Faute. Le sociologue Michel Wieviorka pense la même chose:«Le déséquilibre est grand, dans ce texte, entre sa charge anti-islamiste, vite antimusulmans, et ce qui y est dit, sans s’y arrêter, des autres expressions de la haine des juifs.» Il suffit de tourner notre regard ailleurs pour savoir que le renouveau du phénomène antisémite ne doit pas grand-chose à une présence musulmane mais tout aux nationalismes ambiants: Pologne, Hongrie, Autriche, etc. Dans un domaine ultrasensible, ne pas maîtriser son langage et opter pour l’outrance, les yeux parfois rivés sur le FN, relève de la faute morale et d’un manquement grave à l’Histoire. Se laver les mains à bon compte sur le dos des musulmans pour effacer le vieil antisémitisme «à la française», dans un pays où Fifille-là-voilà participa au second tour de la présidentielle, relève d’une stratégie indigne. D’ailleurs, que signifie cette volonté acharnée de promotionner des textes de penseurs«polémiques», selon le mot des éditions Gallimard, à propos des écrits antisémites de Céline, alors que, dans le même temps, nombre d’intellectuels vantent une certaine réhabilitation de Maurras, de Rebatet, de Speer et de quelques autres? Comme le clame Claude Askolovitch: «Je suis, républicain, perplexe quand tant de personnages pétitionnent, dans des mots qui n’auront jamais aucune influence sur la haine qui ravage la société, des mots qui voudraient, par force, arracher quelque nouvelle loi, quelque nouvel oukaze, pour faire de “nos concitoyens musulmans” des Français malheureux, dont chacun se méfiera, qui se méfieront de tous. Ce sera une tragédie de notre société, qu’aura justifiée le besoin de me défendre, moi juif, moi prétexte.» Rien à ajouter.
Patrick Le Hyaric, député européen (GUE-GVN) et directeur du journal L'Humanité, participe au café de la convergence des luttes sociales organisé, ce samedi, à la Pépinière d'entreprises.
Trois questions à...
Comment va s'organiser ce café ?
Nous sommes dans une période d'effervescence sociale, de mal-être pour les gens. Depuis les révoltes qu'il y a eues dans la région, ça ne s'est pas amélioré. Les choix politiques que fait le président de la République, et les institutions européennes ne contribuent pas du tout à améliorer le sort des habitants. C'est une région aujourd'hui où le pouvoir d'achat n'est pas très élevé. Les retraités sont en difficulté. Les collectivités territoriales auraient elles-mêmes des besoins pour se développer. Nous avons besoin de services publics mais il n'y a d'investissements. C'est tout ça le débat.
Que représente Carhaix dans les luttes actuelles ?
C'est une ville et une circonscription intéressante à tout point de vue. C'est un lieu qui concentre à la fois des actions pour les maintiens et améliorations des services publics ; sur les enjeux autour du développement agroalimentaire et du modèle agricole. Et la situation du Centre-Bretagne en général qui mériterait d'être prise en considération autrement que la façon dont elle est prise aujourd'hui. C'est un peu le parent pauvre de toutes les politiques nationales.
Ces contestations prennent-elles comme elles le devraient, auprès de la population ?
Je crois que ça ne se pose pas tout à fait comme ça. Il y a ce qu'on voit du mouvement social, qui est très important, qui touche une multitude de métiers. Et il y a ce qu'on voit moins. Il y a beaucoup de gens qui ne peuvent pas être en semaine dans des mouvements sociaux parce que, bien souvent, leur pouvoir d'achat les en empêche. Mais ceux qu'on ne voit pas dans l'action ne sont pas moins en colère. Il y a une convergence des colères. Le fait de ne pas y répondre ou de le mépriser va conduire à des déboires extrêmement lourds pour le pouvoir.
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