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12 mars 2017 7 12 /03 /mars /2017 07:53
Angel Parra à la fête de l'Humanité 2003

Angel Parra à la fête de l'Humanité 2003

Le chanteur et guitariste chilien Angel Parra, figure de la diaspora de ce pays, est mort samedi 11 mars à Paris à l’âge de 73 ans des suites d’un cancer, a annoncé l’ambassadrice du Chili en France. « C’est une grande perte pour le Chili et pour l’art, a déploré Marcia Covarrubias. Angel Parra a vécu quarante ans en France, qui était devenue aussi sa patrie. »

 

Né en 1943, à Valparaiso, le musicien était le fils de Violeta Parra (1917-1967), chanteuse chilienne qui a remis à l’honneur la musique traditionnelle et populaire et a vécu longtemps à Paris.

Opposant à Pinochet

 

Angel Parra avait très vite partagé la scène avec sa mère, comme musicien et compositeur, et formait aussi un duo avec sa sœur Isabel. Engagé au Parti communiste et soutien du président Salvador Allende, il a été interné en 1973 puis expulsé du Chili après le coup d’Etat du général Pinochet. Des événements qu’il évoque dans le roman Mains sur la nuque, publié en 2007 et dans un disque Venceremos, en 2013.

Le chanteur engagé a aussi rendu hommage à sa mère en interprétant ses chansons et en lui consacrant une biographie, Violeta se fue a los cielos, adaptée au cinéma par Andres Wood en 2012.


 

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11 mars 2017 6 11 /03 /mars /2017 06:53
Adam Rayski

Adam Rayski

Adam Rayski, décédé le 11 mars 2008


Mort à l'âge de quatre-vingt-quatorze ans, le responsable de la section juive des communistes de la MOI fut un des combattants les plus lucides de la Résistance. Son parcours témoigne d'un humanisme éclairé. Lucien DEGOY, l’a retracé dans un article que l’Humanité publia le 14 mars 2008, quelques jours après sa disparition

« Adam Rayski, modeste héros »
Avec Adam Rayski qu'on enterrait hier après-midi au Père-Lachaise, une grande figure de l'histoire de la Résistance en France vient de disparaître. Une grande figure aussi du communisme et du judaïsme révolutionnaire, dont il épousa très jeune, dans sa Pologne natale, les idéaux respectifs, sachant les réunir d'une manière féconde dès la fin des années 1920. Malgré les soubresauts d'un parcours biographique tourmenté, les déceptions et les coups tragiques portés par l'histoire aux espoirs de sa jeunesse qu'il racontera en particulier dans Nos illusions perdues (1985), l'un de ses livres, Adam Rayski ne renia jamais ni cette riche culture nourrie d'humanisme européen internationaliste ni ses choix politiques fondamentaux qui le conduisirent très tôt à percevoir l'horreur de la barbarie nazie et à l'affronter avec ses camarades juifs communistes dans un combat collectif qu'il savait sans merci.
Exclu du lycée pour activités subversives, il émigre en France
Né le 14 août 1914 à Bialystok, ville industrielle située aux confins de la Biélorussie, dans une famille de commerçants dont certains ont participé à la révolution de 1905, Adam grandit dans l'atmosphère des débats qui traversent la gauche juive, du Bund au communisme, en passant par les sionistes de gauche du Poalei Sion. Il raconte qu'il fut fasciné par la lecture des oeuvres de Boukharine qui lui révéla la « lumière du marxisme ». Il devint rapidement responsable de la « gauche scolaire » puis secrétaire du Komsomol de la ville. Engagements qui lui valent son exclusion du lycée pour activités subversives et de devoir immigrer en France fin 1932 afin de poursuivre des études universitaires.

Parallèlement aux cours de journalisme à la Sorbonne et à l'École libre des sciences politiques, Rayski intègre les organisations de jeunesses juives communistes de la MOI (Main-d'oeuvre immigrée, groupes de langues étrangères qui rassemblent depuis la fin des années 1920 les immigrés au sein d'une commission centrale du Parti communiste).

En janvier 1934, sa « section juive » lance un quotidien en langue yiddish, Naïe presse (Presse nouvelle).

Rayski y est engagé comme journaliste et permanent du Parti. Il travaille en même temps à l'Humanité où il approfondit son métier sous la direction d'André Marty, puis de Paul Vaillant-Couturier, croisant dans les services Aragon, Daniel - Renoult, Gabriel Péri ou Marcel Cachin...

Rayski, qui a vu venir la guerre derrière la montée de l'antisémitisme, accompagne l'entrée dans la clandestinité d'Unzer Wort (Notre parole). En 1940, il rejoint un régiment de l'armée polonaise (alliée de la France) basé à Coëtquidan (Morbihan), il est fait prisonnier au moment de la débâcle, mais s'évade et rentre à Paris le 14 juillet.

Sans illusions sur le régime vichyste, il s'attache à constituer dans la clandestinité des réseaux de solidarité et de soutien aux familles frappées par le statut antijuif et autres mesures de persécution. Il organise déjà la résistance passive.

On le retrouve en 1941 délégué du Parti en zone sud où de nombreux juifs s'étaient repliés depuis l'exode. Il met en place un réseau d'évasion pour les internés des camps de rétention et organise le retour de certains immigrés vers leurs pays d'origine pour y rejoindre la résistance, organise à Marseille, puis à Lyon des réseaux d'information et d'imprimerie clandestins. Après l'invasion de l'URSS par Hitler, il est rappelé à Paris pour prendre la responsabilité nationale de la section juive alors que s'accentuent les persécutions et les exécutions d'otages. Il développe une stratégie de rassemblement et d'information fondée sur le refus de l'isolement de la population juive de l'ensemble de la nation, que poursuivent l'occupant et Vichy. Après les grandes rafles de juillet 1942, auxquelles plusieurs milliers de personnes échappent grâce à l'alerte lancée par la section juive, il contribue à créer le 2e détachement juif qui constituera le fer de lance armé des FTP-MOI. Sous la conduite de Missak Manouchian- , le réseau, ses combattants et ses martyrs seront décimés sur dénonciation à la fin 1943. C'est eux que l'Affiche rouge d'Aragon et Ferré immortalisent.

Rayski, qui recevait les directives d'orientation de Jacques Duclos, supervise les structures de résistance juive adaptées à la diversité de la population : union des femmes, mouvement des jeunes, groupes de résistance par arrondissement, services d'écoute de radio, diffusion de l'information, groupes de sauvetage d'enfants.
Identifié par les services de police, il réussit à passer à travers les mailles du filet.
Dès octobre 1943, les organisations juives de la MOI qui sont passées en zone sud connaissent une montée en puissance exceptionnelle et sont reconnues par tous les autres courants de la vie juive comme partie intégrante de la résistance juive. Cette dernière unifie ses forces en créant le Comité général de défense juif qui servira d'embryon à la fondation, dès janvier 1944, du Conseil représentatif des israélites de France (CRIF) incarnant la communauté d'après-guerre.
Il supervise toutes les structures de résistance juive en france
En 1945, alors que le Parti communiste français décide l'intégration au Parti des organisations des immigrés (excepté l'UJRE qui échappe à la dissolution), Rayski participe à la conférence internationale de New York sur la situation du judaïsme européen.

Il est mandaté pour établir des contacts avec les communistes américains. Il joue un rôle international établissant des relations constantes entre le mouvement communiste français et la gauche israélienne. Ces pourparlers engagent le PCF dans une attitude favorable à la reconnaissance de l'État d'Israël.

En septembre 1949, Rayski repart en Pologne où il occupe un poste de sous-secrétaire d'État à la presse. Ses états de service au sein de la MOI et ses relations avec les organisations sionistes mondiales lui valent la méfiance des services de sécurité proches des Soviétiques. Lors du « printemps polonais » de 1956, il favorise la libéralisation des structures étatiques de la presse, mais il se détache de la politique de Gomulka qui parvient à éviter l'intervention armée soviétique au prix d'un alignement politique sur l'URSS qu'il réprouve. La rupture est consommée et Rayski revient en France en 1957.

En pleine guerre froide, il sera accusé d'espionnage au profit de la Pologne (une vengeance de - Varsovie ?) et condamné en 1962 à sept ans de prison, mais il est libéré en mars 1963 puis amnistié. À sa sortie de prison, Rayski se retire de la vie politique, se consacrant à écrire l'histoire de la Shoah et de la résistance juive, témoignant en toute simplicité auprès des écoliers et des lycéens. Le 21 février 2004, le membre d'honneur du CRIF qu'il était participait encore à la soirée d'hommage aux 23 fusillés communistes du groupe Manouchian au siège de PCF. Un héros modeste ».

Lucien Degoy

 

 

(lu sur la page Facebook de Robert Clément)  

 

Souvenons-nous d'Adam Rayski, résistant communiste juif d'origine polonaise, dirigeant et organisateur des FTP- MOI, décédé le 11 mars 2008 (Lucien Degoy, L'Humanité)
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9 mars 2017 4 09 /03 /mars /2017 13:14
Pour une véritable politique des pêches, rejoignez le Parti Communiste...
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8 mars 2017 3 08 /03 /mars /2017 19:17
Remember Bobby Sands: résistant et héros républicain irlandais, né le 9 mars 1954, assassiné par Margaret Thatcher à 36 ans (Robert Clément)

Bobby SANDS, né le 9 mars 1954, mourait il ya 36 ans après une grève de la faim.
 

Bobby Sands est un personnage connu pour son combat en Irlande du Nord dans les années 80, où il mena une grève de la faim jusqu’à son propre décès. Républicain irlandais et membre de l’IRA, sa lutte à l’encontre du gouvernement londonien et sa perte firent de lui un véritable martyr, avec un impact médiatique fort… Retour sur la vie de Bobby Sands…

Une Jeunesse très vite marquée par le conflit anglo-irlandais
Bobby Sand nait à Newtownabbey en Irlande du Nord, en 1954. Son enfance se déroule dans un climat conflictuel opposant sans cesse catholiques et protestants au travers d’actes de violences.
Très influencé par cette situation, c’est à 18 ans qu’il rejoint l’IRA (en 1972) et connait sa première arrestation de 1972 à 1976, période durant laquelle il est emprisonné.
A sa sortie de prison, Bobby Sands décide de s’impliquer d’avantage dans les actions de l’IRA, devenant ainsi l’un des principaux leaders activistes du mouvement.

Il est cependant arrêté très rapidement, en 1977, pour détention d’arme à feu et attentat.
Bien que l’accusation d’attentat soit rapidement rejetée par le tribunal en charge de son dossier, il est toutefois condamné à 14 ans de prison pour port d’arme prohibé à la prison de Maze (aussi nommée Longh Kesh).

Bobby Sands souhaite être reconnu comme un prisonnier politique
Dans ce centre pénitentiaire, Sands commence alors à écrire des textes politiques engagés, ainsi que quelques poèmes. De nombreux textes de sa composition sont même publiés tout au long de sa détention dans l’An Phoblacht, le journal officiel de l’IRA.
La vie carcérale à Maze est particulièrement difficile, et les tensions entre les prisonniers et les surveillants sont palpables. Dès le début, les prisonniers tentent de protester avec le « Blanket Protest (1976-1981) » et le « Dirty Protest (1978-1981) ». Il s’agit d’une technique de protestation où les prisonniers refusent de se vêtir de l’uniforme de prisonnier et vivent nus, enveloppés dans seulement une couverture. A ce refus de porter l’uniforme s’ajoute ensuite une véritable guerre à l’hygiène, où les prisonniers refusent de se laver, urinent et défèquent partout afin de placer la prison dans un état sanitaire déplorable.
Bobby Sands participe également à cette lutte, mais semble vouloir aller plus loin pour se faire entendre.
Sands organise une Grève de la Faim sans précédent
Conscient du puissant levier médiatique que peut être celui de la grève de la faim, Bobby Sands décide d’organiser une grève de la faim le 1er mars 1980, afin de sensibiliser l’opinion publique aux actions de l’IRA et à l’attitude du gouvernement londonien vis à vis de l’Irlande du Nord. Bobby Sands est alors accompagné par d’autres membres de l’IRA, fermement décidés à aller jusqu’au bout pour se faire entendre, acceptant la possibilité de mourir.
Durant cette grève, la mort d’un député républicain du Fermanagh et du Sud du Tyrone éveille cependant bien des convoitises, et Bobby Sands ne peut s’empêcher de briguer ce poste. Les catholiques proposent alors Sands comme candidat, et est finalement nominé le 9 avril 1981 où il l’emporta sur Harry West.
Face à cette victoire inattendue, le gouvernement londonien décide de contrer Bobby Sands en votant une loi électorale visant à interdire aux prisonniers toute possibilité de rôle politique et de présentation à des élections durant leur incarcération (cette loi est connue sous le nom de Representation of the Peole Act).
Perdant ainsi son siège de député, Bobby Sands décide de poursuivre sa grève de la faim et continuer à protester. Son état se détériore sur une soixantaine de jours, où il perd beaucoup de poids, et connait un fort affaiblissement. Il décède le 5 mai 1981, après 65 jours de grève.
L’annonce de son décès fait la Une des journaux, et provoque alors un immense tollé en Irlande du Nord et dans le reste du Monde, faisant de Bobby Sands et de ses compagnons, de véritables martyrs.
A l’annonce de sa mort, de nombreuses émeutes éclatèrent dans tous les quartiers nationalistes de l’Ulster, et notamment sur Falls Road, à Belfast, où un « murals » (ces fresques à la mémoire des activistes républicains ou loyalistes) lui rend d’ailleurs hommage.
Margaret Thatcher, la « dame de fer » , Premier ministre en Angleterre, déclara cyniquement à la Chambre des Communes : « Monsieur Sands était un criminel condamné. Il a fait le choix de s’ôter la vie. C’est un choix que l’organisation à laquelle il appartenait n’a pas laissé à beaucoup de ses victimes. ».

Remember Bobby Sands: résistant et héros républicain irlandais, né le 9 mars 1954, assassiné par Margaret Thatcher à 36 ans (Robert Clément)
Remember Bobby Sands: résistant et héros républicain irlandais, né le 9 mars 1954, assassiné par Margaret Thatcher à 36 ans (Robert Clément)
Bobby Sands et ses camarades grévistes de la faim tués par l'intransigeance de Margaret Thatcher

Bobby Sands et ses camarades grévistes de la faim tués par l'intransigeance de Margaret Thatcher

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6 mars 2017 1 06 /03 /mars /2017 17:47
Décès de Louis Cortot, président de l'ANACR: une grande perte pour la mémoire de la Résistance (Pierre Laurent)

Décès de Louis Cortot : une grande perte pour la mémoire de la Résistance (Pierre Laurent)

Officier de la Légion d'Honneur et fait Compagnon de la Libération, président de l’ANACR (Association nationale des anciens combattants de la Résistance), Louis Cortot vient de nous quitter et c'est une grande peine pour les communistes français. Entré en résistance à l'âge de 15 ans, Louis Cortot prend contact avec l’Organisation spéciale (OS) du Parti communiste et manifeste son désir de participer à l'action directe ; il commence par récupérer des armes, couper des lignes téléphoniques et distribuer des tracts. C’est dans l’usine dans laquelle il travaille qu’il confectionne les bombes qu’il va utiliser lors de ses missions. A 18 ans, il est un des responsables des FTP de la région parisienne, jouant tout au long de ses années de Résistance un rôle reconnu et essentiel. Le 11 novembre 1944, quelques mois après la Libération, il est décoré de la croix de la Libération par le général de Gaulle à l'Arc de Triomphe.

Militant politique, syndical, il fait toute sa carrière professionnelle dans la branche aéronautique chez Dassault. A la retraite, il continue à s'investir dans les combats de la mémoire de la Résistance. Chaque année, il contribue activement, avec les associations de résistants de toute la France, à l'organisation du concours national de la Résistance et de la déportation, auquel ont encore participé l’an dernier plusieurs dizaines de milliers d' élèves. Toujours présent, malgré son âge, dans toutes les grandes manifestations de commémoration, il s'est battu sans relâche pour que vive la mémoire de la Résistance, et qu'elle ne disparaisse pas des manuels scolaires. Ce passeur de la mémoire enrageait face aux positions du Président Sarkozy, et je me souviens en particulier de ses justes prises de positions contre l'abandon de l'histoire dans les programmes des terminales S.

Avec Louis Cortot, nous perdons un témoin majeur de ces années décisives de l'histoire de notre pays, un militant resté toujours fidèle à ses idéaux de jeunesse. Au nom des communistes, et en mon nom, je présente toutes nos condoléances, à la famille, aux proches, à ses compagnons, aux membres de l'ANACR.

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3 mars 2017 5 03 /03 /mars /2017 06:06
Marguerite Duras et Robert Antelme

Marguerite Duras et Robert Antelme

Marguerite Duras, décédée le 3 mars 1996 !


L'élan d'une jeune écrivaine (1914-1950)
Marguerite Duras, de son vrai nom Marguerite Donnadieu, est née le 4 avril 1914 à Gia Dinh, une ville de la banlieue Nord de Saïgon. A l'âge de 5 ans la jeune Marguerite vit toujours à Saïgon lorsque son père Emile meurt, en France. Deux ans plus tard, en 1923, sa mère s'installe avec ses trois enfants à Vinh Long, une ville située dans le delta du Mékong.
Marguerite Donnadieu passe toute son enfance au Viet-Nam. En 1932, alors qu'elle vient d'obtenir son baccalauréat, elle quitte Saïgon et vient s'installer en France pour poursuivre ses études. Elle obtient en 1963 une licence en droit.
Cette même année elle rencontre un certain Robert Antelme qu'elle épousera en 1939. De cette union naîtra en 1942 un premier enfant malheureusement mort-né. Cette période troublé dans la vie de Marguerite Donnadieu sera marquée également par la rencontre de son futur second mari, Dionys Mascolo.
En 1943 Marguerite et Robert Antelme déménage, ils s'installent au 5 rue St Benoît, à Paris, dans le quartier de St Germain des Près. Robert Antelme et Dionys Mascolo se lient d'une profonde amitié et avec Marguerite entrent dans la résistance. En parallèle Marguerite Donnadieu publie un premier ouvrage sous le pseudonyme de Marguerite Duras : Les Impudents (Editions Plon). L'année suivante elle passe chez Gallimard et fournit son deuxième ouvrage, La vie tranquille. 1944 est l'année qui marque l'arrestation de son mari Robert, déporté à Dachau. Marguerite s'inscrit alors au PCF, la Parti Communiste Français. A la libération Robert Antelme est libéré dans un état critique, il rejoint son épouse dans son domicile parisien. En 1947 Marguerite Duras divorce et se remarie avec Dionys Mascolo dont elle aura rapidement un enfant prénommé Jean.
Vers la diversification des activités (1950-1968)
En 1950 Marguerite Duras quitte le PCF, elle publie Un Barrage contre le Pacifique, une œuvre majeure commencée trois ans plus tôt, puis en 1952 Le Marin de Gibraltar, et en 1955 Le Square. En 1957 elle rencontre Gérard Jarlot, avec qui elle va collaborer pour de nombreuses adaptations théâtrales ou cinématographiques. En parallèle sa vie personnelle est bousculée par deux évènements majeurs : elle se sépare de son second mari et sa mère décède.
Poursuivant son œuvre littéraire, Marguerite Duras publie en 1958Moderato Cantabile; alors que les salles de cinéma mette pour la première fois à l'affiche une adaptation d'un de ses livres, Un barrage contre le Pacifique, de René Clément. Ses droits d'auteurs commencent à lui apporter une certaine aisance, ce qui lui permet d'aménager dans une maison individuelle à Neauphle-le-Château. Lancé dans le cinéma, elle signe les dialogues d'Hiroshima mon amour, d'Alain Resnais.
Cette multiplication des activités fait reconnaître Marguerite Duras au niveau national. De 1960 à 1967 elle est membre du jury Médicis. Politiquement marqué à gauche malgré l'abandon de sa carte de membre du PCF, elle milite activement contre la guerre d'Algérie, dont la signature du Manifeste des 121, une pétition sur le droit à l'insoumission dans la guerre d'Algérie, est le fait le plus marquant.
En 1963 elle commence l'écriture du Vice-Consul, puis en 1964 elle publie Le Ravissement de Lol V. Stein, un nouveau roman, et l'année suivante sa première œuvre théâtrale, "Théâtre" (tome I, éditions Gallimard). Active dans les évènements de mai 1968, elle poursuit toutefois la diversification de ses activités théâtrales en créant la pièce "L'Amante anglaise", mise en scène par Claude Régy.
La reconnaissance (1968-1996)
En 1969 elle passe à la réalisation cinématographique avec "Détruire, dit-elle". Puis en 1972 sa maison sert de décor à "Nathalie Granger", son nouveau film, puis elle écrit tour à tour "India Song" et "La Femme du Gange", qu'elle tourne au cinéma (Catherine Sellers, Gérard Depardieu, Dionys Mascolo)
En 1973 "India Song" est transformé en pièce de théâtre et parallèlement en film (sorti en salles en 1975). En 1977 c'est "Le Camion" qui sort au cinéma, un film marqué par l'apparition de Duras en tant qu'actrice (rôle succinct). Cette période prolifique pour elle se poursuit avec la réalisation en 1979 de quatre courts-métrages : "Les Mains négatives", "Césarée", "Aurélia Steiner-Melbourne" et "Aurélia Steiner-Vancouver".
A partir du début des années 80, Marguerite Duras poursuit la multiplication de ses activités avec la réalisation de "Dialogue de Rome", un film commandé par la RAI Italienne, puis suivront "Savannah Bay", "La Maladie de la mort" et en 1984 L'amant, un roman largement autobiographique reprenant la trame de son enfance. En 1985 elle met en scène "La Musica deuxième" au théâtre Renaud-Barrault, puis elle publie "Yann Andréa Steiner" (1992, éditions POL), "Ecrire" (1993, Gallimard) et "C'est tout" (1995, éditions POL)
Marguerite Donnadieu, dit Marguerite Duras s'est éteinte le 3 mars 1996 à son domicile parisien de St Germain des Près.

Marguerite Duras (4 avril 1914- 3 mars 1996): par Robert Clément
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26 février 2017 7 26 /02 /février /2017 20:07
Qui le Croizat? Du travail et de la lutte des classes dissimulés en France - Discours d'Ismaël Dupont au banquet républicain du PCF Pays Bigouden le 25 février au Guilvinec
Un banquet très chaleureux au manoir de Ker-Goz au Guilvinec, avec 60-70 personnes, des chansons, des interventions politiques, dont cette première intervention d'hommage au combat et à l'oeuvre d'Ambroise Croizat et une intervention sur les enjeux de 2017 du secrétaire départemental du PCF, Ismaël Dupont. 

 

« Qui le Croizat ? Du travail et de la lutte des classes dissimulées en France ».

Discours d'Ismaël Dupont, secrétaire départemental du PCF Finistère, au Château de Ker-Goz au Guilvinec pour le Banquet du Parti Communiste de la 7e Circonscription du Finistère et du Pays Bigouden. Samedi 25 février

A - Qui le Croizat ?

« Ambroise Croizat, ça n'me dis rien... », dirait monsieur tout l'monde.

Et pour cause !

Quand la Sécu n'est qu'un trou ou une charge, l'homme qui la créa doit tomber dans l'oubli du poids des années mortes et des choses désuètes.

Qu'importe que la Sécu ait permis une augmentation incroyable de l'espérance de vie, du bien-être, de l'égalité réelle devant les accidents de la vie, la mise en place d'un système de santé parmi les plus performants du monde !

Le Crime de la Sécurité Sociale version Croizat, c'est d'avoir installé le communisme dans le système social et économique français, via la gestion par les travailleurs de caisse de solidarité représentant plus financièrement que le budget de l’État et prélevés sur les richesses créées dans l'entreprise et le travail, limitant ainsi les profits de l'employeur au nom du droit à la sécurité et au bien-être de tous.

La Sécu, c'est aujourd'hui 200 milliards qui échappent à la finance (comparativement, les mutuelles ne représentent que 34 milliards), qui sont prelevés sur les richesses produites par les travailleurs, dans les entreprises, qui ne vont pas aux patrons. C'est beaucoup trop ! C'est trop énorme ! La Sécu doit donc n'être qu'un problème, un trou, un déficit !

Le trou ou le déficit annuel de la Sécu, 6 milliards d'€, créé par les exonérations de cotisations sociales sur les bas salaires (40 milliards), la fraude sociale (40 milliards), la soumission aux lobbies de l'industrie pharmaceutique ou de la médecine libérale, par le poids du chômage de masse (1 % de chômage en moins, 1 milliard de plus qui rentre dans les caisses de la Sécu), un trou que l’État a creusé lui-même donc, est le prétexte tout trouvé pour détruire petit à petit cette institution révolutionnaire que le mouvement ouvrier et la Résistance ont produites et que la Patronat n'a jamais, jamais digéré.

Depuis 1947, le Patronat veut récupérer les cotisations sociales que nous lui avons confisqué pour financer la protection sociale universelle (santé, retraites, allocations familiales).

Jusqu'à présent, pour faire accepter la remise en cause de la Sécurité Sociale, casser la démocratie sociale dans la gestion des caisses de sécurité sociale, livrer la protection sociale aux Patrons, aux Mutuelles, aux Assurances, et aux profits financiers, baisser le prélèvement social sur les profits des patrons, on a employé des techniques discrètes et utilisé un plan progressif mais mis en œuvre avec beaucoup de constance et de précision par la droite comme par les socialistes.

En 67, en imposant la Parité dans la gestion des caisses de Sécurité Sociale, Pompidou et la droite permettent aux Patrons de pouvoir dominer leur gestion avec l'appui des syndicats d'accompagnement.

On a cassé l'unicité de la Sécu, séparée en 4 branches séparées, on a séparé le régime obligatoire et le régime complémentaire, et favorisé le glissement vers les complémentaires, réduit considérablement les remboursements Sécu ce qui a fait grimpé le prix et l'importance des mutuelles et assurances sociales.

Merci Rocard !

La CMU et aujourd'hui le Tiers Payant Généralisé (« on ne voit plus ce qui vient de la carte verte, ce qui vient de la carte bleue ») ont servi de couverture pour dissimuler la part de moins en moins importante prise par les remboursements Sécurité Sociale sur les soins et les médicaments, la part de plus en plus importante prises par les particuliers.

On a étatisé la Sécu en la mettant sous le contrôle de l'Etat (ONDAM) et des critères de gestion à l'économie et à la rentabilité. Beaucoup voudrait faire dépendre le financement de la Sécu de la fiscalité surtout, de la CSG, et non plus des cotisations sociales : c'est le cas notamment de Jean-Luc Mélenchon.

Aujourd'hui, sous un gouvernement dit de gauche, il y a une augmentation significative de français qui doivent renoncer aux soins. Un domaine aussi important que la prise en charge du vieillissement de fait pas l'objet d'une réponse solidaire à la hauteur, dans le cadre de la sécurité sociale.

Pourtant, la Sécu, les Français y sont attachés, sans percevoir forcément la logique politique et l'aspect de révolution sociale qui ont présidé à sa création.

C'est la Sécu qui fait chuter Fillon, qui voulait la détruire par ordonnance, au moins autant que le Pénélope Gate.

Le mot d'ordre du PCF depuis des années, « Remboursement à 100 % par la Sécurité Sociale », est de plus en plus repris : cela passe notamment par la taxation des revenus financiers. C'est possible en luttant contre la fraude sociale, l'évasion fiscale et la fraude fiscale, en mettant fin aux exénorations de cotisations sociales, en mettant une politique de réindustrialisation au service de l'emploi. Les frais de gestion des mutuelles sont beaucoup plus lourds que les frais de gestion de la Sécu (25 % de frais ou de charges d'exploitation pour les mutuelles contre 6 % pour la Sécu). En même temps, aujourd'hui, face à nous, dans ces élections Présidentielles - on a des candidats de la privatisation du système de santé et de protection sociale : Fillon, Macron, Le Pen sans doute. Ce pourquoi les enjeux de l'élection présidentielle sont décisifs pour l'avenir de notre modèle de société.


 

B- Qui le Croizat ?

Qui, avant l'extraordinaire succès du film La Sociale, et peu avant celui-ci Des Jours heureux, fruit de collaborations entre le réalisateur de documentaires militants Gilles Perret et l'historien Michel Etiévent, deux savoyards comme Croizat, qui connaissait en dehors des militants communistes et cégétistes, des lecteurs de l'Humanité, Ambroise Croizat?...

Il y a 6 ou 7 ans, François Ruffin lui consacrait un numéro spécial de Fakir remarquant qu'Ambroise Croizat était sans doute le seul petit bonhomme inconnu du XXe Siècle qui, lors de ses funérailles, avait pu dans son cercueil être entouré de près d'un million de personnes à Paris, sans avoir droit à une mention dans le dictionnaire français des noms propres, le Robert, ou dans la plupart des articles ou cours consacrés à la naissance de la Sécurité Sociale, contrairement à Pierre Laroque. L'enterrement d'Ambroise Croizat, c'était à Paris, le 17 février 1951, son cortège funéraire rassemblait des centaines de milliers de personnes venus lui rendre hommage. En plein début de la guerre froide, il allait bientôt falloir couvrir d'un manteau de silence ce communiste trop productif, et par là même les origines de la Sécurité Sociale.

Ambroise Croizat était mort cinq jours plus tôt d'un cancer du poumon et d'épuisement, un an après avoir pleuré la mort de son fils ouvrier électricien à Lyon, tué dans un accident du travail.

Quel média, quel éditorialiste, quel intellectuel médiatique abordait l'œuvre révolutionnaire et néanmoins si proche de nous de ce député communiste ouvrier, fils du peuple, que la République capitularde, puis Vichy, firent croupir dans leurs prisons abjectes, à Paris puis en Algérie, avant qu'il ne soit libéré en 1943 et ne contribue à mettre en place les bases de la démocratie sociale à la française au sortir de la guerre, après avoir été un des contributeurs du programme du CNR: « Les jours heureux » ?

Le devoir de mémoire, on s'y astreint volontiers quand il s'agit de remuer les plaies avec une certaine complaisance voyeuriste ou sensationnaliste, de confronter l'homme et la nation à leurs limites, à leurs souffrances passées, à leurs puissances de destruction et de division, mais surtout, se disent les gardiens de la mémoire, petits ou grands bourgeois serviteurs du système qui se conçoivent aussi souvent comme des gardiens du troupeau, n'allons pas montrer, en faisant revivre des figures héroïques et populaires de la conquête sociale, que la volonté du peuple a su être souveraine, que le progrès social rapide et réel, facteur d'émancipation immédiate des travailleurs, ont pu être d'actualité.

 

On efface les traces ...

Les traces de la fierté et de la combativité ouvrière, de la République sociale et de la contribution décisive qu'y ont apporté les luttes des travailleurs et des communistes admirablement dévoués, intelligents et rassembleurs, formés par l'expérience de l'injustice sociale, les combats ouvriers, les jours lyriques du Front Populaire, la répression sans pitié d'une droite revancharde et collaboratrice, la Résistance et l'espérance d'un monde meilleur.

Ambroise Croizat est né en 1901 dans la vallée de la Tarentaise, en Savoie.

Son père, originaire de Chambéry, était ferblantier dans la métallurgie et « travaillait douze heures par jour, face à l'éclat des fours, sept jours sur sept (la loi sur l'attribution du congé hebdomadaire ne date que du 13 juillet 1906), le visage et les mains brûlés par les ébarbures de métal en fusion ». Il travaille d'abord à Notre-Dame de Briançon et la famille vit dans une maisonnette de deux pièces bien exigües pour une famille de cinq, mais c'était le lot commun du peuple à l'époque. En 1906, son père, ayant récemment adhéré au Parti Ouvrier Français et à la CGT est un des meneurs d'une grande grève organisée après un accident de travail ayant causé la mort de huit ouvriers. Il est licencié et doit embaucher à Ugine, dans une autre usine, dont il sera à nouveau chassé pour activités syndicales.

Ambroise Croizat commence à travailler à treize ans comme apprenti ajusteur-outilleur dans une usine de Lyon.

A 19 ans, au sortir de la guerre, il adhère à la Jeunesse socialiste qui rejoint la IIIème Internationale et prend vite des responsabilités dans le Syndicat CGTU des Métaux.

Dans les années 1920, Ambroise Croizat milite contre le militarisme, pour une paix plus juste avec l'Allemagne, contre le colonialisme et la guerre du Rif au Maroc, quand Pétain et Franco s'associent pour éliminer les insurgés dans les montagnes du Nord du Maroc.

En 1926, il devient permanent du PCF à Paris, puis secrétaire général de la Fédération CGTU des métaux, pour laquelle il organise des grèves partout en France pour les salaires, la réduction du temps de travail, contre le chômage.

En 1934, le PCF et la CGTU lancent une stratégie de Front Populaire face à la montée de la menace fasciste et la tentative de coup d'état du 6 février 1934. Les mots d'ordre de la gauche unifiés sont « Pain, Paix, Liberté ». L'unité de la CGT sera finalement réalisée le 1er mars 1936, deux mois avant l'arrivée du Front Populaire au pouvoir.

Aux élections législatives du 28 avril 1936, Croizat devance le candidat socialiste sortant de 900 voix environ dans la circonscription de Plaisance, 14e arrondissement de Paris puis il est élu député avec trois mille voix d'avance sur le candidat de droite.

 

« Devant la porte de l'usine,

Le travailleur soudain s'arrête.

Le beau temps l'a tiré par la veste,

Et comme il se retourne

Et regarde le soleil,

Tout rouge, tout rond,

Souriant sous un ciel de plomb,

Il cligne de l'œil

Familièrement:

Dis-donc camarade soleil,

Tu ne trouves pas

Que c'est plutôt con

De donner une journée pareille

A un patron? »

 

Qui le Croizat? Du travail et de la lutte des classes dissimulés en France - Discours d'Ismaël Dupont au banquet républicain du PCF Pays Bigouden le 25 février au Guilvinec

A l'image de ces Paroles de Jacques Prévert, l'été 1936 est lumineux, avec les grandes grèves festives dans les usines de Breguet-Le Havre, Courbevoie, Saint-Ouen, Levallois.

Partout, on prend possession des ateliers. On y entretient l'outil, on y découvre les loisirs et la culture. Le 7 juin s'ouvrent les discussions qui aboutiront aux Accords de Matignon qui donneront à la classe ouvrière les congés payés, les 40 heures, les conventions collectives, le libre exercice du droit syndical.. Dans les entreprises, les salaires augmentent de 15 à 40%, doublent parfois. Les effets syndicaux sont multipliés par dix !

Depuis mai 1936, Croizat siège à la « Commission spéciale » du gouvernement qui a été chargée d'élaborer les réformes et veille à leur application sur le terrain. En 1937, il inaugure des maisons de repas, des parcs de loisirs, des colonies de vacances pour la classe ouvrière.

Mais dès février 1937, le gouvernement, sous la pression du patronat, décide d'une pause dans les réformes.

La guerre civile en Espagne, et le refus de Blum et du gouvernement, sous la pression anglaise notamment, de venir en aide à la République assiégée par les fascistes, éloigne les communistes de leurs alliés socialistes et radicaux.

En novembre 1938, le gouvernement Daladier publie une série de décrets-lois qui instaurent la baisse des salaires, déjà fortement grignotés par l'inflation (50% en 2 ans), des impôts nouveaux et surtout la fin de la semaine des 40 heures, qualifiée pour l'occasion de « loi de paresse et de trahison nationale ». Daladier le capitulard s'écrie déjà tel un Fillon ou un Macron, reprenant le discours haineux des privilégiés vis à vis de la classe populaire: « Cette loi est responsable de tous les maux de l'économie. On ne peut avoir une classe ouvrière à deux dimanches et un patronat qui s'étrangle pour faire vivre le pays ».

Le 1er décembre 1938, 36 000 ouvriers sont licenciés dans l'aéronautique et les arsenaux, 8000 dans la chime et l'automobile.

Plus de la moitié sont des responsables syndicaux CGT. Dans son modeste appartement du 79, rue Daguerre où il vit depuis 1936, Croizat rédige son édito:

« Le 30 novembre, le patronat a opéré le savant triage qu'il attendait. Il tient sa revanche sociale sur 1936. Des femmes ont faim, des enfants ont froid. L'homme n'est plus au travail. Partout, les consignes ont été données par les patrons revanchards. Des listes noires circulent. Les sous-traitants des grandes entreprises ont été sommés de ne pas embaucher des ouvriers licenciés sous peine de voir leurs commandes supprimées. La haine est partout. Ils ont défendu leurs outils parce qu'ils croyaient en la grandeur de la France, en ses traditions de dignité, en cet espoir que mai 1936 avait fait éclore. Plus que jamais, nos solidarités vont vers eux. C'est eux, la France. Cette France bafouée par ceux qui ne rêvaient que de revanche ».

Tu ne crois pas si bien dire Ambroise. Après l'interdiction de la presse communiste, la dissolution du PCF, la déchéance des élus communistes faisant suite au climat d'anti-communisme exacerbé et de revanche sociale ayant pris pour prétexte mais non pour point d'origine le pacte germano-soviétique de l'été 39, tu es arrêté le7 octobre 1939 sur les marches de l'Assemblée Nationale, puis enfermé à la Prison de la Santé avec d'autres députés communistes, dont le père de Guy Môquet, Prosper, bientôt fusillé à Chateaubriand.

L'extrême-droite réclame purement et simplement la loi martiale pour les communistes. En Janvier 1940, Croizat fait parti des 36 députés communistes condamnés à 5 ans de prison au terme d'un simulacre de procès, sous l'impulsion des anciens collègues de l'Assemblée Nationale, dont certains appartenaient à la majorité du Front Populaire.

En octobre 1941, Croizat est au côté de Prosper Môquet quand le député communiste apprend l'assassinat de son fils Guy, arrêté le 13 octobre 1940 alors qu'il distribuait des tracts, le plus jeune des otages cégétistes ou communistes fusillés à Châteaubriant.

En avril 1941, Croizat et ses camarades communistes sont envoyés en prison en Algérie, où ils vivent dans des conditions de détention très dures.

Le débarquement allié à Alger a lieu le 8 novembre 1942 mais les députés communistes ne sont libérés que le 5 février 1943, après trois ans d'enfermement.

Les communistes dérangent, inquiètent. Les Américains craignent qu'une fois libérés, ils ne deviennent vite les principaux animateurs de la politique anti-vichyste et soulèvent entre autre le problème du droit à la Liberté des pays du Maghreb. Et de fait, une fois libéré, Ambroise Croizat contribue à réorganiser le mouvement communiste et le syndicat au Maghreb, à tel point qu'en janvier 1944, la CGT affiche 120 000 adhérents en Afrique du Nord.

Dès août 1943, dans un discours devant un public d'ouvriers, il parle de cette France nouvelle qui naîtra de la Libération:

« Redonner à la Nation sa grandeur et aux travailleurs la place qu'ils méritent par leur effort et leur sang versé sera notre tâche. Les larmes et la mort n'auront pas été vaines. Elles accoucheront d'une France nouvelle, celles des nationalisations et de la Sécurité Sociale ».

En septembre 1943, Ambroise Croizat rejoint au titre de la CGT l'Assemblée Consultative instaurée autour du Conseil National de la Résistance créé par De Gaulle à Alger le 3 juin 1943. Il préside la commission du Travail. C'est là que va prendre vie le programme du Conseil National de la Résistance.

Le programme du Conseil National de la résistance, constitué en mai 43, est arrêté le 15 mars 1944.

Il paraît en zone sud sous le nom simple et magnifique « Les jours heureux » et décline au futur liberté, démocratie économique, solidarité, avec pour fondement L'humain et l'intérêt général d'abord.

L'invention sociale est en marche: « Instaurer une véritable démocratie économique et sociale impliquant l'éviction des féodalités économiques et financières de la direction de l'économie... Retour à la Nation des grands moyens de production monopolisés, fruit du travail commun, des sources d'énergie, des richesses du sol-sol, des compagnies d'assurance et des grandes banques... Droit d'accès dans le cadre de l'entreprise aux fonctions de direction et d'administration pour les ouvriers et participation des travailleurs à la direction de l'économie... Droit au travail... Liberté de pensée et d'expression ».

Le chantier s'ouvre à la Libération avec une classe ouvrière grandie par engagement dans la résistance, une CGT à cinq millions d'adhérents, un parti communiste à 27% des voix... Le « Parti des Fusillés », premier parti de France, a acquis le prestige et l'autorité d'un parti national, d'autant que les groupes FTP ont accepté de rendre les armes pour que s'installent les commissaires de la République et l'autorité des lois plutôt que celles des maquis.

En Octobre 1945, 5 millions de voix se portent aux législatives sur les communistes, qui obtiennent 151 députés à l'Assemblée Nationale.

Le 13 novembre 1945, De Gaulle, chef du gouvernement provisoire, fait appel à cinq communistes. Aucun grand ministère régalien mais Charles Tillon au ministère de l'armement, François Billoux à l'Economie Nationale, Marcel Paul à la Production Industrielle, tandis que Maurice Thorez se voit confier un ministère d'état et qu'Ambroise Croizat hérite du travail et de la Sécurité Sociale.

L'ordonnance qui crée la Sécurité Sociale paraît le 4 octobre 1945.

La protection sociale, qui relevait jusque là des « Assurances sociales » (loi du 5 avril 1928), ne protégeait contre la maladie qu'une faible partie des salariés et de leurs ayant droit. A peine un tiers de la population française... Le système était anarchique, avec une multitude de caisses patronales, confessionnelles, syndicales, mutuelles, concurrentes entre elles et n'offrant pour la plupart qu'une protection aléatoire.

Pour les retraites (loi de 1910), la couverture est dérisoire ou inexistante. Pas plus d'un million de Français en bénéficient, alors que 5 millions d'entre eux pourraient y prétendre et n'ont pour seuls recours que la charité et leurs économies.

"Désormais, analyse Michel Etiévent, la sécurité sociale devient un droit fondamental, universel, obligatoire et solidaire et non un mécanisme d'assurance couvrant un risque. Dans l'esprit d'Ambroize Croizat, la Sécurité Sociale devait couvrir tous les travailleurs, salariés ou non (loi du 22 mars 1946). Les non-salariés (petits commerçants, professions libérales et artisans notamment) refusèrent par la voix de leurs responsables, qui n'acceptaient pas de se laisser assimiler à de "vulgaires prolétaires". Beaucoup le regretteront.

Le nouveau système va "digniser" l'ensemble autour de quatre mots clefs:

- L'unicité: une institution unique, obligatoire, couvrira désormais l'ensemble des domaines de la protection sociale, des "risques sociaux", dit-on à l'époque (maladie, vieillesse, décès, invalidité ainsi que les accidents du travail, gérés jusque-là par les assurances privées). "L'ambition, déclarait Croizat à l'Assemblée, le 20 mars 1946, est d'assurer le bien-être de tous, de la naissance à la mort. De faire enfin de la vie autre chose qu'une charge ou qu'un calvaire".

- L'universalité: la couverture est étendue à tous les citoyens, avec la volonté de généraliser à court terme le nouveau système. Et ceci malgré l'opposition de certaines professions qui refuseront de s'y intégrer....

- La solidarité: c'est la pierre angulaire du système. Solidarité inter-générations, solidarité actifs-inactifs, malades bien-portants. Le tout financé par les richesses créées dans l'entreprise. En ce qui concerne le financement de l'institution, les propos de Croizat sont d'une modernité brûlante: "Outre le fait que cela grèverait fortement les contribuables, disait-il, faire appel au budget de l'Etat serait subordonner l'efficacité de la politique sociale à des considérations purement financières qui paralyseraient les efforts accomplis".

- Démocratie enfin, et c'est là "l'exception française" car seule une gestion par les intéressés eux-mêmes peut garantir que la santé restera un droit fondamental pour tous. Là encore, les mots du ministre sont novateurs: "Pour la première fois, l'appareil nouveau met la gestion de l'intérêt des travailleurs dans les mains des travailleurs eux-mêmes. Ceci est d'autant plus important car l'assurance (et particulièrement pour les accidents du travail) relevait jusqu'à ce jour de compagnies commerciales et, pour les allocations familiales, d'une gestion purement patronale".

L'ordonnance n'avait fait qu'énoncer les principes. Il restait à bâtir l'édifice. Ce sera l'oeuvre principale de Croizat. Deux ans d'un chantier immense, rendu possible par l'élan de solidarité et le nouveau rapport de forces politiques qui suit la Libération. Tout est à faire, substituer à l'immense fatras des 1093 Caisses diverses et organismes privés un système cohérent, décentralisé, bâti autour de 138 Caisses primaires d'assurance-maladie et 113 caisses d'allocations familiales, essentiellement gérées - au début tout du moins- par les travailleurs..."..

En mai 1946, grâce aux efforts d'Ambroise Croizat, une loi accorde une pension de retraite à tous les salariés âgés de plus de 65 ans. Quand Croizat quittera le gouvernement en mai 1947, le montant des retraites sera majoré de 130 à plus de 200%. 4 millions de français bénéficient de la retraite.

Le travail de Croizat au ministère du travail ne s'arrête pas là. Le 25 février 1946, il fait voter la loi sur la majoration des heures supplémentaires. Il fit de même pour l'augmentation des primes et le travail de nuit et du dimanche. C'est également Croizat qui fixe la durée des congés payés à un mois pour les jeunes de moins de 18 ans et à 3 semaines pour la classe d'âge entre 18 et 21 ans. Il est également à l'origine d'un vrai service public de l'emploi, de la refonte d'une grande partie du Code du Travail, de la revalorisation des rentes des mutilés du Travail et des vieux mineurs, de la création d'un Conseil national du Travail chargé d'examiner les projets relatifs à la législation sociale, mais également d'innover en la matière. Il engage un vaste chantier dans le domaine de la formation professionnelle pour libérer l'enseignement technique de la tutelle patronale ou confessionnelle. Grâce à ses efforts et à ceux de Maurice Thorez, de nouveaux statuts de la fonction publique sont adoptées. "On y trouve des avancées extraordinaires comme la reconnaissance intégrale du droit syndical, la participation des syndicats à la gestion du personnel, la démocratisation du recrutement, l'égalité des sexes pour l'accès à la promotion dans les services publics". On développe la prévention des accidents et des maladies du travail en créant la médecine du travail, les ancêtres des comités hygiène et sécurité. On attribue pour la première fois un rôle économique et décisionnel aux comités d'entreprise. En avri 1946, Croizat propose d'instituer l'égalité de salaire entre homme et femme: "Si l'égalité politique est une victoire partielle, l'égalité économique est une victoire complète" dit-il alors.

Quand l'éviction des ministres communistes a lieu en mai 47, au motif que les ministres et députés communistes sont trop ouvertement solidaires des ouvriers grévistes de chez Renault, la droite et les socialistes de compromission avec le patronat ont déjà redressé un peu la tête, freiné les nationalisations, remis en cause le statut des mineurs, des gaziers et électriciens, des cheminots, lancé la guerre d'Indochine, mais l'essentiel de l’œuvre de la Sécurité Sociale demeure.

Ismaël Dupont et André Le Roux, co-secrétaire de section dans le Pays Bigouden, au Guilvinec le 25 octobre pour le Repas Républicain des communistes dédié à Ambroise Croizat

Ismaël Dupont et André Le Roux, co-secrétaire de section dans le Pays Bigouden, au Guilvinec le 25 octobre pour le Repas Républicain des communistes dédié à Ambroise Croizat

Qui le Croizat? Du travail et de la lutte des classes dissimulés en France - Discours d'Ismaël Dupont au banquet républicain du PCF Pays Bigouden le 25 février au Guilvinec
Qui le Croizat? Du travail et de la lutte des classes dissimulés en France - Discours d'Ismaël Dupont au banquet républicain du PCF Pays Bigouden le 25 février au Guilvinec
Qui le Croizat? Du travail et de la lutte des classes dissimulés en France - Discours d'Ismaël Dupont au banquet républicain du PCF Pays Bigouden le 25 février au Guilvinec
Qui le Croizat? Du travail et de la lutte des classes dissimulés en France - Discours d'Ismaël Dupont au banquet républicain du PCF Pays Bigouden le 25 février au Guilvinec
Qui le Croizat? Du travail et de la lutte des classes dissimulés en France - Discours d'Ismaël Dupont au banquet républicain du PCF Pays Bigouden le 25 février au Guilvinec
Qui le Croizat? Du travail et de la lutte des classes dissimulés en France - Discours d'Ismaël Dupont au banquet républicain du PCF Pays Bigouden le 25 février au Guilvinec
Qui le Croizat? Du travail et de la lutte des classes dissimulés en France - Discours d'Ismaël Dupont au banquet républicain du PCF Pays Bigouden le 25 février au Guilvinec
Qui le Croizat? Du travail et de la lutte des classes dissimulés en France - Discours d'Ismaël Dupont au banquet républicain du PCF Pays Bigouden le 25 février au Guilvinec
Qui le Croizat? Du travail et de la lutte des classes dissimulés en France - Discours d'Ismaël Dupont au banquet républicain du PCF Pays Bigouden le 25 février au Guilvinec
Qui le Croizat? Du travail et de la lutte des classes dissimulés en France - Discours d'Ismaël Dupont au banquet républicain du PCF Pays Bigouden le 25 février au Guilvinec
Qui le Croizat? Du travail et de la lutte des classes dissimulés en France - Discours d'Ismaël Dupont au banquet républicain du PCF Pays Bigouden le 25 février au Guilvinec
Qui le Croizat? Du travail et de la lutte des classes dissimulés en France - Discours d'Ismaël Dupont au banquet républicain du PCF Pays Bigouden le 25 février au Guilvinec
Qui le Croizat? Du travail et de la lutte des classes dissimulés en France - Discours d'Ismaël Dupont au banquet républicain du PCF Pays Bigouden le 25 février au Guilvinec
Un château avec son pigeonnier pour le banquet des communistes du Pays Bigouden et du cap Sizun... Rien n'est trop beau pour la classe ouvrière, paroles que n'aurait pas renier Croizat...

Un château avec son pigeonnier pour le banquet des communistes du Pays Bigouden et du cap Sizun... Rien n'est trop beau pour la classe ouvrière, paroles que n'aurait pas renier Croizat...

Qui le Croizat? Du travail et de la lutte des classes dissimulés en France - Discours d'Ismaël Dupont au banquet républicain du PCF Pays Bigouden le 25 février au Guilvinec
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26 février 2017 7 26 /02 /février /2017 09:02
Il y a 3 ans, disparaissait Stephane Hessel, une grande conscience, un grand monsieur!

26 février 2013, disparition de Stéphane Hessel !


Immigré, déporté, diplomate, conscience morale… L’incroyable trajectoire du plus célèbre ambassadeur de France croise les grandes fractures d’un siècle qu’il aura épousé tout entier. Un destin follement romanesque, l’étonnant destin d’un éternel indigné.

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22 février 2017 3 22 /02 /février /2017 10:13
Libération: quand les ministres communistes changeaient la vie (Michel Etiévent, L'Humanité - 2012)
Libération : quand les ministres communistes changeaient la vie
MICHEL ÉTIÉVENT, ÉCRIVAIN
VENDREDI, 23 NOVEMBRE, 2012
L'HUMANITÉ

1944-1946 : pour la première fois, les communistes participent au pouvoir. Pendant cette période, riche 
de changements politiques profonds, les cinq ministres communistes vont provoquer une véritable cassure dans la manière d’envisager une nouvelle politique au service de l’humain.

Le 31 août 1944, alors que les troupes alliées se battent encore sur le sol français, le général de Gaulle forme le premier gouvernement provisoire. Il compte deux communistes : François Billoux et Charles Tillon. Le 13 novembre 1945, le deuxième gouvernement du général de Gaulle est caractérisé par l’entrée de cinq ministres communistes : Maurice Thorez, Ambroise Croizat, François Billoux, Marcel Paul et Charles Tillon. Les ministres communistes vont devenir acteurs de l’invention sociale, provoquant une véritable cassure dans la manière d’envisager une nouvelle politique au service de l’humain.

Toutes les conditions sont réunies en 1945 pour une rupture : un programme inspiré du Conseil national de la Résistance sous-tendu par la volonté de mettre l’homme au centre de tous les choix ; un rapport de forces pour l’appliquer – 29,9 % des voix au PCF, 5 millions d’adhérents à la CGT ; une classe ouvrière grandie par sa lutte héroïque dans la Résistance ; un patronat déconsidéré par sa collaboration. S’y ajoutent des hommes issus du mouvement ouvrier et capables d’incarner ce mouvement. Des conditions repérables au fil des grands moments de notre histoire sociale et qui fondent tout changement majeur.

Dès la mise en place du deuxième gouvernement de De Gaulle, en novembre 1945, l’objectif est de mettre en application, dans un pays ruiné, les dispositions du programme du CNR. Son préambule résonne aujourd’hui d’une actualité brûlante : « Nous réclamons l’instauration d’une véritable démocratie sociale, impliquant l’éviction des féodalités financières de la direction de l’économie et le retour à la nation des moyens de production, de l’énergie, des richesses du sous-sol… » Empruntons, pour ce faire, le sillage de deux ministres à l’œuvre, sans doute deux des grands innovateurs sociaux du siècle : Ambroise Croizat et Marcel Paul.

Le soir même de sa nomination au ministère du Travail, Croizat, fils de manœuvre, secrétaire de la fédération CGT des métaux, donne le sens de son combat. Ses premiers mots sont pour le peuple : « Ministre du Travail, j’entends demeurer fidèle à mon origine, à mes attaches ouvrières, et mettre mon expérience syndicale au service de la nation. » Son discours signe la force du changement : « Nous mettrons l’homme à l’abri du besoin. Nous en finirons enfin avec les angoisses du lendemain ! » Il lance parallèlement un appel au peuple mobilisé, à l’irruption d’une dynamique sociale nécessaire au changement : « Il n’y a pas de politique efficace sans l’accompagnement d’un peuple vigilant. Rien ne pourra se faire sans vous. Le changement n’est pas qu’une affaire de lois. Il réclame votre participation dans la rue, la cité, l’entreprise. Il demande vos mains ! »

Cet appel s’accompagne d’une forte présence sur le terrain, qui rompt avec la politique clanique et électoraliste de la IIIe République. François Billoux le rappelle dans son livre, Quand nous étions ministres : « L’essentiel du temps de nos ministres se passait en réunions directes au cœur des entreprises, dans les hôpitaux, les municipalités. Il s’agissait de vraies discussions, où les gens apportaient leurs propositions, leurs solutions. » Les premiers pas d’une démocratie participative qui aboutit à la création de 138 caisses de Sécurité sociale gérées par les travailleurs.

Même exigence au ministère de la Production industrielle, où Marcel Paul, le jour de son investiture, s’adresse ainsi aux hauts fonctionnaires : « On ne vous paie pas pour que vous m’indiquiez les articles du Code m’interdisant de réformer, mais pour y trouver ceux qui vont me le permettre ! » Et les électriciens et gaziers, devenus par le biais de la nationalisation, selon les mots de Paul, « acteurs, citoyens, gérants de leur entreprise », redonneront à la France l’énergie qui lui manquait. « À développement économique à la hauteur des ambitions de la nation, il faut un statut social à la hauteur des besoins des hommes. » Cette phrase de Paul, étonnante de modernité, traverse la politique mise en place sous l’inspiration du CNR.

L’objectif est clair : allier l’essor économique au progrès social. D’où le statut des électriciens et gaziers du 22 juin 1946, celui des mineurs, ou, avec Croizat, l’institution d’une vraie « protection sociale » qui offre les moyens d’espérer des lendemains sereins. Là est l’innovation première de la pratique des ministres communistes à la Libération. Il faut y ajouter la capacité à mener de pair deux politiques : l’une faite de grandes idées transformatrices de la société à long terme (l’instauration de la Sécurité sociale, par exemple) ; l’autre, d’une politique de satisfaction immédiate des besoins des gens : doublement du montant des allocations familiales, institution de la retraite, lois sur les heures supplémentaires, augmentation des salaires, création de la fonction publique… Un corpus de lois sociales impressionnant donne au peuple français la dignité de son identité sociale…

(*) Auteur d’Ambroise Croizat ou l’invention sociale, 
suivi de Lettres de prisons 1939-1941.

La Sécurité sociale « Outre le fait qu’elle ouvre le droit à la santé pour tous, la Sécurité sociale a pour objectif de relever la France de ses ruines. Elle offre au salarié une tranquillité sociale qui lui permettra de reconstruire le pays à l’aune de ses besoins. » Ainsi s’exprime Ambroise Croizat, inaugurant le nouveau système de Sécurité sociale en 1945. « Nous bâtirons un plan de sécurité sociale visant à assurer à tous les citoyens des moyens d’existence au cas où ils sont incapables de se les procurer par le travail avec gestion des intéressés et de l’État. » Croizat reprend l’article 21 de la Déclaration des droits de l’homme 
de 1793 qui établissait le droit au travail et à la santé. Cent trente-huit caisses sont édifiées en moins de huit mois sous sa maîtrise d’œuvre par un peuple anonyme après le travail ou sur le temps des congés. Quatre principes charpentent l’institution. L’Unicité : tous les « risques sociaux » sont regroupés dans une seule caisse en proximité des assurés ; la Solidarité : pilier de l’édifice qui est financé par les richesses créées dans l’entreprise ; l’Universalité ; la Démocratie.

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22 février 2017 3 22 /02 /février /2017 09:38
Il y a 60 ans, la guerre d'Algérie: ne pas oublier les guillotinés de François Mitterrand, garde des sceaux en 1956-1957 (une enquête Le Point)
Fernand Iveton - Le 11 février 1957, pour la première fois et la seule fois de la guerre d'Algérie, un « rebelle » européen est guillotiné : Fernand Iveton, tourneur à l’EGA, l’usine de gaz d’Alger, militant communiste condamné à mort pour avoir déposé une bombe qui n’a pas explosé, est exécuté avec deux autres condamnés, Mohamed Lakhnèche et Mohamed Ouenouri. On ne connaîtra pas l’avis donné par François Mitterrand, le dossier n’ayant jamais été versé aux archives...

Fernand Iveton - Le 11 février 1957, pour la première fois et la seule fois de la guerre d'Algérie, un « rebelle » européen est guillotiné : Fernand Iveton, tourneur à l’EGA, l’usine de gaz d’Alger, militant communiste condamné à mort pour avoir déposé une bombe qui n’a pas explosé, est exécuté avec deux autres condamnés, Mohamed Lakhnèche et Mohamed Ouenouri. On ne connaîtra pas l’avis donné par François Mitterrand, le dossier n’ayant jamais été versé aux archives...

Il y a 60 ans, la guerre d'Algérie: ne pas oublier les guillotinés de François Mitterrand, garde des sceaux en 1956-1957 (une enquête Le Point)

(Lu sur le site Bellaciao qui reprend un article du Point)

Après la déclaration de Emmanuel Macron du lundi 13 février 2017 : « La France a apporté la déclaration des droits de l’Homme en Algérie, mais elle a oublié de la lire » un peu d’histoire....

« Avis défavorable au recours » ou encore « Recours à rejeter » : ces deux formules tracées à l’encre bleue ont la préférence de François Mitterrand quand, garde des Sceaux, il décide de donner un avis défavorable au recours en grâce des condamnés à mort du FLN dont les dossiers lui sont soumis. René Coty, président de la République - et décideur ultime -, préfère barrer d’un long trait noir la première page du formulaire administratif et indiquer sur l’autre, d’une écriture ronde d’enfant, qu’il laissera « la justice suivre son cours ». Des expressions qui reviennent tout au long des dossiers de condamnés à mort exécutés durant la guerre d’Algérie que Le Point, au bout de quatre mois d’enquête, a pu consulter.

Pour y avoir accès, il aura fallu obtenir deux dérogations auprès de la direction des Archives de France. La première a permis de consulter le « Registre des grâces », dans lequel sont couchés, à partir de 1950, les noms de l’ensemble des condamnés à mort.

La deuxième a ensuite donné accès à 141 dossiers de condamnés exécutés : les 45 premiers de la guerre d’Algérie - période durant laquelle François Mitterrand administrait la justice - et 96 autres, principalement à d’autres époques de ce conflit, mais aussi quelques droits communs, qui perdirent la tête en métropole ou aux confins de l’empire durant les mêmes années. Le but ? Comparer l’ensemble de ces documents et déterminer exactement quel fut le rôle de François Mitterrand, ministre de la Justice, celui qui, vingt-cinq ans plus tard, allait obtenir l’abolition de la peine de mort.

Mais le plus surprenant, c’est surtout la minceur de ces dossiers liés à la guerre d’Algérie : lorsqu’on les voit pour la première fois, entassés sur la longue table de bois clair du service des archives de la chancellerie, on constate rapidement qu’il faut empiler au moins une vingtaine d’exécutions capitales en Algérie pour obtenir un dossier aussi épais que celui d’un obscur droit commun de métropole. Quelques feuillets, deux ou trois bristols griffonnés de mains illustres ont donc suffi à mener, le plus souvent au terme d’une parodie de justice, 222 hommes à la mort en cinq ans. Ce chiffre - également inédit - est considérable. Il représente le quart de l’épuration officielle de la Seconde Guerre mondiale, et donne à lui seul la mesure du mensonge qui a entouré cette période.

Mais revenons à François Mitterrand : en Algérie, on est en pleine rébellion quand, à 39 ans, il prend ses fonctions de ministre de la Justice, le 2 février 1956, dans le gouvernement de Guy Mollet. C’est un homme politique confirmé, qui a déjà assumé sept portefeuilles ministériels depuis la fin de la guerre.

Il connaît bien le problème algérien, puisqu’il était ministre de l’Intérieur quand l’insurrection a éclaté, quinze mois plus tôt, le 1er novembre 1954. Sa réaction d’alors est connue : « L’Algérie, c’est la France [...] ceux qui veulent l’en dissocier seront partout combattus et châtiés (1) », dira-t-il.

Attention, derrière ces déclarations à l’emporte-pièce, il y a aussi un homme qui a tenté une courageuse réforme de la police en Algérie, visant à muter en métropole les policiers les plus durs envers les musulmans. Mais quand François Mitterrand revient aux affaires, il sait qu’il va falloir donner des gages aux Européens d’Algérie. Ceux-ci, excédés par les actions du FLN, ne demandent qu’une chose : des têtes. Car, si de nombreuses condamnations à mort ont été prononcées, aucune n’a encore été exécutée.

La première concession intervient cinq semaines plus tard, sous la signature de quatre ministres, dont François Mitterrand : le 17 mars 1956 sont publiées au Journal officiel les lois 56-268 et 56-269, qui permettent de condamner à mort les membres du FLN pris les armes à la main, sans instruction préalable.

Pourtant avocat de formation, François Mitterrand accepte d’endosser ce texte terrible : « En Algérie, les autorités compétentes pourront [...] ordonner la traduction directe, sans instruction préalable, devant un tribunal permanent des forces armées des individus pris en flagrant délit de participation à une action contre les personnes ou les biens [...] si ces infractions sont susceptibles d’entraîner la peine capitale lorsqu’elles auront été commises. »

Du coup, le nombre des condamnations à mort va s’envoler. Il y en aura plus de 1 500 durant les « événements ».

Car il ne s’agit pas d’une guerre et on ne reconnaît pas le statut de combattant aux militants du FLN. Ils sont jugés comme des criminels. Mais, à Alger, en ce printemps de 1956, on ne se contente plus de mots. Et le 19 juin, les deux premiers « rebelles » sont conduits à l’échafaud.

Comment ont-ils été choisis parmi les quelque 150 hommes déjà condamnés ? Le 14 janvier 1998, Sylvie Thénault, historienne, a interrogé dans le cadre de sa thèse (2) Pierre NicolaÓ, à l’époque directeur du cabinet de François Mitterrand : « Pierre NicolaÓ témoigne aujourd’hui, écrit-elle, que la décision d’exécuter a été une "décision politique" et qu’il lui fut demandé de choisir parmi les dossiers de recours en grâce un "type" mêlant "crapulerie" et "politique", "un type particulièrement épouvantable" pour "inaugurer la série des exécutions" sans déclencher trop de polémiques. »

Le premier condamné, Abdelkader Ferradj, 35 ans, est un goumier déserteur qui a participé, au sein du commando Ali Khodja, à l’embuscade dressée contre un car de tourisme et deux voitures particulières le 25 février 1956. Six Européens ont été tués, dont une petite fille de 7 ans, Françoise Challe. Pour le « politique », difficile de fournir martyr plus idéal à la révolution algérienne que Mohamed Ben Zabana. Cet ouvrier soudeur de 30 ans est un vieux routier des geôles françaises, dans lesquelles il a passé trois années entre 1950 et 1953 pour ses activités nationalistes. Mais si Mgr Duval, l’archevêque d’Alger, demande à Robert Lacoste, ministre résident en Algérie, de suspendre l’exécution, c’est pour une autre raison : « C’est un infirme que vous allez exécuter (3) », plaide-t-il. Zabana a en effet été capturé lors d’un accrochage près de Saint-Denis du Sig, le 8 novembre 1954, une semaine après le début de l’insurrection. Une balle lui a fracassé l’épaule gauche, une autre l’a touché à la jambe, et, comme il ne voulait pas être pris, il s’est tiré une balle dans la tempe qui, ressortant par son oeil gauche, ne l’a pas tué.

Les représailles du FLN

C’est sa tête que fera tomber la première le bourreau d’Alger à 4 heures du matin, ce 19 juin 1956, dans la cour de la prison de Barberousse, à Alger. Celle d’Abdelkader Ferradj suit sept minutes plus tard.

« Ces premières exécutions, cela signifiait la guerre totale, sans cadeaux ni d’un côté, ni de l’autre », témoigne aujourd’hui, à Alger, Abdelkader Guerroudj, condamné à mort en tant que chef du Parti communiste algérien, rapidement passé au FLN.

Sur 45 dossiers d’exécutés lors de son passage Place Vendôme, François Mitterrand ne donne que sept avis favorables à la grâce (six autres avis étant manquants). A titre de comparaison, Robert Lacoste, ministre résident en Algérie, qui passait pour un homme très dur, a été plus clément : sur 27 de ces exécutions, il a émis 11 avis favorables au recours en grâce, les 7 autres avis ne figurant pas dans les dossiers.

Chacune de ces exécutions va pourtant peser très lourd. Car le FLN a prévenu : si des condamnés à mort sont guillotinés, il y aura des représailles. Dans « Le temps des léopards », deuxième des quatre tomes qui constituent « La guerre d’Algérie », bible sur cette période, Yves Courrière retrace ainsi la vengeance du FLN et les ordres donnés à ses différents chefs : « Descendez n’importe quel Européen de 18 à 54 ans ; pas de femmes, pas de vieux. » En dix jours, 43 Européens vont être tués ou blessés par les commandos du FLN. L’escalade est immédiate : bombes des ultras européens contre un bain maure rue de Thèbes qui tuera 70 musulmans (mais qui ne donnera lieu à aucune poursuite), bombes et assassinats du FLN, exécutions capitales à Oran, Constantine, Alger.

1957 : la guillotine s’emballe

Mais François Mitterrand tient bon.

Pourtant, dès le 22 mai 1956, Pierre Mendès France, en désaccord avec la politique algérienne de Guy Mollet, a démissionné du gouvernement ; Alain Savary claque la porte le 22 octobre, au lendemain du détournement de l’avion qui transporte Ben Bella et quatre autres leaders du FLN de Rabat à Tunis.

Le 7 janvier 1957, un autre pas est franchi par le gouvernement auquel appartient François Mitterrand : il donne tous pouvoirs au général Massu et à sa 10e division parachutiste pour briser le FLN d’Alger. Les militaires gagneront la « bataille d’Alger », mais on sait à quel prix : torture systématique et plus de 3 000 exécutions sommaires. La guillotine, elle, s’emballe : « Chiffre jamais atteint jusqu’ici, 16 exécutions capitales ont eu lieu en Algérie du 3 au 12 février », écrit France-Observateur.

« Il y a eu une déviation de la justice, explique Jean-Pierre Gonon, alors jeune avocat du barreau d’Alger. L’instruction était inexistante et, avec la torture, on parvenait à faire avouer n’importe quoi à n’importe qui. » Le 11 février, pour la première fois, un « rebelle » européen est guillotiné : Fernand Iveton, tourneur à l’EGA, l’usine de gaz d’Alger, militant communiste condamné à mort pour avoir déposé une bombe qui n’a pas explosé, est exécuté avec deux autres condamnés, Mohamed Lakhnèche et Mohamed Ouenouri. On ne connaîtra pas l’avis donné par François Mitterrand, le dossier n’ayant jamais été versé aux archives... Enfin, le 14 février, il signe avec trois autres ministres une loi qui permet d’accélérer les recours en grâce. Quand il quitte son bureau de la place Vendôme, le 21 mai 1957, le gouvernement de Guy Mollet cédant la place à celui de Maurice Bourgès-Maunoury, 45 condamnés à mort ont été exécutés en seize mois.

Les exécutions vont continuer jusqu’à la fin de la guerre : 29 en trois mois de gouvernement Maurice Bourgès-Maunoury, 49 pendant les six mois où Félix Gaillard dirige le pays ; enfin, après une amnistie, de Gaulle puis son chef de gouvernement, Michel Debré, feront exécuter 80 condamnés FLN en quatre ans. La notification de l’exécution de 20 autres se produira durant les vacances de pouvoir entre les différents gouvernements. Pourquoi François Mitterrand n’a-t-il pas démissionné ? Ses biographes, Franz-Olivier Giesbert et Jean Lacouture, apportent la réponse : « Il est clair que dans son esprit la Place Vendôme était l’antichambre de Matignon. » Il espérait, après ce passage à la Justice, avoir été assez dur pour qu’on lui confie la direction du pays.

De cette période en tout cas, François Mitterrand parlait fort peu : « A la fin de sa vie, il restait peu disposé à l’autocritique, écrit Jean Lacouture. Sauf sur un point : cette reddition en rase campagne devant les juges militaires en Algérie. Admettant que cette mesure avait eu pour conséquences des peines capitales et des pertes de vies humaines : "J’ai commis au moins une faute dans ma vie, celle-là (4)" », disait-il. Ses biographes insistent pour dire qu’il tenta, auprès de René Coty, de sauver des têtes. Initiative qui semble démentie par les nombreux avis défavorables contenus dans les dossiers de condamnés à mort, mais également dans d’autres archives, comme le souligne Sylvie Thénault dans son livre « Une drôle de justice (5) », consacré au rôle des magistrats pendant cette guerre : « Son désaccord avec les exécutions est loin de s’exprimer ou d’apparaître dans les documents d’époque. »

Sur la peine de mort elle-même, François Mitterrand restera aussi très silencieux durant les années qui le séparent de la présidence. Peur que ces seize mois passés dans le gouvernement de Guy Mollet ne lui soient rappelés par ses adversaires politiques ? Rien, en tout cas, dans ses livres, ni aux archives de l’Assemblée nationale, où, après la fin de la guerre, une demi-douzaine de propositions d’abolition seront discutées. Robert Badinter, dans plusieurs interviews récentes, a rappelé le souvenir qu’avait laissé cette période de la guerre d’Algérie à François Mitterrand : « Ce souvenir lui était odieux et il évitait d’en parler [...] Par tempérament, il n’était pas partisan de la peine de mort. [...] Mais il n’a pas été un militant de l’abolition, c’est sûr. Je ne me souviens pas d’avoir eu la moindre discussion philosophique ou morale avec lui à ce sujet (6). » Ce n’est qu’à quelques semaines de l’élection présidentielle, le 16 mars 1981, que François Mitterrand se prononce enfin sur le sujet : « Je ne suis pas favorable à la peine de mort [...] ma disposition est celle d’un homme qui ne ferait pas procéder à des exécutions capitales (7). »

1. Journal officiel, « Débats parlementaires », p. 4967-4968, cité dans « Mitterrand, une histoire de Français », de Jean Lacouture, Seuil.

2. « La justice dans la guerre d’Algérie », thèse de doctorat université Paris-X-Nanterre, 1999.

3. « La guerre d’Algérie », volume 1, « Le temps des léopards », d’Yves Courrière, collection « Bouquins », Laffont, p. 705.

4. « Mitterrand, une histoire de Français », Seuil.

5. La Découverte, 2001.

6. « L’abolition », Robert Badinter, Fayard, 2001.

7. Le Monde, 12 mai 1981.

François Mitterrand et Robert Lacoste - 1957

François Mitterrand et Robert Lacoste - 1957

Il y a 60 ans, la guerre d'Algérie: ne pas oublier les guillotinés de François Mitterrand, garde des sceaux en 1956-1957 (une enquête Le Point)

Interview : Abdelkader Guerroudj* « A chaque exécution, toute la casbah hurlait. »

Le 7 décembre 1957, Abdelkader Guerroudj, dit « Lucien », et sa femme, Jacqueline, sont condamnés à mort. Ils seront graciés, puis libérés en 1962. Le Point : Pourquoi avez-vous été condamné à mort ?

Abdelkader Guerroudj : J’ai été condamné pour atteinte à la sécurité de l’Etat et complicité d’assassinat en tant que chef des Combattants de la libération, l’organisme armé créé par le Parti communiste algérien et versé au FLN.

Le Point : Avez-vous été torturé ?

Abdelkader Guerroudj : C’est une question que vous ne devez plus poser. On ne peut pas avoir été condamné à mort sans avoir été torturé. Et parfois copieusement. Je ne connais qu’une personne qui y ait échappé, c’est ma femme. Mais elle était d’origine européenne et d’une famille influente. Après mon arrestation, j’ai été emmené au commissariat central d’Alger, où j’ai subi de la part des policiers et des gendarmes la gamme des différentes tortures : ça commence par les coups, puis il y a la tentative d’asphyxie à la baignoire, ensuite on vous remplit d’eau en se branchant sur le robinet du coin, et puis l’électricité. Trois ou quatre séances, je crois, en plusieurs jours. Ensuite, on m’a envoyé à la prison de Barberousse, où je suis resté vingt jours à l’isolement avant d’être présenté au juge d’instruction.

Le Point : Ce juge, Jean Bérard, est le fameux juge d’instruction dont le général Aussaresses prétend dans son livre qu’il était l’émissaire secret de François Mitterrand auprès des militaires ?

Abdelkader Guerroudj : C’est bien lui. Je me souviens d’un homme féroce, froid, très dur. Il doit être celui des juges qui, pendant cette période, a obtenu le plus d’exécutions capitales. Il m’a dit : « En avril, vous serez condamné à mort ; en mai, vous serez exécuté. »

Le Point : Comment s’est déroulé votre procès ?

Abdelkader Guerroudj : Il a duré quatre jours, au tribunal militaire, l’actuel tribunal d’Alger. Nous étions dix, dont ma femme, ma belle-fille ayant pris le maquis au début de 1956. Ça a été une parodie. J’ai fait une déclaration, expliqué pourquoi nous, Algériens, nous voulions l’indépendance et j’ai revendiqué l’action de mes groupes. Et puis la sentence est tombée.

Le Point : Que ressent-on ?

Abdelkader Guerroudj : Je savais que je serais condamné à mort. Mais on imagine plus facilement qu’on va mourir au combat qu’au petit matin, la tête coupée, dans une cour de prison.

Le Point : Pensiez-vous que vous seriez exécuté ?

Abdelkader Guerroudj : J’en étais certain. Parce qu’à cette période les exécutions capitales étaient nombreuses. Parfois jusqu’à quatre dans la même journée. Pour moi, cela ne faisait aucun doute.

Le Point : Vous souvenez-vous des premières exécutions capitales de la guerre d’Algérie ?

Abdelkader Guerroudj : Bien sûr. Elles avaient créé une émotion immense. Barberousse, la prison d’Alger, est située en haut de la casbah. Tous les habitants vivaient cela dans leur chair. Immédiatement après, les femmes avaient hurlé, fait le youyou pendant que les 2 000 prisonniers tapaient les murs avec leurs gamelles, leurs cuillères. Tout le monde comprenait aussi que nous étions, cette fois, installés dans la guerre totale. Sans cadeaux, ni d’un côté, ni de l’autre.

Le Point : Quelle fut la première exécution à laquelle vous avez assisté ?

Abdelkader Guerroudj : C’était Fernand Iveton, le seul Européen à avoir été guillotiné. Son histoire a fait beaucoup de bruit à l’époque. C’était un camarade, un militant communiste. Il avait déposé une bombe dans son casier de vestiaire de l’usine de gaz d’Alger, où on l’a découverte. Je me souviens seulement des bruits, car j’étais en cellule, donc je ne peux pas dire que j’y ai assisté. Je n’ai rien vu, mais tout entendu. C’était en pleine nuit. Il y a eu un branle-bas de combat terrible vers 4 heures du matin. Immédiatement, les détenus se sont mis à crier quand ils ont compris que la guillotine venait d’entrer dans la prison.

Le Point : Qu’avez-vous ressenti ?

Abdelkader Guerroudj : Une grande haine. Pas contre la France ou les Français, non. Mais contre le système.

Le Point : Avez-vous vu des amis partir pour la guillotine ?

Abdelkader Guerroudj : Oui, mon meilleur ami, Taleb Abderrahmane. Il avait été condamné à mort trois fois. Quand on est venu le chercher, mon compagnon de cellule m’a dit de me préparer, car il pensait que je serais le suivant.

Le Point : Qui étaient ces hommes qu’on exécutait ?

Abdelkader Guerroudj : Ce n’était pas les chefs. L’Histoire nous a enseigné que le système colonial n’exécutait pas les responsables politiques après jugement. On préférait, comme pour Ben M’Hidi, s’en débarrasser avant en les assassinant. Dans la réalité, ce sont surtout des pauvres bougres qu’on a guillotinés. Pour l’exemple, pour faire peur (Propos recueillis par F. M.)

* Ancien chef de la branche armée du Parti communiste algérien

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