Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
11 novembre 2016 5 11 /11 /novembre /2016 07:38

Marcel Paul décédé le 11 novembre 1982


Pupille de l'Assistance publique, résistant, déporté, cofondateur de la FNDIRP, il fut, au lendemain de la guerre, un remarquable ministre communiste de la Production industrielle.

12 juillet 1900. Cette date est celle qui fut portée sur le registre de l'état civil du 14e arrondissement de Paris.

Si une incertitude l'entoure, sa portée est très limitée, puisque le premier acte officiel relatif à celui qui deviendra en 1945 le ministre de la Production industrielle date du 14 juillet 1900.

Au lever du soleil de ce jour d'été, des agents de police découvrent, abandonné sur un banc de la place Denfert-Rochereau, un nouveau-né. Aussitôt confié à l'Assistance publique de Paris, l'enfant de mère et de père inconnus est déclaré sous le prénom de Marcel et le patronyme de Paul. On l'estime âgé de 2 jours. Il est très vite placé dans une famille nourricière, des paysans très pauvres de la Sarthe.

Ouvrier agricole à treize ans, après avoir passé son certificat d'étude, il adhère aux Jeunesses socialistes en 1915, après avoir lu un tract contre la tuerie enclenchée depuis un an. Cette guerre, que Marcel Paul n'a pas eu à faire, n'en orientera pas moins sa vie. Il est en effet incorporé au printemps 1917 à l'école des mécaniciens de la marine nationale.

Breveté électricien, il est affecté à Brest, où il participe à la révolte des équipages de l'été 1919. Le mouvement fait écho à celui des mutins de la mer Noire opposés à l'intervention contre la révolution bolchevique.

Démobilisé en 1922, il est embauché dans l'Aisne et vite licencié pour incitation à la grève. Le voilà à Paris, électricien à la TCRP, l'ancêtre de la RATP.

Militant syndicaliste à la CGTU, il adhère au tout jeune PCF en 1923. Il devient tout à la fois secrétaire de la fédération CGTU de l'éclairage et secrétaire de rayon du PCF. Dans les années trente, Marcel Paul est secrétaire de l'intersyndicale des services publics et, à ce titre, il parcourt la France. En 1932, à Marseille, les nervis de Sabiani , mafieux premier adjoint faisant fonction de maire, le laissent pour mort sur le pavé. Une infirmière qui l'accompagnait, Edmée Dijoud, est tuée. Il est conseiller municipal de Paris et conseiller général de la Seine.

Mobilisé en 1939, ses antécédents lui valent d'être versé dans un bataillon disciplinaire dans les Ardennes. Deux fois prisonnier, deux fois évadé, il regagne Paris, puis la région nantaise, où, avec Robert Ballanger, Auguste Havez et Venise Gosnat, il organise dès l'été 1940 de premiers groupes de résistance. De retour à Paris, il contribue à former l'embryon de l'Organisation spéciale (OS) en janvier 1941.

Il est arrêté sur dénonciation en novembre 1941. Déporté au printemps 1944 à Auschwitz, puis à Buchenwald, il intègre très vite l'organisation clandestine de résistance et anime un comité français. En avril 1945, il est l'un des responsables de l'insurrection des déportés qui accueillent l'armée américaine après s'être eux-mêmes libérés des SS. Son action de lutte et de solidarité lui vaudra l'amitié indéfectible de nombreux déportés de toutes sensibilités. Marcel Dassault, Pierre Sudreau, Louis Terrenoire, Christian Pineau, le père Riquet, Claude Bourdet furent de ceux-là. Et ceux d'entre eux qui étaient encore de ce monde en 1984 le dirent haut et fort quand la mémoire de Marcel Paul fut traînée dans la boue par un politicien UDF.

De retour à Paris, Marcel Paul participe à la fondation de la Fédération nationale des déportés, internés et résistants politiques (FNDIRP). Il reprend ses activités syndicales et politique, siège à l'Assemblée provisoire consultative, puis entre dans le gouvernement du général de Gaulle en novembre 1945 comme ministre de la Production industrielle. Il conserve cette responsabilité durant un an, consacre toutes ses forces au redémarrage du pays , pilote, ouvre majeure, la nationalisation des industries électriques et gazières, porte sur les fonts baptismaux EDF-GDF et le statut des personnels du groupe public. La bataille fut menée de haute lutte dans le pays et à l'Assemblée, où les propriétaires des grandes sociétés électriques avaient leurs représentants parmi les députés de droite et du MRP et des appuis de poids jusqu'au sein du groupe socialiste. Plus tard, Marcel Paul, qui avait su faire des compromis indispensables, ironisa : " Je me suis accroché à la nationalisation comme un chien qui n'a pas mangé depuis huit jours s'accroche à son os. "

Élu par la Haute-Vienne aux deux Assemblées constituantes, il sera encore député de ce département de novembre 1946 au printemps 1951. Marcel Paul a été membre du Comité central du PCF de 1945 à 1964. Il est décédé le 11 novembre 1982, peu après avoir participé aux cérémonies à l'Arc de triomphe, où il avait été salué par le président de la République.

 

 

Robert Clément sur sa page Facebook 

Marcel Paul, au premier rang à droite, avec Ambroise Croizat à l'arrière-plan à droite: sortie d'une réunion ministérielle à la Libération sous la dictée des "Jours Heureux"

Marcel Paul, au premier rang à droite, avec Ambroise Croizat à l'arrière-plan à droite: sortie d'une réunion ministérielle à la Libération sous la dictée des "Jours Heureux"

Partager cet article
Repost0
11 novembre 2016 5 11 /11 /novembre /2016 07:09
11 novembre 1918 : cette guerre qu’il ne fallait pas faire
PATRICK APEL-MULLER
LUNDI, 10 NOVEMBRE, 2014
HUMANITE.FR

 

 

 

 

 

 

 

S’incliner devant les nécropoles c’est bien. Mais cela peut rester parfaitement inutile…

Ce jour-là, les cloches qui annoncent l’armistice, résonnent sur un immense charnier. Près d’un siècle plus tard, les corps n’en finissent pas de remonter à la surface. Leur rendre hommage, mémoire pourrait-on dire, s’impose toujours. Les hommes qui vécurent l’enfer des tranchées et les populations civiles broyées dans les immenses zones de front sont encore à portée de main historique, traces encore creusées dans les romans familiaux. Commémorer oui ! Mais bannir les retours cocardiers, l’exaltation aveugle d’un Clémenceau partisan fanatique de la guerre à outrance, regarder la tragédie en face pour en tirer de vraies leçons. Nous en sommes encore bien loin si nous prêtons l’oreille aux discours des officiels.
UNE GUERRE, POUR QUOI, POUR QUI ?
Le détonateur éclata à Sarajevo. Mais les charges étaient prêtes, patiemment accumulées depuis des années par les milieux dirigeants européens. Dans la violence des affrontements impérialistes, sur le terrain économique et sur le théâtre colonial, il fallait détruire l’autre. Jaurès ne cessa d’alerter sur la montée des périls, œuvrant jusqu’à la balle de Raoul Villain pour conjurer le désastre, cherchant à unir les socialistes et les classes ouvrières d’Europe contre  un carnage où ils avaient tout à perdre. « On croit mourir pour la patrie, on meurt pour les industriels », écrira Anatole France lorsque ses yeux se furent décillés sur la réalité du conflit. De 1913 à 1918, le gain net des sociétés allemandes par action passa de 1,6 milliards de marks à 2,2 milliards malgré la chute qui se profilait. Si 400.000 entreprises – surtout petites ou moyennes – disparurent en France, Renault, Citroën, Berliet, Michelin réussirent à dégager des profits spectaculaires et à accumuler des réserves qui leur permirent de dévorer leurs concurrents.
La guerre nettoyait le terrain du profit au profit des capitalistes dominants. Ainsi, le chimiste Kulhmann, bien qu’ayant perdu ses installations dans le Nord et en Lorraine, parvint à décupler son capital en quatre ans et à multiplier son profit par six. Le patronat et les Cent familles qui dominèrent l’après-guerre s’opposèrent farouchement et avec beaucoup de succès à la loi du 1 juillet 1916 qui prévoyait l’imposition des bénéfices exceptionnels de la guerre. Pour eux, la guerre était une formidable conjoncture économique et un moyen d’assoir leur puissance à l’échelle mondiale.
Mais ce sont les grandes entreprises américaines qui ont le milieu tiré leur épingle de ce jeu sanglant. Avant même l’entrée en guerre des Etats-Unis en 1917, leur bénéfice avait triplé. Banquiers de la France et de l’Angleterre en guerre, les capitalistes américains deviennent alors les premiers exportateurs mondiaux de charbon, d’acier, de machines, d’automobiles, de coton et produits alimentaires. Ils récupérèrent alors à bas prix les investissements français en Amérique, solidement assis sur leur prospérité : le plus gros fournisseur de munitions de la guerre, Du Pont de Nemours, a fait passer son profit en quatre ans de 6 à 266 millions de dollars. 
Jaurès l’avait annoncé dès 1905 : « La concurrence économique de peuple à peuple et d’individu, l’appétit du gain, le besoin d’ouvrir à tout prix, même à coups de canon, des débouchés nouveaux pour dégager la production capitaliste, encombrée et comme étouffée de son propre désordre, tout cela entretient l’humanité d’aujourd’hui à l’état de guerre permanente et latente ; ce qu’on appelle la guerre n’est que l’explosion de ce feu souterrain qui circule dans toutes les veines de la planète et qui est la fièvre chronique et profonde de toute vie »… Est-ce vraiment si daté ?
 
UN SEISME POUR LA CIVILISATION
Jamais alors guerre n’avait été si meurtrière et si inventive, hélas. Les gaz de combats, les tanks, les sous-marins, les avions, les télécommunications… les découvertes de la science furent mobilisées pour la mort à grande échelle. Dans les pays belligérants, une propagande intense associée à une sévère censure, berna les peuples pour les conduire à la boucherie. Les mots mêmes en perdirent du sens, tout autant que les images. « Après ce que nous avions vécu, nos peintures de cette époque n’étaient pas faites pour séduire mais pour faire hurler », expliquait Max Ernst. La paysannerie, le principal réservoir de la chair à canon, est frappée au cœur et les campagnes dépeuplées. La naissance d’un siècle débute par un requiem et c’est par les portes de la boucherie, que toute une génération rentre dans la modernité. « On rentre dans la clarté du jour comme dans un cauchemar », écrit Henri Barbusse dans son roman, « Le feu ». Héros de guerre, Aragon ne la pardonne pas. Il conclut en 1928 son « Traité du style » par « Je conchie l’armée française dans sa totalité ».
Les vieilles élites sont discréditées par leur sanglante responsabilité et avec eux les partis socialistes qui les ont accompagnés sur les « sentiers de la gloire ». La colère fera naître le communisme et le surréalisme ; le désarroi, la frustration et le dégoût accoucheront du fascisme qui, vingt-cinq ans plus tard, portera la tragédie humaine à son point ultime.
 
LE SOUVENIR POUR NE PLUS FAILLIR
« Déjà la pierre pense où votre nom s’inscrit/ Déjà vous n’êtes plus qu’un mot d’or sur nos places/ Déjà le souvenir de vos amours s’efface/ déjà vous n’êtes plus que pour avoir péri », écrivait Aragon dans « Le Roman inachevé ». Les Déroulède médiatiques, toujours prêts à réclamer une guerre, un jour en Lybie, le lendemain en Irak, plus tard en Syrie ou en Ukraine, auraient profit à se retourner sur ce passé. Quant aux gouvernants d’aujourd’hui dans la mêlée de la mondialisation capitaliste, et certains se disent socialistes, ils pourraient se remémorer qu’on ne joue pas avec les armes à feu près des charges de dynamite. Enfin, les opinions publiques ont à jouer un rôle qu’elles ne surent et ne purent endosser il y a presque un siècle, pour devenir les premières victimes d’une grande imposture.
Partager cet article
Repost0
11 novembre 2016 5 11 /11 /novembre /2016 06:55
Il y a douze ans, le 11 novembre 2004, disparaissait Yasser Arafat - portrait de Paul Euzière (L'Humanité, 2004): Yasser Arafat, la Palestine au coeur

Disparition de Yasser Arafat le 11 novembre 2004

 

Portrait de Yasser Arafat, dressé par Paul Euzière, membre du comité de rédaction de Recherches internationales, et publié par l'Humanité en 2004.

« Yasser Arafat, la Palestine au cœur »

 

Le président palestinien Yasser Arafat est, avec Fidel Castro et Nelson Mandela, l'une des trois grandes figures qui, de leur vivant et de façon décisive, auront marqué l'histoire du monde durant une large part du XXe siècle et au début du XXIe, par leur capacité à incarner l'aspiration de leurs peuples à la dignité.

Yasser Arafat, c'est d'abord une volonté forgée au rythme des victoires et des défaites de la revendication nationale palestinienne. Très tôt l'homme va s'identifier totalement avec la cause palestinienne, qu'il entendra parfois représenter à lui seul.

Du jeune étudiant à l'Université du Caire qui s'enflamme aux côtés des Frères musulmans lors de la création de l'État d'Israël et du massacre de Deir-Yassine et part combattre au sud de Gaza, à l'ingénieur, puis homme d'affaires établi au Koweit, qui crée en octobre 1959 le Fatah, Arafat garde constamment, et quelle que soit sa situation personnelle, la Palestine au coeur. Cette constante apparaît donc dès avant que s'impose, et qu'il impose le Fatah et, dans une longue et dangereuse course d'obstacles, l'OLP fondée en 1964 (dont il prend la tête en février 1969) comme véritable représentante du peuple palestinien.

Elle va s'affirmer dans les situations les plus contrastées et face à tous les interlocuteurs, adversaires comme alliés fiables ou non. Qu'ils se soient réclamés du nationalisme ou de l'islam, la plupart des gouvernants des pays arabes - malgré leurs opinions publiques - n'ont jamais hésité à faire couler le sang des Palestiniens, à s'ingérer dans leurs débats internes et à instrumentaliser leur drame.

 

"Où êtes-vous, ô Arabes?"

Si la responsabilité israélienne dans ce que les Palestiniens nomment la « Nakba » (catastrophe) de 1948 sont évidentes, tout comme dans l'occupation et la colonisation qui perdurent et s'étendent depuis 1967, on ne peut occulter le double jeu, parfois sanglant, de certains « frères arabes » dont les motivations tiennent à la fois à leur positionnement international (notamment à leurs rapports avec les États-Unis) et à la peur des répercussions que risquerait d'engendrer dans leur pays la création d'un État palestinien souverain. Comme en écho aux graffitis des murs de Beyrouth qui demandent « Où sont les Arabes ? », Yasser Arafat interpelle les gouvernements : « Où êtes-vous, ô Arabes, où ? Où êtes-vous, Sarkis, président de la République libanaise, terré dans votre palais et voyant, comme Néron, sa capitale dévorée par les flammes?»

Dans un tel contexte, survivre pendant presque un demi-siècle, physiquement - on ne compte plus les tentatives israéliennes d'assassinat par des commandos ou par des bombardements - et politiquement, nécessite un courage physique certain et une capacité hors du commun à s'adapter rapidement à ce qui change. C'est le trait marquant de Yasser Arafat. C'est lui qui crée le mensuel Falastinuna (« Notre Palestine ») en octobre 1959, dans lequel est proclamé que « la voie pour libérer la patrie passe par la création, dans les pays arabes voisins, de groupes de fedayins palestiniens indépendants » qui devront « mener des incursions en Israël et y provoquer des dégâts ».

 

Deux Etats
Il déclenchera à partir du 1er janvier 1965 la lutte armée contre l'État d'Israël - « entité sioniste » occupant la majeure partie de la Palestine mandataire alors revendiquée en totalité par le Fatah. Et vingt-trois ans plus tard, en novembre 1988, il fera entériner par le Conseil national palestinien réuni à Alger la reconnaissance de la résolution 181 de l'ONU, qui recommande « le partage de la Palestine en deux États, l'un arabe, l'autre juif » en précisant qu'« elle assure les conditions de légitimité internationale qui garantissent également le droit du peuple arabe palestinien à la souveraineté et à l'indépendance », puis dans la foulée, les résolutions 242 et 338, seules bases juridiques internationales d'une paix israélo-palestinienne.
Enfin, le 2 mai 1989 Yasser Arafat est reçu à Paris. Il qualifie à la télévision de « caduque » la charte de l'OLP qui refusait de reconnaître l'État d'Israël. Toujours en mai 1989, il déclare à un journaliste d'Europe 1 : « Après avoir essayé la guerre durant quarante et un ans, ma soeur, mon frère et moi nous sommes convaincus que nous devons à présent essayer la paix. »

En septembre 1993, il signe à la Maison-Blanche la Déclaration de principes portant autonomie des Territoires palestiniens occupés, après la reconnaissance mutuelle des deux parties. Sans doute, à ce moment, contrairement à d'autres forces qui soutiennent le processus, notamment les communistes du PPP, Yasser Arafat - et avec lui nombre de responsables du Fatah - surévalue-t-il la possibilité de créer une dynamique de paix permettant de dépasser pacifiquement les points de désaccord et d'aborder ensuite plus favorablement des questions aussi essentielles que la question des réfugiés, celles de Jérusalem et du devenir des colonies. Mais existe-t-il alors un autre choix ? Après cinq années d'une intifada portée à bout de bras par toute la société et qui a fait connaître partout dans le monde leurs revendications nationales, les Palestiniens sont dos au mur, épuisés par les arrestations, les morts, les couvre-feux et les bouclages incessants des forces d'occupation israéliennes. L'URSS n'existe plus. L'Irak vient d'être écrasé et G. Bush annonce « un nouvel ordre mondial ». Yasser Arafat ne se cache pas le poids de ces réalités. Il les prend en compte et s'appuie sur elles - qu'elles soient positives ou négatives - pour avancer vers son objectif constant : l'État palestinien.
Détermination quasi gaullienne
Après un exil qui l'a conduit du Liban en Tunisie, Yasser Arafat retrouve la terre palestinienne en 1994. Élu démocratiquement président de l'Autorité nationale palestinienne à l'issue d'élections effectuées en 1996 sous contrôle international, Yasser Arafat voit le territoire palestinien grignoté chaque jour un peu plus par les colonies israéliennes, les routes de contournement, un mur de « sécurité » haut de 8 mètres qui, sur des centaines de kilomètres, isole encore un peu plus les villes et villages palestiniens les uns des autres et étouffe toute vie économique et sociale.
Enfermé depuis plus de deux ans à Ramallah dans la Mouqata en ruines, humilié, menacé de mort par le premier ministre israélien Sharon, le président palestinien a poursuivi avec la même détermination réaliste son combat pour donner une patrie aux Palestiniens. Au-delà de la gestion du quotidien, cette détermination quasi gaullienne à construire l'État palestinien contre vents et marées, conjuguée à une vie exceptionnelle, donne à Yasser Arafat un prestige et une autorité morale dont ses partisans - mais aussi paradoxalement ses ennemis israéliens - mesureront toute l'ampleur après sa disparition.

Il y a douze ans, le 11 novembre 2004, disparaissait Yasser Arafat - portrait de Paul Euzière (L'Humanité, 2004): Yasser Arafat, la Palestine au coeur
Partager cet article
Repost0
9 novembre 2016 3 09 /11 /novembre /2016 07:50
Daniel Mermet (1993)

Daniel Mermet (1993)

Je ne t'oublie pas, Tsigane

 

Émission radio "Là-bas si j'y suis "du 15 janvier 1993

 

Lien pour réécouter ou télécharger cette émission (46 mn) :

https://la-bas.org/les-emissions-258/les-emissions/2016-17/je-ne-t-oublie-pas-tsigane

 

L’instituteur Jacques SIGOT a lutté 36 ans pour faire reconnaître le camp d’internement des Tsiganes de Montreuil-Bellay. Le 29 octobre, François HOLLANDE est venu reconnaître la responsabilité de la France de Vichy. Il a fallu attendre ces toutes dernières années pour que les médias s’intéressent à la persécution des Tsiganes en France durant la guerre.

 

 En janvier 1993, il y a 24 ans (!), Daniel MERMET rencontrait Jacques SIGOT et Jean-Louis BAUER, un Tsigane surnommé « Poulouche », qui nous faisaient découvrir ce camp où plus de 2 000 tsiganes furent internés.

 

Il a fallu 70 ans pour que la République reconnaisse la responsabilité de la France de Vichy dans la persécution des Tsiganes durant la Seconde guerre mondiale. Monsieur HOLLANDE en personne est venu prononcer un discours sur le camp de Montreuil-Bellay où 2 000 Tsiganes furent internés de 1941 à 1946.

 

Cette visite officielle aura-t-elle suffi à dissimuler au même instant l’ouverture de la chasse aux migrants à Calais comme à Paris ? Contre chiens errants, voyageurs ou migrants, le sédentaire a tôt fait de dresser CRS et barbelés. La « libre circulation » est limitée aux capitaux et aux marchandises qui engraissent les capitaux. On ne confond pas les voleurs de poule et les voleurs de foule.

 

Jusqu’en 1946, environ 2 000 hommes, femmes et enfants Tziganes (ainsi que des sans domicile fixe), furent internés à Montreuil-Bellay. Tous les « individus sans domicile fixe, nomades et forains ayant un type romani » selon le préfet du Finistère.

 

La France de Vichy comptait 31 camps semblables où ont été enfermés environ 6 500 nomades. Depuis 1912, ils étaient soumis à un « carnet anthropométrique » qui fut pérennisé en 1969 en « livret de circulation ». La longue lutte des Tsiganes et de leurs amis a conduit samedi François HOLLANDE à promettre l’abrogation de ces mesures stigmatisantes depuis plus d’un siècle.

 

 Le camp et les baraquements furent démantelés et il ne subsistait pratiquement aucune trace. Dans les années 1980, Jacques SIGOT, instituteur et « historien local », avec son ami Tsigane « Poulouche » qui y avait été interné avec ses parents, ont commencé une longue bagarre pour cette histoire que beaucoup — surtout dans la région — voulaient faire oublier. Poulouche est mort en 2007 et n’aura donc pas assisté à cette reconnaissance officielle.

 

 Si les Tsiganes rassemblés en France dans ces camps ne furent pas directement déportés vers les camps de la mort, il faut rappeler qu’en Europe 250 000 Tsiganes furent victimes du génocide dans la période nazie. 19 000 périrent à Auschwitz sur les 23 000 internés. Le 16 mai 1944, dans le camp de Birkenau, des Tsiganes armés de pioches et de leurs outils de travail, réussirent à repousser les SS. Cette date donne lieu chaque année à la Fête de l’Insurrection Gitane. Mais dans la nuit du 02 août 1945, les 2 898 derniers Tsiganes internés, hommes, femmes, enfants, furent gazés. Les enfants qui avaient réussi à se cacher furent rattrapés et gazés le lendemain.

 

 En juillet 2013, Gilles BOURDOULEIX, député maire de Cholet, fut poursuivi pour avoir déclaré au sujet des Rroms : « Hitler n’en a peut-être pas tués assez. » En France, le racisme contre les Rroms s’est beaucoup développé. Exemple, Christian LECLERC, maire de Champlan dans l’Essonne, qui s’est distingué en refusant l’inhumation d’un bébé Rrom de trois mois, Maria Francesca, dans le cimetière de la commune.

Partager cet article
Repost0
9 novembre 2016 3 09 /11 /novembre /2016 07:05
1887: Victoria Woodhul, une militante marxiste et féministe candidate à la présidentielle américaine

En 1887, alors que le suffrage universel n'existe pas, la militante marxiste et féministe Vicoria Woodhul est la première femme à se présenter à l'élection présidentielle américaine.  

La candidature de Victoria Woodhull est hautement symbolique et fait sensation.

En effet, elle défend les droits des femmes (notamment le droit de vote et l’amour libre) et milite pour l’égalité.

Elle choisit l’ancien esclave et abolitionniste Frederick Douglass comme colistier et est par ailleurs la première aux Etats-Unis à traduire le Manifeste du Parti communiste, qu’elle publie dans son journal.
Hillary Clinton n’était donc pas la première femme candidate à la présidence.

Partager cet article
Repost0
7 novembre 2016 1 07 /11 /novembre /2016 07:25
A la mémoire de la Commune: un article de Lénine en 1911 pour le 40 e anniversaire de la Commune de Paris qui commença le 18 mars 1871

 

Cet article écrit en 1911 par Lénine pour le 40ème anniversaire de la Commune de Paris, qui commença le 18 mars 1871.


Quarante ans se sont écoulés depuis la proclamation de la Commune de Paris. Selon la coutume, le prolétariat français a honoré par des meetings et des manifestations la mémoire des militants de la révolution du 18 mars 1871 ; à la fin de mai, il ira de nouveau déposer des couronnes sur la tombe des communards fusillés, victimes de l’horrible « semaine sanglante » de mai et jurer une fois de plus de combattre sans relâche jusqu’au triomphe complet de leurs idées, jusqu’à la victoire totale de la cause qu’ils lui ont léguée.

Pourquoi le prolétariat, non seulement français, mais du monde entier, honore-t-il dans les hommes de la Commune de Paris ses précurseurs ? Et quel est l’héritage de la Commune ?

La Commune naquit spontanément ; personne ne l’avait consciemment et méthodiquement préparée. Une guerre malheureuse avec l’Allemagne ; les souffrances du siège ; le chômage du prolétariat et la ruine de la petite bourgeoisie ; l’indignation des masses contre les classes supérieures et les autorités qui avaient fait preuve d’une incapacité totale ; une fermentation confuse au sein de la classe ouvrière qui était mécontente de sa situation et aspirait à une autre organisation sociale ; la composition réactionnaire de l’Assemblée nationale qui faisait craindre pour la République, tous ces facteurs, et beaucoup d’autres, poussèrent la population de Paris à la révolution du 18 mars qui remit inopinément le pouvoir entre les mains de la Garde nationale, entre les mains de la classe ouvrière et de la petite bourgeoisie qui s’était rangée de son côté.

Ce fut un évènement sans précédent dans l’histoire. Jusqu’alors, le pouvoir se trouvait ordinairement entre les mains des grands propriétaires fonciers et des capitalistes, c’est-à-dire d’hommes de confiance à eux, constituant ce qu’on appelle le gouvernement. Mais après la révolution du 18 mars, lorsque le gouvernement de M. Thiers s’enfuit de Paris avec ses troupes, sa police et ses fonctionnaires, le peuple devint le maître de la situation et le pouvoir passa au prolétariat. Mais dans la société actuelle, le prolétariat, économiquement asservi par le capital, ne peut dominer politiquement s’il ne brise les chaînes qui le rivent au capital. Et voilà pourquoi le mouvement de la Commune devait inévitablement revêtir une couleur socialiste, c’est-à-dire chercher à renverser la domination de la bourgeoisie, la domination du capital, et à détruire les assises mêmes du régime social actuel.

Au début, ce mouvement fut extrêmement mêlé et confus. Y adhéraient des patriotes qui espéraient que la Commune reprendrait la guerre contre les Allemands et la mènerait à bonne fin. Il était soutenu par les petits commerçants menacés de ruine si le paiement des traites et des loyers n’était pas suspendu (ce que le gouvernement leur avait refusé, mais que la Commune leur accorda). Enfin, au début, il bénéficia même en partie de la sympathie des républicains bourgeois qui craignaient que l’Assemblée nationale réactionnaire (les « ruraux », les hobereaux sauvages) ne restaurât la monarchie. Mais dans ce mouvement, le rôle principal fut naturellement joué par les ouvriers (surtout par les artisans parisiens) parmi lesquels une active propagande socialiste avait été menée durant les dernières années du second Empire et dont beaucoup appartenaient même à l’Internationale.

Les ouvriers seuls restèrent fidèles jusqu’au bout à la Commune. Les républicains bourgeois et les petits bourgeois s’en détachèrent bientôt : les uns effrayés par le caractère prolétarien, socialiste et révolutionnaire du mouvement ; les autres lorsqu’ils le virent condamné à une défaite certaine. Seuls les prolétaires français soutinrent sans crainte et sans lassitude leur gouvernement ; seuls ils combattirent et moururent pour lui, c’est-à-dire pour l’émancipation de la classe ouvrière, pour un meilleur avenir de tous les travailleurs.

Abandonnée par ses alliés de la veille et dépourvue de tout appui, la Commune devait inéluctablement essuyer une défaite. Toute la bourgeoisie de la France, tous les grands propriétaires fonciers, toute la Bourse, tous les fabricants, tous les voleurs grands et petits, tous les exploiteurs se liguèrent contre elle. Cette coalition bourgeoise soutenue par Bismarck (qui libéra 100 000 prisonniers français pour réduire Paris) réussit à dresser les paysans ignorants et la petite bourgeoisie provinciale contre le prolétariat parisien et à enfermer la moitié de Paris dans un cercle de fer (l’autre moitié étant investie par l’armée allemande).

Dans certaines grandes villes de France (Marseille, Lyon, Saint-Etienne, Dijon et ailleurs), les ouvriers tentèrent également de s’emparer du pouvoir, de proclamer la Commune et d’aller secourir Paris, mais ces tentatives échouèrent rapidement. Et Paris, qui leva le premier le drapeau de l’insurrection prolétarienne, se trouva réduit à ses seules forces et voué à une perte certaine.

Pour qu’une révolution sociale puisse triompher, deux conditions au moins sont nécessaires : des forces productives hautement développées et un prolétariat bien préparé. Mais en 1871 ces deux conditions faisaient défaut. Le capitalisme français était encore peu développé et la France était surtout un pays de petite bourgeoisie (artisans, paysans, boutiquiers, etc.). Par ailleurs, il n’existait pas de parti ouvrier ; la classe ouvrière n’avait ni préparation ni long entraînement et dans sa masse, elle n’avait même pas une idée très claire de ses tâches et des moyens de les réaliser. Il n’y avait ni sérieuse organisation politique du prolétariat, ni syndicats ou associations coopératives de masse…

Mais ce qui manqua surtout à la Commune, c’est le temps, la possibilité de s’orienter et d’aborder la réalisation de son programme. Elle n’avait pas encore eu le temps de se mettre à l’oeuvre que le gouvernement de Versailles, soutenu par toute la bourgeoisie, engageait les hostilités contre Paris. La Commune dut, avant tout, songer à se défendre. Et jusqu’à la fin, survenue entre les 21 et 28 mai, elle n’eut pas le temps de penser sérieusement à autre chose.

Au demeurant, malgré des conditions aussi défavorables, malgré la brièveté de son existence, la Commune réussit à prendre quelques mesures qui caractérisent suffisamment son véritable sens et ses buts. La Commune remplaça l’armée permanente, instrument aveugle des classes dominantes, par l’armement général du peuple ; elle proclama la séparation de l’Église et de l’État, supprima le budget des Cultes (c’est-à-dire l’entretien des curés par l’État), donna à l’instruction publique un caractère tout à fait laïque et par là même porta un coup sérieux aux gendarmes en soutane. Dans le domaine purement social, elle n’eut pas le temps de faire beaucoup de choses, mais le peu qu’elle fit montre avec suffisamment de clarté son caractère de gouvernement ouvrier, populaire : le travail de nuit dans les boulangeries fut interdit ; le système des amendes, ce vol légalisé des ouvriers, fut aboli ; enfin, la Commune rendit le fameux décret en vertu duquel toutes les fabriques, usines et ateliers abandonnés ou immobilisés par leurs propriétaires étaient remis aux associations ouvrières qui reprendraient la production. Et comme pour souligner son caractère de gouvernement authentiquement démocratique et prolétarien, la Commune décida que le traitement de tous les fonctionnaires de l’administration et du gouvernement ne devait pas dépasser le salaire normal d’un ouvrier et en aucun cas s’élever au-dessus de 6 000 francs par an.

Toutes ces mesures montraient assez clairement que la Commune s’avérait un danger mortel pour le vieux monde fondé sur l’asservissement et l’exploitation. Aussi la société bourgeoise ne put-elle dormir tranquille tant que le drapeau rouge du prolétariat flotta sur l’Hôtel de Ville de Paris. Et lorsque, enfin, les forces gouvernementales organisées réussirent à l’emporter sur les forces mal organisées de la révolution, les généraux bonapartistes, battus par les Allemands et courageux contre leurs compatriotes vaincus firent un carnage comme jamais Paris n’en avait vu. Près de 30 000 Parisiens furent massacrés par la soldatesque déchaînée, près de 45 000 furent arrêtés dont beaucoup devaient être exécutés par la suite ; des milliers furent envoyés au bagne ou déportés. Au total, Paris perdit environ 100 000 de ses fils et parmi eux les meilleurs ouvriers de toutes les professions.

La bourgeoisie était contente. « Maintenant, c’en est fait du socialisme, et pour longtemps ! », disait son chef, le nabot sanguinaire Thiers, après le bain de sang qu’avec ses généraux il venait d’offrir au prolétariat parisien. Mais ces corbeaux bourgeois croassaient à tort. À peine six ans après l’écrasement de la Commune, alors que nombre de ses combattants croupissaient encore au bagne ou languissaient en exil, le mouvement ouvrier renaissait déjà en France. La nouvelle génération socialiste, enrichie par l’expérience de ses aînés et nullement découragée par leur défaite, releva le drapeau tombé des mains des combattants de la Commune et le porta en avant avec assurance et intrépidité aux cris de « Vive la révolution sociale ! Vive la Commune ! » Et quelques années plus tard, le nouveau parti ouvrier et l’agitation qu’il avait déclenchée dans le pays obligeaient les classes dominantes à remettre en liberté les communards restés aux mains du gouvernement.

Le souvenir des combattants de la Commune n’est pas seulement vénéré par les ouvriers français, il l’est par le prolétariat du monde entier. Car la Commune lutta non point pour quelque objectif local ou étroitement national, mais pour l’affranchissement de toute l’humanité laborieuse, de tous les humiliés, de tous les offensés. Combattante d’avant-garde de la révolution sociale, la Commune s’acquit des sympathies partout où le prolétariat souffre et lutte. Le tableau de sa vie et de sa mort, l’image du gouvernement ouvrier qui prit et garda pendant plus de deux mois la capitale du monde, le spectacle de la lutte héroïque du prolétariat et de ses souffrances après la défaite, tout cela a enflammé l’esprit de millions d’ouvriers, fait renaître leurs espoirs et gagné leur sympathie au socialisme. Le grondement des canons de Paris a tiré de leur profond sommeil les couches les plus arriérées du prolétariat et donné partout une impulsion nouvelle à la propagande révolutionnaire socialiste. C’est pourquoi l’oeuvre de la Commune n’est pas morte ; elle vit jusqu’à présent en chacun de nous.

La cause de la Commune est celle de la révolution sociale, celle de l’émancipation politique et économique totale des travailleurs, celle du prolétariat mondial. Et en ce sens, elle est immortelle.

Lénine, avril 1911

A la mémoire de la Commune: un article de Lénine en 1911 pour le 40 e anniversaire de la Commune de Paris qui commença le 18 mars 1871
Partager cet article
Repost0
4 novembre 2016 5 04 /11 /novembre /2016 06:00
Ouest-France, 3 novembre 2016

Ouest-France, 3 novembre 2016

Partager cet article
Repost0
2 novembre 2016 3 02 /11 /novembre /2016 21:09
Tsiganes, cette longue ségrégation (Adrien Rouchaléou, L'Humanité - 31 octobre 2016)
Tsiganes, cette longue ségrégation
ADRIEN ROUCHALEOU
LUNDI, 31 OCTOBRE, 2016
L'HUMANITÉ

La reconnaissance de la responsabilité de la France dans l’internement des Tsiganes durant la Seconde Guerre mondiale n’est qu’un premier pas.

« Le jour est venu et il fallait que cette vérité soit dite. » Ce 29 octobre, à Montreuil-Bellay (Maine-et-Loire), François Hollande visitait le plus grand des camps dans lequel l’État français internait les Tsiganes durant la Seconde Guerre mondiale. « La République reconnaît la souffrance des nomades qui ont été internés et admet que sa responsabilité est grande dans ce drame », a reconnu le président de la République. Il fallait que cette vérité soit dite, en effet, mais est-ce pour autant toute la vérité ? Si elle en est l’apogée criminel, l’histoire des vexations, des discriminations, de la haine de la France pour les communautés nomades vivant sur son territoire ne se limite pas à cette période.

L’historien Emmanuel Filhol, spécialiste de l’histoire des Tsiganes de France, la fait remonter au XVIIe siècle, celui des premières politiques raciales, celui du Code noir de Colbert. C’est de cette époque que datent les premières sédentarisations forcées de nomades manouches, roms, gitans ou bohémiens, sous peine de galères pour les hommes ou de tonsure (déjà) pour les femmes. Par la suite, la IIIe République obligera, par une loi du 6 juin 1912, chaque nomade à partir de 13 ans à posséder un carnet anthropométrique, avec empreintes de chacun des doigts, données anthropométriques et photos de face et de profil, comme celles que les policiers utilisaient pour les bandits. Chaque famille détient un carnet collectif, avec obligation de le faire viser par la gendarmerie chaque fois qu’elle s’installe dans une commune. Quand éclate la Première Guerre mondiale, les « Romanichels » d’Alsace et de Lorraine sont déjà perçus par les autorités françaises comme des traîtres potentiels, des espions de l’ennemi. Sans autre cause que leur appartenance à la communauté tsigane, ils sont alors arrêtés, déportés et « internés » dans près de 70 camps, souvent dans le sud de la France (Alès, Saint-Maximin, Crest, etc.). Des familles y sont séparées, la nourriture est rationnée. Ils vivent sans carreaux aux fenêtres. Un enfer qui ne prendra fin qu’avec le traité de Versailles, en 1919.

Dans des camps insalubres et non chauffés

Tout cela nous rappelle qu’il n’a pas fallu attendre la Seconde Guerre mondiale pour que la France et la République ne maltraitent ses populations tsiganes. Mais avec celle-ci, la répression envers ces populations va prendre une ampleur inédite. Et là aussi, il sera difficile de faire porter le chapeau au seul envahisseur nazi. C’est par un décret signé par le président français Albert Lebrun, le 6 avril 1940, soit près de trois mois avant la capitulation devant l’Allemagne, que les nomades sont interdits de circulation. Et si sous l’Occupation les nazis font ouvrir de nombreux camps pour les enfermer, c’est le gouvernement français de Vichy qui décidera tout seul de l’ouverture des camps de Saliers et de Lannemezan, en zone libre, deux endroits spécialement dédiés aux Tsiganes, en plus de ceux de Rivesaltes, du Barcarès ou d’Argelès-sur-Mer, où étaient aussi enfermés des juifs. En tout, le pays comptera plus d’une trentaine de camps dans lesquels seront internés plus de 6 000 Tsiganes.

Dans ces camps insalubres et non chauffés, les Tsiganes français ne sont pas déportés vers les camps de la mort, comme ceux des autres pays d’Europe. Les hommes sont contraints au travail et les enfants (qui représentent plus du tiers des internés) reçoivent une « éducation », notamment religieuse, dans le but de les faire rompre avec leur culture en leur imposant les préceptes d’une société sédentaire. Certains quand même sont envoyés vers les camps de la mort, comme à Poitiers où, selon les travaux des historiens Daniel Pechanski et Jacques Sigot, la municipalité décide de les déporter à la place de jeunes de la région. Dans les camps de la mort, du moins dans un premier temps, les Tsiganes ne sont pas exterminés, mais on les laisse mourir de faim ou de maladies, quand ils ne servent pas de cobayes aux sinistres expériences du Dr Mengele. À partir de 1944, les nazis finissent tout de même par décider de les gazer.

En 1945, c’est la Libération. Mais pas pour les Tsiganes de France. Il faut attendre le 1er juin 1946 pour que les derniers internés soient autorisés à quitter le camp des Alliers, en Charente. Mais pour aller où ? Ils sont relâchés dans la nature, dépossédés de leurs biens. Les communes ne les acceptent plus. Une circulaire du 24 juillet 1946 invite même les maires à distinguer les « bons » Tsiganes sédentarisés des « mauvais » qui perpétuent leur mode de vie. Jamais depuis, ces populations n’ont été indemnisées. Elles patienteront jusqu’au 2 février 2011 pour qu’une institution, le Parlement européen, ne commémore enfin le « génocide des Roms par les nazis ». Aujourd’hui encore, en France, les nomades sont tenus de posséder un livret de circulation.

Une telle histoire laisse des traces… et des stéréotypes sur ce qu’il est désormais convenu d’appeler les « gens du voyage ». Les déclarations d’un ancien ministre de l’Intérieur socialiste, depuis devenu premier ministre et qui considérait en septembre 2013 que « seule une minorité » de Roms avaient vocation à s’intégrer et que « ces populations ont des modes de vie extrêmement différents des nôtres et sont évidemment en confrontation », résonnent étrangement. La reconnaissance par la République de la responsabilité de la France dans la sombre histoire de la Seconde Guerre mondiale est évidemment tardive, mais bienvenue. Elle ne peut être qu’un début.

Partager cet article
Repost0
31 octobre 2016 1 31 /10 /octobre /2016 09:09
Fresque de Diego Rivera , Palais national du Mexique, L'épopée du peuple mexicain (1929-1935)

Fresque de Diego Rivera , Palais national du Mexique, L'épopée du peuple mexicain (1929-1935)

Frida Kahlo et Diego Rivera au cours d'une manifestation du 1er mai 1929 (photo de Tina Modotti)

Frida Kahlo et Diego Rivera au cours d'une manifestation du 1er mai 1929 (photo de Tina Modotti)

Une nouvelle ère s'ouvre au Mexique quand la révolution contre la dictature du président Porfirio Diaz, élu pour la septième fois, éclate, avec l'insurrection menée par Madero, Emiliano Zapata, Pancho Villa. Vont suivre dix années de guerre civile terrible qui vont faire un million de morts au bout desquels une stabilité relative va finir par s'installer.

La septième élection que brigue Diaz met le feu aux poudres. Le 20 novembre 1910, « l’apôtre de la révolution », Francisco Ignacio Madero, déclencha une insurrection. Commençait alors dix ans d’une guerre civile qui fait un million de mort.

C’est finalement Alvaro Obregons qui, ayant assassiné Zapata le 10 avril 1919, met fin à ces dix années de lutte. 

"A partir de 1920, avec la création d'un ministère des affaires culturelles au Mexique sous la direction de José Vasconcelos, l'alphabétisation fut non seulement poussée, mais un vaste mouvement de renouveau culturel fut en même temps mis en branle. Son but était l'assimilation sociale et l'intégration culturelle de la population indienne ainsi que le recouvrement d'une culture mexicaine autonome. Alors que les éléments culturels indiens avaient été refoulés depuis la conquête espagnole et que l'art académique influencé par l'Europe avait été encouragé depuis le XIXe siècle jusqu'à la Révolution, la réorientation ne tarda plus. Beaucoup d'artistes, qui avaient trouvé dégradante l'imitation des modèles étrangers jusque-là courante, réclamèrent désormais un art mexicain indépendant détaché de l'académisme. Ils exigèrent que l'on se souvienne de ses origines mexicaines et que l'on revalorise l'art populaire" (Andrea Kettenmann, Frida Kahlo 1907-1954: Souffrance et passion, Taschen).     

L'exposition du Grand Palais consacrée aux artistes mexicains apporte une grande bouffée d'air frais aux musées de peinture parisiens, des couleurs chatoyantes et une beauté brute, violente, renvoyant à la vie, à l'histoire vibrante et au peuple. On y découvre ou y redécouvre des artistes extraordinaires, profondément originaux, qui avaient un engagement social et  révolutionnaire très fort.  

Auparavant, au début du siècle, plusieurs artistes mexicains vont trouver aussi leur inspiration à Paris, ville des avant-gardes au début du XXe siècle, comme le très grand Diego Rivera qui s'installe à Montparnasse en 1911 et restera dix ans, partageant un temps le même immeuble que Mondrian. A Montparnasse, il fréquente Pablo Picasso et Fernand Léger, deux artistes qui deviendront communistes comme lui. André Salmon décrit Rivera alors comme "un géant bafouilleur, modérément chevelu mais échevelé, barbu suffisamment, montrant les dents, costaud jusqu'à faire impression mais mal bâti; quelque chose comme un gorille abonné aux séances de croquis d'une Académie..."

Un "gorille" épicurien beau parleur et jouisseur et un homme à femme. Comme en témoigne la beauté de ses conquêtes, Lupe sa seconde femme, Guadalupe, "au port de reine, un rien hautaine, la démarche d'un félin" qui fait l'admiration de Edmund Winston, le grand photographe américain amant de Tina Modotti vivant avec elle à Mexico de 1923 à 1926, Frida Kahlo, bien sûr, sa seconde femme, et ses conquêtes passagères comme la belle artiste italienne Tina Modotti. Diego Rivera rencontra Frida Kahlo en 1929 grâce au cercle communiste de Tina Modotti et du réfugié cubain Julio Antonio Mella.         

Edmund Winston dans son journal raconte ses soirées avec Diego Riviera et Lupe: 

"19 novembre, le soir. Diego et Lupe Rivera étaient chez nous, roucoulant, cette fois, comme des tourtereaux. Ce sont des "nino" par ci, "nina" par là. Elle arborait un nouveau collier de corail. Elle plaisante: "A Guadalajara, tout le monde prenait Diego pour mon père. Quand je disais que c'était mon mari, on me demandait: comment peut-on épouser un tel éléphant?"  

" 7 décembre. Chez Monna et Rafael pour le chocolat, lequel est servi à six heures l'après-midi, au lieu de cinq heures, pour le thé. Présence d'un sénateur mexicain et de sa guitare, charro (cow-boy) élancé et chic. Il s'est battu deux ans aux côtés de Villa, pendant la Révolution. Chacun, ici, semble avoir participé aux combats. "Villa était sans doute l'homme le plus aimé des Mexicains, nous confie le sénateur. C'était une personnalité exceptionnelle, qui a mené un juste combat pour les opprimés". Et nous qui, aux Etats-Unis, grâce à la presse censurée, prenions Villa pour un gangster! Lupe et le sénateur fredonnent tout au long de la soirée des chansons populaires mexicaines, quelques-unes à la mémoire et à la gloire de Pancho Villa. Diego est présent. Je l'examine avec attention. Son six-coup et sa cartouchière, prêts à servir, contrastent étrangement avec son sourire avenant. On l'a surnommé le Lénine de Mexico. Ici les artistes sont proches du Parti Communiste.. Rivera possède de petites mains délicates, celles d'un artisan. Ses cheveux se dégarnissent autour du front, laissant un vide de près de la moitié de son visage, sorte de dôme majestueux, large, étiré. Chandler, sidéré par Diego, ses formes imposantes, son rire contagieux, son énorme pistolet, me demande: "S'en sert-il lorsqu'on critique ses oeuvres?"   

Rentré au Mexique en 1922, Diego Rivera va devenir un des très grandes peintres muralistes mexicains, avec le français émigré au Mexique Jean Charlot, Orozco, Siqueiros, peintre communiste comme Rivera.

   

  

 

Diego Rivera à Paris

Diego Rivera à Paris

Guadalupe Marin - la seconde femme de Diego Rivera (ils se sont mariés en 1922)

Guadalupe Marin - la seconde femme de Diego Rivera (ils se sont mariés en 1922)

Tina Modotti (1924) - portrait d'Edmund Winston

Tina Modotti (1924) - portrait d'Edmund Winston

Diego Rivera et Frida Kahlo en 1932

Diego Rivera et Frida Kahlo en 1932

Diego Rivera (1886-1957) - Portait d'Alfonso Best Maugard (réalisé à Paris en 1913)

Diego Rivera (1886-1957) - Portait d'Alfonso Best Maugard (réalisé à Paris en 1913)

Paysage zapatiste (1913, Paysage zapatiste) - à cette époque les paysages et portraits cubistes de Diego Rivera rivalisent avec ceux de Picasso que Rivera n'hésitera pas d''ailleurs à accuser de plaggiat

Paysage zapatiste (1913, Paysage zapatiste) - à cette époque les paysages et portraits cubistes de Diego Rivera rivalisent avec ceux de Picasso que Rivera n'hésitera pas d''ailleurs à accuser de plaggiat

Portrait de Ramon Gomez de la Serna (DIego Rivera, 1913)

Portrait de Ramon Gomez de la Serna (DIego Rivera, 1913)

vendeuses d'arums

vendeuses d'arums

Diego Rivera - fresque sociale représentant la vie (idéalisée) des Indiens dans le Sud du Mexique

Diego Rivera - fresque sociale représentant la vie (idéalisée) des Indiens dans le Sud du Mexique

Mexique enchanté, Mexique maudit, Mexique de l'art et de la culture révolutionnaires: une exposition magnifique au Grand Palais à Paris sur les artistes du Mexique entre 1900 et 1950
Diego Rivera: "L'homme à la croisée des chemins" (1924) - fresque au Rockefeller Center de New York ( Rivera y introduit le portrait de Lénine)

Diego Rivera: "L'homme à la croisée des chemins" (1924) - fresque au Rockefeller Center de New York ( Rivera y introduit le portrait de Lénine)

Pan American Unity (1940), Diego Rivera

Pan American Unity (1940), Diego Rivera

Frida Kahlo représentée sur "Pan American Unity"

Frida Kahlo représentée sur "Pan American Unity"

Autoportrait de Frida Kahlo (vers 1938) - "The Frame" - pour l'exposition Mexique organisée par André Breton à Paris en 1939, petit format avec des ornements floraux

Autoportrait de Frida Kahlo (vers 1938) - "The Frame" - pour l'exposition Mexique organisée par André Breton à Paris en 1939, petit format avec des ornements floraux

"Les deux Frida" (1939): ce tableau fascinant et atroce peint peu après le divorce de Frida Kahlo avec Diego Rivera exprime toute la souffrance de l'artiste, divisée entre elle-même, dont le coeur est mis à nu

"Les deux Frida" (1939): ce tableau fascinant et atroce peint peu après le divorce de Frida Kahlo avec Diego Rivera exprime toute la souffrance de l'artiste, divisée entre elle-même, dont le coeur est mis à nu

Frida Kahlo (1940): "Autoportrait aux cheveux coupés"

Frida Kahlo (1940): "Autoportrait aux cheveux coupés"

Frida Kahlo, après sa rupture en 1939, se remarie avec Diego Rivera en 1940 à San Francisco. Cette photo bouleversante prise à l'hôpital ABC de Mexico où Frida séjourna 9 mois suite à la dégradation de son état de santé date de 1950: Frida est opérée 7 fois de la colonne vertébrale et passe neuf mois à l'hôpital. Elle mourra dans sa maison bleue en 1954 tandis que Rivera mourra la même année que Malcom Lowry, l'auteur de "Au-dessous du volcan", en 1957. Frida Kahlo avait adhéré au Parti Communiste Mexicain en 1948. Elle était déjà un compagnon de route, s'engageant dans la solidarité avec les républicains espagnols, même si elle avait hébergé Léon Trotski et sa femme Natalia Sedova en 1937. Diego Rivera était allé à Moscou en 1927, Siqueiros en 1928.

Frida Kahlo, après sa rupture en 1939, se remarie avec Diego Rivera en 1940 à San Francisco. Cette photo bouleversante prise à l'hôpital ABC de Mexico où Frida séjourna 9 mois suite à la dégradation de son état de santé date de 1950: Frida est opérée 7 fois de la colonne vertébrale et passe neuf mois à l'hôpital. Elle mourra dans sa maison bleue en 1954 tandis que Rivera mourra la même année que Malcom Lowry, l'auteur de "Au-dessous du volcan", en 1957. Frida Kahlo avait adhéré au Parti Communiste Mexicain en 1948. Elle était déjà un compagnon de route, s'engageant dans la solidarité avec les républicains espagnols, même si elle avait hébergé Léon Trotski et sa femme Natalia Sedova en 1937. Diego Rivera était allé à Moscou en 1927, Siqueiros en 1928.

"Sueno de la Malinche" - le rêve de Malinche (la femme aztèque de Cortès) de Antonio Ruiz (1939): huile sur bois 30 x 40 cm

"Sueno de la Malinche" - le rêve de Malinche (la femme aztèque de Cortès) de Antonio Ruiz (1939): huile sur bois 30 x 40 cm

la marchande de fruits - Olga Casta (1931) - tableau présent à l'exposition du Grand Palais

la marchande de fruits - Olga Casta (1931) - tableau présent à l'exposition du Grand Palais

Francisco Goita, Tata Jesuchristo (1925-1927) - Francisco Goita donne une image non idéalisée, emprunte d'un dégoût profond de la violence et des horreurs de la guerre, de la révolution mexicaine

Francisco Goita, Tata Jesuchristo (1925-1927) - Francisco Goita donne une image non idéalisée, emprunte d'un dégoût profond de la violence et des horreurs de la guerre, de la révolution mexicaine

Francisco Goita, paysage de Zacatecas avec pendu (1914)

Francisco Goita, paysage de Zacatecas avec pendu (1914)

"La Révolution, le peuple en armes: Les Soldats de Zapata" - David Alfaro Siqueiros, fresque du musée national d'histoire à Mexico

"La Révolution, le peuple en armes: Les Soldats de Zapata" - David Alfaro Siqueiros, fresque du musée national d'histoire à Mexico

Les funérailles de Caïn - le poulet sacrifié représente le capitalisme (1947)

Les funérailles de Caïn - le poulet sacrifié représente le capitalisme (1947)

Notre Image Actuelle - 1947, Siqueiros

Notre Image Actuelle - 1947, Siqueiros

Siqueiros 1945: Nouvelle Démocratie - la Démocratie inquiète et douloureuse se libère du fascisme après la victoire contre les nazis

Siqueiros 1945: Nouvelle Démocratie - la Démocratie inquiète et douloureuse se libère du fascisme après la victoire contre les nazis

David Alfaro Siqueiros naît à Chihuahua (nord du Mexique) en 1896. Il a 13 ans quand ses parents partent s'installer à México. Comme Orozco, il est étudiant à l'école des Beaux-arts de Mexico, anciennement Académie "Sans carlos" ainsi qu'à l'école de Peinture Santa Anita. Comme beaucoup d'autres jeunes, c'est un idéaliste qui ne supporte plus la dictature étouffante de Porfirio Díaz. En 1914, il décide de s'engager aux côtés des révolutionnaires. A 20 ans, il est sous-lieutenant de l'Armée Constitutionnaliste. Il reste quatre ans et devient gradé. Cette expérience guerrière le marquera profondément et influencera son œuvre. Comme il le dira lui-même : « Sans cette participation à la Révolution, il n'aurait pas été possible plus tard de concevoir et de réaliser le mouvement pictural moderne mexicain ». Oui, de cette révolution politique naîtra une révolution artistique qui se concrétisera dans les fresques de Siqueiros mais aussi dans celles de Rivera, d'Orozco, d'O'Gorman... En 1919, il part en Europe. Il visite Paris où il peut y rencontrer Diego Rivera qui s'y trouve déjà depuis quelques années. Cette amitié lui permet de rencontrer les cercles artistiques alors en pleine ébullition à Paris. Il aiguise aussi sa conscience politique et sociale au contact des théoriciens et des activistes de tous bords. En septembre 1922, on le retrouve à Barcelone, où il publie un « Manifeste pour un Art Révolutionnaire Mexicain ». Le ton est donné...

L'énorme colonel - portrait de David Alfaro Siqueiros (1896- 1974)

L'énorme colonel - portrait de David Alfaro Siqueiros (1896- 1974)

Ethnographie - peinture de Siqueiros (1928)

Ethnographie - peinture de Siqueiros (1928)

José Clemente Orozco, Hispanic -America from The Epic of American Civilization - Baker Library - Dartmouth College, 1932-1934

José Clemente Orozco, Hispanic -America from The Epic of American Civilization - Baker Library - Dartmouth College, 1932-1934

Partager cet article
Repost0
27 octobre 2016 4 27 /10 /octobre /2016 10:40
Georges Guigouin, le préfet du maquis (L'Humanité - Magali Jauffret, 27 octobre 2005)

Disparition de Georges Guingouin, le 27 octobre 2005


Georges Guingouin : « Le préfet du maquis », un article de Magali Jauffret publié dans l’Humanité du 8 juillet 2010
Chef de la Résistance du Limousin, maire de Limoges, il était un personnage de légende, héroïque et désobéissant. Il ne se soumettra pas, d’ailleurs, aux directives du Parti communiste lorsqu’elles lui sembleront injustifiées, ce qui lui vaudra d’être évincé pour n’être réhabilité qu’en 1998.
Nous sommes en février 1941. Il vient d’avoir vingt-huit ans. À quoi pense Georges Guingouin, caché dans la cabane souterraine d’une sapinière du mont Gargan, en ce Limousin boisé et peuplé de croquants, pour échapper aux Allemands et à la milice ? S’autorise-t-il même à penser, à rêver alors que le temps dicte de faire entrer les paroles dans la vie ? Il faut faire tourner la ronéo pour sortir l’Humanité clandestine, imaginer un plan pour nourrir le maquis, trouver de quoi imprimer de faux papiers, arriver à saboter les batteuses. Empêcher la livraison de blé à Hitler sera de la première importance…
Les soirs de combat, quand la mort rôde trop, après avoir assisté les blessés, accompagné les mourants, des vers de Victor Hugo, appris par cœur à l’école à Bellac, puis transmis aux enfants du temps où il était instituteur à Saint-Gilles-les-Forêts, remontent le fil de sa mémoire et calment son envie de hurler. Dans ces moments-là, toucher ainsi à la fragilité de l’humain le rapproche de son père qu’il n’a pas eu le temps de connaître et qui repose, avec sept cents de ses camarades, dans la fosse commune d’un village du Nord.
Évoquer Georges Guingouin, c’est explorer les qualités de désobéissance, d’héroïsme, de loyauté de l’homme, lorsqu’il est à son meilleur niveau. C’est aussi comprendre la singularité fondatrice de ce Limousin rouge qui, après avoir bercé de nombreux communards, offre à la nation de sacrés maquisards.
Juste après ce 18 juin 1940, blessé, mais déterminé à ne pas être fait prisonnier par les Allemands, Guingouin s’enfuit de l’hôpital Sainte-Madeleine de Moulins. Il est l’un des premiers à penser la nécessité de créer un réseau clandestin contre Vichy. Il n’a aucun mal à convaincre les paysans communistes de la région d’Eymoutiers, parmi lesquels Andrée Audouin, qui deviendra journaliste à l’Humanité, de grimper avec lui dans la montagne avec des fusils. « Tu as été le seul normalien de Limoges à participer à la grève du 12 février 1934, lui disent-ils. Tu es solide. On te suit. »
Les années passent. Le charisme, l’intelligence terrienne de Georges Guingouin s’affirment. Chef de la résistance civile dans la région, il est capable de diriger, à l’apogée de la lutte, des hommes aussi différents que 8 750 FTP, 4 100 membres de l’Armée secrète, 1 000 membres de l’organisation Résistance armée, 300 républicains espagnols et 500 ex-Vlassov. Cerveau de nombreux sabotages, il multiplie les coups gagnants contre l’économie de guerre, contre les lignes de communication de l’armée allemande. Ce faisant, il ne néglige pas la lutte des classes et s’allie les paysans en leur permettant de garder le fourrage et le blé, en rémunérant correctement les produits agricoles, en faisant revenir le pain blanc sur les tables grâce à des décrets signés « le préfet du maquis ».
Enfin, on le découvre stratège. La capture, le 9 juin 1944, du Sturmbannführer Kämpfe, « héros » de la division d’élite SS Das Reich, retarde cette dernière de deux jours, dans sa mise en mouvement vers la Normandie. Le général Eisenhower reconnaît que ce retard a sauvé la tête de pont alliée. Mais ce n’est pas tout. Le 3 août, procédant à une manœuvre d’encerclement de Limoges, il obtient sans effusion de sang la capitulation du général Geiniger. Mieux : des escadrons de gendarmes et de gardes mobiles, qui se terraient dans la campagne limousine, se rendent à lui après l’avoir pourchassé.
Les années passant, l’isolement gagnant, Georges Guingouin, sans contacts ni directives, prend insensiblement ses distances avec les décisions du Parti qui ne lui semblent pas opportunes. Lorsqu’il ne partage pas les mêmes analyses, lorsque les directives lui semblent aventureuses, lorsque le coût en vies humaines lui paraît trop élevé, il désobéit. Son personnage n’en finit pas de soulever la controverse. Prend-il conscience que pareilles libertés, insoumissions, prises de distance avec l’appareil sont inconcevables dans un contexte de guerre froide, d’adhésion à la IIIe Internationale, de culte de la personnalité ? En tout cas, le portrait dressé de lui, à l’époque, est terriblement schizophrénique. Surnommé affectueusement Lou Grand à l’intérieur du maquis, il est, à l’extérieur, traité de « fou qui vit dans les bois, se levant la nuit pour écraser des chiens ».
Guingouin l’ignore, mais il est déjà diabolisé, pris dans les mâchoires d’une étrange et double tenaille, étranglé par les manœuvres conjointes de socialistes, de vichystes revanchards, mais aussi des siens, qui l’accusent de « travail fractionnel », d’« acceptation sans protestation des éloges de la presse américaine », de razzia sur les fonds secrets de la Résistance ! Deux exclusions valant mieux qu’une, un procès de Moscou est en marche dans le Limousin contre celui qui devient maire communiste de Limoges de 1945 à 1947 et que de Gaulle élève au grade de compagnon de la Libération. Un grave accident automobile, une machination judiciaire qui l’envoie en prison, dans le coma et en hôpital psychiatrique parachèvent ce tableau de l’indignité.
Georges Guingouin, finalement réhabilité par le secrétaire national du PCF d’alors, Robert Hue, en février 1998, est l’honneur des communistes français. Anticipant la déstalinisation, sa vie atteste que les valeurs communistes se valident à l’aune d’une liberté ressentie, questionnée en permanence et nourrie de l’humain. En 1964, il rédige une adresse aux membres du 17e Congrès du Parti communiste français. Se plaignant de la rupture entre les paroles et les actes au détriment de l’idéal proclamé, il conclut par ces mots : « Au soir des combats, j’ai bercé dans mes bras des mourants (...), j’ai tenté des actions désespérées pour sauver ceux qui étaient destinés aux fours crématoires et au poteau d’exécution. Croyez-moi, c’est cette vertu de compréhension qu’il faut pratiquer pour trouver l’art d’avancer. »

(Lu sur la page Facebook de Robert Clément)

Georges Guigouin, le préfet du maquis (L'Humanité - Magali Jauffret, 27 octobre 2005)
Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : Le chiffon rouge - PCF Morlaix/Montroulez
  • : Favoriser l'expression des idées de transformation sociale du parti communiste. Entretenir la mémoire des débats et des luttes de la gauche sociale. Communiquer avec les habitants de la région de Morlaix.
  • Contact

Visites

Compteur Global

En réalité depuis Janvier 2011