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Célébration communiste d'hommage à La Résistance et à Marc Bourhis et Pierre Guéguin, Concarneau (photo archives Pierre Le Rose. PCF 29)
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Depuis 1944, on a tenté dans les livres et dans la presse d'écrire une histoire objective des combats pour la libération de notre ville dans lier ces combats à celui permanent des patriotes qui pendant quatre ans sacrifièrent tout pour la libération du territoire national. Il nous apparaît nécessaire de combler quelques lacunes qui laissent dans l'ombre par exemple l'action des F.T.P.F pendant l'occupation dont les trois compagnies du bataillon La Tour d'Auvergne de Quimper participeront aux combats pour la libération de Concarneau.
D'où venaient les F.T.P.F?
Quelle a été leur action?
Tout d'abord, un point d'histoire. Après la déclaration de la guerre le 3 septembre 1943, le Parti Communiste Français est dissous, les municipalités communistes dissoutes et remplacées par des délégations spéciales. La municipalité communiste-socialiste de Concarneau dont le maire P. Guéguin est aux armées est dissoute. Une délégation spéciale le remplace dirigée par M. Scalar (en mai 40, arrestation de Jos Le Coz Scouazec gérant de "la Bretagne"). En juin 40, c'est l'invasion, le jeudi 18, les troupes nazies font leur entrée dans une ville déserte, les habitants s'étant calfeutrés chez eux pour ne pas assister à ce drame qui les laisse accablés, désemparés. Au cours des semaines qui suivent c'est le retour au foyer de ceux qui ont pu échapper aux camps de prisonniers, parmi eux des militants du PCF qui n'ont rien perdu de leur courage malgré la défaite. Parmi eux Alain Le Lay, le plus brave, le plus estimé de toute la population. Il faut faire quelque chose. "La France ne sera jamais un peuple d'esclaves" viennent de proclamer M. Thorez et J. Duclos. Alors commence un combat où les meilleurs devaient tomber.
Parallèlement au travail de propagande qui ne s'arrêtera pratiquement jamais, la section du Parti aidé par les J.C entreprend dès l'arrivée des nazis dans l'été 40 des actions de sabotage. René Lijour paie de sa personne et entraîne les jeunes. Trolez, Y. Le Gall, Ch. Tocquet entre autres participent au déboulonnage des voies ferrées, à la destruction des lignes téléphoniques. Des soldats nazis sont victimes de cette ardeur vengeresse et plus d'un trouvera dans le port une fin prématurée. La nuit est quelquefois trouée d'explosions insolites qui réveillent les Concarnois. C'est la grue de la gare qui saute, ou bien un transformateur ou un poteau supportant la haute tension. Les explosifs sont pris à l'ennemi. Les chantiers sont mis en coupe réglée. Des groupes prennent le titre de "terroristes patriotes".
Pendant ce temps, Alain Le Lay va, vient, visite les sections et organise le combat. La liaison avec Paris est assurée par Venise Gosnat dit Père Georges. Mais les armes manquent cruellement, cela gêne l'action des premiers F.T.P¨.F.
Cependant la police de Vichy vient d'arrêter l'ancien maire (notre camarade) Pierre Guéguin et l'instituteur Marc Bourhis. Transférés au camp de Chateaubriand, ils périront le 22 octobre de la même année dans la sablière tragique avec 48 autres patriotes. La population est saisie d'une émotion intense et dès la nouvelle connue, une manifestation spontanée se déroule au cimetière devant les tombes des familles.
La haine de l'ennemi s'accentue et les actions des F.T.P.F sont mieux comprises et soutenues par la population qui n'a jamais été neutre comme l'a déclaré dans un rapport Y. Aubert qui a remplacé Scalar à la tête de la délégation spéciale, le développement du mouvement F.T.P.F le prouvera par la suite.
En 42 a eu lieu une grève des ouvrières des usines pour obtenir de l'huile et des conserves: utilisation des délégués prévus par la Charte du travail de Vichy.
Au printemps 42, "Père Georges" prend contact directement avec René Lijour, lui annonce que des armes vont arriver par mer à bord d'un sous-marin anglais qui attendra aux Glénans que les résistants viennent en prendre livraison.
Le mot de passe est donné. Contact pris avec Bodéré Guillaume et son camarade Baudry agent de liaison qui sera fusillé plus tard au Mont-Valérien. Les deux résistants se font connaître du sous-marin qui est bien à l'endroit prévu. Les deux résistants se font connaître du sous-marin qui est bien à l'endroit prévu. Les containers sont pris en charge et débarqués sur la côte bigoudène où Lijour, Eugène Le Bris et Fauglas viendront les prendre pour les entreposer à la ferme Daoudal à Melguen. Ce camarade sera également fusillé au Mont-Valérien.
Des parachutages seront également annoncés. René Lijour et plusieurs camarades dont les noms échappent après 20 années d'histoire se rendront plusieurs fois sur les lieux sans succès. Mais le combat continue. Carduner de Pont-Minaouet tente de faire sauter le pont du même nom. Il sera arrêté lui aussi et mourra. Madame Le Breton sera arrêtée et déportée.
Joseph Berthou syndicaliste et résistant du même groupe sera arrêté à cette époque et fusillé à Thouars. Eugène Le Bris se rendra à Nantes où son camarade *** arrêté doit être jugé. D'une audace folle, il pénétrera dans le bureau du juge Le Bras au moment de l'interrogatoire de son camarade. Il délivrera celui-ci après avoir abattu le juge. Mais ses imprudences ont compromis sa sécurité et celle du groupe insuffisamment cloisonné.
En septembre 42, ils seront arrêtés tous deux. Quelques jours plus tard, alors que Concarneau vit encore sous l'émotion de la découverte d'un immense trafic de marché noir entre les établissements Provost-Barbe et l'organisation Todt, une grande rafle de la police de Vichy fidèle collaboratrice de la Gestapo permet l'arrestation de presque tous les membres de l'organisation. La date de l'arrestation d'Alain Le Lay nous est imprécise après si longtemps mais il mourra à Auschwitz, comme Théophile Louarn.
Voici la liste des membres du groupe Lijour arrêtés en septembre et octobre 1942:
(Notes annexes:
courant 42:
Tollec Fanch. Interné Rennes. Libéré
Touchard Fanch. Interné Rennes. Libéré
Kerledou André. Interné Rennes. Libéré
Louarn Victor. Déporté
Jourden Esprit. Mort en déportation
Berthou Joseph. Fusillé à Thouars
Carduner. Mort à Dachau
Daoudal. Fusillé au Mont-Valérien (le dépôt d'armes des T.P se trouvait chez ce camarade).
Le Lay Alain. ?
25 septembre 1942:
Serre Jacques
Le Caignec Eugène père
Touchard Fanch
Kerledou André fils
Dréano Joseph
Rioual Arthur
Guiffant Louis
Loch Mathias
Rossignol Jean
27 septembre:
Le Bris Eugène fusillé (affaire Le Bras, juge de Nantes)
Lijour Lucie déportée
Breton Françoise déportée
Bodéré Marie-Jeanne internée
Baudry (agent de liaison) fusillé au Mont-Valérien
Huon frères internés
Thomas Yves: déporté
Fin septembre:
Tocquet Charles. interné
Louarn Théo. Mort en déportation
Trichard Yves. Tué au combat
Le Gall Yves. Mort en déportation.
Le Gall Joseph. Interné
Péron Louis. Interné
Dolliou Charles. Interné
Trolez Jean. Déporté
Bourbigot Jean. Déporté.
Thomas Yves. Mort en déportation
6 octobre:
Le Caignec F.: interné à Compiègne. Evadé en décembre 43
Tous ces camarades firent parti du groupe T.P (Terroristes Partisans) par la suite appelé groupe Lijour, 1er responsable dès 1940 et même avant. Le Lay Alain par la suite.)
C'était un coup très dur porté aux T.P et à la Résistance, mais René Lijour avait réussi à s'échapper et à disparaître dans la nature et quelques camarades avaient passé entre les mailles du filet, mais l'organisation était détruite. Pendant quelques mois seule la propagande nazie fonctionna. Remi Nédellec était en contact avec Quimper et les tracts nous parvenaient. Le cheminot François Le Beux du dépôt de Quimper nous en fournissait également. Il nous faisait rire en nous racontant les bons tours qu'il faisait aux nazis, expédiant les wagons qui leur étaient destinés dans les directions les plus insolites. Il devait mourir tragiquement lors d'une attaque de l'aviation anglaise en février 1944.
Une caisse de secours aux familles des déportés et fusillés fut créée et alimentée par des dons en argent et en espèce.
Et bientôt le contact fut rétabli avec René Lijour. Mme Duot qui avait déjà servi d'agente de liaison avant la rafle de septembre 42 reprit du service et assura le contact.
Du coup les choses prirent une autre tournure. Les conseils de René Lijour et ses indications nous permirent d'envisager la reprise du combat armé.
Mais il fallait élargir le combat à d'autres que les communistes et pour cela créer le Front National et sa force militaire les F.T.P.F. Je posai la question à Robert Jan qui avait également fait partie du groupe Lijour et qui quoique en contact avec Le Bris n'avait pas été arrêté. Nous convînmes de la nécessité d'accélérer la réorganisation de la résistance aux Nazis d'autant qu'après Stalingrad, l'espoir était revenu dans la population et le moment favorable pour une telle opération. Je contactai Louis Trichard frère d'Yves Trichard qui devait être tué dans les combats de la Libération.
Ce dernier me conseilla de voir Pierre Le Rose dont il me dit beaucoup de bien. Dans les circonstances de l'occupation et de la clandestinité, il était hasardeux de contacter une personne inconnue sans avoir reçu de solides garanties, aussi je me fis donner l'accord de P. Le Rose pour cette entrevue avec Le Trichard. Au premier contact je sentis tout de suite que ça allait marcher. J'avais eu de la chance, j'avais saisi le bon chaînon. Nous convînmes de la création d'un groupe de Jeunesse communiste et du travail à faire. Il commença sans tarder et tracts et journaux sortirent de notre presse clandestine, une simple pierre humide (ils insistaient sur les problèmes de ravitaillement de la population). De là devait sortir le journal "L'étincelle" appelant la population à renforcer et soutenir la Résistance.
Des journaux destinés aux jeunes, les appelant à la lutte armée. Celle-ci fut immédiatement envisagée avec les moyens dont nous disposions. Le groupe des 8 jeunes communistes se transforma en commando F.T.P.F. Il y avait là outre P. Le Rose dit Michel ou Pierre Humide, Dédé le Craz dit Fredo, Yves Le Moal dit Losse (à moelle évidemment) et gloire locale actuelle de la gouache et de l'aquarelle. Nous étions arrivés fin 43 et ce groupe où se trouvait également le regretté Henri Joncourt, tué depuis en Algérie, commença ses actions de commando. Au même moment Fanch Caignec faisait son apparition imprudente à mon avis à Concarneau. Il venait de s'évader du camp de Compiègne où il était en instance de départ pour les camps de la mort. Je craignais pour sa sécurité mais la police de Vichy commençait à sentir tourner le vent et ne voulu pas l'inquiéter. Il nous fut d'un grand secours pour le recrutement de nouveaux éléments qui permirent un développement extraordinaire des F.T.P.F. Tout ceci était fait malgré tout avec un maximum de prudence et le cloisonnement était sévère. Nous pratiquions l'organisation en triangle qui nous permit cette fois d'arriver à la Libération sans trop de casse.
Pour René Lijour j'étais Arsène, pour P. Le Rose dit Michel, j'étais Henri flexible, pour le regretté Félix Delorn j'étais Maurer. J'ai souvent souri en le trouvant en conversation avec un jeune, et en l'entendant me parler confidentiellement d'un certain Henri flexible mystérieux et grand mamitou de la résistance. Toute modestie mise à part.
Puis tout devint plus facile, relativement s'entend. J'eus le contact avec l'état major F.T.P.F du Finistère par Louis Stéphan dit commandant André, prisonnier évadé qui avait repris le combat. Nous nous rencontrions le plus souvent dans la nature, dans le champ d'un fermier ami comme chez Fanch Touchard de Colguen, avec des responsables régionaux. Jacob Quillen assistait parfois à ces entrevues où nous faisions le point sur la situation et étudions l'état et l'organisation de nos forces. André vint également me voir chez moi et sur mon lieu de travail. Le problème qui se posait était l'armement de toutes nos recrues. Les parachutages de Kernabat auxquels participaient nos F.T.P.F ne nous permettaient pas d'équiper les 2 compagnies que nous avions recrutés et la récupération d'armes sur l'ennemi était assez limitée. Ici j'ouvre une parenthèse pour dire que nous avons passé des journées, Félix Delorn et moi, à enregistrer les adhésions à notre mouvement. Pour trouver à chacun un nom de guerre, désigner les chefs de groupe. Félix était passionné pour ce travail. Il avait encore une autre corde précieuse à son arc, il réparait avec art toutes les armes endommagées qu'on lui envoyait. Parfois de la fenêtre de notre PC de la rue de l'Alma nous voyiions passer une patrouille nazie dans la rue des Ecoles que nous dominions. Nous avions quelques alertes de ce genre.
Un jour de printemps 44, nous fûmes surpris de voir à Concarneau Jos Le Coz qui avait été libéré d'un camp d'internement de la zone Sud. Je vis immédiatement René Lijour qui m'incita à la plus grande prudence, Jos pouvant à son insu servir d'appât pour la Gestapo. Pourtant il pouvait nous être d'une grande utilité connaissant pas mal de monde, de jeunes en particulier. Je gardais le contact avec lui et nous rendit les services qu'on attendait de lui sans que je lui ai révélé les détails de notre organisation. Après tant d'années, avec le recul nécessaire pour juger objectivement la situation en ces temps là, il ne m'en voudra pas de ces "cachotteries".
Dans le courant de 43 lors d'une attaque de l'aviation anglaise contre un convoi nazi ancré sur rade de Concarneau, un gros cargo chargé de matériel militaire de toute sorte avait été touché gravement. Les nazis essayèrent de le remorquer jusqu'à Lorient afin de le réparer, mais il coula dans les parages des Glénans. Nous pensâmes à tirer profit de cette affaire et contactâmes Charlot Le Cras qui, scaphandrier en ce temps là, était chargé par la société qui l'employait de visiter l'épave pour étudier les possibilités de récupération. Il fut convenu que tout ce qui était armement léger serait récupéré par nous, Charlot se faisait fort de nous le procurer. En effet à quelques temps de là il nous prévint que sa mission était accomplie, qu'un lot de mitraillettes et de munitions nous attendait signalé au-dessus de l'épave par une bouée reliée par un filin au paquet d'armes bien arrimé.
Felix et notre gentil camarade Auguste Le Rose dit "la poitrine" qui possédait un canot se rendirent sur les lieux, trouvèrent la bouée, tentèrent de soulever la charge sans résultat. Ils revinrent plusieurs fois et abandonnèrent devant l'inutilité de leurs efforts. C'était une occasion manquée d'armer nos F.T.P.F dont l'effectif se montait maintenant à deux compagnies. Entre temps, j'eus la visite des responsables régionaux du Parti et des F.T.P.F. Le "père Henri" cheminot du dépôt d'Auray et Leduc, entrepreneur à Plestin-les-Grèves, capitaine F.T.P.F à qui il arriva une aventure invraisemblable. Arrêté par les nazis, ils lui firent un simulacre d'exécution, puis ... le relâchèrent. S'ils avaient su qui ils tenaient entre leurs mains, les choses évidemment auraient tourné autrement. Nos réunions clandestines avec Pierre Le Rose se poursuivaient. Nous discutions outre de l'organisation armée, du contenu de nos journaux polycopiés qui étaient diffusés dans la population. Les actions de commandos inquiétaient et gênaient l'ennemi et ses complices. Vint le 6 juin et le débarquement allié. L'ennemi aux abois, ses lignes de communication coupées à tout instant par la Résistance. Il fallut entrevoir des actions plus larges et transformer la guerilla en insurrection. Les groupes de commandos avaient vécu. Il fallait mettre sur pied de véritables unités militaires. Pierre me posa le problème de l'armement dont nous disposions qui permettait d'équiper une compagnie. Mais vu les effectifs dont nous disposions, c'est deux compagnies que nous aurions dû équiper. Mais nous dûmes limiter nos ambitions au nombre d'armes dont nous disposions. Ainsi naquit la 5ème Cie F.T.P.F du bataillon La Tour d'Auvergne. Le reste des effectifs en réserve fut appelé provisoirement Milice Patriotique, son rôle initial faute d'armes étant destiné au barrage des voies de communications par abattis d'arbres, etc...
Il fallut songer sérieusement à la libération tant attendue. Rétablir la légalité et la démocratie.
Un comité local de libération fut constitué avec à sa tête Alphonse Duot ancien premier adjoint de Pierre Guéguin. Si je m'en souviens bien, les premières réunions eurent lieu à la campagne. Le bois de Kerneac'h vit se dérouler une de nos réunions où nous discutâmes des points d'un programme que nous voulions établir pour l'avenir de Concarneau. Les noms des participants à ces réunions champêtres m'échappent mais je me souviens parfaitement de l'ultime réunion qui eut lieu au Café Lancien des Sables Blancs où le programme fut mis au point et adopté. Il y avait là Alphonse Duot adjoint au maire, futur maire de la Libération, François Herlidan du parti socialiste, Le Bris du parti radical, Julien Larsouneur, syndicaliste et responsable clandestin des syndicats, R.Jan, Felix Delorm, P. Le Rose et moi-même.
(Note d'Alphonse Duot en marge: Le programme attachait une importance particulière à un retour à la légalité républicaine par le moyen de l'insurrection (mise en place du conseil municipal et aux problèmes du ravitaillement - au concours de la population - en opposition aux conceptions gaullistes: Phily; seuls les gens aux brassards dans la rue. Insister sur les efforts pour élargir le CLL et le Conseil Municipal. Les problèmes de l'Union des groupes armées).
Ceci se passait le dimanche après-midi, 6 août. Le 8 août, Quimper était libéré. Une compagnie F.T.P.F de Concarneau (la 5ème) avait pris part aux combats pour la libération de cette ville.
Le jeudi 10 dans la matinée, si mes souvenirs sont exacts, 2 destroyers prennent position près de la bouée du cochon et se mettent à tirer sur les fortifications allemandes, le port, la ville et ses environs. Dans les rues, c'est l'affolement. Tout se vide en un instant. Je vais aux nouvelles, croisant sur mon chemin Robert directeur de l'hospice qui n'a pas l'air dans son assiette. J'arrive au coin de la rue Bayard et du Boulevard Bougainville suivi par mon oncle Dédèle et Jean Flâtrès. Mal nous en prend. Un des bateaux a dirigé son feu sur nous. Je rebrousse chemin à toute vitesse précédé de Jean Flâtrès. Nous faisons un petit pas de course et nous nous plaquons au sol. Il était temps. Un obus de fort calibre vient d'éborgner le coin de l'usine Azéma et le mur qui lui faisait face dans la rue Bayard. Des éclats volent dans tous les coins. Je sens un choc à la fesse droite. Un éclat miniature m'a touché. Je me retourne, la rue est noire de fumée et sent la poudre. J. Flatrès et moi prenons nos jambes à notre cou et détalons. Mais mon oncle un peu plus haut est blessé; fracture ouverte de la jambe. Il perd du sang en abondance. Nous le transportons chez lui, établissons un garrot et une gouttière faite de planches de barils de rogue. Le Dr Crescence arrive aussitôt et le fait transporter à l'hôpital. Il boitera le reste de sa vie.
Le 12 août, 2 compagnies F.T.P.F, la 3ème et la 5ème, prennent position au nord de Concarneau conjointement avec une compagnie F.F.I de Rosporden commandée par le capitaine Mercier. Le 13 août, le capitaine OTTO, commandant la garnison allemande, décrète l'état de siège et fait placarder un avis selon lequel il incendiera la ville si la Résistance attaque. Des habitants commencent à évacuer. Les troupes nazies sont bloquées. Elles ne peuvent plus s'enfuir que par la mer. Le 16 dans la journée les chars américains arrivent. Ils sont accompagnés d'une ou deux batteries d'artillerie.
Le lendemain matin 17 les chars et l'artillerie bombardent les positions allemandes en ville. Quelques éléments d'infanterie amorcent une attaque soutenue par les chars. Deux Cie F.T.P.F et des éléments de la milice patriotique participent à l'action et pénètrent prudemment en ville ou l'on se bat autour de la Kommandantur. Louis Guillerme, Georges Le Coz, René Rioual détruisent un petit poste aux abords du Q.G allemand. G. Le Coz est blessé par éclats de grenade et nous aurons malheureusement à déplorer la perte de Doumard (?) de la 3e Compagnie tué aux Sables-Blancs. Mais les chars américains se replient et les F.T.P.F sont obligés de décrocher.
Cette action aura permis malgré tout de faire quelques dizaines de prisonniers et de récupérer du matériel qui va permettre d'équiper la milice patriotique qui devient du coup 7ème Cie F.T.P.F. Des éléments de cette Cie ont attaqué avec les Américains la casemate du quai Est mais se sont également replié.
Quelques jours plus tard, notre agente de liaison Lisette Jaffrézic faisant preuve d'un grand courage ira distribuer aux allemands des tracts les appelant à la reddition.
Elle nous ramènera plusieurs prisonniers. Le 17 toujours à l'issue de la reddition des allemands en position au Dorlett à Kernéac'h et Kéraudron nos hommes ont vite fait de récupérer les armes. La police vichyste qui a abandonné ses (?) mais pas son état d'esprit arrive un peu tard pour le même travail et pour des fins moins patriotiques. Cependant, elle a arrêté Eugène Le Rose qui avait récupéré un fusil mitrailleur. En compagnie de Louis Moalie, de Felix Debour, de Jo Beux, nous tentons de transporter une mitrailleuse lourde et son armement, lorsqu'une patrouille d'agents se jette sur nous.
Les agents Le Doux et Le Grand me mettent un revolver sur la figure menaçant de me descendre si je mets mon projet à exécution. Je leur crie mon indignation et j'ordonne à Moalic d'enlever le ressort récupérateur de l'arme afin qu'elle ne puisse pas servir contre nous. Un camion à cheval qu'ils sont allés chercher emporte une arme qui nous aurait été précieuse. A la lecture d'un rapport de l'époque je précise qu'il y avait plusieurs armes et munitions, une centaine d'allemands s'étant rendu à ces endroits. Quelques heures plus tard en ville où les rues sont désertes nous nous heurteront encore à une patrouille d'agents conduite par le commissaire Jouarnic. Nous leur rappelons les reproches précédents et la même scène honteuse recommence. Le Doux, Le Grand et Trolez me mettent leur revolver sur la figure. Ils sont blêmes de rage et sans l'imminence d'un revirement de la situation j'ai l'impression qu'ils iraient jusqu'au bout de leur geste. Nous rejoignons la Milice Patriotique qui s'organise. Yves Furic en a pris le commandement en l'absence de Felix Delorm qui avait été chargé de cette tâche. Quelques jours plus tard il sera remplacé par Albert Autret de Quimper. Félix et moi-même deviennent ses adjoints. Nous prenons position à la ferme de Kéraudron derrière les talus et la chicane qui barre la route à hauteur du château d'eau. Le fermier nous fait don d'un fusil-mitrailleur et de munitions qu'il a subtilisées. Paul Choisnet et Moalic sont alternativement servants. Je suis pourvoyeur. Quelques rafales partent par ci par là. C'est assez calme.
Et soudain l'enfer fond sur nous. Les Allemands tirent de toutes leurs pièces des obus de tous calibres, fusants et percutants, arrosant Kerneac'h, Kéraudron, Minven où tout le bétail sera anéanti. Cela dure 4 heures. Nous décrochons et remontons le long des talus vers le poteau vert où se trouve notre cantonnement. La 5ème Cie qui était derrière nous fait comme nous et se met à l'abri. Nous n'avons aucune perte ni aucun blessé. C'est miracle. Mais mon mitrailleur qui marche devant moi fusil à l'épaule déclenche malencontreusement la gâchette de son arme. Une rafale s'ensuit passant à quelques centimètres de ma tête. J'en frémis encore.
Le problème de la subsistance se pose. Henri Serre employé à la Mairie de Beuzec et qui fait partie de notre troupe y pourvoira le premier jour. Ensuite nous nous débrouillerons. Théodore Vidarment se défendra très bien dans son rôle de pourvoyeur de nourriture. Nous sommes plus de 200 à la Cie.
Le lendemain 18, reddition du capitaine Otto commandant de la place. L'artillerie américaine - il y a une batterie juste aux abords de notre cantonnement - et les chars - ils sont 5 ou 6 - recommencent le bombardement de la ville. Vers 18h, des groupes d'habitants commencent à arriver évacuant Concarneau. Dans la soirée un sérieux bombardement allemand a lieu provoquant des incendies en ville. Cattegrain, Rödel, quelques maisons particulières sont en flammes. Nous regardons navrés ce spectacle. Un appui sérieux des chars nous permettrait d'éviter la destruction de la ville dont les allemands semblent avoir décidé le sort.
Louis Moalic a toujours sur le coeur l'histoire de la mitrailleuse lourde. Profitant de l'évacuation de la population, il se glisse en ville, entre au commissariat revolver au poing, se fait remettre l'arme qu'il charge sur un camion rempli d'évacués. Il la camoufle ainsi que les munitions avec des objets divers. Il est accueilli par les F.T.P.F avec stupéfaction et respect. C'est un beau coup. L'arme servira sur le front de Lorient pendant tout le siège. C'est à cette époque que se situe également la fin d'un individu qui faisait une navette constante entre nos lignes et probablement la Kommandantur. Une balle perdue a mis fin à sa carrière.
Le 20 les chars et l'artillerie américains se replient. Les F.T.P.F soucieux d'éviter à la ville un sort tragique amorcent une attaque. Tout le bataillon est dans l'affaire, mais l'artillerie nazie se déchaîne clouant les compagnies au sol. Le repli est ordonné. Des patrouilles seront envoyées ici ou là. Quelques accrochages sans dégâts se produiront.
Charly interprète à la Kommandantur nous harcèlera avec un camion équipé de plaques de blindage et sur lequel est monté un canon à tir rapide. Il arrosera sans répit les talus de Kéraudron, de Kernéac'h et de la Maison Blanche. Au cours de ces incursions, Louis Tudal sera grièvement blessé à la cuisse.
Quatre jours se passent ainsi en escarmouches. Dans la nuit du 24 au 25 de fortes explosions venant de la ville se font entendre. Nous sommes saisis d'angoisse à la pensée que les allemands sont en train de la détruire. Quelques instants plus tard nous subissons un court mais violent bombardement. Puis c'est le silence, à l'aube une patrouille de la 7ème Cie F.T.P.F commandée par le gentil Paul Sabersmann, ukrainien déserteur de l'organisation Todt et audacieux diable, pénètre dans la ville vide de ses habitants. Plus tard nous voyons quelqu'un monter la côte qui mène à nos positions et qui fait de grands gestes des bras. C'est un pompier. Germain Bourdon si je ne m'abuse, mais mes souvenirs sont flous.
Alors c'est la descente en masse sur une route jonchée de débris, les fils à haute tension cisaillés par la mitraille et pendant lamentablement. Nous nous attendions à trouver une ville à moitié en ruines. Apparemment il n'en était rien, mais le port avait souffert.
Nous primes immédiatement notre cantonnement à l'hôtel de la Mer. Le lendemain avec une voiture de notre Cie, je filai vers une destination connue de moi seul.
René Lijour m'accueillis avec un sourire quand je lui annonçai que l'épreuve était terminée et que je venais le chercher. Il avait attendu longtemps ce moment de joie un peu amère car depuis 2 ans il n'avait plus de nouvelles de sa femme Lucie déportée à Ravensbrück. Ce n'est que beaucoup plus tard qu'il aurait l'occasion de serrer dans ses bras celle qui fut si courageuse au moment décisifs.
Quelques jours plus tard Concarneau, sa population retrouvée, arborait un air de fête. Les Libérateurs de la ville allaient recevoir un hommage mérité. En défilant avec les camarades de la 7ème Cie F.T.P.F sous les acclamations de la foule en délire, mes pensées allaient à mes camarades de combats, qui levés avant le jour nous avaient montré le chemin de la lutte et l'exemple du sacrifice. Grâce à eux nous connaissions enfin des heures de joie.
Alphonse Duot
ancien responsable du Front National
Adjt au commandant de la 7ème Cie F.T.P.F
Venise Gosnat fut un des responsables du Parti Communiste, et fut probablement un des acteurs de la relation avec le Komintern. Pendant la guerre, il est inter-régional du PCF clandestin en Bretagne. Il fut longtemps adjoint de l’emblématique maire communiste d’Ivry sur Seine, Georges Maranne, qui fut le premier magistrat de la ville de 1925 à 1965 (à l’exception de la période de la guerre)
Octobre 1975, à Concarneau
Le dimanche 12 octobre prochain, à partir de 10 heures au Centre des Arts et de la Culture de Concarneau, Georges Gosnat, membre du comité Central du Parti Communiste Français, député d'Ivry-Vitry sera à Concarneau pour présider une Exposition-Vente de livres sur la Résistance.
Georges Gosnat est le fils de VENISE GOSNAT, l'un des principaux dirigeants communistes clandestins en Bretagne pendant l'occupation. A ce poste, où plusieurs d'entre nous 'ont connu en ces années difficiles, il fallait tenir haut et ferme le drapeau du Parti à la tête de la lutte pour la libération de la France, pour reconquérir l'Indépendance Nationale.
Un livre de Jean Chaumeil exalte la vie de Venise Gosnat, forgeron, adjoint au maire d'Ivry, le "Vieux Georges" pendant l'Occupation.
Nous appelons les jeunes, les hommes et les femmes de l'agglomération concarnoise et du Finistère-Sud à assister à la réception avec Georges Gosnat, lui-même résistant, membre communiste des gouvernements d'Union pour l'Indépendance de la France qui suivirent la Libération jusqu'en mai 1947. Notre camarade signera le livre à la mémoire de son père et d'autres livres de souvenirs et d'histoire sur la Résistance.
Il est bien que Concarneau organise cette manifestation car cette ville a payé un lourd tribu au combat libérateur:
- le 1er fusillé de Bretagne, François Péron de Penmarc'h est tombé dès 1940 dans le bois de Keriolet
- Onze fusillés, deux massacrés, onze morts en déportation, huit résistants tués au combat, parmi lesquels le Maire communiste et conseiller général de Concarneau, le secrétaire de section du Parti, plusieurs jeunes communistes
- Cinquante-et-un tués à la guerre parmi lesquels le conseiller d'arrondissement communiste.
Concarneau et le Sud-Finistère se souviennent!
Répondez nombreux à cette invitation: venez à Concarneau le 12 octobre.
Signataires:
- Guillaume Bodéré, de Léchiagat
- Yves Bodigou, de Pont-L'Abbé
- Yves Cotty, de Moëlan-sur-Mer, dirigeant clandestin du P.C.F, déporté à Buchenwald de 1943 à 1945
- Yves Faou, de Châteaulin
- Robert Jan, F.T.P, membre du Comité Local de Libération, Conseiller général et conseiller municipal de Concarneau
- Jean-Désiré Larnicol, de Léchiagat, dirigeant clandestin du P.C.F, interné de la Résistance
- Jean Le Berre, dirigeant du PCF dans la clandestinité
- Jean Le Brun, déporté, maire du Guilvinec
- Théo Le Coze, de Quimper, né à Concarneau, dirigeant clandestin du PCF dans les Côtes-du-Nord
- Joseph Le Dantec, membre des JC avant-guerre et dans la clandestinité, F.T.P
- Paul Le Gall, F.T.P, membre du Comité Central du P.C.F, secrétaire de la Fédération du Finistère-Sud
- Michel Le Goff, de Trégunc, militant clandestin du P.C.F, F.T.P
- Louis Le Quillec, de Concarneau, Président du Comité de Libération de La Feuillée, beau-frère de Jean Garnier, communiste fusillé en Ille-et-Vilaine
- Pierre Le Rose, dirigeant du P.C.F et des J.C en 1943-1944, F.T.P, membre du comité départemental de Libération
- Christophe Poulichet, de Scaër, maire et Conseiller Général
- Pierre Salaün, de Scaër, interné à Châteaubriant et Vanves
- Daniel Trellu, de Bénodet, lieutenant-colonel Chevalier dans les F.T.P
Archives Pierre Le Rose/ PCF 29
Alain Le Moigne et Jean-Paul Sénéchal, du collectif d'historiens auteurs de « C'était 1936, le Front populaire vu de Bretagne » (336 pages, 20 €). Jean-Paul Sénéchal, syndicaliste chercheur, écrit aussi actuellement son propre livre sur le Front populaire dans le Finistère. Il paraîtra aux Presses universitaires de Rennes au printemps.
Publié le 16 décembre 2016
Et la table des matières du livre, envoyée par Jean-Paul Sénéchal, qui donne toute la mesure de la richesse de contenu de ce livre d'histoire à offrir pendant les fêtes:
Introduction : Pourquoi le Front populaire en 2016 ?
Par Erwan Le Gall et François Prigent . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 9
Espaces . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 12
Le Front Populaire en Bretagne, une mise en perspective
Par Christian Bougeard . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 18
Front contre blocs : Luttes hégémoniques dans le Finistère au moment du Front populaire
Par Jean-Paul Sénéchal . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 56
Le Morbihan contre le Front Populaire ?
Par Yves-Marie Evanno . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 78
Conflits . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 102
Les luttes sociales sur la côte d’Emeraude au temps du Front populaire
Par Daniel Bouffort . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 108
Un mai de combat ! La presse socialiste en Bretagne et le moment 1936
Par Alban Bargain-Villéger . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .132
La grève du 30 novembre 1938 à Brest ou la fin des illusions
Par Alain Le Moigne . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 152
Le lin de colère au pays de Saint Yves. Les luttes sociales dans les teillages de lin du Trégor (octobre 1936-mars 1937)
Par Alain Prigent . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .176
Milieux . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 202
Les luttes antifascistes dans les Côtes-du-Nord (1932-1936). A la recherche de l’unité, mouvement Amsterdam-Pleyel et comités paysans
Par François Prigent . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 206
Bretagne et congés payés. 1936, l’invention d’un nouveau marché touristique ?
Par Johan Vincent . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 236
Unis comme au Front (populaire) ? Les anciens combattants d’Ille-et-Vilaine et le scrutin du printemps 1936
Par Erwan Le Gall . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 256
Les Bretons de Saint-Denis : acteurs du Front populaire contre Jacques Doriot
Par Thomas Perrono . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .286
Conclusion : Nouvelles perspectives pour le moment 1936
Par Erwan Le Gall et François Prigent . . . . . . . . . . . . . . . . . 309
Orientations bibliographiques . . . . . . . . . . . . . . . . 325
Publié le 16 décembre - Sophie Prévost, Le Télégramme
Ses amis le surnomment « Popeye ». Du Trégorois, il a l'accent, la casquette et même la langue. « Je parle mieux breton que ma femme Simone, qui est pourtant née ici ! », s'amuse volontiers le vieux monsieur. Esteban Murla vit à Plougasnou. Bien loin du village de San Esteban de Bas, où il est né, il y a quatre-vingt-deux ans, en Espagne. À plus de 1.000 kilomètres du Finistère. Comme ces réfugiés syriens arrivés en novembre au Cloître-Saint-Thégonnec, rien ne le prédisposait à mettre le cap à l'Ouest, un beau jour de 1939. Si ce n'est la guerre civile espagnole (démarrée quelques mois plus tôt et qui se terminera en 1941, NDLR), la peur du général Franco et un mouvement de fuite qui a largement dépassé l'enfant de quatre ans qu'il était à l'époque.
« Nous sommes arrivés pendant l'été 1939 à Morlaix, avec ma maman Dolorès et sept de mes frères et soeurs. On a voyagé en train depuis la frontière espagnole. C'était quasi le terminus. Mon papa, Luis, n'était pas avec nous. Il avait été fait prisonnier par les Franquistes, on n'avait plus de ses nouvelles. Il travaillait la terre, était maire de son village et s'était rangé du côté des Républicains. Une autre de mes soeurs, Henriette, a préféré rester avec sa marraine en Espagne. Elle y vit toujours aujourd'hui. Nous sommes les deux seuls survivants de la fratrie ». Arrivés dans la Cité du viaduc, aux côtés de 250 autres familles espagnoles, les Murla seront d'abord accueillis et secondés par les Jeunesses communistes, à la Maison du peuple. Avant d'être orientés vers la colonie EDF, à Plougasnou. « Je ne me souviens évidemment plus de tous les détails, j'étais trop jeune. Mais mes parents nous en ont souvent reparlé ensuite », raconte Esteban. Ce dont il se rappelle, c'est qu'ils n'avaient rien sur le dos. « Quand on a débarqué d'Espagne, on était tout nus ! Tous les gens ont été très gentils avec nous. À Plougasnou, on vivait tous dans la même pièce. Des habitants nous ont apporté des vêtements et de la nourriture ».
Toujours sans nouvelles du papa, la mère de famille Dolorès et ses enfants (alors âgés de quatre mois à 10 ans) s'installera ensuite dans une vieille maison, quartier de Kerenot. Jusqu'au retour de Luis en 1942. « C'est le député de l'époque, le Saint-Jeannais Jean-Marie Masson, qui a remué ciel et terre pour le localiser. Mon futur beau-père s'était échappé d'un camp et travaillait comme saisonnier dans le sud de la France », raconte à son tour Simone Murla, 75 ans. Luis et Dolorès Murla referont alors leur vie en Bretagne. « On allait pêcher les coques et les bigorneaux au Diben. On a dû travailler dur pour s'en sortir. Mes grands frères sont d'abord partis en Normandie, enrôlés pour le Service du travail obligatoire (STO), en 1943. Moi, il a fallu que je quitte l'école à dix ans. C'était ça, ou on n'aurait pas à manger, nous disait mon père ».
Comme ses frères et soeurs arrivés dans le Finistère, Esteban a fait sa vie en Bretagne. « On s'est tous mariés ici, on a eu des enfants ici, on a travaillé ici ». Pour Simone, épousée il y a 56 ans, « Esteban est aujourd'hui tout aussi français que moi ». Sa naturalisation, le Plouganiste devenu maçon l'a obtenue à Guingamp, en 1968. L'Espagne, il ne la reverra d'ailleurs que très tard. « C'était en 2001, après la retraite de ma femme. J'ai été ému que l'on me parle de ma famille, mais je me suis senti à l'étranger », témoigne l'octogénaire.
Ses parents, Luis et Dolorès, sont décédés à Plougasnou en 1972 et 1976. « Ils n'ont, eux, jamais remis un pied là-bas. Ils avaient trop peur de Franco, vous savez... ». Esteban et Simone Murla sont retournés quatre fois en Catalogne. Une fois par mois, Esteban, qui n'a appris l'espagnol à aucun de ses quatre enfants, s'assied à côté de ses orchidées. Il appelle sa soeur restée en Espagne au téléphone. C'est le seul moment où sa langue natale lui revient. « Et à chaque fois, il pleure », termine Simone.
Hervé Cloarec est décédé la semaine dernière à 96 ans. C'était un ancien résistant FTP dans le centre-Finistère. Yves Mazo lui a rendu un hommage qui nous a été transmis en revenant sur les faits d'armes d'Hervé Cloarec dans la résistance:
Hervé CLOAREC est né le 1 avril 1921 à Plonévez- du-Faou. Habitant au lieu-dit « St Herbot » entre Loqueffret et Plonévez-du-Faou, il a reçut une convocation pour partir en Allemagne (STO). Ayant entendu l’appel du Général de Gaulle, le 18 juin 1940, il n’avait d’autres choix que de rentrer dans la clandestinité avec d’autres jeunes de sa connaissance. Des réunions se tenaient près de chez lui dans la forêt de Rusquec et deux personnes, déjà engagées dans la compagnie FTPF Bir-Hakeim, lui ont donné la marche à suivre. Il avait 22 ans.
Son parcours de clandestin a débuté à ce moment ; être disponible 24 heures sur 24, être discret pour ne pas attirer l’attention des allemands, de la milice ou des collaborateurs. Il a participé, alors qu’il n’avait comme arme qu’un pistolet non chargé de la 1ère guerre 14-18, a des sabotages de pylônes électriques alimentant le lieu de chargement des batteries des sous-marins allemands dans la centrale voisine. Cette usine hydro-électrique se trouvait sur la commune de Locquéfret au lieu-dit « Cascade de St Herbot », rivière Ellez.
La solidarité paysanne permettait aux maquisards de se nourrir. Leurs déplacements en vélo par équipe de quatre leur assuraient une relative autonomie lors des missions de repérage, de sabotages. Mais un jour, le 2 juillet 44, ils ont été surpris par des militaires allemands. Un seul d’entre-eux portait une arme : un pistolet. Il a été immédiatement abattu. Le groupe a été conduit à la Kommandantur de Châteaulin pour être interrogé. Ils ont connu les sinistres méthodes d’interrogatoire. Hervé en a gardé des séquelles encore aujourd’hui mais aucun d’eux n’a parlé.
Hervé a été condamné à mort ; sa famille a été contactée pour que lui soit apporté des vêtements propres. La saleté, le sang collaient aux plaies et il a été difficile d’arracher ses effets souillés. Il a connu la prison St Charles où les prisonniers étaient enfermés très à l’étroit, à six par cellule. Les coups de matraques pleuvaient sans raison lorsqu’ils faisaient appel aux geôliers. La Croix-Rouge l’a sauvé en le retirant d’un service hospitalier où il était soigné pour des graves complications. Il a pu retrouver les siens à la ferme et reprendre une vie normale.
Dix jours après, il reprenait les armes pour libérer la poche de Lorient où allemands et américains se combattaient férocement. Les régiments de maquisards participaient à cette offensive avec l’armement fourni par l’armée américaine.
Les allemands ont capitulé ; Hervé et ses camarades ont continué les combats de libération de la Bretagne. Sa participation a été homologuée de juillet 43 à fin août 44. Il a été renvoyé dans ses foyers en octobre 44.
« J’ai ensuite rejoint Paris pour travailler dans les transports ».
La Légion d’Honneur lui a été remise en avril 2015, soixante dix ans plus tard.
Hervé a gardé des contacts étroits avec ses camarades de la Résistance et ils pouvaient ainsi évoquer leurs camarades disparus. Certains résistants ont pu délivrer le message du Conseil National de la Résistance à la jeunesse, invités par les enseignants lors de la préparation du Concours Départemental de la Déportation et de la Résistance.
Yves Mazo
Voir aussi cet article du Télégramme daté du 7 mai 2015 (édition Châteaulin) avec une interview d'Hervé Cloarec:
Résistance. Hervé Cloarec se souvient
Résistant durant la Seconde Guerre mondiale dans le secteur de Châteaulin, Hervé Cloarec sera élevé au grade de Chevalier de la Légion d'honneur, demain, à Brest. Installé à Guipavas depuis 1970, il est retraité du transport. À 94 ans, l'homme fait preuve d'une lucidité étonnante et d'une modestie qui force le respect.
Comment êtes-vous entré en résistance ?
À l'époque, je vivais avec un de mes trois frères chez mes parents, à Saint-Herbot, près de Plonévez-du-Faou. J'étais célibataire, je travaillais à la ferme familiale après avoir passé le Certificat d'études. La France étant occupée, j'avais reçu une convocation pour partir en Allemagne, à Dresde, pour travailler en usine. Je ne souhaitais pas y aller mais plutôt répondre à l'appel du Général De Gaulle. De bouche à oreille, il se disait qu'il y avait des réunions dans la forêt de Rusquec, à Loqueffret. C'est là que j'ai rencontré deux personnes qui faisaient partie de la Compagnie « Bir Hakeim ». Elles m'ont donné la marche à suivre et demandé d'être disponible 24 heures sur 24. Plusieurs autres jeunes du coin ont rejoint le maquis et ont intégré cette compagnie.
Comment ça se déroulait ?
Nous n'avions aucune notion de combat et n'étions pas armés. Je possédais un pistolet 6.35 que mon père avait gardé de la guerre 14-18, mais il n'était pas chargé. Parfois, nous récupérions du matériel caché dans une maison abandonnée. Ce matériel servait par exemple à détruire des pylônes électriques qui alimentaient les lieux de chargement des batteries des sous-marins allemands. Nous nous déplacions à vélo et en équipes de quatre. En parallèle, la vie suivait son cours, nous ne manquions pas de nourriture à la ferme, organisions des fêtes, des bals, des bons gueuletons...
Avez-vous des souvenirs de répression, d'arrestation ?
Un jour, alors que nous étions en mission, un groupe d'Allemands nous a surpris et immédiatement menacé avec leurs fusils. Je pense que ce jour-là, j'ai « vu la mort avant d'être vivant ». D'ailleurs, les Allemands ont rafalé et un de mes camarades, qui avait sorti son arme, a été abattu sur le champ alors que nous étions contre un talus. Il s'est effondré dans mes bras... Moi et mes deux camarades sentions que notre dernière heure arrivait. Les Allemands se sont mis à parlementer et ont finalement décidé de nous emmener, menottés, à la Kommandantur de Châteaulin pour nous interroger.
Quelles étaient les conditions d'incarcération ?
À Châteaulin, on nous a fait descendre dans une cave et nous sommes restés longtemps dans le noir sur des lits en fer, une main et un pied attachés. Ensuite est venu le moment des interrogatoires et forcément des tortures car nous ne parlions pas. Dans une autre salle, on nous assénait des coups de matraque ou des coups de marteaux sur les doigts. J'en ai encore des séquelles. On a tenté de m'arracher un ongle, en vain.
Comment s'est déroulée votre libération ?
J'ai été condamné à mort. Ma famille a été contactée afin que des chemises propres me soient apportées. C'est ma belle-soeur Anna Crenn (toujours en vie et qui habite Concarneau) qui est venue. Il a été très difficile d'ôter mes effets qui étaient collés à ma peau par le mélange de saleté et de sang. Je lui en serai toujours reconnaissant... J'ai ensuite été conduit à la prison Saint-Charles de Quimper. Nous étions six dans une cellule pour quatre. Au milieu de la pièce, un seau servait aux occupants, vous devinez pourquoi... Quand j'étais chargé de le vider, je me souviens encore des coups de matraque. Quelques jours plus tard, j'ai été transféré à l'hôpital Laennec où j'ai eu la chance que la Croix-Rouge me trouve et me libère. On m'a amené à Briec dans une école puis j'ai refait un séjour à l'hôpital avant de pouvoir rentrer chez moi. Dix jours plus tard je repartais en mission ! Il s'agissait cette fois-ci de participer à la libération de la poche de Crozon. Nous n'étions pas toujours au courant de ce qu'il se passait jusqu'à la capitulation des Allemands et leur retrait. Il faut vous dire que nous étions tout de même à part dans notre campagne !
70 ans plus tard, la Légion d'honneur, ça représente quelque chose ?
Avant qu'on me contacte pour cette cérémonie, je ne pensais plus à ça franchement... Il est bien tard je trouve, mais j'y vois tout de même un signe de reconnaissance et je réponds volontiers à qui veut entendre.
© Le Télégrammehttp://www.letelegramme.fr/finistere/chateaulin/resistance-herve-cloarec-se-souvient-07-05-2015-10620086.php#qP8YVzZEiVsfk083.99
A partir de 1930, Maurice Thorez devient secrétaire général du Parti Communiste. Cachin défend avec lui la ligne du Front Unique, du Front Populaire contre les forces de la bourgeoisie et le fascisme montant. A cette époque, les communistes étaient « unitaires pour deux » (Maurice Thorez), L'Humanité, avec une diffusion de 430 000 exemplaires, était le journal politique le plus lu en France.
L'Humanité est supprimée par le gouvernement Daladier en 1939 suite au pacte de non agression germano-soviétique. Gabriel Péri, chef de la rubrique de politique étrangère à l'Humanité, est fusillé en décembre 1941.
Albert Rannou, résistant communiste, originaire de Guimiliau, fusillé au Mont-Valérien le 17 septembre 1943
Albert Rannou ancien lieutenant des brigades internationales en Espagne, a été fusillé au Mont-Valérien le 17 septembre 1943 en même temps que 18 autres communistes brestois ou résidant à Brest: Lucien Argouach, Albert Abalain, André Berger, Louis Departout, Yves Guilloux, originaire des Côtes-du-Nord, Eugène Lafleur, venu de Paris, Louis Le Bail, Paul Le Gent, Paul Monot, Henri Moreau, Jean-Louis Primas, un ancien des Brigades Internationales en Espagne, Jean Quintric, Albert Rolland, Etienne Rolland, Joseph Ropars, Jean Teuroc, Charles Vuillemin, et Louis Leguen
(Georges-Michel Thomas et Alain Le Grand, Le Finistère dans la guerre 1939-1945, éditions de la Cité, 1979)
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Autre source d'information:
Albert Rannou. Né le 5 mars 1914 à Guimiliau (Finistère), fusillé le 17 septembre 1943 au Mont-Valérien, commune de Suresnes (Seine, Hauts-de-Seine) ; ouvrier maçon ; volontaire en Espagne républicaine ; résistant au sein des FTPF.
Fils de Jean Rannou, maçon, et de Marie-Anne Coat, couturière, Albert Rannou, ouvrier maçon, adhéra au Parti communiste en 1935. L’année suivante, il devint membre du comité de section à Brest (Finistère). Volontaire dans les Brigades internationales en Espagne, il y devint lieutenant du génie et fut grièvement blessé.
Dans la Résistance, il fut chef de groupe communiste, puis de l’Organisation spéciale (OS) et enfin d’un groupe de Francs-tireurs et partisans (FTP). Il se chargea de transports d’armes et participa à certaines actions, comme l’attentat contre la Kommandantur de Brest et celui contre la station électrique de l’Arsenal de Brest*.
Il fut arrêté le 2 octobre 1942, interné à la prison Jacques-Cartier de Rennes (Ille-et-Vilaine), transféré à la prison de Fresnes (Seine, Val-de-Marne) et condamné à mort par le tribunal allemand du Gross Paris, qui siégeait rue Boissy-d’Anglas (VIIIe arr.), le 28 août 1943.
Les Allemands le fusillèrent le 17 septembre 1943, au Mont-Valérien.
Source : notes d'Eugène Kerbaul (le Maitron Dictionnaire biographique Fusillés, Guillotinés, Exécutés, Massacrés 1940-1944)
Une des correspondantes du "Chiffon Rouge", Anne Friant, présidente de l'ANACR 29, nous prévient que son père, Jacob Mendrès, a aussi participé à un sabotage sur la base sous-marine de Brest, probablement le 8 mai 1942.
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Avertissement
C'est Jacques Guivarch, ancien adhérent du PCF comme son père Jean, tous les deux tour à tour anciens commerçants à Saint-Martin des Champs à la marbrerie Guivarch de la barrière de Brest, qui a fait lire et confié à Alain David et à Ismaël Dupont, ces doubles de lettres de résistants condamnés à mort qui se trouvaient dans une commode de son père, ancien résistant du maquis de Morlaix, militant communiste, raflé dans un premier temps le 26 décembre 1943 à Morlaix avant d'être relâché (il cachait des tracts de la résistance sous le landau de Jacques Guivarch, qui avait quelques semaines à l'époque), ce dernier les ayant peut-être reçu de la famille de ces résistants condamnés à mort ou par un autre canal. Etaient-ils des connaissances? Des amis? Ou étaient-ce les parents de Jacques Rannou qui ont voulu confier ces lettres à un militant communiste et un ancien résistant?
Il y a dans le lot de 30 pages photocopiées les copies des dernières lettres de deux autres résistants condamnés à mort dont l'exécution a eu lieu en même temps que celle d'Albert Rannou, le 17 septembre 1943.
Les lettres originales d'Albert Rannou, s'étalant sur 6 mois du 20 mars 1943 au 17 septembre 1943, ont été remises il y a sept ans au frère d'Albert Rannou.
Il faut les lire dans leur intégralité, car au delà de l'apparente trivialité de certaines lettres et du caractère bouleversant et pleins de hauteur tragique de plusieurs autres, et notamment de la lettre écrite le jour de l'exécution, elles livrent beaucoup du quotidien des résistants prisonniers et de leurs préoccupations, ainsi que de l'état d'esprit, des informations et des espoirs d'un résistant arrêté en 1943.
Elles témoignent aussi d'une foi inébranlable dans les idéaux communistes et en la victoire prochaine.
Ces lettres sont présentées dans l'ordre chronologique. Les fautes d'orthographe les plus évidentes ont été corrigées par souci de compréhension. Certains passages sont peu lisibles et dans ce cas indiqués comme tels.
Georges-Michel Thomas et Alain Le Grand, Le Finistère dans la guerre 1939-1945, éditions de la Cité, 1979 - p.309. Commentaires de Jean-Claude Cariou sur Charles de Bortoli, photo en haut à gauche: Charles (Carlo) de Bortoli était un communiste italien venu se réfugier à Brest pour fuir le fascisme de Mussolini: le lieu de son exécution en Août 1943, qui n'est pas indiqué sous la photo, contrairement aux autres. C'est à Paris, mais pas au mont Valérien (en fait à Montrouge) comme la plupart des Résistants fusillés dans la capitale. Charles de Bortoli a été fusillé au stand de tir de l'armée de l'air (de l'époque) à Baltard , dans le XV ème arrondissement, à la limite de la ville d'Issy- les- Moulineaux, au sud de Paris. Le site a été détruit au moment de la construction du périph- 'dans les années 60 ' - mais il existe toujours un bâtiment militaire, avec une plaque indiquant les noms des 143 Résistants fusillés là. La caserne de Baltard était un repaire de la Gestapo, avec un centre de tortures, en plus du lieu d'exécutions.
Fais en Prison de Rennes le 20 mars 1943
Bien chers Parents,
Je suis bien content d'avoir eu du papier à lettres ce matin pour pouvoir vous donner de mes nouvelles qui sont toujours pour le mieux. Je m'habitue peu à peu à une vie de prisonnier. Si ce n'était l'insuffisance de nourriture et le manque de tabac, on arriverait peut-être à s'y faire à la longue. J'ai reçu une lettre du 3 Février de Papa et 2 de maman du 15 Février et du 15 Mars, avec plaisir de vous savoir toujours en bonne santé. Mais je suis peiné de voir que vous vous faites du mauvais sang à mon égard. Il n'est point besoin de vous en faire pour moi, on n'est pas si malheureux que vous le supposez ici, on est bien couché. C'est déjà une bonne chose. Là il aurait fait froid autrement et je n'ai pas à me plaindre des gardiens, qui sont corrects envers nous. Ce matin, je suis bien heureux, car à partir d'aujourd'hui on peut m'envoyer des colis. Je ne sais toujours pas jusqu'à quel poids ni rien, mais la Croix Rouge vous l'a peut-être expliqué. Envoyez moi un peu de savon ainsi qu'un peigne et surtout à manger si vous trouvez quelque chose de nourrissant avec, tel que beurre ou fromage car on manque surtout de matière grasse. Crêpes, biscuit ou même du pain. Je ne crois pas avoir le droit à mon tabac. Mettez-moi un peu quand même, on verra bien. Je vous le dirai car j'aurai sans doute le droit de vous écrire toutes les semaines maintenant. Maman pourrait peut-être me faire une autre paire de chaussons car ceux-ci commencent à s'user. C'est embêtant de ne pas avoir de nouvelles de Yfic non plus ni de sa femme. Quand vous en aurez, ça sera peut-être pour vous annoncer que vous êtres grand-père et grande mère. Moi ça ne me déplairait pas que l'on m'appelle "tonton" un jour aussi, vous ne pouvez pas vous imaginer combien j'ai le loisir de penser à vous tous ici. J'ignorais l'affectueux sentiment dont était doué le coeur d'un homme vis-à-vis de ses proches mais seul tout le temps, on a que ça à faire du matin au soir. Revoir en pensée les êtres qui nous sont chers en attendant d'être parmi eux un jour. Je termine en vous embrassant de loin.
Votre fils Albert.
***
Fais à la Prison de Rennes le 27 Mars 1943
Chers Parents,
Depuis bientôt trois semaines, je n'ai pas eu de vos nouvelles, mais je pense que la santé est bonne. Quand à moi, ça va aussi, surtout maintenant que je puis vous écrire. Je vous sais plus heureux. J'espère au moins que vous avez reçu ma lettre de samedi dernier vous annonçant que j'ai le droit de recevoir des colis. Avec quelle joie il sera reçu ce premier paquet. Double joie, d'abord la joie d'avoir quelque chose de vous, et ensuite, de pouvoir se mettre un peu plus sous la dent (illisible)... Si malgré ces temps de restriction, vous pouvez trouver encore de quoi m'envoyer tant soit peu, toutefois sans vous priver, je crois que de votre vie, il y a le temps pour m'écrire, ce n'est pas un reproche que je vous fais, loin de moi, parce que je sais ce que c'est, loin de moi, (illisible) mais seul, ici on s'ennuie, à défaut de nouveau, c'est qu'il ne doit rien avoir de sensationnel à raconter de Guimiliau... (illisible). J'ajoute que vous m'envoyez un peigne et du savon, et à maman de bien vouloir me préparer une paire de chausson. Car dans la cellule ici, je les use beaucoup ne mettant mes sabots que pour le quart d'heure de promenade dans la cour. En attendant de vous lire je finis cette missive en vous embrassant bien affectueusement tous les deux et en pensant à mon frère Yves et à Marie-Louise (je crois que c'est ça le prénom de sa femme). Bien le bonjour à toute la famille par ailleurs, et dites leurs que je ne les oublie pas.
Donc sur ceux je vous quitte. Votre fils Albert.
***
Fais à la Prison de Rennes, le 3 Avril 1943
Mes Chers Parents
Aujourd'hui je suis transporté d'allégresse, tous les bonheurs m'arrivent à la fois. Je viens de recevoir la lettre de Papa avec le message de mon frère et de ma belle-soeur. Jugez comme je suis heureux à présent de vous savoir tranquillisé sur leur sort. J'ai reçu la lettre de Maman aussi mardi datée du 18 mars (j'espère que vous recevrez la mienne toutes les semaines également) avec ça jeudi matin j'ai eu le plaisir de recevoir votre premier colis; comment (illisible) et le lard qu'est-ce qu'il est bon (illisible) poisson d'avril, c'était bien réussi. Et hier au soir, quand j'ai vu le gardien rentrer dans ma cellule avec un paquet, je n'en croyais pas mes yeux, quand je l'ai vu déballonner tout ça devant moi je me demandais si je ne rêvais pas. Aussi quand le soldat fut sorti, j'en pleurai de joie. Je me demandais par quoi commencer. Enfin j'ai mangé le pain avec du lard et des oeufs et bien entamé la crêpe avec le beurre (illisible) qui est toujours délicieux. Pour finir, une bonne pipe de tabac frais la dessus, rien de tel pour vous remonter un bonhomme. Aussi je vois qu'il est possible d'être heureux même en prison; quand on est choyé par les siens, comme je suis, et surtout d'avoir reçu des nouvelles d'Yfic; je n'ai plus d'inquiétude de ce côté là. J'ai assez de savon et de mouchoir comme ça, merci pour les chaussons et le peigne aussi car l'autre n'a plus que 3 dents. J'ai le droit de recevoir tout ce que je veux ici donc s'il est possible, et sans vous priver, profitez-en de m'envoyer car après on ne sait jamais si on pourra recevoir quelque chose, au premier mettez-moi une boîte d'allumette et un carnet de feuille et à chaque fois des journaux récents, car je ne sais absolument rien du dehors ici. J'ai droit au pinard aussi, mais ça je n'ai pas besoin, d'ailleurs j'ai une chopine le jeudi et le dimanche de la cantine en payant. J'ai même un quart de café tous les matins et une tranche de pâté et de la confiture le dimanche avec l'argent que j'ai en dépôt ici, la prochaine fois je vous retracerai mon emploi du temps quotidien en prison. Je comprends combien vous avez dû être malheureux avec tout ça depuis six mois, mais j'espère que le plus dur soit passé pour moi. J'ai le bon moral et je pense qu'il en est de même avec vous. Je termine ma lettre en vous embrassant de tout coeur. Votre fils Albert (dites-moi si vous recevez mes lettres).
***
Fais à la Prison de Rennes, le 10 Avril 1943
Bien chers Parents
Encore huit jours de passés depuis que je vous ai écrit. La santé est toujours bonne, et j'espère qu'il en est de même avec vous, depuis lundi on m'a mis avec d'autres camarades, dans une plus grande cellule. Je m'ennuie moins à présent après avoir passé 65 jours tout seul, c'est drôle de pouvoir causer avec quelqu'un, avec ça j'avais juste fini mes colis, mais mes copains venaient d'en recevoir et en ont eu encore depuis, donc j'ai pu manger à ma faim à peu près depuis le (illisible) de ce mois, je regrette de ne pas vous avoir dit plus tôt de m'envoyer des pommes de terre cuites dans les colis, comme ça vous auriez pu m'envoyer davantage, il est vrai que le transport aussi doit être assez cher, mais quelques livres de patates en plus par semaine feraient du bien. J'espère recevoir quelque chose de vous sous peu. J'aurai le plaisir de pouvoir partager avec mes collègues de cellule à mon tour. Autrement, voici ce qu'on a ici: à peine un quart de jus avec la cantine et la ration de pain de la journée (350 grammes environ) qui est avalée tout de suite naturellement, après on a 1/4 d'heure de promenade dans une petite cour. Entre 9 heure et 10 heure la soupe, deux louches (d'un quart environ) de bouillon et de légumes. Carottes (illisible) avec des rutas et des navets. Après ça (illisible)... en supplément le soir, à 4 heures repas du soir, une louchée de bouillon ainsi qu'une louchée de patates, haricots ou pois cassés, sauf le dimanche où c'est nouille et un morceau de viande, donc vous voyez que quand il n'y avait rien à ajouter à ces plats cétait maigre. Heureusement qu'on peut recevoir des colis maintenant, ça relève drôlement. En attendant de vous lire et de recevoir quelque chose de votre part, je finis ma lettre en vous embrassant de loin. Votre fils qui ne cesse de penser à vous ainsi qu'à mon frère et belle-soeur. Albert.
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Fais à la prison de Rennes, le 24 avril 1943
Mes Chers Parents
Je n'ai plus le droit de vous écrire que tous second samedi, donc vous devez sans doute attendre cette lettre depuis un moment. La santé est toujours bonne. J'ai eu un abcès à une dent au début de la semaine mais c'est guéri à présent. J'ai eu deux lettres de maman du 5 et du 12 avril, heureux de savoir que vous allez bien. J'ai également reçu un colis il y a 15 jours et un autre dimanche matin. Je devais écrire avec Jo Ropars mais depuis une huitaine on ne peut plus se voir, ils ne nous envoient plus ensemble à la promenade. J'espère que vous êtes en bonne santé mais que vous devez attendre impatiemment la fin de la guerre. Yfic et Marie-Louise doivent aussi avoir hâte à la victoire. Tout va bien pour le moment nous avions appris hier que Orel est pris par les Russes et que Palerme en Sicile par les Alliés (nouvelle de la radio). Si les anglo-saxons mettent un peu du leur les Allemands auront chaud cette année, n'importe comment. Je ne crois pas qu'ils passeront un autre hiver en Russie. Nous avons l'espoir d'être bientôt délivrés, à côté de nous il y a un gars de St Eutrope qui est condamné à mort depuis le mois d'avril. Mais il paraît qu'ils ne fusillent plus. Pourvu que ça soit vrai car autrement, si on est jugé, je ne me fais pas d'illusions. Aujourd'hui, c'est l'anniversaire de mes 2 blessures où j'ai échappé à la mort. J'ai confiance d'échapper encore cette fois-ci. Sur une autre lettre, je vous ai demandé de m'expédier mes souliers bas et 100 ou 200 F car on dépense une moyenne de 100 F par mois pour la cantine. On a du café, du vin et de la charcuterie le dimanche. Comment que les crêpes sont appréciées par les copains et par moi-même. C'est à savoir lequel qui reçoit les meilleures choses, sitôt qu'un paquet nous arrive on le met sur la table et c'est moi qui est désigné pour faire les distributions entre nous six à mesure de nos besoins. Depuis le 1er avril, je peu dire que j'ai mangé à ma faim, on a tous repris un peu de graisses. J'aurais bien voulu pouvoir écrire à ses beaux parents à Yfic, vous n'avez qu'à leur souhaiter le bonjour de ma part, ainsi qu'à toute la famille et surtout aux cousins André, Henri, Thérèse et Célestin. Je finis ma lettre en vous embrassant de loin. Votre fils qui ne cesse de penser à vous ainsi qu'à mon frère et belle-sœur.
Albert.
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Fais à la prison de Rennes le 6 juin 1943,
Chers Papa et Maman
J'espère que cette lettre vous parviendra sans tarder. J'ai eu une occasion pour vous écrire sans passer par la censure. Je ne sais pas si vous avez reçu mes lettres (bi mensuelles). Car depuis le 5 mai je n'ai pas eu de vos nouvelles. Les copains n'en reçoivent pas non plus. Je pense qu'elles doivent être jetées au panier. Ma santé est toujours excellente. Je souhaite qu'il en est de même avec vous. Nous attendons toujours le jugement. Certains disent qu'il aura lieu à Paris et d'autres parlent qu'il aura lieu dans peu de temps à Rennes. Enfin, rien ne presse pour ce qu'on a à en tirer, de l'instruction. J'ai demandé à l'inspecteur allemand quelle serait ma peine. Il m'a dit que je pouvais espérer mais que la loi est dure. On cause aussi de nous envoyer dans un camp de travaux en Allemagne. Mais je prends ça pour un calmant qu'on donne à un malade sur le point de calancher. Quand j'ai fait mon boulot, je savais à chaque fois à quoi je m'exposais, et maintenant j'attends stoïque qu'on décide de mon sort. Les premiers camarades arrêtés ont été cravaché sur tout le corps, leurs fesses étaient rendu comme du pâté de foie par la police française au service de l'ennemi (c'est joli ça). Par ça ils ont dû avouer. Ce qui m'a fait arrêter, ainsi que beaucoup d'autres. Mais il y a des mouchards aussi dans la bande. Raoul D. de Landerneau qui doit être en liberté maintenant et René R.* de St Marc le frère à Gabi. De mauvais communistes quoi mais ils payeront tôt ou tard, ainsi que les policiers collaborateurs et vichyssois. Nous sommes ici 45 de Brest avec les 5 femmes, donc certains ont déjà été jugés par les Français, mais qui doivent encore l'être par un tribunal Allemand. La moitié d'entre nous risquons le grand paquet. Le pire, c'est qu'il y a beaucoup de mariés et de pères de famille. Pour moi, si ça m'arrive j'aurai seulement le grand désespoir de vous quitter ainsi que mon frère et sa femme. Mais rien ne m'inquiète à votre sujet, votre santé est bonne et rien ne vous manque par ailleurs. Donc s'il faut se résigner un jour ça sera avec calme et fierté que je marcherai. J'ai fait mon devoir de Français et de communiste. Je suis allé en Espagne parce que là-bas se jouait le sort de la France et que l'Espagne Républicaine vaincue, c'était la guerre pour notre Pays. A présent le capitalisme est en train de creuser sa propre tombe, malheureusement qu'avant de disparaître il peut encore faire beaucoup de mal. Je viens d'apprendre que 3 jeunes classes vont partir pour l'Allemagne sur ordre de Pétain-Laval. Une fois là-bas, ils seront déguisés en mannequins du 3ème Reich et envoyez sur le Front pour combattre leurs camarades Russes contre leur propre liberté. La bête agonise mais elle a du mal à crever. J'aurais bien voulu pouvoir assister à sa fin. Si je n'y suis pas, vous pourrez dire que votre fils a maintes fois risqué sa vie pour le triomphe de son idéal et pour la victoire de notre juste cause. La défense de la République française que nous voulons voir prospérer dans une union des Républiques mondiale. Peut-être que les Alliés arriveront à temps mais ils n'ont pas l'air de se presser, quoi qu'il advienne ils ne perdent pas pour attendre, car les peuples anglo-américains ont aussi compris que leur salut est aux côtés de leurs camarades bocheviques, qu'il faut qu'ils luttent, pour écraser à jamais le fascisme fauteur de guerre et de misère.
« Le capitalisme porte en lui la guerre comme la nuée porte l'orage » (Karl Marx*)
Si Henri ou André plus tard ont l'intention d'apprendre le métier de maçon, Papa peut leur donner quelques-uns de nos outils pour commencer. Le bonjour à Thérèse aussi. J'espère que Baptiste va mieux à présent. S'il venait à manquer, ce serait triste pour mon filleul et sa petite sœur. Je me demande aussi ce qu'a pu devenir (illisible), sa femme et Riri là-bas en Tunisie pendant l'occupation, Célestin va probablement partir pour l'Allemagne. Dites lui de ma part qu'il fasse le mieux possible, car tout ce qu'il fera, c'est (illisible : contre lui?). Dites à Grand-mère et à toute la famille que j'ai bien pensé à eux pendant ma détention.
On a tous un moral extraordinaire ici. Je pense que de votre côté vous êtes bien courageux et le (prouverez?) bientôt car les temps sont durs mais il y aura des jours meilleurs bientôt. Si j'arrive à vous manquer, pas de prières ni surtout de service religieux, cette race là a déjà fait assez de mal à l'humanité. Lui donner un jour de plus, c'est un crime. Dans votre prochain colis, mettez des feuilles et des allumettes. J'aurais bien voulu goûter encore du (Churchill ?). Si vous voulez bien m'envoyer un peu dans un bock marqué (vinaigre) dessus. Sitôt reçu écrivez-moi en mettant (?). Reçu nouvelle du cousin René. Je vous embrasse.
Votre fils Albert Merci bien à vous
* Les noms figuraient dans la lettre mais nous ne voulions pas les reproduire.
** En réalité Jaurès.
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Fais à la Prison de Rennes le 12 juillet 1943
Bien chers Parents
Il m'arrive d'avoir une occasion de vous écrire clandestinement donc je profite pour vous dire que je suis en bonne santé avec un moral épatant (suite illisible). J'ai reçu votre colis avec grand plaisir. Ne mettez pas de pain dedans car nous en avons largement, on en refuse même souvent. On est à 11 ensemble dans la même cellule et nous recevons une douzaine de colis par semaine. Hier matin j'ai reçu mon complet avec des chaussons et du beurre, et je vous ai retourné mon autre paletot et pantalon. Vous voudriez bien m'envoyer mes paires de souliers bas et une paire de chaussettes dans votre prochain paquet. Je n'ai pas eu le temps de réaliser hier matin. Sans ça je me serais dessaisi d'autres choses encore. Je continue à recevoir du tabac par la Croix-Rouge mais je ne sais pas d'où il vient. Je vois Jo Ropars tous les jours. Il est gros et gras signe qu'il se porte bien et que comme moi il ne s'en fait pas. Moi je n'ai jamais été aussi gros (illisible) J'ai presque un double menton comme un curé de campagne. Enfin les Alliés ont débarqué en Sicile. J'espère qu'ils arriveront bientôt à bout des (macaronis) et qu'ils débarqueront sans tarder ailleurs pour nous délivrer. Ma confiance augmente de jour en jour, car on n'est pas encore jugé et je commence à croire qu'on ne le sera jamais. Donc je crois que j'aurai bientôt le bonheur de vous voir, malgré que je ne suis pas trop sûr de moi tant que je serai entre leurs mains. La prison est archi-pleine, il y a des généraux, un (colonel?), un commissaire de police, un comte, un baron. Et aussi 3 ou 4 curés, il y a 8 Morlaisiens à côté pour vol d'huile d'aviation. On a appris aussi qu'il y a 2 trains de permissionnaires qui sont rentrés en collision près de Rennes. Il y aurait un millier de victimes. Je finis ma lettre en vous embrassant de loin, en espérant le faire bientôt de près si la chance me sourit, car la fin de la guerre est proche. Le bonjour à tous.
Votre fils Albert.
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Fais à la Prison de Rennes le 25 juillet 1943
Bien chers Parents
J'espère que vous recevez ces quelques mots que je vous envoie par des voies détournées. J'ai reçu votre colis hier encore, mais des lettres, je n'en ai pas eu depuis longtemps, les copains non plus d'ailleurs. Nous sommes à 11 ensemble et on ne s'ennuie pas, on a également assez à manger grâce aux colis que nous recevons. Inutile de nous envoyer du pain. La semaine dernière, on a eu 2 kilos de pêche. Je suis avec Ernest Mazé et son fils du Forestou en St Marc. Le Roux dont la femme est institutrice à Bolazec. Jean Nedellec. Charles Cadiou et Théo Drogou, ouvriers de l'arsenal. Charles Bénard de la rue Louis Pasteur qui nous amuse avec ses équilibres, des fois on s'instruit avec Albert Abalain du Pont-de-Buis qui a son Bac et René Claireaux de Brest qui n'est pas trop seul, malgré qu'il a raté trois fois son bachot. Avec toute cette équipe, on ne sent pas le temps passer car on a aussi des journaux et des revues, on a fait des jeux de cartes et de dominos. André et Henri seraient jaloux de nous. S'ils nous voyaient avec nos jeux de gosse, je pense que Thérèse et Célestin doivent s'amuser quand même aux pardons. Dimanche, j'ai pensé à celui de Guimiliau. Je pense bien le voir l'année prochaine. Je termine en vous embrassant bien fort avec l'espoir de vous voir un jour prochain.
Albert qui pense à vous.
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Fais à la Prison de Rennes le 28 juillet 1943
Chers Parents,
Je pars avec les copains pour une destination inconnue. Je vous embrasse bien fort.
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Fais à la Prison de Fresnes le 17 Août 1943
Bien chers Parents
Quelques mots pour vous dire que je suis en bonne santé et je pense que vous soyez de même ainsi que Yfic et ma belle-sœur et les parents. Vous pouvez m'envoyer un colis de 5 kilos toutes les quinzaines avec du tabac et un peu de savon. L'adresser à la Croix-Rouge Française – 16 boulevard Raspail pour Albert Rannou 3ème division prison de Fresnes, Seine-et-Oise. Le jugement est commencé depuis ce matin. Il y en a pour un moment. Je finis ma lettre en vous embrassant bien fort. Votre fils Albert qui pense à vous.
P.S. Vous pouvez m'envoyer des journaux aussi. Ecrivez-moi à la prison de Fresnes, section allemande. Seine-et-Oise.
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Fais à la Prison de Fresnes le 23 Août 1943
Bien Chers Parents
Je crois pouvoir vous écrire tous les mois ici. Pour le moment tout va bien et j'espère qu'il en est de même avec vous. Ne vous inquiétez pas pour ma santé car sur quatre que nous sommes dans la cellule il y a un docteur. J'ai eu la visite de tante Célestine jeudi qui m'a causé une grande joie. Elle m'a donné un paquet de tabac, des gâteaux et du raisin. J'ai reçu votre colis le lendemain, on peut en recevoir un par quinzaine. Tachez de m'avoir du tabac si cela est toujours possible. On est pas trop mal nourri donc ne vous privez pas de trop pour moi. J'aurai besoin d'une chemise, une serviette et quelques mouchoirs. Je termine en vous embrassant. Le bonjour à tous.
Votre fils Albert qui ne vous oublie pas.
Fais à la Prison de Fresnes le Mardi 31 août 1943
Biens chers Oncle et tante
Je suis en bonne santé et j'espère que ma lettre vous trouvera de même. J'ai été condamné à mort samedi matin et j'attends le dénouement de l'affaire avec calme. Mon avocat espère que je serai gracié, ce que je crois aussi tout en restant dans le doute. Je saurai le résultat définitif dans une quinzaine. Je pense avoir la visite de Maman cette semaine si au moins elle veut venir à Paris. Je suis dans la même cellule que Jo Ropars à présent ainsi que d'autres Brestois. Donc Tante Célestine , tu voudras bien mettre Papa et Maman au courant de ce qui est et que dans ce moment pénible je pense beaucoup à eux ainsi qu'à mon cher frère et belle-sœur et aussi à grand-mère et toute la famille. En attendant de te revoir je t'embrasse ainsi que tonton Henri et mon jeune cousin espérant que vous aurez bientôt de ses nouvelles.
Votre neveu.
Albert Rannou
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Fais à la Prison de Fresnes le 17 septembre 1943
Cher Papa et chère Maman
Il est 11 heures moins le quart, on vient de nous prévenir qu'on va être fusillés à 16 heures. Je vais donc donner ma vie à la France, pour ma patrie que j'ai toujours aimée et pour laquelle j'ai combattu. Je meurs content car mon sacrifice (j'en ai la certitude) n'aura pas été vain. J'ai lutté durant ma courte existence pour le bonheur des travailleurs et pour que la paix règne en ce monde.
(censuré)
Mes chers parents, vous savez que je vous ai toujours aimés et que vous me le rendez bien ainsi qu'Yfic. Ça me fait une peine immense de vous quitter à jamais. Je ne sais comment vous exprimer toute ma gratitude pour ce que vous avez fait pour moi. Vous m'avez choyé depuis mon enfance jusqu'à ma dernière heure. Si quelquefois je vous ai fait de la peine, vous m'avez pardonné. Je n'oublie pas non plus ma belle-sœur. Grand-mère et toute la famille auxquels vous voudrez bien envoyer mes amitiés dernières. Je pense à vous tous en ce moment qui est plus pénible pour vous que pour moi. Je viens de voir l’aumônier, j'ai refusé la communion. Donc aucun service religieux à mon intention. Mes amitiés aussi à tous les voisins et camarades, qu'ils sachent que j'ai fait mon devoir de Français et de communiste.
Papa, Maman, ma dernière pensée sera pour vous et pour mon frère. Je vous embrasse tous dans un même élan.
Soyez courageux.
Adieu tous.
Votre fils Albert.
Vive la France, Vive le parti communiste
Paix- Liberté- Justice
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A remettre à Madame Berard. Fresnes le 17 Septembre 1943
Chers oncle et tante
Je pars… d'où l'on ne revient pas. Dans 4 heures, je vous aurai tous quittés. Embrassez tous mes parents pour moi, et votre fils Henri quand vous aurez le bonheur de le trouver.
Recevez les derniers baisers de votre neveu
Albert Rannou