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26 novembre 2016 6 26 /11 /novembre /2016 17:10
photo Malou Créach

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"Vivre et travailler autrement... avec la CGT!"

" L'affiche de la cgt avec David BOWIE est surtout la pochette de l'album "Héroes" de 1977. Photographe Masayayoshi Surita (voir l'expo de 2015 à Paris)

Album enregistré en Allemand en rapport au mur de Berlin. Affiche collector en effet..."

 

(Jean-Luc Le Calvez)

Photo Jean-Luc Le Calvez

Photo Jean-Luc Le Calvez

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26 novembre 2016 6 26 /11 /novembre /2016 16:59
Le premier Fidel Castro (1926- 1961) par Jean Ortiz: de l'école jésuite à la révolution marxiste (L'Humanité, 4 août 2016)
Fidel Castro est mort
JEAN ORTIZ
JEUDI, 4 AOÛT, 2016
HUMANITÉ DIMANCHE
Fidel Castro est mort, vendredi 25 novembre à La Havane, à l'âge de 90 ans. Celui qui a défié la superpuissance américaine pendant plus d'un demi-siècle, avait cédé le pouvoir à son frère Raul à partir de 2006 après une hémorragie intestinale.
C'est d'ailleurs ce dernier qui a annoncé son décès à l'antenne de la télévision nationale.
Nous republions ici  "Fidel Castro. De l'école jésuite à la révolution marxiste", une lecture, par Jean Ortiz, de l'itinéraire du leader cubain qui permet de comprendre comment Castro était devenu Fidel.

La mythification, comme la guerre idéologique, déforme toujours l’itinéraire complexe du leader cubain. Pour beaucoup, ce « communiste souterrain » aurait caché son jeu pour « trahir la révolution ». L’hypothèse ne résiste pas à l’analyse historique. L’étude de la jeunesse du « Comandante », né il y a 90 ans en août 1926, s’avère incontournable pour déceler à la fois la cohérence et les contradictions de ses engagements, pour comprendre comment Castro est devenu Fidel...

Il avait tout pour être un « héritier » ; il est un transfuge de sa classe. Fidel Alejandro Castro Ruz naît hors mariage, le 13 août 1926. Ce troisième fils d’un père espagnol, Angel, venu combattre les partisans de l’indépendance de l’île, et de sa servante cubaine, Lina Ruz, épouse illégitime, a tout pour devenir lui-même un oligarque, un grand propriétaire terrien comme papa, à Birán, actuelle province de Holguín. Dix mille hectares. Ils seront en partie confisqués par la révolution, puis « cédés » par la famille Castro.

Le garnement joue dans les dépendances de la « finca » avec les fils des paysans pauvres qui triment sans répit pour son père (300 familles). Le solide gaillard se rend vite compte que ses copains vivent misérablement, sont maltraités ; les relations avec le patriarche, sa brute de père, se tendent. Castro confiera à Ignacio Ramonet qu’il devint révolutionnaire à partir précisément de cet environnement d’enfance. Doué, le jeune Castro étudie, comme tous les fils de bonne famille, chez les Jésuites, d’abord à Santiago, ensuite au collège Belén à La Havane. Ses maîtres l’éveillent, dirait-on aujourd’hui, à la citoyenneté.

À l’automne 1945, il s’inscrit à la fac de droit de La Havane. Rebelle sans cause précise, il fait le coup de poing et de feu contre les bandes d’ultras. Il se politise à grande vitesse, acquiert une conscience révolutionnaire et prend souvent la parole dans le patio ou sur les escaliers de l’université. Le 6 novembre 1947, il y proclame une sorte de programme patriotique ; la frustration d’une pseudo-indépendance nationale, de surcroît tardive (1899), le hante. Le jeune étudiant marche en tête des manifestations contre le gouvernement corrompu et « vendu » de Grau San Martin. Dans ce chaudron idéologique, il lit Marx et se familiarise avec ses idées. Faire la révolution. Orateur hors pair, il milite à la puissante Fédération des étudiants universitaires (FEU), et se fait rapidement connaître, à tel point que « trois ans plus tard, il sera déjà un homme politique en vue à Cuba. À La Havane, Castro était déjà Fidel » (1).

Castro s’engage dans la vie publique en 1947 ; il rejoint le très anticommuniste, petit-bourgeois et populiste Parti du peuple cubain (PPC), plus connu sous le nom de Parti orthodoxe. Son leader, Eduardo Chibas, au programme social progressiste, dénonce la corruption et jouit d’une grande popularité. Chaque semaine, il s’adresse aux Cubains dans une émission à Radio CMQ. Fidel reste « orthodoxe » pendant huit ans, y compris après le suicide en direct à la radio, en 1951, du charismatique Chibas, destiné à « réveiller » le peuple. En 1948, présent à Bogota pour un congrès étudiant, Castro participe au Bogotazo, le soulèvement populaire provoqué par l’assassinat de Jorge Eliécer Gaitán, candidat « libéral » favori aux élections à venir. De retour à Cuba, candidat du PPC à la députation, le jeune juriste semble promis à une carrière politique chez les « orthodoxes ».

Le coup d’État militaire de Fulgencio Batista, pour le compte de Washington, le 10 mars 1952, à trois mois d’élections que le PPC allait sûrement gagner, modifie toute la donne. Bogota, La Havane, l’intervention des États-Unis renforcent Castro dans son anti-impérialisme. Dès l’installation de la sanglante dictature (20 000 morts entre mars 1952 et décembre 1958), Castro part en guerre contre elle. La voie électorale se ferme. Peu à peu, il s’oriente vers une stratégie insurrectionnelle, de guerre de guérilla, dans le droit fil de l’histoire cubaine, de l’héritage des deux guerres d’indépendance.

Castro a conscience de prolonger la pensée et l’action du « héros national » José Marti, son inspirateur et modèle mort au combat le 19 mai 1895. À cette époque, Castro est d’abord « martinien », porteur d’un « nationalisme » radical hérité du patrimoine historique cubain, teinté de « socialisme utopique ». Pour José Marti, les États-Unis constituaient déjà, au XIXe siècle, « le pire danger qui menace notre Amérique ». La formation – incomplète – de la nation cubaine, dans ce contexte, acquiert une dimension anti-impérialiste. Le « fidélisme » apparaît alors comme « une synthèse pragmatique, un mélange d’un peu de Marx, de Engels, de Lénine, assez de Che et beaucoup de José Marti » (2). Sur cet « avant 1959 », Castro dira qu’il « avait peut-être deux millions de préjugés petits-bourgeois » (3).

Le 26 juillet 1953, sous les ordres de Castro, 131 jeunes partent à l’assaut de la symbolique forteresse militaire, la caserne de Moncada à Santiago. L’opération, destinée à provoquer un soulèvement populaire, échoue et la petite troupe est décimée : 6 morts au combat, 49 survivants torturés, puis massacrés. L’acharnement des tortionnaires et le courage inouï de ces jeunes confèrent à l’action un impact national, émotionnel et politique considérable. Le Parti socialiste populaire (PSP, communiste) qualifie, lui, l’assaut de « tentative de putsch aventuriste ». Le PSP traîne une réputation entachée de collaboration depuis le gouvernement de Front populaire avec Batista, dans lequel il eut deux ministres de 1942 à 1944.

Le 16 octobre 1953, Fidel Castro, avocat, assume lui-même sa défense lors du procès des assaillants. Sa célèbre plaidoirie-programme devient historique sous le titre « L’histoire m’acquittera ». Durant deux heures, l’accusé défend une cause collective et s’attribue le rôle d’accusateur, accable le tyran, démonte les mécanismes néocolonialistes d’exploitation, de domination, plaide pour un « gouvernement révolutionnaire », se pose en héritier de José Marti, qu’il qualifie d’« auteur intellectuel de l’assaut à la Moncada ». Il avance des réformes sociales inspirées du programme réformiste « orthodoxe », en appelle à saint Thomas d’Aquin pour légitimer le droit du peuple à démettre un tyran (4). Le discours, improvisé, est reconstitué et circule clandestinement. Il vaut à son auteur une large reconnaissance politique, notamment celle, unanime, de la communauté intellectuelle.

Castro, plus populaire que jamais, écope de 15 ans de prison. Un fort mouvement populaire arrache une loi d’amnistie et obtient, au bout de 21,5 mois, la libération de celui qui, pour les Cubains et bien au-delà, est désormais « Fidel ». En août 1955, il publie le premier manifeste du Mouvement du 26 juillet (mouvement créé après l’assaut) : réforme agraire, industrialisation, rétablissement de la Constitution de 1940, construction de logements, baisse des loyers, réformes économiques et ­sociales progressistes, nationalisation des services publics…

La répression oblige, en janvier 1956, Fidel et les militants les plus marqués à émigrer au Mexique. Ils y préparent une expédition armée pour renverser Batista. Au Mexique, il se définit comme « un marxiste en pensée », ce que contestera implicitement le Che. Dans une lettre de la Sierra à René Ramos Latour (Daniel), dirigeant « santiaguero » du Mouvement du 26 juillet, datée du 14 décembre 1957, Che écrit : « J’ai considéré Fidel comme un authentique leader de la bourgeoisie de gauche. »

Le 2 décembre 1956, sur le « Granma », un vieux rafiot exigu, 82 hommes embarquent pour « libérer Cuba ». Une traversée infernale de 7 jours et un débarquement catastrophique sur la côte orientale. Repéré par l’armée, le petit groupe est quasiment anéanti. Fidel, une nouvelle fois, et son frère Raul, s’en sortent. Ils parviennent à gagner la Sierra Maestra et mettent en place la guerre de guérilla.

C’est autour de cette Armée rebelle (fidéliste), le vecteur le plus révolutionnaire, le moins anticommuniste, que se forge une sorte de front antidictatorial, scellé au mois de juillet 1957 par le manifeste de la Sierra, puis par le pacte de Caracas (juillet 1958). En régime de monoculture en crise, les couches rurales se sont prolétarisées, la petite-bourgeoisie s’est radicalisée ; la classe ouvrière n’a pas « dirigé » le processus mais lui a servi de base. Les préjugés anticommunistes freinent. Le Mouvement du 26 juillet lui-même voit l’Armée rebelle, selon Fidel, « comme des agitateurs ». En mai 1958, il déclare au journaliste nord-américain Jules Dubois : « Je n’ai jamais été et ne suis pas communiste. Si je l’étais, je serais suffisamment courageux pour le proclamer » (5).

La guerre de guérilla dure 25 mois ; 300 guérilleros affrontent 12 000 soldats. L’opération militaire de Batista (« Fin de Fidel ») tourne à la débâcle. Le 8 janvier 1959, en pleine guerre froide, Fidel et sa légende entrent dans La Havane, acclamés par une « marée humaine » (6). Fidel le fédérateur, le libérateur, symbole de nation

Le 16 avril 1961, à La Havane, la foule se presse aux obsèques des victimes des raids aériens ennemis. Les bombardements de la CIA clouent au sol la petite aviation cubaine, tandis que se prépare l’invasion de la baie des Cochons par 1 400 exilés mercenaires, écrasés en 66 heures. Dans son discours des funérailles, Fidel appelle à défendre « notre révolution socialiste ». Il a attendu deux ans et demi après la victoire de l’Armée ­rebelle pour se réclamer du socialisme. Le long mûrissement du leader, l’expérience, vécue, de la nature de l’impérialisme, l’évolution des conditions objectives et subjectives, les enjeux et problèmes de l’époque ont « radicalisé » Fidel. En devenant communiste, il a contribué à son tour à radicaliser le processus révolutionnaire. L’agression des États-Unis a accéléré cette interaction dialectique. La révolution répond à chaque mesure hostile de Washington par l’approfondissement des changements. Un exemple : la loi 851 du 6 juillet 1960 réplique à la suppression de la quote-part d’importation de sucre cubain par la nationalisation des propriétés et des banques nord-américaines à Cuba.

Lorsque Kennedy impose le blocus total de l’île, l’aide de l’Union soviétique permet à Cuba de tenir. Y avait-il une alternative aux liens avec l’URSS, à l’entrée en 1972 dans le Comecon ? Ils lui offrent les moyens d’un développement social, éducatif, sanitaire, remarquable, mais ne remettent pas en cause la monoculture. Cuba est désormais réserve sucrière du « camp socialiste ». En 1991, Fidel déclare : « Nous avions déifié l’Union soviétique. » Il porte désormais un regard critique sur une période ambivalente.

Les discours politiciens sur « la trahison » de Fidel ou sur son « communisme souterrain », son « machiavélisme », relèvent de la propagande et occultent l’évolution fascinante du « Comandante » Fidel.

(1) « Les Quatre Saisons de Fidel Castro », de J.-P. Clerc, Éditions du Seuil, 1996.
(2) « Fidel », de V. Skierka, éditions Martinez Roca, 2002.
(3) « Le Socialisme à la cubaine », de J. Ortiz et G. Fournial, Éditions sociales, 1983.
(4) « L’histoire m’acquittera », de F. Castro, traduit et annoté par J.-F. Bonaldi, Éd. le Temps des cerises, 2013.
(5) « Journal de la révolution cubaine », de C. Franqui, Éditions du Seuil, Paris, 1976.
(6) Castro, Fidel, « les Chemins de la victoire. Mémoires », Éditions Michel Lafon, 2012. À consulter également : « Biographie à deux voix », F. Castro, I. Ramonet, Fayard/Galilée, 2007.
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26 novembre 2016 6 26 /11 /novembre /2016 08:08
" Fidel Castro, l'intransigeant père de la révolution cubaine, meurt à 90 ans" : Marcel Niedergang revenait sur la carrière du lider maximo il y a quelques années dans un article intéressant mais sans sympathie politique publié aujourd'hui par le journal Le Monde
Fidel Castro, l’intransigeant père de la révolution cubaine, meurt à 90 ans

Fidel Castro, l’intransigeant père de la révolution cubaine, meurt à 90 ans
http://www.lemonde.fr/international/article/2016/11/26/fidel-castro-cinquante-ans-d-intransigeance_5038436_3210.html

Le Lider Maximo est mort, vendredi soir, à La Havane. Figure de la gauche mondiale, « Fidel » a été toute sa vie politique un dirigeant habité par l’anti-impérialisme.

Entré au « Monde » en 1952, Marcel Niedergang (1922-2001) a été grand reporter en Amérique latine. Ce texte, écrit peu avant sa mort et mis à jour, raconte un Fidel Castro déterminé, habité par l’anti-impérialisme. Le père de la révolution cubaine est décédé vendredi 25 novembre, à La Havane.

 

A Cuba, Fidel Castro a été, pendant presque cinq décennies de pouvoir absolu – le plus long règne de l’histoire contemporaine –, la « parole qui oriente ». Comment juger sereinement un oracle qui s’ingénia tant à brouiller les pistes ? Il a toujours été attentif à protéger ses vraies motivations, personnelles et politiques, tout en étalant complaisamment en public, devant ses intimes ou les hôtes étrangers, ses passions, ses curiosités innombrables, voire ses petites manies : la lecture, le sport, les recettes de cuisine ou les méthodes d’élevage, il était l’éclectisme poussé au paroxysme. Il avait un avis définitif sur presque tout et aimait tenter de l’imposer aux autres. 

Etre le premier, le meilleur, le plus ferme. « Fidel a toujours raison », disait Celia Sanchez, la compagne très affectionnée dans le maquis de la sierra Maestra, gouvernante efficace, puis secrétaire du gouvernement qui, plus qu’aucun autre de l’entourage du monarque Fidel, a tenté d’ordonner l’emploi du temps débridé du Lider Maximo. « Chef suprême » : ce titre résumait la totalité des pouvoirs politiques et militaires qu’ il a exercés sans partage et si longtemps.

On sait tout de ce qui importait le moins. De ses performances à la pêche sous-marine, sport préféré qu’il pratiquait à Cayo Piedra, un îlot préservé dans la baie de Guantanamo, où il recevait parfois ses hôtes de marque. Du record de coupe de la canne à sucre établi en un seul jour par Fidel, à la fin des années 1960, lorsqu’il s’agissait d’inciter les macheteros à se surpasser : anecdotes largement reproduites par la presse cubaine à la dévotion du numéro un, depuis son arrivée à La Havane, en janvier 1959, jusqu’à la fin.

Médias « aux ordres »

De façon peu convaincante, Fidel n’a cessé de critiquer ces médias « aux ordres », de réclamer formellement une presse plus audacieuse… En vain, bien sûr. A moins que ce décalage étonnant entre les injonctions du commandant en chef et des médias immuablement monocordes n’ait illustré ce goût profond pour l’ambiguïté de Fidel.

Castro était un disciple et admirateur de José Marti, héros des guerres d’indépendance, qui recommandait de dissimuler le plus longtemps possible le coup que l’on voulait porter. Un « conspirateur dans l’âme », selon Tad Szulc, journaliste du New York Times, reçu plusieurs mois à Cuba et autorisé exceptionnellement à consulter les archives du gouvernement pour rédiger une biographie du Lider Maximo. « Un maître dans l’art de se dissimuler aux yeux des autres », ajoutait-il. Entre Machiavel et Marx.

 

En politique, comme dans l’action, dans la lutte armée à Cuba comme à l’extérieur – en Angola, en Ethiopie, en Amérique latine –, Fidel s’est efforcé de dissimuler ses intentions et ses objectifs. Il est souvent parvenu à transformer un échec militaire en victoire politique. Quel meilleur exemple, dès le début, que l’assaut manqué lamentablement contre la caserne Moncada, le 26juillet 1953 ? Ou que le débarquement raté du Granma – « un naufrage », disait Ernesto Che Guevara – sur la côte orientale de Cuba, en décembre1956 ?

Castro s’est avancé masqué pendant la guérilla et dès son entrée en héros à La Havane, triomphant de la dictature de Fulgencio Batista. « La révolution cubaine est une démocratie humaniste », disait-il lors de son voyage de vainqueur aux Etats- Unis, en avril 1959. Il a attendu deux ans pour se proclamer marxiste-léniniste et plus encore pour créer, du jour au lendemain, un « nouveau » Parti communiste cubain, dont le comité central de cent membres – tous anciens compagnons de guérilla dans la sierra Maestra, le massif montagneux du sud de l’île – a été composé par ses soins.

Puis, il a lâché des semi-confidences, des allusions qui embrouillaient plus qu’elles n’explicitaient. « J’étais presque communiste » avant de prendre le pouvoir, a-t-il ensuite assuré. Szulc a affirmé que Castro avait, dès son arrivée au pouvoir, mis en place un gouvernement « parallèle » secret, qu’il avait signé un pacte, également secret, avec les vieux communistes du Parti socialiste populaire et rencontré, dès l’automne 1959, un émissaire soviétique. Le même auteur, pourtant, a conclu que Castro avait « mis le grappin » sur les communistes cubains, et non l’inverse.

Rares tentatives de rébellion écrasées

Castro les a rapidement noyés dans le flot des fidélistes, a écrasé les rares tentatives de rébellion des communistes orthodoxes prosoviétiques. Il a combattu durement les partis communistes d’Amérique latine rétifs à ses instructions ; il a contrôlé et dirigé les autres, jouant des rivalités, accueillant à Cuba des bataillons de militants latino-américains pour les entraîner à la guérilla et les endoctriner.

Pendant un quart de siècle, un débat a opposé les partisans de la thèse d’un Castro poussé dans les bras de l’Union soviétique par les erreurs et l’agressivité des Etats-Unis et les avocats d’un Castro décidé, dès le début, à instaurer un régime socialiste à Cuba. Aucune réponse définitive n’a été apportée à cette question fondamentale. Par nécessité ou stratégie, Castro a en tout cas troqué une dépendance aux Etats-Unis pour une autre sujétion, sourcilleuse mais encore plus rigoureuse, à l’URSS.

 

Avec Moscou, Castro a noué une alliance indispensable à la survie de sa révolution. Alliance inégale, bien qu’il ait sans cesse réaffirmé sa « souveraineté ». Il a reçu des Soviétiques, dès 1960, une aide économique et militaire très importante, progressivement jugée trop lourde par Moscou. Elle a fini par être réduite à la fin des années 1980, lorsque l’URSS de Mikhaïl Gorbatchev dut, elle-même, affronter une crise économique dévastatrice. Cette aide a néanmoins permis à Cuba de devenir une puissance militaire, d’obtenir des résultats positifs dans les domaines de la santé et de l’éducation et de maintenir un temps à flot une économie nationale en crise permanente.

Autre certitude : après 1968 et son discours justifiant l’intervention militaire du pacte de Varsovie en Tchécoslovaquie, La Havane a épousé toutes les orientations de la politique étrangère soviétique. Et pourtant la personnalité de Fidel était d’une telle complexité que certains n’ont jamais exclu l’hypothèse d’un nouveau changement de cap, si ce revirement pouvait « tourner à l’avantage de Cuba, de la révolution ou à son propre avantage ». Et ce, bien qu’il ait – avec une obstination tournant, sur la fin, à la répétition stérile – dénoncé l’« impérialisme américain » et l’embargo décrété par Washington en 1960 comme la seule cause de toutes les faiblesses du régime.

Coléreux, brouillon, désordonné

Une volonté de fer, une exceptionnelle capacité de travail, une mémoire prodigieuse, un talent oratoire de premier ordre, sans oublier l’intelligence et le courage physique : on a répété à satiété ses qualités. L’homme était aussi très coléreux, brouillon, désordonné, roublard et retors. Mais presque tous ceux qui l’ont approché ont été séduits par ce colosse barbu, dont le fils, Fidelito, occupa des fonctions importantes à la Commission nationale de l’énergie atomique, et qui a eu par ailleurs plusieurs enfants naturels.

Comment dissocier Castro de la révolution cubaine ? Un modèle plutôt décevant. Les tentatives d’industrialisation ont tourné court ; le « Tout pour le sucre » de la récolte de 1970 a désarticulé l’appareil de production. L’austérité, toujours plus d’austérité. Année après année, la libreta (« carnet de rationnement ») à perpétuité, le marché noir, l’absence de libertés, la surveillance tatillonne des comités de défense de la révolution (CDR), des milliers de détenus politiques, des morts en prison.

Le ras-le-bol d’une population privée de liberté s’est spectaculairement exprimé en avril 1980 : 125 000Cubains choisissent alors l’exode, soudain autorisé, vers les Etats-Unis. C’est l’atteinte la plus grave portée au prestige de Fidel depuis 1959. Autre coup dur, l’intervention américaine à la Grenade, en 1983, la reddition et la capture de centaines de travailleurs cubains : des « volontaires » pour la construction d’un aéroport, mais armés.

Adulé ou haï

Le prestige du castrisme a pu s’effondrer, sauf dans les milieux de la gauche latino-américaine, incapables, pour la plupart, d’analyser les causes et les conséquences de l’effondrement des régimes communistes en Europe de l’Est. La cote de Fidel est longtemps demeurée inchangée. Il a été adulé ou haï. Pendant un demi-siècle, il est resté une personnalité de poids sur la scène internationale, en dépit d’une situation interne qu’il qualifiait lui-même, dès 1986, d’« anarchique » et d’une politique étrangère interventionniste.

La taille alourdie, malgré un régime rigoureux, suivi après la suppression radicale de ses fameux cigares en 1985, la barbe blanchie, il a trouvé un interlocuteur privilégié en Hugo Chavez, président du Venezuela depuis 1999. Castro a donné à Cuba une importance hors de proportion avec sa taille et sa population. Il s’est inséré avec un aplomb phénoménal dans les querelles entre superpuissances, jouant de leurs rivalités. Il a connu ou affronté onze présidents américains, fréquenté presque autant de premiers secrétaires du Parti communiste de l’URSS. Mais il était plus à l’aise dans la tempête que dans la détente, plus fort pendant la guerre froide qu’à l’heure de la perestroïka.

Doyen des chefs d’Etat d’Amérique latine, il s’était fait, comme d’autres dirigeants de moindre envergure, le chantre de l’unification du sous-continent. « L’unité, l’unité, disait Bolivar, ou l’anarchie vous dévorera. » Un cri repris par Castro, qui développa sa réflexion sur le thème de la dette extérieure du tiers-monde. Le Cubain devint, pour un temps, « une conscience planétaire », note Jean-Pierre Clerc dans son Fidel de Cuba (Ramsay, 1988). Vers la fin, il ne réclamait plus la mort violente du pécheur capitaliste. Fidel faisait même profession, parfois, de vouloir sauver le capitalisme d’une « explosion sociale révolutionnaire », tout en réaffirmant qu’« un jour tous les pays du monde seront socialistes ».

« L’Histoire m’absoudra », affirmait Castro après l’affaire de la Moncada. L’Histoire jugera l’homme Fidel et sa révolution entachée de terribles violations des droits de l’homme, éclaboussée par les révélations sur les trafics en tout genre – à commencer par la drogue – décidés par Fidel lui-même pour regarnir les caisses vides de son régime. L’un des miracles de cette existence jamais en repos est qu’il ait si souvent échappé à la mort. Peu de dirigeants sur la planète ont pris autant de risques, se sont engagés sans réserve dans des aventures militaires scabreuses, ont été la cible de commandos au service d’opposants ou de la puissante CIA.

 

La baraka

La baraka. La chance l’a toujours accompagné, comme elle a accompagné un autre Galicien, le dictateur espagnol Francisco Franco, qui a toujours considéré avec une sympathie agissante ce fils d’émigrés gallegos, malgré l’éloignement de leurs idéologies. Fidel, né le 13 août 1926 à Biran, dans l’est de Cuba, a toujours revendiqué avec hauteur son ascendance espagnole. Au point de prétendre avoir le droit de vote aux premières élections démocratiques de juillet1977 en Espagne.

La désastreuse opération commando contre la Moncada ? « C’était une folie, une erreur tactique que je ne commettrais pas aujourd’hui », nous a déclaré Castro, bien plus tard. La chance, déjà. En fuite, Fidel est épargné par un lieutenant de l’armée qui pourchasse les insurgés survivants, un colosse noir nommé Sarria, qui a confié à Robert Merle : « On ne tue pas les idées. » Une chance insolente qui ne l’abandonna jamais, alors qu’il fut la cible de plusieurs dizaines de tentatives d’assassinat organisées par les services secrets américains. Aucun dirigeant, il est vrai, n’a été pendant si longtemps plus clandestin que Fidel. Pas de domicile fixe ou presque pendant plus de cinquante ans : autre record.

Amnistié, exilé au Mexique en 1955, il trouve des subsides aux Etats-Unis, rencontre Ernesto Che Guevara et se lie d’amitié avec lui. Après son débarquement près de la sierra Maestra, en 1957, on le croit mort ; il prépare son entrée en apothéose à La Havane, salué par l’opinion américaine. Le charme est rompu quelques jours plus tard par les exécutions de policiers de Batista, jugés en direct à la télévision. La période héroïque s’achève. Débute celle des crises, intérieures et extérieures.

Dès 1960, Washington commence à manifester son hostilité. John F. Kennedy donne son feu vert en avril 1961 à un débarquement d’anticastristes dans la baie des Cochons. L’opération tourne au désastre complet. Castro se proclame marxiste-léniniste. La dramatique « crise des fusées » de l’automne 1962 est une suite logique de cette mésaventure américaine. Elle a mis le monde au bord de la guerre nucléaire. On sait avec certitude aujourd’hui, d’après les Mémoires de Nikita Khrouchtchev, que Castro n’avait pas hésité à envisagerfroidement la troisième guerre mondiale, si c’était le prix à payer pour tenir tête aux Etats-Unis. Cet aveuglement avait stupéfié et irrité le dirigeant soviétique lui-même. « Nous avons le droit de penser par nous-mêmes » : cette formule des débuts, Castro la reprendra en 1988, pour justifier son refus de s’aligner sur la perestroïka lancée en URSS par Gorbatchev.

« Le parti est immortel »

Et après lui ? « Il n’y a pas lieu de s’inquiéter, a-t-il affirmé en 1985. Après Fidel, il y aura des quantités de gens qui vaudront davantage que Fidel. Les hommes meurent. Le parti est immortel. » Pourtant, la débâcle des régimes communistes a frappé Cuba de plein fouet. La question insistante qui se posait dans toutes les chancelleries, à partir de 1986, était : combien de temps Castro pourra-t-il tenir, seul contre tous sur la scène extérieure et entouré d’adulateurs à l’intérieur ?

Certes, il n’a jamais eu de statues sur les places de l’île. Mais le Castro vieillissant a exercé un pouvoir absolu, un contrôle de tous les rouages. La mégalomanie était inévitable. « Je suis la révolution », disait Fidel en 1991. Et de continuer à proclamer ce slogan nihiliste : « Le socialisme ou la mort ! » A quoi les opposants irrévérencieux ajoutaient sur les murs de La Havane : « Quelle différence ? » Fidel a assumé avec donquichottisme ce rôle déplaisant du cancre obstiné de la perestroïka. Il s’est conduit comme le pire des dirigeants staliniens dans l’affaire Ochoa, ce général couvert de lauriers en Angola, accusé par le gouvernement de « trafic de drogue », condamné à mort et fusillé le 13 juillet 1989. La comédie sinistre des procès de Moscou, transplantée aux Caraïbes. 

En août 1991, Fidel crut, l’espace de deux jours, que le sort allait lui être de nouveau favorable. Le coup d’Etat manqué des « conservateurs » du Kremlin fit reculer quelque temps le spectre de la fin de l’aide soviétique à l’économie cubaine aux abois. Puis Castro resta seul, face à une administration américaine déterminée à le laisser, dans la meilleure des hypothèses, « pourrir dans son coin », selon l’expression qu’utilisa le président George Bush père.

Mais Castro n’a voulu renoncer à aucun de ses principes, même s’il a dû accepter d’ouvrir le pays au tourisme – y compris sexuel – dans une tentative désespérée de faire entrer des devises. Le protecteur soviétique une fois disparu, qui aurait imaginé que Fidel parviendrait encore à maintenir, pendant plus de vingt ans, un pouvoir absolu sur son île ?

 

 


 

 


 

 

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25 novembre 2016 5 25 /11 /novembre /2016 20:28
Paul Lafargue

Paul Lafargue

Paul Lafargue, mort le 26 novembre 1911, il y a 105 ans. Et toujours actuel! 

Lu sur la page Facebook de Robert Clément, notre camarade du PCF parisien. 

A lire ou relire aussi, par Ismaël Dupont, un article du 15 février 2015: 

Macron te donne mal à la tête: relis Paul Lafargue et Le Droit à la Paresse


Paul Lafargue, résistant, rebelle, polémiste, gendre de Marx, député, en fuite en Espagne, en exil à Londres, suicidé volontaire avec sa femme Laura... La vie de l’auteur du Droit à la paresse est un vrai roman.


« PAUL LAFARGUE (1842-1911) Pas de dieu, mais un maître…"

un article de Frédéric Sugnot publié dans l’Humanité du 8 septembre 2011
 

« Sain de corps et d’esprit, je me tue avant que l’impitoyable vieillesse (…) me dépouille de mes forces physiques et intellectuelles, ne paralyse mon énergie et ne brise ma volonté (…) »
 

Ces quelques lignes que vous venez de parcourir sont écrites par Paul Lafargue, suicidé volontaire dans la nuit du 25 au 26 novembre 1911, dont l’histoire façon fiche Wikipédia a retenu qu’il était le gendre de Karl Marx et l’auteur du Droit à la paresse.

Lafargue a presque soixante-dix ans lorsqu’il se donne la mort quasiment en même temps que son épouse Laura Marx, fille de Karl, mais surtout inlassable compagne de cinquante années d’une vie agitée, et ce n’est pas qu’une formule. Une simple injection d’acide cyanhydrique suffira à les envoyer à tout jamais au cimetière du Père-Lachaise.

Au columbarium d’abord, avant que leurs cendres ne soient déplacées dans le carré des « politiques » face au mur des Fédérés.

Là même où, le 28 mai 1871, le pouvoir versaillais de Thiers fusilla les 147 derniers communards de Paris.

Quarante ans plus tard, c’est au Père-Lachaise toujours que souffle la voix de Jean Jaurès, directeur politique de l’Humanité, le 3 décembre 1911, jour des obsèques des époux Lafargue. Jaurès, rapporte le lendemain l’Huma, « commence d’une voix qui vibre dans l’air et atteint les plus éloignés des auditeurs ».

Près de 20 000 personnes sont venues suivre des funérailles où se pressent le ban et l’arrière-ban du socialisme européen au cœur d’un « abominable temps d’hiver, morne, noir ». À les lire un siècle plus tard, les paroles de Jaurès semblent réchauffer l’atmosphère. Ecoutons-le d’un trait tisser le souvenir de Paul Lafargue :

« Il était convaincu que par l’organisation du travail, grâce au progrès de la science appliquée au travail, la surabondance des produits permettrait d’effacer la limite des égoïsmes misérables et que tous les hommes pourraient alors jouir ensemble de tous les bienfaits de la nature en les dominant. »

Cette pensée généreuse naît, loin des frimas de décembre du Père-Lachaise, couvée par le soleil de la mer des Caraïbes.

Pablo Lafargue voit en effet le jour le 15 janvier 1842 à Santiago de Cuba. L’héritage de son grand-père Jean Lafargue parti s’établir comme planteur à Saint-Domingue vers 1780. La suite de l’histoire familiale donnera au jeune Pablo des ascendances indiennes, juives et mulâtre. L’un dans l’autre, tout cela fait de Paul Lafargue un métis – il le revendiquera – « fils » de trois peuples opprimés. C’est, si l’on doit faire de la psychologie de bazar, ce qui donnera peut-être au jeune Paul, revenu en France à l’âge de neuf ans, son don du combat.

En tout cas, c’est dans le Quartier latin à Paris où il s’inscrit en médecine en novembre 1861 qu’il commence à l’exprimer, fréquentant les organisations socialistes. En octobre 1865, lors du premier congrès international d’étudiants à Liège, il obtient son label d’agitateur en même temps qu’une fiche de police en proclamant à la tribune du congrès :

« Guerre à dieu, là est le progrès. »

Sur ce, en guise de cadeau de Noël, le 26 décembre 1865, le très martial conseil impérial de l’éducation publique exclut Lafargue à vie de l’université de Paris et pour deux ans de toute université française. Motifs : attaque des principes de l’ordre social et profanation du drapeau national. Lafargue ira donc continuer sa médecine à Londres. De l’autre côté de la Manche, va commencer sa carrière au « chevet » du mouvement ouvrier.

En février 1865, à Londres toujours, il présente au conseil général de l’Internationale un rapport sur la situation du mouvement ouvrier à Paris. Il fait également la connaissance de Karl Marx. Rencontre décisive : il épouse les idées du père et prendra pour femme une de ses filles, Laura.

« De toute ma vie, racontera-t-il plus tard, je n’oublierai l’impression que fit sur moi cette première rencontre. Marx était souffrant et travaillait au premier volume du Capital (…). Il craignait de ne pouvoir mener son œuvre à bonne fin et accueillait toujours les jeunes avec sympathie, car, disait-il, “il faut que je prépare ceux qui, après moi, continueront la propagande communiste”. »

Sa voie est tracée, ce sera celle de son maître. Pas toujours bien comprise, ni récompensée. En attendant, ils reviennent en France en 1868. La maison de Paul et Laura Lafargue à Levallois est réquisitionnée lorsque la guerre éclate en 1870. Elle est située sur la zone de tir des fortifs… Le couple se réfugie donc à Bordeaux, dans la famille de Paul où il continue de diffuser les circulaires de l’Association internationale du travail rédigées par Marx, et prend la défense de la Commune de Paris, s’activant pour l’étendre en province.

Après un court voyage à Paris en avril 1871, Paul revient enthousiaste à Bordeaux : « Paris devient invincible », écrit-il à Marx.

La Commune tombera pourtant un mois plus tard.

Elle restera l’horizon indépassable de Lafargue, ce qu’il résume ainsi en 1884 (cf. le Matérialisme économique de Karl Marx) : « La classe inférieure ne peut effectuer son émancipation qu’en détruisant la force intellectuelle et la force brutale de la classe régnante ; qu’en faisant précéder la lutte à main armée par une campagne théorique préparatoire. » Dans la pratique, à Bordeaux, son rôle d’agent de la Commune n’a pas échappé à la police. Elle lui file le train.

Le rapport sur Lafargue du premier président de la cour de Bordeaux, le 20 août 1871, n’est pas que burlesque : « On le voit parler et agir publiquement dans les élections municipales au nom de ces co-affiliés dont il est un des candidats. Jusque dans sa famille enfin, il fait trembler sa vieille mère sous la menace de ses doctrines. » Il est temps pour les Lafargue de fuir vers l’Espagne. Une péripétie dans l’existence de Paul et Laura, tellement intense qu’ils l’écourteront quarante ans plus tard. Ils usent là de leur droit au repos éternel. De toute façon, Paul, éphémère député de Lille (1889-1893), est déjà passé à la postérité pour son Droit à la paresse, pamphlet contre le travail publié en 1880.

Un programme précurseur que nous faisons nôtre pour conclure ce travail d’écriture : « Il faut que le prolétariat (…) retourne à ses instincts naturels, qu’il proclame les droits de la paresse, mille et mille fois plus nobles et plus sacrés que les phtisiques droits de l’homme, concoctés par les avocats métaphysiciens de la révolution bourgeoise ; qu’il se contraigne à ne travailler que trois heures par jour, à fainéanter et bombancer le reste de la journée et de la nuit. »

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23 novembre 2016 3 23 /11 /novembre /2016 15:47
Pour que la Bretagne devienne une terre de bonheur dans une France démocratique (diagnostic de territoire et projet du PCF Bretagne en 1964)
Pour que la Bretagne devienne une terre de bonheur dans une France démocratique (diagnostic de territoire et projet du PCF Bretagne en 1964)

... Les fédérations de Bretagne du Parti Communiste Français s'adressent à la population bretonne. 

Sous l'égide de la mémoire de Marcel Cachin, grand patriote breton, grande figure du Parti Communiste Français. 

On est en 1964, la brochure pédagogique de 30 pages, imprimée à l'Imprimerie Commerciale de Rennes, largement diffusée, coûte 0,20 centimes.

Le plan est simple et efficace:     

1. Ce n'est pas d'aujourd'hui...

Que la Bretagne est une région sous-développée. Ce "sous-développement de la Bretagne ne trouve pas non plus une explication satisfaisante dans la méconnaissance qui existerait à Paris des problèmes de notre province ou dans un mépris particulier pour les Bretons". C'est une résultante du régime capitaliste: "En régime capitaliste, les ressources nationales ne sont point exploitées en vue du bonheur des hommes. Une chose commande tout: le profit maximum pour les grosses sociétés qui détenant, directement ou indirectement, les principales richesses du pays, ont en main le pouvoir politique, pouvoir dont elles se servent uniquement pour satisfaire leurs intérêts privés. Si une région ne paraît pas à ces grosses sociétés susceptible de leur procurer des bénéfices rapides et massifs, on la délaisse".  

La situation de décrochage de la Bretagne s'aggrave

Les travailleurs bretons subissent un appauvrissement comme d'autres travailleurs français. Le revenu individuel moyen en Bretagne représente 66% du revenu moyen français contre 68,7% en 1958. "Les quelques implantations industrielles qui ont été opérées dans notre presqu'île sont loin de compenser une désindustrialisation constante qui fait qu'en ce moment, tous les ans, 20.000 bretons et bretonnes quittent les quatre départements "de la région de programme": Morbihan, Finistère, Côtes-du-Nord, Ille-et-Vilaine. En 1896, il y avait 201.000 personnes employées dans l'industrie; ce chiffre était tombé à 139.000 en 1954; en 1962, il n'y en avait plus que 128.000".  

Halte au mirage des délocalisations industrielles en Bretagne (pour profiter de l'aubaine d'une main d'oeuvre bon marché): "Ce serait une immense et dangereuse illusion de croire qu'on peut, sous l'actuel régime, résorber le chômage en Bretagne par des implantations. Le gros patronat a besoin d'une main-d'oeuvre bon marché; cela suppose une main-d'oeuvre surabondante. Les demandeurs d'emploi ont augmenté de près d'un tiers entre 1957 et 1962. Nous sommes favorables aux implantations dans la mesure où elles sont faites pour l'homme et non pour le capital; mais nous croyons qu'une industrialisation véritable devrait s'appuyer essentiellement sur les ressources naturelles de la région. Une telle industrialisation créerait de très nombreux emplois. D'autre part, une mesure générale de réduction de la semaine de travail, sans diminution des salaires, réduction demandée par tous les syndicats ouvriers irait dans le même sens. Aujourd'hui, la semaine de travail en Bretagne oscille entre 48 et 60 heures!". 

2.  La Bretagne est-elle un pays pauvre? 

Momentanément oui, essentiellement non, car les ressources et les potentialités existent: la Bretagne peut se développer énergétiquement, grâce à l'accès à des sources d'énergie (énergie marine, barrages, charbons bon marché acheminé dans les ports, utilisation de l'uranium). La Bretagne peut sauver ses forges d'Hennebont que le pouvoir gaulliste veut liquider. La Bretagne peut développer ses arsenaux, ses carrières de granit et d'ardoise, reconvertir les arsenaux militaires en arsenaux de marine marchande ou de pêche, lutter contre la tendance de notre commerce maritime à se faire sous pavillon étranger, développer l'industrie de transformation agricole, l'industrie alimentaire. Pour développer ces activités économiques, il faut aussi des moyens de transports appropriés: "dans ce domaine, on peut dire que notre province est la plus sous-équipée du pays". L'urgence est aussi de maintenir des prix agricoles rémunérateurs pour nos agriculteurs, pour cela, il faut aussi que les ouvriers soient payés suffisamment pour acheter à leur juste prix les produits agricoles. Cela suppose donc toute à la fois une lutte contre le dumping du Marché commun et une augmentation du SMIG. Contrairement aux préconisations du CELIB et du pouvoir gaulliste, il faut protéger les exploitations agricoles familiales, les petites exploitations agricoles et ne pas tout miser sur les gains de productivité dus à l'agrandissement, au progrès technique, au remembrement. Il faut développer au maximum les coopérations paysannes, les coopératives.  Dans le monde de la pêche, il faut défendre la pêche artisanale, contre les logiques de concentration capitaliste au main de grands armateurs, lutter contre les importations intempestives et la mise en concurrence, développer les installations des ports. 

Dans le domaine social 

Les efforts à accomplir sont immenses. Accès à l'électricité, accès au confort moderne (13% des maisons bretonnes sont équipées de W.C; 7% de lavabos et de douches, un poste de radio pour 10 habitants). 

Il faut développer l'enseignement agricole, la formation professionnelle, liquider la ségrégation sociale dans l'accès aux études, rapprocher la recherche scientifique de la vie, développer les infrastructures sportives. 

3. Comment faire...   

"Si dans cette bataille pour notre Bretagne on jetait l'exclusive contre une fraction démocratique quelconque, nous affaiblirions les forces qui, dans l'union, peuvent être victorieuses. Seule l'union peut assurer la victoire. L'union des communistes, des socialistes, des catholiques, de tous les démocrates. L'union de tous les travailleurs bretons, ouvriers, paysans, intellectuels, artisans, commerçants, marins-pêcheurs et tous ceux qui vivent de la mer. L'union de toutes les générations. Cette union est possible parce que des Bretons, de plus en plus nombreux, et des milieux les plus divers, comprennent que c'est la condition fondamentale de la surviev de notre région". 

Suit un exposé du programme national du PCF contre le pouvoir personnel, les institutions de la Ve République, pour l'élection d'une Nouvelle Assemblée Constituante, la proportionnelle à toutes les élections, l'épuration de l'Etat et de la police de ses éléments fascistes, le respect de la laïcité, l'extension des libertés communales, les nationalisations, la généralisation de la Sécurité Sociale pour ceux qui ont d'autres régimes, une réforme fiscale démocratique et égalitaire, une construction massive de logements. 

4. Ce qui est possible tout de suite, tous ensemble.    

I. Sauver les forges d'Hennebont 

II. Sauver les arsenaux

III. Moderniser le réseau ferroviaire et de transports breton

IV. Défendre l'agriculture bretonne en permettant aux produits agricoles de s'écouler à un juste prix, en protégeant les agriculteurs des calamités agricoles. 

V. Appeler les Bretons à lutter pour la Paix et le Désarmement, la réduction du budget de la guerre.

 

La conclusion est belle, optimiste, pragmatique:

"Nous avons voulu, dans ce court document, exposer devant nos frères bretons notre opinion sur l'essentiel. Nous approfondirons les problèmes dans notre presse et nos revues. Notre programme breton non plus, n'est pas à prendre ou à laisser.

Nous croyons qu'il est sérieux, réaliste, mais un programme commun d'action ne peut être élaboré que par tous ceux qui sont décidés à agir ensemble, après une discussion fraternelle et approfondie. 

En conclusion, formulons un dernier voeu: Souhaitons de tout notre coeur que les volontés engerbées de tous les démocrates bretons donnent un démenti, parce que les temps l'exigent, au chant dont nous berçaient nos pères: "Kousk, Breiz Izel...", "Dors, Bretagne"...     

 

 

  

 

 

   

Pour que la Bretagne devienne une terre de bonheur dans une France démocratique (diagnostic de territoire et projet du PCF Bretagne en 1964)
Pour que la Bretagne devienne une terre de bonheur dans une France démocratique (diagnostic de territoire et projet du PCF Bretagne en 1964)
Pour que la Bretagne devienne une terre de bonheur dans une France démocratique (diagnostic de territoire et projet du PCF Bretagne en 1964)
Pour que la Bretagne devienne une terre de bonheur dans une France démocratique (diagnostic de territoire et projet du PCF Bretagne en 1964)
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23 novembre 2016 3 23 /11 /novembre /2016 11:12
Gracchus Bafeuf

Gracchus Bafeuf

Gracchus Babeuf, né le 23 novembre 1760
lu sur la page Facebook de Robert Clément


Gracchus Babeuf par Claude Mazauric dans l'Humanité

 

1760-1797.

Il appartient à la catégorie des penseurs de la réorganisation de la société fondée sur la remise en cause du "droit de propriété". Il est considéré comme le premier protagoniste du communisme contemporain.

Vous souvenez-vous de ce film britannique qui évoquait la vie du chancelier d'Angleterre, Thomas Morus, l'ami et l'hôte d'Érasme, l'immortel auteur de l'Utopie, un film auquel avait été donné ce beau titre : Un homme pour l'éternité ?

C'est en pensant à ce film que m'est venu à l'esprit le désir, à mon tour, de situer Babeuf dans l'infinie durée où s'exprime la gratitude à l'égard de ceux qui ont combattu pour l'émancipation humaine.
De quoi donc, le dénommé François-Noël Babeuf, plus connu sous le prénom de « Gracchus», né picard en 1760, devenu parisien après 1789, condamné à mort à l'âge de trente-sept ans en 1797, est-il devenu, depuis deux cent douze ans, le symptôme ou l'incarnation, le symbole ou l'annonce, voire le manifeste toujours vivant ?

Doit-on le tenir pour le prophète exalté d'une sorte de « communisme » inter-âges qui occuperait une sorte d'à-côté, en parallèle à la grande histoire, celui des idées et des utopies sociales, de Platon à Lénine, vaste champ où se seraient illustrés entre autres, Thomas Morus, Campanella, Morelly (qu'on tenait pour être en réalité Denis Diderot car on ne prête qu'aux riches !), Étienne Cabet, William Morris et tant d'autres ? Pourquoi pas : Babeuf occupe effectivement sa place, qui est majeure, dans cette lignée-là et son nom s'inscrit à l'évidence, dans la suite des grands penseurs de l'inévitable réorganisation des sociétés, fondée sur la remise en question du fameux « droit de propriété » dont l'effet sera toujours d'établir l'inégalité entre les humains, comme le constatait tout simplement en 1777 un procureur du roi de Nantes qui déclarait qu'en vertu du « droit naturel », « celui qui est payé est subordonné à celui qui paie ».

Pourtant, Babeuf lui-même n'a jamais usé de l'énoncé « communisme » pour dire ses « rêves » (sic) ou préciser son projet ; sans doute, n'ignorait-il pas le mot qui était déjà en usage plus ou moins restreint, ici ou là. Mais il lui préféra des expressions plus concrètes, plus en harmonie avec les aspirations populaires que la Révolution avaient promues en formules de rassemblement politique : « bonheur commun », « égalité réelle » ou « parfaite », « communauté des biens et des travaux » ou « propriété commune » ; il préconisait l'

« association entière », exigeait l' « administration commune » au service des « co-associés », etc. Car Babeuf ne rêva pas seulement de transformer la société en en proposant le modèle théorique : il entreprit de s'y consacrer pratiquement et c'est bien ici, dans ce choix, que se montre son inépuisable originalité. Découvrant les immenses possibilités que recélait l'invention de la démocratie politique, laquelle fit irruption dans l'histoire des hommes avec la Révolution française, il n'eut de cesse de se servir du levier de la « politique », pour tenter de produire du réel à partir de l'idéel.

À cette fin, dès le mois de juillet 1789, il chercha à utiliser tous les leviers, ceux de l'information, celui de l'invention d'un mode d'écriture, de publication et de discours, l'art de semer l'agitation dans la foule, de favoriser la mobilisation des « frères », des « amis », et de tous les « autres » si possible, pour faire élire les plus déterminés aux postes clés et contraindre le gouvernement, bientôt celui de la République, à transformer l'ordre social à seule fin de fonder sur la valeur de « fraternité » les rapports entre des individus humains, devenant libres, oui « libres », parce qu' « égaux ».

En vérité, ce sont ses disciples posthumes, entre 1830 et 1840, qui ont fini par appeler « communisme » le corps de doctrine que Babeuf, avec ses amis les « Égaux », avait élaboré dans l'urgence et la chaleur des affrontements qui suivirent l'effondrement accéléré, après le 9 thermidor, du gouvernement révolutionnaire de l'an 2 de la première République. En quoi, ils ont fait de Babeuf le premier protagoniste du combat communiste contemporain pour l'égalité et le libre développement de chacune et chacun, condition première du « bonheur commun ».Vous ferais-je confidence ? C'est en 1958, à l'instigation d'Albert Soboul, que je suis entré dans l'univers de Babeuf dont je ne connaissais que quelques textes lus rapidement dans l'anthologie alors publiée dans la collection « les Classiques du peuple » par Claude et Germaine Willard. Cette découverte a réorienté mon existence. Depuis plus d'un demi-siècle : je ne me suis jamais éloigné de Babeuf, non pour me retrancher de l'actualité du monde mais au contraire pour mieux m'y impliquer.

Aujourd'hui, il est de bon ton de renoncer aux héritages culturels et de tenir pour vieilleries dépassées ce pour quoi nos pères et mères et nos frères d'espérance, naguère, ont combattu. Tel politicien ambitieux, maire périparisien d'une ville qui n'existait pas à l'époque de Babeuf et de surcroît « député », trouve un air dépassé au « socialisme » qui, selon lui, ferait très « dix-neuvième siècle » et propose aux siens de s'en affranchir ; tels autres, très proches de moi, assommés (on les comprend) par le rude et inacceptable échec des entreprises historiques issues de la révolution russe d'octobre 1917, du mot « communisme » dont on pensait qu'il en incarnait la substance, voudraient en faire abstraction.

On y renoncerait : dans la communication politique naturellement, mais aussi dans la programmation affichée d'une transformation sociale dont les prémisses apparaissent dans le cours même des luttes populaires, et même dans l'imaginaire des protagonistes. Billevesées que tout cela ! L'histoire, toute l'histoire est en nous, en chacune et chacun, et en nous tous collectivement : renoncer à s'inscrire dans son histoire, c'est renoncer à soi-même. En prolongeant le meilleur des ambitions émancipatrices venues du plus loin, et sans rien ignorer des étroitesses de naguère, des impasses et des échecs, des errements, des malfaçons et des crimes, c'est alors qu'on dégage le plus clair des horizons.

Revenons à Babeuf. François-Noël, son prénom de baptême, paraissait à ses yeux, symbole de soumission à la longue histoire de l' « Ancien Régime » cléricalo-monarchique. Comme d'autres révolutionnaires de son temps, il décida donc de s' « impatroniser » (sic) autrement. Le 5 octobre 1794, donnant le titre de Tribun du peuple au journal qu'il venait de fonder, comme étant, selon lui, la « dénomination la plus équivalente à celle d'ami ou de défenseur du peuple », Babeuf choisit simultanément de se prénommer « Gracchus ». Il justifia son choix par l'hommage qu'il voulait rendre aux Gracques, les fameux tribuns du peuple qui avaient voulu, de 133 à 121 avant Jésus-Christ, distribuer les terres du « domaine public » aux citoyens pauvres et accorder à tous les Latins la citoyenneté romaine. Babeuf s'en explique devant les lecteurs de son journal : « Je justifierai aussi mon prénom. J'ai eu pour but moral, en prenant pour patrons les plus honnêtes gens à mon avis de la République romaine, puisque c'est eux qui voulurent le plus fortement le bonheur commun ; j'ai eu pour but, dis-je, de faire pressentir que je voudrais aussi fortement qu'eux ce bonheur, quoiqu'avec des moyens différents. »
Entendons le sens des mots de Babeuf. Un « but moral » : que serait en effet la politique sans la morale ? Posture, cynisme, hypocrisie... « Les plus honnêtes gens de la République romaine » : s'inscrire dans la continuité du combat historique, même soldé d'un échec retentissant en son temps, pour l'émancipation humaine...

Mais avec « des moyens différents » : contemporain du siècle des Lumières, Babeuf met la question de la révolution sociale à l'ordre du jour de son temps, lequel se situe à l'orée du nôtre.
Oui, convoquons notre Babeuf d'hier, pour le présent et pour l'avenir...

Ce qui veut dire l'éternité" !

Claude Mazauric

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20 novembre 2016 7 20 /11 /novembre /2016 10:32

La fête organisée par le P.C.F., à Pont-L'abbé, le 7 août 1938. Après une rapide évocation de la préhistoire et de l'histoire de la Bretagne illustrée d'images de menhirs et de dolmens, d'églises et de paysages Bretons, Marcel Cachin, en voix off, commente la préparation et le déroulement de la fête du parti communiste dans la capitale du pays bigouden : passage d'une camionnette de l'Humanité sur le port de Lesconil, manifestation et défilé folklorique dans les rues de Pont-l'abbé, démonstration de danses et de chants et, in fine, allocutions politiques. 
Après la brève intervention du secrétaire de la région Bretagne du parti communiste (Alain Signor), Marcel Cachin, président des Bretons émancipés, appelle au renforcement des acquis du Front populaire et conclut par une défense de la culture et de la langue bretonne. 
Breiz Nevez illustre avec force les solides implantations - très localisées - du parti communiste en Bretagne, ainsi que sa politique culturelle sous le Front populaire, politique syncrétique, à la fois régionale et nationale. 
Les plans sur la camionnette de l'Humanité furent interdits par la censure.

Générique : «Les Films Populaires présentent / Breiz Nevez (Bretagne Nouvelle) / avec la participation de la chorale Labour ha Kan des Bretons émancipés/ du bard Milbeo (soliste) et de la Kenvreuriez Ar Viniouerien Vrezon / commentaire de Marcel Cachin, Directeur de l'Humanité / réalisé par l'équipe technique de la société "La Marseillaise"». 
Musique : l'Internationale (en Breton). Les autres chants bretons (d'inspiration galloise, folklorique ou religieuse) sont sans connotation politique. 
Avec la participation de : la chorale Labour Hakan, des Bretons émancipés (qui chantent l'internationale dans leur langue), du bard Milbeo et de la Keuvreuriez Ar Vinioucrin Vrezon. 
Commentaire : Marcel Cachin, directeur de l'Humanité. 
Lieux et monuments : Lesconil, Concarneau, Pont-Labbé, une chapelle du pays bigouden décapitée suite à la révolte des Bonnets Rouges. 
Personnalités : Marcel Cachin, Alain Signor, Eugène Hénaff (à la tribune).

Note : [Extrait du commentaire de Marcel Cachin]. " Ici, sur la côte bretonne du sud Finistère, les marins se livrent surtout à la pêche côtière, métier pénible, dangereux entre tous, dont les victimes sont nombreuses, dont les risques sont de chaque jour, et qui par surcroît n'enrichit pas les travailleurs de la mer soumis à l'exploitation des capitalistes de la conserve. Ils sont plusieurs dizaines de milliers qui se groupent et se défendent en adhérant à leurs syndicats de la CGT et aux partis les plus hardis de la classe ouvrière."
 

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20 novembre 2016 7 20 /11 /novembre /2016 10:26
Contre le roman ou le récit national et nationaliste, l'histoire comme éveil de l'intelligence critique - L'Humanité, 14 novembre: tribunes des historiens Martine Larrère, Anne Jollet, Pierre Serna

C'est déjà un débat qui date de la Révolution Française: l'école, devenue gratuite et universelle, doit-elle viser l'instruction, l'éveil de l'intelligence critique et l'autonomisation intellectuelle des individus pour en faire des sujets - c'est la position que défendait le grand penseur et humaniste Condorcet - ou l'éducation et la transmission des valeurs pour former une communauté nationale homogène avec des citoyens suivant les normes du régime politique nouveau - c'est la position de l'évêque défroqué Talleyrand-Périgord.   

Ces débats reviennent avec un arrière-plan de nostalgie, de vision passéiste, d'inquiétude identitaire et d'instrumentalisation politique de l'histoire et du débat sur l'école aux relents nationalistes ou xénophobes, c'est selon, dans des propos comme ceux de Fillon, Sarkozy. 

L'Humanité du 14 novembre a consacré des pages débats très intéressantes à la question des finalités de l'enseignement de l'Histoire dans l'école de la République.  

Enjeu: la formation de l'esprit critique, de l'ouverture au monde et à la diversité des formes d'existence sociales, la transmission de la vérité, celle d'une histoire nationale plurielle, contradictoire, parfois douloureuse pour notre narcissisme ou notre chauvinisme spontané, non réductible aux significations simplificatrices et aux assimilations rétrospectives à des fins politiques.   

***

La notion de roman national est-elle compatible avec le travail historique ?
Enseignement, recherche et mémoire
LUNDI, 14 NOVEMBRE, 2016
L'HUMANITÉ

Avec Mathilde Larrère

Maître de conférences en histoire contemporaine Anne Jollet Historienne, coordonnatrice de la rédaction des Cahiers d’histoire et Pierre Serna Directeur de l’Institut d’histoire de la Révolution française, Paris-I

L’esprit critique aiguisé par le questionnement du passé par Mathilde Larrère Maître de conférences en histoire contemporaine

mathilde Larrere photo fournie par elle memeQuelle histoire enseigner aux enfants ? Sur quoi mettre l’accent ? Et surtout pour quelle finalité ? Ces questions animent les historiens, mais également le monde politique et plus généralement la société. Depuis le second Empire et jusqu’aux années 1950, la réponse à ces questions a fait consensus. Alors les enfants des écoles ont été bercés par les récits héroïques de nos « ancêtres les Gaulois », ont pu en secret en vouloir à Charlemagne d’avoir « inventé l’école », s’enorgueillir du « Roi-Soleil », vibrer à la prise de la Bastille, se féliciter de porter la « civilisation » en Afrique et en Asie, avant de rendre un vibrant hommage à nos poilus morts pour la France. Le voilà, le roman national, avec sa galerie (virile) de grands hommes (blancs), auxquels le petit républicain français est appelé à s’identifier sa marche inéluctable vers le progrès. Qu’importent les libertés prises avec la vérité historique, l’objectif est d’unifier Bretons et Auvergnats, de transmettre l’amour de la République, encore contestée.

Mais le consensus se fissure de partout… Le roman national devient caduc. Comment défendre la marche vers le progrès après le nazisme ? Peut-on imposer aux enfants de l’immigration la même acculturation nationale que jadis aux particularismes régionaux ? Comment, demandent les historiens, continuer ce récit qui s’assoit sur le renouvellement profond de la recherche, enracine des erreurs ? Comment répondre aux nombreuses sollicitations de « devoir de mémoire » ? On pourrait débattre mais voilà qu’on se bat. Entre ceux qui pensent que pour « intégrer » les enfants issus de l’immigration il faut leur rabâcher l’histoire de France pour qu’ils l’aiment et la fassent leur, et ceux qui pensent qu’au contraire il faut s’ouvrir aux histoires des autres continents, mettre au jour les différences, les métissages, tisser un récit commun, mais, justement, commun à tous. Entre ceux qui pensent que l’histoire doit faire aimer la France, et ceux qui défendent qu’elle doit former à l’esprit critique. Ceux qui considèrent que l’histoire de l’esclavage, des colonisés, n’est qu’affaire de communautarismes qui diviseraient la nation, incitation à avoir honte d’être français, et ceux qui montrent au contraire que les dominations qui ont permis ces crimes sont l’histoire de tous, une histoire qui travaille encore notre société. Je suis, vous l’aurez compris, dans le deuxième camp.

Le contenu de ce roman national, rebaptisé récit national pour mieux le faire passer, oppose les forces politiques entre elles. « Nos ancêtres les Gaulois » pour la droite (et l’extrême droite), « les fils de la Grande Révolution » pour la France insoumise. Que chaque famille politique tire le fil de ses héritages, choisisse ses références, quoi de plus normal ? Mais cela ne saurait tenir quand il est question de ce que l’on enseigne dans les classes. En plus de la question du contenu, c’est l’idée même de l’enseignement d’un récit national qui pose problème. Parce que, justement l’histoire ne saurait se limiter à une recherche en paternité qui ferait faussement croire à une identité permanente et figée dont il faudrait trouver l’origine. Parce que, intrinsèquement, le roman-récit national ouvre la boîte de Pandore des appropriations politiques. Parce qu’il ne saurait former à l’esprit critique pourtant au cœur de la discipline historique.

Les enfants n’aimeront pas la France, qu’ils soient ou pas issus de l’immigration, et ce à quelque génération que ce soit, parce qu’on les aura bercés de beaux récits émouvants, Alésia ou Valmy, mais quand, citoyens à l’esprit critique aiguisé par le questionnement du passé, ils sauront apprécier, ou défendre, des politiques qu’ils trouvent justes.

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Des savoirs qui doivent être mis en commun 

 par Anne Jollet Historienne, coordonnatrice de la rédaction des Cahiers d’histoire

Anne JOLLET, enseignante en histoire à l'université de Poitiers. Rédactrice en chef des Cahiers d'histoire. Revue d'histoire critiqueCredit photo : DRFaut-il revenir encore sur le roman national ? N’a-t-on pas tout dit sur ce leurre ? Des textes nombreux et efficaces ont été écrits ces dernières années. Mais en dépit du sentiment de lassitude qui peut nous saisir, il faut redire, car l’assaut des affirmations de plus en plus réactionnaires ne faiblit pas. Les surenchères des droites emplissent l’espace public et parviennent à faire passer pour neuves les pensées les plus archaïques en matière d’histoire. Nous voilà revenus à l’idée que l’histoire pourrait être notre radeau face aux désarrois sociaux : les historiens sont désormais ouvertement sommés de fabriquer un consensus imposant de se penser tous semblables, bien serrés les uns contre les autres face aux menaces de l’étranger grâce à l’exaltation d’ancêtres réputés communs. Recours magique qui peut certes flatter l’historien placé au cœur de la fabrique sociale ! Recours menaçant à la fabrication idéologique d’un discours dominant venant masquer les contradictions du réel dans le passé, à des fins d’ordre social dans le présent.

Pour aller vite, ces pensées oscillent entre deux idées également dangereuses. D’une part, celle du nécessaire récit, cohérent, dessinant à des fins pédagogiques les caractéristiques d’une histoire singulière, française, et les imposant, notamment par l’école, les fameux programmes scolaires, pour produire une adhésion affective à une identité nationale glorieuse. Exit les millions de morts de faim du règne de Louis XIV, vive les ors de Versailles ! Chantons la gloire de nos ancêtres vaillants Gaulois, christianisés si possible ! L’autre dimension du credo réactionnaire est qu’il y aurait une réalité de cette histoire « une », « notre histoire », celle d’une entité quasi éternelle, au-delà des heurts et des aléas des processus de construction des nations, dotée de caractères ancestraux, dont l’histoire, notamment enseignée, devrait prioritairement rendre compte. Une histoire nationale légitimant le roman national. À ces assignations, les historiens répondent de façon double.

D’une part, construire une romance n’est pas la fonction de l’histoire. D’autre part, l’histoire des hommes qui habitent ce bout de terre qu’est aujourd’hui la nation qui se nomme France n’est pas une, n’a jamais été une. On a peine à devoir répéter que l’histoire est un savoir qui ne reproduit pas du réel. L’histoire construit à partir de questionnements, qui sont ceux de divers acteurs d’une société, des hypothèses sur le passé. Elle est un travail intellectuel critique appuyé sur des traces diverses du passé. Elle apprend à construire un rapport distancié au passé qu’elle contribue à rendre présent. Elle apprend à lire des « points de vue » et à s’en déprendre. Pas plus que « nos enfants », les historiens ne perdent « leurs repères ». Ils en construisent constamment, par leurs recherches, de nouveaux.

Oui, dans une société qui change, l’histoire change. Oui, comme nous nous attachons à le mettre en œuvre dans les Cahiers d’histoire, l’histoire critique de notre temps est une histoire de la diversité sociale, de la diversité des luttes, animées par la diversité des trajectoires, histoire d’êtres humains qui toujours circulent, échangent marchandises et savoirs, et vivent, par la guerre comme par la paix, de perpétuels métissages.

Non, l’histoire n’est pas une réserve à nostalgie, elle malmène les mémoires tout en contribuant à les construire. Et oui, bien sûr, elle a une part de responsabilité dans le devenir commun. Oui, elle contribue, avec bien d’autres vecteurs, à produire des savoirs qui doivent être mis en commun, qui doivent être, dans une démocratie, appropriés, débattus, mais aussi produits par l’ensemble des citoyen-nes.

Ces savoirs, notamment par l’école, mais aussi par les médias quand ils parviennent à être intelligents et démocratiques, fabriquent bien mieux du commun, des compréhensions sociales partagées, voire de l’identité collective au présent, ancrée dans les réalités sociales du présent, que les mythologies nationalistes imposées par le roman dit national, que l’on devrait peut-être nommer plutôt, pour le renvoyer vers les oubliettes de l’histoire, le vain « roman chauvin ».

 

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Une forme de trumpisation des esprits par Pierre Serna Directeur de l’Institut d’histoire de la Révolution française, Paris-I

Pierre Sernaphoto libre de droits fournie par lui même credit : DRConnaissez-vous la bataille de Vertières ? Pour l’écrasante majorité, la réponse sera non. Le 18 novembre 1803, les armées composées de soldats noirs et libres vont défaire le corps expéditionnaire français, envoyé quelques mois plus tôt par Bonaparte afin d’imposer l’ordre à Saint-Domingue et y rétablir l’esclavage, après que la Convention l’a aboli le 4 février 1794. Inique, le décret du 20 mai 1802 constitue une régression historique, accompagnée d’une expédition colonialiste d’une violence extrême, dans la volonté de tuer, massacrer des populations entières de citoyens libres, mais surtout leurs femmes qui pourraient éduquer leurs enfants dans le culte de la liberté conquise au temps de la République. Les armées françaises décimées par la maladie sont battues à plate couture et le rêve colonialiste de l’apprenti dictateur français s’arrête là.

Prenons de la hauteur, dépassons le cadre national. Pour la première fois un corps expéditionnaire européen est battu par des soldats noirs, anciennement esclaves, combattant pour la liberté. Cette victoire va déstabiliser toute la puissances de la Caraïbe, devant désormais faire face à la circulation des nouvelles et à la connaissance par leurs esclaves de l’indépendance de Saint-Domingue devenue Haïti quelques semaines après la victoire militaire, en janvier 1804. Prenons encore plus de hauteur ; c’est au nom des idéaux d’une égalité universelle, défendue depuis 1789 par les patriotes les plus radicaux, que les soldats noirs chantant parfois la Marseillaise combattent contre les soldats polonais et français d’en face, abasourdis d’entendre le chant de la liberté française… et se tournant vers leurs officiers pour leur demander des explications, pendant que ceux-ci les forcent à marcher ! Voilà des faits que les récents travaux des historiens ont mis au jour.

Est-ce une insulte au récit national ? Il faut s’entendre sur les termes. Si le récit national est cette production nauséabonde qui vise à inventer un agencement de faits pour donner un sens à l’histoire de France, donnant à connaître à tous la bataille d’Austerlitz et laissant dans l’ombre cette victoire/défaite de Vertières, alors le récit national est encore et toujours à déconstruire. Si le roman national vise désormais à une forme de trumpisation des esprits, incarnant un patriotisme xénophobe, recroquevillé sur un réflexe identitaire et désignant l’étranger, le migrant, le travailleur clandestin ou le réfugié comme autant de dangers, l’historien se doit d’intervenir pour dire ce que furent les faits, pour ne pas s’ériger en juge de la vérité, mais en simple et bon artisan de la restitution du réel. Le fantasme d’un roman national incarne aujourd’hui cet espoir nationaliste de voir éradiqué l’Autre, dans l’angoisse d’une France à la couleur plus cuivrée demain. Alors l’historien doit sans cesse ouvrir les chantiers nécessaires pour rendre justice aux faits et rien qu’aux faits dans leur complexité. Gérard Noiriel, Nicolas Offenstadt ont écrit de belles pages sur la nécessité de construire la rigueur du travail de l’historien pour ne pas répondre au roman national par un autre roman historique. Il s’agit de rendre à chaque acteur, fût-il le plus modeste, sa part dans la construction du réel et dans la conquête de la liberté, et de la constater en toute simplicité.

Où est la repentance dans ce constat ? Où est la prétendue autoflagellation dans ces preuves ? En quoi est-ce honteux de raconter ces faits et de les démontrer ? N’est-ce pas une partie intégrante du métier d’historien héritée de la critique des Lumières de ne pas accepter une vérité construite mais de la vérifier avec des sources et des documents dans une recherche de causalité qui est aussi le cœur du métier de l’historien ? Pourquoi le réel fait-il donc si peur aux constructeurs de romans nationaux et en quoi l’histoire de France serait-elle amoindrie ? L’histoire n’a pas de frontières. En racontant au plus près les détails les plus triviaux des sans-grade, des sans-voix, des sans-parole, elle s’approche au plus près d’une histoire universelle, où chacun, quel qu’il soit, porte une part de l’humanité en lui et a le droit, comme le rappelait la Constitution de 1793, pour la première et unique fois dans l’histoire, de faire acte d’insurrection contre un pouvoir arbitraire. Ce sont là des faits.

Comme toute fiction, le roman invente une représentation du passé, un bon moyen idéologique de bercer le plus grand nombre. Le roman nationaliste puise à pleines brassées dans la nostalgie d’un âge d’or. L’historien doit demeurer vigilant et comprendre que son travail s’inscrit dans le présent, l’analyse et l’explique. Plus que la fiction omniprésente de la fable de la bonne reine de France Marie-Antoinette archimédiatisée, ce sont toutes les luttes actuelles en Tunisie, en Grèce, en Espagne et aussi en France qui expriment le mieux le réel de ceux qui ont eu le courage de dire non, en 1789, en 2016, et demain.

le Petit Lavisse enjoint aux élèves : « Tu dois aimer la France, parce que la Nature l’a faite belle et parce que l’Histoire l’a faite grande. »

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16 novembre 2016 3 16 /11 /novembre /2016 12:38
"14 juillet" (Actes Sud, 2016 ) - 19€

"14 juillet" (Actes Sud, 2016 ) - 19€

Les éditions Actes Sud ont fait paraître en mars dernier un roman historique profondément original, "14 juillet", d'Eric Vuillard, écrivant résidant aujourd'hui à Rennes et qui a déjà écrit "Conquistadors" (2009), "La bataille d'Occident" (2012), "La tristesse de la terre".   

Nous voici plongés au coeur de l'événement, aux prémisses d'une Révolution française qui nous est racontée presque pour la première fois du côté du peuple, en sa compagnie (même si on trouve aussi des efforts de ce genre du côté de Jaurès, puis des historiens de gauche qui ont travaillé sur les sans-culottes, les clubs et les sociétés populaires, Mathiez et Soboul), non plus une masse anonyme et une abstraction personnifiant la volonté de naître à soi-même de la France sous la conduite de ses glorieux représentants, parlementaires et autres généraux issus de la bourgeoisie, mais une addition d'individus marqués par une communauté de destin et de classe sociale - artisans, ouvriers, chômeurs, domestiques, femmes de charge, lessiveuses - le petit peuple de Paris rendu à son humanité, sa diversité, sa truculence et son audace, sans arrière-pensées excessives.

Ce livre nous ramène aussi à la dialectique entre le hasard et la nécessité dans l'histoire: nécessité produite par la conjoncture, un ordre de la société qui ne peut plus tenir sur ces bases, et hasard de l'étincelle qui allume la mèche, contingence des initiatives individuelles qui créent de la contagion. L'histoire en train de se faire, dans une part d'inconscience des acteurs.  

Car la prise de la Bastille, ce défi suprême au pouvoir royal, ne s'est pas vécu sur le moment comme un projet révolutionnaire conscient pour abattre la monarchie, mais plutôt comme une revanche sur une répression sanglante d'une manifestation populaire de la faim par la garde royale. Une de plus...

Ce livre admirablement bien écrit, avec des chapitres courts et plaisants porteurs d'idées, des phrases ciselées, des mots choisis, y compris quand ils réveillent la langue aristocratique ou populaire du XVIIIe siècle, nous replace avec bonheur dans le contexte de cette fin du XVIIIe siècle marqué par la crise, la dette de l'Etat, la volonté de faire payer au peuple toujours plus d'impôts pour couvrir les dépenses somptuaires du roi et de l'aristocratie, et ne s'interdit pas les parallèles, parfois avec malice en jouant sur les anachronismes, avec notre situation contemporaine qui présente un certain nombre d'analogies avec ce contexte révolutionnaire.

Il se place résolument du côté des sans-grades qui ont fait la révolution et qui les premiers ont fait le sacrifice de leur vie par désir de dignité, de liberté et d'égalité, et tout simplement pour faire l'épreuve de la puissance des gueux, en moquant les bourgeois et les personnes distinguées qui ont souvent parlementé pour sauver l'ordre et la propriété.

Une lecture à recommander chaudement, pour 19 euros, dans toutes les bonnes librairies.   

Le 14 juillet, jour de notre fête nationale, y retrouve en tout cas de son caractère subversif et inouï. 

Ismaël Dupont

     

      

Eric Vuillard

Eric Vuillard

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11 novembre 2016 5 11 /11 /novembre /2016 07:45
11 novembre 1940: un éclair d'espoir au début de la nuit noire de l'occupation: les étudiants parisiens manifestent place de l'Etoile!
11 novembre 1940: un éclair d'espoir au début de la nuit noire de l'occupation: les étudiants parisiens manifestent place de l'Etoile!

11 novembre 1940, les étudiants manifestent place de l’Étoile !


La manifestation du 11 novembre 1940 et son retentissement, par Francis Cohen

 

(lu sur la page Facebook de Robert Clément, un brillant camarade communiste parisien qui entretient la mémoire du monde ouvrier et du communisme, notamment sur le plan de ses aspects culturels ).  


Pour bien comprendre la manifestation des lycéens et étudiants sur les Champs Elysées le 11 novembre 1940, il faut se reporter en pensée à la situation d’alors.
Cinq mois ne s’étaient pas écoulés depuis l’entrée des troupes allemandes à Paris. La stupeur, le désarroi, la confusion qui avaient frappé la grande majorité de la population commençaient à peine à se dissiper. L’occupation n’avait pas encore révélé ses méfaits.
Les actes de résistance avaient commencé. Des petits groupes se formaient, mais on ne peut pas parler alors de mouvement organisé sur une grande échelle. De Gaulle était encore peu connu, contesté. Les premiers résistants (qui ne se désignaient pas encore sous ce nom) étaient inspirés par deux courants de pensée principaux, qui allaient peu à peu se rencontrer. L

e premier, d’inspiration souvent nationaliste, voulait simplement (ce qui était déjà beaucoup!) continuer la guerre et se nourrissait de sentiments patriotiques et anti-allemands. Le second, nettement plus nombreux, était antifasciste, démocrate et républicain. C’est à ce second courant que se rattache l’action des communistes.
 

Le climat a l’université
 

Les universitaires, enseignants, étudiants et lycéens des grandes classes constituaient un milieu limité, particulier. L’antihitlérisme, le soutien au Front Populaire et à l’Espagne Républicaine y avaient laissé des traces profondes, malgré le munichisme de certains. Dans les lycées des beaux quartiers, le nationalisme, voire le militarisme, étaient endémiques.
Les révocations d’enseignants communistes, «franc-maçons» (lisez républicains) et juifs commençaient. Les nazis cherchaient à gagner les intellectuels en multipliant les conférences et les écrits de ceux d’entre eux, rares à vrai dire, qui adhéraient à l’idéologie hitlérienne.
Notre action d’étudiants communistes se déroulait dans ce climat. Nous dénoncions les atteintes à la culture française et, comme les autres communistes le faisaient dans leurs secteurs, nous défendions les revendications immédiates des étudiants (organisation et études, situation matérielle) qui les mettaient en conflit avec les autorités. Nous étions peu nombreux, mais très actifs. Nous agissions par tracts, journaux, papillons, bouche à oreille.
De leur côté, les universitaires communistes, non moins actifs, préparaient, entre autres, la sortie du journal clandestin l’ «Université Libre», dans un esprit de défense de la culture et de l’indépendance de la France, en diffusant notamment un Appel du PCF aux intellectuels.
L’arrestation de Paul Langevin
Deux événements marquants allaient se produire à la fin octobre 1940. Le premier était d’ordre général: c’était l’entrevue de Montoire entre Pétain et Hitler, le 24. Les choses commencèrent à s’éclairer: le mot et la notion de collaboration étaient lancés.
Le second allait secouer le Quartier Latin: l’arrestation le 30 octobre, par des officiers allemands, du professeur Langevin. Aussitôt, des tracts appelèrent à la protestation et à la manifestation. Ils émanaient des étudiants communistes et d’un Comité de Défense des Professeurs et Etudiants de l’Université de Paris qui s’était constitué clandestinement et réunissait des universitaires de tendances très diverses. Un appel fut lancé à manifester au Collège de France le 8 novembre, au moment où Langevin aurait dû faire son cours. Le 8, à 16 heures, dans un quartier envahi par les forces policières françaises et sillonné par des automitrailleuses allemandes, un grand nombre d’universitaires et d’étudiants se retrouvèrent et se massèrent silencieusement devant le Collège de France. En même temps, plusieurs dizaines d’enseignants et chercheurs s’introduisaient dans l’amphithéâtre où Langevin aurait dû être et écoutaient une brève allocution de Frédéric Joliot-Curie. La manifestation se conclut par un cortège d’une trentaine d’étudiants communistes qui parcourut le Quartier en criant «Libérez Langevin» et en chantant «La Marseillaise».
 

Du 8 au 11 novembre
 

La radio de Londres avait donné le conseil d’aller aux monuments aux morts le jour du 11 novembre. Le PCF avait lancé un mot d’ordre analogue. Sur cette base, était apparue l’idée d’aller silencieusement fleurir la tombe de l’Inconnu. Cette idée rencontrait le désir de manifester son patriotisme. Elle circula, fut reprise par des petits groupes plus ou moins structurés dans les facultés et les lycées, et atteignit de nombreux individus isolés.
Quant à nous, au début, nous n’étions pas partisans d’une manifestation à l’Etoile, craignant les provocations et les réactions des jeunes devant la répression violente que nous prévoyions. Nous préférions donner la consigne de manifestation devant les monuments au morts des établissements d’enseignement, où il nous semblait plus facile et plus sûr de rassembler les élèves et étudiants.
C’est au soir du 8 novembre, devant le succès de la manifestation pour Langevin, et aussi à cause des échos qui nous parvenaient sur l’accueil à l’idée de la marche à l’Etoile, que nous avons révisé notre position et nous nous sommes ralliés à cette idée. Nous avons consulté la direction du Parti, qui nous a donné son accord. François Lescure, qui était à la fois le représentant légal de l’Union Nationale des Etudiants à Paris et membre (avec Suzanne Djian et moi-même) du «triangle» de direction de l’Union des Etudiants et Lycéens Communistes illégale, a aussitôt fait adopter ce point de vue par le petit groupe des militants qui travaillaient autour de l’U.N.E. et des oeuvres sociales universitaires. Des tracts et des papillons ont été multipliés dans ce sens, le bouche à oreille mis en action.
 

La manifestation et son retentissement
 

Le résultat convergent de tous ces efforts organisés et des participations spontanées, individuelles et collectives, dépassa les attentes des antihitlériens et les craintes des nazis. Des milliers d’étudiants et surtout de lycéens se retrouvèrent l’après-midi du 11 novembre sur les Champs Elysées.
Certes, les quelque soixante jeunes filles et jeunes gens qui étaient alors explicitement membres de l’organisation communiste étudiante clandestine ne pouvaient pas former la masse des défilés. Mais ils constituaient la seule force organisée, agissant dans le cadre d’une force politique d’échelle nationale.
La police française était massivement présente. Il y eut intervention des forces allemandes, dont les véhicules blindés dispersèrent la foule. Il y eut des coups de feu, des blessés, des arrestations (environ 150 d’après diverses sources).
Le mythe de la correction allemande, le caractère idyllique de la toute neuve «collaboration» volaient en éclat.
En même temps, diverses composantes de ce qui allait devenir la Résistance Nationale s’étaient retrouvées, ou du moins avaient découvert qu’elles avaient quelque chose de fondamental en commun.
Pour une part, l’effet d’intimidation a pu jouer sur certains qui n’étaient pas préparés à se trouver en face d’une répression sanglante. Les conseils d’attentisme ont pu en être confortés. Mais c’est fort loin d’avoir été le résultat essentiel. Au contraire, c’est la détermination des patriotes et des antifascistes qui s’est trouvée renforcée. L’opinion publique a eu la révélation à la fois de l’existence de gens et de groupements prêts à manifester et du véritable visage de la «collaboration» naissante.

C’est à juste titre que cette date est restée dans l’histoire comme un jalon capital dans le développement du mouvement de la Résistance.
 

(*) Une étude plus détaillée de ces événements, dont des éléments ont été repris ci-dessus, a paru sous la signature de Francis Cohen dans le numéro de janvier 1988 du Bulletin du Musée de la Résistance Nationale, «Notre musée» (88, rue Max Dormoy-94000 Champigny. Tél. 46.72.40.99.)
Francis Cohen

11 novembre 1940: un éclair d'espoir au début de la nuit noire de l'occupation: les étudiants parisiens manifestent place de l'Etoile!
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