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20 février 2017 1 20 /02 /février /2017 07:30
Maurice et Josette Audin

Maurice et Josette Audin

Il fut assassiné par les parachutistes, il y a cinquante- sept ans, le 21 juin 1957. Comme des milliers de disparus de la Bataille d'Alger, son corps n'a pas été retrouvé.

C'est un immense honneur pour moi d'évoquer, aujourd'hui, le souvenir de ce frère et ami, de ce camarade dont j'eus le privilège d'être l'élève.

Lorsque je me rendais chez lui, au 22 rue de Nîmes, au centre d'Alger, pour les cours de mathématiques qu'il me donnait gracieusement, je ne savais pas que j'allais à la rencontre d'un savant, tellement sa modestie était grande. Il me consacra généreusement ses samedis après-midi, alors qu'il préparait sa thèse de doctorat en mathématiques.

 
 

J'ai connu Maurice Audin par l'intermédiaire de mon frère aîné, Nour Eddine, étudiant comme lui à l'Université d'Alger. Ils partageaient les mêmes convictions politiques. Nour Eddine est tombé au champ d'honneur le 13 septembre 1957, à Bouhandès, au sud-ouest de Chréa, au flanc sud du djebel Béni Salah.

Maurice Audin, dont je garde en mémoire le visage souriant, est né le 14 février 1932, dans la ville de Béja, en Tunisie, de père né en France et de mère née en Algérie.

 
 

A Alger, où sa famille revint dans les années 1940, il suivit pratiquement toute sa scolarité. Il entra à la Faculté des sciences d'Alger, en 1949, à l'âge de 17 ans.

Brillant étudiant, il fut appelé le 1er février 1953 comme assistant par le professeur Possel qui le prit aussitôt en thèse et le mit en contact avec son patron de Paris, le grand mathématicien Laurent Schwartz.

En plus de ses activités de chercheur, Maurice Audin, membre du Parti communiste algérien depuis 1951, était omniprésent dans les luttes syndicales et politiques.

C'est à travers ces luttes que se forgea sa conscience nationale. Il intégra ainsi la nation algérienne en lutte pour sa dignité.

Le 20 janvier 1956, il était aux côtés de ses camarades étudiants musulmans de l'Université d'Alger lors de la manifestation, organisée par la section d'Alger de l'UGEMA, suite à l'assassinat de l'étudiant Belkacem Zeddour et du docteur Benaouda Benzerdjeb.

 
 

Cette manifestation fut d'ailleurs le prélude à la grève générale illimitée déclenchée le 19 mai 1956.

Maurice Audin engagea sa vie dans une voie pleine de courage

Détruire l'ordre colonial sanglant, insultant, raciste, pour construire, avec le peuple libéré, une société juste, solidaire, fraternelle.

Qu'est-ce qui a poussé à l'action ce jeune mathématicien qui, de par sa compétence, était appelé à une brillante carrière et à une paisible vie toute consacrée à la recherche en mathématiques ?

Aux questions des historiens, Josette Audin, son épouse, professeur de mathématiques comme lui, répond avec sérénité : "Ce sont ses convictions communistes que je partage autant que son goût pour les sciences. Nous étions tous les deux conscients des risques que nous faisaient courir nos engagements politiques".

Pour retracer les circonstances de la disparition de Maurice Audin le 21 juin 1957, je m'appuie sur le témoignage de son épouse, ainsi que sur les écrits d'Henri Alleg, auteur de la "Question", et du Docteur Georges Hadjadj. Je me réfère également à l'ouvrage de l'historien Pierre Vidal-Naquet, "L'Affaire Audin", et aux journaux de l'époque. 

Contexte de son arrestation par les parachutistes le 11 juin 1957

1957 : La lutte armée pour l'Indépendance entre dans sa troisième année. Nous sommes loin des premiers coups de fusils de chasse. En cette année 1957, l'initiative appartient aux katibas et aux commandos de l'ALN.

Alger, 1957. Le général Massu reçoit, le 7 janvier, les pleins pouvoirs des mains du chef du gouvernement, Guy Mollet. Il devient ainsi le chef suprême de la zone d'Alger. Il s'entoure d'officiers revenus comme lui du Viet Nam après la défaite du corps expéditionnaire français à Diên Biên Phû au mois de mai 1954, Avec ses milliers de parachutistes, il envahit Alger et sème la terreur dans la population.

Il s'arroge le droit de vie et de mort. Il ouvre des centres de torture partout : La villa Sésini, l'école Sarrouy, le café-restaurant Bellan aux Deux Moulins, l'immeuble d'El Biar, le stade de Saint Eugène (Omar Hamadi à Bologhine), la villa des Tourelles.

 
 

La liste est longue. A Paul Cazelles (Aïn Oussara), à 250 kilomètres au sud d'Alger, l'armée française ouvre un vaste camp de concentration où les prisonniers, entassés sous les tentes, ne sont même pas recensés.

Nous sommes en pleine bataille d'Alger. Bataille d'Alger déclenchée par le service des renseignements français avec l'attentat monstrueux perpétré dans la nuit du 10 au 11 août 1956, à la rue de Thèbes, contre la population pauvre de la Casbah endormie.

Dans la nuit du 11 juin 1957, des officiers du 1er régiment de chasseurs parachutistes enlèvent Maurice Audin à son domicile, à la cité des HBM de la rue Flaubert, au Champ de Manœuvres.

Son épouse raconte ce qui est arrivé : "Il est 23 heures. Nos enfants - le plus jeune, Pierre, a un mois - sont à peine couchés lorsque les "paras" viennent frapper à la porte. J'ai la naïveté de leur ouvrir, sachant très bien, en réalité, ce qu'une visite aussi tardive peut signifier...Ces hommes venus prendre mon mari me diront en partant : ''S'il est raisonnable, il sera là dans une heure''...Il n'a pas dû l'être, raisonnable, car je ne l'ai jamais revu".

De son côté, le docteur Georges Hadjadj relate sa rencontre avec Maurice Audin, dans la salle de torture d'El Biar, la nuit du 11 au 12 juin : "J'étais à ce moment-là au deuxième étage, à l'infirmerie, où j'avais été amené dans l'après-midi à la suite d'une crise titanifère que l'électricité avait provoquée.

Le capitaine Faulques est venu me chercher pour me faire répéter, devant Audin, dans l'appartement en face, ce que je lui avais dit, c'est-à-dire que j'avais soigné chez lui M. Caballéro. Il y avait par terre une porte sur laquelle étaient fixées des lanières. Sur cette porte, Audin était attaché, nu à part un slip. Etaient fixées, d'une part à son oreille et d'autre part à sa main, des petites pinces reliées à la magnéto par des fils.

Il y avait dans la pièce outre le capitaine Faulques, le capitaine Devis, le lieutenant Irulin, le lieutenant André Charbonnier et un chasseur parachutiste.

J'ai ensuite regagné la chambre de l'infirmerie, d'où j'ai pu entendre les cris plus ou moins étouffés d'Audin.

Une semaine après, on nous transféra, Audin et moi, dans une petite villa située à un kilomètre du lieu où nous étions détenus. Elle se trouvait en face du PC du régiment de parachutistes et il y avait un panneau accroché à l'entrée indiquant : ''PC 2° bureau''.

On nous mena là soi-disant pour être interrogés. En fait, comme je le sus plus tard, ce déplacement était dû à une visite d'officiels dans les locaux d'El Biar. A cette occasion, j'ai pu revoir Audin. Nous étions enfermés dans une pièce avec d'autres détenus musulmans.

Audin a pu alors me raconter les sévices qu'il avait subis. Il en portait encore les traces : des petites escarres noires aux lieux de fixation des électrodes. Il avait subi l'électricité. On lui avait fixé les pinces successivement à l'oreille, au petit doigt de la main, aux pieds, sur le bas-ventre, sur les parties les plus sensibles de son corps meurtri.

Il avait également subit le supplice de l'eau. A cette occasion, il avait perdu son tricot parce qu'on s'en était servi pour recouvrir son visage avant de glisser entre ses dents un morceau de bois et un tuyau. Et puis, bien sûr, il y avait un parachutiste qui lui sautait sur l'abdomen pour lui faire restituer l'eau ingurgitée... ".

Le 21 juin, Maurice Audin, âgé de 25 ans, père de trois enfants, disparaît.

 
 

Henri Alleg, l'auteur du livre La Question, témoigne :

"Il devait être 22 heures ce soir- là, lorsque Charbonnier est venu me demander de me préparer pour un transfert...Je l'ai entendu dire dans un couloir : 
"Préparez aussi Audin et Hadjadj..." J'ai attendu. Personne n'est venu me chercher. Dans la cour, une voiture a démarré, s'est éloignée. Un moment après, une rafale de mitraillette. J'ai pensé : "Audin".

Qu'est-il advenu de Maurice Audin ?

Le rapport du lieutenant-colonel Mayer, commandant du 1° RCP, mentionne :

"Le dénommé Audin Maurice, détenu au centre de triage d'El Biar, devait subir un interrogatoire par la PJ le 22 juin 1957 au matin.
Le 21 juin, il fut décidé de l'isoler et de l'emmener dans un local de la villa occupée par le noyau Auto du régiment OP, 5, rue Faidherbe, où devait avoir lieu l'interrogatoire le lendemain.

Vers 21 heures, le sergent Mire, adjoint de l'officier de renseignement du régiment, partit chercher le détenu en jeep. Le prisonnier, considéré comme non dangereux, fut placé sur le siège arrière du véhicule, le sergent Mire prenant place à l'avant à côté du chauffeur.

La jeep venait de quitter l'avenue Georges-Clémenceau et était engagée dans un virage accentué. Le chauffeur ayant ralenti, le détenu sauta du véhicule et se jeta dans un repli du terrain où est installé un chantier, à gauche de la route.

(...) La 2° Compagnie cantonnée à El Biar fut rapidement avertie, et envoya des patrouilles en direction de Frais Vallon. Il ne fut pas possible de recueillir le moindre renseignement..."

Josette Audin refusa de croire à cette version. Evadé, son mari eût fait l'impossible pour rassurer les siens. Aussi, le 4 juillet, elle porte plainte pour homicide contre X et se constitue partie civile.

 
 

LIRE AUSSI: François Hollande fait un pas vers la vérité: Maurice Audin ne s'est pas évadé, il est mort en détention!

 
 

"Mon mari a été étranglé le 21 juin 1957 au centre de tri de la Bouzaréah, à El Biar, au cours d'un interrogatoire mené par son assassin, le lieutenant Charbonnier, officier de renseignements du 1° RCP...

Le crime fut commis au su d'officiers supérieurs qui se trouvaient, soit dans la chambre des tortures, soit dans la pièce attenante.

Il s'agit du colonel Trinquier, alors adjoint du colonel Godard, du colonel Roux, chef du sous-secteur de la Bouzaréah, du capitaine Devis, officier de renseignements attaché au sous-secteur de la Bouzaréah, et qui avait procédé par ailleurs à l'arrestation de mon mari, du commandant Aussaresses, du commandant de la Bourdonnaie".

Le général Massu a été, peu après, informé personnellement de cet assassinat, baptisé accident, par les officiers qui se sont rendus à son bureau de l'état-major. C'est dans le bureau du général que fut réglée la mise en scène de la prétendue évasion de Maurice Audin.

Maurice Audin a été immédiatement inhumé à Fort - l'Empereur en présence du colonel Roux et du lieutenant Charbonnier qui l'assistait".

Josette Audin n'a cessé de chercher à connaître la vérité.

Où se trouve le corps du supplicié ?

Le général Massu a refusé de dévoiler le secret. Quelque mois avant la mort du général, en 2002, le commandant Aussaresses (le commandant "O") lui avait demandé : "Vous ne pensez pas, général, qu'après plus de cinquante ans, il faudrait parler pour Madame Audin." Le général le rabroua : "Je ne veux plus rien entendre : compris Aussaresses ?", lui lança-t-il au téléphone.

Le 19 juin 2007, dans une lettre ouverte, Josette Audin écrit au président de la République française pour lui demander "simplement de reconnaître les faits, d'obtenir que ceux qui détiennent le secret, dont certains sont toujours vivants, disent enfin la vérité, de faire en sorte que s'ouvrent sans restriction les archives concernant cet évènement... ".

Elle n'a pas reçu de réponse.

Mais, par une lettre datée du 30 décembre 2008, le président de la République française informe la fille aînée de Maurice Audin, Michèle, mathématicienne, de sa décision de lui décerner le grade de chevalier de la Légion d'honneur (pour sa contribution à la recherche fondamentale en mathématiques et la popularisation de cette discipline).

Michèle Audin l'a refusée. "Je ne souhaite pas recevoir cette décoration...parce que vous n'avez pas répondu à ma mère...", a-t- elle écrit au chef de l'Etat français, dans une lettre ouverte qui a fait le tour du monde.

LIRE AUSSI: Les premiers guillotinés de la guerre d'Algérie: les cas de Ferradj et Zabana

 
 

Depuis, il y a eu les révélations du général Aussaresses faite à un journaliste peu avant sa mort. Maurice Audin est mort d'un coup de poignard porté par un officier parachutiste placé sous ses ordres, lui a-t-il confié. Josette Audin a émis des doutes sur ces déclarations. "C'est bien que le général ait dit sa vérité, mais c'est seulement sa vérité. Ce n'est pas forcément la vérité", dit-elle.

De son côté, lors d'un travail de recherche, la journaliste Nathalie Funès révéla le nom de l'assassin. Il s'appelle Gérard Garcet, révèle un écrit du colonel Godard, retrouvé aux Etats-Unis. Au moment des faits, il était sous-lieutenant de l'infanterie coloniale détaché comme aide de camp auprès du général Massu.

Mais Josette Audin ne sait toujours pas où est enterré son mari.

 
 

Afin de perpétuer le souvenir du brillant mathématicien, symbole de l'intellectuel engagé, mort pour que vive l'Algérie, son pays, la République algérienne reconnaissante donna, le jour de la célébration de l'an I de l'indépendance, le nom de Maurice Audin à la place centrale d'Alger, en contre bas de l'Université où il mena de brillantes recherches. Dans l'Algérie colonisée, la place portait le nom du général Lyautey, descendant des envahisseurs de 1830.

Le 19 mai 2012, à l'occasion de la célébration de la Journée Nationale de l'Etudiant, le ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche scientifique inaugura la plaque commémorative scellée au mur de l'Université d'Alger, près de la librairie qui porte le nom du mathématicien martyr.

Le Prix Maurice-Audin, créé en 1957 à Paris, "est décerné, chaque année depuis 2004, par l'association éponyme, établie en France, pour honorer, une fois par an, deux mathématiciens des deux rives de la Méditerranée", rappelle l'agence officielle l'APS. Au mois de mars dernier, c'est Kawthar Ghomari de l'ENST d'Oran qui l'a reçu des mains du ministre algérien de l'enseignement supérieur et de la recherche scientifique qui avait présidé la cérémonie.

Avant de terminer, je voudrais associer au nom de Maurice Audin des noms propres symboliques de moudjahidine morts, comme lui, sans sépulture : Cheikh Larbi Tebessi, président de l'Association des Oulémas, Docteur Georges Counillon, le commandant Si Mohamed Bounaama, le colonel Si M'Hamed Bougara, et associer également à son nom celui de Taleb Abderrahmane, son camarade de la Faculté des Sciences d'Alger, décapité à la prison de Serkadji le 24 avril 1958.

 
 

En citant ces martyrs, j'ai une pensée pour tous leurs compagnons d'armes arrêtés pendant la Bataille d'Alger, torturés, condamnés à mort puis passés à la guillotine, ce procédé sauvage d'un autre âge.

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17 février 2017 5 17 /02 /février /2017 12:58
Guerre d'Indochine - entretien de l'Humanité Dimanche avec Henri Martin (2008), disparu le 17 février

Henri Martin disparu le 17 février 2015


« Henri Martin, une conscience dans la sale guerre d'Indochine ».

On relira avec intérêt cet entretien réalisé par Claude Lecomte et publié dans l’Humanité Dimanche en 2008


En 2008, dans un entretien avec l'Humanité Dimanche, Henri Martin racontait son engagement, de maquisard FTP puis dans l'armée contre l’Allemagne nazie avant de s'opposer à la « sale guerre » engagée par la France pour garder ses colonies d’Indochine.

1948 : la guerre en Indochine déclenchée en 1946 avec le bombardement de Haiphong s'enlise. Le contingent français ne parvient pas à enrayer l'influence politique et militaire des combattants indépendantistes vietnamiens dirigés par le communiste Hô Chi Minh. De jeunes soldats français, anciens de la Résistance, s'opposent sur le terrain à cette guerre coloniale de reconquête où l'armée multiplie les exactions. Parmi eux Henri Martin. À 17 ans, il a rejoint les FTP, puis s'est engagé dans l'armée d'abord contre l'Allemagne puis contre le Japon, qui occupe la Cochinchine, avant d'être entraîné dans cette sale guerre qui finira en 1954. Son opposition à la guerre le conduit devant les tribunaux militaires. Il raconte.

Durant la Seconde Guerre mondiale, les Japonais avaient envahi l'Asie du Sud-Ouest, notamment l'Indochine, alors colonie française. Ils n'avaient pas rencontré de grande résistance de la part des chefs militaires ralliés à Vichy. Mais ils s'étaient heurtés à la Ligue pour l'indépendance du Vietnam, dirigée par Hô Chi Minh. À la fin de la guerre, les occupants japonais se livrèrent à un massacre d'officiers et de civils français avant de céder la place à l'armée chinoise de Tchang Kaï-chek. Des accords furent passés entre le Vietminh et le représentant de la France libre, Jean Sainteny. Ils prévoyaient la formation d'un gouvernement indépendant avec son armée, ses finances, tout en s'inscrivant dans une union française. Mais, dans le même temps, le gouvernement du général de Gaulle nommait responsable civil et militaire de l'Indochine l'amiral Thierry d'Argenlieu, lequel mettait en place un plan de reconquête.


HD. Henri Martin, vous sortiez de la Résistance, dans les rangs des FTP, et vous aviez signé un engagement pour la durée de la guerre. Ce qui vous a amené en Indochine, à bord d'un bateau de guerre. Vous avez vécu le début de la guerre. Vous étiez sur le croiseur « Chevreuil » quand ce bateau, avec les autres unités françaises présentes dans le port de Haiphong, a ouvert le feu sur la ville.


Henri Martin. Nous accompagnions une force de débarquement qui fut prise à partie par les forces chinoises. Quelques salves du croiseur « Émile-Bertin » ont fait cesser le tir.
On débarque alors, accueillis pacifiquement. Dans les mois qui suivent, les incidents se multiplient, particulièrement à Haiphong. L'accord signé avec Hô Chi Minh stipule que le Vietnam est indépendant dans le cadre de l'union française, qu'il a son gouvernement, son armée, sa police, sa douane... C'est là, sur les droits de douane, que les incidents sont les plus nombreux. C'est la ressource la plus importante du gouvernement vietnamien avec le port de Haiphong où transitent toutes les marchandises vers l'intérieur du pays et Hanoi, sa capitale. D'incidents en incidents d'Argenlieu décide de faire un exemple avant son départ. Il exige que, dans les 24 heures, les Vietnamiens se retirent à 20 kilomètres du port de Haiphong. Les Vietnamiens n'acceptent pas qu'on les chasse de leur port et restent sur leurs positions. À 10 heures du matin, le 6 mars 1946, les canons des troupes françaises à terre, des navires dans le port, de l'aviation ouvrent le feu. Haiphong est partagé entre des villes nettement séparées, française, chinoise et vietnamienne. C'est sur cette dernière, constituée essentiellement de paillotes, que porte le tir. Quelques minutes après le début du bombardement, on voit que ça flambe de partout. Nous sommes ancrés sur le fleuve Rouge et l'on voit les gens s'enfuir par la route de Hanoi, sur lesquels les canons tirent, prétextant qu'il s'agit de troupes vietnamiennes battant en retraite. Cette décision d'ouvrir le feu constitue un acte de guerre. Il marque le début de cette guerre d'Indochine qui va durer huit ans.

 

HD. Nous revenons à cette année 1948. Dès le début de l'année, deux événements marquent l'actualité. Le représentant de la France en Indochine, Émile Bollaert, annonce, lors d'une conférence de presse le 30 janvier, qu'il n'y aura plus de négociations avec Hô Chi Minh. Il est vrai qu'il a trouvé un interlocuteur, Bao Dai, prêt à toutes les concessions pour retrouver son titre d'empereur auquel il avait renoncé pour devenir un « simple citoyen ». Au plan militaire, le 5 février, une embuscade sur la RC4 (route coloniale numéro 4), entre Lang Son et Cao Bang, fait trente morts et autant de blessés, les Vietnamiens se repliant en bon ordre, emmenant leurs morts et leurs blessés. Le corps expéditionnaire réclame des renforts, les engagés pour la durée de la guerre étant peu à peu rapatriés. Où étiez-vous vous-même en ce début d'année 1948 ?

Henri Martin. Après deux ans passés en Indochine, qui était le temps de séjour du corps expéditionnaire, j'étais rentré en France, affecté à l'arsenal de Toulon, à la section des essais de combustible. Nous faisions des essais très sérieux sur tous les combustibles achetés pour toute la marine. C'était un travail passionnant. Ce qui ne m'avait pas empêché de refaire une troisième demande de résiliation de mon contrat, demande toujours refusée. Je m'étais engagé cinq ans pour combattre l'Allemagne nazie et le Japon militariste, pas le peuple vietnamien.

HD. Y avait-il beaucoup de demandes de résiliation ?

Henri Martin. La première année oui, sur le « Chevreuil », 80 % chez les mécaniciens et 50 % pour les matelots du pont. Tout le monde ne s'était pas engagé pour combattre les Japonais. La guerre était finie en Europe, elle touchait à sa fin en Asie, on croyait aller voir du pays. Il était même prévu que l'on aille à Tahiti.
Pour moi, c'était clair, et j'avais exprimé mon indignation sur ce que l'on faisait au Vietnam, à combattre un peuple. Car Haiphong n'a pas été une exception. Avant même d'opérer au nord, des villages avaient été anéantis au sud. On nous chargeait d'empêcher le riz du sud de monter au nord où régnait une famine qui a fait beaucoup de victimes.
Les avions mitraillaient ceux qui montaient vers le nord avec des chargements de riz et coulaient les embarcations avec leur équipage. Ma motivation était claire : je ne voulais pas faire cette guerre-là !

 

HD. Quel était l'état d'esprit dans un corps expéditionnaire où il y avait encore beaucoup de gens qui venaient de la Résistance ?

Henri Martin. Je ne peux parler que de ce que j'ai entendu sur mon bateau, où nous étions trois anciens FTP, de tendance communiste. Autrement, c'étaient des anciens de la marine sabordée à Toulon en novembre 1942 et qui reprenaient du service, des jeunes engagés venus de Bretagne et de Vendée, des pêcheurs avec la tradition du service dans la « royale » mais qui n'avaient pas des opinions politiques très définies.

HD. À ce troisième refus de résiliation, comment vous vient alors l'idée qu'il faut agir autrement ?
Henri Martin:  On avait, aux lendemains de la guerre, l'autorisation de recevoir dans l'arsenal les journaux communistes. À Toulon, c'était « le Petit Varois ». Il nous donnait des informations sur la situation en Indochine. Il me permettait d'engager des discussions à partir de ces informations. En juillet 1949, un décret a interdit l'entrée de journaux communistes dans les établissements militaires. C'est à ce moment-là que je réfléchis à la possibilité de donner un autre son de cloche que la propagande officielle et les autres journaux, qui étaient pour la poursuite de la guerre. Tout naturellement je pense à ce que je faisais pendant la guerre en diffusant des tracts interdits. J'avais déjà pris contact avec la fédération et la section de Toulon du Parti communiste français. Je décidais alors de rédiger moi-même des tracts en partant des discussions, en tenant compte de l'état d'esprit des marins.
Dans mon poste de mécanicien on discutait beaucoup et sans hostilité envers le peuple vietnamien, bien que la plupart soient des engagés. Sur les bateaux, il y avait des appelés qui faisaient leur service légal, et parmi eux j'ai rencontré des jeunes communistes. Avec eux, nous avons constitué un petit groupe de discussions. À mesure que la guerre se prolongeait, que les forces vietnamiennes se renforçaient, la menace d'un envoi en Indochine se précisait d'abord pour les engagés mais aussi pour le contingent.
Dans les tracts, on rappelait que nous étions des citoyens comme les autres, et en tant que citoyens nous nous prononcions pour des négociations mettant fin à cette guerre.

HD. Vous aviez des informations sur ce qui se passait réellement en Indochine ?

Henri Martin: Oui, car il y avait régulièrement des bateaux qui revenaient et sur lesquels on connaissait des marins. On se retrouvait dans les bistrots du port et on y commentait les nouvelles.


HD. Comment de cette distribution de tracts, on en est venu à l'affaire Henri Martin.

Henri Martin: J'en étais arrivé à connaître une soixantaine de marins. Quand on avait fini de discuter, que l'on avait collectivement apprécié les arguments à soutenir, ça ne se bousculait pas pour écrire, et c'est moi qui rédigeais le tract, qui le portais à la section pour qu'il soit tiré... J'étais en fait le porte-parole des marins qui étaient contre cette guerre. On se répartissait la diffusion mais c'est moi qui portais les tracts sur les bateaux, nous étions en tenue d'été, en chemise blanche, il fallait planquer le paquet de 50 tracts sous la chemise en rentrant bien l'estomac.
Ça va durer jusqu'à mon arrestation, le 14 mars 1950. La gendarmerie militaire avait récupéré des exemplaires des tracts et établi une liste des bateaux où ils avaient été trouvés. Ils ont alors mis en place une provocation en faisant venir à l'atelier des combustibles de l'arsenal un marin alsacien qui s'était engagé volontairement pendant la guerre dans les sous-marins allemands. Ce qui lui interdisait normalement d'entrer dans la marine de guerre française. Mais il fallait monter une opération allant plus loin que la recherche des fabricants de tracts, une provocation mettant en cause le Parti communiste français, accusé de sabotage, permettant de le mettre hors la loi.
Ce Liebert va rechercher ma compagnie et se dire en accord avec moi. Je ne me suis pas méfié d'autant qu'il venait de subir une peine de prison maritime pour s'être disputé avec un ingénieur. On s'est senti solidaires.
Un jour, il m'a annoncé qu'il avait un copain sur le « Dixmude » qui serait d'accord pour diffuser les tracts, qui voulait me rencontrer. J'apprends ensuite qu'il vient de faire une tentative de sabotage en versant une poignée de poudre d'émeri sur le porte-hélices. Ça ne pouvait même pas faire un échauffement, c'était plus un geste de colère qu'une véritable tentative de sabotage.
Les autorités maritimes décident alors de m'arrêter en flagrant délit de distribution de tracts mais je n'y participe pas, voulant amener mes camarades à diffuser tous seuls. Appréhendés, ils donnent mon nom comme responsable du groupe et je suis arrêté le lendemain. Mais plus que la guerre d'Indochine et même la distribution de tracts, ce qui les intéressait était de connaître la position du Parti communiste en cas de guerre avec l'Union soviétique.
Le juge d'instruction m'inculpe une première fois de tentative de démoralisation de l'armée et distribution de tracts, puis il revient le lendemain et m'accuse de sabotage. Mon avocat n'étant pas arrivé, il commence l'interrogatoire sur le sabotage. À ce moment, entre Me Paul Vienney qui s'indigne : « Vous interrogez mon client en dehors de ma présence ! »
Charles Heimburger, le marin manipulé par Liebert, est revenu courageusement sur des accusations qui lui avaient été dictées, disant qu'il ne voulait pas qu'un innocent soit condamné à sa place. Le tribunal maritime de Toulon devait finalement reconnaître mon innocence sur cette accusation. L'opération anticommuniste avait échoué. Il ne restait au tribunal qu'à me condamner pour démoralisation de l'armée, cela valait 5 ans de réclusion
Ce procès cassé pour vice de forme, un second se tint à Brest, confirmant l'acquittement pour le sabotage.


HD. Comment l'affaire Henri Martin est-elle devenue nationale ?
Henri Martin: La disproportion entre la distribution de tracts et une peine de 5 ans de réclusion a éclaté aux yeux de gens qui ne partageaient pas mes opinions sur la guerre mais qui trouvaient scandaleuse la décision du tribunal, confirmée par le jugement de Brest. Il y eut la campagne des communistes comme celle menée par Hélène Parmelin, dans « l'Humanité », celle des syndicalistes avec Madeleine Riffaud, dans « la Vie ouvrière », et celle de Jean-Paul Sartre recrutant autour de lui de nouveaux participants...
J'ai bénéficié de la libération pour bonne conduite sans avoir rien demandé. Je suis donc sorti de prison en août 1953.

 

HD. Quelle a été l'influence de l'affaire Henri Martin dans la lutte contre la guerre d'Indochine ?

Henri Martin: Un coup de fouet à la bataille pour la paix. Mon affaire n'a jamais été séparée de cette revendication de paix. Les deux choses étaient intimement liées. La guerre a duré encore un an. Ils n'y ont gagné que de faire tuer davantage de soldats français et vietnamiens, pour finir par la capitulation de Diên Biên Phu.
Malheureusement cette fin de guerre allait créer les conditions d'une intervention américaine pour soutenir un régime corrompu au sud.
Les accords de Genève étaient un engagement d'honneur pris par la France de réaliser une consultation sur l'ensemble du pays en vue de la réunification du Nord et du Sud. Celle-ci n'a pas eu lieu. Il y a eu de nouveau une guerre, américaine cette fois, qui a coûté 3 millions de victimes et qui tue encore aujourd'hui par les effets de l'agent orange.

 

Henri Martin avait l'internationalisme au coeur (Patrick Le Hyaric)

Guerre d'Indochine - entretien de l'Humanité Dimanche avec Henri Martin (2008), disparu le 17 février
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13 février 2017 1 13 /02 /février /2017 20:10
Geneviève de Gaulle-Anthonioz: une vie debout, du camp de Ravensbrück à celui de Noisy (L'Humanité, 2015)

Geneviève Anthonioz-De Gaulle, décédée il y a 15 ans, le 14 février 2002

Lu sur la page Facebook de Robert Clément. 
 

« Geneviève de Gaulle-Anthonioz, du camp de Ravensbrück à celui de Noisy », article publié dans l’Humanité du 27 mai 2015


Dans son appartement parisien haut perché de la rue Michelet, Geneviève de Gaulle-Anthonioz, alors qu’elle avançait, au nom de l’association qu’elle présidait, ATD Quart Monde, l’idée d’une future « loi d’orientation de lutte contre les exclusions », était une vieille dame aimable et menue. Son apparente fragilité disparaissait dès qu’elle se mettait à parler et qu’elle défendait ce pour quoi elle luttait. Une détermination tranquille et inébranlable l’habitait. L’image quelque peu surannée de la dame patronnesse – bourgeoise, catholique, toute de compassion… – qu’on était prêt à lui coller se chiffonnait irrémédiablement : sa foi chrétienne chevillée au corps, Geneviève de Gaulle-Anthonioz menait un combat politique au sens plein du terme. Pour elle, la pauvreté était une violation inacceptable des droits de l’homme, la combattre méritait un engagement total. Son discours n’était pas consensuel : « Nos sociétés fabriquent de l’exclusion, tandis que les plus nantis continuent de s’enrichir. Il en résulte ce que j’appelle une dépravation de la démocratie. Il faut recréer un service de l’homme. Il faut être attentif à ceux qui nient ainsi la démocratie et fabriquent un monde qui privilégie le pouvoir et les richesses… »
Le combat de sa vie, cette femme hors normes l’a forgé dans l’enfer de la Seconde Guerre mondiale. Nièce du général de Gaulle, elle s’engage à 20 ans dans la Résistance. Arrêtée, elle est emprisonnée puis déportée le 31 janvier 1944 à Ravensbrück, où elle survit à l’indicible grâce à l’incroyable solidarité qui lie entre elles les prisonnières. Quand elle rencontre un journaliste de l’Humanité, Geneviève de Gaulle-Anthonioz ne manque jamais d’évoquer « Marie-Claude » (Vaillant-Couturier). À Ravensbrück, en décembre 1944, la déportée 27372 est enfermée dans une cellule du bunker, isolée de ses camarades : « Dieu était étrangement absent. Je ne peux pas dire que j’ai douté de son existence, mais il n’était pas là dans ce bunker. » Abandonnée de Dieu et des hommes, elle va pourtant, grâce à sa foi, son élan vital et sa créativité, sortir vivante de ce sinistre lieu où la mort régnait en maître.
De retour à la vie, la jeune femme rencontre celui qui sera le compagnon attentif de sa vie, Bernard Anthonioz, qui est éditeur d’art (c’est lui qui, en janvier 1942, était allé chercher le manuscrit d’Aragon, les Yeux d’Elsa, pour l’imprimer). Fondant une famille, la résistante aurait pu se contenter d’une vie tranquille, mais en octobre 1958, elle rencontre le père Joseph Wresinski, qui voue sa vie aux plus pauvres. Sa visite au « camp de Noisy » est un choc : « Lorsque je suis entrée dans ce grand bidonville… j’ai pensé au camp, l’autre, celui de Ravensbrück… ce paysage était un lieu séparé de la vie. » Geneviève de Gaulle-Anthonioz démissionne du ministère où elle travaillait. Rendre leur dignité aux pauvres sera la grande œuvre de sa vie, un combat sans trêve qu’elle mènera avec une ténacité inouïe.
Le 23 août 1996, les CRS brisent les portes de l’église Saint-Bernard pour en déloger les sans-papiers, elle veut manifester. Ses enfants l’en dissuaderont… Jusqu’au bout, cette petite femme aura été une grande dame. Elle a sa place au Panthéon, même si elle n’a jamais aimé les ors, ni la gloire.

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13 février 2017 1 13 /02 /février /2017 07:08
12 février 1934: acte fondateur du Front Populaire, naissance d'un front unique ouvrier contre le fascisme
12 février 1934: acte fondateur du Front Populaire, naissance d'un front unique ouvrier contre le fascisme

Le 9 février 1934, à l'appel du PCF et de la CGT-U, a lieu un rassemblement place de la République contre le fascisme dont le danger est apparu imminent avec la manifestation des ligues le 6 février.  La SFIO préfère, quant à elle, relayer par une manifestation l'appel à la grève générale de la CGT pour le 12 février. Le PCF décide de se joindre à cette manifestation en plaçant le long du cortège des groupes de militants et des orateurs pour attirer des socialistes. Or, conscient du danger fasciste imminent, le peuple de gauche va déjouer le scénario établi. Communistes et socialistes vont défiler côte à côte aux cris d'unité. Cette manifestation unitaire, contre les décisions d'état major et des directions politiques et malgré les très forts ressentiments entre ces deux familles politiques de gauche séparées depuis seulement 15 ans, va être le début d'un front unique ouvrier contre le fascisme, pour les libertés démocratiques et pour assurer la paix humaine. Le 12 février 1934 est l'acte fondateur du Front populaire.

 

Le Front Populaire dans le Finistère: C'était 1936, le Front Populaire vu de Bretagne

"C'était 1936 - Le Front Populaire en Bretagne" - un livre collectif à acquérir de toute urgence! (Le Télégramme, 16 décembre 2016)

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12 février 2017 7 12 /02 /février /2017 20:40
11 février 1990: Libération de Nelson Mandela (Robert Clément)

11 février 1990 : Libération de Nelson Mandéla
Il y a vingt sept ans, Nelson Mandela, le leader du Congrès national africain (ANC), symbole de la lutte contre le pouvoir ségrégationniste blanc, sortait enfin libre du bagne de Robben Island. 
Le 15 octobre 1989, sept compagnons de Nelson Mandela emprisonnés avec lui dans le sinistre bagne de Robben Island, au large de la ville du Cap, sont libérés par le pouvoir de l'apartheid. « Je savais que je n'aurai plus longtemps à attendre'», écrit Mandela dans son autobiographie, Un long chemin vers la liberté. De fait, le 11février 1990, il y a vingt ans jour pour jour, le leader du Congrès national africain (ANC), symbole de la lutte contre le pouvoir ségrégationniste blanc, sort de sa prison. Une libération fêtée dans le monde entier par tous ceux qui se sont mobilisés depuis des années parce que c'est la première grande victoire contre ce régime honni, soutenu presque jusqu'au bout par les «démocraties occidentales».
Lui dont on ne connaissait que quelques photos réalisées dans les années cinquante, alors qu'il n'avait que la quarantaine, stupéfait le monde entier, ému, avec sa chevelure grisonnante. Mais avec le recul, ce qui a sans doute le plus surpris lorsqu'on l'a vu avec, à ses côtés, celle qui était encore son épouse, Winnie, c'est la dignité de cet homme que le pouvoir blanc ne voulait pas seulement faire plier: il voulait le briser. Il n'y parviendra pas. En avril 1964, déjà emprisonné (il a été arrêté le 5 août 1962), devant ses juges qui le condamneront à la perpétuité, Mandela déclare : « J'ai combattu la domination blanche, j'ai combattu la domination noire. J'ai chéri l'idée d'une société libre et démocratique dans laquelle tous vivraient en harmonie et avec des chances égales. C'est un idéal pour lequel j'espère vivre et atteindre. Mais s'il en était besoin, c'est un idéal pour lequel je suis prêt à mourir. » Nelson Mandéla est décédé le 5 décembre 2013.

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8 février 2017 3 08 /02 /février /2017 08:39
Ouest-France Morlaix, mercredi 8 février 2017

Ouest-France Morlaix, mercredi 8 février 2017

Mirbeau en 1900

Mirbeau en 1900

Mirbeau et l’Humanité
GILLES CANDAR HISTORIEN, PRÉSIDENT DE LA SOCIÉTÉ D’ÉTUDES JAURÉSIENNES
VENDREDI, 27 JANVIER, 2017
L'HUMANITÉ

L’écrivain, critique d’art et journaliste meurt le 16 février 1917 à Paris. Quelques années auparavant, le 18 avril 1904, il répond à l’appel lancé par Jaurès, dans son éditorial « Notre but », lorsque celui-ci crée le journal.

Écrivain moderne, étonnant, parfois dérangeant, Octave Mirbeau (1848-1917) appartint à la première rédaction de l’Humanité. Le fait peut surprendre. Pamphlétaire, romancier et homme de théâtre, Mirbeau semble bien loin du milieu socialiste parlementaire (Jaurès, Briand, Viviani…) qui se trouve dominer le journal. Ne vient-il pas de faire jouer à la Comédie-Française Les affaires sont les affaires, une pièce des plus critiques contre les requins de la finance ? Son personnage principal, le fameux Isidore Lechat, archétype des aventuriers destructeurs nés pour devenir milliardaires, se présente aux élections comme « agronome socialiste » avec un programme anticlérical et même « révolutionnaire en économie ». Depuis longtemps, Mirbeau s’est affirmé comme un critique de la société, d’esprit très libertaire, méfiant envers les politiques et leurs belles paroles, plus encore envers l’État à la discipline étouffante que les bonnes âmes de la réforme sociale, républicaine ou progressiste, semblent vouloir préparer… Et le voici maintenant cité en deuxième position, juste après l’académicien Anatole France, parmi les collaborateurs littéraires du quotidien, devant Jules Renard, Gustave Geffroy, Tristan Bernard et quelques autres…

L’Humanité est avant tout « le journal de Jean Jaurès », un homme que Mirbeau a appris à connaître et à estimer. L’affaire Dreyfus a permis ce rapprochement : des années de lutte et de combat passionnés et difficiles qui mettent à l’épreuve les caractères. Jaurès s’est battu sans se laisser impressionner par la « loi du mensonge triomphant qui passe », ni par « les applaudissements imbéciles » ou « les huées fanatiques ». Il cherche à comprendre, à définir ce qu’il croit bon, vrai et juste, et il agit en conséquence, de manière certes habile et judicieuse si possible, mais sans oublier le sens de son action. C’est ce qui le différencie de ses amis Millerand ou Viviani, qui ont leurs mérites, mais qui n’oublient jamais d’accorder toute l’importance qu’elle mérite à leur destinée personnelle au sein du combat politique. Pierre Michel, le grand spécialiste et biographe de Mirbeau, a bien mis en valeur l’entente profonde entre son héros et le fondateur de l’Humanité : le combat pour Dreyfus n’est pas seulement d’ordre individuel, car toute action pour la justice enrichit le combat commun. Justice sociale et justice individuelle marchent et doivent toujours marcher ensemble. Jaurès sait attendre, mais il n’oublie pas la parole donnée à Dreyfus de tout faire pour sa réhabilitation (1903-1906).

C’est pourquoi lorsqu’il lance son propre journal, le 18 avril 1904, Mirbeau l’aide. Il n’a nul besoin de cette collaboration. Il est alors un écrivain très connu dont les chroniques publiées dans la grande presse se paient fort bien, mais il se reconnaît dans le programme défini par le premier éditorial : « réaliser l’humanité (…) par des moyens d’humanité ». Mirbeau et Jaurès rêvent de « la diversité vivante de nations libres et amies ». En 1904, la principale menace vient de la Russie tsariste, de son régime oppressif et sanglant, de ses brutales interventions extérieures…

« L’œuvre d’art ne s’explique pas et on ne l’explique pas »

Mirbeau publie plusieurs nouvelles, espérant pêle-mêle la victoire du Japon contre la Russie, une révolution intérieure, voire, poussé par la colère, l’indignation et l’angoisse, une intervention à rebours des puissances libérales… En France, l’ennemi, c’est le cléricalisme, c’est-à-dire, dans les conditions de l’époque, l’esprit de soumission, de superstition et de fanatisme, servi par un clergé allié indéfectible des châteaux, de l’autorité et de l’oppression… Comme le journal, Mirbeau soutient à fond l’action anticléricale du gouvernement Combes, le soutien à l’école publique, la laïcisation de l’enseignement et de la société qui préparent la future séparation des Églises et de l’État… Enfin, l’humanité se prépare par la culture dont tous les hommes doivent pouvoir bénéficier. L’auteur du Journal d’une femme de chambre écrit aussi dans l’Humanité sur le théâtre, la poésie, la peinture… Il le fait à sa manière, avec verve, en raillant les pédagogues progressistes, fussent-ils amis du journal : « L’œuvre d’art ne s’explique pas et on ne l’explique pas. » Il l’évoque pourtant longuement, donne envie au lecteur d’aller voir ces tableaux de Monet ou de Pissarro dont il parle avec tant de fougue et de sens, mais sans faire de concession à la facilité ou à la vulgarité. Mirbeau journaliste est toujours un pessimiste aspirant à un peu d’humanité, de générosité et de beauté… Il cesse d’écrire dans le journal à la fin de 1904, mais il en reste un ami, comme il est toujours celui de Jaurès qu’il emmène un jour dans son automobile au musée d’Épinal pour admirer de concert un tableau de Rembrandt.

un écrivain dans la société française de la belle époque »

Dans le cadre de la commémoration internationale du centième anniversaire de la mort de l’écrivain et critique d’art Octave Mirbeau (1848-1917), la Société Octave- Mirbeau, association littéraire fondée en 1993, organise un colloque « Octave Mirbeau et la société française de la “Belle Époque” », qui aura lieu le 27 janvier 2017, de 9 heures à 19 heures, au palais du Luxembourg, salle Monnerville (26, rue de Vaugirard, 75006 Paris). Avec Gérard Cogez, Ludivine Fustin, Yannick Lemarié, Alain Leduc, Noëlle Benhamou, Martina Diaz, Vida Azimi, Françoise Sylvos, Jean-Yves Mollier, Pierre Michel, Gilles Candar et Zeev Sternhell.

 

repères
16 février 1848 Naissance  d’Octave Mirbeau à Trévières dans le Calvados. 1898 Il paye de sa poche l’amende à laquelle a été condamné Émile Zola pour son « J’accuse »,
paru le 13 janvier de la même année dans l’Aurore. 1900 Publication du Journal d’une femme de chambre.

 

 

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8 février 2017 3 08 /02 /février /2017 08:00
8 février 1962-8 février 2017: Se souvenir de Charonne

Le 8 février 1962, les forces de police de De Gaulle dirigées par Maurice Papon assassinaient 9 manifestants, tous syndiqués à la CGT, au métro Charonne.

Ils protestaient contre les attentats sanglants de l'OAS (Organisation de l'Armée Secrète) qui comptait sur la terreur pour conserver l'Algérie française. Les manifestants exigeaient la paix en Algérie

Souvenons-nous en! 

 

 

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5 février 2017 7 05 /02 /février /2017 07:50
Emeutes fascistes des Ligues nationalistes place de la Concorde à Paris, 6 février 1934

Emeutes fascistes des Ligues nationalistes place de la Concorde à Paris, 6 février 1934

6 février 1934 Émeute fasciste, 
réponses antifascistes
VINCENT CHAMBARLHAC
ET THIERRY HOHL,
JEUDI, 6 FÉVRIER, 2014
L'HUMANITÉ

Parlement pourri, politiciens véreux, régime corrompu… Les mots d’ordre claquent à Paris le 6 février 1934. Place de la Concorde convergent les ligues, toutes situées à l’extrême droite, sinon exactement fascistes.

Aux côtés des ligues manifestent des Parisiens issus d’une mouvance plus large où l’apolitisme déguise peu la haine du régime : la Fédération nationale des contribuables, le Comité de salut économique… Une part de militants de l’Arac, association d’anciens combattants proche du Parti communiste, participent à la manifestation, pensant hâter la décomposition d’une République vilipendée car marquée par sa défense de l’ordre social. C’est là un jour de colère trouble. Des mécontents s’agrègent, dont le plus petit dénominateur à l’extrême droite est l’aspiration à une solution autoritaire, comme à Rome ou à Berlin. Au soir d’affrontements violents, le sang coule (15 morts, plus de 1 500 blessés à la fin de la journée). Certains manifestants tentent de prendre d’assaut le Palais-Bourbon. Les forces de police, et le départ des Croix-de-feu, font échouer cette tentative de coup d’État. Au lendemain du 6, le gouvernement tombe.

Un climat a préparé l’émeute. Dès janvier, des manifestations de l’Action française agitent la capitale. Rapporteur de la commission d’enquête parlementaire sur le 
6 février 1934, Laurent Bonnevay, député du Rhône, signale « le chiffre de 2 000 arrestations, les dégâts sur la voie publique, les agents blessés ». La violence sourde, entretenue par l’extrême droite, se nourrit d’une crise de régime. L’affaire Stavisky place la corruption politique en une ; l’éditorial de l’Humanité du 5 janvier 1934 interpelle le président du Conseil : « Votre inflexible rigueur, Monsieur Chautemps, atteindra-t-elle ministres et députés complices de Stavisky ? »

La montée du chômage lamine la crédibilité politique. Mais le 6 février se comprend aussi dans une séquence européenne, celle du fascisme en Italie depuis 1922, de l’Allemagne depuis peu, d’une guerre civile imminente en Autriche… La montée de régimes autoritaires protofascistes renforce ce sentiment. L’hypothèse d’un coup d’État fasciste avorté s’impose aux gauches.

Celles-ci (radicales, socialistes, communistes, dissidences du communisme) sont divisées, antagonistes. Pour le mouvement communiste l’heure est à la dénonciation des socialistes, complices passifs de la montée du fascisme. Pour le PS-SFIO, aucune alliance n’est possible avec le frère ennemi, devenu extérieur au système républicain. La division nourrit les initiatives dispersées de réponses à la menace fasciste.

Les communistes manifestent seuls le 9 février, donnant l’opportunité à Jacques Doriot, alors rival de Maurice Thorez, de s’illustrer dans les combats de rue avec les fascistes. La veille, autour de la CGT « réformiste », s’impose l’idée d’une grève unitaire et d’une manifestation, prise en charge par les partis, le 12 février. L’ensemble serait réponse à la menace. Tous s’y rallient, parfois du bout des lèvres – le PC appelle à descendre dans la rue le 12 février sur ses mots d’ordre. La réplique s’effectuera en défilés distincts.

La surprise vient alors, contre les appareils, d’une unité retrouvée à la base, que symbolise la fusion des cortèges parisiens place de la Nation. À l’Ouest parisien d’extrême droite, répond l’Est, unitaire et antifasciste. Paris n’est pas la France : en province, plus d’une trentaine de défilés anticipent le 12 février, marquant l’élan unitaire. L’antifascisme de masse naît comme une émotion imposant l’unité contre la division des partis, des organisations. Un front s’ébauche patiemment pendant tout le printemps 1934 par la forme souple du comité antifasciste, où tous, dans la diversité des appartenances politiques et syndicales, se rejoignent.

Devant l’émeute, les gauches répondent dans la dispersion puis l’unité, affirment la souveraineté populaire. Le factieux est à droite, à l’extrême droite. Les gauches réaffirment une République ancrée dans la possibilité révolutionnaire. La surprise de l’unité rend pensable une nouvelle déclinaison, plus sociale, du pacte républicain. L’antifascisme de masse, constitué dans la rue s’avère, malgré la variété des représentations du danger fasciste, le liant d’une nouvelle alliance imposée aux gauches.

« Journée réactionnaire », le 6 février est une date aujourd’hui encore mobilisée dans les discours d’extrême droite contemporains. « Journée antifasciste », le 12 février fait histoire, à condition d’en rappeler la mémoire.

historiens, 
université de Bourgogne.

Auteurs de 1934-1936, Un moment antifasciste, éditions la Ville brûle, 2014, 144 pages, 15 euros.

 

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4 février 2017 6 04 /02 /février /2017 09:34
Fernand Léger

Fernand Léger

Fernand Léger, né le 4 février 1881
 

Fernand Léger est un peintre français représentatif du courant cubiste, en vogue à partir de 1910 en France.

Il naît à Argentan, en Normandie, le 4 février 1881, et décède à Gif-sur-Yvette, dans l'Essonne, le 17 août 1955.

Influencé par les peintres Cézanne, Modigliani et Picasso, mais aussi par des écrivains et des poètes, il montre rapidement un style personnel qui entend "rendre compte de la vie moderne". Prolifique et créatif, il est aussi tapissier, céramiste, sculpteur, décorateur de théâtre et illustrateur. Sa veuve, Nadia Léger, crée à Biot, près d'Antibes (Alpes-Maritimes), un musée Fernand Léger, aujourd'hui d'État, riche de plus de trois cents Œuvres.
Fils d'éleveur, de sa Normandie natale Fernand Léger conserve une force de caractère qui l'aidera à dépasser les difficultés.

Très tôt, il est repéré pour ses talents de dessinateur, et entame une formation d'architecte. Mais en 1900, le jeune homme est rapidement happé par l'effervescence artistique parisienne, et se tourne vers les arts décoratifs. Il fréquente différentes académies, rencontre Paul Cézanne, et se prend de passion pour l'impressionnisme. À partir de 1907, il fréquente un atelier d'artistes réputé, La Ruche, et entre en contact avec les maîtres du cubisme comme Braque et Picasso.
Fernand Léger résiste aux doctrines.

À partir de 1909, avec l'oeuvre "Nu dans la forêt", il impose une atmosphère singulière, tirée du "monde déshumanisé" de l'économie industrielle. Il peint des décors constitués de "corps mécanisés", et collabore avec les réalisateurs de cinéma comme Abel Gance ou Marcel L'Herbier. En 1945, il s'inscrit au Parti communiste français et défend les arts nouveaux.

Fernand Léger dirige plusieurs écoles de peinture, comme celles de Montrouge et de Montmartre, et forme nombre de futurs talents, comme Louise Bourgeois ou encore Serge Gainsbourg.

Fernand Léger, né le 4 février 1881, génie de la peinture du XXe siècle et peintre communiste (Robert Clément)
Fernand Léger, né le 4 février 1881, génie de la peinture du XXe siècle et peintre communiste (Robert Clément)
Fernand Léger, né le 4 février 1881, génie de la peinture du XXe siècle et peintre communiste (Robert Clément)
Fernand Léger, né le 4 février 1881, génie de la peinture du XXe siècle et peintre communiste (Robert Clément)
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3 février 2017 5 03 /02 /février /2017 06:30
Alexandra Kollontai

Alexandra Kollontai

Lénine en 1919: 

" En deux ans de pouvoir des soviets, dans un des pays les plus arriérés d'Europe, on fait plus pour l'émancipation des femmes, pour la rendre égale au "sexe fort" que ce qui a été fait depuis 130 ans par toutes les Républiques avancées, éclairées et "démocratiques" du monde entier"

Egalité politique et sociale entre les sexes reconnue par la constitution et droit de vote des femmes, possibilité pour les femmes russes d'hériter (ce qui n'était pas le cas sous le tsarisme), mariage civil avec liberté pour les deux époux de choisir leur nom après le mariage, divorce express par consentement mutuel, droit à l'avortement, congé maternité, développement des structures collectives qui libèrent la femme de l'assignation à résidence (laveries et cuisines collectives)  .. Le gouvernement bolchevique a été plus loin en termes d'émancipation des femmes et d'orientation vers l'égalité femmes-hommes qu'aucun gouvernement avant lui. 

Des révolutionnaires comme l'aristocrate rouge et bolchevique Alexandra Kollontaï, pacifiste convaincue surnommée avant guerre la "Jaurès en jupon", affirmaient l'incapacité à émanciper véritablement les femmes sans remettre en cause le règne du capitalisme et des dominations de classe, sans émanciper tous les travailleurs. Le combat féministe n'était pas autonomisable du combat politique et social anti-capitaliste. "Les femmes ne deviendront libres et égales que dans un monde où le travail aura été socialisé et où le communisme l'aura emporté", écrit-elle dans Pour une histoire du mouvement ouvrier féminin en Russie

Le 27 février 1917, date de la journée internationale des femmes dans le calendrier orthodoxe, ce sont les ouvrières travailleuses du textile de Petrograd qui ont déclenché la première révolution qui allait mettre à bas le tsarisme et la féodalité en Russie. "L'initiative fut spontanément prise par un contingent du prolétariat exploité et opprimé plus que tous les autres: les travailleuses du textile" écrira Léon Trotski dans son Histoire de la révolution russe. Travaillant jusqu'à 12 heures par jour, voire 14 dans ce dernier secteur où elles représentent les deux tiers de la main d'oeuvre, ces salariées touchent des paies parfois inférieures de moitié à celles des hommes et endurent un harcèlement sexuel permanent. "Harassées par le travail et de rudes conditions d'existence, à la limite de la famine, relate Kollontaï, les femmes quittèrent les usines et au nom de la cause commune, privèrent leurs enfants de leur dernier bout de pain. En période de troubles et de grèves, poursuit-elle, la femme du prolétariat, piétinée, craintive et privée de droits, grandit soudainement et apprend à se tenir haute et droite".  

La feuille de route du gouvernement bolchevique, c'est Alexandra Kollontaï qui est chargée de l'appliquer. Nommée commissaire du peuple à l'Assistance publique, elle hérite d'un portefeuille équivalent à notre ministère des Affaires Sociales. Vaste chantier dans un pays où la dernière mesure en la matière, prise en 1895 pour réduire le taux de mortalité en couches, s'était contenté d'imposer, sans succès, la présence d'une sage-femme dans les usines de plus de 100 salariées. Seule femme du gouvernement, Alexandra Kollontaï prévoit un allègement de la durée du travail pour les futures mères, une dispense des tâches les plus pénibles et une assurance pour leurs soins médicaux. Elle instaure un congé maternité de 16 semaines et des pauses toutes les 3 heures pour allaiter le nourrisson sur son lieu de travail. Plus largement, elle assigne à un département pour la protection de l'enfance un objectif ambitieux: "Assurer la subsistance à chaque mère (...) créer partout des maisons de maternité, fonder dans toutes les villes et tous les villages des crèches et autres oeuvres analogues pour permettre ainsi à la femme de servir utilement l'Etat et d'être mère à la fois". Alexandra Kollontaï considère que le mariage est une servitude et milite pour l'union et l'amour libre, l'égalité totale entre les hommes et les femmes. 

A la mort de Lénine, elle est éloignée du pouvoir et envoyée en Norvège en 1924 comme ambassadrice de la Fédération communiste. C'est la première femme ambassadeur. Staline va revenir sur une partie des acquis de cette oeuvre révolutionnaire dans le domaine sociétal à partir des années 30: Pénalisation de l'homosexualité, restriction drastique du recours à l'avortement, nouveau code du mariage, médailles attribuées aux mères de familles nombreuses...  

Les femmes sont nombreuses aussi à s'engager en politique du côté communiste russe, à l'instar des grandes figures allemandes Clara Zetkin et Rosa Luxemburg. 

Pour en savoir plus, lire l'article "Travailleuses, réveillez-vous!" de Laure Dubesset-Chatelain dans le Géo Histoire spécial "1917: la révolution russe" (février-mars 2017) 

 

 

La révolution d'octobre et l'émancipation des femmes
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