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14 mars 2018 3 14 /03 /mars /2018 11:21
Le massacre d'Afrin: Jean-Emmanuel Ducoin, l'Humanité - 13 mars 2018
« Le massacre d’Afrin », l’éditorial de Jean-Emmanuel Ducoin dans l’Humanité de ce jour !
 

 

 
Silence ! Le dictateur Recep Erdogan massacre…Les nouvelles les plus alarmantes nous parviennent de la vile d’Afrin, cette enclave à majorité Kurde située au Nord-ouest de la Syrie. Depuis plusieurs jours, l’avancée des forces turques semble, hélas, irrépressible. C’est un déluge de fer et de feu sans discontinuer, par voies aériennes et terrestres, qui s’abat sur la population de cette cité déjà martyre. Une ONG alertait l’opinion mondiale, hier, que des milliers de civils avaient fui ou tentaient de fuir, redoutant l’assaut final. Ce n’est rien d’autre qu’un massacre programmé qui se prépare, une guerre totale contre les Kurdes menée par le « président » turc et ses supplétifs syriens : des islamistes de Daech ! Èrdogan construit dans le sang sa domination régionale, dont les répercussions géopolitiques risquent de déstabiliser toute la région, sinon l’équilibre du monde. Rappelons que  la Turquie est un pays extérieur à la Syrie, qu’elle utilise son aviation en violant un espace aérien et que, de surcroît, elle est membre de l’OTAN, tout comme la France…Même François Hollande s’en est ému, hier dans un entretien au Monde : « Quel est cet allié turc qui frappe nos propres alliés avec le soutien au sol de groupes djihadistes ? », s’indigne l’ex-président, sortie de son silence « diplomatique »…
 
Comment oublier, en effet, que le peuple kurde a été la pointe avancée de la bataille contre les armées de l’islamisme politique en Irak et en Syrie ; qu’il a été le meilleur allié, reconnu comme tel, le plus brave et le plus fidèle – femmes comme hommes – pour combattre Daech ? Comment ne pas voir qu’Erdogan veut assassiner le peuple kurde partout, jusqu’en Syrie, jusqu’à Afrin où il met en danger de mort les milliers de réfugiés qui avaient trouvé asile dans cette poche de liberté ? le temps presse pour sauver Afrin de la folie d’Erdogan et de ses coreligionnaires islamistes, pour éveiller les consciences en Europe face à la situation catastrophique de cette enclave face à un probable nettoyage ethnique, et surtout, pour contraindre les Nations unies à stopper le dictateur Erdogan par tous les moyens ! Le silence et l’inertie des pays occidentaux concernés ont assez duré.
Le massacre d'Afrin: Jean-Emmanuel Ducoin, l'Humanité - 13 mars 2018
Syrie. A Afrin, Erdogan profite des manœuvres des grandes puissances
PIERRE BARBANCEY
MARDI, 13 MARS, 2018
L'HUMANITÉ
 
 

Le président turc dit maintenant vouloir étendre son offensive sur Afrin jusqu’à la frontière irakienne, profitant de son appartenance à l’Otan et des stratégies opposées de Moscou et de Washington. La France aurait interpellé Ankara.

Le canton d’Afrin est, depuis le 20 février, soumis à une terrible offensive de l’armée turque et de ses supplétifs, pour la plupart anciens membres de l’organisation dite de l’« État islamique », Daech. Des centaines de civils ont été tués, des dizaines de milliers d’entre eux sont forcés de fuir. Les déclarations, ce week-end, du président turc Recep Erdogan ne souffrent plus aucune ambiguïté. Son but ultime n’est pas seulement la province d’Afrin. Il veut en finir avec l’existence même de l’expérience du Rojava. Si rien n’est fait, Afrin pourrait tomber malgré la vaillance des combattants kurdes (YPG), bien isolés. Ils sont victimes du jeu des grandes puissances, Russie et États-Unis en tête, qui ne leur prêtent pas main-forte pour des raisons opposées. La France serait enfin intervenue avec fermeté auprès d’Ankara sans vraiment d’effet. Si le sort de la Ghouta, aux portes de Damas, inquiète à juste titre au Rojava, il s’agit de nettoyage ethnique.

Trois semaines après le lancement par la Turquie de l’opération « Rameau d’olivier » en territoire syrien visant à reprendre le canton d’Afrin, la situation est de plus en plus dramatique. Selon l’ONU, 323 000 personnes se trouveraient dans cette zone. Plus de 200 civils auraient déjà été tués. Malgré la résistance acharnée des unités combattantes kurdes (YPG), les troupes turques et leurs supplétifs islamistes – dont beaucoup étaient dans les rangs de Daech – continuent à avancer pour encercler totalement Afrin et couper notamment la seule voie d’accès, au sud-est, la route venant d’Alep, qui permet aux renforts kurdes d’arriver. Une offensive facilitée par l’attitude des différentes puissances impliquées et présentes en Syrie et sur laquelle jouent les autorités turques, exploitant leurs contradictions.

La Russie, qui est censée contrôler l’espace aérien au-dessus d’Afrin, laisse complaisamment l’aviation turque bombarder. Pour Moscou, tant que les représentants kurdes n’auront pas signé un accord avec Damas pour que le pouvoir central reprenne pied dans cette région, ils subiront l’agression, les Russes allant même jusqu’à s’opposer à l’arrivée de l’armée syrienne, contrairement à l’Iran qui voit d’un mauvais œil ce renforcement régional d’Ankara. Washington, de son côté, soutient les Forces démocratiques syriennes (FDS), composées d’unités kurdes et de milices arabes. Les États-Unis, qui ont des troupes basées à Manbij, au Rojava (Kurdistan de Syrie), ne tentent rien pour empêcher Ankara de poursuivre son opération. Ils pourraient même souhaiter la chute d’Afrin, qui signifierait la fin des contacts entre les Kurdes et les Russes à l’est de l’Euphrate. Il est vrai que la Turquie est membre de l’Otan depuis 1952. C’est un pilier de la stratégie militaire de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord. Le président turc, Recep Erdogan, le sait bien, qui se permet de tancer l’Alliance atlantique. « Ohé, l’Otan ! Avec ce qui se passe en Syrie, quand allez-vous venir et nous rejoindre ?, a-t-il lancé devant ses partisans réunis à Bolu, à l’est d’Istanbul. Nous sommes en permanence harcelés par des groupes terroristes à nos frontières. Malheureusement, jusqu’à aujourd’hui, il n’y a pas eu une seule voix ou un seul mot positif » de l’Alliance atlantique. Après tout, il peut se gargariser des déclarations du secrétaire général de l’Otan, Jens Stoltenberg, qui avait réagi à l’opération turque en Syrie en déclarant qu’Ankara avait le droit de se défendre, mais que « cela devait se faire de façon proportionnée et mesurée ». En langage diplomatico-militaire, ce n’est rien d’autre qu’un feu vert pour une intervention.

François Hollande dénonce l’opération turque

Devant le silence pour le moins complice des grandes puissances, en tout cas sans aucune pression exercée contre son pays, le président turc est allé encore plus loin. Il a affirmé, samedi, que l’opération actuellement menée serait étendue en direction de la frontière irakienne. Une fois Afrin « nettoyée des terroristes, nous nettoierons aussi Manbij, Aïn al-Arab (nom arabe de Kobané — NDLR), Tal Abyad, Ras al-Aïn et Qamichli », a-t-il averti dans un discours télévisé prononcé à Mersin, dans le sud de la Turquie. Kobané revêt une signification symbolique puisque cette ville avait été au cœur d’intenses combats entre l’EI et les YPG, qui avaient réussi à la reprendre aux djihadistes en janvier 2015, au terme de quatre mois d’affrontements. Quant à Qamichli, elle est en grande partie sous le contrôle des autorités kurdes locales, mais les forces de Damas y ont une présence limitée.

Se dessine ainsi le véritable but de Recep Erdogan : mettre fin à l’expérience d’autonomie démocratique au Rojava, et par là même empêcher une telle solution pour la Turquie. Saleh Muslim, ancien coprésident du Parti de l’Union démocratique (PYD, dominant au Rojava), maintenant en charge des relations internationales pour le TEV-DEM (le Mouvement pour une société démocratique), le souligne : « Pour nous, il n’y a aucune différence entre Afrin et les autres régions du Kurdistan. Afrin est la continuation des massacres à Sur, Cizre, Nusaybin (villes de Turquie – NDLR) et à Sinjar (localité au nord-ouest de l’Irak où vit une majorité yézidie d’origine kurde – NDLR) ». Par ailleurs, le dirigeant kurde a dénoncé le fait que « l’état turc massacre le peuple d’Afrin avec des armes d’Europe » – les chars, notamment, sont allemands –, ce qui « est inacceptable » à ses yeux.

Le député communiste Jean-Paul Lecoq est intervenu auprès de la présidente de la commission des Affaires étrangères de l’Assemblé nationale. Jean-Luc Mélenchon a lancé un appel. Pierre Laurent, secrétaire national du PCF et sénateur de Paris, est intervenu, samedi, auprès de l’Élysée. « Erdogan construit ainsi dans le sang sa domination régionale, dont les répercussions géopolitiques sont extrêmement dangereuses pour la région, mais aussi pour la planète en permettant à Daech de se reconstruire », souligne-t-il. Même François Hollande, par ailleurs très critique vis-à-vis de Damas, dénonce, dans un entretien au Monde, l’opération turque et critique un certain laisser-faire des Occidentaux face à Ankara.

Ankara veut ouvrir une nouvelle porte de sortie aux islamistes

Selon nos informations, la présidence de la République française aurait envoyé un message à la Turquie pour exiger l’arrêt immédiat des bombardements. Ceux-ci ont cessé pour la première fois dans la nuit de dimanche à lundi, mais ont repris, hier, vers 9 h 30. Cette missive française demanderait également un retrait des troupes turques et de leurs supplétifs islamiques dans les vingt-quatre heures. Reste maintenant à l’ensemble des pays de l’Union européenne d’agir de même, en utilisant tous les moyens à disposition, économiques et politiques, pour contraindre Ankara à cesser le massacre.

Avec cette offensive, Erdogan veut faire d’une pierre deux coups. D’abord empêcher toute construction politique originale à sa frontière qui pourrait apparaître également comme une solution dans son pays, solution qu’il refuse. Il peut s’appuyer, d’ailleurs, sur le fait que l’Union européenne continue à placer le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) sur la liste des organisations terroristes. Or, le PKK est venu aider les YPG à combattre Daech, alors soutenu par la Turquie. Des poches de combattants de l’« État islamique » existent encore dans la vallée de l’Euphrate. Les unités kurdes étaient, ces dernières semaines encore, en première ligne pour les déloger. Ce n’est plus le cas, puisqu’il a fallu envoyer des troupes en renfort pour résister à l’invasion turque. Par ailleurs, outre la Ghouta orientale, aux portes de Damas, la dernière grosse poche tenue par les islamistes en Syrie se trouve dans le district d’Idleb, non loin d’Afrin, et est frontalière avec la Turquie, source de ravitaillement en personnel, en vivres et en armes. Fort de sa présence en territoire syrien, Ankara veut maintenant ouvrir une nouvelle porte de sortie aux islamistes. En permettant un accès par la ville frontière d’Azaz, et en permettant l’exfiltration vers Idleb des groupes armés liés à al-Qaida se trouvant dans la Ghouta orientale.

Grand reporter
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14 mars 2018 3 14 /03 /mars /2018 09:28
André Chassaigne

André Chassaigne

"Mépris", "dictature technocratique", "hyperprésident" : André Chassaigne critique l’exécutif

mercredi 14 mars 2018

André Chassaigne a dénoncé, le 13 mars lors de la séance des questions au gouvernement, l’attitude du gouvernement vis-à-vis du Parlement.

"Les dernières initiatives du Gouvernement sont marquées du sceau du mépris à l’égard de la représentation nationale et donc de la démocratie" précisé le président du groupe communiste.

" Mépris, le recours aux ordonnances pour la réforme ferroviaire ; mépris, le recours au vote bloqué pour empêcher le vote de notre proposition de loi sur les retraites agricoles, adoptée à l’Assemblée et soutenue par le Sénat. Mépris, le rejet, sans discussion, de toutes les propositions portées par les groupes d’opposition.

Ces coups de force répétés, monsieur le Premier ministre, marquent une dangereuse dérive aux accents de dictature technocratique."

"Ils donnent le ton de la réforme des institutions à venir, avec en particulier la restriction du droit d’amendement des parlementaires. Il ne s’agit pas simplement de « rationaliser » ou de « rafraîchir » le fonctionnement du Parlement : c’est l’avenir même de notre démocratie qui est en jeu. (Mêmes mouvements.) C’est pourquoi le peuple doit décider, en dernier ressort, de l’adoption ou non de ces réformes structurelles. L’enjeu démocratique exige la tenue d’un référendum. Il ne peut s’agir, monsieur le Premier ministre, d’une option politique soumise à marchandage : c’est une obligation démocratique !

C’est au peuple de choisir, de dire s’il souhaite que ses représentants élus soient remplacés par la « technocrature » ; s’il souhaite que les propositions portées par l’exécutif ne soient plus débattues par les représentants du peuple ; s’il souhaite en finir définitivement avec le pouvoir législatif des parlementaires ; s’il souhaite donner les pleins pouvoirs à un hyper-président dont l’objectif est d’amplifier la casse sociale. Monsieur le Premier ministre, avoir peur de l’intelligence du peuple serait l’ultime preuve de la conception antidémocratique de l’exercice du pouvoir politique qu’a l’exécutif. La majorité va-t-elle se plier à cette obligation démocratique ?"

Réponse du Premier ministre : toutes les techniques utilisées par le gouvernement - recours aux ordonnances, vote bloqué - "sont prévues par la Constitution"...

"MÉPRIS", "DICTATURE TECHNOCRATIQUE", "HYPERPRÉSIDENT" : ANDRÉ CHASSAIGNE (PCF) ÉREINTE L'EXÉCUTIF( LCP - 13 mars 2018)
 
Sous les applaudissements de l'ensemble de l'opposition, le chef de file des députés communistes a dénoncé, mardi, l'attitude du gouvernement vis-à-vis du Parlement. Réponse du Premier ministre : toutes les techniques utilisées par le gouvernement - recours aux ordonnances, vote bloqué - "sont prévues par la Constitution"...

Recours répétés aux ordonnances, déclenchement d'un vote bloqué au Sénat, projet de limiter le droit d'amendement des parlementaires... Pour André Chassaigne, la coupe est pleine. Mardi, lors des questions au gouvernement, le député communiste a dit tout le mal qu'il pensait des méthodes de l'exécutif :

Ces coups de force répétés marquent une dangereuse dérive aux accents de dictature technocratique.André Chassaigne, président du groupe GDR, 13 mars 2018

"Dictature technocratique", l'accusation a suscité la vive indignation des députés de la majorité. Pas de quoi freiner les ardeurs du chef de groupe, qui redoute le contenu de la future réforme des institutions. Il en appelle au référendum :

L'avenir de notre démocratie qui est en jeu, c'est pourquoi le peuple doit décider en dernier ressort de l'adoption ou non de cette réforme structurelle.André Chassaigne, président du groupe GDR, 13 mars 2018

L'élu du Puy-de-Dôme a égratigné au passage Emmanuel Macron, qualifié d'"hyperprésident", auteur d'une "casse sociale" susceptible d'être "amplifiée" par les projets de loi à venir.

"Je ne suis pas d'accord avec vous"

Face aux applaudissements des bancs de l'opposition, Édouard Philippe a tenté de calmer le jeu et a rappelé les règles de la Ve République :

Je vois donc un député communiste expliquer dans cette Assemblée que le recours à des dispositions constitutionnelles est un déni de démocratie, je ne suis pas d'accord avec vous !Édouard Philippe, 13 mars 2018

En revanche, le premier ministre a pris soin de ne pas s'engager sur la tenue d'un éventuel référendum. La méthode susceptible de mener à bien la réforme constitutionnelle reste en effet la grande inconnue, le gouvernement poursuivant ses consultations sur ce sujet délicat.

Réforme des institutions: André Chassaigne (PCF) appelle au référendum

AFP - mardi 13 mars 2018

Le chef de file des députés communistes, André Chassaigne, a réclamé mardi un référendum sur la réforme des institutions, mettant au "défi" Emmanuel Macron de soumettre au "choix du peuple" des propositions susceptibles d'"écrabouiller" le Parlement.

Tonnant contre la volonté de l'exécutif d'"un pouvoir législatif écrabouillé, de droits du Parlement rapetissés" et affirmant que "tout est mis en oeuvre pour que le Parlement ne puisse pas accepter cette réforme", le patron du groupe a lancé, lors d'une conférence de presse au côté d'une dizaine d'élus PCF, que "le peuple doit choisir".

"Il doit choisir s'il souhaite la mise en place d'une dictature technocratique, le peuple doit choisir s'il souhaite que les propositions de l'exécutif ne soient plus débattues par les représentants du peuple", a ajouté l'élu du Puy-de-Dôme, pour lequel "il y a une obligation démocratique de (les) soumettre au référendum".

Cette figure de l'Assemblée nationale a souligné que "c'est un défi que nous lançons au président de la République: que cette réforme soit soumise au peuple, dont nous n'avons pas peur, avec un vrai débat. On en a connu d'autres par le passé, et on verra quel sera le résultat de celle-là".

Convaincu qu'avec "les propositions frontales du président de la République, des déséquilibres de la Ve République vont être encore aggravés", l'un des porte-parole du groupe, Pierre Dharréville a, lui, insisté sur la volonté des communistes de "ne pas se laisser enfermer dans un débat parcellaire".

Pour Sébastien Jumel, autre porte-parole, "il y a une multiplication des initiatives de l'exécutif pour faire éclater l'unicité de la République et de la loi qui protège", par exemple "sous couvert d'un droit à la différenciation" des territoires.

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14 mars 2018 3 14 /03 /mars /2018 09:24
 Pour contrer l’offensive antisociale de Macron, Pierre Laurent espère « une expression commune des dirigeants de gauche ». Julien Jaulin/Hanslucas

Pour contrer l’offensive antisociale de Macron, Pierre Laurent espère « une expression commune des dirigeants de gauche ». Julien Jaulin/Hanslucas

Gauche. Le PCF « sur de multiples fronts de riposte »
JULIA HAMLAOUI
MARDI, 13 MARS, 2018
L'HUMANITÉ
Pour contrer l’offensive antisociale de Macron, Pierre Laurent espère « une expression commune des dirigeants de gauche ». Julien Jaulin/Hanslucas
 

Le secrétaire national du Parti communiste, Pierre Laurent, a annoncé hier une série d’initiatives pour répliquer au « pouvoir Macron qui attaque tous azimuts ».

Après une offensive parlementaire, la semaine dernière, à l’occasion de ses niches à l’Assemblée nationale et au Sénat, le PCF a annoncé hier de multiples initiatives « face au pouvoir Macron qui attaque tous azimuts pour détruire le modèle social français et continuer de couvrir de cadeaux les plus riches au détriment du plus grand nombre ». « Nous sommes en train de réussir le déploiement du PCF sur de multiples fronts de riposte, d’opposition et de contre-propositions », a estimé son secrétaire national, Pierre Laurent, à l’occasion d’une conférence de presse.

Avec 46 visites d’hôpitaux et d’Ehpad dans 25 départements à leur actif, les députés et sénateurs communistes en ont programmé 88 de plus dans 37 départements. L’objectif : outre soutenir les mobilisations des salariés et des usagers en matière de conditions de travail et d’accès aux soins, déboucher sur une proposition de loi pour une nouvelle organisation hospitalière et une autre pour un service public de l’autonomie. « Elles s’ajoutent à celle défendue par le député Pierre Dharréville pour les aidants familiaux que le gouvernement a refusé de voter sans aucun argument », a précisé Pierre Laurent.

Une campagne « Mon train, j’y tiens – SNCF 100 % publique »

Sur le terrain parlementaire, les élus du PCF ont également décidé de poursuivre la mobilisation en faveur de leur proposition sur les retraites agricoles validée par l’Assemblée, mais à laquelle le gouvernement a opposé un vote bloqué au Sénat contre l’avis de tous les groupes, à l’exception de LREM. « Nous lançons une pétition pour soutenir ce projet de revalorisation des retraites agricoles et nous donnons rendez-vous au gouvernement le 16 mai », lors du réexamen de la proposition au Palais du Luxembourg, a lancé le sénateur de Paris, rappelant qu’il s’agit de porter ces « retraites à 85 % du Smic agricole, soit au niveau du seuil de pauvreté ». La pétition devait être en ligne dès aujourd’hui.

Face à un « projet aberrant de privatisation et d’ouverture à la concurrence » de la SNCF, les communistes lancent également une campagne sous le slogan « Mon train, j’y tiens – SNCF 100 % publique » qui doit prendre corps dans une « quinzaine de mobilisations à partir du 20 mars » à destination des usagers. « La première urgence est de créer un front populaire, citoyen, de soutien à une politique ferroviaire ambitieuse, de construire ce rapport de forces dans la société », a insisté le sénateur de Paris, rappelant que « 280 comités locaux d’usagers existent déjà ». Interrogé sur l’appel d’Olivier Besancenot (NPA) à « un front commun qui aille de Jean-Luc Mélenchon à Benoît Hamon en passant par Pierre Laurent, Nathalie Arthaud et d’autres organisations », en vue de la mobilisation de la fonction publique et des cheminots du 22 mars, le secrétaire national du PCF, évoquant de premiers échanges notamment avec Benoît Hamon (Génération.s), la semaine dernière, s’est dit « favorable à une expression commune des principaux dirigeants de gauche » sous forme d’une tribune ou d’un déplacement commun. Dimanche, sur le plateau de France 3, Jean-Luc Mélenchon n’en avait, lui, pas écarté l’idée – préférant toutefois la formule de « combats communs » –, tout en réitérant sa proposition « d’un rassemblement populaire » qui, à l’automne dernier, avait crispé ses relations avec les organisations syndicales.

Sur le volet constitutionnel des projets gouvernementaux, Pierre Laurent s’est prononcé hier pour un référendum. Critiquant l’exercice « autoritaire » du pouvoir par Emmanuel Macron, il a fustigé la réforme que prépare le premier ministre et qui ne vise, selon le communiste, qu’à « renforcer le pouvoir personnel du président de la République au service des milieux financiers et du grand capital ».

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14 mars 2018 3 14 /03 /mars /2018 09:19
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14 mars 2018 3 14 /03 /mars /2018 09:15
Un froid de canard - L'hiver ne frappe pas que la CGT! par Karl Ghazi, à propos des attaques des médias contre le principal syndicat qui résiste aux politiques libérales et capitalistes
Un froid de canard
VENDREDI, 9 MARS, 2018
L'HUMANITÉ

L’hiver ne frappe pas que la CGT !. Par Karl Ghazi, syndicaliste CGT.

La CGT, décidément, est dans le collimateur. Après le Canard enchaîné, en décembre 2017, voilà le Monde qui, à point nommé, se lance dans une diatribe confuse (« L’hiver de la CGT », 27 février 2018) qui vise, au fond, son refus de se complaire dans un syndicalisme exclusivement institutionnel. L’article ne craint pas la contradiction : Philippe Martinez dirigerait la CGT « d’une main de fer », alors qu’on lui fait dire, quelques lignes plus bas, « les fédérations font ce qu’elles veulent » ou bien, au sujet d’InfoCom : « Ils ont bien le droit de dire ce qu’ils veulent. »

Beaucoup de faits cités sont réels. Mais leur mise en relation n’explique rien, sinon le goût des auteurs pour le syndicalisme d’accompagnement. Il est, bien sûr, permis d’écrire sur la CGT. Il est même nécessaire de débattre des raisons de l’affaiblissement du mouvement syndical dans son ensemble, confronté à une accélération sans précédent de la mutation des formes d’exploitation et des attaques libérales. L’atomisation des collectifs de travail, les contrats précaires, la sous-traitance sous toutes ses formes ou l’autoentrepreneuriat, couplés à la persistance d’un chômage de masse, ont placé toutes les organisations devant un défi qu’elles peinent à relever. Les raisons d’une crise réelle résident dans cette difficulté à être là où se trouve le salariat et à lui proposer des formes d’action efficaces.

Cette crise est indissociable d’une crise plus large qui frappe les partis politiques et les institutions. Elle est beaucoup plus profonde que les énumérations hétéroclites de l’article du Monde. Le mouvement syndical doit en prendre la mesure s’il veut continuer de peser dans les rapports de forces autrement que par une présence institutionnelle et un syndicalisme réduit à l’accompagnement.

Que dans les périodes de défaite, une radicalité verbale tente de conjurer les rapports de forces réels, c’est plutôt banal. Que des organisations soient tentées par un retour à un passé mythique, c’est une réalité. Mais c’est une conséquence et non la cause de l’affaiblissement des syndicats. Et comme le dit Philippe Martinez, cité par le Monde : « L’efficacité du syndicalisme ne se mesure pas dans la teneur ou la virulence des discours. »

Un syndicat, ce sont d’abord des adhérents. Pourquoi les salariés ne sont pas plus nombreux à se syndiquer ? L’absence de plus en plus marquée des syndicats auprès des salariés au quotidien est un fait qui ne relève pas de la seule responsabilité des organisations : l’éclatement du salariat et une répression féroce expliquent en grande partie des taux de syndicalisation très bas dans les secteurs qui se sont développés dans le tertiaire. Les ordonnances Macron vont aggraver cette réalité en faisant disparaître les délégués du personnel et les CHCST.

La question essentielle de la syndicalisation atteint tous les syndicats français. Plus que toute autre chose, cet assèchement par le bas atteint toute l’organisation syndicale : ses débats, ses idées, ses revendications, ses cadres et ses modes d’action. Quel syndicalisme au XXIe siècle ?

La réponse ne tient pas en quelques bruits de couloir. Ni dans des portraits à la serpe !

 
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14 mars 2018 3 14 /03 /mars /2018 08:26
Charles Nouailhetas, cheminot retraité, répond à François de Closets: soyez assuré de mon plus profond mépris!

Superbe droit de réponse d’ un cheminot retraité qui s’adresse à Mr De Closets car il en a marre d’ être insulté, sali par ce genre de personnage.
 

Charles Nouailhetas à Monsieur François de Closets,

J'ai travaillé sur les locomotives à vapeur de fin 1957 à mars 1967 et occupé le grade de MECRU (mécanicien de route) au dépôt parisien des Batignolles (là où fut tourné ''La bête humaine'') de février 1962 à juin 1981. Voyez-vous, le privilégié que j'étais est resté 14 années supplémentaires à un grade lié à la traction vapeur qui n'existait plus avant d'être promu au grade de CRRUP (conducteur de route principal).
Durant les années passées sur les locomotives à vapeur, j'ai perçu la fameuse prime charbon qui correspondait mensuellement à environ 15 euros d'aujourd'hui. Ceux qui m'apprirent alors ce très dur métier la percevaient aussi. Nombre d'entre eux avaient combattu ''les armes à la main'' comme ils disaient, l'envahisseur nazi. Jojo Mahieux avait même été promu ''compagnon de la libération'' par De Gaulle. Mais pour ''toucher'' la prime charbon, il fallait effectivement ''brasser'' des tonnes de ce minerai, avaler sa poussière qui tourbillonnait en continu sous l'abri, avaler aussi les fibres de l'amiante qui entourait tous les tubes et constituait les torchons servant à manier le ringard. Et pour quelques malheureux francs de l'époque, la plupart de ces travailleurs admirables sont morts prématurément, rongés par le charbon et l'amiante !
Lorsque vous avez publié votre livre ''Toujours plus'' au début des années 80, j'avais été outré, comme tous les anciens de la vapeur, par votre façon indigne de présenter les quelques retraités survivants de ce travail qui percevaient alors une infime partie de cette prime charbon dans leur pension, comme étant des privilégiés accrochés à des avantages dont la cause avait disparue depuis 20 ans !
Aujourd'hui, vous remettez ça. Trop c'est trop. Le seul pour qui cette prime charbon a été un privilège c'est vous. Elle a dû vous rapporter des millions pendant que mes camarades de la vapeur mourraient les uns après les autres pour avoir été exposés au charbon et à l'amiante dont vos poumons n'ont sans doute jamais connu les ravages. Puisque vous êtes ce que l'on présente comme un journaliste très compétent, communiquez sur le montant de cette prime et sur l'espérance de vie de ceux qui l'ont perçue. Vos lecteurs et auditeurs découvriront alors une réalité à l'opposé de ce que vous cherchez à démontrer depuis tant d'années et qui vous rapporte tant d'argent.
Vous êtes un falsificateur, un manipulateur grassement rémunéré pour participer à la démolition d'un service public où la conscience professionnelle est infiniment plus développée que celle que vous démontrez dans votre domaine d'activité.
En écrivant ce billet, j'ai, encore une fois, une pensée émue pour mon camarade Gérard Couëdel, décédé il y a 2 ans, rongé par le charbon et l'amiante. Il était un des derniers à percevoir quelques centimes d'euros pour cette prime à travers sa retraite. Désormais, autour de moi, c'est quasiment le désert parmi les anciens vaporeux. C'est pourquoi, pour eux, que je m'insurge contre vous. Vous êtes l'être le plus abject qu'il m'ait été donné de rencontrer. Vous êtes un charognard.
Soyez assuré de mon plus profond mépris.

Charles Nouaihetas

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11 mars 2018 7 11 /03 /mars /2018 08:22

Après avoir imposé le vote bloqué contre une proposition de loi communiste sur la revalorisation des retraites agricoles, le gouvernement a subi, mercredi soir, la colère des sénateurs de tous bords.

La scène a de quoi surprendre au Sénat. Des huées, des sénateurs de tous partis confondus qui frappent sur leur pupitre et une ministre de la Santé et des Solidarités qui a du mal à terminer ses phrases. « S’il vous plaît. Je vous demande de vous calmer » tente le président de la séance, le sénateur centriste, Vincent Delahaye.(voir la vidéo de tête)

La journée de mercredi a été mouvementée au palais du Luxembourg. Tout a commencé à 9H23, lorsque les sénateurs ont appris le choix de recourir à l’article 44-3 de la Constitution au sujet d’une proposition de loi communiste destinée à revaloriser les retraites agricoles. Par cet article, le gouvernement oblige l’assemblée saisie à se prononcer sur le texte en ne retenant que les amendements proposés ou acceptés par le gouvernement. 

« 7 minutes avant le début de l’examen » en commission

Le texte prévoyait de faire passer le minimum garanti pour les anciens chefs d’exploitation de 75% à 85% du Smic net agricole, soit de 871 à 987 euros par mois. 30.000 retraités supplémentaires bénéficieraient du dispositif pour un coût estimé 400 millions d’euros selon le gouvernement (voir notre article). La proposition de loi issue « de la niche parlementaire » du groupe communiste a été votée par les députés le 2 février 2017, et adoptée à l’unanimité en commission du Sénat. Quelle ne fut pas la stupeur des sénateurs, lorsqu’ils apprirent « 7 minutes avant le début de l’examen en commission » que le gouvernement allait recourir au vote bloqué  comme l’a expliqué Gérard Larcher, le président de la Haute assemblée. (voir notre article).

En l’espèce,  le Sénat  se voyait donc dans l’obligation de voter cette proposition de loi sur la hausse des retraites agricoles avec l’amendement du gouvernement qui reporte son application à 2020, afin de vérifier sa compatibilité avec la future réforme des retraites.

« Légiférer aujourd’hui serait prématuré » persiste Agnès Buzyn

Après la tenue exceptionnelle de la Conférence des présidents du Sénat en fin d’après-midi, la séance a repris dans la soirée dans une ambiance plus qu’hostile à l’égard des membres de l’exécutif présents, Agnès Buzyn et Christophe Castaner. C’est la ministre de la Santé qui prend la parole en premier. « Il ne s’agit pas d’un refus de prendre en compte la situation particulière des agriculteurs. Mais le gouvernement considère aujourd’hui que les conditions qui le permettraient ne sont pas réunies et que légiférer aujourd’hui serait prématuré » justifie-t-elle avant que ne descendent des travées de virulentes protestations .

Une heure plus tard, c’est le ministre en charges des relations avec le Parlement, Christophe Castaner qui tente de défendre la position du gouvernement. Entre-temps, à la tribune, la sénatrice communiste, Cécile Cukierman n’avait pas mâché ses mots à  son encontre : « Les parlementaires, les retraités agricoles ne sont les paillassons ni du gouvernement, ni du président de la République » (…) « C’est indigne. Votre nouveau monde est dangereux ».

« Ce n’est pas par une soirée de mois de mars qu’on trouve 400 millions d’euros »

« J’ai entendu des mots d’une violence, dont je pense qu’ils n’ont pas lieu dans cet hémicycle » lui a répondu Christophe Castaner avant de rappeler une nouvelle fois la position du gouvernement. « Le vote bloqué vous fait une proposition ce soir. Non pas d’abandonner le texte, non pas de se contenter de crier mais de faire en sorte que le texte soit applicable au 1er janvier 2020 (…) Tout simplement, parce que ce n’est pas par une soirée de mois de mars qu’on trouve 400 millions d’euros ». Une argumentation qui lui vaudra une nouvelle bronca.

Sur le recours au fameux vote bloqué, dont le ministre a rappelé qu’il avait déjà été utilisé « 226 fois au Sénat et 286 fois à l’Assemblée nationale » depuis le début de la Vème République, le président LR de la commission des affaires sociales, Alain Milon lui a rappelé que l’article 44-3 n’avait, en réalité, été utilisé que 9 fois pour une proposition de loi ». Un tonnerre d’applaudissement s’en est suivi (voir la vidéo). Un moment capté également par le portable du sénateur socialiste de Guadeloupe, Victorin Lurel.

Le groupe communiste a finalement décidé de reporter l’examen de leur proposition de loi au mercredi au 16 mai afin d’ouvrir « une période utile pour convaincre le gouvernement d’Emmanuel Macron de renoncer au coup bas porté au droit du Parlement et à la démocratie ».
Retraites agricoles, après avoir imposé le vote bloqué contre une proposition de loi communiste portant sur leur révalorisation, Castaner et Buzyn subissent la bronca du Sénat ( Public Sénat)
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11 mars 2018 7 11 /03 /mars /2018 07:46
Le député communiste de Seine Maritime, Jean-Paul Lecoq

Le député communiste de Seine Maritime, Jean-Paul Lecoq

Accord services aériens entre UE et Israël
par Lecoq Jean-Paul

Monsieur le président, monsieur le secrétaire d’État, madame la présidente de la commission des affaires étrangères, madame la rapporteure, mes chers collègues, permettez-moi tout d’abord de revenir un instant sur ce qui s’est passé en commission au moment de la discussion de ce texte – puisque c’est le groupe GDR, mon groupe, qui avait demandé qu’il fasse l’objet d’un débat en séance publique – : alors que j’étais en audition dans la pièce d’à côté, pour la mission d’information dans laquelle je siège, j’ai constaté que nous faisions l’objet de plusieurs interpellations, parmi lesquelles un procès en légitimité sur le fait d’amener en séance publique un accord relatif aux services aériens entre l’Union européenne et Israël. J’avoue qu’en regardant la vidéo, j’ai été subjugué par l’absence totale de recul de ces collègues qui se sont empressés de demander à Mme la présidente de la commission d’exercer son droit, par ailleurs inexistant, de demander l’annulation de ce débat.

Permettez-moi de vous dire, chers collègues, que demander l’interdiction d’un débat à l’Assemblée nationale jette le discrédit sur la fonction même de député.

Quel serait notre rôle si nous ne pouvions pas débattre de tous les textes qui nous sont proposés ? C’est notre droit le plus strict. Et plutôt que de l’empêcher ou de crier au scandale lorsque le débat déplaît, il vaudrait mieux plutôt prendre son courage à deux mains et monter à la tribune défendre des idées et parler du fond.

Le groupe GDR a demandé un débat sur ce texte puisqu’il s’agit d’un accord très libéral sur l’aviation civile. Sa racine prend la source dans les mêmes inepties d’économistes ultralibéraux obsédés par la concurrence que celles que j’ai dénoncées hier soir s’agissant de l’accord entre l’Union européenne et les États-Unis. Là encore, quelques phrases dans le préambule montrent l’inspiration idéologique très forte de cet accord : l’Union européenne et l’État d’Israël sont « désireux de promouvoir un système de transport aérien international fondé […] sur un marché soumis à un minimum d’intervention et de régulation étatiques », et il est même question plus loin des « avantages d’un environnement libéralisé » ; mais c’est la reconnaissance des « avantages potentiels de la convergence réglementaire » qui est tout de même le plus inquiétant.

En effet, la convergence réglementaire nous amène aux accords commerciaux dits de troisième génération ; le secrétaire d’État auprès du ministre des affaires étrangères les connaît bien puisqu’il y a parmi eux l’Accord économique et commercial global, dit CETA, dont l’objectif est d’abaisser les barrières non tarifaires des échanges, c’est-à-dire de créer une convergence des normes et des règlements pour normaliser le marché. Personnellement, je me sens plus pour une convergence des luttes contre la politique actuelle du Gouvernement, mais c’est une autre histoire… Les accords commerciaux penchent toujours vers une convergence réglementaire a minima, les plus protectrices d’entre elles étant toujours les premières à disparaître.

La politique de ciel unique en Europe repose sur un pilier de convergence normative en matière de sécurité, de sûreté et de protection de l’environnement. Je ne reviendrai pas sur ce dernier point puisque j’ai déjà longuement évoqué les questions environnementales hier soir, à propos de l’accord du même type que j’ai évoqué, mais espérons que la nature et les salariés des entreprises de transport aérien ne subiront pas trop le dumping qui semble se préparer, et que les protections statutaires qu’ils ont obtenues ne seront pas menacées.

Par ailleurs, il m’apparaît nécessaire d’aborder la question des méthodes utilisées par Israël pour accepter ou refuser les citoyens se rendant sur son territoire. Pour préparer cette intervention, j’ai lancé un appel à témoins auprès des citoyens français qui se rendent régulièrement en Israël et dans les Territoires palestiniens, et cela s’est révélé très intéressant.

Les témoignages les plus frappants ont porté sur le fait que plusieurs compagnies européennes dont Air France, et aussi la compagnie nationale israélienne, mais également des agences de sécurité a priori privées, se permettent de filtrer sur le sol français les passagers qu’ils vont autoriser ou non à monter à bord des appareils à destination d’Israël. Plusieurs histoires me sont parvenues de citoyens ayant leur billet et leurs papiers en règle, et qui se sont malgré tout vu interdire, en France, l’entrée à bord de l’appareil après un interrogatoire, parfois totalement discriminatoire, mené par des agents privés. Ces agents pourraient donc décider de qui monte ou ne monte pas dans un appareil se situant dans un espace sous juridiction française…

En 2011, Israël est parvenu à empêcher la venue de plusieurs centaines de militants pro-palestiniens en listant leurs noms et en demandant à toutes les compagnies de refuser de les laisser monter à bord des avions, ce qu’elles ont fait ! C’est tout de même incroyable ! D’où ma question : quand et où s’arrête la souveraineté de la France sur son territoire, et quand commence celle de l’État d’Israël ? Un accord aérien comme celui-ci ne serait-il pas l’occasion idéale pour réaffirmer à toutes les compagnies l’importance du respect de la souveraineté et de celui des droits de l’homme ? Ces abus de pouvoir nous laisseraient-ils entrevoir qu’Israël dispose d’une frontière mouvante et d’une juridiction souveraine ad hoc autour de chaque avion à destination d’Israël ? Des agents non-assermentés et privés n’ont pourtant aucun droit de procéder ainsi sur notre territoire.

Ces dérogations au droit posent la question de la souveraineté et de ses limites. L’accord dit vaguement à ce sujet, au paragraphe 4 de l’article 14 que « chaque partie contractante veille à ce que des mesures soient appliquées effectivement sur son territoire pour protéger les aéronefs […] ». Il est donc bien précisé « sur son territoire » et non sur le territoire d’un autre pays. Le texte aurait dû mentionner plus clairement l’interdiction totale des usages que j’ai relatés. Je formule en tout cas ici le vœu que cette pratique illégale prenne fin le plus vite possible.

Que des interrogations subsistent lorsque le passager arrive sur le sol israélien relève alors de la souveraineté de cet État, même s’il est important d’avoir conscience que la sécurité ne doit pas être assurée au détriment de la liberté et que la menace terroriste sert parfois d’excuse pour empêcher les voyageurs de se rendre en Palestine. Sinon, comment justifier le fait qu’une fois nos concitoyens arrivés en Israël, les agents de l’aéroport soient autorisés à lire leurs mails et à prendre leur téléphone portable ? La question se pose d’autant plus que le refus de coopérer entraîne quasi automatiquement l’interdiction d’entrer sur le territoire. Ce chantage déstabilise les voyageurs, les poussant généralement, s’ils veulent être autorisés à entrer, à accepter que leurs droits soient bafoués. Un grand nombre de témoignages que j’ai reçus à ce sujet concordent. L’Association pour les droits civils en Israël – l’ACRI – avait même qualifié il y a quelques années ces mesures « d’intrusion considérable dans la vie privée ». Ce type de chantage n’est pas digne d’une démocratie mais plutôt d’un État sécuritaire rongé par la paranoïa. Cette paranoïa est d’ailleurs incarnée aujourd’hui par l’emprisonnement de Salah Hamouri, détenu administrativement, dont les défenseurs n’ont même pas accès au dossier pénal, et aussi par la ministre de la justice d’extrême droite qui humilie quotidiennement les Palestiniens et souille l’histoire tragique de son propre peuple par les propositions inhumaines qu’elle fait comme, par exemple, celle de faire porter un signe distinctif aux ONG financées par des États étrangers lorsqu’elles se rendent à la Knesset. La manipulation de l’histoire fait parfois froid dans le dos.

Dans cet accord relatif aux services aériens, il est seulement acté que les dispositifs de sûreté israéliens sont supérieurs à ceux de l’Union européenne. Pas une seule fois il n’est mentionné que les signataires doivent exercer leurs procédures de sûreté dans la limite du respect des droits humains, notamment celui du respect de la vie privée. C’est très regrettable.

Cette méfiance extrême dont use Israël assure au passage autre chose que la sécurité du pays : elle permet de juguler le trafic et de décourager les voyageurs qui voudraient se rendre dans les Territoires palestiniens. Israël s’octroie donc le pouvoir de filtrer la population qui aurait sinon accès à Gaza ou à la Cisjordanie, et ce au nom d’un blocus déclaré illégal un grand nombre de fois par la communauté internationale. L’absence d’un aéroport en Cisjordanie et la destruction de l’aéroport international Yasser Arafat en 2002 à Gaza empêchent les voyageurs de se rendre directement dans les Territoires Palestiniens. Nous ne pouvons donc que constater l’absence de liberté de circulation pour entrer en Palestine.

Ses habitants vivent donc dans une prison à ciel ouvert. Il est par conséquent impossible pour le groupe de la Gauche démocrate et républicaine d’accepter un accord comme celui-ci, en raison – c’est un argument que j’ai un peu plus développé hier soir – de la théorie libérale qui le sous-tend, mais également parce qu’il ignore superbement le fait qu’Israël maîtrise totalement les entrées et les sorties d’une autre entité territoriale, ce qui aurait justifié un traitement différencié.

Évidemment, nous en revenons au même point : pour faciliter les choses, il faut continuer à lutter contre le blocus illégal de Gaza. Il faut que les puissances du monde, et parmi elle la France, reconnaissent l’existence de l’État palestinien pour pouvoir lui donner une légitimité et favoriser ainsi l’émergence d’une solution à deux États. C’est d’ailleurs la politique soutenue par la France et c’est ce que les députés communistes que je représente aujourd’hui ne cessent de réclamer. (Applaudissements sur les bancs du groupe FI.)

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10 mars 2018 6 10 /03 /mars /2018 11:55
Réforme ferroviaire: la CGT Cheminots contre-attaque sur le fond (L'Humanité, 8 mars 2018)
Réforme ferroviaire. La CGT cheminots contre-attaque sur le fond
MARION D’ALLARD
JEUDI, 8 MARS, 2018
L'HUMANITÉ
Paris, le 7 mars, conférence de presse avec le secrétaire de la CGT cheminots Laurent Brun. Aurélien Morissard/IP3/MaxPPP
 

Hier, face à la presse puis au Parlement, le premier syndicat de la SNCF a présenté son plan pour l’avenir du ferroviaire. Un contre-pied aux orientations libérales du gouvernement.

Alors qu’une nouvelle réforme du système ferroviaire est annoncée par le gouvernement « avant l’été », la fédération CGT des cheminots – première organisation syndicale de la SNCF – a rendu public, hier, son propre projet de réforme, « Ensemble pour le fer », qui garantit le développement d’un véritable service public du transport ferroviaire. Car au fond, de réformes en réorganisations « parties d’objectifs de traitement des questions financières pour arriver à des usines à gaz dans l’organisation de la production (…), le problème est tout simplement pris à l’envers », affirme Laurent Brun, secrétaire général de la CGT cheminots.

À contre-courant des feuilles de route libérales qui, depuis plus de trente ans, président aux décisions politiques de casse du service public ferroviaire, la CGT « veut donc contribuer au débat public en replaçant les éléments dans l’ordre qui semble correspondre à l’intérêt général, c’est-à-dire en partant des besoins des usagers et du pays pour arriver sur les outils pour y répondre, en passant par l’attribution de moyens adap tés », poursuit Laurent Brun. Le rapport du syndicat apporte ainsi une contre-expertise à celle du gouvernement sur les questions de l’ouverture à la concurrence, du traitement de la dette, de l’organisation interne de l’entreprise publique ou encore de la régénération d’un réseau vieillissant.

La mise en concurrence n’est pas une obligation

L’ouverture à la concurrence du transport ferroviaire de voyageurs, prévue par les directives européennes à horizon 2019 et 2023, sert de justification à l’empressement du gouvernement pour réformer, à coups d’ordonnances, le rail français. Or « l’argument du passage obligatoire à la concurrence doit être contesté », estime la CGT, qui en veut pour preuve les textes communautaires eux-mêmes, qui prévoient des exceptions et permettent à « l’autorité compétente d’attribuer directement des contrats de service public » sans passer, donc, par les appels d’offres.

Toujours au chapitre de l’ou verture à la concurrence, « les “dates butoirs” souvent citées ne sont pas inflexibles », note par ailleurs la CGT, qui précise que « le rapport Spinetta lui-même, en raison des spécificités propres à la région Île-de-France, propose de reporter l’ouverture à la concurrence à 2033 et 2039 pour les RER ».

La dette ferroviaire est une dette d’État

Comme elle l’a déjà fait en 2014 lors de la dernière réforme ferroviaire, la CGT réaffirme que la dette ferroviaire est une dette d’État, largement contractée pour financer le développement des lignes à grande vitesse dans les années 1980. Elle plombe aujourd’hui le système ferroviaire de près de 50 milliards d’euros, et 1,7 milliard d’euros sont chaque année alloués aux remboursements des seuls intérêts de cette dette. « Le système ferroviaire ne peut s’autofinancer », répète la CGT, qui affirme que « la modernisation du réseau exige plus de 3 milliards d’euros d’investissement par an ». Le syndicat propose donc la mise en place d’une « caisse d’amortissement de la dette ferroviaire de l’État (Cadefe) », structure de défaisance qui apporterait « mécaniquement près de 2 milliards d’euros tous les ans au système ferroviaire en le libérant des intérêts bancaires de la dette ».

Par ailleurs, pour financer le développement du rail (fret et voyageurs), la CGT préconise le « fléchage de la Ticpe (taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques – NDLR) pour le financement des infrastructures, la création d’un versement transport additionnel pour les régions (…), la fin des partenariats public-privé (…), la création d’un pôle financier public », mais également une surtaxe de la rente des autoroutes concédées au privé, voire leur renationalisation.

Pour un retour à une entreprise unique et intégrée

Déjà en 1997, puis en 2014, les réformes ferroviaires n’ont cessé de poursuivre « le démembrement de l’entreprise publique (…), le tout accompagné d’externalisations, de segmentations internes et autres scléroses de la production », dénonce Laurent Brun. C’est à ce « statu quo libéral » qu’il convient aujourd’hui de mettre fin par le retour « à une entreprise unique, une intégration complète de la production, un renforcement de la maîtrise publique », égrène le syndicat.

Nourri d’expertises internes et extérieures, le projet de la CGT sera « remis au premier ministre dans les prochains jours », précise Laurent Brun. Hier, dans la foulée de sa présentation à la presse, le syndicat l’a porté à la connaissance des parlementaires, à l’invitation des députés et sénateurs communistes. Une manière de contourner les ordonnances et le déni du débat démocratique. Pour Pierre Laurent, présent hier aux côtés d’élus PCF mais aussi FI et LREM à cette audition de la CGT cheminots organisée à l’Assemblée nationale, « le diagnostic de la situation est essentiel ». Et s’adressant à Laurent Brun, le secrétaire national du PCF et sénateur a poursuivi : « Il y a maintenant une bataille à mener pour faire connaître ce que vous racontez face à ceux qui organisent les dysfonctionnements et s’en servent ensuite pour décrédibiliser la SNCF. »

La cfdt rejoint le cortège unitaire du 22 mars

La CFDT cheminots a annoncé en début de semaine qu’elle participera finalement à la manifestation nationale du 22 mars, à l’appel de la CGT. L’Unsa ferroviaire, SUD rail et FO avaient déjà répondu présent. L’intersyndicale au complet mobilise donc les cheminots contre le passage en force du gouvernement. « Nous nous revoyons le 15 mars, une fois le projet de loi d’habilitation connu et la feuille de route interne de la direction rendue publique, nous aurons toutes les cartes en mains pour voir ce qu’il en est concrètement et envisager, le cas échéant, de durcir le mouvement », a précisé hier Laurent Brun, secrétaire général de la CGT cheminots.

journaliste
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10 mars 2018 6 10 /03 /mars /2018 07:40
LETTRE DES RELATIONS INTERNATIONALES - SPÉCIAL MIGRANTS - MARS 2018 #4 MIGRANTS LIBERTÉ ÉGALITÉ FRATERNITÉ

LETTRE DES RELATIONS INTERNATIONALES - SPÉCIAL MIGRANTS - MARS 2018 #4 MIGRANTS LIBERTÉ ÉGALITÉ FRATERNITÉ

LOI « ASILE-IMMIGRATION » : LE PARTI COMMUNISTE, FORCE DE PROPOSITIONS

Le ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb, continue d’afficher sa fermeté et persiste à parler d’obligation de « tri » des migrants, entre d’un côté les migrants économiques et de l’autre les migrants politiques. Mais qu’en est-il de sa majorité ?

Face au projet de loi « asile et immigration » du gouvernement présenté le 21 février dernier au Conseil des ministres, quelques voix discordantes de députés se font déjà entendre.

Ils cherchent à comprendre les phénomènes d’immigration, ne souhaitent pas suivre sans rien dire, et ne veulent pas être utilisés.

Ainsi, le 13 février dernier, des députés LREM sont allés visiter des centres de rétention administrative et auraient entendu, disent-ils, des paroles « surprenantes » de la part de migrants en phase d’éloignement.

Eh oui, ils n’avaient auparavant jamais parlé à un migrant qui fuit la misère ou la violence, sous toutes ses formes. Ils se sont rendu compte que, dans ces centres de rétention, certains travaillaient depuis parfois très longtemps.

La députée LREM des Alpes-Maritimes, Alexandra Valetta-Ardisson, présidente de la commission parlementaire sur l’accueil des migrants, a accepté ma demande de rencontre pour débattre avec le Parti communiste français sur ce sujet. Des personnalités s’élèvent contre les discours délirants d’invasion, de crise migratoire…

De plus en plus d’élus locaux expliquent que l’accueil des migrants se fait tranquillement quand on use de pédagogie et que la solidarité est bien plus forte que la haine. Mais l’Etat doit maintenant donner des moyens aux collectivités territoriales.

Même Jacques Attali y est allé de sa petite phrase dans la presse, disant que la politique d’accueil des exilés en France ne peut pas se résumer à voir des policiers courir après des adolescents dans les rues.

Le 13 février, Christiane Taubira, l’ancienne ministre de la Justice est sortie de son silence : « (…) C’est insensé. La juxtaposition des mots “fermeté et humanité” n’a pas de sens. Nous sommes dans une période de circulation humaine, il est donc complètement absurde de vouloir endiguer cette circulation humaine juste pour satisfaire une partie de l’opinion publique. Il faut penser le monde et notre rapport avec ces circulations humaines parce qu’elles vont s’intensifier, tout bêtement. »

Le 3 février, lors des états généraux du progrès social organisés par le Parti communiste français, Florent Gueguen, directeur de la Fédération des acteurs de la solidarité, a fait des propositions très claires au sujet de l’accueil des migrants.

Vers un manifeste du PCF

Au sein du collectif « politiques migratoires » du Parti communiste français, nous avons de plus en plus de contacts avec des militants communistes au cœur du travail de solidarité partout en France. Ils veulent participer à l’aboutissement du « manifeste pour l’accueil digne des migrants et une autre politique d’immigration » sur lequel le collectif travaille. Ce document a pour objectif d’informer, de proposer et de permettre à toutes celles et à tous ceux qui militent pour un monde plus juste, plus ouvert, plus solidaire, un monde où la liberté de circulation et d’installation doit être une perspective atteignable, d’avoir des arguments pour débattre, pour convaincre et pour rendre inaudible le discours de peur, d’enfermement, de cloisonnement que veulent nous asséner le gouvernement Macron, la droite et l’extrême droite. Sa parution est prévue début avril en plein débat parlementaire sur la loi « asile-immigration ». Notre parti s’est emparé du sujet et, après de multiples rencontres et réunions, il fera des propositions. Par ailleurs, Pierre Laurent et une délégation du PCF ont participé à la convention nationale sur l’accueil et les migrations organisée à Grande-Synthe début mars.

Dès maintenant, dans les fédérations, prévoyons des débats publics, des conférences de presse pour populariser ce manifeste qui ne laissera pas les militants de la solidarité sans solution politique. Imposons le débat de la vérité, du droit et de la fraternité contre la peur, les murs et l’isolement. Voici un bel objectif et une sacrée responsabilité pour le Parti communiste français !

Cécile Dumas, secrétaire départementale des AlpesMaritimes, et membre du comité exécutif national

Cécile Dumas (photo L'Humanité)

Cécile Dumas (photo L'Humanité)

Que contient la loi « asile- immigration » ?

Les réactions hostiles au projet de loi « asile-immigration » se multiplient. On trouve parmi elles les associations d’aide aux migrants, les syndicats, les personnels de l’OFPRA (Office français de protection des réfugiés et apatrides) et de la CNDA (Cour nationale du droit d’asile), des artistes, des intellectuels dont les appels à retirer cette loi se multiplient. Pour sa part, dès l’annonce de cette loi et des objectifs annoncés, le Parti communiste français a condamné ce projet injuste, dangereux, alimentant les courants xénophobes et contraire en bien des points aux traités internationaux et européens sur les droits des migrants.

En effet, ce projet de loi réduit les possibilités de demande d’asile, raccourcit les délais de recours, renforce les contrôles de manière à réduire le nombre de réfugiés et à augmenter le nombre d’expulsés.

Il multiplie les obstacles dans le parcours du combattant des demandeurs d’asile, souvent livrés à eux-mêmes, en diminuant le temps pour l’examen de leur situation et les possibilités de recours s’en trouvent encore ré- duites. Par contre, le projet doublera la durée maximale de séjour en rétention dans la perspective de l’expulsion.

Ainsi, le gouvernement veut diviser par deux le temps pour la mise en œuvre des droits à l’asile, mais c’est deux fois plus pour la rétention en vue de l’expulsion. À ces mesures régressives s’ajoutent les dispositions pour celles et ceux qui tombent sous le coup des règlements de Dublin, soit la grande majorité, qui interdirait aux déboutés du droit d’asile toute demande dans un autre pays. Ils seront ainsi renvoyés dans le pays de première arrivée où ils ont laissé leurs empreintes, les empêchant de demander l’asile en France ou dans le pays de leur choix.

La Grèce et l’Italie, premiers pays d’arrivée, vont ainsi avoir la charge de reprendre ces migrants. De plus, ces derniers, dits « dublinés », seraient placés en rétention pour être expulsés. L’instrumentalisation des migrants dans le seul intérêt des politiques libérales

À cette logique répressive s’ajoute, pour le gouvernement, la volonté d’opposer, devant l’opinion publique, les « bons » et les « mauvais » migrants, de stigmatiser et de criminaliser ceux qui fuient conflits, persécutions et pauvreté. Les chiffres du ministère de l’Intérieur attestent pourtant qu’il n’y a aucune pression migratoire qui justifierait ces mesures. Cette « menace » est montée de toutes pièces pour rassurer une partie de l’opinion inquiète, désorientée, après des années de campagne de la droite et de l’extrême droite contre les migrants, devenus des boucs émissaires depuis Sarkozy, Hollande et Macron. Cette instrumentalisation des migrants vise à faire accepter leur politique libé- rale et masquer leurs responsabilités.

La France vaut mieux que ça. C’est comme cela qu’on brade valeurs, principes, droits de l’homme et humanité. Cette loi est indigne et doit être refusée.

Patrick Margaté, membre de la commission des relations internationales du PCF, chargé des questions migratoires

Accueil des migrants : l’hébergement au cœur des préoccupations - par Christine Prunaud, sénatrice communiste des Côtes d'Armor

Dans notre département des Côtes d’Armor, le problème le plus urgent à régler, c’est celui de l’hébergement.

Que les migrants attendent de déposer leur demande l’asile, qu’ils soient en cours de procédure ou bientôt dans l’obligation de quitter le territoire français (OQTF), ils sont tous confrontés au manque d’hébergement dans notre département.

Toutes les associations que nous avons rencontrées sont unanimes à ce sujet.

En effet, il manque des places dans les centres d’accueil pour demandeurs d’asile ainsi que des hébergements d’urgence.

Le 115 est débordé, bloqué.

Les associations, les bailleurs sociaux et les communes sont démunis face à la demande.

Les listes d’attente pour les logements sociaux sont interminables, le nombre de logements est insuffisant et conditionné à un minimum de ressources que les demandeurs d’asile n’ont pas. Les communes n’ont pas ou peu de logements vacants qui pourraient être dédiés aux logements d’urgence et les associations manquent de moyens.

Malgré les soixante familles bénévoles qui accueillent à ce jour sur la région de Saint-Brieuc et Lamballe, cette pénurie évidente d’hébergements rend encore plus difficile le parcours du combattant de ces migrants. Une autre politique pour un accueil décent Le gouvernement doit revoir sa politique : repenser les aides à la rénovation pour réhabiliter les logements vacants, supprimer la baisse des APL, augmenter les quotas actuels de logements sociaux imposés aux bailleurs (ces chiffres restent inchangés depuis quinze ans malgré les évolutions des besoins en la matière), augmenter les dotations aux collectivités et attribuer des moyens supplémentaires aux associations qui œuvrent dans ce domaine.

Développer un partenariat avec le parc privé dans ce contexte est également un recours possible. Les moyens alloués aux diverses associations concernées sont trop faibles.

Ces bénévoles ont besoin de fonds, de locaux corrects pour accueillir les familles, mais aussi de reconnaissance des services de l’Etat. Leur apport matériel et humain avant, pendant la demande d’asile, et au lendemain des refus, dans l’attente de l’OQTF, est indispensable pour assurer un minimum décent dans l’accompagnement des familles. Le projet de loi « asile et immigration » sera bientôt débattu au sein de nos assemblées. Nous connaissons les nouvelles dispositions toujours plus dures qui seront prises à l’encontre des migrants ; elles rendront encore plus difficile leur venue en France et, à l’inverse, faciliteront les départs et les expulsions. Les associations s’inquiètent.

Le futur plan propose 7 500 nouvelles places d’hébergement en 2018-2019 et 5 000 pour l’accueil des réfugiés en centres provisoires. C’est largement insuffisant.

D’autant plus que cette question de l’hébergement doit être inscrite dans un projet plus global. Pour accueillir dignement ces personnes, la santé et l’éducation doivent être aussi au centre des préoccupations et pourtant force est de constater qu’elles ne sont pas au cœur du projet de loi.

Christine Prunaud, sénatrice des Côtes-d’Armor

Christine Prunaud, sénatrice communiste des Côtes d'Armor

Christine Prunaud, sénatrice communiste des Côtes d'Armor

ECHOS D’AFRIQUE

Face aux idées reçues

Depuis 2015, l’Afrique subsaharienne compte plus d’un milliard d’habitants.

Elle a la croissance démographique la plus rapide du monde (+ 2,7%) et la population la plus jeune (43% de la population a moins de 15 ans).

Selon les projections de l’Organisation des nations unies (ONU) basées sur le scénario de fécondité moyenne, la population d’Afrique, qui s’élevait à un peu plus de 800 millions en 2010, devrait plus que quadrupler en 2 100, pour atteindre 3,7 milliards. Le poids de la région dans la population mondiale passera de moins de 12 % à environ 35 %. Plus frappant encore, l’Afrique sera à l’origine de pratiquement 100 % de la hausse de 2 milliards du nombre d’actifs dans le monde prévue durant cette période, sa part de la population active mondiale grimpant d’environ 10 % à 37 % en 2100. L’Afrique sera la principale locomotive de la démographie mondiale au cours de ce XXIe siècle. Alors que le reste du monde vieillit, l’Afrique subsaharienne deviendra le principal moteur de croissance pour la population active mondiale.

Cette croissance démographique peut être considérée comme une chance puisque elle est synonyme de jeunesse, de dynamisme, d’urbanisation accélérée. Il s’en faut de peu pour qu’elle soit source de périls si le décollage économique ne parvient pas à réduire la pauvreté en permettant aux 12 à 15 millions de jeunes qui arriveront chaque année sur le marché du travail d’avoir un emploi décent. Chaque pays africain a besoin d’imaginer un développement inclusif fondé sur des coopérations régionales et sur l’égalité de chacune et de chacun de ses habitants. De nombreux changements sont en cours ; mais ils se font à des rythmes variables selon les pays, les régions et les milieux d’habitat. Parmi les grandes tendances, nous observons une baisse de la fécondité pour l’ensemble de l’Afrique depuis plusieurs décennies, avec un déclin rapide dans quelques pays mais aussi une stagnation dans une quinzaine d’autres. En 2016, le taux de fécondité en Afrique est estimé à 4,7 enfants par femme, contre une moyenne mondiale de 2,5. Le record mondial appartient au Niger avec 7,6 enfants par femme en 2012. Avec 50 % de la population âgée de moins de 15 ans, le Niger est le pays le plus jeune du monde.

La question migratoire

Depuis les années 1990, qui ont vu la montée en puissance de la rhétorique xénophobe des forces d’extrême droite dans le débat public des pays occidentaux, les migrations mondiales ont pris une importance telle qu’elles constituent un enjeu de premier ordre dans les relations internationales. Pourtant, en proportion de la population mondiale en augmentation, nous avons moins de migrants. Selon les statistiques de l’OCDE, nous sommes passés, en un siècle, de 5 % à 3 % de la population mondiale en situation de migration.

La place de l’Afrique dans les migrations internationales

En Afrique comme ailleurs, les migrations s’effectuent avant tout dans l’espace régional. En 2015, 52 % des migrants africains se trouvaient en Afrique, l’Europe n’en recevant que 16,6 %. L’Afrique est donc moins concernée par les migrations internationales que d’autres continents. Elle n’accueille que 8,5 % des 244 millions de migrants du monde, loin derrière l’Europe (31,15 %), l’Asie (30,75 %) et l’Amérique du Nord (22,1 %).

Trente-quatre millions d’Africains sont en situation de migration internationale, alors que 104 millions d’Asiatiques, 62 millions d’Européens et 37 millions de Latino-Américains résident hors de leur pays d’origine. En revanche, les Africains sont plus représentés dans les déplacements forcés. Un tiers des réfugiés sous mandat du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) étaient ressortissants d’un pays africain en 2014, soit 4,62 millions de personnes. Certaines nationalités comptent parmi les populations réfugiées les plus importantes du monde, notamment les Somaliens (1,1 million) et les Soudanais (665 000).

Plus encore que d’autres types de migrations internationales, l’asile est avant tout un phénomène régional, les réfugiés ne pouvant le plus souvent pas mobiliser le temps et les ressources nécessaires pour entreprendre un voyage lointain.

En réalité, les Africains migrent peu en dehors de l’Afrique.

Neuf réfugiés subsahariens sur dix restent sur le continent et s’installent dans un pays voisin du leur. Presque à égalité avec l’Asie, l’Afrique subsaharienne est le continent où la propension à émigrer vers les pays de l’OCDE est, de loin, la plus faible du monde (moins d’une personne née en Afrique subsaharienne sur 100 vit dans un pays de l’OCDE). Les Africains migrent principalement en Afrique On l’a dit, les Africains migrent d’abord en Afrique. Les raisons sont multiples et souvent conjuguées pour mettre en adéquation leur niveau de formation et leurs revenus mais aussi pour le pire, avec l’existence de la moitié des camps de réfugiés dans le monde. Les deux principales destinations sont la Côte d’Ivoire en Afrique de l’Ouest et l’Afrique du Sud en Afrique australe. Les gros flux de migrants partent du Mali, de la Guinée et du Burkina Faso en Afrique de l’Ouest et du Mozambique, de l’Angola et du Lesotho en Afrique australe. D’autres sont autant des pays d’émigration que d’immigration : le Sénégal, le Nigeria, le Ghana. Les principaux corridors migratoires sont ceux qui relient le Burkina à la Côte d’Ivoire, le Zimbabwe à l’Afrique du Sud, le Kenya et l’Ouganda, l’Érythrée et le Soudan, le Lesotho à l’Afrique du Sud.

La France et l’Europe n’accueillent pas la « misère du monde »

Il n’est pas conforme à la réalité de dire que la France et l’Europe accueillent la « misère du monde » à travers la figure de l’immigré africain. Ceux qui arrivent à passer les diverses barrières – plusieurs milliers de migrants sont morts ces quinze dernières années en tentant de rejoindre les côtes européennes – que la France et l’Europe ont érigées sont rarement au plus bas de l’échelle sociale dans leurs pays d’origine. Il s’agit souvent de gens instruits, dotés d’un capital social et surtout de ressources pour se payer le voyage et les frais d’installation. Rappelons qu’il existe aussi une migration de retour dans les pays du continent africain.

L’immigration africaine en France et en Europe

Les immigrés originaires d’Afrique subsaharienne n’étaient que 20 000 en France au moment du recensement de 1962, et 570 000 en 2004, soit une multiplication par 27 en un peu plus de quarante ans. L’augmentation est certes importante, mais on partait de très bas, si bien qu’en 2004 les Subsahariens ne représentaient qu’un peu plus d’un dixième de l’ensemble des immigrés en France (12 %). La prise en compte des migrants irréguliers ne modifie pas ce constat : les inclure fait, au maximum, passer la part des Subsahariens de 9 % à 11 % de l’ensemble de la population immigrée en France. Par ailleurs, minoritaires en France, les Subsahariens le sont aussi dans les autres grands pays d’immigration. En 2000, ils forment seulement 4 % des immigrés installés dans les pays de l’OCDE. Et même dans les nouvelles destinations européennes que sont l’Espagne ou l’Italie, ils représentent moins de 10 % de la population immigrée, irréguliers compris (4 % en Espagne et 8 % en Italie en 2006).

Collectif Afrique du PCF

 

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