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7 décembre 2016 3 07 /12 /décembre /2016 09:07
Marcel Cachin avec Pierre Le Rose et Paul Le Gall dans le Finistère pour une fête du Parti Communiste à la Libération (archives Pierre le Rose)

Marcel Cachin avec Pierre Le Rose et Paul Le Gall dans le Finistère pour une fête du Parti Communiste à la Libération (archives Pierre le Rose)

Bretagne Ile-de-France, octobre 2016 - Jean Le Guillermic

Bretagne Ile-de-France, octobre 2016 - Jean Le Guillermic

Bretagne-Ile-de-France, novembre 2016 - Jean Le Guillermic

Bretagne-Ile-de-France, novembre 2016 - Jean Le Guillermic

Bretagne-Ile-de-France, décembre 2016 - Jean Le Guillermic

Bretagne-Ile-de-France, décembre 2016 - Jean Le Guillermic

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6 décembre 2016 2 06 /12 /décembre /2016 05:03
L'Affiche rouge: "Vingt et trois étrangers et nos frères pourtant" (numéro spécial de L'Humanité, février 2007- Jean de Leyzieu)

Le 21 février 1944, les nazis exécutaient au Mont Valérien les héros de l'Affiche rouge.  

Les avis placardés sur les murs prenaient, dans l'ombre, un ton blême. C'était l'hiver et la guerre basculait sur le front de l'Est où les nazis craquaient sous la pression de l'armée soviétique. La France, elle, assommée par les "couvre-feux" et la répression, commençait à ne plus être la même. Chaque jour plus efficace, l'armée des ombres s'installait dans ce pays occupé et préparait, de l'intérieur, ce débarquement qui, tôt ou tard, viendrait. Dans Paris, les passants regardaient, placardée sur les murs, la propagande s'exhiber. Notamment une, tristement célèbre. Trouble. Sombre à jamais. Mais symbolique pour toujours. On l'appelait "l'Affiche rouge". Et elle s'appellera toujours ainsi. Pour les générations d'après-guerre, ils furent un poème d'Aragon, puis une chanson quand Ferré y mit une musique. Pour les contemporains de la guerre, ils furent d'abord dix visages sur une affiche, fin février 1944.

Et sur cette affiche, on lisait "Des libérateurs? La libération par l'armée du crime!" Dix jeunes hommes inconnus que le propagandiste en chef s'appliquait à montrer étrangers, juifs surtout, mais aussi espagnol ou italien, arménien comme leur chef, Manouchian, poète à ses heures.

Tous communistes. Les nazis, ici, ne mentaient pas: car la résistance armée à Paris et dans la région parisienne, c'était eux et pas seulement eux. Etrangers et Français s'y côtoyaient, avec leurs camarades, et formaient un tiers des effectifs des Francs-Tireurs et Partisans de la Main-d'oeuvre immigrée. Eux disparus, massacrés, les FTP-MOI étaient en partie démantelés. L'Affiche rouge n'en présente que dix, mais le "tribunal militaire allemand' jugeant pour la première fois des franc-tireurs en audience publique, les 17 et 18 février 1944, en avait condamné à mort vingt-trois. Vingt-deux furent exécutés au Mont Valérien le 21 février. A 15 heures. La vingt-troisième était une femme, la Roumaine Olga Bancic, et parce qu'elle était une femme, elle n'eut pas les "honneurs" de l'exécution avec ses camarades, indigne de mourir debout face à la mitraille des bourreaux. Envoyée à Stuttgart, de nouveau torturée, elle fut décapitée à la hache le 10 mai. Jour de son anniversaire.   

 

Olga Bancic, décapitée à 32 ans le jour de son anniversaire par les nazis à Stuttgart après avoir été traînée de prison en prison, torturée. Elle était juive, née en Bessarabie, étudiante à Paris. Ce fut elle qui amena les armes au groupe qui attaqua un autobus allemand à Clichy. Elle était mariée à Alexandre Jar, un des responsables des FTP-MOI.

Olga Bancic, décapitée à 32 ans le jour de son anniversaire par les nazis à Stuttgart après avoir été traînée de prison en prison, torturée. Elle était juive, née en Bessarabie, étudiante à Paris. Ce fut elle qui amena les armes au groupe qui attaqua un autobus allemand à Clichy. Elle était mariée à Alexandre Jar, un des responsables des FTP-MOI.

Torturés, bien sûr, ils l'avaient tous été. Plusieurs mois durant. Et sur cette Affiche rouge, c'est aussi cela que les Français lisaient dans leurs traits ravagés. La haine exprimée, on la retrouve aussi dans les propos du colonel allemand qui présidait la cour martiale. Il justifiait ainsi les condamnations: "De quels milieux ces terroristes sont issus? Dans la plupart des cas, ce sont des juifs ou des communistes qui sont à la tête de leurs organisations (...) Leur but étant l'avènement du bolchevisme international, le sort de la France et des Français ne les intéresse pas".

(...) Ces héros appartenaient aux détachements de FTP d'immigrés de la région parisienne, dont la direction avait été confiée à Manouchian par le haut commandement des Francs-Tireurs et Partisans français depuis deux ans. Or, les "prouesses" de cette armée dépassaient infiniment celles que le réquisitoire avait découvertes.

(...) Sur certains points, les Allemands disaient juste: Joseph Boczov, ingénieur chimiste et ancien volontaire des Brigades Internationales en Espagne, était bien le concepteur des techniques de déraillement ou de destruction par explosif d'éléments stratégiques qui délabraient les convois SS. Et Spartaco Fontano était bien communiste: mais ils l'étaient tous. Notamment Missak Manouchian, avant-guerre secrétaire du Comité de secours pour l'Arménie Soviétique, rédacteur en chef du journal Zangou destiné aux immigrés de son pays.

Les "juges" ignoraient que le jeune Hongrois Zangou avait aussi incendié seul et en plein jour une librairie allemande, boulevard Saint-Michel. Ils ne savaient pas non plus que Alfonso, Fontano et Marcel Rayman étaient les auteurs de l'attentat ayant pulvérisé, le 28 juillet 1943, la voiture bourrée d'officiers supérieurs du commandement du "Gross Paris".

Alors qui étaient-ils? Dans les années 30, environ 3 millions de travailleurs immigrés rejoignent la France, chassés par la misère ou par la répression raciale et politique. Il importe d'autant plus d'organiser leur défense, d'appeler à la solidarité, que des campagnes xénophobes se développent accusant les étrangers d'être responsable du chômage. A son 3e Congrès en janvier 1924, le Parti communiste appelle à "organiser politiquement et syndicalement les masses de travailleurs de langue étrangère. Politiquement, les prolétaires immigrés doivent être organisés en groupe de langue étrangère". Il sera précisé deux ans plus tard que les immigrés s'organisent essentiellement sur leurs lieux de travail, dans les entreprises, sans distinction de nationalité, tout en participant à ces groupes de langue rassemblés en une Commission centrale de main d'oeuvre étrangère (MOE) qui deviendra rapidement la célèbre MOI (Main d'oeuvre immigré). Dès le début de la guerre, ceux-ci s'engagent dans le combat, sans restriction. 132 000 se portent volontaires et des dizaines de milliers se battent dans les Ardennes, sur la Somme, sur la Loire. Parmi eux, un grand nombre ont déjà participé aux Brigades Internationales en Espagne: on les retrouvera dans les premiers groupes clandestins formés par le Parti communiste. Le sang-froid de ces hommes, exceptionnel, recouvrait une disponibilité de coeur non moins remarquable. Implacables face à l'ennemi, le récit de quelques-uns de leurs faits d'armes montre qu'ils étaient économes en vies humaines... Les rafles antisémites vont également faire affluer dans leurs rangs de jeunes communistes juifs déterminés, dont les familles ont été décimées ou le seront.

Au cours de l'année 1943, les actions des résistants se multiplient. Les polices allemandes, aidées par les services de Vichy, la milice, unissent leurs efforts pour les traquer. (...) On le sait mieux aujourd'hui, l'arrestation des FTP-MOI de la région parisienne fut le fait, notamment, des inspecteurs des renseignements généraux, fer de lance de la lutte anticommuniste. Longtemps la mémoire historique a sous-estimé le professionnalisme de cette police: en effet, à l'époque, on dénombre environ 200 membres de la brigade spéciale, expérimentés en matière de surveillance et de filatures...

Le 16 novembre, le groupe et celui qui en a pris la tête, Manouchian, sont arrêtés. Sur les 35 personnes repérées, 5 seulement pourront s'échapper. Pas Joseph Epstein, le célèbre "Colonel Gilles", chef de tous les FTP de la région. Avant d'aller au supplice le 11 avril 1944, lui aussi au mont Valérien, il est torturé pendant des mois. IL ne livre à ses bourreaux aucun nom. Pas même le sien.

Jean de Leyzieu           

 

Lire aussi dans le "Chiffon Rouge": 

Missak Manouchian, résistant mort pour la France (Guy Konopnicki, Marianne - avril 2015)

Joseph Epstein, dit colonel Gilles

Joseph Epstein, dit colonel Gilles

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6 décembre 2016 2 06 /12 /décembre /2016 05:00
1936: la conquête des 40 heures! (institut d'histoire sociale de la CGT)... Et Fillon qui voudrait revenir 80 ans en arrière!
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5 décembre 2016 1 05 /12 /décembre /2016 15:43
Gotlib est parti - hommage de l'Humanité
Gotlib est parti, il nous avait appris à rire
LAURENCE MAURIAUCOURT
DIMANCHE, 4 DÉCEMBRE, 2016
HUMANITE.FR

L'auteur de BD, Marcel Gottlieb, dit Gotlib, est décédé ce dimanche à l'âge de 82 ans. Pif perd un ami.   

Né le 14 juillet 1934 à Paris (18e), enfant d'un père victime des Nazis, Gotlib n'en cultivait pas moins l'art de déclencher des éclats de rires. Il a pris la poudre d'escampette, en ce dimanche de décembre. Le père de Gai Luron et de tant d'autres personnages dont les gags parlaient à toutes les générations est entré dans le monde du travail dans les années 50, comme lettreur chez Opera Mundi-Edi Monde.

Gotlib est parti - hommage de l'Humanité

Il en gardera un talent fou pour remplir ses bulles d'onomatopées aux formes graphiques explosant tous les canons du genre. Dessiner en se jouant de la frontière des cases, c'était la marque de fabrique du créateur des Dingodossiers et de la Rubrique-à-Brac. Mais, d'abord, en 1962, il débute officiellement une carrière de dessinateur dans Vaillant, puis dans Pif Gadget jusqu'en 1971. Gai Luron, mai aussi Nanar, Jujube, Piette...

On savait Gotlib malade depuis plusieurs années. "La famille de Marcel Gotlib vient de nous apprendre le décès ce jour de Gotlib", a immédiatement réagi l'éditeur Dargaud, aux prises avec une "immense tristesse", face à la disparition ce cet « humoriste fascinant ». « Un dessinateur virtuose, un touche à tout iconoclaste et un ami cher qui parvenait à provoquer le rire à la moindre de ses pages", a ajouté l'éditeur.

Gotlib, qui a beaucoup appris de Goscinny, a marqué l'histoire de la bande dessinée française, en créant son propre journal, Fluide Glacia,l en 1975. Le premier numéro est paru un 1er avril. De quoi nourrir l'esprit de dérision de millions de lecteurs, et ça, ça n'est pas une blague ! 

http://www.humanite.fr/gotlib-est-parti-il-nous-avait-appris-rire-627704

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1 décembre 2016 4 01 /12 /décembre /2016 20:55
Photo de Maurice Thorez et Ambroise Croizat sortant de l'hôtel Matignon en 1946

Photo de Maurice Thorez et Ambroise Croizat sortant de l'hôtel Matignon en 1946

La sécurité sociale, les retraites par répartition, les nationalisations, le statut des fonctionnaires, la reconstruction du pays dans un effort d'égalité et de justice sociale... C'était le gouvernement de la Libération, celui de De Gaulle, mais dans un contexte d'écrasement politique de la droite et de la grande bourgeoisie, trop compromises dans la collaboration, avec un Parti Communiste à 30% des suffrages et des ministres communistes d'extraction ouvrière et de courage qui ont remodelé le visage de la France et ont été à l'origine de la République Sociale, cette même république sociale que les Pompidou, Giscard, Mitterrand après 83,  Chirac, Sarkozy, Hollande, n'ont cessé de grignoter ou de pilonner à force de vénérer le veau d'or de la finance et de prendre leurs conseils, non chez les travailleurs, mais chez les technocrates aux ordres de la bourgeoisie. 

Aujourd'hui, c'est Fillon qui veut donner le coup de grâce à ce visage humaniste, social, égalitaire de notre démocratie en supprimant la Sécurité Sociale, développant les retraites par capitalisation, revenant sur la durée légale du travail, en privatisant à tour de bras et vidant les services publics de leur substance. Si vous voulez d'une société à l'américaine, ou revenir au XIX e siècle, votez pour cette droite de la revanche sociale et de la morgue des riches, ou faites tout pour lui laisser le champ libre! On s'en rapproche à grand pas, et certains ne pensent qu'à leurs petits intérêts de boutique ou d'égos!

Libération : quand les ministres communistes changeaient la vie
MICHEL ÉTIÉVENT, ÉCRIVAIN
VENDREDI, 23 NOVEMBRE, 2012
L'HUMANITÉ

1944-1946 : pour la première fois, les communistes participent au pouvoir. Pendant cette période, riche 
de changements politiques profonds, les cinq ministres communistes vont provoquer une véritable cassure dans la manière d’envisager une nouvelle politique au service de l’humain.

Le 31 août 1944, alors que les troupes alliées se battent encore sur le sol français, le général de Gaulle forme le premier gouvernement provisoire. Il compte deux communistes : François Billoux et Charles Tillon. Le 13 novembre 1945, le deuxième gouvernement du général de Gaulle est caractérisé par l’entrée de cinq ministres communistes : Maurice Thorez, Ambroise Croizat, François Billoux, Marcel Paul et Charles Tillon. Les ministres communistes vont devenir acteurs de l’invention sociale, provoquant une véritable cassure dans la manière d’envisager une nouvelle politique au service de l’humain.

Toutes les conditions sont réunies en 1945 pour une rupture : un programme inspiré du Conseil national de la Résistance sous-tendu par la volonté de mettre l’homme au centre de tous les choix ; un rapport de forces pour l’appliquer – 29,9 % des voix au PCF, 5 millions d’adhérents à la CGT ; une classe ouvrière grandie par sa lutte héroïque dans la Résistance ; un patronat déconsidéré par sa collaboration. S’y ajoutent des hommes issus du mouvement ouvrier et capables d’incarner ce mouvement. Des conditions repérables au fil des grands moments de notre histoire sociale et qui fondent tout changement majeur.

Dès la mise en place du deuxième gouvernement de De Gaulle, en novembre 1945, l’objectif est de mettre en application, dans un pays ruiné, les dispositions du programme du CNR. Son préambule résonne aujourd’hui d’une actualité brûlante : « Nous réclamons l’instauration d’une véritable démocratie sociale, impliquant l’éviction des féodalités financières de la direction de l’économie et le retour à la nation des moyens de production, de l’énergie, des richesses du sous-sol… » Empruntons, pour ce faire, le sillage de deux ministres à l’œuvre, sans doute deux des grands innovateurs sociaux du siècle : Ambroise Croizat et Marcel Paul.

Le soir même de sa nomination au ministère du Travail, Croizat, fils de manœuvre, secrétaire de la fédération CGT des métaux, donne le sens de son combat. Ses premiers mots sont pour le peuple : « Ministre du Travail, j’entends demeurer fidèle à mon origine, à mes attaches ouvrières, et mettre mon expérience syndicale au service de la nation. » Son discours signe la force du changement : « Nous mettrons l’homme à l’abri du besoin. Nous en finirons enfin avec les angoisses du lendemain ! » Il lance parallèlement un appel au peuple mobilisé, à l’irruption d’une dynamique sociale nécessaire au changement : « Il n’y a pas de politique efficace sans l’accompagnement d’un peuple vigilant. Rien ne pourra se faire sans vous. Le changement n’est pas qu’une affaire de lois. Il réclame votre participation dans la rue, la cité, l’entreprise. Il demande vos mains ! »

Cet appel s’accompagne d’une forte présence sur le terrain, qui rompt avec la politique clanique et électoraliste de la IIIe République. François Billoux le rappelle dans son livre, Quand nous étions ministres : « L’essentiel du temps de nos ministres se passait en réunions directes au cœur des entreprises, dans les hôpitaux, les municipalités. Il s’agissait de vraies discussions, où les gens apportaient leurs propositions, leurs solutions. » Les premiers pas d’une démocratie participative qui aboutit à la création de 138 caisses de Sécurité sociale gérées par les travailleurs.

Même exigence au ministère de la Production industrielle, où Marcel Paul, le jour de son investiture, s’adresse ainsi aux hauts fonctionnaires : « On ne vous paie pas pour que vous m’indiquiez les articles du Code m’interdisant de réformer, mais pour y trouver ceux qui vont me le permettre ! » Et les électriciens et gaziers, devenus par le biais de la nationalisation, selon les mots de Paul, « acteurs, citoyens, gérants de leur entreprise », redonneront à la France l’énergie qui lui manquait. « À développement économique à la hauteur des ambitions de la nation, il faut un statut social à la hauteur des besoins des hommes. » Cette phrase de Paul, étonnante de modernité, traverse la politique mise en place sous l’inspiration du CNR.

L’objectif est clair : allier l’essor économique au progrès social. D’où le statut des électriciens et gaziers du 22 juin 1946, celui des mineurs, ou, avec Croizat, l’institution d’une vraie « protection sociale » qui offre les moyens d’espérer des lendemains sereins. Là est l’innovation première de la pratique des ministres communistes à la Libération. Il faut y ajouter la capacité à mener de pair deux politiques : l’une faite de grandes idées transformatrices de la société à long terme (l’instauration de la Sécurité sociale, par exemple) ; l’autre, d’une politique de satisfaction immédiate des besoins des gens : doublement du montant des allocations familiales, institution de la retraite, lois sur les heures supplémentaires, augmentation des salaires, création de la fonction publique… Un corpus de lois sociales impressionnant donne au peuple français la dignité de son identité sociale…

(*) Auteur d’Ambroise Croizat ou l’invention sociale, 
suivi de Lettres de prisons 1939-1941.

La Sécurité sociale « Outre le fait qu’elle ouvre le droit à la santé pour tous, la Sécurité sociale a pour objectif de relever la France de ses ruines. Elle offre au salarié une tranquillité sociale qui lui permettra de reconstruire le pays à l’aune de ses besoins. » Ainsi s’exprime Ambroise Croizat, inaugurant le nouveau système de Sécurité sociale en 1945. « Nous bâtirons un plan de sécurité sociale visant à assurer à tous les citoyens des moyens d’existence au cas où ils sont incapables de se les procurer par le travail avec gestion des intéressés et de l’État. » Croizat reprend l’article 21 de la Déclaration des droits de l’homme 
de 1793 qui établissait le droit au travail et à la santé. Cent trente-huit caisses sont édifiées en moins de huit mois sous sa maîtrise d’œuvre par un peuple anonyme après le travail ou sur le temps des congés. Quatre principes charpentent l’institution. L’Unicité : tous les « risques sociaux » sont regroupés dans une seule caisse en proximité des assurés ; la Solidarité : pilier de l’édifice qui est financé par les richesses créées dans l’entreprise ; l’Universalité ; la Démocratie.

 

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1 décembre 2016 4 01 /12 /décembre /2016 20:27
Che Guevara et Fidel Castro: deux frères de combat (José Fort, L'Humanité - 1er décembre 2017)
Che et Fidel : deux frères de combat
JOSÉ FORT
JEUDI, 1 DÉCEMBRE, 2016 - L'Humanité
Le billet de José Fort. J’entends tellement d’âneries en ce moment sur les relations entre Fidel Castro et Che Guevara que je me permets de publier à nouveau un de mes articles.

« J’ai toujours été fier de mon fils et je sais qu’il restera dans les mémoires comme un homme droit, courageux, défendant de nobles causes, des valeurs de justice et de liberté. Un vrai révolutionnaire. » Ainsi me parlait M. Guevara Lynch, le père de Ernesto Rafael Guevara de la Serna dit le « Che ».  Au quinzième étage de l’Hôtel Habana Libre dans la capitale cubaine, nous avions pris l’habitude de prendre le café. Enfin, moi le café et lui le maté , l’infusion stimulante et diurétique traditionnelle argentine lors de nos « matinales » où nous échangions nos opinions sur un film, un bouquin, l’actualité internationale, l’orage de la veille et … la vie du « Che ». Aujourd’hui disparu, M. Guevara Lynch dont je conserve le souvenir d’un homme chaleureux m’a permis de découvrir la vie de son fils qui restera une figure emblématique du XX eme siècle.

Ernesto Rafael Guevara de La Serna, né le jeudi 14 juin 1928 à Rosario, aurait pu vivre bourgeoisement dans son pays, l’Argentine. Fils de l’architecte Ernesto Guevara Lynch, de descendance espagnole et irlandaise, et de Celia de la Serna de la Llosa, fille de famille fortunée, le future Che, déjà asthmatique, a d’abord vécu dans les quartiers huppés  de Buenos Aires puis dans la région de Cordoba, avant de s’installer à nouveau dans la capitale argentine. En 1947, il commence ses études et montre peu d’intérêt pour la politique, alors que ses parents affichent leur hostilité au régime péroniste. C’est une jeune communiste argentine, Berta Gilda Infante, connue sous le nom de Tita, qui lui propose ses premières lectures marxistes.

"Les conditions dans lesquelles j’avais voyagé m’avaient fait entrer en contact avec la misère, la faim et la maladie"

Premier voyage au Chili, au Pérou, en Colombie en octobre 1950. A 23 ans, Il repart à la fin 1951 sillonner l’Amérique latine sur une Norton 500 cm3 baptisée « La Vigoureuse » avec son ami Alberto Granado qui vient de mourir à La Havane. La moto les lâche en cours de route et ils trouvent des petits boulots pour financer le voyage : marchands ambulants, dockers, plongeurs dans des restaurants et même entraîneurs de football. Ernesto rentre à Buenos Aires terminer ses études et devient médecin. Il reprend la route à la découverte du continent : Bolivie, Pérou, Equateur, Panama, Costa Rica, Honduras, Nicaragua, Salvador, pour finalement arriver au Guatemala. Il découvre la triste réalité du continent, la pauvreté, la surexploitation, la violence, l’arrogante colonisation nord-américaine. Plus tard, il déclara : «  les conditions dans lesquelles j’avais voyagé m’avaient fait entrer en contact avec la misère, la faim  et la maladie. J’ai eu sous les yeux la dégradation provoquée par la sous-alimentation et la répression. » Plus tard au Mexique, il rencontre Fidel Castro et décide de s’engager totalement dans le mouvement révolutionnaire aux côtés des rebelles cubains, qui lui donnent le surnom « El Che », che étant une interjection  dans le langage parlé argentin (comme hé) dont Guevara usait souvent. « Je passais toute la nuit à parler avec Fidel », écrira Che, poursuivant : « A l’aube, j’étais le médecin de sa future expédition. Il est vrai que, depuis la dernière expérience vécue au cours de mes voyages à travers l’Amérique latine, et finalement au Guatemala, il ne fallait pas beaucoup pour m’inciter à entrer dans n’importe quelle révolution contre un tyran. Fidel m’a impressionné. Je fus gagné par son optimisme. Il fallait passer à l’action, combattre et concrétiser. »

Che sera de tous les coups : le débarquement à Cuba du « Granma » en 1956, la guérilla dans la Sierra Maestra, la bataille de Santa Clara, la victoire de la révolution cubaine, l’entrée dans La Havane en janvier 1959. Un mois plus tard, pour service rendu à la patrie, Ernesto Guevara est déclaré citoyen cubain. Alors commence le deuxième chapitre de l’histoire.

Ernesto Guevara était médecin et révolutionnaire, pas économiste

Guevara n’était pas un spécialiste de l’économie. Il effectue pourtant ses premiers déplacements à l’étranger pour traiter de ces questions puis occupe successivement les postes de président de la Banque nationale de Cuba et de ministre de l’Industrie. Etait-il le mieux placé pour occuper de telles fonctions ? À l’époque les candidats ne se pressaient pas au portillon. Quoi qu’il en en soit, l’attitude des gouvernants étatsuniens allait radicaliser la révolution. C’est ainsi que le Che notait qu’à « chaque coup de l’impérialisme US nous devions riposter. Chaque fois que les Yankees prenaient une mesure contre Cuba, nous devions immédiatement prendre une contre-mesure, et la révolution se radicalisait ainsi progressivement. » La construction du socialisme «  ce drame étrange et passionnant », selon le Che, était à l’ordre du jour pour la première fois en Amérique latine. Entre 1963 et 1965, Guevara effectue de nombreux voyages dans le tiers-monde, en Chine et en URSS. Il critique « la bureaucratie du socialisme réel », affirmant que «la recherche marxiste avance sur une route dangereuse. Au dogmatisme intransigeant de l’époque de Staline a succédé un  pragmatisme inconsistant ». En février 1965, lors d’un discours prononcé à Alger, il critique les pays dits socialistes « complices dans une certaine mesure de l’exploitation impérialiste. » La goutte qui fait déborder le vase de la colère des dirigeants soviétiques contre celui qui déclare : «  Il faut fuir comme la peste la pensée mécanique. Le marxisme est un processus d’évolution. Le sectarisme à l’intérieur du marxisme crée un malaise, un refus de l’expérience. Le Che accepte aussi de reconnaître ses propres erreurs : l’excès de volontarisme, une politique souvent désastreuse en matière agricole, l’industrialisation à marche forcée ne prenant pas en compte les contraintes nationales et internationales fournissant une production de médiocre qualité à un prix élevé. Ernesto Guevara était médecin et révolutionnaire, pas économiste. Il en tirera les leçons. Une, particulièrement : il est impossible de construire le socialisme dans un seul pays,  qui plus est dans une petite île dépourvue de matières premières et d’énergie et obligée de se soumettre aux lois du marché. La seule solution, selon lui, est dans l’extension de la révolution, permettant des échanges économiques justes, équitables et empêchant toute mainmise étrangère sur le pays et sur sa politique nationale et internationale. Le prélude à son célèbre mot d’ordre : « il faut créer un, deux, trois, plusieurs Vietnam », alors que ce pays d’Asie mène un terrible combat pour son indépendance contre la première puissance économique et militaire mondiale. Pour le Che, « nous ne pouvons rester indifférents devant ce qui se passe dans le monde. Une victoire ans n’importe quel pays contre l’impérialisme est notre victoire. Une défaite de n’importe quelle nation est notre défaite ».

Le Che est toujours disponible. Il sillonne le pays, participe à la coupe de la canne à sucre, anime des débats là où on ne l’attend pas. On le voit dans les rues de la capitale jouer échecs. Pour lui, il s’agit d’un « jeu science » et s’inscrit fréquemment dans les tournois de classification. Il affirme que « le jeu d’échecs est un passe-temps, mais aussi un éducateur de raisonnement, et les pays qui ont des grandes équipe de joueurs d’échecs sont à la tête du monde dans d’autres domaines ».

Où est passé Guevara ?

Le Che quitte les allées du pouvoir et Cuba en 1965. Le monde s’interroge : où est passé Guevara ? L’ancien ministre a repris son treillis vert olive – et des costumes-cravate pour franchir clandestinement les frontières – avec pour objectif l’élargissement du front anti-impérialiste, avec le total accord et soutien de Fidel Castro. Entre ces deux hommes aux qualités complémentaires, contrairement à une légende, l’entente était totale. Pour le père du Che « ils se partageaient les taches ».

Ernesto Guevara part pour le Congo  « venger » Patrice Lumumba assassiné et soutenir le mouvement révolutionnaire dans sa lutte contre Moïse Tschombé. La guérilla composée de Cubains et de Congolais s’enlise au fil des mois. Au manque de moyens et des dissensions entre les différents groupes rebelles congolais s’ajoutent les pressions venues de Moscou et de Pékin. Le Che devra constater que « nous ne pouvons pas libérer tout seul un pays qui ne veut pas se battre » et quittera l’Afrique, voyagera clandestinement, avant de lancer une guérilla en Bolivie. Son dernier combat à forte valeur symbolique et stratégique.

"C’est la dernière fois que je vois le soleil se coucher"

Symbolique ? La Bolivie, dirigée à l’époque par le dictateur Barrientos, porte le nom de Simon Bolivar, leader des guerres d’indépendance contre la domination espagnole.
Stratégique ? La Bolivie se trouve au cœur du continent et dispose de frontières avec le Brésil, l’Argentine, le Paraguay, le Chili et le Pérou. Après plusieurs mois, la guérilla s’enfonce dans l’échec. Pour plusieurs raisons : le manque d’un soutien populaire, une armée bolivienne bénéficiant d’une aide massive des Etats-Unis, la mobilisation de la CIA sur le terrain, le mauvais choix du lieu d’installation de la guérilla, l’absence de relais avec les villes, le rejet par les organisations syndicales et progressistes et l’hostilité des communistes boliviens inspirés par Moscou.

En ce début du mois d’octobre 1967, la plupart des compagnons du Che sont morts ou en fuite. Guevara tente d’échapper à la traque. En vain. Cerné, il est fait prisonnier au matin du 8 octobre à quelques kilomètres de La Higuera, une petite ville situé dans la précordillère andine. Blessé, il est installé sous bonne garde dans une classe d’une petite école. Les responsables de la CIA et les hommes du dictateur Barrientos consultent  La Paz et Washington. Et c’est au colonel Zentana que revient l’ordre de tuer Guevara. Le Che aura le temps d’écrire : «  c’est la dernière fois que je vois le soleil se coucher ». » Neuf ans plus tard, le colonel Zentana sera abattu dans une rue de Paris.

 

Au panthéon des mythes

Quarante cinq ans après sa mort, Ernesto Guevara est porté au panthéon des mythes de notre temps. Pourquoi les nouvelles générations choisissent-elles de porter  des tee-shirts à son effigie ? Pourquoi le Che apparaît si moderne et provoque tant d’admiration ? A chacun son Che. Mais n’est-ce pas les qualités de rebelle, de courage, de droiture, d’éthique qui emportent l’adhésion des jeunes du monde entier à ce personnage qui a préféré aux honneurs  la lutte anti-impérialiste au socialisme sclérosé, l’action internationaliste aux sirènes des apparats et des passe-droits, la simplicité et l’engagement total ?

José Fort est un internationaliste passionné du monde, journaliste, ancien chef du service monde de l’Humanité.
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30 novembre 2016 3 30 /11 /novembre /2016 21:23
Héreros décharnés retrouvés dans le désert

Héreros décharnés retrouvés dans le désert

 

 

Le fait est peu connu : le premier génocide du XXe siècle a eu lieu en Afrique. Environ 65 000 Herero et 10 000 Nama furent massacrés par l’armée du IIe Reich dans le Sud-Ouest africain allemand – l’actuelle Namibie – entre 1904 et 1908.

Le Mémorial de la Shoah, qui avait déjà traité des génocides arménien et tutsi, consacre une exposition, visible du samedi 26 novembre au 12 mars 2017, à ce crime colonial à travers une abondance de documents d’archives. 

Lire aussi :   Histoire d’un livre. En mémoire des Hereros et des Namas

Il y a tout d’abord cette photographie de Hendrik Witbooi, capitaine des Nama, coiffé d’un chapeau paré d’un ruban blanc, assis dans un fauteuil, le regard fier, un fusil à la main. Ce même couvre-chef, qui ressemble à un chapeau de cow-boy, est présenté un peu plus loin, derrière une vitrine. Leader instruit et charismatique, Hendrik Witbooi parvient à rassembler les clans nama et oorlam dans le sud de l’actuelle Namibie dans les années 1880. D’incessantes disputes autour des pâturages dégénèrent avec d’autres clans. Les Allemands profitent de ces conflits répétés pour proclamer leur protectorat sur le Sud-Ouest africain en 1884. La colonisation n’en demeure pas moins une entreprise laborieuse pour les quelques marchands et diplomates venus s’aventurer dans ces contrées réputées hostiles : les gains sont dérisoires.

« Ordre d’extermination »

Le débarquement des troupes allemandes dans la colonie en 1889 inaugure alors une période de violences féroces. Dans la nuit du 12 avril 1893, lors d’une attaque surprise sur le camp de Witbooi, les troupes allemandes massacrent pas moins de 75 femmes et enfants. D’autres campagnes sont menées contre les « tribus rebelles » : les femmes sont violées, les survivants envoyés aux travaux forcés, les terres et le bétail saisis.

 

 

La déclaration du chef herero, Kamaharero, en réaction à l’expansion allemande, est présentée non loin d’un exemplaire du Petit journal, dont la couverture représente la police impériale réprimant une foule de manifestants berlinois opposés à la politique coloniale allemande. Ces documents permettent de prendre la mesure des résistances et des refus à l’œuvre. Après avoir multiplié les efforts de diplomatie, les chefs herero se soulèvent contre les colons allemands. Berlin envoie alors le général Lothar von Trotha mater la rébellion. Celui qui a déjà fait montre d’une grande brutalité au Togoland et en Chine, lors de la guerre de Boxers, est déterminé à en finir avec les Herero censés n’être que des « sauvages ». Ses troupes armées de canons, de mitrailleuses et de grenades encerclent le campement de Waterberg, avant de lancer l’assaut, le 11 août 1904, avec pour ordre de ne pas faire de prisonniers. Les Herero réussissent à briser l’encerclement et des dizaines de milliers d’entre eux s’enfuient dans le désert. Pendant des semaines, repoussés de plus en plus loin dans le désert, d’innombrables Herero meurent de déshydratation.
 

Le 3 octobre 1904, le général Lothar von Trotha enjoint les troupes du Kaiser de tuer sans distinction les hommes, les femmes et les enfants : tout Herero présent sur le « territoire allemand » sera tué. La copie de cet « ordre d’extermination »rédigé à la main laisse le visiteur dans un état de sidération. Loin de jouer sur l’émotion, cette exposition se concentre sur les faits. Après que les missionnaires ont dénoncé les atrocités commises par l’armée allemande, l’ordre d’extermination est levé. Le génocide entre alors dans une nouvelle phase. Ceux qui ont survécu après avoir fui dans le désert sont incarcérés dans des camps de concentration et contraints aux travaux forcés. Le 23 avril 1905, von Trotha signe une déclaration menaçant les Nama du même sort. Cernés, ils sont tous internés dans le camp de concentration de Shark Island. Les prisonniers, contraints au travail forcé, succombent aux mauvais traitements et à la malnutrition. Des crânes de victimes sont alors envoyés en Allemagne à des fins de recherche scientifiques raciales.

Dans les oubliettes de l’Histoire

Instructive, cette exposition – la première en Europe à traiter le sujet – l’est d’autant plus qu’elle étudie ce génocide dans une perspective comparatiste stricte. « Il existe deux ordres d’extermination écrits : l’un à l’encontre des Herero, l’autre à l’encontre des Nama. De tels écrits n’existent pas dans le cas de la Shoah et des génocides arménien et tutsi, explique Sophie Nagiscarde, commissaire de l’exposition. Il ne s’agit pas d’établir une filiation entre ce génocide et la Shoah, mais de montrer que la haine raciale, l’expérience concentrationnaire, la collecte des crânes humains pour le compte de la recherche anthropologique constituent un terreau. »

Lire aussi le reportage photo Héros herero

L’exposition traite également les enjeux de mémoire du génocide. Si ce massacre est resté si longtemps ignoré, c’est d’abord parce que les puissances européennes se sont entendues pour qu’il tombe dans les oubliettes de l’Histoire. Le Blue Book, un rapport officiel du gouvernement britannique faisant état des atrocités commises dans le Sud-Ouest africain allemand, réalisé peu de temps après la reconquête de la colonie pendant la première guerre mondiale, fut banni en 1926. Les Britanniques ont préféré enterrer ce rapport que de voir les Allemands se pencher sur les crimes qu’eux-mêmes avaient commis pendant la guerre des Boers, en Afrique du Sud.

A cet égard, il n’aurait pas été inutile de rappeler que le génocide des Herero et des Nama intervient dans un contexte de violences coloniales exacerbées : à la fin du XIXe siècle, des répressions sanglantes sont menées par les Français à Madagascar, par les Britanniques contre les Zoulous ou encore par les Belges au Congo.

Lire aussi :   « Chœurs en exil » : le génocide arménien, cent ans après

L’exposition n’oublie pas d’aborder la question des excuses et des réparations. Les Herero, qui sont aujourd’hui près de 164 000 en Namibie, et les Nama, environ 246 000, exigent des excuses et demandent réparation au gouvernement allemand pour les atrocités commises et les injustices incessantes. Après 1915, le Sud-Ouest africain est devenu protectorat de l’Afrique du Sud, les Namibiens ont vécu sous le régime d’apartheid jusqu’en 1990, date de l’indépendance. Les victimes de la colonisation allemande n’ont jamais pu récupérer leurs fermes. Le gouvernement namibien est resté silencieux sur la question jusqu’au rapatriement de vingt crânes de Herero et de Nama en 2011. L’Allemagne a ensuite reconnu en juillet 2015 que les massacres commis par son armée entre 1904 et 1908 en Namibie étaient un « génocide ». Un pas de plus vers des excuses officielles : Berlin a annoncé en juillet, qu’il les présenterait d’ici la fin de l’année 2016.

 

« Le premier génocide du XXe siècle. Herero et Nama dans le Sud-Ouest africain allemand, 1904-1908 » du 25 novembre 2016 au 12 mars 2017 au Mémorial de la Shoah, 17, rue Geoffroy – l’Asnier, 75004 Paris. Ouverture tous les jours sauf le samedi de 10 heures à 18 heures et le jeudi jusqu’à 22 heures. Entrée libre. www.memorialdelashoah.org

 

 

 

 

Blue Book, Elise Fontenaille N'Diaye, Calman Levy, 2015 - un livre à lire sur le génocide colonial allemand en Namibie

Blue Book, Elise Fontenaille N'Diaye, Calman Levy, 2015 - un livre à lire sur le génocide colonial allemand en Namibie

Un article et des enregistrements de RFI sur le récit Blue Book de Elise Fontenaille-N'Diaye, que j'ai eu l'occasion de lire l'an passé, et qui traite avec beaucoup de force de cet épisode oublié de l'histoire de la colonisation. Mais sans doute qu'il faut oublier, car trop de repentance nuit à la digestion... 

 

Par Sarah Tisseyre 

De la colonisation française à la colonisation allemande. L'écrivain Élise Fontenaille-N’Diaye est l'arrière-petite-fille du général Mangin qui commanda la Force noire sous drapeau français pendant la Première Guerre mondiale. Mais c'est à une ancienne colonie allemande, la Namibie, qu'elle consacre aujourd'hui un roman historique édifiant. « Blue Book » ravive le souvenir d'un génocide oublié, celui des Hereros et des Namas en Namibie, au tout début du 20e siècle. Elle s'appuie pour cela sur un rapport officiel longtemps occulté.

C'est l'histoire d'un document oublié dans une bibliothèque de Pretoria. Le Blue Book, à l'origine, c'est le nom qu'on a donné à un rapport officiel sur les atrocités commises par les soldats allemands en Namibie.

En 1904, le général allemand Lothar von Trotha signe des ordres d'extermination contre les Hereros et les Namas qui ont eu l'audace de se révolter. En quatre ans, 70 % de ces populations disparaissent. Beaucoup sont massacrés. D'autres meurent de faim, de soif et d'épuisement, dans le désert du Kalahari, puis dans des camps de concentration.

Se mobiliser contre l'oubli

En 1917, Thomas O'Reilly, jeune major d'origine irlandaise, ami des Hereros, rassemble des témoignages de première main. Des récits atroces qu'il consigne dans son rapport commandé par les autorités britanniques.

L'écrivain Élise Fontenaille-N'Diaye en publie des extraits, et lui dédie aujourd'hui son ouvrage. Elle a baptisé son roman historique Blue Book, du nom de ce rapport connu des spécialistes, mais pas du grand public. Et en 200 pages, elle ranime le souvenir d'un génocide lui aussi tombé dans l'oubli.

► Écouter l’interview avec Élise Fontenaille-N’Diaye sur son livre Blue Book.

► Élise Fontenaille-N’Diaye a publié simultanément un récit pour adolescents sur cette tragédie Eben ou les yeux de la nuit.

 Écouter La Marche du monde (RFI), à la rencontre des descendants des Namas et des Hereros, victimes du génocide perpétré par l’empire allemand sur leurs ancêtres, en Namibie.

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26 novembre 2016 6 26 /11 /novembre /2016 17:53
Pierre-Jean Berrou, Gaston Balliot, Bruno Jullien (maire de Plobannalec-Lesconil) et Jean Kervision

Pierre-Jean Berrou, Gaston Balliot, Bruno Jullien (maire de Plobannalec-Lesconil) et Jean Kervision

Pays bigouden. Résistance : un site pour ne pas oublier

 

 Le Télégramme 24/11/2016

 

 http://www.letelegramme.fr/finistere/pont-labbe/resistance-un-site-pour-ne-pas-oublier-24-11-2016-11304508.php

 

Durant la Seconde Guerre mondiale, le Pays bigouden a été un haut lieu de la Résistance. Trois Bigoudens, anciens enseignants, viennent de lancer un site dédié qui, s'il rend d'abord hommage au courage de ces résistants, entend prolonger leur souvenir auprès des jeunes générations.

 

 « Il faut que les jeunes connaissent cette histoire », lance Jean Kervision. Cette histoire, c'est celle de la Seconde Guerre mondiale, de l'occupation allemande dans le Pays bigouden et de cette résistance qui s'organise sur le territoire bigouden. Une histoire que Jean Kervision, qui a été instituteur et adjoint au maire du Guilvinec, a bien connue. « J'ai subi la rafle du 12 août 1944 » qui marquera les populations de Guilvinec et de Treffiagat, dont il est originaire. Jean Kervision n'a que 16 ans. Le souvenir est toujours aussi intact. Hier, c'est à Plobannalec-Lesconil, commune qui paya elle aussi un lourd tribut, que Jean Kervision, le Guilviniste Pierre-Jean Berrou, géographe, auteur de nombreuses publications sur l'histoire du Guilvinec et le Loctudiste Gaston Balliot ont présenté, à l'occasion de son lancement, un site Internet consacré à la guerre et la résistance dans le Pays bigouden. Un site dont l'objectif est de « rendre public une foule de documents sur la période de 1940-1944 dans le Pays Bigouden rudement mis à l'épreuve », précise Gaston Balliot. Histoire de rendre hommage au courage de ces hommes et femmes. Histoire également de prolonger leur souvenir auprès des plus jeunes.

 
 
La foule rend hommage aux fusillés de Lesconil

 « Tous les documents que l'on avait, fallait surtout pas qu'ils soient perdus, surtout dans l'ambiance actuelle », lance Gaston Balliot. Le site revient sur ces cinq années, des premiers clandestins de 1940 aux fusillés de La Torche en passant par l'usine à galets de Tréguennec. Au texte s'ajoutent les photos, comme celle, impressionnante, de l'inhumation provisoire des fusillés de Lesconil dans le cimetière de Plobannalec. La photographie, prise du haut du clocher de l'église, montre une foule compacte de Bigoudènes en coiffe. Il y a aussi ces photos des fusillés de Poulguen. « Ils venaient de tout le Finistère et ont été regroupés à Poulguen où les Allemands avaient un stand de tir. Ils ont été fusillés et ont été enterrés là », raconte Jean Kervision. Les photos de 1944 racontent la découverte des fosses communes, l'exhumation des corps, montrent ces cercueils numérotés à même la dune et l'hommage rendu dans le cimetière de Penmarc'h.

  

 Documents recherchés

 Une grande part des articles publiés en ligne est issue d'un travail mené dans les années 1980. Jean Kervision a l'idée de proposer dans les bulletins municipaux du Guilvinec, dont il est alors adjoint au maire, des papiers historiques. Il demande à Pierre-Jean Berrou, qu'il a connu sur les bancs de l'école, d'agrémenter ces bulletins par des papiers historiques. Au fil des années, il raconte dans Ar Gelveneg l'histoire des Guilvinistes dans la France libre, les rafles de 1944, la libération au Guilvinec. Parallèlement, il écrit, dans la revue Cap Caval, l'histoire des fusiliers marins bigoudens de la France libre. De son côté, Jean Kervision, responsable du « Travailleur bigouden », organe de la section bigoudène du Parti communiste français côtoie bon nombre de résistants dont Jean Le Brun, Jean Désiré Larnicol et Guillaume Bodéré. Trois figures dont les biographies présentes dans le « Maitron », dictionnaire biographique du mouvement ouvrier et du mouvement social dont il est un des rédacteurs. En ligne, on retrouve ces biographies et de nombreuses autres. « Il y en a une quarantaine », explique Gaston Balliot. C'est lui qui, devant la masse de documents, a eu l'idée de les rassembler sur un même site. Lequel ne demande qu'à s'enrichir. « Nous n'avons pas beaucoup de renseignement sur le haut Pays bigouden », avance Pierre-Jean Berrou. Témoignages et documents sont les bienvenus.

 

 Site inernet avec formulaire de contact :

 

 https://bigouden1944.wordpress.com/

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26 novembre 2016 6 26 /11 /novembre /2016 17:51
FIDEL: l'album photo Castro...
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Fidel Castro, Gorbatchev, Raul Castro en 1986 (photo Jean-Marc Nayet)

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Avec Arafat

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Avec Mandela

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26 novembre 2016 6 26 /11 /novembre /2016 17:45
Ces 638 fois où la CIA a voulu se débarasser de Fidel Castro (Le Monde, 26 novembre 2016)

 

Stylo et cigares empoisonnés, LSD, poison pour faire tomber sa barbe… la CIA a tout essayé pour de tuer ou faire disparaître le dirigeant cubain.

LE MONDE | 


 

 

C’est une des plus grandes ironies de l’histoire. Le jour de l’assassinat du président américain John Kennedy, le 22 novembre 1963, un responsable de la CIA confiait un stylo empoisonné à une « taupe » cubaine pour qu’il l’utilise contre Fidel Castro, alors l’ennemi juré des Etats-Unis. Pourtant, au même moment, un émissaire de Kennedy rencontrait le numéro un cubain pour tenter de trouver des moyens d’améliorer les relations entre la grande puissance et son petit voisin. Cette anecdote, révélée en 1975 par une commission du Sénat américain (la « Commission Church »), montre qu’après la prise de pouvoir par Castro et jusqu’en 1965 la CIA, la principale agence de renseignements américaine, a cherché à se débarrasser de lui en encourageant, voire en soutenant, des projets d’assassinat.

Avant de songer à l’élimination physique, la CIA a d’abord tenté de le discréditer en s’attaquant à son image, durant les dernières années de la présidence de Dwight D. Eisenhower, de mars à août 1960. Avec des projets rocambolesques : il y a eu l’idée de disperser un produit chimique aux effets similaires à celui du LSD dans un studio de télévision où Castro devait enregistrer un discours, ou bien d’imprégner une de ses boîtes de cigare avec le même produit…

Poison anti-barbe

Certains ont même pensé à s’attaquer à sa barbe, telle Dalila coupant les cheveux à Samson. N’avait-il pas dit lors d’une interview avec une télévision américaine juste après son arrivée au pouvoir : « Ma barbe signifie plein de choses pour mon pays. » Un projet baptisé « La Barbe » fut lancé : il prévoyait de saupoudrer les chaussures du « comandante » avec un produit chimique dépilatoire… L’idée était de mener cette action lors d’un voyage à l’étranger, dans l’hôtel où le dirigeant cubain descendrait. On comptait sur le fait qu’il mettrait ses chaussures dans le couloir pour les faire cirer. Des tests furent menés sur des animaux, mais le projet fut abandonné, car Castro annula son déplacement.

La commission Church a recensé au moins huit projets d’assassinats, avec le recours parfois à des membres de la pègre de Las Vegas et aux Cubains anticastristes exilés à Miami. En 1975, Fidel Castro remettait au sénateur George McGovern une liste de 24 tentatives d’assassinat à son encontre, accusant la CIA. Dans un documentaire de 2006, des anticastristes recensent jusqu’à 638 projets d’attentats…

La plupart n’ont pas été mis à exécution, mais les moyens auxquels ses auteurs avaient pensé sont dignes des meilleurs romans d’espionnage : des plus classiques, comme des fusils très puissants, aux plus élaborées comme des pilules empoisonnées, le fameux stylo ou des armes bactériologiques…

Un documentaire produit par la chaîne britannique Channel 4 était revenu en 2006 sur ces infractueuses tentatives.

Début 1963, les services techniques de la CIA ont mené ainsi des tests pour contaminer une tenue de plongée, car Fidel Castro aimait pratiquer la plongée sous-marine. Les agents étudièrent même la possibilité de piéger un coquillage là où le dirigeant cubain aimait nager, mais aucun n’était assez grand pour abriter un explosif. Les renseignements américains avaient également un contact avec une « taupe » située au plus haut niveau du pouvoir cubain. Il lui fut remis un stylo empoisonné, puis on lui confia une cache d’armes, mais les relations furent rompues en 1965 pour des raisons de sécurité.

On imagina également d’empoisonner les cigares préférés du dirigeant cubain. Ces projets furent menés, à l’occasion, en impliquant des membres de la mafia de Las Vegas et des anticastristes cubains exilés à Miami par l’intermédiaire d’un ancien membre de la CIA, Robert Maheu.

L’échec de la baie des cochons

Les dirigeants de la CIA avaient-ils le soutien des présidents américains ? La commission n’a pas pu répondre à cette question. En tout cas, sous l’administration Eisenhower fut lancé le projet de renverser le régime cubain en envoyant des exilés cubains à Cuba. Le programme fut approuvé en mars 1959 par le président Eisenhower. Des camps d’entraînements furent mis en place au Guatemala. Peu après sa prise de fonction, en février 1961, le président Kennedy approuva le projet. Le 17 avril 1961, 1 400 exilés cubains débarquaient dans la baie des cochons, sur la côte sud de Cuba. Mais ce fut un échec total. Peu après, les Etats-Unis lançaient l’Opération Mongoose (mangouste) pour tenter de déstabiliser le régime castriste.

Après les révélations de la Commission Church, qui condamna ce genre de pratiques, certains anticastristes n’abandonnèrent pas leur espoir de tuer leur principal ennemi. En vain. Lorsqu’il s’est rendu aux Etats-Unis en 1979 pour donner un discours devant l’ONU, dans l’avion, les journalistes lui demandèrent s’il portait un gilet pare-balles. Fidel Castro ouvrit sa chemise sur son torse nu et lança : « J’ai un gilet moral. »

Fidel Castro est finalement mort de vieillesse vendredi 25 novembre, déjouant tous les pièges de ses ennemis.


Le Monde.

 

 

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