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24 décembre 2020 4 24 /12 /décembre /2020 07:42
Selahattin Demirtas

Selahattin Demirtas

La Selahattin Demirtas, le leader kurde du HDP, prisonnier politique en Turquie, est soutenu depuis le départ par le PCF. Le HDP principale opposition de gauche, laïque, multiculturel et progressiste, en Turquie. La Cour européenne des droits de l’homme exige la libération immédiate par la Turquie du leader de gauche Selahattin Demirtas!

Mercredi 23 Décembre 2020 - L'Humanité
Constatant plusieurs violations de la Convention européenne des droits de l’homme par la Turquie, la Cour européenne des droits de l’homme a ordonné ce mardi la libération immédiate de Selahattin Demirtas, l’opposant politique kurde, leader du HDP, en détention provisoire depuis novembre 2016.
 

La décision vaut autant par l’ampleur des griefs retenus par les juges européens contre les décisions de la justice turque, que par le contexte de répression générale contre l’opposition politique en Turquie que dénonce l’arrêt de la Cour rendu ce mardi.

« C’est la première fois que la Cour européenne des droits de l’homme juge qu’une personne a été mise en prison par l’État turc pour des raisons politiques, et que les procédures judiciaires à l’encontre de Selahattin Demirtas étaient en fait des actes de répression politique contre un membre de l’opposition de gauche au régime d’Erdogan », réagit Fayik Yagizay, représentant du HDP auprès des institutions européennes, qui rappelle qu’il y a une semaine encore, le président turc continuait à soutenir que le leader kurde, ancien député et coprésident du HDP, ne serait jamais libéré.

Selahattin Demirtas a été arrêté le 4 novembre 2016 par les forces de sécurité turques en même temps que 12 autres députés du HDP (Parti démocratique des peuples, pro-kurde) dont l’immunité parlementaire avait été levée. Le leader kurde a été député à l’Assemblée nationale de Turquie de 2007 à 2018, et candidat aux élections présidentielles de 2007 (où il avait obtenu 9,76 % des voix), ainsi qu’en 2018 alors qu’il était toujours en détention provisoire. Bien que privé de tous les moyens de faire campagne, Selahattin Demirtas avait tout de même réussi à obtenir 8,32 % des voix, en s’exprimant depuis sa cellule.

À l’issue d’une modification constitutionnelle en mai 2016, le leader kurde avait été l’objet de 31 enquêtes pénales distinctes permettant d’alimenter un imbroglio judiciaire sans fin, destiné à justifier son maintien en détention.

« But inavoué »

Dans son arrêt, la Cour européenne des droits de l’homme considère que l’emprisonnement de Selahattin Demirtas, notamment pendant les « deux campagnes critiques », celles du référendum du 16 avril 2017 et de l’élection présidentielle du 24 juin 2018, « poursuivait un but inavoué, à savoir celui d’étouffer le pluralisme et de limiter le libre jeu du débat politique, qui se trouve au cœur même de la notion de société démocratique ».

La Cour rejette également les accusations de la justice turque cherchant à faire passer certains discours politiques du leader kurde pour des justifications du terrorisme, à seule fin de prolonger son maintien en prison. On ne peut pas assimiler « le droit à la liberté d’expression au fait d’appartenir à une organisation terroriste armée, ou de fonder, ou de diriger une telle organisation, en l’absence de tout élément concernant un tel lien », indique la CEDH dans son arrêt.

Au final, la Cour juge que dans le maintien en détention de leader de kurde, la Turquie viole à la fois l’article sur la liberté d’expression de la Convention européenne des droits de l’homme, celui sur le droit à la liberté et à la sûreté, le droit de statuer sur la légalité de la détention dans des délais raisonnables, le droit à des élections libres, la limitation de l’usage des restrictions aux droits, et elle exige la remise en liberté immédiate de Selahattin Demirtas.

La répression continue

La Turquie va-t-elle exécuter cette décision de la justice européenne et libérer Demirtas ? Fayik Agizay rappelle que l’Allemagne qui assure actuellement pour 6 mois la présidence du Conseil de l’Europe, s’est fixée comme priorité de faire appliquer les décisions de la Cour européenne des droits de l’homme. Si la Turquie ne respectait pas cette décision, le Conseil des ministres du Conseil de l’Europe serait saisi. « Il est très important que la justice turque libère Selahattin Demirtas, à la fois pour que la démocratie avance en Turquie et que l’on respecte les droits de l’opposition. Mais c’est aussi important pour qu’on puisse avancer vers une solution de la question kurde », estime le représentant du HDP. La décision de la Cour européenne des droits de l’homme constitue également un point d’appui pour la libération de tous les autres prisonniers politiques en Turquie, ajoute Fayik Agizay, dans un contexte ou la répression contre l’opposition par le régime d’Erdogan s’accentue. Ce mardi, une autre grande figure de l’opposition kurde, Leyla Guven, a été arrêtée à Diyarbakir. Elle vient d’être condamnée à 22 ans de prison.

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24 décembre 2020 4 24 /12 /décembre /2020 07:34
Centenaire du PCF - Congrès de Tours, 25 décembre 1920: L'ouverture du congrès prometteur (Jacques Girault, L'Humanité, 24 décembre 2020)
Centenaire du pcf. 25 décembre 1920, l’ouverture d’un congrès prometteur
Jeudi 24 Décembre 2020

À 9 heures, à Tours, ce jour de Noël, la salle du Manège accueille les délégués de la SFIO. Après plusieurs jours de débats intenses, le 30 décembre, à 2 h 45, la majorité vote l’adhésion à l’Internationale communiste. Retour sur ce huis clos décisif.

 

En France, dans le Parti socialiste SFIO, les minoritaires, avec Jean Longuet et Louis-Oscar Frossard, l’emportent en octobre 1918, mais le parti perd les élections l’année suivante. Dans la CGT, les grèves et les actions ouvrières qui ont continué pendant le conflit échouent en 1920. L’espoir vient du bolchevisme. Après un premier Parti communiste, un Comité de la IIIe Internationale naît en mai 1919. Les anciens opposants à l’Union sacrée décident de mener leur action dans ou en direction du parti socialiste SFIO. Ils lancent le Bulletin communiste, en mars 1920, pour faire connaître les idées bolcheviques.

Le Parti socialiste décide, en février 1920, d’entreprendre des discussions exploratoires avec la IIIe Internationale, après la rupture décidée avec la IIe Internationale. En juin 1920, le secrétaire général Frossard et le directeur de l’Humanité Marcel Cachin partent en Russie pour négocier avec ­’Internationale communiste (IC).

Dans le même temps, la stratégie de cette dernière change d’orientation. Après l’échec de la révolution mondiale, il faut faire adhérer les partis socialistes à l’IC et les bolcheviser ensuite. Le congrès de l’IC insiste sur la rupture totale avec le réformisme. Les 21 conditions énoncent les principes de tout parti communiste de type nouveau, centralisé sur le plan national et dans sa structure internationale. Le choix de procéder à la constitution de partis communistes expurgés impose des scissions dans les partis socialistes. La France est un des champs d’application.

Les résultats du vote des fédérations confirment la scission

Le samedi 25 décembre 1920, à partir de 9 heures, la salle du Manège à Tours commence à se remplir de délégués au congrès national du Parti socialiste SFIO. L’harmonie la Lyre du peuple exécute l’Internationale, un chœur de fillettes du patronage laïc interprète le Chant des ouvriers, de Pierre Dupont. À 10 h 30, Louis-Oscar Frossard, secrétaire général du Parti socialiste SFIO, ouvre le congrès et procède à la mise en place des structures habituelles des congrès nationaux de la SFIO depuis la création du parti en 1905. Après quatre journées de débats, la séance de nuit s’ouvre le mercredi 29 décembre. On savait dès l’ouverture que l’adhésion à l’Internationale communiste l’emporterait. Après les explications de votes données par les représentants des fédérations, la tendance s’est confirmée. Après que Léon Blum eut annoncé le retrait de la motion du Comité de Résistance, les résultats du vote des fédérations confirment la scission à la suite de l’ultime tentative de maintenir l’unité du parti. À l’annonce de la poursuite du « congrès communiste », Frossard précise que « le socialisme français continue » et commente : « L’inévitable s’est accompli. » Il est 2 h 45. Cette séance a été marquée par des agitations, non signalées dans le compte rendu officiel, conséquence des négociations entre minoritaires.

Paul Vaillant-Couturier lit l’acte de naissance du nouveau parti

Le matin du 30 décembre, toujours dans la salle du Manège, le congrès communiste se déroule. Paul Vaillant-Couturier lit l’acte de naissance du Parti socialiste (section française de l’Internationale communiste). Après les réunions séparées des partisans de la Résistance autour de Blum et des Reconstructeurs autour de Longuet, les deux courants minoritaires se retrouvent, l’après-midi, pour réorganiser le Parti socialiste de l’Internationale ouvrière, la « vieille maison », selon l’expression de Léon Blum.

Les analyses propres au Parti communiste viennent de loin. Héritière de clivages anciens, résultant des analyses marquées par la radicalité sensible dans les couches sociales défavorisées depuis la Révolution française, relayées par des théoriciens de formes avancées se réclamant du socialisme, l’aspiration communiste dans la société se réveille avec la guerre et la révolution bolchevique. Le Parti socialiste SFIO en France et les partis constitutifs de l’Internationale socialiste n’ont pas poursuivi l’action de Jaurès pour maintenir la paix. La guerre s’est aggravée avec la participation des socialistes. Exploitant la faiblesse du pouvoir, les bolcheviques en Russie ont triomphé et s’engagent dans la constitution d’une Internationale communiste qui entend provoquer la révolution mondiale. La majorité des socialistes français choisissent cette voie. Reste à construire le parti défini dans les 21 conditions d’adhésion à l’Internationale communiste.

Jacques Girault

Historien

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24 décembre 2020 4 24 /12 /décembre /2020 07:25
Martha Desrumaux: la lutte chevillée au corps - Marie Toulgoat, L'Humanité - 23 décembre 2020
Martha Desrumaux, la lutte chevillée au corps
Mercredi 23 Décembre 2020 - L'Humanité

L’ouvrière et syndicaliste du Nord aura été de tous les combats : contre le fascisme, contre le capitalisme, contre le patriarcat. Une obstination dans l’engagement de tous les instants qui lui aura valu l’expérience sinistre de l’enfer concentrationnaire.

 

En 1943, dans l’atelier du camp de concentration de Ravensbrück, Martha Desrumaux est affectée à la couture. Neuf heures par jour, elle et ses camarades de souffrance doivent confectionner des habits aux soldats allemands. Secrètement, elle s’applique à bâtir les coutures les moins solides possible et y glisse des poux. Son acte de rébellion, percé à jour par ses tortionnaires nazis, lui vaudra une blessure au doigt, lui laissant sa paume à jamais insensible. Tout au long de son existence, et même plongée dans les heures les plus obscures de l’Histoire, la communiste n’aura rien cédé de son combat. Et aura toujours conjugué la résistance dans toutes ses déclinaisons possibles.

Même au plus profond de l’horreur des camps, sa solidarité n’a pas failli

Résistance d’abord au patronat, premier combat de la militante. Née en 1897 à Comines dans le Nord, la jeune Martha Desrumaux est précipitée dans le monde du travail au décès brutal de son père alors qu’elle n’a que 9 ans. Aussitôt, l’enfant est dépêchée comme bonne dans une riche famille de la banlieue bourgeoise de Lille. Rapidement, celle-ci se tourne vers le vacarme incessant de l’usine textile Cousins Frères de sa ville natale. Le travail y est si pénible, les conditions si déplorables que la jeune ouvrière se syndique à la CGT à ses 13 ans. Un signe imparable d’émancipation, alors même que les femmes, surtout à un si jeune âge, n’étaient guère nombreuses dans les rangs du syndicat.

Femme, pauvre, analphabète jusqu’à l’âge adulte… Face à sa ténacité et sa détermination, aucun obstacle ne résiste sur le chemin de la travailleuse. Alors qu’elle n’a que 20 ans, la « pasionaria du Nord » mène à la victoire sa toute première grève dans les usines Hasbroucq à Lyon. Encore incapable d’écrire, elle s’entraîne toute la nuit pour ne pas se priver de la satisfaction d’apposer sa signature à côté de celle du patron. Dix ans plus tard, elle devient la première femme élue au comité central du Parti communiste, balayant d’un revers de main les contestations. « Ça gênait beaucoup qu’une femme puisse prendre des responsabilités dans le Parti. Elle a dû subir des remarques machistes et malgré tout, elle est restée fidèle à ses valeurs », relève Pierre Outteryck, professeur agrégé d’histoire et biographe de Martha Desrumaux. En 1936, seule femme parmi la délégation du Front populaire, elle arrache les accords de Matignon, agitant sous le nez du patronat les fiches de paie des ouvrières du textile.

Alors que la France entre en guerre, la résistance prend dans la vie de la communiste un sens tout nouveau : celui de la lutte contre le fascisme. À peine l’occupation allemande installée, Martha Desrumaux s’érige comme la figure de proue d’un réseau de sabotage et prend à bras-le-corps la réorganisation du PCF depuis la ­Belgique. Une nuit, elle détruit le réservoir d’essence d’un champ d’aviation ennemi, clouant au sol la flotte nazie. Elle est arrêtée alors qu’elle rend visite à Louis, son tout jeune fils, confié à un couple d’amis militants. La suite de la guerre, elle la passera à Ravensbrück. Mais, même au plus profond de l’horreur, sa solidarité n’a pas failli une seule seconde. « Je me souviens qu’à Noël 1943, quand nous sommes arrivés, Martha s’était débrouillée pour nous procurer quelques biscuits, et c’était déjà énorme pour nous », se remémore Lili Leignel, déportée avec ses deux frères alors qu’elle n’avait que 11 ans. Quelques années plus tard, alors qu’elle foule le sol français pour la première fois depuis quatre ans, la militante prononce, comme un pied de nez à l’inhumain : « Je suis Martha Desrumaux, les nazis ne m’ont pas eue. » Peu de mots formeront meilleur témoignage de son obstination.

À son retour d’Allemagne, souffrante du typhus et alors que le droit de vote des femmes est tout récent, la militante se fait élire conseillère municipale à Lille et devient en 1944 l’une des douze premières femmes à siéger à ­l’Assemblée nationale. Affaiblie par la maladie, elle ne tire pas pour autant un trait sur son combat syndical, et renoue aussitôt avec la lutte ouvrière. Un engagement de toute une vie qui lui vaudra ces quelques mots de la bouche de l’ancienne députée européenne communiste Danielle de March : « Martha, on dit que c’était une grande, mais le mot est petit. C’était une géante. » Une géante qui aurait toute sa place au Panthéon.

 

Lire aussi:

Martha Desrumeaux: syndicaliste et communiste résistante et déportée. Pour que la classe ouvrière rentre au Panthéon!

Martha Desrumaux - la solidarité populaire au cœur - Conférences de l'historien Pierre Outteryck à Brest le lundi 4 février et à Morlaix le mardi 5 février, 18h

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24 décembre 2020 4 24 /12 /décembre /2020 07:16
Actualité du combat communiste - entretien de Julia Hamlaoui avec Guillaume Roubaud Quashie, animateur du centenaire du Parti communiste et membre de la direction du PCF (L'Humanité, 23 décembre)
Guillaume Roubaud-Quashie : « Une rupture possible et nécessaire »
Mercredi 23 Décembre 2020

Dirigeant du PCF en charge de coordonner son centenaire, Guillaume Roubaud-Quashie met en perspective un siècle d’histoire de la formation née du congrès de Tours avec l’actualité du combat communiste.

 

Guillaume Roubaud-Quashie Historien, membre de la direction du PCF

Les communistes soufflent cette année les cent bougies du congrès de Tours. Face à la crise historique que nous vivons, comment leur combat prend-il une nouvelle actualité ?

Guillaume Roubaud-Quashie L’une des dimensions du congrès de Tours est l’ambition d’un changement de civilisation. Dans la période que nous vivons, cette volonté de rupture rencontre une possibilité plus importante que cent ans en arrière du fait des connaissances accumulées par l’humanité. Mais aussi une nécessité plus grande due aux ravages du capitalisme. Le lamentable épisode mercantile des vaccins, où certains sont davantage préoccupés par les profits à engranger que par les vies à sauver, l’illustre parfaitement.

Révolution ou réformisme, ce débat trouve-t-il encore une résonance aujourd’hui ? Quelle forme prend aujourd’hui la révolution dont rêvent les communistes ?

Guillaume Roubaud-Quashie Ce vocabulaire est ancien mais a encore un usage aujourd’hui : dans une partie du monde syndical, par exemple, certains évoquent parfois la constitution d’un pôle réformiste. Nous nous définissons toujours comme révolutionnaires. Évidemment, ce mot a une histoire et peut évoquer la brutalité, la brièveté, éventuellement l’idée d’insurrection barricadière. Si ce n’est pas notre stratégie, nous pensons en revanche que les changements à impulser sont globaux. En l’occurrence, sortir d’une logique fondée sur la seule rentabilité quitte à broyer les êtres humains et la planète, pour miser sur le libre et plein développement de chacun. Malheureusement, les forces qui ne portent pas clairement l’ambition d’affronter les logiques du capital sont nombreuses à gauche, peut-être même plus qu’au cours du siècle passé. Ce qui ne doit pas être tout à fait étranger à l’état de la gauche. Est-ce qu’avec des mesures qui laissent le cœur du réacteur intact, on sauvera le million d’espèces menacées ? Beaucoup de gens se rendent comptent que ça ne tient pas.

L’histoire du PCF est aussi celle des conquêtes sociales rendues possibles par de puissants mouvements populaires et le rassemblement de la gauche. Quelles leçons en tirer ?

Guillaume Roubaud-Quashie Les enjeux institutionnels et électoraux ont une grande importance. Mais une grande illusion consiste à penser que les changements révolutionnaires ne pourraient advenir que par une logique délégataire. Ce à quoi les communistes appellent, c’est à la mise en mouvement la plus large et de toute nature. Je sais bien que, dans la période, certains cherchent des sauveurs suprêmes, mais, sur ce point, l’Internationale n’a pas pris une ride. En outre, ce sont ces cercles vertueux fondés sur des perspectives de victoires qui ont donné leur force au mouvement populaire en 1936 ou à la Libération. Aujourd’hui, la résignation n’est pas seulement le fruit de la bataille idéologique, mais aussi de déceptions politiques objectives et de difficultés du mouvement social. Cependant, il faut aussi mesurer les points marqués, comme les concessions, malgré toutes leurs limites, que le pouvoir a été obligé de consentir au monde de la santé… La direction actuelle du PCF fait aussi montre de volontarisme pour structurer les communistes sur les lieux de travail et de création de plus-value, parce que le combat de classe y prend sa source. C’est une tâche difficile mais qui n’a rien perdu de sa pertinence.

Sur les questions dites de société comme le féminisme ou l’antiracisme, les positions à gauche ont fluctué, quelles ont été les évolutions du PCF sur ces sujets au cours de son histoire ?

Guillaume Roubaud-Quashie C’est plus compliqué que ce que l’on dit toujours : avant, les luttes étaient hiérarchisées, maintenant elles ne le sont plus. La logique multidimensionnelle des changements à opérer a été l’objet de fluctuations, parfois de conflits pendant tout ce siècle. Les années 1920 sont celles de l’accentuation de la question de classe, mais aussi d’affirmation du combat des femmes, avec des candidates aux élections municipales, par exemple. Cela est atténué lors du Front populaire parce que ces questions ne font pas l’objet d’un accord unanime dans la société française et que le rassemblement prime face à la menace fasciste. Avec la Libération, viennent les combats pour le droit de vote et d’éligibilité des femmes ou encore la création de l’Union des femmes françaises. Pendant les années 1950, des oppositions avec le mouvement féministe naissent sur la question du « birth control », suivies d’autres ratés en 1968 et dans les années 1970 avec une hostilité réciproque assez forte. Mais, dans la décennie 1990, un rapprochement s’opère à nouveau sous l’impulsion de personnalités comme Marie-George Buffet qui affirment très clairement qu’il n’y a pas à penser de hiérarchie dans les combats émancipateurs. Sur l’antiracisme, les combats contre l’antisémitisme des années 1930, la lutte contre le fascisme, contre la colonisation, ou encore la création du Mouvement national contre le racisme, qui deviendra ensuite le Mrap, ont marqué l’histoire du PCF. Tout cela est abîmé à la fin des années 1970 et début 1980 par un moment de flottement sur des questions de politique migratoire, encore l’objet aujourd’hui d’instrumentalisation de l’extrême droite. Mais on ne peut pas résumer le Parti communiste ni même Georges Marchais, puisque c’est de lui qu’il est question, à ce flottement de quelques années.

Courant majoritaire à gauche après-guerre, l’influence du PCF a reflué à partir de 1978. Quelles sont aujourd’hui ses forces et ses faiblesses ?

Guillaume Roubaud-Quashie La mémoire du pays est assez sensible aux années 1970. Or ces années sont effectivement un moment d’apogée, très loin de représenter les cent ans du PCF. Si on se place en regard de l’histoire générale du mouvement ouvrier, on peut mesurer que le Parti communiste d’aujourd’hui par rapport à celui du début des années 1930, par exemple, compte un nombre tout à fait significatif d’adhérents, de cotisants, de municipalités… La période des années 1980-1990 a été extrêmement difficile, avec un déclin qui semblait impossible à arrêter. Depuis une quinzaine d’années, le PCF a réussi à en sortir. L’image de l’URSS continue de jouer négativement, mais elle est moins significative pour les plus jeunes générations. Et cette dynamique est aussi liée à la crise du capitalisme : nombreux sont ceux qui cherchent une alternative. Les succès d’éditions autour de Marx le donnent à voir.

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24 décembre 2020 4 24 /12 /décembre /2020 07:05
Marcel Cachin à la fête de la Bretagne de Concarneau au côté des communistes finistériens et de Pierre Le Rose

Marcel Cachin à la fête de la Bretagne de Concarneau au côté des communistes finistériens et de Pierre Le Rose

Marcel Cachin, du socialisme à la révolution - L'Humanité, Jean-Paul Piérot, 24 décembre 2020
Marcel Cachin, du socialisme à la révolution - L'Humanité, Jean-Paul Piérot, 24 décembre 2020
Marcel Cachin Du socialisme à la révolution
Jeudi 24 Décembre 2020 - L'Humanité
 

Marcel Cachin, dont la motion au congrès de Tours, favorable à l’adhésion à la IIIe Internationale, a recueilli plus de 70 % des voix, n’est pas un novice. À 51 ans, il a déjà une longue expérience militante au Parti ouvrier français et, depuis 1905, à la SFIO. Originaire de Bretagne – il est né à Paimpol en 1869 –, il a fait de brillantes études à Rennes. Ce fils d’un gendarme et d’une ouvrière devient professeur de philosophie et exerce des charges électives : adjoint au maire de Bordeaux de 1900 à 1903, conseiller municipal à Paris, député. En 1918, il devient directeur de l’Humanité et le restera jusqu’à sa mort, en 1958. Au printemps 1920, la SFIO envoie Cachin et Ludovic-Oscar Frossard, le secrétaire général du Parti, en mission à Moscou pour discuter d’une éventuelle adhésion au Komintern. Les deux délégués plaident pour l’acceptation des 21 conditions qui donnent à l’Internationale communiste un caractère de parti mondial.

 

Lire aussi:

Marcel Cachin, la trajectoire d'un intellectuel breton guesdiste, puis communiste, directeur de l'Humanité de 1917 à 1958

"Marcel Cachin, tribun exceptionnel et dirigeant politique": un excellent article de Jean Le Guillermic dans le mensuel des Bretons de Paris: "Bretagne île de France" - octobre, novembre, décembre 2016

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23 décembre 2020 3 23 /12 /décembre /2020 14:06

Ouest-France

Morlaix. La Journée internationale des migrants mobilise

Publié le

 

Marc Corbel, secrétaire de l’U.L. CGT de Morlaix, mobilisé pour la Journée internationale des migrants. | OUEST-FRANCE

Vendredi, répondant à un appel collectif de syndicats et d’associations humanitaires, l’union locale CGT de Morlaix a organisé une conférence de presse à la maison du peuple. Cette conférence, en présence d’Anne Véronique Roudaut, de l’Union départementale CGT du Finistère, a permis à Marc Corbel, secrétaire de l’Union locale de Morlaix d’attirer l’attention sur la situation des migrants. Cette question, de dimension internationale, se décline également à l’échelon national et local.

« Dépourvus de titres de séjour ou précarisés par leur statut, les migrants et leurs familles sont l’objet de discriminations et peuvent subir des conditions de travail indignes du fait de leur vulnérabilité, s’indigne Marc Corbel. La pandémie et le confinement ont accentué cette réalité. » Des salariés peuvent détenir un contrat de travail sans pour autant bénéficier d’un titre de séjour.

« Localement, trois salariés de l’agroalimentaire sont venus spontanément nous demander des éléments par rapport à leurs conditions de travail. Très vite, nous avons pris conscience de la complexité et de l’ampleur du dossier. Nous avons donc saisi nos partenaires et contacts : services de l’état, associations d’aide aux migrants, réseau CGT national… » Cette situation pourrait concerner 77 travailleurs. À ce jour ces salariés espèrent une régularisation de leurs titres de séjour.

« Pour la CGT, en cas de contrat de travail le titre de séjour devrait être délivré », conclut Marc Corbel.

Affaire à suivre.

https://www.ouest-france.fr/bretagne/morlaix-29600/morlaix-la-journee-internationale-des-migrants-mobilise-7095946

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23 décembre 2020 3 23 /12 /décembre /2020 06:49

 

Tandis que les primo-accédants ont du mal à obtenir un crédit pour l’achat de leur logement, un récent « focus » de l’Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE) donne des chiffres précis sur la situation de l’habitat en France au début de l’année 2020. Mais cette note ne fournit guère d’informations sur les raisons de cette évolution. Or, le rôle accru confié au secteur privé depuis plus de 40 ans a favorisé la spéculation avec des effets pervers qui s’amplifient au fil des ans.

Par Gérard Le Puill

C’était une des nouvelles mises en exergue hier dans les journaux du soir. Le gouvernement a fait savoir que la durée d’un emprunt pour acheter son logement va pouvoir passer de 25 à 27 ans tandis que la part du revenu mensuel consacrée au remboursement des traites pourra passer de 33 à 35 %. On imagine que la mesure a surtout été prise pour relancer l’industrie du bâtiment en relançant les ventes, quitte à déboucher sur une plus grande fragilité financière pour beaucoup de nouveaux accédants. Car nous sommes dans un contexte où le risque de perdre son emploi guette une proportion accrue de nouveaux emprunteurs.

En page 21 de « l’Humanité » de ce 18 décembre, on apprend que 10 milliards de tonnes de CO2 ont été émises en 2019 dans le secteur du bâtiment ; un record, selon un rapport de l’Organisation des Nations Unies. Voilà qui nous renvoie à la rencontre du 14 décembre entre le président Macron et les membres de la Convention citoyenne pour le climat.

Les passoires thermiques, un problème parmi d’autres

Cette rencontre a donné lieu à de multiples commentaires sur les désaccords entre le chef de l’État et ses interlocuteurs, concernant plusieurs sujets, dont le rythme qu’il convient de retenir pour réduire en France le nombre de « passoires thermiques », émettrices de gaz à effet de serre. Il s’agit de logements mal isolés, souvent chauffés au fioul ou au gaz. Leur nombre est évalué à 4,8 millions en France métropolitaine, sur plus de 36 millions de logements au début de l’année 2020, selon un « Focus » publié par l’INSEE au début de ce mois de décembre. La lecture de cette étude permet aussi de comprendre que les passoires thermiques, identifiées comme telles, ne sont qu’un des multiples problèmes à résoudre si nous voulons réduire le bilan carbone du logement en France.

L’INSEE indique qu’au 1 er janvier 2020 « la France métropolitaine compte 36,1 millions de logements sur les 37 millions de France hors Mayotte, soit 12,4 millions de logements supplémentaires depuis 1982. L’évolution du parc de logements résulte de différents facteurs. La construction de logements neufs ainsi que la transformation des locaux non résidentiels en logements (réaffectations) contribuent à augmenter le nombre de logements. Inversement, les démolitions et les changements d’usage de locaux d’habitation (désaffectations) réduisent le parc », précise l’institut. On se souvient de ces destructions par dynamitage d’immeubles dégradés au bout d’une trentaine d’années dans certaines cités ces dernières décennies. Ce n’est jamais le cas pour les immeubles conçus par le Baron Haussmann et construits un siècle plus tôt à Paris. Mais l’INSEE n’évoque pas dans ce « focus » la faible durabilité des constructions depuis plus d’un demi-siècle en France.

50 % de résidences principales de plus en moins de 40 ans

L’étude nous informe que « depuis 1982, le nombre de résidences principales s’est accru d’environ 50 %. Cette hausse a été portée par la croissance démographique, la population ayant crû de 19 % sur cette même période, mais également par baisse de la taille des ménages (mise en couples plus tardives, ruptures d’unions, vieillissement démographique…) ». Aucune donnée n’est fournie par l’INSEE sur les colocations auxquelles recourent des personnes à faible pouvoir d’achat, à commencer par les étudiants. Mais elles doivent rester marginales au regard du nombre total de logements. Qui plus est, les bailleurs, qui sont souvent des investisseurs privés bénéficiaires d’une politique généreuse de l’État en matière de défiscalisation sur le capital investi, tirent généralement un plus gros loyer d’une colocation avec plusieurs occupants, que d’un bail signé avec un ménage.

Un graphique nous indique que sur les 36,1 millions de logements que compte la France métropolitaine en janvier 2020, le nombre de résidences principales est de 29,46 millions à quoi s’ajoutent 3,597 millions de résidences secondaires et logements occasionnels, tandis que l’on compte aussi presque 3 millions de logements vacants. L’INSEE précise que « depuis le début des années 2010, le nombre de résidences secondaires et de logements occasionnels augmente plus vite que l’ensemble du parc, alors qu’il avait progressé de manière moins soutenue que ce dernier à partir de 1990. Cette hausse s’accentue même sur les cinq dernières années ».

Parallèlement, cette étude de l’INSEE indique aussi que « les logements vacants augmentent de façon marquée depuis 2006, à un rythme supérieur à celui de l’ensemble du parc, alors leur nombre augmentait moins vite, voire diminuait, auparavant. Néanmoins, cette hausse s’atténue sur les dix dernières années. La vacance peut provenir d’une inadéquation de l’offre avec la demande en matière de taille, de localisation, prix, par exemple, ou correspondre à des logements en mauvais état », ajoute l’INSEE. Là encore, il est possible que l’offre de logements locatifs proposés par des investisseurs privés avec des loyers élevés, soit pour une bonne part à l’origine de cette inadéquation. Mais l’étude ne donne aucune précision.

Recul du logement social au profit des investisseurs privés

Elle précise qu’en 2020, « l’habitat individuel représente 55 % des logements, comme en 1982 (…) Depuis 2008, sa part recule légèrement, car le nombre de logements collectifs augmente plus vite que celui des logements individuels. Depuis 2013, les logements achevés dans l’année sont en effet plus collectifs qu’individuels, alors que c’était l’inverse avant 2008 ». L’étude de l’INSEE ne précise pas pour quelles raisons. Mais, concernant le logement locatif, elle nous apprend que « les logements détenus par les bailleurs publics représentent 17 % du parc des résidences principales, tandis que ceux détenus par les bailleurs privés pèsent 23 %. La part des bailleurs publics est stable depuis le milieu des années 1990, alors qu’elle avait nettement augmenté auparavant ».

En effet, c’est à partir de 1995, avec Pierre-André Périssol comme ministre du logement dans le gouvernement Juppé, que débuta la politique de défiscalisation offerte aux investisseurs privés tandis que diminuaient les aides au logement social. De la présidence de Jacques Chirac à celle d’Emmanuel Macron, en passant Nicolas Sarkozy et François Hollande, ce sont bien les aides au privé qui ont empêché le logement social de progresser en France depuis un quart de siècle. Bien avant cela, le gouvernement dirigé par Raymond Barre, sous la présidence de Valéry Giscard d’Estaing, réduisit considérablement l’aide à la pierre pour le logement social, favorisant déjà par ce biais le recul des constructions dans le secteur de « l’Habitat à Loyer Modéré » (HLM).

L’accession à la propriété face à la précarité de l’emploi

Enfin, « en 2020, 58 % des ménages sont propriétaires de leur résidence principale. Cette part est stable depuis 2010 après avoir augmenté de façon continue depuis 1982 où elle était de 50 %. En effet, la part des propriétaires sans charges de remboursement s’est sensiblement accrue jusqu’en 2010, en partie sous l’effet du vieillissement de la population. La part des propriétaires accédants, qui n’ont pas fini de rembourser leurs emprunts, se stabilise depuis une dizaine d’années alors qu’elle avait baissé de façon continue entre 1990 et le milieu des années 2000 », lit-on encore dans cette étude.

On peut penser que certains des actuels accédants qui remboursent un emprunt vont connaître des difficultés de remboursement en raison des pertes d’emplois et de revenus provoqués par la récession économique en cours. D’autres devront renoncer à leurs projets d’accession à la propriété pour les mêmes raisons. Surtout si les banques se montrent plus exigeantes en garanties au moment d’accorder des crédits. On risque aussi d’assister à une hausse des mises en vente de biens sur saisie pour défaut de remboursement des emprunts. Voilà pourquoi les deux annonces faites hier par le gouvernement sur l’allongement de la durée des emprunts et l’augmentation de la part du revenu pouvant y être consacrée n’est pas forcément une bonne nouvelle pour de nombreux emprunteurs.

 

 

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22 décembre 2020 2 22 /12 /décembre /2020 06:44

 

Ni mépris ni postures guerrières…

Respects Un petit rappel vaut mieux, parfois, que de longs discours enflammés. Alors, répétons-le tranquillement : la laïcité n’est pas une religion d’État, ni, au nom de l’athéisme, le dernier degré du théisme. L’historien Jean-Paul Scot le rappelle souvent : « La laïcité est le fruit d’une longue bataille pour la liberté et l’égalité, indissociable de celle pour la démocratie politique et sociale. » L’heure serait donc si grave pour que nous soyons obligés de quelques redéfinitions élémentaires, tandis les projets de loi se multiplient et tentent de déconstruire une part de notre histoire républicaine chèrement acquise. Exemple, le coup de semonce de l’historien et sociologue Jean Baubérot, qui, dans une tribune donnée au Monde, explique fort justement que la loi sur les « séparatismes », censée conforter « le respect des principes républicains », remet « en cause des libertés fondamentales et risque d’être contre-productive ». Et il précise son inquiétude : «  Le gouvernement affirme renforcer la laïcité, alors qu’il porte atteinte à la séparation des religions et de l’État. Avec ce texte, il accorde un rôle beaucoup plus important à l’État dans l’organisation des religions et de leur pratique, et renforce le pouvoir de contrôle de l’autorité administrative aux dépens de celui de l’autorité judiciaire. (…) Même Émile Combes (président du conseil de 1902 à 1905 – NDLR) n’envisageait pas, à l’époque, de confier à l’autorité administrative la décision de fermeture d’une association pour une suspicion de délit. Aujourd’hui, on veut aller plus loin que les combistes ! » Et Jean Baubérot enfonce le clou : « Ce projet de loi témoigne de la nostalgie d’une pureté laïque qui n’a jamais été mise en pratique et n’a donc jamais fait la preuve de son efficacité. On réinvente un passé sans voir l’écart entre les principes énoncés – l’égalité, la fraternité… – et la réalité. »

Neutralité Notre laïcité repose en effet sur l’articulation des principes de liberté absolue de conscience, d’égalité des droits et de neutralité de l’État à l’égard de toutes les convictions. Souvenons-nous que Jean Jaurès affirmait, le 2 août 1904, dans l’Humanité : « Démocratie et laïcité sont identiques car la démocratie n’est autre chose que l’égalité des droits. La démocratie fonde en dehors de tout système religieux toutes ses institutions, tout son droit politique et social. » Et il ajoutait, après avoir proposé que la suppression du budget des cultes serve à alimenter le premier fonds des retraites ouvrières : « Laïcité et progrès social sont deux formules indivisibles. Nous lutterons pour les deux. » Comprenons bien. La laïcité n’est pas une idéologie antireligieuse, mais un idéal d’émancipation, un principe d’organisation politique et social et la garantie du droit de chacun à affirmer ses différences dans le respect mutuel de tous, par la tranquillité et la neutralité de l’État – et de l’espace public.

Apaisement Le philosophe et médiologue Régis Debray, qui vient de publier France laïque. Sur quelques questions d’actualité (Gallimard), ne théorise pas autre chose. Dans ce texte vivifiant, il interroge la France « à l’occasion de récentes et écœurantes atrocités », insistant sur la notion de « délimitation » en ces termes : « La laïcité est une exigence. De quoi ? De frontières. Une frontière n’est pas un mur. C’est un seuil. Pour distinguer un dedans d’un dehors. » Car le mot lui-même – laïcité –, dans la bouche des uns ou des autres, peut signifier tout et son contraire. Voilà le danger. Régis Debray persiste : « Le respect de cette démarcation requiert incontestablement un effort sur soi-même, une retenue, disons une discipline – à quoi prépare en principe l’éducation civique à l’école. L’individu est censé s’effacer derrière sa fonction, comme les intérêts particuliers derrière l’intérêt général. » Ni mépris, ni postures guerrières. Juste de l’apaisement. Tel se veut le modèle républicain laïc.

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22 décembre 2020 2 22 /12 /décembre /2020 06:43

 

Le ministre de l’Agriculture a annoncé vouloir planter 50 millions d’arbres. Deux cents millions d’euros sont consacrés à ce plan. Un bel effort. Mais à qui profite-t-il, alors que les petites scieries disparaissent et que la forêt publique manque d’agents ?

« Mon beau sapin, roi des forêts »… va-t-il débarquer dans toutes les plaines de France ? Le ministère de l’Agriculture s’apprête à lancer « le plus grand volet de repeuplement depuis l’après-guerre », époque à laquelle épicéas et sapins avaient été massivement introduits. « Cinquante millions d’arbres vont être plantés en France en deux ans », a assuré Julien Denormandie, le 16 décembre, lors d’une émission sur la chaîne spécialisée Cultivonsnous.tv.

Sécheresse ou parasites

Cette annonce fait en réalité partie du plan de relance dévoilé en septembre, dont un chapitre prévoit d’« adapter les forêts françaises au réchauffement climatique ». Au fur et à mesure, les détails se précisent.

Près de « 200 millions » d’euros seront dévoués à la filière forêt-bois. « C’est un bel effort, cela fait longtemps qu’autant d’argent n’avait pas été investi sur la forêt française », tient à rappeler Philippe Canal, agent de l’Office national des forêts (ONF) et secrétaire général du Snupfen Solidaires, qui s’exprime à ce titre.

Il faut dire qu’elle va mal. Les effets du réchauffement climatique se font déjà sentir. « Sécheresse ou parasites : la forêt publique française a perdu près de 60 000 hectares en 2018-2019 », explique le représentant syndical. À titre de comparaison, les 50 millions d’arbres mis en avant par le ministre équivalent à une surface de l’ordre de… 45 0000 hectares.

Diversification des espèces

Les variétés choisies posent aussi question. Julien Denormandie évoque « des espèces adaptées ». « Les frênes ont besoin d’humidité, et il y a plein d’endroits où on se dit que si on (en) replante, dans trente ou quarante ans, ils n’arriveront pas à résister », rappelle-t-il.

Le problème, c’est « qu’aucune espèce, même exotique, n’est adaptée a priori au changement climatique, reprend Philippe Canal. Il faut trente ans pour savoir si l’une peut survivre. Encore sera-t-elle adaptée aux trente années passées, pas forcément aux suivantes, alors que l’on s’achemine vers une hausse des températures de 3 °C d’ici la fin du siècle ».

En outre, ces 200 millions d’euros ne s’accompagnent d’« aucune conditionnalité, entre autres en termes de diversification des espèces », précise pour sa part Sylvain Angerand, ingénieur forestier et coordinateur des campagnes de l’association Canopée-Forêts vivantes. « Ce plan a été discuté en catimini avec les grosses coopératives de la filière bois, sans concertation, estime-t-il, inquiet. Il encourage à raser les “peuplements pauvres” pour y mettre de la monoculture. » Le terme figure tel quel dans l’appel à projet publié le 4 décembre.

Mégascieries de résineux

En clair, dans une forêt du Morvan ou de Dordogne, « le bois n’est pas forcément de bonne qualité, les chênes sont tordus ». Les scieries de feuillus fermant les unes après les autres, « il devient plus difficile de le valoriser », continue l’ingénieur forestier. « Les mégascieries de résineux, elles, veulent des monocultures. Là, les pouvoirs publics les y aident. Le climat sert tout simplement d’alibi pour pousser à l’industrialisation de la forêt », conclut-il. La plantation de 50 millions d’arbres va donc s’accompagner… de coupes rases, dont l’interdiction, hors raisons sanitaires, est pourtant demandée, tant par la Convention citoyenne sur le climat que par la députée Anne-Laure Cattelot (LaREM), autrice d’un rapport parlementaire rendu mi-septembre.

À l’ONF, le représentant syndical s’inquiète lui aussi. « Il faut surtout des moyens humains, du monde en forêt pour observer, faire des suivis, expérimenter. Replanter, c’est marginal comme solution. » Mais le gouvernement, lui, veut supprimer encore 90 postes en 2021. Pour l’instant, il « n’y a aucune trace des 200 millions d’euros du plan de relance dans le prochain budget de l’Office. »

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22 décembre 2020 2 22 /12 /décembre /2020 06:41

 

Deux mois après son élection triomphale, le président socialiste bolivien a déjà pris une série d’initiatives pour redresser une économie laissée en ruine par le régime issu du coup d’État.

La cérémonie a pris des allures de fête, entre offrandes consumées et chants de joie. Le 1er décembre, à La Paz, le gouvernement de Luis Arce faisait rouvrir le ministère des Cultures, dont la fermeture par le régime issu du coup d’État symbolisait, l’an dernier, la volonté de démantèlement d’un État plurinational respectueux des multiples et mouvantes identités du pays. « Une dépense absurde », avait justifié à l’époque, brutale et lapidaire, l’autoproclamée présidente par intérim Jeanine Añez. À la tête, désormais, de ce ministère des Cultures, de la Décolonisation et de la Dépatriarcalisation : une femme, paysanne quechua, syndicaliste et dirigeante indigène, Sabina Orellana.

Faire face à l’urgence sociale

Deux mois après sa triomphale élection, le 18 octobre, le nouveau président bolivien déploie des trésors de patience et de volonté politique pour réparer les dégâts causés par les putschistes avec leurs politiques de division, de répression, d’asphyxie sociale et de pillage économique. Pour les Boliviens des classes les plus modestes, sciemment laissés à l’abandon par le gouvernement de facto, ce retour à la démocratie se traduit déjà par des conditions de vie meilleures. Premier geste de la gauche revenue au pouvoir pour faire face à l’urgence sociale : l’attribution de « bons contre la faim » qui avaient déjà bénéficié, au 15 décembre, à près de 850 000 personnes. Les aînés, eux, ont vu leur pension revalorisée de 3,38 %, augmentation rétroactive depuis janvier 2020 pour les petites retraites. Et sur le terrain de la production, plusieurs unités mises à l’arrêt après le coup d’État, en vue de leur privatisation, ont été remises en marche, en particulier dans le domaine agroalimentaire. C’est le cas, par exemple, de l’usine de produits laitiers d’Ivirgarzama, renationalisée, qui fournira les petits déjeuners scolaires supprimés avec la suspension des cours. Un enjeu de souveraineté alimentaire, justifient les nouvelles autorités boliviennes qui ont aussi abrogé, en invoquant le même argument, les décrets du gouvernement de facto favorisant les grands exportateurs et importateurs de denrées alimentaires ou mettant fin à l’interdiction des OGM.

En artisan du modèle communautaire et solidaire qui a rendu possible le « miracle économique » de la décennie écoulée dans un contexte de crise globale, Luis Arce est convaincu que la relance passe par une revalorisation significative des revenus des Boliviens et par une reprise de l’investissement public. Plusieurs grands chantiers d’infrastructures laissés en friche, comme celui du train métropolitain de Cochabamba, ont ainsi été relancés. L’économiste hétérodoxe devenu chef d’État parie aussi, pour sortir de la crise, sur une croissance sociale donnant la priorité à l’éducation, à la santé, à l’accès aux services publics de base. «  La crise politique de novembre 2019 et la mauvaise gestion du gouvernement de facto ont détérioré l’économie bolivienne, situation aggravée par la pandémie. Cela mettait en péril les grandes avancées sociales réalisées en quatorze ans de gestion  » du Mouvement vers le socialisme (MAS), résume Luis Arce, qui dit avoir trouvé en prenant ses fonctions « un État absolument en faillite, sans ressources  ». En fait, les orientations austéritaires des putschistes et leur volonté de restauration de l’ordre néolibéral n’ont pas seulement eu des effets sociaux désastreux : elles ont sérieusement creusé le déficit budgétaire.

Suppression de privilèges fiscaux

Pour surmonter « la récession économique, la pauvreté croissante, les inégalités et l’augmentation exponentielle de la dette intérieure et extérieure », le président bolivien entend « démanteler l’échafaudage du modèle néolibéral, redémarré en novembre 2019 ». En quête de nouvelles ressources, le gouvernement de gauche a fait voter au Parlement, le 10 décembre, une loi créant un impôt sur la fortune et mettant fin à certains privilèges fiscaux. De retour dans les espaces d’intégration latino-américaine, La Paz plaide aussi, pour surmonter la crise sanitaire mondiale, en faveur de l’allègement de la dette extérieure pour les pays en développement. Avec une conviction : à l’échelle locale ou globale, pas de sortie de crise possible sans appui aux populations les plus vulnérables. 

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