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21 septembre 2025 7 21 /09 /septembre /2025 08:06
« Sans sanctions immédiates, vous finirez par reconnaître un cimetière » - Lina Sankari, L'Humanité, 19 septembre 2025
« Sans sanctions immédiates, vous finirez par reconnaître un cimetière » : pourquoi la reconnaissance de la Palestine appelle d’autres mesures d’urgence
 
L’annonce de la reconnaissance de l’État de Palestine par la France a provoqué l’ire de l’occupant israélien qui menace d’occuper la Cisjordanie. Il n’y aura pas d’autonomie effective sans imposer des sanctions à même d’isoler un régime qui colonise et génocide en toute impunité.
 
L'Humanité, le 19 septembre 2025
Lina Sankari
 
Bezalel Smotrich n’est né ni de la dernière pluie ni du 7 Octobre. Le colon d’extrême droite, devenu ministre des Finances, connaît ses classiques et ne cesse d’ailleurs de s’y référer. En mars 2023, sept mois avant l’attaque terroriste du Hamas, il livre déjà le fond de sa pensée : « Le peuple palestinien est une invention de moins de cent ans. Est-ce qu’ils ont une histoire, une culture ? Non, ils n’en ont pas. Il n’y a pas de Palestiniens, il y a juste des Arabes. »
 
Comprendre : si les Palestiniens n’existent pas, pourquoi auraient-ils droit à un État ? L’effacement de ce peuple ne remonte pas au gouvernement de Benyamin Netanyahou. Issue des rangs travaillistes, l’ancienne première ministre (1969-1974) Golda Meir explique : « Comment pourrions-nous rendre les territoires occupés ? Il n’y a personne à qui les rendre. » Nous sommes alors deux ans après la guerre des Six-Jours de 1967 qui a permis à l’armée israélienne de prendre le contrôle de Jérusalem-Est et d’occuper la Cisjordanie et la bande de Gaza, étendant ainsi son contrôle sur la quasi-totalité de la terre revendiquée originellement par le mouvement sioniste.
Une fois cette carte mentale posée, on peut aisément comprendre que l’annonce par la France de la reconnaissance de l’État de Palestine lors d’une conférence, le 22 septembre prochain, à l’occasion de l’Assemblée générale des Nations unies, suscite l’ire du premier ministre israélien et de sa coalition. Eux qui ont fait du choc – réel – du 7 Octobre l’équivalent israélien d’un 11 Septembre leur permettant de reléguer la question palestinienne à un problème sécuritaire, de soumettre Gaza à un blocus total et d’annihiler toute perspective d’autonomie. La réponse militaire s’est pourtant muée en projet génocidaire dans la bande de Gaza.
 
Le message de Paris à l’extrême droite israélienne
Le nombre de morts dépasse désormais les 63 000 à Gaza, 500 000 personnes sont directement menacées par la famine et la Cisjordanie est guettée par l’annexion : face à l’horreur du siècle, le président français, Emmanuel Macron, estime que le temps de la reconnaissance est « venu ». Si la diplomatie française parle de longue date d’un État palestinien sans jamais être passée à l’acte, ce mouvement soudain pourrait notamment s’expliquer par l’attentisme de l’Union européenne et la volonté de « sceller définitivement la création future d’un État palestinien. Cela nous permet de dire à l’extrême droite israélienne : votre objectif de voir les Palestiniens quitter leur terre est un mythe, cela n’arrivera pas », selon une source proche des autorités françaises, citée par le site Middle East Eye.
La reconnaissance d’un État de Palestine est non seulement la condition préalable à la paix mais également la réparation de l’injustice historique qui avait vu, en 1948, l’État d’Israël créé par l’ONU s’étendre sur 56,5 % du territoire. L’État palestinien, qui devait exister sur seulement 43,5 % des terres, ne s’est lui jamais concrétisé. Et ce malgré les accords d’Oslo de 1993, qui prévoyaient la création, cinq ans plus tard, d’un État de Palestine sur 22 % de la Palestine historique, dans les frontières de 1967, mais ont, dans les faits, renforcé les mécanismes de contrôle colonial. Si l’adhésion pleine et entière lui est refusée, la Palestine est pour l’heure cantonnée au statut d’observateur aux Nations unies.
Elle est toutefois reconnue par 148 des 193 États qui composent l’ONU, majoritairement asiatiques, africains et latino-américains. La France n’est pas pionnière au sein des membres permanents du Conseil de sécurité (la Russie et la Chine ont franchi le pas avant elle) ni même en Europe : l’Espagne, l’Irlande, la Norvège et la Slovénie l’ont fait ces derniers mois, mais elle serait en revanche la première au sein du G7. Dans son sillage, le Royaume-Uni, la Nouvelle-Zélande, la Finlande, l’Australie, le Canada, Malte et la Belgique ont annoncé leur intention de faire de même.
Renversement du processus mis en place dans les années 1990
Outre la libération des otages israéliens enlevés le 7 Octobre, la plupart des États posent toutefois leurs conditions : le futur État devra être démilitarisé – une manière d’entendre que la menace est essentiellement palestinienne – et débarrassé du Hamas aux affaires. En revanche, la France ne fait nulle mention de Jérusalem-Est comme capitale, ni de la nécessité de revenir aux frontières de 1967.
Reste qu’à ce stade, la reconnaissance de la Palestine renverse le processus mis en place par les États-Unis durant les négociations de paix des années 1990. Selon ce théorème intangible, l’État de Palestine ne pourrait voir le jour qu’après la fin de l’occupation. Occupation qu’Israël fait sciemment traîner en longueur pour modifier la donne sur le terrain, notamment du point de vue des terres colonisées. A contrario, pour la gauche palestinienne, et notamment le Parti du peuple palestinien (PPP, communiste), la fin de l’occupation doit marquer le début du processus de paix et non sa conclusion.
« Comme il ne pouvait pas annexer la Cisjordanie mais qu’il n’avait aucune intention de la rendre ou même d’accorder aux Palestiniens l’autonomie réelle qui leur avait été promise à Camp David, (Menahem) Begin (premier ministre de 1977 à 1983 – NDLR) a simplement poursuivi l’approche pragmatique des travaillistes en laissant le statut final du pays ouvert, tout en construisant une nouvelle réalité sur le terrain : davantage de routes reliant les territoires à Israël, davantage d’expropriations de terres, davantage d’implantations juives », note le journaliste états-unien Thomas L. Friedman dans De Beyrouth à Jérusalem (éditions Saint-Simon, 2024).
 
L’an dernier, une résolution inédite de l’ONU, votée par la France, exigeait la fin de l’occupation et de la colonisation dans un délai de douze mois, soit au 18 septembre 2025. Reste à savoir quelle sera l’attitude des États qui s’étaient prononcés en faveur de ce texte à l’issue de l’échéance.
 
Empêcher l’annexion de la Cisjordanie promise par Israël
 
La seule reconnaissance de l’État palestinien ne saurait suffire. Bezalel Smotrich a d’ailleurs prévenu : « Si vous reconnaissez un État palestinien en septembre, notre réponse sera l’application de la souveraineté israélienne sur toutes les parties de Judée-Samarie (la Cisjordanie occupée – NDLR). » Parvenir à un État nécessite donc des mesures concrètes. Le document détaillé, issu de la conférence franco-saoudienne qui s’est tenue du 28 au 30 juillet, contient des avancées en termes de souveraineté telle que la révision du protocole de Paris de 1994 qui imposait notamment une dépendance de l’économie palestinienne à l’économie israélienne.
Selon ce texte, le futur État doit pouvoir avoir la main sur ses frontières et ressources naturelles. Cependant, soutient l’historienne Stéphanie Latte Abdallah, dans les colonnes de l’Humanité, « la section consacrée à l’application du droit international semble plus relever de la parole performative que d’actes concrets : sont réitérées des mesures à venir visant à refuser la normalisation de la colonisation de la Cisjordanie (par la non-importation des produits des colonies par exemple), à s’opposer aux violations des droits humains par l’État israélien, en invitant à suspendre les accords multilatéraux ou bilatéraux en cas de non-respect de ceux-ci, à arrêter l’exportation d’armes vers Israël si elles sont utilisées dans les territoires occupés, ou encore à coopérer aux enquêtes de la Cour pénale internationale ».
Enfin, le document ne permet pas, en l’état, de faire cesser le génocide, les déplacements forcés de population et le processus illégal d’annexion de la Cisjordanie. En l’espèce, seules des sanctions politiques, économiques et judiciaires à l’encontre d’Israël et de ses dirigeants suprémacistes se révéleront contraignantes, comme ce fut le cas pour l’Afrique du Sud du temps de l’apartheid.
 
Elles ont déjà été formulées par le groupe de La Haye, fondé le 31 janvier dernier par des pays du Sud global pour faire respecter les décisions de la Cour internationale de justice (CIJ) et de la Cour pénale internationale (CPI) et protéger le peuple palestinien. Dans une tribune au Monde, l’historien Vincent Lemire et l’ancien ambassadeur d’Israël en France, Élie Barnavi, concluent : « Si des sanctions immédiates ne sont pas imposées à Israël, vous finirez par reconnaître un cimetière. » Manière de dire qu’une reconnaissance de papier n’a jamais préservé aucun peuple de la mort programmée.
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21 septembre 2025 7 21 /09 /septembre /2025 08:01
Sepideh Farsi, cinéaste iranienne : « L’empathie avec le peuple palestinien a été silenciée et réprimée » - L'Humanité, interview de Michaël Mélinard, 19 septembre 2025
Sepideh Farsi, cinéaste iranienne : « L’empathie avec le peuple palestinien a été silenciée et réprimée »
 
La cinéaste iranienne Sepideh Farsi signe avec « Put Your Soul on Your Hand and Walk » un documentaire saisissant et un témoignage bouleversant sur Gaza, avec la complicité de Fatma Hassouna, une photographe gazaouie. Un film que ne verra jamais la jeune femme de 24 ans, morte avec six membres de sa famille dans le bombardement ciblé de sa maison.
 
L'Humanité, Culture et savoir, le 19 septembre 2025
Michaël Mélinard
 
Que faire face à l’horreur à Gaza ? La cinéaste iranienne Sepideh Farsi a voulu aller sur place. Une tentative d’entrée avortée ne l’a pas découragée. À défaut de pouvoir mettre les pieds dans l’enclave palestinienne, elle a trouvé en Fatma Hassouna, une photographe gazaouie de 24 ans1, un témoin et une interlocutrice de premier choix.
Elle a mis en scène leurs rencontres à distance, par appel vidéo interposé, dans le puissant Put Your Soul on Your Hand and Walk, un long métrage documentaire sélectionné au Festival de Cannes par l’Acid. Sepideh Farsi espérait voir Fatma arpenter la Croisette avec elle. La jeune Palestinienne a été tuée avec six membres de sa famille le 16 avril par un bombardement israélien qui la ciblait.
 
Quel a été votre parcours avant d’arriver en France ?
 
Sepideh Farsi
Cinéaste iranienne
Je suis née à Téhéran. J’ai 13-14 ans au moment de la révolution, une période assez extraordinaire qui n’a pas beaucoup duré. Nous lisions beaucoup de romans, de pièces de théâtres et des essais interdits sous le chah, puis autorisés et de nouveau interdits ou censurés dans une version tronquée dès que le fameux « printemps de liberté » s’est terminé. Je découvre le cinéma à 16 ans dans le cadre d’un cours de photographie.
C’est déjà la révolution culturelle, les universités ferment, les films sont interdits, les bouquins commencent à manquer avec des purges dans les bibliothèques. En automne 1981, je suis arrêtée parce que j’ai caché à la maison une fille de mon lycée qui était recherchée. Mes parents étaient d’accord sans savoir que c’était aussi risqué. J’ai fait presque un an de prison jusqu’en 1982. J’ai été privée de mes droits civiques et je ne suis pas retournée au lycée parce qu’il fallait que je fasse avant acte de rédemption.
J’ai étudié seule puis j’ai passé le bac. J’ai eu le concours d’entrée à l’université mais je n’ai pas été admise après l’enquête de moralité qui existe toujours en Iran. J’ai quitté le pays après avoir été admise à l’université de San Francisco pour y mener des études scientifiques. Le régime m’a accordé le passeport par erreur alors qu’il m’avait interdit de quitter le pays. À l’époque, les dossiers n’étaient pas encore informatisés. Je suis venue en France pour aller aux États-Unis. Mais à Paris, le visa américain m’a été refusé. La question était : je rentre en Iran ou je reste à Paris ? J’ai choisi de rester. J’ai appris le français, j’ai fait une licence de maths et je suis devenue prof tout en voulant faire du cinéma. En parallèle, j’ai tenté la Fémis, la Villa Médicis. Finalement, rien ne s’est concrétisé. J’ai appris sur le tas. J’ai commencé à écrire, à faire des courts puis des longs métrages.
Comment votre histoire personnelle a-t-elle influé sur votre désir de documenter la situation des Palestiniens à Gaza ?
Quand le 7 Octobre est arrivé, il y a eu le choc initial dû aux attaques du Hamas. Mais très vite, la campagne militaire israélienne s’est transformée en nettoyage ethnique, puis en génocide. Le siège de Gaza s’est renforcé. Cela fait un moment qu’on sait qu’on en arriverait là. Les premiers mois, le récit médiatique s’est fait en l’absence de voix palestiniennes.
À ce moment, j’étais en tournée pour la Sirène, mon précédent film qui parle d’Abadan, une ville assiégée par les Irakiens. Je ne pouvais plus continuer à voyager sans réagir. Je cherchais la réponse à une question qui était devenue une obsession pour moi : comment vivent les Palestiniens à Gaza sous les bombes et le siège israélien ? L’absence de réaction de la communauté internationale à ce problème qui n’a pas commencé le 7 Octobre, mais en 1948, voire avant, m’a décidée à me rapprocher de la zone de conflit.
 
***
 
Sepideh Farsi en quelques dates
 
1965 : Naissance à Téhéran.
1984 : Arrivée à Paris.
2009 : Sortie de Téhéran sans autorisation, un documentaire tourné au téléphone portable lors de son dernier voyage en Iran.
2015 : Dans Red Rose, elle filme une histoire d’amour pendant la « vague verte » et brise le tabou de la nudité.
2023 : la Sirène, son premier film d’animation, évoque une ville pétrolière iranienne assiégée par l’armée irakienne pendant la guerre qui a opposé les deux pays (1980-1988).
 
***
 
Je suis allée au Caire en pensant entrer à Gaza par Rafah. Mais il était déjà trop tard. Je filmais les réfugiés palestiniens qui venaient de quitter Gaza puisque, jusqu’à fin mars-début avril de l’année dernière, ceux qui en avaient les moyens pouvaient, moyennant 8 000 dollars, quitter Gaza et arriver en Égypte avec un visa de quarante jours. Mais je voulais vraiment une voix de l’intérieur, quelqu’un encore à Gaza. Un jeune homme m’a parlé de son amie Fatma Hassouna, une photographe très active, douée, énergique. Il nous a mises en contact. C’est de cette manière que démarre, le 24 avril 2024, le premier entretien vidéo du film.
 
Comment présenteriez-vous Fatma Hassouna ?
 
C’est une personne d’une aura extraordinaire, très solaire. Elle avait 24 ans quand je l’ai connue. Elle avait obtenu une licence en audiovisuel à l’université de Gaza. Elle se sentait investie d’une mission, comme beaucoup d’autres Palestiniens qui, en l’absence de journalistes étrangers, font tout, au risque de leur vie, pour documenter la guerre, les destructions et l’occupation. Sans eux, nous n’aurions pas d’images.
C’est la volonté absolue du gouvernement israélien. La situation médiatique de Gaza m’a beaucoup préoccupée. Les premiers mois post-7 Octobre, les journalistes palestiniens n’étaient pas pris au sérieux, leurs récits étaient mis en doute, minimisés. Il a fallu un moment avant que des médias autres qu’Al Jazeera, qui collabore avec les journalistes palestiniens, cessent de douter de leur professionnalisme ou de les assimiler à des pro-Hamas. Fatem – je l’appelais ainsi comme ses proches – n’était pas une journaliste au sens strict du terme.
Ce qui la caractérisait, c’était son regard. Il était important pour moi d’avoir d’un côté ses photos de Gaza, qu’elle a accepté de m’envoyer, et des vidéos assez longues que je lui ai demandé de faire. Au début, elle avait du mal à filmer les gens qui étaient trop conscients de la caméra. Pendant plusieurs mois, je lui ai expliqué comment se mettre en situation pour que les gens acceptent la caméra. Quand vers la fin de l’été 2024, j’ai reçu un travelling très long où l’on voit le degré de destruction, je savais que j’avais la fin du film.
 
À défaut de pouvoir mettre les pieds dans l’enclave palestinienne, Sepideh Farsi a trouvé en Fatma Hassouna, une photographe gazaouie de 24 ans, un témoin et une interlocutrice de premier choix
 
Que racontent les images de Fatem à Gaza ?
 
Elle photographiait la vie et la destruction, la dignité des Palestiniens devant leurs maisons en ruine et l’innocence de l’enfance. Je ne sais pas si c’était réfléchi mais elle était très consciente que les couleurs avaient disparu de ses photos. Elle l’attribuait à l’avancement de la vague de destruction, au fait que le noir et le gris prenaient le dessus sur la couleur.
Il y a des choses qu’elle faisait instinctivement dans un corpus différent des autres photographes de Gaza qui captent davantage des moments de deuil, de colère ou de révolte, ou montrent les corps déchiquetés et les cadavres. Elle a très peu fait ce type d’images. J’ai eu l’impression de voir un paysage postapocalyptique et en même temps, des gens avec une pulsion de vie. Elle prenait acte de ce qu’elle appelait un génocide depuis le début. Le monde a mis beaucoup de temps avant d’adopter cette terminologie, mais cela me stupéfie que certains en discutent encore.
Je lui ai dit que j’étais sceptique mais d’une certaine façon, je comprends ce qu’elle voulait dire. Ce conflit cristallise beaucoup de choses de manière de plus en plus flagrante : une lutte anticoloniale, anti-impérialiste, anticapitaliste, pour le droit à l’autodétermination. La présence palestinienne sur les terres de la Palestine historique est beaucoup plus ancienne que beaucoup d’autres États aujourd’hui reconnus comme totalement légitimes.
Aux Palestiniens par contre, on ne le reconnaît jamais. La façon dont l’empathie avec le peuple palestinien a été silenciée et réprimée en Europe et aux États-Unis depuis deux ans est antidémocratique. La rattacher à de l’antisémitisme est une déformation politique vraiment dangereuse. II faut lutter contre l’antisémitisme et le racisme, mais il faut laisser les gens exprimer leur indignation lorsqu’ils sont révoltés par le fait qu’Israël tue des civils et des enfants.
Paul Laverty, le scénariste de Ken Loach, a été arrêté et accusé de terrorisme pour le port d’un tee-shirt arborant un slogan pro-palestinien. C’est absurde. Le fait que Fatma Hassouna, protagoniste d’un film présenté au Festival de Cannes, soit éliminée par une attaque ciblée de l’armée israélienne avec toute sa famille au lendemain de l’annonce de la sélection du film est une dérive absolument dangereuse. Ça n’est jamais arrivé dans l’histoire du cinéma mondial.
On a mis des semaines avant d’avoir 400 signatures par des personnalités du cinéma mondial, dans une pétition qui demandait de casser le silence sur le génocide. On aurait dû avoir des annulations de festivals, des prises de position. Awdah, qui faisait partie de l’équipe de No Other Land, a été tué par un colon israélien il y a quelques semaines, après qu’Hamdan Ballal, l’un des coréalisateurs, a été kidnappé et torturé dans une prison israélienne alors que leur film a obtenu un Oscar.
 
Quel autre oscarisé a été kidnappé ailleurs qu’en Palestine ? Où a-t-on vu autant de journalistes ciblés ? Ce sont des choses inédites et extrêmement graves. Si ce conflit était arrêté avec une vraie solution politique, ça mettrait fin à beaucoup de tensions dans le monde. En ce sens, je suis d’accord avec Fatma.
Comment considérez-vous la question de la reconnaissance de la Palestine par la France le 23 septembre prochain ?
C’est important, même si c’est tard. Si la reconnaissance a lieu, d’autres choses doivent faire partie du paquet parce qu’un État sans pouvoir et sans monnaie n’a pas de sens. Il faut aussi donner les moyens à cet État palestinien d’exister. À quoi rime un État palestinien qui fonctionne avec des shekels israéliens ?
L’Europe doit se repositionner et montrer son unité face à ce qui est en cours au Moyen-Orient. On en est loin mais il est important, face aux États-Unis en général, surtout face à Donald Trump, et même face à la Russie, de montrer que les pays européens arrivent à avoir une vision politique commune. C’est ce qui donnerait un sens à la Communauté européenne.
 
Comment avez-vous vécu cette guerre de douze jours où votre pays a été bombardé par Israël ?
 
Très mal. Je le dis en tant que dissidente du régime iranien. Je me bats contre le régime mais en l’occurrence, l’Iran n’avait pas attaqué Israël. Le concept de « guerre préventive » n’existe pas dans le droit international. Et les attaques israéliennes et américaines en sont une violation. Cette brève guerre a fait beaucoup de mal parce que même si le régime a été fragilisé militairement, il en a profité d’un point de vue politique en décuplant la répression à l’intérieur.
Des centaines de milliers de migrants afghans ont été expulsés. Les exécutions des dissidents ont repris. Les peines de mort ont été confirmées par la Cour suprême d’Iran. C’est gravissime. Le discours disant qu’on allait nous débarrasser du régime était de la poudre aux yeux. Seule une frange de l’ultradroite iranienne et des monarchistes a donné dans ce panneau. C’est totalement contre-productif, criminel, et ça n’a fait que renforcer le régime et le pouvoir de Khamenei en Iran. On est bien plus mal aujourd’hui qu’on ne l’était avant le 12 juin, malheureusement.
 
Put Your Soul on Your Hand and Walk, de Sepideh Farsi, 1h50, en salle le 24 septembre 2025.
Les Yeux de Gaza, Fatma Hassouna, éd. Textuel, 144 pages, 29 euros ↩︎
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21 septembre 2025 7 21 /09 /septembre /2025 07:56
Pierre Barros, un sénateur communiste, de retour de Cisjordanie, interviewé par l'Humanité
SÉNATEUR COMMUNISTE DE RETOUR DE CISJORDANIE.
 
« En Cisjordanie, l’apartheid s’amplifie avec la création de nouvelles colonies » : Pierre Barros, sénateur communiste, de retour de Palestine.
 
Sénateur communiste, Pierre Barros revient de Cisjordanie, où il s’est rendu dans le cadre d’une délégation du groupe d’amitié France Palestine. Il invite à préparer le « jour d’après » la reconnaissance de l’État de Palestine par la France, prévue le 22 septembre.
 
Entretien:
 
Comment, en Cisjordanie, la situation à Gaza est-elle perçue?
 
Pierre Barros sénateur communiste:
 
"Ils considèrent que nous sommes face à une catastrophe colossale. On affame des gens, qui finissent par se déplacer eux-mêmes, qui cherchent de la nourriture sur les points contrôlés par l’armée israélienne.
Avec une centaine de morts par jours, des bombardements quotidiens, on touche au pire de l’horreur.
La population est déshumanisée, placée dans une détresse folle. Il y a quelques mois, nous avions déjà reçu Médecins sans frontières, qui utilisait des termes similaires.
On n’a pas affaire à une guerre, où deux pays, deux armées régulières s’affrontent, dans laquelle les populations civiles sont le moins affectées possible, avec des règles.
Là, on a affaire à un déplacement de population. Il n’y a plus de règles. On est totalement hors du cadre du droit international."
 
La solidarité vit-elle entre Cisjordanie et Gaza ?
 
Pierre Barros sénateur communiste:
À Ramallah, nous avons visité un site du Croissant rouge palestinien.
De là, ils gèrent l’ensemble des secours sur Gaza et la Cisjordanie. Sur le site, sont affichés l’ensemble des professionnels de santé tués à Gaza et en Cisjordanie. Cela pose l’ambiance.
On voit que c’est un métier difficile. Le sous-sol est un site logistique avec de la nourriture, du matériel médical, des tentes, des générateurs. On nous dit que le problème n’est pas tant le matériel, que de le faire entrer dans Gaza.
Le gouvernement israélien explique que ce n’est pas possible parce que les piquets de tentes, ça peut être des armes, etc. L’acheminement se fait au compte-goutte de sorte que les Gazaouis aient un peu à manger, mais aussi pour que cela entraîne des problèmes, des trafics, des bagarres. La faim devient une arme pour déplacer les populations.
 
Vos interlocuteurs vous font-ils part de l’évolution en Cisjordanie également ?
 
Pierre Barros sénateur communiste
Absolument. Par exemple, lorsque nous étions à Bethléem, cartes à l’appui, l’installation de nouvelles colonies nous a été montrée, avec un zonage conçu pour faire en sorte qu’un État de Palestine n’ait aucune continuité territoriale. Une colonie est en train de s’installer à l’Est de Jérusalem, qui séparera le Nord et le Sud de la Palestine.
Des Palestiniens nous ont raconté leur quotidien, marqué par les coupures d’eau et d’électricité, les checkpoints, les permis de déplacement, de travail ou autre. Cela s’est dégradé depuis la crise du covid. Il est plus difficile d’avoir une autorisation de déplacement.
 
Les atteintes aux droits humains se multiplient ?
 
Pierre Barros sénateur communiste: 
Concernant les droits humains, on a un paquet global, fait d’humiliations, d’un apartheid qui s’amplifie par la création de colonies, de réseaux routiers auxquels seuls les colons peuvent accéder. Cela s’accélère. Un pays se superpose sur un autre avec ses propres infrastructures.
 
L’Autorité palestinienne vous fait-elle part de sa difficulté à administrer le territoire ?
 
Pierre Barros sénateur communiste: 
Elle n’a pas les moyens de tout gérer. Ainsi, il y a beau y avoir des puisages en territoire palestinien, l’eau, comme l’électricité sont gérées par des entreprises israéliennes. C’est le gouvernement israélien qui a donc la main sur le robinet.
Or, en Cisjordanie, il y a de fortes restrictions d’eau. Un Palestinien pourra avoir au mieux 50 litres par jour alors qu’un colon bénéficiera de 150 litres. Il y a un véritable rationnement qui est un outil de l’État israélien. C’est ce genre de détail qui empêche les gens de vivre au quotidien, de travailler, de construire un avenir.
De plus, l’État israélien a détourné deux milliards de dollars de recettes fiscales qui auraient dû permettre à l’administration palestinienne de payer les salaires de ses agents.
 
La France s’apprête à reconnaître l’État de Palestine. Quels autres gestes doit produire la France ?
 
Pierre Barros sénateur communiste: 
Le jour d’après la reconnaissance, il faut faire en sorte que l’État de Palestine puisse disposer d’une administration avec des cadres compétents. Cela va être un combat, car Israël va entraver la possibilité d’un État de Palestine de fonctionner normalement. Il va y avoir besoin d’un appui de l’ONU, de partenaires économiques, d’investissements. Il va falloir irriguer économiquement le territoire pour qu’il soit libéré de l’emprise du gouvernement israélien.
 
Faut-il sanctionner Israël pour faire pression sur lui ?
 
Malheureusement, on voit bien que rien ne bouge sans qu’il y ait, à un moment donné, une contrainte. Il faudra des sanctions pour qu’Israël se plie au droit international, comme il y en a eu après l’agression russe contre l’Ukraine. Il faut des sanctions, mais il ne faudra pas manier le seul bâton.
Je pense qu’il y a un vrai travail à faire sur la question de l’empathie. Les gens doivent être reconnus pour ce qu’ils sont et il faut tenir compte de l’histoire d’Israël, des citoyens d’Israël, la manière dont cette population a été martyrisée, chassée de partout à un moment de son histoire. Cela ne peut être balayé d’un revers de main. Mais en ce moment, on assiste à un repli et les premières victimes sont les Palestiniens, qui sont chassés.
 
Qu’avez-vous appris au contact des communautés chrétiennes ?
 
Pierre Barros sénateur communiste: 
 
Nous avons rencontré des communautés religieuses. Leurs établissements vivent autour de lieux de culte et de pèlerinage. Ils étaient très fréquentés. Il n’y a plus personne et ce n’est pas sans conséquence. Tout un modèle économique existe autour du pèlerinage.
Or, les congrégations finançaient des écoles, des hôpitaux, des orphelinats, des centres sociaux. Elles permettaient un accès aux droits dans les territoires palestiniens. Tout ce réseau est en difficulté. Nous avons visité une congrégation dont le terrain a été coupé en deux pour y placer un mur.
Certaines voient leur eau, leur électricité coupée. Les membres des congrégations font face aux check-points, sont mis à nu pour être fouillés. Parfois on leur crache dessus. Les chrétiens, pour certains venus de l’étranger, nous disent vivre ce que vivent les Palestiniens en matière de privations.
 
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20 septembre 2025 6 20 /09 /septembre /2025 06:02
Palestine: Reconnaissance aujourd'hui, justice demain - Tribune de l'AJPF lancée par Charlotte Blandiot Faride et Philippe Rio: signez-la!
Palestine: Reconnaissance aujourd'hui, justice demain - Tribune de l'AJPF lancée par Charlotte Blandiot Faride et Philippe Rio: signez-la!

Voici une tribune lancée par Philippe Rio président de la coopérative des élus communistes et républicains, maire de Grigny, et Charlotte Blandiot-Faride, présidente de l'AJPF et maire de Mitry-Mory, au côté de nombreux collègues élu.e.s dont Jean-Paul Vermot, Patrick Gambache, Ismaël Dupont à Morlaix  :

"Palestine : reconnaissance aujourd'hui, justice demain".

 

Appel à signature d’une tribune sur la reconnaissance de la Palestine
 
Mardi 16 septembre 2025
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17 septembre 2025 3 17 /09 /septembre /2025 12:49
« Le génocide à Gaza n’est pas celui de Netanyahou, c’est notre génocide à tous » : récit d'une défaite morale par Nadav Lapid - interview dans L'Humanité du 11 septembre 2025
« Le génocide à Gaza n’est pas celui de Netanyahou, c’est notre génocide à tous » : récit d'une défaite morale par Nadav Lapid

Israélien exilé à Paris, Nadav Lapid décrit, dans le sidérant « Oui », la défaite morale de la société israélienne à l’heure du génocide à Gaza. Il présentais le film à la Fête de l’Humanité ce dimanche.

Propos recueillis par Samuel Gleyze-Esteban

11 septembre 2025 - L'Humanité 

Il y a des plans dans Oui où Nadav Lapid brouille la façade des immeubles de Tel-Aviv du bout d’une caméra au poing tremblante. D’autres à l’arrière-plan duquel apparaît le paysage de Gaza en fumée.

Rarement donc aura-t-on vu film aussi contrarié que celui-ci, tourné en Israël au beau milieu d’un génocide, par un exilé revenu agacer son pays comme le retour du refoulé.

Oui est une fiction délirante, exubérante, où une tête peut soudain se transformer en écran, mais c’est aussi un instantané crucial de la société israélienne d’aujourd’hui, saisie de l’intérieur dans son déni, son obsession de vengeance, son aveuglement volontaire.

« Tu es face à un soleil du mal », raconte le réalisateur, tout juste cinquante ans, dans un français qu’il a perfectionné depuis les quelques années qu’il est installé à Paris. « Et tu te demandes : quelle est la place du cinéma ? ».

En Israël, le film n’a pas encore trouvé de distributeur, mais il a été montré au festival de Jérusalem. Comment a-t-il été accueilli ?

Nadav Lapid

Réalisateur

Avant la projection au festival de Jérusalem, deux ministres avaient sommé le festival de déprogrammer le film en disant qu’il méprisait la souffrance des Israéliens et qu’il était au service du Hamas. Il y a quelques jours, la ministre de la Culture s’est jointe à eux en affirmant qu’elle était offusquée par le film et que les Israéliens ne voulaient pas voir cela.

Pendant la projection à Jérusalem, quelques personnes ont crié au scandale, et au cours du débat qui a suivi, un couple a demandé au gardien à l’entrée de m’arrêter. Malgré cela, cette projection a été un moment incroyable. Je lis beaucoup d’articles qui qualifient le film de « brûlot », de « parodie » ou de « satire », etc., mais je pense que pour les Israéliens, c’est du néoréalisme. Quand ils voient le film, ils savent qu’il n’y a pas un millimètre de distance entre eux et ce qu’il y a sur l’écran. C’est extrêmement fort.

Avez-vous l’espoir que cela puisse changer les mentalités ?

J’espère le film va suffisamment secouer les âmes pour faire jaillir quelque chose du refoulé. La société israélienne est profondément malade, et le fait que le monde ne sanctionne pas Israël, que le pays profite d’une telle impunité est une chose affreuse, tout d’abord pour ceux qui en souffrent, les Gazaouis, mais aussi pour les Israéliens, encouragés à cultiver une perversité et une vision complètement tordue de la réalité, dans laquelle ils sont les victimes et seule leur souffrance compte.

Le problème en Israël, ce n’est pas Netanyahou, ce sont les Israéliens. Et Netanyahou est juste un symptôme, si ce n’est pas lui, ce sera un autre. Mais je suis cinéaste, pas médecin…

Ce qu’il se joue à Gaza est aussi un conflit d’images. D’un côté, il y a des images de corps démembrés qui sont accusées d’être des montages, et de l’autre, les visualisations comme celle de la Trump Riviera, pures spéculations dont les promoteurs espèrent qu’elles deviennent vraies. Le film met aussi en scène cette tension : on y voit par exemple un immeuble jaillir du sol comme un champignon au gré d’un effet spécial ostentatoire.

Oui n’est pas une enquête sur la réalité, mais plutôt une enquête sur des âmes individuelles dans un collectif qui est le peuple. Plus que jamais, on crée des mythologies et des légendes qui, en retour, façonnent notre monde. Je pense que 99,9 % des Israéliens sont convaincus que le 7 octobre, les hommes du Hamas ont éventré une femme enceinte, ont pris le fœtus et l’ont jeté à la poubelle.

Même si beaucoup de journaux qui ont enquêté se sont rendu compte qu’il s’agissait d’images d’un cartel mexicain, cela ne change rien : aujourd’hui, pour les Israéliens, ce sont des éventreurs de femmes enceintes que l’on est en train de massacrer à Gaza. Nous sommes dans un moment où la fiction domine, mais paradoxalement, la fiction a perdu puisqu’elle est systématiquement prise pour un document.

Était-il difficile de monter une équipe en Israël ?

Ça s’est avéré très compliqué. Beaucoup de techniciens ont refusé de travailler sur ce projet. Cela ne m’était jamais arrivé, mais là, c’était un phénomène massif. Cela ne veut pas dire que ceux qui ont accepté étaient tous d’accord politiquement avec le film.

Le père du chef électricien avec qui je travaille depuis longtemps, un homme de 80 ans qui manifestait toujours contre ce qui se passait à Gaza, a été kidnappé et tué en octobre. Son frère et la copine de son frère ont été tués. Il y avait des membres de l’équipe dont les enfants étaient soldats à Gaza. Tous n’étaient pas forcément en accord politique avec le film, mais tous étaient en accord avec le caractère crucial du cinéma à ce moment-là.

À un moment du film, vous décidez de filmer Gaza sous les bombes…

Il était évident que le film porterait sur l’aveuglement, sur le fait de voir ou ne pas voir, et la vue de Gaza fonctionnait à ce titre comme une sorte de force magnétique. Nous avons filmé Gaza depuis une colline surnommée « la colline de l’amour », où les soldats ont l’habitude de se rendre pour faire l’amour avec leurs copines, à 600 mètres de la frontière — c’est macabre, mais c’est vrai.

Cet emplacement donnait vraiment ce sentiment de voir Gaza sans y être présent. Comme il s’agit d’une zone militaire interdite, nous y sommes montés façon guérilla, sans autorisation, avec l’équipe la plus réduite possible. Au bout de trois minutes, mon assistant, resté en bas, m’appelle pour m’annoncer que l’armée est arrivée.

C’est la scène la plus importante, je me dis que le film est foutu. Puis trente, quarante minutes passent. Je le rappelle, et il me dit : « tu ne vas pas y croire ». Il s’est avéré que l’officier était un mec de vingt ans passionné de cinéma. Quand l’équipe lui a dit que nous tournions un film, il a commencé à poser plein de questions.

À un moment, il a posé la plus grande question du cinéma : « comment sait-on où il faut poser la caméra ? » Celle que se posaient les jeunes Rivette et Godard en 1958. Tous les collègues qui étaient présents ont commencé à donner leur avis. Un policier est arrivé, mais le soldat lui a dit de partir, et nous a laissés continuer. C’est un mec qui a tué beaucoup de gens. Je me demande si un jour il deviendra réalisateur.


En restant de ce côté de la frontière, vous assumez de filmer le mal de l’intérieur. De l’autre côté, des films comme « From ground zero » de Rashid Masharawi, compilation de courts-métrages réalisés par des Gazaouis sous les bombes, montrent un autre point de vue. Vous l’avez vu ?

Je n’ai pas vu le film de Rashid Masharawi, mais j’espère qu’il existera 50 millions de films faits par des Palestiniens, par des Gazaouis, qui raconteront ce qui s’est passé dans toutes les formes qu’ils choisiront. Moi, je suis Israélien, et je ne peux que faire des films de l’autre côté.

J’ai toujours rêvé d’un film qui n’existe pas, le film d’un Fritz Lang qui serait retourné en Allemagne en 1941 et qui aurait tourné à Berlin, à Munich, chez les faiseurs du mal. Si Lang avait filmé une famille à Munich à l’époque, cela aurait d’emblée généré une ambiguïté.

Filmer un couple à Tel Aviv au milieu de la guerre à Gaza est aussi un acte ambigu. La question que les gens doivent se poser, c’est de savoir si des films pareils doivent exister ou non. Mais s’ils existent, l’ambiguïté ontologique existera. Dès le moment où tu mets ta caméra à Tel Aviv et que tu commences à filmer quelque chose, le cinéma subvertit d’une certaine manière les propos trop clairs, et je pense que c’est pour le mieux. C’est pour cela qu’il a été inventé. Je ne parle pas de relativisme moral, mais d’une épaisseur que le cinéma peut amener.

« Oui » a été financé à 10 % par le Fonds du cinéma israélien (Israel Film Fund). Que représente ce fonds ?

En Israël, il y a deux fonds dédiés au cinéma : le Fonds du cinéma israélien et la fondation Rabinovitch. La fondation Rabinovitch a financé mes trois premiers longs métrages, mais s’est ensuite beaucoup rapprochée du régime. Ils ont fini par poser dans leurs contrats toutes sortes d’obligations politiques : que les films ne mettent pas en doute l’existence d’Israël, qu’ils ne méprisent pas l’hymne… Ils n’auraient jamais financé Oui.

L’autre fonds est un fonds indépendant dirigé par l’ancienne directrice du festival du Jérusalem, Noa Regev, une femme courageuse, qui ne travaille pas pour le gouvernement et qui a décidé, avec trois autres personnes, que notre film devait être réalisé. En cela, le Fonds du cinéma israélien était beaucoup plus courageux que Canal +, par exemple. Ces gens, et surtout cette femme, ont pris un très grand risque en finançant le film, et peut-être qu’ils paieront pour cela.

Quel regard portez-vous sur les dernières manifestations en Israël ?

Il faut le dire clairement : le mouvement anti-guerre en Israël n’existe pas, c’est une légende. Il y a un grand débat au sein de la société israélienne par rapport à la question des otages, qui a évidemment sa place, il y a des pour et contre Netanyahou, mais il n’y a pas de mouvement anti-guerre.

La vie en Israël se déroule normalement, les étudiants font leur service de réserve puis retournent à l’université pour étudier la philosophie de la morale alors que le pays commet un génocide. Au-delà même de ce que le pays est en train de commettre, cette absence d’opposition, le fait qu’il n’y ait pas de grève d’étudiants, que les hôpitaux continuent de fonctionner alors qu’à Gaza il n’y a même plus d’hôpitaux, c’est ça la plus grande souillure sur la société israélienne.

En Israël, il existe un principe très profond selon lequel le sang des Israéliens vaut mille fois plus que celui des autres. L’état des choses est tel, et c’est affreux. Paradoxalement, Israël, pour des Juifs, reste une démocratie. De ce point de vue, il vaut mieux vivre à Tel Aviv qu’à Téhéran. Mais il y a une conséquence à cela : le génocide à Gaza n’est pas le génocide de Netanyahou, c’est notre génocide à tous.

Cette maladie morale dont vous parlez, pensez-vous que l’on puisse en guérir ?

J’ai longtemps misé sur la pression internationale, parce que le mal est trop profond pour être guéri de l’intérieur. Alors, lorsque je vois une réunion de chefs d’État européens incapables d’infliger la moindre sanction sur Israël, je me demande : quelqu’un comme Macron n’a-t-il pas peur d’être jugé par l’histoire comme un collaborateur du génocide à Gaza ? Ne comprend-il pas que la responsabilité est sur ses épaules ?

Je n’aime pas sentir le surplomb moral du reste du monde vis-à-vis des Israéliens. En fait, je ne crois pas que les Israéliens sont fondamentalement mauvais. Aujourd’hui, ils sont en train de commettre le pire, mais hier, c’étaient les Français qui faisaient le pire en Algérie. Et la France est désormais complice de ce qui est en train de se passer à Gaza.

Pour ce qui est du cinéma, toute la Nouvelle Vague a été créée pendant la guerre d’Algérie, mais est-ce que cela veut dire que Truffaut, lorsqu’il a fait Les 400 Coups, était un narcissique qui ignorait les atrocités commises par ses compatriotes ? En tant qu’Israélien, je ne supporte pas l’idée de devoir surmonter un test de moralité affligé de la part des spectateurs français, par exemple, pour leur prouver que je suis OK. Je ne sens pas de dette morale envers les Français. Je ne leur dois rien, sauf faire un bon film.

Oui de Nadav Lapid, France, Allemagne, Israël, Chypre, 2 h 30.

Avant-première le 14 septembre à 18 heures à l’espace Jack Ralite de la Fête de l’Humanité

« Le génocide à Gaza n’est pas celui de Netanyahou, c’est notre génocide à tous » : récit d'une défaite morale par Nadav Lapid - interview dans L'Humanité du 11 septembre 2025
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17 septembre 2025 3 17 /09 /septembre /2025 12:44
L’offensive d’Israël sur Gaza-ville, un génocide couvert par les États-Unis - Pierre Barbancey, L'Humanité, 17 septembre 2025

L’armée israélienne a lancé une opération terrestre contre la principale agglomération du territoire palestinien. Pendant ce temps, le secrétaire d’État américain, Marco Rubio, est allé rassurer le Qatar, tout en parlant d’une fenêtre de négociation qui pourrait se refermer très rapidement.

Pierre Barbancey L'Humanité, 17 septembre 

Timing parfait pour Benyamin Netanyahou et Marco Rubio. Le secrétaire d’État états-unien s’était déplacé pour assurer le premier ministre israélien du plein et entier soutien de Donald Trump, quoi qu’Israël fasse, quoi qu’en disent les peuples du monde entier.

Marco Rubio en a profité pour se rendre au Qatar, pays bombardé par Israël la semaine dernière, histoire de minimiser les dégâts. « En fait, nous avons un accord de coopération renforcée en matière de défense, sur lequel nous travaillons et que nous sommes sur le point de finaliser », a-t-il révélé.

L’ONU accuse Israël de commettre un génocide

Un quasi-signal pour le gouvernement d’extrême droite israélien, dont l’armée a lancé, mardi à l’aube, une offensive terrestre majeure, au mépris de la présence de centaines de milliers de civils encore sur place. « Ce qui se passe est très dur, nous a fait savoir la correspondante particulière de l’Humanité sur place, la journaliste palestinienne Maha Hussaini. Maintenant, les Israéliens utilisent des robots chargés d’explosifs non loin de l’endroit où je me trouve. La situation est vraiment très terrifiante. »

Un témoignage recueilli en milieu de matinée, juste avant que ne cesse tout contact avec elle. Cette offensive provoquera « plus de destructions, plus de morts et de déplacements » de la population, a déploré un porte-parole de l’Union européenne. Mais pour les habitants de Gaza, ces lamentations ne changent rien et la mort continue de s’abattre sur eux.

Le même jour que le déclenchement de cette attaque, et pour la première fois, une commission d’enquête internationale mandatée par l’ONU a accusé Israël de commettre un « génocide » à Gaza depuis octobre 2023 avec l’intention de « détruire » les Palestiniens.

 

Les enquêteurs mettent en cause Benyamin Netanyahou ainsi que d’autres dirigeants. « La responsabilité incombe à l’État d’Israël », a souligné la présidente de cette commission, Navi Pillay. Cette juriste sud-africaine fut présidente du Tribunal pénal international pour le Rwanda et juge à la Cour pénale internationale.

« La communauté internationale ne peut rester silencieuse face à la campagne génocidaire lancée par Israël contre le peuple palestinien à Gaza. Lorsque des signes et des preuves manifestes de génocide apparaissent, l’absence d’action pour y mettre fin équivaut à une complicité », a-t-elle indiqué.

Les États-Unis et Israël continuent pourtant à manœuvrer, car leurs intérêts politiques et économiques – qui se rejoignent sur bien des points – nécessitent cette séquence génocidaire, mais également la mise au pas de toute opposition régionale et mondiale.

D’où le déplacement de Marco Rubio au Qatar où, la veille, se tenait une réunion extraordinaire convoquée par la Ligue arabe et l’Organisation de la conférence islamique (OCI). Une rencontre exceptionnelle, mais qui ne devrait pas avoir beaucoup de conséquences.

Certains de ces pays sont les principaux exportateurs de gaz et de pétrole, et pourtant ils ne prennent aucune décision concrète pour aider le peuple palestinien. Ils appellent à « revoir » les liens diplomatiques avec Israël, mais ne mentionnent pas ès qualités les accords d’Abraham. Ceux-ci, voulus par les États-Unis, gravent dans le marbre la normalisation des relations entre les pays arabes et Israël.

Les Émirats arabes unis et Bahreïn les ont déjà adoptés. L’enjeu est maintenant l’Arabie saoudite. La marge est donc réduite pour les pétromonarchies qui doivent apparaître, au moins sur le papier, comme des soutiens au peuple palestinien.

Aucune sanction et aucun cessez-le-feu

Washington le sait bien, qui a besoin de conserver le Qatar comme médiateur dans des négociations, au même titre que l’Égypte. Doha et Le Caire sont bien incapables de tenir tête au géant états-unien. D’ailleurs, les termes mêmes de ces discussions montrent à quel point elles sont instrumentalisées pour permettre la poursuite de la guerre et rejeter la faute sur la partie palestinienne.

« Les Israéliens ont commencé à mener des opérations là-bas (Gaza-ville). Nous pensons que nous avons une petite fenêtre pour qu’un accord (de cessez-le-feu) puisse être conclu » avec le Hamas, a affirmé Marco Rubio, en évoquant « probablement quelques jours et peut-être quelques semaines ».

Le temps de continuer les massacres. « Gaza brûle », s’est réjoui le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, qui se pense peut-être dans une séquence biblique. « L’armée frappe d’une main de fer les infrastructures terroristes, et les soldats de l’armée se battent vaillamment pour créer les conditions nécessaires à la libération des otages et à la défaite du Hamas », a-t-il lancé. Seule l’arme des sanctions politiques, économiques et financières peut maintenant arrêter ce génocide.

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10 septembre 2025 3 10 /09 /septembre /2025 14:34
La Palestine à l'honneur de la fête de l'Humanité 2025 - Voir le programme des débats
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6 septembre 2025 6 06 /09 /septembre /2025 14:53
« LE SIONISME EST UNE IDÉOLOGIE BASÉE SUR LE SUPRÉMACISME ET LE RACISME » : RENCONTRE AVEC OFER CASSIF, DÉPUTÉ COMMUNISTE ISRAÉLIEN, interview avec Pierre Barbancey dans L'Humanité
 
« LE SIONISME EST UNE IDÉOLOGIE BASÉE SUR LE SUPRÉMACISME ET LE RACISME » : RENCONTRE AVEC OFER CASSIF, DÉPUTÉ COMMUNISTE ISRAÉLIEN
 
Député israélien communiste et juif, Ofer Cassif est la bête noire de l’extrême droite. S’il est attaché à l’existence de son pays, il dénonce la politique génocidaire et d’apartheid menée par Benyamin Netanyahou et ses alliés.
 
Pierre Barbancey
 
En mars 2019, la commission électorale centrale israélienne interdit à Ofer Cassif de se présenter au scrutin parlementaire, prévu un mois plus tard, en raison de déclarations jugées provocantes. C’est la première exclusion individuelle en politique en Israël. Une décision annulée par la Cour suprême. Ofer Cassif, qui se trouve en 5e position sur la liste conjointe Hadash-Ta’al, est élu pour la première fois député en avril 2019.
 
Juif et communiste, il met son savoir et son talent au service de la lutte contre l’occupation et la colonisation des territoires palestiniens et pour un Israël non sioniste. Il dérange. En avril 2021, il est violemment frappé par des policiers israéliens. Il a condamné l’attaque du Hamas le 7 octobre 2023 mais dénonce la politique génocidaire du gouvernement Netanyahou. Pour cela, il a été suspendu à plusieurs reprises de son mandat de député. Ofer Cassif sera à la Fête de l’Humanité.
 
Comment s’est passée votre jeunesse en Israël ?
Je suis né en 1964 dans une ville appelée Rishon, pas très loin de Tel-Aviv. J’ai grandi dans une famille de la classe moyenne. Mes grands-parents et mes parents étaient alors associés aux idées du parti travailliste sioniste. J’ai suivi un enseignement classique, ou plutôt, un lavage de cerveau classique, rien de vraiment spécial. J’ai commencé à m’intéresser à la politique très jeune.
Vers 15 ans, j’ai rejoint un mouvement de jeunesse associé à la gauche sioniste, Hashomer Hatzair. J’ai aussi, pendant un temps, adhéré au mouvement de jeunesse d’un parti plus à gauche, en marge de la gauche sioniste. Vers 18 ans, j’ai fait mon service militaire, dans une unité qui combinait combat et travail dans un kibboutz.
J’ai servi un peu plus de trois ans. Tout au long de mon service, mes opinions ont commencé à s’orienter vers la gauche. À mon arrivée à l’université, au début de la première Intifada, en 1988, je devais aller comme réserviste à Gaza, mais j’ai refusé. J’ai ainsi été le premier soldat emprisonné pour avoir refusé de servir.
 
Pourquoi avoir refusé de servir ?
Je développais des positions antisionistes et des opinions socialistes plus radicales alors que l’Intifada avait éclaté. Je ne voulais pas participer à l’oppression d’un tel mouvement, que je considérais comme juste. Ce qui m’a poussé à prendre cette décision, qui n’a pas été facile. Heureusement, des centaines de jeunes ont suivi et refusé de servir dans les territoires palestiniens occupés. Ce n’est qu’après avoir été libéré que j’ai rejoint le Parti communiste israélien (PCI). Je suis devenu l’assistant, à la Knesset, de Meir Vilner, alors secrétaire général de l’organisation.
 
Quelles étaient vos principales critiques envers le sionisme ?
J’ai compris qu’il existait une contradiction interne entre les tentatives de créer à la fois un État juif et un État démocratique, ce qui allait à l’encontre de tout ce qu’on m’avait appris dans mon enfance et mon adolescence. Mes opinions sont devenues plus indépendantes. J’ai analysé l’histoire du pays, l’histoire palestinienne, l’histoire sioniste. À l’université, je me suis intéressé à la philosophie politique et morale. C’est là que sont nées mes idées antisionistes. J’en suis arrivé à la conclusion que je devais choisir entre le sionisme et la démocratie, entre l’humanisme et le nationalisme fanatique. J’ai fait ce choix.
 
Où réside la contradiction entre démocratie et sionisme ?
En ce qui me concerne, au quotidien, je ne ressentais aucune contradiction. C’était un lavage de cerveau réussi, que subissent la plupart des jeunes en Israël, jamais exposés à leurs contradictions. Ayant grandi près de Tel-Aviv, je n’ai jamais été exposé systématiquement aux Palestiniens avant l’âge de 15 ou 17 ans. Mais à mon arrivée à l’université, je me suis trouvé confronté à mes camarades et amis palestiniens.
J’ai participé à des manifestations contre l’occupation dans les territoires occupés. J’ai donc été exposé bien plus qu’auparavant aux crimes et aux maux de l’occupation, à l’attitude sioniste envers les citoyens palestiniens. L’inégalité est inhérente au système et à l’idéologie sionistes. Cela faisait partie intégrante de l’expérience que j’ai commencé à vivre, parallèlement aux opinions que j’ai adoptées.
 
Israël est-il voué à rester un régime sioniste ou peut-il exister sans le sionisme ?
Le Parti communiste et le Hadash soutiennent la solution à deux États et donc la création d’un État palestinien indépendant dans les territoires occupés par Israël depuis juin 1967, c’est-à-dire la bande de Gaza, la Cisjordanie et Jérusalem-Est. Une partie de notre idéologie, de notre politique et de notre combat consiste à transformer la société israélienne, à en faire une véritable démocratie, fondée sur une égalité totale, civique, politique, sociale et nationale.
Ce qui signifie que nous rejetons catégoriquement toute suprématie et donc évidemment la suprématie juive, ancrée dans le système. Il n’y a donc aucune contradiction entre l’existence de deux États, le soutien à cette solution et la démocratisation de l’État d’Israël.
Nous luttons contre l’occupation parce qu’elle est contraire à toute notion d’équité fondamentale, mais aussi aux intérêts de l’État d’Israël et des Israéliens. En ce sens, la solution à deux États est, à notre avis, la plus juste et la plus réaliste. Nous luttons pour la libération du peuple palestinien, car il a droit à son propre État et à sa liberté. Parallèlement, nous soutenons le droit d’Israël à exister en tant qu’État souverain. Mais il ne peut être un bon État s’il s’accroche aux inégalités, à l’oppression et à la discrimination.
 
Comment ressentez-vous l’évolution de la société israélienne depuis votre engagement en politique ?
Malheureusement, j’ai été témoin d’une terrible détérioration de la société israélienne. Israël n’a jamais été une véritable démocratie, et ce dès le départ, car il a institutionnalisé la suprématie juive, qui ne peut coexister ni avec la démocratie, ni avec un quelconque libéralisme, sans même parler de socialisme.
Rien d’étonnant à ce que, en tant que communistes, nous nous battions depuis la Nakba, depuis la création d’Israël, pour l’égalité, y compris l’égalité nationale, contre la discrimination et le racisme profondément ancrés dans le système.
N’oublions pas que de 1948 à 1966, les mêmes citoyens palestiniens d’Israël vivaient sous un régime militaire oppressif et discriminatoire. Ce régime a été levé en 1966 et, un an plus tard, en 1967, la Cisjordanie, la bande de Gaza et Jérusalem étaient occupées. Depuis presque soixante ans, ces territoires sont sous le joug militaire israélien, un régime brutal, meurtrier et oppressif.
 
Comment avez-vous réagi aux massacres du 7 Octobre par le Hamas ?
J’étais sous le choc. Un choc émotionnel bien sûr, mais aussi rationnel et politique. Car je suis contre la violence de manière générale et plus particulièrement contre les attaques des civils innocents, ce qui était le cas. Rien ne peut justifier le massacre commis par le Hamas, pas même les crimes de la Nakba, l’occupation, etc.
En même temps, j’avais dit que rien ne pouvait justifier une attaque israélienne, pas même le massacre du 7 Octobre. Je me suis donc opposé politiquement à toute attaque contre Gaza, sans parler du génocide qui a suivi. Cela m’a valu une suspension de la Knesset pendant quarante-cinq jours.
 
En quoi est-il difficile d’être un député communiste à la Knesset après le 7 Octobre ?
C’est très difficile d’être de gauche, même sans être communiste, et c’est très difficile de soutenir la libération du peuple palestinien. Le plus difficile en Israël, c’est de s’opposer aux atrocités, aux crimes de guerre et aux crimes contre l’humanité commis par Israël, y compris à Gaza. C’est très difficile à cause du contrôle fasciste sur Israël.
Nous sommes persécutés à la Knesset. J’ai déjà été suspendu trois fois depuis le 7 Octobre, au total pendant 288 jours, soit près d’un an. La Knesset est en pause parlementaire jusqu’à fin octobre, mais j’ai déjà été informé par la commission d’éthique que je serai suspendu pour deux mois, car, encore une fois, j’utilise les termes « génocide » dans mes critiques du gouvernement et de l’armée israélienne.
Et parce que j’ai demandé à la CPI, la Cour pénale internationale, d’enquêter sur Netanyahou, d’ouvrir une procédure contre lui. Notre chef de file à la Knesset, Ayman Odeh, a également été suspendu pour quelques semaines et Aida Touma-Sliman pour deux mois, puis pour quelques jours supplémentaires. Cela montre que même si nous sommes des parlementaires bénéficiant de l’immunité, nous ne pouvons pas parler librement.
On tente de nous faire taire par des sanctions et des menaces, sans même parler de la violence à laquelle nous sommes confrontés, y compris physique, dans la rue ou lors des manifestations, de la part de la police.
 
Il existe une vaste campagne en France et en Europe qui affirme que critiquer la politique israélienne et se dire antisioniste revient à être antisémite. Que répondez-vous à cela ?
Je suis juif mais je ne suis pas aliéné par mes origines juives. Il y a un slogan que j’ai entendu dans de nombreuses manifestations de Jewish Voice for Peace, d’organisations et de mouvements juifs progressistes à travers le monde, qui dit : « l’antisémitisme est un crime, l’antisionisme est un devoir ».
Nous, au sein de Hadash et du Parti communiste, que nous soyons palestiniens ou juifs, et comme beaucoup d’autres à travers le monde, sommes contre le sionisme car c’est une idéologie basée sur le suprémacisme et le racisme, auxquels nous nous opposons comme nous nous opposons à tout racisme et à tout suprémacisme. Ce n’est pas unique. C’est notre perception universelle et humaniste. Nous devons lutter contre le racisme, l’antisémitisme et, encore une fois, contre le sionisme en tant qu’idéologie raciste.
 
L’actuel gouvernement de Netanyahou est-il une simple continuité de ce qui se passe depuis 1948 ?
Depuis la formation de ce gouvernement, il y a environ 30 mois, le déficit démocratique s’est manifestement accentué, approfondi et élargi, car ce gouvernement est véritablement fasciste et raciste, avec des éléments qui ressemblent, si l’on veut, au régime de Vichy. Le gouvernement a instrumentalisé le terrible massacre criminel du Hamas du 7 Octobre 2023 et l’a utilisé comme prétexte pour mettre en œuvre ses plans : prendre le contrôle des territoires palestiniens occupés et les annexer, institutionnaliser officiellement et concrètement un régime d’apartheid et transformer Israël en une véritable dictature fasciste.
En ce sens, surtout depuis la formation de ce gouvernement, et plus encore depuis le massacre du 7 Octobre, il n’y a aucun lien, ni même aucune ressemblance, entre les fondements de la démocratie et le régime actuel en Israël. Et cela est mis en évidence à bien des égards : le génocide à Gaza, le nettoyage ethnique en Cisjordanie, l’élimination des droits civiques fondamentaux en Israël, la persécution de quiconque s’élève contre le gouvernement ou sa politique.
Par exemple, le licenciement de professeurs ou de médecins qui critiquaient le génocide ou encore les décrets éliminant littéralement les droits et permettant au gouvernement de prendre le contrôle total des médias et même des tribunaux, etc. Si Israël n’a jamais été une démocratie, il est maintenant clairement beaucoup plus proche, si ce n’est déjà le cas, d’une véritable dictature fasciste.
 
Bezalel Smotrich, le ministre israélien de la Défense, parle d’annexion de la Cisjordanie et le génocide se poursuit dans la bande de Gaza. À quoi faut-il s’attendre ?
Contrairement à ce qui est dit, l’attaque génocidaire contre les Palestiniens de Gaza n’a rien à voir avec la sécurité d’Israël et des Israéliens. Elle n’a rien à voir avec la libération des otages, à laquelle nous tenons tous. Elle n’a même rien à voir avec une quelconque vengeance. L’invasion et la réoccupation de toute la bande de Gaza visent à poursuivre le génocide.
Israël a annoncé son intention de déporter des centaines de milliers de Palestiniens de la ville de Gaza et de ses environs, et de les concentrer, ainsi que d’autres, dans une toute petite partie de la bande. Si la communauté internationale n’y met pas un terme, des milliers de civils palestiniens innocents seront tués par les bombes et la famine, les otages israéliens ainsi que des soldats perdront la vie.
Mais Netanyahou ne se soucie que de lui-même. C’est un psychopathe qui veut éviter la prison et pour cela il lui faut rester au pouvoir, y compris au détriment de la vie des Palestiniens et des Israéliens, au détriment même de la sécurité et de la stabilité de toute la région. Malheureusement, ceux qui détiennent le pouvoir au sein de la coalition et du gouvernement aux côtés de Netanyahou sont principalement des messianiques, des fanatiques, des fascistes et des racistes. Nous devons faire tout ce qui est en notre pouvoir pour arrêter cela et nous avons besoin de la communauté internationale.
 
Emmanuel Macron a annoncé qu’il reconnaîtrait un État de Palestine lors de la prochaine Assemblée générale de l’ONU, en septembre. Est-ce positif ?
Toute reconnaissance est la bienvenue. Mais nous avons besoin d’actions concrètes, pas de paroles. Cela veut dire qu’il faut prendre des sanctions contre Israël. La reconnaissance ne doit pas devenir une sorte de monnaie d’échange diplomatique avec Israël, mais une véritable politique visant à instaurer la paix et, pour cela, il faut mettre fin à la colonisation et à l’occupation.
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25 août 2025 1 25 /08 /août /2025 06:34
A Gaza, la famine officiellement déclarée par l'ONU- Ouest-France, 23 août 2025
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21 août 2025 4 21 /08 /août /2025 06:58
Samedi 23 août, 11h place de la Liberté à Brest: Stop au génocide à Gaza, stop à la famine, stop au blocus (collectif pour une paix juste et durable au Proche Orient).
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