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16 octobre 2016 7 16 /10 /octobre /2016 09:36
Sa sensibilité à la violence des rapports de forces s’exprimera dans ses textes et ses engagements. photo rue des archives/RDA

Sa sensibilité à la violence des rapports de forces s’exprimera dans ses textes et ses engagements. photo rue des archives/RDA

Cent ans après sa disparition, le romancier américain entre à la « Bibliothèque de la Pléiade ». Une consécration pour l’écrivain prolétaire, le journaliste et l’aventurier devenu l’un des auteurs les plus populaires de l’histoire de la littérature. 

«Jack London avait le génie qui voit ce qui est caché à la foule des hommes et possédait une science qui lui permettait d’anticiper sur les temps », écrit Anatole France. « Fils d’un ouvrier », « socialiste révolutionnaire », « disciple américain de Karl Marx », « il fut ouvrier et travailla de ses mains, celui qui fit cinquante volumes prodigieux de vie et d’intelligence », poursuit l’auteur du Lys rouge. Né en 1876, à deux pas des docks de San Francisco et du détroit du Golden Gate, ouvert sur l’océan Pacifique, John Griffith Chaney, dit Jack London, s’éteindra quarante ans plus tard, au terme d’une vie qu’il voulut à l’image de celle d’« un oiseau de passage, les ailes éclaboussées d’eau salée ».

L’année de sa naissance, un peu plus de dix ans après la fin de la guerre de Sécession, est celle de la bataille de Little Big Horn. Il entre dans l’adolescence alors que s’éteignent, au-delà des montagnes Rocheuses, les derniers feux de la résistance indienne. C’est l’époque où les États-Unis s’engagent dans un processus d’accumulation forcenée avec la constitution des grands trusts industriels et bancaires. Sa population passe de 50 à 100 millions d’habitants en une quarantaine d’années. C’est aussi celle de la poussée des grandes métropoles verticales, gratte-ciel, tramways et métros, de l’électrification, de la première diffusion de l’automobile, du téléphone, du cinéma et de la presse de masse.

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profession, écrivain

C’est sous la direction de Philippe Jaworski que l’auteur du Vagabond des étoiles, de Croc-Blanc et du Loup des mers entre à la « Bibliothèque de la Pléiade », chez Gallimard. Les deux volumes d’une sélection de ses œuvres romanesques, de ses nouvelles et de ses récits présentent des traductions renouvelées s’attachant à rendre au mieux la spontanéité et le quasi-automatisme de l’écriture de Jack London. On notera également la publication, cette semaine, de Martin Eden, de Jack London, traduit par Philippe Jaworski dans la collection « Folio-Gallimard », ainsi que des Vies de Jack London, de Michel Viotte et Noël Mauberret, aux éditions Arte/La Martinière. Publié en début de cette année, aux éditions Les Belles Lettres, Jack London, profession écrivain,un recueil de textes critiques rassemblés par Francis Lacassin, éclairera le métier et la pensée de l’auteur américain.

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16 octobre 2016 7 16 /10 /octobre /2016 07:29
Courant d'ère d'Hervé Hamon: vous avez dit Bob? (Le Télégramme, dimanche 16 octobre 2016)

Courant d'ère. Vous avez dit Bob ?
http://www.letelegramme.fr/france/vous-avez-dit-bob-16-10-2016-11256629.php
 

Ils avaient bonne mine, nos intellocrates parisiens, nos petits abbés comploteurs, nos graves éditeurs, nos piailleurs de cocktail, nos critiques prompts à s'émerveiller au signal. Sans compter, of course, les auteurs de manuels scolaires qui nomment ceux qui méritent de rester et enterrent les autres pour l'éternité. Quoi ? Bob ? Vous avez dit Bob ? Ce gamin de 75 ans à la voix nasillarde, qui n'en finit pas de donner des concerts mais en rate un sur deux ? Ce timide pathologique qui s'obstine à dérouler ses couplets et à glisser entre eux un couinement d'harmonica ? Bob, vous imaginez Bob entre Elias Canetti et Albert Camus, entre Garcia Marquez et Harold Pinter ? Non, mais c'est un gag, c'est un bug. Vous rangeriez Bob dans la Bibliothèque de la Pléiade, tout contre Jean d'Ormesson ? Ils sont fous, ces Suédois. Il faut dire qu'effectivement, le jury du prix Nobel est fréquemment à l'ouest, comme on dit chez nous. Attribuer le Nobel de la paix à Henry Kissinger, bourreau du Chili, cela défiait carrément le bon sens.

Pour une fois, rien qu'une fois, ils ont été géniaux, les Nobel, géniaux de décerner le prix de littérature à Mr Dylan. Peut-être qu'ils avaient fumé quelques joints exotiques, peut-être qu'ils avaient absorbé des alcools un brin relevés. Mais là, ils ont fait preuve de courage et de sensibilité. Dylan ne se réduit nullement au militant contre la guerre du Vietnam - même s'il avait mille fois raison de l'être - qui chantait « Blowing in the wind » sur toutes les scènes de tous les meetings. Très tôt, d'ailleurs, il a grincé qu'il en avait marre de son statut d'icône, du costard qu'on lui taillait trop vite. Et, comme tous les créateurs, les inventeurs sincères, il a cherché, tâtonné, risqué, il s'est fourvoyé, il a trouvé et il n'a pas trouvé. Avec cette sorte de fraîcheur intacte, avec ses musiciens complices et ses mots qu'il faut entendre et lire, lire très attentivement, qui lui échappent et parfois nous échappent. Ce qui s'appelle une oeuvre. Et puis ce sont des mots dans le vent, des mots jetés au gré d'un « No ending tour ». Ce prix salue le refus des textes gravés dans le marbre, la poésie vivante qui se dit en plein air. Les tristes Académiciens qui n'ont point voulu, parmi eux, de Charles Trenet, ne pourront jamais comprendre.

 

Lire aussi: 

Bob Dylan réagit à son Nobel de littérature… par le silence
http://www.lemonde.fr/prix-nobel/article/2016/10/15/bob-dylan-reagit-a-son-nobel-de-litterature-par-son-silence_5014180_1772031.html

Courant d'ère d'Hervé Hamon: vous avez dit Bob? (Le Télégramme, dimanche 16 octobre 2016)
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6 octobre 2016 4 06 /10 /octobre /2016 20:26
Soviets irlandais : expériences autogestionnaires dans l’Irlande révolutionnaire (1918-1923) (1/2) par Olivier Coquelin

Lu sur le site internet

http://www.autogestion.asso.fr/?p=6320

... et signalé par des camarades d'Ensemble, cet excellent article historique de notre camarade du Front de Gauche Pays Bigouden Olivier Coquelin, universitaire.

À propos de Olivier Coquelin

Maître de conférences en histoire moderne et contemporaine et en études anglophones, enseignant à l'Université de Caen et chercheur associé au Centre d'éudes Irlandaises de l’Université de Rennes 2.

Des travailleurs expulsant les dirigeants de leurs usines, s’emparant de la gestion de domaines agraires, organisant des collectivités locales en faisant fi des autorités légales, hissant le drapeau rouge et s’érigeant en « soviets », sont des faits que l’on peine à associer à l’histoire de l’Irlande. Le concept même de « soviet » paraît tellement étranger aux problématiques consubstantielles au pays que l’historien Charles Townshend va jusqu’à les qualifier de « manifestations exotiques 1 ». Et pourtant, c’est bel et bien au sein de cette Irlande conservatrice, rurale et peu industrialisée, en proie aux conflits politiques et ethnico-confessionnels séculaires, qu’une centaine d’expériences autogestionnaires virent le jour, pratiquement toutes sous l’appellation de « soviet », entre 1918 et 1923 ‒ c’est-à-dire au cours d’une Révolution irlandaise de 1916-23, censée avoir soudé les différentes couches sociales de la communauté nationaliste en vue de bouter l’ennemi britannique hors du pays.

Première partie sur 2.

L’histoire iconoclaste des soviets irlandais, cet article se propose donc de la relater, au travers notamment des questions suivantes : comment un pays d’essence conservatrice a-t-il pu voir éclore, en l’espace de cinq ans, une centaine d’expériences socialement subversives dans leur mode de fonctionnement autogéré, voire dans leurs desseins ? Dans quels secteurs en particulier se sont-elles développées? Quelles étaient les véritables motivations de leurs protagonistes? Pourquoi ont-elles échoué et n’ont-elles pas ouvert la voie, au sein des deux entités de l’île, à des forces politiques ou socio-économiques idéologiquement progressistes, susceptibles de contraindre quelque peu l’exercice de pouvoirs, établis sur une dialectique autre que socio-économique 2 ? Mais avant d’y répondre, il conviendra d’abord de replacer les soviets irlandais dans leur contexte historique, tant national qu’international.

Troubles politiques et sociaux en Irlande et en Europe dans les années d’après-guerre

L’organisation en soviets d’un certain nombre de travailleurs irlandais eut lieu au cours de la période historique connue comme la Révolution irlandaise de 1916-1923, laquelle fut l’aboutissement d’une longue histoire de domination coloniale (de l’Angleterre puis de la Grande-Bretagne sur l’Irlande), de dépossession terrienne (au profit des colons anglais et écossais de confession protestante), de conflits ethnico-confessionnels (entre protestants de culture anglo-saxonne et catholiques d’origine celtique ou anglo-normande) et de rébellions politiques (pour l’autonomie ou l’indépendance de l’Irlande, conduites d’abord par les nationalistes « coloniaux » majoritairement protestants puis par les nationalistes « autochtones » majoritairement catholiques), qui débuta dès le 12e siècle.

En règle générale, les historiens s’accordent pour faire remonter le point de départ de la Révolution irlandaise à l’insurrection avortée de Pâques 1916, laquelle avait été essentiellement l’œuvre de certains dirigeants de l’Irish Republican Brotherhood(Fraternité républicaine irlandaise) ou IRB, 3 à la tête de la frange la plus radicale des Irish Volunteers (Volontaires irlandais) 4, alliés au bataillon ouvrier du socialiste et syndicaliste James Connolly, l’Irish Citizen Army (Armée des citoyens irlandais) 5. Une insurrection qui, à défaut d’avoir détruit l’édifice impérial, devait néanmoins ouvrir la voie à la Guerre d’indépendance de 1919-1921, orchestrée à nouveau par les Irish Volunteers – baptisésIrish Republican Army (Armée républicaine irlandaise) ou IRA, à partir de 1919 – et sa vitrine politique, le Sinn Féin (Nous seuls), grand vainqueur en Irlande des élections législatives de décembre 1918 et porteur d’une stratégie de « désobéissance civile 6 » fondée sur la mise en place d’institutions « autochtones » – telle l’assemblée nationale d’Irlande (la Dail Eireann) – destinées à rendre caduque toute ingérence britannique dans les affaires irlandaises. Avec pour dénouement, la signature en décembre 1921 du traité anglo-irlandais à l’origine d’une guerre civile au sein des forces indépendantistes, de 1922 à 1923, qui aboutit à la victoire des partisans d’un accord de paix impliquant notamment la partition de l’île en deux entités distinctes, à savoir : d’un côté l’État libre d’Irlande, formé des 26 comtés du Sud à dominante nationaliste et catholique, et membre d’un Commonwealth qu’il allait quitter en 1949 pour devenir la République d’Irlande ; et d’un autre, l’Irlande du Nord, constituée des six comtés de l’Ulster à majorité protestante et unioniste, maintenus dans le Royaume-Uni.

Cependant, bien que les nationalistes révolutionnaires ne s’étaient assignés pour but exclusif que l’indépendance politique de l’Irlande – autour de laquelle ils comptaient fédérer les différentes catégories sociales, conformément à leur traditionnelle conception interclassiste de la libération nationale –, un nombre considérable de troubles sociaux, qu’ils fussent industriels ou agraires, balaya le pays progressivement à partir de 1917. La forte croissance de la demande mondiale en denrées alimentaires et en matières premières, engendrée par l’effort de guerre, avait apporté une certaine prospérité intérieure dont ne bénéficièrent guère les travailleurs industriels et agricoles, contrairement à nombre de dirigeants industriels, de commerçants et de gros exploitants agricoles. Le boom économique de l’après-guerre constitua donc l’occasion pour les différentes couches salariales d’en revendiquer radicalement leur juste part. Et ils le firent via une vague de grèves sans précédent qui coïncida avec une recrudescence du militantisme syndical 7.

A l’époque, le mouvement ouvrier irlandais était incarné par l’Irish Trade Union Congress(Congrès des syndicats irlandais) – créé en 1894 afin de fédérer à l’échelle nationale des syndicats irlandais jusque-là affiliés au British Trade Union Congress (Congrès des syndicats britanniques) –, dont le nombre d’adhérents monta jusqu’à près de 300 000 en 1921 8. Cette hausse spectaculaire de ses effectifs, la confédération irlandaise la devait principalement à la campagne d’adhésions menée par son syndicat le plus puissant et le plus radical, l’Irish Transport and General Workers’ Union (Syndicat des transporteurs et des travailleurs irlandais). Fondé en 1908 par James Larkin, au lendemain de la grève générale de Belfast en 1907 – et fer de lance en Irlande du principe du « One Big Union » visant à organiser tous les travailleurs au sein d’une grande centrale, en vue de contrôler l’ensemble des moyens de productions –, le Syndicat des transporteurs compta dans ses rangs autour de 130 000 membres en 1920, dont 40 000 dans le secteur agricole 9. Ce qui signifie qu’en sus du secteur industriel, le syndicat des transporteurs s’était aussi activement impliqué dans des luttes agraires en regain constant depuis 1917, organisant ainsi quelques dizaines de milliers d’ouvriers agricoles et un millier de petits exploitants propriétaires et non propriétaires, en moins de quatre ans. Toutefois, pendant la période révolutionnaire, les modes d’action et les desseins de la paysannerie différèrent selon les réalités socio-géographiques du pays. Pour résumer : à l’est, les grèves organisées dans les grands domaines par des ouvriers agricoles syndiqués, avec l’appui de certains petits fermiers, reposaient sur des revendications essentiellement salariales ; à l’ouest, les méthodes comme le boycott, le cattle driving 10 et l’occupation de propriétés agricoles auxquelles eurent recours des petits exploitants – non bénéficiaires des lois agraires de 1903 et 1909 11 –, avec l’appui de certains ouvriers agricoles, visaient la redistribution équitable des grands pâturages.

En fait, tous ces conflits sociaux se produisirent dans un contexte de troubles généralisés à l’échelle européenne. Grèves générales, manifestations monstres, occupations d’usines et de domaines agricoles, etc. émaillèrent le continent en cette période tourmentée et de transition. Le souvenir des massacres de masse et de l’enfer des tranchées que laissaient quatre années de guerre mondiale avait fait naître l’espoir de meilleures conditions de vie (augmentation des salaires, journée de huit heures, réforme agraire …), voire d’une société nouvelle à jamais purifiée des scories de l’ancien monde. Dans le sillage de la Révolution russe, certains mouvements prirent ainsi une orientation des plus subversives, notamment via l’établissement de républiques des conseils, ou soviétiques, en Bavière (avril-mai 1919), en Hongrie (avril-août 1919) et dans le sud-est de la Slovaquie (juin-juillet 1919) ; de communes agricoles d’inspiration communiste libertaire dans certaines régions de l’Ukraine (1918-1921) ; ou encore de conseils d’usine dans le nord de l’Italie au cours des « Biennio Rosso » (« Les deux années rouges ») de 1919-1920 12… Pareil phénomène n’épargna pas l’Irlande, où une centaine d’organisations de type « soviétique » virent le jour à partir de novembre 1918. Loin d’avoir subverti politiquement tout un pays ou des régions entières, c’est donc avec leurs pendants italiens qu’elles présentèrent le plus de similitudes. En premier lieu parce qu’aucun des deux mouvements ne dépassa le stade de l’expérimentation en l’absence de structures fédératives, que l’indécision et l’attentisme des directions syndicales et socialistes des deux pays empêchèrent pour partie d’établir. Deux aspects les différenciaient néanmoins : d’une part, les occupations autogérées italiennes n’adoptèrent jamais le nom de « soviets » ; et d’autre part, les desseins révolutionnaires des travailleurs transalpins ne souffraient d’aucune ambiguïté, au rebours de ceux de leurs homologues irlandais qui usèrent de ce mode de lutte des plus radicaux.

Un mode d’action subversif : le soviet autogéré

Parallèlement aux formes traditionnelles de lutte évoquées plus haut, se propagea en Irlande un modèle organisationnel alternatif, nommé « soviet », auquel recoururent un certain nombre de travailleurs lorsque cessations du travail, négociations ou autres procédés propres au monde agricole s’avérèrent insuffisants pour obtenir pleine satisfaction des revendications. Inspiré du nom russe désignant les divers conseils qui avaient surgi dans le cadre de la Révolution de 1917, ce mode d’action s’appuyait sur la poursuite ou la relance de la gestion et / ou de la production de telle ou telle structure, sous la conduite exclusive de travailleurs en lutte contre une hiérarchie officielle préalablement mise au rebut. Il relevait ainsi de l’autogestion 13 telle que la définissent notamment Henri Lefebvre : « Quand un groupe, au sens large, c’est-à-dire les travailleurs d’une entreprise, mais aussi les gens d’un quartier ou d’une ville, quand ces gens n’acceptent plus passivement les conditions d’existence, quand ils ne restent plus passifs devant ces conditions qu’on leur impose ; lorsqu’ils tentent de les dominer, de les maîtriser, il y a tentative d’autogestion. Et il y a une marche dans et vers l’autogestion 14», ou encore Cornélius Castoriadis : « Est-ce que l’autogestion, est-ce que le fonctionnement et l’existence d’un système social autogéré est compatible avec le maintien de la hiérarchie ? Autant se demander si la suppression du système pénitencier actuel est compatible avec le maintien de gardiens de prisons, de gardiens-chefs et de directeurs de prisons. Mais comme on sait, ce qui va sans dire va encore mieux étant dit. D’autant plus que, depuis des millénaires, on fait pénétrer dans l’esprit des gens depuis leur plus tendre enfance qu’il est “naturel” que les uns commandent et les autres obéissent, que les uns aient trop de superflu et les autres pas assez de nécessaire 15. » Ces pratiques autogestionnaires au sein des soviets irlandais en faisaient donc d’authentiques expériences subversives, comparables aux comités d’usine russes à travers lesquels des ouvriers avaient pris en main la gestion de la production sur leur lieu de travail – ce qui les distinguait des soviets stricto sensu, plus soucieux de questions politiques 16.

Or, contrairement aux comités d’usine russes, justement, les soviets irlandais apparurent aussi dans des domaines autres qu’industriels et à des fins autres qu’économiques et sociales. Ainsi en fut-il du secteur agricole et de divers services (hospitalier, transports et portuaire), auxquels s’ajoutèrent certaines collectivités urbaines où les travailleurs organisés en soviets poursuivirent des visées non plus socio-économiques mais socio-politiques. Ceux qui s’inscrivirent dans cette dernière démarche servirent, en quelque sorte, d’auxiliaires au mouvement indépendantiste, représenté par l’IRA et le Sinn Féin. 17Cela advint par deux fois lors de la Guerre d’indépendance. Ainsi, pendant deux jours, en avril 1920, lorsque maintes villes du pays (Cork, Galway, Tralee, Mitchelstown, Ennis, Nenagh, Charleville…) passèrent sous le contrôle exclusif de travailleurs syndiqués, protestant contre les conditions de détention de prisonniers nationalistes, en grève de la faim dans la prison de Mountjoy à Dublin. Résultat : 87 détenus politiques, membres duSinn Féin, furent libérés et hospitalisés, suite à cette mobilisation massive qui vit les syndicats former des comités ou conseils ad hoc chargés de gérer les affaires communales, en lieu et place des autorités officielles 18. Un an auparavant, la ville de Limerick avait connu un destin plus ou moins similaire, resté depuis dans l’histoire, de par la couverture médiatique internationale dont il avait fait l’objet à l’époque.

Tout débuta le 6 avril 1919. Incarcéré à Limerick depuis plus deux mois, Robert Byrne, syndicaliste membre de l’IRA, réussit à échapper à la vigilance de ses geôliers, non sans l’aide de nationalistes révolutionnaires locaux. L’évasion prit toutefois une mauvaise tournure : Byrne et un policier furent blessés à mort. En conséquence de quoi, les autorités britanniques déclarèrent la ville « zone militaire spéciale ». Chaque citoyen devait désormais détenir un permis pour pouvoir y accéder et en sortir. Face à ce qui fut considéré comme une atteinte à la liberté de circulation, plusieurs voix s’élevèrent et en particulier celle du conseil des syndicats de Limerick qui, le 14 avril, déclencha une grève générale en signe de protestation. Celle-ci, malgré ses visées politiques, n’en était pas moins imprégnée d’une forte saveur sociale, entièrement organisée qu’elle fut par des représentants de la classe ouvrière, avec néanmoins l’appui de la plupart des commerçants et des artisans, des conseillers municipaux majoritaires du Sinn Féin et du clergé catholique local. Le conseil des syndicats nomma ainsi un comité de grève, rapidement désigné comme le « soviet », en charge de la gestion communale, par le biais de sous-comités responsables de la propagande, de l’alimentation, de la sûreté et des finances (pour pallier la pénurie de ressources financières, le soviet en vint même à émettre sa propre monnaie). Tous ces efforts finirent par porter leurs fruits : la hiérarchie militaire leva la loi martiale le 6 mai, soit près d’une semaine après la dissolution du « soviet de Limerick 19 ».

Toutefois, ce furent davantage des questions socio-économiques qui motivèrent l’instauration de soviets, que ce fût lors de conflits industriels, agraires ou dans les services où naquit l’un des premiers soviets, une semaine à peine après le déclenchement de la Guerre d’indépendance, le 21 janvier 1919. Deux jours plus tard, donc, le personnel soignant et encadrant de l’asile d’aliénés de Monaghan débrayait pour obtenir une hausse des salaires et de meilleurs conditions de travail. A la tête du mouvement figurait Peadar O’Donnell, responsable local du Syndicat des transporteurs et futur officier de l’IRA. Le 28 janvier, les rumeurs d’une intervention policière ou militaire pour faire évacuer l’établissement occupé incitèrent la centaine de grévistes à s’en emparer et le faire fonctionner indépendamment de la direction. Les employés barricadèrent ainsi les entrées, hissèrent le drapeau rouge, formèrent un comité « soviétique » et élurent O’Donnell directeur de l’asile. Malgré son caractère radical et subversif, le mouvement reçut le soutien non seulement des internés et de la population locale, mais aussi des clergés, toutes confessions confondues, du Sinn Féin et des unionistes, et même des policiers massivement déployés autour du bâtiment. Au bout de sept jours, la crainte que cet élan de grande sympathie ne se transformât en grève générale amena les dirigeants officiels à céder à toutes les revendications, mettant par là-même un terme à l’expérience « soviétique » de l’asile de Monaghan 20.

D’autres services firent également l’objet d’une expérience « soviétique » autogestionnaire : les transports ferroviaires du comté de Cork, du 10 au 16 février 1922, quand plusieurs centaines de cheminots – en grève depuis le 26 janvier pour protester contre la baisse de leurs salaires – prirent possession de quatre gares et relancèrent eux-mêmes l’exploitation des lignes de chemin de fer jusqu’à la signature d’un compromis 21; les services portuaires de Cork et de Cohb (non loin de Cork) qui, le 6 septembre 1921, de 10h30 à 16h30, passèrent sous le contrôle exclusif d’une centaine d’employés et ouvriers grévistes, avant la conclusion d’un accord garantissant le règlement du conflit salarial par voie d’arbitrage 22. Si ces derniers soviets apparaissent comme les plus éphémères d’entre tous (seulement six heures !), c’est dans le secteur agricole que des organisations autogérées devaient battre des records de longévité (près de dix mois) – à commencer par le soviet de Broadford.

Outre sa durée, donc, ce soviet agraire présentait la particularité d’avoir vu le jour dans une localité rurale de l’ouest du pays – le village de Broadford et ses environs (comté de Clare) – peu réputée pour sa tradition d’action syndicale. Ainsi, en février 1922, un groupe d’agriculteurs non propriétaires et affiliés au Syndicat des transporteurs prit à son compte la gestion du domaine agricole de James Dennison Going, aux dépens des employés qui en avaient eu jusque-là la charge. À cette fin, ils créèrent le « Comité des agriculteurs, des fermiers, des ouvriers et des travailleurs du Syndicat des transporteurs de la propriété Going » (« Committee of Farmers, Tenants, Workers and Transport Union Workers on the Going Estates »), élisant l’un d’entre eux à sa tête. Le nouveau « soviet » se fixait pourtant des objectifs a priori bien modestes : la réduction des loyers et la redistribution des prairies au profit des petits fermiers. Or, face au refus obstiné de l’agent du propriétaire, seule une prise de contrôle effective du domaine pouvait leur permettre d’obtenir satisfaction, via la mise en œuvre de leurs revendications par leurs propres soins. En clair, il s’agissait pour eux non pas d’exproprier le propriétaire à proprement parler, mais entre autres, d’honorer leurs loyers à leurs propres conditions, c’est-à-dire bien en-dessous du montant officiellement requis. Ce qu’ils firent jusqu’en novembre 1922, date à laquelle ils restituèrent le domaine non sans faire l’objet de poursuites judiciaires, qui se prolongèrent au moins jusqu’en avril 1926. Par ailleurs, ils convertirent une partie des terres en pâturages communs, louèrent des parcelles à des paysans « sans terre » de Broadford, nommèrent des responsables chargés de la surveillance des troupeaux et de l’entretien des clôtures et expulsèrent les employés refusant de se plier aux exigences du soviet 23.

A cette expérience en milieu rural s’ajoutèrent d’autres plus ou moins similaires, tels les soviets de Toovahera, de Kilfenora, de Ballyvaughan et celui intégrant plusieurs localités des environs de Crab Island (tous également situés dans le comté de Clare), probablement d’avril 1922 à février 1923 ; ou encore, bien avant cela, la ferme collective de plusieurs milliers d’hectares implantée dans le comté de Galway, au printemps 1920, après expropriation des propriétaires. Là aussi, chaque cas fut l’œuvre de laissés-pour-compte des lois agraires de 1903 et 1909, aspirant notamment à une plus juste répartition des terres et une baisse drastique des loyers, qu’ils imposèrent en s’appropriant la direction des domaines, en lieu et place des propriétaires terriens et de leurs agents 24. Cependant, comme le soulignait déjà en 2005 l’historien Fergus Campbell, 25 l’agitation agraire qui ravagea l’ouest du pays à l’époque révolutionnaire n’a pas encore donné lieu à un examen approfondi susceptible de faire davantage ressortir son caractère socialement subversif – examen approfondi dont ont, en revanche, bénéficié les conflits industriels 26.

Le principe d’autogestion connut ainsi, dans le secteur industriel, un nombre de mises en œuvre tel qu’il serait trop long de toutes les présenter ici, même succinctement. Certaines méritent néanmoins quelque attention. A commencer par le soviet que les mineurs d’Arigna (comté de Leitrim) instituèrent en mai 1921, en vue de relancer la production de l’un des puits fermés par la direction de l’entreprise minière, suite à leur refus d’accepter des réductions de salaire. Les mineurs finirent par restituer le site une fois le conflit résolu, deux mois plus tard. 27 Puis, en septembre de la même année, ce fut le tour d’environ 40 ingénieurs de la fonderie de Drogheda (comté de Louth), également en lutte contre la baisse des salaires – que les salariés durent accepter début novembre, après trois mois de grève –, de s’ériger en soviet sur leur lieu de travail, avant d’en être délogé par la police au bout d’une journée seulement 28. Un sort assez proche attendit les travailleurs de la pêcherie de Castleconnell (comté de Limerick) en novembre : organisés en soviet afin d’obtenir la rémunération de leurs heures supplémentaires, ils eurent finalement gain de cause après avoir été contraints de négocier, sous la menace des armes de l’IRA 29. Les ouvriers des minoteries de Quaterstown (comté de Cork) eurent moins de chance : en grève depuis le 13 janvier 1922 – là aussi pour la défense des salaires –, ils décidèrent d’investir les usines et firent repartir la machine productive jusqu’à leur départ forcé, une semaine plus tard, sur injonction de l’IRA, provoquant par là-même l’échec du mouvement30. Autre soviet encore qui vit l’intervention des forces de l’ordre (en l’occurrence l’armée nationale de l’État libre d’Irlande) : celui de l’usine à gaz de la ville de Tipperary, établi sur fond de conflit salarial, de mars à août 1922 31. Mais le vent de la révolte autogestionnaire souffla surtout sur une industrie laitière et boulangère du sud-ouest du pays, contrôlée par l’entreprise Cleeve.

Cleeve est le nom d’une riche famille protestante qui, à l’époque de la Révolution irlandaise, se trouvait à la tête d’un réseau de plus de cent laiteries, minoteries et usines dédiées à la fabrication de lait condensé et de pain, situées dans les comtés de Limerick, Tipperary et Cork de la province de Munster. Cet empire industriel et commercial employait près de 3 000 personnes et se faisait fournir par environ 5 000 céréaliers et producteurs laitiers. A partir de 1918, l’entreprise Cleeve, comme bien d’autres à travers le pays, fut le théâtre de conflits sociaux portant sur les salaires et les conditions de travail – impliquant principalement le Syndicat des transporteurs –, dont un certain nombre devait tourner à l’expérience « soviétique » autogestionnaire : d’abord, du 15 au 21 mai 1920, dans la laiterie de Knocklong (comté de Limerick) et ses douze branches installées dans des localités voisines, toutes restituées après satisfaction des revendications ; puis, du 15 août au 3 septembre 1921, dans la minoterie et l’usine de fabrication de pain de Bruree (comté de Limerick), rendue à ses propriétaires non sans l’intercession de l’IRA ; et enfin, de mai à juillet-août 1922, dans 39 laiteries et usines de fabrication de lait condensé et de pain des comtés de Limerick, Tipperary et Cork, graduellement mises en échec par le jeu combiné du boycott des céréaliers et des producteurs laitiers, et de l’ingérence de l’armée nationale de l’État libre d’Irlande. Par ailleurs, outre l’emploi du terme « soviet » pour les désigner, les expériences autogestionnaires de Cleeve se caractérisèrent par d’autres symboles subversifs, tel le drapeau rouge hissé sur le toit des établissements ou encore sous la forme de slogans ouvertement anticapitalistes, comme le fameux « Nous faisons du pain pas de profit » (« We make bread not profits ») inscrit sur la façade de l’usine de Bruree 32.

Reste à savoir, à présent, si les protagonistes des soviets irlandais, toutes catégories confondues, entendaient dépasser le stade de la symbolique subversive et de la simple amélioration des conditions existantes.

A bientôt pour la seconde partie.

Notes:

  1. Charles Townshend, « Historiography: Telling the Irish Revolution », dans Joost Augusteijn (dir.), The Irish Revolution, 1913-1923, Basingstoke, Palgrave, 2002, p. 6. Précisons ici que toutes les citations issues d’ouvrages ou d’articles en langue anglaise sont traduites en français par l’auteur du présent chapitre.
  2. Depuis la partition de 1922, les deux entités constitutives de l’île d’Irlande se sont distinguées des autres démocraties d’Europe occidentale, via l’absence en leur sein de clivages idéologico-politiques reposant essentiellement sur des questions socio-économiques avec, pour schématiser, un camp progressiste (situé à « gauche » de l’échiquier politique) et un camp conservateur (situé à « droite »de l’échiquier politique). Ainsi en est-il de l’Irlande du Nord où chacune des deux principales forces antagoniques fonde sa raison d’être sur la défense d’un ordre défini en termes à la fois politique et ethnico-confessionnel. En clair, à chaque communauté ethnico-confessionnelle correspond une étiquette politique particulière : nationaliste pour des catholiques minoritaires, favorables au rattachement du territoire au reste de l’île ; unioniste pour des protestants majoritaires, favorables au maintien du territoire à l’intérieur du Royaume-Uni. Toutefois, cet antagonisme s’est quelque peu estompé depuis le milieu des années 1990 après avoir pourtant atteint son acmé pendant environ trente ans, sous la forme d’un conflit qui aura marqué les esprits par son cortège de violences a priori inextinguibles. Quant à l’État sud-irlandais ‒ connu comme la République d’Irlande depuis 1949 ‒, jusqu’au boom économique des années 1990-2000, il était apparu sous les traits d’un pays idéologiquement conservateur que symbolisaient certes une Église catholique quasi-omnipotente ‒ dont l’affaiblissement, qui accompagna la prospérité évoquée ci-dessus, se traduisit par de profonds changements d’ordre sociétal ‒, mais aussi un système politique bipartisan constitué de deux organisations, le Fianna Fail et le Fine Gael, qui ne pouvaient guère passer pour progressistes. Né au lendemain de la Guerre d’indépendance de 1919-21, ce système se forgea sur fond d’antagonismes à caractère essentiellement constitutionnel (entre partisans et adversaires du traité anglo-irlandais de 1921 qui prévoyait la partition de l’île et la création d’un État semi-indépendant dans sa partie méridionale) et macro-économique (entre partisans du libre-échange et ceux du protectionnisme). Bien que la nature de ces oppositions évolua au fil du temps, la loyauté électorale dont bénéficièrent depuis les deux principaux partis du pays ne devait un tant soit peu se démentir qu’aux élections législatives de 2011. Lesquelles virent la gauche incarnée par un parti travailliste des plus modérés obtenir un score historique en se plaçant en deuxième position avec 19,4 % des voix.
  3. L’Irish Republican Brotherhood est une société secrète, de type maçonnique, fondée en 1858 par des vétérans de la rébellion avortée de 1848. Elle se fixait pour objectif d’établir en Irlande une république indépendante, par voie insurrectionnelle, via la stratégie dite de la « force physique ». Elle échoua une première fois en 1867. Malgré le déclin qui s’ensuivit – au profit du mouvement pour le Home Rule (visant l’autonomie de l’Irlande au sein de l’ensemble britannique), plus modéré et légaliste –, l’organisation devait renaître de ses cendres au début des années 1910.
  4. Les Irish Volunteers est une milice nationaliste créée en 1913, en réplique à la fondation par les unionistes d’une Ulster Volunteer Force (Armée des volontaires d’Ulster), destinée à faire obstacle à l’application du Home Rule (autonomie pour l’Irlande adoptée au parlement de Londres en 1912), les armes à la main si nécessaire.
  5. Créée lors de la grève générale de Dublin en 1913, afin d’assurer la protection des travailleurs contre les violences policières, l’Irish Citizen Army allait par la suite se transformer progressivement en une force offensive et subversive, sous l’impulsion de James Connolly.
  6. On doit l’expression de « désobéissance civile » au philosophe radical américain, Henry David Thoreau (1817-1862). Celle-ci incarne, en règle générale, tout acte de résistance non-violente à des autorités, des lois ou des politiques considérées comme injustes ou pernicieuses pour le bien-être de l’humanité. Elle peut être aussi un moyen de pression en faveur de réformes destinées à faire respecter, notamment, la démocratie, la justice sociale ou les droits de l’homme. Outre Thoreau, Léon Tolstoï (1828-1910), Gandhi (1869-1948) et Martin Luther King (1929-1968) devaient compter parmi les plus grands adeptes de la désobéissance civile.
  7. A titre indicatif : de 1918 à 1921, on comptabilisa 782 grèves – couronnées de succès pour la plupart – rien que dans le secteur industriel. Chiffres donnés par Public Record Office London, strikes and lockouts, 1914-21, Lab 34/14-20, Lab 34/32-39. Cité dans Emmet O’Connor, Syndicalism in Ireland, 1917-23, Cork, Cork University Press, 1988, p.25.
  8. A titre indicatif : ce chiffre correspond à environ 49 % de l’ensemble des ouvriers du pays, eux-mêmes représentant environ un tiers de la population active, pour une population de 4 390 219 habitants, selon le recensement de 1911. Chiffres donnés par Conor Kostick, Revolution in Ireland: Popular Militancy, 1917-23, Londres, Pluto Press, 1996, p.139 ; W. E. Vaughan, A. J. Fitzpatrick (eds), Irish Historical Statistics,Dublin, Royal Irish Academy, 1978, p.3 ; Census of Ireland, 1911, General report, Occupations of the people, 1912-13, Cd.6663, CXVIII, 1, p.xxviii-xxx.
  9. Chiffres donnés par le journal syndical The Watchword of Labour, 26 juin 1920, p.1 ; Desmond Greaves, The Irish Transport and General Workers’ Union: The Formative Years, 1909-1923, Dublin, Gill and Macmillan, 1982, p.259, p.276.
  10. Le cattle driving consistait à faire subrepticement sortir de son enclos le bétail des éleveurs pour ensuite le placer sur la terre d’un fermier du voisinage ou – la plupart du temps – le disperser sur les routes.
  11. La politique d’implantation coloniale menée en Irlande au 17e siècle atteignit un degré de réussite tel qu’en 1703, les catholiques, malgré leur écrasante supériorité numérique, ne possédaient plus que 14 % des terres, contre 90 % cent ans plus tôt ! Ce n’est que suite à la « guerre agraire » de la fin des années 1870 que la paysannerie catholique allait graduellement reprendre possession des terres, principalement en dehors de l’Ulster, via toute une série de réformes agraires, culminant avec les lois Wyndham (1903) et Birrell (1909) qui leur permettaient d’acheter leurs exploitations notamment par voie de prêts remboursables à l’État.
  12. Sur tous ces mouvements, voir notamment Donny Gluckstein, The Western Soviets: Workers’ Councils Versus Parliament, 1915-20, Londres, Bookmarks, 1985 ; Alexandre Skirda, Anarchy’s Cossack: the Struggle for Free Soviets in the Ukraine, 1917-21,Londres, AKPress, 2004 ; Eric Aunoble, Le Communisme, tout de suite ! Le mouvement des Communes en Ukraine soviétique (1919-1920), Paris, Les Nuits rouges, 2008 ; Andrew Janos, William Slottman (dir.), Revolution in Perspective: Essays on the Hungarian Soviet Republic of 1919, Los Angeles, University of California Press, 1971.
  13. Il importe ici de préciser que le terme d’« autogestion » est relativement récent, ses premiers usages ne datant que des années 1950. Ce qui signifie que des expériences autogestionnaires – du moins reconnues comme telles rétrospectivement – eurent lieu avant même la création du concept d’autogestion.
  14. Entretien donné en 1979 à la revue Nouvelle critique. Cité dans Ouvrage collectif, De l’autogestion : théories et pratiques, Paris, Editions CNT-RP, 2013, p.40.
  15. Cornélius Castoriadis, « Autogestion et hiérarchie », Paris, Le Grain de sable, 2012, p.2. Extrait de Le Contenu du socialisme, paru en 1979 aux éditions 10/18. Edition en ligne : http://www.autogestion.asso.fr/?p=1995 (consulté le 14 août 2016).
  16. Sur les soviets et comités d’usine russes, voir Marc Ferro, Des Soviets au communisme bureaucratique, Paris, Gallimard, 1980 ; Oskar Anweiler, The Soviets: The Russian Workers, Peasants, and Soldiers Councils, 1905-1921, New York, Panthéon Books, 1974 (version française : Les Soviets en Russie, 1905-1921, Paris, Gallimard, 1972).
  17. Précisons ici que si les syndicats irlandais ne s’impliquèrent pas officiellement dans la lutte pour l’indépendance, ils ne vécurent pas pour autant entièrement en marge de la Révolution. Ils apportèrent ainsi sporadiquement leur appui à la cause nationale par des actions destinées notamment à entraver l’effort de guerre britannique – à l’instar de celles que menèrent les dockers et les cheminots irlandais, avec l’aval de leurs directions syndicales, de mai à décembre 1920 : les uns refusèrent de décharger les navires transportant du matériel de guerre, les autres d’acheminer les troupes britanniques vers les zones de combat.
  18. Voir les différents compte-rendus de la presse nationale de l’époque, The Freeman’s Journal, 14 avril 1920, p.4 ; The Irish Independent, 14 avril 1920, p.6 ; The Irish Times,14 et 15 avril 1920, p.6 ; The Irish Examiner, 14 et 15 Avril 1920 p.5.
  19. Sur le Soviet de Limerick, voir Liam Cahill, Forgotten Revolution: Limerick Soviet, 1919, A Threat to British Power in Ireland, Dublin, O’Brien Press, 1990. Édition en ligne, 2003: www.limericksoviet.com/Book.html (consulté le 6 février 2013) ; D. R. O’Connor Lysaght, The Story of The Limerick Soviet, April 1919, Limerick Soviet Commemoration Committee, 3rd edition, 2003 (orig. 1979),http://homepage.eircom.net/~paddytheassessor/lim//lysaght.htm (consulté le 6 février 2013).
  20. Voir The Freeman’s Journal, 30 janvier 1919, p. 4, 1er février, p.6, 3 février, p.4, 21 février 1919, p.4 ; The Irish Examiner, 30 janvier 1919, p.4-5, 31 janvier 1919, p.5, 1er février 1919, p.9, 3 février 1919, p.6, 4 février 1919, p.5 ; The Irish Independent, 30 janvier1919, p.2-3, 31 janvier 1919, p.2, 1er février 1919, p.5, 3 février 1919, p.3 ; The Irish Times, 8 février 1919, p.1, 15 février 1919, p.6 ; The Anglo-Celt, 1er février 1919, p.6-7, 8 février 1919, p.3.
  21. Voir notamment The Cork Examiner, 27 janvier 1922, p.5, 28 janvier 1922, p.7, 30 janvier 1922, p.4-5, 1er février 1922, p.4-5, 3 février 1922, p.5, 6 février 1922, p.4-6, 7 février 1922, p.5, 9 février 1922, p.4-6, 11 février 1922, p.5-6, 13 février 1922, p.6, 15 février 1922, p.4-5, 16 février 1922, p.4-7, 17 février 1922, p.4, 18 février 1922, p.8 ; et l’organe du Parti communiste irlandais The Workers’ Republic, 11 et 18 février 1922, p.3.
  22. Voir notamment The Cork Examiner, 3 septembre 1921, p.8, 7 septembre 1921, p.5, p.8, 8 septembre 1921, p.8, 15 octobre 1921, p.7, 20 octobre 1921, p.3.
  23. Sur le Soviet de Broadford, voir Michael McCarthy, « The Broadford Soviet », The Old Limerick Journal, n° 4, 1980, p. 37-40. Version en ligne :www.limerickcity.ie/media/Media,3937,en.pdf (consulté le 8 février 2013).
  24. Sur ces expériences en milieu rural, voir The Freeman’s Journal, 9 mai 1923, p.5, 17 mai 1923, p.6, 25 mai 1923, p.6 ; Kevin O’Shiel, « The Dail land courts », The Irish Times, 14 novembre 1966, p.10.
  25. Fergus Campbell, Land and Revolution, 1890-1921, Oxford, Oxford University Press, 2005, p.226-285.
  26. Voir notamment Emmet O’Connor, Syndicalism in Ireland, 1917-23, op. cit. ; Conor Kostick, Revolution in Ireland: Popular Militancy, 1917-23, op. cit.
  27. Voir The Freeman’s Journal, 28 mai 1921, p.5 ; The Irish Independent, 30 mai 1912, p.6.
  28. Voir The Freeman’s Journal, 15 septembre 1921, p.3, 16 septembre 1921, p.6, 17 septembre 1921, p.5, 3 novembre 1921, p.5 ; The Irish Times, 16 septembre 1921, p.5, 3 novembre 1921, p.6.
  29. Voir l’organe officiel du syndicats des transporteurs The Voice of Labour, 10 décembre 1921, p.4.
  30. Voir The Freeman’s Journal, 16 janvier 1922, p.5, 27 janvier 1922, p.5, 2 février 1922, p.7, 8 février 1922, p.5, 9 février 1922, p.4, 10 février 1922, p.6 ; The Irish Examiner, 27 janvier 1922, p.6, 28 janvier 1922, p.3, 9 février 1922, p.6, 10 février 1922, p.2, 11 février 1922, p.6.
  31. Voir The Voice of Labour, 10 mars 1922, p.2 ; The Freeman’s Journal, 6 mars 1922, p.5, 13 mars 1922, p.5, 22 mars 1922, p.6, 5 août 1922, p.4 ; The Irish Independent, 29 juillet 1922, p.5.
  32. Sur les soviets de l’entreprise Cleeve, voir David Lee, « The Munster Soviets and the fall of the House of Cleeve », dans David Lee, Debbie Jacobs (dir.), Made in Limerick,vol.1, History of Industries, trade and commerce, Limerick Civic Trust, 2003, p.287-306. Version en ligne : www.limerickcity.ie/media/limerick%20soviet%2015.pdf(consulté le 8 février 2013) ; D.R. O’Connor Lysaght, « The Munster Soviet creameries », Irish History Workshop, vol.1, 1981, p.36-49.
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2 octobre 2016 7 02 /10 /octobre /2016 15:53
Marie-Claude Vaillant Couturier en 1945

Marie-Claude Vaillant Couturier en 1945

Elle a planté ses yeux dans ceux des nazis

DANY STIVE

JEUDI, 7 MAI, 2015

L'HUMANITÉ

"Une vie de résistante, Marie-Claude Vaillant-Couturier", de Gérard Streiff.

Marie-Claude Vaillant-Couturier, rescapée d’Auschwitz, témoin à Nuremberg, militante communiste.

Quand elle entre dans la salle du procès des dirigeants nazis à Nuremberg le 28 janvier 1946, Marie-Claude Vaillant-Couturier aimante tous les regards. Cette belle et grande femme blonde aux yeux bleus, plutôt que s’avancer vers la barre où le président du tribunal vient de l’appeler, se dirige droit vers les bancs des accusés. Plantant ses yeux dans ceux des dignitaires nazis, cette femme sortie de l’enfer concentrationnaire sept mois auparavant défie les responsables de la solution finale. Avec elle, est entré dans cette salle le « terrible cortège de tous les rayés et tous les tondus des camps de concentration, avec le dernier corps trébuchant des affreuses files de Nuit et Brouillard, enfin tombé sous les crosses ; avec les huit mille Françaises qui ne sont pas revenues des bagnes, avec la dernière femme morte à Ravensbrück pour avoir donné asile à l’un des nôtres » (1). À la barre, elle apostrophe les responsables nazis : « Regardez-moi car, à travers mes yeux, ce sont des centaines de milliers d’yeux qui vous regardent, par ma voix, ce sont des centaines de milliers de voix qui vous accusent. »

Par cette scène initiale, Gérard Streiff ouvre une biographie rapide et bien enlevée de cette communiste hors du commun à l’usage des jeunes lecteurs. Autant dire que, en suivant les pas de Marie-Claude Vaillant-Couturier, on arpente le monde du XXe siècle. Photographe, journaliste, militante infatigable, pacifiste et féministe, élue communiste, elle a voyagé de par le monde et traversé les classes sociales. Issue de la bourgeoisie éclairée, elle rejoint les rangs des révoltés refusant les inégalités. Difficile avec un tel personnage, dans un texte si court, de ne pas verser dans l’hagiographie. L’auteur y parvient en refusant de l’enfermer dans la légende, mais en décrivant une femme « unique, engagée, habitée par la passion politique, d’une incroyable vitalité, élégante et discrète, humble mais tenace, simple et altière à la fois. Une sorte d’aristocrate rouge qui semble sortie d’un roman de Jean Vautrin ». Marie-Claude Vaillant-Couturier n’entrera pas au Panthéon en ce mois de mai, François Hollande ayant choisi d’autres personnalités pour féminiser un peu ce temple républicain si masculin. À lire ce portrait, on comprend qu’il a fait une erreur. Raison de plus pour encourager sa lecture par les plus jeunes.

(1) Discours d’André Malraux pour l’entrée au Panthéon des cendres de Jean Moulin.

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2 octobre 2016 7 02 /10 /octobre /2016 06:35
Il y a 120 ans ... naissait Jacques Duclos (par Robert Clément)

Naissance de Jacques Duclos le 2 octobre 1896, il y a 120 ans
Né le 2 octobre 1896 à Louey (Hautes-Pyrénées) et mort le 25 avril 1975 à Montreuil, Jacques DUCLOS était l'un des principaux dirigeants du Parti communiste français. Il est resté plus de trente-cinq ans dans l'équipe dirigeante du parti aux côtés de Maurice Thorez et Benoît Frachon. De l'adhésion au PCF à la Seconde Guerre mondiale
Ouvrier pâtissier, il participe à la Première Guerre mondiale, où il est blessé. À son retour à la vie civile, Jacques Duclos entre à l'ARAC (Association républicaine des anciens combattants) et au Comité de la IIIe Internationale, puis, le 31 décembre 1920, au parti communiste (PCF), juste après l'adhésion de la majorité de ses membres à l'Internationale communiste.
Membre du Comité central du PCF en 1926, il est élu, la même année, député contre Paul Reynaud ; réélu en 1928 contre Léon Blum, il sera battu par Marcel Déat en 1932.
Arrêté en 1927 pour propagande antimilitariste, il vit dans la clandestinité de 1928 à 1931. Il travaille à Moscou pour la IIIe Internationale (dont il deviendra membre du Comité exécutif en 1935) et accomplit diverses missions pour cet organisme en Allemagne, en Belgique et en Espagne.
Membre du Bureau politique du PCF (1931-1975), dont il est longtemps secrétaire (1931-1964), il est chargé des services de propagande à partir de 1933, et joue un rôle important dans la formation du Front populaire.
Réélu député en 1936, vice-président de la Chambre, il entre dans la clandestinité en octobre 1939 quand le PCF est interdit.
Après un séjour à Bruxelles, il revient à Paris, où il dirige jusqu'en 1944, avec Benoît Frachon, le PCF clandestin. Principal rédacteur de l'Appel du 10 juillet 1940, qu'il signe conjointement avec Maurice Thorez, il dirige l'Humanité clandestine.

Après la Libération, c'est lui qui est à la tête du PCF jusqu'au retour de Maurice Thorez en novembre 1944. Député de la Seine (Montreuil) de 1945 à 1958, président du groupe communiste à l'Assemblée nationale de 1946 à 1958, vice-président de l'Assemblée nationale de 1946 à 1948, secrétaire général du PCF de fait de 1951 à 1953 lors de la maladie de M. Thorez, Jacques Duclos est, en mai 1952, à la suite d'une manifestation contre la guerre de Corée, arrêté et inculpé de complot. Il est libéré après un mois de détention.

Battu aux élections législatives de 1958, il devient sénateur en 1959 et le demeurera jusqu'à sa mort. Lors de l'élection présidentielle de juin 1969, il est le candidat du PCF et obtient 21,27 % des voix.
Ses principales publications sont : Écrits de prison (1952), la Commune de Paris à l'assaut du ciel (1961), la Première Internationale (1964), Octobre 17 vu de France (1967), Mémoires (7 volumes 1968-1973), Que sont devenus les communistes ? (1971), Bakounine et Marx (1974), Ce que je crois (1975).

Il était un excellent orateur, doté d’une culture exceptionnelle qu’il s’était forgé en autodidacte, en lisant énormément. Sa petite silhouette (il mesurait 1m49), sa voix rocailleuse et son accent deviennent familiers aux électeurs.

Suite à la démission du Général de Gaulle en 1969, Jacques Duclos est candidat à la Présidence de la République. Il est soutenu, entre autres, par Louis Aragon et Jean Ferrat.

Jacques Duclos est presque un inconnu aux yeux des Français. Mais grâce à son talent d’orateur, il grimpe vite dans les sondages au point d’arriver à la troisième place du premier Tour des élections présidentielles, avec un excellent score (21,27 %). Sa phrase prononcée entre les deux tours : Poher et Pompidou sont « bonnet blanc et blanc bonnet » et doivent donc être renvoyés dos à dos par un vote blanc ou une abstention sonnent le glas des derniers espoirs de Poher. Oui, c’est Jacques Duclos qui a popularisé cette expression de « bonnet blanc et blanc bonnet Au mois d'avril 1975, après une hospitalisation en janvier, Jacques Duclos se rend à Louey où la télévision doit commencer le tournage d'un film sur sa vie. Mais se sentant mal, il est hospitalisé à nouveau à Paris pour une congestion pulmonaire et décède à son domicile le 25 avril 1975. Ses obsèques se sont déroulées au cimetière du Père-Lachaise à Paris devant une foule considérable.

Robert Clément, sur sa page Facebook.

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30 septembre 2016 5 30 /09 /septembre /2016 05:00

Nous vous proposons de revenir sur un chapitre peu connu de la conquête coloniale de l'Algérie : l'histoire de combattants algériens fusillés, puis décapités au milieu du XIXème siècle pour avoir combattu la colonisation française. Plus de 150 ans après leur mort, les crânes de ces résistants font partie des collections anthropologiques du Musée de l'Homme à Paris. Comment sont-ils arrivés là ? Seront-ils un jour rapatriés en Algérie?

Emission proposée par Patrick Lovett et Aline Schmidt.

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28 septembre 2016 3 28 /09 /septembre /2016 20:26
Pétition pour honorer la mémoire d'Henri Alleg

Ci-joint le lien de la pétition pour honorer la mémoire d'Henri Alleg par la nomination d'une rue à Palaiseau. Devant le refus du maire de droite, exprimez-vous pour défendre la mémoire de ce grand résistant contre la barbarie et le colonialisme, victime de la torture et de la détention en bagne en Algérie, et qui nous a ramené de ces deux expériences terribles des chefs d'oeuvre en formes de livres coups de poing et néanmoins plein de réflexions profondes qui ont marqué toutes une génération.

Lien de la pétition Henri ALLEG

https://www.change.org/p/appel-pour-que-la-ville-de-palaiseau-rende-hommage-%C3%A0-henri-alleg

Le 17 juillet 2013 disparaissait le journaliste franco-algérien Henri Alleg, de son vrai nom Harry Salem, reposant au cimetière de Palaiseau. Il vécut pendant plus de trente ans rue Gabriel Dauphin à Palaiseau jusqu’à sa mort.

Né le 20 juillet 1921 à Londres, de parents juifs russo-polonais, Henri Alleg, britannique par sa naissance, devint français par choix quand sa famille décida de vivre au nord de Paris, puis algérien par adoption après l'indépendance de 1962.

C’est en 1939 au moment où débutait la seconde guerre mondiale, qu’Henri Alleg décida de vivre à Alger. Directeur du journal "Alger républicain", de février 1951 à juillet 1955 jusqu’à l’interdiction du titre auquel collaborèrent Albert Camus et Kateb Yacine, Henri Alleg fut arrêté en 1957 en pleine bataille d'Alger au domicile de Maurice Audin, jeune assistant en mathématiques et militant du Parti Communiste Algérien comme lui, arrêté, torturé et disparu depuis le 21 juin 1957.

Henri Alleg refusera de parler malgré les multiples sévices qu’il eut à subir comme tant d’autres algériens anonymes. Avec son livre « La Question », préfacé par Jean-Paul Sartre et rédigé alors qu’il était encore en détention à Barberousse, la prison civile d'Alger, publié par les éditions de Minuit en 1958, il fut l’un des premiers à dénoncer la torture.

Un film tiré de ce livre et réalisé par Laurent Heynemann sortira en 1977 avec dans les rôles principaux Jacques Denis et Nicole Garcia, et recevra le prix spécial du Jury au Festival International du Film de Saint-Sébastien.

Poursuivant ce combat, Henri Alleg signera, en 2000, l'Appel des douze "pour la reconnaissance par l'Etat français de la torture".

Cet engagement fondamental d’Henri Alleg contre la torture et pour l’émancipation du genre humain, a été rappelé lors des différents hommages qui lui furent rendus au moment de sa disparition notamment par la Municipalité de Palaiseau.

Lors de ces obsèques au cimetière du Père Lachaise le 29 juillet 2013, en présence de représentants des États français et algériens, le président algérien rappela dans un message lu en son nom que "La Question" est "l’un des textes majeurs qui, par leur retentissement universel et la prise de conscience qu’ils ont suscité à travers le monde, ont indéniablement contribué à servir la noble cause des droits de l’Homme en général."

C’est pourquoi nous formulons le vœu que la Municipalité de Palaiseau puisse rendre hommage à Henri Alleg et à son engagement pour les droits de l’Homme à travers un lieu mémoriel. Plusieurs propositions non retenues ont déjà été soumises au Maire de Palaiseau depuis deux ans. Une nouvelle proposition que nous soutenons est la place située devant le lycée Camille Claudel à quelques pas de la rue où demeurait Henri Alleg.

Cette pétition sera remise à:

  • M. le Maire de Palaiseau
    G. de Lasteyrie
Pétition pour honorer la mémoire d'Henri Alleg
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18 septembre 2016 7 18 /09 /septembre /2016 12:40
Disparition de Jean Texier, journaliste communiste: hommage de Rosa Moussaoui

Triste jour. Notre camarade Jean Texier, reporter photographe à Avant-Garde, puis à L'Huma, vient de nous quitter. Il était l'auteur de cette photo que je ne peux pas regarder sans qu'elle me déchire le coeur.

Rosa Moussaoui, journaliste à l'Huma.

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5 septembre 2016 1 05 /09 /septembre /2016 19:00
Droit de réponse de Michel Kernaleguen et du NPA sur un article du "Chiffon Rouge" touchant Pierre Guéguen et Marc Bourhis, fusillés concarnois de Châteaubriant
Droit de réponse de Michel Kernaleguen et du NPA sur un article du "Chiffon Rouge" touchant Pierre Guéguen et Marc Bourhis, fusillés concarnois de Châteaubriant
Droit de réponse de Michel Kernaleguen et du NPA sur un article du "Chiffon Rouge" touchant Pierre Guéguen et Marc Bourhis, fusillés concarnois de Châteaubriant

Chers lecteurs,

Nous publions ici à sa demande une lettre de Michel Kernaleguen, débattue et validée par le NPA Bretagne, adressée aux administrateurs du "Blog Le Chiffon Rouge" voulant rectifier un article parlant de la mort de Pierre Guéguen et de Marc Bourhis.

Cette lettre reçue par courrier au local de la section du PCF Morlaix a été publiée sur le blog Anti-K.org l'économie anticapitaliste.

(http://www.anti-k.org/2016/07/20/verite-et-hommage-a-propos-de-pierre-gueguin-et-de-marc-bourhis-deux-des-fusilles-de-chateaubriant-le-22-octobre-1941/)

Hommage à Pierre Guéguen et Marc Bourhis, Fernand Grenier à Concarneau pour une conférence sur la lutte du PCF dans la résistance contre le fascisme renaissant - Le Beffroi, organe de la section de Concarneau du PCF - Janvier 1960

Sur le fond, même si l'hommage de Fernand Grenier à Guéguen pouvait prêter à confusion en 1960, nos camarades du NPA ont raison: Pierre Guéguen n'était plus membre du PCF au moment où il a été exécuté.

Nous écrivions nous-mêmes dans l'article "Communistes" de Bretagne écrit en 2014 l'essentiel de ce que dit Marc Kernaleguen dans une notice sur Pierre Guéguen: Communistes de Bretagne (1921-1945)

" Pierre Guéguen

Un autre élu communiste breton notable de l'entre-deux guerres est le maire de Concarneau depuis 1935 Pierre Guéguin, né en 1896 à Quimerc'h, ancien soldat et lieutenant pendant la guerre de 14-18, qui a fait partie des 27 fusillés de Chateaubriant, assassiné à 51 ans le 22 octobre 1941, avec son ami Marc Bourhis, instituteur à Trégunc et maire-adjoint à Concarneau, membre du PCF de 1930 à 1933, militant de l'Ecole Emancipée, la tendance syndicaliste-révolutionnaire de l'enseignement, puis membre de groupuscules d'extrême-gauche d'extrême-gauche (le POI, puis le Parti Ouvrier et Paysan de Marceau Pivert, pacifiste et trotskiste). Pierre Guéguin avait adhéré à la SFIO en 1919, rejoint le Parti Communiste en 1921, et était devenu maire et conseiller général de Concarneau. En 1936, il avait porté les couleurs de la Gauche Unie et du Front Populaire mais avait été battu. En août 1939, il rejette le pacte germano-soviétique et le dit publiquement le 1er septembre 1939 en Conseil Municipal. Il est immédiatement exclu de toutes les instances du PCF, accusé de déviationnisme trotskiste. Et en octobre 1941, c'est même avec beaucoup de méfiance qu'il sera accueilli au camp de Châteaubriant avec Pierre Bourhis par les autres otages communistes, mis en quarantaine selon un témoignage de détenu communiste dans Le Monde en 1985, Mr Robert D." .

Notre propos n'est assurément pas de falsifier le passé, de minimiser les torts que le Parti Communiste a pu avoir dans cette époque de stalinisme et de discipline de guerre, vis-à-vis de ses militants hétérodoxes et anciens militants, tout particulièrement ceux qu'il qualifiait de trotskistes et qui, à notre sens, restent bien évidemment des communistes. Ni d'occulter les dégâts du pacte germano-soviétique.

C'est pourtant bien selon nous en tant que communiste, ancien élu du Front Populaire, que Pierre Guéguen a été choisi par Pucheu pour être exécuté à Châteaubriant après l'assassinat du lieutenant-colonel Hotz par des résistants communistes à Nantes. Je ne crois pas pour ma part que, dans d'autres hommages que j'ai pu citer, à titre de documents, celui de Pierre Le Rose, notamment, il y ait une volonté délibérée d'annexer au crédit du PCF le martyre de Guéguen et Bourhis. Seulement, ils ont été tués en tant que communistes, même s'ils n'étaient plus membres du PCF, et depuis longtemps pour ce qui est de Marc Bourhis.

Les événements de la Libération que citent la lettre étaient inconnus de nous et sont évidemment fort tristes, si c'est bien comme ça que ça s'est passé.

Par contre, nous ne pouvons approuver ce que dit Marc Kernaleguen des motivations et de la mentalité des résistants communistes car c'est démenti par tant de témoignages et de lettres de condamnés à mort. Non, les militants communistes n'étaient pas devenus des nationalistes anti-boches, oui ils restaient le plus souvent des internationalistes, pour les plus formés politiquement d'entre eux, et savaient distinguer entre un Allemand et un nazi. "Je meurs sans haine pour le peuple allemand", disait Manouchian. C'est encore Jean-Pierre Timbaud , secrétaire général de la fédération des métaux CGT , les métallos ,élite alors (avec les mineurs) de la classe ouvrière, fusillé aussi à Châteaubriant le 22 octobre 41, qui crie avant de tomber: " Vive le Parti Communiste Allemand !" Les communistes n'ont pas attendu 1941 pour lutter contre le fascisme au nom de l'internationalisme et d'idéaux humains universels.

En tout cas, notre but n'est pas de raviver des controverses historiques ou de ferrailler avec le mouvement trotskiste sur un passé conflictuel. Oui, l'engagement trotskiste, la distanciation vis à vis du stalinisme, à cette époque, avaient certainement leur légitimité. Non, tous les communistes "loyalistes" n'étaient pas des crapules ou des sectaires, leurs dirigeants non plus. Et surtout, aujourd'hui, face au retour au premier plan de l'extrême-droite et d'une droite pro-riches et réactionnaire, qu'elle soit incarnée par la ligne Valls-Hollande ou par celle Sarkozy-Juppé, nous avons autre chose à faire qu'à nous diviser entre adversaires de la domination capitaliste et des idées fascistes et réactionnaires.

Néanmoins, il est normal de corriger des inexactitudes et de rétablir des vérités si on pense qu'elles sont occultées et la critique est salutaire, d'autant que nul n'est infaillible et que pour ma part, je découvre l'histoire régionale du PCF et du mouvement ouvrier au fur et à mesure, et au fil des lectures, que j'ai plaisir à faire partager à d'autres, sans revendiquer la rigueur d'une démarche de vérification historique exhaustive.

Nous remercions donc Michel Kernaleguen de nous avoir transmis son examen critique du texte publié.

Ismaël Dupont

Voici d'autres documents sur le même sujet:

"A propos d'une ignominie: être dignes des 27": Pierre Le Rose rend hommage à Pierre Guéguin et Marc Bourhis, fusillés de Chateaubriant concarnois (L'Unité, journal communiste de Concarneau, novembre-décembre 1979)

L'étincelle: journal de la Résistance communiste de Concarneau, Mai 1944- Juin 1944: un document exceptionnel des archives Pierre Le Rose

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3 septembre 2016 6 03 /09 /septembre /2016 05:59
"Mai 1981: une victoire douce amère" (les séries de l'Humanité): Roger Martelli

Mai 1981 Une victoire douce-amère…

les séries d'été de l'Humanité 29/33

ROGER MARTELLI HISTORIEN

LUNDI, 29 AOÛT, 2016

L'HUMANITÉ

Mai 1981, François Mitterrand est élu président de la République. C’est l’aboutissement de la stratégie de programme commun. C’est aussi la traduction d’une forte attente de changement.

En une de l’Humanité, ce 21 mai 1981, deux présidents. Le battu s’apprête à quitter le cadre de l’image en même temps que le pouvoir : c’est Valéry Giscard d’Estaing. Le vainqueur, François Mitterrand, avance droit, face au lecteur. Le suffrage universel a tranché. « Que le changement commence. »

En décembre 1965, le nouveau président élu avait été le premier candidat de gauche – et le premier candidat de toute la gauche – à la première élection présidentielle au suffrage universel. Depuis, le peuple de gauche attendait la victoire, « sa » victoire. Elle est acquise le 10 mai 1981. Le soir même, la Bastille archicomble est en liesse :

Regarde/

Quelque chose a changé/

L’air semble plus léger/

C’est indéfinissable, chante à l’époque Barbara.

Le PCF propose que toute la gauche s’unisse sur un programme commun

L’éditorial du directeur de l’Humanité, Roland Leroy, se veut dans l’air du temps. « Joie et espérance sont nôtres aussi », affirme-t-il. Pour les communistes d’alors, cela n’a rien d’évident. Quelques semaines plus tôt, le 26 avril, au soir du premier tour de l’élection présidentielle, ils sont proprement K.O. Leur candidat, leur secrétaire général, Georges Marchais, est distancé de dix points par rapport à celui qui n’est encore que le premier secrétaire du Parti socialiste. De 1945 à 1978, les communistes ont été en tête de la gauche et souvent de loin. Cette fois, les socialistes ont creusé l’écart. Le choc est rude, inattendu.

Depuis 1962, alors que la Ve République accentue son caractère présidentiel, le PCF propose que toute la gauche s’unisse sur un programme commun. Les engagements programmatiques étant consignés précisément par écrit, il ne sera pas possible aux socialistes de leur tourner le dos, expliquent alors les dirigeants communistes. Et ils sont convaincus que le processus profitera au PCF : les électeurs français en tiendront compte dans leur vote, dès l’instant où il a été le principal initiateur du Programme et son plus vigilant défenseur.

Les espoirs seront bien vite écornés. Quand le Parti communiste lance l’idée du Programme, le Parti socialiste de l’époque – la SFIO – est dans une situation inconfortable. Il a été associé aux déboires de la République précédente, il s’est enlisé dans les guerres coloniales et il a soutenu le général de Gaulle quand celui-ci est revenu au pouvoir. Au printemps 1969, il est au bord du gouffre : son candidat à l’élection présidentielle, Gaston Defferre, peine à franchir la barre des 5 % au premier tour !

Tout change en 1971 avec… François Mitterrand. Il est déjà un vieux cheval de la politique et il n’est pas du tout socialiste. Mais il prend la tête du vieux parti, le transforme en profondeur, lui donne un coup de barre à gauche et signe un programme commun avec les communistes et les radicaux de gauche, le 27 juin 1972. Contrairement aux attentes communistes, son intuition réussit : en mars 1973, aux élections législatives, le PCF reste en tête de la gauche, mais de peu, et il obtient un score plus bas qu’en 1967 et 1969.

Pour les communistes, responsables et militants, c’est un mystère. La faute à l’anticommunisme ou à l’image désastreuse de l’URSS ? Problème conjoncturel ou problème structurel ? On ne sait plus très bien du côté de la place du Colonel-Fabien. Pendant quelques années, le PCF oscille entre l’ouverture unitaire et la critique à l’égard d’un PS qui veut manifestement occuper l’essentiel de l’espace à gauche. Au milieu des années 1970, sous le drapeau de « l’eurocommunisme », les communistes se lancent même dans une ambitieuse tentative de mise à jour.

En vain… À la fin de l’été 1977, conscients de l’allant de leur partenaire, Georges Marchais et ses camarades tentent un bras de fer avec le parti de François Mitterrand : il faut ancrer le PS le plus à gauche possible. En fait, la mauvaise humeur communiste arrange le partenaire aux aguets : Mitterrand peut ainsi arguer de ce qu’il n’est pas l’otage des communistes…

En mai 1981, son pari est gagné. L’équilibre à gauche est bouleversé. Beaucoup, au PCF, ont souhaité ouvertement ou discrètement l’échec du numéro un socialiste. Mais la gauche « d’en bas » n’en peut plus d’attendre et la droite est divisée. L’heure de Mitterrand est donc venue. Les communistes n’ont plus qu’à en tenir compte. L’éditorial de Roland Leroy participe de ce réajustement. Le PCF, qui a tant fait pour le Programme commun, ne peut pas bouder la victoire. Désormais, il entend faire partie de la nouvelle majorité, et cela jusqu’au gouvernement.

Son score législatif (16,1 %) est à peine plus élevé que celui de la présidentielle. Les députés communistes sont moins nombreux, mais il y a, en juin, quatre ministres communistes pour la première fois depuis mai 1947. Hélas pour le PCF, dans la majorité ou dans l’opposition, en alliance avec le PS ou en concurrence directe avec lui, la dynamique électorale va rester défavorable. Mais c’est bien sûr une autre histoire…

TEL QUEL Dans l’Humanité du 21 mai 1981Par Roland Leroy « Joie et espérance sont nôtres aussi. Toute la campagne de Georges Marchais a été conduite avec un seul objectif : battre Giscard et sa politique, ouvrir la voie au changement. Au second tour, l’apport des voix communistes a été décisif. Sans nous la victoire du 10 mai aurait été impossible. Sans nous, elle ne pourrait pas être parachevée. (…) Nous sommes – pour notre part – animés d’une seule volonté : réussir le changement. C’est pourquoi nous ferons tout ce qui dépend de nous pour qu’aucun obstacle, aucune difficulté n’empêche l’élection d’une majorité parlementaire bien ancrée à gauche, grâce à une réelle représentation communiste et l’installation d’un gouvernement d’union de toutes les forces qui ont permis la victoire. »

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