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19 août 2014 2 19 /08 /août /2014 07:20

 

Le Parti communiste naît en 1921 (il ne prendra ce nom qu'en 1922) à l'issue du Congrès de Tours de la SFIO qui voit une majorité de congressistes adhérer aux conditions de l'Internationale Communiste créée en 1919, dans le sillage de la révolution russe.

Le choix des militants socialistes qui rallient le communisme est dicté par la critique d'une direction jugée trop réformiste, opportuniste, bourgeoise, qui avait justifié la stratégie d'Union Sacrée pendant la guerre. Mais aussi par l'enthousiasme suscité par les promesses de monde nouveau portées par la révolution russe et le renouveau de l'espoir révolutionnaire qu'elle porte. 

La minorité critique vis à vis de la ligne de défense nationale et de guerre à outrance est montée en puissance entre 1916 et 1920. Ébranlés par l'horreur de la guerre et la passivité voir la complicité des dignitaires socialistes vis à vis de généraux et d'hommes politiques sacrifiant les hommes inutilement, beaucoup de militants ressentent le besoin d'un redressement moral, d'une réappropriation de la tradition ouvrière et révolutionnaire du socialisme.

Parmi les 80% d'adhérents de la fédération de la Seine, la plus importante de la SFIO, qui votent l'adhésion à la Troisième Internationale, un certain nombre sont d'origine bretonne, dont Marcel Cachin, le directeur de l'Humanité depuis octobre 1918, leur chef de file. Ces majoritaires qui font le choix de la régénération populaire, révolutionnaire, pacifiste et internationaliste de la SFIO. Ils comptent dans leurs rangs moins d'élus, de députés, de professions libérales que ceux qui se rangent derrière la motion Blum (60% sont des élus parmi les partisans de la motion Blum, 25% parmi ceux de la motion Cachin-Frossard) mais plus d'ouvriers, d'instituteurs, de jeunes, à l'écoute de la déception des masses rurales vis à vis de la politique de guerre, écœurés par ce qu'ils ressentent parfois comme les dérives oligarchiques d'élus plus préoccupés par le pouvoir et ses petits privilèges que par le militantisme pour changer la société.

La rupture avec les pratiques parlementaires sociales-démocrates est à l'ordre du jour. Le climat social agité à la fin de la guerre et de l'immédiate après-guerre, l'aspiration à une politique de Paix de beaucoup de français d'origine populaire font monter, en même temps que les adhésions syndicales, les effectifs de la SFIO et beaucoup de ces nouveaux militants réclament un nouveau souffle pour le Parti et voient d'un bon œil la révolution russe.

Nationalement, selon Yves Santamaria (Histoire du Parti communiste français, La Découverte. 1999), la SFIO avait doublé en 1919 ses effectifs par rapport à 1914: la guerre a joué comme un vecteur de politisation à gauche, en rupture avec la société bourgeoise.

Toutefois en novembre 1919, c'est une Chambre bleu horizon, et une droite revancharde qui sort gagnante des élections législatives. Les socialistes ont moins de députés qu'en 1914, malgré les progrès en voix. Nombre de grandes grèves de 1920 aboutissent à des échecs. L'époque est à la remise en question, et peut-être aussi à la remise en cause de l'indépendance syndicale par rapport au politique, qui doit retrouver les chemins révolutionnaires du syndicalisme tout en lui proposant un débouché global dans la promesse d'une autre société.

Ainsi, écrit Jean-Jacques Monnier dans Histoire d'un siècle Bretagne 1901-2000 L'émancipation d'un monde publié en 2010 chez Skol Vreizh, en Bretagne au lendemain de la guerre, « le Parti Socialiste progresse et quadruple ses effectifs entre 1918 et 1920. Les adhérents les plus anciens comme les élus sont opposés à l'adhésion à la IIIe Internationale (communiste), enjeu du congrès national réuni en décembre 1920 à Tours, mais une nette majorité des militants y semble favorable. Même s'ils sont peu nombreux – les Bretons disposent de cinq fois moins de mandats qu'un département comme le Nord-, les deux tiers de leurs délégués, menés par la Rennaise Louise Bodin, se déclarent favorables à l'adhésion... Malgré ses positions en pointe contre l'occupation de la Ruhr en 1923 ou la guerre du Rif au Maroc, le PC décline en Bretagne suite à la bolchevisation imposée par Moscou à partir de 1923: les effectifs vont chuter de moitié et Louise Bodin quitte le parti en 1926 » (p.136).


 

Louise Bodin, la « bolchevique aux bijoux ».

 Née en 1877, cultivée, issue d'un milieu bourgeois, la parisienne Louise Berthaux s'installe à Rennes, ville qu'elle n'aimait guère, après son mariage avec le professeur de l'école de médecine de Rennes Eugène Bodin.  En révolte contre son milieu social, elle surmonte le remords d'être une privilégiée en prenant le parti de la Révolution et des dominés. Certains rennais la surnommaient la « bolchevique aux bijoux » : c'est également le titre de sa biographie par Colette Cosmier (La bolchevique aux bijoux, Louise Bodin - édition Pierre Horay – 1988). Les militants communistes la surnommeront eux la « Bonne Louise » après 1922. Louise Bodin fait partie des rennaises qui ont fondé le groupe local de l'Union Française pour le vote des femmes. Avant et pendant la guerre, elle professe des idées pacifistes. En 1917, elle est avec Colette Reynaud la fondatrice et la l'animatrice du journal « La voix des femmes » où collaborent des féministes connues comme Nelly Roussel et Hélène Brion. Elle écrit beaucoup d'articles, pour le Populaire, L'Humanité en particulier. En 1920, au congrès de la SFIO, elle est élue pour devenir membre de la commission administrative del'Humanité. Elle adhère en 1920 à la IIIème Internationale et va jouer un rôle majeur pour l'implantation du Parti Communiste en Ile-et-Vilaine. Elle devient secrétaire de la Fédération départementale du PC en 1921, et membre du Comité Directeur du Parti Communiste où elle défend la ligne la plus à gauche, celle de Souvarine. Elle crée le journal la « Voix Communiste » à Rennes, qui fusionnera avec le journal communiste brestois « Germinal » pour former « la Bretagne Communiste » de 1923 à 1926, qu'elle anime quand la maladie lui en laisse la possibilité. En 1926, elle représente le parti à l'Internationale Communiste. Elle rallie l'opposition à la direction du PC soviétique et rompt ses liens avec le PC français dans la foulée. Elle meurt en 1929, trois ans après, à Rennes.

 

Avant le congrès de Tours, la fédération socialiste du Finistère avait déjà donné des signes d'émergence d'une critique radicale de la direction SFIO, de poussée à gauche et d'éclatement possible.

C'est ce que raconte Claude Geslin dansToute l'histoire de la Bretagne Des origines à nos jours (Skol Vreizh, 2012):

«  Pendant l'année 1918 et en 1919, l'évolution des socialistes vers le pacifisme est beaucoup plus radicale. La propagande antimilitariste brestoise reprend de plus belle au lendemain de la guerre pour protester contre le départ de Brest de convois destinés à ravitailler les ennemis des Bolcheviks. Des grèves de dockers éclatent à l'occasion. Dans le même temps, les Fédérations socialistes bretonnes voient leur influence grandir et elles se structurent. Celle du Finistère passe de 400 adhérents en 1918 à 900 en 1919 et 1500 en 1920. Mais se pose le problème de l'adhésion à la 3e Internationale. A Brest, les deux députés du Finistère, Masson et Goude, ainsi que Nardon, le maire de la ville, suivent le centre-reconstructeur de Longuet. Mais une minorité importante se dégage bien vite en faveur de l'adhésion. Elle grandit à tel point qu'elle l'emporte largement au congrès de Brest, le 5 décembre 1920, destiné à préparer le congrès de Tours. La nouvelle majorité refusant d'appliquer la représentation proportionnelle traditionnelle au comité fédéral, malgré la désapprobation des instances nationales du Parti Socialiste, la minorité d'E. Goude qui contrôle Le Cri du Peuple quitte la Fédération le 18 décembre. Un comité fédéral est mis en place. Ainsi, avant Tours, une fédération socialiste bretonne a déjà éclaté préfigurant ce qui va se passer sur le plan, national ».

Les mandats au congrès de Tours des socialistes bretons vont dans le sens de ceux de la majorité des socialistes français: dans l'Ile et Vilaine, 8 pour Cachin, 4 pour Longuet, 3 pour Blum, et dans le Finistère 26 sur 36 pour l'adhésion à la 3e Internationale...

 

Après la scission politique entre SFIO vieille maison et SFIC, c'est autour de la CGT de se fissurer suite à l'exclusion des communistes, réunis dans les Comités Syndicalistes Révolutionnaires. Les anarchistes, nombreux à la CGT, se partagent entre la CGT légitimiste et la CGTU communiste où ils cherchent à contrebalancer l'influence des communistes. Beaucoup seront poussés à la sortie néanmoins comme R. Martin à Brest, qui redeviendra en 44 secrétaire CGT des métaux, puis secrétaire de l'UL CGT de 1948 à 1950, avant de passer à la CGT-FO.

 

Marcel Cachin

Marcel Cachin

L'une des figures les plus marquantes du socialisme, puis du communisme français au 20e siècle, est bretonne et bretonnante. Marcel Cachin naît le 20 septembre 1869 dans le petit bourg de Plourivo, à côté de Paimpol. Son père est gendarme, sa mère fileuse de lin. Excellent élève, il fait ses études au lycée de Saint Brieuc, puis de Rennes, et enfin à l'Université de Lettres de Bordeaux où il sera professeur de philosophie pendant 15 ans. Il s'engage au Parti Ouvrier Français de Jules Guesde et de Paul Lafargue et en 1900, il devient conseiller municipal de Bordeaux. A Amsterdam en 1904, il se prononce pour l'unification des socialistes puis devient délégué à la propagande de la SFIO, écumant les meetings partout en France pour le compte du parti pendant 7 ans. Dès les années 1900, il s'engage contre le colonialisme, et entreprend entre 1908 et 1911 des voyages en Algérie dont il fait des nombreux compte-rendus. En 1912, il remplace Paul Lafargue comme rédacteur del'Humanité. En 1914, il est élu député du 18e arrondissement de Paris. Au déclenchement de la guerre, il est partisan de l'Union Sacrée et du Gouvernement de Défense Nationale. Le Gouvernement lui confie une mission auprès de Mussolini, alors dirigeant syndical socialiste, pour mener une campagne en faveur de l'entrée en guerre des Italiens avec la France et la Grande-Bretagne. Il est aussi en 1917 à Saint-Pétersbourg avec deux autres députés socialistes pour persuader Kerensky et le gouvernement provisoire de continuer la guerre contre l'Allemagne. Le 27 décembre 1918, il devient directeur de L'Humanité. Il le restera jusqu'à sa mort en 1958. Du 13 juin au 12 août 1920, Cachin fait partie avec Frossard des deux « pèlerins » envoyé par la direction de la SFIO à Moscou et Pétrograd pour envisager la possibilité d'une reconstitution de l'Unité de l'Internationale Socialiste après la faillite des mouvements sociaux-démocrates pendant la guerre, la révolution bolchevique, l'écrasement de la révolution spartakiste. Frossard, secrétaire général de la SFIO, avant son voyage en Russie, est hostile à une importation des pratiques bolcheviques autoritaires en France, à la notion de dictature du prolétariat.

Cachin, tout en étant marqué évidemment par la tradition démocratique et parlementaire du socialisme français, croit aux promesses de la Révolution Russe et considère que l'Unité de l'Internationaliste Socialiste ne peut se faire qu'autour du Komintern et de Moscou. Au début de leur voyage, Cachin et Frossard sont mal reçus par Lénine et aux blessures d'amour-propre s'ajoutent, pour les deux dirigeants, les impressions défavorables: misère, terreur policière (« Lénine, note Cachin, parle à tout instant de faire fusiller les gens »). Froissard et Cachin, sous peine d'être exclus de Russie sont plus ou moins sommés d'adhérer individuellement à la IIIe Internationale après avoir dû se repentir de la stratégie d'Union Sacrée. Ils plaident en vain pour que Longuet puisse rejoindre l'internationale communiste , lui qui était du parti de la Paix à partir de 1916, même s'il a eu des démêlées avec d'autres partisans pacifistes du camp zimmerwaldien proches des bolcheviks et refuse de considérer la scission inévitable. Ils sont là bas en concurrence avec les délégués de l'ultra-gauche de la SFIO, le Comité de la IIIe Internationale de Boris Souvarine, qui les soumet à des critiques féroces auprès des bolcheviques. Peu à peu pourtant, la « conversion » s'opère au fil des discussions et dans l'enthousiasme du Congrès de l'Internationale Communiste le 19 juillet 1920. Au retour en France, Cachin et Frossard taisent les éléments à charge sur le nouveau Régime, justifient la dictature du prolétariat, la violence bolchevique, par le danger et les armes de la Réaction. Cachin situe le communisme dans la tradition française: « un communiste est un jacobin lié au prolétariat ».

Au retour de Russie, dans ses Carnets, Marcel Cachin écrit: « L'agonie de la IIe Internationale... c'est la fin tragique d'un temps, d'une époque du socialisme qui fut grande et féconde: les évènements sont venus, qui ont hâté la dissolution de cet organisme qui n'a pu survivre à 1914. (…). Mais c'est un fait certain: c'est que dans les grandes lignes, la méthode, la tactique nouvelles sont fixées; il faut agir dans le sens de Moscou, car d'abord ils ont montré le chemin et ont déjà accompli une moitié de leur tâche, celle qui est la moins aisée, la destruction du régime de l'argent » (cité par Romain Ducoulombier dans Camarades La Naissance du Parti Communiste en France, éd. Perin, 2010 – p. 208).

Du 25 au 30 décembre 1920, Marcel Cachin sera avec Frossard, Clara Zetkin, Boris Souvarine, Vaillant-Couturier, un des artisans de la victoire du camp de l'adhésion à la IIIe Internationale et aux conditions de Moscou, face à la minorité fidèle à la IIe Internationale: Longuet, le gendre de Marx, pourtant minoritaire pacifiste et hostile à l'Union Sacrée pendant la guerre, Blum, Sembat, et la droite de Renaudel.

Cachin devient membre du Comité Directeur de la SFIC, futur parti communiste, et fait partie des 8 membres sur 24 qui sont restés en place après quelques années, alors que seize sont exclus ou démissionnent. En 1922, Froissard lui-même est contraint à la démission puisque Trotski refuse l'appartenance à la franc-maçonnerie dans les rangs de l'IC. Au lendemain de la mort de Lénine en 1924, Cachin reste fidèle à la direction du Parti Communiste Russe et à Staline, contrairement par exemple à Souvarine et à la gauche du PCF, favorables à Trotski, et qui ne tardent pas à se faire exclure.

Sous l'égide de Cachin, l'Humanité se transforme en organe du PCF à partir du 8 février 1923 et le 4 octobre 1924, elle arbore la faucille et le marteau avec une citation de Lénine. Le journal compte 200 000 lecteurs pour un Parti Communiste comptant 900 000 électeurs à l'époque. En 1924, Cachin est condamné à un an de prison pour avoir appelé à ne pas participer à la guerre coloniale du Rif. La même année, il est nommé membre du Comité Exécutif de l'Internationale Communiste.

Dans les années 30 , où l'influence politique communiste s'étend au niveau national, Marcel Cachin est un des partisans de la mise en place d'un Front Populaire de vigilance anti-fasciste avec les socialistes et les radicaux. La lutte contre « l'impérialisme français », qui vaut au Maroc, en Syrie, en Algérie, en Indochine, en Alsace (dont le PCF défend un statut d'autonomie depuis son rattachement à la France en 1918) produit aussi dans une certaine mesure un regard bienveillant vis à vis de l'affirmation des cultures populaires régionales, et des revendications identitaires, bretonnes notamment

Marcel Cachin est également très attaché à la Bretagne, on le verra faire des discours en breton aux fêtes communistes dans le pays bigouden. En mars 1935, il participe aux côtés de l'abbé Perrot, d'Olier Mordrel (le futur militant fasciste breton), à l'enterrement de son ami Yann Sohier, le fondateur d'Ar Falz (la Faucille), un groupe de défense e l'enseignement de la langue bretonne à l'école publique par fondé par des instituteurs laïques progressistes (avant de rejoindre le PNB, Yann Sohier était très proche du communisme). Il faut savoir que dans les années 1920 à 1932, le PCF analyse de manière favorable le développement du mouvement autonomiste, dans la lignée de la politique officielle de promotion des nationalités à l'encontre de l'impérialisme russe tsariste de l'URSS. En 1932, L'Humanité est ainsi un des rares journaux à ne pas condamner l'attentat de la mairie de Rennes contre le monument de l'Union de Bretagne à la France (perpétré probablement par le chimiste et futur fondateur de l'unité SS Bezen Perrot Célestin Lainé). Jean-Jacques Monnier raconte dans Résistance et conscience bretonne 1940-1945 (Yoran Embanner, 2007) qu'en 1932 toujours, «  la visite d'Edouard Herriot, président du Conseil, à l'occasion du quatrième centenaire du « Traité d'Union », donna lieu dans l'Humanité à ce titre sans ambiguïté: « Le pacifiste Herriot fête en la Bretagne le réservoir des troupes fraîches » puis au commentaire suivant: Il n'a point parlé de l'écrasement de toute civilisation celtique par la France, de l'abandon culturel où le pays dominateur a laissé la Bretagne, refusant de reconnaître la langue du pays, détruisant toute culture, étendant l'ignorance. Réservoir d'hommes, parc à boucherie de guerre, c'est tout ce qu'Herriot considère en Bretagne » (8 août 1932).

Cachin souhaite le développement et une meilleure reconnaissance de la culture et de la langue bretonne, cette dernière qu'il considère comme « la langue des paysans et des socialistes bretons ». A un moment où le PCF tend à se rapprocher du patriotisme français jacobin propre au reste de la Gauche avec la stratégie du Front Populaire, Marcel Cachin prend la tête du groupe des Bretons Emancipés, une organisation communisante anti-fasciste implantée dans l'importante diaspora bretonne en région parisienne: on y retrouve l'ethnologue et peintre Creston, de Saint-Nazaire. De mai 37 à juin 39, Marcel Cachin dirige la revue « War Zao » (« Debout »), dont le sous-titre est « contre le fascisme oppresseur des individus et des Peuples, dressons le Front Populaire breton ». « War Sao » publie les paroles de l'Internationale en breton adaptées par le morlaisien, membre pendant la guerre du PNB, Delalande-Kerlann, alors secrétaire général d'Ar Falz. Le journal préconise aussi l'hymne national breton, le Bro goz, proposé par Taldir Jaffrenou en 1905, mais en fait traduit en breton quelques années avant par un pasteur gallois. Dès le numéro 1 de la revue « War Sao », Marcel Cachin précise l'optique du mouvement:

« … nous sommes décidés en même temps à défendre les legs émouvants des générations qui ont fait des Bretons ce qu'ils sont aujourd'hui. La langue bretonne, la

culture bretonne, la tradition bretonne, nous voulons ici les respecter et les faire aimer. Nous voulons être les plus hardis pionniers et constructeurs de la véritable civilisation humaine de demain. Mais nous contribuerons à cette grande oeuvre avec les qualités et les vertus propres du peuple dont nous sommes issus, dont nous sommes fiers (...) ». (cité par Jean-Jacques Monnier, Résistance et conscience bretonne. p.33).

Dans les colonnes de « War Sao », poursuit Jean-Jacques Monnier, on lit les articles de Creston, de Eliès en Breton (alias Abeozen) et la publicité en faveur de la méthode de breton de l'instituteur Yann Sohier, le père de Mona Ozouf, fondateur d'Ar Falz-Skol Vreizh. Elle s'intitule Me a lenno(« Je lirai »). Plusieurs des Bretons Emancipés vont s'engager dans la Guerre d'Espagne au côté des Brigades Internationales comme René Hamon, mort au combat sur le front de l'Ebre, Joseph Loisel, Emilienne Morin (la compagne quimpéroise du dirigeant anarchiste Buenaventurra Durruti, assassiné le 19 novembre 1936), Jean Cremet, futur résistant ... (cf. Jean-Jacques Monnier, opus cité. p. 36).

En 1939, le PCF est interdit en raison du Pacte Germano-Soviétique: Marcel Cachin se réfugie dans son Goëlo natal. Les Allemands viennent l'y arrêter en 1941 et le contraignent à signer un document il condamne publiquement les attentats individuels des premiers francs-tireurs engagés dans la Résistance contre l'Allemagne. Des extraits de cette déclaration seront utilisés à grande échelle par les Allemands sur des affiches en mai-juin 1942, au moment où la résistance armée communiste s'affirme. Les militants communistes des FTP bretons dirigés par Charles Tillon, Louis Bon, mareyeur à Saint-Brieucx, « enlèvent » début août 1942 Marcel Cachin et le placent en lieu sûr, dans la clandestinité en région parisienne. A la Libération, Marcel Cachin est placé en retrait par le parti, tout en étant couvert d'éloges et en continuant à écrire des articles, à avoir une activité parlementaire.

 

(une des sources d'information , le blog:http://www.ablogjeanfloch.com/article-marcel-cachin-un-breton-dans-le-mouvement-ouvrier-51022546.html).

 

En Bretagne, suite au Congrès de Tours, les socialistes sont nombreux à devenir communistes, particulièrement dans le Finistère et en Ile-et- Vilaine. Mais dans les années 20, la SFIO prend rapidement l'ascendant, y compris dans les secteurs ouvriers comme Saint-Nazaire.

La dureté de la discipline et de la bolchevisation à l'intérieur du PCF, sa ligne un peu sectaire classe contre classe, le dynamisme retrouvé de la SFIO, plus proche des attentes d'une région globalement modérée et peu industrialisée, vont être cause que le nombre de communistes sera inférieur à celui des socialistes en Bretagne dans les années 1920-1930, et celui de leurs électeurs très largement inférieur.

Ainsi en 1936, des circonscriptions bretonnes donnent des indications significatives: « à Fougères, le socialiste Helleux obtient 1959 voix et Macé (PC), 404. A Saint-Malo 1ère, le SFIO Gonnon a 4999 voix (30% des inscrits) et le PC Wascat en obtient 159 (0,9%). A Saint Malo 2ème, Jezequel (SFIO) a 2363 voix et Lebideau (PC) 420. A Rennes 1ère, Aubry (SFIO) précède avec 5685 voix le communiste Drouillas (717); dans Rennes 2e, c'est le socialiste Quessot (5146 voix et 22% des inscrits) qui précède Le Roy (PC et 1035 voix). Partout le PC est largement distancé au 1er tour » (Claude Geslin, « Industrie et mouvement ouvrier de 1914 à 1945).

En revanche, les socialistes parviennent à administrer de grandes municipalités bretonnes dans l'entre-deux guerres: Rennes (1925), Lorient (1925), Saint-Nazaire (1925), Nantes (1935), Lanester, … En 1928, la SFIO compte 3 députés bretons ( Goude à Brest, Masson à Châteaulin, Blancho à Saint-Nazaire), puis elle en comptera 4 en 1932 et 8 en 1936 (dont 4 en Loire-Inférieure), grâce en partie à l'abandon de sa stratégie classe contre classe par le PCF et à sa stratégie d'Union de la gauche.

Le PCF gagne des voix en 1936 en Bretagne, mais dans une moindre mesure. En 1936, grâce à la stratégie du Front Populaire, le PCF compte 288 000 adhérents, réalise 15,2% des suffrages exprimées sur le plan national aux élections législatives du 23 avril et 2 mai, et compte 73 députés, mais il n'y en a aucun en Bretagne.

Dans l'ensemble, du fait du poids du conservatisme dans la région et du caractère limité de la population ouvrière, du manque de dynamique locale et nationale, d'une gestion très autoritaire et sélective (ouvriérisation oblige) des militants, de la répression patronale et policière qui s'abat sur les ouvriers qui lèvent la tête, et qui contraint de nombreux syndicalistes, cadres du PCF, à s'exiler à Paris, les effectifs des adhérents communistes en Bretagne sont faibles dans les années 30.

Eugène Kerbraul, dans Chronique d'une section communiste de province (Brest 1935-1943) avance le chiffre extrêmement faible de 130 adhérents de la « région Bretonne Finistère-Morbihan » au début 1934, répartis surtout sur la zone côtière du sud-Finistère.

Au printemps 1935, dans un contexte de combativité ouvrière retrouvée sous le gouvernement réactionnaire de Pierre Laval, et avec la stratégie d'union de la gauche et de Front commun contre le fascisme, les effectifs quadruplent, avec 500 adhérents.

 

L'exemple de Brest

Les années 1935-1936 marquent un tournant dans l'histoire sociale et politique des villes bretonnes. On peut prendre l'exemple de Brest pour le montrer.

En août 1935, de violents combats opposent les ouvriers de l'arsenal aux forces de l'ordre suite à la volonté du gouvernement et du préfet de réprimer un mouvement revendicatif contre un décret réduisant les salaires à l'arsenal. Les arrestations s'enchaînent mais les ouvriers vont être plus forts grâce à la réunification syndicale que le PCF a voulu entre la CGT et la CGTU et qu'à Brest, Marcel Hamon parvient à plaider victorieusement, contre la position des anarchistes. 6000 travailleurs fêtent dans la salle « La Brestoise » en novembre 1935 l'unité retrouvée en cours de la CGT. A Brest, les militants communistes gagnent en influence et expliquent la stratégie de Front Populaire aux ouvriers, se heurtant là encore aux critiques des anarchistes leur reprochant d'abandonner le terrain de la lutte des classes. A l'occasion des législatives , le PCF sort de sa coquille de groupuscule en organisant de nombreuses réunions publiques. Signe du renforcement de l'influence communiste dès l'ouverture de la période du Front Populaire, le journal régional du PCF, « La Bretagne », est diffusé à 4000 exemplaires sur le Finistère, dont un millier rien que pour Brest.

Le 14 juin 1936, une grande manifestation fête la victoire du Front Populaire à Brest, réunissant 10 000 travailleurs. Dockers, employés de commerce, métallos, boulangers, assureurs, camionneurs, gaziers se mettent en grève dans la foulée pour réclamer une amélioration des salaires et des droits sociaux, avec notamment la semaine de 40h. La « Dépêche de Brest » calomnie les grévistes, faisant pleurer Margot devant « les mères de famille angoissées près de leur réchaud éteint » (l'argument de l'usager-victime ne date pas d'hier!). A partir de septembre 1936, les rapports se tendent entre communistes et socialistes. Les communistes s'impliquent dans la solidarité avec l'Espagne républicaine et les Brigades Internationales. Aux cantonales d'octobre 1937, les communistes doublent leurs voix par rapport aux précédentes élections de 1936. Parallèlement, la CGT se renforce considérablement après le succès des grèves de juin 1936. Le PCF lutte contre l'extrême-droite qui se reconstitue après la dissolution des ligues: ses militants et ceux de la CGT (mais pas ceux de la SFIO) accueillent le colonel de la Roque et ses sympathisants des ex-Croix de Feu dissous en janvier 1938 aux cris de « Vive le Front Populaire ». Son parti, le Parti Social Français, colle quelques mois après dans les rues de Brest des affiches antisémites, signe que le climat devient malsain:

« En 1914-1918, morts pour la France:

Bretons, 240 000, juifs: 1812

Mais parmi les hommes au pouvoir, il y a 75% de juifs...

Les Bretons, ils feront les affaires de la France, sans les Français d'occasion »

 

penn sardin

Douarnenez et Concarneau: deux implantations communistes dans l'entre deux-guerres.

 

La municipalité de Douarnenez devient communiste en 1921, avec Sébastien Velly, premier maire communiste de France (il avait été élu conseiller municipal sous l'étiquette de la SFIO en 1919 mais son maire, Le Gouic, resté fidèle à la SFIO, avait été mis en minorité par les autres conseillers), puis à partir de 1924 Daniel Le Flanchec, qui restera maire de Douarnenez, suite à la grande grève des Penn Sardin qu'il soutient en 1924 jusqu'à la victoire sur le patronat des conserveries en janvier 1925. Douarnenez comptait à l'époque presque 5000 marins-pêcheurs et des milliers d'ouvrières travaillant en coiffes et sabots dans 21 conserveries.

 

Un article d'Audrey Loussouarn dans L'Humanité en 2013 raconte bien cet épisode héroïque des luttes sociales en Bretagne sous le titre « Ces sardinières qui ont su tenir tête à leurs patrons ».

 

(http://www.humanite.fr/social-eco/douarnenez-ces-sardinieres-qui-ont-su-tenir-tete-l-546179

« (…) Les «petites filles de douze ans» prennent aussi le chemin de l’usine. Aucune législation du travail.. Si la pêche était bonne, les femmes pouvaient travailler jusqu’à soixante-douze heures d’affilée! Pour se donner du courage, elles chantaient. «Saluez, riches heureux / Ces pauvres en haillons / Saluez, ce sont eux / Qui gagnent vos millions.» Certaines sont licenciées pour avoir fredonné ce chant révolutionnaire dans l’enceinte de leur usine. Conditions de travail déplorables, flambées des prix, salaires de misère, c’en est trop. Le 20 novembre 1924, les sardinières de la fabrique Carnaud vont décider de se mettre en grève. Elles demandent 1 franc de l’heure, alors que le tarif de rigueur est de 80 centimes. Les patrons refusent. Trois jours plus tard, un comité de grève est mis en place. Le lendemain, ce sont les 2000 sardinières qui arrêtent le travail et marchent dans les rues de Douarnenez. Une pancarte est dans toutes les mains: «Pemp real a vo» («Ce sera 1,25 franc»). Aux côtés des femmes, Daniel Le Flanchec. Ce «personnage éloquent, tonitruant», comme le décrit Michel Mazéas, et que les sardinières appellent leur «dieu», leur «roi», accompagne le mouvement. Un meeting se tient début décembre sous les Halles. Il réunit plus de 4000 travailleurs et des élus. Le 5 décembre 1924, l’Humanité titre: «Le sang ouvrier a coulé à Douarnenez». Le journaliste raconte comment une «charge sauvage commandée par le chef de brigade de Douarnenez piétina vieillards et enfants». Ordre venant du ministre de l’Intérieur. L’élu communiste, en voulant s’interposer devant l’attaque des gendarmes, sera suspendu de ses fonctions pour «entrave à la liberté du travail». La tension monte, les patrons ne veulent toujours pas négocier, des casseurs de grève s’immiscent dans le mouvement. Dans le même temps, des représentants syndicaux et politiques de la France entière se joignent aux grévistes. C’est dans la nuit du 31décembre au 1erjanvier que tout va basculer: des coups de feu retentissent. Des cris se font entendre: «Flanchec est mort!» Il est retrouvé blessé dans la rue. La colère explose. L’hôtel des casseurs de grève est saccagé. Un chèque y sera retrouvé, signé de la main d’un des patrons d’usine. Les conservateurs, qui ont tenté d’assassiner l’élu, avoueront plus tard qu’ils voulaient «seulement combattre le communisme». Finalement, le 8 janvier, après près de cinquante jours de bataille acharnée, les patrons céderont. Les sardinières obtiendront 1 franc horaire, avec heures supplémentaires et reconnaissance du droit syndical. Au cours de ce conflit qui a duré 48 jours à partir de la grève de la conserverie Carnaud, des dirigeants syndicaux sont accourus de toute part, et notamment parmi eux le dirigeant rennais de la CGTU, Charles Tillon, futur résistant et ministre communiste à la Libération.

Parmi les diverses répercussions attribuées au mouvement social, on peut retenir l'élection de Joséphine Pencalet (1886-1972) au conseil municipal auprès de Daniel Le Flanchec en 1925. La responsable syndicale fut l'une des dix premières femmes élues en France. Dépourvues de droit de vote, les femmes ne pouvaient pas encore être élues à cette époque, Joséphine Pencalet n'exerça donc jamais ses fonctions.

Daniel Le Flanchec

Daniel Le Flanchec était né le 2 juillet 1881 au bourg de Tredrez (22), fils d'un bedeau né à Pleumeur-Bodou. D'abord anarchiste, proche de la Bande à Bonnot, il sera parmi les fondateurs du Parti Communiste en Bretagne et secrétaire fédéral du PC dans le Finistère. Tatoué, borgne, excessif, tonitruant, tribun exceptionnel, il crie partout ses révoltes et ses espoirs.A Douarnenez, on disait de lui : « Hennezh’zo un den » Celui-là est un homme » ! Adulé par les siens, marins et femmes d’usine, il rompt, en 1936 avec le Parti Communiste, suit un moment Jacques Doriot dans ses dérives populistes et terrasse le Front Populaire lors d’élections mémorables. Quand les Allemands arrivent en juin 1940, il hisse, par bravade, le drapeau français sur la façade de la Mairie et refuse de l’enlever (acte rarissime, qui lui vaut d’être destitué). Après sa destitution par les Allemands alors qu'il était membre du PPF depuis 1936, Le Flanchec est arrêté à Ploulec'h où il s'était retiré et déporté par les Allemands au camp de Buchenwad où il meurt. Lui et Sébastien Velly auront inauguré à Douarnenez une tradition communiste peu commune en Bretagne puisque de 44 à 45, c'est le communiste Joseph Pencalet qui sera maire de Douarnenez, de 1949 à 1951 Joseph Trocme, avant que Michel Mazéas, ancien résistant, ne gère la ville pendant 4 mandats et 24 ans, à partir de 1971.

 

(source: http://roscoff-quotidien.tumblr.com/post / http://fresques.ina.fr/ouest-en-memoire/fiche-media/Region00732/douarnenez-autrefois.html)


Pierre Guéguen

Un autre élu communiste breton notable de l'entre-deux guerres est le maire de Concarneau depuis 1935 Pierre Guéguin, né en 1896 à Quimerc'h, ancien soldat et lieutenant pendant la guerre de 14-18, qui a fait partie des 27 fusillés de Chateaubriant, assassiné à 51 ans le 22 octobre 1941, avec son ami Pierre Bourhis, instituteur à Trégunc et maire-adjoint à Concarneau, membre du PCF de 1930 à 1933, militant de l'Ecole Emancipée, la tendance syndicaliste-révolutionnaire de l'enseignement, puis membre de groupuscules d'extrême-gauche d'extrême-gauche (le POI, puis le Parti Ouvrier et Paysan de Marceau Pivert, pacifiste et trotskiste). Pierre Guéguin avait adhéré à la SFIO en 1919, rejoint le Parti Communiste en 1921, et était devenu maire et conseiller général de Concarneau. En 1936, il avait porté les couleurs de la Gauche Unie et du Front Populaire mais avait été battu. En août 1939, il rejette le pacte germano-soviétique et le dit publiquement le 1er septembre 1939 en Conseil Municipal. Il est immédiatement exclu de toutes les instances du PCF, accusé de déviationnisme trotskiste. Et en octobre 1941, c'est même avec beaucoup de méfiance qu'il sera accueilli au camp de Châteaubriant avec Pierre Bourhis par les autres otages communistes, mis en quarantaine selon un témoignage de détenu communiste dans Le Monde en 1985, Mr Robert D. .



Fernand Jacq

Parmi les Fusillés de Châteaubriant, on compte aussi le conseiller municipal communiste de Huelgoat, le bon docteur Fernand Jacq. Celui-ci est né à Granville en 1908. Il s'intalle comme docteur à Huelgoat en 1934 et apprend le breton pour pouvoir communiquer avec la population. Il est élu conseiller municipal dès mai 1935. C'est que le docteur est dévoué: il soigne les pauvres et « oublie » parfois ses honoraires, il fait de la prévention, donne des conseils d'hygiène et de tempérance, bataille contre les préjugés. En 1939, Fernand Jacq est déchu par le gouvernement de sa fonction de conseiller municipal comme tous les élus communistes. Il est arrêté en juillet 1941 et détenu au camp de concentration de Châteaubriant. Au camp, il devient l'animateur d'une chorale bretonne et donne des cours de langue bretonne. Quand les Allemands viennent le chercher le 15 décembre 1941 pour le fusiller dans une clairière du Bois de la Blissière, ses camarades d'incarcération chantent après la Marseillaise le « Bro Goz Ma Zadou » (Vieux pays de mes pères) pour lui rendre hommage, ainsi qu'aux autres martyrs.

 

Dans le Trégor et le Centre-Finistère, le PCF gagne en influence à la veille de la guerre grâce à sa mobilisation pour la petite paysannerie victime d'une grave crise agricole. Les communistes se battent notamment pour empêcher les ventes-saisies. Des communistes comme François Marzin à Plouaret ou le professeur de philosophie originaire de Plufur Marcel Hamon, auteur lui aussi d'une adaptation de l'Internationale en breton, à Plestin les Grèves, y gagnent une grande popularité auprès de la paysannerie.



Les Communistes bretons pendant la guerre

Suite au pacte germano-soviétique conclu le 24 août 1939, le PCF est combattu par l'État Français après l'entrée en guerre de la France le 3 septembre 1939. Le 26 août, la presse du parti est interdite par le gouvernement Daladier. Le 26 septembre, le gouvernement prononce la dissolution du PCF et de toutes ses organisations. Le 30 novembre, la Chambre des députés décide de la levée de l'immunité parlementaire pour les députés communistes qui après l'interdiction du PCF avaient formé un « groupe ouvrier et paysan ». A Brest, où le PCF compte alors 200 adhérents, Marcel Paul, le futur ministre de la Libération, dirigeant syndical et communiste, est mobilisé comme « ouvrier militaire » et étroitement surveillé. En mars 1940, la persécution contre les communistes a déjà pris une ampleur très importante: députés traduits devant un Tribunal militaire, 620 syndicats dissous, 11000 perquisitions effectuées, 3400 militants arrêtés, 10000 sanctions prises contre les fonctionnaires au niveau national. Le 3 avril 1940, les députés communistes sont mis en prison et un décret prévoit la peine de mort pour toute propagande communiste.

Une partie de la base militante du PCF et de ses élus ont été abasourdis et pris de désarroi devant le pacte germano-soviétique, eux qui luttaient depuis des années contre le fascisme et dénonçaient la passivité du gouvernement français face à ses progrès en Europe, voire sa complicité. D'autres considèrent qu'il s'agit d'un pacte de non agression et non d'une alliance et que nul n'a de leçons à donner aux communistes en termes d'anti-fascisme, le PCF soutenant d'ailleurs toujours l'engagement français contre l'Allemagne.

L'Humanité clandestine s'interroge ainsi: « Est-ce mener une guerre populaire, démocratique, que de persécuter les meilleurs lutteurs contre le fascisme, ceux qui dénoncèrent Hitler les premiers, ceux qui firent échec à ses créatures à Paris les 7 et 9 février 1934? » (26 octobre 1939)

Bon nombre d'adhésions et de gains électoraux avant guerre étaient même dus au fait que le communisme était perçu comme un rempart contre le nazisme et incarnait une ligne patriotique. D'ailleurs, il était à peu près le seul à condamner les accords de Munich conclus sur le dos de la Tchécoslovaquie entre Hitler, Mussolini, Chamberlain et Daladier après le 29 septembre 1938. Après l'invasion de la Finlande par l'URSS, la vague d'opinion anti-communiste bat son plein, comme la repression dont les communistes font l'objet. Ainsi, à l'arsenal de Brest en décembre 1939, les ouvriers reçoivent un questionnaire où ils doivent signaler s'ils font encore partie d'un parti qui n'existe plus officiellement....

Le Parti Communiste se réorganise toutefois dans la clandestinité, par cellules locales et en triangle, même s'il est affecté par quelques départs liés à la ligne officielle de neutralité et de paix immédiate par rapport à un conflit inter-impérialiste et par des arrestations qui précèdent l'installation au pouvoir de la droite vichyste, dans un climat d'anti-communisme frénétique.

Pourtant, dès juin 1940, Charles Tillon lance un appel à combattre les nazis.

Thorez écrit lui en septembre 1940: « C'est contre les Pétain, Laval et Cie, les principaux responsables de la défaite, les agents du capital et les serviteurs zélés des autorités étrangères que la colère du peuple français doit se déchaîner dans toute sa force et sa violence » (article de la revue The Communist International cité dans par Laurent Douzou dans L'histoire des gauches en France, volume 2 – La Découverte, p.396).

Dès le 17 juillet 1940, Maurice Thorez envoyait un appel à la Résistance aux militants communistes: « La France encore toute sanglante, veut vivre libre et indépendante...jamais un grand peuple comme le nôtre ne sera un peuple d'esclaves....La France, au passé si glorieux, ne s'agenouillera pas devant une équipe de valets prêts à toutes les besognes... C'est dans le peuple que résident les grands espoirs de libération nationale et sociale. Et c'est autour de la classe ouvrière, ardente et généreuse... que peut se constituer le front de la liberté, de l'indépendance et de la renaissance de la France ».

Dans le chapitre consacré aux « Bretons dans le second conflit mondial » de Toute l'histoire de la Bretagne(Skol Vreizh, 2012), les historiens Jean-Christophe Cassard et Jean-Yves Veillard soulignent qu'à partir d'octobre 1940 apparaissent en Bretagne les premiers groupes armés communistes OS (Organisation spéciale). « Leur première arme est la rigueur et avant de passer à des coups de main, à des attentats, ils pratiquent le sabotage, du simple (sur le lieu de travail: ateliers de la SNCF, arsenaux) au complexe (usage d'explosifs) ».

Dès le mois d'août 1940, des inscriptions sont faites sur les murs de Brest par des militants cheminots emmenés par Lesven et Le Nedellec: « A bas le traître Pétain, vive Thorez ». A signaler que le sénateur-maire radical anti-Front Populaire de Brest, Le Gorgeu, et le député socialiste JL Rolland ont fait partie des 80 parlementaires qui ont courageusement refusé de donner les pleins pouvoirs à Pétain (contre 569 voix pour la dictature, et 18 abstentions).

En novembre 1940, les cheminots communistes brestois sabotent une locomotive qui devaiet acheminer des pommes de terre et d'autres denrées en Allemagne, qui organise son pillage de la France. En mars 1941, La Dépêche de Brest annonce les arrestations de militants communistes pour faits de propagande et des soldats allemands sont molestés la nuit. Des tracts en langue allemande sont diffusés auprès des soldats pour les appeler à rejoindre le mouvement anti-nazi.

Dans le Nord de la France, les mineurs du Nord-Pas de Calais mènent une grève dure du 27 mai au 10 juin 1941 en s'affrontant aux troupes d'occupation. A partir du printemps 41, sous l'impulsion du Komintern, le PCF avait lancé un appel pour former un Front national de l'indépendance de la France.

Plus près de chez nous,avril-mai 1941, et donc avant l'invasion allemande, de fréquentes distributions de tracts communistes sont signalées dans les régions de Lannion, de Guingamp, de Callac-Bourbriac, de Maël-Carhaix.

A partir de l'agression allemande contre l'URSS le 22 juin 1941, les actions de résistance jusque là contenues, et dirigées surtout contre la politique de collaboration et réactionnaire Vichy, vont être systématisées et centralisées et se traduire par le recours des communistes à la lutte armée. Des sabotages sont organisés dans les usines.

A partir de juillet 1941, des militants communistes reconnus sont systématiquement envoyés en camps de détention pour être retenus comme otages. Pour les Finistériens et les Morbihanais, c'est Châteaubriant.

« Le Colonel Fabien » (Pierre Georges), ancien des Brigades Internationales, comme le colonel Henry Rol-Tanguy, né à Morlaix, communiste et chef FFI à la Libération qui dirigera les combats pour chasser les Allemands de Paris, abat un militaire allemand en plein Paris le 21 août.

Charles TILLON

Charles Tillon, né à Rennes, et élu député d'Aubervilliers en 1936, dirigeant national du PCF clandestin, prendra la tête en avril 1942 des FTPF (Francs-tireurs et partisans français), dirigés d ans l'Ouest par Marcel Hamon: c'est l'organisation militaire clandestine du « Front National », créée par le PCF mais qui regroupe aussi des non communistes (dans le secteur du Trégor, l'instituteur socialiste Jean Devienne, venu du nord, et Désiré Camus, bien connu des habitants de la région de Morlaix en raison de sa forte personnalité et de ses passionnants livres de témoignages, en sont l'exemple) car ceux qui voulaient résister allaient tout simplement dans les maquis et les réseaux de résistance les plus proches, et bien souvent ils étaient communistes.

Christian Bougeard dans l'Histoire de la résistance en Bretagne raconte qu'avant cela « le PC clandestin a décidé à partir de l'été 1941, sous l'influence de Charles Tillon notamment, contre la ligne Duclos-Cassin, de frapper l'occupant en envoyant des petits groupes (3 hommes à Nantes) chargés d'exécuter des officiers allemands, sachant que le cycle attentats-répression ne manquerait pas de secouer « l'attentisme » de la majorité des français tout en montrant les limites et les compromissions de la collaboration d'État de Vichy ».

Le 20 octobre 1941, un militant communiste parisien, Gilbert Brustlein, tue à Nantes le lieutenant colonel Hotz, ce qui déclenche l'exécution de 48 otages apparentés au PCF ou à la CGT et choisis par le ministre de l'intérieur de Pétain, Pierre Pucheu: 27 à Châteaubriant (dont le responsable CGT de la Métallurgie, Jean-Pierre Timbaud, le jeune Guy Môquet, fils d'un député communiste parisien, Michels, député lui aussi), 16 au camp de Bêle à Carquefou, 5 à Paris. Au même moment, à Bordeaux, un commando OS abat un autre officier supérieur allemand.

Ces exécutions d'otages attisent la haine de la population contre l'occupation plus sûrement encore que la désapprobation face aux attentats. En plein procès de Riom, Léon Blum, qui a pourtant l'habitude d'être malmené par les communistes, se refuse à les critiquer. Le dit le 11 mars 1942:

« Je n'oublie pas que, dans la zone occupée, le parti communiste fournit sa large, sa très large part d'otages et de victimes. J'ai lu l'autre jour, dans une liste d'otages donnée par un journal, le nom du petit Timbaud. J'ai très bien connu Timbaud: c'était un secrétaire de l'Union des syndicats métallurgistes de la région parisienne. Je l'ai vu souvent et j'ai été bien souvent en bataille avec lui. Seulement, il a été fusillé et il est mort en chantant « La Marseillaise » ... « La Marseillaise » de Hugo, « ailée et chantant dans les balles... ». C'est comme cela qu'est mort le petit Timbaud et que sont morts beaucoup d'autres. Alors, pour ma part, en ce qui concerne le parti communiste, je n'ajouterai n'ajouterai rien ».

 

A Brest, une grève a lieu le 25 octobre à l'arsenal pour condamner les exécutions d'otages communistes ou apparentés à Châteaubriant et à Nantes. Un dépôt de gerbe y est effectué. Des sabotages sont effectués à l'arsenal. Des communistes brestoises, Jeanne Goasguen-Cariou et Marie Salou, aident des réfugiés républicains espagnols prisonniers du fort de Montbarrey, astreints aux travaux forcés et maltraités par les Allemands, à s'évader en leur donnant de faux papiers d'identité et en organisant leur évasion. Les communistes brestoises essaient aussi d'organiser des manifestations de femmes pour réclamer le retour de leurs maris, prisonniers de guerre, ceci afin de narguer les Allemands. En mai 1942, plusieurs communistes sont arrêtés à Brest, qualifiés de terroristes. Un policier zelé charge De Bortoli, un anti-fasciste communiste italien accusé d'avoir collé des affiches anti-allemandes. Devant le tribunal, avant d'être condamné à mort, il s'écrie « Vive le Parti Communiste ». Le policier collaborateur qui avait dénoncé De Bortoli reçoit quelques jours après un petit cercueil ainsi qu'une lettre lui annonçant sa condamnation à mort par le tribunal de la résistance brestoise s'il ne revient pas sur sa déposition pour sauver De Bortoli (Eugène Kerbaul. Chronique d'une section communiste de province, Brest 1935-1943, p.256). Ce dernier évidemment n'en fait rien: De Bortoli est exécuté au champ de tir d'Issy les Moulineaux le 22 août 1942. Le policier collaborateur, qui avait été impliqué également dans le démantèlement du réseau de résistance non communiste Elie (lequel s'était soldé par plusieurs condamnations à mort), pour lequel le juge d'instruction en charge du dossier s'était déjà fait tué par la Résistance, est exécuté par le chef départemental des FTP, Jean-Louis Primas, le même jour à Brest. Le 25 août, un soldat allemand est grièvement blessé par un groupe FTP et à la fin du mois d'août, la vitrine des locaux de la Légion des Volontaires Français rue de Siam. Le 31 août, Jean Kerautret et Vincent Guivarc'h, deux membres des Jeunesses Communistes, échangent des coups de feu avec des Allemands alors qu'ils pensaient devoir être arrêtés: ils sont abominablement torturés et fusillés le 14 octobre 1942, après qu'on ait retrouvé un arsenal d'armes du groupe FTP au domicile de Kerautret. En septembre 1942, les chefs FTP brestois Jean-Louis Primas et Pierre Corre organisent deux attentats qui font 28 victimes dans un bordel fréquenté par les Allemands, tandis qu'au même moment, un attentat contre l'hôtel abritant l'état major de la Kriegsmarine tue probablement 12 officiers. Quelques jours plus tard, un groupe de FTP abat un major-général allemand dans sa voiture entre Landerneau et Landivisiau.

 

Une fraction de plus en plus importante de la population approuve ces actions dures de la résistance communiste contre les collaborateurs et les Occupants, au moment même où la bataille de Stalingrad qui commence occupe les esprits. Suite à cette vague d'attentats contre les intérêts allemands, 247 arrestations ont lieu dans le Finistère, touchant très durement l'organisation communiste et ses FTP, notamment à Brest. A Brest, 70 détenus patriotes sont torturés à la prison du Château en octobre 1942, certains d'entre eux par des policiers brestois. Au total, à la Libération, selon Eugène Kerbaul, 50 militants communistes ayant agi sur Brest auront perdu la vie: victimes des Allemands et des collaborateurs, déportés, exécutés, victimes des bombardements: sur un total de 200 militants en 1939.

En Bretagne, les communistes sont loin d'être les seuls à résister et ils ne le font pas tous évidemment même si leur habitude du dévouement total, de la clandestinité et de la persécution et leur organisation leur donne incontestablement de l'efficacité et une capacité d'entraînement. Au côté des résistants du mouvement Front National-FTP, il y a d'autres mouvements, nés sur le territoire métropolitain et qui ne prennent contact avec Londres que dans un second temps: OCM (Organisation civile et militaire), Défense de la France (DF), Libération-Nord. Y agissent des patriotes de toute condition sociale: officiers, médecins, prêtres, nobles, professeurs, artisans, mères de famille, jeunes femmes... 

Libération-Nord est très fort et actif dans le Finistère, où il est dirigé par Tanguy Prigent, qui recrute le docteur Le Janne à Morlaix, l'ancien député socialiste Jean-Louis Rolland à Landerneau. Libération-Nord serait devenue en termes d'effectifs la première formation du Finistère selon Christian Bougeard (Histoire de la Résistance en Bretagne) à la veille de la Libératioon avec 7000 adhérents, contre 2500 à 3000 au F.N, 2000 à « Défense de la France » et 800 à « Vengeance ».

Au départ composé surtout d'enseignants et d'employés de la gauche non communiste, Libé-Nord s'est élargi vers des membres des professions libérales, des cadres militaires d'actives, plutôt de droite, des gendarmes et des membres de la Police.

« Le Front National, écrit Christian Bougeard, est particulièrement actif et dynamique dans les Côtes du Nord, où il s'organise à partir de janvier 1943 dans l'ouest du département sur les bases de l'implantation communiste (Saint Brieux, Trégor, Guingamp, Plouaret). Il s'étend progressivement dans les chefs-lieux de cantons du pays bretonnant puis gagne l'est pendant l'autome 1943 et le début 1944. Un des organisateurs du PC et des FTP, Louis Pichouron - Maurice – confie la direction du F.N à un jeune instituteur, ancien secrétaire des Jeunes Socialistes du Nord, Jean Devienne, - Xavier-, installé à Guingamp. Son dynamisme explique à la fois l'élargissement vers des socialistes et à d'autres courants de pensée et son rapide essor... L'audience du FN s'élargit considérablement à partir de septembre 1943: non seulement il diffuse le journal national « France d'abord » (créé par Charles Tillon) mais Jean Devienne, devenu « François », créé son propre journal départemental. Il s'agit de « La France combattante des Côtes du Nord » qui deviendra en octobre « Le Patriote des Côtes-du-Nord » imprimé clandestinement à Morlaix par la famille Boclé: il aura 10 numéros jusqu'à la Libération, passant de 1500 à 30 000 exemplaires en juin 1944. Jean Devienne est le contributeur principal de ce journal.

La plupart des initiateurs du Front National et des FTP, souvent communistes depuis quelques temps, sont arrêtés, fusillés ou déportés en 1942 et 1943. Ils seront remplacés par une nouvelle génération qui découvre le communisme dans le cadre de la lutte de libération nationale.

Dans les livres du spécialiste de la collaboration en Bretagne, Kristian Hamon, on trouve de nombreux exemples des coups d'éclats de la résistance à partir de la fin 42, et de la férocité de la répression qui s'abat sur les Patriotes, alors appelés « bandits » ou « terroristes » par la bonne presse aux ordres. 

« Le débarquement des Alliés en Afrique du Nord, le 8 novembre 1942, marque un tournant dans l'histoire de la Deuxième Guerre Mondiale. La conséquence en sera l'occupation immédiate de la « Zone Libre » par les Allemands le 11 novembre, date symbolique s'il en est. Mais c'est surtout la capitulation de la 6e armée devant Stalingrad, le 2 février 1943, qui redonne de l'espoir aux patriotes. Les Allemands ne sont plus invincibles. Avec l'instauration du STO le 16 février suivant, l'hostilité de la population à l'égard de l'occupant ne fait que s'accroître. Bénéficiant désormais d'un afflux de jeunes réfractaires, la Résistance se montre de plus en plus active. C'est ainsi que les groupes FTPF, dirigés par Louis Pétri (« Loulou » Pétri, alias « commandant Tanguy », né en 1919, chef interdépartemental FTPF, authentique héros de la résistance), multiplient les opérations de sabotage dans le secteur de Fougères: le 27 septembre 1942, un attentat détruit la permanence du Rassemblement National Populaire (RNP) de Fougères. Le 10 juillet 1943, une attaque à la grenade contre la Feldgendarmerie de Fougères blesse douze soldats et tue un officier. Deux résistants, Jules Fontaine et son fils Roger, seront arrêtés peu après et fusillés à la prison de Fresnes. Le 10 novembre 1943, c'est le domicile d'un industriel de la ville qui est visé » (Agents du Reich en Bretagne, Kristian Hamon. Skol Vreizh, 2011- p. 74).

La Résistance commence à mener une véritable guerre civile de basse intensité contre les Collaborateurs à partir de 1942, et parmi eux, les séparatistes bretons radicaux du PNB, ces Breizh Atao que protègent, paient et emploient volontiers les Allemands, comme indicateurs, délateurs et propagandistes, avant d'utiliser les plus féroces, inconscients ou déterminés d'entre eux comme exécuteurs des basses œuvres dans la lutte militaire et policière contre la Résistance.

Une vingtaine de membres du PNB ont été victimes d'attentats de la part de la Résistance bretonne, communiste ou gaulliste. Yann Bricler, le cousin d'Olier Mordrel, un des chefs historiques de Breizh Atao qui a organisé la collaboration à outrance avec les Nazis du mouvement indépendantiste, est abattu à Quimper le 4 septembre 1943 par un militant communiste de Scaer. L'homme invitait les officiers de la Kommandantur à des parties de pêche en mer, il entretenait des relations commerciales avec les aut

orités d'occupation et les renseignaient sur les activités des communistes et des résistants, sur la base des informations que des militants bretons lui apportaient. On a retrouvé dans son coffre- fort le jour du meurtre une liste de plusieurs patriotes du Finistère dénoncées aux Allemands pour activités gaullistes ou communistes. Sur cette liste, il y avait entre autre la receveuse de poste de Scrignac, ardente patriote ayant de l'influence sur la population, avec laquelle Jean-Marie Perrot, l'abbé de Scrignac, militant breton et fondateur du « Bleun Brug », qui accueillait dans son presbytère aussi bien des officiers allemands que des collaborateurs du PNB, avait eu des démêlées. Le 12 décembre 1943, après l'exécution d'un autre collaborateur du PNB à Plounévez Le Fou, Yves Kerhoas, c'est l'abbé Perrot qui est assassiné dans un chemin creux à 4km de Scrignac à la sortie de la messe. La population avait été prévenue par des placards de l'exécution du militant breton, à qui on reprochait, non seulement de soutenir des collaborateurs notoires et de prêcher l'anti-communisme, mais de mettre en danger les résistants du coin par ses relations équivoques avec l'occupant. (cf. Le Bezen Perrot, de Kristian Hamon chez Yoran embanner , 2004 – p. 41 à 53). Bricler et Perrot sont à chaque fois enterrés en présence de tout l'état-major du mouvement nationaliste breton, protégé par l'armée allemande. Célestin Lainé décide alors de nommer la Milice nationaliste bretonne qu'il voulait créer pour traquer la Résistance aux côtés des Allemands le Bezen Perrot (Brigade Perrot), en contradiction avec l'esprit de l'enseignement de l'abbé Perrot, nullement fasciste en dépit de certaines ambiguïtés.

Le Bezen Perrot va passer à l'action contre les réseaux et maquis de la résistance à partir de début 44, principalement dans le Centre-Bretagne et le Nord du Morbihan, même s'il participera aussi à de nombreuses séances de torture à Rennes et à l'extermination des jeunes FTP du maquis de Broualan au nord de l'Ile-et-Vilaine. Souvent, les membres du Bezen se font passer pour des résistants et parlent breton avec la population locale pour obtenir ou vérifier des informations sur les maquis, avant l'assaut avec les troupes allemandes, composées en ces temps de nombreux Russes Blancs de la division Vlassov, de sinistre mémoire: georgiens, ukréniens, …

A la suite d'une tentative d'attaque de la gendarmerie du Callac, où un chef de brigade fait du zèle contre les réfractaires du STO, 40 patriotes sont arrêtés, torturés après un tri sur la place du village: 4 seront fusillés, 15 mourront en déportation, 4 en reviendront. Des soldats bretons engagés sous l'uniforme nazi participaient à la rafle. La présence de nationalistes bretons lors des rafles répressives allemandes commence à se savoir et le FTP Roger le Hyaric, une des figures de la résistance dans le Morbihan, ordonne l'exécution de 3 militants nationalistes et collaborateurs en représailles dans le secteur de Bubry, Inquiniel, Inzinzac-Lochrist, surnommé « le petit Moscou » par les occupants allemands et leurs séides. A partir du printemps 44, dans les Côtes-du-Nord, et plus particulièrement dans le triangle à forte concentration de maquis FTP Loudéac-Carhaix-Guingamp, les rafles se succèdent aux rafles jusqu'à la Libération. Des fermes sont brûlées, parfois avec des résistants  à l'intérieur, des écoles servent de lieu d'interrogatoires et de supplices, comme à St Nicolas du Pélem, Saint Jean Brévelay, Pontivy, Uzel, Bourbriac. Scrignac et Callac, au centre de zones de résistances très actives, sont visitées plusieurs fois par les Allemands et leurs auxilaires bretons. A Scrignac, après l'assassinat de deux officiers allemands et de leur interprète par la résistance, l'école et la mairie sont brûlées le 30 juillet 44.

L'implantation des maquis était plus forte en Côtes-du-Nord, en Finistère et dan s le Morbihan que dans les autres départements bretons, Loire Inférieure et Ile-et-Vilaine. Dans ce dernier département, le maquis de Broualan qui a doublé d'effectif à partir du 6 juin, est démasqué et ses 60 jeunes combattants sont massacrés dans des circonstances affreuses par des miliciens au service des renseignements militaires allemands et le Bezen Perrot.

A partir de juin 44, les coups de main des maquis FTPF et FFI pour ralentir les troupes allemandes dans leur regroupement pour rejoindre le Front. Bientôt, les FTP se fondent dans les FFI et libèrent les poches de Lorient et de St Nazaire au mois de mai 1945, après d'âpres combats. 30 000 Bretons ont intégré les maquis en tout, la plupart seulement à partir de 44. 

maquisards bretons dans le Morbihan


 Au sortir de la guerre, en 1946, le PCF regroupe 18% de l'électorat breton (contre 20% aux socialistes en Bretagne et 28% aux communistes sur le plan national), soit une progression considérable par rapport à 1939, dû à son statut de Parti de Résistance, parti des suppliciés, des déportés, des fusillés (75 000 selon la direction du Parti, chiffre exagéré). Le PCF est devenu en Bretagne un Parti national et populaire avec la résistance et l'apport de l'URSS à l'écrasement des Nazis bien plus encore qu'avec la période du Front Populaire. Il s'implante en milieu rural, dans le centre-Bretagne (dans l'est des Monts d'Arrée, le sud du Trégor et le nord de la Cornouaille, terres de résistance où les FTP se sont illustrés tout particulièrement, le PCF réalise plus de 28% aux législatives de 1946), l'est du Morbihan, les Côtes du Nord notamment et profite aussi de la vague de syndicalisations d'après-guerre et de la croissance des revendications sociales dans un contexte de restrictions et de reconstruction où la classe ouvrière est aux premières loges de la reconstruction du pays et porte, avec le gouvernement et la société issus de la Résistance, le projet de la création d'une Société plus solidaire et moins inégalitaire. 

 

Ismaël Dupont. 

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