députés sortants ».

Alors que l’eurodéputé LaREM Pascal Durand qualifie la signature du projet de « jour funeste », le président français Emmanuel Macron a évoqué un « bon » texte, tout en parlant de « vigilance » dans sa mise en œuvre. L’hôte de l’Élysée avait pourtant juré sur tous les tons qu’il n’y aurait pas de signature tant que Brasília ne confirmait pas son soutien à l’accord de Paris sur le climat, dont Jair Bolsonaro a menacé de se retirer. Avant de se coucher face aux pressions de ses partenaires européens. À l’issue du sommet du G20 à Osaka au Japon, le locataire du Planalto, climatosceptique par excellence et fossoyeur de l’Amazonie, a griffonné son accord de principe, les promesses n’engageant que ceux qui y croient.

Cathy Dos Santos
Maxime Combes : « On ouvre encore plus les portes à l’agrobusiness »
Lundi, 1 Juillet, 2019

Salué par Macron, le traité de libre-échange entre l’Union européenne et les pays du Mercosur entraîne une levée de boucliers de la part de nombre d’organisations non gouvernementales. Entretien avec Maxime Combes, économiste à Attac et militant pour la justice climatique.

 

 

Emmanuel Macron avait promis qu’il ne signerait pas un mauvais accord. Et pourtant, ce traité de libre-échange avec le Mercosur (Brésil, Argentine, Uruguay et Paraguay) va encore une fois à l’encontre de ses dires ?

Maxime Combes Clairement ! On donne notamment une légitimité à un Jair Bolsonaro alors que celui-ci remet en cause de manière permanente les régulations environnementales au Brésil. Il a démantelé le ministère de l’Écologie. Il favorise la déforestation au profit de l’agrobusiness et viole les droits de populations indigènes. Signer cet accord, c’est lui délivrer un blanc-seing. Mais, au-delà, regardons les répercussions en Europe. L’UE, en acceptant d’importer des produits agricoles (viande bovine, volaille) et en continuant à importer massivement du soja (transgénique), va fortement déstabiliser son secteur agricole.

Un tel accord va-t-il aussi à l’encontre des efforts faits par certains en Europe pour mettre sur pied une agriculture responsable ?

Maxime Combes C’est un très mauvais signal qu’on donne. Cet accord va avoir des impacts négatifs sur la capacité des pouvoirs publics et du monde paysan à organiser une transition vers une agriculture locale et de qualité. On ouvre encore plus les portes à l’agrobusiness et à ses multinationales.

Au-delà de l’agriculture, qu’en est-il aussi du secteur de l’énergie ? Ainsi l’Argentine et ses hydrocarbures non conventionnels. Ne va-t-on pas inciter ce pays à produire toujours plus et à détruire encore ?

Maxime Combes Le mandat avec lequel la Commission européenne a négocié avec le Mercosur n’a jamais été rendu public. On ne sait rien des secteurs qui ont été mis sur la table. Il est clair, par contre, que cette fuite en avant fera primer les intérêts des multinationales sur les exigences sociales, les droits humains, la lutte contre le réchauffement climatique et la protection de la biodiversité. Tout cela est lié à la nature même des règles qui organisent le commerce international et sur laquelle se base la signature de ces accords. Ces règles imposent que rien ne puisse entraver un accord, et ce, même s’il nuit à des principes fondamentaux.

Est-il encore possible que les pays européens, qui doivent ratifier le traité, le retoquent ?

Maxime Combes Il faut d’abord rappeler que le mandat commercial avec lequel la Commission européenne a négocié est fondé sur des règles édictées au siècle passé. Or celles-ci sont aujourd’hui obsolètes. Cette vieille doctrine européenne qui voulait placer l’Europe au cœur des négociations économiques n’est plus d’actualité. Le climat et les inégalités sociales sont les seuls enjeux de demain. Ensuite, tout est possible. Nous sommes sûrement devant un accord mixte, qui mêle des enjeux de commerce, mais aussi des éléments qui ne sont pas liés à celui-ci. Or ces éléments extérieurs doivent aussi être ratifiés par les parlements de chaque État membre et, pourquoi pas, invalidés. Du coup, rien n’est terminé. Ces derniers jours, il y a eu de très fortes mobilisations de nombreux secteurs : ONG, syndicats et monde agricole dans son ensemble. Pour rappel, le Parlement européen était extrêmement divisé lorsqu’il a fallu discuter avec l’Amérique de Donald Trump. Pourquoi pas dès lors avec le Brésil de Bolsonaro ?

Entretien réalisé par Éric Serres
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30 juin 2019 7 30 /06 /juin /2019 09:02

 

La Cour suprême devait examiner, hier, une demande de remise en liberté de l’ancien président de gauche. Les agissements de l’ex-juge et désormais ministre de la Justice, Sergio Moro, sont contestés par ses pairs.

On ne compte plus les mauvais rebondissements de l’affaire Lula. Et le dernier épisode n’est pas de nature à corriger le déni de démocratie dont est victime l’ancien président du Brésil (2003-2010). La deuxième cour du Tribunal suprême fédéral (STF) devait examiner, hier, la demande d’Habeas Corpus déposée par ses avocats, l’an dernier. Lundi, la juge et présidente de cette instance, Carmen Lucia, a annoncé qu’elle retirait la requête de remise en liberté de Lula de l’ordre du jour pour la reporter à la reprise de leur session, en août prochain. Avant de se raviser. À l’heure où nous écrivons ces lignes, la session du STF n’était toujours pas achevée, et une volte-face de dernière minute n’était pas à exclure. À l’heure où le pouvoir judiciaire brésilien est ébranlé, le STF confirme sa prise de parti dans la conjuration tentaculaire qui, après avoir destitué la présidente de gauche Dilma Rousseff, a écarté le leader historique du Parti des travailleurs du jeu politique brésilien, en l’empêchant de se présenter à la présidentielle de l’an dernier. Depuis avril 2018, Lula se trouve derrière les barreaux, après avoir été condamné à une peine de plus de 9 ans de prison pour un triplex dont il n’a jamais été propriétaire et ce, au mépris de la présomption d’innocence. Il est désormais de notoriété publique que le juge anticorruption Sergio Moro a manqué à tous ses principes. Les récentes révélations du site The Intercept Brasil concernant des messages échangés entre le désormais ministre de la Justice du président d’extrême droite Jair Bolsonaro et les représentants du parquet, dont le procureur Deltan Dallagnol, témoignent de « graves irrégularités » lors de l’enquête « Lavage express ».

Les Nations unies à nouveau saisies

« Non seulement Sergio Moro a conduit les procédures en toute partialité, mais c’est en réalité lui qui a dirigé l’accusation, au mépris des règles les plus fondamentales de la procédure au Brésil (…) Il a manipulé les mécanismes de la délation récompensée, orienté les travaux du ministère public, exigé le remplacement d’une procureure qui ne lui donnait pas satisfaction, et dirigé la stratégie de communication de l’accusation (…) Cette stratégie a été poursuivie de façon secrète, en étroite collaboration avec le parquet. Cela s’ajoute au fait que Sergio Moro avait placé sur écoute les avocats de Lula et décidé de son propre chef de ne pas respecter une décision d’un juge d’appel ordonnant la mise en liberté de Lula, violant ainsi la loi de manière éhontée », dénoncent d’éminentes personnalités du monde judiciaire, dont Baltasar Garzon et Mireille Delmas-Marty dans une tribune publiée dans le Monde du 25 juin.

Au Brésil, le malaise est palpable. Trente juges ont demandé, lundi, à l’Association des juges fédéraux la suspension du ministre Sergio Moro, informe la Folha de São Paulo. « Les conduites rapportées sont totalement contraires aux principes éthiques et aux règles juridiques qui doivent régir l’action d’un magistrat ; lorsqu’un juge agit de manière partiale au point de confondre son action avec celle d’un organe accusateur, la crédibilité du pouvoir judiciaire est mise en échec », déplorent-ils.

Pour la première fois depuis le début de l’affaire, le rapporteur de l’ONU sur l’indépendance du pouvoir judiciaire, Diego Garcia-Sayan, a lui aussi fait part de ses inquiétudes quant aux attaques proférées par Sergio Moro lors de son audition par la commission justice du Sénat, où il s’en est pris au journaliste Glenn Greenwald, à l’origine des révélations. À cette occasion, le protégé de Jair Bolsonaro, sans qui sa victoire à la présidentielle aurait été impossible, s’est défendu de tout écart de conduite. Pourtant, rappelle Diego Garcia-Sayan, « les principes d’intégrité et de neutralité » ont été rompus durant l’enquête.

Les avocats de l’ancien chef d’État ont décidé de saisir à nouveau les Nations unies concernant les agissements illégaux de Sergio Moro. La défense du célèbre prisonnier politique entend également dénoncer les récentes pressions exercées par les forces armées et le gouvernement sur le pouvoir judiciaire afin d’empêcher toute libération de Lula.

Cathy Dos Santos

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29 juin 2019 6 29 /06 /juin /2019 06:56
Catherine Wihtol de Wenden avait été l'invitée des Jeudis Rouges des sections PCF de la 8e circonscription du Finistère, Réseau Partage des Savoirs, à Quimperlé, pour une conférence d'éducation populaire cette année, le 28 mars 2019, qui avait rassemblé beaucoup de monde. 
Le sort des migrants. Le droit émergent à la mobilité
Vendredi, 28 Juin, 2019

Catherine Wihtol de Wenden

 

L’élection d’un nouveau Parlement européen et la poursuite des épisodes de morts en Méditerranée, des murs, des camps et des situations d’illégalité du séjour dues aux migrations appellent une nouvelle politique concertée entre les États européens entre eux et entre les institutions européennes et les États, contrairement à la crise passée, marquée par le défaut de solidarité entre les pays européens et le manque de confiance entre les États et la Commission de Bruxelles.

Tout d’abord, une remise à plat complète de la politique européenne d’immigration et d’asile, compte tenu de ses dysfonctionnements, s’impose, en questionnant le principe du renforcement des frontières extérieures de l’Europe. La suppression des accords de Dublin II sur l’asile, en débat depuis quinze ans, est nécessaire, car le principe « one stop, one shop » (tout demandeur d’asile doit obligatoirement demander l’asile dans le premier pays européen où il a mis le pied) ne fonctionne pas car ce système ruine l’insertion future des nouveaux arrivants qui ne souhaitent pas rester dans ce pays sans réseaux de connaissances familiales ou de compatriotes, ni perspectives d’insertion professionnelle.

Tout demandeur d’asile en Europe doit en outre avoir les mêmes chances d’avoir une réponse uniforme à sa demande quel que soit le pays européen auquel il s’adresse, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui car chaque pays conserve un pouvoir d’appréciation de la situation de crise dans le pays de départ où des considérations politiques, diplomatiques, commerciales peuvent interférer alors que la transparence entre pays européens serait de mise.

Ensuite, l’Europe doit suivre les lignes tracées par le pacte de Marrakech de 2018, « pour une immigration sûre, organisée et régulière », c’est-à-dire ouvrir davantage ses frontières à l’immigration de travail légale dans les secteurs non pourvus par les nationaux. Cette disposition permettrait de résoudre la difficulté de faire la part des profils de demandeurs d’asile et de migrations économiques. Les migrants cherchant du travail ne seraient plus obligés de se présenter sous le jour d’une demande d’asile (avec beaucoup de risques d’être déboutés) du fait de la suspension, depuis 1974, de l’immigration de travail salarié, ou de faire appel à des passeurs en Méditerranée et de traverser la Libye avec le concours des trafiquants en s’exposant à des formes d’esclavage et à la mort en mer (2 275 en 2018).

Enfin, face à l’ampleur des échecs des politiques de reconduction à la frontière, de retour, des dispositions répressives et dissuasives et au coût de l’approche sécuritaire des migrations, il convient au contraire de considérer celles-ci comme un phénomène banal, correspondant à une tendance structurelle du monde et non à une pratique criminelle. Les migrants fuient les inégalités dans un monde interdépendant, les crises et les conflits, le chômage massif des jeunes, la gestion politique de pays faillis, la corruption, l’absence d’espoir. Or, l’inégalité du droit à la mobilité qui dépend du passeport (soumis ou non à l’obligation de visa) est l’une des inégalités les plus mal vécues dans le monde d’aujourd’hui, qui considère la mobilité comme une forme de modernité et de développement humain. Il n’est plus possible d’imaginer un monde où seuls les habitants du nord de la planète peuvent circuler librement et un monde du Sud contraint à rester derrière ses frontières en attendant un hypothétique développement futur car le développement est lui-même lié aux migrations. Le droit à la mobilité est l’un des droits émergents de ce début du XXe siècle.

Juriste, politologue, directrice de recherche au CNRS

Le sort des migrants. Le droit émergent à la mobilité - Catherine Wihtol de Wenden - L'Humanité, 28 Juin 2019
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27 juin 2019 4 27 /06 /juin /2019 10:54
Plan Trump : l’arnaque du siècle !

http://www.france-palestine.org/Plan-Trump-l-arnaque-du-siecle

Ce devait être une conférence, c’est devenu un atelier économique : des chefs d’entreprises et de fonds d’investissement y côtoient les rares responsables politiques qui ont accepté de se compromettre dans cette mystification. Le plan de la Trump Company a été dévoilé : des mesures hors sol pour tenter de liquider une fois pour toutes les droits du peuple palestinien.

La vision de Trump de la reconnaissance des droits du peuple palestinien est simple et claire : tout doit disparaître. Depuis son arrivée au pouvoir, il s’est exprimé sur tous les volets : feu vert à la colonisation, reconnaissance de l’annexion de Jérusalem, acceptation de l’occupation, préparation de l’annexion d’une partie de la Cisjordanie, enterrement de la question des réfugiés palestiniens : toutes les atteintes par Israël au droit international et au droit humanitaire sont validées par les USA. La loi du plus fort et le fait accompli en guise de règle.

Le cadre politique est donc posé. Pour y parvenir : le soi-disant « miracle économique ». Le mirage d’une société prospère et dynamique construite à coups de pétrodollars sur les ruines des droits du peuple palestinien.

Qu’attendent les écoliers palestiniens, sinon de pouvoir se rendre à l’école sans passer par les points de contrôle de l’occupation, sans vivre cette humiliation matin et soir, et sans craindre de trouver leur maison détruite au retour de l’école ou un père, une mère, un frère emprisonné ?

Que valent les discours néo-coloniaux d’un développement piloté de l’extérieur et de « protection de la propriété privée », comble du cynisme lorsque l’on sait que le vol par Israël des maisons, des terres et des ressources palestiniennes se poursuit depuis plus de 70 ans ?

Ce dont la Palestine et les Palestiniens ont besoin pour pouvoir vivre, travailler, développer leur société, c’est la fin de l’occupation de leur terre par Israël, la fin de la colonisation, la fin des politiques discriminatoires et bien évidement la levée immédiate du blocus de Gaza. Le plan pour y parvenir passe par l’application des résolutions de l’ONU que les USA ont balayées d’un revers de manche pour plaire à leur allié israélien.

Mme Hanan Achraoui, conseillère de Mahmoud Abbas n’a pas déclaré autre chose : "Commencez par lever le siège de Gaza, par arrêter le vol par Israël de notre terre, de nos ressources et de notre argent, donnez-nous la liberté de mouvement et le contrôle sur nos frontières, notre espace aérien, nos eaux territoriales [...] et ensuite regardez-nous construire une économie dynamique et prospère en tant que peuple libre et souverain".

Aux côtés des Palestiniens, l’Association France Palestine Solidarité réaffirme qu’aucune solution ne pourra voir le jour sans un règlement politique basé sur le droit international et le droit à l’autodétermination des peuples. L’entreprise de liquidation de la question palestinienne menée par Donald Trump doit être dénoncée pour ce qu’elle est et la France doit prendre ses responsabilités en s’engageant enfin vers cette solution politique.

Laissons la conclusion à Dominique de Villepin : « On n’achète pas l’indépendance d’un peuple. On n’achète pas la dignité d’un peuple. Cinquante milliards pour fermer sa gueule et accepter d’être dépouillé de ses droits : c’est ignoble ! Ce plan est mort-né ».

Le Bureau national de l’Association France Palestine Solidarité
26 juin 2019

 

Palestine - Plan Trump : l’arnaque du siècle ! (communiqué AFPS, 27 juin 2019)
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26 juin 2019 3 26 /06 /juin /2019 11:00
Tensions Etats-Unis / Iran : la périlleuse escalade -  Pascal Torre (secteur international du PCF)

Tensions Etats-Unis / Iran : la périlleuse escalade

Pascal Torre (PCF)


Les attaques de deux pétroliers japonais et norvégien en mer d'Oman le 13 juin, après les actes de
sabotage de quatre navires en mai, marquent une nouvelle étape dans la dangereuse surenchère entre
l'Iran et les Etats-Unis. Cet engrenage s'est accéléré depuis que Washington s'est retiré unilatéralement
de l'accord sur le nucléaire et a mis en place un régime de sanctions.


L'heure est désormais à l'escalade.

Donald Trump, ses alliés israéliens et des pétromonarchies du Golfe accusent Téhéran d'avoir fomenté ces opérations, sans preuves tangibles, conduisant les pays de l'Union Européenne à exprimer de la prudence dans l'attribution des responsabilités voire de la perplexité.

Quant à l'Iran, elle dément toute implication. L'offensive américaine se traduit également par un renforcement de ses capacités militaires avec l'envoi d'un porte-avion, de missiles Patriot et d'un contingent supplémentaire de 1000 soldats. La destruction d'un drone espion américain au dessus du territoire iranien a conduit D. Trump à ordonner des frappes aériennes avant qu'il ne se rétracte. Enfn, la politique de pression maximale empêche désormais l'Iran d'exporter son pétrole, menaçant d'asphyxie une économie minée par la crise, les inégalités et la corruption.

Les Etats-Unis agissent en violation complète du droit international et imposent leur volonté au monde par leur règle d'extra-territorialité.
L'étranglement de l'économie iranienne pousse ses dirigeants à faire le dos rond, alors que la population
soufre désormais de pénuries, d'absence de perspectives et d'accentuation de la répression contre toute
velléité d'expression démocratique. Les femmes sont particulièrement visées par ce déchaînement de
violence. Le consensus qui s'exprime sur l'exigence de résistance pousse certaines forces à accentuer la
militarisation du système et à poursuivre la politique milicienne d'interventionnisme régional. Faute de
dividendes politiques et économiques, Téhéran fait aussi monter la pression en annonçant que ses
réserves d'uranium enrichi dépasseront les limites prévues par l'accord sur le nucléaire dés le 27 juin.
Tandis que les provocations se multiplient, rejetées par les opinions publiques respectives, les Etats-Unis
et l'Iran proclament ne pas vouloir d'une nouvelle guerre au Moyen-Orient et s'installent dans un statu quo propice à tous les dérapages. Pour les iraniens, confrontés à des tensions internes et à des
interrogations sur leur politique étrangère controversée, ni l'escalade régionale, ni le dialogue avec D.
Trump ne constituent une alternative crédible. Quant à la stratégie de Washington, elle apparaît dans
l'impasse. Le président américain n'est pas parvenu, dans sa croisade, à enrégimenter les pays
signataires de l'accord sur le nucléaire. Il s'agace de son incapacité actuelle à faire fléchir l'Iran alors qu'il
est engoncé dans un double discours : officiellement, il appelle à négocier sur le nucléaire, les missiles
balistiques et la politique régionale tout en souhaitant officieusement un renversement du pouvoir
actuel. Mais surtout, D. Trump manifeste, comme son prédécesseur, le souhait de se retirer du Moyen-
Orient tout en multipliant les foyers de confits avec la volonté de peser sur les évènements. Enfin, dans
la perspective du scrutin de 2020, D. Trump ne se contentera pas de résultats limités sur le dossier iranien afin de flatter sa base électorale.

Le Parti communiste français (PCF) s'inquiète et condamne cette dangereuse escalade qui risque
d'embraser à nouveau un Moyen-Orient exsangue. Il dénonce la politique de sanctions américaine qui accentue la souffrance et la pauvreté du peuple iranien et conforte ce pouvoir théocratique dans la répression des forces démocratiques.
Il appelle la France et l'Union Européenne à ne pas céder aux injonctions de D. Trump en n'appliquant pas les sanctions, en maintenant leur engagement en faveur de l'accord sur le nucléaire et en refusant de se laisser entraîner dans une politique agressive.

Pascal TORRE, responsable-adjoint du secteur international du PCF, en charge du Maghreb et du Moyen-
Orient

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26 juin 2019 3 26 /06 /juin /2019 07:31

 

Par incompétence et bêtise, le président américain Donald Trump, poussé par son entourage fondamentaliste et néoconservateur, n’a jamais été aussi près d’attaquer l’Iran. Son opposition personnelle aux guerres extérieures se heurte aux impasses créées par ses décisions et sa propre rhétorique belliciste.

 

Que se passe-t-il dans les couloirs de la Maison Blanche ? Que se trame-t-il ces jours-ci dans la fameuse West Wing, où officie l’ombrageux John Bolton, un ennemi déclaré de l’Iran qui rêve depuis des décennies de faire la peau aux mollahs de Téhéran ?

Si les propos exacts des uns ou des autres nous échappent, l’idée générale est assez claire. Depuis des semaines, Bolton et Mike Pompeo, un ultraconservateur du Kansas à la tête de la diplomatie américaine, ainsi que la directrice de la CIA Gina Haspel, impliquée dans les programmes de torture de l’après-11-Septembre, font tout pour pousser le président Trump à décider une frappe militaire contre Téhéran.

Jeudi 20 juin, ils ont failli parvenir à leurs fins lorsque le président Trump a ordonné, puis annulé au dernier moment une frappe militaire qui avait pour objectif des radars et des batteries de missiles situés sur le territoire iranien.

L’opération avortée était destinée à riposter à une attaque menée par l’Iran contre un drone de surveillance américain dans le golfe d’Oman. Une attaque justifiée, selon Téhéran, par l’incursion du drone sur son espace aérien – une version que Washington dément.

À dix minutes près, les États-Unis s’engageaient dans une spirale militaire incontrôlable, potentiellement dévastatrice.

À cette heure, Donald Trump, dirigeant imprévisible, versatile, conseillé en coulisses par un présentateur star de Fox News qui lui conseille la retenue pour ne pas nuire à sa réélection l’an prochain, est donc la principale force qui s’oppose à cette intervention. Ce qui, avouons-le, n’a rien de rassurant.

S’ils n’ont pour l’instant pas obtenu gain de cause, le néoconservateur John Bolton, architecte de la guerre américaine en Irak, et le chrétien fondamentaliste Mike Pompeo, qui s’échinent à installer un climat favorable à une intervention, n’ont pas rendu les armes.

Pompeo, qui ne rate pas une occasion d’accuser Téhéran de « désinformation », s’est envolé dimanche pour un voyage au Moyen-Orient où il fera halte en Arabie saoudite et aux Émirats arabes unis, afin, dit-il, de bâtir une coalition destinée à « faire reculer le plus grand sponsor étatique du terrorisme dans le monde ». Après la reculade de Trump, John Bolton a exigé ce week-end du régime de Téhéran qu’il ne confonde pas la « prudence » américaine avec de la « faiblesse ».

Le New York Times a annoncé dimanche que l’armée américaine a activé récemment un programme de cyberattaques et d’opérations clandestines contre des installations militaires et des groupes liés au renseignement iranien, soupçonnés par Washington d’être à l’origine de récentes attaques de tankers pétroliers dans le très stratégique détroit d’Ormuz, une accusation démentie par Téhéran.

Lundi, le président américain a annoncé une nouvelle salve de sanctions contre la République islamique, visant le guide suprême Ali Khamenei, huit généraux du commandement des Gardiens de la Révolution, l'armée idéologique de l'Iran, et le chef de la diplomatie iranienne Mohammad Javad Zarif. 

Le président iranien Hassan Rohani a assuré mardi que ces mesures seront sans effet : « Nos dirigeants ne sont pas comme ceux d'autres pays qui ont des milliards sur des comptes à l'étranger pour que vous puissiez vouloir imposer des sanctions dessus, les saisir ou les bloquer. »

Les Américains « mentent quand ils disent vouloir dialoguer avec l'Iran, comme le prouvent les nouvelles sanctions », a-t-il poursuivi dans une allocution télévisée. « Cette Maison Blanche souffre de troubles mentaux. Elle ne sait plus quoi faire », a ajouté le président iranien.

À plusieurs égards, Donald Trump se retrouve dans une impasse stratégique totale, et cette position dangereuse pourrait in fine le conduire à une intervention.

Le président américain s’est fait élire en défendant la nécessité d’arrêter les guerres – une promesse qu’il n’a d’ailleurs pas tenue, puisqu’il a ordonné par deux fois des frappes en Syrie et soutient activement l’intervention saoudienne au Yémen, tandis que les États-Unis restent engagés dans sept guerres (Afghanistan, Irak, Syrie, Yémen, Somalie, Libye, Niger).

Sa rhétorique envers Téhéran, une marque de fabrique chez lui, est si belliciste qu’une intervention pourrait un jour lui éviter de se déjuger et de perdre la face – une dimension qui n’est pas anecdotique pour cet homme d’affaires qui se targue de détester les « losers », et dont l’obsession est de « gagner ».

En 2018, Trump a dénoncé l’accord sur le nucléaire signé avec Téhéran et les Européens. L’Iran, qui a continué de l’observer jusqu’à présent, menace désormais de relancer très prochainement sa production d’uranium enrichi. Une déclaration qui a conduit l’administration Trump à annoncer la semaine dernière le déploiement d'un millier de soldats américains de plus au Moyen-Orient.

Dimanche, lors d’un entretien sur la chaîne NBC, Trump a affirmé qu’il ne souhaitait pas la guerre et a lancé un improbable appel à la négociation. Un an après avoir rompu le deal tripartite sur le nucléaire iranien, le président américain s’est dit convaincu que Téhéran « souhaite un accord ». Et ce, alors même que les canaux de discussion officieux avec la République islamique sont rompus.

Dans ce contexte incertain, l’Iran continue de s’en remettre à la communauté internationale, notamment aux Européens, pour peser sur Washington. Vendredi, à Bruxelles, le président français Emmanuel Macron a appelé les États-Unis et l’Iran à « la raison, la désescalade et la discussion ».

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24 juin 2019 1 24 /06 /juin /2019 20:05
Conférence de Bahreïn  : le piège tendu aux Palestiniens (Pierre Barbancey, L'Humanité, 25 juin 2019) - et entretien avec Maher Mezher, membre du FPLP
Conférence de Bahreïn  : le piège tendu aux Palestiniens
Mardi, 25 Juin, 2019

Washington veut régler la question palestinienne à coups de milliards de dollars, sans évoquer le droit à l’autodétermination et donc à un État. But ultime : rapprocher ses alliés du Golfe et Israël face à l’Iran.

 

Bande de Gaza, envoyé spécial.

Vue de la bande de Gaza, l’ouverture, aujourd’hui, à Bahreïn, de la conférence voulue par les États-Unis, consacrée à la Palestine et intitulée « De la paix à la prospérité », est tout simplement surréaliste. Depuis près de douze ans maintenant, près de deux millions de personnes de ce territoire palestinien subissent un blocus inhumain de la part d’Israël avec un lâche silence international, qui se traduit par une asphyxie de leur économie et un délabrement de leurs conditions de vie, qu’on les enferme comme du bétail, qu’on les bombarde à intervalles réguliers sous prétexte qu’ils refusent cet état de fait ou qu’ils soeint sous la surveillance permanente des drones israéliens. Voilà maintenant qu’il leur faudrait découvrir le bon Donald Trump, déguisé en roi mage, apportant son offrande sur un plateau.

Un plateau sur lequel il manque néanmoins l’ingrédient principal sans lequel aucune recette n’est réalisable : l’autodétermination du peuple palestinien. Ce volet économique – dévoilé samedi –, qui voudrait éteindre une fois pour toutes les velléités palestiniennes d’indépendance, promet monts et merveilles. 50 milliards de dollars seraient levés au cours de la prochaine décennie. Le PIB des Palestiniens serait doublé. Un million d’emplois seraient créés… « Il représente l’effort international le plus ambitieux et le plus complet pour le peuple palestinien jusqu’ici », prétend la Maison-Blanche.

On peut même lire dans le document qu’« aucune vision pour les Palestiniens ne peut se réaliser sans le soutien total du peuple palestinien et de ses dirigeants » ! Ces derniers ont déjà exprimé leur sentiment sans ambages. Vendredi, en différents points de la bande de Gaza, des milliers de Palestiniens ont participé à la Marche du retour sous une banderole on ne peut plus claire : « La terre n’est pas à vendre ». Comme en réponse, les snipers israéliens, postés tout le long de la frontière, ont appuyé sur la détente de leurs fusils à lunette. Abbas, 23 ans, blessé à cinq reprises, était là une fois de plus « pour lancer un message à Israël. Nous demandons pacifiquement nos droits. Nous voulons notre terre ». Hamza, infirmier de 25 ans, l’affirme tout de go : « Ce plan ne m’intéresse pas. La patrie est dans nos gènes. C’est nous qui devons décider. » Ni l’un ni l’autre ne sont des militants.

L’ensemble des organisations palestiniennes, pour une fois passant outre leur division, rejettent ce plan et ne feront pas le déplacement à Bahreïn. « Le potentiel économique total de la Palestine ne peut être atteint qu’en mettant fin à l’occupation israélienne, en respectant les lois internationales et les résolutions de l’ONU », a prévenu Saeb Erekat, le secrétaire général de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP). Pour Talal Abou Zaryfa, du comité central du Front démocratique de libération de la Palestine (FDLP), « ce plan est inacceptable car il veut effacer les droits légitimes du peuple palestinien ».

L’atout maître dans la manche de Trump et de son gendre Jared Kushner, qui est à la manœuvre, réside dans la présence de plusieurs pays arabes. Les poids lourds du Golfe que sont l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis seront bien là, de même que la Jordanie, l’Égypte (seuls pays arabes à avoir signé une paix avec Israël) et le Maroc (où des milliers de personnes ont manifesté samedi en signe de protestation). L’ONU sera représentée, de même que l’Union européenne (UE) ainsi qu’une délégation israélienne, sans doute des chefs d’entreprise, comme l’a laissé entendre Benyamin Netanyahou, histoire de ne pas trop choquer. En revanche, la Russie et la Chine ne seront pas au rendez-vous. Un tableau qui dresse à lui seul les antagonismes et affrontements régionaux. « Ceux qui participent à cette conférence sont des partenaires pour la destruction de la cause palestinienne », a confié à l’Humanité Khaled Al Batch, dirigeant du Djihad islamique, alors que Abdellatif Kanwa, porte-parole du Hamas, également rencontré, veut croire que « ce n’est pas parce que des pays arabes participent qu’ils vont nous forcer à adopter les décisions. Personne ne peut nous forcer ».

Alors que la tension monte entre les États-Unis et l’Iran, tout semble indiquer que cette conférence n’est qu’un prétexte pour rapprocher nombre de pays arabes et Israël, unis dans leur combat régional contre Téhéran. Pour rendre cela possible, il convient de faire croire que la question palestinienne peut être réglée grâce à la baguette magique économique. Quitte à faire porter la responsabilité de tout échec sur les Palestiniens comme cela est régulièrement le cas de façon mensongère. Car, en réalité, le volet politique qui est censé suivre, régulièrement annoncé et tout aussi régulièrement reporté, est en train de se mettre en place. Les États-Unis ont fermé le bureau de l’Organisation de libération de la Palestine à Washington, signe que ce n’est pas un partenaire de discussion, ont reconnu Jérusalem comme capitale d’Israël ainsi que l’annexion du Golan syrien, supprimé leur aide financière à l’UNRWA, l’agence de l’ONU pour les réfugiés palestiniens, afin que disparaisse cette question, et des signaux favorables sont envoyés au gouvernement israélien pour une mainmise quasi totale sur la Cisjordanie, où la colonisation se poursuit. La ficelle est grosse et pourtant… C’est un véritable piège qui est tendu au peuple palestinien.

Pierre Barbancey
Maher Mezher : « Notre cause est celle du droit d’un peuple »
Mardi, 25 Juin, 2019

Maher Mezher, Membre du comité central du Front populaire de libération de la Palestine et dirigeant dans la bande de Gaza, décrypte les enjeux de la conférence qui se tient au Bahreïn jusqu’à mercredi.
 

 

Envoyé spécial.

Comment jugez-vous cette conférence de Bahreïn axée sur le volet économique et l’attitude des pays arabes ?

Maher Mezher Cette conférence ne représente pas la Palestine pour qui est un homme d’honneur. Elle concerne ceux qui veulent trahir la cause palestinienne et garder leur poste de roi, de prince ou de président. Le fait même que cette conférence aborde le volet strictement économique montre que le seul but recherché est que les Palestiniens vendent leur terre. Notre cause n’est pas une cause humanitaire, c’est celle du droit d’un peuple qui veut libérer sa terre occupée. C’est pourquoi l’ensemble des forces palestiniennes refusent ce deal et qu’il n’y aura pas de représentants palestiniens au Bahreïn.

De quelle manière pouvez-vous vous opposer à cette stratégie américaine soutenue par Israël alors qu’une grande partie des pays arabes y participent ?

Maher Mezher De grandes actions sont prévues qui vont mobiliser le peuple palestinien. Pour l’ouverture de la conférence, la bande de Gaza sera en grève générale et, demain, une conférence populaire se tiendra à Gaza-ville, à laquelle participeront tous les partis et toutes les organisations de la société civile. L’après-midi, des manifestations se dérouleront le long de la frontière pour dire que nous sommes tous des résistants, opposés à cet « accord du siècle » qu’on veut nous imposer. En Cisjordanie également, des manifestations ont démarré hier et des rassemblements se tiendront devant tous les check-points dressés par l’occupant israélien. Une action est par ailleurs prévue dans le camp de Yarmouk, en Syrie, pour rappeler le droit au retour des réfugiés palestiniens. Enfin, les grandes marches pour le retour, initiées en mars 2018 à l’occasion de la Journée de la terre, vont se poursuivre.

Comment expliquer le blocage concernant la réconciliation entre les deux principales forces palestiniennes, Hamas et Fatah, alors que chacun se renvoie la balle et que la division demeure ?

Maher Mezher Effectivement, jusqu’à présent, tout est bloqué malgré les accords passés entre le Hamas et le Fatah. Chacune de ces organisations a son propre agenda international. On sent bien que certains n’ont pas une réelle volonté d’atteindre l’unité, parce que la division sert leurs propres intérêts. Au détriment du peuple palestinien.

La division interpalestinienne apparaît comme un frein à toute initiative et semble désespérer les Palestiniens. Comment la surmonter ?

Maher Mezher En tant que FPLP, nous invitons le Fatah et le Hamas à en finir avec cette division qui écrase notre cause et à réaliser l’unité pour combattre cet accord du siècle. Il faut oublier la discorde pour être fort et soutenir la société palestinienne. Dans ce cadre, nous avons présenté plusieurs propositions : ouvrir le dialogue avec toutes les organisations, appliquer tous les accords passés entre le Fatah et le Hamas depuis le 4 avril 2011, inviter le président Mahmoud Abbas à réunir la structure de direction provisoire de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) incluant toutes les organisations, membres et non-membres de l’OLP, afin que soit élaboré un nouveau projet, organiser des élections législatives et présidentielle et, enfin, arrêter tout engagement avec Israël prévu par les accords d’Oslo et ceux de Paris (volet économique d’Oslo – NDLR), et cesser la coordination sécuritaire avec les Israéliens.

Entretien réalisé par P. B
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20 juin 2019 4 20 /06 /juin /2019 19:00
Nouvelles menaces d'assassinats politiques de Kurdes en France (PCF, 20 juin 2019)

 

Nouvelles menaces d'assassinats politiques de Kurdes en France (PCF)

 

Le ministre des Affaires étrangères, J.-Y. Le Drian s'est rendu en Turquie le 13 juin pour y rencontrer son homologue turc. Dès son retour, le co-président et le porte-parole du Conseil démocratique kurde de France (CDKF) ont vu leur compte bancaire bloqué sur ordre des ministères de l'économie et de l'intérieur. De toute évidence, il ressort de l'opacité de ces tractations que les Kurdes sont à nouveau une monnaie d'échange entre Paris et le dictateur Recep Tayyep Erdogan.

Cette décision intervient dans un contexte politique semblable à celui qui prévalait au moment de l'assassinat des trois militantes kurdes à Paris en 2013. L'enquête de la justice française avait abouti à la conclusion que l'Etat turc était bien le commanditaire de ce crime.

La tête du co-président du CDKF a été mise à prix officiellement par les services secrets turcs (MIT). Quant au porte-parole du CDKF, des menaces similaires ont été proférées explicitement par des membres du MIT et ce de manière récurrente depuis plusieurs mois.

L'ambassade de Turquie en France est devenue l'épicentre en Europe des opérations contre les Kurdes. Les autorités françaises ne peuvent pas ignorer cette situation d'une extrême gravité.

Le Parti communiste français (PCF) appelle à la mobilisation de tous les élus et de tous les citoyens épris de justice et qui gardent en mémoire le sacrifice des Kurdes dans la lutte contre l'obscurantisme de l'Etat Islamique. Le gouvernement de la France doit clairement faire entendre qu'il n'acceptera pas que la Turquie assassine ses opposants en toute impunité sur notre territoire. Dans l'immédiat, il lui incombe d'assurer la protection des militants kurdes et de  lever toutes les mesures prises à leur égard. Il est impensable que puisse se reproduire un acte aussi odieux que celui perpétré en 2013. Par ailleurs, toutes tentatives d'extradition  seraient un acte criminel contre des hommes qui risquent la torture et la mort dans les geôles turques.

La responsabilité du gouvernement français est totalement engagée et les capitulations successives ne servent en rien les intérêts de la France.

Le Parti communiste français appelle à la solidarité avec les Kurdes qui portent les valeurs universelles de liberté, de démocratie et de paix.

Parti communiste français
Paris, le 20 juin 2019

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20 juin 2019 4 20 /06 /juin /2019 18:58
Algérie: L'exigence d'une transition démocratique - L'entrée de l'Algérie sur la scène protestatrice - Pascal Torre, secteur international du PCF

 

Algérie: L'exigence d'une transition démocratique

 

L'entrée de l'Algérie sur la scène protestatrice

Depuis le 22 février, l'Algérie a fait irruption sur la scène protestatrice dans la continuité des revendications exprimées lors des "printemps arabes" de 2011. Dans cette société ouverte, dynamique, qui aspire à la liberté et à la démocratie, la contestation n'est pas venue de rien. Elle fut l'aboutissement d'une accumulation de luttes voire d'émeutes depuis trois décennies. Le mouvement de 1988 avait permis d'arracher des réformes sur la liberté de la presse, une nouvelle constitution et des transformations économiques. La victoire des islamistes du FIS en 1991 a occulté cette ouverture politique. Dans les années 2000, le pays a connu près de 10 000 manifestations en moyenne par an sans aboutir à un mouvement unifié. Aux côtés des revendications économiques et sociales, le peuple algérien a désavoué ce régime suranné, autoritaire, corrompu, prédateur plongeant le pays dans l'immobilisme.

Le pouvoir algérien, coalition d'acteurs politiques, militaires et d'affairistes, exclusivement préoccupé par la pérennisation de leurs prérogatives n'est pas parvenu en 2014 à trouver un consensus autour de la succession du président Abdelaziz Bouteflika. Faute d'accord en interne, il a tenté de réitérer l'opération en 2019 heurtant la dignité du peuple algérien et leurs aspirations à une société plurielle et pacifiée. La révolution est née de la confluence de toutes ces protestations.

Cette ébullition est inédite, exceptionnelle par sa durée, ses modalités et ses premiers succès. Elle mobilise toutes les classes sociales, les générations, la jeunesse, les professions et les territoires. Le refus de la violence, la maturité, la détermination et la créativité ont frappé tous les observateurs.

Les manifestants portent des revendications claires, radicales et fédératrices. Ils dénoncent le "pouvoir assassin" et ne se contentent pas du départ de Bouteflika, de son frère Saïd et de certains caciques. Ils réclament un changement de système, du personnel politique et notamment de tous ceux qui ont entouré A. Bouteflika et au premier rang le chef d'état-major Ahmed Gaïd Salah. Enfin, ils exigent une période de transition afin de réformer l'Algérie, de préparer une nouvelle constitution puis d'organiser des élections.

Les risques d'une impasse

Depuis le début des évènements, le pouvoir et l'armée ont utilisé la peur et le spectre de la guerre civile pour endiguer la contestation en essayant de convaincre les algériens que la tyrannie valait mieux que l'anarchie. Ils ont tenté de jouer les Kabyles contre les Arabes en interdisant par exemple la présence du drapeau berbère dans les cortèges. Le fiasco des consultations organisées par le président par intérim Abdelkader Bensalah donne l'image d'un pouvoir discrédité qui navigue à vue, qui n'a plus d'autres alternatives que l'improvision et qui demeure incapable de produire du sens. Pour autant, il ne cède rien sur l'essentiel et nul ne doit exclure l'hypothèse de sa recomposition à la hâte.

Dans ce contexte, l'armée et son chef d'état-major A. Gaïd Salah sont désormais au centre du jeu politique et tentent d'imposer leur feuille de route pour ne pas toucher au système. Au pouvoir depuis 1962, l'armée a tiré les enseignements de ses erreurs et connaît le coût de la violence indiscriminée. A. Gaïd Salah ne ménage pas ses efforts pour apparaître comme le garant de la Révolution insistant sur une vision commune entre l'armée et le peuple. Il est même allé jusqu'à qualifier de "gang" le pouvoir d'A. Bouteflika dont il a été pendant vingt ans l'un des piliers. Aujourd'hui, ce général instrumentalise la justice pour offrir des têtes à la contestation et favoriser une purge dans le cadre de la lutte des clans au sommet de l'Etat. Ainsi, des chefs d'entreprises ou d'anciens premiers ministres sont derrière les barreaux. Beaucoup de manifestants ne sont cependant pas dupes des ces manipulations qui visent essentiellement à désamorcer la colère.

A. Gaïd Salah sait aussi se faire menaçant avertissant qu'il ne laissera aucune latitude aux manifestants qui souhaitent oeuvrer hors du cadre constitutionnel existant. Pourtant, la Constitution algérienne est constamment violée par ceux qui prétendent la soutenir. Après avoir constaté l'incapacité d'organiser le 4 juillet le scrutin présidentiel, le Conseil constitutionnel a prolongé le mandat d'A. Bensalah pour une durée indéterminée et ce en dehors de toutes règles. Bien qu'encore limitée, la répression des manifestants n'en est pas moins réelle. Tous les rassemblements en dehors du vendredi sont désormais interdits. Les provocations policières sont nombreuses et les forces de l'ordre procèdent à des arrestations préventives. Des opposants politiques de premier plan sont incarcérés comme Louisa Hanoune tandis que certains trouvent la mort dans les prisons comme Kamel Eddine Fekhar. L'armée bloque Internet et les réseaux sociaux tout en contrôlant un grand nombre de médias. Ces signes avant-coureurs augurent une possible escalade et l'éventualité d'une répression de grande ampleur à l'image de celle du Soudan qui est dans toutes les têtes.

Le sentiment dominant dans l'opinion publique oscille donc entre la crainte et l'espoir car le mouvement démocratique présente également bien des faiblesses en raison de l'absence de feuille de route et de leader. Le dégagisme radical n'est en soi pas suffisant pour imposer un changement complet. L'opposition politique ne dispose d'aucune crédibilité, apparaît divisée et sans véritable projet de société. Il en va de même pour les islamistes, dont certains soutiennent le pouvoir. Il ne faudrait tout de même pas sous-estimer leur influence et leur habileté même si leur base populaire demeure nettement plus étroite que par le passé.

L'Algérie est en suspens, suspendue à un mouvement de constestation qui ne s'épuise pas et suspendue à l'attitude de l'armée. Cet apparent statu-quo peut conduire à une impasse si bien qu'il y a urgence à enclencher un processus de transition face à l'armée.

La nécessité d'une transition

La transition sera de toute évidence un processus long et difficile. Il faut tenir compte des manoeuvres du pouvoir qui s'exercent dans la plus grande opacité. Ce régime a fait la démonstration de sa capacité à s'adapter aux crises et à apporter des réponses rapides notamment lorsque la rente permettait d'acheter la paix sociale. Avec la baisse des réserves de change, le pouvoir n'en a plus les moyens.

En dépit de ces facteurs, le mouvement citoyen veut des négociations saines et transparentes avec l'armée. Le défi est donc de faire converger toutes les forces démocratiques. Les organisations de la société civile composées de la Confédération des syndicats autonomes, du Forum civil pour le changement ainsi que du Collectif de la société civile viennent de prendre une initiative prometteuse. Ils se sont mis d'accord sur des propositions de sortie de crise et une transition démocratique de six mois à un an. Pour aller vers une nouvelle République qui respecte l'Etat de droit, ils proposent une instance présidentielle collective, un gouvernement chargé d'expédier les affaires courante et une commission indépendante chargée d'organiser les élections. De leur côté, sept partis s'unissent dans un appel pour "construire un pacte politique consensuel qui définira par la suite les contours du processus de transition démocratique".

Si le chemin de l'unité est encore long, il apparaît comme le seul moyen de sortir par le haut de l'impasse actuelle.

Pour la première fois depuis 1962, il y a une volonté commune des Algériens de changer de régime. Ils portent des aspirations universelles à la liberté démocratique. Pour ces raisons, le peuple algérien a besoin de tout notre soutien car cette révolution peut avoir une immense résonance en Afrique du Nord et dans tout le Moyen-Orient.

Pascal TORRE
responsable-adjoint du secteur international du PCF
chargé du Maghreb et du Moyen-Orient

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