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28 juin 2017 3 28 /06 /juin /2017 16:48

lundi 26 juin 2017

 

Le nombre de demandeurs d’emploi en catégorie A (personnes sans emploi tenues d’accomplir des actes positifs de recherche d’emploi) passe de 3 471 800 à 3 494 100 inscrits à Pôle Emploi (soit +0.6% sur 1 mois, + 0.9% sur 3 mois) alors que le nombre des demandeurs en catégories B et C (personnes ayant exercé une activité réduite) augmente de 3 500 personnes pour atteindre les 2 066 700 (soit + 0.2 % sur 1 mois, + 0.8 % sur 3 mois et surtout + 8 % sur 1 an). Non seulement le chômage ne baisse pas mais les catégories de travailleurs précaires ne cessent d’augmenter.

 

Les demandeurs d’emploi inscrits en catégorie D sont en baisse de 12.6 % depuis le mois de janvier en raison de la fin progressive de l’effet du plan « 500 000 formations ». Les doutes concernant l’utilité de ce plan se confirment de plus en plus, sachant que seuls 56 % des demandeurs d’emploi qui ont suivi une formation accèdent à un emploi et que, parmi ceux-ci, 29 % uniquement trouvent un emploi de plus de 6 mois. 


La qualité de ces formations est largement contestée par les privés d’emploi CGT qui déposent un recours auprès de Pôle Emploi ce mardi 27 en appelant au rassemblement devant la Direction Générale de Pôle Emploi, avant de rejoindre un rassemblement aux Invalides.

 

L’emploi intérimaire augmente de 16,1% sur 1 an. Il s’agit là aussi d’une forme de précarité qui se développe sans limite dans les secteurs de l’Industrie en particulier là où se concentrent 42,5% des emplois.

L’échec des politiques d’austérité sous la Droite puis pendant le quinquennat de Hollande, l’insupportable montée des contrats courts devraient faire réfléchir Macron et son gouvernement : les mêmes recettes sévères donneront les mêmes résultats !

 

La CGT réclame une véritable politique de relance et le renforcement du code du travail, plutôt que sa destruction, pour lutter contre l’accroissement de la précarité.

 

 

Hausse du chômage: communiqué de la CGT (26 juin 2017)
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28 juin 2017 3 28 /06 /juin /2017 05:14
Macron: "Bachar-al-Assad n'est plus notre ennemi, sa destitution n'est pas un préalable à tout": Macron reprend les principaux arguments des soutiens au régime sanguinaire et cynique d'Assad (Médiapart, Léna Bredoux - 26 juin 2017)

 

Le coup politique de Macron sur la Syrie
 PAR 

En assumant un « aggiornamento » sur la politique française en Syrie, le nouveau président a en grande partie verbalisé ce que les gouvernements précédents avaient fini par admettre : le départ de Bachar al-Assad n'était plus leur priorité. Mais Macron va plus loin, en reprenant les principaux arguments des soutiens du régime, notamment russes.

Dans les mots, le revirement est spectaculaire. Dans les faits, sa portée est plus discutable. En assumant un « aggiornamento » de la politique française en Syrie, Emmanuel Macron a abandonné les engagements pris par Paris depuis 2011 : le départ de Bachar al-Assad, qui « n’est pas notre ennemi », n’est plus un objectif pour le nouveau président de la République, tout à sa volonté de remettre la France au cœur du jeu diplomatique mondial et de renouer le dialogue avec la Russie de Vladimir Poutine.

À bien des égards, il ne fait que valider une réorientation souterraine de la politique française depuis les attentats de novembre 2015. Mais en s’alignant sur la rhétorique de Moscou, Macron va encore plus loin et prend le risque de perdre toute crédibilité sur la défense des droits de l’homme et le soutien aux sociétés civiles.

Selon plusieurs sources interrogées par Mediapart, il a d’ailleurs totalement pris de court les diplomates et les spécialistes français du dossier syrien, qui n’ont pas été consultés en amont. Seul le ministre des affaires étrangères Jean-Yves Le Drian qui défendait, à la Défense, un discours similaire, et qui était à Moscou la semaine dernière, semblait être dans la confidence.

C’est un entretien publié jeudi 22 juin par huit journaux européens, dont Le Figaro, qui a déclenché la polémique. « Le vrai aggiornamento que j'ai fait sur ce sujet, c'est que je n'ai pas énoncé que la destitution de Bachar al-Assad était un préalable à tout », explique Macron. Pendant la campagne, il avait pourtant juré à plusieurs reprises que le président syrien, responsable du massacre de son peuple, devait quitter le pouvoir pour assurer une transition politique durable. Il l’a encore dit en recevant les principaux représentants de l’opposition syrienne au lendemain de la visite de Vladimir Poutine à Versailles.

Mais l’ancien conseiller de François Hollande s’était toujours montré plus prudent que les exécutifs précédents : lors d’une visite à Beyrouth en janvier, le candidat d’En Marche! avait déjà estimé que « l'erreur qui a été faite, de droite ou de gauche, a été à un moment de faire du départ de Bachar al-Assad un préalable à tout ». « La France n'est pas là pour décerner des bons points et des mauvais points à qui que ce soit, elle est là pour construire la paix, c'est bien plus compliqué », avait-il insisté.

 

Le gouvernement français lui-même avait déjà entamé une réorientation de son discours sur la Syrie : juste après les attentats de Paris et de Saint-Denis le 13 novembre 2015, François Hollande avait tenté de se rapprocher (en vain) de la Russie et avait indiqué que le principal ennemi de la France était l’État islamique (EI, ou Daech), et non le régime syrien. C’est aussi à cette époque que le président avait décidé de participer aux frappes de la coalition emmenée par les États-Unis en Syrie – jusque-là, la France n’opérait qu’en Irak et refusait de bombarder les positions de l’EI en Syrie pour ne pas renforcer le régime.

En janvier 2017, le ministre des affaires étrangères Jean-Marc Ayrault avait aussi déclaré : « Si certains veulent à tout prix qu'on place le débat sur: “Est-ce que l'on garde Assad ou est-ce que l'on ne garde pas Assad”, ce n'est pas comme cela que la question se pose. » Selon un témoin, son cabinet avait déjà indiqué à son arrivée au Quai d’Orsay, un an plus tôt : « On va arrêter de parler de Bachar al-Assad. »

De ce point de vue, Emmanuel Macron, élu président, ne fait que tirer les enseignements des errements passés de la diplomatie française qui s’est elle-même condamnée à l’impuissance : elle proclamait nécessaire le départ de Bachar al-Assad mais s’avérait incapable de l’obtenir. Au fil des années, et singulièrement depuis l’intervention militaire russe, la France, jugée peu crédible par toutes les parties prenantes, s’est trouvée totalement marginalisée, voire isolée, sur le dossier syrien (lire notre analyse).

« La diplomatie française ne s’est pas trompée sur le diagnostic, mais il est vrai qu’elle n’a pas trouvé les leviers lui permettant d’avoir un impact à la hauteur des enjeux », estime l’ancien ambassadeur de France en Syrie, Michel Duclos, dans une note très détaillée que vient de publier l’Institut Montaigne. « Comment faire du départ d’Assad une pré-condition alors qu’il n’y a même pas de négociation réelle à Genève ? », relève aussi une source diplomatique.

Depuis son arrivée à l’Élysée, Emmanuel Macron, qui rêve comme tous les présidents avant lui de redorer l’image de la France, tente donc de rééquilibrer la position française pour lui rendre sa crédibilité et retrouver une place à la table des “grands” dont l’avis compte pour l’avenir du Proche- et du Moyen-Orient. Cette envie était palpable lors de son déplacement à l’Otan fin mai et de sa rencontre avec le président américain Donald Trump. Lors d’un débriefing avec la presse, l’Élysée avait exprimé son enthousiasme, y compris sur « la volonté des Américains d’échanger avec nous » sur le dossier syrien. « Il faut assez rapidement, en lien avec l’Onu et les pays les plus engagés dans la région, trouver un format de dialogue pour amorcer et accompagner une forme de transition diplomatique et politique inclusive », avait précisé l’équipe de Macron.

Le nouveau président a également répété à plusieurs reprises qu’il voulait combattre les tentations néoconservatrices qui ont agité la diplomatie française à intervalles réguliers, et manifeste le plus grand scepticisme à l’égard du « regime change ». « Avec moi, ce sera la fin d'une forme de néoconservatisme importée en France depuis dix ans, explique-t-il dans cet entretien à la presse européenne. La démocratie ne se fait pas depuis l'extérieur à l'insu des peuples. La France n'a pas participé à la guerre en Irak et elle a eu raison. Et elle a eu tort de faire la guerre de cette manière en Libye. Quel fut le résultat de ces interventions ? Des États faillis dans lesquels prospèrent les groupes terroristes. Je ne veux pas de cela en Syrie. » Des propos qu’il avait déjà tenus, presque mot pour mot, surle plateau de Mediapart deux jours avant le second tour.

Parallèlement, il a rappelé sa volonté d’intervenir militairement à l’aune de « lignes rouges » – une référence aux propos de Barack Obama sur les armes chimiques. « J'ai deux lignes rouges, les armes chimiques et l'accès humanitaire, a redit Macron. Je l'ai dit très clairement à Vladimir Poutine, je serai intraitable sur ces sujets. Et donc l'utilisation d'armes chimiques donnera lieu à des répliques, y compris de la France seule. La France sera d'ailleurs à cet égard parfaitement alignée avec les États-Unis. » Donald Trump a lui-même décidé de frappes unilatérales après l’attaque chimique de Khan Cheikhoun, en avril dernier.

Macron et ses soutiens, à l’image de l’ambassadeur de France aux États-Unis Gérard Araud, assument donc un discours qu’ils jugent « réaliste », conforme à la réalité du terrain, et qui s’inspire des propos tenus ces dernières années par l’ancien ministre des affaires étrangères Dominique de Villepin, dont le nouveau président se dit proche, ou de Hubert Védrine.

« Ce n’est pas mal joué, estime aussi une source militaire. Sur le terrain, les ordres n’ont absolument pas changé. Mais cela évite d’être marginalisé. Si on reste sur une position de principe, on sera tout seul, et on ne comptera pas dans la solution. » Le revirement de Macron, qui n’est « que du verbal », selon cette même source, permet aussi « d’ôter un argument aux Russes » et de « parler aux Iraniens », alors que l’Iran attire les convoitises des grandes entreprises depuis l’accord sur le nucléaire.

Macron reprend les principaux arguments des soutiens du régime

Mais dans ses dernières déclarations, Emmanuel Macron ne s’arrête pas là : lui qui est si attentif à son expression et aux termes qu’il emploie reprend, pour justifier son« aggiornamento », les principaux arguments défendus depuis des années par le régime syrien et ses alliés. Il prétend ainsi que le départ de Bachar al-Assad ne doit pas être un« préalable », non pas parce que les Russes et les Iraniens ne veulent pas en entendre parler en l’état, mais « car personne ne m’a présenté son successeur légitime ». Il promeut aussi « la stabilité de la Syrie », « car je ne veux pas d’un État failli », dit-il, reprenant ainsi l’une des obsessions russes. Des propos qui ont évidemment ravi la propagande de Damas, ou certains soutiens zélés du régime comme l’ancien député LRThierry Mariani ou l’ancien président du Front national de la Jeunesse (FNJ) Julien Rochedy, et qui ont écœuré l’opposition syrienne.

Mais comment Emmanuel Macron peut-il prétendre qu’aucune transition politique n’est possible ? Et comment peut-il affirmer que la Syrie n’est pas déjà un « État failli », alors que le régime ne tient que grâce au soutien de puissances étrangères, la Russie et l’Iran, et que le conflit a fait plus de 300 000 morts et des millions de réfugiés ? Comment peut-il omettre publiquement la responsabilité du clan au pouvoir dans la prospérité du djihadisme de l’EI ?

« C'est du mépris affiché vis-à-vis de tout un peuple et une approche qui dessaisit la France des valeurs universelles et du droit international qu'elle prétend souvent défendre, rétorque le chercheur Ziad Majed, spécialiste de la Syrie. Pire encore, ce message sera interprété par le dictateur syrien comme un permis de tuer, comme une totale immunité. » Il rappelle également que « plus Assad reste au pouvoir, plus Daech, Al-Nosra, ou d'autres qui leur succéderaient, augmenteront leur capacité de recrutement ». Avant d’ajouter : « Macron promettait de jouer un rôle de leadership politique et éthique au niveau européen et international. Cette déclaration l'a d'emblée décrédibilisé aux yeux d'une grande partie de ceux qui y croyaient. »

« La Syrie est un État failli depuis très longtemps, depuis bien avant le déclenchement de la révolution, dénonce Salam Kawakibi, chercheur en sciences politiques et directeur adjoint de l’Arab Reform Initiative établi à Paris. Ici, il n’y a pas d’État, mais un régime dictatorial qui s’est approprié du pouvoir et des ressources. Tout cela, c’est le b.a.-ba de la situation. »

« Sur le plan analytique, cela ne fait aucun doute : lorsque l’on connaît la véritable nature de ce régime, il n’est pas possible de croire en sa capacité de s’amender ou de le considérer comme un partenaire, tant sa connivence avec le terrorisme est profonde, et sa duplicité insondable, analyse également l’ancien ambassadeur Michel Duclos, qui juge dans le même temps que « sur le plan de la tactique diplomatique, l’insistance mise sur l’exigence du départ d’Assad s’est révélée contre-productive ». Mais à ses yeux,« aucune stabilisation réelle ne peut intervenir sans une éviction de Bachar al-Assad et de ses principaux associés ».

Ces constats sont largement partagés par les diplomates français et par les principaux spécialistes de la Syrie et de l’EI. Certains d’entre eux craignent une politique à courte vue, qui conduirait à soutenir, partout, et sans conditions, tous les régimes dictatoriaux au prétexte de la « stabilité » et de la lutte antiterroriste. Une doctrine ancienne, qui avait vacillé sous l’effet des printemps arabes, mais qui est revenue en force avec l’expansion de Daech. C’est le sens du soutien indéfectible de la France au régime égyptien, ou même de la récente visite d’Emmanuel Macron au Maroc. Mais cette doctrine omet, à chaque fois, de rappeler que ce sont aussi ces régimes qui ont, par tactique, ou par leur violence, ou les deux, largement alimenté les réseaux djihadistes.

Les partisans de la nouvelle ligne Macron, eux, font le pari que ses propos, même excessifs, permettront de renouer le dialogue avec Poutine, et in fine à la France de participer à une solution politique, qui contribuera à « anéantir » Daech et à stabiliser la région. Mais si ce pari échoue, les mots, eux, resteront. Comme une tache sur un quinquennat qui vient de commencer.

 

 

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28 juin 2017 3 28 /06 /juin /2017 05:05
Turquie: Darwin banni des programmes

Alpaslan Durmus, en charge des programmes scolaires, a informé le 23 juin que la théorie de l'évolution, théorisée et popularisée par Darwin en 1859, ne serait plus enseignée dans le secondaire. "Si les étudiants n'ont pas le contexte nécessaire pour comprendre les prémisses et les hypothèses, ou s'ils n'ont pas le savoir et le cadre scientifique nécessaires, ils ne pourront pas comprendre certaines questions controversées" (propos relayés par le journal Hürriyet). 

Erdogan et son pouvoir autoritaire, dictatorial même, continuent à battre en brèche la laïcité et à suivre les injonctions du fondamentalisme religieux au mépris des libertés fondamentales et du droit à l'exercice de la raison.   

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28 juin 2017 3 28 /06 /juin /2017 04:56
Maroc: dans le Rif, sa majesté le peuple défie le Palais (Rosa Moussaoui - L'Humanité, 22 juin 2017)
Maroc. Dans le Rif, « Sa Majesté le peuple  » défie le Palais
Rosa Moussaoui
Jeudi, 22 Juin, 2017
L'Humanité

L’incarcération de dizaines de militants du Hirak, le mouvement populaire qui secoue depuis huit mois cette région frondeuse, ne décourage pas les protestataires. La stratégie de répression et d’isolement du Palais est un échec.

Dans la ville d’Al Hoceïma quadrillée par la police, toute tentative de rassemblement est désormais violemment dispersée et ses instigateurs embarqués. Lundi, c’est une adolescente de 14 ans, Houda Jelloul, qui a été arrêtée et conduite au commissariat central avant d’être relâchée. Elle entendait manifester pour la libération des porte-voix du Hirak, le mouvement social qui embrase la région du Rif depuis huit mois. Parmi ces détenus politiques, son père, Mohamed Jelloul, un syndicaliste incarcéré à la prison d’Oukacha, à Casablanca. Comme ses 47 compagnons, il est accusé de « complot » et d’« atteinte à la sûreté de l’État ». Pour tenter de décapiter le mouvement de protestation, le pouvoir a fait procéder ces dernières semaines à des centaines d’arrestations. Sans réussir à éteindre la révolte allumée le 19 octobre 2016 par la mort de Mouhcine Fikri, ce jeune poissonnier broyé par une benne à ordures alors qu’il tentait de récupérer sa marchandise confisquée par les autorités.

Suite de la page une

La place Mohammed-VI, qu’ils ont rebaptisée place des Martyrs, leur est interdite. Ils ont été chassés des faubourgs par la police. Alors les jeunes d’Al Hoceïma ont trouvé refuge dans les collines, où leurs lanternes s’allument, à la tombée du jour, comme des lucioles. De là-haut, ils chantent, scandent des slogans qui se répondent, comme un écho, d’une butte à l’autre, invectivent, dans l’obscurité, les policiers restés en bas. En jetant en prison les principales figures de la contestation, le pouvoir pensait en finir avec ce mouvement populaire qui défie le Palais. Peine perdue. L’acharnement répressif décuple la colère des Rifains. Au risque de donner aux événements un tour violent. Ces derniers jours, à Al Hoceïma, à Imzouren, lors des affrontements avec la police, de jeunes protestataires répondaient aux tirs de grenades lacrymogènes par ce cri : « Silmya, c’est fini ! » (« Le pacifisme, c’est fini ! »)

Des journalistes croupissent derrière les barreaux

Tout a basculé le 29 mai dernier, avec l’arrestation de Nasser Zefzafi, icône du Hirak. Quelques jours plus tôt, il avait fait irruption, avec d’autres militants, dans la mosquée Mohammed-V d’Al Hoceïma, pour interrompre le prêche d’un imam lié au pouvoir, hostile aux manifestations. Un coup d’éclat inacceptable pour le makhzen, l’appareil monarchique, qui fait du religieux un pilier de légitimité politique. La capture de Zefzafi, après plusieurs jours de cavale, a donné le signal d’une vague d’arrestations qui se poursuit encore. Chaque jour, des activistes sont kidnappés. Des journalistes, coupables d’avoir couvert les manifestations, croupissent derrière les barreaux. Et devant la justice, les premières sentences sont tombées. Elles vont jusqu’à dix-huit mois de prison ferme. Les leaders du mouvement, eux, attendent à la prison d’Oukacha, à Casablanca, que se décide leur sort. Leurs avocats font état d’allégations de torture et de mauvais traitements. De lourdes charges pèsent sur eux.

Zefzafi est accusé, entre autres, de « participation au crime d’atteinte à la sûreté intérieure de l’État en commettant des violences ayant pour but d’entraîner la dévastation, le massacre et le pillage ». Présenté par le pouvoir comme un « séparatiste » pour avoir revendiqué la reconnaissance effective de la culture et de la langue amazighes (berbères), il est aussi poursuivi pour « réception de dons (…) destinés (…) à mener et à rémunérer au Maroc une activité et une propagande de nature à porter atteinte à l’intégrité, à la souveraineté, ou à l’indépendance du Royaume ». Ce n’est pas la première fois que l’accusation de complot ourdi et financé depuis l’étranger est invoquée pour justifier la répression dans cette région septentrionale enclavée, abandonnée par l’État. En 1984, Hassan II avait utilisé la même vulgate en écrasant les émeutes du pain d’Al Hoceïma. Le même, avant son couronnement, avait supervisé en 1958 la brutale répression d’un soulèvement populaire dans cette région.

Une région placée depuis 1958 sous étroite surveillance militaire

Entre le Rif et le pouvoir central monarchique, la défiance remonte plus loin encore. En 1926, sous l’Arc de triomphe, le sultan n’a-t-il pas participé à la célébration de la défaite d’Abd El Krim El Khattabi, héros de la première guerre de décolonisation, en compagnie des colonisateurs espagnols et français (voir page 6) ? Cette mémoire traumatique n’a cessé d’affleurer dans le mouvement de contestation. Sur les manifestations flotte la bannière amazighe, mais aussi le drapeau de l’éphémère République d’Abd El Krim, un symbole jugé provocateur par le Palais. Zefzafi, lui, n’hésitait pas, avant son arrestation, à se mettre en scène, lors des interviews, aux côtés d’un portrait d’Abd El Krim, personnage effacé de l’historiographie officielle. Dans le Rif, ces contentieux mémoriels n’ont cessé d’attiser le sentiment de marginalisation, avec le soupçon d’une « punition collective » infligée à cette région fière et rebelle, placée depuis 1958 sous étroite surveillance militaire. Et de fait, malgré quelques investissements consentis par Mohammed VI depuis son accession au trône, notamment dans les infrastructures routières, le Rif reste bel et bien délaissé. Le taux de chômage des jeunes y est deux fois plus élevé que dans le reste du pays. Quatre personnes sur dix y sont analphabètes. La région, livrée aux trafics et à la culture du cannabis qui enrichit moins les paysans rifains que les gros barons de la drogue, manque cruellement de services publics de base.

Et le Hirak, parti de la revendication de vérité et de justice pour Mouhcine Fikri, est finalement devenu le symptôme de la crise sociale profonde et des inégalités scandaleuses qui minent tout le Maroc. « Ils sont en prison pour avoir réclamé une université, un hôpital, des routes et des infrastructures pour notre région », résume avec amertume le père de la jeune Silya Ziani, artiste et militante incarcérée à Casablanca, visée, entre autres, pour l’usage de ce slogan : « Sa Majesté le peuple ». Autant de revendications sociales dont l’écho parvient à d’autres régions déshéritées, à d’autres villes où se multiplient les rassemblements de solidarité avec le Rif. D’où la crainte, au Palais, d’un effet de contagion. « Après le Mouvement du 20 février 2011, le pouvoir avait multiplié les promesses d’ouverture, de démocratisation, de transition vers un État de droit, de reconnaissance de la culture amazighe. Mais la nouvelle Constitution, censée entériner de telles avancées, n’a pas été suivie d’effet. Au contraire, le régime s’est durci », résume Khadija Ryadi, de la Coordination maghrébine des organisations de défense des droits humains. De quoi alimenter les frustrations sociales et politiques, sur fond de corruption décomplexée.

Le pouvoir monarchique choisit toujours le verrouillage

À l’épreuve du soulèvement social du Rif, le makhzen hésite sur la marche à suivre. L’appareil sécuritaire se divise entre les partisans d’une ligne répressive dure et ceux qui craignent que cette stratégie du pire ne hâte un embrasement généralisé. Ces jours-ci, des voix autorisées plaident pour des gestes d’apaisement, implorent une grâce royale pour les militants incarcérés. Une Initiative civile pour le Rif réclame « la libération des détenus » et « le retrait des charges qui pèsent contre eux ». « Les revendications du mouvement populaire du Rif sont légitimes (…) Plusieurs chantiers sociaux lancés n’ont pas abouti. Al Hoceïma ressemble à une île isolée », admet son coordinateur, Mohammed Nachnach. Dans les faits, pourtant, le pouvoir monarchique choisit toujours le verrouillage. Sans parvenir à isoler le Rif, ni à décourager la contestation ailleurs. Mardi soir, à Casablanca, malgré l’interdiction du ministère de l’Intérieur, la marche à l’appel de la Confédération démocratique du travail pour commémorer la sanglante répression des émeutes du pain, en 1981, a rassemblé une foule nombreuse, à la lueur des bougies. Avec, omniprésente, l’expression de la solidarité avec le Rif.

Journaliste à la rubrique Monde
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27 juin 2017 2 27 /06 /juin /2017 18:33
 PMA: le Gouvernement doit légiférer (PCF- 27 juin 2017)

PMA : le Gouvernement doit légiférer (PCF)


Dans un rapport rendu public ce jour, le Comité consultatif national d'éthique (CCNE) se déclare favorable à l'ouverture de la procréation médicalement assistée (PMA) pour les couples de femmes et les femmes célibataires. Le Parti Communiste Français salue cette décision qui consacre la légitimité de cette demande portée depuis de nombreuses années par les familles et les associations LGBTI, ainsi que par les partis politiques de gauche.

Il est désormais temps de légiférer afin d’ouvrir ce droit nouveau aux couples de femmes et les femmes seules. En effet, l’absence d’avis du CCNE sur le sujet a été utilisée par François Hollande pour repousser la mise en œuvre de ce qui était pourtant l’une de ses promesses de campagne.

Le Gouvernement doit désormais prendre ses responsabilités et faire voter la loi. Le Chef de l’État s’était d’ailleurs déclaré favorable à cette mesure sous réserve de l’avis positif du CCNE – désormais acquis. L’heure est venue ! Le PCF sera à son poste de combat, aux côtés des familles et des associations, pour faire en sorte que la PMA devienne maintenant une réalité en France le plus rapidement possible.

Ian Brossat, dirigeant national du PCF

Paris, le 27 juin 2017.

 PMA: le Gouvernement doit légiférer (PCF- 27 juin 2017)
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27 juin 2017 2 27 /06 /juin /2017 18:07
Très pauvres riches français: le montant de la fortune des 500 français les plus riches multiplié par 7 en 20 ans!

Les 500 Français les plus fortunés de France possèdent 571 milliards d'euros, soit 117 milliards de plus qu'en 2016 (+26%). Entre 1996 et 2017, le montant total de la fortune des 500 plus riches du classement Challenges a été multiplié par sept tandis que le PIB français a seulement doublé au cours de cette période. Ainsi, les actifs des «500» ont progressé, en valeur, trois fois et demi plus vite depuis 1996 que la production de richesse en France, avec une accentuation particulière parmi les plus grandes fortunes. La fortune minimale d'insertion dans le classement a quant à elle presque décuplé en l'espace de 21 ans, atteignant 130 millions d'euros cette année.

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27 juin 2017 2 27 /06 /juin /2017 18:04
Pierre Laurent: "Un immense chantier pour construire un projet majoritaire et transformer le PCF" (L'Humanité)

Entretien : PIERRE LAURENT « Un immense chantier pour construire un projet majoritaire et transformer le PCF ».

Le Conseil des ministres examine mercredi le projet de loi d’habilitation à agir par ordonnances pour réformer le Code du travail. Dans la foulée des élections, dont Emmanuel Macron espère tirer une légitimité, comment s’y opposer ?

PIERRE LAURENT : Cette bataille, nous la mènerons dans l’hémicycle et dans tout le pays. Elle doit s’engager en faisant la clarté sur le contenu du projet : la mise en pièces du Code du travail et une généralisation du dumping social. Et en dénonçant le coup de force que constitue le recours aux ordonnances. Cette démonstration, nous la ferons tout l’été auprès des salariés, sur leur lieu de travail, dans les grandes zones d’emplois saisonniers, dans les quartiers et les communes. Partout nous populariserons notre proposition de loi, déposée en février à l’Assemblée, pour une sécurité d’emploi et de formation. C’est un contre-projet aux ordonnances Macron qui permet des réponses innovantes. Notre objectif est de préparer les conditions d’une mobilisation de masse en septembre, en soutenant toutes les initiatives syndicales. La fête de l’Humanité doit être un grand rendez-vous de ces mobilisations. Parallèlement, nous lutterons contre l’inscription dans la loi ordinaire des dispositions de l’état d’urgence. Les libertés publiques sont en danger. La loi annoncée par le gouvernement Philippe ferait de la France le pays d’Europe disposant de la législation la plus régressive en la matière. Nous engagerons aussi une bataille nationale pour l’instauration de la proportionnelle intégrale à toutes les élections, car des millions de Français vont vite découvrir le piège dans lequel les a enfermés la présidentialisation à outrance. Nous voulons rouvrir sans attendre le débat sur la nature du régime présidentiel et pour une autre République.

Les relations du PCF avec la France Insoumise ont été tumultueuses ces derniers mois. Comment envisagez-vous la suite ?

PIERRE LAURENT : Nos 11 députés et les députés de la France Insoumise et d’Ensemble ! sont dès demain les seuls qui s’opposeront avec clarté à la majorité Macron. Nous allons avoir besoin de leur unité d’action et de notre propre liberté de parole et d’initiatives. Les députés communistes ont pris une double décision : former un groupe et proposer aux insoumis de constituer un comité de liaison pour coordonner la bataille législative. J’espère que le groupe des insoumis, qui en discute demain, acceptera cette proposition. Plus globalement, les débats que nous avons eus ne vont pas disparaître parce qu’ils portent sur des conceptions différentes des constructions politiques à venir. Pour nous, cela ne se résume pas à un problème de rapport avec la FI. Le Parti communiste estime nécessaire de procéder à un réexamen complet de la situation et de notre rôle. Notre Conseil national propose aux communistes la tenue d’un congrès extraordinaire en 2018.

Malgré le nombre de députés accru, vous parlez d’« échec électoral ». Quel premier bilan faites-vous de ces derniers mois ?

PIERRE LAURENT : L’avis de notre Conseil national est très clair : les résultats des élections législatives, historiquement bas, est un échec. Nous entrons dans une nouvelle période politique, inédite sous la Vème République. C’est la fin d’une séquence de quarante ans scandée par l’alternance entre une gauche dominée par la PS et une droite emmenée par LR ou ses prédécesseurs. Les forces libérales tentent de construire un nouveau modèle politique qui allie une sorte de grande coalition à la française et un néopopulisme libéral. Elle voudrait avec cette synthèse étouffer toute alternative de transformation sociale en occupant l’écrasante majorité du champ politique. Elles veulent aussi marginaliser dans les consciences le conflit qui oppose les grands intérêts capitalistes aux intérêts de l’immense majorité de la population, masquer le conflit de classes qui est au cœur de la mondialisation capitaliste et de l’Europe libérale. L’élection de nos 11 députés et la constitution d’un groupe font de nous une des forces politiques qui ont résisté à cette tornade mais nous sommes conscients d’avoir devant nous le chantier d’une réinvention profonde, pour reconstruire les conditions d’un rassemblement populaire majoritaire capable de transformer la société.

Le PCF a lancé ce week-end le chantier de sa reconstruction. Cela dépasse-t-il vos rangs ?

PIERRE LAURENT : Toute la gauche est concernée. Elle a historiquement représenté le camp des classes populaires. Mais aujourd’hui, elle est profondément abîmée et brouillée du fait des trahisons socialistes successives et du quinquennat Hollande. Le camp Macron veut profiter de ce brouillage du clivage droite-gauche pour imposer sa domination. La reconstruction se fera à partir d’une nouvelle identification des causes de la crise, des formes de domination du capital, et de nouvelles pratiques politiques pour porter un projet d’émancipation. Il ne s’agit pas de sauver une gauche en perdition mais de construire un nouveau projet politique large à gauche capable de porter les intérêts des 99% face à la confiscation de la finance. Nous concernant, nous avions décidé déjà de procéder à de profondes transformations ; elles sont plus nécessaires que jamais. Nous voulons mettre tout sur la table dans les mains des communistes.

Cette « réinvention » va donc au-delà de la question du nom de votre parti ?

PIERRE LAURENT : Bien évidemment. Nous avons conscience que notre problème de communication, au sens le plus profond, est un problème d’identification politique. De quoi notre communisme du XXIème siècle est-il le nom ? Nous devons résoudre cette question avec plus de force et de lisibilité. Nous ne partons pas d’une feuille blanche. Nous sommes riches d’idées, de projets, de pratiques, d’une grande force militante. Et, en même temps, nous avons besoin d’un changement qualitatif pour inventer un nouveau modèle d’organisation plus pertinent et plus efficace dans le monde d’aujourd’hui.

La période a été marquée par l’émergence de nouvelles formations. Les partis classiques sont-ils dépassés ?

PIERRE LAURENT : la question des nouvelles formes d’engagement politique fait partie des débats que nous voulons mener. Nous ne le ferons pas en miroir de telle ou telle formation mais en réinventant notre rôle et notre propre modèle. Cela ne signifie en aucun cas une adhésion à la thèse de la mort des partis. D’ailleurs, je constate que ceux qui crient à la mort des partis en créent de nouveaux. Ils le font à partir de plateformes numériques et de nouveaux modèles de marketing politique qui leur donnent une réelle efficacité. Mais aucune de ces nouvelles forces n’a résolu des questions centrales pour réussir dans la durée la transformation sociale à laquelle nous travaillons. Et singulièrement celui de l’intervention consciente et durable des dominés pour construire par eux-mêmes leur propre émancipation.

Malgré ces nouvelles offres politiques, l’abstention a encore atteint des sommets…

PIERRE LAURENT : l’abstention est l’expression la plus forte du paradoxe de la situation. La société française a exprimé un désir très profond de balayer le système politique. Macron l’a emporté en capotant ce besoin de renouveau mais de nombreux électeurs ont voté par défaut. Il reste une très grande défiance et beaucoup à inventer pour y remédier, singulièrement avec les milieux populaires, qui ne trouveront pas leur compte, bien au contraire, dans la politique du gouvernement.

Dans le salariat éclaté d’aujourd’hui ou dans les quartiers populaires, on doit pouvoir, non pas seulement s’identifier à un candidat à la présidentielle, mais trouver la place d’une intervention politique consciente, croissante et durable.

Le PCF a à réinventer un modèle qui le permet. Cela va de pair avec la conquête citoyenne de nouveaux droits et pouvoirs qui ne peut être renvoyée à plus tard ou à un modèle de pouvoir centralisé.

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27 juin 2017 2 27 /06 /juin /2017 05:33
L'histoire des Levy, une famille juive de Morlaix en partie sauvée et cachée par des justes protestants de Tremel ( Le Télégramme, 27 juin - Benoît Trehorel)
Sous l'Occupation, Marie et Guillaume furent leur bonne étoile

Ce dimanche, à la mairie de Trémel (22), Marie et Guillaume Le Quéré seront reconnus Justes parmi les Nations, à titre posthume, pour avoir caché une famille juive durant la Seconde Guerre mondiale. Le comité Yad Vashem, institut international pour la mémoire de la Shoah, met ainsi en lumière une histoire d’amitié restée jusque-là sous silence.

Un fil. Tout n’a tenu qu’à un fil. Le fil du rasoir. Le fil de l’histoire. Le fil blanc qu’on utilise pour coudre des vies entre elles. C’était l’automne 1943. Lundi 11 octobre, au matin. La

police nazie se rend au nº 95 de la rue Gambetta, à Morlaix (29), au domicile de la

famille Levy, réfugiée en France depuis 18 ans. Un seul objectif : arrêter tous les

membres de cette famille juive et les envoyer en déportation. Presque par chance,

peu sont présents à ce moment-là. Chacun vaque à ses occupations en ville. Les

grands-parents, peu vaillants, sont épargnés. La jeune tante, Esther, 22 ans, est,

quant à elle, conduite à Drancy, puis envoyée au camp d’Auschwitz par le convoi nº 66. Elle y sera gazée peu après son arrivée.

Le temps presse. L’angoisse a laissé place à la terreur. Les parents, Prossiadi et Bohor, et leur fils Jacques, se mettent alors en quête d’un nouveau havre. Des fermiers des

environs les hébergent quelques jours. Par crainte d’être eux aussi dénoncés et

arrêtés, la famille est sommée de partir. Son salut viendra de la communauté

protestante de Trémel, située à une vingtaine de kilomètres de là, dans le département

voisin des Côtes-du-Nord. Parmi ses membres, un certain Guillaume Le Quéré,

surnommé « Tonton Tom », colporteur-évangéliste. 

Les Levy deviennent les Leroy

« Le trajet qui mène la petite famille vers la mission baptiste est épique », écrit Jean-Yves Carluer, historien spécialiste du protestantisme en Bretagne, auteur de plusieurs

articles sur « Les Justes de Trémel ». « Ils sont véhiculés par François Le Lay,

boulanger à Plourin (29), cachés dans sa carriole à cheval sous une fournée de gros

pains. Ils sont arrêtés en chemin par un barrage allemand.

Le boulanger tend en souriant un pain à la patrouille qui remercie et les laisse passer ».

Sains et saufs, les Leroy (nom qui figure sur les faux papiers d’identité qu’on leur a

attribués) sont mis à l’abri dans une dépendance du temple, au lieu-dit Uzel. Ils y

resteront un an. Un an d’incertitudes, de privations et de solidarité absolue. « La

mission évangélique était pauvre », se souvient Jacques Levy, âgé de 15 ans à l’époque. « Pour aider, mon père s’occupait des vaches, ma mère était à la cantine,

et moi, je suis devenu moniteur pour les enfants de l’orphelinat ». À Paris, les rafles

se multiplient. La situation est devenue intenable pour les réfugiés toujours plus nombreux. Au printemps 1944, Mazalto, sœur aînée de Jacques, accompagnée de sa tante Lucie et

de son oncle Maurice, parviennent à rejoindre la mission protestante de Trémel. 

 

Dans la famille, ce n’était ni une histoire cachée, ni une histoire honteuse. On en parlait, sans plus.

Au cours des mois qui suivent, le danger est permanent. Trémel abrite des groupes

actifs de maquisards. Les collabos sont aux aguets. Des opérations militaires s’y

déroulent, avec leur lot de répressions et de représailles. La tension est extrême. Sous

la protection bienveillante de Marie et Guillaume Le Quéré, et des sœurs de ce dernier,

Anna et Émilie, la famille Levy dort dans un grenier. En cas d’urgence, le refuge ultime

est une pièce inhospitalière située entre le plafond et la toiture du temple. Jean-Yves

Carluer rapporte cette scène surréaliste décrite par Jacques : « Le dimanche, il n’était

pas rare de voir des Allemands venir prier au temple. On les voyait par les interstices

du plancher pendant l’office. Il ne fallait faire aucun bruit et se préparer à fuir ».

Octobre 1944, la France est sur la voie de la Libération. Les Lévy quittent Trémel et reprennent peu à peu leur commerce de tissu sur les marchés de la région. Cette

petite histoire qui rejoint la grande, Marie-Emilie Charlot la connaissait depuis son

enfance. 

"Cela faisait partie de la saga familiale. On en parlait de temps en temps, mais sans

plus », témoigne la petite-fille des époux Le Quéré, née en 1948. Jusqu’au jour où, en

2007, elle découvre un document d’archives de la mission évangélique de Trémel

(livre d’or des visiteurs) sur lequel on peut lire des remerciements très appuyés à

l’endroit de ses grands-parents, datés du 10 octobre 1944. Marie-Emilie est débordée

par l’émotion. Elle hésite. Elle ne fait rien. Le déclic interviendra le 9 janvier 2015, jour

de la prise d’otages au magasin Hyper Cacher, porte de Vincennes, à Paris. Un acte

à caractère antisémite qui fait cinq victimes. « Je me suis dit qu’il fallait parler des belles choses, des belles actions »

 

Elle contacte alors le comité Yad Vashem France, lequel dépend de l’institut

international pour la mémoire de la Shoah établi à Jérusalem, en Israël. En parallèle,

elle réussit à renouer le contact avec Jacques Levy. La rencontre se fait. Chacune des

deux familles apporte témoignages écrits et oraux de cet épisode ineffable qui les a

unies. L’enquête menée par Yad Vashem dure un an. Son verdict est sans appel :

Marie et Guillaume Le Quéré sont déclarés Justes parmi les Nations pour avoir sauvé

des juifs sous l’Occupation au péril de leur vie.

Une plaque portant leurs noms sera bientôt apposée au Jardin des Justes, à Jérusalem

, ainsi qu’au mémorial de la Shoah à Paris. Comblée, Marie-Emilie Charlot veut surtout

retenir le message délivré par ses grands-parents : « Ce ne sont pas des héros. Ce

sont des chrétiens qui ont mis leur foi en application, par des actes ».

L'histoire des Levy, une famille juive de Morlaix en partie sauvée et cachée par des justes protestants de Tremel ( Le Télégramme, 27 juin - Benoît Trehorel)
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26 juin 2017 1 26 /06 /juin /2017 06:14
Une extraordinaire exposition Picasso aux Capucins à Landerneau
Picasso à Valauris (1954), photo B.Hatala

Picasso à Valauris (1954), photo B.Hatala

Portrait de Jacqueline (1964)

Portrait de Jacqueline (1964)

Il est rare de voir une aussi grande concentration de chefs-d'oeuvre au mètre carré, et une exposition temporaire d'une telle intensité, d'une telle qualité.

La force de création perpétuelle de Picasso, la plasticité de son art et sa puissance dramatique, grotesque, ironique, sexuelle et tragique s'y révèlent à plein.

Si l'on a quelques oeuvres de jeunesse de Picasso, et même des pigeons peints par son père, quelques tableaux intéressants de la période cubiste (des travaux qui préparent et annoncent les Demoiselles d'avignon), et quelques beaux dessins du retour au classicisme des années 20, il y a surtout de très belles peintures et dessins de l'après-guerre, et une extraordinaire série d'oeuvres de la dernière période de Picasso, des portraits de Jacqueline, sa compagne puis son épouse en 1961, des dessins érotiques où Picasso se grime en minotaure, de très belles réinterprétations des femmes d'Alger de Delacroix, ou de portraits des grands d'Espagne par Vélasquez.   

Les oeuvres peintes par Picasso entre ses 75 ans et ses 90 ans étaient d'une audace et d'une liberté folle, d'une force de réinterprétation de la tradition et de réinvention de l'art inégalée. Quelle chance d'avoir cette exposition à portée de main dans le Finistère, dans des conditions de visite idéale. A ne manquer sous aucun prétexte! 

 

 

***

Article du Télégramme, le 25 juin:    

L'exposition Picasso qui ouvre ses portes, aujourd'hui, au Fonds Leclerc, à Landerneau (Finistère), présente quelque 200 pièces qui, pour certaines, ont rarement ou jamais été montrées. Il s'agit, en effet, d'oeuvres que l'artiste avait conservées auprès de lui et qui sont aujourd'hui propriété de Catherine Hutin, fille de sa seconde épouse, Jacqueline.

 

Il ne s'agit donc pas ici de pièces de musée mais bien d'une collection privée, particulière et familiale. Et si, par le passé, certaines ont déjà eu des bons de sortie, en voir autant ainsi réunies est une première.

L'artiste de plus près

 

Si elles ne viennent pas des grands musées, ces oeuvres n'ont pas pour autant moins d'intérêt. Et on ne parle pas ici de valeur marchande car l'essentiel est ailleurs. En effet, outre l'impression que des trésors viennent d'être exhumés juste pour nous, cette exposition donne aussi le sentiment de côtoyer l'artiste d'un peu plus près. Comme si on entrait dans son cercle familial, sa sphère privée. D'un coup, nous voilà chez lui ou dans ses ateliers. C'est ainsi un Picasso intime qui se dévoile à travers un parcours éminemment sentimental et émouvant. 

On pourrait évoquer en exemple ces portraits de Jacqueline Picasso dédicacés par l'artiste, ou ceux de Catherine Hutin qu'il appelle affectueusement sa « fille de lait ». On pense aussi à ces peintures de pigeons réalisées par son père, José Ruiz Blasco, qui fut son professeur de dessin. Nous sommes alors à l'aube du XXe siècle.

 

Nouvelle femme nouveau souffle

 

Mais Picasso, à son tour, ne va pas tarder à prendre son envol. Et c'est à Paris qu'il s'affranchira de l'académisme pour tracer un sillon bien personnel. « Son premier voyage à Paris permet de libérer son oeuvre d'un certain classicisme. Il quitte une Espagne provinciale pour découvrir la capitale mondiale de la culture, alors en pleine effervescence. Il y rencontre des peintres, des poètes. Paris sera un creuset magnifique pour lui », explique Jean-Louis Andral, commissaire de l'exposition. 

A partir de là, et jusqu'à sa mort, en 1973, l'artiste ne cessera de se réinventer, de tracer et défricher de nouvelles voies, comme nous le montre une exposition chapitrée en neuf sections chronologiques. Et, à chaque fois, quand semblent poindre la lassitude et les difficultés, c'est auprès d'une femme que le peintre trouvera toujours un nouveau souffle.

« Une empreinte incroyable »

 

Et au moment de lui trouver une place dans le siècle passé, Jean-Louis Andral hésite assez peu : « Picasso a toujours été en proie à une perpétuelle interrogation par rapport à la peinture. Qui d'autre a été un tel inventeur, un tel rénovateur de forme, que ce soit en peinture, mais aussi en gravure, en céramique, en sculpture ? Picasso, c'est une extraordinaire inventivité et une empreinte incroyable sur le XXe siècle ».

Exposition du 25 juin au 1er novembre 2017, au Fonds Hélène & Édouard Leclerc pour la Culture, Aux Capucins, à Landerneau. Plein tarif, 8 € ; tarif réduit, 6 € ; gratuit sur pièce justificative pour les demandeurs d’emploi, bénéficiaires des minima sociaux, personnes handicapées, moins de 18 ans, étudiants, enseignants, titulaires carte Icom. Ouvert tous les jours de juin à août de 10 h à 19 h ; de septembre à novembre de 10 h à 18 h. Renseignements complémentaires au 02.29.62.47.78 ; e-mail : contact@fhel.fr. Site internet : www.fonds-culturel-leclerc.fr


 


 

 

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26 juin 2017 1 26 /06 /juin /2017 06:03
Guernica (1937)

Guernica (1937)

Article écrit d'après l'excellente biographie de Pierre Daix, ancien rédacteur en chef des "Lettres françaises", proche et témoin privilégié de la vie et de l'oeuvre de Picasso : Picasso, Tallandier, 2007  

 

L'engagement communiste de Picasso, qui à la différence d'autres artistes de la mouvance surréaliste n'avait pas franchi le pas dans les années 20 de l'engagement politique radical, prend sa source dans la guerre d'Espagne.  

Avant le bombardement de la ville basque de Guernica, Picasso, qui a été très proche de Breton, trotskiste anti-stalinien, partage le point de vue de Eluard qui se rapproche des communistes et voit dans l'URSS qui aide l'Espagne Républicaine un rempart contre le fascisme et l'allié naturel des démocrates progressistes, des prolétaires et anti-fascistes en Europe. Eluard, très ami avec Picasso, adhère au PCF clandestin en 1942 mais, dès le début de la guerre d'Espagne, il écrit des poèmes pour l'Humanité, renouant au passage avec Aragon, en particulier ce poème politique empli d'une colère splendide « novembre 1936 » écrit après les bombardements aériens de Madrid :

 

« Regardez travailler les bâtisseurs de ruines

Ils sont riches patients ordonnés noirs et bêtes

Mais ils font de leur mieux pour être seuls sur terre

Ils sont au bord de l'homme et le comblent d'ordures

Ils plient au ras du sol des palais sans cervelle

On s'habitue à tout

Sauf à ces oiseaux de plomb

Sauf à leur haine de ce qui brille

Sauf à leur céder la place »

 

Travaillant à « Guernica » en avril et mai 1937, Picasso fait, pour la première fois de son existence, une déclaration politique :

« La guerre d'Espagne est la bataille de la réaction contre le peuple, contre la liberté. Toute ma vie d'artiste n'a été qu'une lutte continuelle contre la réaction et la mort de l'art. Dans le panneau auquel je travaille et que j'appellerai « Guernica », et dans toutes mes œuvres récentes, j'exprime clairement mon horreur de la caste militaire qui a fait sombrer l'Espagne dans un océan de douleur et de mort ».

Installé dans le pavillon espagnol de l'exposition universelle fin juin 1936, « Guernica » déçoit malgré l'extraordinaire force et nouveauté de l'expression ceux qui en attendaient un appel aux armes.

A l'approche de la guerre, dans la longue agonie de la République espagnole, la peinture de Picasso est habitée par l'angoisse et la colère.

Les procès de Moscou et l'exécution de Boukharine amènent Breton, qui militait pour que Trotski soit accueilli en France, à rompre avec tous les surréalistes qui fréquent encore Eluard, lequel s'est refusé à dénoncer parce qu'il pense que seule l'URSS et les communistes peuvent faire obstacle au fascisme conquérant. Picasso refuse de se rallier à Breton, et d'arbitrer entre ses deux amis qui se déchirent désormais.

En avril 1940, après la déclaration de guerre, Picasso, qui a déjà deux enfants français, fait une demande de naturalisation française. Celle-ci a été connue que très tardivement grâce à Armand Israël et Pierre Daix, et à la cession par la Russie des archives de la préfecture de police de Paris saisies par les nazis en 1940 puis récupérées par les Soviétiques pendant cinquante ans. Les sympathies connues de Picasso avec les communistes font, dans un contexte d'interdiction et de persécution du PCF après le pacte germano-soviétique, que, suite à un rapport défavorable des RG, le plus grand artiste du XXe siècle se voit refuser la nationalité française.

 

Femme nue se coiffant - peint par Picasso après le refus des autorités de lui accorder la nationalité française en mai 1940

Femme nue se coiffant - peint par Picasso après le refus des autorités de lui accorder la nationalité française en mai 1940

Autoportrait de Picasso en 1940

Autoportrait de Picasso en 1940

Après la débâcle et l'invasion allemande, Picasso, qui a été invité au Mexique et aux Etats-Unis, se refuse, comme Matisse, a quitté la France occupée où son art va être considéré comme un exemple paradigmatique de la culture et de l'art décadents ayant conduit à la défaite. A l'inverse des Derain, Vlamink, Van Dongen, et de tant d'autres artistes, intellectuels et littérateurs, Picasso refuse pendant l'occupation tout compromis avec l'ordre nouveau et l'occupant. Il fréquente des milieux d'artistes et d'intellectuels acquis à la résistance et sa peinture exprime par sa noirceur et ses traitements tragiques son horreur des temps présents. Pour le reste, Picasso fait silence pendant l'occupation. 

Picasso aide financièrement le peintre juif Freundlich, réfugié en zone sud et qui mourra déporté. Il aide aussi le peintre allemand Hans Hartung à gagner le Maroc. En juin 1941, il rencontre le dirigeant du parti communiste clandestin Laurent Casanova, évadé d'un camp de réfugié, chez Michel Leiris et sa femme. Le 16 et le 17 juillet 1942 a lieu la grande rafle du Vel d'Hiv. Le 6 août, on inaugure à Paris un musée de l'Art moderne dont Picasso est exclu. Le même jour, Picasso peint la femme en gris, une de ses peintures de deuil les plus noires.  

la femme en gris (1942)

la femme en gris (1942)

Les amis poètes de Picasso sont arrêtés et déportés pendant les mois terribles de l'hiver 1943-1944: Max Jacob, interné comme juif au camp de Drancy, et qui y meurt d'une pneumonie cinq jours plus tard en février 1944, Robert Desnos arrêté le 22 février 1944 et qui meurt en déportation à Térezin quinze mois plus tard. Ses amis, Eluard et Zervos, sont dans la résistance. 

Le 19 mars 1944, "Le désir attrapé par la queue" une pièce de théâtre nourrie de poésie automatique et surréaliste de Picasso est jouée aux Grands-Augustins grâce à Louise et Michel Leiris avec une distribution étonnante. Albert Camus, metteur en parole, dirigeait Simone de Beauvoir et Sartre, Dora Maar, l'amante bientôt détrônée de Picasso, Raymond Queneau... 

A la Libération, Picasso, qui rêve toujours de défaire le franquisme en Espagne, adhère au PCF.

Il a soixante-trois ans. Il déclare au magazine américain New Masses:   

"Je suis allé au parti communiste sans la moindre hésitation, car, au fond, j'étais avec lui depuis toujours (....). Ces années d'oppression terrible m'ont démontré que je devais combattre non seulement par mon art, mais par ma personne. J'avais tellement hâte de retrouver ma patrie! J'ai toujours été un exilé. Maintenant que je ne le suis plus; en attendant que l'Espagne puisse enfin m'accueillir, le parti communiste m'a ouvert les bras et j'y ai trouvé tous ceux que j'estime (...) et tous ces visages d'insurgés parisiens si beaux que j'ai vus pendant les journées d'août sur les barricades. Je suis de nouveau parmi mes frères..."

Picasso devient ainsi le nouvel adhérent le plus brillant d'une campagne nationale de recrutement du PCF redevenu légal. Le nouvel adhérent est accueilli avec les honneurs par Marcel Cachin, Jacques Duclos, Maurice Thorez étant en URSS, le 4 octobre 1944 dans les bureaux de L'Humanité. Paul Eluard, Aragon, Pierre Villon le dirigeant du Front National sont présents.

A la veille du premier congrès légal du PCF depuis 1937, le 23 mai 1945, Picasso réalise un portrait de Maurice Thorez, le secrétaire général. 

Après la réalisation de son hommage aux victimes du nazisme, "Le charnier", Picasso participe à la célébration du cinquantième anniversaire de Dolorès Ibarruri le 9 décembre 1945 à Toulouse avec son ami Sabardès, la "Passionaria" qui incarne le PC espagnol en exil. 

Dans le cadre d'une exposition "Art et résistance" qu'il organise avec les oeuvres des artistes proches de lui, sous l'égide des FTPF, le PCF expose Picasso mais évite les toiles les plus abstraites, crédo soviétique du "réalisme" oblige. 

A  Antibes, en 1947, Picasso rencontre par hasard breton, le pape des surréalistes, qui lui demande des explications sur son adhésion au PCF. "Je tiens à mes opinions comme à un résultat de mon expérience, répond Picasso. Moi, je place l'amitié au-dessus des différences politiques". Breton refuse de lui serrer la main. Il refuse aussi pour des raisons politiques d'exposer Picasso à l'Exposition internationale du surréalisme qu'il prépare au printemps 1947 à la galerie Maeght, mais Dali, Giacometti, André Masson, Magritte, sont logés à la même enseigne. 

Picasso a depuis quelques mois une nouvelle compagne Françoise Gilot. Un de ses portraits d'elle, resigné en cyrillique avec une faucille et un marteau, servira de prix pour un film soviétique primé au festival de Cannes.

Des militants puritains, au PCF, voient d'un mauvais oeil le "libertinage" de Picasso, comme à la même époque celui de Marguerite Duras.  

Ses oeuvres formellement "révolutionnaires" et avant-gardistes ne cadrent pas avec l'esthétique réaliste communiste que peut porter à la même époque un Fougeron et qu'Aragon défend, alors très orthodoxe sur les options esthétiques politiquement et socialement recevables alors que lui-même, du fait de son retour à la poésie patriotique pendant l'occupation, n'est pas non plus en odeur de sainteté.  Roger Garaudy, ancien déporté, affirme lui dans son rappel à l'ordre du congrès de 1945, qu'il n'y a pas d'esthétique communiste: "Un communiste a le droit d'aimer l'oeuvre de Picasso, soit l'oeuvre de l'anti-Picasso". 

Picasso en réalité n'a jamais été reconnu et conforté dans ses recherches et inventions esthétiques par le parti auquel il a adhéré. En même temps, Picasso est très sollicité en vertu de son prestige pour des affiches, dessins pour les journaux communistes. 

En 1948, avec notamment le poète André Césaire, Picasso participe avec envie au congrès des intellectuels pour la paix qui se tient à Wroclaw, jadis Breslau, dans la Silésie devenue polonaise. Il y demande la liberté de son ami Pablo Neruda, alors persécuté au Chili. 

Au printemps 1949, Aragon demande au nom du PCF à Picasso de réaliser l'affiche du congrès mondial de la paix devant se tenir à Paris: Picasso à son atelier des Grands-Augustins lui montre le tas d'épreuves des lithos et lui dit de choisir. Evidemment Aragon brandit "La Colombe". Picasso rappelle en bougonnant que les colombes sont des oiseaux belliqueux, il le sait, il en a deux en cage... 

Après la congestion cérébrale qui atteint Maurice Thorez en octobre 1950, Picasso est affaibli par la mise hors course d'un de ceux qui le protégeaient des accusations contre le "formalisme décadent", accusation partagée outre-Manche par un Churchill et outre-Atlantique par bon nombre de politiques américains voyant dans l'art moderne une "subversion communiste". Fougeron devient le peintre officiel du PCF. 

C'est dans ce contexte que Picasso peint en janvier 1951 les "Massacres en Corée", son tableau le plus évidemment politique, pour y affirmer avec éclat ses convictions communistes. "Ce qui éclate toutefois, écrit Pierre Daix, c'est sa réaction la plus intime de père face à cette guerre lointaine. Il crée une science-fiction: un peuple de femmes enceintes et d'enfants, face à des guerriers robotisés". Mais ses "Massacres en Corée" échouent à séduire le public militant. On juge le tableau trop en décalage avec la réalité, ne valorisant pas la résistance et la gloire des combattants communistes. 

Malgré la pression croissante qui règne sur les critiques d'art, intellectuels et écrivains communistes "libéraux" et amoureux d'innovation en matière esthétique, Picasso obtient le prix Staline de la Paix en 1951. "En son absence, par un meeting, Fernand Léger y salue Guernica et La Colombe de la paix. Formulation officielle: Fougeron désormais se bat "à son créneau de communiste", Picasso à "son créneau de partisan de la paix". Un enterrement de première classe", écrit Pierre Daix (Picasso, Pluriel, p.456).   

Picasso réalise un album de luxe avec Eluard "Le visage de la Paix" au profit du Parti Communiste. Il participe à une grande campagne du PCF afin de tenter de sauver le dirigeant grec Beloyannis pour qui Picasso dessine "L'Homme à l'oeillet". Beloyannis est exécuté. 

Au paroxysme de la guerre froide, Picasso réalise d'autres colombes pour les congrès annuels de la paix. Il est expulsé d'Angleterre où devait se tenir, à Sheffield, le congrès de 1952, qui aura finalement lieu à Vienne. Picasso imagine un arc-en-ciel et dessine une colombe discontinue par un ensemble de collages. C'est une réussite mais le projet est refusé par la direction communiste. Picasso dessine alors une eau-forte de colombe dans l'arc-en-ciel et le PCF en sort convaincu de l'avoir poussé à rompre avec le formalisme. 

C'est alors que, le 18 novembre 1952, Pablo Picasso a la douleur de perdre son ami Eluard. Une deuxième fois, après la mort d'Apollinaire, la maladie lui ôte celui qui le comprenait le mieux. Picasso assiste au premier rang de la tribune officielle à l'enterrement que le PCF veut aussi grandiose que possible. 

En février 1953, Staline meurt et Aragon commande un dessin du dictateur communiste à Picasso. Picasso s'inspire de la photo d'un Staline jeune de 1903 et son dessin, publié dans les "Lettres françaises" et à "L'Humanité", jugé irrévérencieux, fait scandale. Le portrait de Staline par Picasso est condamné deux jours plus tard par le PCF "sans mettre en doute les sentiments du grand artiste Picasso dont chacun connaît l'attachement à la classe ouvrière". Le PCF contraignit Aragon à publier dans Les Lettres françaises un dossier de lettres de condamnation outragées. Picasso et Aragon étaient mis au banc des accusés par une direction communiste de formation stalinienne profitant du fait que Thorez, en URSS, n'était plus là pour protéger les intellectuels. Thorez, rentré d'URSS, fit savoir qu'il désapprouvait la condamnation du "Portrait de Staline". Une photographie titrée "Picasso rend visite à Maurice Thorez" en une de L'Humanité du 23 mars 1953 servit à cet effet. 

Mais le PCF et sa presse ignorent la première grande présentation publique en France de l'oeuvre révolutionnaire "Les demoiselles d'Avignon" (1907), inaugurant le XXe siècle artistique, lors de l'exposition de Jean Cassou au musée national d'art moderne "Le Cubisme 1907-1914".   

Suite à ce scandale du portrait de Staline, à l'arrestation de Beria et à la réhabilitation posthume des "Blouses blanches", médecins juifs ayant soi-disant conspiré contre Staline, Picasso, tout en restant adhérent communiste, le PCF étant plus attaqué que jamais, se mit en marge de la direction communiste et pris de la distance vis-à-vis de la notion d'art et d'artiste engagés. C'est le Parti Communiste italien qui consacre une grande exposition n'ignorant pas la période cubiste et abstraite à Picasso en 53 à Rome et à Milan. Moscou prête même de bonnes grâces des tableaux d'avant 1914. Picasso, qui abandonne Françoise Gilot et son enfant au grand dam d'Aragon et d'Elsa va rentrer en aménageant dans le sud de la France avec Jacqueline dans un renouveau créatif extraordinaire.

En 1956, à 75 ans, Picasso signe avec Edouard Pignon, Hélène Parmelin, le critique George Besson, une lettre au comité central du Parti rappelant que la tragédie qui se joue en Hongrie "pose aux communistes de brûlants problèmes que ni le Comité central ni L'Humanité ne les ont aidés à résoudre, et demandant la convocation d'un congrès extraordinaire. Il ne quitte pas le Parti ("on ne peut pas changer sa famille", dit-il à Pierre Daix) mais critique Thorez, Aragon et les autres, d'avoir dissimulé la vérité sur la nature du stalinisme.  

En 1964, il dira toutefois au critique d'art américain Carlton Lake (qui collaborera avec Françoise Gilot en 1964 à l'édition de ses souvenirs) que le communisme représente toujours pour lui "un certain idéal" dans lequel il croit.            

    

portrait de Maurice Thorez réalisé en mai 1945

portrait de Maurice Thorez réalisé en mai 1945

Maurice Thorez et Picasso

Maurice Thorez et Picasso

Le Charnier - Picasso, 1945

Le Charnier - Picasso, 1945

L'engagement communiste de Pablo Picasso
"Massacres en Corée" - Picasso (janvier 1951)

"Massacres en Corée" - Picasso (janvier 1951)

L'homme à l'oeillet - Picasso (le dirigeant communiste grec Beloyannis) - 1951

L'homme à l'oeillet - Picasso (le dirigeant communiste grec Beloyannis) - 1951

dessin de Staline par Picasso dans les "Lettres françaises" (février 1953)

dessin de Staline par Picasso dans les "Lettres françaises" (février 1953)

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