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16 novembre 2025 7 16 /11 /novembre /2025 17:27
« Ce régime veut effrayer et laisser croire qu’il est impossible de réaliser un tel film » : avec « les Aigles de la République », le cinéaste en exil Tarik Saleh conclut sa trilogie sur Le Caire (L'Humanité, 11 novembre 2025)
« Ce régime veut effrayer et laisser croire qu’il est impossible de réaliser un tel film » : avec « les Aigles de la République », le cinéaste en exil Tarik Saleh conclut sa trilogie sur Le Caire

Les Aigles de la République clôt la trilogie cairote du cinéaste suédo-égyptien Tarik Saleh. On y retrouve son acteur fétiche Fares Fares en star du cinéma égyptien contraint d’incarner, dans un biopic boursouflé, le président Al Sissi.

Michaël Mélinard

Dernier volet de la trilogie du Caire de Tarik Saleh (Le Caire confidentiel, la Conspiration du Caire), les Aigles de la République poursuit l’exploration des structures de pouvoir dans la capitale égyptienne. Cette fois, l’acteur fétiche du cinéaste, Fares Fares, incarne George Fahmy, la star de cinéma la plus populaire d’Égypte.

Les autorités tissent une toile pour le contraindre à incarner Al Sissi, le président du pays, dans un biopic hagiographique. Peu importe leurs différences physiques, le dirigeant veut un interprète à sa mesure. Mais en pactisant avec le régime, George se retrouve pris dans un engrenage qui met sa vie et celle de ses proches en danger.

Dans un thriller politique implacable, le cinéaste suédo-égyptien convoque des personnages troubles, des femmes fortes, écrasées par la violence des hommes et les oripeaux d’une dictature qui tente de masquer sa médiocrité dans le clinquant et l’éclat du cinéma.

Que permet ce mélange entre des éléments du cinéma égyptien des années 1950 et 1960 et le monde contemporain ?

Tarik Saleh

Réalisateur

Il y a trois réponses différentes. La première concerne la temporalité. Au Caire – le conquérant en arabe – la cohabitation entre le passé, le présent et le futur est compliquée. Même un pharaon ou Al Sissi, qui représentent l’équivalent d’un clignement d’œil dans l’histoire de l’Égypte, doivent se plier aux règles de la ville.

 

Moubarak a cru pouvoir mettre Le Caire à sa botte. Il a dû s’en aller. La trilogie évoque ces hommes qui pensaient soumettre la ville. La deuxième est liée au fait que je n’ai pas mis les pieds en Égypte, où je suis persona non grata depuis dix ans. L’Égypte est un souvenir qui s’éloigne, une photo qui se brouille.

Mes films sont la mémoire d’un endroit : une porte, un coin de rue, le son produit par une radio. J’essaie de recréer une réalité parallèle. Ces films sont ma vision très personnelle du Caire. Mais elle est plus réelle que la télévision ou les films égyptiens qui ne sont que propagande ou soap operas. La troisième tient à la nostalgie de ces acteurs qui se prennent pour Marlon Brando ou imitent des figures légendaires comme Cary Grant.

Que signifie être un cinéaste en exil ?

Ne pas pouvoir retourner en Égypte, que j’adore, est l’une des plus grandes déceptions de ma vie. Je m’imagine souvent y entrer clandestinement avec un faux passeport même si j’ai promis à ma femme de ne pas le faire. Je suis né en Suède mais je ne me sens pas 100 % suédois. Et je ne me sens pas 100 % égyptien non plus.

Mais, au Caire ou à Alexandrie où j’ai fait mes études universitaires, j’ai l’impression de rentrer à la maison. En Suède ou en Europe, les personnes de couleur sont constamment interrogées sur leurs origines. J’appartiens à un entre-deux, à une troisième voie dans laquelle je me sens à ma place.

J’ai davantage de points communs avec un cinéaste d’Iran, de Norvège ou de Russie qu’avec Al Sissi ou un abruti suédois même si nous partageons les mêmes langues et cultures. Mais l’exil est extrêmement douloureux. Parfois les gens interrogent ma légitimité à raconter des histoires égyptiennes. Ce n’est pas seulement un droit, c’est un devoir. Parce que je suis libre de montrer Al Sissi et de décrire une élite privilégiée.

« J’aimerais dire que cela n’arrive qu’en Égypte mais, aux États-Unis, Trump surveille Hollywood »

Au-delà de l’Égypte, de quelles relations de pouvoir entre l’art et l’industrie parle le film ?

Depuis sa prise de pouvoir, Al Sissi a la main sur l’industrie audiovisuelle. L’Égypte a longtemps pu profiter du milliard d’arabophones pour asseoir sa position dominante du Maroc à l’Irak. Mais elle recule. Qui s’intéresse à Al-Ikhtiyar, une série télévisée sur Al Sissi, incarné par un acteur grand et chevelu ?

J’aimerais dire que cela n’arrive qu’en Égypte mais, aux États-Unis, Trump surveille Hollywood. Larry Ellison qu’on appelle « le président de l’ombre » vient d’acheter Paramount et vise maintenant Warner Bros. Toute cette puissance se consolide autour d’un leader qui n’accepte pas d’être critiqué.

L’Europe va-t-elle s’en inspirer ? La population doit se rappeler qu’historiquement, l’art a été à 99 % une manifestation du pouvoir : une pyramide construite pour un pharaon divin, la chapelle Sixtine pour prouver l’existence de Dieu et affirmer que le pape est son représentant sur terre.

L’art libre équivaut à un îlot. Je reste néanmoins très optimiste parce que les gens ont une relation privée avec les histoires, la peinture, la musique. Les artistes se faufilent, apportent de l’humanité, de la liberté, des rêves et des aspirations.

Que risque l’équipe du film pour sa participation à ce film critique sur Al Sissi ?

Nous ne le savons pas encore. Mais ce régime veut effrayer, laisser croire qu’il est impossible de réaliser un tel film. Je suis très transparent avec mes collaborateurs. Je leur explique mes intentions pour qu’ils prennent leur décision en leur âme et conscience. Ils ont été très courageux. La majeure partie de l’équipe veut défier ce régime.

Mais ce qui nous inquiète le plus, c’est le soutien à Al Sissi des leaders européens et états-uniens qui l’ont couvert de récompenses. Que leur a-t-il promis en échange ? La fermeture de Rafah pour que le génocide puisse se poursuivre ou celle de la frontière afin qu’aucun Africain ne puisse rejoindre l’Europe ?

Une chose est sûre, il n’a rien fait pour sa population. Je ne suis pas un cinéaste politique mais je suis conscient que ce que je fais a des conséquences politiques. Mais le plus important réside dans la révolution en germe avec la génération Z en Afrique. Ils vont renverser ces leaders. Et l’Europe devrait se demander ce qu’elle lui dira quand cette génération aura renversé ces tyrans.

Les gens n’ont pas de travail, pas le minimum nécessaire et on les humilie, on leur tire dessus dès qu’ils protestent. Je viens d’un pays où Greta Thunberg est partie rejoindre une zone de guerre en bateau. Elle ne veut pas voyager en avion privé ou aller au concert de Beyoncé. On ne peut pas arrêter cette nouvelle génération.

Les Aigles de la République, de Tarik Saleh, Suède, France, Danemark, 2 h 9. En salle le 12 novembre.

« Ce régime veut effrayer et laisser croire qu’il est impossible de réaliser un tel film » : avec « les Aigles de la République », le cinéaste en exil Tarik Saleh conclut sa trilogie sur Le Caire (L'Humanité, 11 novembre 2025)
 Les Aigles de la République » de Tarik Saleh, la dictature égyptienne mise en abyme

Un célèbre acteur égyptien est contraint d’incarner le maréchal putschiste dans un film à sa gloire. Le troisième long métrage du cinéaste suédois Tarik Saleh mêle critique du pouvoir militaire et hommage au cinéma des années 1950-1960. Passionnant.

Sophie Joubert - L'Humanité

Le cru 2025 du Festival de Cannes est décidément très politique. Qu’il s’agisse de Deux procureurs, de Sergei Loznitsa, plongée kafkaïenne dans l’arbitraire stalinien, d’Eddington, d’Ari Aster, charge farcesque contre les suprémacistes blancs et les complotistes qui ont fait le lit de Trump 2, ou de l’Agent secret, de Kleber Mendonça Filho, sur la mémoire des disparus sous la dictature brésilienne, la compétition prend le réel à bras-le-corps sans pour autant oublier la forme et les questions de cinéma.

Preuve en est la sélection des Aigles de la République, troisième long métrage du Suédois (de père égyptien) Tarik Saleh. Cette critique sans détour du régime du maréchal Sissi, au pouvoir depuis le coup d’État militaire de juillet 2013, est d’abord un hommage aux mythiques studios du pays, haut-lieu du cinéma dans les années 1950-1960. Celles et ceux qui ont aimé Le Caire confidentiel (2017) et la Conspiration du Caire (2022) ne seront pas dépaysés, ce nouvel opus formant avec les deux précédents une trilogie noire qui ne dit pas son nom.

S’il se passe aujourd’hui, le film noue un dialogue avec l’âge d’or du cinéma égyptien mais aussi hollywoodien et la trajectoire des cinéastes juifs qui ont fui l’Allemagne nazie. Dès le somptueux générique, des affiches peintes sur la façade d’un studio d’où sort le personnage principal comme s’il traversait l’écran, Tarik Saleh joue sur la mise en abyme. À travers le prisme du cinéma et le tournage d’un nanar de propagande à la gloire du dictateur, il questionne le rapport à la vérité et au mensonge, la relation de l’artiste avec le pouvoir et l’argent.

Flambeur, menteur, incarnation d’une masculinité à l’ancienne

Surnommé le « pharaon de l’écran », George Fahmy (l’impeccable Fares Fares, comédien fétiche de Tarik Saleh) est une vedette populaire des studios du Caire. Séparé de sa femme, Marianne, la mère de son fils, il entretient une liaison avec Donya (Lyna Khoudri), une aspirante actrice sans talent qui pourrait être sa fille. Flambeur, menteur, incarnation d’une masculinité à l’ancienne, il vit une existence libre en prenant soin de sauver les apparences.

Convoqué par le bureau de la censure (représenté par un trio de femmes voilées), qui voit d’un mauvais œil son appartenance à la minorité copte et sa consommation d’alcool, il est presque simultanément approché par l’éminence grise du dictateur, le Docteur Mansour.

 

La demande est claire et ne souffre aucun refus : l’acteur devra incarner le maréchal Sissi dans un film qui retrace son coup d’État contre l’ancien président Morsi, la « révolution » dans la langue de bois du régime. Catapulté dans les cercles rapprochés du pouvoir, les fameux Aigles de la République, l’acteur rencontre la magnétique Suzanne (Zineb Triki, vue dans le Bureau des légendes), dont il tombe amoureux malgré le danger.

Entre film noir et comédie qui vire au tragique, Tarik Saleh met en place une mécanique qui s’enfonce dans les rouages de la dictature militaire, représentée comme un théâtre d’ombres, un décor de cinéma dont les coulisses sont filmées en plongée pour mieux en révéler les faiblesses. Si Al Sissi est essentiellement présent de biais, par les affiches de propagande et ses prises de parole à la télévision, la terreur, elle, est bien réelle. À mesure que le piège se referme sur George, qui a passé un pacte faustien avec le Dr Mansour, le seul civil de la bande et marionnettiste de l’opération, ses proches sont intimidés, enlevés, torturés.

L’esthétique très travaillée du cinéaste

Tourné en Turquie (Tarik Saleh a été expulsé d’Égypte en 2015), le film s’appuie sur des décors et des costumes soignés qui font davantage référence à un présent fantasmé qu’à la réalité du pays. On retrouve dans les Aigles de la République l’esthétique très travaillée du cinéaste. Des virées nocturnes façon polar rappellent celles du chauffeur de taxi du Caire confidentiel. Sa façon de filmer l’institution, ici l’armée, ses codes et son décorum fait écho à son regard sur les religieux dans la Conspiration du Caire.

Jusqu’à la référence à l’assassinat de Sadate, le 6 octobre 1981, rejoué lors d’une extraordinaire scène de parade militaire. Si l’histoire est centrée sur un héros masculin aux manières aussi vintage que ses chemises, les personnages féminins existent vraiment, interrogeant avec un humour subtil une virilité adossée au nationalisme.

Comme dans ce dîner où la femme lettrée du ministre castre littéralement un cuistre qui affirme que Shakespeare était arabe en lui clouant le bec. Quant au peuple, dont le pouvoir fait bien peu de cas, il est représenté par un groupe de vieillards qui parient sur les courses de chevaux dans la rue en écoutant la radio, loin des studios de cinéma.

Les Aigles de la République, de Tarik Saleh, Suède-France-Danemark, 2 h 9

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15 novembre 2025 6 15 /11 /novembre /2025 06:29
Présidentielle au Chili : « cette élection n’est pas une alternance, mais un choix entre deux voies diamétralement opposées »

Pour le président du Parti communiste chilien, Lautaro Carmona, la présidentielle n’implique pas une simple alternance de gouvernement, mais « un choix entre deux voies diamétralement opposées ».

Phineas Rueckert L'Humanité, 13 novembre 2025 

Trois fois interdit au Chili, persécuté durant la dictature de Pinochet et longtemps exclu de toute coalition, le Parti communiste du Chili (PCCh) voit le choix d’une de ses militantes à la tête de la coalition de centre-gauche comme une situation historique. Mais aussi comme un défi.

La plupart des observateurs s’accordent à dire que cette campagne a quelque chose d’historique. Pourquoi ?

Lautaro Carmona Président du Parti communiste chilien

Plusieurs éléments la rendent particulièrement importante et transcendante. Tout d’abord, il s’agit d’empêcher la victoire de programmes de droite qui prônent ouvertement des politiques très réactionnaires, ce qui signifierait un recul important dans de nombreux domaines, après de longues luttes.

Le danger, c’est de subir une refondation du système néolibéral. Les droites cherchent à l’approfondir en matière économique, mais aussi de droits sociaux, de valeurs et sur le plan international avec un réalignement avec les États-Unis.

Dans cette élection, il ne s’agit donc pas d’une sorte d’alternance entre un chef de gouvernement et un autre, mais d’un choix entre deux voies diamétralement opposées. Ce que les droites proposent, c’est une régression néolibérale brutale.

 

Que propose la gauche face aux mesures prônées par la droite et de l’extrême droite ?

Le programme pourrait être qualifié de « progressiste » : c’est un terme large à l’image de la coalition qui s’est construite pour mener cette bataille électorale. Nous avons constitué une alliance, une coalition d’une ampleur sans précédent. Jamais auparavant une coalition n’avait réuni aussi bien les démocrates-chrétiens que les communistes, en passant par tous les degrés intermédiaires, comptant neuf partis politiques au total.

En tant que communistes, nous comprenons que les luttes pour le pouvoir sont une question de rapports de force, et que les politiques d’alliances sont donc essentielles. Cette large coalition nous donne plus de force pour produire des changements, permettre au Chili de se redresser et de se remettre sur la voie des transformations, vers un pays plus juste.

Quelle est l’importance d’une coalition progressiste menée par une candidate communiste ?

C’est inédit. Jeannette Jara est militante du PCCh et n’est pas issue d’un accord entre les différents groupes politiques : elle est issue d’une élection primaire, c’est-à-dire d’une consultation citoyenne, qu’elle a remportée avec une large avance. Cela donne beaucoup de poids et de force à son leadership pour mener la coalition.

Cela a également représenté un défi pour les communistes : cohabiter dans une coalition dirigée par une figure du PCCh tout en acceptant que son action politique soit désormais beaucoup plus large que celle du parti. Mais nous comprenons parfaitement la situation et elle dispose de l’autonomie et de l’indépendance nécessaire pour agir politiquement en accord avec la mission qui lui a été confiée. C’est la contribution de notre parti à une cause plus grande, sans renoncer à notre identité et, bien sûr, en respectant les diversités afin de ne pas nuire à l’ampleur de l’unité.

Les élections législatives auront également lieu dimanche. A-t-il été difficile de préserver l’unité dans ce contexte ?

Tout a été mis en œuvre pour parvenir à un accord sur une liste parlementaire qui préserve l’unité. Il n’a pas été possible d’intégrer toutes les forces politiques, mais cela n’a pas affecté la bataille présidentielle.

Nous savons parfaitement qu’un gouvernement dirigé par Jeannette Jara aura besoin d’un soutien fort au Parlement pour obtenir les changements que nous souhaitons. L’expérience du mandat de Gabriel Boric montre qu’avec un Parlement hostile, tout est bloqué, et il est très difficile d’avancer.

« Nous sommes confrontés à un phénomène qui se produit au Brésil, en Argentine, au Pérou, un peu partout… »

Comment expliquer le soutien populaire dont bénéficient aujourd’hui les discours d’extrême droite et révisionnistes au Chili ?

Nous sommes confrontés à un phénomène qui se produit au Brésil, en Argentine, au Pérou, un peu partout… Il est frappant de voir comment les majorités populaires peuvent soutenir des politiciens élitistes qui, en fin de compte, servent les intérêts du grand capital…

De nombreux facteurs alimentent le populisme et la démagogie. Le rôle joué par la gauche, l’abstentionnisme, le désintérêt des électeurs en réponse au désintérêt des politiques publiques à leur égard, les ressources financières dont disposent droite et extrême droite, le rôle des médias et celui des réseaux sociaux, la corruption qui ronge l’État, l’insécurité qui affecte la vie quotidienne de millions de personnes… Autant d’éléments que les forces de droite ont su exploiter ou manipuler.

 

 

La candidate à la présidence, Jeannette Jara, salue lors de la célébration du 113e anniversaire du Parti communiste chilien, au Théâtre Caupolicán à Santiago du Chili, le 6 Juillet 2025. (Photo L'Humanité, 13 novembre 2025)

La candidate à la présidence, Jeannette Jara, salue lors de la célébration du 113e anniversaire du Parti communiste chilien, au Théâtre Caupolicán à Santiago du Chili, le 6 Juillet 2025. (Photo L'Humanité, 13 novembre 2025)

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14 novembre 2025 5 14 /11 /novembre /2025 06:41
Élections présidentielles au Chili : Jeannette Jara, la candidate communiste qui porte l’espoir d’une gauche unie face à l’extrême droite (L'Humanité, 13 novembre 2025)

À la veille du premier tour d’une présidentielle décisive pour le pays, ce dimanche 16 novembre, Jeannette Jara, candidate communiste à la tête d’une large coalition progressiste, incarne une gauche populaire face au risque d’un retour de l’extrême droite.

Publié le 13 novembre 2025

Phineas Rueckert

Conchali, banlieue nord de Santiago du Chili (Chili), correspondance particulière.

Des baraquements à perte de vue, une autoroute, quelques chiens errants et un chemin rocailleux. Depuis l’entrée de la maison où a grandi celle qui aspire à devenir la prochaine présidente du Chili, Jeannette Jara, il n’est pas difficile de mesurer l’ampleur du défi. Construit à la hâte dans les années 1960 pour loger des ouvriers, le quartier d’El Cortijo, pauvre et poussiéreux, n’a a priori pas beaucoup changé.

À peine quelques kilomètres séparent la commune de Conchali, au nord de Santiago, du palais de la Moneda. Mais, dans un pays marqué par de profondes inégalités, ces deux mondes semblent à des années-lumière l’un de l’autre.

L’itinéraire d’une militante communiste issue des quartiers populaires

« Ici, tout le monde l’appelle encore Jenny », lance Miriam Peña. Voix rauque de grande fumeuse, casquette à l’effigie du chanteur cubain Silvio Rodriguez, tenue décontractée et banane en bandoulière : la cinquantaine, elle a le même âge que Jeannette Jara.

Elles ont grandi ensemble, ici, et Miriam a dirigé sa campagne quand la communiste s’est portée candidate à la mairie de Conchali. À deux semaines du premier tour de la présidentielle, la Cortijeña de naissance fait toujours partie de l’équipe.

 

« C’était une fille du quartier qui est devenue sous-secrétaire, puis ministre, et aujourd’hui elle se présente à la présidence », s’émerveille Miriam Peña. « Partir d’une tente, construire ta baraque, et voir que de là peut sortir un tel succès… franchement, c’est impressionnant. »

Militante du Parti communiste chilien (PCCh), issue des classes populaires, candidate d’une gauche unie : Jeannette Jara est déjà entrée dans l’histoire. Face à une droite qui durcit le ton pour séduire les électeurs, elle met en avant ses origines modestes et modère son programme pour rallier au-delà de la large coalition de neuf partis qu’elle représente, du Parti communiste chilien (PCCh) aux démocrates-chrétiens.

Une coalition de gauche face à la droite radicale

« Elle tente de remporter les élections non pas au nom du PCCh, mais au nom d’une coalition de centre gauche, analyse Claudia Heiss, professeure en sciences politiques à l’université du Chili. C’est pourquoi elle a adopté une position beaucoup plus axée sur l’État que sur son parti. »

Avec 27 % d’intentions de vote au dernier sondage, Jara devance les huit candidats qui s’affronteront lors du premier tour, ce 16 novembre. Mais de peu. La population chilienne a été largement déçue par le président sortant, Gabriel Boric (Frente Amplio, coalition de gauche), incapable de mettre en place sa politique de transformation.

Face à elle, ce dimanche, ses principaux rivaux sont une candidate de centre droit, Evelyn Matthei, et deux d’extrême droite, qui ne manquent pas de séduire les foules : Johannes Kaiser et José Antonio Kast (qui s’était incliné face à Boric en 2022). Si aucun des candidats ne dépasse les 50 % lors du premier tour, un second aura lieu le 14 décembre – un scénario qui s’annonce défavorable pour Jara.

À quelques pas de Conchali, dans la banlieue populaire de Quilicura, une équipe de campagne en faveur de Jara distribue des tracts sur un marché. Sur le trottoir d’en face, des partisans du candidat Johannes Kaiser agitent des drapeaux. Des automobilistes klaxonnent en signe de soutien. « Il dispute le vote populaire à notre candidate », explique Mirza Sandoval, militante du PCCh.

Un programme austéritaire radical à la Javier Milei

Populiste et démagogue à la manière de l’Argentin Javier Milei, Kaiser monte dans les sondages en promettant une cure d’austérité radicale : réduire de 25 à 9 le nombre de ministères, supprimer 200 000 emplois publics et privatiser des entreprises nationales. Selon les dernières estimations, il serait au coude-à-coude avec Evelyn Matthei, avec quelque 15 % d’intentions de vote, et pourrait même rattraper José Antonio Kast (20 %), fils d’un immigré nazi ayant combattu au sein de la Wehrmacht.

Sur les tracts des militants de gauche, le programme a une tout autre saveur : instauration d’un « revenu vital » minimum assuré de 750 000 pesos (687 euros), programme de logements sociaux, mais aussi plus de moyens pour la sécurité publique et la lutte contre le narcotrafic.

« L’idée est de faire connaître les propositions de la camarade Jeannette et d’échanger quelques mots avec les gens d’ici, qui sont nombreux à voter pour la droite », explique Mirza Sandoval, un drapeau Jara dans une main, des tracts dans l’autre.

D’autres promesses ont disparu du programme de la coalition : la nationalisation du lithium, défendue par le PCCh, a cédé la place à un discours centré sur la sécurité, le contrôle des frontières et l’usage de drones contre le crime organisé. Imposées par la droite et relayées par nombre de médias, les questions tournant autour de l’insécurité ont été placées au cœur de la campagne.

Les acquis sociaux récents ont été portés par la gauche au pouvoir

Marcos Barraza, membre du PCCh et candidat aux législatives, perçu comme le bras droit de Jara, participe au tractage. Cet ancien ministre du Développement social (sous le second mandat de Michelle Bachelet) insiste sur la nécessité de « placer les inégalités et les vulnérabilités au centre des priorités » et de poursuivre, avec la gauche au pouvoir, « la voie de la transformation ».

Tout en mettant en avant les acquis de la gauche ces dernières années, et notamment grâce à la présence – jusqu’à avril dernier – de Jeannette Jara à la tête du ministère du Travail : hausse du salaire minimum, baisse du temps de travail de 45 à 40 heures hebdomadaires, instauration d’un nouveau système de retraite plus bénéfique aux travailleurs.

Pour le Parti communiste – longtemps exclu des coalitions de centre gauche et bien plus radical dans ses positions vis-à-vis de nombreux sujets abordés dans la campagne –, la candidature de Jara représente « un défi », admet son président, Lautaro Carmona. « Mais nous comprenons parfaitement la situation et elle dispose de l’autonomie et de l’indépendance nécessaire pour agir politiquement en accord avec la mission qui lui a été confiée », ajoute-t-il (lire notre entretien en page 4).

« Il y a beaucoup d’inquiétude quant à la suite de cette expérience », observe Claudia Heiss. En interne, le débat s’ouvre : le PCCh est-il un parti révolutionnaire ou de gouvernement ?

Alors qu’il traverse depuis 2013 un processus de renouvellement générationnel, porté par de jeunes militants issus des luttes étudiantes et marqués par les inégalités d’un système néolibéralisme hérité de Pinochet, le PCCh présente 28 candidats – dont une grande partie a moins de 40 ans – aux législatives qui se tiendront en même temps que l’élection présidentielle.

Lutter contre l’arrivée de l’extrême droite au pouvoir

« Les gens ont appris à mieux nous connaître. Aujourd’hui, les communistes bénéficient du soutien de nombreux progressistes, mais aussi de personnes sans appartenance politique claire, qui croient aux droits sociaux », assure Iraci Hassler, ex-mairesse communiste de Santiago (2021-2024). Les gens ne soutiennent pas Jeannette Jara seulement parce qu’elle est très charismatique, nuance-t-elle. « C’est surtout le projet qui compte. »

Dans ce contexte, rien n’est joué et l’incertitude prédomine. Pour Victor Muñoz Tamayo, spécialiste de la gauche et des mouvements de jeunesse, le vote obligatoire (récemment instauré) pourrait être un atout imprévisible… Ou pas. « L’expérience internationale montre que cette obligation favorise la participation des classes populaires, ce qui logiquement devrait se traduire par un vote plus à gauche, mais cela n’a pas été le cas au Chili (lors du référendum de 2022 sur la nouvelle constitution – NDLR). Autrement dit, ici, le vote obligatoire a eu tendance à profiter à la droite. »

Dans un pays où la mémoire des années Pinochet reste vive, la candidate communiste incarne aussi le symbole d’un bouclier face à une droite extrême toujours plus outrancière. « J’ai subi l’emprisonnement politique et la torture pendant la dictature, explique la dirigeante syndicale Angela Rifo. J’ai vraiment peur de devoir être gouvernée par le fils d’un ancien nazi, et surtout de tout ce qu’il pourrait imposer à notre pays. »

 

Présidentielle au Chili : quand la droite impose la peur de la criminalité et la question migratoire

Ce dimanche 16 novembre, plus de 15 millions de Chiliens iront voter après plusieurs mois d’une campagne ou droite et extrême droite sont parvenues à imposer leurs thématiques favorites au centre du débat public.

Bien que le Chili reste l’un des pays les plus sûrs d’Amérique latine, la crainte d’une hausse de la criminalité s’est invitée dans les discours et les programmes des candidats à la présidence, et la question migratoire – présentée comme une menace dans des déclarations souvent xénophobes – est aussi apparue comme une priorité.

Oubliée, l’« explosion sociale » de 2019 ? Réunissant jusqu’à 2 millions de personnes dans les rues de Santiago, le formidable soulèvement populaire dénonçait haut et fort la vie chère et les injustices sociales héritées du modèle économique néolibéral forgé par la dictature de Pinochet…

 

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13 novembre 2025 4 13 /11 /novembre /2025 06:30

Il a osé... 

Un article de Cyprien Caddeo dans L'humanité du 7 novembre, "délires islamophobes autour de la victoire de Zohran Mamdani", rappelle que Bernard Henri Levy, intellectuel médiatique soi-disant défenseur des droits de l'homme, a reproché à Zohran Mamdani d'avoir repris à son compte "les fausses accusations de génocide et de famine organisées par Israël" et de ne pas "verser une larme pour commémorer les victimes du 11 septembre". Bernard Henry Levy voit dans l'election du maire de gauche Zohran Mamdani un signe que "le monde libre vacille sur ses bases"...

I.D

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9 novembre 2025 7 09 /11 /novembre /2025 09:46
Appel à la solidarité avec nos amis palestiniens du camp de réfugiés de Jalazone
Appel à la solidarité avec nos amis palestiniens du camp de réfugiés de Jalazone
Appel à la solidarité!
APPEL DE MORLAIX- WAVEL POUR AIDER LA POPULATION DU CAMP DE RÉFUGIÉS DE JALAZONE EN CISJORDANIE
 
Face aux difficultés immenses rencontrées pour survivre dans le camp de réfugiés de Jalazone avec lequel Morlaix, Morlaix-Communauté, leurs élus, leurs habitants, l'AFPS, ont des relations de partenariat et de coopération suivie et se mobilisent avec l'AJPF-Morlaix Wavel pour faire parvenir de l’argent au comité populaire du camp de réfugiés de Jalazone pour qu’il puisse acheter des colis alimentaires pour aider la population.
Nous vous invitons à participer en faisant un don à Morlaix Wavel qui fera parvenir l'argent au camp de Jalazone.
1250 euros ont déjà été collectés
Vous pouvez envoyer un chèque à Annie LE CALVEZ (trésorière de l’association) à l’adresse : 1 impasse des Chevreuils 29600 Morlaix.
Nous aurons la possibilité de faire passer les fonds par des palestiniens arrivant en France prochainement.
Chèque à l’ordre de : Morlaix Wavel avec au dos « Pour Jalazone ».
Michèle Gambache, présidente de l'association Morlaix-Wavel
 
Le PCF pays de Morlaix et ses militants ont participé à cette campagne de collecte de dons pour les habitants de Jalazone et appellent les habitants de la région de Morlaix à participer en nombre à cette campagne de solidarité.  
 
Photos du camp de Jalazone en 2016
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9 novembre 2025 7 09 /11 /novembre /2025 09:44
Campagne 1 million d'oliviers pour la Palestine / 10 000 euros pour planter 1000 oliviers en Cisjordanie avec le PCF Finistère: faites un don!
Notre solidarité sera plus forte que leur brutalité!
Les colons israéliens et l'armée d'occupation coloniale brûlent, arrachent, détruisent les oliviers des paysans palestiniens sans relâche.
Le PCF Finistère s'est engagé dans une collecte de fonds pour financer le rachat de 1000 oliviers, pour une somme totale de 10 000 euros, qui devront être plantés au printemps avec des coopératives et des paysans palestiniens agréés par l'association des agronomes arabes, en lien avec le travail du parti communiste palestinien.
Près de 8000 euros ont déjà été récoltés depuis 6 mois par la fédération PCF Finistère, les sections, intégrant plus de 6500 euros de dons de la fédération PCF Finistère (3000€) et des sections PCF du Finistère (3500€).
Merci de participer vous aussi à cette solidarité en finançant un olivier ou plusieurs pour soutenir le combat des Palestiniens pour refuser de se faire déposséder de leur terre et pour survivre sur leur terre. Chaque olivier à un coût de 10 euros.
Nous nous donnons l'objectif de récolter encore 2000 euros d'ici la fin décembre 2025.
Dons à transmettre aux sections du PCF dans le Finistère ou à la fédération du PCF Finistère - PCF Finistère 5 rue Moreau 29 200 BREST - Chèque à l'ordre ADF PCF 29 avec au dos (campagne oliviers Palestine)
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7 novembre 2025 5 07 /11 /novembre /2025 16:12
Manifestation pour la Palestine le samedi 8 novembre 2025 à Morlaix à 16h
Manifestation pour la Palestine le samedi 8 novembre 2025 à Morlaix à 16h

L'AFPS DU PAYS DE MORLAIX vient d'adresser un courrier à toutes les associations, partis et syndicats solidaires de la Palestine pour que tous ensemble dans l'unité la plus large elles se mobilisent de nouveau en Pays de Morlaix. L'UL-Solidaires, la FSU-29, la LDH, Amnesty International, le Mouvement de la Paix, le PCF, Génération.s, Les Écologistes, LFI, la Gauche Indépendantiste et le NPA ont déjà annoncé leur soutien à ce nouveau rassemblement !

MANIFESTATION SAMEDI 08 NOVEMBRE
16h Place des Otages à Morlaix

PALESTINE, le GÉNOCIDE CONTINUE ! LA CISJORDANIE est MENACÉE !


Exigeons :


LEVÉE DU BLOCUS DE GAZA
SANCTIONS CONTRE ISRAËL
AUTO-DETERMINATION DU PEUPLE PALESTINIEN
DROIT AU RETOUR DES RÉFUGIES

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7 novembre 2025 5 07 /11 /novembre /2025 06:36
IRLANDE, LES « SECRETS » DE LA VICTOIRE DE LA GAUCHE - Par Francis Wurtz - 5 novembre 2025
Francis Wurtz
IRLANDE, LES « SECRETS » DE LA VICTOIRE DE LA GAUCHE
Il n'est pas superflu de revenir sur un événement qui mérite mieux qu'un furtif coup de chapeau, surtout dans une période davantage marquée par les poussées d'extrême-droite que par les succès progressistes : l'élection, le 24 octobre dernier, de la candidate commune à toute la gauche, Catherine Connolly, à la présidence de la République d'Irlande. Cette fonction n'est, certes, pas comparable en Irlande à ce qu'elle est en France, mais les « secrets » de la victoire de la gauche -une première dans l'histoire de ce pays proche- ne peuvent nous laisser indifférents.
Comment une femme, issue d'une famille modeste, n'appartenant à aucun parti depuis qu'elle a quitté le Labour (parti travailliste) pour désaccord en 2006, élue locale puis députée indépendante mais n'ayant pas, jusqu’alors, joué de rôle politique de premier plan, a-t-elle pu réussir à infliger une défaite cinglante (63,4% !) à une « classe politique » conservatrice dont les deux principaux partis monopolisent, alternativement ou en coalition, le pouvoir depuis des décennies ! Trois atouts de la candidate expliquent largement son résultat proprement historique : sa personnalité, ses orientations et le rassemblement sur son nom de toutes les forces de gauche.
Sa personnalité ? A l'opposée des politiciens dont les postures lassent les citoyens et citoyennes, elle a mené « une campagne authentique et humaine », montrant qu'« elle comprenait les épreuves que subissent les travailleurs et leur famille » -en matière de pouvoir d’achat, de logement, de services publics…-, souligne Declan Kearney, président national du Sinn Féin, résumant la tonalité de nombre de témoignages parus dans la presse irlandaise. Ses orientations ? Outre les priorités sociales, « la menace existentielle que constitue le changement climatique », et naturellement la réunification de l’île, il y a sa solidarité sans faille avec le peuple palestinien et, plus généralement, ses positions fortes sur le plan international, qu'elle expose sans mâcher ses mots ! « C'est ce qui a rendu sa campagne si rafraîchissante pour ses supporters et si menaçante pour l'establishment » note, admiratif, Daniel Finn, de la « New Left Review » de Londres, comme lorsqu'elle lance : « J'ai honte d'être Européenne quand je vois Von der Leyen (Présidente de la Commission) épaule contre épaule avec un criminel de guerre ! », ou qu'elle fustige le démantèlement de « l'Etat-providence » pour financer la militarisation du pays. Totalement hostile à cette dérive, elle se veut « une voix pour la paix ». Aussi condamne-t-elle avec force « l'horrible agression russe » de l'Ukraine, sans taire la lourde responsabilité de l'OTAN qui « a joué un rôle méprisable en avançant jusqu'à la frontière et en se livrant à des actes de guerre ».
C’est sur ces bases que les 5 partis de gauche et verts, le mouvement syndical et les organisations de défense des droits, ainsi que des personnalités progressistes indépendantes, ont su forger un rassemblement qui les a conduits à la victoire. Pour les prochaines élections législatives, « si la gauche agit avec la même maturité stratégique, l’Irlande peut avoir un gouvernement populaire », juge Seán Mac Brádaigh, écrivain et ancien conseiller de Gerry Adams, figure historique du Sinn Féin. C’est tout ce que nous souhaitons à nos amis irlandais…et à nous mêmes.
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7 novembre 2025 5 07 /11 /novembre /2025 06:32
Victoire de Zohran Mamdani à New-York: Tout le monde n'a pas la chance d'avoir un maire communiste (Philippe Rio, L'Humanité, 6 novembre)
Victoire de Zohran Mamdani à New-York: Tout le monde n'a pas la chance d'avoir un maire communiste (Philippe Rio, L'Humanité, 6 novembre)

Philippe Rio, président de la coopérative des élu.e.s communistes et républicains, sera à la Fête de l'Humanité Bretagne de Lanester les 29 et 30 novembre et assurera le meeting du dimanche 30 novembre à 16h. 

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6 novembre 2025 4 06 /11 /novembre /2025 06:44
Marwan Barghouti pour l’amour de l’humanité - Par Patrick Le Hyaric, 3 novembre 2025
Marwan Barghouti pour l’amour de l’humanité
 
Il est un député palestinien extrêmement populaire parmi ses concitoyens. Capturé, enlevé près de son domicile par l’armée d’occupation israélienne au mois d’avril 2002 et, depuis, emprisonnés dans d’effroyables conditions. Les grands défenseurs des droits humains qui saturent notre espace public ne trouvent rien à redire de ses exécrables et violentes conditions de détention, des privations de visites de son épouse Fadwa - avocate - et de ses enfants ainsi que de la Croix-Rouge Internationale.
Cet homme, cet intellectuel, ce député, ce dirigeant politique, s’appelle Marwan Barghouti. Proche de la France, il avait à l’université de Birzeit, en Cisjordanie occupée, consacré un mémoire de recherche à la politique du général de Gaulle au Moyen-Orient. Puis, comme député, il est membre du groupe d’amitié entre le Parlement français et le Conseil législatif Palestinien.
Par un sordide renversement des charges de la preuve, les commanditaires de son embastillement, au terme d’un procès ne répondant à aucun des standards internationaux et au mépris du droit international*, mènent une soutenue et violente campagne le dépeignant en « terroriste ». Un vocable utilisé aujourd’hui à tout-va pour justifier les pires reculs des libertés dans le monde et pour continuer à soumettre le peuple palestinien à un implacable joug colonial.
Mieux encore, comment pouvons-nous un seul instant, laisser croire que les militants de la liberté et de l’application du droit international seraient des « terroristes » quand les cours de justice réclament à l’occupant de rendre leurs terres aux Palestiniens et de cesser la colonisation-annexion ? Les mêmes cours qui poursuivent le Premier ministre de l’État occupant devant les tribunaux pour crimes de guerre, crimes contre l’humanité ? Ceux qui traitaient hier Nelson Mandela de terroriste sont les mêmes qui l’encensent aujourd’hui ? Lorsqu’on leur rapporte leurs infectes paroles de l’époque à l’égard de Mandela, ils se dressent sur leurs ergots usés pour se renier et clamer que Mandela n’a jamais dirigé la branche militaire du Congrès national Africain (ANC). Or, le grand dirigeant sud-africain a fondé puis dirigé à partir du milieu de l’année 1961 l’organisation Umkhonto we Sizwe (fer de lance de la nation). Et la Résistance française disposait bien de sections armées pour combattre l’occupant. Les nazis et leurs supplétifs français n’hésitaient pas à traiter les communistes de « terroristes ».
Non seulement Barghouti a toujours nié avoir donné l’ordre des exécutions qui lui sont reprochées, mais dans un grand entretien au journal américain The Washington Post** avant son arrestation, il expliquait ainsi la stratégie qu’il défendait : « Moi-même et le mouvement Fatah auquel j’appartiens, nous opposons fermement aux attaques contre des civils en Israël, notre futur voisin », ajoutant ce complément fondamental : « Je ne cherche pas à détruire Israël, mais seulement à mettre fin à l’occupation de mon pays. »
Déjà dans les années 1980, Marwan Barghouti ne négligeait aucune possibilité de discussions avec des députés de la gauche israélienne. Où décèle-t-on ici la thèse « terroriste» ?
En revanche, comment qualifier l’armée d’occupation qui en août 2001 a fait projeter deux missiles antichars sur son véhicule, tuant son accompagnateur ? Les financeurs du Hamas se trouvent dans les palais officiels de Tel-Aviv alors que Barghouti défenseur du pluralisme politique dès le milieu des années 1990, a combattu le Hamas au nom de son refus strict de l’application de la loi islamique. Combattant acharné de la corruption, militant contre les inégalités femmes/hommes, il est un artisan de l’unité palestinienne. Unité entre les Palestiniens de « l’extérieur » et les Palestiniens vivant sous l’occupation. Unité entre les différentes sensibilités et factions palestiniennes, avec notamment l’élaboration en 2006 du « document des prisonniers » signé par les militants de toutes les factions. Dans ce texte, est réaffirmé le droit international avec la création d’un État palestinien « dans les frontières de juin 1967 ». La signature du Hamas et du Jihad islamique sont de fait une acceptation de l’existence de l’État d’Israël à l’extérieur de ces mêmes frontières.
Nous entrons dans un nouveau moment. La mobilisation populaire doit le rendre positif et constructif. Il est marqué d’une part par l’initiative conjointe de la France et de l’Arabie Saoudite pour faire reconnaître l’État de Palestine, et d’autre part par le plan Trump qui aboutit à la libération de tous les otages vivants détenus par le Hamas et à un - tout relatif - cessez-le-feu, alors que se révèlent de plus en plus aux consciences des peuples du monde, les atrocités du pouvoir israélien à Gaza et l’amplification de la colonisation-annexion de la Cisjordanie et de Jérusalem-Est.
Le plan Trump restera une impasse tant qu’il n’intégrera pas les Palestiniens à un nouveau processus. Le pouvoir d’extrême droite israélien s’infiltre dans la brèche et en profite pour accélérer ses projets coloniaux.
Cependant, des voix dans l’entourage de Trump et dans certaines capitales arabes alertent sur cette grosse entaille au point d’évoquer le nom de M. Barghouti comme possible acteur majeur de cette nouvelle période.
En effet, on ne peut vouloir, comme Trump, dépolitiser la question palestinienne avec son fameux « comité de la paix » « apolitique et technocratique » alors même que l’enjeu de la construction d’un État palestinien viable et démocratique est politiquement central au Moyen-Orient. Dépolitiser revient à continuer de laisser le pouvoir israélien se servir du Hamas comme faire-valoir justifiant de part et d’autre, le refus de la solution à deux États.
Précisément, l’aura internationale de Marwan Barghouti, sa capacité à régénérer le Fatah et l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), sa réflexion politique couchée noir sur blanc dans une lettre datant de l’année 2016 où il appelle à renouveler le contrat démocratique entre dirigeants et citoyens en font plus que jamais un interlocuteur solide et crédible.
Ce sont ces éléments qui conduisent de plus en plus de personnalités et d’organisations à réclamer sa libération. On trouve parmi ceux-ci Ami Ayalon, ancien chef du service de renseignement intérieur israélien (Shin Bet). Ronald Lauder, président du Congrès juif mondial. Il a demandé d’inclure Marwan Barghouti dans la liste des prisonniers libérables dans l’accord de cessez-le-feu négocié à Charm-El Cheik en Egypte. La commissaire européenne à l’aide humanitaire et à la gestion des crises, ancienne ministre des Affaires étrangères de Belgique, Hadja Lahbib. Elle a récemment déclaré voir en Marwan Barghouti, « le Nelson Mandela palestinien ». Même s’il ne faut nourrir aucune illusion sur les propos si versatiles et réversibles du président américain, le fait qu’il ait évoqué le nom de Barghouti dans un récent entretien au Time dit beaucoup du rapport de force qui se construit. Et, pour la première fois, le prestigieux groupe des sages « The Elders » rassemblant des prix Nobel de la paix et d’anciens chefs d’État, s’est adressé au président Trump pour « exiger la libération de Marwan Barghouti, en tirant parti de l’opportunité ouverte par l’accord fragile de cessez-le-feu à Gaza ».
Nous demandons au président de la République française et aux institutions européennes de s’associer à ce mouvement et de s’y engager sans attendre pour que Marwan Barghouti retrouve la liberté, condition du lancement de réelles négociations, sans lesquelles se poursuivra l’escalade à Gaza et en Cisjordanie. Sans attendre, l’Union européenne doit protester contre les conditions scandaleuses de détention de Marwan Barghouti et contre l’appel du fasciste ministre israélien de la Sécurité appelant à exécuter les prisonniers palestiniens. Il ne suffit pas, en Europe, de se gargariser des « valeurs » et « des droits humains ». Il faut agir. Agir, c’est mener la bataille contre ce fascisme banalisé, cesser d’être les supplétifs de l’impérium nord-américain et porter le combat pour la libération des prisonniers politiques palestiniens au premier rang desquels Marwan Barghouti comme opportunité nouvelle pour tenter de construire les conditions vraies des deux Etats. .
Le combat pour la libération de Marwan Barghouti est le combat pour la libération de toute la Palestine. C’est le combat pour la démocratie, une vie nouvelle pour les Israéliens et les Palestiniens, vivant côte à côte. Marwan Barghouti, c’est le combat pour l’amour de l’humanité.
 
Patrick Le Hyaric
3 novembre 2025
 
* les Avocats de Marwan Barghouti, notamment Gisèle Halimi, Daniel Voguet, Jawad Boulus, Fadwa Barghouti…
** « Tribune au Washington Post » 2002 « vous voulez la sécurité ? Mettez fin à l’occupation. »
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