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13 décembre 2025 6 13 /12 /décembre /2025 09:22
Solidarité avec le camp de réfugié palestinien du Liban de Wavel - Venez acheter des articles au marché de l'association Morlaix-Wavel sur le parvis de Dialogues ce 13 décembre 2025
Solidarité avec le camp de réfugié palestinien du Liban de Wavel - Venez acheter des articles au marché de l'association Morlaix-Wavel sur le parvis de Dialogues ce 13 décembre 2025
Solidarité avec le camp de réfugié palestinien du Liban de Wavel - Venez acheter des articles au marché de l'association Morlaix-Wavel sur le parvis de Dialogues ce 13 décembre 2025

Solidarité avec le camp de réfugié palestinien du Liban de Wavel -

Samedi 13 décembre de 9h30 à 17h, vente de poteries palestiniennes et articles divers sous l’auvent de la librairie Dialogues.

Venez acheter des articles au marché de l'association Morlaix-Wavel sur le parvis de la librairie Dialogues ce 13 décembre 2025 

A noter aussi dans vos agendas: 

Vendredi 19 décembre de 17h à 20h vente de ces poteries devant le café épicerie de Locquénolé.

Marché artisanal à Plourin les Morlaix dans la salle du Cheval Blanc le dimanche 12 avril 2026 de 10h à 18h, entrée libre, comme l’an dernier.

L'argent envoyé par Morlaix - Wavel au camp de réfugiés palestinien du Liban de Wavel permet d'acheter des livres pour les écoles. 1000 euros ont été envoyés le mois dernier.

L'argent envoyé par Morlaix - Wavel au camp de réfugiés palestinien du Liban de Wavel permet d'acheter des livres pour les écoles. 1000 euros ont été envoyés le mois dernier.

L'argent envoyé par Morlaix - Wavel au camp de réfugiés palestinien du Liban de Wavel permet d'acheter des livres pour les écoles

L'argent envoyé par Morlaix - Wavel au camp de réfugiés palestinien du Liban de Wavel permet d'acheter des livres pour les écoles

Solidarité avec le camp de réfugié palestinien du Liban de Wavel - Venez acheter des articles au marché de l'association Morlaix-Wavel sur le parvis de Dialogues ce 13 décembre 2025
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6 décembre 2025 6 06 /12 /décembre /2025 07:12
Théo Serfaty, sur les traces de son grand-père Abraham, le « Mandela marocain » (L'Humanité, 1er décembre 2025)

Théo Serfaty, petit-fils du militant communiste Abraham Serfaty, juif marocain opposé à Hassan II, s’est replongé dans l’histoire de son grand-père, dont il vient de faire rééditer Écrits sur la Palestine.

L'Humanité - Publié le 1 décembre 2025 

Aurélien Soucheyre

On peut avoir un grand-père surnommé le « Mandela marocain » sans prendre immédiatement la mesure du symbole. « À mes yeux, il était surtout quelqu’un de chaleureux qui me faisait sauter sur ses genoux. Je savais qu’il avait fait de la prison, mais je ne savais pas trop pourquoi », raconte Théo Serfaty.

Ce grand-père, Abraham Serfaty, communiste, juif marocain, antisioniste, adversaire résolu du roi Hassan II, a passé dix-sept ans en prison, avant d’être libéré grâce à la mobilisation internationale, en 1991. « Je suis né juste avant son expulsion en France. Quand on est enfant, on trouve tout normal. Je pensais que c’était son métier de faire des conférences. Je voyais qu’il était souvent nommé citoyen d’honneur de villes communistes, mais pour moi ça n’avait rien de surprenant », poursuit Théo.

Et c’est dans cette même apparence de normalité que Théo voit ensuite son grand-père être autorisé à rentrer au Maroc, Mohammed VI dépêchant un avion pour le rapatrier. « Sur place, il y a des attroupements autour de nous, je vois des gens essayer de lui baiser la main. Le roi lui offre une magnifique villa face à la mer où on passe des vacances inoubliables, avant que mon grand-père décide de refuser la villa et de la rendre. »

Des engagements politiques qui ont pesé sur la famille Serfaty

Rien de plus banal… Abraham meurt en 2010, à 84 ans. Théo en a 19. Le parcours de son grand-père est salué : son combat pour l’indépendance du Maroc, qui lui vaut d’être emprisonné par la France dès 1950.

Puis sa participation au nouvel État marocain, après l’indépendance, en tant que directeur de cabinet du ministre de l’Économie et directeur général des mines. Abraham Serfaty aurait pu rester membre de la caste dirigeante toute sa vie.

« Sauf qu’il était communiste. Il voulait la justice sociale et la propriété collective des richesses. Il s’est opposé frontalement à la trahison des dirigeants africains contre leurs peuples. Il était persuadé que les pays du Sud sortant de la colonisation avaient tous les moyens pour retrouver leur pleine souveraineté », résume Théo.

Abraham Serfaty soutient la grève des mineurs de Khouribga, est révoqué de ses fonctions, fonde le mouvement marxiste-léniniste Ila Al Amane, avant de plonger dans la clandestinité. Ses frères sont persécutés, sa sœur torturée à mort. « Cela fait partie du lourd poids que ses engagements ont fait peser sur la famille », murmure Théo. Abraham est lui-même arrêté, torturé, condamné à la réclusion à perpétuité.

« Je me politise par la fête »

Mais en 2010, Théo n’a pas encore tout ça à l’esprit. « Je pense à faire la fête. Et je me politise par la fête. » En 2014, il fonde une association avec des copains qui trouvent que les fêtes sont « nulles, commerciales, pas chaleureuses, trop chères ». Ils organisent alors de grandes soirées de plus en plus politiques et investissent des tiers-lieux. Arrive le combat contre la loi El Khomri et Théo devient membre de la commission musique de Nuit debout.

Il travaille pour le festival L’Boulevard à Casablanca, écrit un mémoire sur les festivals et la politique, ce qui l’amène en 2017 à atterrir à… la Fête de l’Humanité ! « Je suis tombé amoureux de cette Fête, de ses gens, ses militants, son rôle, son histoire, ses combats… » avoue l’actuel responsable de l’accueil et de la programmation de la Fête.

Un rendez-vous populaire où son grand-père avait été accueilli sous les applaudissements, en 1991. « Je n’ai pas pris le même chemin que lui, mais je suis arrivé au même endroit », sourit Théo, désormais mû par un devoir de mémoire. « Peu à peu, j’ai senti un poids sur mes épaules. Je voyais les amis de mon grand-père mourir les uns après les autres. Je me suis mis à organiser une bibliographie, à numériser ses archives… »

La réédition d’« Écrits sur la Palestine » comme évidence

Survient alors le 7 octobre 2023, avec les attaques terroristes du Hamas contre Israël qui ont fait 1 200 morts, et la réplique génocidaire israélienne, avec des bombardements pendant plus de deux ans sur Gaza et au moins 70 000 morts.

Rééditer Écrits sur la Palestine d’Abraham Serfaty devient pour Théo une évidence. « Il était à la fois juif, arabe, athée, communiste, antisioniste, anticolonialiste, antiraciste et adversaire de l’antisémitisme. Il voyait venir la dérive suprémaciste des dirigeants israéliens. Il estimait que le Hamas était le pire ennemi de la Palestine. Il défendait la paix, à long terme avec un seul État, et à court terme avec deux États selon les accords d’Oslo. »

Le livre vient de paraître aux éditions Syllepse. Théo a encore d’autres écrits à publier. Et, qui sait, d’autres ancêtres sur lesquels enquêter. « Je suis hispano-marocain par mon père, et franco-russe par ma mère. Son nom de famille est Rimski-Korsakov. Cette branche de la famille est liée au célèbre compositeur. Ils ont fui la Révolution russe. » Mais, chez Théo Serfaty, le Marocain rouge semble bien avoir pris l’avantage sur le Russe blanc.

Écrits sur la Palestine. Éditions Syllepse 256 pages. 19 €.

« La nation ne se fonde pas sur des mythes racistes » : qui était Abraham Serfaty, militant de la paix communiste, arabe, juif et antisioniste

Théo Serfaty - L'Humanité 24 octobre 2025 

Abraham Serfaty a milité toute sa vie pour un Maroc démocratique et une Palestine libre. Enfermé dans les geôles d’Hassan II, condamné à l’exil, le révolutionnaire marocain a payé cher ses engagements contre l’oppression et le colonialisme. Retour sur le parcours et les idées d’une figure majeure du mouvement arabe d’émancipation, décédé le 18 novembre 2010.

Il était de celles et ceux qui ne se taisaient pas. Ni les années de prison, d’isolement, de clandestinité, de torture ou d’exil n’auront réussi à le briser ou à lui enlever son amour indéfectible pour la justice et la liberté. Abraham Serfaty a consacré sa vie à œuvrer pour ces valeurs fondamentales. En premier lieu, au Maroc, qu’il a essayé d’accompagner, avec nombre de ses camarades, du protectorat à l’indépendance, de la monarchie à la démocratie.

Cela lui a valu, entre autres, dix-sept ans de prison et une vie de lutte. Et dans un second temps, pour la Palestine, qu’il a souhaitée de tout son être voir libérée avant sa mort. Comme il le disait lui-même : « Nous tous, juifs antisionistes dans le monde, nous devons effectivement contribuer à l’œuvre révolutionnaire contre l’État sioniste (…) pour déraciner les formes d’oppression millénaire qui trouvent leur apogée dans l’agonie impérialiste. » « La nation ne se fonde pas sur des mythes racistes… Être arabe juif, c’est être juif parce qu’arabe et arabe parce qu’arabe juif ».1

Abraham Serfaty était viscéralement attaché à l’union entre les peuples. Il écrivait dans « la Mémoire de l’Autre » : « Je ne comprenais pas et je refusais en mon for intérieur cette structure raciste de castes – c’est cela, avant tout, qui a fondé l’engagement de ma vie ».2 Tout au long de sa vie, il n’aura eu de cesse d’essayer de s’adresser à ses frères et sœurs juifs et juives arabes en Israël comme en Palestine, tout comme il n’aura eu de cesse d’essayer de s’adresser à ses frères et sœurs marocains ou sahraouis. Il aura payé le prix fort pour cet idéal d’union au-delà des frontières, des idéologies et des logiques libérales. Il ne se nourrissait d’aucune haine mais d’un amour profond pour les peuples, pour la justice et pour la dignité humaine. Il était internationaliste et révolutionnaire et n’avait pour seule boussole que l’autodétermination des peuples et la lutte contre toute forme d’impérialisme.

Après l’indépendance de 1956, il prend des responsabilités dans les nouvelles institutions de l’État marocain

Il naît en janvier 1926 à Casablanca sous le protectorat français dans une famille juive tangéroise. Abraham s’engage à 18 ans, dès 1944, au sein du Parti communiste marocain. Il poursuit cet engagement tout au long de ses études en France jusqu’à son diplôme de l’École des mines en 1949, puis il revient au Maroc afin de lutter pour l’indépendance de son pays. C’est ce combat qui lui vaut un premier emprisonnement en 1950. À la suite des émeutes de 1952 à Casablanca, il est expulsé en France, en résidence surveillée, sous prétexte qu’il serait brésilien, son grand-père ayant mené quelques aventures entrepreneuriales sur les rives de l’Amazonie.

Après l’indépendance de 1956, il prend des responsabilités dans les nouvelles institutions de l’État marocain, au cabinet du ministre de l’Économie, Abderrahim Bouabid, en tant que directeur de cabinet, puis en tant que directeur général des Mines et de la Géologie. Il en profitera pour diriger l’élaboration du statut législatif du mineur qui était, pour l’époque, très avancée et permettait, en théorie, aux syndicats d’exercer directement un contrôle auprès des entreprises minières.

À la suite de ce séjour ministériel, il prend la direction de l’Office chérifien des phosphates (OCP) en tant que directeur technique. Ainsi, il participera à la planification, au développement et à l’automatisation de tout un pan de l’industrie marocaine. L’OCP est spécialisé dans l’extraction, la transformation et la commercialisation du phosphate et de ses dérivés. Cette industrie représente aujourd’hui presque 10 % du PIB marocain.3 Mais très vite, en 1968, il prend fait et cause pour les ouvriers en grève de Khouribga, ce qui lui vaut un renvoi sur mesure disciplinaire. Il enseigne ensuite à l’école Mohammadia des ingénieurs et à l’école des Mines de Rabat.

Pressentant l’impasse du stalinisme vers laquelle les partis communistes à travers le monde se dirigent, et plus spécifiquement le Parti communiste marocain, il rejoint en 1968 l’équipe éditoriale de la revue culturelle et littéraire « Souffles ». Là où les révoltes populaires de 1965 ont apporté une nouvelle façon d’entrevoir les lignes de fracture entre la monarchie absolue et la soi-disant opposition, « Souffles » (Anfas) apporte un nouvel outil théorique à la contestation permettant d’agréger une jeunesse radicalisée et une partie de la gauche désillusionnée des promesses post-indépendance.

Arrêté en février 1972 par le régime d’Hassan II

Abraham Serfaty liait lutte des classes et combat culturel pour l’autonomie des peuples. Il était convaincu que tout processus révolutionnaire implique de revenir aux principes, aux valeurs et aux fondements de chaque civilisation que l’impérialisme a bouleversés. C’est ainsi que dès 1969, « Souffles » prend un tournant plus politique. Au troisième trimestre 1969, pour son quinzième numéro, la revue publie un numéro spécial sur la Palestine – « Pour la révolution palestinienne » – mais également de nombreux articles sur la décolonisation en Afrique, le Sahara occidental et le système capitaliste mondialisé.

En 1970, il rompt officiellement avec le Parti communiste marocain et fonde Ila Al Amame (En avant), organisation marxiste-léniniste que rejoignent de nombreux jeunes avides de démocratie. Arrêté en février 1972 par le régime d’Hassan II, il sera libéré quelques semaines plus tard à la suite de nombreuses manifestations dans les rues des grandes villes marocaines, en particulier Casablanca, où les jeunes scandent « Liberté pour Serfaty ! ».

Malheureusement, cette liberté ne sera que de courte durée. Quelques jours plus tard, il échappe à une nouvelle arrestation qui le fera entrer dans la clandestinité pendant presque trois ans. Entre-temps, c’est sa sœur, Evelyne, qui paiera de sa vie la dignité et le silence qu’elle aura opposé à la police alors qu’elle était torturée pour lui faire dire où se trouvait son frère. Où il était, personne ne le sait vraiment. Il aurait fait quelques allers-retours entre la France et le Maroc, aidé des camarades internationaux. Mais, surtout, il a rencontré et été caché par Christine Daure, future Christine Daure-Serfaty. Professeur de français et militante infatigable des droits de l’homme et des prisonniers politiques marocains avec laquelle il se mariera et finira sa vie.

Abraham Serfaty est finalement de nouveau arrêté le 10 novembre 1974. Pendant quatorze mois, il est détenu à l’isolement au bagne de Derb Moulay Cherif, les yeux bandés, les mains liées, soumis à la torture. Jusqu’en janvier 1976, personne ne sait où il se trouve. En janvier 1977, c’est le procès des 139 frontistes : il est condamné à la réclusion à perpétuité pour « complot visant à renverser la monarchie » et « atteinte à la sûreté de l’État ». À la fin du procès, il s’exclame : « Vive la République sahraouie ! Vive la République marocaine ! Et vive l’union du Maroc et du Sahara ! ». Un cri qu’il considère comme l’honneur de sa vie et qui lui vaudra à nouveau deux ans d’isolement. 

Pour le militant, le sionisme « est contraire à toutes les traditions et aux acquis du judaïsme européen »

La même année, en plein procès, son premier livre, « Lutte antisioniste et révolution arabe », est publié aux éditions des Quatre-Vents. C’est un condensé d’études, de textes publiés dans « Souffles » et dans « Tsédek » 4 de 1967 à 1972. Un premier apport théorique qu’il approfondira en prison de 1981 à 1985. Ces textes composent la grande majorité de l’œuvre qui vient d’être rééditée chez Syllepse. Abraham Serfaty y affirme son opposition à un récit homogène et unilatéral sur la nation juive : « Il n’y a pas de peuple israélien mais un conglomérat artificiel de populations. » Il s’attache à montrer un sionisme qui, pour lui, véhicule une idéologie raciste, colonialiste et impérialiste.

Pour le militant, le sionisme « est contraire à toutes les traditions et aux acquis du judaïsme européen » et « à toute la glorieuse histoire, plus que millénaire du judaïsme arabe et méditerranéen ». Là où le judaïsme arabe est universaliste, tolérant et enraciné dans la civilisation musulmane, le sionisme est nationaliste et défend une idéologie matérialiste de la nation tout en imposant une idéologie raciale d’origine européenne. C’est ainsi qu’il qualifie le sionisme comme « la négation du judaïsme arabe ».

La perspective révolutionnaire est donc pour lui la seule qui permettra d’articuler les judéités et les arabités dans un même épanouissement. Mais cela implique « un processus révolutionnaire exigeant (…) qui ne peut rester limité au peuple palestinien. L’interpénétration du sionisme et des intérêts vitaux de l’impérialisme au Moyen-Orient et dans la Méditerranée contraint à l’interpénétration de la révolution palestinienne et de la révolution arabe, elle-même partie intégrante de la révolution mondiale ». 

Ces « Écrits de prison sur la Palestine » forment le premier livre qu’il publie dans son nouvel exil en France, le 13 septembre 1992, après presque dix-huit ans d’emprisonnement et une intense campagne internationale pour sa libération. Après la sortie de prison de Nelson Mandela, il était le plus vieux prisonnier politique d’Afrique. Il paie sa liberté au prix de sa nationalité et cet exil forcé l’amène à se battre ardemment pour retrouver sa patrie. Au gré des livres, de 1992 à 1998, sa voix se fait l’écho de critiques sévères à l’égard de la monarchie : « Dans les prisons du roi – Écrits de Kenitra sur le Maroc » publié chez Messidor/Éditions Sociales en 1992, « la Mémoire de l’autre » publié chez Stock en 1993, « le Maroc, du noir au gris » publié chez Syllepse, déjà, en 1998.

En 1999, à la mort d’Hassan II, le roi Mohammed VI l’invite à revenir dans son pays, à retrouver les siens, à retrouver sa terre, son passeport et son identité. Il s’engage alors, et à nouveau, dans le processus démocratique qui se relance au Maroc, de 2000 à 2005. Il est conseiller spécial auprès de la direction de l’Onarep (Office national de recherche et d’exploitations pétrolières) mais très vite, il s’éloigne et prend ses distances, à nouveau. Il meurt à 84 ans, le 18 novembre 2010, à Marrakech, au terme d’une vie vouée à la défense d’« un monde plus juste », comme il me l’a dédicacé sur la page de garde de l’un de ses livres. 

Collection : « Des paroles en actes »  Auteur-e : Abraham Serfaty  Parution : octobre 2025 Pages : 280 Format : 150 x 210 ISBN : 979-10-399-0310-3

Collection : « Des paroles en actes » Auteur-e : Abraham Serfaty Parution : octobre 2025 Pages : 280 Format : 150 x 210 ISBN : 979-10-399-0310-3

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6 décembre 2025 6 06 /12 /décembre /2025 06:30
Francis Wurtz: Alerte rouge, la solidarité internationale en péril
Francis Wurtz, ancien président du groupe communiste au Parlement Européen, chroniqueur dans L'Humanité Magazine 
 
ALERTE ROUGE : LA SOLIDARITÉ INTERNATIONALE EN PÉRIL !
 
« Pour les ONG françaises de solidarité internationale, la chute historique de l'aide publique au développement a conduit cette année à l'arrêt de 1300 projets de coopération, qui touchent directement 15 millions de bénéficiaires dans le monde et se traduit par le licenciement de 10 000 personnes chargées de mener à bien ces projets ! Et ces chiffres sont sans doute déjà dépassés à l'heure qu'il est ! » Le constat d'Olivier Bruyeron , président de « Coordination Sud » -qui représente plus de 180 organisations de solidarité internationale- est accablant. Après une première coupe à la hache de 39% dans le budget de 2025 par rapport à 2024, l'adoption du projet de budget 2026 du gouvernement conduirait à une chute de plus de 50% de la mission « Aide publique au développement » des ONG -soit quelque 3 milliards d'euros- en l'espace de deux ans ! Cette fragilisation sans précédent des organisations de la société civile , encore accentuée par le licenciement forcé de nombre d’acteurs et d’actrices de la solidarité, se traduira inévitablement par un lourd déficit de soutien aux populations les plus vulnérables.
Cette régression aux conséquences dévastatrices sur le terrain est en contradiction radicale avec les engagements solennels du Président de la République comme avec les votes unanimes des députés et des sénateurs ! Ainsi, le 4 août 2021, le Parlement adoptait, sans aucune voix contre, une « loi de programmation » (planifiant des dépenses sur plusieurs années) relative au « développement solidaire et à la lutte contre les inégalités mondiales ».
Quant au Chef de l'Etat, il s'est adressé aux Françaises et aux Français, le 5 mai 2023, pour leur expliquer pourquoi « la France doit donner l'exemple » en la matière : « En luttant contre la pauvreté dans le monde, rappelait-il fort justement, nous luttons contre les causes profondes des guerres (...), nous incarnons nos valeurs (...), nous investissons dans notre sécurité collective ». Et d'annoncer « plus de moyens pour les pays vulnérables » ! Depuis, le nouveau mantra de l'Elysée est l'ode à la militarisation de la société jusqu'au « sacrifice de ses enfants »...
Ce lâche abandon, calqué sur celui de l'Allemagne, de la Grande-Bretagne en plus de celui, particulièrement féroce, des Etats-Unis, a d'ores et déjà un coût humain colossal. Coordination Sud relève que « Les coupes américaines seules pourraient entraîner plus de 1,6 million de morts liées au VIH et 550 000 à la malnutrition » selon le New York Times. D'après une enquête menée par l'Organisation mondiale de la santé auprès de 108 pays, les baisses enregistrées ont eu pour conséquence « une réduction pouvant atteindre 70% des services essentiels : soins maternels, vaccination, préparation et réponse aux urgences, surveillance des maladies ». Plus de 50 Etats signalent aussi des pertes d'emplois dans le secteur de la santé et l'interruption de programmes de formation (1). On frémit en imaginant l'étendue du désastre supplémentaire imputable à la France et à l'Europe...
C'est dire s'il faut relayer avec force l'alerte rouge lancée par les organisations de solidarité internationale, jusqu'à rendre intenable l'irresponsable position de nos décideurs.
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(1) ONU Info: « Aide internationale en recul : l'OMS plaide pour un financement durable de la santé » (3/11/2025)
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26 novembre 2025 3 26 /11 /novembre /2025 12:35
Jeudi 27 novembre - Pour l'honneur de Gaza - Ciné-rencontre avec Iyad Alasttal au Cinéma la Salamandre (avec l'AFPS, dans le cadre de la solidarité internationale)
Jeudi 27 novembre - Pour l'honneur de Gaza - Ciné-rencontre avec Iyad Alasttal au Cinéma la Salamandre (avec l'AFPS, dans le cadre de la solidarité internationale)
Jeudi 27 novembre - Pour l'honneur de Gaza - Ciné-rencontre avec Iyad Alasttal au Cinéma la Salamandre (avec l'AFPS, dans le cadre de la solidarité internationale)
Jeudi 27 novembre - Pour l'honneur de Gaza - Ciné-rencontre avec Iyad Alasttal au Cinéma la Salamandre (avec l'AFPS, dans le cadre de la solidarité internationale)
Jeudi 27 novembre - Pour l'honneur de Gaza - Ciné-rencontre avec Iyad Alasttal au Cinéma la Salamandre (avec l'AFPS, dans le cadre de la solidarité internationale)
C'EST DEMAIN !
En partenariat avec le cinéma La Salamandre, l’AFPS organise un ciné-débat autour du documentaire « Pour l’honneur de Gaza », en présence du cinéaste gazaoui Iyad Alasttal, ce jeudi 27 novembre.
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26 novembre 2025 3 26 /11 /novembre /2025 12:28
Solidarité avec le camp de réfugiés de Jalazone en Palestine: faites un don avec le PCF Pays de Morlaix et Morlaix Wavel AJPF
Solidarité avec le camp de réfugiés de Jalazone en Palestine: faites un don avec le PCF Pays de Morlaix et Morlaix Wavel AJPF
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26 novembre 2025 3 26 /11 /novembre /2025 12:00
« 1 million d’oliviers pour la paix en Palestine » : Le PCF renforce sa solidarité !

Le PCF a lancé une mobilisation nationale en faveur de la paix et de la justice en Palestine avec sa campagne de solidarité internationale, « 1 million d’oliviers pour la paix ». Initiée par la fédération du Val-de-Marne le 22 avril 2025 - Journée internationale de la Terre -, cette initiative a été rapidement adoptée par le Conseil national du Parti, renforçant ainsi sa portée politique.

L’élan de solidarité s’est propagé : de nombreuses fédérations départementales ont adhéré (Lot-et-Garonne, Gers, Finistère, Oise, Hérault, Pyrénées-Atlantiques, Var, Meurthe-et-Moselle, Bouches-du-Rhône et Gironde), rejointes par des sections locales comme Draguignan, Rennes, Fougères et Paris 20e. Cette action militante a déjà permis de collecter 35 000 € de dons auprès de la population - une première étape vers l’objectif ambitieux de 100 000 euros. C’est un succès et un signe fort de mobilisation populaire.

Grâce à ses militants, la solidarité s’est déployée dans les quartiers, les villes et sur les marchés. Tout en exigeant le respect du droit international auprès de Macron, ces initiatives politiques démontrent à la population que le PCF est à ses côtés pour défendre la paix, la justice et le droit international. Le PCF, qui s’est toujours tenu aux côtés du peuple palestinien, l’a encore illustré par la conférence internationale organisée le 4 juin dernier avec l’OLP.

Alors qu’en France, le gouvernement criminalise les mairies communistes qui soutiennent la Palestine, cette opération permet de verser 10 euros pour un olivier planté en Cisjordanie occupée. Menée en partenariat avec l’Association palestinienne des agronomes arabes (AAA) et coordonnée en France par Amitié Palestine Solidarité (APS), cette campagne politique est un acte de résistance pacifique face à la colonisation et à l’occupation israéliennes. En s’appuyant sur des partenaires palestiniens progressistes et laïques, le PCF affirme sa volonté de soutenir la lutte de libération nationale du peuple palestinien, tout en préparant la reconstruction de demain.

L’olivier, symbole de résistance et enjeu économique

Depuis 1967, plus d’un million d’oliviers ont été détruits par les colons et les militaires israéliens. Cette destruction systématique vise à priver les Palestiniens de leurs terres et de leurs moyens de subsistance. L’olivier, pilier de la culture palestinienne, est la cible d’une stratégie de dépossession programmée pour empêcher la création d’un État de Palestine viable et souverain. La production d’huile d’olive représente un fort enjeu économique et participe de la souveraineté alimentaire des Palestiniens. La cueillette des olives 2025 fait l’objet d’une violence sans précédent des colons.

Pour Issa Elshatleh, vice-président de l’AAA, « cette stratégie vise à éliminer la présence palestinienne en Cisjordanie par des attaques systématiques, des intimidations et des restrictions. Nous appelons à une intervention urgente de la communauté internationale pour protéger les droits des Palestiniens. » Planter un olivier permet ainsi de soutenir la résistance populaire, d’apporter une aide économique aux 100 000 familles de producteurs agricoles et de protéger la terre face à la colonisation.

Dans un contexte de génocide et de nettoyage ethnique, plusieurs voix ont souligné l’importance et la portée politique de la campagne nationale du PCF. Lors de la Fête de l’Humanité, Ofer Cassif, député communiste à la Knesset, a salué la campagne comme un acte concret de résistance contre « le fascisme, le sionisme et la colonisation ». Il a insisté sur la nécessité de lier lutte politique et solidarité internationale et a dénoncé la complicité des États-Unis et de l’Union européenne, appelant à unir les forces progressistes pour une paix fondée sur le droit international. De son côté, Hala Abou Assira, ambassadrice de Palestine en France, a remercié les communistes pour leur engagement : « L’olivier, symbole de paix, est aussi celui de notre indépendance et de notre identité. C’est notre relation à la terre qui nous donne la force de résister. C’est une lutte internationaliste contre le fascisme, un combat commun contre les criminels. »

Mobilisation internationale et solutions politiques

Le 22 octobre, une visioconférence a réuni Fadwa Khader (membre du bureau politique du Parti du peuple palestinien, PPP), Ephraïm Davidi (membre du bureau politique du Parti communiste d’Israël, PCI) et Issa Elshatleh (AAA), ainsi que les fédérations engagées. Tous ont mis en évidence les liens entre la réimplantation des oliviers, les enjeux socio-économiques et l’action politique concrète, comme moyen de défendre les droits fondamentaux des Palestiniens.

Fadwa Khader a dénoncé les effets dramatiques de l’occupation : fragmentation et annexion des territoires, pauvreté, entraves à l’accès aux soins et à l’éducation. Elle a appelé à renforcer le mouvement BDS (Boycott, Désinvestissement, Sanctions) pour contraindre Israël à respecter le droit international. Ephraim Davidi a, quant à lui, insisté sur la « fascisation » du régime israélien. Démontrant l’alliance stratégique entre le projet colonial sioniste et le projet impérialiste de Trump, il a souligné que la présence militaire américaine en Israël menace la paix régionale.

L’enjeu politique pour le PCI est de changer les rapports de forces en Israël contre la colonisation et l’occupation. Malgré la répression, les deux dirigeants communistes ont salué la bataille politique qu’ils mènent ensemble (PPP et PCI) et appellent à un engagement international, notamment via une conférence internationale pour la paix.
Enfin, le PCF et les participants ont souligné qu’une simple reconnaissance de l’État de Palestine ne suffit pas. Dans le cadre d’une solution à deux États, avec Jérusalem-Est pour capitale, des actes politiques forts et immédiats sont nécessaires pour une Palestine libre et souveraine, notamment des sanctions politiques, économiques et diplomatiques contre Israël, ainsi que la fin de la colonisation et de l’occupation.

Appel à amplifier la solidarité

Avec les organisations de l’OLP (dont le PPP) et le PCI, cette campagne permet de mener la bataille politique pour la souveraineté, le droit et la dignité du peuple palestinien. Elle se présente comme un outil de mobilisation populaire, au service des citoyens et des associations.

Pour Ozer Oztorun, secrétaire départemental du Val-de-Marne, il est urgent d’agir : « Nous avons une responsabilité politique. Nous avons besoin d’amplifier notre mobilisation, de ne rien céder au fascisme. Avec les campagnes «Urgence Gaza, Urgence Palestine» et celle des oliviers, plus de 60 000 € ont déjà été collectés. Nous irons nous-mêmes planter ces oliviers sur la terre du peuple palestinien au printemps 2026, avec une délégation d’élus et de militants communistes. »

En conclusion, un objectif ambitieux de 100 000 € est fixé. Amplifions notre solidarité internationale, en exigeant auprès de la France et de l’Union européenne un cessez-le-feu réel et immédiat, pour une paix juste et durable, fondée sur le droit international et l’autodétermination du peuple palestinien.

Cristine Hernandez - CRI PCF 94
coordinatrice de la campagne « 1 million d’oliviers pour la paix »


Le PCF met à disposition des fédérations et sections du matériel de diffusion : exemples de communiqués de presse pour lancement campagne, tracts, présentation politique de l’opération, bons de soutien, points financiers, lettres de remerciement, affiches, autocollants et organise des visio conférences avec les partenaires en Palestine, les membres de l’OLP (dont PPP) et le PCI…

Pour soutenir la campagne « 1 million d’oliviers pour la paix en Palestine », vous pouvez faire un don de 10 euros par olivier planté sur la plateforme HelloAsso.

Article publié dans CommunisteS, numéro 1063 du 19 novembre 2025.

« 1 million d’oliviers pour la paix en Palestine » : Le PCF renforce sa solidarité !
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16 novembre 2025 7 16 /11 /novembre /2025 17:27
« Ce régime veut effrayer et laisser croire qu’il est impossible de réaliser un tel film » : avec « les Aigles de la République », le cinéaste en exil Tarik Saleh conclut sa trilogie sur Le Caire (L'Humanité, 11 novembre 2025)
« Ce régime veut effrayer et laisser croire qu’il est impossible de réaliser un tel film » : avec « les Aigles de la République », le cinéaste en exil Tarik Saleh conclut sa trilogie sur Le Caire

Les Aigles de la République clôt la trilogie cairote du cinéaste suédo-égyptien Tarik Saleh. On y retrouve son acteur fétiche Fares Fares en star du cinéma égyptien contraint d’incarner, dans un biopic boursouflé, le président Al Sissi.

Michaël Mélinard

Dernier volet de la trilogie du Caire de Tarik Saleh (Le Caire confidentiel, la Conspiration du Caire), les Aigles de la République poursuit l’exploration des structures de pouvoir dans la capitale égyptienne. Cette fois, l’acteur fétiche du cinéaste, Fares Fares, incarne George Fahmy, la star de cinéma la plus populaire d’Égypte.

Les autorités tissent une toile pour le contraindre à incarner Al Sissi, le président du pays, dans un biopic hagiographique. Peu importe leurs différences physiques, le dirigeant veut un interprète à sa mesure. Mais en pactisant avec le régime, George se retrouve pris dans un engrenage qui met sa vie et celle de ses proches en danger.

Dans un thriller politique implacable, le cinéaste suédo-égyptien convoque des personnages troubles, des femmes fortes, écrasées par la violence des hommes et les oripeaux d’une dictature qui tente de masquer sa médiocrité dans le clinquant et l’éclat du cinéma.

Que permet ce mélange entre des éléments du cinéma égyptien des années 1950 et 1960 et le monde contemporain ?

Tarik Saleh

Réalisateur

Il y a trois réponses différentes. La première concerne la temporalité. Au Caire – le conquérant en arabe – la cohabitation entre le passé, le présent et le futur est compliquée. Même un pharaon ou Al Sissi, qui représentent l’équivalent d’un clignement d’œil dans l’histoire de l’Égypte, doivent se plier aux règles de la ville.

 

Moubarak a cru pouvoir mettre Le Caire à sa botte. Il a dû s’en aller. La trilogie évoque ces hommes qui pensaient soumettre la ville. La deuxième est liée au fait que je n’ai pas mis les pieds en Égypte, où je suis persona non grata depuis dix ans. L’Égypte est un souvenir qui s’éloigne, une photo qui se brouille.

Mes films sont la mémoire d’un endroit : une porte, un coin de rue, le son produit par une radio. J’essaie de recréer une réalité parallèle. Ces films sont ma vision très personnelle du Caire. Mais elle est plus réelle que la télévision ou les films égyptiens qui ne sont que propagande ou soap operas. La troisième tient à la nostalgie de ces acteurs qui se prennent pour Marlon Brando ou imitent des figures légendaires comme Cary Grant.

Que signifie être un cinéaste en exil ?

Ne pas pouvoir retourner en Égypte, que j’adore, est l’une des plus grandes déceptions de ma vie. Je m’imagine souvent y entrer clandestinement avec un faux passeport même si j’ai promis à ma femme de ne pas le faire. Je suis né en Suède mais je ne me sens pas 100 % suédois. Et je ne me sens pas 100 % égyptien non plus.

Mais, au Caire ou à Alexandrie où j’ai fait mes études universitaires, j’ai l’impression de rentrer à la maison. En Suède ou en Europe, les personnes de couleur sont constamment interrogées sur leurs origines. J’appartiens à un entre-deux, à une troisième voie dans laquelle je me sens à ma place.

J’ai davantage de points communs avec un cinéaste d’Iran, de Norvège ou de Russie qu’avec Al Sissi ou un abruti suédois même si nous partageons les mêmes langues et cultures. Mais l’exil est extrêmement douloureux. Parfois les gens interrogent ma légitimité à raconter des histoires égyptiennes. Ce n’est pas seulement un droit, c’est un devoir. Parce que je suis libre de montrer Al Sissi et de décrire une élite privilégiée.

« J’aimerais dire que cela n’arrive qu’en Égypte mais, aux États-Unis, Trump surveille Hollywood »

Au-delà de l’Égypte, de quelles relations de pouvoir entre l’art et l’industrie parle le film ?

Depuis sa prise de pouvoir, Al Sissi a la main sur l’industrie audiovisuelle. L’Égypte a longtemps pu profiter du milliard d’arabophones pour asseoir sa position dominante du Maroc à l’Irak. Mais elle recule. Qui s’intéresse à Al-Ikhtiyar, une série télévisée sur Al Sissi, incarné par un acteur grand et chevelu ?

J’aimerais dire que cela n’arrive qu’en Égypte mais, aux États-Unis, Trump surveille Hollywood. Larry Ellison qu’on appelle « le président de l’ombre » vient d’acheter Paramount et vise maintenant Warner Bros. Toute cette puissance se consolide autour d’un leader qui n’accepte pas d’être critiqué.

L’Europe va-t-elle s’en inspirer ? La population doit se rappeler qu’historiquement, l’art a été à 99 % une manifestation du pouvoir : une pyramide construite pour un pharaon divin, la chapelle Sixtine pour prouver l’existence de Dieu et affirmer que le pape est son représentant sur terre.

L’art libre équivaut à un îlot. Je reste néanmoins très optimiste parce que les gens ont une relation privée avec les histoires, la peinture, la musique. Les artistes se faufilent, apportent de l’humanité, de la liberté, des rêves et des aspirations.

Que risque l’équipe du film pour sa participation à ce film critique sur Al Sissi ?

Nous ne le savons pas encore. Mais ce régime veut effrayer, laisser croire qu’il est impossible de réaliser un tel film. Je suis très transparent avec mes collaborateurs. Je leur explique mes intentions pour qu’ils prennent leur décision en leur âme et conscience. Ils ont été très courageux. La majeure partie de l’équipe veut défier ce régime.

Mais ce qui nous inquiète le plus, c’est le soutien à Al Sissi des leaders européens et états-uniens qui l’ont couvert de récompenses. Que leur a-t-il promis en échange ? La fermeture de Rafah pour que le génocide puisse se poursuivre ou celle de la frontière afin qu’aucun Africain ne puisse rejoindre l’Europe ?

Une chose est sûre, il n’a rien fait pour sa population. Je ne suis pas un cinéaste politique mais je suis conscient que ce que je fais a des conséquences politiques. Mais le plus important réside dans la révolution en germe avec la génération Z en Afrique. Ils vont renverser ces leaders. Et l’Europe devrait se demander ce qu’elle lui dira quand cette génération aura renversé ces tyrans.

Les gens n’ont pas de travail, pas le minimum nécessaire et on les humilie, on leur tire dessus dès qu’ils protestent. Je viens d’un pays où Greta Thunberg est partie rejoindre une zone de guerre en bateau. Elle ne veut pas voyager en avion privé ou aller au concert de Beyoncé. On ne peut pas arrêter cette nouvelle génération.

Les Aigles de la République, de Tarik Saleh, Suède, France, Danemark, 2 h 9. En salle le 12 novembre.

« Ce régime veut effrayer et laisser croire qu’il est impossible de réaliser un tel film » : avec « les Aigles de la République », le cinéaste en exil Tarik Saleh conclut sa trilogie sur Le Caire (L'Humanité, 11 novembre 2025)
 Les Aigles de la République » de Tarik Saleh, la dictature égyptienne mise en abyme

Un célèbre acteur égyptien est contraint d’incarner le maréchal putschiste dans un film à sa gloire. Le troisième long métrage du cinéaste suédois Tarik Saleh mêle critique du pouvoir militaire et hommage au cinéma des années 1950-1960. Passionnant.

Sophie Joubert - L'Humanité

Le cru 2025 du Festival de Cannes est décidément très politique. Qu’il s’agisse de Deux procureurs, de Sergei Loznitsa, plongée kafkaïenne dans l’arbitraire stalinien, d’Eddington, d’Ari Aster, charge farcesque contre les suprémacistes blancs et les complotistes qui ont fait le lit de Trump 2, ou de l’Agent secret, de Kleber Mendonça Filho, sur la mémoire des disparus sous la dictature brésilienne, la compétition prend le réel à bras-le-corps sans pour autant oublier la forme et les questions de cinéma.

Preuve en est la sélection des Aigles de la République, troisième long métrage du Suédois (de père égyptien) Tarik Saleh. Cette critique sans détour du régime du maréchal Sissi, au pouvoir depuis le coup d’État militaire de juillet 2013, est d’abord un hommage aux mythiques studios du pays, haut-lieu du cinéma dans les années 1950-1960. Celles et ceux qui ont aimé Le Caire confidentiel (2017) et la Conspiration du Caire (2022) ne seront pas dépaysés, ce nouvel opus formant avec les deux précédents une trilogie noire qui ne dit pas son nom.

S’il se passe aujourd’hui, le film noue un dialogue avec l’âge d’or du cinéma égyptien mais aussi hollywoodien et la trajectoire des cinéastes juifs qui ont fui l’Allemagne nazie. Dès le somptueux générique, des affiches peintes sur la façade d’un studio d’où sort le personnage principal comme s’il traversait l’écran, Tarik Saleh joue sur la mise en abyme. À travers le prisme du cinéma et le tournage d’un nanar de propagande à la gloire du dictateur, il questionne le rapport à la vérité et au mensonge, la relation de l’artiste avec le pouvoir et l’argent.

Flambeur, menteur, incarnation d’une masculinité à l’ancienne

Surnommé le « pharaon de l’écran », George Fahmy (l’impeccable Fares Fares, comédien fétiche de Tarik Saleh) est une vedette populaire des studios du Caire. Séparé de sa femme, Marianne, la mère de son fils, il entretient une liaison avec Donya (Lyna Khoudri), une aspirante actrice sans talent qui pourrait être sa fille. Flambeur, menteur, incarnation d’une masculinité à l’ancienne, il vit une existence libre en prenant soin de sauver les apparences.

Convoqué par le bureau de la censure (représenté par un trio de femmes voilées), qui voit d’un mauvais œil son appartenance à la minorité copte et sa consommation d’alcool, il est presque simultanément approché par l’éminence grise du dictateur, le Docteur Mansour.

 

La demande est claire et ne souffre aucun refus : l’acteur devra incarner le maréchal Sissi dans un film qui retrace son coup d’État contre l’ancien président Morsi, la « révolution » dans la langue de bois du régime. Catapulté dans les cercles rapprochés du pouvoir, les fameux Aigles de la République, l’acteur rencontre la magnétique Suzanne (Zineb Triki, vue dans le Bureau des légendes), dont il tombe amoureux malgré le danger.

Entre film noir et comédie qui vire au tragique, Tarik Saleh met en place une mécanique qui s’enfonce dans les rouages de la dictature militaire, représentée comme un théâtre d’ombres, un décor de cinéma dont les coulisses sont filmées en plongée pour mieux en révéler les faiblesses. Si Al Sissi est essentiellement présent de biais, par les affiches de propagande et ses prises de parole à la télévision, la terreur, elle, est bien réelle. À mesure que le piège se referme sur George, qui a passé un pacte faustien avec le Dr Mansour, le seul civil de la bande et marionnettiste de l’opération, ses proches sont intimidés, enlevés, torturés.

L’esthétique très travaillée du cinéaste

Tourné en Turquie (Tarik Saleh a été expulsé d’Égypte en 2015), le film s’appuie sur des décors et des costumes soignés qui font davantage référence à un présent fantasmé qu’à la réalité du pays. On retrouve dans les Aigles de la République l’esthétique très travaillée du cinéaste. Des virées nocturnes façon polar rappellent celles du chauffeur de taxi du Caire confidentiel. Sa façon de filmer l’institution, ici l’armée, ses codes et son décorum fait écho à son regard sur les religieux dans la Conspiration du Caire.

Jusqu’à la référence à l’assassinat de Sadate, le 6 octobre 1981, rejoué lors d’une extraordinaire scène de parade militaire. Si l’histoire est centrée sur un héros masculin aux manières aussi vintage que ses chemises, les personnages féminins existent vraiment, interrogeant avec un humour subtil une virilité adossée au nationalisme.

Comme dans ce dîner où la femme lettrée du ministre castre littéralement un cuistre qui affirme que Shakespeare était arabe en lui clouant le bec. Quant au peuple, dont le pouvoir fait bien peu de cas, il est représenté par un groupe de vieillards qui parient sur les courses de chevaux dans la rue en écoutant la radio, loin des studios de cinéma.

Les Aigles de la République, de Tarik Saleh, Suède-France-Danemark, 2 h 9

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15 novembre 2025 6 15 /11 /novembre /2025 06:29
Présidentielle au Chili : « cette élection n’est pas une alternance, mais un choix entre deux voies diamétralement opposées »

Pour le président du Parti communiste chilien, Lautaro Carmona, la présidentielle n’implique pas une simple alternance de gouvernement, mais « un choix entre deux voies diamétralement opposées ».

Phineas Rueckert L'Humanité, 13 novembre 2025 

Trois fois interdit au Chili, persécuté durant la dictature de Pinochet et longtemps exclu de toute coalition, le Parti communiste du Chili (PCCh) voit le choix d’une de ses militantes à la tête de la coalition de centre-gauche comme une situation historique. Mais aussi comme un défi.

La plupart des observateurs s’accordent à dire que cette campagne a quelque chose d’historique. Pourquoi ?

Lautaro Carmona Président du Parti communiste chilien

Plusieurs éléments la rendent particulièrement importante et transcendante. Tout d’abord, il s’agit d’empêcher la victoire de programmes de droite qui prônent ouvertement des politiques très réactionnaires, ce qui signifierait un recul important dans de nombreux domaines, après de longues luttes.

Le danger, c’est de subir une refondation du système néolibéral. Les droites cherchent à l’approfondir en matière économique, mais aussi de droits sociaux, de valeurs et sur le plan international avec un réalignement avec les États-Unis.

Dans cette élection, il ne s’agit donc pas d’une sorte d’alternance entre un chef de gouvernement et un autre, mais d’un choix entre deux voies diamétralement opposées. Ce que les droites proposent, c’est une régression néolibérale brutale.

 

Que propose la gauche face aux mesures prônées par la droite et de l’extrême droite ?

Le programme pourrait être qualifié de « progressiste » : c’est un terme large à l’image de la coalition qui s’est construite pour mener cette bataille électorale. Nous avons constitué une alliance, une coalition d’une ampleur sans précédent. Jamais auparavant une coalition n’avait réuni aussi bien les démocrates-chrétiens que les communistes, en passant par tous les degrés intermédiaires, comptant neuf partis politiques au total.

En tant que communistes, nous comprenons que les luttes pour le pouvoir sont une question de rapports de force, et que les politiques d’alliances sont donc essentielles. Cette large coalition nous donne plus de force pour produire des changements, permettre au Chili de se redresser et de se remettre sur la voie des transformations, vers un pays plus juste.

Quelle est l’importance d’une coalition progressiste menée par une candidate communiste ?

C’est inédit. Jeannette Jara est militante du PCCh et n’est pas issue d’un accord entre les différents groupes politiques : elle est issue d’une élection primaire, c’est-à-dire d’une consultation citoyenne, qu’elle a remportée avec une large avance. Cela donne beaucoup de poids et de force à son leadership pour mener la coalition.

Cela a également représenté un défi pour les communistes : cohabiter dans une coalition dirigée par une figure du PCCh tout en acceptant que son action politique soit désormais beaucoup plus large que celle du parti. Mais nous comprenons parfaitement la situation et elle dispose de l’autonomie et de l’indépendance nécessaire pour agir politiquement en accord avec la mission qui lui a été confiée. C’est la contribution de notre parti à une cause plus grande, sans renoncer à notre identité et, bien sûr, en respectant les diversités afin de ne pas nuire à l’ampleur de l’unité.

Les élections législatives auront également lieu dimanche. A-t-il été difficile de préserver l’unité dans ce contexte ?

Tout a été mis en œuvre pour parvenir à un accord sur une liste parlementaire qui préserve l’unité. Il n’a pas été possible d’intégrer toutes les forces politiques, mais cela n’a pas affecté la bataille présidentielle.

Nous savons parfaitement qu’un gouvernement dirigé par Jeannette Jara aura besoin d’un soutien fort au Parlement pour obtenir les changements que nous souhaitons. L’expérience du mandat de Gabriel Boric montre qu’avec un Parlement hostile, tout est bloqué, et il est très difficile d’avancer.

« Nous sommes confrontés à un phénomène qui se produit au Brésil, en Argentine, au Pérou, un peu partout… »

Comment expliquer le soutien populaire dont bénéficient aujourd’hui les discours d’extrême droite et révisionnistes au Chili ?

Nous sommes confrontés à un phénomène qui se produit au Brésil, en Argentine, au Pérou, un peu partout… Il est frappant de voir comment les majorités populaires peuvent soutenir des politiciens élitistes qui, en fin de compte, servent les intérêts du grand capital…

De nombreux facteurs alimentent le populisme et la démagogie. Le rôle joué par la gauche, l’abstentionnisme, le désintérêt des électeurs en réponse au désintérêt des politiques publiques à leur égard, les ressources financières dont disposent droite et extrême droite, le rôle des médias et celui des réseaux sociaux, la corruption qui ronge l’État, l’insécurité qui affecte la vie quotidienne de millions de personnes… Autant d’éléments que les forces de droite ont su exploiter ou manipuler.

 

 

La candidate à la présidence, Jeannette Jara, salue lors de la célébration du 113e anniversaire du Parti communiste chilien, au Théâtre Caupolicán à Santiago du Chili, le 6 Juillet 2025. (Photo L'Humanité, 13 novembre 2025)

La candidate à la présidence, Jeannette Jara, salue lors de la célébration du 113e anniversaire du Parti communiste chilien, au Théâtre Caupolicán à Santiago du Chili, le 6 Juillet 2025. (Photo L'Humanité, 13 novembre 2025)

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14 novembre 2025 5 14 /11 /novembre /2025 06:41
Élections présidentielles au Chili : Jeannette Jara, la candidate communiste qui porte l’espoir d’une gauche unie face à l’extrême droite (L'Humanité, 13 novembre 2025)

À la veille du premier tour d’une présidentielle décisive pour le pays, ce dimanche 16 novembre, Jeannette Jara, candidate communiste à la tête d’une large coalition progressiste, incarne une gauche populaire face au risque d’un retour de l’extrême droite.

Publié le 13 novembre 2025

Phineas Rueckert

Conchali, banlieue nord de Santiago du Chili (Chili), correspondance particulière.

Des baraquements à perte de vue, une autoroute, quelques chiens errants et un chemin rocailleux. Depuis l’entrée de la maison où a grandi celle qui aspire à devenir la prochaine présidente du Chili, Jeannette Jara, il n’est pas difficile de mesurer l’ampleur du défi. Construit à la hâte dans les années 1960 pour loger des ouvriers, le quartier d’El Cortijo, pauvre et poussiéreux, n’a a priori pas beaucoup changé.

À peine quelques kilomètres séparent la commune de Conchali, au nord de Santiago, du palais de la Moneda. Mais, dans un pays marqué par de profondes inégalités, ces deux mondes semblent à des années-lumière l’un de l’autre.

L’itinéraire d’une militante communiste issue des quartiers populaires

« Ici, tout le monde l’appelle encore Jenny », lance Miriam Peña. Voix rauque de grande fumeuse, casquette à l’effigie du chanteur cubain Silvio Rodriguez, tenue décontractée et banane en bandoulière : la cinquantaine, elle a le même âge que Jeannette Jara.

Elles ont grandi ensemble, ici, et Miriam a dirigé sa campagne quand la communiste s’est portée candidate à la mairie de Conchali. À deux semaines du premier tour de la présidentielle, la Cortijeña de naissance fait toujours partie de l’équipe.

 

« C’était une fille du quartier qui est devenue sous-secrétaire, puis ministre, et aujourd’hui elle se présente à la présidence », s’émerveille Miriam Peña. « Partir d’une tente, construire ta baraque, et voir que de là peut sortir un tel succès… franchement, c’est impressionnant. »

Militante du Parti communiste chilien (PCCh), issue des classes populaires, candidate d’une gauche unie : Jeannette Jara est déjà entrée dans l’histoire. Face à une droite qui durcit le ton pour séduire les électeurs, elle met en avant ses origines modestes et modère son programme pour rallier au-delà de la large coalition de neuf partis qu’elle représente, du Parti communiste chilien (PCCh) aux démocrates-chrétiens.

Une coalition de gauche face à la droite radicale

« Elle tente de remporter les élections non pas au nom du PCCh, mais au nom d’une coalition de centre gauche, analyse Claudia Heiss, professeure en sciences politiques à l’université du Chili. C’est pourquoi elle a adopté une position beaucoup plus axée sur l’État que sur son parti. »

Avec 27 % d’intentions de vote au dernier sondage, Jara devance les huit candidats qui s’affronteront lors du premier tour, ce 16 novembre. Mais de peu. La population chilienne a été largement déçue par le président sortant, Gabriel Boric (Frente Amplio, coalition de gauche), incapable de mettre en place sa politique de transformation.

Face à elle, ce dimanche, ses principaux rivaux sont une candidate de centre droit, Evelyn Matthei, et deux d’extrême droite, qui ne manquent pas de séduire les foules : Johannes Kaiser et José Antonio Kast (qui s’était incliné face à Boric en 2022). Si aucun des candidats ne dépasse les 50 % lors du premier tour, un second aura lieu le 14 décembre – un scénario qui s’annonce défavorable pour Jara.

À quelques pas de Conchali, dans la banlieue populaire de Quilicura, une équipe de campagne en faveur de Jara distribue des tracts sur un marché. Sur le trottoir d’en face, des partisans du candidat Johannes Kaiser agitent des drapeaux. Des automobilistes klaxonnent en signe de soutien. « Il dispute le vote populaire à notre candidate », explique Mirza Sandoval, militante du PCCh.

Un programme austéritaire radical à la Javier Milei

Populiste et démagogue à la manière de l’Argentin Javier Milei, Kaiser monte dans les sondages en promettant une cure d’austérité radicale : réduire de 25 à 9 le nombre de ministères, supprimer 200 000 emplois publics et privatiser des entreprises nationales. Selon les dernières estimations, il serait au coude-à-coude avec Evelyn Matthei, avec quelque 15 % d’intentions de vote, et pourrait même rattraper José Antonio Kast (20 %), fils d’un immigré nazi ayant combattu au sein de la Wehrmacht.

Sur les tracts des militants de gauche, le programme a une tout autre saveur : instauration d’un « revenu vital » minimum assuré de 750 000 pesos (687 euros), programme de logements sociaux, mais aussi plus de moyens pour la sécurité publique et la lutte contre le narcotrafic.

« L’idée est de faire connaître les propositions de la camarade Jeannette et d’échanger quelques mots avec les gens d’ici, qui sont nombreux à voter pour la droite », explique Mirza Sandoval, un drapeau Jara dans une main, des tracts dans l’autre.

D’autres promesses ont disparu du programme de la coalition : la nationalisation du lithium, défendue par le PCCh, a cédé la place à un discours centré sur la sécurité, le contrôle des frontières et l’usage de drones contre le crime organisé. Imposées par la droite et relayées par nombre de médias, les questions tournant autour de l’insécurité ont été placées au cœur de la campagne.

Les acquis sociaux récents ont été portés par la gauche au pouvoir

Marcos Barraza, membre du PCCh et candidat aux législatives, perçu comme le bras droit de Jara, participe au tractage. Cet ancien ministre du Développement social (sous le second mandat de Michelle Bachelet) insiste sur la nécessité de « placer les inégalités et les vulnérabilités au centre des priorités » et de poursuivre, avec la gauche au pouvoir, « la voie de la transformation ».

Tout en mettant en avant les acquis de la gauche ces dernières années, et notamment grâce à la présence – jusqu’à avril dernier – de Jeannette Jara à la tête du ministère du Travail : hausse du salaire minimum, baisse du temps de travail de 45 à 40 heures hebdomadaires, instauration d’un nouveau système de retraite plus bénéfique aux travailleurs.

Pour le Parti communiste – longtemps exclu des coalitions de centre gauche et bien plus radical dans ses positions vis-à-vis de nombreux sujets abordés dans la campagne –, la candidature de Jara représente « un défi », admet son président, Lautaro Carmona. « Mais nous comprenons parfaitement la situation et elle dispose de l’autonomie et de l’indépendance nécessaire pour agir politiquement en accord avec la mission qui lui a été confiée », ajoute-t-il (lire notre entretien en page 4).

« Il y a beaucoup d’inquiétude quant à la suite de cette expérience », observe Claudia Heiss. En interne, le débat s’ouvre : le PCCh est-il un parti révolutionnaire ou de gouvernement ?

Alors qu’il traverse depuis 2013 un processus de renouvellement générationnel, porté par de jeunes militants issus des luttes étudiantes et marqués par les inégalités d’un système néolibéralisme hérité de Pinochet, le PCCh présente 28 candidats – dont une grande partie a moins de 40 ans – aux législatives qui se tiendront en même temps que l’élection présidentielle.

Lutter contre l’arrivée de l’extrême droite au pouvoir

« Les gens ont appris à mieux nous connaître. Aujourd’hui, les communistes bénéficient du soutien de nombreux progressistes, mais aussi de personnes sans appartenance politique claire, qui croient aux droits sociaux », assure Iraci Hassler, ex-mairesse communiste de Santiago (2021-2024). Les gens ne soutiennent pas Jeannette Jara seulement parce qu’elle est très charismatique, nuance-t-elle. « C’est surtout le projet qui compte. »

Dans ce contexte, rien n’est joué et l’incertitude prédomine. Pour Victor Muñoz Tamayo, spécialiste de la gauche et des mouvements de jeunesse, le vote obligatoire (récemment instauré) pourrait être un atout imprévisible… Ou pas. « L’expérience internationale montre que cette obligation favorise la participation des classes populaires, ce qui logiquement devrait se traduire par un vote plus à gauche, mais cela n’a pas été le cas au Chili (lors du référendum de 2022 sur la nouvelle constitution – NDLR). Autrement dit, ici, le vote obligatoire a eu tendance à profiter à la droite. »

Dans un pays où la mémoire des années Pinochet reste vive, la candidate communiste incarne aussi le symbole d’un bouclier face à une droite extrême toujours plus outrancière. « J’ai subi l’emprisonnement politique et la torture pendant la dictature, explique la dirigeante syndicale Angela Rifo. J’ai vraiment peur de devoir être gouvernée par le fils d’un ancien nazi, et surtout de tout ce qu’il pourrait imposer à notre pays. »

 

Présidentielle au Chili : quand la droite impose la peur de la criminalité et la question migratoire

Ce dimanche 16 novembre, plus de 15 millions de Chiliens iront voter après plusieurs mois d’une campagne ou droite et extrême droite sont parvenues à imposer leurs thématiques favorites au centre du débat public.

Bien que le Chili reste l’un des pays les plus sûrs d’Amérique latine, la crainte d’une hausse de la criminalité s’est invitée dans les discours et les programmes des candidats à la présidence, et la question migratoire – présentée comme une menace dans des déclarations souvent xénophobes – est aussi apparue comme une priorité.

Oubliée, l’« explosion sociale » de 2019 ? Réunissant jusqu’à 2 millions de personnes dans les rues de Santiago, le formidable soulèvement populaire dénonçait haut et fort la vie chère et les injustices sociales héritées du modèle économique néolibéral forgé par la dictature de Pinochet…

 

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13 novembre 2025 4 13 /11 /novembre /2025 06:30

Il a osé... 

Un article de Cyprien Caddeo dans L'humanité du 7 novembre, "délires islamophobes autour de la victoire de Zohran Mamdani", rappelle que Bernard Henri Levy, intellectuel médiatique soi-disant défenseur des droits de l'homme, a reproché à Zohran Mamdani d'avoir repris à son compte "les fausses accusations de génocide et de famine organisées par Israël" et de ne pas "verser une larme pour commémorer les victimes du 11 septembre". Bernard Henry Levy voit dans l'election du maire de gauche Zohran Mamdani un signe que "le monde libre vacille sur ses bases"...

I.D

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