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14 mars 2019 4 14 /03 /mars /2019 21:39
Marie-Christine Vergiat et Marie-Pierre Vieu au Parlement Européen « Il faut être honnête, Mussolini a fait des routes, des ponts, des bâtiments, des installations sportives, il a réaménagé tant de parties de notre Italie", a déclaré Antonio Tajani Président du Parlement Européen. Les euro députés GUÉ sortent le carton rouge. Stop révisionnisme. #FascismePlusJamais

Marie-Christine Vergiat et Marie-Pierre Vieu au Parlement Européen « Il faut être honnête, Mussolini a fait des routes, des ponts, des bâtiments, des installations sportives, il a réaménagé tant de parties de notre Italie", a déclaré Antonio Tajani Président du Parlement Européen. Les euro députés GUÉ sortent le carton rouge. Stop révisionnisme. #FascismePlusJamais

« Il faut être honnête, Mussolini a fait des routes, des ponts, des bâtiments, des installations sportives, il a réaménagé tant de parties de notre Italie", a déclaré Antonio Tajani Président du Parlement Européen. Les euro députés GUÉ sortent le carton rouge. Stop révisionnisme. #FascismePlusJamais

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14 mars 2019 4 14 /03 /mars /2019 21:00
Brésil. Marielle Franco, des combats et un espoir inachevés
Jeudi, 14 Mars, 2019

Le 14 mars 2018, l’élue de Rio de Janeiro était lâchement abattue. Depuis, deux policiers ont été arrêtés, mais pas les commanditaires de cet assassinat politique.

Un doigt a pressé la détente. Des mains se sont posées sur un volant pour prendre en filature l’objectif visé. Le meurtre a été planifié, peaufiné. Un an plus tard, la question taraude : qui sont les commanditaires de l’assassinat de Marielle Franco ? Les zones d’ombre demeurent depuis ce fatidique 14 mars 2018. Cette nuit-là, la conseillère municipale de Rio de Janeiro se trouvait dans le quartier de Lapa de la mégapole brésilienne ; elle tenait une réunion autour de la question sensible des droits des femmes noires. À 21 h 30, elle s’engouffre dans la voiture qui la raccompagne à son domicile, avec son chauffeur, Anderson Pedro Gomes, qui sera également abattu, et son assistante, Fernanda Chaves, sortie indemne de l’attaque, et qui vit depuis dans un lieu tenu secret pour des raisons de sécurité. Le véhicule de la dirigeante du Parti socialisme et liberté est pris en chasse. Les occupants ne le remarquent pas : les deux femmes revoient l’agenda de l’élue, parlent du match de football des Fluminenses. Rue Joaquim-Palhares, une rafale de balles explose les vitres arrière. Marielle Franco qui, contrairement à ses habitudes, n’a pas joué le copilote à l’avant, est tuée sur le coup : trois balles dans la tête, une dans le cou. Elle succombe ainsi qu’Anderson Pedro Gomes. Ces crimes provoquent alors un haut-le-cœur. La militante homosexuelle et combattante reconnue en faveur des droits des minorités est un symbole.

Les pistes suivies mènent étrangement au clan Bolsonaro

« L’assassinat a été méticuleusement planifié pendant les trois mois ayant précédé le crime », a précisé le parquet en charge de la lutte contre le crime organisé. « Il est incontestable que Marielle Franco a été exécutée sommairement en raison de son militantisme politique et des causes qu’elle défendait. » Un mois avant son meurtre, elle était montée au créneau contre la militarisation de sa ville, lorsque le gouvernement fédéral avait alors confié à l’armée le contrôle de l’ordre public. Née à Maré, au cœur d’un enchevêtrement de favelas où règnent l’exclusion sociale et géographique, le racisme, la jeune femme de 38 ans avait fait entendre sa voix au sein même de la commission municipale chargée de surveiller les agissements de l’armée dans les bidonvilles où les jeunes, les Noirs, sont considérés comme des butins de chasse.

Jusqu’à présent, l’enquête piétinait. Mais, le 12 mars, le parquet a procédé à deux arrestations : un policier militaire à la retraite, Ronie Lessa, soupçonné d’être l’auteur des coups de feu, et un collègue, écarté de ce corps de sécurité, Elcio Vieira de Queiroz, accusé d’être le chauffeur de la voiture qui a pris en chasse celle de la conseillère municipale. Le premier a été arrêté à son domicile situé dans un ­complexe de propriétés résidentielles ultrachics du front de mer de Barra de Tijuca. Un luxe à peine croyable pour un retraité de la police… C’est là que réside le président d’extrême droite Jair Bolsonaro, dont l’aversion pour les combats que menait Marielle Franco n’est plus à démontrer. La fille de Ronie Lessa entretiendrait une relation avec l’un des fils du chef de l’État, Jair Renan Bolsonaro. Lors d’une conférence de presse, un journaliste a interpellé le responsable de la Division des homicides de la capitale, Giniton Lages, sur cette liaison. « Elle est confirmée, mais cela n’est pas l’objet d’une investigation en ce moment », a-t-il répondu, en précisant aussitôt : « Mais cela pourra l’être à l’avenir. » Il a alors été immédiatement interrompu par une tierce personne, coupant ainsi court au sujet, a rapporté le portail en ligne Brasil 247.

Troublant hasard : les pistes suivies mènent au clan Bolsonaro. En août 2018, l’enquête sur la mort de Franco avait pointé le Bureau du crime, une des milices armées de Rio de Janeiro, qui s’est spécialisée dans les usurpations immobilières. Ses membres – des ex-flics ou encore en service – sont réputés pour être des tueurs à gages professionnels. À sa tête se trouverait Adriano Magalhães da Nobrega, un ancien capitaine du bataillon des opérations spéciales de police viré de l’institution en 2014 pour ses liens avec la mafia du jeu. En 2003, ce dernier fait l’objet de chaudes félicitations de la part de Flavio Bolsonaro, alors député d’État. À cette occasion, Fabricio Queiroz reçoit lui aussi les honneurs du fils du président et désormais sénateur.

Un Brésil sous la coupe de l’extrême droite

On sait depuis que cet ex-flic, devenu chauffeur et garde du corps de Flavio Bolsonaro, est au cœur d’une sombre affaire de détournements d’argent dont la tribu Bolsonaro est la principale bénéficiaire. Un an plus tard, le parlementaire octroie à Adriano Magalhães da Nobrega la plus prestigieuse distinction de la ville. Leur rapport ne s’arrête pas là puisque le parlementaire a pistonné dans son cabinet l’épouse de da Nobrega, ainsi que sa mère. En 2008, ­Marielle Franco était membre d’une ­commission municipale, qui avait violemment pris à partie les milices paramilitaires…

Les arrestations de Ronie Lessa et d’Elcio Vieira de Queiroz « sont un pas important. Mais plus important que la prison pour des “rats mercenaires”, c’est de parvenir à la condamnation finale de toutes les personnes impliquées », a déclaré sa compagne, Monica Benicio, elle aussi féministe et militante des droits LGBTI+. « Marielle est un symbole que les gens peuvent utiliser comme un phare de construction sociale » dans un Brésil sous la coupe de l’extrême droite. Impossible de compter les portraits de Marielle Franco lors du traditionnel carnaval ou encore le 8 mars, lorsque les femmes sont descendues dans les rues contre Bolsonaro, en s’affirmant « vivantes » au nom de cette icône.

Cathy Dos Santos
Brésil. Marielle Franco, des combats et un espoir inachevés (Cathy Dos Santos, L'Humanité, 14 mars 2019)
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13 mars 2019 3 13 /03 /mars /2019 06:52

80 personnes pour le café-citoyen avec Patrick Le Hyaric, Glenn Le Saoût, Cindérella Bernard à Roscoff ce samedi 2 mars sur l'Europe et les Conséquences du Brexit au bar restaurant C'est Ici! sur le port du Bloscon

Très beau café-citoyen sur l'Europe et les enjeux et conséquences du Brexit hier à Roscoff, au bar-restaurant, C'est ici! , qui nous a reçu très chaleureusement avec son propriétaire Vincent et ses employés, avec 80 personnes présentes pour échanger avec Patrick Le Hyaric, Glenn le Saout , Cindérella Bernard candidats du PCF aux élections Européennes du 26 mai prochain. L'échange a été extrêmement riche. Patrick Le Hyaric passionnant et très percutant sur les fondements de cette Europe du capital et de la mise en concurrence de tous contre tous et la nécessité d'en révolutionner les bases!

Auparavant, Patrick Le Hyaric, Glenn Le Saout et Ismaël Dupont avaient rencontré Eddy Pierres, co-fondateur de Wart et de Panoramas, pour évoquer la problématique des Festivals face aux nouvelles normes réglementaires sécurité et son, et aux surcoûts que ça engendre.  

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11 mars 2019 1 11 /03 /mars /2019 20:49
Zehra Doğan, journaliste turque libérée de prison : Une personne en lutte ne s’arrête jamais (Télérama, Julie Honoré, 11 mars 2019)
Zehra Doğan, journaliste turque libérée de prison : Une personne en lutte ne s’arrête jamais (Télérama, Julie Honoré, 11 mars 2019)
Zehra Doğan, journaliste turque libérée de prison : Une personne en lutte ne s’arrête jamais (Télérama, Julie Honoré, 11 mars 2019)

Sa détention avait mobilisé des artistes comme Banksy ou Ai Weiwei. Après deux ans passés derrière les barreaux en Turquie, celle qui est aussi artiste a recouvré sa liberté le 24 février dernier. Elle décrit les conditions de vie atroces des prisonniers et les entraves à la liberté de la presse et de l’art.

Zehra Doğan est une journaliste et artiste turque, originaire de l’Est du pays. Elle a été arrêtée en juin 2017, notamment pour avoir peint une toile représentant les destructions de l’armée turque dans la ville de Nusaybin, accusée d’appartenance à une organisation terroriste. C’est aussi la cofondatrice d’une agence de presse entièrement féminine, Jin news. Les artistes Ai Weiwei et Banksy avaient soutenu sa cause, n’hésitant pas à l’ériger en symbole des oppressions subies par les journalistes en Turquie. Si elle a été libérée le 24 février dernier, après avoir passé deux ans en prison, une quarantaine de journalistes sont actuellement derrière les barreaux en Turquie, selon Reporters sans frontières. Un chiffre provisoire, car, comme l’indique Erol Önderoğlu, représentant de RSF en Turquie, « des dizaines de journalistes vont devoir retourner en prison, cette fois-ci avec des sentences définitives ». Lui-même est dans l’attente du verdict de son procès, pour avoir collaboré avec un journal, Özgür Gündem, qui a été fermé depuis.

Quelles étaient vos conditions de détention ?
Les prisons turques sont parmi les plus arriérées du monde. Repas exécrables, lieux sales, prisonnières bien au dessus des capacités d’accueil, oppression psychologique... La liste est infinie. Les sanctions disciplinaires tombent sans cesse. Par exemple, des dizaines de dossiers ont été ouverts à l’encontre de mon amie, Nezahat Şingez, l’accusant d’appartenance à une organisation terroriste. Si tous ses dossiers aboutissent, elle restera en prison pendant des dizaines d’années. Ces dossiers ne sont pas légitimes. Mais, dans ce pays, le fait de ne pas respecter les lois ne présente aucun problème. J’ai connu trois prisons : celles de Mardin, Diyarbakır et de Tarsus. La pire était la prison fermée pour femmes de Tarsus. Nos amies y ont subi des tortures. Les gardiens ont par exemple marché sur le ventre d’une autre amie et elle a eu des saignements menstruels pendant des jours. De nombreuses amies ont été traînées sur le sol. Elles ont  été molestées par une vingtaine de gardiens qui se sont acharnés sur elles. Le corps de plusieurs détenues était couvert de bleus.

Qui pouvait vous rendre visite ?
Lorsque j’étais à Mardin et Diyarbakır, ma famille et trois ami-e-s journalistes pouvaient me rendre visite. Mais Tarsus était à plus de 500 km de chez moi et ma famille ne pouvait pas venir souvent.

“Dans la prison de Tarsus, une femme a été poussée au suicide”

Comment était l’atmosphère entre les prisonnières ?
Les quartiers des prisonnier-e-s politiques sont toujours préférables, du point de vue de la solidarité. Il y a des acquis installés depuis des années. Imaginez une ambiance, un quotidien, partagés par des journalistes, des politiques, artistes, activistes, défenseures de droits, députées, avocates, médecins, enseignantes, des maires des étudiantes révolutionnaires...  

Les prisonnières de droit commun sont aussi dans une démarches de solidarité. Mais elles sont méprisées. Nous étions continuellement témoins de ce que les gardiens les sortaient dans le couloir principal et les battaient. Nous protestions en frappant sur les portes. Dans la prison de Tarsus, une femme a été poussée au suicide.

Pourriez-vous nous en dire plus sur le journal Özgür Gündem Zindan (“actualités libres, éditions geôle) que vous avez créé en prison ?
Le 16 août 2016, certains journaux faisant partie de la tradition de presse kurde, furent interdits et fermés en Turquie. Je me suis dit que, comme la plupart des journalistes étaient en prison, éditer un journal aurait un sens.

Mes amies étaient partantes. Nous avons constitué des équipes, pour la rédaction, les conseils, la mise-en-page, la page en langue kurde… Je me suis chargée de la mise en page, de l’édition et des caricatures. Comme il nous était interdit de faire des photos, je ne pouvais pas photographier les personnes interviewées. Alors, je les ai dessinées. Nous avons travaillé pendant un mois. Le journal a beaucoup plu. Mais le Procureur de Mardin et le directeur de la prison étaient furieux. Il y a eu des fouilles et des perquisitions dans notre quartier. Mais, malgré cela, nous avons quand même réalisé un deuxième numéro, avec, en manchette : « Même si nous sommes prisonnières, nous ne vous lâcherons pas. »

Ai Weiwei et Banksy vous ont soutenue, en vous envoyant un courrier, mais pouviez-vous recevoir des lettres facilement ?
Je n’ai pas reçu leurs lettres. Car à la période où ils m’ont écrit, notre droit de communication téléphonique et de correspondance nous avait été confisqué car nous avions chanté. Je n’ai pu prendre connaissance de leurs courriers que bien plus tard. Lorsque je leur ai répondu, j’ai aussi dû le faire en cachette. Mais, malgré toutes les interdictions et sanctions, j’ai reçu des milliers de lettres. Des auteur-e-s membre du PEN, étudiant-e-s, artistes, enfants, réalisateur-trices et universitaires.... Leur soutien m’a rendue incroyablement forte.

Quels détails vous raccrochaient à l’extérieur ?
Depuis mon enfance, j’aime les étoiles. Toute petite déjà, j’écoutais les contes que ma mère me racontait, allongée sur le matelas déroulé sur le toit de notre maison, en contemplant le ciel. A Nusaybin [où Zehra Doğan a peint une toile pour laquelle elle a été condamnée ndlr], et dans d’autres endroits de conflit, dans les moments les plus difficiles, je levais mes yeux vers les étoiles, pour trouver la motivation grâce à elles. Lorsque j’ai été emprisonnée, je supportais mal de ne plus voir le ciel comme je voulais. Je m’en étais ouverte à des amis. Un jour, dans une lettre, j’ai trouvé une grande étoile plastique phosphorescente. Nous avons collé l’étoile dans un endroit visible par toutes mes co-détenues. Et nous nous sommes endormies toutes, en regardant dans le noir, cette étoile qui brillait. Elle était en plastique, mais elle nous rendait heureuse.

Quelle est votre priorité maintenant que vous êtes libérée ?
En prison, j’avais commencé une BD racontant l’histoire des prisons en Turquie, depuis les périodes de torture des années 80, jusqu’à aujourd’hui. Et, actuellement, les grèves de la faim initiées par la députée Leyla Güven, depuis la prison, se poursuivent. Je pense que tout le monde devrait faire quelque chose selon ses propres moyens. Moi, je peux écrire et dessiner. Dans ce monde qui nous donne mille et une raisons pour perdre la tête, le repos est un luxe, surtout pour nous, les femmes. Nous devons être actives, sans cesse. Une personne en lutte ne s’arrête jamais.

“Dans ce pays, il est très difficile de faire de l’art, à la fois d’un point de vue économique et politique”

Depuis deux ans, vos camarades de Jin News, l’agence féminine que vous avez co-fondée, ont de plus en plus de mal à survivre. Quel est votre sentiment maintenant que vous avez vu de vos yeux leur situation ?
Je savais les difficultés que mes amies journalistes subissaient, mais là, en sortant, je les ai vues de mes propres yeux. Les journalistes qui restent doivent travailler dans des conditions très difficiles. Les difficultés financières ont décuplé. Il y a un policier au dos de chacune d’entre elle.

Est-il encore possible de faire du journalisme en Turquie ? D’être artiste ?
Aujourd’hui, les gens, en livrant leur avis, sont prudents. Ils considèrent les journalistes comme s’ils étaient des personnes dangereuses. C’est terrible, et rend le travail extrêmement difficile. Avant que je sois emprisonnée, cette ambiance régnait déjà. Ma maison a été perquisitionnée et je suis restée clandestine, pendant quatre mois. Je me suis cachée.

Pour l’art, c’est pareil. Dans ce pays,  il est très difficile de faire de l’art, à la fois d’un point de vue économique et politique. Les expositions sont inspectées. Les œuvres politiques sont refusées dans des expositions. Les galeries ne veulent pas de votre travail.

Face à ce que nous voyons, il est impossible de rester silencieux. Mais il n’y a pas de réaction de masse. Pourquoi ? Parce que les populations sont endormies par des médias au service du pouvoir, par l’art auto-censuré, par l’éducation contrôlée, et par une politique à vomir.

 

 

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11 mars 2019 1 11 /03 /mars /2019 19:39
Algérie. Abdelaziz Bouteflika renonce à un cinquième mandat
Lundi, 11 Mars, 2019
Sous pression populaire, le président algérien a annoncé hier ne plus être candidat à sa propre succession. Le scrutin est reporté à une date indéterminée.
« Il n’y aura pas de cinquième mandat et il n’en a jamais été question pour moi ». L’information est tombée dans la soirée, par un « message à la nation » signé d’Abdelaziz Bouteflika. Le président algérien renonce donc à se succéder à lui même et laisse entendre que d'autres y ont songé pour lui... Initialement prévue le 18 avril, l’élection présidentielle, annonce-t-il encore, est reportée : elle se tiendrait dans le prolongement d’une « conférence nationale inclusive et indépendante », une promesse déjà avancée par l'invisible chef d'État. Le pouvoir n’avait plus le choix. Cette candidature, celle d’un président au bilan contesté, affecté dans sa mobilité et dans son élocution depuis son accident vasculaire cérébral de 2013, a suscité un haut le cœur de la société algérienne, jetant des millions de citoyens de tous horizons dans la rue. Depuis deux semaines, les défections se succédaient dans tous les secteurs et jusque dans les cénacles les plus proches du Palais d’El Mouradia. Au lendemain de la mobilisation historique du 8 mars, le changement de ton était sensible dans le langage du chef d’état-major de l’Armée nationale populaire (ANP), Ahmed Gaïd Salah, un fidèle du premier cercle qui jurait, après avoir accusé les protestataires de mettre en péril « la sécurité » et la « stabilité » du pays, que les ambitions des militaires étaient finalement « celles de l’Algérie et de son peuple ». Bouteflika lui-même n'avait-il pas fini par saluer « la maturité » de ceux qui manifestent pour « exprimer pacifiquement leurs opinions » ?
 

Chaises musicales

Avec cette adresse taillée dans la langue de bois du pouvoir, Abdelaziz Bouteflika prend acte de la fracture politique et générationnelle mise au jour par l’extraordinaire mouvement populaire qui s’est levé en Algérie : «  Il s’agit de satisfaire une demande pressante que vous avez été nombreux à m’adresser dans votre souci de lever tout malentendu quant à l’opportunité et à l’irréversibilité de la transmission générationnelle à laquelle je me suis engagé ». Pour l'heure, les changements promis ressemblent davantage à un jeu de chaises musicales. Ahmed Ouyahia est remplacé au poste de premier ministre par son ministre de l'Intérieur, Nourredine Bedoui, qui maniait il y a quelques jours encore la menace de répression à l'endroit des protestataires. La présidence annonce enfin, pour « contribuer de manière optimale à la tenue de l’élection présidentielle dans des conditions incontestables de liberté, de régularité et de transparence », la formation d’un « gouvernement de compétences » chargé d’expédier les affaires courantes et d’appuyer le travail d’une « commission électorale nationale indépendante ». Esquisse d’une transition ? Ce scénario suscite déjà le doute et l’inquiétude. Dans l’attente d’un scrutin reporté sine die, le clan Bouteflika reste de fait aux commandes ; il impose, comme il l’avait prévu, le prolongement contesté du quatrième mandat. Dans les arcanes d’un « système » dont les Algériens ne veulent plus, les obscurs manoeuvres ne font que commencer... 
 
Rosa Moussaoui
Algérie. Abdelaziz Bouteflika renonce à un cinquième mandat (11 mars 2019, Rosa Moussaoui, L'Humanité)
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11 mars 2019 1 11 /03 /mars /2019 17:30
Solidarité avec Roman Levin, emprisonné pour avoir refusé de participer à l’occupation de la Palestine ! (MJCF, 8 mars 2019)

Roman Levin, jeune communiste israélien de 19 ans, s’est rendu aux autorités militaires le 25 février dernier, afin de signifier à celles-ci son refus de continuer à servir dans les « Forces de défenses israéliennes ». Alors qu’il accomplissait son service militaire obligatoire depuis plus d’un an, il a décidé de refuser de continuer à participer à l’occupation de la Palestine et à l’oppression de son peuple.

Roman Levin est depuis incarcéré dans une prison militaire, condamné à une peine de 30 jours, qui sera selon toute vraisemblance prolongée.

Dans une lettre rédigée afin d’expliquer sa décision, Roman affirme :

« Quand j’ai rejoint l’armée, je croyais que celle-ci servait les intérêts du peuple d’Israël, mais après avoir servi dans les Territoires [occupés], je me suis rendu compte que ce que l’armée fait là-bas ne sert ni mes intérêts, ni ceux des travailleuses et travailleurs en Israël, surtout après les massacres en cours contre les manifestations près de la clôture-frontalière à Gaza. La loi de Nationalité juive a renforcé cette prise de conscience. J’ai réalisé que je ne pouvais pas d’un côté m’opposer à l’occupation, au racisme et à l’ordre capitaliste et, de l’autre, servir dans l’armée qui défend ces choses ».

Le MJCF salue le courage de Roman Levin et lui apporte tout son soutien dans cette épreuve. Son geste, et celui de toutes et tous les objectrices et objecteurs de conscience, constituent un défi indispensable et inestimable à l’hégémonie militariste et oppressive, et sont la preuve vivante que la paix entre les peuples est possible.

Nous exprimons notre plein soutien aux Jeunes communistes d’Israël et à toutes et tous les organisations et personnes progressistes qui, dans ce pays, s’engagent pour la paix et la liberté, contre la politique coloniale de leur gouvernement.

Mouvement des jeunes communistes, vendredi 8 mars 2019 

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11 mars 2019 1 11 /03 /mars /2019 15:58
Publié le 11/03/2019 par PCF
Algérie : « L’avenir du pays ne peut pas se construire sans son peuple »

Depuis plus de 3 semaines, les manifestations mobilisent des centaines de milliers d’Algérien-ne-s, en particulier le 8 mars où toute l’Algérie a manifesté son refus du scénario dicté par le pouvoir en place.

Ces rassemblements, que beaucoup s’accordent à qualifier d’historiques, touchent l’ensemble du pays d’une manière pacifique et dans une unité nouvelle.

La jeunesse et les femmes sont au premier rang mais ce sont maintenant des pans entiers de la société qui investissent l’espace public : les avocats, les journalistes, l’ordre des médecins, des intellectuels, des artistes.

Évidement, le refus de la candidature de A. Bouteflika a été l’élément déclencheur mais le mouvement est beaucoup plus exigeant. Les manifestants veulent reprendre espoir, dignité, liberté. Les Algériennes et Algériens refusent la « fossilisation » de ce système Bouteflika qui les éloigne des choix depuis si longtemps.

A ce moment historique, le gouvernement répond simplement en avançant les vacances universitaires pour essayer d’expulser les étudiants des campus.

Sont-ils sourds et aveugles, sont-ils si éloignés, si déconnectés pour ne pas comprendre ce qui se passe  ou cherchent-ils à gagner du temps ou alors sont-ils totalement surpris par la spontanéité et la maturité de ce mouvement populaire ?

La réponse des étudiants a été immédiate en demandant l’occupation des campus. Il semble que le « clan Bouteflika » devrait rapidement comprendre qu’il ne mobilisera pas la société autour d’un projet national sans redonner la parole à cette population qui a le courage de sortir dans les rues depuis plusieurs semaines le peuple algérien exige maintenant une transition démocratique, structurelle, culturelle, sociale et économique.

Le PCF salue le courage, la mobilisation des Algériennes et Algériens, soutient ces mobilisations et cet élan citoyen et civique qu’est en train de construire le peuple algérien.

Les pièges sont encore nombreux et il ne faut pas sous-estimer la capacité de survie du régime mais l’Algérie montre que l’avenir d’un pays ne peut pas se construire sans son peuple.

PCF - L’avenir du pays ne peut pas se construire sans son peuple (11 mars 2019)
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10 mars 2019 7 10 /03 /mars /2019 19:40

Cher Alain Finkielkraut,

Permettez-moi de commencer par vous dire « salamtak », le mot qui s’emploie en arabe pour souhaiter le meilleur à qui échappe à un accident ou, dans votre cas, une agression. La violence et la haine qui vous ont été infligées ne m’ont pas seulement indignée, elles m’ont fait mal. Parviendrais-je, dans cette situation, à trouver les mots qui vous diront simultanément ma solidarité et le fond de ma pensée ? Je vais essayer. Car, en m’adressant à vous, je m’adresse aussi, à travers vous, à ceux qui ont envie de paix.

Peut-être vous souvenez-vous. Nous nous sommes connus au début des années 1980 à Paris, aux éditions du Seuil, et soigneusement évités depuis. Lors de l’invasion du Liban par Israël, vous n’aviez pas supporté de m’entendre dire qu’un immeuble s’était effondré comme un château de cartes sous le coup d’une bombe à fragmentation israélienne. Cette vérité-là blessait trop la vôtre pour se frayer un chemin. C’est l’arrivée impromptue dans le bureau où nous nous trouvions, de l’historien israélien Saul Friedländer, qui permit de rétablir la vérité. Il connaissait les faits. J’ai respiré. Vous êtes parti sans faire de place à ma colère. Il n’y avait de place, en vous, que pour la vôtre. Durant les décennies qui ont suivi, le syndrome s’est accentué. Vous aviez beau aimer Levinas, penseur par excellence de l’altérité, il vous devenait de plus en plus difficile, voire impossible, de céder le moindre pouce de territoire à celle ou celui que vous ressentiez comme une menace. Cette mesure d’étanchéité, parfaitement compréhensible compte tenu de l’histoire qui est la vôtre, n’eût posé aucun problème si elle ne s’était transformée en croisade intellectuelle. Cette façon que vous avez de vous mettre dans tous vos états pour peu que survienne un désaccord n’a cessé de m’inspirer, chaque fois que je vous écoute, l’empathie et l’exaspération. L’empathie, car je vous sais sincère, l’exaspération, car votre intelligence est décidément mieux disposée à se faire entendre qu’à entendre l’autre.

Le plus clair de vos raisonnements est de manière récurrente rattrapé en chemin par votre allergie à ce qui est de nature à le ralentir, à lui faire de l’ombre. Ainsi, l’islam salafiste, notre ennemi commun et, pour des raisons d’expérience, le mien avant d’être le vôtre, vous a-t-il fait plus d’une fois confondre deux milliards de musulmans et une culture millénaire avec un livre, un verset, un slogan. Pour vous, le temps s’est arrêté au moment où le nazisme a décapité l’humanité. Il n’y avait plus d’avenir et de chemin possible que dans l’antériorité. Dans le retour à une civilisation telle qu’un Européen pouvait la rêver avant la catastrophe. Cela, j’ai d’autant moins de mal à le comprendre que j’ai la même nostalgie que vous des chantiers intellectuels du début du siècle dernier. Mais vous vous êtes autorisé cette fusion de la nostalgie et de la pensée qui, au prix de la lucidité, met la seconde au service de la première. Plus inquiétant, vous avez renoncé dans ce « monde d’hier » à ce qu’il avait de plus réjouissant : son cosmopolitisme, son mélange. Les couleurs, les langues, les visages, les mémoires qui, venues d’ailleurs, polluent le monde que vous regrettez, sont assignées par vous à disparaître ou à se faire oublier. Vous dites que deux menaces pèsent sur la France : la judéophobie et la francophobie. Pourquoi refusez-vous obstinément d’inscrire l’islamophobie dans la liste de vos inquiétudes ? Ce n’est pas faire de la place à l’islamisme que d’en faire aux musulmans. C’est même le contraire. À ne vouloir, à ne pouvoir partager votre malaise avec celui d’un nombre considérable de musulmans français, vous faites ce que le sionisme a fait à ses débuts, lorsqu’il a prétendu que la terre d’Israël était « une terre sans peuple pour un peuple sans terre ». Vous niez une partie de la réalité pour en faire exister une autre. Sans prendre la peine de vous représenter, au passage, la frustration, la rage muette de ceux qui, dans vos propos, passent à la trappe.

Vous avez cédé à ce contre quoi Canetti nous avait brillamment mis en garde avec "Masse et puissance". Vous avez développé la « phobie du contact » à partir de laquelle une communauté, repliée comme un poing fermé, se met en position de défense aveugle, n’a plus d’yeux pour voir hors d’elle-même. Cette posture typique d’une certaine politique israélienne, et non de la pensée juive, constitue, entre autre et au-delà de votre cas, la crispation qui rend impossible l’invention de la paix. C’est d’autant plus dommage qu’il y a fort à parier que le monde dont vous portez le deuil est très proche de celui d’un nombre considérable de gens qui vivent en pays arabes sous la coupe de régimes mafieux et/ou islamistes. Pourquoi ceux-là comptent-ils si peu pour vous ? Pourquoi préférez-vous mettre le paquet sur vos ennemis déclarés que donner leur chance à de potentiels amis ? Le renoncement à l’idéal, dont j’évoque longuement la nécessité dans mon dernier livre sur Edward Said, est un pas que vous ne voulez pas franchir. J’entends par idéal la projection de soi promue au rang de projet collectif. Or, le seul rêve politique qui vaille, on peut aussi l’appeler utopie, c’est celui qui prend acte de la réalité et se propose d’en tirer le meilleur et non de la mettre au pas d’un fantasme. C’est précisément le contraire de l’idéal en circuit fermé qui fonctionne sur le mode d’une fixation infantile et nous fait brusquement découvrir, à la faveur d’une mauvaise rencontre, qu’il nourrit la haine de ceux qui n’ont pas les moyens de ne pas haïr. Cet homme qui vous a injurié a tout injurié d’un coup : votre personne, les Juifs et ceux que cette ignominie écœure. Il ne suffit toutefois pas de le dire pour le combattre et moins encore pour épuiser le sujet. À cet égard, je vous remercie d’avoir précisé à la radio que l’antisémitisme et l’antisionisme ne pouvaient être confondus d’un trait.

Peut-être aurez-vous l’oreille du pouvoir en leur faisant savoir qu’ils ne cloueront pas le bec des opposants au régime israélien en clouant le bec des enragés. On a trop l’habitude en France de prendre les mots et les esprits en otage, de privilégier l’affect au mépris de la raison chaque fois qu’est évoquée la question d’Israël et de la Palestine. On nous demande à présent de reconnaître, sans broncher, que l’antisémitisme et l’antisionisme sont des synonymes. Que l’on commence par nous dire ce que l’on entend par sionisme et donc par antisionisme. Si antisioniste signifie être contre l’existence d’Israël, je ne suis pas antisioniste. Si cela signifie, en revanche, être contre un État d’Israël, strictement juif, tel que le veulent Netanyahu et bien d’autres, alors oui, je le suis. Tout comme je suis contre toute purification ethnique. Mandela était-il antisémite au prétexte qu’il défendait des droits égaux pour les Palestiniens et les Israéliens ? L’antisémitisme et le négationnisme sont des plaies contre lesquelles je n’ai cessé de me battre comme bien d’autres intellectuels arabes. Que l’on ne nous demande pas à présent d’entériner un autre négationnisme – celui qui liquide notre mémoire – du seul fait que nous sommes défaits. Oui, le monde arabe est mort. Oui, tous les pays de la région, où je vis, sont morcelés, en miettes. Oui, la résistance palestinienne a échoué. Oui, la plupart desdites révolutions arabes ont été confisquées. Mais le souvenir n’appartient pas que je sache au seul camp du pouvoir, du vainqueur. Il n’est pas encore interdit de penser quand on est à genoux.

Un dernier mot avant de vous quitter. Je travaille au Liban avec des femmes exilées par la guerre, de Syrie, de Palestine, d’Irak. Elles sont brodeuses. Quelques-unes sont chrétiennes, la plupart musulmanes. Parmi ces dernières, trois ont perdu un fils. Toutes sont pratiquantes. Dieu est pour ainsi dire leur seul recours, leur seule raison de vivre. Réunies autour d’une grande table, sur laquelle était posée une toile de chanvre, nous étions une douzaine à dessiner un cargo transportant un pays. Chacune y mettait un morceau du sien. L’une un tapis, l’autre une porte, une colonne romaine, un champ d’olivier, une roue à eau, un coin de mer, un village du bord de l’Euphrate. Le moment venu d’introduire ou pas un lieu de culte, la personne qui dirigeait l’atelier a souhaité qu’il n’y en ait pas. Face à la perplexité générale, il a été proposé que ces lieux, s’il devait y en avoir, soient discrets. À la suggestion d’ajouter une synagogue, l’une des femmes a aussitôt réagi par ces mots : « S’il y a une église et une mosquée, il faut mettre une synagogue pour que chacun puisse aller prier là où il veut. Et elle a ajouté avec le vocabulaire dont elle disposait : « Nous ne sommes pas antisémites, nous sommes antisionistes. » Toutes ont approuvé, faisant valoir que « dans le temps », tout ce monde-là vivait ensemble.

Cher Alain Finkielkraut, je vous demande et je demande aux responsables politiques de ne pas minorer ces petites victoires du bon sens sur la bêtise, de la banalité du bien sur la banalité du mal. Préférez les vrais adversaires qui vous parlent aux faux amis qui vous plaignent. Aidez-nous à vous aider dans le combat contre l’antisémitisme : ne le confinez pas au recours permanent à l’injonction, l’intimidation, la mise en demeure. Ceux qui se font traiter d’antisémites sans l’être ne sont pas moins insultés que vous. Ne tranchez pas à si bon compte dans le vécu de ceux qui ont une autre représentation du monde que vous. Si antisionisme n’est plus un mot adapté, donnez-nous-en un qui soit à la mesure de l’occupation, de la confiscation des terres et des maisons par Israël, et nous vous rendrons celui-ci. Il est vrai que beaucoup d’entre nous ont renoncé à parler. Mais ne faites pas confiance au silence quand il n’est qu’une absence provisoire de bruit. Un mutisme obligé peut accoucher de monstres. Je vous propose pour finir ce proverbe igbo : « Le monde est comme un masque qui danse : pour bien le voir, il ne faut pas rester au même endroit. »

Dominique EDDÉ est romancière et essayiste. Dernier ouvrage: « Edward Said. Le roman de sa pensée » (La Fabrique, 2017).

 

(Lire aussi : Antisionisme et antisémitisme, le sens des mots)

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Note de l’auteure

 

Rédigée le 23 février dernier, cette lettre à Alain Finkielkraut a été acceptée par le journal Le Monde qui demandait qu’elle lui soit « réservée », puis elle a été recalée, sans préavis, 9 jours plus tard alors qu’elle était en route pour l’impression.

L’article qui, en revanche, sera publié sans contrepoids ce même jour, le 5 mars, était signé par le sociologue Pierre-André Taguieff. Survol historique de la question du sionisme, de l’antisionisme et de « la diabolisation de l’État juif », il accomplit le tour de force de vider le passé et le présent de toute référence à la Palestine et aux Palestiniens. N’existe à ses yeux qu’un État juif innocent mis en péril par le Hamas. Quelques mois plus tôt, un article du sociologue Dany Trom (publié dans la revue en ligne AOC) dressait, lui aussi, un long bilan des 70 ans d’Israël, sans qu’y soient cités une seule fois, pas même par erreur, les Palestiniens.

Cette nouvelle vague de négationnisme par omission ressemble étrangement à celle qui en 1948 installait le sionisme sur le principe d’une terre inhabitée. Derrière ce manque d’altérité ou cette manière de disposer, à sens unique, du passé et de la mémoire, se joue une partie très dangereuse. Elle est à l’origine de ma décision d’écrire cette lettre. Si j’ai choisi, après le curieux revirement du Monde, de solliciter L’Orient-Le Jour plutôt qu’un autre média français, c’est que le moment est sans doute venu pour moi de prendre la parole sur ces questions à partir du lieu qui est le mien et qui me permet de rappeler au passage que s’y trouvent par centaines de milliers les réfugiés palestiniens, victimes de 1948 et de 1967.

Alors que j’écris ces lignes, j’apprends qu’a eu lieu, cette semaine, un défilé antisémite en Belgique, dans le cadre d’un carnaval à Alost. On peine à croire que la haine et la bêtise puissent franchir de telles bornes. On peine aussi à trouver les mots qui tiennent tous les bouts. Je ne cesserai, pour ma part, d’essayer de me battre avec le peu de moyens dont je dispose contre la haine des Juifs et le négationnisme, contre le fanatisme islamiste et les dictatures, contre la politique coloniale israélienne. De tels efforts s’avèrent de plus en plus dérisoires tant la brutalité ou la surdité ont partout des longueurs d’avance.

Que les choses soient claires : l’antisémitisme n’est pas, de mon point de vue, un racisme comme un autre. Il est le mal qui signe la limite irrationnelle de l’humain dans notre humanité. Le combattre de toutes nos forces n’est pas affaiblir la Palestine, c’est la renforcer. Alerter un certain milieu intellectuel et politique sur les dangers d’une mémoire sioniste exclusive, c’est l’alerter sur la grave injustice qu’elle signifie, mais aussi sur le désastreux effet d’huile sur le feu antisémite que peut produire cette occultation de l’autre.

D.E.

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7 mars 2019 4 07 /03 /mars /2019 19:41
Européennes: 22 partis et organisations politiques lancent un appel pour une Europe des travailleurs et des peuples au côté du PCF et de la liste Pour l'Europe des gens, contre l'Europe de l'argent conduite par Ian Brossat

Internationaliste, le PCF et la liste "L'Europe des gens", s'engage aux côtés de ses alliés dans la campagne européenne. Nous sommes la liste bénéficiant du plus grand réseau européen de soutiens.

Déjà 22 partis et organisations politiques ont mis en commun leurs forces!

A l'initiative de plusieurs partis, dont le PCF, 22 forces ont déjà mis en commun leurs idées et leur forces pour présenter un appel européen:

Pour une Europe des travailleurs et des peuples

Les élections au Parlement européen mettent les travailleurs et les peuples des États membres de l’Union européenne (UE) face à d’énormes difficultés et impasses. Les travailleurs sont confrontés à la précarité et à l'insécurité sociale, aux inégalités, à la pauvreté et à l'attaque contre les salaires, les retraites et leurs droits. Les populations, et en particulier les jeunes, subissent le chômage, une migration économique forcée, un accès de plus en plus restreint à l’éducation, à la santé et au logement. Une réalité qui exprime l'intensification des politiques d'exploitation et d'appauvrissement de l'UE.

Les asymétries et les inégalités de développement entre les États membres de l'UE se sont aggravées. L'UE elle-même reste en crise et confrontée à de graves troubles.

L'UE, les classes dirigeantes et les forces qui les représentent ne peuvent plus dissimuler le mécontentement social croissant provoqué par leurs politiques: néolibéralisme dans l'économie, structure non démocratique et centralisée de son fonctionnement, militarisme et interventionnisme dans les relations internationales. Aujourd'hui, nombreux sont ceux qui admettent que les déclarations et les promesses de l'UE et des forces qui la dirigent ont été réfutées. La réalité à laquelle les peuples de nos pays sont confrontés est très différente.

- Au lieu de "prospérité", les peuples de l'UE comptent des millions de chômeurs, de sans-abri et de pauvres, alors que des milliards d'euros sont consacrés au sauvetage des banques. Les services publics et les entreprises publiques sont en cours de privatisation et les biens sociaux commercialisés. Les pertes des banques sont transformées en dette publique sur le dos des travailleurs.

- Au lieu de "démocratie et liberté", de nouveaux mécanismes de classement des citoyens et de contrôle d'Internet sont mis en place. Les libertés démocratiques, y compris les droits syndicaux, sont attaquées. L'ultra-droite et le néofascisme, vaincus par la lutte des peuples du XXe siècle, réapparaissent en Europe, tandis que l'anticommunisme et la falsification de l'histoire européenne revêtent un caractère institutionnel. Dans certains États membres, les forces d'extrême droite participent au gouvernement, alors que le système leur permet de répandre le poison de la haine raciste, de la xénophobie, du chauvinisme, du sexisme et de l'homophobie, en remettant en question l'idée d'égalité.

- Au lieu d'oeuvrer pour la "paix", l'UE militarise et approfondit constamment son lien organique avec l'OTAN. Aujourd'hui, avec la création d'une coopération structurée dans le domaine militaire (PESCO), une nouvelle phase du militarisme a été annoncée, qui implique notamment une augmentation des dépenses militaires et un "transfert d'investissement" vers l'industrie et le commerce des armes. Dans le même temps, l'Union européenne est impliquée dans une escalade d'interventions et d'agressions contre des États et des peuples, illustrée par sa complicité avec Israël face au drame vécu par le peuple palestinien.

- Au lieu de défendre l'environnement, l'UE subordonne ses politiques environnementales aux lois du marché. Les scandales des industries multinationales qui violent la législation sur l'environnement et l'incapacité de prendre les décisions nécessaires pour lutter contre le changement climatique et les conséquences dramatiques des problèmes environnementaux pour les peuples témoignent du fossé qui sépare les déclarations des actions.

- Au lieu de faire preuve de solidarité et de lutter contre les causes qui poussent des millions de personnes à quitter leur pays, l'Union européenne poursuit des politiques qui aggravent et détériorent la situation. Son implication dans les interventions impérialistes au Moyen-Orient et en Afrique du Nord a multiplié le nombre de réfugiés. Les fardeaux du passé colonial, associés aux politiques néocoloniales d’exploitation des pays d’Afrique et d’Asie, ont créé un cercle vicieux de pauvreté et de sous-développement qui conduit leurs peuples à rechercher une vie meilleure en Europe. Dans le même temps, le grand capital dans les pays européens fait face aux réfugiés et aux migrants en tant que main-d’œuvre peu coûteuse qu’elle souhaite exploiter afin de saper les relations de travail. Personne ne doute que la migration et la crise des réfugiés constituent un problème complexe et multidimensionnel. Cependant, le militarisme, le racisme et la xénophobie ne peuvent jamais être la réponse. Les forces progressistes sont appelées à lutter dans chaque État membre de l'UE afin de donner et faire prévaloir des réponses conformes au droit international et à la primauté des principes de solidarité, d'internationalisme et l'unité de classe des travailleurs.

Les peuples veulent et ont besoin d'une autre Europe - Une autre Europe est possible!
Outre le cadre des traités, des politiques communes et du pacte de stabilité, l'UE a créé au cours des dernières années un mécanisme draconien permettant d'exercer un contrôle suffocant sur les budgets et les politiques budgétaires des États membres par le biais du traité fiscal, de la « gouvernance économique » et du « Semestre européen ». L'Union économique et monétaire se renforce, les relations de dépendance économiques et politiques sont en train de s'institutionnaliser, la souveraineté nécessaire pour exercer une politique différente au niveau national est en train d'être annulée, la démocratie et le droit du peuple au développement socio-économique compromis. "L'union bancaire" prône une concentration gigantesque de capitaux et le contrôle des systèmes financiers des États. Les accords de libre-échange avec les puissants centres du monde (tels que le CETA avec le Canada), en combinaison avec le commerce néocolonial, les politiques avec les périphéries en développement dans le monde, constituent l’aspect extérieur d’un modèle économique profondément injuste et exploiteur.

La démocratie, l’État et la souveraineté des peuples sont remis en question par l’imposition de relations de domination politique et économique dictées par le directoire des grandes puissances et déterminées par les intérêts des groupes économiques et financiers. Les gouvernements élus subissent des menaces flagrantes et font l'objet de chantage. Les référendums sont ignorés ou répétés jusqu'à ce que les citoyens votent conformément à ce que souhaite l'UE.

Les avertissements émis par les forces du progrès sur le caractère, les politiques et le cours de l'UE - tels que définis par ses traités et approfondis avec les politiques mises en œuvre par la droite et la social-démocratie en Europe - se sont révélés vrais. Cependant, non seulement l’UE n’écoute pas les voix des peuples, mais elle intensifie les attaques contre le niveau de vie et les droits de nos peuples. Avec le slogan "Plus d'Europe", les dirigeants de l'UE ne discutent pas d'une autre voie ou d'une autre Europe, mais de la rapidité avec laquelle l'UE continuera de renforcer ses monopoles, sa militarisation et ses diktats. D'autre part, non seulement le nationalisme et le racisme d'extrême droite ne constituent pas une alternative, mais ils représentent le visage le plus réactionnaire du capitalisme, rappelant les époques les plus sombres de l'Europe.

La crise dans l’UE - résultat du capitalisme et de ses contradictions - a mis en évidence de manière dramatique tous les problèmes et a montré que la construction de l’UE n’est pas réformable dans son essence, car ses traités définissent une structure et un processus néolibéraux et militaristes. Une voie de coopération efficace en Europe devra nécessairement reposer sur les principes de souveraineté, de liberté, de démocratie, de progrès social et de paix.

Une autre Europe est possible, nécessaire et plus que jamais à l'ordre du jour. Une autre Europe - une Europe qui servira les travailleurs, les peuples et leurs besoins - peut naître d’un changement radical des fondements sur lesquels l’Union européenne a été construite. Un changement radical conçu et décidé par les travailleurs et les peuples d'Europe.

L’histoire du continent européen est riche d’héritages militants et révolutionnaires. Cela prouve que les peuples - avec les travailleurs et les jeunes comme force pionnière - peuvent, avec leurs luttes, mettre un terme aux attaques et aux mesures barbares actuelles; barrer la route à l'extrême droite et au fascisme; ouvrir la voie à des transformations sociales majeures de caractère anti-impérialiste et anti-monopoliste: apporter une alternative au capitalisme et à ses impasses; de projeter une fois de plus la vision de la construction de nouvelles sociétés, du progrès, de la paix et de la justice sociale.

Nous unissons les forces
Nous renforçons les luttes

Les forces communistes, progressistes, anticapitalistes, anti-néolibérales, de gauche et écologistes qui ont co-signé cet appel considèrent que les prochaines élections au Parlement européen en mai prochain représentent une occasion importante d'exprimer notre lutte pour le présent et l'avenir de nos pays et du continent.

Nous savons que le danger de l'extrême droite représente aujourd'hui une menace majeure pour notre continent et ses peuples, également encouragée par l'administration Trump aux États-Unis. Les forces au pouvoir et les intérêts de l'Union européenne ne peuvent enrayer cette menace, car ce sont leurs politiques qui cultivent le terrain qui la génère, alors que certains collaborent même ouvertement avec l'extrême droite. Seules les forces du progrès, les forces qui luttent pour les droits du travail et les droits sociaux, ainsi que pour la souveraineté des peuples, peuvent être le rempart de la résistance à l'extrême droite et au fascisme. C’est pourquoi leur renforcement doit être l'option pour chaque citoyen démocrate et progressiste de chacun de nos pays.

Nous appelons les travailleurs, les jeunes, les femmes et, en général, les peuples des États membres de l'UE à exprimer leurs revendications, leurs aspirations, leurs luttes et leurs visions lors du vote aux élections au Parlement européen, en renforçant les forces qui - comme nous, les partis signataires du présent appel - sont à l'avant-garde des luttes sociales et syndicales et s'engagent à poursuivre la lutte:

Pour une Europe des droits sociaux

Qui soit utile à ceux qui produisent la richesse et font vivre l'économie, à savoir les travailleurs; qui assure des emplois permanents, stables, à plein temps et dignes pour tous; qui rétablit et favorise les acquis et les droits sociaux; qui défend et promeut les services publics; qui garantisse le droit à l'éducation et au travail de la jeune génération et un niveau de vie digne des personnes âgées et des groupes sociaux vulnérables; qui reconstruit et élargit les infrastructures sociales offrant un soutien aux familles, aux enfants et aux personnes handicapées;

Pour une Europe de progrès économique, social et écologique durable

Pour une voie de développement social et économique pour notre continent qui favorise une convergence réelle et de plus en plus croissante entre les différents pays; cela devrait être basé sur des programmes d'investissements publics pour les politiques sociales, l'utilisation durable des ressources naturelles et la protection de l'environnement; qui prenne des mesures radicales contre le changement climatique, tout en assurant la justice sociale; qui favorise le potentiel productif de chaque pays, dans le respect du droit au développement et d'un modèle de développement durable; qui assure la souveraineté et la sécurité alimentaires; qui défende le caractère public des secteurs stratégiques de chaque pays et soutient les petites et moyennes entreprises; qui met fin aux paradis fiscaux, aux mouvements de capitaux libres et déréglementés et qui combat et taxe les activités spéculatives du capital.

Pour une Europe de paix et de coopération avec tous les peuples du monde

Une Europe qui respecte la Charte des Nations Unies et le droit international, y compris les principes à l'autodétermination des peuples, de l'intégrité territoriale et de la souveraineté des États; qui rejette la course aux armements et la militarisation des relations internationales; qui agit pour la fin des interférences agressives externes et des agressions extérieures; qui mette fin aux alliances militaires agressives telles que l'OTAN et à l'existence de bases étrangères et lutte pour le désarmement, y compris le retrait de toutes les armes nucléaires du territoire des États membres et l'abolition totale des armes nucléaires. Pour une Europe qui promeuve la coopération et l'amitié entre les peuples du monde entier - coopération politique, économique, sociale et culturelle, égale et mutuellement bénéfique.

Pour une Europe de la démocratie, de la coopération entre États souverains égaux en droits

Pour une Europe qui respecte la démocratie et la participation démocratique, la souveraineté et l'égalité des droits de ses États, la diversité culturelle et l'identité de chaque peuple, les droits des minorités; une Europe qui ne sera pas gouvernée par des directoires, des lobbies et les États les plus puissants, mais par les peuples.

Pour une Europe de la liberté, des droits et de la solidarité

Pour une Europe qui défende les libertés démocratiques, comme les droits syndicaux, civils et sociaux - y compris les droits numériques des citoyens, la vie privée, la protection des données à caractère personnel et la neutralité d’Internet; qui rejette les mécanismes répressifs, de classement et de surveillance; qui garantisse dans la pratique l’égalité de toutes les personnes sans distinction de sexe, d’appartenance ethnique, de couleur, de religion, de handicap ou d’identité sexuelle; qui combatte toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes et consolider leurs droits, y compris leurs droits sexuels et reproductifs.

Nous travaillons ensemble et renforçons le groupe de gauche au Parlement européen

À cette fin, nous développerons davantage notre coopération et nous nous engageons à poursuivre les travaux du groupe de la Gauche unitaire/Gauche verte nordique (GUE/NGL) au Parlement européen sur la base de l'égalité et du respect mutuel de nos différences, chemins, expériences et particularités; nous poursuivons notre action commune à travers le groupe GUE/NGL en tant que lieu de coopération centré sur les nombreuses choses qui nous unissent dans la lutte pour une autre Europe.

Nous réaffirmons le caractère et l'identité de ce groupe parlementaire en tant qu'espace confédéral de coopération entre forces communistes, ouvrières, progressistes, de gauche et écologiques, dont l'objectif commun est de donner voix au sein du Parlement européen aux luttes des travailleurs et des peuples; d'affirmer, proposer et défendre des politiques progressistes et nettement différentes de celles que la droite et la social-démocratie ont poursuivies et continuent de poursuivre; de donner expression et contenu à la lutte pour une autre voie pour l'Europe.

En signant cet appel, nous nous engageons à défendre ces objectifs et ces lignes directrices. Plus nous avons de force, plus les luttes pour une Europe de la coopération, du progrès social et de la paix seront intenses.

Partis signataires de l'appel conjoint en vue de l'élection de 2019 au Parlement européen:

1. Parti progressiste des travailleurs – AKEL
2. Parti communiste du Portugal – PCP
3. Parti communiste d'Allemagne – DKP
4. Die Linke (Allemagne)
5. Parti communiste d'Autriche – KPÖ
6. Parti du travail de Belgique – PTB-PVDA
7. Parti communiste de Bohème Moravie – KSČM
8. Parti communiste du Danemark – DKP
9. Parti communiste au Danemark – KpiD
10. Parti communiste d'Espagne – PCE
11. Izquierda Unida – IU
12. Izquierda Unida i Alternativa (EuiA)
13. Anova Irmandade Nacionalista – anova
14. Communistes de Catalogne
15. Parti communiste de Finlande – SKP
16. Parti communiste français – PCF
17. Parti communsite italien – PCI
18. Parti de la refondation communiste – PRC
19. Convergence socialiste
20. Parti communiste du Luxembourg – KPL
21. Parti communiste de Malte – PKM
22. Parti communiste britannique – CPB

L'appel commun reste ouvert aux nouveaux signataires.

EUROPE / Appel conjoint pour les élections au Parlement européen

EUROPE / Bilan des élus européens Front de gauche / PCF : Patrick Le Hyaric, Marie-Christine Vergiat et Marie-Pierre Vieu.

 

 

 

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7 mars 2019 4 07 /03 /mars /2019 07:00
Amérique. Cuba sous les griffes de la loi Helms-Burton (L'Humanité, mercredi 6 mars 2019, Cathy Dos Santos)
Amérique. Cuba sous les griffes de la loi Helms-Burton
Mercredi, 6 Mars, 2019

Les États-Unis renforceront le blocus économique le 19 mars, en activant le chapitre iii de cette législation de 1996 concernant les biens cubains.

Les États-Unis font feu de tout bois. Sans rien lâcher de son interventionnisme au Venezuela, l’administration américaine s’apprête à renforcer le blocus économique contre Cuba. Le département d’État a annoncé lundi l’activation du chapitre iii de la loi Helms-Burton sur les biens cubains, à compter du 19 mars. Cette législation, qui date de 1996, est l’une des plus virulentes mesures de rétorsion prises à l’encontre de Cuba et de ses partenaires économiques puisqu’elle universalise le blocus, en raison de son caractère extraterritorial. Jusqu’à présent, les locataires de la Maison-Blanche s’étaient gardés d’activer ledit chapitre, estimant que les sanctions rétroactives qu’il comprend auraient des répercussions sur ses propres alliés commerciaux.

La réponse de La Havane a été cinglante

Désormais, des personnes ou des entreprises états-uniennes pourront porter plainte devant les tribunaux contre des compagnies cubaines répertoriées par Washington, accusées de « faire trafic », grâce à des biens et des propriétés nationalisés au lendemain de la révolution du 1er janvier 1959. Le département d’État a précisé qu’il ne suspendait que pour trente jours la possibilité d’engager ce même type d’actions contre d’autres entreprises cubaines et étrangères ayant des liens commerciaux avec la Grande Île. « Nous devons responsabiliser Cuba et restituer aux plaignants les actifs saisis par le gouvernement cubain. Faire du commerce avec Cuba ne peut pas revenir à trafiquer avec des biens confisqués », a tweeté le secrétaire d’État, Mike Pompeo. Après soixante ans de sanctions brutales et illégales, la mise en œuvre de cette mesure vise à asphyxier davantage l’économie cubaine. Cette déclaration de guerre commerciale vaut également pour les entreprises françaises et européennes qui échangent avec le pays caribéen. La réponse de La Havane a été cinglante, estimant que les « prétentions » du Bureau ovale relèvent d’« esprits qui voient en Cuba une possession coloniale ». « Cette loi repose sur deux mensonges fondamentaux : la notion selon laquelle les nationalisations menées à bien peu après le triomphe de la révolution auraient été illégitimes ou indues et que Cuba constitue une menace pour la sécurité nationale des États-Unis », a tancé le ministère cubain des Affaires étrangères, en rappelant, avec insistance, que les nationalisations ont été réalisées dans le cadre « des lois, de la Constitution, et en conformité avec le droit international ». En outre, elles ont fait l’objet de compensations que Washington a toujours réfutées.

À un an de l’élection présidentielle, la première puissance mondiale multiplie les gestes en direction de l’électorat anticastriste et antichaviste, comme l’attestent les démonstrations grossières du conseiller à la sécurité nationale du président Donald Trump. « Le rôle de Cuba dans l’usurpation de la démocratie et l’encouragement de la répression au Venezuela est clair. C’est pour cela que les États-Unis continueront de renforcer les restrictions financières aux services des militaires et intellectuels de Cuba », a osé John Bolton, dont la réputation de faiseur de guerre est notoire. Comme il est désormais de coutume chez lui, il a exigé des « démocraties de la région qu’elles condamnent le régime de Cuba ». En novembre dernier, à l’occasion de l’Assemblée générale des Nations unies à New York, les autorités cubaines ont représenté, pour la vingt-septième année consécutive, une résolution, certes non contraignante, exigeant la levée du blocus économique. Tous les États présents ont voté en faveur, à l’exception notable d’Israël et… des États-Unis.

Cathy Dos Santos
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