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4 mars 2023 6 04 /03 /mars /2023 06:42
Le Sénat rejette le référendum sur la réforme des retraites - Julia Hamlaoui, L'Humanité, 3 mars 2023
Le Sénat rejette le référendum sur la réforme des retraites

La majorité sénatoriale de droite et les macronistes se sont entendus pour écarter la motion référendaire défendue par la gauche vendredi matin. Olivier Dussopt a argué de la « légitimité du parlement » pour s’y opposer, oubliant au passage que plus de 70 % des Français rejettent le projet de l’exécutif.

Publié le Vendredi 3 mars 2023 - L'Humanité
 

71 % des Français sont opposés au projet de réforme de retraite et même 73 % se disent défavorables à sa principale disposition (le report de l’âge de départ de 62 à 64 ans), selon le dernier sondage YouGov. Soit six points de plus qu’en janvier. Mais le gouvernement comme la majorité de droite du Sénat n’en démordent pas et sont décidés à imposer aux Français leur mantra commun du « travailler plus ». Vendredi matin, ils ont donc écarté de concert la proposition de référendum défendue par la gauche à l’ouverture des travaux au Palais du Luxembourg. La motion présentée par le socialiste Patrick Kanner, au nom des trois groupes de gauche signataires, a été obtenue 93 voix pour et 251 contre.

Le ministre du Travail s’est retranché derrière la légitimité« de la  »démocratie représentative et du Parlement« et derrière les  »dispositions techniques« de la réforme pour s’opposer à un référendum et sa  »question binaire« . Le tout en se défendant de vouloir passer en force via le recours à un projet de loi de financement rectificatif de la Sécurité sociale (PLFRSS) qui, avec l’article 47-1 de la Constitution, permet de contraindre le temps de débat et même en dernier lieu de légiférer par ordonnances.

Si Olivier Dussopt s’est perdu en contradictions ces dernières semaines sur les mesures de maigres »compensations« imaginées par l’exécutif (sur les carrières longues et plus encore sur la pension à 1200 euros), le cœur du projet – 2 ans de travail supplémentaires - n’en est pourtant pas moins clair. Patrick Kanner a ainsi dénoncé le retour, 42 ans plus tard après la retraite à 60 ans,  »sur ces conquêtes sociales toujours pour les mêmes motifs, l’argent, la rentabilité, quoi qu’il en coûte sur le plan social"

"La colère et le ressentiment sont là. Il est temps que vous sortiez de votre bulle pour entendre celles et ceux qui exigent le retrait de ce texte« , a également enjoint, la présidente communiste du groupe CRCE, Éliane Assassi. Quant au véhicule législatif choisi par l’exécutif :  »C’est inédit (…). J’ai parlé hier de piraterie parlementaire. Je persiste et signe. Ces lois de financement au sein de notre Constitution ne sont pas faites pour mettre en place une réforme de grande ampleur de notre régime des retraites« , a dénoncé le sénateur socialiste.  "Une dérive autocratique d’un exécutif hors sol, assiégé dans sa tour d’ivoire" , a renchéri l’écologiste Guillaume Gontard.

Nous appelons au retrait de la réforme. Mais faute de retrait, nous vous offrons une autre voie avec cette motion référendaire (…) présentez le texte aux Français. Ils sont dans la rue. Ils aimeraient aller aux urnes« , a, de son côté, ajouté Patrick Kanner tentant de jouer sur la fibre gaulliste des sénateurs de droite :  "Faites trancher cette question fondamentale par un référendum comme le permet la Constitution imaginée par le général de Gaulle." 

Pas de quoi émouvoir les rangs de la majorité. À l’instar de la rapporteure centriste de la commission des affaires sociales, Élisabeth Doineau, qui a qualifié la motion référendaire  »de cour circuit« .  "Pourquoi élire des députés et des sénateurs, si toutes les questions peuvent être tranchées par les Français ?" , a-t-elle fait mine d’interroger, ignorant à son tour le rejet très largement majoritaire de la réforme parmi les Français.

Face au rapporteur LR du texte René-Paul Savary qui s’opposait au référendum au nom de la défense des  »améliorations«  apportées par le Sénat, l’élue communiste Laurence Cohen est montée au créneau pour dénoncer la philosophie de la surcote pour les mères de famille défendue par la droite.  "Nous sommes scandalisés par les propositions de M. Retailleau (le président du groupe LR, N.D.L.R.). S’appuyant sur une idéologie familiariste, nationaliste, d’une époque que je n’ose rappeler. Non, M. Retailleau, les femmes ne peuvent avoir comme seule solution, afin de travailler jusqu’à un âge indéterminé, de faire plus d’enfants"  , a-t-elle fustigé tout en dénonçant à nouveau un  »coup de force institutionnel"

Après le rejet de la motion dans la matinée, les sénateurs doivent passer à la lecture des articles à partir de 17 heures ce vendredi. Ils examineront d’abord l’article liminaire sur la trajectoire financière, puis s’attaqueront à l’article 1 qui prévoit la suppression de cinq régimes spéciaux que le patron du groupe LR, Bruno Retailleau, souhaite accélérer. Il présentera à cette fin un amendement à l’article 7 contre la »clause du grand-père« (celle-ci permet de n’appliquer la mesure qu’aux nouveaux embauchés). Une disposition à laquelle le groupe Union centriste comme l’exécutif sont réticents car elle pourrait aviver la contestation.  "Pourquoi pas" , avait d’abord glissé Olivier Dussopt avant de fermer la porte à l’amendement Retailleau :  "Revenir sur la clause du grand-père n’est pas ce que souhaite le gouvernement. Nous avons dit depuis le début que nous souhaitons respecter le contrat social" , a-t-il déclaré sur RTL jeudi.

Les débats se poursuivront durant tout le week-end au Sénat qui a jusqu’au 12 mars pour examiner le texte.

 
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4 mars 2023 6 04 /03 /mars /2023 06:29
Les retraites, cette grande conquête de la vie sur le capital - Aurélien Soucheyre, L'Humanité, 4 mars 2023
Les retraites, cette grande conquête de la vie sur le capital

Issu du programme du Conseil national de la Résistance, notre système de retraite a permis à des millions de personnes d’avoir une existence épanouissante après une vie de travail. En recul depuis la fin des années 1980, il constitue une bataille civilisationnelle qui se poursuit encore aujourd’hui dans la rue, contre la réforme d’Emmanuel Macron. Analyse.

Publié le Samedi 4 mars 2023
 

Imaginez une création sociale si enthousiasmante que vous seriez prêt à construire et à peindre les murs des administrations à bâtir. « C’est ce qui s’est passé lors de la fondation de la Sécurité sociale et du régime général de retraite. Pour la première fois, tous les Français avaient droit à une pension. Ils ont été des milliers à donner un coup de main de façon bénévole et volontaire pour ouvrir 138 caisses de Sécurité sociale en quelques mois à travers le pays, car ils mesuraient bien qu’ils étaient en train de créer un patrimoine commun et de mener une conquête humaine formidable », raconte Pierre Caillaud-Croizat, petit-fils d’Ambroise Croizat (1901-1951), fondateur de la Sécu, en 1945.

Échapper à la pauvreté

Une mobilisation massive, une conscience collective qui se retrouvent aujourd’hui dans les pas des millions de citoyens qui composent les cortèges des manifestations contre la réforme des retraites du gouvernement. Manifester, c’est montrer sa force, son nombre et sa cohésion. C’est marcher pour ses droits et défendre cette grande conquête des retraites.

Une conquête sur le temps, et sur l’argent : un nouvel âge de la vie, grâce à des richesses socialisées. Mais une conquête menacée. « Marre de simuler ma retraite, je veux en jouir », peut-on lire sur les pancartes des citoyens opposés au report de l’âge légal à 64 ans. Car le droit à la retraite est en recul depuis les années 1980 et se trouve au cœur d’un bras de fer qui ne cesse de s’accentuer : le capital ne supporte pas que des citoyens puissent se libérer du travail, tout en touchant une pension qui échappe à toute marchandisation. C’est cette révolution inouïe dans l’histoire de l’humanité, ce rêve forgé à travers les âges qu’il convient de protéger.

Le capital ne supporte pas que des citoyens puissent se libérer du travail, tout en touchant une pension qui échappe à toute marchandisation. C’est cette révolution inouïe dans l’histoire de l’humanité, ce rêve forgé à travers les âges qu’il convient de protéger.

Un rêve qui s’est pleinement concrétisé à la Libération, émanation directe du programme du Conseil national de la résistance (CNR). « En 1945, l’objectif était de faire en sorte que la vie après le travail ne rime pas avec pauvreté. À cette époque, il y avait 4,7 millions de salariés ou anciens salariés de plus de 60 ans, mais seuls 1,7 million bénéficiaient d’un régime de retraite », expose Jean-Christophe Le Duigou, conseiller d’État et ancien dirigeant de la CGT, sur le site de l’Institut CGT d’histoire sociale.

La création du régime de retraite général, à l’initiative du ministre communiste et cégétiste Ambroise Croizat, constitue alors un tournant majeur : tous les Français bénéficient désormais d’un droit à la retraite et d’une pension concrète. « Des millions d’entre eux sont sortis du jour au lendemain de l’angoisse de la vieillesse, qui signifiait pour eux l’indigence, tout comme ils sont sortis de l’angoisse de la maladie et de l’accident du travail, qui signifiait la perte de l’emploi et la plongée dans la misère la plus absolue », insistait Michel Étiévent, historien de la Sécurité sociale et biographe de Croizat décédé en 2021.

« Avant 1945, nous étions quelque part dans l’antiquité de nos droits », estime le député PCF Pierre Dharréville, pour qui la généralisation du droit à la retraite et sa mise en place effective constituent « une œuvre civilisationnelle majeure, avec à la fois une protection de ceux qui ont fait leur part de travail et vieillissent et l’ouverture d’un autre temps de vie, d’un autre horizon, le tout grâce à une forme de collectivisation des richesses imposée au capital ».

Un des pliliers de notre modèle social

En 2021, les Français ont ainsi consacré 345 milliards d’euros pour financer leurs retraites, dont 79 % issus des cotisations sociales. Selon l’OCDE, la France offre une « bonne protection » et un régime avantageux en comparaison de ses voisins. Tout n’est pas parfait et beaucoup reste à améliorer, mais les Français partent en moyenne plus tôt à la retraite, et seuls 7,6 % de ces retraités vivent sous le seuil de pauvreté, soit l’un des taux les plus faibles au monde. Les retraites sont ainsi devenues l’un des piliers de notre modèle social. Mais il n’en a pas toujours été ainsi. Il s’agit même d’une conquête toute fraîche. Se mettre à l’abri du besoin lors de ses vieux jours a été un objectif dès les débuts de la condition humaine, mais la solidarité familiale et la charité ont longtemps semblé un horizon indépassable pour le commun des mortels.

Le tout premier régime de retraite créé au monde, par répartition qui plus est, est l’œuvre de Colbert : en 1673, le ministre de Louis XIV instaure la Caisse des invalides de la marine.

Des tentatives d’entraides communes et des innovations visant les serviteurs de l’État ont bien émaillé le Moyen Âge, mais de façon non pérenne ou uniquement pour quelques-uns. Quant au tout premier régime de retraite créé au monde, par répartition qui plus est, il est l’œuvre de Colbert : en 1673, le ministre de Louis XIV instaure la Caisse des invalides de la marine. De là à dire que, prendre sa retraite, c’est voir la mer, il y a encore un large pas à franchir.

« L’ambition est d’attirer du monde, de développer la marine militaire mais aussi marchande. Et donc il s’agit d’une sorte d’avantage proposé. Cela va peu à peu s’étendre aux militaires, avec cette idée : vous allez souffrir, risquer votre vie, peut-être mourir, mais à la fin vos vieux jours seront assurés », note le député centriste Charles de Courson.

La véritable révolution philosophique arrive ainsi à partir de 1789. À travers leurs cahiers de doléances, les citoyens insistent sur le besoin d’accorder assistance et dignité aux plus âgés, notamment à travers des « rentes » versées à domicile. « Les révolutionnaires instaurent les droits-créances, qui préfigurent notre modèle social actuel », souligne l’historienne Sophie Wahnich.

Pour la toute première fois, les pensions de retraite sont défendues comme un droit universel, au nom du droit à une existence digne placé comme premier des droits de l’homme. « La société doit la subsistance aux citoyens malheureux, soit en leur procurant du travail, soit en assurant les moyens d’exister à ceux qui sont hors d’état de travailler », indique la Constitution de 1793 dans son préambule. La loi du 22 floréal an II (mai 1794) crée une forme de droit à la retraite quasi universel, finalement jamais mis en place dans le tourbillon de la Révolution et de ses épreuves. Mais les bases sont jetées. Le principe de cotisation par répartition a même été proposé, et la volonté que chaque pensionné touche au minimum l’équivalent d’un Smic actuel clairement signalé. Preuve de la formidable modernité de la Révolution française.

Un enjeu mésestimé par la IIIe République

Si l’utopie a été aperçue, elle sera encore longue à devenir réalité. Des régimes monarchiques succèdent à la Révolution. Surtout, l’industrialisation provoque une explosion des morts et des vies brisées au travail, ainsi que l’émergence d’une classe ouvrière sous un nouveau visage, noir de suie.

Les retraites (en dehors de celles d’État pour les fonctionnaires, ou via des mutuelles inégales, comme encouragé par Napoléon III) sont données à certains des métiers les plus pénibles et dangereux (mineurs, métallurgistes, cheminots), branche patronale par branche patronale (les syndicats étant interdits), avec la volonté de fixer la main-d’œuvre. « Votre travail sera pénible, vous serez silicosé, mais vous aurez une retraite », résume Charles de Courson.

Mais le mouvement ouvrier, de plus en plus conscient et déterminé à se défendre, ne se satisfait pas d’un système d’exploitation violent et de pensions qui tiennent du paternalisme. En outre, l’idée que des droits liés au travail – en lieu et place de ceux liés au patrimoine (une dualité toujours présente aujourd’hui) – doivent apporter à l’ensemble des salariés des moyens de subsistance pour toute la vie ne cesse de monter en puissance.

Jean Jaurès appelle à accepter chaque avancée arrachée, fût-elle modeste, et fixe un cap en 1906 lors du discours d’Albi : celui d’un « ordre social nouveau », où l’« assurance sociale doit s’appliquer à tous les risques, à la maladie comme à la vieillesse, au chômage et au décès comme à l’accident ».

Arrive alors le XXe siècle. La question des retraites ne cesse de s’intensifier et va animer continuellement la vie parlementaire de la IIIe République, sans que les progrès soient forcément à la hauteur des enjeux ou comme un droit pour tous passé un certain âge ? Faut-il fonctionner par capitalisation ? Les débats prennent leur temps.

Jean Jaurès appelle à accepter chaque avancée arrachée, fût-elle modeste, et fixe un cap en 1906 lors du discours d’Albi, la même année : celui d’un « ordre social nouveau », où l’« assurance sociale doit s’appliquer à tous les risques, à la maladie comme à la vieillesse, au chômage et au décès comme à l’accident ».

En 1910 est votée la loi sur les retraites ouvrières et paysannes. L’âge de départ est fixé à 65 ans, après trente années de cotisations. C’est « la retraite pour les morts », dénonce la CGT, qui rappelle que 94 % des ouvriers meurent alors avant 65 ans et exige un bien meilleur système. Reste que l’histoire est en marche. « Dès demain, tous les vieux relèveront le front, et tous les jeunes, tous les hommes mûrs se diront du moins que la fin de la vie ne sera pas pour eux le fossé où se couche la bête aux abois », lance Jean Jaurès. La suite va lui donner raison, malgré des chemins sinueux et une lutte permanente.

« La Sécu n'est pas tombée du ciel. C'est le résultat d'un combat pour la dignité »

En 1936, le Front populaire n’a pas le temps de mettre en place le système de retraite ambitieux souhaité par Léon Blum, chef du gouvernement. Mais la gauche au pouvoir et la formidable mobilisation populaire, massive, lors des grandes grèves permet de mettre en place les premiers congés payés et la semaine de 40 heures. Une avancée décisive vers la conquête du temps libre. Un camouflet infligé au capital, pour qui chaque jour payé doit être travaillé.

Icon Quote Désormais, nous mettrons l’homme à l’abri du besoin. Nous ferons de la retraite non plus une antichambre de la mort mais une nouvelle étape de la vie ». Ambroise Croizat

Un député communiste se distingue alors : Ambroise Croizat. Très engagé dans le programme du CNR sous l’Occupation, il devient ministre à la Libération. « Désormais, nous mettrons l’homme à l’abri du besoin. Nous ferons de la retraite non plus une antichambre de la mort mais une nouvelle étape de la vie », lance-t-il le 3 décembre 1945. « Rien ne pourra se faire sans vous. La Sécurité sociale n’est pas une affaire de lois et de décrets. Elle implique une action concrète sur le terrain, dans la cité, dans l’entreprise. Elle réclame vos mains… », ajoute-t-il un an plus tard.

La Sécu sera donc une œuvre collective majeure, dont la très belle aventure est racontée dans le film « La Sociale » (2016), de Gilles Perret. « La Sécu n’est pas tombée du ciel. C’est le résultat d’un combat pour la dignité qui vient du fond des siècles et s’enracine alors. En 1945, le rapport de forces est clair : le PCF fait 29 % des voix, il y a 5 millions d’adhérents à la CGT, une classe ouvrière grandie par la Résistance et un patronat mouillé dans la collaboration », soulignait Michel Étiévent.

La retraite passe ensuite à 60 ans sous François Mitterrand, en 1982, avec l’idée de libérer du temps au fur et à mesure que la productivité et les richesses augmentent. Mais le « patronat ne désarme jamais », prévenait Ambroise Croizat. Et les gouvernements soumis au capital n’ont eu de cesse d’attaquer pour rogner ce droit malmené, jusqu’à nos jours. C’est face à ce projet que se sont dressés des millions de citoyens depuis le 19 janvier. Ils seront de nouveau dans la rue le 7 mars pour défendre les droits de tous. Le combat en vaut la chandelle. Car, « ce qui a marqué socialement le XIXe siècle, c’est l’accès à l’éducation. Et l’événement social du XXe siècle, c’est la Sécurité sociale », déclarait, à raison, Jack Ralite, ministre communiste de la Santé entre 1981 et 1983.

Trente ans d'attaques contre les retraites

 

Depuis la fin des années 1980, les gouvernements qui se sont succédé ont tenté de détricoter l’héritage du Conseil national de la Résistance. Certains avec succès, en jouant principalement sur l’allongement de la durée de cotisation et de l’âge légal.

La casse progressive du système de retraite ? C’est Denis Kessler qui en parle le mieux : « Il s’agit de défaire méthodiquement le programme du CNR », proposait l’ancien numéro deux du Medef dans la revue « Challenges » en 2007. Ils ne s’en cachent pas : tous les acquis sociaux du système de retraite par répartition, les libéraux tentent de les saboter méthodiquement avec, comme inlassable argument, un prétendu « sauvetage ».

Dès 1987, la réforme Séguin choisit d’indexer les pensions uniquement sur l’inflation et non plus sur l’évolution du salaire moyen brut. Entraînant, sur vingt-cinq ans, une baisse de 20 % du niveau des pensions, selon la CGT. Le livre blanc de Michel Rocard devient, quatre ans plus tard, la ligne de conduite des réformes successives. Dans ce premier rapport, l’idée d’un allongement de la durée de cotisation s’impose.

C’est dans cette optique qu’Édouard Balladur entérine en 1993 le passage de 37,5 à 40 annuités pour les salariés du secteur privé et change progressivement les calculs des pensions, se fondant sur les 25 meilleures années, au lieu de 10 jusqu’alors. Le plan Juppé, mené en 1995, embrase le pays.

Le premier ministre de Jacques Chirac étend les règles de calcul des pensions de la réforme Balladur aux fonctionnaires et aux salariés des entreprises publiques (RATP, SNCF et EDF). Après trois semaines de blocage de l’économie par les syndicats, le gouvernement recule. Les rapports ministériels qui se succèdent ensuite invitent au renflouement du déficit de la Sécurité sociale par des réformes paramétriques.

Avec sa réforme en 2003, François Fillon épouse ces vieilles recettes libérales. Il parvient cette fois-ci à instaurer les 40 annuités pour les fonctionnaires. Les salariés des entreprises publiques et des professions à statut particulier connaissent le même sort sous Nicolas Sarkozy : en 2010, son ministre du Travail, Éric Woerth, fait reculer l’âge légal de départ à la retraite de 60 à 62 ans. L’héritage de François Mitterrand est directement attaqué, malgré des manifestations massives pour s’y opposer.

Le PS revient au pouvoir en 2012, mais François Hollande valide les politiques libérales en cours : la réforme Touraine relève en 2014 la durée de cotisation d’un trimestre tous les trois ans à partir de 2020 pour parvenir à 43 annuités en 2035. C’est ce paramètre que la première ministre, Élisabeth Borne, souhaite aujourd’hui accélérer dans la réforme actuelle, pour atteindre cet objectif dès 2027, en plus de vouloir décaler l’âge de départ à 64 ans. Avant elle, la Macronie avait tenté un pilonnage en règle du système de retraite par répartition, avec un projet de régime universel à points.

Cette réforme, dont le but caché était de faire chuter le niveau des pensions, tombe finalement sous l’effet des mobilisations massives et de la crise du Covid. Mais ne retire en rien la détermination des tenants du libéralisme à continuer le détricotage du système. « Adieu 1945, raccrochons notre pays au monde ! » ajoutait Denis Kessler dans son entretien. Gage d’un absolutisme libéral sans bornes.

Les retraites, cette grande conquête de la vie sur le capital - Aurélien Soucheyre, L'Humanité, 4 mars 2023
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4 mars 2023 6 04 /03 /mars /2023 06:25
Éliane Assassi : « Non, le débat au Sénat ne sera pas une formalité » - Entretien avec Julia Hamlaoui - L'Humanité, Jeudi 2 mars 2023
Éliane Assassi : « Non, le débat au Sénat ne sera pas une formalité »

La gauche s’opposera pied à pied à la réforme de l’exécutif comme aux propositions de la droite. Avec un double objectif : révéler la nocivité de leur projet et y opposer une alternative, souligne la sénatrice PCF, Éliane Assassi.

Publié le Jeudi 2 mars 2023

Le Sénat n’a cessé d’être décrit comme une chambre plus calme que l’Assemblée, comme si l’opposition à la réforme des retraites pouvait y être moins ferme, qu’en pensez-vous ?

D’abord, le Sénat n’est pas du tout dans la même configuration : ici, nous avons une droite majoritaire, en connivence avec le gouvernement sur l’allongement de l’âge de la retraite. Pour cette raison, bien évidemment, le climat n’est pas le même qu’à l’Assemblée.

Mais, attention à cette petite musique qui court : « Le Sénat est sage, ça va être une formalité. » Non, ce ne sera pas une formalité, nous avons l’ambition de mener un débat de fond, argumenté sur chacun des articles, dont l’article 7.

Alors que se prépare la mobilisation du 7 mars, quel rôle l’opposition peut-elle jouer au Sénat ?

Certains feignent de l’ignorer, mais 90 % des actifs et plus de 60 % des Français sont opposés à cette réforme. Ils ont bien compris qu’avec ce projet de loi, ce sont deux années de leur vie qui leur sont volées. Nous voulons être à l’offensive, être le porte-voix des mobilisations, mais surtout être utiles à celles et ceux qui seront dans la rue le 7 mars et au-delà, notamment avec la mobilisation du 8 mars sur les droits des femmes, celle du 9 mars sur la jeunesse, afin qu’on obtienne tous ensemble le retrait de ce texte.

Il s’agit, pour nous, à la fois de révéler la collusion entre la droite et le gouvernement, de montrer la dangerosité de ce texte et d’y opposer des propositions alternatives via nos amendements.

Pourquoi permettre un vote sur l’article 7, qui prévoit le report à 64 ans de l’âge légal, vous paraît-il indispensable ?

C’est le cœur du réacteur, un allongement de deux années de l’âge de départ à la retraite dont personne ne veut. Cette mesure doit absolument être soumise au vote pour que chacune et chacun se fasse sa propre opinion sur ceux qui y sont favorables et ceux qui ne le sont pas, tout simplement.

Loin des artifices techniques mis en avant par les tenants du texte pour essayer de s’en sortir, c’est un projet de société que propose le gouvernement, avec l’appui de la droite. Par exemple, sur les 1 200 euros de pension au minimum, quoi qu’on pense de la tenue des débats à l’Assemblée, nous savons désormais, grâce notamment aux interpellations de Jérôme Guedj (député socialiste – NDLR), que le gouvernement a menti.

Il nous revient de poursuivre ce travail de révélation. Concernant les femmes, j’attire d’ores et déjà l’attention sur une déclaration de Bruno Retailleau, cette ignominie selon laquelle les femmes françaises devraient faire des enfants plutôt que les étrangères. C’est scandaleux ! Nous ne pouvons pas non plus laisser passer la suppression des régimes spéciaux. Ce ne sont que quelques exemples, de nombreux articles nécessitent un débat de fond, encore faut-il – même si nous disposerons de 106 heures au Sénat – en avoir le temps.

Craignez-vous le recours à des dispositifs qui restreignent le débat de fond que vous appelez de vos vœux ?

Rappelons que le point de départ, c’est l’article 47.1 de la Constitution, ce véhicule utilisé par le gouvernement pour contraindre le temps du débat et imposer sa réforme. Le président du Sénat dispose aussi d’outils comme l’article 38 du règlement qui permet de réduire le nombre d’interventions. Et puis l’exécutif a la possibilité de dégainer l’article 47.3 de la Constitution, petit frère du 49.3, c’est-à-dire le vote bloqué. La balle est dans son camp. En tout cas, cela ne nous fera pas reculer sur notre volonté de mettre en exergue la nocivité de cette réforme et de mettre sur la table nos propositions.

Quelles mesures entendez-vous défendre ?

Nos députés ont travaillé à une proposition de loi de réforme des retraites pour un retour à 60 ans avec une pension au minimum à hauteur du Smic pour une carrière complète. Nous déclinerons ces propositions dans le débat. Non seulement la faillite promise par le gouvernement ne correspond pas aux prévisions du Conseil d’orientation des retraites, mais nous démontrerons aussi qu’il y a de l’argent dans ce pays pour faire avancer les droits des travailleurs. Ne serait-ce qu’en augmentant les salaires des femmes pour atteindre l’égalité salariale, ce sont plusieurs milliards qui peuvent entrer dans les caisses.

Est-il problématique pour votre bataille commune que les groupes de gauche ne défendent pas tous la retraite à 60 ans ?

Non, parce que nous nous sommes mis d’accord sur une stratégie pour la conduite des débats. Nous avons des divergences, notamment sur les 60 ans, et, pour notre part, nous avons combattu la réforme Touraine. Tout cela; on ne l’efface pas, mais nous avons un point de convergence évident : obtenir le retrait de ce texte. 

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4 mars 2023 6 04 /03 /mars /2023 06:23
Monique Pinçon-Charlot : « Si les travailleurs s’arrêtent de travailler, le roi est nu » (L'Humanité, 3 mars 2023)
Monique Pinçon-Charlot : « Si les travailleurs s’arrêtent de travailler, le roi est nu »

Face aux déclarations alarmistes de l’exécutif sur les conséquences de la grève et la dénonciation de la violence des opposants, la sociologue Monique Pinçon-Charlot décrypte une « stratégie immature », classique d’une oligarchie « aux abois ».

Publié le Vendredi 3 mars 2023 - L'humanité
 

Le gouvernement dénonce la violence et la radicalité des opposants à la réforme des retraites, jusqu’à estimer, comme son porte-parole, que « mettre la France à l’arrêt » à partir du 7 mars, serait « prendre le risque d’une catastrophe écologique, agricole ou sanitaire ». Qu’en pensez-vous ?

La meilleure défense, c’est l’attaque. Une stratégie immature dès lors qu’on est en difficulté. Les représentants de l’oligarchie au gouvernement savent très bien que la violence est du côté de ceux qui accaparent les richesses et les pouvoirs. Quand les membres des classes moyennes et populaires se révoltent contre le recul de l’âge de la retraite de 62 ans à 64 ans, les oligarques pressentent que c’est le coup de trop. L’hôpital se fout alors de la charité, la meilleure façon de cacher que l’espérance de vie des travailleurs est en moyenne de treize ans inférieure à celle des cadres et des grands bourgeois. Ce qui explique le slogan phare des manifestants, qui disent refuser de passer du boulot au caveau.

Leur réaction serait donc guidée par la peur de la mobilisation sociale ?

Les membres des dynasties familiales fortunées de l’aristocratie et de la grande bourgeoisie sont construits dans un sentiment de supériorité, grâce à des modes de vie basés sur l’entre-soi des beaux quartiers, des cercles ou des conseils d’administration. Ils sont aux abois dès qu’un de leurs projets d’exploiter un peu plus ceux qui font fonctionner l’économie réelle suscite une rébellion, de surcroît unitaire. Ce sont des géants aux pieds d’argile qui savent que leur pouvoir est basé sur le capitalisme permettant au titre de la propriété lucrative d’exploiter toutes les formes du vivant. Ils l’ont prouvé récemment lors du mouvement des gilets jaunes.

Si la réforme des retraites est retirée, en quoi se sentiraient-ils menacés ?

Dans la phase néolibérale actuelle du capitalisme, nous sommes passés de la lutte à la guerre de classe, comme l’a déclaré Warren Buffett en 2005 : « Il y a une guerre de classe, c’est un fait, mais c’est ma classe, la classe des riches, qui la mène, et nous sommes en train de la gagner. » Or le gouvernement compte 19 ministres millionnaires, dont la première ministre, Élisabeth Borne. Emmanuel Macron ne fait donc que continuer, en tant que fondé de pouvoir de l’oligarchie à l’Élysée, à faire des cadeaux aux plus riches, auxquels il a pourtant déjà donné beaucoup de gages avec la suppression de l’ISF, la création d’un impôt forfaitaire à seulement 12,8 % sur les revenus du capital, les baisses de cotisations sociales pour les entreprises et la pérennisation du Cice. Sans oublier évidemment les 6 milliards d’euros annuels du crédit d’impôt-recherche. De plus, le chaos climatique menace l’avenir des plus modestes, car les inégalités climatiques se conjuguent avec les inégalités sociales et économiques. Les capitalistes instrumentalisent le dérèglement du climat pour réaliser de nouveaux champs de profits au détriment de ceux qui n’y contribuent que de manière faible. Pour les pauvres, c’est la sobriété et, pour les riches, les jets privés ultrapolluants. Trop c’est trop ! La goutte d’eau de la réforme des retraites fait déborder le vase. L’attaque est frontale, car la retraite touche à quelque chose de profondément existentiel : le temps de vivre enfin dans la joie et le partage.

Une victoire de ce mouvement inédit serait-elle en mesure de rebattre les cartes ?

Je ne suis pas prophète, mais nos recherches confirment une violence de classe inhérente à cette caste hautement prédatrice. Aujourd’hui, avec la planète qui brûle, nous devons avoir la boussole de l’après-capitalisme comme objectif. Certes nous n’avons pas les armes, mais nous avons le pouvoir de faire fonctionner l’économie réelle sans le parasitisme des actionnaires. Si les travailleurs s’arrêtent de travailler, le roi est nu. Je conclurai volontiers par cette maxime de Sénèque : « Ce n’est pas parce que les choses sont difficiles que nous n’osons pas, c’est parce que nous n’osons pas qu’elles sont difficiles. »

Notre vie chez les riches, mémoires d’un couple de sociologue, Zones 2021. Le président des ultra riches. Chronique du mépris de classe dans la politique de Macron, La Découverte Poche 2022.
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24 février 2023 5 24 /02 /février /2023 08:18
Communiqué de Presse du PCF - Ukraine : Agir pour la Paix, en priorité (Fabien Roussel)
Communiqué de Presse - Ukraine : Agir pour la Paix, en priorité (Fabien Roussel)
 
Il y a un an, le régime nationaliste de Vladimir Poutine prenait la décision criminelle de lancer une guerre à grande échelle contre l'Ukraine. Depuis un an, se multiplient les bombardements de populations civiles et les crimes de guerre. Des centaines de milliers de victimes, civils et militaires, ont payé de leur vie cette agression contre la souveraineté du peuple d'Ukraine.
Comme nous le faisons depuis le premier jour, nous condamnons radicalement Poutine, responsable de cette tragédie.
Après tant de sang versé, cette folie guerrière doit être stoppée et la Paix mise à l'ordre du jour de toutes les discussions !
Tout doit être mis en œuvre pour trouver le chemin d'un règlement politique, sous l'égide de l'ONU, permettant de restaurer la souveraineté de l'Ukraine, d'établir des garanties de sécurité pour tous les pays de la région, pour l'Ukraine, pour la Russie, et de réunir les conditions d'une paix juste et durable et d'une sécurité collective sur tout le continent européen.
La Paix et le progrès social en Europe sont intimement liés. Car la guerre est une raison de plus, utilisée par les classes dirigeantes, pour imposer des politiques d'austérité et des sacrifices toujours plus importants au monde du travail. Ce sont toujours les mêmes qui en paient le prix fort.
C'est pourquoi refusons, contrairement à d'autres, d'inscrire cette guerre dans un temps long. Nous refusons de suivre les appels de ceux qui veulent nous entraîner dans une guerre contre la Russie au risque de plonger l'Europe dans le chaos d'une guerre mondiale.
Nous appelons la France à choisir le camp de la paix et à retrouver une diplomatie indépendante et constructive en arrêtant de s'aligner systématiquement sur l'OTAN et les Etats-Unis.
Le PCF appelle ainsi le gouvernement français à répondre positivement aux appels pour la paix du secrétaire général de l'ONU, du pape François et aux propositions des pays du Sud qui, lors de la conférence de Munich ont appelé à la création d'un groupe de contact pour la paix sous l'égide de l'ONU. Créons un groupe de pays, incluant de grandes nations comme le Brésil, l'Inde, l'Afrique du Sud, la Colombie, le Mexique et tant d'autres en faveur de la paix et pour un désarmement global et multilatéral.
Membre permanent du Conseil de sécurité de l'ONU, la France dispose d'une voix forte qu'elle doit mettre au service d'un message universaliste. Notre pays doit en finir avec une politique soufflant alternativement le chaud et le froid. Il doit se mettre au service de la recherche d'un règlement politique pour mettre fin aux souffrances et aux destructions et pour stopper la marche à la guerre.
Car pour trouver une issue politique et diplomatique à cette guerre en Europe, il faudra aussi accepter de discuter des choix politiques faits en Europe ces trente dernières années, qui n'ont eu de cesse d'étendre les bases militaires de l'OTAN aux portes de la Russie, contrairement aux engagements pris lors de la chute de l'URSS. Il faudra bien aussi travailler à la réunion d'une conférence pan-européenne de sécurité collective, dépassant la logique de blocs portée par l'OTAN.
Depuis un an, si les pays de l'Union européenne ont déclaré apporter leur soutien à l'Ukraine par la livraison d'armes défensives, ils ont aussi pointé des lignes rouges à ne pas franchir afin d'éviter toute extension du conflit et l'embrasement de toute l'Europe.
Mais ces lignes sont sans cesse franchies. Des armes offensives, susceptibles d'atteindre le sol russe sont désormais fournies au gouvernement de l'Ukraine. Pour quels objectifs ?
Sous injonction de l'OTAN, les pays européens annoncent des plans de réarmement massifs, qui vont bien au delà des besoins de leurs défenses nationales. La France et la Pologne font exploser leur budget militaire. L'Allemagne se réarme également, rompant avec sa tradition pacifiste adoptée après la défaite du nazisme.
Ces logiques de surarmement, de livraison d'armes offensives sont extrêmement dangereuses. Jusqu'où iront ces surenchères aventureuses ? Les pays de l'Europe, nos armées, nos enfants doivent-ils se préparer à entrer en guerre contre la Russie ?
Les Français doivent savoir. Pour le PCF, il est urgent de stopper cet engrenage.
C'est pourquoi nous appelons à l'ouverture dans les plus brefs délais, au Parlement, d'un débat sur les objectifs de la diplomatie française dans ce conflit et sur la livraison d'armes à l'Ukraine.
Le PCF appelle à participer partout en France aux manifestations pour la paix, organisées par le collectif national des Marches pour la paix les 24 et 25 février dans de nombreuses villes de notre pays. Il est solidaire des manifestations pour la Paix qui ont lieu au même moment en Europe et dans le monde.
Fabien Roussel, secrétaire national du PCF, député du Nord,
Le 23 février 2023.
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24 février 2023 5 24 /02 /février /2023 07:54
Au Sénat, la bataille des retraites approche - L'Humanité, Emilio Meslet, 24 février 2023
Au Sénat, la bataille des retraites approche

Les groupes socialiste, communiste et écologiste portent une stratégie commune contre le projet gouvernemental : discuter de tous les articles sans que la réforme soit votée dans son ensemble.

Publié le
Vendredi 24 février 2023

Au Sénat, la réforme des retraites visant à repousser l’âge légal de départ à 64 ans arrive sept mois plus tôt que d’habitude. Depuis 2017, chaque automne, la majorité de droite et du centre intègre systématiquement au budget annuel de la Sécurité sociale un amendement pour faire travailler les Français deux ans de plus. Jusqu’ici en vain.

En 2023, le gouvernement a grillé la priorité aux « Républicains » (LR). Les sénateurs examineront le texte macroniste entre le 28 février, date d’arrivée en commission, et le 12 mars, minuit. « Ce débat n’est pas une nouveauté pour nous. Et, contrairement à l’Assemblée nationale où il y avait quelques frondeurs, la droite sera ici unie », prédit Cathy Apourceau-Poly, cheffe de file des communistes sur cette loi. « LR fait maintenant partie de la majorité présidentielle. Il n’y a pas de suspense sur l’issue du vote », dénonce, de son côté, l’écologiste Raymonde Poncet Monge.

Face à ce bloc libéral et ultramajoritaire dans l’hémicycle sénatorial qui veut contraindre le temps de débat, la gauche s’organise. Lors de trois réunions, les groupes socialiste, communiste et écologiste ont accordé leurs violons et veulent afficher leur unité. « Nous agirons de manière coordonnée, car nous avons les mêmes objectifs et le même diagnostic. Nous voulons montrer qu’une autre voie est possible », explique Patrick Kanner, président du groupe PS.

La gauche utilisera tous les outils à sa disposition : motion référendaire, renvoi en commission ou motion de rejet 

Cathy Apourceau-Poly parle d’un « état d’esprit combatif » pour d’abord s’opposer aux desseins du gouvernement : « On veut discuter du fond de la réforme. » Cela veut donc dire que la gauche va déposer « des amendements qui ont du sens », selon le président du groupe écologiste, Guillaume Gontard. Mais aussi « utiliser tous les outils qui sont à notre disposition comme la motion référendaire, le renvoi en commission ou la motion de rejet », ajoute-t-il.

Au total, dans l’optique de maîtriser le tempo, chaque groupe de gauche devrait déposer entre 500 et 600 amendements, dont une bonne partie à partir de l’article 7, qui repousse l’âge de départ à 64 ans. Contrairement à l’Assemblée nationale, où les insoumis ont tout fait pour éviter un vote sur cette disposition, les sénateurs PS, PCF et EELV entendent bien débattre de cet article, comme le demande l’intersyndicale. « Pas avant le 7 mars », prévient Éliane Assassi, présidente communiste du groupe CRCE.

« Nous voudrions commencer son examen le 7 au soir, avec le résultat de la mobilisation sociale en miroir », justifie Raymonde Poncet Monge. Leur objectif ? Contraindre l’exécutif à retirer leur réforme face à l’ampleur de la grève en accentuant le rapport de forces. Chaque groupe profitera de ce temps pour porter aussi ses contre-propositions : la retraite à 60 ans pour les communistes et les écologistes, celle à 62 ans pour les socialistes. En revanche, ils ne veulent pas de scrutin sur la totalité du projet de loi. « Un texte sur lequel le Parlement n’a pas voté est un texte fragile », assure Guillaume Gontard.

« Nous n’aurons pas la même stratégie que la FI car ce n’est pas notre culture »

Autre question après les vives critiques, au sein de la Nupes, contre les méthodes employées (dont le dépôt de 13 000 amendements) par la France insoumise : assistera-t-on aux mêmes débats houleux qu’au Palais Bourbon ? « C’est le gouvernement qui a fait le choix de l’obstruction. S’il n’avait pas procédé de cette façon, nous n’aurions pas assisté au pugilat de l’Assemblée nationale », regrette Cathy Apourceau-Poly. « Nous n’aurons pas la même stratégie que la FI car ce n’est pas notre culture. Il faut nommer les choses : c’est une loi de classe qui porte une grande violence, complète Raymonde Poncet Monge. Par contre, je ne dirai pas qu’Olivier Dussopt est “un assassin”, mais que cette loi va faire plus de morts au travail. »

D’où qu’ils viennent, les sénateurs ont peu goûté un communiqué de la formation de Jean-Luc Mélenchon, absente du Palais du Luxembourg, leur intimant « solennellement » de « tout faire pour empêcher l’adoption de la réforme des retraites à 64 ans ». Et son numéro 1, Manuel Bompard, d’ajouter : « Je pense qu’il ne faut pas supprimer des amendements pour aller plus vite à l’article 7. Je ne vois pas pourquoi on accepterait de saborder le débat parlementaire pour faire plaisir à M. Macron. »

La gauche sénatoriale y voit une tentative d’ingérence. « Nous sommes à même de définir notre propre stratégie, en fonction de ce qu’est le Sénat. On peut porter les choses différemment », recadre Guillaume Gontard. « Je veux qu’on nous laisse mener la bataille comme on l’entend. Nous n’avons besoin de personne pour nous dicter notre conduite : mon seul guide sera les gens que je rencontre quotidiennement », ajoute Cathy Apourceau-Poly. Ceux-là mêmes qui attendent une gauche pugnace et unie.

Retraites. Le gouvernement fait ce qu’il veut du texte de loi

Dans le projet de report de l’âge légal à 64 ans transmis au Sénat, le gouvernement a rétabli l’article 2, rejeté par les députés, et retenu uniquement les amendements de l’Assemblée qui lui plaisaient. Le tout grâce à un article 47.1 détourné.

Publié le
Mercredi 22 février 2023

La réforme des retraites commence de plus en plus à ressembler à une opération de tripatouillage institutionnel. Juristes et constitutionnalistes s’arrachent chaque jour les cheveux depuis que l’article 47.1 a été brandi pour repousser l’âge de départ légal à 64 ans.

Imaginez : cet article permet de faire adopter un texte de loi sans qu’il soit voté ni par l’Assemblée ni par le Sénat, grâce à des ordonnances exceptionnelles non soumises à habilitation et ratification parlementaires. Le tout au nom d’un péril imminent de faillite concernant les comptes de la Sécurité sociale qui n’existe pas…

Avec l’article 47.1, « nous sommes dans l’inédit et l’absence totale de jurisprudence »

« Même lors de la crise du Covid, le gouvernement n’a pas proposé de budget rectificatif de la Sécurité sociale, alors que l’on aurait pu considérer que les hôpitaux en avaient besoin. Et, là, l’exécutif impose l’examen d’un budget rectificatif deux semaines après la promulgation de son budget initial », observe le sénateur PCF Fabien Gay, qui dénonce « un déni démocratique et un contournement de notre Constitution visant à passer en force ».

Si le texte de loi n’a pas été voté à l’Assemblée, il peut encore l’être au Sénat, ou à l’Assemblée après une potentielle commission mixte paritaire conclusive. Il peut aussi être adopté via un 49.3, où le texte est réputé validé en cas d’échec d’une motion de censure.

Mais où en est justement le texte ? En l’absence de vote à l’Assemblée, le gouvernement doit normalement transmettre au Sénat soit son propre texte, vierge de toute retouche par les députés, soit le texte dans l’état où l’ont laissé les députés, qui ont supprimé l’article 2 et adopté plusieurs amendements.

Sauf que le gouvernement a décidé de rétablir l’article 2 et de faire le tri parmi les amendements adoptés. « Ce qui peut paraître extrêmement bizarre, car vous ne pouvez pas habituellement introduire d’article à la carabistouille », indique le constitutionnaliste Benjamin Morel, qui précise qu’avec l’article 47.1 « nous sommes dans l’inédit et l’absence totale de jurisprudence ».

Une procédure invraisemblable

« L’article 2 est rétabli car le texte n’a pas été voté à l’Assemblée. La loi organique permet au gouvernement de reprendre le texte initial en plus de faire le tri parmi les amendements retenus. La procédure liée à l’article 47.1 est invraisemblable mais légale », expose un spécialiste des arcanes du Sénat.

Ce qui montre que l’exécutif, qui a perdu la bataille de l’opinion et ne cherche même plus à défendre le fond de sa réforme, sait par contre se démener pour trouver la moindre ligne lui permettant de soumettre le Parlement. Qu’il semble loin, en comparaison, le mois de janvier 2017, durant lequel l’actuel ministre du travail, Olivier Dussopt, déclarait : « On devrait passer soit à une VIe République, soit à une vraie modification de la Constitution. Sur le déséquilibre entre le pouvoir parlementaire, donc législatif, et le pouvoir exécutif, il y a des choses qui sont particulièrement gênantes. Je pense que le Parlement n’a pas assez de poids et de pouvoirs face au pouvoir exécutif et qu’il faudrait rééquilibrer ». Mais ça, c’était avant d’être ministre…

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23 février 2023 4 23 /02 /février /2023 12:31
Envolée des prix de l'électricité et du gaz, marché de l'énergie: l'immense gabegie!

Envolée des prix de l’électricité et du gaz, marché de l’énergie: l’immense gabegie!

La crise énergétique bat son plein. Les coûts de l’énergie explosent mettant en grande difficulté les particuliers, comme les entreprises et les collectivités. Le gouvernement fait mine d’aider, un peu et de manière insuffisante, tout en refusant de s’attaquer aux causes réelles du problème.

Pour certains ménages, la situation est dramatique: les 2/3 des ménages en électrique sont en tarif réglementé et 1/4 des ménages pour le gaz.

Cela veut dire que nombre de familles subissent, comme les entreprises, la folie du marché et ce d'autant que les démarcheurs commerciaux des énergéticiens ont pour tradition d'aller dans les quartiers populaires depuis la libéralisation car cela leur est plus facile de convaincre de changer d'opérateurs et d'abonnement chez les personnes âgées, ou chez les personnes aux revenus les plus modestes, ou encore par téléphone. Et le tarif réglementé du gaz s'arrête cet été.

Citons l'exemple d'une dame à Brest qui a une facture de régularisation 2022 de Total énergie de 6000€ (elle a déjà payé 2000 euros) alors qu'elle travaille en temps partiel subi. Son KwH est à 50 centimes TTC et 18 centimes pour le tarif réglementé sans même avoir 18 degrés dans son logement.

Pensons aussi au cortège de drames des fermetures de boulangeries ou d'industries, dues à l'augmentation faramineuse du coût de l'énergie, et au chômage qui peut suivre.

Le coût de l'énergie en France qui devient plus élevé que les coûts salariaux aura des effets dissuasifs pour les investisseurs.

Les conséquences catastrophiques de cette gabegie sur notre société toute entière sont à relever, avec l'inflation généralisée des prix et des répercussions sur les particuliers, l'économie, les collectivités, les industries et l'artisanat, le chômage, l'écologie...

La guerre en Ukraine n'étant qu'un prétexte révélateur et la cause véritable la spéculation capitaliste qui a trouvé un espace de profitabilité extrême dans le secteur de l'énergie privatisé et libéralisé.

Le PCF vous aide à y voir plus clair!!! 

Comment est-on passé, en 25 ans, d’une situation d’autosuffisance de production d’électricité et de contrat de gaz de longue durée stabilisés, à la situation énergétique d’aujourd’hui?

Les directives européennes de l’énergie ont organisé, depuis le début des années 2000, la libéralisation-privatisation du secteur. Les pouvoirs politiques qui se sont succédé depuis se sont appliqués à démanteler EDF et à libéraliser le secteur de l’énergie.

Ces directives s’appuient sur le Traité de Maastricht (1992), puis le Sommet européen de Lisbonne (2002). Le but: satisfaire les appétits des capitalistes en privatisant les secteurs publics très rentables dans le domaine de l’eau, des transports, des télécoms et de l’énergie notamment.

Cela a généré en France, en 2004, la transformation d’EDF en société anonyme avec l’ouverture de son capital en 2005.

Depuis le 1er juillet 2007 (présidence de Nicolas Sarkozy) le marché de l’électricité est ouvert à la concurrence pour les particuliers.

En 2010, Nicolas Sarkozy et François Fillon font adopter la loi NOME (Organisation du Marché de l’Electricité) avec l’Arenh (accès régulé à l’électricité nucléaire historique), Nicolas Sarkozy qui n’hésite pas à endetter EDF de 7 milliards d’euros!

Ce système fait obligation à EDF de revendre 1/4 de sa production nucléaire à ses concurrents à un tarif très bas leur permettant de faire des profits (le prix de revente de l’électricité à prix cassé d’EDF est de 42 euros-46 euros le Mwh alors que la cour des Comptes estime que le coût de revient se situe entre 50€ et 55€!). Aujourd’hui, avec le prix de l’énergie fixé par le marché, des opérateurs peuvent revendre l’électricité nucléaire à 500€ le Mwh dans le cadre de l’Arenh (Accès régulé à l’électricité nucléaire historique).  Actuellement, Total revend son électricité nucléaire acheté à prix bradé à EDF dans le cadre de l’Arenh 180, 200, 300, 400, 500 euros, en fonction de la fluctuation des marchés et de la loi de l’offre et de la demande, sachant qu’on est plutôt en manque d’électricité en ce moment, ayant fragilisé les capacités d’investissement et de maintenance d’EDF sur son parc. C’est ainsi que Fabien Roussel, responsable du PCF, estime que Total Energies a volé entre 6 et 8 milliards à EDF, une part non négligeable des 36 milliards de bénéfices de Total Energies, alors que la facture énergie bondit pour les particuliers et les familles, les entreprises, les collectivités.

Ces concurrents qui se devaient au bout de 12 ans de produire leur propre électricité… ne produisent toujours rien, ou si peu. Ils se gavent sur le dos d’EDF et spéculent sur le dos des consommateurs.

Avant la loi NOME et l’ouverture du marché au particulier le prix du KWh des Tarifs régulés de vente (TRV) reflétait le coût de production du transport et de la distribution ajoutés à l’amortissement des moyens de production. C’était l’État qui fixait les prix sur proposition d’EDF. Les taxes étaient composées de la TVA et de la TLE (taxe locale de l’électricité versée aux communes).

Aujourd’hui, c’est le cours de la bourse, avec la spéculation qui l’accompagne, qui entraîne la flambée des prix!

Désormais, c’est la Commission de régulation de l’électricité (CRE) qui propose le montant des TRV à l’Etat et ce ne sont plus les coûts de production de transport et de distribution restés stables qui entraînent la flambée des prix! C’est donc bien le cours de la bourse de l’électricité, la hausse des taxes et les marges exorbitantes des fournisseurs privés aux mains des actionnaires exigeant le meilleur rendement qui font s’envoler les tarifs.

Le PCF réclame le retour au Tarif régulé de l’énergie pour les particuliers, les entreprises, les collectivités. Au lieu de vagues promesses, véritables opérations de com sans réalité effective substantielle, de chèques énergie, de boucliers tarifaires… Les opérateurs financiers alternatifs n’ont plus à se faire du beurre sur le dos d’EDF et le nôtre.

Que penser d’un gouvernement qui promet aux PME, aux petits commerçants, de bloquer les tarifs qui leur seront appliqués à 280 € le Mwh alors que les opérateurs alternatifs achètent 70% de leur électricité 42 € le Mwh.

Autre aberration: le prix de l’électricité est fixé sur le prix du dernier Mwh produit, très souvent avec du gaz, donc indexé sur son cours aujourd’hui au plus haut, du fait de la guerre en Ukraine, alors qu’en France l’électricité est produite essentiellement avec du nucléaire et de l’hydrolique.

Le PCF demande à ce que l’on puisse s’extraire du marché européen de l’énergie quand les prix sont trop en décalage avec les réalités de la production et du prix de production. Nos voisins espagnols et portugais ont obtenu une dérogation de la commission européenne sur l’énergie: nous pourrions agir avec eux.

Il faut en finir avec le racket de l’Arenh qui subventionne des acteurs alternatifs qui ne produisent rien et qui accumule les profits.

Regagnons ensemble notre maîtrise publique de l’énergie, de l’électricité et du gaz, avec nos deux Epic EDF et GDF 100% publics, permettant aux collectivités locales, aux entreprises, aux usagers d’accéder à des tarifs régulés de vente calculés sur les coûts de production de transport et de distribution.

La nationalisation d’EDF-GDF qui a permis à la France de bénéficier d’une souveraineté énergétique partielle, et d’une électricité accessible et peu chère, a été l’œuvre du programme du Conseil National de la Résistance, mis en œuvre dans ce domaine par le ministre communiste Marcel Paul, ancien enfant de l’assistance publique, paysan puis ouvrier, dirigeant syndical CGT, résistant et déporté, qui deviendra ministre de la Production industrielle à la Libération. Le combat de sa vie fut la création de l’entreprise publique EDF GDF et du programme de production d’électricité par la réalisation de grands équipements hydro-électriques et nucléaires.

Aujourd’hui, les villes et l’ensemble des collectivités territoriales construisent leur budget 2023 dans un contexte de baisse réelle des dotations de l’État, non réévaluées à la hauteur de l’inflation, et d’une facture énergétique qui plombe littéralement les finances, affectant les taux d’épargne et les capacités d’investissement. Ces collectivités peinent à construire leur budget 2023 sans dégrader le service public. Elles sont exposées à des renoncements d’investissements, à l’abandon de certains projets ou à des augmentations d’impôts.

Ainsi, Quimper QBO doivent faire face à une augmentation de 5 millions d’€ de leur facture d’énergie, Morlaix de 1,2 million d’euros, Plomelin de 128 000€, etc.

Dans les lycées de la région Bretagne, l'impact sur les factures d'électricité est de + 480%, parfois plus, et pour les factures de gaz de + 70%. Les établissements ont vu leur facture multipliées par 4 ou 5 entre 2021 et 2022, et ce n'est pas fini.

L’envolée actuelle des prix du gaz et de l’électricité montre de manière cruelle aux usagers à quel point il est important que notre pays retrouve sa souveraineté sur la fixation des prix de l’énergie. Ce ne sont pas les coûts de production de transport et de distribution restés stables qui entraînent la flambée des prix, mais bien le cours de la bourse de l’électricité, la prédation des spéculateurs et des actionnaires qui font s’envoler les tarifs générant les super profits de Total énergie, d’Engie et des autres « fournisseurs dits alternatifs » laissant 13 Millions de personnes en situation de précarité énergétique. Il est aujourd’hui primordial de maintenir les tarifs réglementés du gaz et de l’électricité qui reflètent les coûts réels de production et de distribution, d’en finir avec le pillage organisé de l’Arenh et d’abolir la loi Nome.

A l’instar de nos voisins espagnols et portugais nous devons déroger au droit européen pour sortir l’énergie des griffes du marché pour retrouver notre maîtrise publique de l’énergie et un service public conforme à l’héritage de la nationalisation de 1946. La France a le poids politique nécessaire pour l’obtenir.

Sortir du marché ne signifie pas une sortie du système électrique européen, les interconnexions et les échanges entre opérateurs, fondés sur des contrats bilatéraux mutuellement avantageux, doivent être garantis.

L’énergie est un bien vital dont chaque être humain a besoin pour se nourrir, se chauffer, se déplacer ou se soigner il ne peut être confié aux marchés financiers.

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23 février 2023 4 23 /02 /février /2023 06:50
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23 février 2023 4 23 /02 /février /2023 06:47

 

Les chiffres publiés sur la fortune des très riches donnent le vertige. En regard, les déficits annoncés de notre régime de retraites paraissent bien modestes...

 

 

Mais Bernard Arnault n’est pas seulement un « riche ». C’est un capitaliste. Les 200 milliards qu’il possède, paraît-il, ne sont pas les revenus qu’il a touchés au cours de l’année 2022. C’est une évaluation de sa participation dans le groupe LVMH et de ses autres placements financiers. Ces titres, ces actions représentent des ateliers, des usines, des magasins, des banques... où des salariés travaillent et produisent des richesses. C’est en pompant sur ces richesses que Bernard Arnault et les autres membres de l’oligarchie financière accumulent leur fortune. Leur problème – et, malheureusement, ils en font celui de toute la société – c’est qu’il leur en faut toujours plus ! C’est la loi du capital, autour de laquelle toute notre économie est organisée.

Par exemple, il n’y a pas si longtemps, la fortune de Bernard Arnault était « seulement » de 100 milliards. Pour en tirer un rendement de 10 %, il fallait prélever 10 milliards d’euros sur les richesses créées par les salariés. Pour avoir le même rendement avec 200 milliards de capital, il faudra prélever 20 milliards, deux fois plus. Plus le capital s’accumule, plus les « riches  » deviennent « riches », plus s’imposent l’obsession de la « baisse du coût du travail », la précarisation des emplois pour peser sur la masse salariale, l’austérité budgétaire contre les dépenses en faveur des services publics... et l’obstination à comprimer la part des richesses qui va au financement de la Sécurité sociale et des retraites.

Au lieu d’utiliser les gains de productivité pour réduire le temps de travail et pour payer les pensions des retraités de plus en plus nombreux, les groupes capitalistes s’en servent pour supprimer des emplois, en rejetant les travailleurs dans le chômage et la précarité. Aujourd’hui, un quart des personnes en âge de travailler sont frappées par le chômage ou le sous-emploi ! Mais tout cela ne fait que freiner la progression des richesses et rendre sans cesse plus insupportables les exigences de profits.

C’est cette logique délétère qui pousse Emmanuel Macron à s’obstiner dans sa réforme contre la volonté des trois-quarts des Français. C’est elle qui a produit la succession des mesures qui ont dégradé les droits des salariés et la situation des retraités depuis trente ans. Et la Cour des comptes annonce déjà que le report de l’âge de la retraite ne suffira pas et qu’il faudra encore d’autres réformes ensuite !

Le PCF propose de faire prévaloir progressivement une autre logique, en actionnant tous les leviers qui aideront les salariés à prendre du pouvoir sur l’utilisation de l’argent pour changer les buts et les critères de la gestion des entreprises. Désintoxiquer les entreprises de la finance en frappant d’une surcotisation leurs revenus financiers, qui ont atteint 385 milliards en 2021. Et surtout les emmener vers un chemin de création saine de richesses, en augmentant les cotisations patronales et en les modulant pour les pousser à développer l’emploi, la formation, et donc la création efficace de richesses.

Avec 5 millions d’emplois supplémentaires, on obtiendra ainsi assez d’argent pour augmenter les salaires, prélever davantage de cotisations, et ainsi financer les 100 milliards de dépenses supplémentaires que nécessitera la mise en place d’un système de retraites digne du XXIe siècle.

Ces propositions rejoignent l’appel lancé le 18 janvier dernier par soixante personnalités très diverses, rejointes depuis par beaucoup d’autres. On peut consulter et soutenir cet appel à cette adresse : https://frama-forme-1674048256 

 

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21 février 2023 2 21 /02 /février /2023 06:26

 

 

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