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21 décembre 2016 3 21 /12 /décembre /2016 14:38
"Les communistes et la Résistance": un appel d'anciens résistants, membres du PCF, à l'occasion d'un hommage à Venise Gosnat à Concarneau le 12 octobre 1975 au CAC (mémoire de la résistance finistérienne, Archives Pierre Le Rose)
"Les communistes et la Résistance": un appel d'anciens résistants, membres du PCF, à l'occasion d'un hommage à Venise Gosnat à Concarneau le 12 octobre 1975 au CAC (mémoire de la résistance finistérienne, Archives Pierre Le Rose)

 Venise Gosnat fut un des responsables du Parti Communiste, et fut probablement un des acteurs de la relation avec le Komintern. Pendant la guerre, il est inter-régional du PCF clandestin en Bretagne. Il fut longtemps adjoint de l’emblématique maire communiste d’Ivry sur Seine, Georges Maranne, qui fut le premier magistrat de la ville de 1925 à 1965 (à l’exception de la période de la guerre)

Les Communistes et la Résistance! 
(un appel d'anciens résistants, membres du PCF)

Octobre 1975, à Concarneau  

Le dimanche 12 octobre prochain, à partir de 10 heures au Centre des Arts et de la Culture de Concarneau, Georges Gosnat, membre du comité Central du Parti Communiste Français, député d'Ivry-Vitry sera à Concarneau pour présider une Exposition-Vente de livres sur la Résistance. 

Georges Gosnat est le fils de VENISE GOSNAT, l'un des principaux dirigeants communistes clandestins en Bretagne pendant l'occupation. A ce poste, où plusieurs d'entre nous 'ont connu en ces années difficiles, il fallait tenir haut et ferme le drapeau du Parti à la tête de la lutte pour la libération de la France, pour reconquérir l'Indépendance Nationale. 

Un livre de Jean Chaumeil exalte la vie de Venise Gosnat, forgeron, adjoint au maire d'Ivry, le "Vieux Georges" pendant l'Occupation. 

Nous appelons les jeunes, les hommes et les femmes de l'agglomération concarnoise et du Finistère-Sud à assister à la réception avec Georges Gosnat, lui-même résistant, membre communiste des gouvernements d'Union pour l'Indépendance de la France qui suivirent la Libération jusqu'en mai 1947. Notre camarade signera le livre à la mémoire de son père et d'autres livres de souvenirs et d'histoire sur la Résistance. 

Il est bien que Concarneau organise cette manifestation car cette ville a payé un lourd tribu au combat libérateur:

- le 1er fusillé de Bretagne, François Péron de Penmarc'h est tombé dès 1940 dans le bois de Keriolet

- Onze fusillés, deux massacrés, onze morts en déportation, huit résistants tués au combat, parmi lesquels le Maire communiste et conseiller général de Concarneau, le secrétaire de section du Parti, plusieurs jeunes communistes

- Cinquante-et-un tués à la guerre parmi lesquels le conseiller d'arrondissement communiste. 

Concarneau et le Sud-Finistère se souviennent!

Répondez nombreux à cette invitation: venez à Concarneau le 12 octobre.   

 

Signataires:

- Guillaume Bodéré, de Léchiagat

- Yves Bodigou, de Pont-L'Abbé

- Yves Cotty, de Moëlan-sur-Mer, dirigeant clandestin du P.C.F, déporté à Buchenwald de 1943 à 1945

- Yves Faou, de Châteaulin

- Robert Jan, F.T.P, membre du Comité Local de Libération, Conseiller général et conseiller municipal de Concarneau

- Jean-Désiré Larnicol, de Léchiagat, dirigeant clandestin du P.C.F, interné de la Résistance

- Jean Le Berre, dirigeant du PCF dans la clandestinité

- Jean Le Brun, déporté, maire du Guilvinec

- Théo Le Coze, de Quimper, né à Concarneau, dirigeant clandestin du PCF dans les Côtes-du-Nord

- Joseph Le Dantec, membre des JC avant-guerre et dans la clandestinité, F.T.P

- Paul Le Gall, F.T.P, membre du Comité Central du P.C.F, secrétaire de la Fédération du Finistère-Sud

- Michel Le Goff, de Trégunc, militant clandestin du P.C.F, F.T.P

- Louis Le Quillec, de Concarneau, Président du Comité de Libération de La Feuillée, beau-frère de Jean Garnier, communiste fusillé en Ille-et-Vilaine

- Pierre Le Rose, dirigeant du P.C.F et des J.C en 1943-1944, F.T.P, membre du comité départemental de Libération

- Christophe Poulichet, de Scaër, maire et Conseiller Général

- Pierre Salaün, de Scaër, interné à Châteaubriant et Vanves

- Daniel Trellu, de Bénodet, lieutenant-colonel Chevalier dans les F.T.P 

  

Archives Pierre Le Rose/ PCF 29 

 

Congrès du PCF à Strasbourg en 1947: au premier rang à gauche, Daniel Trellu, Pierre Le Rose, deux places après avec Marie Lambert, résistante et députée communiste du Finistère à la Libération (photo Pierre Le Rose, Archives Pierre le Rose - PCF 29)

Congrès du PCF à Strasbourg en 1947: au premier rang à gauche, Daniel Trellu, Pierre Le Rose, deux places après avec Marie Lambert, résistante et députée communiste du Finistère à la Libération (photo Pierre Le Rose, Archives Pierre le Rose - PCF 29)

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18 décembre 2016 7 18 /12 /décembre /2016 08:05
"C'était 1936 - Le Front Populaire en Bretagne" - un livre collectif à acquérir de toute urgence! (Le Télégramme, 16 décembre 2016)

Alain Le Moigne et Jean-Paul Sénéchal, du collectif d'historiens auteurs de « C'était 1936, le Front populaire vu de Bretagne » (336 pages, 20 €).  Jean-Paul Sénéchal, syndicaliste chercheur, écrit aussi actuellement son propre livre sur le Front populaire dans le Finistère. Il paraîtra aux Presses universitaires de Rennes au printemps.

 

Le Télégramme : « C'était 1936, le Front populaire ». Un livre le décrypte en Bretagne

Publié le 16 décembre 2016

Le Front populaire est très présent dans la mémoire collective, mais ses 80 ans ont généré peu d'écrits. Un collectif d'une dizaine d'historiens publie « C'était 1936, le Front populaire vu de Bretagne » (Goater).

« S'il y a un élan général vers la gauche et des idées progressistes en France en 1936, la Bretagne reste, quant à elle, une terre globalement conservatrice, rurale, à l'écart de l'industrialisation, avec quelques nuances, avec un poids du syndicalisme agricole et de l'Église assez fort. Il y a très peu de grèves en Bretagne en 1936 », expose le Cornouaillais Jean-Paul Sénéchal. Ce docteur en histoire a soutenu, fin 2015, une thèse sur l'impact du Front populaire dans le Finistère. Il fait partie des historiens chercheurs auteurs de l'ouvrage collectif « C'était 1936, le Front populaire vu de Bretagne » (Goater), publié en novembre, sous la direction d'Erwan Le Gall et François Prigent. 

Bleue, rouge et blanche


« Espace pluriel, entre Haute et Basse Bretagne, Bretagne bleue, rouge et blanche, la péninsule armoricaine témoigne de ce que le Front populaire ne concerne pas que les grands centres ouvriers tels que Brest ou Lorient mais traverse des milieux aussi divers que les campagnes du Trégor ou les anciens combattants en Ille-et-Vilaine », décrivent ces deux derniers, à propos de la Bretagne du milieu des années 1930. À distance des images symboliques du Front populaire, entre grèves et congés payés, ce volume, à la fois très documenté, circonstancié et accessible, livre, en 336 pages, un point sur l'état des connaissances, apporte un regard pluriel sur la Bretagne de l'époque. Des focales locales viennent ainsi illustrer une approche régionale du sujet.
 
 
Il y est, par exemple, question des luttes hégémoniques, front contre blocs, dans le Finistère (Jean-Paul Sénéchal), du « Morbihan contre le Front populaire ? (Yves-Marie Evanno), des luttes sociales sur la Côte d'Émeraude (Daniel Bouffort) ou dans les teillages de lin du Trégor (Alain Prigent), des luttes antifascistes dans les Côtes du Nord (François Prigent), du poids électoral des Anciens combattants en Ille-et-Vilaine (Erwan Le Gall) ou des Bretons de Saint-Denis contre Jacques Doriot (Thomas Perrono), de l'invention d'un nouveau marché touristique, avec les congés payés (Johan Vincent). De son côté, le docteur en histoire Alain Le Moigne s'intéresse à la grève du 30 novembre 1938 à Brest. « La fin des illusions », émet-il. « S'il n'a pas eu de mobilisation à l'arsenal de Brest deux ans plus tôt en 1936, c'est sans doute parce qu'il y avait eu la grève d'août 1935, durement réprimée avec trois morts et des dizaines de blessés. Et que dans le cadre de négociations avec l'État, les 40 heures et trois semaines de congés payés y étaient déjà acquises », éclaire-t-il. 

Novembre 1938, le fiasco


« Mais lorsque Paul Reynaud revient sur les 40 heures en 1938, la CGT entame une grève dans les services publics. À Brest, il n'y a que 5.000 à 6.000 grévistes, c'est un fiasco. Dans le même temps, quand on lit " Le Courrier du Finistère " de l'époque, il y a carrément un appel de la CFTC à discréditer la CGT, elle-même exposée à une scission interne, qui va effectivement perdre de l'influence, s'effondrer », rappelle Alain Le Moigne. « Il faut dire que les années 1930 marquent un tournant en Bretagne avec l'émergence des mouvements spécialisés de l'Église catholique (Jac, Joc) qui accompagne la montée de la CFTC, véritable syndicat de l'Église catholique. Sur le plan politique, c'est le développement de la démocratie chrétienne et le début de la disparition du radicalisme : la SFIO ouvrière devient plus une SFIO d'élus, de cadres », complète Jean-Paul Sénéchal.

© Le Télégramme

Et la table des matières du livre, envoyée par Jean-Paul Sénéchal, qui donne toute la mesure de la richesse de contenu de ce livre d'histoire à offrir pendant les fêtes: 

Introduction : Pourquoi le Front populaire en 2016 ? 

Par Erwan Le Gall et François Prigent . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 9

Espaces . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 12

Le Front Populaire en Bretagne, une mise en perspective 

Par Christian Bougeard . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 18

Front contre blocs : Luttes hégémoniques dans le Finistère au moment du Front populaire 

Par Jean-Paul Sénéchal . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 56

Le Morbihan contre le Front Populaire ? 

Par Yves-Marie Evanno . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 78

Conflits . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 102

Les luttes sociales sur la côte d’Emeraude au temps du Front populaire 

Par Daniel Bouffort . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .  108

Un mai de combat ! La presse socialiste en Bretagne et le moment 1936 

Par Alban Bargain-Villéger . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .132

La grève du 30 novembre 1938 à Brest ou la fin des illusions 

Par Alain Le Moigne . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 152

Le lin de colère au pays de Saint Yves. Les luttes sociales dans les teillages de lin du Trégor (octobre 1936-mars 1937) 

Par Alain Prigent . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .176

Milieux . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 202

Les luttes antifascistes dans les Côtes-du-Nord (1932-1936). A la recherche de l’unité, mouvement Amsterdam-Pleyel et comités paysans 

Par François Prigent . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 206

Bretagne et congés payés. 1936, l’invention d’un nouveau marché touristique ? 

Par Johan Vincent . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .  236

Unis comme au Front (populaire) ? Les anciens combattants d’Ille-et-Vilaine et le scrutin du printemps 1936 

Par Erwan Le Gall . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .  256

Les Bretons de Saint-Denis : acteurs du Front populaire contre Jacques Doriot 

Par Thomas Perrono . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .286

Conclusion : Nouvelles perspectives pour le moment 1936 

Par Erwan Le Gall et François Prigent . . . . . . . . . . . . . . . . . 309

Orientations bibliographiques . . . . . . . . . . . . . . . . 325

Alain Le Moigne et Jean-Paul Sénéchal, du collectif d'historiens auteurs de « C'était 1936, le Front populaire vu de Bretagne » (336 pages, 20 €).

Alain Le Moigne et Jean-Paul Sénéchal, du collectif d'historiens auteurs de « C'était 1936, le Front populaire vu de Bretagne » (336 pages, 20 €).

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18 décembre 2016 7 18 /12 /décembre /2016 07:23
Esteban Murla. Le dernier des réfugiés

Publié le 16 décembre - Sophie Prévost, Le Télégramme

 Capture d'écran.

Il est arrivé en train à Morlaix, avec sa mère et sept de ses frères et soeurs, durant l'été 1939. Esteban Murla avait quatre ans et ne parlait que l'espagnol. Fuyant la guerre civile et Franco, sa famille n'est jamais repartie vers la Catalogne. Soixante-dix-huit ans plus tard, le Plouganiste âgé de 82 ans est le dernier survivant de cette génération de réfugiés, qui se sont intégrés dans le pays de Morlaix.

Ses amis le surnomment « Popeye ». Du Trégorois, il a l'accent, la casquette et même la langue. « Je parle mieux breton que ma femme Simone, qui est pourtant née ici ! », s'amuse volontiers le vieux monsieur. Esteban Murla vit à Plougasnou. Bien loin du village de San Esteban de Bas, où il est né, il y a quatre-vingt-deux ans, en Espagne. À plus de 1.000 kilomètres du Finistère. Comme ces réfugiés syriens arrivés en novembre au Cloître-Saint-Thégonnec, rien ne le prédisposait à mettre le cap à l'Ouest, un beau jour de 1939. Si ce n'est la guerre civile espagnole (démarrée quelques mois plus tôt et qui se terminera en 1941, NDLR), la peur du général Franco et un mouvement de fuite qui a largement dépassé l'enfant de quatre ans qu'il était à l'époque.

« C'était quasi le terminus »

« Nous sommes arrivés pendant l'été 1939 à Morlaix, avec ma maman Dolorès et sept de mes frères et soeurs. On a voyagé en train depuis la frontière espagnole. C'était quasi le terminus. Mon papa, Luis, n'était pas avec nous. Il avait été fait prisonnier par les Franquistes, on n'avait plus de ses nouvelles. Il travaillait la terre, était maire de son village et s'était rangé du côté des Républicains. Une autre de mes soeurs, Henriette, a préféré rester avec sa marraine en Espagne. Elle y vit toujours aujourd'hui. Nous sommes les deux seuls survivants de la fratrie ». Arrivés dans la Cité du viaduc, aux côtés de 250 autres familles espagnoles, les Murla seront d'abord accueillis et secondés par les Jeunesses communistes, à la Maison du peuple. Avant d'être orientés vers la colonie EDF, à Plougasnou. « Je ne me souviens évidemment plus de tous les détails, j'étais trop jeune. Mais mes parents nous en ont souvent reparlé ensuite », raconte Esteban. Ce dont il se rappelle, c'est qu'ils n'avaient rien sur le dos. « Quand on a débarqué d'Espagne, on était tout nus ! Tous les gens ont été très gentils avec nous. À Plougasnou, on vivait tous dans la même pièce. Des habitants nous ont apporté des vêtements et de la nourriture ».

« J'ai quitté l'école à dix ans »

Toujours sans nouvelles du papa, la mère de famille Dolorès et ses enfants (alors âgés de quatre mois à 10 ans) s'installera ensuite dans une vieille maison, quartier de Kerenot. Jusqu'au retour de Luis en 1942. « C'est le député de l'époque, le Saint-Jeannais Jean-Marie Masson, qui a remué ciel et terre pour le localiser. Mon futur beau-père s'était échappé d'un camp et travaillait comme saisonnier dans le sud de la France », raconte à son tour Simone Murla, 75 ans. Luis et Dolorès Murla referont alors leur vie en Bretagne. « On allait pêcher les coques et les bigorneaux au Diben. On a dû travailler dur pour s'en sortir. Mes grands frères sont d'abord partis en Normandie, enrôlés pour le Service du travail obligatoire (STO), en 1943. Moi, il a fallu que je quitte l'école à dix ans. C'était ça, ou on n'aurait pas à manger, nous disait mon père ».

« Tout aussi français que moi »

Comme ses frères et soeurs arrivés dans le Finistère, Esteban a fait sa vie en Bretagne. « On s'est tous mariés ici, on a eu des enfants ici, on a travaillé ici ». Pour Simone, épousée il y a 56 ans, « Esteban est aujourd'hui tout aussi français que moi ». Sa naturalisation, le Plouganiste devenu maçon l'a obtenue à Guingamp, en 1968. L'Espagne, il ne la reverra d'ailleurs que très tard. « C'était en 2001, après la retraite de ma femme. J'ai été ému que l'on me parle de ma famille, mais je me suis senti à l'étranger », témoigne l'octogénaire.

« À chaque fois, il pleure »

Ses parents, Luis et Dolorès, sont décédés à Plougasnou en 1972 et 1976. « Ils n'ont, eux, jamais remis un pied là-bas. Ils avaient trop peur de Franco, vous savez... ». Esteban et Simone Murla sont retournés quatre fois en Catalogne. Une fois par mois, Esteban, qui n'a appris l'espagnol à aucun de ses quatre enfants, s'assied à côté de ses orchidées. Il appelle sa soeur restée en Espagne au téléphone. C'est le seul moment où sa langue natale lui revient. « Et à chaque fois, il pleure », termine Simone.

http://www.letelegramme.fr/finistere/morlaix/esteban-murla-le-dernier-des-refugies-16-12-2016-11333735.php

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18 décembre 2016 7 18 /12 /décembre /2016 06:26

Hervé Cloarec est décédé la semaine dernière à 96 ans. C'était un ancien résistant FTP dans le centre-Finistère. Yves Mazo lui a rendu un hommage qui nous a été transmis en revenant sur les faits d'armes d'Hervé Cloarec dans la résistance:  

 

 Hervé CLOAREC est né le 1 avril 1921 à Plonévez- du-Faou. Habitant au lieu-dit « St Herbot » entre Loqueffret et Plonévez-du-Faou, il a reçut une convocation pour partir en Allemagne (STO). Ayant entendu l’appel du Général de Gaulle, le 18 juin 1940, il n’avait d’autres  choix que de rentrer dans la clandestinité avec d’autres jeunes de sa connaissance. Des réunions se tenaient près de chez lui dans la forêt de Rusquec et deux personnes, déjà engagées dans la compagnie FTPF Bir-Hakeim, lui ont donné la marche à suivre. Il avait 22 ans.

               Son parcours de clandestin a débuté à ce moment ; être disponible 24 heures sur 24, être discret pour ne pas attirer l’attention des allemands, de la milice ou des collaborateurs. Il a participé, alors qu’il n’avait comme arme qu’un pistolet non chargé de la 1ère guerre 14-18, a des sabotages de pylônes électriques alimentant le lieu de chargement des batteries des sous-marins allemands dans la centrale voisine. Cette usine hydro-électrique se trouvait sur la commune de Locquéfret au lieu-dit « Cascade de St Herbot », rivière Ellez.

             La solidarité paysanne permettait aux maquisards de se nourrir. Leurs déplacements en vélo par équipe de quatre leur  assuraient une relative autonomie lors des  missions de repérage, de sabotages. Mais un jour, le 2 juillet 44,  ils ont été  surpris par des militaires allemands. Un seul d’entre-eux portait une arme : un pistolet. Il a été immédiatement abattu. Le groupe a été conduit  à la Kommandantur de Châteaulin pour être interrogé. Ils ont connu les sinistres méthodes d’interrogatoire. Hervé en a gardé des séquelles encore aujourd’hui mais aucun d’eux n’a parlé.

             Hervé a été  condamné à mort ; sa famille a été contactée pour que lui soit apporté des vêtements  propres. La saleté, le sang collaient aux plaies et il a été difficile d’arracher ses effets souillés. Il a connu la prison St Charles où les prisonniers  étaient enfermés très à l’étroit, à six par cellule. Les coups de matraques pleuvaient sans raison lorsqu’ils faisaient appel  aux  geôliers. La Croix-Rouge l’a sauvé en le retirant d’un service hospitalier où il était soigné pour des graves complications. Il a pu retrouver les siens à la ferme et reprendre une vie normale.

          Dix jours après, il reprenait les armes pour libérer la poche de Lorient où allemands et américains se combattaient férocement. Les régiments de maquisards participaient à cette offensive avec l’armement fourni par l’armée américaine.

          Les allemands ont capitulé ; Hervé et ses camarades ont continué les  combats de libération de la Bretagne. Sa participation a été homologuée de juillet 43 à fin août 44. Il a été renvoyé dans ses foyers en octobre 44.

        «  J’ai ensuite rejoint Paris pour travailler dans les transports ».

        La Légion d’Honneur lui a été remise en avril  2015, soixante dix ans plus tard.

        Hervé a gardé des contacts étroits avec ses camarades de la Résistance et ils  pouvaient ainsi évoquer leurs camarades disparus. Certains résistants ont pu délivrer le message du Conseil National de la Résistance à  la jeunesse, invités par les enseignants lors de la préparation du Concours Départemental de la Déportation et de la Résistance.

         

Yves Mazo

 

 

Voir aussi cet article du Télégramme daté du 7 mai 2015 (édition Châteaulin) avec une interview d'Hervé Cloarec: 

 

Résistance. Hervé Cloarec se souvient

 

Résistant durant la Seconde Guerre mondiale dans le secteur de Châteaulin, Hervé Cloarec sera élevé au grade de Chevalier de la Légion d'honneur, demain, à Brest. Installé à Guipavas depuis 1970, il est retraité du transport. À 94 ans, l'homme fait preuve d'une lucidité étonnante et d'une modestie qui force le respect. 



Comment êtes-vous entré en résistance ? 
À l'époque, je vivais avec un de mes trois frères chez mes parents, à Saint-Herbot, près de Plonévez-du-Faou. J'étais célibataire, je travaillais à la ferme familiale après avoir passé le Certificat d'études. La France étant occupée, j'avais reçu une convocation pour partir en Allemagne, à Dresde, pour travailler en usine. Je ne souhaitais pas y aller mais plutôt répondre à l'appel du Général De Gaulle. De bouche à oreille, il se disait qu'il y avait des réunions dans la forêt de Rusquec, à Loqueffret. C'est là que j'ai rencontré deux personnes qui faisaient partie de la Compagnie « Bir Hakeim ». Elles m'ont donné la marche à suivre et demandé d'être disponible 24 heures sur 24. Plusieurs autres jeunes du coin ont rejoint le maquis et ont intégré cette compagnie. 

Comment ça se déroulait ?
Nous n'avions aucune notion de combat et n'étions pas armés. Je possédais un pistolet 6.35 que mon père avait gardé de la guerre 14-18, mais il n'était pas chargé. Parfois, nous récupérions du matériel caché dans une maison abandonnée. Ce matériel servait par exemple à détruire des pylônes électriques qui alimentaient les lieux de chargement des batteries des sous-marins allemands. Nous nous déplacions à vélo et en équipes de quatre. En parallèle, la vie suivait son cours, nous ne manquions pas de nourriture à la ferme, organisions des fêtes, des bals, des bons gueuletons... 

Avez-vous des souvenirs de répression, d'arrestation ? 
Un jour, alors que nous étions en mission, un groupe d'Allemands nous a surpris et immédiatement menacé avec leurs fusils. Je pense que ce jour-là, j'ai « vu la mort avant d'être vivant ». D'ailleurs, les Allemands ont rafalé et un de mes camarades, qui avait sorti son arme, a été abattu sur le champ alors que nous étions contre un talus. Il s'est effondré dans mes bras... Moi et mes deux camarades sentions que notre dernière heure arrivait. Les Allemands se sont mis à parlementer et ont finalement décidé de nous emmener, menottés, à la Kommandantur de Châteaulin pour nous interroger. 

Quelles étaient les conditions d'incarcération ?
À Châteaulin, on nous a fait descendre dans une cave et nous sommes restés longtemps dans le noir sur des lits en fer, une main et un pied attachés. Ensuite est venu le moment des interrogatoires et forcément des tortures car nous ne parlions pas. Dans une autre salle, on nous assénait des coups de matraque ou des coups de marteaux sur les doigts. J'en ai encore des séquelles. On a tenté de m'arracher un ongle, en vain. 

Comment s'est déroulée votre libération ? 
J'ai été condamné à mort. Ma famille a été contactée afin que des chemises propres me soient apportées. C'est ma belle-soeur Anna Crenn (toujours en vie et qui habite Concarneau) qui est venue. Il a été très difficile d'ôter mes effets qui étaient collés à ma peau par le mélange de saleté et de sang. Je lui en serai toujours reconnaissant... J'ai ensuite été conduit à la prison Saint-Charles de Quimper. Nous étions six dans une cellule pour quatre. Au milieu de la pièce, un seau servait aux occupants, vous devinez pourquoi... Quand j'étais chargé de le vider, je me souviens encore des coups de matraque. Quelques jours plus tard, j'ai été transféré à l'hôpital Laennec où j'ai eu la chance que la Croix-Rouge me trouve et me libère. On m'a amené à Briec dans une école puis j'ai refait un séjour à l'hôpital avant de pouvoir rentrer chez moi. Dix jours plus tard je repartais en mission ! Il s'agissait cette fois-ci de participer à la libération de la poche de Crozon. Nous n'étions pas toujours au courant de ce qu'il se passait jusqu'à la capitulation des Allemands et leur retrait. Il faut vous dire que nous étions tout de même à part dans notre campagne ! 

70 ans plus tard, la Légion d'honneur, ça représente quelque chose ? 
Avant qu'on me contacte pour cette cérémonie, je ne pensais plus à ça franchement... Il est bien tard je trouve, mais j'y vois tout de même un signe de reconnaissance et je réponds volontiers à qui veut entendre.
© Le Télégrammehttp://www.letelegramme.fr/finistere/chateaulin/resistance-herve-cloarec-se-souvient-07-05-2015-10620086.php#qP8YVzZEiVsfk083.99

Hervé Cloarec en 2015

Hervé Cloarec en 2015

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16 décembre 2016 5 16 /12 /décembre /2016 06:08
15 décembre 1941: Gabriel Péri et Lucien Sampaix liquidés par les nazis avec la complicité du gouvernement de Vichy

A partir de 1930, Maurice Thorez devient secrétaire général du Parti Communiste. Cachin défend avec lui la ligne du Front Unique, du Front Populaire contre les forces de la bourgeoisie et le fascisme montant. A cette époque, les communistes étaient « unitaires pour deux » (Maurice Thorez), L'Humanité, avec une diffusion de 430 000 exemplaires, était le journal politique le plus lu en France.

L'Humanité est supprimée par le gouvernement Daladier en 1939 suite au pacte de non agression germano-soviétique. Gabriel Péri, chef de la rubrique de politique étrangère à l'Humanité, est fusillé en décembre 1941.

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11 décembre 2016 7 11 /12 /décembre /2016 07:03
Rien de plus vrai! Marx le disait déjà: "l'armée de réserve du capitalisme, ce sont les chômeurs"

Rien de plus vrai! Marx le disait déjà: "l'armée de réserve du capitalisme, ce sont les chômeurs"

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10 décembre 2016 6 10 /12 /décembre /2016 19:32
Albert Rannou, résistant communiste, originaire de Guimiliau, fusillé au Mont-Valérien le 17 septembre 1943

Albert Rannou, résistant communiste, originaire de Guimiliau, fusillé au Mont-Valérien le 17 septembre 1943

Albert Rannou ancien lieutenant des brigades internationales en Espagne, a été fusillé au Mont-Valérien le 17 septembre 1943 en même temps que 18 autres communistes brestois ou résidant à Brest: Lucien Argouach, Albert Abalain, André Berger, Louis Departout, Yves Guilloux, originaire des Côtes-du-Nord, Eugène Lafleur, venu de Paris, Louis Le Bail, Paul Le Gent, Paul Monot, Henri Moreau, Jean-Louis Primas, un ancien des Brigades Internationales en Espagne, Jean Quintric, Albert Rolland, Etienne Rolland, Joseph Ropars, Jean Teuroc, Charles Vuillemin, et Louis Leguen

(Georges-Michel Thomas et Alain Le Grand, Le Finistère dans la guerre 1939-1945, éditions de la Cité, 1979)  

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Autre source d'information:

Albert Rannou. Né le 5 mars 1914 à Guimiliau (Finistère), fusillé le 17 septembre 1943 au Mont-Valérien, commune de Suresnes (Seine, Hauts-de-Seine) ; ouvrier maçon ; volontaire en Espagne républicaine ; résistant au sein des FTPF.

Fils de Jean Rannou, maçon, et de Marie-Anne Coat, couturière, Albert Rannou, ouvrier maçon, adhéra au Parti communiste en 1935. L’année suivante, il devint membre du comité de section à Brest (Finistère). Volontaire dans les Brigades internationales en Espagne, il y devint lieutenant du génie et fut grièvement blessé.
Dans la Résistance, il fut chef de groupe communiste, puis de l’Organisation spéciale (OS) et enfin d’un groupe de Francs-tireurs et partisans (FTP). Il se chargea de transports d’armes et participa à certaines actions, comme l’attentat contre la Kommandantur de Brest et celui contre la station électrique de l’Arsenal de Brest*.
Il fut arrêté le 2 octobre 1942, interné à la prison Jacques-Cartier de Rennes (Ille-et-Vilaine), transféré à la prison de Fresnes (Seine, Val-de-Marne) et condamné à mort par le tribunal allemand du Gross Paris, qui siégeait rue Boissy-d’Anglas (VIIIe arr.), le 28 août 1943.
Les Allemands le fusillèrent le 17 septembre 1943, au Mont-Valérien.

Source : notes d'Eugène Kerbaul (le Maitron Dictionnaire biographique Fusillés, Guillotinés, Exécutés, Massacrés 1940-1944)

 

Une des correspondantes du "Chiffon Rouge", Anne Friant, présidente de l'ANACR 29, nous prévient que son père, Jacob Mendrès, a aussi participé à un sabotage sur la base sous-marine de Brest, probablement le 8 mai 1942.

 

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Avertissement

C'est Jacques Guivarch, ancien adhérent du PCF comme son père Jean, tous les deux tour à tour anciens commerçants à Saint-Martin des Champs à la marbrerie Guivarch de la barrière de Brest, qui a fait lire et confié à Alain David et à Ismaël Dupont, ces doubles de lettres de résistants condamnés à mort qui se trouvaient dans une commode de son père, ancien résistant du maquis de Morlaix, militant communiste, raflé dans un premier temps le 26 décembre 1943 à Morlaix avant d'être relâché (il cachait des tracts de la résistance sous le landau de Jacques Guivarch, qui avait quelques semaines à l'époque), ce dernier les ayant peut-être reçu de la famille de ces résistants condamnés à mort ou par un autre canal. Etaient-ils des connaissances? Des amis? Ou étaient-ce les parents de Jacques Rannou qui ont voulu confier ces lettres à un militant communiste et un ancien résistant?

Il y a dans le lot de 30 pages photocopiées les copies des dernières lettres de deux autres résistants condamnés à mort dont l'exécution a eu lieu en même temps que celle d'Albert Rannou, le 17 septembre 1943.

Les lettres originales d'Albert Rannou, s'étalant sur 6 mois du 20 mars 1943 au 17 septembre 1943, ont été remises il y a sept ans au frère d'Albert Rannou. 

Il faut les lire dans leur intégralité, car au delà de l'apparente trivialité de certaines lettres et du caractère bouleversant et pleins de hauteur tragique de plusieurs autres, et notamment de la lettre écrite le jour de l'exécution, elles livrent beaucoup du quotidien des résistants prisonniers et de leurs préoccupations, ainsi que de l'état d'esprit, des informations et des espoirs d'un résistant arrêté en 1943.

Elles témoignent aussi d'une foi inébranlable dans les idéaux communistes et en la victoire prochaine.  

Ces lettres sont présentées dans l'ordre chronologique. Les fautes d'orthographe les plus évidentes ont été corrigées par souci de compréhension. Certains passages sont peu lisibles et dans ce cas indiqués comme tels.

 

 

   

Georges-Michel Thomas et Alain Le Grand, Le Finistère dans la guerre 1939-1945, éditions de la Cité, 1979 - p.309. Commentaires de Jean-Claude Cariou sur Charles de Bortoli, photo en haut à gauche: Charles (Carlo) de Bortoli était un communiste italien venu se réfugier à Brest pour fuir le fascisme de Mussolini:  le lieu de son exécution en Août 1943, qui n'est pas indiqué sous la photo, contrairement aux autres. C'est à Paris, mais pas au mont Valérien (en fait à Montrouge) comme la plupart des Résistants fusillés dans la capitale. Charles de Bortoli a été fusillé au stand de tir de l'armée de l'air (de l'époque) à Baltard , dans le XV ème arrondissement, à la limite de la ville d'Issy- les- Moulineaux, au sud de Paris. Le site a été détruit au moment de la construction du périph- 'dans les années 60 ' - mais il existe toujours un bâtiment militaire, avec une plaque indiquant les noms des 143 Résistants fusillés là. La caserne de Baltard était un repaire de la Gestapo, avec un centre de tortures, en plus du lieu d'exécutions.

Georges-Michel Thomas et Alain Le Grand, Le Finistère dans la guerre 1939-1945, éditions de la Cité, 1979 - p.309. Commentaires de Jean-Claude Cariou sur Charles de Bortoli, photo en haut à gauche: Charles (Carlo) de Bortoli était un communiste italien venu se réfugier à Brest pour fuir le fascisme de Mussolini: le lieu de son exécution en Août 1943, qui n'est pas indiqué sous la photo, contrairement aux autres. C'est à Paris, mais pas au mont Valérien (en fait à Montrouge) comme la plupart des Résistants fusillés dans la capitale. Charles de Bortoli a été fusillé au stand de tir de l'armée de l'air (de l'époque) à Baltard , dans le XV ème arrondissement, à la limite de la ville d'Issy- les- Moulineaux, au sud de Paris. Le site a été détruit au moment de la construction du périph- 'dans les années 60 ' - mais il existe toujours un bâtiment militaire, avec une plaque indiquant les noms des 143 Résistants fusillés là. La caserne de Baltard était un repaire de la Gestapo, avec un centre de tortures, en plus du lieu d'exécutions.

Fais en Prison de Rennes le 20 mars 1943

Bien chers Parents, 

Je suis bien content d'avoir eu du papier à lettres ce matin pour pouvoir vous donner de mes nouvelles qui sont toujours pour le mieux. Je m'habitue peu à peu à une vie de prisonnier. Si ce n'était l'insuffisance de nourriture et le manque de tabac, on arriverait peut-être à s'y faire à la longue.  J'ai reçu une lettre du 3 Février de Papa et 2 de maman du 15 Février et du 15 Mars, avec plaisir de vous savoir toujours en bonne santé. Mais je suis peiné de voir que vous vous faites du mauvais sang à mon égard. Il n'est point besoin de vous en faire pour moi, on n'est pas si malheureux que vous le supposez ici, on est bien couché. C'est déjà une bonne chose. Là il aurait fait froid autrement et je n'ai pas à me plaindre des gardiens, qui sont corrects envers nous. Ce matin, je suis bien heureux, car à partir d'aujourd'hui on peut m'envoyer des colis. Je ne sais toujours pas jusqu'à quel poids ni rien, mais la Croix Rouge vous l'a peut-être expliqué. Envoyez moi un peu de savon ainsi qu'un peigne et surtout à manger si vous trouvez quelque chose de nourrissant avec, tel que beurre ou fromage car on manque surtout de matière grasse. Crêpes, biscuit ou même du pain. Je ne crois pas avoir le droit à mon tabac. Mettez-moi un peu quand même, on verra bien. Je vous le dirai car j'aurai sans doute le droit de vous écrire toutes les semaines maintenant. Maman pourrait peut-être me faire une autre paire de chaussons car ceux-ci commencent à s'user. C'est embêtant de ne pas avoir de nouvelles de Yfic non plus ni de sa femme. Quand vous en aurez, ça sera peut-être pour vous annoncer que vous êtres grand-père et grande mère. Moi ça ne me déplairait pas que l'on m'appelle "tonton" un jour aussi, vous ne pouvez pas vous imaginer combien j'ai le loisir de penser à vous tous ici. J'ignorais l'affectueux sentiment dont était doué le coeur d'un homme vis-à-vis de ses proches mais seul tout le temps, on a que ça à faire du matin au soir. Revoir en pensée les êtres qui nous sont chers en attendant d'être parmi eux un jour. Je termine en vous embrassant de loin. 

Votre fils Albert. 

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Fais à la Prison de Rennes le 27 Mars 1943

Chers Parents, 

Depuis bientôt trois semaines, je n'ai pas eu de vos nouvelles, mais je pense que la santé est bonne. Quand à moi, ça va aussi, surtout maintenant que je puis vous écrire. Je vous sais plus heureux. J'espère au moins que vous avez reçu ma lettre de samedi dernier vous annonçant que j'ai le droit de recevoir des colis. Avec quelle joie il sera reçu ce premier paquet. Double joie, d'abord la joie d'avoir quelque chose de vous, et ensuite, de pouvoir se mettre un peu plus sous la dent (illisible)... Si malgré ces temps de restriction, vous pouvez trouver encore de quoi m'envoyer tant soit peu, toutefois sans vous priver, je crois que de votre vie, il y a le temps pour m'écrire, ce n'est pas un reproche que je vous fais, loin de moi, parce que je sais ce que c'est, loin de moi, (illisible) mais seul, ici on s'ennuie, à défaut de nouveau, c'est qu'il ne doit rien avoir de sensationnel à raconter de Guimiliau... (illisible). J'ajoute que vous m'envoyez un peigne et du savon, et à maman de bien vouloir me préparer une paire de chausson. Car dans la cellule ici, je les use beaucoup ne mettant mes sabots que pour le quart d'heure de promenade dans la cour. En attendant de vous lire je finis cette missive en vous embrassant bien affectueusement tous les deux et en pensant à mon frère Yves et à Marie-Louise (je crois que c'est ça le prénom de sa femme). Bien le bonjour à toute la famille par ailleurs, et dites leurs que je ne les oublie pas. 

Donc sur ceux je vous quitte. Votre fils Albert.

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Fais à la Prison de Rennes, le 3 Avril 1943 

Mes Chers Parents

Aujourd'hui je suis transporté d'allégresse, tous les bonheurs m'arrivent à la fois. Je viens de recevoir la lettre de Papa avec le message de mon frère et de ma belle-soeur. Jugez comme je suis heureux à présent de vous savoir tranquillisé sur leur sort. J'ai reçu la lettre de Maman aussi mardi datée du 18 mars (j'espère que vous recevrez la mienne toutes les semaines également) avec ça jeudi matin j'ai eu le plaisir de recevoir votre premier colis; comment (illisible) et le lard qu'est-ce qu'il est bon (illisible) poisson d'avril, c'était bien réussi. Et hier au soir, quand j'ai vu le gardien rentrer dans ma cellule avec un paquet, je n'en croyais pas mes yeux, quand je l'ai vu déballonner tout ça devant moi je me demandais si je ne rêvais pas. Aussi quand le soldat fut sorti, j'en pleurai de joie. Je me demandais par quoi commencer. Enfin j'ai mangé le pain avec du lard et des oeufs et bien entamé la crêpe avec le beurre (illisible) qui est toujours délicieux. Pour finir, une bonne pipe de tabac frais la dessus, rien de tel pour vous remonter un bonhomme. Aussi je vois qu'il est possible d'être heureux même en prison; quand on est choyé par les siens, comme je suis, et surtout d'avoir reçu des nouvelles d'Yfic; je n'ai plus d'inquiétude de ce côté là. J'ai assez de savon et de mouchoir comme ça, merci pour les chaussons et le peigne aussi car l'autre n'a plus que 3 dents. J'ai le droit de recevoir tout ce que je veux ici donc s'il est possible, et sans vous priver, profitez-en de m'envoyer car après on ne sait jamais si on pourra recevoir quelque chose, au premier mettez-moi une boîte d'allumette et un carnet de feuille et à chaque fois des journaux récents, car je ne sais absolument rien du dehors ici. J'ai droit au pinard aussi, mais ça je n'ai pas besoin, d'ailleurs j'ai une chopine le jeudi et le dimanche de la cantine en payant. J'ai même un quart de café tous les matins et une tranche de pâté et de la confiture le dimanche avec l'argent que j'ai en dépôt ici, la prochaine fois je vous retracerai mon emploi du temps quotidien en prison. Je comprends combien vous avez dû être malheureux avec tout ça depuis six mois, mais j'espère que le plus dur soit passé pour moi. J'ai le bon moral et je pense qu'il en est de même avec vous. Je termine ma lettre en vous embrassant de tout coeur. Votre fils Albert (dites-moi si vous recevez mes lettres). 

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Fais à la Prison de Rennes, le 10 Avril 1943

Bien chers Parents

Encore huit jours de passés depuis que je vous ai écrit. La santé est toujours bonne, et j'espère qu'il en est de même avec vous, depuis lundi on m'a mis avec d'autres camarades, dans une plus grande cellule. Je m'ennuie moins à présent après avoir passé 65 jours tout seul, c'est drôle de pouvoir causer avec quelqu'un, avec ça j'avais juste fini mes colis, mais mes copains venaient d'en recevoir et en ont eu encore depuis, donc j'ai pu manger à ma faim à peu près depuis le (illisible) de ce mois, je regrette de ne pas vous avoir dit plus tôt de m'envoyer des pommes de terre cuites dans les colis, comme ça vous auriez pu m'envoyer davantage, il est vrai que le transport aussi doit être assez cher, mais quelques livres de patates en plus par semaine feraient du bien. J'espère recevoir quelque chose de vous sous peu. J'aurai le plaisir de pouvoir partager avec mes collègues de cellule à mon tour. Autrement, voici ce qu'on a ici: à peine un quart de jus avec la cantine et la ration de pain de la journée (350 grammes environ) qui est avalée tout de suite naturellement, après on a 1/4 d'heure de promenade dans une petite cour. Entre 9 heure et 10 heure la soupe, deux louches (d'un quart environ) de bouillon et de légumes. Carottes (illisible) avec des rutas et des navets. Après ça (illisible)... en supplément le soir, à 4 heures repas du soir, une louchée de bouillon ainsi qu'une louchée de patates, haricots ou pois cassés, sauf le dimanche où c'est nouille et un morceau de viande, donc vous voyez que quand il n'y avait rien à ajouter à ces plats cétait maigre. Heureusement qu'on peut recevoir des colis maintenant,  ça relève drôlement. En attendant de vous lire et de recevoir quelque chose de votre part, je finis ma lettre en vous embrassant de loin. Votre fils qui ne cesse de penser à vous ainsi qu'à mon frère et belle-soeur. Albert. 

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Fais à la prison de Rennes, le 24 avril 1943

Mes Chers Parents

Je n'ai plus le droit de vous écrire que tous second samedi, donc vous devez sans doute attendre cette lettre depuis un moment. La santé est toujours bonne. J'ai eu un abcès à une dent au début de la semaine mais c'est guéri à présent. J'ai eu deux lettres de maman du 5 et du 12 avril, heureux de savoir que vous allez bien. J'ai également reçu un colis il y a 15 jours et un autre dimanche matin. Je devais écrire avec Jo Ropars mais depuis une huitaine on ne peut plus se voir, ils ne nous envoient plus ensemble à la promenade. J'espère que vous êtes en bonne santé mais que vous devez attendre impatiemment la fin de la guerre. Yfic et Marie-Louise doivent aussi avoir hâte à la victoire. Tout va bien pour le moment nous avions appris hier que Orel est pris par les Russes et que Palerme en Sicile par les Alliés (nouvelle de la radio). Si les anglo-saxons mettent un peu du leur les Allemands auront chaud cette année, n'importe comment. Je ne crois pas qu'ils passeront un autre hiver en Russie. Nous avons l'espoir d'être bientôt délivrés, à côté de nous il y a un gars de St Eutrope qui est condamné à mort depuis le mois d'avril. Mais il paraît qu'ils ne fusillent plus. Pourvu que ça soit vrai car autrement, si on est jugé, je ne me fais pas d'illusions. Aujourd'hui, c'est l'anniversaire de mes 2 blessures où j'ai échappé à la mort. J'ai confiance d'échapper encore cette fois-ci. Sur une autre lettre, je vous ai demandé de m'expédier mes souliers bas et 100 ou 200 F car on dépense une moyenne de 100 F par mois pour la cantine. On a du café, du vin et de la charcuterie le dimanche. Comment que les crêpes sont appréciées par les copains et par moi-même. C'est à savoir lequel qui reçoit les meilleures choses, sitôt qu'un paquet nous arrive on le met sur la table et c'est moi qui est désigné pour faire les distributions entre nous six à mesure de nos besoins. Depuis le 1er avril, je peu dire que j'ai mangé à ma faim, on a tous repris un peu de graisses. J'aurais bien voulu pouvoir écrire à ses beaux parents à Yfic, vous n'avez qu'à leur souhaiter le bonjour de ma part, ainsi qu'à toute la famille et surtout aux cousins André, Henri, Thérèse et Célestin. Je finis ma lettre en vous embrassant de loin. Votre fils qui ne cesse de penser à vous ainsi qu'à mon frère et belle-sœur.

Albert.

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Fais à la prison de Rennes le 6 juin 1943,

Chers Papa et Maman

J'espère que cette lettre vous parviendra sans tarder. J'ai eu une occasion pour vous écrire sans passer par la censure. Je ne sais pas si vous avez reçu mes lettres (bi mensuelles). Car depuis le 5 mai je n'ai pas eu de vos nouvelles. Les copains n'en reçoivent pas non plus. Je pense qu'elles doivent être jetées au panier. Ma santé est toujours excellente. Je souhaite qu'il en est de même avec vous. Nous attendons toujours le jugement. Certains disent qu'il aura lieu à Paris et d'autres parlent qu'il aura lieu dans peu de temps à Rennes. Enfin, rien ne presse pour ce qu'on a à en tirer, de l'instruction. J'ai demandé à l'inspecteur allemand quelle serait ma peine. Il m'a dit que je pouvais espérer mais que la loi est dure. On cause aussi de nous envoyer dans un camp de travaux en Allemagne. Mais je prends ça pour un calmant qu'on donne à un malade sur le point de calancher. Quand j'ai fait mon boulot, je savais à chaque fois à quoi je m'exposais, et maintenant j'attends stoïque qu'on décide de mon sort. Les premiers camarades arrêtés ont été cravaché sur tout le corps, leurs fesses étaient rendu comme du pâté de foie par la police française au service de l'ennemi (c'est joli ça). Par ça ils ont dû avouer. Ce qui m'a fait arrêter, ainsi que beaucoup d'autres. Mais il y a des mouchards aussi dans la bande. Raoul D. de Landerneau qui doit être en liberté maintenant et René R.* de St Marc le frère à Gabi. De mauvais communistes quoi mais ils payeront tôt ou tard, ainsi que les policiers collaborateurs et vichyssois. Nous sommes ici 45 de Brest avec les 5 femmes, donc certains ont déjà été jugés par les Français, mais qui doivent encore l'être par un tribunal Allemand. La moitié d'entre nous risquons le grand paquet. Le pire, c'est qu'il y a beaucoup de mariés et de pères de famille. Pour moi, si ça m'arrive j'aurai seulement le grand désespoir de vous quitter ainsi que mon frère et sa femme. Mais rien ne m'inquiète à votre sujet, votre santé est bonne et rien ne vous manque par ailleurs. Donc s'il faut se résigner un jour ça sera avec calme et fierté que je marcherai. J'ai fait mon devoir de Français et de communiste. Je suis allé en Espagne parce que là-bas se jouait le sort de la France et que l'Espagne Républicaine vaincue, c'était la guerre pour notre Pays. A présent le capitalisme est en train de creuser sa propre tombe, malheureusement qu'avant de disparaître il peut encore faire beaucoup de mal. Je viens d'apprendre que 3 jeunes classes vont partir pour l'Allemagne sur ordre de Pétain-Laval. Une fois là-bas, ils seront déguisés en mannequins du 3ème Reich et envoyez sur le Front pour combattre leurs camarades Russes contre leur propre liberté. La bête agonise mais elle a du mal à crever. J'aurais bien voulu pouvoir assister à sa fin. Si je n'y suis pas, vous pourrez dire que votre fils a maintes fois risqué sa vie pour le triomphe de son idéal et pour la victoire de notre juste cause. La défense de la République française que nous voulons voir prospérer dans une union des Républiques mondiale. Peut-être que les Alliés arriveront à temps mais ils n'ont pas l'air de se presser, quoi qu'il advienne ils ne perdent pas pour attendre, car les peuples anglo-américains ont aussi compris que leur salut est aux côtés de leurs camarades bocheviques, qu'il faut qu'ils luttent, pour écraser à jamais le fascisme fauteur de guerre et de misère.

« Le capitalisme porte en lui la guerre comme la nuée porte l'orage » (Karl Marx*)

Si Henri ou André plus tard ont l'intention d'apprendre le métier de maçon, Papa peut leur donner quelques-uns de nos outils pour commencer. Le bonjour à Thérèse aussi. J'espère que Baptiste va mieux à présent. S'il venait à manquer, ce serait triste pour mon filleul et sa petite sœur. Je me demande aussi ce qu'a pu devenir (illisible), sa femme et Riri là-bas en Tunisie pendant l'occupation, Célestin va probablement partir pour l'Allemagne. Dites lui de ma part qu'il fasse le mieux possible, car tout ce qu'il fera, c'est (illisible : contre lui?). Dites à Grand-mère et à toute la famille que j'ai bien pensé à eux pendant ma détention.

On a tous un moral extraordinaire ici. Je pense que de votre côté vous êtes bien courageux et le (prouverez?) bientôt car les temps sont durs mais il y aura des jours meilleurs bientôt. Si j'arrive à vous manquer, pas de prières ni surtout de service religieux, cette race là a déjà fait assez de mal à l'humanité. Lui donner un jour de plus, c'est un crime. Dans votre prochain colis, mettez des feuilles et des allumettes. J'aurais bien voulu goûter encore du (Churchill ?). Si vous voulez bien m'envoyer un peu dans un bock marqué (vinaigre) dessus. Sitôt reçu écrivez-moi en mettant (?). Reçu nouvelle du cousin René. Je vous embrasse.

Votre fils Albert Merci bien à vous

* Les noms figuraient dans la lettre mais nous ne voulions pas les reproduire.

** En réalité Jaurès.

 

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Fais à la Prison de Rennes le 12 juillet 1943

Bien chers Parents

Il m'arrive d'avoir une occasion de vous écrire clandestinement donc je profite pour vous dire que je suis en bonne santé avec un moral épatant (suite illisible). J'ai reçu votre colis avec grand plaisir. Ne mettez pas de pain dedans car nous en avons largement, on en refuse même souvent. On est à 11 ensemble dans la même cellule et nous recevons une douzaine de colis par semaine. Hier matin j'ai reçu mon complet avec des chaussons et du beurre, et je vous ai retourné mon autre paletot et pantalon. Vous voudriez bien m'envoyer mes paires de souliers bas et une paire de chaussettes dans votre prochain paquet. Je n'ai pas eu le temps de réaliser hier matin. Sans ça je me serais dessaisi d'autres choses encore. Je continue à recevoir du tabac par la Croix-Rouge mais je ne sais pas d'où il vient. Je vois Jo Ropars tous les jours. Il est gros et gras signe qu'il se porte bien et que comme moi il ne s'en fait pas. Moi je n'ai jamais été aussi gros (illisible) J'ai presque un double menton comme un curé de campagne. Enfin les Alliés ont débarqué en Sicile. J'espère qu'ils arriveront bientôt à bout des (macaronis) et qu'ils débarqueront sans tarder ailleurs pour nous délivrer. Ma confiance augmente de jour en jour, car on n'est pas encore jugé et je commence à croire qu'on ne le sera jamais. Donc je crois que j'aurai bientôt le bonheur de vous voir, malgré que je ne suis pas trop sûr de moi tant que je serai entre leurs mains. La prison est archi-pleine, il y a des généraux, un (colonel?), un commissaire de police, un comte, un baron. Et aussi 3 ou 4 curés, il y a 8 Morlaisiens à côté pour vol d'huile d'aviation. On a appris aussi qu'il y a 2 trains de permissionnaires qui sont rentrés en collision près de Rennes. Il y aurait un millier de victimes. Je finis ma lettre en vous embrassant de loin, en espérant le faire bientôt de près si la chance me sourit, car la fin de la guerre est proche. Le bonjour à tous.

Votre fils Albert.

 

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Fais à la Prison de Rennes le 25 juillet 1943

Bien chers Parents

J'espère que vous recevez ces quelques mots que je vous envoie par des voies détournées. J'ai reçu votre colis hier encore, mais des lettres, je n'en ai pas eu depuis longtemps, les copains non plus d'ailleurs. Nous sommes à 11 ensemble et on ne s'ennuie pas, on a également assez à manger grâce aux colis que nous recevons. Inutile de nous envoyer du pain. La semaine dernière, on a eu 2 kilos de pêche. Je suis avec Ernest Mazé et son fils du Forestou en St Marc. Le Roux dont la femme est institutrice à Bolazec. Jean Nedellec. Charles Cadiou et Théo Drogou, ouvriers de l'arsenal. Charles Bénard de la rue Louis Pasteur qui nous amuse avec ses équilibres, des fois on s'instruit avec Albert Abalain du Pont-de-Buis qui a son Bac et René Claireaux de Brest qui n'est pas trop seul, malgré qu'il a raté trois fois son bachot. Avec toute cette équipe, on ne sent pas le temps passer car on a aussi des journaux et des revues, on a fait des jeux de cartes et de dominos. André et Henri seraient jaloux de nous. S'ils nous voyaient avec nos jeux de gosse, je pense que Thérèse et Célestin doivent s'amuser quand même aux pardons. Dimanche, j'ai pensé à celui de Guimiliau. Je pense bien le voir l'année prochaine. Je termine en vous embrassant bien fort avec l'espoir de vous voir un jour prochain.

Albert qui pense à vous.

 

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Fais à la Prison de Rennes le 28 juillet 1943

Chers Parents,

Je pars avec les copains pour une destination inconnue. Je vous embrasse bien fort.

 

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Fais à la Prison de Fresnes le 17 Août 1943

Bien chers Parents

Quelques mots pour vous dire que je suis en bonne santé et je pense que vous soyez de même ainsi que Yfic et ma belle-sœur et les parents. Vous pouvez m'envoyer un colis de 5 kilos toutes les quinzaines avec du tabac et un peu de savon. L'adresser à la Croix-Rouge Française – 16 boulevard Raspail pour Albert Rannou 3ème division prison de Fresnes, Seine-et-Oise. Le jugement est commencé depuis ce matin. Il y en a pour un moment. Je finis ma lettre en vous embrassant bien fort. Votre fils Albert qui pense à vous.

P.S. Vous pouvez m'envoyer des journaux aussi. Ecrivez-moi à la prison de Fresnes, section allemande. Seine-et-Oise.

 

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Fais à la Prison de Fresnes le 23 Août 1943

Bien Chers Parents

Je crois pouvoir vous écrire tous les mois ici. Pour le moment tout va bien et j'espère qu'il en est de même avec vous. Ne vous inquiétez pas pour ma santé car sur quatre que nous sommes dans la cellule il y a un docteur. J'ai eu la visite de tante Célestine jeudi qui m'a causé une grande joie. Elle m'a donné un paquet de tabac, des gâteaux et du raisin. J'ai reçu votre colis le lendemain, on peut en recevoir un par quinzaine. Tachez de m'avoir du tabac si cela est toujours possible. On est pas trop mal nourri donc ne vous privez pas de trop pour moi. J'aurai besoin d'une chemise, une serviette et quelques mouchoirs. Je termine en vous embrassant. Le bonjour à tous.

Votre fils Albert qui ne vous oublie pas.

 

 

 

Albert Rannou: Lettres de prison d'un résistant communiste brestois né à Guimiliau fusillé le 17 septembre 1943 au Mont-Valérien

Fais à la Prison de Fresnes le Mardi 31 août 1943

Biens chers Oncle et tante

Je suis en bonne santé et j'espère que ma lettre vous trouvera de même. J'ai été condamné à mort samedi matin et j'attends le dénouement de l'affaire avec calme. Mon avocat espère que je serai gracié, ce que je crois aussi tout en restant dans le doute. Je saurai le résultat définitif dans une quinzaine. Je pense avoir la visite de Maman cette semaine si au moins elle veut venir à Paris. Je suis dans la même cellule que Jo Ropars à présent ainsi que d'autres Brestois. Donc Tante Célestine , tu voudras bien mettre Papa et Maman au courant de ce qui est et que dans ce moment pénible je pense beaucoup à eux ainsi qu'à mon cher frère et belle-sœur et aussi à grand-mère et toute la famille. En attendant de te revoir je t'embrasse ainsi que tonton Henri et mon jeune cousin espérant que vous aurez bientôt de ses nouvelles.

Votre neveu.

Albert Rannou

 

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Fais à la Prison de Fresnes le 17 septembre 1943

Cher Papa et chère Maman

Il est 11 heures moins le quart, on vient de nous prévenir qu'on va être fusillés à 16 heures. Je vais donc donner ma vie à la France, pour ma patrie que j'ai toujours aimée et pour laquelle j'ai combattu. Je meurs content car mon sacrifice (j'en ai la certitude) n'aura pas été vain. J'ai lutté durant ma courte existence pour le bonheur des travailleurs et pour que la paix règne en ce monde.

(censuré)

Mes chers parents, vous savez que je vous ai toujours aimés et que vous me le rendez bien ainsi qu'Yfic. Ça me fait une peine immense de vous quitter à jamais. Je ne sais comment vous exprimer toute ma gratitude pour ce que vous avez fait pour moi. Vous m'avez choyé depuis mon enfance jusqu'à ma dernière heure. Si quelquefois je vous ai fait de la peine, vous m'avez pardonné. Je n'oublie pas non plus ma belle-sœur. Grand-mère et toute la famille auxquels vous voudrez bien envoyer mes amitiés dernières. Je pense à vous tous en ce moment qui est plus pénible pour vous que pour moi. Je viens de voir l’aumônier, j'ai refusé la communion. Donc aucun service religieux à mon intention. Mes amitiés aussi à tous les voisins et camarades, qu'ils sachent que j'ai fait mon devoir de Français et de communiste.

Papa, Maman, ma dernière pensée sera pour vous et pour mon frère. Je vous embrasse tous dans un même élan.

Soyez courageux.

Adieu tous.

Votre fils Albert.

Vive la France, Vive le parti communiste

Paix- Liberté- Justice

 

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A remettre à Madame Berard. Fresnes le 17 Septembre 1943

Chers oncle et tante

Je pars… d'où l'on ne revient pas. Dans 4 heures, je vous aurai tous quittés. Embrassez tous mes parents pour moi, et votre fils Henri quand vous aurez le bonheur de le trouver.

Recevez les derniers baisers de votre neveu

Albert Rannou

      

Dernières lettres d'Albert Rannou  - 17 septembre 1943

Dernières lettres d'Albert Rannou - 17 septembre 1943

Albert Rannou: Lettres de prison d'un résistant communiste brestois né à Guimiliau fusillé le 17 septembre 1943 au Mont-Valérien
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10 décembre 2016 6 10 /12 /décembre /2016 19:28
Dernière lettre de Paul Monot, résistant brestois fusillé au Mont-Valérien le 17 septembre 1943 avec Albert Rannou et 17 autres résistants brestois dont André Berger et Henri Moreau

Lettre copiée après qu'elle ait été transmise par Jacques Guivarch et Annie sa femme, de Pleyber-Christ. Lettre accompagnant celles beaucoup plus nombreuses, d'Albert Rannou, tué avec Paul Monot.

 

Paul Monot était  né le 1er juin 1921 à Brest,  il a été fusillé à 22 ans, il était ouvrier à l'arsenal de Brest, membre du Parti communiste français (PCF) et des Francs-tireurs et partisans français (FTPF) dans la région de Brest

 

(Sur le coin de la page à grand carreau du cahier d'écolier ou est écrit cette dernière lettre de Paul Monot, le marteau et la faucille).  

 

Fresnes, le 17 septembre 1943

Chers Grand-mère, oncle, tante et cousine !

Je vous envoie un mot pour vous donner une bien triste nouvelle : il est près de 11h et on vient de me prévenir que mon recours en grâce a été rejeté et que je serai fusillé cette après-midi à 16h. Mais je saurai mourir en vrai Français.

Je demande pardon à Grand-mère et à vous tous car je n'ai pas toujours été chic et je ne savais pas ce que je faisais. Mais depuis le temps que je suis ramassé j'ai eu le temps de réfléchir à tout cela et de me mordre les doigts bien des fois.

N'oubliez pas surtout les policiers français et il faut qu'ils payent ce qu'ils ont fait, car je les déteste bien plus que l'occupant et ceux-là oui sont les vrais traîtres à la patrie.

Pour moi, je suis (difficile à lire), je pars et c'est la loi, je trouve cela régulier. Il y en a qui meurent dans leur lit, d'autres au champ d'honneur, moi je meurs au poteau. Qu'est-ce que vous voulez, c'est la destinée, je ne suis pas jaloux de ceux qui restent et comme il y a déjà des monceaux de cadavres avant moi, j'espère que je serai dans les derniers à payer de la vie la joie de voir enfin la victoire qui approche à grand pas.

L'unité communiste réalisée pour un monde sans guerre. Car n'oubliez jamais que vous n'aurez cela qu'avec un régime où tous les prolétaires seront unis.

Dernière lettre de Paul Monot, résistant brestois fusillé au Mont-Valérien le 17 septembre 1943 avec Albert Rannou et 17 autres résistants brestois dont André Berger et Henri Moreau
Dernière lettre à sa famille de Paul Monot- résistant communiste brestois de l'Arsenal condamné à mort et exécuté au Mont Valérien le 17 septembre 1943

Dernière lettre à sa famille de Paul Monot- résistant communiste brestois de l'Arsenal condamné à mort et exécuté au Mont Valérien le 17 septembre 1943

Suite de la dernière lettre de Paul Monot

Suite de la dernière lettre de Paul Monot

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10 décembre 2016 6 10 /12 /décembre /2016 19:28
Dernière lettre à sa femme de Jules Lesven, dirigeant de la résistance communiste brestoise, ouvrier et syndicaliste à l'Arsenal, fusillé le 1er juin 1943,

 

Avertissement: Une photocopie de mauvaise qualité de cette lettre manuscrite se trouvait dans la liasse confiée par Jacques Guivarch de Pleyber-Christ à Alain David et Ismaël Dupont, appartenant d'abord à son père, Jean Guivarch, patron d'une marbrerie funéraire à St Martin des Champs, militant communiste de la section de Morlaix, ancien résistant.

***

Lettre de Jules Lesven, fusillé à Champagné (dans la Sarthe) le 1er juin 1943

Ma chère Monique bien aimée,

Dans quelques heures, je vais être fusillé. Ma dernière pensée va vers toi ma chère Monique car demain toutes ces responsabilités vont peser sur tes épaules, la lourde charge d'assurer le pain pour nos trois petits chéris. Le moment est (illisible) mais je sais que tu es courageuse et que tu ne manqueras pas d'assumer la tâche qui t'incombe en ces heures tragiques et qui vont me séparer de tous ceux qui me sont les plus chers. Du fond de ma noire cellule où j'écris ces derniers mots, je pense à tous ceux que je ne reverrai plus et que j'aimerais saluer, embrasser de tout mon cœur une dernière fois. Je meurs en patriote pour que vive la France, pour avoir la tête haute, pour la libération de mon pays.

Je vais devant le peloton d'exécution la tête froide conscient d'avoir rempli mon devoir de Français.

Je suis resté fidèle à mon passé et à la classe ouvrière et à notre grand parti Communiste auquel j'appartiens qui mène une lutte vigoureuse pour unir toutes les forces vives du pays pour sa libération.

J'adresse aussi à mes camarades de travail mon dernier salut ainsi qu'à tous mes Amis. Je termine cette dernière lettre en te disant Adieu ma chère Monique, Adieu mon cher fils Gilbert, Adieu ma chère fille Mathilde, Adieu mon petit Pierrot.

 

VIVE LA FRANCE

 

***

 

Qui était Jules LESVEN?
 
(un très bon article biographique sur le site du lycée technologique et professionnel brestois, réalisé avec le concours de l'ANACR)
 
Jules LESVEN est né le 25 avril 1904 à Saint-Thégonnec. Orphelin à 4 ans, il est élevé par une tante. En 1929, il épouse Monique Kerrien, née à Plouescat en 1908, couturière. Le couple aura 4 enfants, dont 3 d'entre eux, toujours vivants, résident à Brest ou dans les alentours.
 
Forgeron, Jules Lesven a travaillé à Plouescat, Landivisiau, Plounévez-Lochrist chez un réparateur de machines agricoles. Dès 1929, il est forgeron à l'arsenal de Brest.
Militant syndical - membre du Conseil d'Administration de la CGT (Confédération Générale du Travail) à l'arsenal - et militant politique - il adhère au Parti Communiste en 1935 - il doit faire face à une situation délicate en 1939 lorque le gouvernement Daladier interdit le Parti Communiste. Il participe à sa restructuration clandestine à l'arsenal.
Au sein de son syndicat, il s'oppose aux dirigeants réformistes de la CGT qui sont devenus majoritaires et qui lui demandent de renier son Parti et de condamner la politique de l'Union Soviétique.
Il est alors déchu de son mandat syndical mais s'oppose à cette mesure de déchéance qu'il juge arbitraire, tout comme les ouvriers de l'arsenal.
En novembre 1939, il est coopté au "triangle" de direction de l'organisation communiste clandestine brestoise. Ce triangle est composé de Jeanne Goasguen-Cariou, Eugène Kerbaul et Jules Lesven.
Ce triangle est une unité d'organisation du Parti communiste ; ce mode d'organisation sera ensuite utilisé au sein de la Résistance pour protéger ses membres. Chaque adhérent se situe à une des extrémités d'un triangle et ne connait que les deux autres camarades des deux autres sommets du triangle, ce qui permet d'assurer une certaine sécurité du réseau.
 
En 1940, lors du départ des Anglais, Jules Lesven, avec quelques camarades, récupèrent des armes et des munitions. Le groupe organise des sabotages, dès janvier 1941, sur les chantiers et à l'arsenal. Fin juin 1941, un triangle militaire est mis en place et comprendre Jules LESVEN, Pierre CORRE et Lucien KEROUANTON. Le Triangle militaire a pour but de coordonner l'action des groupes O.S. (Organisation Spéciale de Protection des membres du P.C. distributeurs de tracts et écrivains ruraux et des militants et de leurs familles) de la région brestoise.
Fin 1941, les réserves d'eau distillée destinées à alimenter les batteries des sous-marins allemands sont sabotées à l'arsenal de Brest.
 
Le 27 mars 1942, des sous-stations électriques de l'arsenal sont sabotées.
Fin avril - mai 1942, les groupes O.S. disparaissent : ils sont versés dans les formations de combat mises en place par "Le Front National de lutte pour la libération et l'Indépendance de la France" : ce sont les F.T.P.F (Francs-Tireurs et Partisans Français) pour lesquels compte avant tout l'action directe (propagande, lutte armée, sabotages).
Jules LESVEN devient responsable départemental des "F.T.P." puis interrégional de Bretagne.
 
"Grillés", recherchés par la police française et par les Allemands, les responsables brestois quittent la région de Brest.
Mais les actions continuent : sabotage à la gare de tirage du Mans (09.01.1943) et de la voie ferrée Le Mans - Rennes (26.01.1943), attentats à la bombe à l'arsenal de Brest.

Jules LESVEN, recherché, a quitté l'arsenal de Brest.
Devenu responsable politique de la SARTHE, il est arreté par des policiers français le 7 mars 1943 (jour du 1er anniversaire de son fils Pierre) au domicile d'un chef de train.
Livré au Allemands, torturé, jugé et condamné à mort, il sera fusillé au camp d'AUVOUR (à 15 km du Mans - Commune de CHAMPAGNE), le 1er juin 1943.
Dernière lettre à sa femme de Jules Lesven, résistant communiste brestois fusillé le 1er juin 1943

Dernière lettre à sa femme de Jules Lesven, résistant communiste brestois fusillé le 1er juin 1943

Dernière lettre à sa femme de Jules Lesven, résistant communiste brestois fusillé le 1er juin 1943 (deuxième page)

Dernière lettre à sa femme de Jules Lesven, résistant communiste brestois fusillé le 1er juin 1943 (deuxième page)

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8 décembre 2016 4 08 /12 /décembre /2016 19:47
Jorge Semprun

Jorge Semprun

Jorge Semprun: une personnalité d'exception et un grand écrivain dans le tumulte du XXe siècle

" Mémorialistes et chroniqueurs n'ont pas coutume d'entremêler tendresses, confidences et débâcles du corps à l'évocation de leurs hauts faits. Les romanciers, eux, c'est leur travail, depuis Fabrice à Waterloo. Semprun croise les rubriques et donne une dimension romanesque à l'évènement réel. Il privatise l'Histoire tout en historicisant sa vie. La mémoire, on le sait, est un drôle de réfrigérateur: elle fait fondre les grandes lignes et conserve les détails au frais... Avec sa mosaïque en pointillé, Semprun annexe l'histoire à la mémoire".

Quelques lignes très justes de Regis Debray en avant-propos d'Exercices de survie, le dernier livre, publié à titre posthume, de Jorge Semprun, énorme romancier, grand intellectuel, dont le vécu aura épousé les tragédies, les espoirs et les désillusions du siècle: la guerre d'Espagne, la Résistance, Buchenwald et l'univers concentrationnaire nazi, le Communisme et son action clandestine en Espagne, le retour à la démocratie après le franquisme en Espagne. 

Il faut lire et relire Jorge Semprun, le Marcel Proust de la mémoire douloureuse du XXe siècle et de Buchenwald, mêlant l'auto-fiction à l'exercice de remémoration et l'esthétique de l'existence à la méditation sur l'histoire. 

Un travail fascinant et obsessionnel sur les dédales de la mémoire et de l'oubli, la permanence et la beauté de l'instant, l'écriture et la vie, l'écriture ou la vie, la quasi impossibilité de traduire ce que fut l'expérience concentrationnaire, et qui fait qu'on s'arrête toujours au seuil.    

Appartenant à une grande famille madrilène, petit fils par sa mère d'un chef de gouvernement, Antonio Maura, et neveu d'un ministre républicain modéré, fils d'un gouverneur civil de province devenu diplomate pendant la guerre d'Espagne et représentant de la République Espagnole à La Haye, Jorge Semprun arrive à Paris en 1939, à quinze ans. Son père est chrétien, proche des animateurs de la revue « Esprit ». Jorge Semprun est un élève ultra-brillant, qui maîtrise déjà très bien le français.

« Je l'avais connue en 1939 (Claude-Edmonde Magny, professeur de philosophie de dix ans son aînée qu'il retrouve pendant l'occupation et après la libération des camps), à l'occasion d'un congrès d'Esprit. Avant l'été, mais après la défaite de la République espagnole. C'était à Jouy-en-Josas, si je me souviens bien. Mon père avait été correspondant général du mouvement personnaliste de Mounier en Espagne. Il assistait à ce congrès, je l'avais accompagné. J'avais quinze ans, j'étais interne à Henri IV depuis la chute de Madrid aux mains des troupes de Franco ». (L'écriture ou la vie).

Semprun obtient le deuxième prix au Concours Général de Philosophie. Il fera une grande classe préparatoire à Paris en Lettres supérieures puis intégrera la Sorbonne pour y faire des études de philosophie où il se passionne pour Heidegger, Lévinas, Saint Augustin, Marx, Lukas, Wittgenstein, mais lit surtout beaucoup de littérature (Faulkner, Malraux, Giraudoux, Sartre) et de poésie (il fera des causeries sur Rimbaud organisées par l'appareil clandestin du camp à Buchenwald, récite à haute voix des centaines de poèmes) . Il fréquente la « meilleure société » parisienne, la jeune bourgeoisie intellectuelle bohème, enchaînant les surprise-parties dans les quartiers de l'ouest parisien, mais sa maturité intellectuelle, son exigence morale et politique, le conduisent aussi à s'engager.

Il aide par exemple un résistant juif des FTP-MOI à se cacher en 1943 chez une amie organisant une fête chez elle après que celui-ci, de son pseudonyme Koba, surnom de Staline, ait tué dans sa chambre d'hôtel un officier allemand (avec la prostituée qui couchait avec lui).

Auparavant, le 11 novembre 1940, Semprun participe à la manifestation patriotique à Paris des lycéens et étudiants, véritable défi à l'occupant, organisée notamment par l'Union des Étudiants communistes et les Jeunesses communistes. Il adhère au Parti Communiste Espagnol en 1941 et côtoie une agent communiste du Komintern, autrichienne des FTP-MOI, qui le forme politiquement et parle avec lui de Heine, Bertold Brecht. Mais ses contacts avec l'organisation communiste de résistance se rompent et il s'engage finalement dans la résistance, au groupe « Jean-Marie Action », dépendant du réseau Buckmaster mis en place par les services secrets britanniques. Ce réseau dirigé par Henri Frager, un homme de droite nationaliste, opère en Bourgogne en réceptionnant les parachutages d'armes et en les répartissant en Côte-d'Or et dans l'Yonne mais en ayant consigne de ne pas livrer d'arme à la résistance communiste. Dans le cadre de ses opérations, il se force à tuer dans un bois de Semur-en-Auxois avec son compagnon de résistance Julien, un beau et romantique soldat allemand, qui descendu de sa moto pour pisser auprès de la rivière, chantait "La Paloma". Un des récits inouïs et si tristes de ces temps atroces. 

Semprun est arrêté par la Gestapo à Joigny en septembre 1943, dénoncé par un traître de la hiérarchie du groupe de résistance, et il est torturé pendant plusieurs semaines à la prison d'Auxerre. Il raconte cette expérience fondatrice de la torture dans son dernier livre, labyrinthique comme ses précédents, inachevé et posthume, « Exercices de survie », publié en 2012, alors que Semprun meurt en 2011 à l'âge de 88 ans.

Il est envoyé en déportation à Buchenwald depuis le camp de transit de Compiègne : quatre jours et trois nuits de voyage dans un wagon de marchandise cadenassé sans air et sans eau, avec cent vingt déportés à l'intérieur, expérience qu'il racontera, avec la libération du camp de Buchenwald, dans le « Grand Voyage » (1963), son premier écrit publié, son premier récit, à dimension philosophique, éthique et esthétique, sur l'expérience concentrationnaire. Il y raconte avec maestria presque les mêmes scènes, celles de sa vie, que dans « L'écriture ou la vie », que dans « L'écriture ou la vie » (1994) ou dans « Exercices de style » (2011), mais avec dans ces derniers cas des interprétations, des éclairages, des interpositions fictionnelles nouvelles.

A Buchenwald, quelques jours après la Libération du camp le 11 avril 1945, Jorge Semprun fait visiter le camp à des volontaires françaises candides de la « Mission France »:

« Les deux automobiles se sont arrêtées devant nous et il est descendu ces filles invraisemblables. C'était le 13 avril, le surlendemain de la fin des camps. Le bois de hêtres bruissait dans le souffle du printemps. Les Américains nous avaient désarmés, c'était la première chose dont ils s'étaient occupés, il faut dire. Ces quelques centaines de squelettes en armes, des Russes et des Allemands, des Espagnols et des Français, des Tchèques et des Polonais, sur les routes autour de Weimar, on aurait dit qu'ils en avaient une sainte frousse. Mais nous occupions quand même les casernes S.S., les dépôts de la division « Totenkopf » dont il fallait faire l'inventaire. Devant chacun des bâtiments il y avait un piquet de garde, sans armes. J'étais devant le bâtiment des officiers S.S. et les copains fumaient et chantaient. Nous n'avions plus d'armes, mais nous vivions encore sur la lancée de cette allégresse de l'avant-veille, quand nous marchions vers Weimar, en tiraillant sur les groupes de S.S. isolés dans le bois. J'étais devant le bâtiment des officiers S.S. et ces deux automobiles se sont arrêtées devant nous et il en est descendu ces filles invraisemblables. Elles avaient un uniforme bleu, bien coupé, avec un écusson qui disait « Mission France ». Elles avaient des cheveux, du rouge à lèvres, des bas de soie, des lèvres vivantes sous le rouge à lèvres, des visages vivants sous les cheveux, sous leurs vrais cheveux. Elles riaient, elles jacassaient, c'était une vraie partie de campagne. Les copains se sont tout à coup souvenus qu'ils étaient des hommes et ils se sont mis à tourner autour de ces filles. Elles minaudaient, elles jacassaient, elles étaient mûres pour une bonne paire de claques. Mais elles voulaient visiter le camp, ces petites, on leur avait dit que c'était horrible, absolument épouvantable. Elles voulaient connaître cette horreur. J'ai abusé de mon autorité pour laisser les copains sur place, devant le bâtiment des officiers S.S. et j'ai conduit les toutes belles vers l'entrée du camp.

La grande salle d'appel était déserte, sous le soleil du printemps, et je me suis arrêté, le cœur battant. Je ne l'avais jamais encore vue vide, il faut dire, je ne l'avais jamais vue réellement. Ce qu'on appelle voir, je ne l'avais pas encore vue vraiment. D'une des baraques, d'en face jaillissait doucement, dans le lointain, un air de musique lente joué sur un accordéon. Il y avait cet air d'accordéon, infiniment fragile, il y avait les grands arbres, au-delà des barbelés, il y avait le vent dans les hêtres, et le soleil d'avril au-dessus du vent et des hêtres. Je voyais le paysage qui avait été le décor de ma vie, deux ans durant, et je le voyais pour la première fois. Je le voyais de l'extérieur, comme si ce paysage qui avait été ma vie, jusqu'avant-hier, se trouvait de l'autre côté du miroir, à présent. Il n'y avait que cet air d'accordéon pour relier ma vie d'autrefois, ma vie de deux ans jusqu'avant-hier, à ma vie d'aujourd'hui. Cet air d'accordéon joué par un Russe dans cette baraque d'en face, car seul un Russe peut tirer d'un accordéon cette musique fragile et puissante, ce frémissement des bouleaux dans le vent et des blés sur la plaine sans fin. Cet air d'accordéon, c'était le lien à ma vie de ces deux dernières années, c'était comme un adieu à cette vie, comme un adieu à tous les copains qui étaient morts au cours de cette vie-là. Je me suis arrêté sur la grande place d'appel déserte et il y avait le vent dans les hêtres et le soleil d'avril au-dessus du vent et des hêtres. Il y avait aussi, à droite, le bâtiment trapu du crématoire. A gauche, il y avait le manège, où on exécutait les officiers, les commissaires et les communistes de l'Armée Rouge. Hier, 1é avril, j'avais visité le manège. C'était un manège comme n'importe quel manège, les officiers S.S. y venaient faire du cheval. Ces dames des officiers S.S. y venaient faire du cheval. Mais il y avait dans le bâtiment une salle de douche spéciale. On y introduisait l'officier soviétique, on lui donnait un morceau de savon et une serviette éponge, et l'officier soviétique attendait que l'eau jaillisse de la douche. Mais l'eau ne jaillissait pas. A travers une meurtrière dissimulée dans un coin, un S.S. envoyait une balle dans la tête de l'officier soviétique. Le S.S. était dans une pièce voisine, il vivait posément la tête de l'officier soviétique et il lui envoyait une balle dans la tête. On enlevait le cadavre, on ramassait le savon et la serviette éponge et on faisait couler l'eau de la douche, pour effacer les traces de sang. Quand vous aurez compris ce simulacre de la douche et du morceau de savon, vous comprendrez la mentalité S.S.

Mais ça n'a aucun intérêt de comprendre les S.S., il suffit de les exterminer.

J'étais debout sur la grande place d'appel déserte, c'était le mois d'avril, et je n'avais plus du tout envie que ces filles aux bas de soie bien tirés, aux jupes bleues bien plaqués sur des croupes appétissantes, viennent visiter mon camp... » (Le grand voyage, 1963)

Semprun finira par montrer l'empilement des cadavres sur la place derrière les baraques. On les entreposait là depuis que les fours crématoires s'étaient arrêtés de fonctionner, quelques jours avant que la majorité des bourreaux nazis ne quittent le camp devant la pression de l'avance alliée. Semprun raconte les survivants qui meurent d'avoir trop mangé avec leur organisme affaibli une fois le camp libéré par les Alliés. Il donne la main ainsi à un ancien de la guerre d'Espagne et du plateau des Glières, Morales, qui meurt "d'une dysentrie foudroyante provoquée par une nourriture redevenue trop riche" après avoir survécu à Auschwitz et à des mois de camp de concentration. 

Les fours crématoires, dont certains firent des jeux de mot douteux, par où partirent en fumée beaucoup d'amis de Semprun, dans le professeur Maurice Halbwachs, à qui Semprun avant l'instant de basculement dans la mort récita les vers de Baudelaire :

« O mort, vieux capitaine, il est temps,

levons l'ancre »

« Étrange odeur », a écrit Léon Blum.

Déporté en avriol 1943, avec Georges Mandel, Blum a vécu deux ans à Buchenwald. Mais il était enfermé en dehors de l'enceinte proprement dite du camp : au-delà de la barrière de barberés électrifiés, dans une villa du quartier des officiers S.S. Il n'en sortait jamais, personne n'y pénétrait que les soldats de garde. (…) C'est la rigueur de cette clôture qui explique son ignorance. Léon Blum ne savait même pas où il se trouvait, dans quelle région de l4allemagne il avait été déporté. Il a vécu deux ans dans une villa du quartier des casernes S.S. de Buchenwald en ignorant tout de l'existence du camp de concentration, si proche pourtant. « Le premier indice que nous en avons surpris, a t-il écrit au retour, est l'étrange odeur qui nous parvenait souvent le soir, par les fenêtres ouvertes, et qui nous obsédait la nuit tout entière quand le vent continuait à souffler dans la même direction : c'était l'odeur des fours crématoires. (…). Étrange odeur, en vérité, obsédante. »

- « Le crématoire s'est arrêté hier, leur dis-je. Plus jamais de fumée dans le paysage. Les oiseaux vont peut-être revenir !

Ils font la grimace, vaguement écœurés.

Mais ils ne peuvent pas vraiment comprendre. Ils ont saisi le sens des mots, probablement. Fumée : on sait ce que c'est, on croit savoir. Dans toutes les mémoires d'homme, il y a des cheminées qui fument. Rurales à l'occasion, domestiques, fumées des lieux-lares.

Cette fumée-ci, pourtant, ils ne savent pas. Et ils ne sauront jamais vraiment. Ni ceux-ci, ce jour-là. Ni tous les autres, depuis. Ils ne peuvent pas imaginer, quelles que soient leurs bonnes intentions.

Fumée toujours présente, en panaches, ou volutes, sur la cheminée trapue du crématoire de Buchenwald, aux abords de la baraque administrative du service du travail, l'Arbeitsstatistik, où j'avais travaillé cette dernière année.

Il me suffisait d'un peu pencher la tête, sans quitter mon poste de travail au fichier central, de regarder par l'une des fenêtres donnant sur la forêt. Le crématoire était là, massif, entouré d'une haute palissade, couronné de fumée.

Ou bien de flammes, la nuit.

Lorsque les escadrilles alliées s'avançaient vers le cœur de l'Allemagne pour des bombardements nocturnes, le commandement S.S demandait qu'on éteignît le four crématoire. Les flammes, en effet, dépassant de la cheminée, étaient un point de repère idéal pour les pilotes anglo-américains.

Krematorium, ausmachen ! Criait alors une voix brève, impatientée, dans le circuit des haut-parleurs.

« Crématoire, éteignez ! »

Nous dormions, la voix sourde de l'officier S.S. de service à la tour de contrôle nous réveillait. Ou plutôt elle faisait d'abord partie de notre sommeil, elle résonnait dans nos rêves, avant de nous réveiller. A Buchenwald, lors des courtes nuits où nos corps et nos âmes s'acharnaient à reprendre vie – obscurément, avec une espérance tenace et charnelle que démentait la raison, sitôt le jour revenu – ces deux mots, Krematorium, ausmachen ! qui éclataient longuement dans nos rêves, les remplissant d'échos, nous ramenaient aussitôt à la réalité de la mort. Nous arrachaient au rêve de la vie.

(…)

« S'en aller par la cheminée, partir en fumée » étaient des locutions habituelles dans le sabir de Buchenwald. Dans le sabir de tous les camps, les témoignages n'en manquent pas. On les employait sur tous les modes, tous les tons, y compris celui du sarcasme. Surtout, même entre nous, du moins. Les S.S et les contremaîtres civils, les Meister , les employaient toujours sur le ton de la menace ou de la prédiction funeste

Jorge Semprun, L'écriture ou la vie (1994)

Buchenwald, c'était aussi non loin des bourreaux Weimar, ses bois et ses douces collines, la maison de Goethe à deux pas de l'enfer et du mal radical, un lieu de sociabilité inouï dans les latrines où s'organisait la résistance du camp, les trafics, où l'on fumait à l'aise, un bordel et un groupe de jazz clandestin, le cinéma où les Allemands organisaient quelques projections à destination des déportés à base de films romantiques, une bibliothèque tenue par un communiste allemand sourcilleux sur le retour des livres, même après la libération du camp, où l'on trouve les livres de philosophie idéaliste allemande de Schelling et de Fichte. Ce sont les hauts-parleurs du camp d'où sort une chanson de Charles Trenet.   

« Il s'appelait donc Widerman, le jeune déporté français tellement doué, qui bouleversait ses camarades en leur chantant les succès de Charles Trenet.

Ménilmontant, mais oui, madame…

Un dimanche parmi les derniers dimanches de cet hiver-là, le dernier hiver, le plus rude hiver de toutes ces années-là, nous avons entendu la voix du jeune Français sur le circuit des haut-parleurs du camp. Sans doute, l'un des Lagerältester, des doyens de Buchenwald – poste le plus élevé dans la hiérarchie de l'administration interne des déportés – ou quelque vétéran communiste allemand, peut-être le kapo de l'Arbeit, Willi Seifert – il en était bien capable ! - avait dû convaincre l'officier SS, le Rapportführer , de laisser chanter Widerman, puisque tel était son nom.

Ce serait bon pour le moral des français, avait-il dû lui dire, d'entendre chanter dans leur langue, ça les changerait des sempiternelles chansonnettes allemandes de Zarh Leander ! Or ce qui était bon pour le moral était bon pour la productivité des déportés. (…) C'est probablement avec des arguments ou arguties de cette sorte, aussi spécieux, que le Lagerältester – peut-être Hans Eiden – avait réussi à persuader le Rapportführer de laisser Widerman chanter Ménilmontant sur le circuit des haut-parleurs. En tout cas, un dimanche, vers midi, alors que les déportés, par milliers, au garde-à-vous, se tenaient sur la place d'appel, soudain, l'un des derniers dimanches de ce terrible hiver, la voix du jeune Widerman avait éclaté : Ménilmontant, moi oui madame…

Une sorte de frémissement à peine perceptible, de halètement, de lourd sanglot de bonheur, a parcouru la foule des déportés. La plupart ne comprenaient pas la langue, certes : le sens exact des paroles leur échappait probablement. Mais c'était une chanson française : au rythme vif, entraînant, ça suffisait.

Aussi, soudain, pour ces milliers d'Européens, de toute origine – des russes, des polonais, des Tchèques, des Hongrois, des Espagnols, des Néérlandais, tous les Européens étaient là, en somme, il ne manquait que les Anglais, bien sûr, pour cause de liberté insulaire -, pour ces milliers de déportés, dans leur immense majorité combattant des maquis et des mouvements de résistance, la chanson de Trenet a soudain symbolisé la liberté : son passé de joie et de combats, son proche avenir victorieux ». (Jorge Semprun, Exercices de survie, 2012)

Plus qu'aucun autre, Semprun fait ressortir les éléments de sur-réalité ou d'irréalité d'un camp nazi. Peut-être à l'excès, comme quand il déclame des dizaines de poèmes à haute voix sur la place du camp ou à ses abords avec le lieutenant américain Rosenfeld, qui l'interroge sur le fonctionnement des S.S et l'administration du camp, car Semprun était affecté, grâce aux réseaux internationaux de la résistance communiste du camp, au bureau des entrées et sorties, ce qui lui permettait d'affecter par des inversions d'identité à des "bonnes places" des camarades prenant l'identité de prisonniers venant de mourir.

Semprun raconte aussi dans "L'écriture ou la vie" son difficile retour à la vie, à l'amour, sa volonté d'écrire et de faire oeuvre de ce vécu inouï et terrible, puis sa volonté d'oublier qui l'amènera à mettre presque quinze ans avant de commencer à raconter, la part de doute, de réinvention, de recomposition mémorielle dans la restitution de ce qui fut. 

Ses récits pleins de paradoxe, où la beauté côtoie l'horreur, et la poésie la brutalité, sont composés par des détours, des retours successifs, des sauts temporels, des cercles concentriques autour de l'événement, entre l'association d'idées, le libre jeu de la mémoire et l'art du conteur qui suggère en omettant et dissimule en disant. 

De 1945 à 1953, Semprun devient traducteur pour l'Unesco.

A partir de 1953, il coordonne les activités clandestines de résistance au régime de Franco au nom du Comité Central du Parti Communiste Espagnol en exil puis il entre au Comité Central et au bureau politique. De 1957 à 1962, il anime le travail clandestin du Parti Communiste dans l'Espagne de Franco sous le pseudonyme de Frederico Sanchez. En 1963, il publie "Le grand voyage". L'année suivante, il est écarté de la direction puis exclu du Parti Communiste par Santiago Carrillo en raison de divergences sur la ligne du parti. Il se consacre alors tout entier à son travail d'écrivain et de scénariste et en 1969, il reçoit le prix Fémina pour "La deuxième mort de Ramon Mercader" (l'assassin de Trotski), un livre d'espionnage à miroirs et à tiroirs où Semprun évoque aussi de manière détournée son rapport au communisme et son expérience de la vie clandestine. Dans "Exercices de survie", Semprun revient sur cette expérience de dirigeant clandestin du Parti Communiste espagnol avec un certain scepticisme, un jugement contrasté sur la portée effective des combats communistes et leur avenir. Son éloignement du communisme n'est pas non plus un reniement des idéaux humains, démocratiques du communisme et de la qualité de l'engagement des militants européens. Semprun restera attaché à un idéal démocratique de gauche jusqu'au terme de sa vie même s'il percevra le communisme comme un échec global et sans doute définitif. Après s'être rapproché du PSOE et de Felipe Gonzalez, il devient ministre de la culture du gouvernement espagnol de 1988 à 1991.  

 

 

     

   

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