Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
31 décembre 2025 3 31 /12 /décembre /2025 09:14
retro news: Ouest-Matin, journal communiste breton, 5 septembre 1955
retro news: Ouest-Matin, journal communiste breton, 5 septembre 1955
retro news: Ouest-Matin, journal communiste breton, 5 septembre 1955
retro news: Ouest-Matin, journal communiste breton, 5 septembre 1955

Journal Ouest-Matin, "Grand quotidien régional d'information et de défense républicaine" diffusé par le parti communiste en Bretagne.

On est le 5 septembre 1955 et le journal fait écho à la fête de l'huma de Vincennes, et son éclatant succès, aux luttes pour la paix en Algérie et l'indépendance du peuple algérien comme du peuple marocain, ainsi qu'à un grave accident de la route à Morlaix. Une moto percute un camion à l'arrêt en panne d'essence à la hauteur de la croix rouge sur la route de Plouigneau: deux morts. " un peuple qui en opprime un autre ne saurait être un peuple libre" proclame fièrement le stand de l'algérien de France, rappelle le journaliste de Ouest-Matin, en direct de la fête de l'huma, où Etienne Fajon et Marcel Cachin montent sur le grande scène, rendant hommage à Maurice Thorez, récemment décédé, et au dévouement des 40 000 CDH vendeurs de l'humanité, le journal "qui déchire les nuages de la propagande bourgeoise".

Toute une époque...

Partager cet article
Repost0
31 décembre 2025 3 31 /12 /décembre /2025 09:09
retro news: un demi-million de personnes à la fête de l'humanité 1967 de Vincennes (L'Humanité, 11 septembre 1967)
retro news: un demi-million de personnes à la fête de l'humanité 1967 de Vincennes (L'Humanité, 11 septembre 1967)
retro news: un demi-million de personnes à la fête de l'humanité 1967 de Vincennes (L'Humanité, 11 septembre 1967)
retro news: un demi-million de personnes à la fête de l'humanité 1967 de Vincennes (L'Humanité, 11 septembre 1967)
retro news: un demi-million de personnes à la fête de l'humanité 1967 de Vincennes (L'Humanité, 11 septembre 1967)
retro news: un demi-million de personnes à la fête de l'humanité 1967 de Vincennes (L'Humanité, 11 septembre 1967)
retro news: un demi-million de personnes à la fête de l'humanité 1967 de Vincennes (L'Humanité, 11 septembre 1967)
retro news: un demi-million de personnes à la fête de l'humanité 1967 de Vincennes (L'Humanité, 11 septembre 1967)
retro news: un demi-million de personnes à la fête de l'humanité 1967 de Vincennes (L'Humanité, 11 septembre 1967)
retro news: un demi-million de personnes à la fête de l'humanité 1967 de Vincennes (L'Humanité, 11 septembre 1967)
retro news: un demi-million de personnes à la fête de l'humanité 1967 de Vincennes (L'Humanité, 11 septembre 1967)
retro news: un demi-million de personnes à la fête de l'humanité 1967 de Vincennes (L'Humanité, 11 septembre 1967)
retro news: un demi-million de personnes à la fête de l'humanité 1967 de Vincennes (L'Humanité, 11 septembre 1967)

L'humanité, 11 septembre 1967: un demi-million à la fête de l'humanité de Vincennes, 2100 adhésions au parti communiste et 2233 aux Jeunesses communistes. Juliette Gréco, "moulée dans sa longue robe noire" enchante le public en interprétant ses plus belles chansons écrites par Ferré, Gainsbourg, Brel, Trenet, Prévert et Cosma. Pendant deux jours, des dizaines de milliers de personnes se pressent à l'Expo Picasso au stand de l'humanité avec une centaine de toiles originales: "Picasso génial, Picasso témoin de notre temps sous tous les angles - Picasso, notre camarade". Roland Leroy assure le discours du meeting sur la grande scène, saluant la présence des camarades communistes vietnamiens, arabes palestiniens, israéliens, italiens, grecs, espagnols, portugais, réunionnais, martiniquais, guadeloupéens, dénonçant les ordonnances réactionnaires contre la Sécurité sociale, demandant la nationalisation de l'industrie pharmaceutique pour faire baisser le coût des médicaments, l'augmentation du budget de la santé publique, et défendant un programme commun de la gauche, défendant une politique de paix et de lutte contre l'impérialisme américain qui se déploie dans le monde entier et au Vietnam en premier lieu. A la cité Internationale, où les luttes d'émancipation de 42 pays sont représentées, "le stand des trois organes (hébreu, arabe, yiddish) du Parti communiste d'Israël répond en écho: "avec les peuples arabes contre l'impérialisme et non avec l'impérialisme contre les peuples arabes; l'évacuation des territoires occupés créera les conditions d'une solution pacifique". On y proposait du "champagne israélien" : il pourra couler à flot le jour où sera conclue une paix juste consacrant le droit des peuples israélien, palestinien et arabes à vivre dans la paix, donc dans la dignité et la justice"

Partager cet article
Repost0
22 décembre 2025 1 22 /12 /décembre /2025 08:27

"Pour Pierre (et Andrée) Bazin, c'est le voyage de la (vraie) solidarité"... 

Voici un article reportage de l'Humanité daté du 9 juillet 1957 sur Pierre et Andrée Bazin, les parents de notre camarade Serge Bazin auquel nous avons dit adieu la semaine dernière, CDH émérites, parmi les meilleurs vendeurs de l'humanité de Garges-lès-Gonesse et la Seine-et-Oise, qui eurent l'honneur de gagner un voyage en URSS, pendant que leurs camarades se cotisaient pour acheter le costume de Pierre, ouvrier, voulant représenter les ouvriers français comme il se doit, auprès des camarades soviétiques, et ces mêmes camarades de Garges-lès-Gonesse s'organisant également pour garder les cinq enfants, dont notre camarade Serge Bazin (10 ans à l'époque) pour que les parents puissent partir en URSS. Toute une époque...

Merci à Aline, la sœur de Serge, pour la photographie de cet article très intéressant et émouvant. 

Lire aussi: Hommage à notre camarade de la section PCF de Morlaix Serge Bazin -

Pierre et Andrée Bazin, meilleurs CDH de Garges-lès-Gonesse, et de Seine-et-Oise,  en URSS: Un article reportage de l'Humanité en juillet 1957 sur les parents de notre camarade Serge Bazin
Partager cet article
Repost0
9 décembre 2025 2 09 /12 /décembre /2025 06:33
Un siècle de Parti communiste dans le département des Côtes d'Armor (Fabrice Bernay, Ouest-France, 7 février 2021)

Un siècle de Parti communiste dans le département des Côtes d'Armor (Fabrice Bernay, Ouest-France, 7 février 2021)

"Je viens d'apprendre le décès de notre camarade Félix Leyzour, une grande figure communiste en Bretagne ; député, sénateur, maire, conseiller général, conseiller régional. Je l'ai bien connu au CRAC où il ne manquait jamais une réunion, ses interventions, ses suggestions étaient toujours écoutées avec intérêt par tous. Il a joué un rôle important lors de l'élaboration du projet de loi que nous avons proposé sur le développement des langues et cultures des régions de France. Il participait souvent aux réunions de la commission nationale des pêches et cultures marines que je présidais et il  fut l'un des rédacteurs de la proposition de loi que nous avons déposé sur cette problématique au bureau de l'Assemblée nationale. Félix était un homme d'une grande finesse d'esprit, d'une grande gentillesse et d'une disponibilité infatigable.
S'il n'était plus aussi présent dans la vie politique depuis quelques années il n'en suivait pas moins les complexes évolutions, fidèle à ses idées communistes." 
 
Piero Rainero, ancien dirigeant du PCF du Finistère, conseiller régional et adjoint au maire de Quimper 
 
"Felix Leyzour, ancien maire communiste de Callac, député et sénateur du Finistère, vient de nous quitter à 93 ans. C'est une grande tristesse de voir disparaître ce camarade et véritable ami politique. Felix aura marqué durablement la vie politique et le Parti Communiste en Bretagne. Je n'oublierai pas cet homme attachant, modeste, d'une grande hauteur de vue et à l'humour discret mais chaleureux. La sérénité de son propos n'entâchait en rien l'ancrage de ses convictions. Il a été de celles et ceux qui m'ont forgé à l'idée que si la politique est un combat (de classe) et la lutte permanente, elle doit d'abord œuvrer à rassembler pour agir avec le plus grand nombre et respecter la diversité des démocrates et progressistes (...)" 
Jean-Louis Frostin, ancien trésorier national du PCF
 
"Infinie tristesse ce soir . Félix n'est plus ! Et avec lui ce sont des décennies de l’histoire politique et communiste des côtes du nord , puis d'Armor, qui cessent de s'écrire
Voilà près de 40 ans que je connaissais Félix, depuis mes 1eres responsabilités comme secrétaire fédéral des jeunes communistes des côtes du nord ou j'avais succédé à Stephane Peu Stephane en 1986
Il a été avec Édouard Quemper, Robert Daniel , José Yusté, Claude Plaquin , André Tanvez , Michel Fraboulet , Jean Tazé, Lucien Le Marellec , Gérard Lahellec ... l'un de mes papas politiques .
Plus de 10 ans à ses côtés au comité fédéral du pcf 22 à ses côtés m'ont fait tant apprendre et grandir
Félix c'était la rigueur , le calme , la pédagogie, la force de conviction ... une pratique communiste ancrée sur le réel et le terrain qui à la fois élevait les consciences et ouvrait le champ des possibles
Maire , conseiller général, député, sénateur il était avant tout un militant au milieu des autres dont l'humilité et la gentillesse nous rendaient juste heureux d'être de ses amis et camarades
A Denise et la famille vont mes 1eres pensées ... au PCF des côtes d'Armor aussi qui perdent un grand, très grand , Monsieur
Que la terre te soit légère Félix. Nous continuerons le combat commun
Merci pour tout ce que tu m'as apporté
Merci pour ton engagement essentiel pour nos luttes et nos territoires
Merci d'avoir si haut porté nos idéaux communs" 
Pascal Fournet, dirigeant de la CGT
Partager cet article
Repost0
9 décembre 2025 2 09 /12 /décembre /2025 06:29
Passionné de cyclisme, Félix Leyzour n’a pas manqué une seule édition de la PLB Muco à Callac. « Proche des gens, il était toujours présent aux événements quand il le pouvait », souligne Jean-Yves Rolland, le maire de Callac. (Photo d’archives Jean-Luc Le Garignon)

Passionné de cyclisme, Félix Leyzour n’a pas manqué une seule édition de la PLB Muco à Callac. « Proche des gens, il était toujours présent aux événements quand il le pouvait », souligne Jean-Yves Rolland, le maire de Callac. (Photo d’archives Jean-Luc Le Garignon)

Après une vie politique de 43 ans, Félix Leyzour s’est éteint à Callac à l’âge de 93 ans

Par Emmanuel Nen - Le Télégramme

Le 08 décembre 2025 

Il a marqué la vie politique régionale et même nationale durant 43 ans. Ce lundi matin, Félix Leyzour, ancien maire de Callac (22), s’est éteint à l’âge de 93 ans. Ses obsèques seront célébrées à Carhaix, vendredi.

Passionné de cyclisme, Félix Leyzour n’a pas manqué une seule édition de la PLB Muco à Callac. « Proche des gens, il était toujours présent aux événements quand il le pouvait », souligne Jean-Yves Rolland, le maire de Callac. (Photo d’archives Jean-Luc Le Garignon)

Ancien conseiller général, sénateur-maire de Callac, puis député, fidèle au Parti communiste, Félix Leyzour a consacré 43 ans de sa vie à la politique. Une longue vie d‘engagement à laquelle il a mis un terme, en 2008, pour profiter de la retraite à Callac. Il s’est éteint ce lundi matin, à l’âge de 93 ans.

« C’est un personnage de la vie politique bretonne qui s’en va. Quelqu’un de très proche des gens, toujours présent aux événements quand il le pouvait. Il passait régulièrement au bureau, on échangeait sur les projets de la commune », indique Jean-Yves Rolland, l’actuel maire de Callac qui a été son conseiller municipal durant trois mandats.

« Un personnage de la vie politique bretonne »

Christian Coail, le président du Département, qui lui avait succédé en tant qu’élu du canton de Callac, souligne que « les Côtes-d’Armor et le Centre-Bretagne perdent une figure historique. Enseignant de formation, il avait fait du combat pour l’émancipation et de la lutte contre les injustices ses principales ambitions. Longtemps unique parlementaire communiste de Bretagne, il a défendu avec ardeur la ruralité à Paris ».

« Profondément bouleversé », Gérard Lahellec, sénateur PC des Côtes-d’Armor, qui échangeait avec lui « au téléphone ou de visu quasiment chaque semaine », affirme « qu’on perd quelqu’un d’exceptionnel, au-delà de la couleur politique. Il a toujours défendu les petites gens et les situations difficiles. C’était un homme remarquable, humble et très juste ».

Les obsèques de Félix Leyzour seront célébrées vendredi 12 décembre, à 9 h 45, au crématorium de Carhaix.

https://www.letelegramme.fr/cotes-d-armor/callac-22160/apres-une-vie-politique-de-43-ans-felix-leyzour-sest-eteint-a-callac-a-lage-de-93-ans-6943602.php

Partager cet article
Repost0
9 décembre 2025 2 09 /12 /décembre /2025 06:24
Félix Leyzour (PCF) au conseil régional de Bretagne en mars 1986. | ARCHIVES OUEST-FRANCE

Félix Leyzour (PCF) au conseil régional de Bretagne en mars 1986. | ARCHIVES OUEST-FRANCE

https://www.ouest-france.fr/politique/deces-de-felix-leyzour-cinq-actes-dune-sacree-vie-politique-pour-un-militant-nayant-pas-cherche-a-faire-carriere-20fc84aa-d451-11f0-9e33-11f0fa5dcfce

Décès de Félix Leyzour : cinq actes d’une sacrée vie politique pour un « militant n’ayant pas cherché à faire carrière »

Félix Leyzour, figure politique des Côtes-d’Armor entre 1970 et 2008, est décédé à l’âge de 93 ans. Ancien sénateur, député, vice-président du conseil général, conseiller régional et maire de Callac, il était un élu communiste respecté.

Publié le 08/12/2025

Son décès est  un choc , ont réagi Jean-Yves Rolland, maire de Callac, et Christian Coail, conseiller départemental du canton de Callac et président du Conseil départemental.  On est tous bouleversés , appuie Gérard Lahellec, sénateur communiste des Côtes-d’Armor.

Le territoire vient de perdre un grand homme politique aux 43 années d’engagement, après la mort de Félix Leyzour à l’âge de 93 ans. Une longévité de plus en plus rare que Ouest-France tente de retracer en cinq actes.

Un élu communiste, un homme d’influence

 Tous les progressistes des Côtes-d’Armor lui doivent quelque chose , dit Gérard Lahellec. Originaire de Plourac’h, près de Callac, Félix Leyzour est, comme il se qualifiait,  enfant d’agriculteurs devenu instituteur, qui militera, au plan syndical, chez les enseignants et, au plan politique, au Parti communiste ». Sa carrière sur la scène politique aura été longue et remarquable. Toujours portée par les mêmes valeurs.

 J’ai eu très tôt conscience des inégalités. Et puis, il y a eu la guerre, l’Occupation allemande, l’école fermée car réquisitionnée par les soldats… Ensuite, les rencontres avec des gens qui partageaient mes convictions à l’École Normale m’ont convaincu de m’engager au Parti communiste.  Avec lui, notamment, le communisme a connu de grandes heures dans l’ouest des Côtes-d’Armor.

Au conseil général pendant 38 ans, à Callac pendant 19 ans

Le conseil général aura été son mandat de toujours. Un siège qu’il a occupé trente-huit ans (six mandats). Vice-président, il était à la tête d’une commission stratégique : les transports.  Historique vice-président aux routes au sein du Conseil général , relève Christian Coail, qui a pris sa suite en 2008 comme conseiller départemental du canton de Callac, Félix Leyzour a en réalité débuté comme conseiller municipal à Saint-Brieuc, en 1965.

Soyez le premier à commenter l’article !
 
 
 

Entre 1976 et 1989, il est même conseiller régional. 1989, c’est aussi l’année où il est élu maire de Callac, son fief jusqu’à la fin de sa vie. Trois mandats suivront, jusqu’en 2008. Mais, jamais, il ne se désintéressera de la vie locale.  Il suivait toute l’actualité de Callac, était présent à toutes les festivités , raconte l’actuel maire, Jean-Yves Rolland. En 2022, alors que le projet d’accueil de réfugiés Horizon cristallisait le débat dans la commune, il appelait, en son nom, « au calme » à la veille des deux manifestations pro et anti-projet.

 

Député presque par hasard

 Adieu le Sénat, bonjour l’Assemblée nationale. Félix Leyzour, le nouveau député de Guingamp, a laissé mardi les ors du palais du Luxembourg pour ceux du Palais Bourbon… On sait ce qu’on quitte, à défaut de savoir exactement où l’on va , écrit Ouest-France en juin 1997. Alors sénateur depuis 1989 – il avait été battu une première fois pour la députation en 1988 par Maurice Briand (PS) – Félix Leyzour quitte son poste pour devenir… député. Il est poussé par son parti, alors qu’une élection législative anticipée, consécutive à une dissolution de l’Assemblée sous le président Chirac, se profile.

Au terme d’une sacrée campagne éclair, et d’un débat public musclé organisé par Radio Kreiz-Breizh, à Rostrenen, Félix Leyzour fait tomber le sortant Daniel Pennec et refait basculer la circonscription à gauche.  La mallette noire du Sénat dans une main, le nouveau cartable marron de l’Assemblée dans l’autre , le Callacois entrait au palais Bourbon.  Chargé comme ça, j’ai un peu l’air d’un paysan, non ? 

Une carrière politique close en 2008

Face à la presse, en octobre 2007, Félix Leyzour annonce qu’il ne se représentera pas aux élections municipales et cantonales en 2008. C’est la fin, à 75 ans, d’un engagement politique long de 43 ans.  Je continuerai, bien entendu, à apporter mon appui à la démarche d’union à gauche et de large rassemblement des forces progressiste , glisse-t-il, se définissant là encore, et malgré les années, comme un  militant n’ayant pas cherché à faire carrière .

 

Dès 2009, et pour l’ensemble de son œuvre, il est nommé maire honoraire de Callac. Il le dit :  Je suis en retraite, mais pas en retrait de la vie sociale et citoyenne . Lui qui est l’un des membres fondateurs de la Fnaca cantonale.

 

En direct avec Félix Leyzour

Toutes ces années, il fallait bien les raconter. Félix Leyzour en a fait un livre, en 2011, intitulé : « En direct avec Félix Leyzour, de la Bretagne au Sénat et à l’Assemblée nationale, étapes d’une vie et d’un engagement. » À la question d’un journaliste,  considérez-vous le livre que vous venez de publier à compte d’auteur comme un bilan ? , Félix Leyzour martèle, encore et toujours :  Non, certainement pas ! Je n’ai d’ailleurs pas écrit de conclusion, car je veux rester un observateur attentif de notre société. J’ai simplement voulu retracer les étapes de mon parcours d’homme, de citoyen et d’élu, jusqu’à aujourd’hui. 

Il était intarissable, porté par l’intérêt pour  l’homme  au sens large.  J’ai fait de la politique de terrain, j’ai essayé de faire des choses concrètes. 

 

Ses obsèques seront célébrées vendredi 12 décembre, à 9 h 45, au crématorium de Carhaix (Finistère).

Partager cet article
Repost0
6 décembre 2025 6 06 /12 /décembre /2025 07:12
Théo Serfaty, sur les traces de son grand-père Abraham, le « Mandela marocain » (L'Humanité, 1er décembre 2025)

Théo Serfaty, petit-fils du militant communiste Abraham Serfaty, juif marocain opposé à Hassan II, s’est replongé dans l’histoire de son grand-père, dont il vient de faire rééditer Écrits sur la Palestine.

L'Humanité - Publié le 1 décembre 2025 

Aurélien Soucheyre

On peut avoir un grand-père surnommé le « Mandela marocain » sans prendre immédiatement la mesure du symbole. « À mes yeux, il était surtout quelqu’un de chaleureux qui me faisait sauter sur ses genoux. Je savais qu’il avait fait de la prison, mais je ne savais pas trop pourquoi », raconte Théo Serfaty.

Ce grand-père, Abraham Serfaty, communiste, juif marocain, antisioniste, adversaire résolu du roi Hassan II, a passé dix-sept ans en prison, avant d’être libéré grâce à la mobilisation internationale, en 1991. « Je suis né juste avant son expulsion en France. Quand on est enfant, on trouve tout normal. Je pensais que c’était son métier de faire des conférences. Je voyais qu’il était souvent nommé citoyen d’honneur de villes communistes, mais pour moi ça n’avait rien de surprenant », poursuit Théo.

Et c’est dans cette même apparence de normalité que Théo voit ensuite son grand-père être autorisé à rentrer au Maroc, Mohammed VI dépêchant un avion pour le rapatrier. « Sur place, il y a des attroupements autour de nous, je vois des gens essayer de lui baiser la main. Le roi lui offre une magnifique villa face à la mer où on passe des vacances inoubliables, avant que mon grand-père décide de refuser la villa et de la rendre. »

Des engagements politiques qui ont pesé sur la famille Serfaty

Rien de plus banal… Abraham meurt en 2010, à 84 ans. Théo en a 19. Le parcours de son grand-père est salué : son combat pour l’indépendance du Maroc, qui lui vaut d’être emprisonné par la France dès 1950.

Puis sa participation au nouvel État marocain, après l’indépendance, en tant que directeur de cabinet du ministre de l’Économie et directeur général des mines. Abraham Serfaty aurait pu rester membre de la caste dirigeante toute sa vie.

« Sauf qu’il était communiste. Il voulait la justice sociale et la propriété collective des richesses. Il s’est opposé frontalement à la trahison des dirigeants africains contre leurs peuples. Il était persuadé que les pays du Sud sortant de la colonisation avaient tous les moyens pour retrouver leur pleine souveraineté », résume Théo.

Abraham Serfaty soutient la grève des mineurs de Khouribga, est révoqué de ses fonctions, fonde le mouvement marxiste-léniniste Ila Al Amane, avant de plonger dans la clandestinité. Ses frères sont persécutés, sa sœur torturée à mort. « Cela fait partie du lourd poids que ses engagements ont fait peser sur la famille », murmure Théo. Abraham est lui-même arrêté, torturé, condamné à la réclusion à perpétuité.

« Je me politise par la fête »

Mais en 2010, Théo n’a pas encore tout ça à l’esprit. « Je pense à faire la fête. Et je me politise par la fête. » En 2014, il fonde une association avec des copains qui trouvent que les fêtes sont « nulles, commerciales, pas chaleureuses, trop chères ». Ils organisent alors de grandes soirées de plus en plus politiques et investissent des tiers-lieux. Arrive le combat contre la loi El Khomri et Théo devient membre de la commission musique de Nuit debout.

Il travaille pour le festival L’Boulevard à Casablanca, écrit un mémoire sur les festivals et la politique, ce qui l’amène en 2017 à atterrir à… la Fête de l’Humanité ! « Je suis tombé amoureux de cette Fête, de ses gens, ses militants, son rôle, son histoire, ses combats… » avoue l’actuel responsable de l’accueil et de la programmation de la Fête.

Un rendez-vous populaire où son grand-père avait été accueilli sous les applaudissements, en 1991. « Je n’ai pas pris le même chemin que lui, mais je suis arrivé au même endroit », sourit Théo, désormais mû par un devoir de mémoire. « Peu à peu, j’ai senti un poids sur mes épaules. Je voyais les amis de mon grand-père mourir les uns après les autres. Je me suis mis à organiser une bibliographie, à numériser ses archives… »

La réédition d’« Écrits sur la Palestine » comme évidence

Survient alors le 7 octobre 2023, avec les attaques terroristes du Hamas contre Israël qui ont fait 1 200 morts, et la réplique génocidaire israélienne, avec des bombardements pendant plus de deux ans sur Gaza et au moins 70 000 morts.

Rééditer Écrits sur la Palestine d’Abraham Serfaty devient pour Théo une évidence. « Il était à la fois juif, arabe, athée, communiste, antisioniste, anticolonialiste, antiraciste et adversaire de l’antisémitisme. Il voyait venir la dérive suprémaciste des dirigeants israéliens. Il estimait que le Hamas était le pire ennemi de la Palestine. Il défendait la paix, à long terme avec un seul État, et à court terme avec deux États selon les accords d’Oslo. »

Le livre vient de paraître aux éditions Syllepse. Théo a encore d’autres écrits à publier. Et, qui sait, d’autres ancêtres sur lesquels enquêter. « Je suis hispano-marocain par mon père, et franco-russe par ma mère. Son nom de famille est Rimski-Korsakov. Cette branche de la famille est liée au célèbre compositeur. Ils ont fui la Révolution russe. » Mais, chez Théo Serfaty, le Marocain rouge semble bien avoir pris l’avantage sur le Russe blanc.

Écrits sur la Palestine. Éditions Syllepse 256 pages. 19 €.

« La nation ne se fonde pas sur des mythes racistes » : qui était Abraham Serfaty, militant de la paix communiste, arabe, juif et antisioniste

Théo Serfaty - L'Humanité 24 octobre 2025 

Abraham Serfaty a milité toute sa vie pour un Maroc démocratique et une Palestine libre. Enfermé dans les geôles d’Hassan II, condamné à l’exil, le révolutionnaire marocain a payé cher ses engagements contre l’oppression et le colonialisme. Retour sur le parcours et les idées d’une figure majeure du mouvement arabe d’émancipation, décédé le 18 novembre 2010.

Il était de celles et ceux qui ne se taisaient pas. Ni les années de prison, d’isolement, de clandestinité, de torture ou d’exil n’auront réussi à le briser ou à lui enlever son amour indéfectible pour la justice et la liberté. Abraham Serfaty a consacré sa vie à œuvrer pour ces valeurs fondamentales. En premier lieu, au Maroc, qu’il a essayé d’accompagner, avec nombre de ses camarades, du protectorat à l’indépendance, de la monarchie à la démocratie.

Cela lui a valu, entre autres, dix-sept ans de prison et une vie de lutte. Et dans un second temps, pour la Palestine, qu’il a souhaitée de tout son être voir libérée avant sa mort. Comme il le disait lui-même : « Nous tous, juifs antisionistes dans le monde, nous devons effectivement contribuer à l’œuvre révolutionnaire contre l’État sioniste (…) pour déraciner les formes d’oppression millénaire qui trouvent leur apogée dans l’agonie impérialiste. » « La nation ne se fonde pas sur des mythes racistes… Être arabe juif, c’est être juif parce qu’arabe et arabe parce qu’arabe juif ».1

Abraham Serfaty était viscéralement attaché à l’union entre les peuples. Il écrivait dans « la Mémoire de l’Autre » : « Je ne comprenais pas et je refusais en mon for intérieur cette structure raciste de castes – c’est cela, avant tout, qui a fondé l’engagement de ma vie ».2 Tout au long de sa vie, il n’aura eu de cesse d’essayer de s’adresser à ses frères et sœurs juifs et juives arabes en Israël comme en Palestine, tout comme il n’aura eu de cesse d’essayer de s’adresser à ses frères et sœurs marocains ou sahraouis. Il aura payé le prix fort pour cet idéal d’union au-delà des frontières, des idéologies et des logiques libérales. Il ne se nourrissait d’aucune haine mais d’un amour profond pour les peuples, pour la justice et pour la dignité humaine. Il était internationaliste et révolutionnaire et n’avait pour seule boussole que l’autodétermination des peuples et la lutte contre toute forme d’impérialisme.

Après l’indépendance de 1956, il prend des responsabilités dans les nouvelles institutions de l’État marocain

Il naît en janvier 1926 à Casablanca sous le protectorat français dans une famille juive tangéroise. Abraham s’engage à 18 ans, dès 1944, au sein du Parti communiste marocain. Il poursuit cet engagement tout au long de ses études en France jusqu’à son diplôme de l’École des mines en 1949, puis il revient au Maroc afin de lutter pour l’indépendance de son pays. C’est ce combat qui lui vaut un premier emprisonnement en 1950. À la suite des émeutes de 1952 à Casablanca, il est expulsé en France, en résidence surveillée, sous prétexte qu’il serait brésilien, son grand-père ayant mené quelques aventures entrepreneuriales sur les rives de l’Amazonie.

Après l’indépendance de 1956, il prend des responsabilités dans les nouvelles institutions de l’État marocain, au cabinet du ministre de l’Économie, Abderrahim Bouabid, en tant que directeur de cabinet, puis en tant que directeur général des Mines et de la Géologie. Il en profitera pour diriger l’élaboration du statut législatif du mineur qui était, pour l’époque, très avancée et permettait, en théorie, aux syndicats d’exercer directement un contrôle auprès des entreprises minières.

À la suite de ce séjour ministériel, il prend la direction de l’Office chérifien des phosphates (OCP) en tant que directeur technique. Ainsi, il participera à la planification, au développement et à l’automatisation de tout un pan de l’industrie marocaine. L’OCP est spécialisé dans l’extraction, la transformation et la commercialisation du phosphate et de ses dérivés. Cette industrie représente aujourd’hui presque 10 % du PIB marocain.3 Mais très vite, en 1968, il prend fait et cause pour les ouvriers en grève de Khouribga, ce qui lui vaut un renvoi sur mesure disciplinaire. Il enseigne ensuite à l’école Mohammadia des ingénieurs et à l’école des Mines de Rabat.

Pressentant l’impasse du stalinisme vers laquelle les partis communistes à travers le monde se dirigent, et plus spécifiquement le Parti communiste marocain, il rejoint en 1968 l’équipe éditoriale de la revue culturelle et littéraire « Souffles ». Là où les révoltes populaires de 1965 ont apporté une nouvelle façon d’entrevoir les lignes de fracture entre la monarchie absolue et la soi-disant opposition, « Souffles » (Anfas) apporte un nouvel outil théorique à la contestation permettant d’agréger une jeunesse radicalisée et une partie de la gauche désillusionnée des promesses post-indépendance.

Arrêté en février 1972 par le régime d’Hassan II

Abraham Serfaty liait lutte des classes et combat culturel pour l’autonomie des peuples. Il était convaincu que tout processus révolutionnaire implique de revenir aux principes, aux valeurs et aux fondements de chaque civilisation que l’impérialisme a bouleversés. C’est ainsi que dès 1969, « Souffles » prend un tournant plus politique. Au troisième trimestre 1969, pour son quinzième numéro, la revue publie un numéro spécial sur la Palestine – « Pour la révolution palestinienne » – mais également de nombreux articles sur la décolonisation en Afrique, le Sahara occidental et le système capitaliste mondialisé.

En 1970, il rompt officiellement avec le Parti communiste marocain et fonde Ila Al Amame (En avant), organisation marxiste-léniniste que rejoignent de nombreux jeunes avides de démocratie. Arrêté en février 1972 par le régime d’Hassan II, il sera libéré quelques semaines plus tard à la suite de nombreuses manifestations dans les rues des grandes villes marocaines, en particulier Casablanca, où les jeunes scandent « Liberté pour Serfaty ! ».

Malheureusement, cette liberté ne sera que de courte durée. Quelques jours plus tard, il échappe à une nouvelle arrestation qui le fera entrer dans la clandestinité pendant presque trois ans. Entre-temps, c’est sa sœur, Evelyne, qui paiera de sa vie la dignité et le silence qu’elle aura opposé à la police alors qu’elle était torturée pour lui faire dire où se trouvait son frère. Où il était, personne ne le sait vraiment. Il aurait fait quelques allers-retours entre la France et le Maroc, aidé des camarades internationaux. Mais, surtout, il a rencontré et été caché par Christine Daure, future Christine Daure-Serfaty. Professeur de français et militante infatigable des droits de l’homme et des prisonniers politiques marocains avec laquelle il se mariera et finira sa vie.

Abraham Serfaty est finalement de nouveau arrêté le 10 novembre 1974. Pendant quatorze mois, il est détenu à l’isolement au bagne de Derb Moulay Cherif, les yeux bandés, les mains liées, soumis à la torture. Jusqu’en janvier 1976, personne ne sait où il se trouve. En janvier 1977, c’est le procès des 139 frontistes : il est condamné à la réclusion à perpétuité pour « complot visant à renverser la monarchie » et « atteinte à la sûreté de l’État ». À la fin du procès, il s’exclame : « Vive la République sahraouie ! Vive la République marocaine ! Et vive l’union du Maroc et du Sahara ! ». Un cri qu’il considère comme l’honneur de sa vie et qui lui vaudra à nouveau deux ans d’isolement. 

Pour le militant, le sionisme « est contraire à toutes les traditions et aux acquis du judaïsme européen »

La même année, en plein procès, son premier livre, « Lutte antisioniste et révolution arabe », est publié aux éditions des Quatre-Vents. C’est un condensé d’études, de textes publiés dans « Souffles » et dans « Tsédek » 4 de 1967 à 1972. Un premier apport théorique qu’il approfondira en prison de 1981 à 1985. Ces textes composent la grande majorité de l’œuvre qui vient d’être rééditée chez Syllepse. Abraham Serfaty y affirme son opposition à un récit homogène et unilatéral sur la nation juive : « Il n’y a pas de peuple israélien mais un conglomérat artificiel de populations. » Il s’attache à montrer un sionisme qui, pour lui, véhicule une idéologie raciste, colonialiste et impérialiste.

Pour le militant, le sionisme « est contraire à toutes les traditions et aux acquis du judaïsme européen » et « à toute la glorieuse histoire, plus que millénaire du judaïsme arabe et méditerranéen ». Là où le judaïsme arabe est universaliste, tolérant et enraciné dans la civilisation musulmane, le sionisme est nationaliste et défend une idéologie matérialiste de la nation tout en imposant une idéologie raciale d’origine européenne. C’est ainsi qu’il qualifie le sionisme comme « la négation du judaïsme arabe ».

La perspective révolutionnaire est donc pour lui la seule qui permettra d’articuler les judéités et les arabités dans un même épanouissement. Mais cela implique « un processus révolutionnaire exigeant (…) qui ne peut rester limité au peuple palestinien. L’interpénétration du sionisme et des intérêts vitaux de l’impérialisme au Moyen-Orient et dans la Méditerranée contraint à l’interpénétration de la révolution palestinienne et de la révolution arabe, elle-même partie intégrante de la révolution mondiale ». 

Ces « Écrits de prison sur la Palestine » forment le premier livre qu’il publie dans son nouvel exil en France, le 13 septembre 1992, après presque dix-huit ans d’emprisonnement et une intense campagne internationale pour sa libération. Après la sortie de prison de Nelson Mandela, il était le plus vieux prisonnier politique d’Afrique. Il paie sa liberté au prix de sa nationalité et cet exil forcé l’amène à se battre ardemment pour retrouver sa patrie. Au gré des livres, de 1992 à 1998, sa voix se fait l’écho de critiques sévères à l’égard de la monarchie : « Dans les prisons du roi – Écrits de Kenitra sur le Maroc » publié chez Messidor/Éditions Sociales en 1992, « la Mémoire de l’autre » publié chez Stock en 1993, « le Maroc, du noir au gris » publié chez Syllepse, déjà, en 1998.

En 1999, à la mort d’Hassan II, le roi Mohammed VI l’invite à revenir dans son pays, à retrouver les siens, à retrouver sa terre, son passeport et son identité. Il s’engage alors, et à nouveau, dans le processus démocratique qui se relance au Maroc, de 2000 à 2005. Il est conseiller spécial auprès de la direction de l’Onarep (Office national de recherche et d’exploitations pétrolières) mais très vite, il s’éloigne et prend ses distances, à nouveau. Il meurt à 84 ans, le 18 novembre 2010, à Marrakech, au terme d’une vie vouée à la défense d’« un monde plus juste », comme il me l’a dédicacé sur la page de garde de l’un de ses livres. 

Collection : « Des paroles en actes »  Auteur-e : Abraham Serfaty  Parution : octobre 2025 Pages : 280 Format : 150 x 210 ISBN : 979-10-399-0310-3

Collection : « Des paroles en actes » Auteur-e : Abraham Serfaty Parution : octobre 2025 Pages : 280 Format : 150 x 210 ISBN : 979-10-399-0310-3

Partager cet article
Repost0
15 novembre 2025 6 15 /11 /novembre /2025 07:24
Note de lecture - Jean-Marie Le Scraigne: une vie de militant au Huelgoat

C'est le troisième volet du récit de vie de Jean-Marie Le Scraigne que m'a fait découvrir notre amie et camarade Patricia Paulus. 

Le conteur breton, militant communiste, ancien résistant, et élu communiste à Huelgoat pendant plus de 40 ans, Jean-Marie Le Scraigne y raconte sa vie professionnelle et son dur labeur de petit paysan, "héritier" de générations de paysans sans terre, sans capital et aux terres pauvres du hameau du Fao, percuté par la révolution technique agricole et de tailleur de pierre, sa vie municipale et politique, le pittoresque de la vie sociale au Huelgoat quand il était plus jeune, les rivalités avec Scrignac et Berrien (première communiste communiste du centre-Finistère, depuis l'avant-guerre).  

Le récit, émaillé d'expressions en breton, est passionnant, truculent. Il fait revivre un Finistère intérieur et rural haut en couleur, les spécificités d'une agriculture centrée sur l'élevage de chevaux de labour dans les Monts d'Arrée, florissant pendant la guerre et dans l'après-guerre, mais déclinant avec la mécanisation des années 1950-1960.

L'implantation du PC à Huelgoat est ancienne, avec notamment l'élection aux élections municipales du secrétaire de section, le médecin des pauvres Fernand Jacq, élu au Conseil Municipal en 1935, puis battu à 20 voix d'écart seulement par le candidat socialiste aux élections cantonales de 1937, exécuté en 1941 près de Chateaubriant où il avait été enfermé avec les autres internés communistes, dont les 27 fusillés le 22 octobre 1941. 

FERNAND JACQ médecin et élu au Huelgoat, militant communiste et résistant, fusillé à Châteaubriant le 15 décembre 1941 (archives départementales du Finistère)

8 mai 2025: le PCF rend hommage à Fernand Jacq au cimetière de Huelgoat. Discours de Pierre-Yves Thomas

« Médecin des pauvres » et Résistant : un hommage rendu à Fernand Jacq, ce 8 mai dans le Finistère - Mariam Fournier, Ouest-France, 6 mai 2025

Le jeudi 8 mars au cimetière de Huelgoat à 15h45, le PCF rendra hommage à Fernand Jacq, médecin des pauvres et élu et militant communiste du Huelgoat, fusillé par les Nazis le 15 décembre 1941

 Jean-Marie Le Scraigne adhère au PCF en 1947 après avoir été candidat une première fois sur la liste municipale du PCF en 1945, au sortir de la résistance. C'est son beau-père, petit paysan pauvre lui aussi mais plus conservateur qui sera élu à sa place au 1er tour du scrutin, et à l'époque, deux membres d'une même famille ne pouvaient être élus sur la même liste. A l'époque, le Parti communiste compte quatre cellules au Huelgoat: celle du centre-ville, celle du Vieux tronc, celle de Kervao, celle du Coat-Guinec. On se réunit chez le maire communiste depuis 1945, Alphonse Penven, où chez d'autres camarades. Le PC pousse Jean-Marie Le Scraigne à prendre des responsabilités dans la mutuelle chevaline indemnisant les paysans ayant eu des pertes de bêtes lors de la reproduction des chevaux. Dans l'après-guerre il y avait 50 exploitations agricoles avec des paysans de Huelgoat, aujourd'hui deux. 

Jean-Marie Le Scraigne raconte avec verve et force anecdotes les batailles homériques entre l'équipe de Pierre Blanchard, le candidat socialiste, appuyé sur le centre et la droite, très anti-communiste, et celle de Alphonse Penven, né en 1913 au village de Pierre Mocun, premier maire communiste du Huelgoat en 1945, puis sans discontinuer jusqu'en 1985, et député communiste aux élections à la proportionnelle de 1956, pendant la guerre d'Algérie, avec deux autres députés communistes finistériens: Marie Lambert, et G. Paul (de 1956 à 1958, avant la fin de la IVe République, et l'avènement de de Gaulle). 

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 35/ Alphonse Penven (1913-1994)

Il nous conte les virées électorales d'Alphonse Penven, très charismatique et bon orateur, proche du monde paysan dont il était issu, sachant s'exprimer en breton, dans le Léon, où il l'accompagnait comme "garde du corps" avec Pierre Lozach. Mais aussi les opérations coups de poing de solidarité pour empêcher les saisies contre les petits paysans endettés, comme à l'époque des années 30 le faisait Tanguy Prigent et ses compagnons.    

Jean-Marie Le Scraigne nous raconte aussi les campagnes saisonnières de la ramasse des betteraves à sucre dans l'Aisne, au service de propriétaires terriens richissimes, souvent issus de l'aristocratie, où les travailleurs, paysans bretons pauvres bien souvent, étaient obligés d'accepter des cadences dures et des salaires chichement comptés pour pouvoir améliorer l'ordinaire. Même betteravier saisonnier dans l'Aisne, Jean-Marie Le Scraigne continue à faire de la politique pour le PC et à défendre les idées du PCF contre de Gaulle et la droite, les référendums plébiscitaires. 

L'auteur nous raconte aussi comment il faut responsable des associations de parents d'élèves au collège Jean Jaurès, inauguré en 1953, les relations parfois difficiles avec des directions de collège hostiles aux communistes, et plutôt proches des socialistes, les clivages de classe et politique entre lui, devenu ouvrier carrier, tailleur de pierre, cégétiste et communiste, et ses camarades issus des milieux populaires, et des enseignants ou ingénieurs de la centrale nucléaire de Brennilis, issus de milieux plus bourgeois mais tentés par le gauchisme, PSU et d'extrême-gauche, dans les années autour de 68. 

Il nous raconte aussi les fêtes de plein air du Parti, au mois d'août, à Huelgoat (Kervao), Scrignac et Berrien, avec kermesse l'après-midi et fest-noz le soir, très populaires dans les années 60-70, avant de connaître une fréquentation plus réduite dans les années 80, ses tournées des bars pour vendre les tickets d'entrée et vignettes pour les fêtes du Parti, parfois plus de 100 dans une tournée, au prix de cuites carabinées.

Un jour, il vend 130 vignettes bon de soutien pour la Fête de l'Humanité de Vincennes et devient le premier vendeur de billets sur le département du Finistère: le Parti lui offre donc le voyage en bus depuis Morlaix et l'entrée. Il retrouve à la fête de l'Huma à Paris des vieux copains exilés de Huelgoat, discute avec des communistes afghans, toute la magie de la fête! Le lendemain il est invité par un parlementaire communiste à suivre une séance du parlement européen à Strasbourg où il voit une délégation afghane demander de l'aide pour ses combattants contre le gouvernement communiste.    

Dans le dernier chapitre conclusif de ces mémoires "Et Maintenant?", Jean-Marie Le Scraigne montre qu'il n'a rien perdu de ses convictions communistes alors que Sarkozy gouverne, récupère le nom et le sacrifice de Guy Môquet (ce troisième livre de mémoire est publié chez Emglao Breizh en 2013, trois ans avant la mort de Jean-Marie Le Scraigne): 

" Dès que l'on veut parler politique avec la majorité des gens, tous vous disent que cela va mal. Nombreux sont même ceux qui vous disent que le capitalisme tire à sa fin, qu'il va dans le mur. Si c'est vrai, et je pense que ça l'est, par quoi va t-on le remplacer? A ceux qui me le demandent, je réponds que, bon gré mal gré, il faudra un jour en revenir aux théories de Marx et qu'il faut pour cela un changement de comportement et de mentalité. Il faut faire en sorte que l'humanité cesse d'être la jungle qu'elle est devenue, où ce ne sont pas des bêtes féroces qui dominent, mais des gens aux dents longues qui accaparent toutes les richesses de la planète.

Pour le camoufler, pour endormir les opinions publiques, ils se sont emparés en quelque sorte de tous les moyens d'information. Journaux, radios, télévisions, etc, diffusent chaque jour un refrain à la mode: la crise. La crise, d'accord, mais la faute à qui? Et ce n'est pas la crise pour tout le monde! Alors que les États se disent tous endettés, les grandes entreprises, elles, affichent des bénéfices toujours en hausse. (...). Le capitalisme, c'est comme le chiendent, il faut le déraciner. "

On ne peut que vous conseiller la lecture de ces mémoires de Jean-Marie Le Scraigne, un ressourcement militant et une plongée aussi dans l'histoire du Huelgoat et du centre-Finistère. 

Ismaël Dupont 

15 novembre 2025 

 

Voir aussi: 1920-2020: Cent ans d'engagements communistes en Finistère: 63/ Jean-Marie Le Scraigne (1920-2016)t

L'oncle du journaliste, historien et écrivain quimpérois Georges Cadiou (L'hermine et la croix gammée), Jean-Marie Le Scraigne (en breton Jan-Mari Skragn, dit-il) est né au Huelgoat en juin 1920 (décédé en décembre 2016). Il a été retiré de l'école à 13 ans pour aider à la ferme malgré ses excellents résultats scolaires. Il est d’abord resté travailler à la ferme familiale, sur le plateau granitique de cette commune (en breton ar c’hludou), au cœur de l’Arrée.

Après son mariage, devenu père de famille, il préféra changer de métier et travailla comme carrier et marbrier, jusqu’à sa retraite.

Fervant militant communiste, il fut longtemps (une vingtaine d'années) conseiller municipal d’Huelgoat, élu sur la liste d"Alphonse Penven (maire et conseiller général PCF de la Libération à 1983, paysan de ce même quartier qui fut également député dans les années d'après-guerre).

Jean-Marie Le Scraigne s’est parfois exprimé à la télévision en breton (FR 3) sur la période du Front Populaire et nous a expliqué son engagement, contre la volonté paternelle...Il était connu comme chanteur de fest-noz (dans les années soixante-dix, avec B. Le Guern, L. Lozac’h). C’est à l’heure de la retraite qu’il s’est mis à composer des chansons, notamment à danser, en breton et en français. En 1986, il s'inscrit à un concours de contes en breton et obtient le premier prix. C'est en français il commencera à mettre ses contes par écrit, avant que les responsables de "Brud Nevez" lui conseillent de le faire en breton.

Francis Favereau, linguiste, spécialiste de la culture et de la langue bretonne, raconte:

" Parallèlement, Jean-Marie Le Scraigne a commencé à raconter divers contes (rismodilli, dit-il), qu’il avait entendus dans sa jeunesse à Kervinaouet, de la bouche de valets ou de mendiants, essentiellement. Il est ainsi devenu conteur, à la radio ou à la télévision, comme dans les veillées organisées ces dernières années, notamment par Dastum... Il compte actuellement parmi les meilleurs, avec Marcel Guilloux (Haute-Cornouaille) ou Jude Le Paboul (de Baud, Vannetais, disparu en 2001). L’originalité de J.M.Le Scraigne, c’est qu’il a transcrit la plupart de ses contes, d’abord en français, ne sachant guère écrire le breton, nous disait-il. Chez lui, Bilz(ic), l’adversaire déclaré du seigneur ainsi que du recteur, devient un «voleur honnête», comme il en faudrait davantage, conclut-il. Voilà qui, pour ce qui est de l’idéologie, nous situe aux antipodes de la morale traditionnelle héritée de FEIZ HA BREIZ  etc. Il y a chez lui un peu de cet «esprit sauvage de la Montagne», comme le dit si bien Y. Gwernig. On comprend mieux ce positionnement original grâce à l’étude qu’en a faite Ronan Le Coadic dans Campagne Rouges de Bretagne (SKOL VREIZH n° 22, 1991), où il a donné laparole aux communistes de cette région, en breton (F. Landré, maire de Scrignac, décédé en 1999, Daniel Trellu - cf. tome 3 - et Alphonse Penven, maire du Huelgoat et conseiller général du cantonde 1945 à 1983, qui fut député communiste de 1956 à 1958, disparu peu après son interview, ancien paysan dans la ferme de Coat Mocun sur les hauteurs du Huelgoat, dont J.M. Le Scraigne fut longtemps le colistier :

«Cela vient de loin, cela est ancien, parce que cette région était pauvre et que la terre était mauvaise. Les habitants pauvres avaient envie d’améliorer leur situation. Oui. Certains dans cette région ont fait la Révolution des Bonnets Rouges. Il y en avait beaucoup dans la région de Carhaix. A Plouyé, on en a découvert beaucoup en faisant le nouveau cimetière, beaucoup d’ossements. Ces gens avaient été tués par les soldats. Il y avait eu des heurts au Ty meur en Poullaouen, un combat entre Poullaouen et Carhaix. Et les Rouges, malheureusement, avaient perdu. Beaucoup avaient étét ués. Puis ce pays a été longtemps radical. Oui, c’était une région rouge par ici autrefois» (p. 55)...«Moi, je crois que les communistes ont confiance en l’homme, en son travail, et qu’ils soutiennent les pauvres surtout. Oui, des humanistes. Il s’agit d’aider ceux qui sont en bas de l’échelle à remonter et d’essayer d’avoir plus de justice dans ce pays» disait Jean-Marie Le Scraigne...

Francis Favereau  (https://ffavereau.monsite-orange.fr)

Partager cet article
Repost0
13 novembre 2025 4 13 /11 /novembre /2025 06:34
Hors-série L'Humanité sur Madeleine Riffaud à commander au prix de 11 euros auprès des sections PCF de BREST et MORLAIX dans le Finistère

Hors-série L'Humanité sur Madeleine Riffaud à commander au prix de 11 euros auprès des sections PCF de BREST et MORLAIX dans le Finistère

"Le journal L'humanité publie, à l'occasion du premier anniversaire de sa disparition, ce hors-série qui s'inscrit comme un geste de mémoire, de reconnaissance et de continuité.

Il revient sur 50 articles de Madeleine Riffaud, qui portent sur le combat anticolonial, la lutte sociale, et les rencontres qu'elle a pu faire lors de ses voyages.
Couvrant une période allant de 1945 à 1990, ces articles reflètent sa volonté de témoigner et d'analyser l'histoire depuis le terrain.

Ce hors-série met en lumière une voix, un héritage, au moment où le regard de Madeleine Riffaud résonne plus que jamais avec les enjeux du monde contemporain.

Figure emblématique de la Seconde Guerre mondiale, militante, résistante, communiste poétesse et correspondante de guerre pour notre journal, Madeleine Riffaud a marqué son temps et l'histoire par son engagement total, ses convictions et sa détermination face aux injustices."

 

Lire aussi: 

Les combattants de la Libération - Madeleine Riffaud, une poétesse sur les barricades (L'Humanité, Margot Bonnéry, 4 août 2024)

Communist'Art: Madeleine Riffaud, poète en Résistance

Partager cet article
Repost0
13 novembre 2025 4 13 /11 /novembre /2025 06:32
Amos Reichman, Les Morts de Raoul Villain, éditions du Seuil, « La Librairie du XXIe siècle », août 2025, 256 p., 21 €

Amos Reichman, Les Morts de Raoul Villain, éditions du Seuil, « La Librairie du XXIe siècle », août 2025, 256 p., 21 €

Je viens de terminer "Les morts de Raoul Villain" d'Amos Reichman, aux éditions Seuil (livre de la rentrée littéraire publié en septembre 2025), une enquête et historique et littéraire sur Raoul Villain, l'assassin de Jaurès, dont le meurtre, au Café du Croissant, motivé par l'idéologie nationaliste d'extrême-droite, la passion pour Jeanne d'Arc et la revanche d'un "esprit faible" considérant avec Action Française et une grande partie de la droite et de la presse de l'époque Jaurès comme un "traître" parce qu'il voulait la Paix, fut le vrai commencement de cette grande boucherie de la Première Guerre mondiale.
 
Un sujet qui ne pouvait que m'intéresser, car j'ai une admiration immense pour Jaurès et j'ai travaillé un an sur sa vie et son œuvre (philosophique, historique, politique, journalistique) pour mon sujet de mémoire de maîtrise de philosophie à Rennes 2. 
 
Ce récit, complexe, élégant, érudit, extrêmement bien écrit, avec des aller-retours temporels, est vraiment très stimulant et intéressant, une gageure quand on prend pour objet une personnalité grise, faible et antipathique, l'assassin sans relief d'une des plus belles figures d'humanité. On y trouve la préhistoire de l'assassinat, l'enfermement à l'asile de la mère de Raoul Villain, Marie-Adèle Collery, les années de formation laborieuses de Raoul Villain, qui échoue dans à peu près tout ce qu'il entreprend, à Reims, dont il fréquente la cathédrale et la statue de Jeanne d'Arc assidûment, puis à Paris, où il devient surveillant au lycée Stanislas (tiens donc, encore lui, une vraie pépinière pour la bourgeoisie réactionnaire!).
 
Amos Reichman imagine dans un récit halluciné les derniers jours avant l'exécution de l'acte prémédité de l'assassinat du directeur de l'Humanité et grand dirigeant socialiste et pacifiste. Toute proportion gardée, on est un peu dans le roman "Crime et châtiment" de Dostoïevski à suivre Raskolnikov avant l'assassinat de sa logeuse.
 
Amos Reichman tente d'imaginer les derniers instants avant le passage à l'acte irréparable. Et c'est crédible. Raoul Villain au nom prédestiné passera la guerre en prison, lui le médiocre va-t-en guerre qui évitera ainsi la mort au "champ d'honneur" et d'affronter la peur du combat, il sera acquitté en mars 1919 dans le contexte politique d'une chambre "bleu horizon" et dans un procès absolument scandaleux où il est défendu par l'avocat, politique et polémiste Alexandre Zévaès, longtemps proche de Jaurès, doublement traître, qui en 1941 commettra un appel à la collaboration avec l'occupant nazi intitulé "Un apôtre du rapprochement franco-allemand, Jean Jaurès". L'argument central de la défense de Villain: son "cerveau débile"... Lui qui en 1926 dans un lettre qu'il adresse à une banque parisienne pour y être embauché continue à se présenter comme l'auteur du "châtiment de Jaurès en pleine action de trahison". C'est vrai que ce ne sont pas les génies qui font l'histoire, ça se saurait! Suite à son acquittement, Raoul Villain, même sous un faux nom, sera régulièrement reconnu, menacé par les militants ouvriers, socialistes et communistes, et devra vivre dans l'errance et la clandestinité, jusqu'au bord de la Baltique, et en Autriche, vivant avec les subsides de son père, bourgeois noceur, huissier, qui le méprise mais ne l'abandonne pas pour autant. Il retourne à la Santé (et oui, la prison de Sarkozy, un autre miraculé de l'histoire judiciaire) pour trafic de monnaie pendant quelques semaines (il voulait faire du profit pour partir en Amérique), puis on le retrouve au Maroc en 1932 (sa passion des hommes forts, et de la France triomphante, s'accompagnait bien de l'attrait pour l'idéal colonial), puis à Barcelone et enfin aux Baléares. C'est aux Baléares, en plein début de la guerre civile espagnole, dans un village où il côtoie Walter Benjamin, fuyant le nazisme, et le petit-fils de Paul Gauguin, au milieu des ruines carthaginoises, qu'il est lui aussi assassiné par des milices républicaines, sans doute d'obédience anarchiste, qu'ils l'avaient probablement identifié comme l'assassin de Jaurès, même s'il avait repris le nom de sa grand-mere espagnole, Alba.
Il y vivait reclus, misanthrope, égoïste et vain, avec ses chimères, et sa chapelle privée dédiée à Jeanne d'Arc. "On peut fuir sa patrie, mais ce n'est pas pour cela que l'on parviendra à s'évader de soi-même", écrivait Horace, repris par Walter Benjamin. Ce jugement lucide sur l'exil s'applique aussi au Rémois Raoul Villain.
 
Un meurtre beaucoup moins retentissant contre lequel le gouvernement français va tout de même élever des protestations contre le gouvernement Républicain espagnol, sous la plume du secrétaire des affaires étrangères, M. Léger, futur écrivain sous le nom de Saint John Perse, la France qui abandonne la République espagnole à l'assaut militaire fasciste des partisans de Franco. Jusqu'à présent Raoul Villain, qui fut un temps la coqueluche des cercles bourgeois réactionnaires de Reims dans les années 20, n'a jamais été réhabilité officiellement... ça viendra peut-être, si on voit ce qui se passe aujourd'hui autour de la réhabilitation du fascisme en Italie avec Méloni et ses soutiens, ou de l'OAS dans les mairies d'extrême-droite du sud de la France. Rien de commun en tout cas pour ses obsèques et sa mémoire que l'hommage qui fut rendu à Jaurès: "Le 21 novembre 1924, les cendres de Jean Jaurès quittent le cimetière d'Albi pour le Panthéon. Un train spécial a été affrété, qui s'arrête dans plusieurs villes de France, pour autant d'hommages. Arrivé à Paris, à la gare d'Orsay, son cercueil est porté à l'Assemblée nationale, où il est solennellement veillé par une partie de la famille et de ses amis, des députés et des sénateurs, une délégation de mineurs de Carmaux. Ce sont des images que l'on retrouvera soixante années plus tard, rue des Boutiques-Obscures, à Rome, quand des ouvriers de toute l'Italie entoureront le corps d'Enrico Berlinguer, au siège du Parti communiste. Des millions d'inconsolables lui diront le lendemain adieu en la basilique Saint-Jean-de-Latran. Comme le peuple français saluant en 1924 la mémoire de Jean Jaurès, les Italiens pleureront alors un possible vécu mais non avenu, une époque d'espoir désormais perdue". (Amos Reichman)
Amos Reichman, est un jeune auteur, 35 ans. Il est né en 1990 à Paris. Il est historien, enseignant à Sciences-Po et haut fonctionnaire. Ancien élève de l’ENS de Lyon, de l’ENA et de l’université Columbia (États-Unis), il est agrégé d’histoire. Il est déjà l'auteur d'un récit sur la vie de Jacques Schiffrin, le fondateur de la Pléiade, préfacé par Robert O.Paxton, historien de Vichy et de la collaboration.
 
Son deuxième roman - parler d'enquête littéraire serait plus juste, l'auteur s'étant déplacé sur les lieux, se mettant en scène dans son enquête et parlant de ces lieux aujourd'hui, et ayant également fourni un travail de documentation et d'archives très important - est vraiment passionnant, même s'il est parfois éprouvant moralement, tant l'univers mental de Villain est triste, asphyxiant, et l'histoire déjà connue... En tout cas, Amos Reichman nous emmène dans cette sorte d'arrière-cuisine de l'histoire dont les odeurs pas trop ragoûtantes nous expliquent la suite.
 
"D’où, je crois, l’importance de « regarder du côté de Raoul Villain ». Parce que se souvenir, ici, d’une vie d’hier qui en dit long sur notre temps, reste l’arme la plus précieuse pour éviter la reproduction du pire, pour comprendre comment nous en sommes arrivés là, où nous en sommes, ce qui nous précède et nous fait face."
(Amos Reichman, interviewé par Jean-Philippe Cazier: https://diacritik.com)
 
Amos Reichman, Les Morts de Raoul Villain, éditions du Seuil, « La Librairie du XXIe siècle », août 2025, 256 p., 21 €
 
Ismaël Dupont
Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : Le chiffon rouge - PCF Morlaix/Montroulez
  • : Favoriser l'expression des idées de transformation sociale du parti communiste. Entretenir la mémoire des débats et des luttes de la gauche sociale. Communiquer avec les habitants de la région de Morlaix.
  • Contact

Visites

Compteur Global

En réalité depuis Janvier 2011