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22 octobre 2017 7 22 /10 /octobre /2017 11:10
Décès de Louis Viannet, dirigeant de la CGT jusqu'en 1995
Décès de Louis Viannet, dirigeant de la CGT jusqu'en 1995

Louis Viannet nous a quitté cette nuit. Il était le secrétaire général de la CGT jusqu'en 1995 et ce mouvement social formidable de convergences et de démocratie dans les luttes.
Un militant très attachant, humble et responsable.

Bien triste nouvelle.

 

Pierre Laurent salue la mémoire de Louis Viannet

C’est avec une grande tristesse que j’apprends la disparition de Louis Viannet.
Louis a marqué l'histoire de la CGT d'abord comme dirigeant de la fédération des PTT puis comme secrétaire général de la confédération. Il été un dirigeant national du Parti communiste français : d’abord à la Poste où il travaillait et militait syndicalement et politiquement, à la fédération de Paris, puis au niveau national où il fut membre du comité central et pendant plus de dix ans membre du bureau politique, avant de mettre un terme au cumul de ses fonctions nationales au PCF et à la CGT.

Secrétaire général de la CGT, il a mené avec Bernard Thibault, qui lui succédera, la lutte contre les réformes d’Alain Juppé en 1995. 22 ans après, ce mouvement social reste encore dans toutes les mémoires.
Louis Viannet était un humaniste, un pacifiste. Toute sa vie, il fut un militant syndicaliste, communiste, soucieux des droits humains, proche des travailleurs, toujours attentif à faire évoluer son combat et sa réflexion.
A sa famille, à ses proches, aux militant-es de la CGT, je présente, en mon nom et celui des communistes, toutes mes condoléances.

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22 octobre 2017 7 22 /10 /octobre /2017 08:32
Nous n'oublierons jamais! : le 22 octobre 1941, à Châteaubriant, 27 otages choisis par Vichy pour être fusillés par l'armée allemande parce qu'ils étaient communistes et cégétistes
Nous n'oublierons jamais! : le 22 octobre 1941, à Châteaubriant, 27 otages choisis par Vichy pour être fusillés par l'armée allemande parce qu'ils étaient communistes et cégétistes
Nous n'oublierons jamais! : le 22 octobre 1941, à Châteaubriant, 27 otages choisis par Vichy pour être fusillés par l'armée allemande parce qu'ils étaient communistes et cégétistes

Le 22 octobre 1941, à Chateaubriant, 27 résistants, choisis par Vichy, furent fusillés par les nazis. 
Des hommes,syndicalistes et politiques, dont « on dira que c’était des communistes » pour reprendre les mots d’Aragon qui leur a rendus hommage.

https://www.humanite.fr/node/371693

"A propos d'une ignominie: être dignes des 27": Pierre Le Rose rend hommage à Pierre Guéguin et Marc Bourhis, fusillés de Chateaubriant concarnois (L'Unité, journal communiste de Concarneau, novembre-décembre 1979)

Nous n'oublierons jamais! : le 22 octobre 1941, à Châteaubriant, 27 otages choisis par Vichy pour être fusillés par l'armée allemande parce qu'ils étaient communistes et cégétistes
Nous n'oublierons jamais! : le 22 octobre 1941, à Châteaubriant, 27 otages choisis par Vichy pour être fusillés par l'armée allemande parce qu'ils étaient communistes et cégétistes
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21 octobre 2017 6 21 /10 /octobre /2017 14:21
21 octobre 1945: les femmes obtiennent le droit de vote sur une proposition du député communiste Fernand Grenier

JE N'OUBLIE PAS ...GRACE AUX Conseil National de la Résistance...le 21 octobre c'est aussi...

Le résistant communiste, Fernand Grenier, défend fermement et avec obstination les droits politiques de la Française à l’assemblée. Le 23 mars 1944, l’Assemblée consultative siégeant à Alger adopte le principe du droit de vote des femmes par 51 voix « pour » et 16 voix « contre ».

 

Fernand Grenier

Fernand Grenier

Le 21 avril 1944, le communiste Fernand Grenier dépose l'amendement qui donne le droit de vote et d'éligibilité aux femmes

Le 21 avril 1944, le communiste Fernand Grenier dépose l'amendement qui donne le droit de vote et d'éligibilité aux femmes.
De tous temps les communistes ont porté le progrès et l'émancipation ...

Au nom de l'idéal qui nous faisait combattre et qui nous pousse encore à nous battre encore aujourd'hui, au service d'une société plus juste et d'un monde meilleur! 

Fernand Grenier est décédé le 12 août 1992

Voici un article paru dans l’Humanité en avril 2014:


Fernand Grenier, ce communiste qui a permis le droit de vote des femmes !

"Si l’ordonnance donnant le droit de vote aux femmes a été prise il y a 70 ans jour pour jour par le Général de Gaulle, cette avancée, on la doit à un Tourquennois.

Fernand Grenier rédigera l’amendement, un mois plus tôt, lors de l’assemblée constituante provisoire, installée à Alger : « Les femmes seront électrices et éligibles dans les mêmes conditions que les hommes ». Un texte sans ambiguïté mais qui suscita le débat. Un amendement adopté par 51 voix sur 67 votants.

En janvier 1943 pourtant, lorsque se constitue l’assemblée consultative provisoire, « les débats sur l’organisation des pouvoirs publics ne prévoyaient pas le vote des femmes », relate Fernand Grenier dans un article de L’Humanité (18/04/1991). En 1943, le Tourquennois, au nom du parti communiste rejoint à Londres le Général de Gaulle. « C’est ainsi que je fus amené à poser la question du vote des femmes pour la première fois quand le Général de Gaulle me proposa de faire partie d’une commission de réforme de l’État, écrit-il encore. Je pensais qu’il serait injuste de continuer à considérer les femmes comme incapables de se servir du bulletin de vote ».


Mais comment ce Tourquennois a-t-il gravi les échelons ?

Pour le comprendre, il faut remonter à la jeunesse de Fernand Grenier. Et cette figure du père qui va le marquer profondément. Édouard Grenier, marié à Léontine Ghesquière, tous deux belges, va donner naissance à Fernand le 9 juillet 1901. « Mon père arrivé illettré de sa Wallonie, va apprendre à lire et écrire par les cours du soir », raconte Fernand Grenier dans Ce Bonheur là.* Un père livreur, militant socialiste, organisateur du syndicat des transports de Tourcoing. En raison de son action syndicale, il sera licencié plusieurs fois.

C’est durant cette période que Fernand découvre l’univers socialiste : les lectures du père, l’achat du pain à la coopérative La solidarité ouvrière, les dimanches à la maison du peuple, siège du parti ouvrier, alors qu’il n’a que 11 ans. Cette figure paternelle va disparaître en 1917. Arrêté par les Allemands, il décédera dans une compagnie disciplinaire des travailleurs. « C’est une épreuve qui devait marquer ma jeunesse, j’avais 16 ans ». Et il était orphelin. Fernand Grenier avait perdu sa mère alors qu’il n’avait que 9 ans. « J’étais fier de mon père. À chaque événement marquant de ma propre vie de militant, le souvenir de mon père s’imposera », écrit Fernand Grenier.

Apprenti mouleur à la fonderie, apprenti boulanger où il sera licencié car syndiqué, Fernand est ensuite embauché comme aide comptable à l’école des Mutilés de Tourcoing. Il habite alors Neuville – où il épousera en 1926 Andréa Beulque – et, en février 1922, adhère à la section communiste. « J’avais sans m’en rendre compte découvert le chemin de la vie : la joie de servir le peuple auquel on appartient ».

Après le service militaire, Fernand Grenier intégrera l’école centrale du Parti et en sortira instructeur pour le Roubaisis et le Valenciennois. Élu au comité exécutif régional en 1925, Fernand sera dépêché à Halluin, comme employé de mairie pour « aider la municipalité communiste contre laquelle le puissant patronat de Roubaix Tourcoing concentrait tous ses moyens ».

Au début des années 30, Fernand Grenier est appelé à Paris, non sans hésitation. « À Neuville, en adhérant au parti, j’avais commencé à ouvrir les yeux aux réalités sociales. L’âpreté de la lutte sociale contre la bourgeoisie, Halluin me l’avait apporté », raconte-t-il.

Président des amis de l’URSS, Fernand Grenier bataillera à Saint-Denis où il sera élu conseiller municipal en 1937, puis en deviendra le député jusqu’en 1968. « C’était quelqu’un de très attaché à sa région, raconte Claudie Gillot-Dumoutier, fille d’Auguste Gillot, ancien maire de Saint-Denis. Il chantait tout le temps Le P’tit Quinquin ».

Arrêté en 1940, il s’évadera de Châteaubriant. En1943, il partira à Londres représenter le parti communiste clandestin auprès du Général de Gaulle. Il décédera en 1992 à Saint-Denis".

 Ce bonheur Là, de l’horizon d’un homme à l’horizon de tous », Fernand Grenier, Éditions sociales, 1974

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17 octobre 2017 2 17 /10 /octobre /2017 04:22
76 e anniversaire de la fusillade des 27 otages de Chateaubriant: déplacement entre Brest, Morlaix, et la sablière de Chateaubriant le dimanche 22 octobre
Chers camarades
 
A l'occasion du 76ème anniversaire de la fusillade des 27 otages de Chateaubriant et en hommage à toute la résistance, le comité brestois du souvenir organise un déplacement à la sablière de Chateaubriant le 
 
    DIMANCHE 22 OCTOBRE 2017
 
Départ de Brest ( parking de Géant) à 7h30
 
le car s'arrêtera à Morlaix et Saint Brieuc (horaire à préciser selon le nombre d'inscription
 
Un repas sera pris en commun au restaurant l'Amazone à Chateaubriant
 
Tarif; 35€ déplacement et repas du midi compris
            15 € pour voyage seul + 2 € pour le casse croûte du soir
 
Inscription par téléphone au 06 73 69 94 44 ou 02 56 29 11 87
 
Clôture des inscriptions; 18 octobre 2017
76 e anniversaire de la fusillade des 27 otages de Chateaubriant: déplacement entre Brest, Morlaix, et la sablière de Chateaubriant le dimanche 22 octobre
76 e anniversaire de la fusillade des 27 otages de Chateaubriant: déplacement entre Brest, Morlaix, et la sablière de Chateaubriant le dimanche 22 octobre
76 e anniversaire de la fusillade des 27 otages de Chateaubriant: déplacement entre Brest, Morlaix, et la sablière de Chateaubriant le dimanche 22 octobre

Comme chaque année, l’Amicale Châteaubriant-Voves-Rouillé-Aincourt organise les cérémonies en hommage aux 27 fusillés de Châteaubriant le 22 octobre 1941, mais aussi aux autres premiers fusillés en nombre : 16 à Nantes et 5 au Mont Valérien le 22 octobre et 51 à Souges les 23 et 24 octobre et à travers eux à toutes celles et ceux, internés, fusillés, déportés qui ont, au péril de leur vie, combattu pour que nous vivions dans un monde meilleur.

Déroulement des cérémonies :

Samedi 21 octobre

  • 10h30 : Rendez-vous à la Stèle du Camp de Choisel où un hommage à Jacqueline Olivier Timbaud sera rendu.
  • 14h30 : Rendez-vous dans la cour du Château à Châtéaubriant pour un dépôt de gerbe sur le lieu où ont été déposés les corps des 27 fusillés.
  • 15h30 : hommage à Fernand Grenier au rond point qui porte son nom.

Dimanche 22 octobre

  • 9h00 : Rendez-vous à la Mairie de Châteaubriant pour se rendre en car à La Blisière.
  • 10h00 : Cérémonie à La Blisière en hommage aux 9 fusillés du 15 décembre 1941.
  • 11h00 : Accueil à la Mairie de Châtéaubriant à la Mairie.
  • 13h30 : Rendez-vous au Rond-point Fernand GRENIER pour le « Défilé de la Mémoire »jusqu’à la Carrière des Fusillés.

Carrière des fusillés :

  • 14h30 : Cérémonie officielle sous la Présidence de Madame Odette NILES, Présidente de l’Amicale et de Monsieur Alain HUNAULT, maire de Châteaubriant, en présence de dirigeants de la CGT et du PCF.
  • 15h15 : Évocation historique et artistique " Ce qu’ils ont donné "
  • mise en scène par Solenn Goix, texte de Évelyne Loew des Tréteaux de France
  • 17h00 : Fin des cérémonies
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15 octobre 2017 7 15 /10 /octobre /2017 18:24
La Commune, Barricade rue de Charonne (Larousse)

La Commune, Barricade rue de Charonne (Larousse)

Cet essai sur la Commune, adressé aux membres européens et américains de la Première Internationale (regroupant marxistes et anarchistes), rédigé à chaud en mai 1871 figure parmi les chefs d'oeuvre du Karl Marx de la maturité.  Au moment où l'attention sur Marx écrivain et théoricien est ravivée par l'excellent film "Le jeune Karl Marx" de Raoul Peck, nous avons juger utiles d'en publier de larges extraits pour donner envie de lire cette analyse magistrale d'un événement historique présent de Marx. On peut lire dans l'analyse concrète de figures historiques déterminées une théorie de l'Etat, pensé dans son devenir historique, du politique, de la démocratie bourgeoise, des forces motrices de l'évolution historique, théorie qui conserve sa pertinence et une grande part de son actualité. Il y a aussi une analyse de la singularité de l'expérience communarde, qui, si elle ne l'épuise pas, mérite d'être lue et appréciée, surtout qu'elle lui est contemporaine.  Avec Marx, après lui, non la Commune n'est pas morte! 

 

Chapitre 3

À l'aube du 18 mars, Paris fut réveillé par ce cri de tonnerre : Vive la Commune! Qu'est-ce donc que la Commune, ce sphinx qui met l'entendement bourgeois à si dure épreuve ?

Les prolétaires de la capitale, disait le Comité central dans son manifeste du 18 mars, au milieu des défaillances et des trahisons des classes gouvernantes, ont compris que l'heure était arrivée pour eux de sauver la situation en prenant en main la direction des affaires publiques... Le prolétariat... a compris qu'il était de son devoir impérieux et de son droit absolu de prendre en main ses destinées, et d'en assurer le triomphe en s'emparant du pouvoir.

Mais la classe ouvrière ne peut pas se contenter de prendre tel quel l'appareil d'État et de le faire fonctionner pour son propre compte.

Le pouvoir centralisé de l'État, avec ses organes, partout présents : armée permanente, police, bureaucratie, clergé et magistrature, organes façonnés selon un plan de division systématique et hiérarchique du travail, date de l'époque de la monarchie absolue, où il servait à la société bourgeoise naissante d'arme puissante dans ses luttes contre le féodalisme. Cependant, son développement restait entravé par toutes sortes de décombres moyenâgeux, prérogatives des seigneurs et des nobles, privilèges locaux, monopoles municipaux et corporatifs et Constitutions provinciales. Le gigantesque coup de balai de la Révolution française du XVIIIe siècle emporta tous ces restes des temps révolus, débarrassant ainsi, du même coup, le substrat social des derniers obstacles s'opposant à la superstructure de l'édifice de l'État moderne. Celui-ci fut édifié sous le premier Empire, qui était lui-même le fruit des guerres de coalition de la vieille Europe semi-féodale contre la France moderne. Sous les régimes qui suivirent, le gouvernement, placé sous contrôle parlementaire, c'est-à-dire sous le contrôle direct des classes possédantes, ne devint pas seulement la pépinière d'énormes dettes nationales et d'impôts écrasants; avec ses irrésistibles attraits, autorité, profits, places, d'une part il devint la pomme de discorde entre les factions rivales et les aventuriers des classes dirigeantes, et d'autre part son caractère politique changea conjointement aux changements économiques de la société. Au fur et à mesure que le progrès de l'industrie moderne développait, élargissait, intensifiait l'antagonisme de classe entre le capital et le travail, le pouvoir d'État prenait de plus en plus le caractère d'un pouvoir publie organisé aux fins d'asservissement social, d'un appareil de domination d'une classe. Après chaque révolution, qui marque un progrès de la lutte des classes, le caractère purement répressif du pouvoir d'État apparaît façon de plus en plus ouverte. La Révolution de 1830 transféra le gouvernement des propriétaires terriens aux capitalistes, des adversaires les plus éloignés des ouvriers à leurs adversaires les plus directs. Les républicains bourgeois qui, au nom de la Révolution de février, s'emparèrent du pouvoir d'État, s'en servirent pour provoquer les massacres de juin, afin de convaincre la classe ouvrière que la république « sociale », cela signifiait la république qui assurait la sujétion sociale, et afin de prouver à la masse royaliste des bourgeois et des propriétaires terriens qu'ils pouvaient en toute sécurité abandonner les soucis et les avantages financiers du gouvernement aux « républicains » bourgeois. Toutefois, après leur unique exploit héroïque de juin, il ne restait plus aux républicains bourgeois qu'à passer des premiers rangs à l'arrière-garde du « parti de l'ordre », coalition formée par toutes les fractions et factions rivales de la classe des appropriateurs dans leur antagonisme maintenant ouvertement déclaré avec les classes des producteurs. La forme adéquate de leur gouvernement en société par actions fut la « république parlementaire », avec Louis Bonaparte pour président, régime de terrorisme de classe avoué et d'outrage délibéré à la « vile multitude ». Si la république parlementaire, comme disait M. Thiers, était celle qui « les divisait [les diverses fractions de la classe dirigeante] le moins », elle accusait par contre un abîme entre cette classe et le corps entier de la société qui vivait en dehors de leurs rangs clairsemés. Leur union brisait les entraves que, sous les gouvernements précédents, leurs propres dissensions avaient encore mises au pouvoir d'État. En présence de la menace de soulèvement du prolétariat, la classe possédante unie utilisa alors le pouvoir de l'État, sans ménagement et avec ostentation comme l'engin de guerre national du capital contre le travail. Dans leur croisade permanente contre les masses productrices, ils furent forcés non seulement d'investir l'exécutif de pouvoirs de répression sans cesse accrus, mais aussi de dépouiller peu à peu leur propre forteresse parlementaire, l'Assemblée nationale, de tous ses moyens de défense contre l'exécutif. L'exécutif, en la personne de Louis Bonaparte, les chassa. Le fruit naturel de la république du « parti de l'ordre » fut le Second Empire.

L'empire, avec le coup d'État pour acte de naissance, le suffrage universel pour visa et le sabre pour sceptre, prétendait s'appuyer sur la paysannerie, cette large masse de producteurs qui n'était pas directement engagée dans la lutte du capital et du travail. Il prétendait sauver la classe ouvrière en en finissant avec le parlementarisme, et par là avec la soumission non déguisée du gouvernement aux classes possédantes. Il prétendait sauver les classes possédantes en maintenant leur suprématie économique sur la classe ouvrière; et finalement il se targuait de faire l'unité de toutes les classes en faisant revivre pour tous l'illusion mensongère de la gloire nationale. En réalité, c'était la seule forme de gouvernement possible, à une époque où la bourgeoisie avait déjà perdu, - et la classe ouvrière n'avait pas encore acquis, - la capacité de gouverner la nation. Il fut acclamé dans le monde entier comme le sauveur de la société. Sous l'empire, la société bourgeoise libérée de tous soucis politiques atteignit un développement dont elle n'avait elle-même jamais eu idée. Son industrie et son commerce atteignirent des proportions colossales; la spéculation financière célébra des orgies cosmopolites; la misère des masses faisait un contraste criant avec l'étalage éhonté d'un luxe somptueux, factice et crapuleux. Le pouvoir d'État, qui semblait planer bien haut au-dessus de la société, était cependant lui-même le plus grand scandale de cette société et en même temps le foyer de toutes ses corruptions. Sa propre pourriture et celle de la société qu'il avait sauvée furent mises à nu par la baïonnette de la Prusse, elle-même avide de transférer le centre de gravité de ce régime de Paris à Berlin. Le régime impérial est la forme la plus prostituée et en même temps la forme ultime de ce pouvoir d'État, que la société bourgeoise naissante a fait naître, comme l'outil de sa propre émancipation du féodalisme, et que la société bourgeoise parvenue à son plein épanouissement avait finalement transformé en un moyen d'asservir le travail au capital.

L'antithèse directe de l'Empire fut la Commune. Si le prolétariat de Paris avait fait la révolution de Février au cri de « Vive la République sociale », ce cri n'exprimait guère qu'une vague aspiration à une république qui ne devait pas seulement abolir la forme monarchique de la domination de classe, mais la domination de classe elle-même. La Commune fut la forme positive de cette république.

Paris, siège central de l'ancien pouvoir gouvernemental, et, en même temps, forteresse sociale de la classe ouvrière française, avait pris les armes contre la tentative faite par Thiers et ses ruraux pour restaurer et perpétuer cet ancien pouvoir gouvernemental que leur avait légué l'empire. Paris pouvait seulement résister parce que, du fait du siège, il s'était débarrassé de l'armée et l'avait remplacée par une garde nationale, dont la masse était constituée par des ouvriers. C'est cet état de fait qu'il s'agissait maintenant de transformer en une institution durable. Le premier décret de la Commune fut donc la suppression de l'armée permanente, et son remplacement par le peuple en armes.

La guerre civile en France - Essai de Marx sur la Commune de Paris et l'histoire politique et sociale de la France au XIXe Siècle, chapitre 3

La Commune fut composée des conseillers municipaux, élus au suffrage universel dans les divers arrondissements de la ville. Ils étaient responsables et révocables à tout moment. La majorité de ses membres était naturellement des ouvriers ou des représentants reconnus de la classe ouvrière. La Commune devait être non pas un organisme parlementaire, mais un corps agissant, exécutif et législatif à la fois. Au lieu de continuer d'être l'instrument du gouvernement central, la police fut immédiatement dépouillée de ses attributs politiques et transformée en un instrument de la Commune, responsable et à tout instant révocable. Il en fut de même pour les fonctionnaires de toutes les autres branches de l'administration. Depuis les membres de la Commune jusqu'au bas de l'échelle, la fonction publique devait être assurée pour un salaire d'ouvrier. Les bénéfices d'usage et les indemnités de représentation des hauts dignitaires de l'État disparurent avec ces hauts dignitaires eux-mêmes. Les services publics cessèrent d'être la propriété privée des créatures du gouvernement central. Non seulement l'administration municipale, mais toute l'initiative jusqu'alors exercée par l'État fut remise aux mains de la Commune.

Une fois abolies l'armée permanente et la police, instruments du pouvoir matériel de l'ancien gouvernement, la Commune se donna pour tâche de briser l'outil spirituel de l'oppression, le pouvoir des prêtres; elle décréta la dissolution et l'expropriation de toutes les Églises dans la mesure où elles constituaient des corps possédants. Les prêtres furent renvoyés à la calme retraite de la vie privée, pour y vivre des aumônes des fidèles, à l'instar de leurs prédécesseurs, les apôtres. La totalité des établissements d'instruction furent ouverts au peuple gratuitement, et, en même temps, débarrassés de toute ingérence de l'Église et de l'État. Ainsi, non seulement l'instruction était rendue accessible à tous, mais la science elle-même était libérée des fers dont les préjugés de classe et le pouvoir gouvernemental l'avaient chargée.

Les fonctionnaires de la justice furent dépouillés de cette feinte indépendance qui n'avait servi qu'à masquer leur vile soumission à tous les gouvernements successifs auxquels, tour à tour, ils avaient prêté serment de fidélité, pour le violer ensuite. Comme le reste des fonctionnaires publics, magistrats et juges devaient être élus, responsables et révocables.

La Commune de Paris devait, bien entendu, servir de modèle à tous les grands centres industriels de France. Le régime de la Commune une fois établi à Paris et dans les centres secondaires, l'ancien gouvernement centralisé aurait, dans les provinces aussi, dû faire place au gouvernement des producteurs par eux-mêmes. Dans une brève esquisse d'organisation nationale que la Commune n'eut pas le temps de développer, il est dit expressément que la Commune devait être la forme politique même des plus petits hameaux de campagne et que dans les régions rurales l'armée permanente devait être remplacée par une milice populaire à temps de service extrêmement court. Les communes rurales de chaque département devaient administrer leurs affaires communes par une assemblée de délégués au chef-lieu du département, et ces assemblées de département devaient à leur tour envoyer des députés à la délégation nationale à Paris; les délégués devaient être à tout moment révocables et liés par le mandat impératif de leurs électeurs. Les fonctions, peu nombreuses, mais importantes, qui restaient encore à un gouvernement central, ne devaient pas être supprimées, comme on l'a dit faussement, de propos délibéré, mais devaient être assurées par des fonctionnaires de la Commune, autrement dit strictement responsables. L'unité de la nation ne devait pas être brisée, mais au contraire organisée par la Constitution communale; elle devait devenir une réalité par la destruction du pouvoir d'État qui prétendait être l'incarnation de cette unité, mais voulait être indépendant de la nation même, et supérieur à elle, alors qu'il n'en était qu'une excroissance parasitaire. Tandis qu'il importait d'amputer les organes purement répressifs de l'ancien pouvoir gouvernemental, ses fonctions légitimes devaient être arrachées à une autorité qui revendiquait une prééminence au-dessus de la société elle-même, et rendues aux serviteurs responsables de la société. Au lieu de décider une fois tous les trois ou six ans quel membre de la classe dirigeante devait « représenter » et fouler aux pieds le peuple au Parlement, le suffrage universel devait servir au peuple constitué en communes, comme le suffrage individuel sert à tout autre employeur en quête d'ouvriers, de contrôleurs et de comptables pour son affaire. Et c'est un fait bien connu que les sociétés, comme les individus, en matière d'affaires véritables, savent généralement mettre chacun à sa place et, si elles font une fois une erreur, elles savent la redresser promptement. D'autre part, rien ne pouvait être plus étranger à l'esprit de la Commune que de remplacer le suffrage universel par une investiture hiérarchique.

C'est en général le sort des formations historiques entièrement nouvelles d'être prises à tort pour la réplique de formes plus anciennes, et même éteintes, de la vie sociale, avec lesquelles elles peuvent offrir une certaine ressemblance. Ainsi, dans cette nouvelle Commune, qui brise le pouvoir d'État moderne, on a voulu voir un rappel à la vie des communes médiévales, qui d'abord précédèrent ce pouvoir d'État, et ensuite en devinrent le fondement. - La Constitution communale a été prise à tort pour une tentative de rompre en une fédération de petits États, conforme au rêve de Montesquieu et des Girondins, cette unité des grandes nations, qui, bien qu'engendrée à l'origine par la violence, est maintenant devenue un puissant facteur de la production sociale. - L'antagonisme de la Commune et du pouvoir d'État a été pris à tort pour une forme excessive de la vieille lutte contre l'excès de centralisation. (...) La Constitution communale aurait restitué au corps social toutes les forces jusqu'alors absorbées par l'État parasite qui se nourrit sur la société et en paralyse le libre mouvement. Par ce seul fait, elle eût été le point de départ de la régénération de la France. La classe moyenne des villes de province vit dans la Commune une tentative de restaurer la domination que cette classe avait exercée sur la campagne sous Louis-Philippe, et qui, sous Louis-Napoléon, avait été supplantée par la prétendue domination de la campagne sur les villes. En réalité, la Constitution communale aurait soumis les producteurs ruraux à la direction intellectuelle des chefs-lieux de département et leur y eût assuré des représentants naturels de leurs intérêts en la personne des ouvriers des villes. L'existence même de la Commune impliquait, comme quelque chose d'évident, l'autonomie municipale; mais elle n'était plus dorénavant un contre-poids au pouvoir d'État, désormais superflu. (...) La Commune a réalisé ce mot d'ordre de toutes les révolutions bourgeoises, le gouvernement à bon marché, en abolissant ces deux grandes sources de dépenses : l'armée et le fonctionnarisme d'État. Son existence même supposait la non-existence de la monarchie qui, en Europe du moins, est le fardeau normal et l'indispensable masque de la domination de classe. Elle fournissait à la république la base d'institutions réellement démocratiques. Mais ni le « gouvernement à bon marché », ni la « vraie république » n'étaient son but dernier; tous deux furent un résultat secondaire et allant de soi de la Commune.

La multiplicité des interprétations auxquelles la Commune a été soumise, et la multiplicité des intérêts qu'elle a exprimés montrent que c'était une forme politique tout à fait susceptible d'expansion, tandis que toutes les formes antérieures de gouvernement avaient été essentiellement répressives. Son véritable secret, le voici : c'était essentiellement un gouvernement de la classe ouvrière, le résultat de la lutte de la classe des producteurs contre la classe des appropriateurs, la forme politique enfin trouvée qui permettait de réaliser l'émancipation économique du travail  .

 

Sans cette dernière condition, la Constitution communale eût été une impossibilité et un leurre. La domination politique du producteur ne peut coexister avec la pérennisation de son esclavage social. La Commune devait donc servir de levier pour renverser les bases économiques sur lesquelles se fonde l'existence des classes, donc, la domination de classe. Une fois le travail émancipé, tout homme devient un travailleur, et le travail productif cesse d'être l'attribut d'une classe.

C'est une chose étrange. Malgré tous les discours grandiloquents, et toute l'immense littérature des soixante dernières années sur l'émancipation des travailleurs, les ouvriers n'ont pas plutôt pris, où que ce soit, leur propre cause en main, que, sur-le-champ, on entend retentir toute la phraséologie apologétique des porte-parole de la société actuelle avec ses deux pôles, capital et esclavage salarié (le propriétaire foncier n'est plus que le commanditaire du capitaliste), comme si la société capitaliste était encore dans son plus pur état d'innocence virginale, sans qu'aient été encore développées toutes ses contradictions, sans qu'aient été encore dévoilés tous ses mensonges, sans qu'ait été encore mise à nu son infâme réalité. La Commune, s'exclament-ils, entend abolir la propriété, base de toute civilisation. Oui, messieurs, la Commune entendait abolir cette propriété de classe, qui fait du travail du grand nombre la richesse de quelques-uns. Elle visait à l'expropriation des expropriateurs. Elle voulait faire de la propriété individuelle une réalité, en transformant les moyens de production, la terre et le capital, aujourd'hui essentiellement moyens d'asservissement et d'exploitation du travail, en simples instruments d'un travail libre et associé. Mais c'est du communisme, c'est l' « impossible» communisme! Eh quoi, ceux des membres des classes dominantes qui sont assez intelligents pour comprendre l'impossibilité de perpétuer le système actuel - et ils sont nombreux - sont devenus les apôtres importuns et bruyants de la production coopérative. Mais si la production coopérative ne doit pas rester un leurre et une duperie; si elle doit évincer le système capitaliste; si l'ensemble des associations coopératives doit régler la production nationale selon un plan commun, la prenant ainsi sous son propre contrôle et mettant fin à l'anarchie constante et aux convulsions périodiques qui sont le destin inéluctable de la production capitaliste, que serait-ce, messieurs, sinon du communisme, du très « possible » communisme ?

La classe ouvrière n'espérait pas des miracles de la Commune. Elle n'a pas d'utopies toutes faites à introduire par décret du peuple. Elle sait que pour réaliser sa propre émancipation, et avec elle cette forme de vie plus haute à laquelle tend irrésistiblement la société actuelle en vertu de son propre développement économique, elle aura à passer par de longues luttes, par toute une série de processus historiques, qui transformeront complètement les circonstances elles-mêmes. Elle n'a pas à réaliser d'idéal, mais seulement à libérer les éléments de la société nouvelle que porte dans ses flancs la vieille société bourgeoise qui s'effondre. Dans la pleine conscience de sa mission historique et avec la résolution héroïque d'être digne d'elle dans son action, la classe ouvrière peut se contenter de sourire des invectives grossières des laquais de presse et de la protection sentencieuse des doctrinaires bourgeois bien intentionnés qui débitent leurs platitudes d'ignorants et leurs marottes de sectaires, sur le ton d'oracle de l'infaillibilité scientifique.

Quand la Commune de Paris prit la direction de la révolution entre ses propres mains; quand de simples ouvriers, pour la première fois, osèrent toucher au privilège gouvernemental de leurs « supérieurs naturels», les possédants, et, dans des circonstances d'une difficulté sans exemple, accomplirent leur oeuvre modestement, consciencieusement et efficacement (et l'accomplirent pour des salaires dont le plus élevé atteignait à peine le cinquième de ce qui, à en croire une haute autorité scientifique, le professeur Huxley, est le minimum requis pour un secrétaire du conseil de l'instruction publique de Londres), le vieux monde se tordit dans des convulsions de rage à la vue du drapeau rouge, symbole de la République du travail, flottant sur l'Hôtel de Ville.

Et pourtant, c'était la première révolution dans laquelle la classe ouvrière était ouvertement reconnue comme la seule qui fût encore capable d'initiative sociale, même par la grande masse de la classe moyenne de Paris - boutiquiers, commerçants, négociants - les riches capitalistes étant seuls exceptés. La Commune l'avait sauvée, en réglant sagement cette cause perpétuelle de différends à l'intérieur même de la classe moyenne : la question des créanciers et des débiteurs. Cette même partie de la classe moyenne avait participé à l'écrasement de l'insurrection ouvrière en juin 1848; et elle avait été sur l'heure sacrifiée sans cérémonie à ses créanciers par l'Assemblée constituante. Mais ce n'était pas là son seul motif pour se ranger aujourd'hui aux côtés de la classe ouvrière. Cette fraction de la classe moyenne sentait qu'il n'y avait plus qu'une alternative, la Commune ou l'empire, sous quelque nom qu'il pût reparaître. L'Empire l'avait ruinée économiquement par Bon gaspillage de la richesse publique, par l'escroquerie financière en grand, qu'il avait encouragée, par l'appui qu'il avait donné à la centralisation artificiellement accélérée du capital, et à l'expropriation corrélative d'une grande partie de cette classe. Il l'avait supprimée politiquement, il l'avait scandalisée moralement par ses orgies, il avait insulté à son voltairianisme en remettant l'éducation de ses enfants aux frères ignorantins, il avait révolté son sentiment national de Français en la précipitant tête baissée dans une guerre qui ne laissait qu'une seule compensation pour les ruines qu'elle avait faites : la disparition de l'Empire. En fait, après l'exode hors de Paris de toute la haute bohème bonapartiste et capitaliste, le vrai parti de l'ordre de la classe moyenne se montra sous la forme de l' « Union républicaine » qui s'enrôla sous les couleurs de la Commune et la défendit contre les falsifications préméditées de Thiers. La reconnaissance de cette grande masse de la classe moyenne résistera-t-elle à la sévère épreuve actuelle ? Le temps seul le montrera.

La Commune avait parfaitement raison en disant aux paysans : « Notre victoire est votre seule espérance ». De tous les mensonges enfantés à Versailles et repris par l'écho des glorieux journalistes d'Europe à un sou la ligne, un des plus monstrueux fut que les ruraux de l'Assemblée nationale représentaient la paysannerie française. Qu'on imagine un peu l'amour du paysan français pour les hommes auxquels après 1815 il avait dû payer l'indemnité d'un milliard . A ses yeux, l'existence même d'un grand propriétaire foncier est déjà en soi un empiètement sur ses conquêtes de 1789. La bourgeoisie, en 1848, avait grevé son lopin de terre de la taxe additionnelle de 45 centimes par franc; mais elle l'avait fait au nom de la révolution; tandis que maintenant elle avait fomenté une guerre civile contre la révolution pour faire retomber sur les épaules du paysan le plus clair des cinq milliards d'indemnité à payer aux Prussiens. La Commune, par contre, dans une de ses premières proclamations, déclarait que les véritables auteurs de la guerre auraient aussi à en payer les frais. La Commune aurait délivré le paysan de l'impôt du sang, elle lui aurait donné un gouvernement à bon marché, aurait transformé ses sangsues actuelles, le notaire, l'avocat, l'huissier, et autres vampires judiciaires, en agents communaux salariés, élus par lui et devant lui responsables. Elle l'aurait affranchi de la tyrannie du garde champêtre, du gendarme et du préfet; elle aurait mis l'instruction par le maître d'école à la place de l'abêtissement par le prêtre. Et le paysan français est, par-dessus tout, homme qui sait compter. Il aurait trouvé extrêmement raisonnable que le traitement du prêtre, au lieu d'être extorqué par le libre percepteur, ne dépendit que de la manifestation des instincts religieux des paroissiens. Tels étaient les grands bienfaits immédiats dont le gouvernement de la Commune - et celui-ci seulement - apportait la perspective à la paysannerie française. Il est donc tout à fait superflu de s'étendre ici sur les problèmes concrets plus compliqués, mais vitaux, que la Commune seule était capable et en même temps obligée de résoudre en faveur du paysan : la dette hypothécaire, qui posait comme un cauchemar sur son lopin de terre, le prolétariat rural qui grandissait chaque jour et son expropriation de cette parcelle qui s'opérait à une allure de plus en plus rapide du fait du développement même de l'agriculture moderne et de la concurrence du mode de culture capitaliste.

Le paysan français avait élu Louis Bonaparte président de la République, mais le parti de l'ordre créa le Second Empire. Ce dont en réalité le paysan français a besoin, il commença à le montrer en 1849 et 1850, en opposant son maire au préfet du gouvernement, son maître d'école au prêtre du gouvernement et sa propre personne au gendarme du gouvernement. Toutes les lois faites par le parti de l'ordre en janvier et février 1850 furent des mesures avouées de répression contre les paysans. Le paysan était bonapartiste, parce que la grande Révolution, avec tous les bénéfices qu'il en avait tirés, se personnifiait à ses yeux en Napoléon. Cette illusion, qui se dissipa rapidement sous le second Empire (et elle était par sa nature même hostile aux « ruraux »), ce préjugé du passé, comment auraient-ils résisté à la Commune en appelant aux intérêts vivants et aux besoins pressants de la paysannerie ?

Les ruraux (c'était, en fait, leur appréhension maîtresse) savaient que trois mois de libre communication entre le Paris de la Commune et les provinces amèneraient un soulèvement général des paysans; de là leur hâte anxieuse à établir un cordon de police autour de Paris comme pour arrêter la propagation de la peste bovine.

Si la Commune était donc la représentation véritable de tous les éléments sains de la société française, et par suite le véritable gouvernement national, elle était en même temps un gouvernement ouvrier, et, à ce titre, en sa qualité de champion audacieux de l'émancipation du travail, internationale au plein sens du terme. Sous les yeux de l'armée prussienne qui avait annexé à l'Allemagne deux provinces françaises, la Commune annexait à la France les travailleurs du monde entier.

Le second Empire avait été la grande kermesse de la filouterie cosmopolite, les escrocs de tous les pays s'étaient rués à son appel pour participer à ses orgies et au pillage du peuple français. En ce moment même le bras droit de Thiers est Ganesco, crapule valaque, son bras gauche, Markovski, espion russe. La Commune a admis tous les étrangers à l'honneur de mourir pour une cause immortelle. - Entre la guerre étrangère perdue par sa trahison, et la guerre civile fomentée par son complot avec l'envahisseur étranger, la bourgeoisie avait trouvé le temps d'afficher son patriotisme en organisant la chasse policière aux Allemands habitant en France. La Commune a fait d'un ouvrier allemand son ministre du Travail. - Thiers, la bourgeoisie, le second Empire avaient continuellement trompé la Pologne par de bruyantes professions de sympathie, tandis qu'en réalité ils la livraient à la Russie, dont ils faisaient la sale besogne. La Commune a fait aux fils héroïques de la Pologne l'honneur de les placer à la tête des défenseurs de Paris. Et pour marquer hautement la nouvelle ère de l'histoire qu'elle avait conscience d'inaugurer, sous les yeux des Prussiens vainqueurs d'un côté, et de l'armée de Bonaparte, conduite par des généraux bonapartistes de l'autre la Commune jeta bas ce colossal symbole de la gloire guerrière, la colonne Vendôme.

La grande mesure sociale de la Commune, ce fut sa propre existence et son action. Ses mesures particulières ne pouvaient qu'indiquer la tendance d'un gouvernement du peuple par le peuple. Telles furent l'abolition du travail de nuit pour les compagnons boulangers; l'interdiction, sous peine d'amende, de la pratique en usage chez les employeurs, qui consistait à réduire les salaires en prélevant des amendes sur leurs ouvriers sous de multiples prétextes, procédé par lequel l'employeur combine dans sa propre personne les rôles du législateur, du juge et du bourreau, et empoche l'argent par-dessus le marché. Une autre mesure de cet ordre fut la remise aux associations d'ouvriers, sous réserve du paiement d'une indemnité, de tous les ateliers et fabriques qui avaient fermé, que les capitalistes intéressés aient disparu ou qu'ils aient préféré suspendre le travail.

Les mesures financières de la Commune, remarquables par leur sagacité et leur modération, ne pouvaient être que celles qui sont compatibles avec la situation d'une ville assiégée. Eu égard aux vols prodigieux commis aux dépens de la ville de Paris par les grandes compagnies financières et les entrepreneurs de travaux publics sous le régime d'Haussmann, la Commune aurait eu bien davantage le droit de confisquer leurs propriétés que Louis Napoléon ne l'avait de confisquer celles de la famille d'Orléans. Les Hohenzollern et les oligarques anglais, qui, les uns et les autres, ont tiré une bonne partie de leurs biens du pillage de l'Église, furent bien entendu, grandement scandalisés par la Commune qui, elle, ne tira que 8.000 francs de la sécularisation.

Alors que le gouvernement de Versailles, dès qu'il eut recouvré un peu de courage et de force, employait les moyens les plus violents contre la Commune; alors qu'il supprimait la liberté d'opinion par toute la France, allant jusqu'à interdire les réunions des délégués des grandes villes; alors qu'il. soumettait. Versailles, et le reste de la France, à un espionnage qui surpassait de loin celui du second Empire; alors qu'il faisait brûler par ses gendarmes transformés en inquisiteurs tous les journaux imprimés à Paris et qu'il décachetait toutes les lettres venant de Paris et destinées à Paris; alors qu'à l'Assemblée nationale les essais les plus timides de placer un mot en faveur de Paris étaient noyés sous les hurlements, d'une façon inconnue même à la Chambre introuvable de 1816; étant donné la conduite sanguinaire de la guerre par les Versaillais hors de Paris et leurs tentatives de corruption et de complot dans Paris, - la Commune n'aurait-elle pas honteusement trahi sa position en affectant d'observer toutes les convenances et les apparences du libéralisme, comme en pleine paix ? Le gouvernement de la Commune eût-il été de même nature que celui de M. Thiers, il n'y aurait pas eu plus de motif de supprimer des journaux du parti de l'ordre à Paris, que de supprimer des journaux de la Commune à Versailles.

Il était irritant, certes, pour les ruraux, que dans le moment même où ils proclamaient le retour à l'Église comme le seul moyen de sauver la France, la mécréante Commune déterrât les mystères assez spéciaux du couvent de Picpus et de l'église Saint-Laurent . Et quelle satire contre M. Thiers : tandis qu'il faisait pleuvoir des grands-croix sur les généraux bonapartistes, en témoignage de leur maestria à perdre les batailles, à signer les capitulations et à rouler les cigarettes à Wilhelmshoehe, la Commune cassait et arrêtait ses généraux dès qu'ils étaient suspectés de négliger leurs devoirs, L'expulsion hors de la Commune et l'arrestation sur son ordre d'un de ses membres qui s'y était faufilé sous un faux nom et qui avait encouru à Lyon une peine de six jours d'emprisonnement pour banqueroute ,simple, n'était-ce pas une insulte délibérée jetée à la face du faussaire Jules Favre, toujours ministre des Affaires étrangères de la France, toujours en train de vendre la France à Bismarck et dictant toujours ses ordres à la Belgique, ce modèle de gouvernement ? Mais, certes, la Commune ne prétendait pas à l'infaillibilité, ce que font sans exception tous les gouvernements du type ancien. Elle publiait tous ses actes et ses paroles, elle mettait le public au courant de, toutes ses imperfections.

Dans toute révolution, il se glisse, à côté de ses représentants véritables, des hommes d'une tout autre trempe; quelques-uns sont des survivants des révolutions passées dont ils gardent le culte; ne comprenant pas le mouvement présent, ils possèdent encore une grande influence sur le peuple par leur honnêteté et leur courage reconnus, ou par la simple force de la tradition; d'autres sont de simples braillards, qui, à force de répéter depuis des années le même chapelet de déclamations stéréotypées contre le gouvernement du jour, se sont fait passer pour des révolutionnaires de la plus belle eau. Même après le 18 mars, on vit surgir quelques hommes de ce genre, et, dans quelques cas, ils parvinrent à jouer des rôles de premier plan. Dans la mesure de leur pouvoir, ils gênèrent l'action réelle de la classe ouvrière, tout comme ils ont gêné le plein développement de toute révolution antérieure. Ils sont un mal inévitable; avec le temps on s'en débarrasse; mais, précisément, le temps n'en fut pas laissé à la Commune.

Quel changement prodigieux, en vérité, que celui opéré par la Commune dans Paris! Plus la moindre trace du Paris dépravé du second Empire. Paris n'était plus le rendez-vous des propriétaires fonciers britanniques, des Irlandais par procuration, des ex-négriers et des rastaquouères d'Amérique, des ex-propriétaires de serfs russes et des boyards valaques. Plus de cadavres à la morgue, plus d'effractions nocturnes, pour ainsi dire pas de vols; en fait, pour la première fois depuis les jours de février 1848, les rues de Paris étaient sûres, et cela sans aucune espèce de police. « Nous n'entendons plus parler, disait un membre de la Commune, d'assassinats, de vols, ni d'agressions; on croirait vraiment que la police a entraîné avec elle à Versailles toute sa clientèle conservatrice ». Les cocottes avaient retrouvé la piste de leurs protecteurs, - les francs-fileurs, gardiens de la famille, de la religion et, par-dessus tout, de a propriété. A leur place, les vraies femmes de Paris avaient reparu, héroïques, nobles et dévouées, comme les femmes de l'antiquité. Un Paris qui travaillait, qui pensait, qui combattait, qui saignait, ou liant presque, tout à couver une société nouvelle, les cannibales qui étaient à ses portes, -radieux dans l'enthousiasme de son initiative historique!

En face de ce monde nouveau à Paris, voyez l'ancien monde à Versailles, - cette assemblée des vampires de tous les régimes défunts, légitimistes et orléanistes, avides de se repaître du cadavre de la nation, - avec une queue de républicains d'avant le déluge, sanctionnant par leur présence dans l'Assemblée la rébellion des négriers, s'en remettant pour maintenir leur république parlementaire à la vanité du vieux charlatan placé à la tête du gouvernement, et caricaturant 1789 en se réunissant, spectres du passé, au Jeu de Paume. C'était donc elle, cette Assemblée, la représentante de tout ce qui était mort en France, que seul ramenait à un semblant de vie l'appui des sabres des généraux de Louis Bonaparte! Paris toute vérité, Versailles tout mensonge; et ce mensonge exhalé par la bouche de Thiers !

Thiers dit à une députation des maires de Seine-et-Oise : «Vous pouvez compter sur ma parole, je n'y ai jamais manqué ». Il dit à l'Assemblée même « qu'elle était la plus librement élue et la plus libérale que la France ait jamais eue»; il dit à sa soldatesque bigarrée qu'elle était « l'admiration du monde et la plus belle armée que la France ait jamais eue »; il dit aux provinces, qu'il ne bombardait pas Paris, que c'était un mythe. « Si quelques coups de canon ont été tirés, ce n'est pas par l'armée de Versailles, mais par quelques insurgés, pour faire croire qu'ils se battent quand ils n'osent même pas se montrer». Il dit encore aux provinces que l' « artillerie de Versailles ne bombardait pas Paris, elle ne faisait que le canonner ». Il dit à l'archevêque de Paris que les prétendues exécutions et représailles ( !) attribuées aux troupes de Versailles n'étaient que fariboles. Il dit à Paris qu'il était seulement désireux « de le délivrer des hideux tyrans qui l'opprimaient », et, qu'en fait, « le Paris de la Commune n'était qu'une poignée de scélérats».

Le Paris de M. Thiers n'était pas le Paris réel de la « vile multitude », mais un Paris imaginaire, le Paris des francs fileurs, le Paris des boulevardiers et des boulevardières, le Paris riche, capitaliste, doré, paresseux, qui encombrait maintenant de ses laquais, de ses escrocs, de sa bohème littéraire et de ses cocottes, Versailles, Saint-Denis, Rueil et Saint-Germain; qui ne considérait la guerre civile que comme un agréable intermède, lorgnant la bataille en cours à travers des longues-vues, comptant les coups de canon et jurant sur son propre honneur et sur celui de ses prostituées que le spectacle était bien mieux monté qu'il l'avait jamais été à la Porte-Saint-Martin. Les hommes qui tombaient étaient réellement morts; les cris des blessés étaient des cris pour de bon; et, voyez-vous, tout cela était si intensément historique !

Tel est le Paris de M. Thiers; de même l'émigration de Coblence était la France de M. de Calonne.

https://www.marxists.org

 

La guerre civile en France - Essai de Marx sur la Commune de Paris et l'histoire politique et sociale de la France au XIXe Siècle, chapitre 3
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8 octobre 2017 7 08 /10 /octobre /2017 15:57
Il y a 50 ans, Ernesto Guevara, le Che, était assassiné par la CIA et la dictature d'extrême-droite bolivienne
Il y a 50 ans, Ernesto Guevara, le Che, était assassiné par la CIA et la dictature d'extrême-droite bolivienne
Il y a 50 ans, Ernesto Guevara, le Che, était assassiné par la CIA et la dictature d'extrême-droite bolivienne
Il y a 50 ans, Ernesto Guevara, le Che, était assassiné par la CIA et la dictature d'extrême-droite bolivienne

Le 9 octobre 1967, Ernesto Guevara mondialement connu comme le Che, était exécuté en Bolivie sur ordre du dictateur Barrientos et de la CIA. Baroudeur éclairé, médecin, commandant de l’armée rebelle cubaine, « guérillero héroïque », communiste, internationaliste, penseur, et écrivain… sa courte existence de 39 ans a été d’une rare intensité. A l’occasion du 50ème anniversaire de son assassinat, l’Humanité consacre dans son édition du lundi 9 octobre un numéro spécial de huit pages au parcours de cet homme qui a marqué l’histoire du XXème, et singulièrement de l’Amérique latine, et dont les valeurs sont, encore aujourd’hui, sources d’inspirations.

 

"Ce n’est pas parce que tu es tombé que ta lumière est moins haute. 
Un cheval de feu soutient ta sculpture de guérillero dans le vent et les nuages de la Sierra. 
Ce n’est pas parce que tu te tais, que tu es silence. 
Ce n’est pas parce qu’ils te brûleront, qu'ils te dissimuleront sous terre, qu'ils te cacheront dans des cimetières, des bois, des marais, qu’ils vont nous empêcher de te trouver Che Commandant, ami."

NICOLAS GUILLÉN Poète

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2 octobre 2017 1 02 /10 /octobre /2017 19:03
Naissance de Louis Aragon, le 3 octobre 1897, il y a 120 ans: interview de l'écrivain Philippe Forest sur la vie et l'oeuvre d'Aragon

NAISSANCE DE LOUIS ARAGON, LE 3 OCTOBRE 1897, IL Y A 120 ANS

Lu sur la page Facebook de notre camarade Robert Clément


Pour l’occasion, voici le texte de l’interview de Philippe FOREST publiée par l’Humanité le 25 septembre 2015. Il écrit : " Il s'agit avec Aragon, d'une œuvre majeure et d'une existence multiple " 


Le romancier Philippe Forest publie chez Gallimard une biographie monumentale intitulée Aragon (1). Il est le troisième biographe de celui qui fut dans son siècle à la fois poète, romancier et militant avec toujours la même énergie et la même envergure. Il évoque pour nous la figure de celui qu’il n’a pas connu, mais qu’il admire jusque dans la multiplicité de ses masques dont il se défend de dévoiler tous les mystères.


Avez-vous connu personnellement Aragon ?
Philippe Forest Non. Je l’avais aperçu de très loin, vers la fin de sa vie, au début des années 1980, en tête du cortège d’une délégation du Parti communiste qui défilait contre l’implantation des euromissiles sur le continent. J’avais été frappé par son allure à la fois romanesque et romantique. Il était coiffé d’un grand chapeau et portait une vaste cape. Et puis il était drapé dans le prestige qu’il exerçait sur le jeune homme que j’étais à l’époque. J’avais 20 ans à sa mort.

 

On connaît déjà la biographie écrite par Pierre Daix et celle de Pierre Juquin. Comment vous situez-vous par rapport à eux ?
Philippe Forest Ma position est très différente. Je n’ai pas vécu la période dont je parle et je ne suis pas un militant communiste. Je suis arrivé à Aragon par la littérature. Cette biographie est certes politique, mais surtout une biographie d’écrivain par un écrivain. C’est à ce titre que j’ai été sollicité par Gallimard. J’ai une dette immense à l’égard de Pierre Daix. Son ouvrage, que je considère aujourd’hui encore comme remarquable, m’a été extrêmement profitable. Il a accompagné une génération de lecteurs, puisqu’il a été écrit en 1974, du vivant d’Aragon. Certes, il ne traite pas du dernier tiers de sa vie. Daix demeure très évasif là-dessus. Il me semblait qu’il restait donc une place pour un travail un peu plus équilibré même si, bien sûr, on accorde toujours plus d’importance dans la biographie à l’enfance et à la jeunesse. Juquin a mis au jour des tas d’éléments que je cite en lui rendant hommage, mais nos projets sont différents. Ma biographie constitue le récit de la vie d’Aragon. Elle s’attache aussi à un parcours attentif de son œuvre dans sa diversité. J’ai tenu à m’effacer le plus possible derrière mon sujet, même si, selon l’épigraphe que j’emprunte au dernier livre d’Aragon, Théâtre/roman, lorsqu’on écrit la vie des autres, c’est sa propre vie qu’on écrit aussi. J’ai voulu être à la fois présent et discret.

 

À vous lire, on s’aperçoit que vous vous méfiez sensiblement du travail du biographe…
Philippe Forest J’écris une biographie en essayant de réfléchir à ce que je fais tout en le faisant, afin d’éviter de tomber dans les pièges qui sont parfois ceux du genre. Je pense notamment à l’illusion rétrospective. Comme disait Sartre, « On prend toujours le temps par la queue. » On explique tout ce qui s’est passé à la lumière de ce qui va se passer. Or, le propre de la vie, justement, c’est que nul ne sait ce qu’il adviendra demain. J’essaie de ne pas expliquer le mystère d’Aragon. Aucun secret révélé ne peut tout éclairer ou alors on tombe dans l’analyse sauvage et réductionniste.

 

Le sujet Aragon est infiniment pluriel. Comment raconter cela ? Quel Aragon choisir ?
Philippe Forest Le pari a consisté à être fidèle à la complexité du personnage. J’ai suivi l’homme et l’écrivain dans toutes les entreprises simultanées dans lesquelles il s’est engagé. Aragon est écrivain et aussi militant. Prenons les années 1930. Il se lance dans la conception de son grand cycle romanesque, le Monde réel, en même temps qu’il dirige plusieurs revues et un grand journal. Il va être l’un des principaux organisateurs de la lutte antifasciste des intellectuels européens. Il fait la navette entre la France et l’URSS. Il se rend en Espagne au moment de la guerre civile. Il va en Angleterre, aux États-Unis. Il mène simultanément plusieurs vies et il est d’ailleurs régulièrement au bord de l’épuisement. Il ne s’arrête jamais et cela vaut pour toutes les périodes de son existence. J’ai pu mener à bien cette biographie grâce au travail formidable mené depuis des décennies par des chercheurs compétents. À chacun son Aragon. Celui que j’ai d’abord découvert et auquel je reste fidèle, c’est le surréaliste, l’auteur du Paysan de Paris, que l’on retrouve, dans une certaine mesure, dans les œuvres de la fin.

 

Vous insistez sur les dernières années qui sont le théâtre d’une transformation radicale dans sa façon de vivre… Que pensez-vous de cet ultime avatar ?
Philippe Forest La pire des choses serait de juger Aragon. Il a fait preuve tout au long de sa vie d’une formidable liberté et d’un formidable courage. La manière dont à la fin de sa vie il affiche son homosexualité sans aucun souci des convenances est encore à porter à son crédit. C’est une chose qu’on peut mieux dire aujourd’hui. Ceux que choque Aragon n’osent plus le dire. Certains de ses plus grands textes ont été écrits à la fin de sa vie, après la mort d’Elsa. J’ai édité, entre autres, dans « la Pléiade », grâce à Daniel Bougnoux, la dernière de ses œuvres, Théâtre/roman, et son ultime recueil poétique, les Adieux et autres poèmes, grâce à Olivier Barbarant. Il faut aussi évoquer Henri Matisse, roman, qui est un texte majeur. Aragon aura été grand jusqu’à la fin.

 

Sa grandeur contradictoire ne consiste-t-elle pas justement dans ses masques multiples ?
Philippe Forest Oui. Sa capacité à se renouveler sans cesse. Ce qui me le rend proche, c’est qu’il a vécu toute sa vie une expérience de la vérité sur le mode du vertige. J’ai publié un petit essai chez Cécile Defaut intitulé Vertige d’Aragon. Ce mot revient souvent chez lui. Il disait qu’« être un homme, c’est pouvoir infiniment tomber ». Ce qu’il demande à la littérature, c’est le vertige, qui est lié à un sentiment tournoyant de perte perpétuelle d’identité.
Cela apparaît dès la période dadaïste. C’est mis un peu en sourdine au moment du réalisme socialiste et cela ressurgit de façon spectaculaire dans les textes de la fin, notamment dans la Mise à mort. Cet homme dont l’image ment dans le miroir. Ce sentiment de ne pas savoir qui l’on est où l’on est, prend une dimension baroque, shakespearienne dans Théâtre/roman et c’est ce qui fait d’Aragon un auteur d’avant-garde. Il n’y aurait rien de plus erroné que de proposer de lui un portrait univoque, quand bien même il avait toujours besoin d’abattre son jeu, de s’expliquer, de rendre des comptes.

 

Dans le massif de cette œuvre, que mettez-vous en avant ? Blanche ou l’oubli ? le Fou d’Elsa ?
Philippe Forest Je le redis, s’il ne fallait retenir qu’un titre, pour moi ce serait le Paysan de Paris. Un livre fondamental. À mon sens le chef-d’œuvre du surréalisme. Il a formidablement marqué les lecteurs et les intellectuels, notamment Walter Benjamin qui mettait ce texte au plus haut. J’ai découvert des tas de textes, critiques, de circonstance, sur la peinture et la littérature. Aragon est un formidable polémiste. Il frappait fort mais visait juste. Il plaide pour une sorte de réalisme essentiel et expérimental qui fait de lui l’adversaire de tous les partisans de l’abstraction. Il possède la passion du réel, qu’il revendique aussi bien en littérature qu’en politique. Il ne s’agit pas d’un réalisme conventionnel – sauf dans les Beaux Quartiers – qui se contenterait de ressusciter les vieilles formules du XIXe siècle, mais d’un réalisme qui prend acte du caractère instable de la réalité et qui invente des formes nouvelles pour dire ce réel sans renoncer

Ne peut-on pas dire d’Aragon qu’il a eu le courage énorme de devenir un militant prestigieux, un homme politique hors pair tout en restant un romancier ? Rappelons qu’il s’est battu toute sa vie pour le roman…

Philippe Forest Il faut insister sur le courage du militant. Lorsqu’il entre au Parti communiste français, ce n’est pas par opportunisme. J’ai été frappé de la lettre qu’Aragon adresse à son mécène, Jacques Doucet, de l’argent de qui il vit depuis des années, pour renoncer au traitement que lui fait ce millionnaire, car il considère que c’est désormais incompatible avec ses convictions politiques. Il y a le courage physique durant les deux guerres. Pendant que Drieu La Rochelle lui fait la leçon à Paris, lui est à Dunkerque. Il traverse la Manche dans un sens, puis dans un autre dès le lendemain pour revenir en première ligne. Il traverse toute la France pendant la débâcle. Il y a son courage dans la Résistance. Publier ses poèmes pouvait alors conduire à la torture. Le Parti communiste tel qu’il existait à ce moment-là n’accueillait pas à bras ouverts les écrivains, les intellectuels. Il a tenu bon. Au prix de quel aveuglement ? J’en parle. Il ne s’agit pas de faire un portrait idéal d’Aragon.
 

Pensez-vous que les conditions de sa naissance et de sa filiation cachée ont influé sur son existence, sur sa personnalité, et croyez-vous en cette explication un peu analytique sur son devenir ?
Philippe Forest Sans être hostile à la psychanalyse, je répugne au caractère proprement déterministe de cette lecture de la vie. Je suis plus sartrien que freudien sur ce sujet. On n’est jamais totalement déterminé par ses origines. On a le choix de son essence. Je rappelle qu’Aragon lui-même n’a commencé à évoquer le mystère de ses origines que très tardivement. Il avait presque 60 ans.

 

Que pensez-vous qu’il reste de cette écriture et de cette vie intense ?
Philippe Forest Je pense qu’il est l’un des tout premiers écrivains français du XXe siècle. Chacun selon ses goûts va privilégier tel ou tel texte. Pour moi, c’est aussi le Roman inachevé, Blanche ou l’oubli… La plupart des lecteurs sont plus sensibles à des textes comme Aurélien. Je suis curieux de savoir quelle sera la réception de ce livre. Je ne sais pas quelle place Aragon a vraiment conservée dans les cœurs.

 

Pour nous, à l’Humanité, Aragon demeure une grande figure. Pensez-vous que son art et son style de vie, nés au siècle dernier, peuvent être encore éprouvés, appréciés, discutés ?
Philippe Forest Je l’espère car cette passion du réel manque cruellement à la littérature, notamment à celle d’aujourd’hui dans notre pays. La leçon d’Aragon demande encore à être entendue. Elle s’exprime même dans les textes comme Pour un réalisme socialiste, dont je fais grand cas. C’est un livre qui à bien des égards est assez accablant car c’est un des ouvrages les plus staliniens d’Aragon, mais il y a là toute une pensée du réel dans la littérature, la poésie, le roman qui n’a rien perdu de sa pertinence. Les positions d’Aragon aux pires moments de la guerre froide dans les chroniques me semblent sur le fond dire vrai sur la littérature. C’est ce vrai-là qui fait défaut aujourd’hui.

 

C’est-à-dire ?
Philippe Forest Ce qui caractérise malheureusement souvent la littérature française d’aujourd’hui, et pas seulement française d’ailleurs, c’est le goût de l’inoffensif et de l’insignifiant. Les petites histoires imaginées, à l’égard desquelles Aragon était d’une extrême violence, notamment dans la Défense de l’infini. Une haine de la littérature comme pur divertissement anime Aragon au moment du dadaïsme et du surréalisme. Il lui oppose cette passion du réel qui bien sûr passe par l’usage du « mentir-vrai », expression dans laquelle on oublie d’entendre le mot « vrai ». Il est hostile à ce qu’on appelle la littérature pure, le roman pur, la poésie pure, qui règnent aujourd’hui et qui sont à eux-mêmes leur propre fin.
Artaud disait que la littérature détachée de la vie, « c’est de la cochonnerie », or Aragon était très proche d’Artaud dans les années 1920 mais aussi à la fin de sa vie. Le vrai réalisme n’a rien à voir avec ce qu’on attend du réalisme, c’est-à-dire la peinture sociologique. Je ne sais pas si l’œuvre d’Aragon peut encore parler aujourd’hui. Je le souhaite. Dans sa poésie, il y a une revendication du sens, du lyrisme, du chant. Cela détonne avec ce que la poésie post-mallarméenne donne le plus souvent. Aragon se réclame de Victor Hugo.

 

• (1) Aragon, Gallimard, col. « Biographie

Naissance de Louis Aragon, le 3 octobre 1897, il y a 120 ans: interview de l'écrivain Philippe Forest sur la vie et l'oeuvre d'Aragon
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30 septembre 2017 6 30 /09 /septembre /2017 06:26
Une épave gallo-romaine du IIIe siècle avec une cargaison de lingots d'étain explorée à l'est de l'île de Batz (Ouest-France, Adeline Bertin)

Adeline BERTIN.

La cargaison reposait à l'est de l'île de Batz, au large de Roscoff. Près de 5 tonnes d'étain ont été découvertes. Les plongeurs et archéologues ont terminé de remonter les lingots, hier.

Les opérations de plongée avaient démarré le 18 août, à l'est de l'île de Batz. « Nous avons trouvé une cargaison de lingots d'étain datant de l'époque romaine, entre le IIIe et le IVesiècle », explique Olivia Hulot, archéologue maritime pour le département des Recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines, attaché au ministère de la Culture.

Lingots et mobiliers de bord

« Les lingots étaient répartis de part et d'autre d'un caillou, là où le navire les transportant semble avoir tapé la roche et s'être ouvert en deux. » Le bois du bateau aurait, depuis, été rongé par les vers marins et l'érosion. Entre « 4,5 et 5 tonnes » de lingots d'étain ont été numérotés puis remontés. Sept variétés ont été identifiées par les chercheurs.

Des objets du mobilier de bord ont également été découverts, à une profondeur oscillant entre 15 et 20 mètres. Parmi eux : des poids de pesée d'une balance romaine, des céramiques, une mandibule... Cette cargaison, dont la seule valeur est scientifique, est « tout à fait singulière ».

Une cargaison bretonne ?

Selon Olivia Hulot, elle est même « exceptionnelle. Trouver une épave antique sur la côte Atlantique est extrêmement rare ». Une seule a ainsi été découverte, en 1983, au large de Ploumanac'h (Côtes-d'Armor), avec une cargaison de plomb.

« Des filons d'étain existaient en Bretagne nord, tout comme en Cornouaille. La cargaison peut venir de là. » Ce métal est constitutif du bronze avec lequel monnaie, vaisselle ou armes étaient faites. Il était très prisé à cette époque sur les rivages méditerranéens, dépourvus de filons.

Des chercheurs du CNRS travaillent sur les objets remontés. La reconstitution en 3D devrait prendre un mois. Des analyses seront menées pour déterminer, notamment, la mine de chargement de la cargaison et connaître le lieu d'extraction.

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24 septembre 2017 7 24 /09 /septembre /2017 07:30
Mémoire de la résistance populaire dans la région de Morlaix: François Bourven, résistant FTPF au maquis de Srignac depuis décembre 43, engagé sur le Front de Lorient dans les FFI

François Bourven, militant communiste, le mari de Michèle Bourven, née Lacroix, qui est notre camarade de la section du PCF Morlaix, comme ses enfants François Bourven (ancien secrétaire départemental du PCF Finistère, cheminot, responsable syndical) et Guillaume Bourven, est décédé le 11 mars 2010, à 85 ans.

Né en 1925, cultivateur à Plougonven, il est entré dans la résistance en Décembre 1943, dans un groupe FTPF du secteur de Scrignac commandé à l'époque par Armel Coant, lequel sera fusillé par les Allemands le 8 août 1944 à Rennes.

Le maquis de Scrignac était aussi organisé par Emile Le Foll, qui aida Michèle Bourven à porter plainte en 2010 quand elle reçut une lettre anonyme inspirée par des idées d'extrême-droite et /ou Breiz Atao pour salir la mémoire de son mari et celle de la Résistance après son décès.

De Décembre 1943 à Mars 1944, François Bourven a participé à des distributions de tracts et de journaux clandestins.

Le « maquis rouge » FTPF de Scrignac est particulièrement important. François Bourven l'intègre après l'exécution de l'abbé Perrot qui est suivie d'une intense activité de répression de la part des Allemands du Kommando de Landerneau dirigé par Schaad et de leurs auxiliaires miliciens et collaborateurs français, dont un certain nombre de nationalistes bretons du PNB. C'est par eux qu'Armel et Francis Coant, les deux cousins, sont arrêtés, torturés, avant d'être fusillés à Rennes.  

Puis il a participé à des activités barrages de routes, abattages d'arbres, sabotages de lignes téléphoniques ennemies pendant le débarquement des Alliés sur les Côtes Normandes, aux parachutages d'armes et munitions du 14 et du 21 juillet à St Mandez (Côtes du Nord) et au Vieux Moulin de Scrignac.

Il est de l'attaque d'un convoi allemand à Lémézec (Scrignac). Plusieurs Allemands sont tués et blessés. Il participe aussi à la Libération de la presqu'île de Crozon dans le secteur de Plougastel et Logonna Daoulas.

Engagé volontaire, il participe à la Libération de Lorient au sein du 118e RIMB avec 12 000 autres résistants des autres mouvements épaulés par l'armée américaine. Face à eux, pendant 6 mois, sur le Front de Lorient du 15 novembre 44 à mai 1945, 26 000 soldats de l'armée allemande, dont 2000 Russes, 285 Polonais et Tchèques.

Après-guerre, François Bourven devient cheminot à Paris, puis brocanteur, puis il se réinstalle à Plougonven, au Kermeur, où il exerce comme brocanteur. Il était adhérent à l'ANACR.  

 

 

Archives Michèle Bourven

Archives Michèle Bourven

Archives Michèle Bourven

Archives Michèle Bourven

Archives Michèle Bourven

Archives Michèle Bourven

François Bourven à la fête de l'Huma en costume breton (archives Michèle Bourven)

François Bourven à la fête de l'Huma en costume breton (archives Michèle Bourven)

Archives Michèle Bourven

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24 septembre 2017 7 24 /09 /septembre /2017 05:38
24 septembre 2000: Drôle d'anniversaire! Le quinquennat est adopté par référendum! - Par Robert Clément

24 septembre 2000 : Drôle d’anniversaire ! Le quinquennat est adopté par référendum !


Je m’en souviens, c’était il y a 17 ans, c’est déjà loin mais çà marque les esprits. Ce jour-là, par référendum, est approuvé le passage de 7 à 5 ans de la durée du mandat du Président de la République Le 5 juin 2000 Jacques Chirac, alors président de la République se prononce en faveur du quinquennat au nom des « exigences modernes de la démocratie », en excluant toute autre réforme institutionnelle. Quant au premier ministre Lionel Jospin, avec les dirigeants socialistes d’alors, dont certains se reconnaîtront, il rappelle « qu’il a toujours été en faveur de cette réforme et que c’est effectivement le moment d’agir ».

UNE ABSTENTION MASSIVE

La cohabitation bat son plein et l’organisation du référendum est menée au pas de charge. Il se déroulera le 24 septembre. Ses résultats tendent à montrer La confirmation d’une grave crise politique. Il sera marqué par une abstention record. La participation s’élève à 30,19%. Le « OUI » l’emporte avec 73,21%. Mais un électeur sur 5 se sera prononcé en sa faveur.

Cela ne fait aucun doute. Le quinquennat transformera la nature des institutions de la Vème République, renforçant encore davantage le « présidentialisme ». Les arguments développés pour justifier cette modification profonde de l’élection du président de la République sont partagés tant par la droite que le Parti socialiste. Ils peuvent être ainsi résumés : « Le septennat ne correspond plus au rythme de la vie démocratique, il convient donc de donner plus souvent la parole aux citoyens ». « Le quinquennat limite les inconvénients de la cohabitation ».

AGGRAVATION DE TOUS LES DÉSÉQUILIBRES

Ainsi plutôt que de s’attaquer aux questions clés de la crise politique, la montagne accouchera du quinquennat, avec les graves conséquences que nous sommes à même de constater aujourd’hui. Les déséquilibres exorbitants dont souffre la Vème République favorisant à l’excès les pouvoirs de l’exécutif n’ont fait que s’aggraver. Le PCF avait dénoncé les dangers de la mise en place du quinquennat « sec » c'est-à-dire sans autres modifications de la constitution : « Le renforcement de la prédominance présidentielle », « l’atrophie du rôle du parlement » mais surtout « une accentuation de la bipolarisation de la vie politique ». Tout cela est profondément juste. Le bémol viendra du mot d’ordre alors décidé pour le référendum : « l’abstention active ». Contradiction flagrante à mes yeux, alors que la crise politique faisait déjà tant de dégâts. C’est ce qui m’a amené comme beaucoup d’autres communistes à voter « NON ».

VIème RÉPUBLIQUE, OUI MAIS LAQUELLE ?

Parfois il n’est pas inutile de jeter un coup d’œil dans le rétroviseur, de se reporter à des écrits, à des prises de position des uns et des autres. Particulièrement sur les questions institutionnelles et la démocratie. Où étaient-ils les censeurs en décembre 2005, eux qui reprochent aux communistes de traîner les pieds, alors qu’eux étaient les seuls à montrer le chemin. Je n’aurai pas la cruauté de rappeler où ils se trouvaient à cette époque.

Nous ne comptons plus le nombre de « politiques qui nous disent la nécessité d’en finir avec la Vème République. Encore faudrait-il accorder ses paroles et ses actes.

ALORS FOURRE-TOUT OU VÉRITABLE RÉVOLUTION INSTITUTIONNELLE ?

D’abord une remarque. On ne peut se prononcer, la main sur le cœur, pour une VIème République et utiliser dans le même temps touts les ressorts les plus négatifs de la Vème pour cause d’échéance présidentielle. Ce n’est pas par opportunisme que le Parti Communiste Français a porté un jugement négatif sur ces institutions. Il l’a fait en 1958 et sans discontinuer, accompagnant ces critiques de propositions pour les démocratiser. Il en est ainsi de sa revendication concernant la proportionnelle à toutes les élections. Tout le monde ne peut pas en dire autant. C’est en 2005 qu’il se prononce clairement pour une VIème République, en en définissant les contenus. Car là est bien la question. Claude Bartolone, s’est prononcé l’an dernier pour un régime présidentiel, c’est à un régime à « l’américaine que va ses préférences. Exit le premier ministre ! Quant à l’UMP on pense davantage à la « simplification du mille-feuille administratif ». Au PS comme à l’UMP une inquiétude sur les doutes qu’expriment nos concitoyens sur le « politique » et sa capacité à répondre à ses attentes s »exprime fortement. Alors on fait « semblant » d’ignorer les véritables causes de cette crise démocratique. Quand à la France Insoumise elle n’hésite pas à utiliser tous les ressorts de la Ve République et un présidentialisme décomplexé pour faire élire des députés à l’Assemblée nationale. D’une manière générale, les élections législatives de 2017 ont davantage été un 3e tour des présidentielles, qu’un premier tour où nous devions élire les représentants du peuple. Ce présidentialisme a fait d’énormes dégâts. Il est temps de s’en sortir, mais une simple référence polie à une VIème n’y suffira pas.

LES CONTENUS DE LA VIème RÉPUBLIQUE QUE PROPOSE LE PCF

Certes s’attaquer aux institutions ou faire semblant peut-être un élément pour endiguer ce « désamour » et ces doutes. Mais l’autre plus essentielle et sûrement plus efficace serait de rompre avec ce refrain dominant selon lequel « un seul chemin serait possible » et que l’austérité serait une fatalité. C’est la raison pour laquelle il convient tout à la fois de dire quels seraient les contenus de la VIème République que nous proposons et l’alternative politique à construire. « Déclaration des droits fondamentaux et des droits de la personne, droits indivisibles : civils, politiques, économiques, sociaux, ou culturels s’appliquant à tous les résidents, services publics hors concurrence et obéissant aux principes d’égalité, de responsabilité et d’efficacité. Élargissement sous toutes ses formes de l’initiative citoyenne, citoyenneté de résidence, souveraineté populaire renforcée, proportionnelle généralisée à toutes les élections, durée des mandats réduits, élection DU PRESIDENT DE LA RÉPUBLIQUE AU SUFFRAGE INDIRECT, citoyenneté à l’entreprise, droits d’intervention et de décision des salarié-e-s et de leurs organisations, indépendance de la justice…

DES PROPOSITIONS ALTERNATIVES

Mais ces propositions ne seraient rien si elles ne s’accompagnaient pas de propositions alternatives pour changer de cap, pour faire grandir l’idée qu’il est possible de faire autrement, qu’il existe un autre chemin que le choix de l’austérité et de la finance. Mais les forces de gauche et progressistes, celles qui veulent rompre avec la politique actuelle, doivent entendre l’aspiration qui monte dans notre peuple, celle du rassemblement pour un avenir de progrès social et démocratique.

Il existe dans notre pays des forces, des ressources considérables pour prendre un autre chemin que celui de l’échec, de la division des forces de gauche, celles qui ne voulaient plus de Hollande hier, et de Macron aujourd’hui. Mais ce chemin exige du respect, de la considération pour toutes les forces de transformation sociale. Sans ce rassemblement, point de salut et le capitalisme aura encore de beaux jours devant lui.

Robert Clément, ancien président communiste du Conseil Général de Seine St Denis

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