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4 août 2017 5 04 /08 /août /2017 05:31

 

La nomination d'un premier ministre de droite, épaulé par deux ministres de la même tendance à Bercy, disait déjà de quel côté penchait le candidat Macron derrière son faux nez du « en même temps » de gauche et de droite. Lorsque, le 10 juillet dernier, le quotidien des milieux d'affaires britanniques « Financial Times » lui fait remarquer que ses baisses d'impôts pour les riches sont le signe d'une politique « plutôt » de droite, le président de la République répond tout de go : « Et à quoi vous attendiez-vous ? » En vérité, ce « en même temps », laissant croire qu'on pouvait à la fois mener une politique de gauche et de droite, ne visait qu'à tromper les gens en cachant le fond d'une vieille politique néolibérale qui partout sème inégalités, chômage et précarité.

Une vieille politique qui laisse la multitude de celles et ceux qui ont donné de la force à la France sur le bord de la route. Cela est théorisé depuis les couloirs du Château et résumé dans cette phrase qui, loin d'être une maladresse, est un fondement : « Les gens qui réussissent et les gens qui ne sont rien. » Ces derniers seront encore plus relégués avec les insupportables dernières décisions. Le pouvoir enlève 5 euros par mois à plus de 6 millions de personnes allocataires des aides personnalisées au logement, ceux-là mêmes qui terminent le mois à 10 euros près. Alors que les cadeaux fiscaux aux plus fortunés se multiplient, il fait bloquer les salaires et veut augmenter la CSG. Tout entier 11 se dévoue au service des puissances d'argent et se montre insensible aux souffrances des plus défavorisés, au point de décider de laisser basculer des millions de jeunes, de travailleurs et de privés d'emploi dans le « rien » de la pauvreté et de la souffrance sociale.

Pire, avec ce nouveau régime, les plus faibles paient pour garnir les comptes en banque des plus riches et non pas pour réduire quelque déficit que ce soit, selon les nouvelles fables destinées à hypnotiser les foules. La Commission européenne, le Fonds monétaire international et les milieux financiers se réjouissent du programme présidentiel de droite : flexibili-sation et précarisation du travail, et réduction des crédits publics utiles pour satisfaire aux demandes des petits comptables de Bruxelles ou de Berlin. C'est la voie de l'aggravation des injustices, inefficace de surcroît en empêchant la nécessaire relance créatrice d'emplois et permettant la transition environnementale. Les nouveaux transferts de richesse aux forces de l'argent ne font qu'alimenter une bulle financière qui pourrait replonger le monde dans les affres d'une nouvelle crise financière fatale aux petites entreprises, aux banques coopératives, à l'emploi et aux services publics.

On ne peut investir dans l'avenir pour éduquer, soigner mieux les gens, loger ou transporter tout le monde en respectant l'environnement, mieux informer ou permettre à chacun de se cultiver avec moins de services publics, ou en privatisant leurs missions. Il n'y a pas non plus d'efficacité économique et même d'amélioration de la productivité dans un gouffre d'inégalités.

Il est donc d'intérêt général de ne pas laisser faire. Que le s étudiants et tous les autres qui vont se voir amputés d'une partie de l'allocation logement, les jeunes privés de place à l'université, les collectivités et tous leurs administrés qui risquent d'être privés de services publics locaux, celles et ceux qui ne supportent pas qu'on réduise l'aide publique au développement alors que le pouvoir renonce au projet de taxation des transactions financières, toutes celles et ceux qui ne supportent pas cette dérive visant à inclure l'état d'urgence dans la loi, qui vont subir les nouveaux reculs sociaux et démocratiques contenus dans le nouveau projet de loi improprement baptisé « travail », si tous ceux-là se manifestent et manifestent sans attendre, alors l'intérêt public sera dans de bonnes mains.

À l'inverse, laisser faire préparerait des désenchantements douloureux et dangereux, au cœur d'une crise aggravée de la démocratie et de la politique. Les désillusions doivent se transformer en force du changement et non contribuer aux pires régressions. Toutes les occasions de se rencontrer pour préparer dans l'unité les nécessaires ripostes et pour ouvrir d'autres chemins seront les bienvenues. Il en est une à ne pas manquer, dont le retentissement, s'il est suffisant, sera utile à toutes les autres. Telle est en effet la vocation de la prochaine Fête de l'Humanité, dont le succès se prépare au cœur de l'été en tenant le plus grand compte du mécontentement qui grandit à l'égard de la politique gouvernementale. Nul doute que seront nombreux nos concitoyens qui répondront positivement aux propositions d'achat du bon d'entrée. Encore convient-il que la démarche soit très largement démultipliée en une foison d'initiatives. À ce prix, la Fête de l'Humanité pourra se situer au niveau que réclame l'offensive des forces de l'argent roi et de leurs mandataires politiques installés au pouvoir.

 

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4 août 2017 5 04 /08 /août /2017 05:29

En cinq jours d’audience, les 17 journalistes et cadres du quotidien d’opposition turc Cumhuriyet ont démontré avec maestria l’ineptie de l'acte d’accusation élevant la critique contre le gouvernement au rang de crime. La cour a libéré sept des onze accusés détenus. Prochaine audience au 11 septembre.

 

Istanbul (Turquie), de notre correspondant -. « Quand j’ai lu l’acte d’accusation pour la première fois, j’ai d’abord pensé à l’histoire de la chèvre de Monsieur Seguin, ce joli conte où un loup est décidé à manger la chèvre coûte que coûte et, pour parvenir à ses fins, raconte toutes sortes de mensonges. » Dans la version contemporaine de ce conte, le loup porte la robe noire d’un procureur. La chèvre a différents visages, ou peut-être devrait-on parler d’un troupeau tout entier. Il y a d’abord Mustafa Kemal Güngör, l’auteur de cette analogie, détenu depuis 271 jours, et ses 16 compagnons du journal social-démocrate turc Cumhuriyet, jugés depuis lundi pour avoir soutenu par leurs écrits divers animaux sauvages : les disciples du prédicateur islamiste Fethullah Gülen, impliqués dans le coup d’État sanglant du 15 juillet 2016, les rebelles kurdes du PKK, les militants du groupuscule d’extrême gauche DHKP/C. On peut aussi voir en elle la presse d’opposition, la liberté d’expression, la Turquie tout entière.

Pour Güngör, même le parquet et ses experts ne sont pas dupes de leurs accusations. Mais, a-t-il résumé devant les juges, « depuis le début, ils ont décidé de nous poursuivre, de nous emprisonner, de nous écraser ». Comment imaginer en effet Hikmet Cetinkaya, l’un des premiers journalistes à avoir dénoncé, dès les années 1970, la menace constituée par les réseaux gülenistes, dans le rôle d’un apôtre du prédicateur ? « Gülen portait plainte contre moi à tout bout de champ, il ouvrait des procès en dommages-intérêts. Mais avec Cumhuriyet, nous avons continué d’écrire, sans céder », a rappelé devant la cour l’auteur septuagénaire. Et Ahmet Sik, détenu pendant 375 jours parce qu’il avait enquêté sur l’infiltration du système judiciaire par ces mêmes réseaux ? L’éditorialiste Kadri Gürsel ne fait pas un meilleur sympathisant du PKK, lui qui fut enlevé et séquestré par les rebelles kurdes pendant 26 jours en 1995.

De fait, le parquet a été bien en peine de trouver un seul texte dans lequel l’un des auteurs inculpés fait l’apologie d’une organisation clandestine armée. Ne subsiste dès lors de l’accusation que les critiques répétées du journal contre le pouvoir islamo-conservateur du président Recep Tayyip Erdogan, assimilées dans l’acte d’accusation à une « guerre asymétrique », et de bien fébriles tentatives de dévoiler des connexions entre les accusés et les groupes clandestins.

Ces tentatives, les accusés les ont magistralement balayées durant ces cinq jours d’audience. En démontrant l’inanité de certaines accusations : « La personne qu’on m’accuse d’avoir contactée est un pideci [le pizzaiolo turc] de Cankaya. Comment est-ce que je suis censé savoir qu’une enquête est en cours visant le type chez qui je commande des pide de temps en temps ? », a fait remarquer Güray Öz, le médiateur du journal, incarcéré depuis 9 mois. Ou en revendiquant le droit et l’obligation, pour un journaliste, de s’adresser à des gens peu fréquentables : « Oui, j’ai parlé avec plusieurs représentants du mouvement güleniste. Si je ne parle pas aux gens, je ne peux rien apprendre. On ne peut pas rester vierge quand on est journaliste », a assumé Aydin Engin, une pointure de la presse turque. Relatant ses enquêtes au long cours auprès du hezbollah turc et des talibans, en Afghanistan, il a poursuivi : « Parce que j’ai parlé avec ces gens, est-ce que ça fait de moi un terroriste du Hezbollah ou d’Al-Qaïda ? »

Avocat de Cumhuriyet pendant de nombreuses années, Bülent Utku, lui aussi écroué, a l’habitude de batailler avec les délits d’opinion. « Je pense que ma seule réponse concernant le chapitre de l’acte d’accusation consacré au “changement de la politique éditoriale”, c’est “mêle-toi de tes affaires” », a-t-il lancé avec aplomb au procureur. « Le changement de politique éditoriale d’un journal, ça regarde ses lecteurs, pas les procureurs. »

Les accusés et leurs avocats ont par ailleurs insisté sur les graves irrégularités survenues au cours de l’instruction, à commencer par l’incroyable présence, au sein de l’équipe menant l’enquête, d’un procureur lui-même poursuivi pour appartenance aux réseaux gülenistes. « Un procureur ne peut pas exercer s’il est poursuivi pour un crime passible d’une peine de plus de trois mois de prison, or Murat Inam est jugé pour 10 crimes passibles de la prison à vie. Vous verrez que tous les actes de l’instruction seront invalidés en raison de sa présence », a prévenu l’avocat Fikret Ilkiz, un des ténors du barreau d’Istanbul.

Inam, dont le nom a été effacé des documents récents de l’instruction, n’était pas présent dans la salle d’audience, mais son remplaçant n’est pas vierge de tout soupçon non plus. Le procureur Haci Hasan Bölukbasi, assis sur le fauteuil du ministère public, a ouvert un procès en 2014 contre une éditorialiste de Cumhuriyet, Mine Kirikkanat, pour insulte à… Fethullah Gülen, a indiqué Bülent Utku lors de sa déposition. Les critiques n’ont pas épargné le gouvernement, le journaliste d’investigation emprisonné Ahmet Sik délivrant un réquisitoire enflammé contre les hommes d’Erdogan et leur rôle dans la montée en puissance des gülenistes.

Vendredi soir, la cour a ordonné la remise en liberté provisoire, dans l’attente d’un verdict, de sept des onze accusés encore en détention, et a fixé au 11 septembre la prochaine audience. Restent en prison le président du conseil d’administration de la Fondation Cumhuriyet, Akin Atalay, le directeur de la rédaction du journal, Murat Sabuncu, l’éditorialiste Kadri Gürsel et Ahmet Sik, contre lequel le procureur a par ailleurs annoncé qu’il allait lancer des poursuites pour dénigrement de l’État turc.

À l’annonce de cette décision, Ahmet Sik a interpellé le public. « Tous les membres et institutions de cette organisation du mal, vile et indigne, doivent savoir que jusqu’à présent, je ne me suis mis à genoux que devant mes parents pour leur embrasser la main, et que je continuerai comme ça », a déclaré le journaliste, dont la sortie a été filmée par un témoin.

Ahmet Şık: Bu organize örgütün tüm adamları bilsinler, ben sadece anne babamın elini öpmek için eğildimhttps://t.co/dW7IC4BS7E pic.twitter.com/ypv6wM9Pv8

— Gerçek Gündem (@gercekgundem) 28 juillet 2017

La foule a applaudi l’accusé et scandé « Ahmet sortira, il écrira de nouveau ».

 

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3 août 2017 4 03 /08 /août /2017 05:47

 

« Ce chien est à moi, disaient ces pauvres enfants. C'est là ma place au soleil. Voilà le commencement et l'image de l'usurpation de toute la terre », a écrit Pascal dans ses Pensées. Muriel Pénicaud, ministre du Travail, n'est pas une pauvre enfant, loin s'en faut, et elle n'est pas née de la dernière pluie, mais elle y tient. Ce million est à moi, c'est le prix de ma place au soleil. Chez Danone, comme l'écrit Pierre Ivorra dans nos pages, huit autres cadres dirigeants du groupe ont ainsi usé de leur place au soleil pour un montant de près de 5 millions d'euros, s'appuyant sur la hausse du cours de l'action au moment où le groupe annonçait 900 suppressions d'emplois. Ce n'est pas illégal, certes, et Mme Pénicaud s'estime blessée par des mises en cause « absurdes » qui relèveraient du « voyeurisme ».

Eh bien non, Madame la ministre du Travail. Enquêter sur les pratiques financières et les rémunérations des dirigeants d'un grand groupe du CAC 40, ce n'est pas du voyeurisme, c'est un devoir civique et une responsabilité sociale. Révéler dans quelles conditions les uns s'enrichissent par un coup de Bourse quand d'autres se dirigent vers la sortie et le chômage, c'est une œuvre de salubrité publique. Révéler, comme nous le faisons aujourd'hui, que plusieurs de ces mêmes dirigeants font partie des proches, comme vous-même, du président de la République, c'est poser la question majeure des liens d'un gouvernement avec la haute finance.

Quelle tartufferie que de vanter une loi de moralisation de la vie publique, de quelque nom qu'on la baptise, quand il devient clair que ce pouvoir est celui d'une caste, que c'est, oui, sa place au soleil, que c'est l'une des images de l'usurpation de la terre par les « élites » du capital mondialisé. Et vous êtes à la manœuvre, Madame, pour casser le Code du travail, limiter les indemnités prud'homales pour les salariés abusivement licenciés, « assouplir » les procédures légales de licenciement ! Oh, c'est vrai, vous n'êtes pas seule. Mais justement. Ça suffit. « Cet ordre est injuste, écrivait Bossuet. Il faut que les choses changent. »

 

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3 août 2017 4 03 /08 /août /2017 05:43

SUITE DE NOS RÉVÉLATIONS SUR DES PRATIQUES ET DES PARCOURS EMBLÉMATIQUES DU SYSTÈME QUI SOUTIENT LE NOUVEAU POUVOIR.

La ministre du Travail, Muriel Pénicaud, n'est pas la seule en cause dans le scandale des plus-values réalisées par les dirigeants de la multinationale. Où l'on découvre que plusieurs administrateurs ont fait partie des équipes du candidat Macron.
PENDANT QUE MURIEL PÉNICAUD ET SES COLLÈGUES EMPOCHAIENT LE PACTOLE, 900 POSTES DE CADRE ÉTAIENT SUPPRIMÉS CHEZ DANONE EN 2013. LA GARDE PLUS OU MOINS RAPPROCHÉE DU CANDIDAT EMMANUEL MACRON

 

Ce n'est plus seulement l'affaire Pénicaud, du nom de la ministre du Travail, c'est aussi l'affaire Pénicaud & Co, celle des méthodes de pirate qui ont cours au sein des mastodontes du CAC 40, l'indice de la Bourse de Paris qui regroupe les sociétés à base française les plus puissantes, et, enfin -- de manière plus inattendue comme on le verra --, celle de la filière « yaourt » de la Macronie.

Premier fait établi : en plus de Muriel Pénicaud, alors directrice des ressources humaines (DRH), ils sont huit des dix membres du comité de direction de Danone, le géant français de l'agroalimentaire, à avoir réalisé au total 4,8 millions de plus-values grâce à la vente d'actions de leur entreprise, boostées par l'annonce d'un plan de 900 suppressions d'emplois de cadre en Europe, dont 230 en France.

La plus-value de Muriel Péricaud est la deuxième plus importante ; elle se monte à 1,1 million d'euros. Mais le conseil d'administration de Danone a aussi une grande responsabilité. C'est lui en fait qui décide des rémunérations des cadres dirigeants, des salaires, de l'attribution de stock-options ou d'actions gratuites. Et surprise ! On découvre que sur les 15 personnalités siégeant au conseil d'administration, plusieurs vont en 2016 ou 2017 s'engager au sein des équipes d'Emmanuel Macron, tout comme Muriel Pénicaud.

Les petites affaires des macroniens issus du groupe Danone

L'Humanité du 27 juillet a révélé l'affaire Pénicaud.

 

L'examen dans le détail des publications de Danone montre que le scandale Pénicaud n'affecte pas que l'ancienne DRH du groupe. La quasi-totalité du comité de direction est impliquée, bénéficiant au total de près de 5 millions d'euros de plus-values. Récapitulons l'affaire. L'Humanité du 27 juillet dernier révèle que l'actuelle ministre du Travail a réalisé en 2013 une plus-value de 1,13 million d'euros sur des stock-options perçues en tant que directrice des ressources humaines (DRH) de Danone, profitant de la flambée en Bourse qui a suivi l'annonce de suppressions d'emplois du groupe en Europe et en France.

LE JACKPOT DES STOCK-OPTIONS

Rappelons comment marche le jackpot des stock-options. Si le conseil d'administration d'un groupe décide de récompenser une équipe de direction pour sa gestion jugée favorable aux actionnaires, il peut lui attribuer des stock-options. Ces stock-options ne sont rien d'autre que des autorisations d'achat d'actions de la société à un prix avantageux, fixé à l'avance. Au bout de quelques années ­ quatre le plus souvent ­, le bénéficiaire peut lever l'option, acheter les actions proposées à faible prix et les revendre au prix fort. C'est ce qui s'est passé chez Danone.

Le 19 février 2013, le groupe détaille le plan de suppression d'emplois annoncé en décembre 2012 et comme le souligne le journal le Monde ce même 19 février, ce plan est « salué à la Bourse de Paris par une hausse du titre Danone de 5 % dès l'ouverture ». La DRH du groupe et le comité de direction ne peuvent alors ignorer l'information. Durant cette période, le cours de l'action Danone évolue ainsi : 48,07 euros fin décembre 2012, 52,101 euros fin février, 58,41 euros fin avril 2013 lorsque Muriel Pénicaud vend ses titres. Elle les a achetés 34,85 euros l'unité. Elle réalise une plus-value de 23,46 euros par action, le bonus total, compte tenu du nombre d'actions vendues, s'élève à 1,13 million d'euros.

Une somme plus que rondelette qui s'ajoute à la rémunération courante versée par le groupe à sa DRH. Lors de sa nomination comme ministre du Travail, en 2017, Muriel Pénicaud déclare à la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP) avoir perçu les rémunérations suivantes lors de ses dernières années d'activité chez Danone : 1,2 million d'euros en 2012, 1 , 14 m i l l ion en 2013,2,4 millions en 2014. On suppose que ces sommes n'intègrent pas le 1,1 million d'euros de plus-value. S'ajoutent à cela les jetons de présence perçus en tant qu'administratrice d'Orange : 39 000 euros en 2012, 58 000 euros en 2013, 30 739 euros en 2014. Mais Muriel Pénicaud n'est pas toute seule à profiter des malheurs du monde. Avec elle, huit autres membres du comité de direction participent à la curée. À eux neuf, ils empochent un pactole de 4,8 millions d'euros (voir encadré) ! 4,8 millions pour 900 postes supprimés, soit 5 371 euros par emploi !

Qui donc a présidé à ce scandale ? Le conseil d'administration, sachant qu'à de rares exceptions, le vote de ces dispositions par les assemblées générales d'actionnaires n'est qu'une formalité. Et surprise ! Que découvre-t-on à l'examen des curriculum vitae des administrateurs ? Trois d'entre eux feront partie quelques années plus tard de la garde plus ou moins rapprochée du candidat Emmanuel Macron. Un quatrième viendra les rejoindre en 2014.

UNE CONCEPTION DE LA GESTION DES ENTREPRISES EST EN CAUSE

Le plus « capé » en 2013 est Jean-Michel Severino, sorte de Monsieur Afrique d'Emmanuel Macron. Il est l'ancien directeur général de l'Agence française du développement. Deuxième administrateur de Danone, agent actif de la filière yaourt de la Macronie, Jacques-Antoine Granjon, patron de Vente privée, un site en vogue de vente sur Internet. Suit, enfin, le trublion de cette filière lactée installée alors au conseil d'administration de Danone : Bruno Bonnell, ancien patron d'Infogrames puis dirigeant d'une société de robotique. Candidat de la République en marche à Villeurbanne, il a débarqué Najat Vallaud-Belkacem aux législatives et a été élu député.

Durant la campagne électorale, Mediapart l'a mis en cause pour avoir créé une société dans un paradis fiscal, au Delaware, aux États-Unis. Viendra les rejoindre en 2014 une recrue de poids : Lionel Zinsou, promu récemment président du think tank Terra Nova, un groupe de réflexion et de proposition proche du PS il y a peu encore, mais qui tend à se macroniser. L'homme, un Franco-Béninois, a été premier ministre du Bénin, petit État africain coincé entre le petit Togo et le grand Nigeria. Ancien de la banque Rothschild, comme Macron, il a été l'un des conseillers pour l'Afrique de ce dernier lors de la campagne électorale. En 2017, trois de ces hommes siégeaient toujours au conseil d'administration de Danone. Bruno Bonnell, lui, n'a pas été reconduit. Évidemment, rien ne donne à penser qu'il y a eu action concertée entre les futurs macroniens du conseil d'administration et la future macronienne du comité exécutif, c'est un système qui est en cause, une culture (lire ci-contre), une conception de la gestion des entreprises pour laquelle les salariés ne sont que des pions. C'est aussi cela qu'il faut changer.

UN PACTOLE DE PRÈS DE 5 MILLIONS D'EUROS

Sur les dix membres du comité exécutif de Danone en 2013, neuf ont levé des options d'achat d'actions de Danone puis les ont vendues, réalisant ainsi en cumulé 4,8 millions d'euros de plus-values. Trois personnes, liées respectivement à Franck Riboud, le PDG du groupe,Emmanuel Faber, directeur général délégué, et Bernard Hours, autre DG délégué, ont gagné au total 714500 euros.

Bernard Hours lui-même a empoché 646000 euros; Francisco Camacho, directeur de la division eaux, 108000 euros; Thomas Kunz, directeur du pôle produits laitiers, 1,3 million d'euros; Félix Martin, directeur général de la division nutrition infantile, 97000 euros; Flemming Morgan, directeur de la nutrition médicale, 750000 euros; JeanPhilippe Pare, directeur R&D, 131000 euros.

Enfin, Muriel Pénicaud a touché 1,13 million d'euros.

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MISÈRE ! EN 2009, FRANCK RIBOUD ÉTAIT LE PATRON LE MIEUX PAYÉ DE FRANCE, AVEC UNE RÉMUNÉRATION DE 4,7 MILLIONS D'EUROS. MAINTENANT QU'IL N'EST PLUS PDG DE DANONE, IL NE PERÇOIT PLUS QUE 2 MILLIONS D'EUROS PAR AN...
21,94 C'EST, EN MILLIARDS D'EUROS, LE MONTANT DU CHIFFRE D'AFFAIRES DE DANONE EN 2016.

 

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3 août 2017 4 03 /08 /août /2017 05:36

Pierre Gattaz et Alexandre Saubot pour le Medef ; Muriel Pénicaud, ministre du Travail, Édouard Philippe, premier ministre : tous tout sourires !

 

CODE DU TRAVAIL. UN ÉTÉ MEURTRIER

 

LE MIRACLE DE LA FLEXIBILITÉ

Créer des emplois en flexibilisant le marché du travail, la promesse n'est pas neuve. Le problème, c'est que les résultats sont rarement au rendez-vous. En France, les lois d'« assouplissement » s'empilent depuis les années 1970, mais n'ont jamais permis d'endiguer le chômage. En Allemagne, la flexibilisation du marché du travail a certes fait baisser le taux de chômage officiel, mais au prix d'une précarisation accrue des travailleurs : le taux de pauvreté atteint 17 %, et 27 % des salariés sont employés à temps partiel (contre 18 % en France). Les statistiques officielles ne tiennent jamais compte de cette zone grise que l'on appelle « halo du chômage », où se croisent chômeurs découragés (qui renoncent à s'inscrire à Pôle emploi) et travailleurs à temps partiel subi (désireux de travailler plus). Certaines études estiment que si l'on réintégrait ce halo dans les chiffres officiels, il faudrait multiplier le taux de chômage allemand par trois ! De quoi relativiser le mythe de la « réussite » made in Germany...

 

L'ARNAQUE DES DROITS NOUVEAUX

«La mondialisation et les nouvelles technologies ont rendu le marché du travail plus incertain, en multipliant les changements de métier mais aussi les passages par le chômage. Face à cette évolution, il est nécessaire de donner aux actifs des protections nouvelles. » Difficile de ne pas acquiescer au préambule du ministère du Travail dans le projet de loi d'habilitation.

Malheureusement, on cherche encore les avancées que les salariés des « nouvelles technologies » pourront se mettre sous la dent ! Il n'y a rien, par exemple, sur la situation des « ubérisés », ces salariés trimant pour des plateformes en tant qu'autoentrepreneurs. Le texte renvoie à une future réforme de la formation professionnelle, éternel serpent de mer de la politique française. En revanche, de nombreux droits sont d'ores et déjà détricotés. C'est le cas du compte pénibilité, maigre avancée du quinquennat précédent, qui est vidé de sa substance. Quatre des dix critères d'accès au compte personnel sont dans le collimateur du gouvernement : manutention manuelle de charges, postures pénibles, vibrations mécaniques et exposition aux agents chimiques.

 

LE PLAFONNEMENT DES INDEMNITÉS PRUD'HOMALES, FAUX CADEAU AUX PME

L'autre promesse de la loi travail 2, c'est d'alléger le fardeau que constituerait le poids des indemnités prud'homales pour les petites entreprises. D'où la volonté de les plafonner. Mais le chiffon rouge agité par les libéraux ne résiste pas aux observations. Des chercheurs du CNRS ont passé au crible un échantillon de décisions rendues par les prud'hommes (« Marianne » du 27 avril 2016). Résultats : loin d'être ciblées, les PME écopent en moyenne d'indemnités trois fois moins élevées que les grands groupes (8 039 euros contre 25 000). Par ailleurs, 43 % des demandes d'indemnités sont rejetées pour les salariés de petites boîtes, alors que le taux s'élève à 31 % pour les grands groupes. C. B

 

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3 août 2017 4 03 /08 /août /2017 05:33

Devant le palais de justice d’Istanbul, dans la foule attendant la décision des juges, la romancière turque Asli Erdogan a lu une lettre adressée à l’un des 17 accusés, Turhan Günay, par sa fille.

 

Vendredi 28 juin au soir, la cour a ordonné la remise en liberté provisoire, dans l’attente d’un verdict, de sept des onze accusés encore en détention, lors du procès du quotidien d’opposition turc Cumhuriyet. Et a fixé au 11 septembre la prochaine audience. Présente dans la foule qui attendait la décision des juges, la romancière turque Asli Erdogan, auteure de Le silence même n’est plus à toi, arrêtée le 16 août 2016 puis remise en liberté provisoire 132 jours plus tard, revient sur l’importance du procès.

Sept employés du journal sont relâchés, cinq, dont plusieurs grands noms, restent derrière les barreaux. Quelle est votre réaction ?

Cette décision est la confirmation de l’arbitraire qui sévit dans ce pays. Les membres du journal sont tous accusés de la même chose, mais certains sont remis en liberté, d’autres non. L’injustice causée par ce procès est irréversible, car il n’aurait jamais dû avoir lieu. Et pourtant il y a tellement d’autres procès de ce genre en Turquie. Mais pour les familles de ceux qui sont libérés, il s’agit quasiment d’un miracle.

 

Vous sentez-vous proche des 17 inculpés dans ce procès ?

Je connais personnellement deux d’entre eux, Turhan Günay, le responsable du supplément livres de Cumhuriyet, et le caricaturiste Musa Kart. Je suis très heureuse qu’ils sortent de cet enfer, même s’ils ne sont pas au bout de leur peine. Pour quelqu’un qui est passé par là, je sais que la remise en liberté n’est pas la fin des souffrances. Le procès continue. Une fois que vous avez été incarcéré dans une cellule, vous n’en sortez jamais vraiment. Être accusé de terrorisme est lourd à porter. Et c’est révoltant. Je suis contre toute forme de violence. Déjà dans les années 1990, j’écrivais sur la non-violence. Comment puis-je être une terroriste du PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan) si je refuse de porter les armes ?

Des centaines de personnes sont venues soutenir Cumhuriyet ce vendredi, notamment à travers une lecture publique du quotidien devant le palais de justice d’Istanbul. Comment jugez-vous la réaction de la société civile turque face à ces procès en chaîne ?

Le rassemblement était encerclé par des centaines de policiers et des camions blindés. Les personnes qui viennent ici apporter leur soutien risquent d’être arrêtées à tout moment. Cela a un double effet : d’une part, l’extrême pression qui pèse sur la société civile fait que son message a du mal à passer. D’un autre côté, des personnes qui ne partagent pas forcément les mêmes idées politiques réalisent qu’elles sont plus fortes ensemble et décident de s’unir. Soit vous croyez en la liberté d’expression et vous la défendez, soit pas. C’est l’essence de cette liberté. Même si vous êtes mon ennemi, je suis pour que vous ayez la liberté de vous exprimer. Il n’y a rien de nouveau, Voltaire le disait il y a 300 ans. Mais aujourd’hui, dans la Turquie du XXIe siècle, nous devons encore débattre de ces valeurs essentielles.

La répression en Turquie est-elle toujours aussi forte, un an après votre arrestation le 16 août 2016 ?

Quand j’ai été arrêtée, les purges étaient à leur pic. Trois cents personnes attendaient avec moi leur acte d’accusation ce jour-là. Le couloir du commissariat était rempli de personnes menottées. Il n’y avait pas assez de menottes pour tout le monde. Ce furent les jours les plus durs. Le phénomène n’a pas disparu mais il est devenu chronique. C’est peut-être pire car le public s’habitue. Le ministère de l’intérieur a publié les chiffres : chaque semaine, il procède à 1 200 arrestations politiques. Ce n’est pas seulement un nombre, ce sont des vies humaines qui souffrent, mais la population turque s’habitue à cette réalité.

 

Malgré la décision de la justice de lever votre interdiction de sortie de territoire le 22 juin, vous n’avez toujours pas récupéré votre passeport. Pourquoi ?

C’est un jeu. Le gouvernement turc a annoncé au monde entier que mon interdiction de sortie du territoire était levée. Mais puisque nous nous trouvons sous l’état d’urgence, un décret stipule que n’importe quel passeport peut être confisqué. La police et la justice se renvoient la balle. Ce qui m’attriste le plus, c’est que j’ai reçu deux prix littéraires très importants, le prix Marguerite-Yourcenar en France et le prix de la paix Erich-Maria-Remarque en Allemagne, qui sera remis en septembre. Je ne suis pas sûre de pouvoir y aller. Or c’est le genre de récompense qui n’arrive qu’une seule fois dans la vie d’un écrivain.

 

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2 août 2017 3 02 /08 /août /2017 09:31

On croyait dimanche avoir vu un grave accident industriel. Le trafic en gare Montparnasse était hier encore largement perturbé, sans que les causes en soient connues. Des dizaines de milliers de passagers, très majoritairement attachés au service public, comme de cheminots, qui ont la fierté de leurs missions chevillée au corps, ont vécu des moments parmi les plus pénibles qui soient. Ce qu'il s'est passé, et singulièrement à cet endroit-là, atteint le paroxysme d'une dégradation généralisée, largement aussi incontestée que la rotation de la Terre autour du Soleil. Et c'est bien là où le bât blesse. « On sait qu'il y a eu un problème de gestion des priorités à la SNCF pendant de longues années. On a priorisé les lignes à grande vitesse aux dépens des lignes de proximité et c'est ça qu'on va corriger dans les semaines, les mois et les années qui viennent », déclare le député LREM préposé à la parole officielle sur les ondes de France Inter. On retrouve là l'argumentaire déployé de chef de l'État en ministre des Transports, qui porte une « loi de programmation » prévue dès le premier semestre 2018.

Oui, il y a urgence. Mais pour agir dans quel sens ? Les syndicats, fédération des cheminots CGT en tête, ne manquent d'alerter et d'interpeller l'État actionnaire sur l'état du réseau, mais aussi sur des choix de gestion qui cassent les savoir-faire et nourrissent une privatisation larvée, de sous-traitance en cascade en filialisation à tout-va. Tous comme les élus de gauche, comme en Occitanie, et singulièrement communistes, à qui l'on doit d'avoir ferraillé pour obtenir la modernisation incontestable du matériel TER dans maintes régions.

Après avoir livré à Vinci le jackpot de la LGV Paris-Bordeaux, il est assez cynique d'entendre le pouvoir parler d'arrêter les « grands projets inutiles », tandis que les présidents de droite de régions, tel Bruno Retailleau en Pays de la Loire, entament, sans que rien ni Bruxelles les y obligent, la mise en concurrence de la SNCF. Tout comme mettre en avant la ruralité pour pousser les feux de la priorité à la route, à voir le bilan social désastreux des cars Macron. Voilà qui ajoute aux raisons de se mobiliser très largement à la rentrée contre l'emballement dans la casse d'atouts publics au nom de logiques qui les minent de l'intérieur.

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2 août 2017 3 02 /08 /août /2017 09:09

Le député communiste Alain Bocquet à l’Assemblée nationale, en février dernier défendant le projet de COP fiscale. Mousse/E-Presse Photo.com

 

L’Assemblée nationale l’avait validée cet hiver, mais Matignon laisse au point mort la proposition de COP fiscale des députés communistes.

 

Il faut remonter au 2 février dernier pour avoir des nouvelles parlementaires de la COP (conférence des parties) fiscale mondiale. C’est en effet ce jour-là que l’Assemblée nationale validait la proposition du député communiste Alain Bocquet et du groupe de la Gauche démocrate et républicaine (GDR) pour que la France propose une COP fiscale, reprenant le principe de la COP21, liée pour sa part aux enjeux climatiques et écologiques (lire notre édition du 3 février). « Comme les gaz à effet de serre font des trous dans la couche d’ozone, les paradis fiscaux et l’opacité créent des gouffres dans la finance mondiale », avait déclaré l’élu du Nord, dont c’était le dernier mandat. Depuis, plus rien. Le texte avait pourtant été bon train dans l’Hémicycle puisque, malgré l’abstention de la droite, la commission des Affaires européennes à l’Assemblée nationale comme celle des Finances l’avaient elles aussi adopté.

 

« Contre l’évasion fiscale » et « pour la laïcité financière »

Pourtant, si le travail parlementaire avait avancé depuis cette date, la France serait bien partie pour prendre la tête de la lutte « contre l’évasion fiscale » et « pour la laïcité financière ». L’évasion fiscale prive les comptes publics de la France de près de 80 milliards d’euros et est aujourd’hui « organisée, généralisée au cœur du système financier », décrivait Alain Bocquet. Dans le discours de politique générale du premier ministre, Édouard Philippe, elle était malgré tout passée sous silence alors même que ce dernier disait vouloir moraliser la vie publique. « Mais l’indécence de l’argent, elle crève les yeux ! » tonnait Pierre Laurent, sénateur de Paris, dans son intervention en réponse au discours d’Édouard Philippe. Le premier secrétaire du PCF relevait d’ailleurs que celui-ci ne disait « rien de l’évasion fiscale, qui coûte 80 milliards par an au pays, rien de la résolution votée à notre initiative par l’Assemblée nationale pour une COP fiscale mondiale ». À l’Assemblée nationale aussi, les communistes rappellent l’engagement des députés qui ont voté la résolution à la quasi-unanimité dans la précédente mandature. Mais là encore, alors que le 20 juillet dernier le député du Nord Fabien Roussel demandait au gouvernement ce qu’il comptait faire pour agir contre les paradis fiscaux en citant « la belle idée d’une COP fiscale et financière », les ministres ont botté en touche. Dans sa réponse, le ministre des Finances, Bruno Le Maire, a réussi à ne pas dire un mot sur cette dernière, arguant que la France était « à la pointe de la dénonciation des paradis fiscaux » dans le cadre du G20. Pas assez pour faire rentrer les dizaines de milliards d’euros concernés dans les caisses apparemment.

 

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2 août 2017 3 02 /08 /août /2017 09:05

Simulacre de négociations à huis clos, organisations syndicales écartées, Parlement réduit à une armée de scribes... Tout autant que nos droits, c'est la démocratie qui est en danger !

 

Primauté à l'accord d'entreprise, licenciement sans contrainte, précarité démultipliée... Le projet de loi d'habilitation du gouvernement à modifier le Code du travail par ordonnances, adopté par le Conseil des ministres du 28 juin, manifeste sa volonté de réduire à néant les droits des salariés. La CGT appelle à manifestation et grève le 12 septembre. Et le 9, le collectif Pour nos droits sociaux organise un meeting unitaire (1). Décryptage du projet.

 

Ce projet de loi d'habilitation se décline en neuf articles, dont six principaux. En voici l'essentiel.

 

ARTICLE 1. Un code du travail par entreprise

L'objectif revendiqué est de « reconnaître et attribuer une place centrale à la négociation collective notamment d'entreprise ». En fait, cet article consacre l'inversion de la hiérarchie des normes : l'accord d'entreprise deviendrait la règle. Preuve en est qu'il est précisé que l'article 1 devra définir les domaines dans lesquels l'accord d'entreprise ne pourra pas déroger à l'accord de branche et les domaines dans lesquels l'accord de branche pourra interdire toute dérogation. Il prévoit aussi d'« harmoniser le régime juridique » du licenciement en cas de refus par le salarié des modifications de son contrat de travail induites par un accord d'entreprise. Le texte ne dit pas quelles modifications le gouvernement veut apporter. On peut craindre qu'il ne remette en cause l'assimilation de ce licenciement à un licenciement économique afin de dégager l'employeur de ses obligations (indemnités, reclassement, priorité à la réembauche...)

Il entend donner une présomption de légalité aux accords d'entreprise.

Il reviendra donc à celui qui conteste de démontrer son illégalité. Pis, cette contestation ne pourra être faite que dans un délai qui reste à fixer après signature de l'accord. Autrement dit, un texte dont on découvrirait, hors délais, qu'il ne respecte pas la loi ne serait plus attaquable. Et, cerise sur le gâteau, si un juge venait à déclarer illégal(e) tout ou partie d'un accord, il pourrait moduler « l'effet dans le temps de sa décision ». C'est-à-dire que le texte pourrait continuer à s'appliquer encore un certain temps...

Un accord d'entreprise pourra déterminer la périodicité et le contenu des consultations et des négociations obligatoires. Fini les négociations annuelles obligatoires (NAO) sur les salaires, un patron pourra, si ça lui chante, imposer une périodicité de 2, 3 ou même 20 ans !

Il entend encore « faciliter le recours à la consultation des salariés ». L'employeur pourra convoquer un référendum d'entreprise pour imposer unilatéralement ses vues au cas où aucun syndicat n'accepterait de signer. Et fixer « les modalités d'appréciation du caractère majoritaire d'un accord ». Cela veut dire qu'il pourra décider de prendre en compte tous les syndicats, même ceux qui ne sont pas représentatifs dans l'entreprise, pour atteindre 50 %.

 

ARTICLE 2. Les instances représentatives du personnel muselées

Sous couvert de « simplification et (de) renforcement du dialogue économique et social » dans l'entreprise, il s'agit de « fusionner en une seule instance les délégués du personnel, le comité d'entreprise (CE) et le comité d'hygiène et de sécurité desconditions detravail (CHSCT)». La généralisation des délégations uniques du personnel (DUP) permet d'affaiblir les représentants du personnel. Dans les entreprises de moins de 600 salariés ayant opté pour une DUP, le nombre d'élus du personnel est inférieur à celles ayant conservé trois instances représentatives du personnel (IRP) distinctes. Enfin, un élu dans une DUP bénéficie au mieux de 21 heures de délégation, soit une heure de plus qu'un DP, qu'un élu CE et qu'un élu CHSCT, pour assumer à lui tout seul leurs trois fonctions. Outre réduire les moyens, notamment d'expertise, dont disposent les représentants du personnel, la DUP permettrait de faire disparaître les CHSCT, qui sont, en raison de leur droit d'ester en justice, dans le collimateur du patronat.

La DUP serait apte à négocier. Jusqu'à présent, la négociation est du ressort des seuls syndicats représentatifs. Ce qui réduit la possibilité du patronat de faire avaliser ses projets par des syndicats « maison ». Elle protège aussi les négociateurs salariés du chantage patronal.

Pour faire passer la pilule, il s'agirait d'augmenter la présence des salariés dans les conseils d'administration, aujourd'hui obligatoire à partir de 1 000 salariés. Reste que, étant minoritaires et soumis à des clauses de confidentialité, leur présence n'a qu'un intérêt très réduit.

Enfin, le texte vise la mise en place du « chèque syndical », payé par l'employeur, et que le salarié pourra demander afin de financer le syndicat de son choix. Cette mesure est dangereuse car elle crée une subordination financière du syndicat à l'employeur. Et, dans bon nombre d'entreprises, on imagine mal un salarié demander un chèque syndical au profit de la CGT !

Un accord d'entreprise, dont on découvrirait l'illégalité hors délais, ne serait plus attaquable!

 

ARTICLE 3. Licencier, c'est facile

L'article vise surtout à assurer à l'employeur une certaine impunité. Outre la mise en place d'un barème que devra respecter le tribunal des prud'hommes quand il fixera le montant des dommages et intérêt dus à un salarié victime d'un licenciement abusif, l'article prévoit de réduire les délais de recours contentieux pendant lesquels le salarié pourra poursuivre son employeur. Une réduction des délais de prescription au-delà desquels les employeurs ne pourront plus être poursuivis n'est pas écartée.

Il entend faciliter les licenciements en réduisant le risque de les voir annulés pour vice de forme. La mise en place d'un « périmètre d'appréciation » des difficultés de l'entreprise permettra à celles qui font des bénéfices de recourir à des licenciements économiques sans problème. Ce type de licenciement sera moins encadré et les obligations patronales (reclassement, critères d'ordre...) seront revues à la baisse et varieront selon la taille de l'entreprise.

Il s'agit aussi de sécuriser « les plans de départs volontaires ». Disposition particulièrement cynique, alors que beaucoup de départs « volontaires » masquent en fait des départs contraints.

Ce texte va précariser toujours plus les salariés. Ce sont les accords de branche et non plus la loi qui décideront des motifs de recours aux CDD ou à l'intérim, de la durée de ces contrats ou de leur renouvellement sur un même poste. Les branches pourront aussi créer des « contrats à durée indéterminée conclus pour la durée d'un chantier ou d'une mission ». L'employeur n'aura qu'à décréter que le projet est réalisé pour se débarrasser du salarié sans préavis, ni recours. Enfin, le recours au travail de nuit et le prêt de main-d'oeuvre seront facilités.

 

L'ARTICLE 4. Le patronat fait la loi

Il crée un droit d'opposition patronal à l'extension d'un accord. Autrement dit, le Medef disposera d'un vrai droit de censure du gouvernement.

 

L'ARTICLE 5. La pénibilité, quelle pénibilité ?

Ce texte porte un coup sévère à la reconnaissance de la pénibilité. Il autorise le gouvernement à modifier les règles de sa prise en compte, ouvrant la porte à la mise en place de critères « maison » pour la définir ou mesurer l'exposition des salariés.

 

L'ARTICLE 6. Les vices cachés

Cet article « fourre-tout » devra, une fois rédigé, être analysé avec vigilance. Sous couvert de « corriger des erreurs matérielles ou des incohérences », il pourrait servir à introduire de nouvelles mesures hostiles aux salariés.

Les articles 7 et 8 sont des articles techniques autorisant le gouvernement à légiférer par ordonnances. L'article 9, lui, repousse d'un an la mise en oeuvre du prélèvement à la source de l'impôt sur le revenu.

(1) L'appel « pour un Code du travail protecteur des salarié-e-s, non la loi travail XXL » à signer en ligne sur http://pournosdroitssociaux.fr

 

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2 août 2017 3 02 /08 /août /2017 08:05

Le Conseil constitutionnel estime que l’accord de libre-échange entre le Canada et l’Europe (CETA) est conforme à la constitution. Plus que le rejet en lui-même, ce sont ses arguments qui posent question. Pris dans une dérive libérale, il érige une nouvelle fois la liberté d’entreprendre comme principe cardinal de notre constitution, l’emportant sur toutes les autres libertés publiques.

Pour le Conseil constitutionnel, l’accord de libre-échange entre le Canada et l’Europe ne pose aucun problème. Dans une décision publiée le 31 juillet, l’institution estime que ce traité ne comporte aucun changement majeur qui imposerait une révision constitutionnelle. Insistant sur le fait qu’ils ont reçu seize contributions extérieures et procédé à dix auditions des membres du conseil constitutionnel – Laurent Fabius, Claire Bazy-Malaurie, Michel Charasse, Valéry Giscard d’Estaing, Jean-Jacques Hyest, Lionel Jospin, Corinne Luquiens, Nicole Maestracci et Michel Pinault –, ils avalisent tout ce qui a été négocié à Bruxelles.  « Au terme de son analyse, et dans le strict cadre de son examen de constitutionnalité d’un accord qui, pour une large partie, relève de la compétence exclusive de l’Union européenne, le Conseil constitutionnel a jugé que celui-ci n’implique pas de révision de la Constitution », indiquent-ils.

Cette décision, liée à un recours de 106 députés de gauche en février, était particulièrement attendue. Par les responsables politiques, d’associations, d’ONG, qui espéraient donner un coup d’arrêt à ce traité qu’ils jugent liberticide. Par le gouvernement qui, pour respecter sa promesse de campagne de réexaminer le dossier, vient de nommer une commission d’experts. L’avis du Conseil constitutionnel, cependant, risque de ne pas clore les débats. Loin de là.

 

Négocié pendant des mois en catimini, donnant lieu à une crise majeure avec la Wallonie, puis adopté par une large majorité du Parlement européen en février, le CETA est toujours contesté tant il soulève de problèmes. Car ce n’est pas un accord comme les autres. Même les défenseurs de ce traité en parlent comme d'un accord de « nouvelle génération ». Il ne s’agit en effet plus simplement d’un accord de libre-échange, visant à réduire des barrières douanières. Il s’agit d’établir un corpus de règles entre l’Europe et le Canada, reposant à la fois sur les normes des produits, les modalités d’investissement, les protections des investisseurs, allant jusqu’à l’établissement de juridictions hors des États pour trancher les différends.

Dans leur recours devant le Conseil constitutionnel, les députés avaient soulevé plusieurs points qui leur semblaient contraires à la constitution française. Le CETA leur paraissait nier les principes d’indépendance et d’impartialité des juges et de principe d’égalité devant la loi, puisqu'une juridiction spéciale, une sorte de tribunal arbitral permanent, est prévue dans le cadre de ce traité. Celle-ci est appelée à traiter les différends entre les groupes privés et les États, imposer sanctions et réparations aux États pour des pratiques qui seraient jugées contraires aux accords du CETA.

L’accord, selon eux, portait aussi atteinte aux principes de souveraineté nationale, dans la mesure où l’État français pourrait se voir imposer des règles relevant normalement de sa compétence par des instances où il n’était pas représenté, d’autant que la faculté de l’État de pouvoir révoquer ce traité n’était pas assurée. Enfin, à la suite de nombreuses organisations, les députés relevaient que l’accord entre l’Europe et le Canada passait outre le principe de précaution, inscrit pourtant dans la constitution comme dans la charte européenne.

Le Conseil constitutionnel a décidé de rejeter tous ces arguments. Plus que le rejet en lui-même, ce sont les motifs qu’il avance pour le faire qui posent question. L'institution y confirme une dérive libérale de plus en plus accentuée, qui s’était déjà manifestée lors de sa censure de tout dispositif de lutte contre la fraude fiscale des grands groupes ou, plus récemment, dans une décision passée inaperçue cassant les dispositifs destinés à lutter contre l’accaparement des terres agricoles par des fonds étrangers. Dans son avis sur le CETA, le Conseil constitutionnel érige une nouvelle fois la liberté d’entreprendre comme principe cardinal de notre constitution, l’emportant sur toutes les autres libertés publiques.

Dans sa décision, le Conseil rappelle d’emblée comment il convient de lire le CETA : il reprend la définition donnée en préambule du traité : « L’accord a comme objectif de créer un marché élargi et sûr pour les marchandises et les services des parties et d’établir des règles claires, transparentes, prévisibles et mutuellement avantageuses pour régir leurs échanges commerciaux et leurs investissements. » En un mot, pour le Conseil constitutionnel, il ne peut sortir que du bien de ce traité, puisque c’est écrit. Dès lors, il n’y a guère de raison de s’inquiéter.

Parmi les points les plus litigieux de l’accord entre le Canada et l’Europe figure la création d’une juridiction spéciale pour trancher les différends entre les groupes et les États. « Un mécanisme qui porte atteinte au principe d’indépendance et d’égalité », avaient insisté les députés dans leur recours. Cette crainte est infondée, assure le Conseil constitutionnel.

À lire sa décision, il semble désormais que les règles de « bonne gouvernance », selon le jargon cher aux entreprises, soient érigées en principe constitutionnel, ayant valeur de loi. Puisque le Conseil constitutionnel, pour justifier le fait « que la procédure (...) ne méconnaît pas les principes d’égalité et d’impartialité », met en avant les « règles d’éthique » prévues pour le fonctionnement de cette juridiction d’exception.

Il insiste ainsi sur le fait que les membres seront indépendants, que les situations de conflit d’intérêts sont prévues, que les membres ne sont nommés que pour cinq ans, renouvelables une fois. Doit-on rappeler que la loi est plus contraignante que les codes de bonne conduite et que ces derniers n’ont jamais protégé de rien. On peut citer au hasard les incessantes affaires de lobbying, telles celles touchant Monsanto, les multiples scandales financiers, l’embauche de José Manuel Barroso, ancien président de la Commission européenne comme conseiller spécial chez Goldman Sachs…

De l'intérêt général

 

Pour le Conseil constitutionnel, la formation de ce tribunal arbitral d’exception ne contrevient pas non plus au principe d’égalité devant la loi, inscrit dans la constitution. Car cette juridiction a pour objet d’assurer aux investisseurs étrangers que ceux-ci bénéficieront de droits égaux à ceux des investisseurs nationaux et pourront poursuivre les États s’ils s'estiment lésés, au nom du « traitement juste et équitable ».

Même si seuls les investisseurs canadiens investissant en France pourront la saisir, en cas de différend avec l’État français, cela ne crée pas de rupture d’égalité avec les autres, assurent les membres du Conseil. « Cette différence de traitement entre les investisseurs canadiens et les autres investisseurs étrangers en France répond au double motif d’intérêt général tenant, d’un côté, à créer de manière réciproque un cadre protecteur pour les investisseurs français au Canada et, de l’autre, à attirer les investissements canadiens en France », est-il écrit dans l’avis. Voilà une nouvelle définition de l’intérêt général qui justifie bien de tordre quelques grands principes, de renoncer à ce que les groupes privés travaillant sur son territoire soient soumis à la justice commune.  

De la même manière, le Conseil constitutionnel ne voit aucun risque d’atteinte à la souveraineté avec le CETA. Certes, l’accord prévoit la possibilité par la suite pour les États de légiférer et d’établir des règles supplémentaires en commun. Mais c’est « sur une base volontaire », insiste-t-il. De même, les décisions des comités de suivi du CETA, prévus entre l’Union européenne et le Canada, se feront « par consentement mutuel », précise-t-il. Enfin, cet accord n’a aucun caractère irrévocable, soutient-il, puisque « l’accord prévoit la possibilité d’interrompre son application provisoire en cas d’impossibilité pour une partie de le ratifier ».

Pourtant, en introduction à toute sa démonstration sur le maintien des principes de souveraineté, le Conseil constitutionnel rappelle : « Dès lors que la France aura ratifié l'accord et que celui-ci sera entré en vigueur, les règles qui y figurent s'imposeront à elle. La France sera liée par ces stipulations qu'elle devra appliquer de bonne foi en application des “règles du droit public international”. L'accord aura, en application de l'article 55 de la Constitution, une autorité supérieure à celle des lois. Il appartiendra aux divers organes de l'État de veiller à l'application de cet accord dans le cadre de leurs compétences respectives. Ainsi, l'ordre juridique interne défini par la Constitution impose au législateur de respecter les stipulations des traités et accords internationaux régulièrement ratifiés ou approuvés. Il incombe toutefois au Conseil constitutionnel de s'assurer que la capacité à édicter des normes de droit interne n'est pas limitée dans une mesure telle qu'il en résulterait une atteinte aux conditions essentielles d'exercice de la souveraineté nationale. »

Ainsi, le CETA n’est pas contraignant, mais il l’est bien malgré tout. Et s'il était même susceptible de contenir des dispositions contraires aux principes d’édicter la loi, cela ne justifie pas de s’en préoccuper pour le moment. Comment expliquer que le Conseil constitutionnel, dont la première mission est de veiller au respect des principes fondateurs et d’émettre des avis clairs, entretienne le flou et le clair-obscur ? Est-ce pour ne pas avoir avoué que le CETA signifie un nouveau transfert vers l’Europe et un nouvel abandon de souveraineté, mais qu’il est urgent de cacher, au nom d'un nouvel « intérêt général » ?

La même remarque vaut pour le principe de précaution. De multiples associations et ONG n’ont cessé de dénoncer la disparation de toute référence à ce principe, que ce soit en matière d'environnement, de société, de consommation, dans le projet d’accord de libre-échange. Le Canada ne le reconnaissant pas, il y a tout lieu de craindre, disent-elles, que les échanges se fassent selon les normes les plus basses. Elles redoutent que les groupes privés utilisent les bases arrière du Canada pour imposer qui leurs poulets javellisés, qui leur bœuf aux hormones, ou leurs insecticides interdits en Europe, et attaquent les règles européennes, au nom de la concurrence libre et non faussée.

Là encore, le Conseil constitutionnel estime qu’il n’y a rien à redire, que les craintes sont infondées. Certes, reconnaît-il, le principe de précaution n’est pas explicitement cité dans l’accord. Mais le texte du CETA, rappelle-t-il, prévoit de « favoriser le développement durable par une coordination et une intégration accrues de leurs politiques et mesures respectives en matière de travail, d’environnement et de commerce ». Surtout, poursuit-il, « l'absence de mention expresse du principe de précaution dans les stipulations de l'accord qui relèvent d'une compétence partagée entre l'Union européenne et les États membres n'emporte pas de méconnaissance de ce principe ». Mais si ce principe est si admis, s’il s’impose à tout le monde, pourquoi dans un traité de plus de 2 000 pages ne pas l’avoir inscrit une fois ?

La confusion volontairement entretenue par le Conseil constitutionnel ne va pas redonner une plus grande légitimité à ce traité de libre-échange de plus en plus contesté. En revanche, elle risque de mener à une contestation de plus en plus ouverte contre une institution qui, manifestement, a perdu les références consubstantielles à sa mission.

 

 

 

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