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16 octobre 2013 3 16 /10 /octobre /2013 06:47

Communiqué de la Gauche Anticapitaliste 29, membre du Front de Gauche 29.

 

Suppression d'emplois à la pelle en Bretagne.

 Plusieurs centaines de salariéEs de l'agroalimentaire ont occupé ce matin l'aéroport de Brest avant d'entamer une opération escargot sur la nationale 12. Des milliers d'emplois ont été supprimés ces derniers mois : 1000 chez Doux, 900 chez Gad, notamment, avec la fermeture la semaine dernière de l'abattoir à Lampaul-Guimiliau dans le Finistère. 400 emplois sont menacés -CDI et intérimaires - chez Marine-Harvest, groupe norvégien qui a réalisé un bénéfice de plus de 120 millions d'euros en 2012.

Malgré ce résultat, la direction veut délocaliser les activités en Pologne pour augmenter les profits redistribués aux actionnaires. L'entreprise Tilly-Sabco menace , elle aussi, de réduire son personnel.

A chaque fois ce sont des salariéEs qui sont jetés à la rue, des familles sans solution d'avenir.

Le patronat est responsable de cette « hécatombe d'emplois » pour reprendre les termes d'une syndicaliste.

Il fait payer aux salariéEs tantôt une crise dont ils ne sont pas responsables, tantôt la recherche d'un profit maximum.

Les promesses du gouvernement de venir en aide à la filière agro-alimentaire et aux salariéEs licenciéEs sont pour l'instant restées lettre morte.

Alors que les licenciements chez Doux remontent maintenant à plusieurs mois, seuls 50 salariés sur 1000 ont obtenu un reclassement. Selon les syndicats, 8000 emplois sont menacés au total en comptant les emplois indirects.

Aussi, la seule solution pour ne pas mourir à petit feu c'est la mobilisation unitaire des salariéEs de tous les sites concernés. C'est pourquoi, la Gauche anticapitaliste, membre du Front de gauche, soutient la mobilisations en cours, et celles à venir, des salariéEs de l'agroalimentaire pour la défense de leur emploi.

Stop aux licenciements, aucun salariéE à Pôle emploi, maintien de l'intégralité de leurs droits sociaux.

 

Le 14 octobre 2013.

 

gauche-anticapitaliste.jpg

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16 octobre 2013 3 16 /10 /octobre /2013 06:20

Le Diben mardi 15 octobre 2013

Roger Héré et Gérald Sauvageot

Manifestation ce matin devant la mairie de Morlaix, sous la pluie, organisée par les syndicats CGT, FO, Solidaires, FSU... pour protester contre la réforme des retraites. Une délégation a été reçu à la permanence de notre député Gwenegan Bui, au 23 avenue de La République, par Gérald Sauvageot et Alban Le Roux, deux de ses trois attachés parlementaires.

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13 octobre 2013 7 13 /10 /octobre /2013 21:28

Le candidat du FN Laurent Lopez a remporté l'élection partielle dans le Var avec 53,9% des voix face à la candidate UMP. Le candidat du FN Laurent Lopez, qui avait recueilli 40,4 % des suffrages au premier tour, a remporté la cantonale partielle de Brignoles (Var) face à son adversaire UMP Catherine Delzers, avec 5031 voix (contre 4 301), soit 53,9 % des suffrages.

 On peut avoir légitimement quelques doutes, sur le plan des principes et sur le plan de l'efficacité, sur le choix du PCF d'appeler les électeurs de gauche à voter UMP à Brignoles alors même que le choix de s'associer au PS dans des grandes villes brouille la crédibilité du Front de Gauche en tant qu'alternative au PS et à une politique du gouvernement qui est responsable au premier chef d'une montée de l'extrême-droite qui traduit surtout la désillusion des électeurs de François Hollande.  Pour ma part, je souscris à chacun des mots de Marie-George Buffet au lendemain du premier tour à Brignoles.

Ismaël Dupont

 

« Voilà aussi l’urgence d’une alternative claire à gauche. Face au danger, l’heure est moins à l’appel au front républicain sans contenu qu’à une mobilisation sans précédent sur les contenus d’une politique de gauche redonnant sens et efficacité à la politique dans la vie quotidienne de nos compatriotes. Voilà, pour moi, c’était cela la raison d’être du Front de gauche, qu’est-il devenu ? »

 

(Marie-George Buffet après le premier tour à Brignolles)

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13 octobre 2013 7 13 /10 /octobre /2013 13:41

On a appris hier que le Tribunal de Rennes validait le plan de la continuation de la CECAB prévoyant la fermeture des sites de production de Lampaul Guimiliau et de Saint Nazaire, du centre administratif de Saint-Martin, seul l'abattoir de Josselin étant maintenu.

C'est lamentable que la CECAB ait sciemment fait ce choix de laisser 1000 salariés sur le carreau. C'est une catastrophe sociale pour notre région, surtout qu'on apprenait hier parallèlement que Jean Gaby à Lampaul s'apprêtait à supprimer 80 emplois.  

Le Front de Gauche s'associe à l'écoeurement et à la peine des salariés qui vont être licenciés ou devoir songer à déménager pour certains.

Nous disons à ces salariés: nous sommes de tout coeur avec vous, vous pouvez être fiers de votre mobilisation pour sauver vos emplois et l'économie de la région. Vous avez su jusqu'au bout garder la tête haute, et cela va continuer.

Il y a de quoi être révolté car le site de Lampaul était performant et il n'y avait pas de raisons objectives, sauf à admettre le bien-fondé du dumping social et de la concurrence européenne très faussée par l'inégalité des normes sociales et salariales et la rapacité du capitalisme, de vouloir fermer un abattoir en Bretagne, la terre d'élevage porcin par excellence.

Nous remarquons aujourd'hui que la droite (Agnès Le Brun en particulier) et le PS font part de leur tristesse et de leur solidarité alors qu'ils ne font rien de bien efficace pour changer les règles du jeu ultra-libéral en Europe, ni n'ont proposé de planification écologique ou d'intervention volontariste de l'Etat pour soustraire la filière agro-alimentaire aux forces destructrices et irresponsables du marché et sauver l'emploi tout en proposant une réorientation du modèle agricole breton vers quelque chose de plus durable et vertueux socialement et écologiquement.  

Qu'a fait le gouvernement pour sauver les emplois à GAD en dehors de la recherche infructueuse d'un repreneur providentiel? On se le demande. Que fait-il pour empêcher les délocalisations à Marine Harvest, la faillite de Tilly suite à la suppression brutale des restitutions? Là encore, on ne voit rien venir... Le courage politique, c'est de ne pas se résigner à ce que les capitalistes et les lois d'une concurrence très faussée fassent la loi mais d'intervenir dans l'économie au service du social et de l'humain.   

Il est possible et souhaitable d'envisager l'appropriation en SCOP des abattoirs nécessaires aux activités économiques de la région et à la cohérence de la production alimentaire sur le territoire national, à partir du moment où leurs propriétaires licencient.  On peut aussi imaginer pour sauver les emplois et les activités d'intérêt public de l'agro-alimentaire breton un consortium public de l'industrie agro-alimentaire avec des débouchés propres (cantines scolaires, personnes qui ont actuellement des difficultés à accéder à l'alimentation, et encore plus à de la viande de qualité).  Une autre piste pour surmonter la crise de l'agro-alimentaire breton et finistérien serait la création d'un GIP (groupement d'intérêt public) permettant une relocalisation des circuits de l'agroalimentaire, bio ou de proximité ... car il existe de moins en moins de solutions d'abattage de proximité du fait de la fermeture des petites unités et de la concentration sur un ou deux abattoirs par départements.

 

Le Front de Gauche du Pays de Morlaix, le samedi 13 octobre.

 

front de Gauche Morlaix

 

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13 octobre 2013 7 13 /10 /octobre /2013 13:40
" L'Europe n'a pas le temps soi-disant de s'occuper de l'agro-alimentaire. L'Allemagne emploie des ouvriers à un euro de l'heure dans ses abattoirs et usines de transformation.
Toutes les usines feront comme GAD et l'usine de saumon à Poullaouen. Usines performantes mais pas assez compétitives parce que leurs salariés ont droit à un salaire minimum et une protection sociale.
Voilà l'Europe d'aujourd'hui ... et ils n'ont pas peur de détruire  toute une vie car ils ont d'autres intérêts. Crions haut et fort pour une autre politique sociale européenne.  Bientôt les élections... Dénonçons le laxisme de la politique socialiste et du gouvernement qui nous  mène droit à la fin de l'agro-alimentaire en France. Le pouvoir actuel ne veut pas entendre parler des cooperatives ou la reprise par des salariés par crainte de Bruxelles: il préfère la France en guerre que de se battre pour les Français qui défendent leurs outils de travail" .
Michel Maho - ancien salarié de GAD et délégué syndical
PCF/ Front de Gauche - Pleyber-Christ
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13 octobre 2013 7 13 /10 /octobre /2013 12:03
Brest. Manifestation des salariés de l’agroalimentaire, ce lundi, à l’aéroport
Économie dimanche 13 octobre 2013
Nadine Hourmant, samedi, lors de la manifestation contre les portiques ecotaxe, à Pont-de-Buis.

Nadine Hourmant, samedi, lors de la manifestation contre les portiques ecotaxe, à Pont-de-Buis. Ouest-France

Les syndicats CGT et FO agroalimentaire de chez Doux, de Gad et d’autres entreprises appellent à un rassemblement tôt, ce lundi matin, à l’aéroport de Brest (Finistère).

« Tous les salaries sont concernés, soutient Nadine Hourmant. On est tous dans le même bateau. » La syndicaliste fustige le discours du gouvernement après la chute de Gad, vendredi. « 87 personnes sur les 1 000 personnes licenciées chez Doux ont trouvé un emploi. Que le gouvernement arrête de nous dire n’importe quoi. Nous voulons du travail. Ils ont trouvé de l’argent pour les banques quand il fallait ! Et ils n’en trouvent pas pour l’agroalimentaire ? Nous n’avons aucune envie d’aller à Pôle emploi. Même si nos emplois sont difficiles, nous y tenons. Le boulot des élus politiques est bien d’accompagner, que l’argent aille pour moderniser l’outil et former les salariés. Et que nous puissions contrôler le parcours de cet argent. »

« Derrière Pôle emploi, le RSA »

Nadine Hourmant ajoute : « Derrière Pôle emploi, c’est le RSA… Je sais la détresse. Que les gens soient conscients de ce qui se passe. Il faut privilégier l’être humain. Qu’on arrête de nous jeter comme des mouchoirs. Et la ministre Marylise Lebranchu qui réagit le dernier jour pour Gad ! On ne peut pas digérer cela. »

http://www.ouest-france.fr/region/bretagne_detail_-Brest.-Manifestation-des-salaries-de-l-agroalimentaire-ce-lundi-a-l-aeroport_40820-2238588_actu.Htm

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13 octobre 2013 7 13 /10 /octobre /2013 11:36

A quel âge devient-on vieux?

 

Alors que M. François Hollande et son gouvernement s'apprêtent à durcir le régime des retraites, les commentateurs mettent une nouvelle fois en scène la guerre des âges: les vieux vivraient grassement aux dépens des jeunes. Ce cliché n'est pas le seul en vogue dès que l'on parle des plus de 60 ans. Revue de détail des idées toutes faites...

 

Ce n'est pas un hasard si les trois discours dominants sur les personnes âgées sont d'ordre démographique, médical et économique: faute de penser la vieillesse, on se focalise sur le nombre, sur les corps et sur le coût. La difficulté même à trouver le terme adéquat témoigne du malaise: " vieux" par opposition à "jeune" étant presque perçu comme une insulte, le mot est devenu quasiment tabou. Au gré des modes, on parle donc de "personnes âgées", de "seniors", d'"aînés" ou d'"anciens".

La crainte de la vieillesse et l'obsession économiste conduisent à déformer la réalité: on majore encore le nombre de ceux que l'on rejette. Ainsi, faisant fi des données, Mme Valérie Pécresse, alors ministre de l'enseignement supérieur, pointait le "fléau du vieillissement" (Ripostes, France 5, 24 avril 2008). Présentant le plan "Solidarité-grand âge le 27 juin 2006, M. Philippe Bas, alors ministre délégué aux personnes âgées, parlait de "tsunami démographique". Et l'actuelle ministre déléguée chargée des personnes âgées et de l'autonomie, Mme Michèle Delaunay, entonne parfois le même refrain: la France compte "plus de personnes âgées que de mineurs", prétend-elle tandis que Le Monde assure: "Les vieux sont en passe de devenir majoritaires"  (21 février 2013). Quelques années auparavant, le démographe Jacques Dupâquier déclarait: " En 2050 la France ressemblera beaucoup plus à un hospice qu'à un gymnase-club" (discours à l'Académie des sciences morales et politiques, 8 janvier 2007). Car seuls les jeunes font du sport... 

La France compte pourtant aujourd'hui davantage de mineurs (environ quatorze millions) que de personnes de plus de 65 ans (environ onze millions). Et trois fois plus de jeunes (30% de la population a moins de 25 ans) que de vieux (9% a plus de 75 ans). Dans un avenir prévisible, les plus de 60 ans ou de 65 ans ne seront jamais majoritaires! En 2060, c'est à dire au moment où, conséquence du baby-boom, ils seront temporairement le plus nombreux, la population se répartira globalement en trois tiers, avec une proportion identique de moins de 30 ans, de 30-60 ans et de plus de 60 ans. Ce n'est donc ni à un hospice ni à une pouponnière que ressemblera la France de demain, mais à un pays où tous les âges seront également représentés. 

Les mentalités conservent une vision idéalisée (mais fausse) d'un pays jeune: la France du XIXe siècle, marquée par un contexte géopolitique très particulier, quand les jeunes Français, vus avant tout comme des ouvriers et des soldats, devaient surpasser en nombre les jeunes Allemands. Alfred Sauvy et Robert Debré analysaient ainsi la victoire des armées nazies: "La terrible défaillance de 1940, plus encore morale que matérielle, doit être rattachée en partie à cette redoutable sclérose (une population vieillissante)". 

C'est aussi oublier un peu vite qu'un pays (la France d'alors, comme certaines nations africaines contemporaines) est jeune quand de très nombreux enfants meurent avant de devenir adultes et quand les adultes meurent tôt, la plupart avant d'atteindre la vieillesse. Aujourd'hui, on vit globalement en meilleure santé et plus longtemps. Conséquence: le stade de la vieillesse recule. Pendant plusieurs siècles, 60-65 ans fut considéré comme une sorte d'"âge d'entrée dans la vieillesse". Désormais, comme l'ont notamment montré les travaux de Patrice Bourdelais, il faut atteindre 75-80 ans pour ressembler, en termes de santé, d'espérance de vie, d'activités, etc., aux sexagénaires des années 1950. 

Il existe cependant de fortes variations entre les individus: on ne devient pas soudainement tous vieux au même âge, comme on ne devient pas soudainement tous adultes au même âge. Le moment de la vieillesse varie également selon les catégories socio-professionnelles: si l'espérance de vie à la naissance est la même pour tous, à 35 ans, elle n'est plus que de 41 ans pour un manoeuvre, contre 47 ans pour un cadre. Et l'écart est encore plus important si l'on prend l'espérance de vie sans incapacité: respectivement 32 et 40 années. Autrement dit, pour certains, et notamment pour les ouvriers, c'est la "double peine (...): plus d'incapacité au sein d'une vie plus courte". Si, globalement, nous ne sommes plus comme ces vieux que chantait Brel, "usés à 15 ans", certains continuent d'accuser un vieillissement prématuré; presque 30% des hommes meurent avant 65 ans. Le travail conserve... ceux qu'il n'a pas tués

La question de l'âge de la vieillesse n'est pas qu'une marotte de démographes ou de gérontologues. Elle change le regard de chacun et de l'ensemble de la société. Au 16e siècle, Montaigne évoque la vieillesse à 30 ans; au 17e, on parle plutôt de 40 ans; en 1950, de plus de 60 ans (ce qui représente 16% de la population); en 2000, de plus de 65 ans (16%); et en 2060, de plus de 75 ans (16%). On voit que le vieillessement démographique, c'est à dire la proportion de personnes âgées dans la population, ne ressemble en rien à un tsunami! Ce que confirme l'évolution de l'âge médian, qui passerait de 40 ans actuellement à 45 ans en 2060. 

Il y a bien une révolution démographique: celle de la forte augmentation du nombre de personnes de plus de 60 ans. Mais cela ne siognifie pas que le nombre de vieux s'accroît considérablement, ni que la vieillesse dure plus longtemps qu'autrefois. 

Jusqu'au 19e siècle, non seulement la plupart des gens mouraient jeunes, mais ils mouraient vite: il y avait très peu de maladies chroniques, invalidantes. Désormais, elles sont nombreuses: cancer, diabète, maladies neurologiques - dont la maladie d'Alzheimer et les maladies apparentées. Bien souvent, on peut vivre longtemps avec l'une d'entre elles. De surcroît, certaines, liées à l'environnement, aux conditions de travail, aux modes de vie, apparaissent tardivement et ne se déclarent qu'au bout de plusieurs décennies. 

Le nombre de personnes de tous âges qui vivent avec des maladies chroniques et invalidantes, en situation de handicap et en perte d'autonomie, a augmenté, et va continuer à croître dans les prochaines décennies. Sur 65 millions de Français, environ 7 millions souffrent d'une affection de longue durée (ALD); 1,3 million sont en situation de perte d'autonomie et recoivent des allocations (2,4 millions prévus en 2060). Il est donc indispensable de réfléchir à la manière dont la société doit les soigner et les accompagner. Et ce quel que soit leur âge. Car, contrairement aux idées reçues, ces situations ne concernent pas que les vieux, et tous les vieux ne sont pas "dépendants". Seuls 17% des plus de 75 ans, par exemple, perçoivent l'allocation personnalisée d'autonomie (APA). 

 

Tous les vieux ne sont pas malades, mais, comme on est malade de plus en plus tard, on associe souvent vieillesse et maladie. Dans la France du XVIIIe siècle, par exemple, où les enfants mouraient le plus (un sur deux décédait avant 5 ans) et où il y avait très peu de vieillards, ces derniers étaient considérés comme exceptionnels: ils avaient survécu aux maladies, échappé à la mort. Désormais, la majorité des décès ont lieu aux grands âges, ce qui aggrave la confusion entre la vieillesse et la mort. La tendance à cacher la mort que l'on observe dans notre culture conduit alors aussi à cacher ces très vieilles personnes qui nous la rappellent trop...

  

Autre phénomène engendré par l'augmentation de l'espérance de vie sans incapacité: l'intervalle entre la fin de l'activité professionnelle et le début de la vieillesse s'allonge. La perte d'autonomie n'apparaît généralement, quand elle survient, qu'à la fin de la vie. Les personnes qui meurent à 85 ou 90 ans ne vivent pas "dans la vieillesse" depuis leur 60 ans; du moins pas dans la vieillesse biologique. Mais socialement? Pour Mme Delaunay, aucun doute: "Il est temps pour la génération qui est la mienne de mesurer que la vieillesse va durer trente ans, voire davantage" (entretien au Monde déjà cité). Cette confusion serait-elle entretenue pour justifier certaines politiques? 

  

Pierre Bourdieu le disait, l'âge est "une donnée biologique manipulée et manipulable" . C'est flagrant pour la limite des 60 ans. Qui souhaite convaincre qu'il faut repousser l'âge de la retraite oublie les métiers pénibles, et insiste sur le fait qu'on est "encore jeune" à cet âge. Lorsque, en revanche, on cherche à exclure de certains dispositifs d'aide aux personnes en situation de handicap et de perte d'autonomie, celles-ci deviennent des "personnes âgées" à 60 ans, et leur handicap se transforme officiellement en "dépendance" (moins indemnisée). Les sexagénaires seront donc jeunes ou vieux selon ce qu'on veut en faire: des actifs rentables ou des handicapés moins coûteux. 

"Ce fait de parler des jeunes comme d'une unité sociale sociale, d'un groupe constitué, doté d'intérêts communs, et de rapporter ces intérêts à un âge défini biologiquement, constitue déjà une manipulation évidente" , estimait Bourdieu. La manipulation s'applique aussi à ces millions de personnes placées dans la catégorie floue des "personnes âgées". Parle t-on des plus de 60 ans? Des plus de 80 ans? Des actifs, des retraités? Des enfants de 70 ans ou de leurs parents de 95 ans? Il y a plus de points communs entre deux avocats parisiens de 30 ans et de 70 ans qu'entre un avocat parisien de 30 ans et un paysan du même âge...

  

D'autre part, les tranches d'âge s'étirent au fur et à mesure que l'âge augmente. Ainsi, les "plus de..." sont regroupés dans une catégorie tellement vaste qu'elle perd tout sens: on passe souvent des 18-24 ans (six ans d'intervalle) et des 40-49 ans (neuf ans)... aux plus de 60 ou de 65 ans", qui peuvent avoir plus de trente ans d'écart et appartenir à des générations différentes. Vus avec de telles lunettes, tous les vieux sont gris... 

Une fois cette fausse unité réalisée, on peut aisément généraliser à l'ensemble de ces personnes des caractéristiques, modes de vie, etc., propres seulement à certaines d'entre elles. Cette forme d'âgisme utilise un procédé qu'on retrouve par ailleurs dans le racisme ou le sexisme: "les étrangers", "les femmes", "les personnes âgées"... Autant de catégorisations qui véhiculent des idées reçues. 

 

En politique, la rengaine est bien connue: les vieux sont immobilistes, réactionnaires. Les commentateurs ont recouru à cet effet d'unité, par exemple, lors de l'élection présidentielle de 2012. Ils ont insisté sur les 41% des plus de 65 ans qui avaient voté en faveur de M. Nicolas Sarkozy (UMP) pour minorer les 30% d'entre eux qui avaient choisi M. François Hollande (PS), et plus encore le fait que cette "classe d'âge" est celle qui a le moins voté pour l'extrême-droite. Quant aux 54% de retraités qui ont voté Sarkozy au second tour, ils ont fait oublier les 46% qui avaient effectué un choix différent! 

Il s'opère une confusion entre l'effet d'âge, qui serait attaché à une caractéristique donnée - les vieux votent à droite parce qu'ils sont vieux-, et l'effet de génération: les électeurs ayant régulièrement voté à droite continuent de voter à droite en vieillissant, et les électeurs ayant régulièrement voté à gauche continuent à voter à gauche. Ainsi, ceux qui ont autour de 60 ans, et qui avaient donc 20 ans dans les années 1970, ont davantage voté pour M. Hollande ou pour M. Jean-Luc Mélenchon (Front de Gauche) au premier tour que les électeurs âgés de 25-34 ans ou ceux de 35-49 ans. Les travaux sérieux tendent à montrer que les effets de génération et les aspects socio-économiques jouent un rôle important, tandis que les effets d'âge sont surtout fantasmés. 

Cela n'empêche pas certains sétérotypes et d'en tirer des conclusions pour le moins surprenantes. Ainsi, Yves Michaud, directeur de l'Uninversité de tous les savoirs, estime qu'il faut "se poser la question d'une fin de la vie citoyenne. Je pense que tôt ou tard il faudra envisager qu'il y ait un âge de la retraite du citoyen. Je verrais bien des gens votant par exemple entre 16 et 80 ans. Et puis à 80 ans, on arrête". Ce fantasme de dissolution et de démocratie s'exprime de manière encore plus radicale chez M. Martin Hirsch: "Il faut refaire le sufffrage censitaire et donner deux voix aux jeunes quand les vieux n'en ont qu'une. Il faut donner autant de voix qu'on a d'années d'espérance de vie. (...). Quelqu'un qui a quarante ans devant lui devrait avoir quarante voix, quand celui qui n'a plus que cinq ans devant lui ne devrait avoir que cinq voix" (France Inter, 27 juillet 2010). 

 

On retrouve cette fausse unité des vieux dans le domaine des ressources et des modes de vie. Régulièrement dépeints comme aisés et privilégiés, les retraités se voient accusés du dénuement des jeunes. Tous sont assimilés aux plus riches et urbains d'entre eux, ceux des publicités pour voiture et montres de luxe. Or la moyenne des pensions de retraite se situe autour de 1200 euros par mois, et de moins de 900 euros pour les femmes.  

Certes, la pauvreté a constamment diminué depuis les années 1960. En effet, le taux de pauvreté des plus de 65 ans était de 35% (17% pour l'ensemble de la population). Les plus de 60 ans sont moins touchés que les moins de 30 ans. Mais, là encore, prudence: les plus de 75 ans restent plus frappés que toutes les tranches d'âge entre 30 et 65 ans. Or, on sait que la pauvreté, l'isolement et la fragilité se cumulent pour créer des situations de grande vulnérabilité. En 2011, un tiers des personnes décédées par suicide étaient âgées de plus de 65 ans.    

 

Le discours sur les "retraités aisés" construit une sorte d'écran destiné à décrire les divisions sociales dans les termes d'un simple conflit entre vieux (riches) et jeunes (pauvres).        

De quoi masquer les inégalités grandissantes au sein de chaque génération, comme les conséquences des effets conjoints du sexisme et de l'âgisme (femmes isolées, pauvres et souvent très âgées). Pourtant, bien souvent, jeunes et vieux sont ensemble, les premières victimes des phénomènes. Dans le champ de l'emploi, par exemple: au prétexte de l'inexpérience des plus jeunes et de l'obsolescence des plus âgés, on élague des deux côtés d'un "âge d'employabilité idéal" qui se réduit à 25-45 ans. La durée moyenne d'inscription sur les listes de Pôle emploi double chez les plus de 50 ans par rapport aux autres demandeurs d'emploi. 

 

C'est également vrai en matière de précarité. Si les jeunes sont touchés, les situations de fragilité en lien avec la vieillesse ont repris leur courbe ascendante après les réformes des retraites successives. Dans les difficultés vécues depuis deux décennies par les plus de 50 ans, l'isolement, la pauvreté, le handicap combinent leurs effets. Tout indique que les vieux pauvres de la France des années 1970 ressurgiront dans la France des années 2030-2040.

 

Tandis que les puissants se moquent bien de leur âge, pour les autres, l'attention se focalise sur les générations, au point de négliger les questions de pouvoir et de classes sociales. N'y aurait-il plus qu'une jeunesse, à plaindre, et une vieillesse, à accabler? 

  

Lorsque l'image d'Epinal du sénior aisé-oisif-égoïste, responsable des maux de la jeunesse, semble décidément trop usée, apparaît celle de la "personne âgée dépendante", avec son cortège de tares (lenteur, frilosité, inadaptation), que l'on accuse cette fois, de coûter trop cher.  

Comme l'annonçait dès les années 1960 le premier rapport officiel sur le sujet, les vieux vont "grever les conditions d'existence de la population française" (Pierre Laroque, Politique de la vieillesse, rapport de la Commission d'étude des problèmes de vieillesse). Faute de s'attaquer aux vraies causes de la faillite de notre système économique, certains désignent de nouveaux coupables: les inactifs (retraités ou malades) qui vivent plus longtemps. Et tous ceux qui, passés sous la toise de normes comptables à courte vue, coûtent plus qu'ils ne rapportent: retraités, chômeurs, métiers du soin, de la culture, de l'éducation... 

 

En termes économiques, le "problème" est posé et les solutions proposées depuis bien longtemps, comme en témoigne cette formule du ministre des finances japonais, en janvier dernier: "Le problème (du financement de la sécurité sociale)  ne sera pas résolu tant qu'on ne laissera pas les (vieux malades) mourir plus vite". En France, "on ne laisse pas mourir les vieux" mais la pénurie des moyens conduit à délaisser beaucoup de personnes trop âgées, qui auraient pu être soignées à temps, par exemple. Ou, comme dans certaines maisons de retraite, à ne pas les aider correctement. 

Si les vieux pauvres sont accusés de peser, les vieux riches font désormais l'objet de multiples attentions de la part des partisans de la silver economy, qui rêvent de vieux consommateurs mobiles, sportifs, technophiles et friands de "maisons intelligentes" (domotique et autres). Naissent alors des dispositifs destinés à entretenir leur capital-santé et leur capital-intellectuel, à les "surcouvrir" d'assurances-dépendance qui, quand ils seront malades ou handicapés, permettront de créer des emplois non délocalisables. Des emplois souvent pénibles, avec des salaires bas et un manque criant de formation, généralement occupés par des travailleuses délocalisées...

En attendant, pour les personnes de 60 à 70 ans, auxquelles on affirme, comme le fait Mme Delaunay, que leur vieillesse a commencé, un problème débute dès maintenant: la société les invite à un "bien vieillir" socialement et culturellement vide, et n'imagine pour elles qu'une série d'activités aussi peu excitantes que la stimulation cognitive sur console de jeu pour éviter l'Alzheimer, le tai-chi pour prévenir les chutes, ou la technologisation de leur logement pour "retarder la dépendance". Sans oublier - car il ne faudrait pas jouer les "vieux égoïstes" - de nombreuses missions: garder leurs petits-enfants, aider financièrement leurs fils et leurs filles, soigner leurs vieux parents, animer les associations locales.. Nombre de retraités participent déjà à ces activités de solidarité, familiales comme associatives. Mais le danger existe de transformer ces choix en injonctions, voire en condition pour être socialement aidé ou considéré.

 

Pour les personnes âgées dites dépendantes, un autre problème tourne au cauchemar Si, dans certains pays (Allemagne, Pays-Bas, Danemark...), les handicaps et les maladies avec perte d'autonomie activent des aides quel que soit l'âge de la personne, en France, on cesse, à 60 ans, d'être une personne handicapée pour devenir une "personne âgée dépendante", avec, à handicap égal, un dispositif plafonné. Et donc des montants largement inférieurs aux besoins. Un système discriminatoire, maintenu de gouvernement en gouvernement au seul motif que "ça coûterait trop cher" d'aider les personnes handicapées de plus de 60 ans comme on aide les moins de 60 ans. 

 

La "réforme de la dépendance" annoncée par le gouvernement socialiste de Jean-Marc Ayrault ne mettra pas fin à cette discrimination. Centrée sur le financement, à l'image de ce que M. Sarkozy et Mme Bachelot avaient imaginé, la future loi risque de s'employer surtout à réduire les dépenses en supprimant les aides aux personnes les moins "dépendantes", ce qui, en langage ministériel, s'énonce ainsi: "Les aides publiques seront davantage orientées vers ceux qui ont le plus de besoin" (Mme Delaunay dans le Monde). Le but est aussi de "faire jouer la responsabilité individuelle" - expression également utilisée par M. Hollande lors de son intervention au congrès de l'Union nationale interfédérale des oeuvres et organismes privés non lucratifs sanitaires et sociaux (Uniopss) le 29 janvier 2013, ce qui signifie en réalité: faire fortement appel aux assurances privées.  

 

Le principe de solidarité nationale ne s'appliquerait-il pas aux citoyens âgés de plus de 60 ans, et plus particulièrement aux citoyennes? Les vieilles femmes sont en effet les principales victimes de ce "dispositif" "dépendance". Comme au temps où Simoner de Beauvoir condamnait la manière dont la société les traitait, elles subissent un système qui, cumulant sexisme, âgisme et utilitarisme, considère qu'il y a des vies moins précieuses que d'autres. Et réalise ainsi la prédiction de Hannah Arendt: "Si nous nous obstinons à concevoir notre monde en termes utilitaires, des masses de gens en seront constamment réduites à devenir superflues" (Le Système totalitaire: les origines du totalitarisme, tome III). 

 

Jérôme Pellissier  

Ecrivain et docteur en psychogérontologie, auteur notamment des essais Le temps ne fait rien à l'affaire... Editions de l'Aube, 2012 et La Guerre des âges, Armand Collin, 2007 

Source: Le Monde Diplomatique, juin 2013.

 

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13 octobre 2013 7 13 /10 /octobre /2013 08:40

Les syndicats CGT, FO, Solidaires, FSU appellent à la mobilisation contre la réforme des retraites du gouvernement le mardi 15 octobre. A Morlaix, une manifestation est prévue à 10h30 place de la Mairie.

Le Parti Communiste et le Front de Gauche appelent à une forte participation des citoyens, salariés et retraités, à ce rassemblement pour dire Non à une nouvelle réforme des retraites de régression sociale.   

 

 

 

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13 octobre 2013 7 13 /10 /octobre /2013 08:04

Photos Guerlesquin 002

                                   Jean Dréan (au centre) à Guerlesquin avec nos camarades de Plougonven et de Guerlesquin

 

Madame Lebranchu Ministre

Monsieur Fichet Sénateur

Monsieur Bui député

 

Madame, Monsieur,

Pour battre Sarkozy, j'ai voté pour vous. A 80 ans, modeste militant aujourd'hui, je suis scandalisé, outré.

Nous vivons une époque, que vous confirmez, indigne de nos camarades qui aux risques de leur vie ont mis en place les fondations du social à la française.

Au gré de graves problèmes de santé, j'ai pratiqué sur décision: la clinique de la Baie, l'Hôpital de Morlaix, l'hôpital Morvan. Pasteur.

La qualité des personnels, leur engagement, leur dévouement au malade n'y suffiront pas: la Santé Publique à la française est en danger.

J'ai voté pour vous. En notant dans votre profession de foi:

- Réhabiliter 80 000 logements par an

- Doubler l'APA

- Adapter la société au vieillissement, choix judicieux confirmé par le diagnostic de France 25 : "Le problème majeur: le vieillissement de la population".

Hélas, qu'avez-vous fait de vos promesses électorales?

L'article du Télégramme du 28 septembre relatant l'action des personnels de la structure d'accueil du Bruc à Pleyber-Christ nous éclaire, ceci confirmant la situation, la pauvreté de la civilisation de la personne âgée sur le Finistère.

Je vous ai transmis régulièrement la multitude des appels au secours, de détresse de tous les maillons de la chaîne de vie du vieux sur le département. Il y aurait urgence à s'en préoccuper. Le programme électoral de Mr Hollande est un engageant: il promet une aide à la dépendance.

Pour nous, il faut un Droit universel à l'autonomie, seul en capacité de gagner le bien vieillir. Partout et pour tous.

- Allez-vous voter, faire voter cette loi?

- Allez-vous soutenir l'initiative de la FERPA (Fédération Européenne Retraites Personnes Agées) pour ce droit européen?

 

Toute votre politique va à l'encontre de ce choix: baisser le pouvoir d'achat des retraités.

 

Bien à vous.

 

Jean Dréan.  

 

 

   

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13 octobre 2013 7 13 /10 /octobre /2013 07:31

Geneviève Fraysse (députée du groupe communistes et républicain, Front de Gauche) est intervenue le 2 octobre devant une salle presque vide (ses collègues avaient tellement de choses plus intéressantes à faire que d'écouter la vérité sur les difficultés des français et la réforme des retraites...).

Son discours vaut la peine d'être entendu pour mesurer le scandale du choix que sont en train de faire les socialistes.

 

http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=6TCF8uoYFGM

 

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