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6 novembre 2025 4 06 /11 /novembre /2025 06:40
Colonialisme français en Algérie : « la ''nostalgérie'' s’est transmise de génération en génération », analyse l’historien Alain Ruscio

Pour l’historien Alain Ruscio, l’adoption de la résolution contre l’accord franco-algérien de 1968 est le fruit d’une longue convergence entre droite et extrême droite sur la question coloniale.

Interview d'Emilio Meslet, L'Humanité - 2 novembre 2025 avec 

Alain Ruscio - Historien

Êtes-vous surpris que les droites macroniste (Horizons) et traditionnelle (« Les Républicains ») aient mêlé leurs voix à celles du Rassemblement national pour voter une résolution dénonçant les accords franco-algériens de 1968 ?

 

Hélas non… Il ne faut pas oublier que de Gaulle a été porté au pouvoir par le mouvement Algérie française. Considérant que la guerre ne pouvait être gagnée et qu’elle affaiblissait le rôle de la France dans le monde, il a esquissé un virage dès 1959 pour accepter ce qui était devenu inéluctable. Son prestige a masqué les réticences du reste de la droite. Et dès lors que « le grand Charles » s’est effacé, la « nostalgérie » s’est exprimée publiquement.

Sur les questions coloniales et mémorielles, les convergences avec l’extrême droite ont commencé sous Valéry Giscard d’Estaing. Elles se sont accélérées à mesure que le RN a progressivement lepénisé les esprits. Puis Bruno Retailleau a surgi d’une longue histoire de la droite bourgeoise pour faciliter le rapprochement sur fond d’islamophobie et de racisme anti-Arabes.

Pourquoi, soixante ans après l’indépendance, droite et extrême droite n’arrivent-elles pas à tourner la page de l’Algérie française ?

L’Algérie était une colonie particulière. Une large partie du monde politique français exprimait sa conviction qu’il s’agissait d’une terre française, y compris à gauche avec Pierre Mendès-France ou François Mitterrand. Il existait un large consensus sur la nécessité de « rétablir l’ordre » sur place. Les premiers protestataires, dont les communistes et l’Humanité, ont été isolés, inaudibles et même privés d’expression.

 

La fin de la guerre ne s’est en réalité pas faite sur l’acceptation de l’indépendance mais sur le thème du retour des soldats qui risquaient leur peau. Dès lors, une majorité des pieds-noirs n’a jamais digéré cette issue et a exercé une pression électorale sur des personnalités politiques, notamment dans le Sud-Est.

Dans ces franges de la population, cette « nostalgérie » s’est transmise de génération en génération. Et ce, jusqu’au gouvernement, puisque le ministre des Transports, Philippe Tabarot, est le fils d’un des principaux dirigeants de l’OAS. En tant qu’historien, je suis effrayé de voir dans les kiosques le nombre de magazines sur l’histoire qui promeuvent une réhabilitation du colonialisme, mêlée à une stigmatisation des immigrés et des musulmans.

Peut-être que la gauche n’a pas été assez vigilante sur ce terrain depuis l’histoire du voile de Creil (en 1989, l’exclusion d’élèves d’un collège de l’Oise refusant d’ôter leur foulard crée une forte polémique, NDLR).

Après l’adoption de la résolution, le groupe Bolloré (CNews, JDD, Europe 1) s’est empressé de relayer un sondage CSA selon lequel 74 % des interrogés seraient favorables à la suppression de l’accord de 1968. Il n’y a pourtant pas 74 % de Français « nostalgériques »…

Certainement pas. Un exposé serein proposé aux Français amènerait un changement d’opinion sur le sujet. Mais, sans qu’aucun spécialiste ne vienne décrypter son contenu, l’accord de 1968 est médiatiquement présenté comme une injustice par rapport aux autres immigrés, un privilège obsolète qu’il faudrait balayer. Je rappelle que cet accord était une demande du patronat français pour obtenir une main-d’œuvre algérienne bénéfique à ses profits.

A-t-il toujours été remis en cause ?

Cela ne fait que deux ou trois ans que les projecteurs se sont braqués sur cet accord qui est de plus en plus instrumentalisé. Soudain, il est devenu un objet symbolique. L’emprisonnement de Boualem Sansal en Algérie a aussi servi de prétexte pour ajouter à la détestation de l’Algérie.

Pendant les débats parlementaires, un député du RN a attaqué la gauche, qualifiée de « parti de l’Algérie ». À quoi ce terme renvoie-t-il ?

Venant d’un député du RN transpirant la haine et héritier direct du pétainisme, c’est un scandale historique de plus. Ce thème de l’« anti-France » s’est exprimé au moment de l’affaire Dreyfus, où les anti-dreyfusards considéraient que les défenseurs du capitaine étaient les agents de l’étranger.

Ce terme a traversé l’histoire de France, utilisé au moment de la guerre du Rif pour disqualifier les grévistes comme les intellectuels surréalistes qui s’y opposaient, ou pendant la guerre d’Algérie pour parler du Parti communiste.

Vous avez déclaré à Mediapart que nous assistons aujourd’hui à un « retour du refoulé colonial ». Qu’est-ce que cela signifie ?

J’observe une forme de nostalgie de la présence de la France outre-mer comme symbole de puissance. C’est aussi le cas avec Mayotte ou la Kanaky-Nouvelle-Calédonie. Beaucoup comprennent que la France est passée de grande puissance à puissance moyenne. Longtemps, le fait que « le soleil ne se couche pas sur l’empire français », comme le disait l’expression, était un motif de fierté. Certains tombent dans le « c’était mieux avant ».

 

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31 octobre 2025 5 31 /10 /octobre /2025 08:12
PALESTINE : APPEL A SOLIDARITÉ POUR AIDER LA POPULATION DU CAMP DE REFUGIES DE JALAZONE

PALESTINE : APPEL A SOLIDARITÉ POUR AIDER LA POPULATION DU CAMP DE réfugiés DE JALAZONE

Face aux difficultés immenses rencontrées pour survivre dans le camp de réfugiés de Jalazone, avec lequel Morlaix, Morlaix-Communauté, leurs élus, leurs habitants, l'AFPS, ont des relations de partenariat et de coopération suivie, le PCF Pays de Morlaix se mobilise avec l'AJPF-Morlaix Wavel pour faire parvenir de l’argent au comité populaire du camp de réfugiés de Jalazone pour qu’il puisse acheter des colis alimentaires pour aider la population.

Nous vous invitons à participer en faisant un don à Morlaix Wavel qui fera parvenir l'argent au camp de Jalazone. 

1000 euros ont déjà été collectés cette semaine, avec un don de 300 euros de la section PCF de Morlaix

Vous pouvez envoyer un chèque à Annie LE CALVEZ (trésorière de l’association) à l’adresse : 1 impasse des Chevreuils 29600 Morlaix. 

Chèque à l’ordre de :  Morlaix Wavel avec au dos « Pour Jalazone ». 

 

***

JALAZONE est un camp de réfugiés palestiniens situé au Nord de Ramallah qui existe depuis 1949. 

Une collaboration et des liens forts existent aujourd’hui entre la ville de Morlaix, Morlaix co, An dour et le camp de Jalazone : un grand projet autour de l’eau avec, entre autres, la création d’un château d’eau et un travail sur la distribution de l’eau mais aussi sur les questions de l’assainissement au sein du camp sont en cours de réalisation.

Des liens forts existent également entre l’Association France Palestine Solidarité et Jalazone et son centre Al Karama qui a pour mission de favoriser l’intégration sociale dans la communauté du camp des personnes en situation de handicap.

Les habitants de Jalazone avec qui nous avons des contacts réguliers sont dans une très grande précarité et même s’ils estiment que la reconnaissance d’un État palestinien par des pays, dont la France, est un premier pas, il n’en reste pas moins que la paix à Gaza n’est pas encore là et que les camps de Cisjordanie occupée se sentent de plus en plus menacés et vivent de très grandes souffrances.

Les opérations militaires meurtrières d’Israël en Cisjordanie se déroulent dans l’ombre du génocide dans la bande de Gaza occupée et ont des conséquences catastrophiques pour la population palestinienne.

Certains camps, il y a à peine quelques mois, ont purement et simplement été rayés de la carte comme celui de Jénine, Nour Chams et Tulkarem. Environ 40 000 habitants ont été déplacés.

D’autres comme celui de Jalazone sont le fait d’incursions régulières environ une fois tous les deux jours par l’armée Israélienne qui à chaque opération détériore les infrastructures et les habitations de la ville : portes fracturées, fenêtres détruites, etc.

La misère s’amplifie chaque jour d’avantage :

  • le chômage qui était déjà de 40 % avant le 7 octobre est à présent de plus de 80 %.
  • Seuls les fonctionnaires travaillent encore, mais ne sont plus ou peu payés, les salaires sont bloqués car les taxes que perçoivent les Israéliens et qui devraient être rétrocédées ne le sont plus.

 

En quelques chiffres :

Le camp de Jalazone est situé au nord de Ramallah et jouxte directement la colonie israélienne de Beit El à l'est, illégale au regard du droit international. La forte croissance démographique observée depuis la création du camp en 1949 a entraîné une surpopulation. En 2023, 16 713 réfugiés palestiniens étaient enregistrés dans le camp.

Il s'étend sur 0,253 km², avec une densité de population estimée à 66 059 habitants par km²

Par comparaison Morlaix a une superficie de 24,82 km² pour une densité de 613 au km²

1 seul médecin pour le camp et un dispensaire qui a pour mission de s’occuper entre autres des enfants, n’est ouvert que le matin faute de moyens suffisants.

 

Face aux difficultés immenses rencontrées pour survivre dans le camp de Jalazone, nous avons eu l’idée de nous mobiliser pour faire parvenir de l’argent au comité populaire pour qu’il puisse acheter des colis alimentaires pour aider la population.

 

Nous vous invitons à participer en faisant un don à Morlaix Wavel qui fera parvenir l'argent au camp de Jalazone:

  • Vous pouvez envoyer un chèque à Annie LE CALVEZ (trésorière de l’association) à l’adresse : 1 impasse des Chevreuils 29600 Morlaix. 
  • Chèque à l’ordre de :  Morlaix Wavel avec au dos « Pour Jalazone ». 
PALESTINE : APPEL A SOLIDARITÉ POUR AIDER LA POPULATION DU CAMP DE REFUGIES DE JALAZONE
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31 octobre 2025 5 31 /10 /octobre /2025 07:34

L’Assemblée nationale​ a adopté​ pour la première fois un texte du RN, portant sur la dénonciation de l’accord franco-algérien de 1968. Les députés ont adopté, par 185 voix contre 184, une proposition de résolution du Rassemblement national visant à « dénoncer » l’accord franco-algérien de 1968, avec l’appui des groupes LR et Horizons.

​C​e texte est passé grâce à l’abstention de cinq députés macronistes, dont Didier Le Gac, député de ​Brest rural​.
​La section du Pays de Brest du PCF dénonce cette honte! La nostalgie de l'Algérie française et coloniale, le ressentiment vis à vis de l'Algérie, la xénophobie anti​-algérienne, ciment des relations politiques entre l'extrême-droite et la droite extremis​ée. ​Ce choix va à l'encontre également des intérêts économiques, énergétiques, culturels et politiques de la France ​et va approfondi​r sa brouille avec un grand pays francophone, le plus grand pays d'Afrique, avec qui nous avons 1​30 ans d'histoire commune, et ​dont de nombreux ressortissants ​ont ​la double nationalité.
 
Le PCF Finistère, 30 octobre 2025 
Remise en cause de l'accord franco-algérien de 1968: le racisme du rassemblement national à visage découvert

ACCORDS FRANCO-ALGÉRIENS : LE RACISME DU RASSEMBLEMENT NATIONAL À VISAGE DECOUVERT

Aujourd’hui, lors de la journée parlementaire du Rassemblement National, était discuté un texte visant à dénoncer les accords franco-algériens de 1968.

Ces accords, conclus le 27 décembre 1968, six ans après l’indépendance de l’Algérie, définissent les conditions d’entrée, de séjour et de travail des ressortissants algériens en France. Ils sont le fruit d’une relation singulière, héritée de l’histoire partagée entre les deux pays.

Avec mon groupe parlementaire, je m’y suis bien évidemment opposé en votant contre. Malheureusement, ce texte a été adopté grâce à une alliance du Rassemblement National avec les groupes des Républicains de Bruno Retailleau et Horizons d’Edouard Philippe.

Lors des débats le RN a montré son vrai visage, celui d’un parti raciste, nostalgique de l’Algérie française qui comporte encore en son sein les terroristes de l’OAS et les adeptes de la torture.

J’ai une pensée pour mes compatriotes franco-algériens ou d’origine algérienne, profondément heurtés par ce vote. Plus que jamais, il faut combattre l’extrême droite et c’est ce que je ferai tout au long de la journée face aux textes de leur journée parlementaire

Stephane Peu, président du groupe communiste GDR à l'Assemblée Nationale

Expression de Fabien Roussel

Expression de Fabien Roussel

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26 octobre 2025 7 26 /10 /octobre /2025 07:00
« L’histoire est faite pour faire comprendre aux élèves pourquoi nous avons raison » : en Israël, apartheid et révisionnisme s'invitent à l'école

Depuis le 7 octobre 2023, le milieu scolaire n’échappe pas aux tensions et au racisme qui traversent la société israélienne. Les professeurs et étudiants qui se mobilisent pour la paix font l’objet de convocations. Sur fond de renforcement de la militarisation de l’institution scolaire, les manuels réécrivent l’histoire pour légitimer le discours de l’extrême droite.

Lina Sankari, L'Humanité, 24 octobre 2025 

Haïfa, Nazareth, Rishon Lezion (Israël), envoyée spéciale.

Aussi loin qu’il s’en souvienne, les colis destinés aux soldats israéliens, minutieusement préparés par les élèves de maternelle sous l’œil attentif du maître, ont toujours été composés des mêmes présents : un assortiment de bonbons, des chaussettes, quelques sous-vêtements… « C’était à la veille des vacances, on insérait notre numéro de téléphone. Je me souviens de la fierté que j’ai ressentie quand le soldat à qui j’avais expédié mon colis m’a rappelé. Je n’avais alors aucun outil pour porter un regard critique sur ce qu’on nous demandait de faire », analyse aujourd’hui Adam Eli.

Celui qui est devenu professeur d’histoire au lycée sait désormais que le système scolaire israélien est tout entier tourné vers le renforcement du militarisme dans la société. « C’est le cas depuis le premier jour de la création de l’État d’Israël », pose-t-il. La ville de Rishon Lezion, à 13 kilomètres au sud de Tel-Aviv, dans laquelle il enseigne, fut la première implantation sioniste en Palestine, en 1882. Avec 250 000 habitants, elle est désormais la quatrième ville du pays et demeure un foyer majeur d’accueil des nouveaux arrivants. Partout, des tours résidentielles continuent de sortir de terre.

Depuis les massacres du 7 octobre 2023, l’école n’échappe pas aux tensions qui traversent la société. Professeurs et étudiants sont convoqués par l’administration pour avoir posté un message politique sur les réseaux ou pour avoir pris part à une manifestation exigeant la fin de la guerre à Gaza.

Selon Adam Eli, également secrétaire du mouvement Hadash, qui réunit plusieurs formations de gauche dont le parti communiste israélien, à Tel-Aviv, « c’est une manière de nous signifier les limites de ce qui peut être dit. Certains d’entre nous ont reçu des coups de fil anonymes, qui étaient en réalité totalement identifiables, pour nous dissuader de participer aux manifestations. Si c’est ce qui arrive aux professeurs juifs, je vous laisse imaginer le sort des professeurs arabes ». En Israël, Arabes et juifs fréquentent des établissements séparés : écoles publiques juives laïques, juives religieuses, juives orthodoxes ; les institutions arabes suivent la même déclinaison avec les spécificités musulmanes, chrétiennes ou druzes. Un apartheid scolaire qui ne dit pas son nom alors que les établissements mixtes demeurent rarissimes.

 

Des classes vertes en Cisjordanie occupée

Ce n’est donc qu’à l’université que juifs et Palestiniens se côtoient. Le racisme latent a pris un tour dramatique depuis le 7 Octobre. Nombre d’étudiants juifs israéliens, appartenant à des groupes d’extrême droite, ont cru bon de dénoncer leurs condisciples arabes et de dresser des listes pour le moindre propos politique sur la Palestine. « Ça existait avant mais la situation s’est aggravée. L’administration leur demande s’ils soutiennent le Hamas. En fait, on apprend aux étudiants palestiniens à avoir peur », glisse Salah, un professeur d’arabe, qui préfère rester anonyme, avant de plonger dans un long silence.

Abîme de réflexion et d’inquiétude. À ses côtés, Hala, une jeune étudiante en communication visuelle, à la crinière blonde, reprend à sa place : « On peut lire l’inquiétude dans les yeux de nos parents. À leur époque, la honte les frappait s’ils ne s’engageaient pas en politique. Aujourd’hui, ils nous dissuadent de le faire. Avant, ils étaient arrêtés s’ils jetaient des pierres ; aujourd’hui, un simple message sur les réseaux peut suffire. »

À la Knesset, les élus Hadash, membres de la commission de l’Éducation, de la Culture et des Sports, s’élèvent dès le 15 novembre 2023 contre un amendement à la loi sur les droits des étudiants qui transforme les activités politiques en incitation au terrorisme. « Au nom de la lutte contre la terreur, ces lois vont activer le terrorisme contre la minorité arabe palestinienne », s’insurge alors l’ex-député Youssef Atauna (Hadash).

Contrairement aux principes proclamés par le ministère de l’Éducation, l’école ne vise pas à former les citoyens en devenir mais de futurs soldats. Lors de leur onzième année d’étude, à l’âge de 16-17 ans, les lycéens sont invités à participer à la Gadna, les bataillons de jeunesse créés par la Haganah, l’une des organisations paramilitaires qui a précédé la création d’Israël en 1948 avant d’être intégrée à l’armée.

Le programme d’une semaine vise aujourd’hui à remédier à la désaffection grandissante des jeunes pour le service militaire. « On leur apprend la discipline, on les incite à s’enrôler, on leur explique le déroulement d’opérations », détaille Adam Eli.

Il y a quelques semaines, le ministère de l’Éducation, dirigé par Yoav Kisch, a proposé l’organisation de classes vertes en « Judée-Samarie » (nom donné par les sionistes à la Cisjordanie occupée) afin que « les jeunes puissent se rendre sur les lieux où l’histoire du peuple juif aurait commencé, selon la Bible », explique Adam Eli en levant les yeux au ciel. L’histoire racontée à partir de récits mythifiés ne laisse aucune place aux Palestiniens.

Les manuels se contentent de les désigner en tant qu’« arabe » pour mieux effacer leur identité spécifique : « L’Arabe n’a pas d’histoire propre, il n’a pas de racines. C’est un Arabe », résume Adam Eli. Il est même une figure de l’arriération à laquelle il serait impossible de s’identifier. Dans un manuel de géographie de 2003, on pouvait lire : « La société arabe (…) s’oppose aux changements par nature, (elle est) réticente à adopter les innovations. »

Theodor Herzl mais pas Mahmoud Darwich

Secrétaire des jeunes communistes de Nazareth, Mina Alaa Al Din vient d’achever ses études d’architecture. Plutôt volubile, la jeune femme tranche : « Si tes parents ne t’ont pas transmis l’histoire des Palestiniens, alors tu n’en sauras rien à l’école. » Dans les grandes figures vantées dans les manuels qui sont destinés aux Palestiniens de 1948, on trouve : Theodor Herzl, sous la plume duquel naquit l’idée d’offrir un État refuge aux juifs du monde entier au XIXe siècle, mais pas Mahmoud Darwich, figure de proue de la poésie palestinienne dont le verbe porte un peuple autant qu’une terre.

Une étude menée par l’association Sikkuy, qui mobilise juifs et Arabes contre les discriminations, a déterminé que l’invisibilisation passait sans surprise par la géographie : « Dans les manuels en hébreu, les cartes représentent seulement Israël. Sur ces cartes, certaines villes mineures d’Israël sont représentées mais pas la grande ville à majorité arabe de Nazareth », observe Amjad Shbita, le codirecteur de l’ONG.

Selon cette vision, la société palestinienne se serait presque effondrée par elle-même, permettant la création de l’État d’Israël. L’histoire de la Nakba (catastrophe) de 1948, c’est-à-dire des massacres et de l’exode forcé de 800 000 Palestiniens en 1948, est passablement édulcorée. « Il y a une certaine reconnaissance du fait que les forces de défense israéliennes ont déporté des Palestiniens mais sans contextualisation aucune. On évoque des incidents sporadiques qui se seraient déroulés pour des raisons tactiques ; jamais le fait qu’il existait une résistance », détaille Adam Eli. Le professeur ajoute : « L’histoire est faite pour faire comprendre aux élèves pourquoi nous avons raison. » Une manière de légitimer la violence coloniale.

En février dernier, les professeurs ont reçu pour instruction d’attribuer le déclenchement de la guerre d’Octobre, en 1973 (Yom Kippour pour les Israéliens), à l’Égypte et non à Israël qui, sous la direction de la première ministre Golda Meir, avait rejeté les propositions de paix d’Anouar El Sadate. Depuis 2018, et conformément à la loi sur l’État-nation votée en ce sens, les livres font référence à un « État juif ».

Les livres scolaires destinés aux Palestiniens d’Israël, élaborés par le même ministère de tutelle, ne sont pas plus diserts sur les grandes dates de leur histoire ou les grands auteurs palestiniens. « Nous n’avons jamais obtenu l’autonomie pour nos manuels ou nos programmes », souffle Amjad Shbita.

Pour pallier ce manque, et documenter leur histoire, les Palestiniens de 1948 montent des podcasts et des documentaires « autour de l’histoire locale de la première Intifada » de 1987 à 1993, fait remarquer Nadera Abu Dubey Saadi, chef de projet au sein de l’association Femmes contre la violence.

Des étudiants en armes

Signe de la lente fascisation des esprits : certains élèves juifs appellent ouvertement à tuer les Palestiniens pendant le temps de classe. « Ils se contentent de répéter ce qu’ils entendent toute la journée, des membres du gouvernement jusqu’à leur famille ou leurs voisins », constate Adam Eli.

Fin octobre 2023, une expédition punitive menée par des étudiants juifs d’extrême droite, criant « Mort aux Arabes », avait fait grand bruit à l’université de Netanya, au nord de Tel-Aviv, pourtant gardée par la police. Solution trouvée par la maire de la ville, Miriam Feirberg-Ikar ? Évacuer les étudiants palestiniens de leurs dortoirs pour « sécuriser » la ville plutôt que d’arrêter les groupes violents aux allures de milices.

« Après le 7 Octobre, beaucoup d’étudiants juifs ont commencé à venir à la fac avec leurs armes », confirme Mina Alaa Al Din. De leur côté, les professeurs réservistes affichent fièrement leur plaque avec le numéro de leur unité. « Nous ne savons pas quelle est la santé mentale de ceux qui ont été à Gaza et ont vu ou participé aux horreurs. Personnellement, je les perçois comme une menace car, en tant que Palestiniens, nous sommes, à leurs yeux, les mêmes que ceux de Gaza », énonce-t-elle encore.

Sidérée, la jeune femme n’en revient toujours pas que les étudiants en design aient été invités à participer à un cours pour fabriquer des uniformes pour l’armée. Il en va de même pour l’entrisme de l’institution militaire dans les cours liés à la technologie et à l’ingénierie. Désormais, quand un proche lui demande comment s’est passée sa journée, Adam Eli considère qu’elle a été bonne s’il a réussi à convaincre ses élèves « qu’il ne fallait pas tuer tous les Palestiniens de Gaza ». Avant de préciser : « Il faut se contenter de petites victoires. En tant que professeur, je peux seulement semer le doute chez eux. L’école a toujours été le lieu de reproduction du système. Et Israël ne fait pas exception. »

 

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24 octobre 2025 5 24 /10 /octobre /2025 06:47
Une mémoire de l'anéantissement - Stock - La Cosmopolite - 22,90€

Une mémoire de l'anéantissement - Stock - La Cosmopolite - 22,90€

« Je n’ai jamais documenté une telle façon de tuer les gens » : Samar Yazbek donne la parole aux rescapés du génocide à Gaza

L’écrivaine et journaliste syrienne Samar Yazbek publie « Une mémoire de l’anéantissement », dans lequel des hommes, des femmes et des enfants de l’enclave palestinienne témoignent des atrocités perpétrées par l’armée israélienne, qui n’hésite pas à utiliser des robots tueurs.

Muriel Steinmetz 20 octobre 2025, L'Humanité 

Samar Yazbek est une romancière et journaliste syrienne. Opposante de gauche au régime de Bachar Al Assad, plus d’une fois menacée de mort, contrainte à l’exil en 2011 avec sa fille, poursuivie par les services de renseignements, elle est retournée clandestinement sur place en 2012 et 2013, revenue puis repartie après la chute du dictateur. Elle publie Une mémoire de l’anéantissement (Stock).

Elle y rapporte les témoignages de 26 rescapés de Gaza, évacués au Qatar pour y être soignés. Ce sont des récits à la première personne, sortis de la bouche d’hommes, de femmes, d’enfants, aux statuts sociaux divers. Tous ont vécu sous les bombes durant plus de deux ans. Ils ont subi le pire.

Survivants du génocide, ils sont ceux dont on parle peu et qui ont tant à dire. Ils racontent les drones, les bombes à l’uranium utilisées au même titre que la famine, l’amoncellement des corps, les chats et les chiens qui dévorent les cadavres, les plaies des blessés grouillant de vers. Et ces enfants de 6 ans dont les cheveux blanchissent en une nuit.

Vous donnez la parole à des Gazaouis. On a certes des images de la catastrophe qui les frappe, mais les témoignages verbaux directs sont exceptionnels…

Ce livre fait partie de mon projet autour de la mémoire collective. Depuis Feux croisés. Journal de la révolution syrienne (2012), les Portes du néant (2016) et 19 Femmes : les Syriennes racontent (2019), je donne la parole aux victimes. La vie quotidienne, personnelle, intime, est éminemment politique.

 

Je relate la manière dont des êtres si atrocement meurtris ont vécu dans l’enfer. Montrer une part de leur souffrance, c’est le devoir des journalistes, des intellectuels, des écrivains et des activistes ; affronter l’horreur avec leurs armes à eux, les mots.

Dans quelles conditions ont eu lieu les entretiens ?

J’étais au Qatar pour des raisons personnelles : ma fille, qui travaille là-bas, a eu un grave accident. Je suis allée à son chevet depuis la France. Sur place, j’ai découvert par hasard des rescapés gazaouis venus se faire soigner dans le complexe médical Thumama. La plupart étaient amputés, brûlés, très blessés. Ils étaient environ 3000, avec leur famille. Je me suis présentée comme bénévole auprès des femmes.

J’ai d’abord vu un enfant en fauteuil roulant, amputé des deux bras et des deux jambes. J’ai passé des années à documenter la guerre en Syrie ; j’en ai été traumatisée. Là, il fallait faire quelque chose. Dans les médias, ce ne sont que slogans politiques.

J’ai décidé de rester avec eux pendant des mois, durant l’année 2024, pour documenter leur souffrance et faire entendre leur voix. Ce n’était pas prévu. Je finissais un roman. Je m’apprêtais à aller au Soudan travailler avec des femmes violées.

Quelles questions avez-vous posées ?

À chacun, j’ai posé deux questions : que s’est-il passé pour vous le 7 Octobre ? Comment avez-vous perdu un morceau de votre corps ? Je me suis concentrée sur leur vie : une femme était en train de faire la cuisine quand elle a perdu sa fille ; un homme allait à l’école avec son fils, quand les avions ont bombardé son immeuble.

Qui sont ces hommes et ces femmes ?

Ce sont des professeurs d’école, des femmes au foyer, des étudiants, des journalistes, des infirmières, des patrons. Il y a beaucoup de mères, des adolescents. Abddallah, le plus jeune témoin, a 13 ans. Son visage a été complètement brûlé. Son corps est constellé de débris d’obus.

Il a vu sa famille entière brûler sous ses yeux. Les deux premiers témoins du livre sont mari et femme. Leur seul fils a été tué par un bombardement ; l’une de ses sœurs a perdu sa jambe lors de l’effondrement de la maison, l’autre est morte et la sœur jumelle de cette dernière a été brûlée, défigurée.

L’impression qu’on retire, à la lecture, est celle d’un traumatisme monstre partagé par tous.

Je partage leur souffrance. Si Abdallah a vu sa mère brûler vive devant ses yeux, qui sait si demain nous ne serons pas visés ? L’histoire de l’humanité, c’est l’histoire de la sauvagerie. Des gens comme nous se doivent de lutter pour la justice qui est chose très profonde.

On ne peut rester silencieux, en évitant de dire la vérité. Je n’ai pas senti de velléité de vengeance chez toutes ces personnes. Je n’ai pas confiance en un système politique international qui ne fait rien. On dit que la guerre est finie. C’est totalement faux.

Comment la romancière en vous a-t-elle pu appréhender ces cris de douleur loin de toute fiction ?

Quand la révolution en Syrie a débuté en 2011, jamais je n’aurais cru documenter un jour l’horreur de notre humanité actuelle. Jamais ! Ce projet a transformé ma vie.

La romancière en moi est exilée, coupée de sa capacité à inventer de la fiction. Il m’était impossible, par le prisme de la littérature, d’évoquer l’horreur du présent, les viols, les bombardements et les massacres en Syrie. J’ai donc commencé ce projet sur la mémoire collective.

Votre ouvrage tranche, par sa franchise crue, alors qu’on ne se livre, le plus souvent, qu’à des réflexions générales portant sur le conflit israélo-palestinien.

Cette situation dure depuis presque soixante-dix ans. Je pense qu’on doit créer un nouveau narratif, très différent de ce dont on a l’habitude. À mon avis, une vie humaine, avec ses détails personnels, donne à voir bien plus et en dit plus long que les discours politiques.

On doit travailler avec ce genre de narratif. C’est davantage utile, plus fort et plus profond que les paroles sèches des médias. Avec le temps, on a déshumanisé les Palestiniens.

Il y a une répétition dans les récits. Cette récurrence marque le caractère intentionnel de certains actes et confirme l’entreprise génocidaire méthodique mise en œuvre…

La récurrence des témoignages fait partie de ma méthode. Un massacre est ainsi vu sous plusieurs angles. Pour celui qui a eu lieu à l’hôpital Al-Shifa, j’ai donné la parole à deux femmes, ainsi qu’à un docteur. Chacun a sa façon de dire, d’évoquer tel détail, de raconter ce qu’il a vécu. C’est comme un puzzle où chaque pièce finit par s’assembler.

Une fois le livre lu, on saura ce qu’il s’est réellement passé dans ce complexe hospitalier, le plus important de la bande de Gaza. Ils ont tué les patients, assiégé la place, interdit l’eau et la nourriture, bombardé le bâtiment, détruit le service de maternité, les couveuses. Un soldat israélien a fait semblant de violer un jeune homme amputé. Il secouait son lit de façon suggestive en disant : « Je te nique. »

Tous disent que les actes infâmes commis par Israël ne sont pas liés aux attaques du Hamas.

C’est ce qu’ils ont le plus souvent répété. Ils me disaient : « Nous sommes pacifiques et ils nous attaquent. Ils ont tué les bébés, les femmes enceintes. »

Certains mentionnent la nouveauté terrifiante des armes. Bombes empoisonnées, mais surtout l’usage des drones…

Je suis journaliste depuis trente-sept ans. J’ai travaillé en Syrie, au Moyen-Orient. J’étais sur la ligne de front en Syrie. J’ai interviewé des chefs islamistes radicaux. J’ai vécu sous les bombardements. J’ai vu des massacres. J’ai écrit sur les prisons et les viols, mais je n’ai jamais documenté cette façon de tuer les gens. Je pense à Shima, 21 ans. Elle m’a raconté la mort de son père.

Il faut savoir que des robots tueurs vivent parmi les Gazaouis. On les surnomme « zannana » à cause du grésillement qu’ils émettent. Ce sont des drones. Son père a été la cible d’un quadricoptère de ce type qui peut tirer et même se faire exploser. Il est entré dans une pièce, en a traversé deux autres – tel un petit papillon métallique – pour tuer son père, avant de ressortir la fenêtre. C’est ça la science-fiction, la sauvagerie absolue. Il s’agit d’une nouvelle guerre, menée par l’Intelligence artificielle.

Que pensez-vous des négociations en cours sur le sort futur de Gaza et, plus largement, de la Palestine ?

Je préfère ne rien dire. J’ai perdu l’espoir mais je ne peux pas le dire. Il n’y a pas de mots pour dire la situation.

Où vivez-vous désormais ?

Je ne sais pas. Je vole avec le vent ! Je voyage beaucoup. Je suis entre la France, le Liban et le Qatar.

 

Samar Yazbek interviewée par Muriel Steinmetz dans L'Humanité: Gaza - « Je n’ai jamais documenté une telle façon de tuer les gens »
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22 octobre 2025 3 22 /10 /octobre /2025 05:00
Passages à tabac, lâcher de chiens, tortures… Les Palestiniens libérés racontent l’enfer des prisons israéliennes - L'Humanité, Charlie Deulme, 21 octobre

Les prisonniers palestiniens libérés témoignent de l’enfer subi dans les prisons israéliennes. Passages à tabac, lâcher de chiens, gaz, privations de nourriture, torture psychologique. Ils racontent les années de sévices.

Charlie Deulme

Jénine (Cisjordanie occupée), correspondance particulière.

Les portraits s’étalent fièrement sur les quatre murs de la pièce, grands et nombreux, jusqu’à déborder derrière la télévision, la chaîne hi-fi et la commode. Dans son salon, à l’abri des regards, Fatima laisse exploser la joie qu’elle n’a pas le droit de montrer dehors.

Les autorités israéliennes ont interdit toute manifestation de liesse sous peine de poursuites. Son fils est libre. Ahmad avait 21 ans et pesait 95 kg lorsque l’armée israélienne est venue le chercher, un matin d’avril 2002, l’accusant d’avoir pris part à des attaques contre des citoyens israéliens. Il en a aujourd’hui 44, et n’en pèse plus que 40.

Israël relâche près de 2 000 détenus

« Dès qu’on a appris qu’un échange de prisonniers aurait lieu, on est resté à attendre que le téléphone sonne », raconte Fatima, entourée d’une sœur cadette et des deux frères d’Ahmad. À leurs côtés, leurs épouses ponctuent régulièrement le récit de hochements de tête ou de détails ajoutés à la volée.

Finalement, c’est sur une liste diffusée le vendredi sur les réseaux sociaux que la famille découvre qu’Ahmad fait bien partie des 31 prisonniers originaires de Jénine qui seront libérés deux jours plus tard.

Le lendemain, une nouvelle liste circule sur les boucles WhatsApp des familles de prisonniers. Pour douze détenus de Jénine, dont Ahmad, une autre destination apparaît à côté du nom : l’Égypte.

Le lundi 13 octobre, en échange des 48 derniers otages israéliens – vivants ou morts – que le Hamas s’est engagé à libérer, Israël a relâché 1 968 prisonniers palestiniens. À cette liste se sont ajoutés 250 condamnés à perpétuité, qualifiés de « terroristes » par Israël, déportés temporairement en Égypte, avant un éventuel transfert vers la Turquie ou le Qatar. Un aller simple, sans retour.

Ahmad, vingt-trois ans de détention et de torture

« Vous êtes exilé à vie. Toute la terre ici appartient à Israël. » Dans le véhicule qui le transfère de la prison de Ramon, dans le sud du pays, vers celle de Ktziot, au cœur du Néguev, Ahmad apprend la sentence de la bouche d’un officier du Shin Bet – le service de renseignement intérieur israélien.

Son regard vide envahit l’écran du téléphone, entre les mains de son frère, avec lequel il converse toute la journée. « Je n’ai rien ressenti », confie-t-il. Ni à l’annonce de sa libération ni à celle de son exil.

D’une voix plate, presque mécanique, Ahmad énumère les « mauvais traitements » subis pendant vingt-trois ans – un euphémisme pour la torture, dont l’intensité s’est encore accrue les derniers jours passés dans le plus grand centre de détention d’Israël. « J’étais inconscient », lâche-t-il simplement, lorsque, le 11 octobre, à deux heures du matin, son nom a été cité parmi ceux des prisonniers qui seraient libérés.

Cette nuit-là, il avait encore été passé à tabac. Les coups, les fouilles à nu, l’interdiction de prier, les chiens lâchés près de son visage alors qu’il était cloué au sol : Ahmad a tout enduré, jusqu’au bout. « La Croix-Rouge nous a prévenus qu’on allait être frappés lors du transfert vers l’Égypte, même devant eux, sans qu’ils puissent l’en empêcher », affirme-t-il, avant d’ajouter : « À côté de ce qu’on a subi, Guantanamo, c’est rien. »

Les enfants face aux récits de torture

Derrière le téléphone, la mère d’Ahmad mime les coups sur son visage, son cou, ses bras, et décrit les joues creusées par la faim, jusqu’à rendre son fils méconnaissable. « Quand il a appelé lundi, j’ai demandé : « Où est Ahmad ? » Il m’a répondu : « C’est moi, maman. » » Autour d’elle, six de ses petits-enfants, âgés de 5 à 14 ans, écoutent le récit des tortures, sans broncher.

Aucun n’a jamais rencontré cet oncle. Ils ne le connaissent qu’à travers les portraits qui ornent les murs ou les panégyriques des repas de famille. Ahmad incarne le héros de la seconde Intifada, qui s’est levé contre la violence de l’occupation israélienne.

Une violence qui imprègne leur quotidien, dans ce bastion de la résistance palestinienne du nord de la Cisjordanie, où la colonisation se vit jusque dans la chair. Les bras tatoués des hommes gardent la mémoire des séjours en prison.

Dans le hall d’entrée d’un immeuble de la résidence universitaire arabe-palestinienne, Tariq fume cigarette sur cigarette. Il raconte les retrouvailles, trois jours plus tôt, avec ses enfants. « Mon fils s’est enfui, ma fille m’a demandé qui j’étais », confie-t-il.

Survivre aux sévices et à la prison

Sa fille est née alors qu’il était incarcéré. Sa détention a débuté à la veille des attaques du 7 octobre 2023, après lesquelles tous les prisonniers palestiniens ont été privés de visites et d’appels téléphoniques. Depuis, sa famille n’avait pas eu pareille occasion de se réjouir.

Déplacée de force en février depuis le camp de Jénine, elle a appris, le jour même où Tariq a été libéré, qu’elle risquait à nouveau l’expulsion. Les 630 autres familles réfugiées dans ces chambres universitaires vides doivent payer un loyer qu’elles ne peuvent plus assumer, après avoir tout perdu dans les opérations de l’armée israélienne contre ce qu’elle appelle « le nid de frelons ».

Engoncé dans son canapé, Tariq énumère, imperturbable, les sévices endurés : coups, gaz, insultes. Il se dit pourtant chanceux : dans la cellule voisine, les détenus de Gaza étaient battus jusqu’à l’inconscience. Depuis le 7-Octobre, 77 prisonniers palestiniens identifiés – dont 46 originaires de Gaza – sont morts sous la torture, par privation de nourriture ou faute de soins, selon un bilan publié en août par le Club des prisonniers palestiniens.

À une vingtaine de minutes en voiture, Samira a passé un an en prison, après son arrestation avec son frère, Omar en 2004, accusé d’attentat contre Israël. Entourée de ses deux parents, dans le salon qui a accueilli une discrète célébration six jours auparavant, elle raconte la joie de la libération et la découverte de la déportation.

Témoignages de violence et de privations en prison

Dès qu’ils ont su qu’Omar allait être transféré en Égypte, Samira, sa mère et son frère ont pris la route de la Jordanie pour tenter de le rejoindre au Caire, depuis Amman. Mais pour eux, la frontière est restée close : les autorités israéliennes les ont refoulés, apposant une interdiction de sortie sur leurs papiers. « Nous réessaierons encore et encore », martèle la mère d’Omar, à qui il a été demandé de se présenter aux services de renseignement israéliens près de Ramallah – sans grand espoir.

À quelques rues de là, Kamil, le frère d’Omar, raconte le premier appel avec son frère, après deux années de silence. Il a fallu plusieurs tentatives avant qu’Omar, mutique, ne décroche un mot au téléphone. « J’ai prié pour retourner en prison plutôt que d’être libéré », a-t-il avoué à son frère, tant les coups avaient été violents pendant le transfert entre le Néguev et la frontière.

Les deux enfants de Kamil, impassibles, écoutent ce récit de coups, d’humiliations, de privations. « Certains prisonniers jeûnaient pour garder un peu de nourriture plus longtemps, tant les portions étaient faibles », décrit Kamil, en désignant les gobelets d’eau sur la table pour illustrer les maigres rations quotidiennes.

Interdiction d’accès aux avocats et recours limités

Il évoque aussi les cellules surpeuplées – souvent douze détenus pour quatre lits, sans sommier –, les maladies qui se propagent, notamment la gale. « Si Omar demandait à prendre une douche, on lui répondait « demain », mais demain pouvait durer une semaine ou un mois, et il n’y avait jamais de savon. »

La nomination, en mars 2025, d’Itamar Ben Gvir comme ministre israélien de la Sécurité nationale, a entraîné un durcissement brutal des conditions de détention. Ce dernier s’est vanté d’avoir réduit les conditions de vie des prisonniers palestiniens au « minimum légal ».

Sans possibilité de recours, alors que chaque famille de détenus affirme que leurs proches ont été battus davantage encore lorsqu’ils demandaient à voir un avocat – pour les dissuader de renouveler leur requête ou de dénoncer leurs conditions de détention.

Ces pratiques sont documentées par l’ONU, ainsi que par de nombreuses organisations internationales. En septembre, la Cour suprême israélienne a donné raison à l’Association pour les droits civils en Israël et à Gisha, qui dénoncent la cruauté croissante de la politique pénitentiaire israélienne.

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21 octobre 2025 2 21 /10 /octobre /2025 07:02
Campagne de solidarité du PCF Finistère - 1000 oliviers pour la Palestine pour la Paix : une rencontre ce mardi 21 octobre avec le Parti communiste palestinien et le Parti communiste israélien
Campagne de solidarité du PCF Finistère - 1000 oliviers pour la Palestine pour la Paix : une rencontre ce mardi 21 octobre avec le Parti communiste palestinien et le Parti communiste israélien
Campagne de solidarité du PCF Finistère - 1000 oliviers pour la Palestine pour la Paix : une rencontre ce mardi 21 octobre avec le Parti communiste palestinien et le Parti communiste israélien
Ce mardi 21 octobre 2025, le PCF Finistère participe depuis les locaux de la fédération à Brest à une viséoconférence internationale avec le Parti communiste palestinien (PPP) et le Parti communiste d'Israël et les animateurs nationaux pour le parti communiste français et le parti communiste palestinien de la campagne 1 million d'oliviers pour la Palestine.
L'occasion de faire un point sur la situation en Cisjordanie occupée, sur les perspectives politiques, la lutte contre la colonisation. Et de mettre en valeur notre campagne de solidarité pour replanter des oliviers en Palestine. Chaque don de 10 euros correspond à un olivier replanté, sur des terres et des coopératives agricoles de Cisjordanie.
La fédération PCF du Finistère et les sections PCF du Finistère ont déjà réuni 6750 euros de dons (2150 des sections, 3000 de la fédération, 1600 des particuliers, une quarantaine de dons individuels) et nous voulons encore amplifier cet élan de solidarité pour parvenir à 10 000€ recueillis en décembre et pour planter 1000 oliviers au titre de la contribution des communistes finistériens, leurs amis et sympathisants, et tous les Finistériens qui veulent se montrer solidaires avec les Palestiniens. 
Merci à tous nos donateurs!
Dons à remettre en espèce ou en chèques à vos sections du PCF ou à envoyer à PCF Finistère -5 rue Henri Moreau 29 200 Brest
à l'ordre de ADF PCF Finistère - ou bien de Amitié palestine solidarité
Campagne de solidarité du PCF Finistère - 1000 oliviers pour la Palestine pour la Paix : une rencontre ce mardi 21 octobre avec le Parti communiste palestinien et le Parti communiste israélien
Campagne de solidarité du PCF Finistère - 1000 oliviers pour la Palestine pour la Paix : une rencontre ce mardi 21 octobre avec le Parti communiste palestinien et le Parti communiste israélien
Campagne de solidarité du PCF Finistère - 1000 oliviers pour la Palestine pour la Paix : une rencontre ce mardi 21 octobre avec le Parti communiste palestinien et le Parti communiste israélien
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19 octobre 2025 7 19 /10 /octobre /2025 06:13
Marwan Barghouti passé à tabac par 8 geôliers israéliens - Pierre Barbancey - L'Humanité, 16 octobre 2025
Ben Gvir et les autres fascistes du gouvernement Netanyahou veulent se débarrasser de Marwan, il faut les en empêcher par notre mobilisation et exiger sa libération et celle de tous les prisonniers palestiniens !
 
Marwan Barghouti passé à tabac par huit geôliers israéliens
Le dirigeant palestinien a été frappé par huit gardiens lors d’un transfert, mi-septembre. Il aurait des côtes cassées. Après cette agression et les menaces du ministre fasciste Itamar Ben Gvir, sa famille craint pour sa vie, alors que Benyamin Netanyahou a refusé sa libération ce week-end.
Monde
 
Publié le 16 octobre 2025
Pierre Barbancey - L'Humanité 
 
Benyamin Netanyahou veut-il en finir une fois pour toutes avec Marwan Barghouti ? Le leader palestinien le plus populaire, aujourd’hui âgé de 66 ans, est enfermé depuis vingt-trois ans. Il purge actuellement cinq peines de prison à perpétuité prononcées en toute illégalité par un tribunal israélien.
Selon le Bureau de presse palestinien Asra (AMO), dans un communiqué publié sur Telegram, Barghouti a été agressé lors de son transfert de la prison de Rimon à celle de Megiddo, mi-septembre. « Il a perdu connaissance et a subi quatre fractures des côtes suite aux coups », indique le communiqué, accusant une unité spéciale de répression pénitentiaire israélienne d’être responsable de l’agression.
Arab Barghouti, le fils de Marwan, qui a pu s’entretenir avec des prisonniers palestiniens récemment libérés, dit craindre pour la vie de son père. « Ce que nous savons, c’est que pendant le transfert de mon père, ils se sont arrêtés en chemin et huit gardes de sécurité de l’administration pénitentiaire, travaillant pour elle, ont commencé à le frapper de différentes manières : coups de pied, coups de poing, coups de pied à la tête, coups de poitrine et coups de poing aux jambes », a expliqué Arab à l’Humanité. « Les détenus libérés affirment qu’à son arrivée à Megiddo, il pouvait à peine marcher pendant des jours. »
Intimidation
C’est la quatrième fois en deux ans que Marwan Barghouti a ainsi été passé à tabac par des gardiens de prison ou des soldats. Il est détenu à l’isolement depuis le 7 octobre 2023.
Cette nouvelle agression, que l’on n’apprend que maintenant, fait suite à l’irruption dans la cellule de Marwan Barghouti, du ministre israélien de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir. Ce membre d’un parti d’extrême droite, déjà condamné par les tribunaux israéliens pour incitation au racisme et soutien à une organisation terroriste, était venu menacer le dirigeant palestinien. « Quiconque tue nos enfants ou nos femmes ,sera anéanti. Vous ne nous vaincrez jamais », avait-il lancé.
Il a nié les allégations d’agression, mais a ajouté être « fier que la situation [de Barghouti] ait radicalement changé depuis mon arrivée à la tête du pays – la récréation est terminée, les colonies de vacances sont terminées ». Des propos repris par le journal israélien Maariv. Selon Arab Barghouti, Ben Gvir aurait également montré à son père la photo d’une chaise électrique en affirmant qu’il méritait d’être exécuté.
Ce week-end, 250 prisonniers palestiniens condamnés à perpétuité ont été libérés, la plupart expulsés vers l’Égypte. Le gouvernement israélien de Benyamin Netanyahou a opposé son veto à l’inscription de Barghouti sur la liste des prisonniers à libérer dans le cadre de l’accord. « Mon père est un fervent défenseur de la solution à deux États depuis plus de trois décennies, explique Arab. Je pense que le fait que le gouvernement israélien ait insisté sur le fait qu’il ne faisait pas partie de l’accord montre clairement qu’il ne recherche pas un dirigeant palestinien crédible et légitime. Il veut que nous restions divisés. »
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14 octobre 2025 2 14 /10 /octobre /2025 05:42
Devant la Knesset, Donald Trump célèbre sa « Pax Americana » (Pierre Barbancey, L'Humanité, 13 octobre 2025)
Devant la Knesset, Donald Trump célèbre sa « Pax Americana »

Le président des États-Unis s’est exprimé devant la Knesset puis s’est rendu en Égypte au sommet de Charm el-Cheikh. Plus que jamais il veut imposer les conditions de son plan de paix en y associant les pays arabes. En omettant l’occupation israélienne ou la possibilité d’un État de Palestine.

Pierre Barbancey, L'Humanité, 13 octobre 2025

En s’adressant aux députés israéliens depuis la tribune de la Knesset, ce 13 octobre, Donald Trump a été on ne peut plus clair quant à ses volontés politiques. Sa présence même dans cette enceinte, alors que les échanges de captifs israéliens et palestiniens se produisaient au même moment, ne doit rien au hasard. Le président des États-Unis est venu réaffirmer sa volonté de faire de son pays le leader incontesté du Moyen-Orient.

Se tournant vers le premier ministre israélien, il a lancé : « Je tiens simplement à te féliciter d’avoir eu le courage de dire : ”Ça y est, nous avons gagné, profitons maintenant de la vie.” » L’indécence faite homme quand on songe que Netanyahou est sous le coup d’un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale (CPI) et surtout si l’on pense aux 67 800 morts palestiniens officiellement recensés, un chiffre sous-estimé au vu de l’état de destruction de la bande de Gaza après deux ans de guerre.

Ce qui n’a pas empêché Netanyahou d’affirmer : « Nous avons payé un lourd tribut à cette guerre, mais nos ennemis comprennent désormais la puissance et la détermination d’Israël. » Lui est à la fois indécent et cynique. La puissance d’Israël, que personne ne conteste, provient avant tout de l’aide militaire des États-Unis.

Trump en héros à la Knesset

Le chef du gouvernement israélien le dit lui-même en se félicitant : « Aujourd’hui, grâce à l’aide indispensable, déterminée et ciblée, au soutien indéfectible du président Trump et de son équipe, et grâce au sacrifice et au courage incroyables des soldats israéliens, nous tenons cette promesse » de retour des Israéliens enlevés par le Hamas le 7 octobre 2023.

Le même Trump a d’ailleurs expliqué devant la Knesset, comme on raconte une bonne blague dans un saloon, que « Bibi » n’arrêtait pas de lui demander des armes, de façon précise. « Je ne savais même pas de quoi il parlait », a-t-il lancé l’air goguenard.

 

 

Ces voix que la Knesset refuse d’entendre

S’il s’était vu décerner le prix Nobel de la paix, Donald Trump aurait certainement prononcé le même discours. Devant la Knesset, le Parlement israélien, le président des États-Unis a une nouvelle fois salué la « paix éternelle » au Proche-Orient. Une grande idée manquait toutefois : celle de la création d’un futur État palestinien. Cela n’a pas échappé au député communiste Ayman Odeh, ni au député de l’alliance judéo-arabe Hadash, Ofer Cassif.

Tous deux ont brandi une feuille sur laquelle était écrit : « Reconnaissez la Palestine ! » En quelques secondes, ils ont été expulsés de la Knesset. « Une véritable paix qui sauvera les deux peuples de la destruction ne viendra qu’avec la fin de l’occupation et de l’apartheid et l’établissement d’un État palestinien aux côtés d’Israël. Refusez d’être des conquérants ! » a exhorté Ofer Cassif quelques minutes plus tard sur son compte X.

On peut dire que Trump est en train de parvenir à ses fins alors que depuis plusieurs semaines, sous la pression des peuples du monde entier qui manifestaient en masse, il se trouvait de plus en plus acculé. Il est néanmoins parvenu à desserrer l’étau en présentant, le 29 septembre, un plan en 20 points concocté avec son ami Netanyahou.

« Dans un acte sans précédent, la quasi-totalité de la région a approuvé le plan prévoyant la démilitarisation immédiate de Gaza, le désarmement du Hamas et la fin des menaces pesant sur la sécurité d’Israël », s’est ainsi félicité Trump, sous les applaudissements de la Knesset.

Il a immédiatement poursuivi : « Il est temps de transformer ces victoires contre les terroristes sur le champ de bataille en une récompense ultime : la paix et la prospérité pour tout le Moyen-Orient. Il est temps que vous puissiez récolter les fruits de votre travail. »

La « normalisation » du Moyen-Orient en ligne de mire

Ce « travail », comme il l’appelle, c’est évidemment la « normalisation » du Moyen-Orient. La région entière doit devenir une base stable pour les juteux profits et les intérêts de la première puissance économique mondiale, talonnée par l’adversaire désigné, la Chine. Dans ce nouvel environnement, les Palestiniens ne comptent pas ou très peu.

Pour être sûr de la marginalisation de ce peuple dans les faits, Trump a choisi de donner une place plus importante aux pays arabes. Il veut, in fine, obtenir l’établissement de relations officielles entre l’Arabie saoudite et Israël. Mais, pour l’heure, Riyad y met une condition qui ne se trouve pas dans les intentions de Trump ni de Netanyahou : la création – et donc la reconnaissance – d’un État de Palestine.

Le sommet qui s’est tenu, ce 13 octobre, dans la station balnéaire égyptienne de Charm el-Cheikh ne visait pas à résoudre cette question mais à associer les pays arabes et plus largement la « communauté internationale » à la sécurisation (au sens israélien du terme) de la bande de Gaza. Pour ce faire, il est envisagé de mettre en place une force de stabilisation qui pourrait être composée de contingents venus du Qatar, de l’Égypte mais aussi de la Turquie. Ankara est définitivement entré dans le jeu par la volonté de Donald Trump.

Une façon de contrecarrer la domination saoudienne parmi les populations sunnites. Au passage, le président turc, Recep Tayyip Erdogan, n’a pas été avare et a remercié son homologue états-unien de l’avoir reçu à la Maison-Blanche, le faisant entrer dans ce qu’il pense être la cour des grands : la compagnie nationale Turkish Airlines a annoncé qu’elle achetait une cinquantaine d’avions Boeing, ce qui n’était absolument pas prévu.

À ce sommet de Charm el-Cheikh, auquel, à l’origine, Israël n’était pas convié (Trump a demandé à Netanyahou de venir en arrivant en Israël, mais celui-ci a décliné l’invitation en prétextant une fête religieuse), les États-Unis entendaient bien faire une fois de plus la démonstration de leur puissance. « Ce serait formidable si nous pouvions conclure un accord de paix avec l’Iran », avait-il déclaré le matin à la Knesset.

« Je pense qu’ils le souhaitent, je pense qu’ils sont fatigués… Ils veulent survivre. La dernière chose qu’ils souhaitent, c’est de recommencer à creuser des trous dans des montagnes qui viennent d’être explosées. » Ajoutant avec son tact habituel : « De l’avis de tous (…) ils ont pris un gros coup, non ? » La Syrie, maintenant dirigée par un ancien djihadiste, Ahmed Al Charaa, a déjà fait amende honorable auprès de Washington et se dit prête à des pourparlers avec Israël.

Le nouveau président libanais, Joseph Aoun, estime, lui, qu’il est maintenant « nécessaire de négocier » avec Tel-Aviv. Les Émirats arabes unis, Bahreïn, le Maroc ont déjà normalisé leurs relations avec Israël. L’Indonésie, le plus grand pays musulman du monde, n’y est pas hostile.

À Gaza, les Palestiniens tentent maintenant de reconstruire leur vie à défaut de leurs maisons. Certes, le cessez-le-feu est en place mais pour combien de temps ? La deuxième phase du plan Trump prévoyait un retrait partiel de ce territoire mais il apparaît que Netanyahou n’y est pas disposé.

Se pose également la question du désarmement du Hamas et de la gestion de la bande de Gaza. Donald Trump n’a pas évoqué l’occupation israélienne ni l’avenir de la Cisjordanie ni même l’autodétermination du peuple palestinien. Ce dernier se retrouve plus que jamais seul.

Devant la Knesset, Donald Trump célèbre sa « Pax Americana » (Pierre Barbancey, L'Humanité, 13 octobre 2025)

Quel courage! DEUX DÉPUTÉS COMMUNISTES ISRAELIENS INTERROMPENT LE DISCOURS DE DONALD TRUMP A LA KNESSET
En plein discours à la Knesset, le parlement israélien, le président américain Donald Trump a été interrompu par des slogans de deux députés du parti communiste "Hadash", Ofer Cassif et Ayman Odeh

Les deux hommes ont été expulsés après avoir brandi des pancartes sur lesquelles était écrit : "Reconnaissez la Palestine".

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14 octobre 2025 2 14 /10 /octobre /2025 05:32
Marwan Barghouti ne sera pas libéré : pourquoi le « Mandela palestinien » fait si peur à Benyamin Netanyahou -  le 12 octobre 2025 - L'Humanité - Pierre Barbancey
Marwan Barghouti ne sera pas libéré : pourquoi le « Mandela palestinien » fait si peur à Benyamin Netanyahou
Incarcéré depuis vingt-trois ans, il ne figure pas sur la liste des prisonniers qui doivent être libérés, malgré la demande du Hamas. Tel-Aviv ne veut pas qu’un dirigeant intègre et respecté, défenseur de la solution à deux États, reprenne la résistance pacifique contre l’occupation.
 
P le 12 octobre 2025 - L'Humanité - Pierre Barbancey
 
Enfermé depuis vingt-trois ans, transféré à plusieurs reprises et placé à l’isolement depuis le 7 octobre 2023, Marwan Barghouti, 66 ans, ne fait pas partie de l’échange de prisonniers qui doit commencer lundi 13 octobre. Le Hamas l’avait pourtant placé parmi les six détenus palestiniens dont il souhaitait la libération prioritairement. Israël, une fois de plus, s’y est refusé.
Marwan Barghouti fait trembler Benyamin Netanyahou et ses sbires d’extrême droite, Bezalel Smotrich et Itamar Ben-Gvir. Ce dernier est même allé jusqu’à se rendre dans la cellule du dirigeant palestinien pour vociférer : « Vous ne nous vaincrez pas. » Comme si ce ministre fasciste voulait conjurer le sort en tentant de l’humilier. Une « atteinte à la dignité », avait même dénoncé le porte-parole du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme.
Un « homme de paix »
Secrétaire général du Fatah en Cisjordanie, arrêté en avril 2002, Marwan Barghouti a été condamné en 2004 à cinq peines de prison à perpétuité par un tribunal qu’il a jugé illégitime. C’est un « homme de paix » à qui Israël intente un « procès politique », assurait Gisèle Halimi qui, avec un autre avocat français, Daniel Voguet, avait accepté de le conseiller. « Il est absolument convaincu de la nécessité de dialoguer et de mettre fin à l’occupation et de créer deux États libres (israélien et palestinien), l’un à côté de l’autre », rappelait-elle alors.
En janvier 2024, l’ancien chef du Shin Bet (les services de renseignement israéliens), Ami Ayalon, expliquait que, dans le cadre d’un accord global, il fallait « libérer Marwan Barghouti. Parce que Marwan est le seul dirigeant palestinien qui peut être élu et diriger un leadership palestinien uni et légitime vers une voie de séparation mutuellement consentie avec Israël ». Figure incontestée et toujours populaire, connu pour sa probité alors que d’autres au sein de l’Autorité palestinienne (AP) sont détestés pour leur corruption, Barghouti s’est toujours prononcé pour la résistance dans les territoires occupés et contre toute attaque de civils en Israël, et prône une solution à deux États.
Pour Netanyahou, il est d’autant moins question de laisser sortir ce dirigeant que Marwan Barghouti est également à l’origine de ce qu’on appelle le « document des prisonniers ». Un texte qui prônait déjà l’unité palestinienne et l’entrée du Hamas et du djihad islamique au sein de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP). Une question devenue centrale aujourd’hui pour le renouveau du mouvement de libération nationale, mal en point.
Tous les sondages réalisés montrent qu’en cas d’élection présidentielle, Marwan Barghouti sortirait grand vainqueur. On comprend mieux les réticences israéliennes. En cas de libération, il reprendrait le flambeau de la lutte contre l’occupation et redonnerait confiance aux Palestiniens en eux-mêmes pour les entraîner dans une résistance pacifique. Après vingt-trois années d’emprisonnement, Marwan Barghouti fait toujours peur à Tel-Aviv.
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