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31 juillet 2015 5 31 /07 /juillet /2015 14:06
Alexis Tsipras : « L’austérité est une impasse »

Entretien réalisé par Kostas Arvanitis (STO kokkino)

Traduction Théo Koutsaftis

Vendredi, 31 Juillet, 2015

L'Humanité

Mercredi, Sto Kokkino, radio proche de Syriza, diffusait un long entretien avec le premier ministre grec. Avec l’autorisation de nos confrères, nous en publions ici de larges extraits. Un éclairage inédit sur les rudes négociations entre Athènes et créanciers et sur le coup d’État financier dirigé contre le gouvernement de gauche. Parlons de ces six mois de négociations.

Quel bilan en tirez-vous ?

Alexis Tsipras

Il faudra en tirer les conclusions de façon objective, sans s’avilir ni s’autoflageller, car ce semestre a été un semestre de grandes tensions et de fortes émotions. Nous avons vu remonter à la surface des sentiments de joie, de fierté, de dynamisme, de détermination et de tristesse, tous les sentiments. Mais je crois qu’au bout du compte si nous essayons de regarder objectivement ce parcours, nous ne pouvons qu’être fiers, parce que nous avons mené ce combat. Nous avons tenté, dans des conditions défavorables, avec un rapport de forces difficile en Europe et dans le monde, de faire valoir la raison d’un peuple et la possibilité d’une voie alternative. Au bout du compte, même si les puissants ont imposé leur volonté, ce qui reste c’est l’absolue confirmation, au niveau international, de l’impasse qu’est l’austérité. Cette évolution façonne un tout nouveau paysage en Europe.

Qu’en est-il aujourd’hui du mandat populaire donné à Syriza ? Les memoranda n’ont pas été déchirés. L’accord est particulièrement dur…

Alexis Tsipras

Le mandat que nous avons reçu du peuple grec était de faire tout notre possible afin de créer les conditions, quel qu’en soit le coût politique, pour que le peuple grec cesse d’être saigné.

Vous aviez dit que les memoranda seraient supprimés avec une seule loi.

Alexis Tsipras

Ne vous référez pas à l’un de mes discours de 2012. Avant les élections, je n’ai pas dit que les memoranda pouvaient être supprimés avec une seule loi. Personne ne disait cela. Nous n’avons jamais promis au peuple grec une balade de santé. C’est pour cela que le peuple grec a conscience et connaissance des difficultés que nous avons rencontrées, auxquelles lui-même fait face, avec beaucoup de sang-froid. Nous avons dit que nous mènerions le combat pour sortir de ce cadre d’asphyxie imposé au pays à cause de décisions politiques prises avant 2008 générant déficits et dettes, et après 2008, nous liant les mains. Nous avions un programme et nous avons demandé au peuple de nous soutenir afin de négocier dans des conditions difficiles pour pouvoir le réaliser. Nous avons négocié durement, dans des conditions d’asphyxie financière jamais vues auparavant. Pendant six mois, nous avons négocié et en même temps réalisé une grande partie de notre programme électoral. Pendant six mois, avec l’angoisse constante de savoir si à la fin du mois nous pourrions payer les salaires et les retraites, faire face à nos obligations à l’intérieur du pays, envers ceux qui travaillent. C’était cela notre angoisse constante. Et, dans ce cadre, nous avons réussi à voter une loi sur la crise humanitaire. Des milliers de nos concitoyens, en ce moment, bénéficient de cette loi. Nous avons réussi à réparer de grandes injustices, comme celles faites aux femmes de ménage du ministère des Finances, aux gardiens d’école, aux employés de la radiotélévision publique ERT, qui a rouvert. Sans essayer d’enjoliver les choses, n’assombrissons pas tout. Si quelqu’un a le sentiment que la lutte des classes est une évolution linéaire, qu’elle se remporte en une élection et que ce n’est pas un combat constant, qu’on soit au gouvernement ou dans l’opposition, qu’il vienne nous l’expliquer et qu’il nous donne des exemples. Nous sommes devant l’expérience inédite d’un gouvernement de gauche radicale dans les conditions de l’Europe néolibérale. Mais nous avons aussi, à gauche, d’autres expériences de gouvernement et nous savons que gagner les élections ne signifie pas, du jour au lendemain, disposer des leviers du pouvoir. Mener le combat au niveau gouvernemental ne suffit pas. Il faut le mener, aussi, sur le terrain des luttes sociales.

Pourquoi avez-vous pris cette décision de convoquer un référendum ?

Alexis Tsipras

Je n’avais pas d’autre choix. Il faut garder en tête ce que j’avais avec le gouvernement grec entre les mains le 25 juin, quel accord on nous proposait. Je dois admettre que c’était un choix à haut risque. La volonté du gouvernement grec n’était pas seulement contraire aux exigences des créanciers, elle se heurtait au système financier international, au système politique et médiatique grec. Ils étaient tous contre nous. La probabilité que nous perdions le référendum était d’autant plus élevée que nos partenaires européens ont poussé cette logique jusqu’au bout en décidant de fermer les banques. Mais c’était pour nous la seule voie, puisqu’ils nous proposaient un accord avec des mesures très difficiles, un peu comme celles que nous avons dans l’accord actuel, voire légèrement pires, mais dans tous les cas des mesures difficiles et à mon avis inefficaces. En même temps, ils n’offraient aucune possibilité de survie. Car, pour ces mesures, ils offraient 10,6 milliards sur cinq mois. Ils voulaient que la Grèce prenne, une fois ses engagements tenus, ce qui restait du programme précédent en termes de financements, sans un euro en plus, parce que telle était l’exigence des Néerlandais, des Finlandais, des Allemands. Le problème politique principal des gouvernements du Nord était qu’ils ne voulaient absolument pas aller devant leurs Parlements pour donner ne serait-ce qu’un euro d’argent « frais » à la Grèce, car ils s’étaient eux-mêmes enfermés dans un climat populiste selon lequel leurs peuples payaient pour ces paresseux de Grecs. Tout ceci est bien sûr faux, puisqu’ils paient pour les banques, pas pour les Grecs. Qu’a apporté la position forte tenue contre vents et marées par le peuple grec au référendum ? Elle a réussi à internationaliser le problème, à le faire sortir des frontières, à dévoiler le dur visage des partenaires européens et des créanciers. Elle a réussi à donner à l’opinion internationale l’image, non pas d’un peuple de fainéants, mais d’un peuple qui résiste et qui demande justice et perspective. Nous avons testé les limites de résistance de la zone euro. Nous avons fait bouger les rapports de forces. La France, l’Italie, les pays du Nord avaient tous des positions très différentes. Le résultat, bien sûr, est très difficile mais, d’un autre côté, la zone euro est arrivée aux limites de sa résistance et de sa cohésion. Les six prochains mois seront critiques et les rapports de forces qui vont se construire durant cette période seront tout aussi cruciaux. En ce moment, le destin et la stratégie de la zone euro sont remis en question. Il y a plusieurs versions. Ceux qui disaient « pas un euro d’argent frais » ont finalement décidé non pas seulement un euro mais 83 milliards. Donc de 10,6 milliards sur cinq mois on est passé à 83 milliards sur trois ans, en plus du point crucial qu’est l’engagement sur la dépréciation de la dette, à discuter en novembre. C’est un point clé pour que la Grèce puisse, ou non, entrer dans une trajectoire de sortie de la crise. Il faut cesser avec les contes de messieurs Samaras et Venizelos, qui prétendaient sortir des memoranda. La réalité est que ce conte avait un loup, ce loup c’est la dette. Avec une dette à 180-200 % du PIB, on ne peut pas avoir une économie stable. Le seul chemin que nous pouvons suivre est celui de la dépréciation, de l’annulation, de l’allégement de la dette. La condition pour que le pays puisse retrouver une marge financière, c’est qu’il ne soit plus obligé de dégager des excédents budgétaires monstrueux, destinés au remboursement d’une dette impossible à rembourser.

Le non au référendum était un non à l’austérité…

Alexis Tsipras

Il y avait deux parties dans la question posée au référendum. Il y avait la partie A qui concernait les mesures prérequises et la partie B qui concernait le calendrier de financement. Si nous voulons être tout à fait honnêtes et ne pas enjoliver les choses, par rapport à la partie A, l’accord qui a suivi le référendum est similaire à celui que le peuple grec a rejeté. En ce qui concerne la partie B par contre, et là nous devons être honnêtes, c’est le jour et la nuit. Nous avions cinq mois, 10,6 milliards, cinq « revues ». Nous avons 83 milliards – c’est-à-dire une couverture totale des besoins financiers sur le moyen terme (2015-2018), dont 47 milliards pour les paiements externes, 4,5 milliards pour les arriérés du secteur public et 20 milliards pour la recapitalisation des banques et, enfin, l’engagement crucial sur la question de la dette. Il y a donc un recul sur la partie A de la part du gouvernement grec, mais sur la partie B il y a une amélioration : le référendum a joué son rôle. Le mercredi soir précédent le scrutin, certains avaient créé les conditions d’un coup d’État dans le pays, en proclamant qu’il fallait envahir Maximou (le Matignon grec – NDLR), que le gouvernement emmenait le pays vers une terrible catastrophe économique, en parlant de files d’attente devant les banques. Je dois dire que le peuple grec a su garder son sang-froid, au point que les télévisions avaient du mal à trouver du monde pour se plaindre de la situation, ce sang-froid était incroyable. Ce soir-là, je me suis adressé au peuple grec et j’ai dit la vérité. Je n’ai pas dit : « Je fais un référendum pour vous sortir de l’euro. » J’ai dit : « Je fais un référendum pour gagner une dynamique de négociation. » Le non au mauvais accord n’était pas un non à l’euro, un oui à la drachme. On peut m’accuser d’avoir fait de mauvais calculs, d’avoir eu des illusions, mais à chaque moment, j’ai dit les choses clairement, j’ai informé deux fois le Parlement, j’ai dit la vérité au peuple grec.

Avec dans vos mains, les 61,2 % que vous a donnés le peuple grec, quel aurait été l’accord qui vous aurait satisfait lors de votre retour de Bruxelles ?

Alexis Tsipras

Le référendum a été décidé le jour de l’ultimatum, le 25 juin, vendredi matin, lors d’une réunion que nous avons tenue à Bruxelles, avec, devant nous, la perspective d’une humiliation sans sortie possible. C’était, pour eux, à prendre ou à laisser. « The game is over », répétait le président du Conseil européen, Donald Tusk. Ils ne s’en cachaient pas, ils voulaient des changements politiques en Grèce. Nous n’avions pas d’autre choix, nous avons choisi la voie démocratique, nous avons donné la parole au peuple. Le soir même en rentrant d’Athènes, j’ai réuni le Conseil gouvernemental où nous avons pris la décision. J’ai interrompu la séance pour communiquer avec Angela Merkel et François Hollande. Je leur ai fait part de ma décision ; le matin même, je leur avais expliqué que ce qu’ils proposaient n’était pas une solution honnête. Ils m’ont demandé ce que j’allais conseiller au peuple grec et je leur ai répondu que je conseillerai le non, pas dans le sens d’une confrontation mais comme un choix de renforcement de la position de négociation grecque. Et je leur ai demandé de m’aider à mener à bien ce processus, calmement, de m’aider afin que soit accordé par l’Eurogroupe, qui devait se réunir quarante-huit heures plus tard, une extension d’une semaine du programme afin que le référendum ait lieu dans des conditions de sécurité et non pas dans des conditions d’asphyxie, avec les banques fermées. Ils m’ont tous les deux assuré à ce moment-là, qu’ils feraient tout leur possible dans cette direction. Seule la chancelière m’a prévenu qu’elle s’exprimerait publiquement sur le référendum, en présentant son enjeu comme celui du maintien ou non dans l’euro. Je lui ai répondu que j’étais en absolu désaccord, que la question n’était pas euro ou drachme, mais qu’elle était libre de dire ce qu’elle voulait. Là, la conversation s’est arrêtée. Cette promesse n’a pas été tenue. Quarante-huit heures plus tard, l’Eurogroupe a pris une décision très différente. Cette décision a été prise au moment où le Parlement grec votait le référendum. La décision de l’Eurogroupe a mené en vingt-quatre heures à la décision de la BCE de ne pas augmenter le plafond ELA (mécanisme de liquidités d’urgence dont dépendent les banques grecques – NDLR) ce qui nous a obligés à instaurer un contrôle de capitaux pour éviter l’effondrement du système bancaire. La décision de fermer les banques, était, je le pense, une décision revancharde, contre le choix d’un gouvernement de s’en remettre au peuple.

Vous attendiez-vous à ce résultat ?

Alexis Tsipras

J’avoue que jusqu’au mercredi (précédent le scrutin – NDLR) j’avais l’impression que ce serait un combat indécis. À partir du jeudi, j’ai commencé à réaliser que le non allait l’emporter, et le vendredi j’en étais convaincu. Dans cette victoire, la promesse que j’ai faite au peuple grec de ne pas jouer à pile ou face la catastrophe humanitaire a pesé. Je ne jouais pas à pile ou face la survie du pays et des couches populaires. À Bruxelles, par la suite, sont tombés sur la table plusieurs scénarios terrifiants. Je savais durant les dix-sept heures où j’ai mené ce combat, seul, dans des conditions difficiles, que si je faisais ce que me dictait mon cœur – me lever, taper du poing sur la table et partir – le jour même, les succursales des banques grecques à l’étranger allaient s’effondrer. En quarante-huit heures, les liquidités qui permettaient le retrait de 60 euros par jour se seraient taries et pis, la BCE aurait décidé d’une décote des collatéraux des banques grecques, voire aurait exigé des remboursements qui auraient conduit à l’effondrement de l’ensemble du système bancaire. Or un effondrement se serait traduit non pas par une décote des épargnes mais par leur disparition. Malgré tout j’ai mené ce combat en essayant de concilier logique et volonté. Je savais que si je partais j’aurais probablement dû revenir, dans des conditions plus défavorables encore. J’étais devant un dilemme. L’opinion publique mondiale clamait « #ThisIsACoup », au point que c’est devenu cette nuit-là sur Twitter le premier hashtag au niveau mondial. D’un côté, il y a avait la logique, de l’autre la sensibilité politique. Après réflexion, je reste convaincu que le choix le plus juste était de faire prévaloir la protection des couches populaires. Dans le cas contraire, de dures représailles auraient pu détruire le pays. J’ai fait un choix de responsabilité.

Vous ne croyez pas à cet accord et pourtant vous avez appelé les députés à le voter. Qu’avez-vous en tête ?

Alexis Tsipras

Je considère, et je l’ai dit au Parlement, que c’est une victoire à la Pyrrhus de nos partenaires européens et de nos créanciers, en même temps qu’une grande victoire morale pour la Grèce et son gouvernement de gauche. C’est un compromis douloureux, sur le terrain économique comme sur le plan politique. Vous savez, le compromis est un élément de la réalité politique et un élément de la tactique révolutionnaire. Lénine est le premier à parler de compromis dans son livre la Maladie infantile du communisme (le « gauchisme ») et il y consacre plusieurs pages pour expliquer que les compromis font partie des tactiques révolutionnaires. Il prend dans un passage l’exemple d’un bandit pointant sur vous son arme en vous demandant l’argent ou la vie. Qu’est censé faire un révolutionnaire ? Lui donner sa vie ? Non, il doit lui donner l’argent, afin de revendiquer le droit de vivre et de continuer la lutte. Nous nous sommes retrouvés devant un dilemme coercitif. Aujourd’hui, les partis de l’opposition et les médias du système font un boucan impressionnant, allant jusqu’à demander des procédures pénales contre Yanis Varoufakis. Nous sommes tout à fait conscients que nous menons un combat, en mettant en jeu notre tête, à un niveau politique. Mais nous menons ce combat en ayant à nos côtés la grande majorité du peuple grec. C’est ce qui nous donne de la force.

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31 juillet 2015 5 31 /07 /juillet /2015 13:59
Sortir de l’impuissance

Lundi, 27 Juillet, 2015

L'Humanité

Les mobilisations positives se font sur des propositions alternatives par Bernard Friot sociologue et économiste professeur émérite à l’université Paris-Ouest Nanterre- La Défense

La base de la solidarité avec le peuple grec ne peut être que l’organisation de l’autonomie populaire. Le coup de force de l’exécutif européen vient une fois de plus de montrer l’impuissance de la CES et de la Gauche unie européenne. Car la globalisation financière du capital donne à la classe dirigeante la possibilité de dicter sa loi dans l’Union européenne et l’Eurozone, dans les exécutifs et parlements nationaux, régionaux, métropolitains, dans les négociations professionnelles, à quelque niveau qu’elles se situent, dès lors qu’elles ne sont pas imposées par des salariés en position de force. Nous y dépensons en vain une énergie et des militants qui ne sont plus disponibles pour construire nos pratiques et nos agendas à nous.

Nos pratiques et nos agendas à nous ne peuvent se construire que sur la base de l’autonomie populaire. Les « Non à l’austérité », « Non à l’Europe allemande », « Taxons le capital » organisent des mobilisations illusoires. Les mobilisations positives se font sur des pratiques et des propositions alternatives aux pratiques capitalistes, et il y en a de considérables en Europe, au niveau micro comme au niveau macrosocial :

- la production de la recherche, des soins, d’une partie de l’urbanisme et des transports, de l’éducation, se fait en socialisant la valeur non par la centralisation du profit capitaliste mais par l’impôt et la cotisation : organisons-nous (par exemple, avec les travailleurs néerlandais et suédois qui ont plus que nous socialisé la production du logement) pour étendre ce financement des salaires et de l’investissement par cotisation à toute la production afin que les peuples sortent du chantage à la dette ;

- le marché du travail est déjà supprimé pour les fonctionnaires et les retraités, qui touchent un salaire lié à leur personne et non pas à leur poste de travail : organisons-nous (par exemple, avec les travailleurs belges, qui ont conquis l’indemnisation à durée indéterminée du chômage ; avec les travailleurs italiens, dont le contrat de travail est maintenu quand ils sont au chômage) pour généraliser le salaire comme droit politique lié à la personne, de sa majorité à sa mort, afin que les peuples sortent du chantage à l’emploi ;

- les administrations et les entreprises publiques, les coopératives et les associations, les entreprises de travailleurs indépendants inventent des formes non capitalistes de propriété : organisons-nous (par exemple, avec les fonctionnaires autrichiens, les paysans polonais, avec les médecins et les cheminots allemands, avec les coopérateurs espagnols) pour que tous les travailleurs deviennent les propriétaires d’usage de leur outil de travail ;

- chaque année, des centaines de milliers d’entreprises ou d’établissements en Europe sont abandonnés ou délocalisés par leurs propriétaires capitalistes : organisons-nous dans les fédérations syndicales européennes pour la reprise systématique de ces outils de travail par leurs salariés dans des conditions économiques viables.

Nous bénéficions de deux siècles d’organisation populaire sur des bases anticapitalistes avec leurs énormes acquis en matière de sécurité sociale, de salaire à la qualification, de fonction publique, de socialisation salariale de la valeur par l’impôt et la cotisation, d’équipes syndicales connaissant parfaitement le fonctionnement de l’entreprise. Nous pouvons nous appuyer sur la force croissante de trentenaires éduqués, décidés à produire autrement, de cadres qui ne veulent plus jouer le jeu, de travailleurs indépendants qui ont compris que leur intérêt n’est plus du côté du capital. Nous pouvons nous adresser à des tas de patrons de petites et moyennes entreprises sur qui pèsent la fonction d’employeur et la propriété d’un patrimoine dont ils pourraient être libérés par une organisation non capitaliste de la production. Arrêtons la plainte, arrêtons la dénonciation, cessons de nous poser en défenseurs de victimes. Tout cela ne sert à rien. Ressaisissons-nous.

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31 juillet 2015 5 31 /07 /juillet /2015 13:52
Le plan B de Varoufakis est édifiant, mais celui de Schäuble est terrifiant

Thomas Lemahieu

Mercredi, 29 Juillet, 2015

L'Humanité

L’ex-ministre des Finances a constitué un groupe de travail chargé d’imaginer un « plan B » en cas d’échec des négociations. La démarche, révélée par la diffusion partiale, dans la presse conservatrice, des propos tenus lors d’une téléconférence, scandalise la droite grecque.

Un escroc de haut vol manigançant un plan rocambolesque pour pirater sa propre administration fiscale et mettre en place un système bancaire parallèle en Grèce… Si vous pensiez que Yanis Varoufakis avait été ministre des Finances jusqu’à sa démission le 6 juillet dernier au lendemain de la victoire retentissante du « non » au référendum et qu’à ce titre il avait cherché à déjouer le coup d’État financier visant à contraindre la Grèce à avaler une nouvelle potion austéritaire, la presse « de référence » va vous ouvrir les yeux ! Depuis la révélation par le quotidien conservateur grec Kathimerini de quelques extraits d’une téléconférence au cours de laquelle, le 16 juillet, l’ex-ministre a livré des indications sur le « plan B » élaboré pour le compte du gouvernement Tsipras, c’est la curée dans les médias européens : de personnage fantasque administrant des leçons d’économie à ses homologues médusés lors des réunions de l’Eurogroupe, Varoufakis est transformé en magouilleur de bas étage. Une caricature grossière à partir d’extraits tronqués.

Cela devait permettre de déjouer le piège de l’asphyxie financière

Au cours de cette téléconférence dont l’intégralité a été mise en ligne avec son autorisation, après sa divulgation partielle et partiale, l’ex-ministre des Finances raconte comment, après avoir reçu le feu vert d’Alexis Tsipras avant même la victoire de Syriza aux législatives du 25 janvier, il a constitué un petit groupe de travail très discret chargé d’imaginer un plan B en cas d’échec des négociations avec la troïka. Selon lui, le travail « était plus ou moins terminé », mais « la difficulté était de passer des cinq personnes qui l’avaient élaboré aux 1 000 qui allaient devoir le mettre en œuvre ». Tout devait être préparé dans la plus grande discrétion. C’est là l’élément le moins souligné par la presse « de référence » mais le plus choquant pourtant, le ministère grec des Finances n’a pas la main sur l’administration fiscale. « Le secrétariat général aux Recettes publiques est contrôlé directement par la troïka », explique-t-il. D’après Varoufakis, il s’agissait de « créer sans le dire à personne des comptes secrets liés au numéro fiscal » attribué à chaque contribuable. Cela devait permettre de déjouer le piège de l’asphyxie financière en mettant en place une « espèce de mécanisme de paiement parallèle par lequel les citoyens peuvent verser de l’argent à ceux à qui ils en doivent ou payer leurs taxes à l’État ». Selon Varoufakis, ce « système bancaire parallèle » destiné à répondre à « l’action agressive de la BCE » ayant conduit à la fermeture des banques, et rendu possible par le piratage du logiciel utilisé par l’administration fiscale grecque sous le contrôle direct de la troïka, devait « donner un peu d’air » au gouvernement Tsipras.

La révélation de ce plan B attise encore la hargne de la droite grecque et indigne à Bruxelles. Mais derrière le caractère spectaculaire de l’opération, Yanis Varoufakis livre une série d’autres éléments dans cette téléconférence, et ceux-ci ont été largement passés sous silence dans les médias dominants. Wolfgang Schäuble, le ministre des Finances allemand, et le FMI ont, comme l’avait déjà pointé Yanis Varoufakis, un « intérêt commun » dans l’échec programmé du plan imposé à la Grèce qui la poussera hors de la zone euro. Mais, ajoute-t-il, et c’est ce qui devrait nous éclairer dans notre pays, « les Français sont terrifiés car ils savent que s’ils devaient réduire leur déficit budgétaire aux niveaux exigés par Berlin, le gouvernement français tomberait certainement. (…) Schäuble m’a dit explicitement qu’un grexit lui octroierait un pouvoir de négociation suffisant pour terroriser Paris et imposer à la France un nouveau transfert des compétences budgétaires de Paris à Bruxelles ». De quoi voir que, si le plan B de Yanis Varoufakis ressemble à un « roman noir », celui de Wolfgang Schäuble tient du cauchemar, et hélas, ça n’est pas de la science-fiction

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30 juillet 2015 4 30 /07 /juillet /2015 08:26
Mille et une raisons de venir à la Fête de l’Humanité !

Manu Chao, Barbara Hendricks, Jamel, Edgar Morin, Pascal Boniface, HK, Jean-Yves Lafesse, Alain Bashung et Christophe Alévêque témoignent de leur attachement à la Fête de l'Humanité. Réalisation : Abrahim Saravaki.

Vous pouvez acheter des vignettes de la fête de l’Huma en vous adressant directement au journal l’Humanité, en commandant à un militant PCF Morlaix ou en envoyant un courriel à pcf-morlaix@wanadoo.fr

Un car sera mis en place afin d’aller à la fête de l’Huma. Des informations plus précises seront données ultérieurement.

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30 juillet 2015 4 30 /07 /juillet /2015 08:18
L’esprit vert, un engagement citoyen pour demain

Parlons-en! L’esprit vert, un engagement citoyen pour demain.

Le nouveau livre de Gérard Le Puill

Paris-Climat 2015 : l’écologie peut encore sauver l’économie Gérard Le Puill. Pascal Galodé éditeurs, 314 pages, 22 euros.

Pas rancunier E. Leclerc ! Si vous traînez sur la page Web dédiée à la culture des centres de la grande distribution, vous trouverez en vente, et avec une réduction de 5 %, le dernier livre de Gérard Le Puill : Paris-Climat 2015 : l’écologie peut encore sauver l’économie, un plaidoyer didactique pour un changement de comportement afin d’atteindre les objectifs d’une réduction drastique des gaz à effet de serre. Un plaidoyer qui ne fait pas la part belle au libéralisme et par effet de bande, entre autres, aux grandes surfaces, qui sous couvert de satisfaction à tout prix du consommateur mettent sur la paille les producteurs locaux et s’approvisionnent sans vergogne dans le monde entier à un moindre coût financier, sauf celui du bilan carbone.

Pas rancunier chez E. Leclerc, mais un tantinet tout de même ! Car outre le titre légèrement écorné sur la page Web, « Comment l’écologie peut sauver l’économie », le résumé est plus que succinct, mais qu’importe. Gérard Le Puill, sur 314 pages, pointe de sa plume souvent acerbe les effets néfastes de la doxa libérale inoculée en leur temps par Ricardo, Schumpeter… Il marque au fer rouge les contradictions d’une économie mondialisée qui, par nature, ne pourra devenir un parangon de vertu écologique, sauf à changer de modèle, mais le peut-il, le veut-il vraiment ?

Il désigne encore du doigt les accords de libre-échange entre l’UE, les États-Unis et le Canada. Accords économiques qui sont par essence en totale contradiction avec cette volonté de ne pas passer les 2 degrés fatals au climat. Délocalisation et spécialisation ne font donc pas bon ménage avec la réduction des gaz à effet de serre (GES) !

Mais, surtout et avant tout, il nous met le nez dans les solutions, dans nos solutions. Envisager dès maintenant une société plus économe à tous les points de vue est encore possible, mais « diviser par 4 les GES est un enjeu énorme ».

Cela passe par une économie de proximité, par des solutions personnelles, des solutions locales, territoriales, régionales, nationales : « Il faut tendre vers une souveraineté alimentaire mais aussi énergétique. En tant que citoyen on peut agir. » Sur les transports par exemple : « Les transports en commun ne pourront pas tout résorber, même s’ils sont une des solutions abandonnées par la loi de transition énergétique. En attendant, il faut encourager le covoiturage. » Sur notre consommation : « En tant que conso’acteur, nous devons pousser la grande distribution à changer son modèle et par effet la production agricole trop productiviste et destructrice. » Sur le logement : « Plutôt que d’augmenter les allocations, ne faudrait-il pas plutôt réallouer ces sommes à des logements moins énergivores ce qui ferait baisser les charges des locataires et des propriétaires ? »

Gérard Le Puill a des solutions empreintes du bon sens.

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30 juillet 2015 4 30 /07 /juillet /2015 08:10

Entretien réalisé par Marie-Noëlle Bertrand Mardi, 28 Juillet, 2015 L'Humanité

Pour Victor Pereira, animateur du pôle élevage de la Confédération paysanne, la difficile promotion des produits français puise ses racines dans un système visant lui-même les marchés mondiaux.

Qu’est-ce qui freine le « consommez français » ?

VICTOR PEREIRA

D’abord, un problème d’adéquation entre la production et la demande. Exemple avec la viande bovine : en France, nous consommons essentiellement des femelles (à 75 %) et peu de bœuf. Or, nous produisons un tiers de jeunes bovins. Résultat, nous importons un quart de notre viande, tandis que nous exportons broutards et taurillons vers l’Italie ou l’Espagne. Pourquoi s’obstine-t-on dans ce choix ? D’autant que nos débouchés traditionnels saturent. Cela nous oblige à viser du côté de la Grèce, de l’Égypte ou de la Turquie… autant de marchés instables à faible pouvoir d’achat, qui ne permettent pas une revalorisation du prix des produits français. En outre, il faut choisir : on ne peut pas plaider pour le « consommez français », tout en cherchant à développer les marchés à l’export. Peut-on refuser la concurrence des autres pays, tout en cherchant à imposer la nôtre ?

Le ministre de l’Agriculture rétorque la même chose aux agriculteurs qui bloquent les camions étrangers…

VICTOR PEREIRA

Sauf que Stéphane Le Foll est lui-même responsable de ce discours, quand il prône le développement des exportations, même dans des filières comme le porc, où nous ne produisons pas suffisamment pour répondre à notre demande, singulièrement dans la charcuterie salaison. Porté par les politiques publiques, ce discours offre un cap aux agriculteurs. On leur dit : grandissez pour être compétitifs ! Ils grandissent. Avec ce paradoxe : ce sont les plus grosses fermes, celles qui ont fait de lourds investissements, qui ont le plus besoin d’aide. Les éleveurs herbagés, qui n’ont pas surinvesti dans leurs structures et dont l’alimentation des bêtes coûte peu, sont moins affectés par la crise. Avec cet autre fait, aussi : s’agrandir s’opère forcément au détriment des autres. Beaucoup d’éleveurs suivent, en espérant être parmi les 25 000 éleveurs laitiers qui existeront encore dans dix ans (contre 60 000 aujourd’hui – NDLR).

Mais beaucoup voient le marché à l’export comme une planche de salut…

VICTOR PEREIRA

Il est difficile de résister au discours sur la compétitivité, la restructuration, la modernisation, le rééquilibrage de la balance commerciale… Mais regardons les choses en face : depuis vingt ans, les exportations agroalimentaires françaises ont quadruplé. Les paysans vivent-ils mieux ? L’Allemagne, elle, est portée comme un exemple à suivre. Pourtant sa balance commerciale affiche 12 milliards d’euros de déficit. Autrement dit, elle importe plus qu’elle n’exporte. Celle de la France, pour l’heure, est excédentaire.

Quelle est la part de responsabilité de la grande distribution dans la mise en concurrence des produits français et étrangers ?

VICTOR PEREIRA

Autant que les industriels, elle profite du système et d’un marché européen où la concurrence est exacerbée. Certes, les grandes enseignes alimentent la guerre des prix. Mais elles ne font pas toute la mécanique. On peut toujours les enjoindre à valoriser les produits français : cela restera de l’incantation. Pour qu’une enseigne renonce à acheter au moins coûtant, il faut que toutes jouent le jeu. Et pourquoi le feraient-elles ? Les agriculteurs eux-mêmes le savent : quand un tracteur est moins cher en Italie, ils l’achètent en Italie. Soit on l’accepte, soit on remet en cause tout le système de libéralisation. Mais cela, ni le gouvernement, ni les syndicats agricoles majoritaires ne le font

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29 juillet 2015 3 29 /07 /juillet /2015 14:59
Opération enfumage sur les chiffres du chômage

Cécile Rousseau

Mercredi, 29 Juillet, 2015

L'Humanité

Si le gouvernement s’est réjoui de la « quasi-stabilisation » du chômage à la suite de la publication des chiffres de lundi, le changement de la méthode de calcul masque en réalité une augmentation soutenue.

Triturer les statistiques de Pôle emploi, voilà la nouvelle technique gouvernementale pour faire baisser le chômage. Lors de la publication des chiffres du mois de juin, lundi, la méthode de classement des demandeurs d’emploi avait été opportunément modifiée par la Dares, organisme statistique du ministère du Travail. Les données seraient plus « affinées » grâce aux recoupements d’informations administratives sur la rémunération des chômeurs en formation, en service civique ou en contrat aidé. Il s’agit en fait d’un tour de passe-passe pour faire basculer certaines personnes en formation ou en contrat précaire inscrites jusqu’alors en catégories A, B et C, (chômeurs n’ayant pas travaillé ou très peu) dans des catégories D (stages, formations) et E (contrats aidés). Ces deux dernières classifications n’étant pas prises en compte par Pôle emploi dans sa représentation médiatique du chômage. Une manière bien pratique de réduire artificiellement le phénomène. Même avec cette manœuvre prestidigitatrice, la hausse reste de 1 300 personnes en catégorie A, celle des chômeurs n’ayant pas du tout travaillé, portant leur nombre à 3,55 millions. Soit au total, 5,7 millions de demandeurs d’emploi recensés en catégories A, B et C (ces deux dernières catégories concernant les personnes ayant un peu travaillé), outre-mer compris. Sans cette manipulation des chiffres, l’augmentation est en réalité beaucoup plus forte, avec 10 000 personnes supplémentaires en catégorie A et 24 800 si on y ajoute les catégories B et C.

Les statistiques officielles face à la réalité des demandeurs d’emploi

À peine les statistiques publiées, le ministère du Travail a dégainé son communiqué, se réjouissant « du nombre de demandeurs d’emploi inscrits à Pôle emploi en catégorie A quasiment stable ». Bruno Le Roux, président du groupe socialiste à l’Assemblée, lui, « se satisfait d’un signe d’espoir qui n’est pas un signe de victoire encore ». Quant aux «républicains », ils ont taclé l’échec de François Hollande. Éric Woerth, délégué général au projet du parti, notant que, « dans les autres pays, le chômage baisse réellement depuis des mois et des mois ».Si le gouvernement semble soulagé par ce résultat, c’est qu’il avait dû affronter une énième flambée du chômage en mai dernier. Une hausse accrue par un « événement inhabituel », doublant l’envoi de SMS et de messages vocaux de relance rappelant aux chômeurs de s’actualiser. De son côté, le directeur de Pôle emploi, Jean Bassères, a affirmé que les statistiques mensuelles de juin étaient « parfaitement fiables », mais ces chiffres sont difficilement interprétables et comparables avec les mois précédents. Ce récent « affinage » des données sert surtout d’outil à diminuer rapidement le chômage pour un gouvernement en panne sur le dossier. Dans un contexte de hausse du chômage quasi continue depuis 2008, il rouvre aussi le débat sur le calcul du nombre de demandeurs d’emploi. Interrogé le 22 juillet sur Europe 1, François Rebsamen avait remis en cause les données de Pôle emploi, lui préférant « les statistiques du BIT (Bureau international du travail) » pour lequel les critères de recensement des chômeurs sont plus restrictifs : il ne faut pas avoir du tout travaillé, être disponible dans les quinze jours et avoir cherché activement un emploi. Des chiffres donc, plus favorables à l’exécutif.

Sélectionner les données les plus avantageuses, la méthode rappelle celle de Nicolas Sarkozy. Dans le débat d’entre-deux tours avec François Hollande, en mai 2012, il avait préféré se référer aux statistiques au sens du BIT quand Hollande brandissait les statistiques de Pôle emploi pour démontrer l’échec de son adversaire… Ces débats totalement stériles participent à la vision comptable du chômage et ne tiennent pas compte de la réalité. Pour les associations de chômeurs, le nombre de demandeurs d’emploi en France s’élèverait à 8 millions avec les non-inscrits à l’ex-ANPE. Après la publication controversée de ce lundi, François Hollande s’est dit déterminé. « C’est dans l’année 2016 que cette baisse crédible doit apparaître », a-t-il affirmé, conditionnant sa candidature en 2017 à la réussite de sa mission. Pour la CGT, au contraire, ces chiffres « sont désastreux, mais très significatifs : la croissance et la relance économique sont incompatibles avec les politiques d’austérité imposées dans toute l’Europe », le syndicat appelant à une revalorisation des salaires et une vrai politique industrielle. Mais, pour l’instant, à part des bidouillages de statistiques, les Français ne voient rien venir.

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29 juillet 2015 3 29 /07 /juillet /2015 07:16
Erdogan tombe le masque et désigne son ennemi : les Kurdes

Pierre Barbancey

Mercredi, 29 Juillet, 2015

L'Humanité

Les déclarations des responsables turcs se multiplient contre les Kurdes. Les bases du PKK sont bombardées de même que les zones où se trouvent les forces kurdes syriennes des YPG. L’Otan soutient Ankara, François Hollande veut renforcer sa coopération avec la Turquie.

Si certains avaient des doutes sur les buts réels poursuivis par Ankara, le président turc, Recep Erdogan, vient de les lever. Depuis l’attentat-suicide qui a fait 32 morts le 20 juillet à Suruç, la Turquie fait croire qu’elle a décidé d’entrer en guerre contre l’organisation de l’« État islamique » (« EI » ou Daech). Or, bien des questions se posent sur cette volonté affichée. Si des bombardements de sites djihadistes ont bien eu lieu – encore que personne ne sache exactement quels en ont été les résultats – il s’avère en réalité que les efforts turcs se portent sur la répression contre les forces kurdes de Turquie, le PKK, mais également contre celles de Syrie, puisque des positions des YPG (ceux qui ont défendu avec succès Kobané contre l’« EI ») ont été pilonnées par les chars turcs, faisant plusieurs morts.

Sous prétexte de l’attentat de Suruç

La manœuvre politique est grosse mais habile. Dans un premier temps, sous prétexte de l’attentat de Suruç, le gouvernement d’Ankara se rapproche de Washington en annonçant des raids sur les bases de l’« EI », entame un dialogue pour l’utilisation de ses bases aériennes par la coalition et parle de la création d’une zone débarrassée de l’« État islamique » (et donc pas sous contrôle kurde). Lorsque les opérations sont déclenchées, non seulement elles ne touchent pas que l’« EI », mais il s’avère que les cibles sont plutôt les militants et combattants du PKK ainsi que les activistes turcs de gauche, pourchassés et emprisonnés dans une opération policière de grande ampleur dont on se demande pourquoi elle n’a pas eu lieu plus tôt contre les cellules djihadistes. En tirant un trait d’égalité entre les égorgeurs de l’« État islamique » et les combattants du PKK et des YPG venus à la rescousse des populations civiles menacées (à Mossoul comme à Kobané), le gouvernement turc sait qu’il n’essuiera aucune critique de la part de ses alliés de l’Otan. D’autant que les États-Unis, tout comme l’Union européenne (UE), ont placé le PKK sur leur « liste d’organisations terroristes », malgré la trêve décrétée depuis 2013. Sur Twitter, Brett McGurk, qui représente la Maison-Blanche au sein de la coalition anti-« EI », s’en est défendu : « Il n’y a aucun lien entre les frappes aériennes contre le PKK et les récents accords visant à intensifier la coopération américano-turque contre l’“État islamique” », a-t-il assuré. Mais il s’est senti obligé d’ajouter : « Nous respectons totalement le droit de la Turquie à l’autodéfense. »

Les militants kurdes sont poursuivis, emprisonnés...

Lundi, le premier ministre islamo-conservateur, Ahmet Davutoglu, se faisait plus précis. « C’est soit les armes, soit la démocratie, les deux ne sont pas compatibles », a-t-il dit. Une stratégie visiblement soutenue par l’Otan. L’Alliance atlantique, réunie en urgence à Bruxelles à la demande d’Ankara, a assuré son allié turc de sa solidarité dans sa double offensive contre les rebelles kurdes et le groupe « État islamique ». « Tous les alliés ont assuré la Turquie de leur solidarité et de leur ferme soutien, a répété le secrétaire général de l’Otan, le Norvégien Jens Stoltenberg, à l’issue de la réunion des ambassadeurs des 28 pays. Le terrorisme pose une menace directe envers la sécurité des membres de l’OTAN et envers la stabilité et la prospérité internationales. » Parmi ces soutiens, la France évidemment. François Hollande a évoqué avec son homologue turc la lutte « contre toutes les formes de terrorisme » et ils ont convenu de nouveau de leur volonté de « renforcer la coopération entre la France et la Turquie en ce domaine ». On sait ce que cela signifie : les militants kurdes en France sont poursuivis, emprisonnés et traînés en justice, alors que les hommes de main du pouvoir turc agissent en toute impunité sur notre sol. Du bout des lèvres, Hollande a dit : « Il faut faire attention à ne pas confondre les cibles » (sic).

De quoi contenter Erdogan. « Il est impossible pour nous de poursuivre le processus de paix avec ceux qui menacent notre unité nationale », a-t-il déclaré. Il a également préconisé que les responsables politiques liés à des « groupes terroristes » soient privés de leur immunité et poursuivis en justice. Une phrase qui vise directement le parti d’opposition pro-kurde HDP (Parti démocratique du peuple), qui a effectué une percée aux législatives le mois dernier.

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29 juillet 2015 3 29 /07 /juillet /2015 07:09
Essayer d’être communiste

Jean ORTIZ

Je suis paraît-il rétro-ringard-archaïque ! Oui je crois en la révolution (ce gros mot), je crois - encore - au communisme.

Est morte une perversion du « vieux rêve qui bouge », pas l’idée communiste elle-même. Le certificat de décès est celui d’une caricature de nos valeurs ; les aspirations qui sous-tendent notre engagement n’ont pas été invalidées par le fiasco historique. L’idée communiste continue à travailler le monde malgré la débâcle du « socialisme réel » : les crimes, les camps, les baillons, l’arbitraire, le parti-Etat, mais aussi une certaine égalité sociale, du travail pour tous, la santé et l’éducation gratuites, les services publics... Si la perversion est morte et enterrée (paix à son âme !), le deuil sera long. Très long. Il va peser longtemps encore contre les révolutionnaires. « Changer la vie » a produit le meilleur et le pire... Mais l’alternative reste bien encore et toujours : « socialisme ou barbarie ».

Pensons à Rosa, à tous ceux qui « se levèrent avant l’aube » pour contribuer à ce « monde meilleur », à nos libertés, à nos acquis sociaux... pensons à ces morts qui ne meurent jamais, anonymes ou célèbres, communards, mineurs et vignerons insurgés, résistants de la première heure, FTPF, MOI-istes, militants anticolonialistes, métallos grévistes, syndicalistes réprimés, assassinés, internationalistes altruistes, Brigadistes d’une patrie d’idéal, « passeurs » antifranquistes, martyrs de Charonne, de « l’Affiche rouge », communistes solidaires de l’Algérie, du Vietnam, de Lumumba, de Cuba, du Chili, de Mandela, des Palestiniens... Leurs doigts montraient la lutte... Regardons la lutte. Inscrivons nos pas dans le chemin, à la fois à poursuivre et à inventer, ENSEMBLE. Avec lucidité, enthousiasme, et sans nostalgie de ce qui a échoué... même si la vraie nostalgie peut être un rêve d’avenir.

La chute du mur de Berlin n’a pas invalidé notre idéal, cet horizon d’humanité réhumanisée, l’exigence du bien commun, des biens communs, du partage, du collectif, de la socialisation, du bonheur individuel et collectif, « de l’horizon d’un homme à l’horizon de tous » (Paul Eluard). La « question sociale », essentielle, reste à résoudre. Elle est désormais imbriquée, intrinsèquement liée, à la « question écologique ». On ne résoudra pas l’une sans l’autre... « Socialisme (écosocialisme) ou barbarie ». Le capitalisme porte en lui un ordre prédateur et cannibale de l’homme et de l’environnement, de la nature, des écosystèmes, un mode suicidaire de produire, de consommer, de croître... L’ordre injuste et violent du monde est délibérément, volontairement organisé par les classes dominantes. Il ne constitue pas un état naturel à subir, donné à tout jamais, intouchable. 1% de la richesse de 229 familles les plus riches de la planète suffirait à assurer l’eau potable à chaque être humain. Question de volonté politique...

Alors repolitisons tout, réapproprions-nous notre histoire, notre « identité », vivante, à la fois héritage et création permanente, n’abandonnons pas la colère à d’autres, ne nous laissons pas assimiler au « système » par des pratiques politiciennes, trop électoralistes, faisons FRONT, entrons en résistance, en révolte politique, éthique, humaine, contre cet ordre sauvage qui fabrique des monstres, et qui s’en sert, qui saigne des millions de « pauvres » (assis sur des trônes de pétrole) ; qui standardise, lobotomise, mercantilise, affame afin d’amasser des fortunes kolossales, kkollossalles, pour une poignée de vampires assoiffés de profits, qui répand la peur et la haine de l’autre, qui fait le plein de vacuité... Et le pire empire chaque jour. Alors : « Socialisme ou barbarie ».

Revalorisons tout ce que le néolibéralisme dévalorise, détruit : la justice sociale, l’humain, le vivre ensemble, le lien social, le travail, la souveraineté nationale, le métissage, l’interculturalité, l’eau, le vent, les forêts, l’amour, le désir, l’art, la philosophie... Rendons désirable l’alternative civilisationnelle communiste...

Oui je crois - encore - en l’utopie sociale et politique. Les réalités d’aujourd’hui sont tellement têtues qu’elles peuvent devenir le monde nouveau de demain. Les maîtres du monde veulent nous empêcher de rêver : empêchons-les de dormir ! (paraphrase) Donnons un horizon révolutionnaire à nos actes, et nommons-le. Nommons-le. Soyons nous-mêmes et ouvrons toutes grandes portes et fenêtres. « Etre ne suffit plus à l’homme, il lui faut être autre ; ainsi s’exerce le gouvernement de l’esprit » (Louis Aragon) Soyons donc nous-mêmes et autres à la fois; révolutionnons-nous, ensemble, pour être pleinement nous mêmes. « Sans les autres, personne ne serait autre chose que rien » (Mafalda). Bien vu !! Donnons du sens à tout. Atout sens, et « désormais le mot révolution sera le nom de la civilisation » (Victor Hugo)

« L’archaïsme » a donc de l’avenir. La révolution commence aujourd’hui. Si nous le voulons.

Ici et maintenant. Par de petits matins, des espaces à libérer, des solidarités à construire, des idées à combattre, de nouvelles façons de faire de la politique... ON LACHE RIEN ! Dehors il fait lourd.

Essayer d’être communiste
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29 juillet 2015 3 29 /07 /juillet /2015 07:04
Ukraine/élections : "Nouveau coup de poignard dans le dos de la démocratie"
Le PCF condamne avec force la décision prise par le ministre de la justice ukrainien Pavel Petrenko d’interdire au parti communiste d’Ukraine de prendre part aux processus électoraux.
Les communistes français apportent leur soutien à toutes les forces démocratiques du pays, dont le PC d’Ukraine, dans leur lutte contre ce nouveau coup de force porté à la démocratie par les autorités ukrainiennes.

Ce décret témoigne de la faillite politique, économique et sociale dans laquelle se sont fourvoyés les oligarques de Kiev au détriment des intérêts de leur peuple et de l’unité du pays.

Comme l’a souligné le secrétaire général du PCU, Piotr Simonenko, ce décret, pris « dans l’urgence et la peur » et cette décision, visent à interdire « au peuple de pouvoir choisir ses représentants afin de lutter contre la politique d’appauvrissement », mais surtout, il a pour but d’ « interdire le droit de vote et d’empêcher de soutenir les idées de gauche ».

Le PCF soutient le PCU et son premier responsable dans sa détermination à participer aux prochaines élections locales en Ukraine prévues à l’automne prochain, d’autant que pour ce dernier le droit constitutionnel ne peut pas être modifié par un décret du ministre de la justice.

Rappelant que le PCU s’est toujours prononcé pour un règlement pacifique de la crise du Donbass, P.Simonenko a mis en garde contre la politique du pouvoir actuel qui ne peut conduire qu’ « à une dictature militaire » sans perspective.

Ce nouveau coup de poignard dans le dos de la démocratie est dans le droit fil des décisions d’avril dernier qui avait vu le Parlement voter des lois mettant « sur le même pied l’idéologie de la barbarie nazie et le communisme » et interdisant la production et l'utilisation publique de leur symboles, ce qui s’était traduit par une menace d’interdiction du PCU, alors que les collaborateurs du régime nazi étaient réhabilités.

Le PCF s’était alors élevé contre cette politique de « décommunisation » qui visait à « solder les comptes de la Seconde Guerre mondiale pour donner des gages aux partisans de l’adhésion de l’Ukraine à l’Otan et de la mise en coupe réglée des lois du FMI ». Et à « poursuivre, avec l’aide de mercenaires d’extrême droite, l’offensive dite anti-terroriste contre l’Est de l’Ukraine avec son cortège de victimes civiles et de destructions. ».

Cette décision-alors que les manœuvres militaires s’intensifient dans un pays en faillite- montrent l’incurie dont font preuve les autorités de Kiev pour oeuvrer à une application pleine et entière des accords de Minsk 2, qui respecte les droits et libertés fondamentaux de tous les ukrainiens. Le PCF appelle à une large mobilisation de la communauté internationale et de toutes les forces de progrès, pour que ceux-ci soient respectés.
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