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30 décembre 2021 4 30 /12 /décembre /2021 06:39

 

Cela fera neuf ans que dans la nuit du 9 au 10 janvier 2013, trois militantes kurdes étaient assassinées dans Paris. L’effroi suscité par ce crime dans l’opinion publique fut à la hauteur de son caractère exceptionnel.

 

 

Ces femmes étaient des personnalités de premier plan du mouvement kurde : Sakine Cansiz, fondatrice, aux côtés d’Abdullah Ocalan, du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), cette organisation qui permit aux Kurdes de sortir de la marginalité pour retrouver leur dignité et leur liberté. Fidan Dogan (« Rojbin »), une militante éblouissante de conviction et d’opiniâtreté, alors porte-parole du CDKF, et Leyla Söylemez, dirigeante du mouvement de la jeunesse du Parti.

Ces meurtres furent également exceptionnels par l’extrême violence des exécutions. Chacune d’entre elles reçurent de nombreuses balles dans la tête.

Manifestation le 8 janvier à 12 h, gare du Nord (Paris)

L’auteur de ce crime, Omer Güney, appartenait à la mouvance extra-nationaliste des « Loups Gris ». Il est décédé en prison avant son procès, si bien que l’affaire ne sera jamais jugée. Pour autant, l’enquête poursuit son cours et a permis d’identifier les commanditaires. Omer Güney était missionné par les services secrets turcs (MIT) dont le numéro 2 était Ismaïl Hakki Musa, véritable coordinateur de l’opération sur ordre du président R.T. Erdogan. Ce bourreau a occupé les fonctions d’ambassadeur en France de 2017 à 2021 avant de les quitter opportunément alors qu’il allait être interrogé par la justice.

Désormais, pour que l’enquête connaisse une avancée décisive et soit conduite à son terme, les magistrats enquêteurs doivent avoir accès à tous les documents du dossier, couverts par le « secret défense ». Or le gouvernement de la France et notamment les ministres de l’Intérieur et de la Défense s’y opposent, empêchant ainsi que justice soit rendue. Cette situation est intolérable et indigne pour la mémoire de ces femmes, de leur famille et de tout le peuple kurde.

« Solidarité totale avec la lutte du peuple kurde. »

La France et les puissances occidentales ont pourtant une dette envers les Kurdes. Sur le devant de la scène internationale lorsqu’il s’agissait de lutter contre l’État islamique, encensés pendant quatre ans pour leur courage et leur héroïsme, les Kurdes étaient nos frères d’armes contre la barbarie et l’obscurantisme… mais c’était hier. Dans les municipalités conquises en Turquie, dans le territoire autonome du Rojava de Syrie, ils promouvaient des institutions démocratiques et progressistes, respectueuses de toutes les diversités, expulsant la violence et la mort pour construire des sociétés plurielles, féministes et pacifistes.

Désormais, ils sont abandonnés de tous, sous la menace d’invasions et d’exactions de la Turquie de R.T. Erdogan ainsi que de la duplicité des États-Unis, de la Russie et du régime sanguinaire de Bachar al-Assad. L’impéritie de la France et des Occidentaux prend la forme de plusieurs visages. Ceux des milliers de Kurdes de Turquie, députés, maires, militants du Parti démocratique des peuples (HDP) emprisonnés et torturés. Les co-présidents du HDP, Figen Yüksekdag et Selahattin Demirtas dont la Cour européenne de justice exige sa libération, en sont les figures emblématiques parmi bien d’autres. Ils prennent aussi les visages des Yézidis de la province de Shengal en Irak, qui après avoir échappé au génocide de l’État islamique sont sous les bombes chimiques de R.T. Erdogan. L’un de leurs dirigeants, Marwan Bedel, vient d’être assassiné par un drone turc. Ils portent aussi le visage de ces femmes kurdes de Syrie, notamment du canton d’Afrin (Syrie), annexé par Ankara, et livré aux hordes des supplétifs djihadistes qui les martyrisent.

Quand cette duplicité contre le droit humanitaire et le droit international cessera-t-elle ?

Enfin la France a une responsabilité particulière. Les Kurdes de France, comme Leyla, Sakine et Rojbin hier, sont à nouveau menacés. Plusieurs projets d’assassinats ont été mis à jour, tandis que les nervis de R.T. Erdogan multiplient les violences. Les Kurdes sont surveillés, leurs locaux incendiés, alors que les agressions physiques s’intensifient. Récemment, ce mois de novembre, la tombe de l’écrivain, chanteur et compositeur, Ahmet Kaya, a été profanée au Père Lachaise. Ce sont les démocrates de Turquie, comme la communauté arménienne de France, qui subissent, sur notre territoire, ces pressions, ces intimidations et ces exactions. Au lieu de protéger les Kurdes de France, le gouvernement a multiplié ces dernières années leurs interpellations et les menaces d’extraditions vers la Turquie.

C’est indigne. Alors que le Moyen-Orient est à feu et à sang, que la Turquie se montre agressive sur plusieurs champs d’opération, Paris doit être aux côtés des Kurdes partout où ils se trouvent.

Les communistes appellent à se joindre à la manifestation qui aura lieu à Paris le 8 janvier à 12 h, gare du Nord, pour exiger la justice pour ces trois militantes assassinées et exprimer notre solidarité totale avec la lutte du peuple kurde.

Pascal Torre
responsable-adjoint du secteur international du PCF
chargé du Maghreb et du Moyen-Orient

 

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29 décembre 2021 3 29 /12 /décembre /2021 20:03
Le 9 janvier 2013, Sakine Canciz, Fidan Dogan et Leyla Söylemez étaient assassinées au 147 rue La Fayette

Le 9 janvier 2013, Sakine Canciz, Fidan Dogan et Leyla Söylemez étaient assassinées au 147 rue La Fayette, dans le 10ème arrondissement.
L'enquête a démontré que les services secrets turcs étaient impliqués dans le triple assassinat politique de ces militantes des droits du peuple kurdes.
Depuis 9 ans, la justice n'est pas passée.
Depuis 9 ans, les familles des victimes n'ont jamais été reçues à l’Élysée.
Depuis 9 ans, la France a préféré privilégier ses relations avec la Turquie d'Erdogan à la justice.

Alors que tous les indices recueillis au fil de l’instruction pointent vers Ankara et son agence de renseignement (MIT), la justice française a décidé dans un premier temps de clore le dossier, suite à la mort du tireur, Ömer Güney - officiellement décédé en prison d’une tumeur au cerveau en décembre 2016, au prétexte que la disparition de « l’assassin présumé » entraînait l’extinction de l’action publique. 
Soyons nombreuses et nombreux le 8 janvier à 12h devant la Gare du Nord à la manifestation organisée par les associations kurdes pour exiger la justice pour ces trois femmes, ces trois militantes.
 

Le lien de l'événement Facebook https://facebook.com/events/s/manifestation-pour-les-trois-m/586426025690981/
#justice #PCF #Kurdes #Erdoganassassin

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27 décembre 2021 1 27 /12 /décembre /2021 07:19
« Nos corps sont blessés, nos consciences sont touchées » : en Éthiopie, le calvaire des femmes victimes de violences sexuelles (L'Humanité, Rosa Moussaoui, 24 décembre 2021)
« Nos corps sont blessés, nos consciences sont touchées » : en Éthiopie, le calvaire des femmes victimes de violences sexuelles
Vendredi 24 Décembre 2021

Alors que la contre-offensive de l’armée d’Addis-Abeba a contraint la rébellion tigréenne au repli, les témoignages se multiplient sur les atrocités commises depuis un an par les deux parties. Reportage dans la région Amhara, où les femmes violées par les combattants du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF) témoignent.

 

Nefas Mewcha, région Amhara (Éthiopie), envoyée spéciale.

Elle est prostrée dans la pénombre, sur un banc de bois vacillant, le corps enveloppé dans un gabi, une large et chaude étole de coton blanc. Elle porte sur les tempes et sur le front des tatouages et, aux oreilles, de discrets anneaux d’argent, les seuls biens qui lui restent, depuis que des hommes du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF), la rébellion férocement combattue par le gouvernement d’Addis-Abeba, ont forcé la porte de sa maison, au milieu du mois d’août, pour y semer la désolation.

Le viol comme arme de guerre

« Ils nous ont tout pris, ils nous ont laissées nues, dans tous les sens du terme », souffle Agere, une femme d’une trentaine d’années, qui relève la tête pour livrer, la gorge nouée, l’atroce récit du viol qu’elle a enduré. « Ils sont arrivés le 12 août, nous entendions des tirs dans toutes les directions. Il y avait beaucoup de morts, que nous ne pouvions ni pleurer ni enterrer. Ils ont commencé à tout piller : l’hôpital, les commerces, puis les maisons une à une. Ce qu’ils ne pouvaient pas prendre, ils le démolissaient, raconte-t-elle.  Quand ils sont entrés chez moi, ils se sont emparés de mon téléphone, de ma croix, des vivres, de toutes mes économies. Puis ils ont mis mes deux enfants de 4 et 12 ans dehors, en menaçant de les tuer. J’ai été violée chez moi, sous la menace d’une arme. Ils étaient deux, très jeunes, des gamins. Si je n’avais pas eu si peur de leur arme, je leur aurais administré une correction. Ils m’ont dit : si tu cries, on te tue. »

Son fils aîné a pris la fuite, il a marché seul pendant deux jours à travers la montagne pour rejoindre des parents, chez lesquels il est arrivé les pieds en sang. Les hommes du TPLF ont occupé la zone du 12 au 21 août, neuf jours de terreur pour les habitants de Nefas Mewcha, une ville du district de Gayint, dans les hautes terres de la région Amhara, perchée sur une crête à plus de 3 000 mètres d’altitude, entre deux vertigineuses falaises.

« Ils nous disaient être venus détruire les ânes, c’est ainsi qu’ils nous désignent, nous, les Amharas. Ils nous attrapaient par la gorge, par les cheveux, nous giflaient, nous battaient, menaçaient d’en finir avec nos enfants. Ils disaient qu’il ne fallait pas laisser grandir ces serpents qui finiraient par se retourner contre eux. Ils n’ont pas tué d’enfants, mais nous étions terrorisés, terrés chez nous. Ils sont finalement partis en direction de Debre Tabor, en promettant de revenir nous massacrer si l’armée les contraignait à rebrousser chemin », poursuit Agere. Dans ce cauchemar, sa seule source de soulagement est d’avoir échappé à une grossesse. Son mari, qui se trouvait alors à Bahir Dar, la capitale régionale, ignore tout de son supplice : le poids de l’opprobre social jeté sur les femmes ayant subi des violences sexuelles les réduit au silence ; le viol, comme arme de guerre, s’avance comme une atteinte à toute la communauté, pour la salir tout entière et la disloquer.

Des victimes cloîtrées dans leur traumatisme

À Nefas Mewcha, 73 femmes ont déclaré avoir subi des violences sexuelles. Le docteur Biniam croit ce chiffre sous-estimé. Ce médecin de 35 ans, affecté à Debre Tabor, a été réquisitionné pour venir prêter main-forte à l’hôpital local, lorsque le front mouvant de la guerre civile meurtrière qui déchire depuis un an l’Éthiopie s’est rapproché de Nefas Mewcha. Avec ses équipes, il a réussi à faire évacuer les patients en catastrophe, avant l’arrivée du TPLF. Il a vu défiler des milliers de blessés. Lorsque la position a été reprise par l’armée fédérale, il a retrouvé les lieux dévastés, matériel détruit, lits renversés, médicaments éparpillés. « J’étais effondré en retrouvant l’hôpital dans cet état, murmure-t-il . Nous soignons tout le monde, tous les belligérants, je ne fais pas de différences. S’ils avaient pris les médicaments, le matériel pour sauver des vies ailleurs, d’accord, mais tout détruire ! Tous les villages des environs dépendent de cet hôpital, de sa maternité, de ses services de pédiatrie. Ici, le paludisme, la tuberculose, le VIH font des ravages. Pour beaucoup de gens de ce district encl avé, c’est un service absolument vital. »

Les femmes victimes de viol, dans ce chaos, ont tardé à se manifester. Beaucoup, cloîtrées dans leur traumatisme, ne sont jamais venues se faire soigner. Certaines l’ont sollicité pour une IVG en découvrant qu’elles étaient tombées enceintes. D’autres craignaient d’avoir contracté le VIH. Toutes souffraient de déchirures vaginales, parfois graves, entraînant des complications. D’ecchymoses et de plaies multiples, aussi, laissées par leurs agresseurs. « Les séquelles psychologiques sont lourdes. Une victime s’est récemment suicidée. Il y a eu des cas de viols collectifs, et des femmes violées sous les yeux de leurs enfants. Dans cette communauté de chrétiens orthodoxes très croyants, le viol est vu comme un déshonneur ; il y a cette idée de pureté brisée faisant peser la honte sur les victimes, qui n’ont nulle part où aller », expose le docteur Biniam.

« Il était très jeune, il aurait pu être mon fils »

Les femmes de Nefas Mewcha, pourtant, veulent raconter leur calvaire. Une quarantaine d’entre elles affluent dans la salle commune ouverte pour nous par une responsable de la municipalité, qui les invite à livrer leur témoignage « sans un mot de trop ni de moins, sans esprit de vengeance ». Des adolescentes à l’air égaré aux femmes d’âge mûr, traits graves, les yeux noyés de détresse, elles se confient une à une. Abaye Tsegaye doit avoir une cinquantaine d’années. À l’arrivée du TPLF, elle a rejoint la forêt avec des voisins. Les trois hommes du groupe ont été abattus, avant que les assaillants ne se retournent contre les sept femmes en fuite. « Ils étaient deux, l’un m’a attrapée par la gorge, l’autre m’a écarté les jambes de force en me reprochant de soutenir le gouvernement, alors que je ne me suis jamais occupée de politique, relate-t-elle. Ils m’ont pris tout ce que j’avais sur moi. J’ai erré nue dans la forêt pendant cinq jours. » Elle se lève, soulève un pan de sa robe pour montrer la longue cicatrice qui lui balafre l’aine.

Mnalou Goshou, une femme du même âge, était à ses côtés, à la recherche désespérée d’une échappatoire. Elle aussi dévoile les stigmates d’une blessure : elle a été violée sous la menace d’un couteau qui lui a tailladé le ventre et la jambe gauche. « Il m’a dit : “Ma mère a été attaquée par l’armée érythréenne (alliée du gouvernement d’Addis-Abeba dans l’offensive contre le TPLF – NDLR), alors je te fais la même chose.” Il était très jeune. Il aurait pu être mon fils », se remémore-t-elle, la voix tremblante. Elle s’effondre en sanglots.

« Il m’a dit que j’étais un serpent, que je méritais de mourir »

Alem Tsehaye a moins de 30 ans, elle était enceinte au moment du viol. « J’avais chez moi un drapeau du Parti de la prospérité (le parti du premier ministre Abiy Ahmed – NDLR). Il m’a dit : même si tu es enceinte, je dois te violer car tu es l’âne d’Abiy. Il m’a violée sous le regard d’un autre », chuchote-t-elle. Helmé a dix ans de plus, un foulard noué autour de la tête, le visage déjà creusé de rides. « Un homme m’a saisie chez moi, m’a mis sa main sur les yeux. Il me demandait des informations sur les responsables de la ville. J’ai répondu que je ne les connaissais pas. Il m’a dit que j’étais un serpent, que je méritais de mourir. Il m’a dit : “Tous vos hommes vous ont abandonnées, ils sont partis, qui te sauvera ?” Puis il m’a violée. Quand il a fini, celui qui faisait la sentinelle dehors a pris son tour, balbutie-t-elle.  On ne pouvait rien faire face à ces hommes armés. Nous avons des traditions de solidarité mais ils ne nous ont rien laissé, nous ne pouvons même plus nous entraider matériellement, juste se soutenir moralement. Nos corps sont blessés, mais nos consciences aussi sont touchées. »

Son récit est brutalement interrompu par le surgissement d’un fano, membre de la milice Amhara, qui nous conteste le droit de recueillir ces témoignages. Il exige des autorisations officielles, dit vouloir « protéger ces femmes ». Dehors, ses compagnons paradent partout, kalachnikov en bandoulière, avec les hommes des forces spéciales amharas, l’armée régionale. Dans le vacarme des tirs de ces miliciens, au crépuscule, les troupes fédérales, elles, remontent de Gashena, carrefour stratégique très disputé, à 70 kilomètres de là, qui a changé plusieurs fois de mains, tout juste repris au TPLF, au terme de sanglants combats. En treillis, capuche remontée sur ses cheveux nattés, fusil-mitrailleur en main, Jerry, à 25 ans, a le grade de lieutenant de l’armée fédérale. Interrogée sur les allégations de crimes de guerre et sur les atrocités commises par son propre camp contre des populations civiles du Tigré, elle veut croire que « la discipline » des siens est une digue contre les violences sexuelles. « Si je vois des soldats prêts à violer une femme tigréenne, moi aussi j’ai du feu. Je n’hésiterais pas à faire usage de mon arme », tranche-t-elle.

Dans l’hôpital de Nefas Mewcha où affluent sans trêve les ambulances, les lits des blessés et des malades sont alignés dans les couloirs ; les médecins recousent les plaies dans le patio. Chaque jour, trois ou quatre patients finissent par succomber.

Une chambre est tenue close ; pour l’ouvrir, le personnel soignant doit demander les clés à un colonel en tenue de sport bleue, tête couverte d’un bonnet noir. À l’intérieur, dans une pièce de 9 mètres carrés, six jeunes combattants tigréens blessés, faits prisonniers, gisent sur des matelas posés à même le sol, au milieu d’une saleté abjecte. Dans un recoin, des bouteilles de plastique remplies d’urine s’amoncellent. Ils ont été enregistrés auprès du Comité international de la Croix-Rouge, nous assure-t-on. Nous demandons à les interroger seuls : fin de non-recevoir. « Si nous sommes là, c’est que chaque maison devait donner un homme à la guerre », nous glisse, les yeux suppliants, l’un d’entre eux, pelotonné dans une couverture souillée. Le plus vieux dit avoir 21 ans, le plus jeune, 18 ans. Des vies à peine écloses, qui ont déjà tutoyé l’horreur et frôlé la mort. Brisées par la guerre.

Addis-abeba rejette le principe d’une enquête onusienne

Dans une résolution adoptée à l’issue d’une session spéciale du Conseil des droits de l’homme examinant « la situation grave » en Éthiopie, l’ONU a donné la semaine dernière son feu vert à un mécanisme international d’enquête sur les exactions commises, depuis un an, dans le pays. Démarche rejetée par Addis-Abeba, qui dénonce « une mentalité néocolonialiste ». Dans une enquête conjointe avec la Commission éthiopienne des droits de l’homme, créée par le gouvernement éthiopien, les Nations unies avaient déjà conclu, début novembre, à de possibles crimes contre l’humanité commis par toutes les parties. La résolution demande la création d’une « commission internationale d’experts en droits de l’homme » chargée de réunir des preuves sur les violations des droits humains. Ce conflit a fait, depuis un an, plusieurs milliers de morts, plus de 2 millions de déplacés, et poussé des centaines de milliers d’Éthiopiens au bord de la famine, selon l’ONU, qui déplore aussi les arrestations de 5 000 à 7 000 personnes, dont neuf employés onusiens, depuis l’instauration de l’état d’urgence, le 2 novembre.

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27 décembre 2021 1 27 /12 /décembre /2021 07:12
Disparition. Desmond Tutu a rejoint l’arc-en-ciel des nations (Pierre Barbancey, L'Humanité, 26 décembre 2021)
Disparition. Desmond Tutu a rejoint l’arc-en-ciel des nations
Dimanche 26 Décembre 2021

Figure de la lutte contre l’apartheid, prix Nobel de la paix, personnalité intransigeante et attachante, l’ancien archevêque du Cap est décédé dimanche. Il avait 90 ans.

C’était un rire pur. Un rire franc. Un rire massif parfois tonitruant. Tous ceux qui ont eu la chance de rencontrer Desmond Tutu se souviennent aujourd’hui de ses yeux plissés, espiègles, comme ceux d’un enfant, dès qu’il esquissait un sourire. Plus que de la bonhomie, il y avait chez lui un amour de la vie et une façon unique de raconter des anecdotes. Comme celle-ci : « Un jour à San Francisco, j’étais bien tranquille dans mon coin. Une femme fait irruption devant moi. Visiblement émue, elle me salue d’un “Bonjour, archevêque Mandela !” Deux hommes pour le prix d’un ». Au mois d’octobre, il avait fêté ses 90 ans. Ce fut sa dernière apparition publique. Celui que tout le monde appelait familièrement par le surnom de The Arch (archevêque se dit archbishop en anglais) s’est éteint, ce dimanche, au lendemain de Noël.

Icon QuoteJe n’ai pas combattu pour chasser des gens qui se prenaient pour des dieux de pacotille et les remplacer par d’autres qui pensent en être aussi.Desmond Tutu

Une disparition annoncée par Cyril Ramaphosa, président de la République d’Afrique du Sud, en personne. « Des trottoirs de la résistance en Afrique du Sud aux chaires des grandes cathédrales et lieux de culte du monde, en passant par le cadre prestigieux de la cérémonie du prix Nobel de la paix, The Arch s’est distingué comme un défenseur non sectaire et inclusif des droits de l’homme universels », a déclaré celui qui est également à la tête du Congrès national africain (ANC). Une organisation que Desmond Tutu n’a pas craint d’étriller ces dernières années, annonçant même qu’il ne voterait plus en sa faveur, se disant déçu par la corruption, l’état des écoles publiques et la pauvreté persistante. « Je n’ai pas combattu pour chasser des gens qui se prenaient pour des dieux de pacotille et les remplacer par d’autres qui pensent en être aussi », dénonçait-il.

Tutu est né le 7 octobre 1931 dans la ville minière de Klerksdorp, à l’ouest de Johannesburg. Sa mère était domestique, son père directeur d’école primaire. Il se tourne très vite vers la théologie et devient, en 1978, le premier dirigeant noir du Conseil sud-africain des églises (SACC), qui compte 15 millions de fidèles actifs dans la lutte contre l’apartheid. En 1984, alors qu’il est nommé évêque de Johannesburg et appelle au boycott économique du régime raciste blanc de Pretoria, il est lauréat du prix Nobel de la paix. Albert Luthuli, président de l’ANC de 1952 à 1967, avait reçu ce même prix en 1960. Il sera également décerné à Nelson Mandela et Frederik De Klerk en 1993. Il devient archevêque du Cap en 1986, alors que, dans le pays, la lutte s’intensifie pour mettre à bas l’apartheid, notamment avec le regroupement de toutes les organisations progressistes, civiles, religieuses et syndicales au sein du Front démocratique uni (United democratic front, UDF).

Icon Quote Pardonner, ce n’est pas seulement être altruiste. C’est la meilleure forme d’intérêt personnel. Un processus qui n’exclut pas la haine et la colère.Desmond Tutu

Une lutte dont il est totalement partie prenante, notamment en tant que responsable de l’Église anglicane pour toute l’Afrique australe. Et une épine plantée dans le pied du pouvoir raciste qui ne peut se débarrasser de cette personnalité aux déclarations fracassantes. Ainsi, en juillet 1986, après le refus de Ronald Reagan, alors président des États-Unis, d’imposer des sanctions au régime de l’apartheid, il s’exclame devant la presse : « Plus de 70 % de notre peuple, comme le montrent deux sondages, veulent des sanctions. Mais non, le président Reagan sait mieux que tout le monde. Nous allons souffrir. Il est là, comme le grand chef blanc à l’ancienne, à nous dire que nous, les Noirs, on ne sait pas ce qui est bon pour nous. L’homme blanc sait ».

Serviteur d’une Église aux portes grandes ouvertes

En 1995, un an après les premières élections démocratiques qui ont vu l’accession de Nelson Mandela à la présidence du pays, Desmond Tutu est tout naturellement nommé à la tête de la commission Vérité et Réconciliation, chargée d’enquêter sur les crimes commis sous l’apartheid. Il aimait d’ailleurs dire : « Pardonner, ce n’est pas seulement être altruiste. C’est la meilleure forme d’intérêt personnel. C’est aussi un processus qui n’exclut pas la haine et la colère ». Au deuxième jour des auditions, il fond en larmes après le témoignage particulièrement insoutenable d’un ancien détenu de Robben Island.

Présidant depuis 2007 The Elders (les Aînés), groupe de personnalités internationales œuvrant pour le règlement de conflits dans le monde, The Arch avait écrit en juin 2016 au comité Nobel pour proposer « la nomination de Marwan Barghouti, dirigeant palestinien emprisonné, pour le prix Nobel de la paix ». Il rappelait qu’ « en 2013, une campagne internationale pour la libération de Marwan Barghouti et de tous les prisonniers palestiniens fut lancée à Robben Island (…) depuis la cellule du symbole universel de paix qu’est Nelson Mandela ».

The Arch était le serviteur d’une Église aux portes grandes ouvertes pour accueillir ce qu’il a lui-même appelé la « nation arc-en-ciel ». Une belle expression qu’il a employée pour la première fois lors de son discours prononcé aux obsèques de Chris Hani, secrétaire général du Parti communiste sud-africain (SACP) et chef militaire de Umkhonto we Sizwe, la branche armée de l’ANC, assassiné en 1993. Une idée si forte que Nelson Mandela l’a reprise le 10 mai 1994, lors de sa cérémonie d’investiture : « Nous prenons l’engagement de bâtir une société dans laquelle tous les Sud-Africains, blancs ou noirs, pourront marcher la tête haute (…), une nation arc-en-ciel en paix avec elle-même et avec le monde ».

Desmond Tutu était un peu la conscience de l’Afrique du Sud. Avec lui, disparaît pratiquement le dernier des géants de la lutte contre l’apartheid et des idées progressistes. Parmi ses derniers combats, et contre sa hiérarchie, il a défendu le suicide assisté, le droit à l’avortement et les homosexuels. Avec ce pied de nez qui le caractérisait si bien : « Je ne vénérerais pas un Dieu homophobe. (…) Je refuserais d’aller dans un paradis homophobe. Non, je dirais : “Désolé ! Je préfère de loin aller de l’autre côté” ».

Repères
7 octobre 1931
Naissance à Klerksdorp, dans le Transvaal.
1961 Ordonné prêtre de l’Église anglicane.
10 décembre 1984 Reçoit le prix Nobel dans le grand amphithéâtre de l’université d’Oslo.
7 septembre 1986 Nommé archevêque du Cap.
1995 Nommé président de la commission de la Vérité et de la Réconciliation.
2005 Nommé par le secrétaire général de l’ONU membre du Haut-Conseil pour l’Alliance des civilisations.
26 décembre 2021 «Le décès de l’archevêque émérite Desmond Tutu est un nouveau chapitre de deuil dans l’adieu de notre nation à une génération de Sud-Africains exceptionnels qui nous ont légué une Afrique du Sud libérée. », Cyril Ramaphosa, président sud-africain.

Disparition. Desmond Tutu a rejoint l’arc-en-ciel des nations (Pierre Barbancey, L'Humanité, 26 décembre 2021)
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27 décembre 2021 1 27 /12 /décembre /2021 06:32

 

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26 décembre 2021 7 26 /12 /décembre /2021 06:31

 

La victoire de Gabriel Boric, au second tour de l’élection présidentielle chilienne, ce 19 décembre, est une excellente nouvelle pour le peuple chilien et toutes les forces démocratiques et de transformation sociale à travers le monde.

 

 

L’élection à la présidence de la République du candidat de la coalition Apruebo Dignidad qui regroupe de nombreuses organisations de gauche, avec la contribution décisive du Parti communiste du Chili (PC de Chile), vient confirmer la profonde volonté de changement et de justice sociale qui s’exprime dans le pays, avec une force inédite, depuis le grand mouvement populaire d’octobre 2019. 

Parti d’une étincelle – la hausse de trente pesos du prix du ticket de métro à Santiago – ce mouvement est déjà parvenu à mettre à bas la Constitution néolibérale-autoritaire issue de la dictature Pinochet. Il débouche aujourd’hui sur l’élection à la tête du pays du premier président de transformation sociale depuis Salvador Allende en 1970.

Après les succès électoraux enregistrés par les forces progressistes au Pérou, en Bolivie ou au Honduras, cette victoire résonne comme un nouvel acte d’espoir pour toute l’Amérique latine. L’offensive des droites ultraréactionnaires et autoritaires, qui partout s’emploient à barrer aux peuples le chemin de l’indépendance envers les États-Unis et de nouvelles conquêtes, subit aujourd’hui un nouvel échec cinglant.

Au Chili, l’élection de Gabriel Boric empêche ainsi l’arrivée au pouvoir de José Antonio Kast, candidat d’extrême droite rallié par les classes dominantes, dont le programme représentait une grave menace pour les travailleurs, les femmes, les peuples autochtones, les personnes LBGT, entre autres. 

Tout le continent latino-américain entre dans un moment d’affrontements majeurs, comme l’illustre le score obtenu par Kast au Chili. Ses peuples et les forces de gauche auront besoin de tout notre soutien dans leur combat pour un avenir de progrès et de démocratie.

Le Parti communiste français (PCF) félicite chaleureusement Gabriel Boric pour sa victoire et salue l’ensemble des forces démocratiques et progressistes qui, par leur mobilisation unitaire, ont rendu celle-ci possible. Il lui adresse ses sincères vœux de réussite dans la politique de transformation sociale que revendique le peuple chilien.

 

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24 décembre 2021 5 24 /12 /décembre /2021 07:03
Gabriel Boric, ou l’ascension express vers la présidence chilienne - Vadim Kamenka, L'Humanité, 20 décembre 2021
Gabriel Boric, ou l’ascension express vers la présidence chilienne
Lundi 20 Décembre 2021

Le 11 mars prochain, le candidat de la coalition de gauche Apruebo Dignidad deviendra le plus jeune président chilien. Droits sociaux, réforme constitutionnelle, lutte contre les inégalités : à 35 ans, il entend métamorphoser le pays.

 

À 35 ans, Gabriel Boric marque déjà l’histoire. Avec ses fines lunettes, sa barbe épaisse et sa peau tatouée, le candidat de la coalition de gauche Apruebo Dignidad (« J’approuve la dignité ») a immédiatement promis être « le président de tous les Chiliens et les Chiliennes », devant des dizaines de milliers de personnes venues célébrer sa victoire dans le centre de Santiago. Face à l’immense foule, où flottaient des drapeaux chiliens, indigènes et arc-en-ciel (de la communauté LGBTQI +), Gabriel Boric y a tenu un discours rappelant les points forts de son programme : plus de droits sociaux, la suppression des retraites par capitalisation et des fonds de pension, la mise en place d’un système de santé universel, la défense du droit des femmes, la protection de l’environnement.

L'incarnation d'une nouvelle génération

Son élection confirme une volonté populaire de rompre avec l’héritage de la dictature d’Augusto Pinochet de 1974 à 1990. Ses premiers combats politiques remontent à dix ans en arrière, lorsqu’il étudiait le droit sur les bancs de l’université à Santiago. Gabriel Boric participe pleinement au mouvement de lutte étudiante de 2011. Cette mobilisation a réuni l’ensemble des étudiants et élèves de tous les établissements publics et privés du Chili pour réclamer une réforme du système d’éducation avec une véritable participation de l’État pour mettre un terme aux inégalités. L’éducation n’étant pas un privilège mais un droit, répétera-t-il durant sa campagne. Trois ans plus tard, Gabriel Boric obtient le siège de député de la région de Magallanes. En 2017, il participe à la création de la coalition Frente Amplio (Front large).

Icon Quote Garantir un État providence afin que chacun ait les mêmes droits, quel que soit l’argent qu’il a dans son portefeuille. Gabriel Boric

Originaire de Punta Arenas, dans l’extrême sud du Chili en Patagonie, qui est l’une des villes les plus australes du monde sur les rives des eaux glacées du détroit de Magellan, il incarne une nouvelle génération. Celle-ci a surmonté la peur de la répression et réinvesti l’espace public de manière radicale : la remise en cause du modèle économique ultralibéral légué par Augusto Pinochet. «  Si le Chili a été le berceau du néolibéralisme, il sera aussi son tombeau », affirmait le nouveau président en juillet, au soir de sa désignation à la tête de la coalition, Apruebo Dignidad, devant le communiste Daniel Jadue.

Poursuivre le « processus constituant »

À l’issue du scrutin présidentiel, Gabriel Boric s’installera donc, le 11 mars, au palais de la Moneda, à l’âge minimal requis pour occuper le poste de chef de l’État. Tout semble aller très vite pour l’aîné de la fratrie composée de trois frères, qui ont grandi aux portes de l’Antarctique dans une famille votant pour les partis socialiste et démocrate-chrétien. À l’AFP, il promet d’instaurer au Chili « quelque chose qui, en Europe, paraît assez évident : garantir un État providence afin que chacun ait les mêmes droits, quel que soit l’argent qu’il a dans son portefeuille ».

Gabriel Boric a également rappelé, durant toute sa campagne, qu’il poursuivra le « processus constituant », principal acquis du mouvement social contre les inégalités de 2019. Une assemblée a été élue en mai dernier et travaille sur l’écriture d’une nouvelle loi fondamentale, afin de remplacer celle héritée de la dictature d’Augusto Pinochet. Le nouveau président a fait campagne pour le oui à une nouvelle Constitution lors du référendum de 2020, largement soutenu par plus de 80 % des électeurs. Face à cette rapide ascension, Gabriel Boric exhortait ses soutiens : « Si, dans le futur gouvernement, nous commettons des erreurs, mobilisez-vous, aidez-nous à redresser le cap. 

Présidentielle au Chili : le peuple se déleste des oripeaux de la dictature
Mardi 21 Décembre 2021

À l’issue d’une campagne difficile contre José Antonio Kast, l’héritier d’Augusto Pinochet, le candidat de gauche Gabriel Boric l’emporte avec 55,87 % des voix. La Constituante pourra ainsi mener ses travaux à bien. Sans majorité parlementaire, le chemin s’annonce toutefois étroit.

 

La « place de la Dignité » n’a jamais aussi bien porté son nom. La place d’Italie, ainsi renommée par le mouvement social historique de 2019, où les Chiliens se sont massés pour porter les exigences de réformes sociales, a vu, dimanche, affluer une foule autant animée par l’espoir que soulagée de voir José Antonio Kast, le sinistre héritier du dictateur chilien Augusto Pinochet, défait à l’issue du second tour de la présidentielle.

Un combat en forme de revanche

Le nouveau président de gauche, Gabriel Boric, en a fait son antienne : « Si le Chili est le berceau du néolibéralisme, il sera aussi son tombeau. » Un combat en forme de revanche pour les enfants de Salvador Allende qui avaient vu la libéralisation et les privatisations imposées par le sang. « Notre génération est entrée dans la vie publique en exigeant que nos droits soient reconnus comme tels et ne soient pas traités comme des biens de consommation », a martelé l’ancien leader étudiant et député du Frente Amplio (Front ample), allié au Parti communiste, lors d’une première adresse à la foule. Une référence à l’éducation, à la santé, aux retraites et à tous ces biens communs laissés aux appétits du secteur privé depuis la dictature. « Nous allons défendre un système public autonome, à but non lucratif, et sans fonds de pension privés », a-t-il poursuivi.

À 35 ans, Gabriel Boric devient ainsi le plus jeune président du Chili. « El pueblo unido jamás será vencido » (Le peuple uni ne sera jamais vaincu) : le slogan qui remontait, dimanche, de l’Alameda, l’artère principale qui mène au centre de la capitale, renvoie à l’histoire des luttes nationales. Comme un présage, ce 16 décembre, l’annonce de la mort, à 99 ans, de Lucía Hiriart de Pinochet, la veuve du Caudillo, a vu déferler des manifestations de joie spontanées sur cette même place de la Dignité, désormais cœur vibrant du Chili en construction. Symbole des oripeaux que trente ans de démocratie n’auront suffi à liquider, « la Vieille », telle qu’elle était surnommée, n’a jamais été convoquée devant les tribunaux malgré son rôle clé dans le régime militaire.

Le Chili s’est réveillé

L’euphorie qui a accompagné la victoire de Gabriel Boric (55,87 % des suffrages) contre José Antonio Kast (44,13 %), malgré la mobilisation de la bourgeoisie, est à la hauteur du cycle entamé par le pays il y a deux ans. « Chile despertó ! » (Le Chili s’est réveillé), assurait alors la jeunesse, ouvrant la voie, un an plus tard, à une Constituante majoritairement de gauche, approuvée par référendum et appelée à enterrer la Loi fondamentale léguée par Pinochet. Le désir de rupture est puissant et balaye aujourd’hui la dernière carte des milieux d’affaires en la personne de José Antonio Kast. Face à la déroute du président de droite sortant, Sebastian Pinera, pris dans le scandale des Pandora Papers, les classes dominantes – à la manière de leur alter ego brésilien Jair Bolsonaro – n’ont pas hésité à miser sur l’extrême droite pour préserver leurs privilèges qui menacent de vaciller avec la Constituante.

Icon QuoteL’espoir l’a emporté sur les campagnes de peur. Gabriel Boric

Dimanche soir, les drapeaux chiliens le disputaient aux bannières des peuples autochtones, des féministes ou de celles de la communauté LGBTQI +. Et c’est dans la langue autochtone du peuple mapuche que Gabriel Boric a salué ses partisans. Insupportable aux yeux des tenants de l’ordre ancien, incarné par José Antonio Kast. Jouant à fond la carte de la lutte contre le terrorisme dans le Sud, le narcotrafic et la délinquance, le zélote du pinochétisme a toutefois offert une image affable et aimable pour rallier largement. « Aujourd’hui, l’espoir l’a emporté sur les campagnes de peur », s’est félicité Gabriel Boric à l’issue d’une campagne particulièrement difficile et marquée par l’anticommunisme.

Jamais José Antonio Kast n’a évoqué ses positions anti-avortement dans un Chili où une majorité de la population y est désormais favorable. Lui s’accroche à la sainte Trinité – patriarcat, religion et austérité. Il entendait ainsi supprimer le ministère de la Femme, accorder les aides sociales aux seules mariées, et privatiser la Codelco, géant chilien du cuivre et dernière entreprise détenue à 100 % par l’État. Sa stratégie consistait à laisser le terrain du conflit social au candidat progressiste, à déguiser son néofascisme en promesse de paix. Digne représentant du Rechazo, c’est-à-dire des opposants à la Convention constitutionnelle, son élection menaçait pourtant de torpiller le processus en cours.

Le pari est gagné

L’enjeu de ce deuxième tour était donc celui de la mobilisation des abstentionnistes, des jeunes, des femmes et des classes moyenne et populaire. Pari gagné : 55,6 % des électeurs se sont déplacés dimanche, contre 47 % au premier tour. Dans un pays polarisé à l’extrême, le jeune dirigeant promet d’être « le président de tous les Chiliens ». Gabriel Boric, qui doit prendre ses fonctions le 11 mars, n’aura pas la tâche aisée. À l’issue des élections parlementaires de novembre, aucune majorité claire ne se dessine. Le nouveau président devra jouer serré pour avancer sur ses réformes, au moins dans un premier temps.

Car, si la nouvelle Constitution est adoptée à l’issue des travaux de l’Assemblée en juillet 2022, les institutions seront de fait caduques et de nouvelles élections devront être convoquées dans la foulée. Le temps pour la gauche de se mettre en ordre de bataille. La droite veille, et Gabriel Boric le sait. « Les temps qui viennent ne seront pas faciles », prédit-il. Et pas seulement parce que, à la veille du second tour, les images de policiers saluant, poing contre poing, les militants fascistes de José Antonio Kast, lors d’une manifestation, en disent long sur les forces qui composent le « camp de l’ordre ».

Ne pas relâcher les efforts

L’autre défi est financier. Avec un budget de l’État en baisse de 22,5 % par rapport à 2021, Gabriel Boric se veut rassurant, promet de rester dans les clous et d’être « fiscalement responsable ». « Une croissance économique fondée sur les inégalités sociales a des pieds d’argile, prévient-il cependant, en insistant sur ses engagements environnementaux. Seule la cohésion sociale peut nous diriger vers un développement soutenable et véritable. » Durant la campagne, le journal conservateur El Mercurio faisait ses choux gras de la prévision de la banque états-unienne Morgan Stanley d’une « récession technique » qui frapperait le Chili en 2022, du fait d’une « politique monétaire stricte et d’un environnement des affaires incertain avant le vote constitutionnel ». La menace est claire : la gauche ne disposera d’aucune marge de manœuvre financière.

Ainsi, Gabriel Boric a-t-il exhorté tous les secteurs mobilisés durant la dernière décennie à ne pas relâcher les efforts : « Je tiens à vous dire que votre engagement ne doit pas s’épuiser après l’élection. Il doit se renforcer durant notre gouvernement », a-t-il lancé à l’adresse de ses soutiens. Avant d’esquisser une ébauche de la participation qu’il entend faire vivre : « Mon engagement est de prendre soin de la démocratie au quotidien, une démocratie de fond, où les quartiers et les organisations sociales ont un rôle moteur, car sans le peuple, il n’y a pas de démocratie. » De la place de la Dignité au palais de la Moneda, une nouvelle page s’écrit.

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22 décembre 2021 3 22 /12 /décembre /2021 08:07
2021 est l’année la plus meurtrière pour les enfants palestiniens depuis 2014 (Agence média Palestine)

Source : Defense for children international Palestine

Traduction AFPS - Site Agence média Palestine

86 enfants palestiniens ont été tués dans le territoire palestinien occupé depuis janvier, faisant de 2021 l’année la plus meurtrière jamais enregistrée pour les enfants palestiniens depuis 2014.

Les forces israéliennes ont tué 76 enfants palestiniens, dont 61 enfants palestiniens dans la bande de Gaza et 15 enfants palestiniens en Cisjordanie, y compris à Jérusalem-Est. Des civils israéliens armés ont tué deux enfants palestiniens en Cisjordanie. Sept enfants palestiniens ont été tués par des roquettes tirées à mauvais escient par des groupes armés palestiniens dans la bande de Gaza, et un enfant palestinien a été tué par un engin non explosé, dont l’origine n’a pu être déterminée, selon la documentation recueillie par Defense for Children International – Palestine.

Les forces israéliennes ont tiré et tué 17 enfants palestiniens à balles réelles cette année, 15 en Cisjordanie, y compris à Jérusalem-Est, et deux dans la bande de Gaza. Au moins neuf enfants palestiniens ont été abattus dans le cadre de manifestations ou de confrontations avec les forces israéliennes et ne présentaient pas de menace directe de mort ou de blessure grave au moment où ils ont été abattus, selon les enquêtes menées par DCIP.

Des civils israéliens armés ont tué deux enfants palestiniens en Cisjordanie occupée, y compris à Jérusalem-Est. Plus récemment, Mohammad Nidal Younis Mousa, 15 ans, a succombé à ses blessures le 6 décembre, quelques heures après qu’un agent de sécurité privé israélien lui ait tiré dessus après qu’il ait prétendument commis un attentat à la voiture piégée à un poste de contrôle militaire israélien près de Tulkarem, selon les informations recueillies par le DCIP.

En vertu du droit international, la force létale intentionnelle n’est justifiée que dans des circonstances où il existe une menace directe de mort ou de blessure grave. Cependant, les enquêtes et les preuves recueillies par le DCIP suggèrent régulièrement que les forces israéliennes utilisent la force meurtrière contre des enfants palestiniens dans des circonstances qui peuvent être assimilées à des exécutions extrajudiciaires ou volontaires.

Les forces israéliennes ont tué 60 enfants palestiniens lors de l’assaut militaire israélien sur la bande de Gaza en mai 2021, appelé opération « Gardiens des murs », selon la documentation recueillie par le DCIP. Au cours de cet assaut militaire de 11 jours, les forces israéliennes ont tué des enfants palestiniens en utilisant des obus tirés par des chars, des balles réelles et des missiles largués par des drones armés, des avions de guerre et des hélicoptères Apache fournis par les États-Unis.

Six enfants tués le 10 mai, le premier jour des hostilités, à Beit Hanoun, dans le nord de la bande de Gaza, ont été tués par une frappe aérienne israélienne, selon l’enquête du DCIP. Au moment de l’attaque, le DCIP n’avait pas encore déterminé la partie responsable de ces meurtres. Parmi les personnes tuées dans l’attaque aérienne israélienne figurent Rahaf Mohammad Attalla al-Masri, 10 ans, et son cousin Yazan Sultan Mohammad al-Masri, 2 ans ; les frères Marwan Yousef Attalla al-Masri, 6 ans, et Ibrahim Yousef Attalla al-Masri, 11 ans ; ainsi que Hussein Muneer Hussein Hamad, 11 ans, et Ibrahim Abdullah Mohammad Hassanain, 16 ans, selon les informations recueillies par le DCIP. Dix enfants ont été blessés dans la même frappe aérienne.

« Les avions de guerre et les drones armés israéliens ont bombardé des zones civiles densément peuplées, tuant des enfants palestiniens qui dormaient dans leur lit, jouaient dans leur quartier, faisaient leurs courses dans les magasins proches de chez eux et célébraient l’Aïd Al-Fitr avec leur famille », a déclaré Ayed Abu Eqtaish, directeur du programme de responsabilité au DCIP. « L’absence de volonté politique de la communauté internationale de demander des comptes aux responsables israéliens garantit que les soldats israéliens continueront à tuer illégalement des enfants palestiniens en toute impunité. »

Le droit international humanitaire interdit les attaques indiscriminées et disproportionnées et exige de toutes les parties à un conflit armé qu’elles fassent la distinction entre les cibles militaires, les civils et les objets civils. Israël, en tant que puissance occupante dans le territoire palestinien occupé, y compris la bande de Gaza, est tenu de protéger la population civile palestinienne contre la violence.

Les enquêtes du DCIP ont déterminé que sept enfants palestiniens ont été tués par des roquettes tirées par des groupes armés palestiniens dans la bande de Gaza au cours des 11 jours d’escalade de la violence en mai. Bien qu’un certain nombre d’incidents n’aient pas été élucidés après nos premières enquêtes en mai, nous avons continué à rassembler des informations et des preuves afin de déterminer la partie responsable.

Mustafa Mohammad Mahmoud Obaid, 16 ans, et Baraa Wisam Ahmad al-Gharabli, cinq ans, ont été tués le 10 mai par une roquette non guidée tirée par un groupe armé palestinien qui a manqué sa cible.

Hamza Mahmoud Yassin Ali, 12 ans, a été tué par les éclats d’une roquette tirée par un groupe armé palestinien dans le quartier de Shuja’iyya, à Gaza. Hamza a été touché par des éclats d’obus le 11 mai et est décédé le jour suivant, selon les documents recueillis par le DCIP. Sur la base des informations initiales, le DCIP avait initialement indiqué que Hamza avait été tué par une frappe israélienne.

Yahya Mazen Shehada Khalifa, 13 ans, et Mahmoud Hamed Hasan Tolbeh, 12 ans, ont probablement été tués par des éclats de roquettes non guidées tirées par des groupes armés palestiniens le 12 mai. L’enquête initiale et le rapport du DCIP ont attribué la mort des garçons à une frappe aérienne israélienne. Une enquête ultérieure du DCIP a indiqué que les garçons avaient probablement été tués par des éclats d’obus provenant de deux roquettes non guidées lancées par des Palestiniens qui s’étaient entrechoquées dans le ciel du quartier de Shaafout, dans la ville de Gaza.

Butheina Mahmoud Issa Obaid, âgée de six ans, a très probablement été tuée par des éclats d’obus provenant d’une roquette non guidée tirée par des groupes armés palestiniens, selon les documents recueillis par le DCIP. Elle jouait à l’extérieur de sa maison à Jabalia lorsqu’elle a été frappée à la tête par un éclat d’obus le 14 mai. Le DCIP n’a pas été en mesure de déterminer la cause de sa mort sur la base des premières informations recueillies.

Nagham Iyad Abdulfattah Salha, 2 ans, a probablement été tué par une roquette non guidée lancée par un groupe armé palestinien. Nagham a été tué avec ses parents, Iyad et Imhawish, dans leur appartement du deuxième étage le 19 mai. Sur la base des premières informations, le DCIP avait initialement indiqué qu’elle avait été tuée par une frappe aérienne israélienne.

Le DCIP n’a pas été en mesure de déterminer l’auteur responsable de la mort d’un enfant. Obaida Salahuddin Salman al-Dahdouh, 8 ans, a été tuée par l’explosion d’une munition non explosée (UXO) qu’il avait trouvée sur un terrain agricole adjacent à sa maison dans le quartier Zeitoun de la ville de Gaza, le 9 juin, selon les informations recueillies par le DCIP. Le DCIP n’a pas été en mesure de déterminer la source des munitions non explosées.

Le pic le plus récent de meurtres d’enfants s’est produit en 2018, lorsque les forces israéliennes et les colons ont tué des enfants palestiniens à un rythme moyen dépassant un enfant par semaine. Cette année-là, 57 enfants palestiniens ont été tués par les forces israéliennes et les colons. La majorité de ces meurtres ont eu lieu pendant les manifestations de la Marche du retour dans la bande de Gaza.

Depuis 2000, 2 198 enfants palestiniens ont été tués en raison de la présence de l’armée et des colons israéliens dans le territoire palestinien occupé, selon la documentation du DCIP.

Source : Defense for children international Palestine

 
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21 décembre 2021 2 21 /12 /décembre /2021 06:14

 

 

En octobre 2021, Israël a signé un décret qualifiant 6 importantes organisations palestiniennes de défense des droits humains d'institutions "terroristes". Cette criminalisation a pour but de mettre un terme au travail pertinent des organisations palestiniennes de défense des droits de l'Homme et des avocats qui documentent les violations des droits de l'Homme et les crimes de guerre commis par Israël.

Bien que de nombreux dirigeants mondiaux, défenseurs, alliés, célébrités et ONG internationales aient réagi par des déclarations de condamnation et de soutien, ces efforts restent isolés et insuffisants.

C'est pour cette raison que les six organisations et leurs alliés, ont créé un site web dédié à la campagne #StandWithThe6, en renforçant leurs efforts et en proposant un site centralisé où les soutiens peuvent accéder à des documents et des ressources pour leurs actions de solidarité. Avec le lancement du site, les 6 organisations souhaitent renforcer la campagne existante StandWithThe6 et construire un réseau de solidarité solide pour soutenir la société civile palestinienne dans son ensemble, mettre fin à l'impunité d'Israël et protéger les défenseurs des droits humains palestiniens qui critiquent les violations des droits humains, l'apartheid et le régime colonial d'Israël.

>> Découvrir le site internet de la campagne (en anglais, arabe et espagnol) #StandWithThe6

Appel à action

Le site permet aux sympathisants d’envoyer des courriels directement aux dirigeants des États-Unis et de l'Union européenne, leur demandant de faire pression sur Israël pour qu'il révoque sa désignation illégale, de signer des pétitions et d'amplifier la voix des organisations de la société civile palestinienne

>> Signez la pétition « Pour Soutenir la Société Civile Palestinienne - Pour Défendre les Droits Humains »

>> Affichez votre soutien sur les réseaux sociaux (modèles de tweets et post facebooks disponibles)

>> Écrivez en anglais à Josep Borell, Haut représentant de l’Union Européenne en quelques clics seulement (traduction du courrier disponible)

 

 

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20 décembre 2021 1 20 /12 /décembre /2021 07:51
L'espoir vient du Chili avec la victoire du candidat du mouvement social et de la gauche antilibérale, Gabriel Boric, contre le candidat d'extrême-droite Kast: 55% pour le nouveau président de gauche chilien!
Une belle nouvelle du Chili🇨🇱 ✌
Face au vestige du fascisme, la gauche rassemblée, portée notamment sous l'influence du PC Chilien de Daniel Jadue (battu par Boric à la primaire de la gauche, et qui le soutenait depuis), le principal parti de gauche, soutenue par la force du mouvement social, unie à la suite un processus démocratique l'emporte sur le candidat de l'extrême droite.

Gabriel Boric, 35 ans candidat de la gauche radicale, figure du mouvement étudiant de 2011, sera président du Chili. Le candidat de droite (extrême) José Antonio Kast est largement battu.

L'alliance du Front large et du Parti communiste devrait gouverner le pays d'Allende et de Pablo Neruda.


« N’ayez pas peur de la jeunesse pour changer ce pays (…) si le Chili a été le berceau du néolibéralisme, ce sera aussi son tombeau », Gabriel Boric
L'espoir vient du Chili avec la victoire du candidat du mouvement social et de la gauche antilibérale, Gabriel Boric, contre le candidat d'extrême-droite Kast: 55% pour le nouveau président de gauche chilien!
Chili. Avec Gabriel Boric, l’espoir de la démocratie contre les vestiges de la dictature
Lundi 20 Décembre 2021 - L'Humanité

Victoire historique du candidat du bloc de gauche, Gabriel Boric. L'ancien responsable étudiant, à la tête d’une  alliance allant du parti communiste au centre gauche, devient le nouveau président du Chili,  et l'emporte avec près de 56 % des voix contre le candidat d’extrême droite, José Antonio Kast, zélateur du pinochétisme.

Postée sur les réseaux sociaux par le député d’ultradroite Gonzalo de la Carrera, l’image est aussitôt devenue virale. Elle figure le candidat de gauche à l’élection présidentielle, Gabriel Boric, cheveux en bataille, l’air grave, avec, à l’arrière-plan, des manifestants mettant à bas des barrières plaza de la Dignidad, l’épicentre de la révolte sociale de 2019, dans le centre de Santiago du Chili. Commentaire : « Voilà comment Boric envisage de réformer les carabiniers. »

Résultats du premier tour de l’élection présidentielle au Chili.
José Antonio Kast, 55 ans, obtient 27,91 % des voix, devant le candidat de gauche Gabriel Boric (25,83 %). L’abstention a atteint 53%.

Mise en scène du désordre pour susciter le rappel à l’ordre

Le cliché d’origine, avant falsification, raconte une tout autre histoire : il s’agit d’une photo de lui-même prise par Boric au milieu des inondations provoquées, en 2016, par le débordement du fleuve Mapocho après de fortes pluies. Voilà un parfait condensé des méthodes déployées par les partisans de José Antonio Kast, le candidat d’extrême droite que Gabriel Boric, qui porte les couleurs de la gauche antilibérale, affrontera au second tour, ce dimanche 19 décembre. La mise en scène d’un désordre supposé pour susciter le rappel à l’ordre, l’usage décomplexé de fausses nouvelles, de rumeurs et d’accusations sans fondements se doublent d’une campagne haineuse visant les communistes chiliens, alliés de Boric. Ceux-là sont accusés de vouloir transformer le pays en « Chilizuela », en référence au Venezuela de Nicolas Maduro, que Kast qualifie au même titre que Cuba de « dictature » pour mieux faire oublier les crimes de masse de la junte militaire d’Augusto Pinochet.

Ce duel de second tour, dans un Chili à la croisée des chemins, dessine une société fracturée par les profonds clivages que la dictature a laissés en héritage et que la transition démocratique placée sous le signe de la concertation n’a pas su combler.

«  Si le Chili a été le berceau des néolibéraux, ce sera aussi sa tombe » Gabriel Boric

Gabriel Boric, la rupture radicale du modèle économique ultralibéral 

À gauche, Gabriel Boric, 35 ans, député depuis 2014, figure du mouvement étudiant de 2011, peau tatouée, airs adolescents et débit de parole torrentueux, incarne une génération qui a surmonté la peur, brisé le consensus et réinvesti l’espace public pour y affirmer une mise en cause radicale du modèle économique ultralibéral légué par Augusto Pinochet. «  Si le Chili a été le berceau des néolibéraux, ce sera aussi sa tombe », prédisait-il en juillet au soir de sa désignation, quand la primaire de la coalition Apruebo Dignidad l’a placé en tête, devant le communiste Daniel Jadue, reprenant un mot d’ordre du mouvement populaire de 2019.

Attaché à la justice sociale, attentif aux revendications du mouvement féministe et des minorités sexuelles, avocat d’un retour des services publics, prêt à tourner la page des retraites par capitalisation et des fonds de pension, il promet de rompre avec les réflexes délégataires et le centralisme d’une « démocratie » chilienne qui porte encore les stigmates de l’autoritarisme. « Si, dans le futur gouvernement, nous commettons des erreurs, mobilisez-vous, aidez-nous à redresser le cap ! », a-t-il exhorté tout au long de la campagne. Il a défendu, lors du référendum de 2020, le oui à une nouvelle Constitution appelée à se substituer à celle de Pinochet, une option choisie par plus de 80 % des électeurs.

José Antonio Kast, dans le camp de ceux qui étrillent la Convention constitutionnelle

José Antonio Kast, lui, s’est fermement opposé à ce changement de Constitution ; il se situe aujourd’hui dans le camp de ceux qui étrillent la Convention constitutionnelle élue en mai, dominée par la gauche et les indépendants, chargée de rédiger la nouvelle loi fondamentale. Sa victoire torpillerait, dans les faits, ce processus constituant rendu possible par la révolte sociale de 2019. « Nous sommes intéressés à clore le chapitre de la nouvelle Constitution. J’ai voté contre le processus, mais le public a opté pour quelque chose de différent et j’espère que ce sera à la hauteur de ce que les citoyens exigent. Si (la nouvelle Constitution) ne respecte pas le droit à la liberté d’expression, à la liberté de culte, à la liberté d’enseignement, à la propriété privée, je ferai tout ce que je peux pour qu’elle soit rejetée », a-t-il prévenu.

Fils d’un officier de la Wehrmahrt encarté au parti nazi, frère d’un ministre du Travail d’Augusto Pinochet, Miguel Kast, appartenant au cénacle des Chicago Boys formés par le pape du monétarisme Milton Friedman, le candidat du Front social-chrétien n’a jamais dissimulé sa nostalgie de la dictature. « Si Pinochet était vivant, il voterait pour moi », se rengorgeait-il en 2017, alors qu’il était candidat pour la première fois à l’élection présidentielle. Il n’a pas renoncé, depuis lors, à faire l’apologie de la dictature, soutenant par exemple que « des élections démocratiques avaient lieu » et que « les opposants politiques n’ont pas été enfermés ».

Climatosceptique, opposant féroce au droit à l’IVG libre toujours dénié aux Chiliennes, prêt à réserver les aides sociales aux femmes mariées ou à creuser des tranchées pour empêcher l’arrivée de migrants, cet admirateur de Donald Trump, ami intime de Jair Bolsonaro, ne s’est pas départi de ses airs affables pour affirmer que le tortionnaire Miguel Krassnoff, condamné à plus de huit cent quarante ans de prison, « n’est pas une mauvaise personne ».

Soucieux de consolider le ralliement d’un électorat de droite et de centre droit convaincu par son programme économique et par ses sermons sur l’ordre et la sécurité, mais goûtant peu ses affichages néofascistes trop explicites, il a toutefois semblé manœuvrer en recul dans la dernière ligne droite. Il jure désormais de ne pas faire disparaître le ministère de la Femme, revient sur ses promesses de privatisation totale de la Codelco, l’entreprise nationale dédiée à l’exploitation du cuivre, admet qu’il faut « réformer » le système de retraites par capitalisation pour sortir de l’exclusivité des AFP, les fonds de pension.

Une campagne de second tour offensive

Gabriel Boric et ses alliés ont eux mené une campagne de second tour plus offensive, plus ancrée dans les quartiers populaires, avec l’objectif de convaincre les électeurs qui ont boudé les urnes au premier tour. Le mouvement féministe a déclaré « l’état d’alerte » face à l’extrême droite et se mobilise en faveur du candidat de gauche ; des figures de la vie culturelle ont multiplié les messages de soutien ; des organisations sociales et syndicales ont ouvertement appelé à tout faire pour empêcher la victoire de Kast. Lors du dernier débat télévisé, Boric, chemise blanche et costume sombre, s’en est vivement pris à son adversaire, qui exigeait de lui un test sanguin prouvant qu’il ne consommait pas de stupéfiants. « Je ne suis pas là pour faire un spectacle », a-t-il lancé, brandissant les analyses demandées, en renvoyant le candidat d’extrême droite à ses affaires d’évasion fiscale déballées par les Pandora Papers.

Le candidat de gauche a reçu ces derniers jours des soutiens de poids : les anciens présidents Ricardo Lagos et Michelle Bachelet ont appelé à voter pour lui : « Personne ne peut être indifférent à l’élection d’un président qui veille à ce que notre pays puisse véritablement continuer sur la voie du progrès pour tous, avec davantage de liberté, d’égalité, des droits humains respectés, un environnement durable et bien sûr l’opportunité d’une nouvelle Constitution », a expliqué cette dernière, haute-commissaire de l’ONU aux droits de l’homme.

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