Les inégalités en matière d'accès aux soins ont la peau dure. Ainsi, selon un sondage CSA réalisé pour Cofidis et publié mardi 9 octobre par Le Parisien-Aujourd'hui en France, à la question « au cours des 12 derniers mois, vous est-il arrivé de renoncer à vous faire soigner ?», trois personnes sur dix ont déclaré « oui ».
C'est encore plus vrai chez les ouvriers (avec 41 % de renoncement), les moins de 35 ans (avec 36 %). À l'inverse, 81 % des cadres et professions libérales, 78 % des retraités et 73 % des 35 ans et plus ont répondu non. Ce renoncement aux soins est dû dans plus de la moitié des cas (51 %) à un reste à charge « trop élevé ». C'est la réponse la plus donnée parmi plusieurs possibles, devant le manque de moyens pour avancer les honoraires ou les dépassements (38 %) et une « couverture mutuelle » insuffisante (29 %). Les soins dentaires sont les plus cités (67 %) par les personnes ayant renoncé à se faire soigner, devant les soins d'optique (34 %) et les actes pratiqués par des médecins spécialistes (16 %).
Un changement radical du modèle du logement social à la française est à l’œuvre. En quête de financements pour combler les coupes subies, et poussés à grossir,nombre de bailleurs sont tentés de se tourner vers des fonds privés et de se transformer en groupes immobiliers, avec l’obligation de dégager de la rentabilité pour verser des dividendes. « Ce sont des pans entiers du logement qui jusque-là échappaient au marché qui risquent d’être privatisés, prévient Ian Brossat. Avec comme conséquence, d’un côté, moins de logements sociaux et plus d’attente pour les demandeurs et, de l’autre, faute de moyens, le développement d’un logement low cost caractérisé par une dégradation du bâti et des services. »
LOGEMENT. COMMENT MACRON TENTE DE DÉMOLIR LE MODÈLE HLM
Alors que leur 79e congrès s’est ouvert hier, les bailleurs sociaux tentent de trouver des solutions pour faire face aux obligations de réorganisation et à la ponction financière imposée par le gouvernement.
Comment faire face au coup de massue budgétaire ? Réuni pour son congrès annuel à Marseille jusqu’à jeudi, le mouvement HLM se partage entre scepticisme et inquiétude. « Le secteur est pris en étau et on ne voit pas bien où sont les moyens pour s’en sortir », résume Marianne Louis, directrice générale de l’Union sociale pour l’habitat (USH), qui fédère plus de 700 organismes. Durant trois jours, bailleurs, locataires ou encore élus locaux vont témoigner des menaces qui pèsent sur ce secteur malmené comme jamais par le gouvernement. Pour beaucoup, loin de simples évolutions, c’est bien le modèle du logement social, dont 10 millions de personnes bénéficient en France, que l’exécutif tente d’abattre.
1,7 milliard de manque à gagner
En s’attaquant tout d’abord à son financement. Notamment avec la mesure phare de la loi de finances 2018 qui, histoire de faire des économies budgétaires, consiste à rogner l’aide personnalisée au logement (APL) versée aux locataires tout en exigeant des bailleurs une baisse des loyers équivalente. Un dispositif – baptisé réduction de loyers de solidarité (RLS) – qui devait coûter 800 millions d’euros au secteur en 2017 et en 2018. La réalité est pire. « Non seulement cette RLS coûtera cette année près de 850 millions, mais il faut y ajouter 700 millions de coûts supplémentaires liés à la hausse de la TVA dans le secteur, qui passe de 5 % à 10 %, et au gel des loyers », explique Dominique Hoorens, directeur des études économiques et financières à l’USH. Bilan : le manque à gagner en 2018 pour le logement social grimpe à 1,7 milliard d’euros. « Un artifice comptable qui permet à l’État de transférer sa dette sur celle des bailleurs HLM qui n’est pas comptabilisée dans les déficits publics », résume Manuel Domergue, directeur des études à la Fondation Abbé-Pierre (FAP).
Cette ponction se fait sur fond de désengagement complet de l’État. En baisse depuis des années, les aides à la pierre, ces subventions accordées au logement social, vont, pour la première fois en 2019, être supprimées. « Si nous sommes maintenant dans un système en vase clos, où seuls les HLM contribuent en abondant l’intégralité du Fonds national des aides à la pierre, c’est la notion même de solidarité nationale qui est remise en question », souligne Marianne Louis.
Les mesures de compensation proposées par le gouvernement ne font que repousser le problème. Le gouvernement a gelé le taux du livret A à un niveau bas (0,75 %). Cette épargne sert à financer la construction de HLM sous forme de prêt dont le taux est aligné sur celui du célèbre livret. Mais la mesure n’est prévue que pour deux ans et se paye sur le dos des petits épargnants. De même, la Caisse des dépôts et consignations, bras financier de l’État, a proposé au secteur HLM pour 2 milliards d’euros de prêts à taux zéro pendant les vingt premières années....
Logements : Des inégalités entre les territoires qui se renforcent
mercredi 10 octobre 2018[]
"Les effets combinés de la loi Elan et des ponctions financières vont accroître le déséquilibre, au détriment des zones affectées par la crise",dénonce l’Humanité dans un article du jour.
En effet, privés de subventions et mis à contribution pour réduire la dette publique, les organismes HLM devront s’autofinancer. Mais, pour ceux situés dans les quartiers populaires ou dans les localités en crise des zones rurales, l’équation risque d’être difficile à résoudre.
Pour éviter une dégradation du bâti et maintenir un rythme de construction, les collectivités locales devront mettre la main à la poche et compenser le désengagement de l’Étatécrit le quotidien.
L’effet est déjà patent sur les quartiers prioritaires de la politique de la ville. « Enthousiastes à s’engager dans le premier programme de rénovation urbaine (PNRU), les bailleurs freinent aujourd’hui des quatre fers », observe de son côté Anne-Katrin Le Doeuff, directrice générale déléguée de l’agence Espacité, qui a travaillé sur ces questions. L’augmentation du budget du nouveau PNRU, qui a atteint 10 milliards d’euros, en partie grâce au doublement de l’effort des HLM qui y ont versé 2 milliards d’euros, ne suffit pas. Pour mener à bien les opérations, un engagement financier complémentaire des organismes est nécessaire. Mais, avec la ponction déjà réalisée par l’État, cela devient compliqué. « Pour les organismes, il n’est pas évident d’investir dans ces programmes de restructuration de quartiers populaires, dont les habitants payent des loyers modérés, plutôt que dans le développement de nouveaux programmes plus rentables », ajoute Anne-Katrin Le Doeuff.
En dépit des 100 milliards versés à fonds perdus sur les comptes bancaires des entreprises en six ans, le niveau du chômage est plus haut en 2018 qu’en 2012. Parallèlement, le déficit de notre commerce extérieur continue de se creuser tandis que le budget prévu pour l’an prochain risque de faire croître la pauvreté en France avec des effets récessifs pour l’économie du pays.
Dans l’Humanité du 4 octobre, un article de Marion d’Allard rappelait quelques chiffres qu’il convient de garder en tête, cinq ans après la mise en place « Crédit d’Impôt pour la Compétitivité et l’Emploi (CICE). L’article faisait état du récent rapport du «comité de suivi », lequel révélait que sur les trois premières années du CICE de 2013 à 2015 inclus, ce dispositif avait coûté 47,8 milliards d’euros aux finances publiques. D’après les calculs de ce même comité, cette somme aurait permis de créer ou de maintenir un total de 100.000 emplois environ sur la même période. Ainsi le prix de revient de la création ou du maintien de chaque emploi ainsi préservé sur le sol français via le versement du CICE a coûté la coquette somme de 478.000€. Cela fait 13.300 euros d’aide par mois de perçu par un patron pour chaque emploi créé ou maintenu, quand le smicard qui occupe cet emploi doit se contenter d’un salaire net mensuel 11 fois plus bas !
Un cadeau de 100 milliards d’euros sans création d’emploi
Il faut ici se souvenir que le CICE prend la forme d’une aide directe versée aux entreprises au terme de chaque exercice annuel pour tous les salaires ne dépassant pas 2,5 fois le SMIC, quelle que soit l’entreprise et quels que soient les profits qu’elle réalise ; quelques que soient aussi les dividendes versés aux actionnaires chaque année, fut-ce au détriment des salaires accordés aux travailleurs et des investissements qui n’ont pas été faits pour améliorer la productivité et la qualité des produits. Depuis près de six ans, l’argent de nos impôts versé au patronat au titre du CICE s’élève à environ 100 milliards d’euros. Pour autant, la situation de l’emploi n’est pas meilleure qu’en 2013. Néanmoins, Emmanuel Macron et le gouvernement ont décidé qu’à partir de 2019 l’argent donné à tous les patrons au titre du CICE sera transformé « en baisse pérenne de cotisations sociales pour les entreprises ».
Pas plus qu’il n’a amélioré la situation de l’emploi en France, le « pognon de dingue » englouti dans la CICE n’a pas permis de réduire le déficit annuel de notre balance commerciale. Selon les chiffres donnés le 5 octobre par les douanes, le déficit commercial de la France s’est élevé à 5,6 milliards d’euros pour le seul mois d’août 2018 après un trou de 4,3 milliards d’euros en juillet. Sur les 12 derniers mois il atteint la somme de 61,9 milliards d’euros. Les douanes nous disent que « les approvisionnements en pétrole raffiné rebondissent après le recul de juillet et ceux en hydrocarbures naturels se maintiennent à très haut niveau, comme les deux mois précédents». Quoi d’étonnant quand la réforme de la SNCF sert réduire le fret ferroviaire tandis que l’éloignement du lieu de résidence du lieu de travail du fait de la spéculation immobilière entraîne un recours accru à la voiture individuelle pour aller au travail comme pour faire ses courses ?
Le déficit de la balance commerciale continue d’augmenter
Du côté des exportations, les choses de vont pas mieux. En témoigne ce résumé d’une dépêche de l’Agence France Presse (AFP) dans laquelle on peu lire : « les excédents se sont réduits pour les produits pharmaceutiques et les produits agricoles, en raison d’un rebond des achats. Par région, le solde commercial s’est détérioré par rapport à l’Union européenne « en raison d’une hausse des importations plus prononcée que celle des exportations», a expliqué Bercy, nous dit l’AFP. A sa manière, Bercy doit donc constater que les 100 milliards versés en six ans au patronat français n’ont pas réduit le déficit de notre balance commerciale, bien au contraire. D’ailleurs même « l’excédent des services a reculé de 6,4 à 6,2 milliards en août, par rapport à juillet.
Nous savons que l’agriculture est l’un des rares secteurs économiques dont les exportations sont supérieures aux importations. Les vins et spiritueux, les céréales, le lait de vache et les bovins vivants ou de boucherie sont les principaux secteurs excédentaires. Mais notre excédent agricole risque aussi de baisser pour plusieurs raisons. Les vins vinifiés en 2017 sont en vente désormais et la récolte de l’an dernier fut très inférieure à la moyenne des cinq années précédentes. En 2018, du fait de la sécheresse, la récolte céréalière a aussi sensiblement diminué et il n’est pas prouvé que la hausse des prix puisse compenser la baisse des volumes durant la campagne en cours. Du fait des conséquences de la sécheresse qui perdure depuis le mois de juillet, la production laitière est aussi en train de baisser tandis que son prix de revient ne cesse d’augmenter. Du coup, le prix du lait au départ de la ferme ne couvre pas les coûts de production. Il en va de même pour la viande bovine dont les volumes de vente à l’export pourraient augmenter dans les prochains mois du fait d’une « décapitalisation » forcée imputable du manque de nourriture du bétail dans les fermes. Mais dans ce cas, les prix de vente, qui ont déjà commencé à baisser, pourrait encore chuter davantage en raison d’une offre supérieure à la demande. Et tout indique déjà que la loi sur l’alimentation votée par la majorité LaREM au Parlement ne permettra pas de partir des coûts de production pour fixer les prix de vente. Ce qu’Emmanuel Macron avait promis le 11 octobre 2017 dans son discours de Rungis.
Attention aux effets récessifs en 2019 et 2020
Par ailleurs, d’autres choix budgétaire annoncés pour 2019 et 2020 risquent d’avoir un effet récessif sur l’économie du pays en raison de la baisse du pouvoir de plusieurs dizaines de millions de Français. Le pouvoir d’achat de l’immense majorité des retraités a reculé de 1,83% en raison de l’augmentation de 1,7% de la CSG sur les pensions brutes décidée par le gouvernement afin qu’une petite augmentation des salaires de leurs salariés ne coûte pas un seul centime aux patrons. Le gouvernement a également décidé de réduire à nouveau pouvoir d’achat de tous les retraités en 2019 et en 2020 en limitant à 0,3% l’augmentation des pensions deux années de suite. Cela pourrait se traduire par une nouvelle perte de pouvoir d’achat de 3% sur deux ans. La même punition doit être infligée aux bénéficiaires de l’Aide Personnalisée au Logement (APL) et aux parents de deux enfants et plus. En effet, l’APL et les allocations familiales ne doivent augmenter que de 0,3% par an en 2019 et en 1020. Les effets cumulés de ces trois mesures seront douloureux pour plus du tiers de la population française et les plus grands perdants seront les ménages modestes qui n’avaient déjà pas la possibilité d’épargner et qui devront encore se priver davantage au quotidien.
Macron affirme qu’il ne s’était pas engagé à augmenter le pouvoir d’achat... Une énième provocation qui donne une raison de plus de se mobiliser le 9 octobre, avec l’intersyndicale.
« Une augmentation des salaires,des pensions et des minima sociaux pour gagner du pouvoir d’achat ». La revendication occupe la première place de la plateforme interprofessionnelle adoptée par l’intersyndicale CGT, FO, Solidaires, Unef, Fidl et UNL. Elle sera omniprésente dans les manifestations et rassemblements de la journée de mobilisation et de grève qu’elle organise le 9 octobre.
Mobilisés également à l’appel de la CFE-CGC et de la CFTC, les retraités devraient être nombreux à défiler. Déjà durement frappées par la hausse en 2018 du taux de CSG de 1,7 point, leurs pensions ne seront que faiblement revalorisées. Le gouvernement a annoncé qu’elles n’augmenteraient que de 0,3 % en 2019 et 2020 alors que l’inflation devrait s’établir aux environs de 1,6 %. Pour faire passer la pilule, celui-ci met en avant l’exonération de la taxe d’habitation pour 80 % des ménages à l’horizon 2020 et la revalorisation de l’Aspa (allocation de solidarité aux personnes âgées). Le « minimum vieillesse » va ainsi augmenter de 35 euros en janvier 2019 et à nouveau en janvier 2020. Mais cette hausse, plus forte qu’à l’accoutumée, risque d’être rapidement effacée puisque l’Aspa, comme la plupart des autres minima sociaux, ne suivra pas l’évolution de l’inflation. Au total, les mesures annoncées en faveur du pouvoir d’achat des retraités ne compenseront pas les pertes occasionnées par les décisions du gouvernement. Ainsi l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) a calculé que le solde serait négatif pour une majorité des ménages comprenant au moins un retraité. En 2019, ils devraient être 73 % à être pénalisés par une perte annuelle moyenne de 200 euros. En 2020, ils devraient être 79 % par une perte moyenne de 400 euros.
Le 9 octobre, les revendications salariales figureront en bonne place dans les cortèges des actifs. Et pour cause, reçus le 18 juin dernier par le secrétaire d’État à la Fonction publique, Olivier Dussopt, les syndicats ne décolèrent pas contre le gouvernement qui a confirmé la poursuite du gel du point d’indice des fonctionnaires en 2019 et 2020. En dix ans, il n’a été relevé que de 0,6 %, occasionnant, selon les calculs de la CGT, une perte de 9 % du pouvoir d’achat des agents sur la même période. Dans le privé, le gouvernement, qui se refuse à augmenter les salaires et le Smic en particulier (voir entretien avec Nasser Mansouri-Guilani, page 20), se targue d’un coup de pouce à la feuille de paie via la suppression des cotisations maladie et chômage des salariés. Celle-ci engendre une baisse globale de 3,15 points du montant des cotisations intervenue en deux fois, le 1er janvier dernier et ce 1er octobre, provoquant une hausse du salaire net de 17 euros pour un smicard. Cette mesure, qui compense le bond de 1,7 point de la CSG, ne constitue pas pour autant un progrès. D’une part, elle n’a aucun impact sur le salaire brut des salariés dont l’évolution peine à emprunter la courbe de l’inflation. Une étude du ministère du Travail de septembre dernier montre que le salaire mensuel de base n’a augmenté que de 1,5 % entre juin 2017 et juin 2018 alors que l’indice des prix à la consommation (hors tabac) a progressé de 1,7 % sur la même période. D’autre part, elle fragilise un peu plus la Sécurité sociale qui franchit un pas de plus vers l’étatisation, son financement reposant de plus en plus sur l’impôt.
Revendication numéro un des syndicats, la hausse du pouvoir d’achat est aussi la principale préoccupation des Français. Selon un sondage ViaVoice du 24 septembre dernier, 59 % des personnes interrogées estiment que cela doit être la priorité du gouvernement, loin devant la réduction des dépenses publiques (38 %) ou la baisse des impôts des entreprises (28 %). Selon une enquête Odoxa du 27 septembre, 86 % des Français estiment que leur pouvoir d’achat s’est dégradé en un an et, visiblement, ils en rendent responsable le chef de l’État. Ainsi l’Ifop relève que le pouvoir d’achat est une des raisons qui explique la dégringolade de la cote de popularité du chef de l’État en septembre (– 6 points à 29 %).
Pour tenter de débarrasser Emmanuel Macron de l’image de « président des riches » qui lui colle à la peau depuis, notamment, la disparition de l’ISF et la mise en place d’un taux maximum de seulement 30 % de taxation sur les revenus du capital qui ont permis aux plus aisés d’économiser 4,5 milliards d’impôts pour la seule année 2018, le gouvernement a profité de la présentation du projet de loi de finances le 24 septembre dernier. Le ministre du Budget, Gérald Darmanin, a affirmé que le gouvernement avait procédé à « la plus grande baisse d’impôt pour les ménages depuis 2008 », la chiffrant à 6 milliards d’euros. Pour parvenir à ce résultat, le ministre affirme que les baisses de prélèvements en 2019 vont engendrer une réduction des impôts de 9,1 milliards d’euros, dont 3,5 milliards d’euros au titre de l’exonération de la taxe d’habitation, alors que la totalité des hausses, en particulier sur les carburants et le tabac, va atteindre 3 milliards d’euros. Reste que cette présentation omet de prendre en compte l’impact de décisions gouvernementales, comme la désindexation des retraites et des minima sociaux de l’inflation. Selon une étude de l’OFCE, leur prise en compte réduirait à 3,5 milliards d’euros le gain des ménages en 2019.
Interrogé sur ce tour de passe-passe, Emmanuel Macron y est allé d’une nouvelle provocation. « Je suis bien sûr sensible à la problématique du pouvoir d’achat, mais, moi, je ne me suis pas engagé là-dessus », a-t-il déclaré au « JDD », le 30 septembre dernier. À bon entendeur, rendez-vous le 9 octobre…
Comme sous Hollande, la présidence Macron aligne sa politique moyen-orientale sur les intérêts de Riyad. Un choix immoral – les ventes d’armes utilisées dans la sale guerre du Yémen – et irresponsable – il accentue une dépendance énergétique et géopolitique désastreuse.
Régulièrement, depuis un an et demi, des responsables d’ONG humanitaires ou travaillant sur les droits humains sont reçus à l’Élysée pour évoquer la tragédie engendrée par la guerre au Yémen ou se plaindre des abondantes ventes d’armes françaises à des dictatures, notamment aux pays du golfe Persique et à l’Égypte. À chaque fois, ils sont très bien accueillis par des conseillers qui écoutent attentivement leurs points de vue et semblent même « approuver [leurs] messages d’alertes et [leurs] recommandations », selon un humanitaire qui a participé à plusieurs de ces rendez-vous.
Pourtant, invariablement, dans les jours et les semaines qui suivent, ces émissaires constatent qu’ils n’ont pas été entendus et surtout pas considérés. Comme s’ils avaient parlé à des sourds. Un point de contentieux géographique revient régulièrement dans leur bouche : l’Arabie saoudite. La monarchie théocratique absolue paraît intouchable.
Elle peut bombarder sans précaution des civils au Yémen ; elle peut emprisonner indéfiniment des militants de la démocratie et des droits des femmes et exécuter un nombre croissant de condamnés ; elle peut pratiquer un islam des plus rigoristes qui n’a rien à envier aux théories de Daech ; elle peut appauvrir sa population pendant que ses élites se gorgent de yachts et de châteaux à l’étranger ; elle peut kidnapper le chef de gouvernement d’un pays ami, le Liban ; elle peut tout cela, la France ne hausse jamais la voix. Pis, elle flatte Riyad ou lui déroule le tapis rouge à la moindre occasion. Que ne ferait pas Paris pour se concilier les bonnes grâces de l’Arabie saoudite ? Apparemment tout.
Le phénomène n’est pas entièrement nouveau, mais il a pris de plus en plus d’importance ces dernières années, d’abord sous la présidence de François Hollande, puis sous celle d’Emmanuel Macron — Nicolas Sarkozy, lui, préférait le Qatar. La nomination toute récente d’un fidèle macronien, Sylvain Fort, pour gérer le pôle communication de l’Élysée risque encore d’accroître cette inclination pour les Saoud : l’agence qu’il a fondée, Steele & Holt, a été chargée, après son départ pour l’Elysée, d’assurer la communication du royaume et du prince héritier en France afin d’y améliorer leur image et, précise Le Monde, d’accompagner la signature d’un accord de partenariat avec l’Opéra de Paris.
Les armes, le pétrole et l’Iran : voici le triptyque qui dicte la relation de la France avec le royaume wahhabite et la conduit à fermer les yeux sur une des autocraties les plus régressives et mortifères de la planète.
Sous François Hollande, son fidèle Jean-Yves le Drian était tout autant le ministre de la défense que celui de l’armement. Avec son cabinet, l’ancien baron socialiste de Lorient, fief de la Direction des constructions navales (devenue Naval Group), était connu comme le plus farouche promoteur des ventes d’armes françaises auprès des pays soucieux de s’équiper en missiles, avions et chars. Il fut le premier à parvenir à écouler les avions Rafale de Dassault à l’étranger. Surtout, il fait exploser les ventes d’armes auprès de l’Arabie saoudite, qui passent de 400 millions d’euros en 2013 à 600 millions en 2015 et à 1 milliard en 2016.
Passé en mai 2017 chez Macron et au Quai d’Orsay, il s’y est installé avec sa garde rapprochée et, selon les confidences de plusieurs proches du pouvoir, « il continue d’avoir un œil sur les ventes d’armements et reste un des interlocuteurs privilégiés de nos gros clients ». La diplomatie française n’est donc pas celle du respect des droits humains, comme on le proclame souvent, mais des intérêts de l’industrie canonnière. Sachant que Riyad ne manque pas de courtisans dans ce domaine, en premier lieu les États-Unis, Paris s’efforce donc de tout faire pour maintenir la relation au beau fixe. On ne tance pas l’Arabie saoudite sur les morts évitables de civils au Yémen, même si des armes françaises peuvent être employées à cet escient, comme ne l’a pas exclu la ministre des armées Florence Parly. On se tait quand les défenseures des droits des femmes sont emprisonnées arbitrairement depuis plus de 100 jours, contrairement au Canada (voir l’article de Mediapart).
Et quand l’ONU essaie péniblement de jeter un peu de lumière sur le sort des populations au Yémen par l’intermédiaire d’un groupe d’experts des Nations unies, Paris met des bâtons procéduraux dans les rouages onusiens, puis reste muet quand son président évoque à mots couverts la possibilité que l’Arabie saoudite soit coupable de crimes de guerre (lire sur Mediapart : Face aux possibles crimes de guerre de la coalition, Paris se tait).
De la même manière, quand Emmanuel Macron se vante d’avoir permis l’affranchissement de Rafic Hariri en novembre 2017 lors d’une escale à Riyad, « c’est après avoir bataillé ferme pendant plusieurs heures de discussion face au prince hériter Mohammed ben Salmane, qui manquait tellement de respect à l’égard de la France que le président a dû lui rappeler qu’il parlait à une puissance membre du Conseil de sécurité », racontait il y a quelques mois un diplomate mis au courant de l’échange.
« Pensons à tout ce que le pétrole nous fait accepter, oublier et tolérer ! »
Face à une telle servilité, pas étonnant que les ONG et les militants des droits humains aient le sentiment de prêcher dans le désert : ils parlent certes à des conseillers et à des membres de l’exécutif bien intentionnés, mais cette parole est ensuite balayée sans hésitation par les « adultes en charge » : Macron, Le Drian, les industriels, les adeptes de la (real)politik des affaires.
La France n’a jamais eu de photo de famille scellant un pacte « pétrole contre sécurité » avec la monarchie saoudienne à la manière de la rencontre entre Franklin Roosevelt et le roi Ibn Saoud en février 1945, mais les relations entre les deux pays ont toujours été bonnes. En 1979, c’est même Paris qui a sauvé le royaume d’une cruelle humiliation lors de la prise de La Mecque, avec l’appui clandestin du GIGN.
La France a certes des idées et pas de pétrole, mais elle a terriblement besoin d’or noir. De 1990 à 2012, la Russie était le principal fournisseur de Paris en hydrocarbures. Mais, depuis 2013, l’Arabie saoudite est passée au premier plan : en 2015, dernière année connue, Riyad a fourni 18,6 % du pétrole brut acheté par la France. Étant donné les tensions avec Moscou, il est évidemment devenu très compliqué de se fâcher avec les Saoudiens. Contrairement au marché des armes, où c’est l’acheteur qui est en position de force, le pouvoir sur le marché du pétrole appartient au vendeur. Paris est donc doublement perdant face à Riyad.
Outre cette double soumission économique, la France s’est insérée dans les alliances compliquées au Moyen-Orient du côté de l’Arabie saoudite contre l’Iran. Dès lors, elle est de fait emportée dans cette alliance de surenchère guerrière que forment Mohammed ben Salmane et Benjamin Netanyahou, dans un sidérant retournement où le foyer idéologique (et financier) du pire terrorisme islamiste est devenu le plus proche allié d’un État d’Israël livré à l’extrême droite et à ses délires d’apartheid.
Ce choix tricolore est purement politique. Il découle de la lente ascension des néoconservateurs français au Quai d’Orsay et à l’Élysée, entamée sous Sarkozy, poursuivie sous Hollande et maintenant Macron. Cette poignée de hauts fonctionnaires alignés sur la position bushiste de « l’axe du mal » n’a cessé de gagner en influence. Pour eux, l’Iran est une menace sur la paix mondiale bien supérieure à l’Arabie saoudite, en dépit du fait que 15 des 19 kamikazes du 11 septembre 2001 étaient saoudiens, en dépit de la propagation du rigorisme wahhabite sur le reste du globe, en Europe notamment, en dépit de l’absence de contre-pouvoirs d’aucune sorte face à la famille régnante.
La fixation sur l’acquisition potentielle de l’arme nucléaire par Téhéran est devenue un obstacle à toute évaluation rationnelle du danger. Lors des années de négociation qui ont conduit aux accords de Vienne sur le nucléaire iranien, les négociateurs français, de leur aveu même, se sont montrés bien plus durs et récalcitrants que les diplomates américains.
L’Iran n’est certes pas un parangon de vertu ni un modèle de respect des droits fondamentaux, mais c’est un pays avec des courants d’expression contradictoires, des élections, une population hautement éduquée et désireuse de rompre des décennies d’isolement. Surtout, ce n’est pas un pays où les humeurs d’un souverain, ou de son fils, sont capables de chambouler en une nuit la gouvernance des institutions, de menacer de guerre un voisin si celui-ci ne se soumet pas à une liste de desiderata, ou de bâtir des plans de développement sur la comète, qui serviront surtout à enrichir les banques étrangères. Tout ce que l’Arabie saoudite est sous la direction actuelle du prince héritier ben Salmane.
Ce choix de courtiser Riyad plutôt que de discuter paisiblement avec Téhéran et, ce faisant, de s’aligner sur la position des États-Unis version Trump, a conduit Paris à retirer immédiatement ses billes quand Washington a dénoncé l’accord sur le nucléaire en mai 2018. Alors que le ministre de l’économie Bruno Le Maire, dans un sursaut (gaulliste ?) avait promis que la France ne se laisserait pas dicter sa politique commerciale, les entreprises françaises qui étaient retournées en Iran (Peugeot, Total, Airbus) ont très vite fait leurs bagages pour complaire aux États-Unis, mais aussi à l’Arabie saoudite.
« Pensons à tout ce que le pétrole nous fait accepter, oublier et tolérer ! » En 2006, il y a donc plus de dix ans, un haut responsable politique français exprimait à haute voix sa colère contre une situation qui conduit à ne pas mettre « suffisamment en cause ces royaumes, ces émirats, ces régimes totalement corrompus et aucunement démocratiques, auxquels nous vendons des armements dont nos présidents se font les représentants de commerce, tandis que le statut de la femme se limite à l’arrivée de rares élues aux chambres de commerce de Riyad ou de Djeddah ».
Dans un fort credo écologique, il appelait à « sortir le plus vite possible du pétrole », ajoutant que cette révolution est « nécessaire à tout point de vue, pas seulement environnemental ». « La dépendance pétrolière, résumait-il, n’est pas uniquement une question écologique ni même une affaire de source d’approvisionnement. C’est un problème politique : tant que nous n’aurons pas pris nos distances, construit notre indépendance, repris notre liberté, nous serons faibles, mous et sans principes. »
Ce dirigeant français parlait d’or, dans un livre qui, d’ailleurs, revendiquait Le Devoir de vérité (Stock). Il se nommait François Hollande et est devenu, six ans après ces propos lucides, président de la République française, un président qui sera le plus assidu de la Ve République auprès de la monarchie absolue saoudienne. « Faibles, mous, sans principes… » Oui, en effet.
Des jours et des jours à tenter piteusement de composer un gouvernement... Il faut croire que plus personne ne se presse pour traverser la rue et rejoindre pareil attelage.#Remaniement– avecIan Brossat.
La construction d'une nation face à la force de la xénophobie
Françoise Davisse et Carl Aderhold
Réalisateurs de la série documentaire Histoires d'une nation
De livre en livre, la méthode Zemmour est la même: trouver des thèses qui servent sa cause chez quelques historiens (René Grousset sur les croisades) et essayistes (Robert Aron sur Vichy) du milieu du siècle dernier.
Et d'accuser les historiens actuels de ne plus "assumer l'histoire de France". Ainsi débarrassé de l'apport de la recherche qui le contredit, il peut reprendre le vieux "roman national", décrire une France qui serait "en danger". Un "danger" qui n'existe pas. Mais ce qui existe, c'est le procédé qu'il reprend - celui des nationalistes, des essayistes d'extrême-droite, inauguré par Edouard Drumont. Il s'agit de vendre des livres dans lesquels l'auteur "ose" dénoncer la cause de tous les problèmes. Il se sent alors la victime de ceux qui le critiquent, preuve que lui seul dit la vérité: pour Drumont, il fallait démontrer, à partir des faits divers, de fausses révélations historiques, que les juifs étaient responsables, et que la République les protégeait. Pour Zemmour, ce sont les musulmans, et par extension les femmes, les intellectuels, etc. Même système aussi de reprise médiatique: Daudet pour Drumont, Ardisson pour Zemmour, des amis politiques mettent en avant l'obscure prose, puis tout le monde réagit, pour ou contre, et le phénomène existe. La décolonisation, les soubresauts du monde rendent chaque époque différente; demeurent les arguments sur le grand remplacement (les partisans de Drumont dénonçaient, en 1901, celui des Français par les ... Italiens à Marseille), les cultures antagoniques, avec in fine la haine de la démocratie.
Pour autant, puisque l'Humanité nous interroge sur cette "France de Zemmour", c'est que se pose la question de la force de la xénophobie en France et de sa nature.
Nous avons travaillé deux ans sur l'histoire des rapports de la France et de ses immigrés, et nous sommes allés à la rencontre de descendants d'immigrés dans toute la France. L'histoire (des historiens, des chercheurs, bref de ces gens invalidés par Zemmour) est celle d'une nation qui se construit, qui se pose la question de son unité, de ceux qu'elle inclut ou qu'elle rejette. Sans cesse la nation oscille entre "liberté, égalité, fraternité" et une recherche vaine de "définition du Français" pour répartir qui a des droits et qui n'en a pas. Il y a, chez chacun, d'où qu'il vienne, ce vécu oscillant: comment me situer pour être reconnu, avec qui s'unir. Les moments "en or" pour les immigrés sont ceux où ils sont à égalité, donc, disons-le, les moments de mouvement social. Ainsi, la Libération, ce grand moment antifasciste, reste nationaliste, et les étrangers, si présents dans la Résistance, se voient refuser une place de citoyens. En revanche, la Résistance elle-même, 1936, l'après-68, 1981, ont été des "moments d'intégration" essentiels. Avec le bémol, chaque fois, de l'étouffoir sur les revendications propres aux "racisés" (de la dissolution de l'étoile nord-africaine en 1937 à la récupération de la marche des Beurs).
Dans cette histoire, une surprise: nos témoins, plus de 90, ont quasiment tous évoqué les communistes, comme une évidence. Comme Minc, qui parle de la résistance communiste comme facteur d'intégration de ses parents; c'est aussiu Ramzi pour parler du Luth; les Amokrane pour parler de Toulouse; des Polonais pour le Nord; des habitants des Minguettes et de Villerupt pour la région lyonnaise et la Lorraine; de Jean Burgani pour les Italiens de Nogent; de Jean-Claude Assadourian pour Marseille. Comme une présence indélébile, municipale et militante des années 1920 aux années 1970: comme, aussi, un sentiment d'abandon, voire de trahison, à l'orée des années 1980. Cette histoire-là est sans doute à écrire et à interroger. En tout cas, c'est cette France-là que nous avons rencontrée.
Les militants ont préféré le « Manifeste pour un parti communiste du XXIe siècle » au texte présenté par la direction nationale. Une situation inédite dans l’histoire du parti, face à laquelle chacun appelle au « rassemblement ».
Les répliques du séisme politique de 2017 n’en finissent plus de se faire sentir. Cette fois, c’est au Parti communiste que se manifestent les secousses. Pour la première fois dans l’histoire de la formation, le texte présenté par la direction nationale en vue du congrès extraordinaire, qui se tiendra fin novembre, n’est pas arrivé en tête. Avec 42,15 % des suffrages exprimés, c’est « Pour un manifeste du Parti communiste du XXIe siècle », emmené notamment par le député André Chassaigne, qui a obtenu samedi le meilleur score. Il devient ainsi « la base commune » pour la suite du congrès, devançant de 1 258 voix la proposition de la direction du PCF, qui enregistre 37,99 % (lire le détail des résultats en encadré). « J’en prends acte », a réagi Pierre Laurent dès samedi soir, notant que « les résultats sont très partagés », et qu’il n’existe « pas de majorité à ce stade pour avancer ».
« Ce n’est pas une surprise, mais on ne pensait pas que le Manifeste réaliserait un tel score », confie de son côté André Chassaigne, pour qui le résultat représente « un formidable signal d’espoir et témoigne d’une nouvelle ambition politique pour notre parti ». Pour le député du Puy-de-Dôme, ce vote exprime la volonté de « rompre avec la spirale de l’effacement, et de mettre en œuvre rapidement une nouvelle dynamique qui assure au PCF une place dans le paysage politique ». Une analyse qu’est loin de partager l’historien Frédérick Genevée. « Ce résultat est une très mauvaise nouvelle », estime celui qui a milité pour un autre texte, « Pour un printemps du communisme ». « Le parti est profondément divisé et sans majorité claire, déplore-t-il. Mais surtout, c’est le signe d’une forme de repli, d’une affirmation nostalgique alors que ce besoin d’une nouvelle radicalité communiste nécessite au contraire de s’appuyer sur des idées modernes. » Ce texte alternatif, défendu également par la députée Elsa Faucillon, a réuni samedi 11,95 % des exprimés, avec 3 607 voix, soit 3 300 de moins qu’en 2016. « Le nombre des adhérents cotisants s’est réduit de 7 % en deux ans, dont un grand nombre se serait porté sur notre texte », explique Frédérick Genevée. Et puis le vote « utile » contre le repli identitaire a joué en faveur de la base commune, estime l’historien, pour qui « l’effet référendum anti-Mélenchon a aussi joué ».
« L’envie de tourner une page douloureuse »
L’année électorale de 2017 a en effet concentré les insatisfactions des communistes, certains exigeant un « bilan » du soutien à la candidature de Jean-Luc Mélenchon pour la présidentielle. Un vote qui avait déjà divisé le PCF en 2016, puisque ce choix l’avait emporté d’une courte majorité (53,6 %).
« Ce qui s’est exprimé dans le vote, c’est d’abord l’envie de tourner une page douloureuse et d’ouvrir une période de transformation du parti et de notre stratégie, analyse Sébastien Laborde, secrétaire fédéral de Gironde. La façon dont les communistes ont vécu les campagnes législatives et présidentielle, l’échec du Front de gauche… tout ça a beaucoup pesé. » « La situation nationale comme internationale est extrêmement difficile. Nous sommes confrontés à des enjeux d’ampleur, une lutte de classe très vive, abonde Nathalie Simonnet, dirigeante de Seine-Saint-Denis. Face au défi du rassemblement, pour ne pas se replier sur nous-mêmes, nous avons besoin de réfléchir aux difficultés des alliances que nous avons menées. Cela ne remonte pas seulement au Front de gauche, mais bien avant. »
Le résultat du vote suscite aussi beaucoup d’inquiétude. « Des dangers mortels sont à écarter de manière radicale, explique Céline Brulin, secrétaire départementale de Seine-Maritime. Ceux de l’isolement et du repli, de la nostalgie d’un paysage politique qui n’existe plus, et puis surtout d’être autocentrés dans les semaines qui viennent alors que nous avons beaucoup de combats à livrer, à commencer mardi dans les manifs et aux côtés des retraités. » Pour la jeune sénatrice, « rassembler des insatisfactions et des mécontentements, ce n’est pas très compliqué, écrire une orientation opérante dans la situation actuelle, c’est autrement plus difficile ». Mais celle dont la fédération a envoyé trois députés à l’Assemblée nationale en 2017 reste confiante : « Le PCF ne retrouvera un élan que s’il est utile à nos concitoyens. C’est la boussole que nous ne devons jamais quitter. Dans notre département, on expérimente quotidiennement le fait qu’on puisse être complètement communiste et complètement rassembleur. Et c’est dans cette voie-là qu’il faut qu’on s’engage pleinement. »
Les jours à venir seront décisifs. D’abord parce que le débat est amené à se poursuivre, le texte adopté ayant vocation à être discuté et amendé localement puis au niveau des départements avant le rendez-vous national de fin novembre. « L’idée même de “base commune”, c’est de choisir un texte pour pouvoir l’enrichir, le transformer, souligne Nathalie Simonnet. Ce n’est pas le choix des communistes de Seine-Saint-Denis mais c’est le résultat de la démocratie et on va faire en sorte que la qualité de nos débats permette de modifier la base commune, en particulier sur la question de l’Europe. » Et pour certains, il y a urgence. « Entre ceux qui pensent qu’il faut que nous prenions une ligne de sortie de l’Europe et ceux qui pensent qu’il faut jouer dans les institutions européennes la conquête d’un pouvoir et d’une réorientation de la BCE, notre campagne n’est pas la même », rappelle Fabien Guillaud-Bataille, responsable du Val-de-Marne. Mais pour Frédéric Boccara, l’un des initiateurs du « Manifeste » : « Le texte choisi porte une orientation qui a sa cohérence, par exemple en refusant d’opposer rassemblement et développement de nos idées. Sur l’Europe, nous voulons mener une grande bataille sur la banque centrale européenne pour les services publics, c’est au cœur de notre texte et cela unit tous ses signataires, et bien au-delà. Le débat n’est pas sortir ou rester dans l’Europe, ça c’est celui que Macron veut imposer. Mais quelle bataille menons-nous et avec quelles perspectives. »
« On n’est pas là pour couper des têtes »
Côté partisans du « Printemps », « nous allons continuer de jouer le jeu du congrès, de défendre nos idées, explique Frédérick Genevée. Nous allons déployer des efforts accrus pour convaincre les communistes de la nécessité d’une profonde transformation de notre organisation. Nous sommes aussi décidés à nous adresser à toutes celles et tous ceux qui ont le communisme au cœur, à commencer par celles et ceux qui sont ou ont été adhérents ».
En attendant les prochaines assemblées locales, deux rendez-vous nationaux sont prévus dans les jours à venir. Lundi, l’exécutif du PCF doit se retrouver avant le conseil national du week-end prochain, où les premières candidatures aux élections européennes devaient être examinées. Mais la question des directions sera également posée avec un point d’étape de la commission en charge des candidatures. « On n’est pas là pour couper des têtes et s’enfermer dans un débat de personnes qui handicaperait le débat de fond. À partir des lignes définies ensemble, on parlera des visages qui porteront cette politique. C’est au secrétaire national de prendre acte des résultats, à lui de s’exprimer sur la manière dont il envisage l’avenir », estime André Chassaigne.
Une volonté farouche de rassembler tous les communistes
Pourtant, chez certains militants, la question se fait parfois plus pressante et le nom de Fabien Roussel, député du Nord, comme postulant à la tête du PCF circule déjà. Pour Sébastien Laborde, s’il existe un « sentiment que la direction nationale dysfonctionne, il n’y a pas de volonté de dégagisme ».
Reste le spectre d’une possible division des communistes, avec un texte qui n’emporte pas de majorité absolue. Sans compter que, sur le territoire, les résultats ne sont pas homogènes. Dans 40 fédérations du PCF, le « Manifeste » est arrivé en tête (avec une majorité absolue dans 24 d’entre elles) mais dans 49 c’est « Le communisme est la question du XXIe siècle », proposé par le conseil national du PCF, qui se classe premier (avec une majorité absolue dans 29). Ce sont sans doute les plus grosses fédérations (celles qui comptent plus de 1 000 votants) qui font la bascule, puisque trois d’entre elles (le Nord, qui s’était prononcé en 2016 pour une candidature Mélenchon, le Pas-de-Calais et le Val-de-Marne, qui optaient pour un candidat communiste) ont donné une majorité absolue au « Manifeste », contre seulement deux (les Bouches-du-Rhône et la Seine-Saint-Denis) pour la proposition du conseil national.
« Cette phase est toujours un peu clivante. Maintenant, je crois que tout le monde a la responsabilité de travailler au rassemblement des communistes. Quand je vois les déclarations, visiblement il y a une volonté de le faire », assure Sébastien Laborde. En effet, depuis samedi, André Chassaigne rappelle que ce vote n’est qu’une étape. « Le débat continue, assure-t-il. Il doit se faire dans l’écoute et le respect mutuel, dans la construction collective de ce qu’on va mettre en œuvre. Cela exige de chacun beaucoup de modestie et une volonté farouche de rassemblement. » « Nous avons devant nous un immense débat à poursuivre sur nos choix et un immense défi à relever pour la construction commune, l’unité et le rassemblement des communistes jusqu’au congrès, rappelle de son côté Pierre Laurent. Les semaines qui viennent nous appellent toutes et tous au travail commun. J’y mettrai toute mon énergie. »
Sous le titre "Le populisme, le cri des peuples pour survivre", une quatrième page du Télégramme qui fait froid dans le dos. Eric Zemmour, le nouveau Céline version homo nanus du ressentiment pour la comédie médiatique du XXIe siècle, bénéfice d'une pleine page en quatrième de couverture du Télégramme avec un article et un entretien très complaisant d'Hubert Coudurier, le patron du Télégramme.
"Vibrionnant bretteur"... "qui revisite l'histoire de France avec brio et s'en prend à la lecture qu'en font les historiens contemporains".
Ouah, Ouah!... On reste interdit. L'essayiste xénophobe, identitaire et réactionnaire aurait-il plus à nous apprendre sur l'histoire de France que des historiens universitaires sérieux?
Un homme qui raconte que la France est un "pays fondé par le christianisme", qui regrette le message du pape François, trop à gauche, parce qu'il prônerait "l'amour immodéré de l'autre" et "la haine de soi". Il décrit l'Islam comme forcément intolérant et totalitaire, et sa relation avec les cultures d'origine chrétienne comme forcément conflictuelle, partisan en ça du choc des civilisations. Il parle sur un mode hystero-apocalyptique de la menace du "grand remplacement" ou de la "contagion" par l'expansion démographique africaine, l'immigration-invasion.
Si toute une partie de la presse régionale sert ainsi la soupe aux propagandistes de l'extrême-droite, on a bien du souci à se faire: les idées des Le Pen et Wauquiez, le racisme et l'islamophobie vont continuer à gagner du terrain.
Il est encore fécond, le ventre de la bête immonde.
Voici un droit de réponse de ma camarade et amie Anita Kervadec, militante pour la cause des enfants sans-papiers à RESF et militante communiste à Vannes qui mérite d'être lu et médité.
Ismaël Dupont
Réponse à M Coudurier suite à l'article sur Eric Zemmour du 6/10/2018 dans Le télégramme.
Les mots peuvent tuer, Monsieur Coudurier
Que vous choisissiez de publier Eric Zemmour en vous appuyant sur Voltaire " Je ne suis pas d'accord avec ce que vous dites, mais je me battrai pour que vous puissiez le dire", soit. Que vous n'ajoutiez pas la réflexion basique d'un élève de Terminale "A-t-on le droit de tout dire?", cela inquiète un peu. Mais que vous preniez parti pour cet "intellectuel" en déclarant que "cet auteur controversé revisite l'Histoire de France avec brio", c'est proprement scandaleux au vu des inepties historiques que ce personnage accumule. "la France est un pays fondé par le catholicisme". Non. La nation française se fonde au 18ème siècle par la Révolution française...et son combat contre l'obscurantisme catholique. "On n'oblige pas les nouveaux arrivants à se soumettre aux valeurs et moeurs issues du christianisme". Dans une République qui se construit autour de la laïcité, c'est le moins qu'on puisse attendre. De plus un certain nombre de "moeurs et de valeurs" rattachées à la culture musulmane sont plus proches des moeurs et valeurs catholiques - virginité avant le mariage, refus du divorce, refus de l'avortement, glorification de la femme mère et épouse, etc - que des convictions laïques ou athées. Sans compter que nombre d'africains qui viennent en France ne sont pas musulmans mais chrétiens... "Les barbares adoptaient la religion chrétienne et la langue latine". Aïe, aïe. Les barbares bretons venus conquérir la Bretagne gallo romaine au Vème siècle ont imposé la religion chrétienne aux païens gallo romains à coup de moines guerriers et imposé leur langue, le Breton, contre la langue latine. Quand au fantasme de la submersion migratoire de l'Afrique, il faudrait rappeler à Eric Zemmour, et à vous M Coudurier, que 80% des migrations africaines sont intra africaines et ne se dirigent pas vers l'Europe. Bref le discours de E. Zemmour est un tissu de contrevérités et d'approximations historiques. C'est surtout un discours de peur, de repli sur soi, profondément anxiogène qui risque de provoquer -en paroles, mais aussi en actes - la haine de l'autre. Alors que vous choisissiez de le publier est une chose. En y ajoutant un commentaire qui valide ses propos et ses inepties, en est une autre. Les mots de Eric Zemmour peuvent tuer. Vous serez responsable et coupable pour les avoir propagés. Et glorifiés.
Anita Kervadec
Le PCF lui n'a aucune complaisance vis-à-vis des idées nauséabondes de Zemmour, qu'il ne nous viendrait pas à l'idée comme Mélenchon il y a quelques années de qualifier de "grand intellectuel qui n'est pas raciste".
ERIC ZEMMOUR, L'INCARNATION DE LA PENSÉE RACISTE ET XÉNOPHOBE (PCF)
Mercredi, 17 Décembre, 2014
Eric Zemmour s'est encore répendu dans les média. Le quotidien est cette fois-ci italien « Corriere della serra », certainement pour échapper aux poursuites judiciaires pour incitation à la haine raciale.
Invité sur toutes les ondes, Eric Zemmour est le plus grand propagandiste de la théorie d’extrême droite du grand remplacement. Islamophobe confirmé, il théorise sur l’impossible mélange entre français et arabes, compare l’immigration allemande à l’invasion allemande pendant la guerre, et affirme, pour justifier la déportation de musulmans que la « situation d'un peuple dans le peuple, des musulmans dans le peuple français, nous conduira au chaos et à la guerre civile".
Le racisme n'est pas une opinion mais un délit.
Quelle différence entre Eric Zemmour et le sulfureux Bloc Identitaire avec lequel même Marine Le Pen refuse de s'afficher officiellement ? Quelle différence entre Eric Zemmour qui veut déporter les musulmans et le député maire d'extrême droite Jacques Bompard qui déclarait recemment aux assises de la remigration du Bloc Identitaire, militer pour "encourager le départ de ceux qui polluent notre société".
Il semble malheureusement qu'il n'y ait guère de différences entre ces idéologues de l'extrême droite dure interdits d'antenne et Eric Zemmour dont les médias ont assuré la promotion du livre "Le suicide français".
Face à cette normalisation, autant inquiétante que scandaleuse, de la pensée raciste et xénophobe incarnée par Eric Zemmour, le PCF appelle au sursaut.
Fabienne Haloui, Responsable de la Commission "Lutte contre le Racisme et pour l'égalité des droits" au PCF
La question de l'immigration met au jour un clivage au sein de la gauche entre deux traditions. Celle de l'hospitalité - d'un accueil de ceux et celles qui veulent gagner nos pays sur la base du droit de vivre hors de son sol natal. Et celle qui se veut raisonnable, qui pointe le caractère utopique de la première et affirme que l'arrivée d'étrangers pèse à la baisse sur les salaires des natifs.
Angélisme contre réalisme? Pas sûr.
D'abord, parce que l'idée d'une "submersion migratoire" qui créerait les conditions d'une exacerbation de la concurrence des travailleurs entre eux et qui "pèserait sur l'infrastructure sociale" comme l'a scandaleusement déclaré l'Allemande Sarah Wagenknecht, est fausse.
60% des migrations internationales se font de pays du Sud à pays du Sud.
40 000 migrants ont frappé à la porte de l'Europe depuis le début de l'année... pour un continent de 511 millions d'habitants! Quant à l'ensemble des demandeurs d'asile proprement dit, il ne représente guère que 0,4% de la population européenne en âge de travailler. Les études montrent qu'une baisse de salaire n'est pas imputable à ces arrivées.
Mais, allons plus loin.
Car si la réalité des chiffres doit ramener chacun à la raison, l'histoire nous montre que les phénomènes de migration sont inhérents au développement de l'humanité. Et nous savons pertinemment que le système capitaliste, entré en phase de décomposition, provoquera toujours plus massivement des exodes et des exils. La question n'est donc pas de savoir s'il y aura des migrations dans les années à venir. C'est de savoir dans quelle proportion... et comment y faire face.
Des dizaines de milliers de migrants frapperont à la porte de l'Europe. Dès lors, la position réaliste n'est pas celle que l'on croit.
Le réalisme, c'est d'organiser l'accueil de ces populations - qui viendront de toute façon, quels que soient les murs qu'on dresse et la terreur qu'on fait régner - pour qu'il se passe dans les meilleures conditions possibles.
15 milliards d'euros ont été investis depuis 2000 pour bétonner les frontières européennes, en pure perte. Cet argent aurait pu être investi en centres de premier accueil et en structures d'hébergement.
Comment ne pas exiger en premier lieu le respect des conventions et des traités internationaux? Quand une embarcation de sauvetage est en danger, nous avons l'obligation de lui porter secours et d'autoriser son accostage dans le port le plus proche. Il y a quelque chose de criminel dans les refus répétés de Macron d'accueillir l'Aquarius.
Et le même ose tenir des discours d'ouverture à la tribune de l'ONU ou devant les chefs de gouvernement d'extrême-droite, alors qu'il pratique rigoureusement la même politique...
Ensuite, il faut organiser des voies légales, c'est-à-dire permettre à ceux qui veulent s'installer en Europe de le faire en leur octroyant un titre de séjour. Pour cela, il faut une clé de répartition européenne, afin que chaque pays prenne sa part à cet accueil. Sans quoi, ce seront toujours les pays du Sud qui seront seuls à gérer les arrivées. Or, ces pays premier accueil - Grèce, Italie, Chypre, Malte - sont souvent également les plus démunis.
C'est en donnant un contenu concret à l'accueil et à la solidarité internationale que nous sortirons de la crise européenne actuelle. Je n'ai qu'un seul souhait; que ce combat et et ces valeurs puissent rassembler à gauche et devenir notre patrimoine commun.
Ian Brossat, dans L'Humanité du mercredi 3 octobre 2018
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Favoriser l'expression des idées de transformation sociale du parti communiste.
Entretenir la mémoire des débats et des luttes de la gauche sociale.
Communiquer avec les habitants de la région de Morlaix.