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18 février 2019 1 18 /02 /février /2019 06:36

 

Alors que les débats, avec ou sans Macron en bras de chemise, ont tendance à occulter les préoccupations essentielles des Français, une analyse l’INSEE confirme que la TVA, cet impôt indirect qui ne tient aucun compte du niveau de vie, coûte en proportion beaucoup plus cher au ménages pauvres qu’aux plus aisés qui gardent la possibilité d’épargner.

Le « Figaro magazine » du week-end a donné la parole à ses lecteurs histoire de publier une partie de ce qu’ils ont à dire dans le cadre du débat national mis en route par le président de la République et le gouvernement pour tenter de désamorcer le mouvement revendicatif initié par les « Gilets jaunes ». De nombreux lecteurs de ce journal, propriété de la famille Dassault, veulent que tous les foyers paient l’impôt sur le revenu quels que soient leur niveau de ressources, le tout au nom de la justice. Voilà qui montre comment des prises de positions plus aberrantes les unes que les autres peuvent surgir ici ou là dans le cadre de ce débat national qui doit durer jusqu’à la mi-mars.

Dans une note au style rédactionnel rebutant, l’Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE) publie une analyse ainsi titrée : « A moyen terme, une hausse de la TVA augmente légèrement les inégalités de niveau de vie et la pauvreté ».Cette note a toutefois le mérite de préciser que , contrairement à l’impôt sur le revenu (IR) acquitté seulement par 45% des foyers fiscaux , la TVA est payée par l’ensemble de la population résidant en France et les touristes étrangers. Elle représente 16% des prélèvements obligatoires contre 7% pour l’impôt sur le revenu ».

 

Les 10% des personnes les plus modestes dépensent 12% de leurs dans la TVA

L ’ Institut précise ensuite que « la part de la TVA acquittée dépend du niveau de vie : les 10% des personnes les plus modestes consacrent 12% de leur revenu disponible contre 5% pour les 10% les plus aisées, principalement en raison d’un taux d’épargne plus faible que celui des plus aisées. Ainsi, une hausse de la TVA, touchant la majorité des produits- en particulier ceux imposés au taux normal qui représentent environ 60% des dépenses de consommation taxées- a pour effet direct de court terme d’augmenter la pauvreté et les inégalités ». C’est avant tout ce qu’ont ressenti les hommes et les femmes qui ont occupé les ronds-points après la hausse des taxes sur les carburants annoncée pour le début de cette année 2019.

La note de l’INSEE nous dit aussi que « la perte de niveau de vie corrigé des 10% de personnes les plus modestes est plus de deux fois plus importante que celle du reste de la population : leur niveau de vie corrigé diminue en moyenne de 1,4% en termes réels, soit environ 80 euros par unité de consommation, contre au plus 0,7% pour le reste de la population. Les personnes ayant un niveau de vie intermédiaire voient leur niveau de vie diminuer de 0,5 à 0,6%, soit environ 95 euros par unité de consommation (…) La TVA et les loyers contribuent le plus fortement à la perte du niveau de vie des 20% des plus modestes : respectivement moins 2,8 points pour les plus modestes et moins 0,3 point pour les 10% suivants. Elles représentent en effet des postes de dépenses relativement plus importants pour ces personnes ».

L’INSEE indique que globalement « une hausse de la TVA augmente très légèrement les inégalités de niveau de vie » avant d’ajouter cette précision : « Seule l’intensité de la pauvreté s’accroit davantage à moyen terme qu’à court terme, en raison de la baisse du niveau de vie des 10% les plus modestes. Pour ces personnes, l’indexation des prestations ne rattrape pas totalement la hausse de la TVA et des dépenses de loyer. Les effets sont numériquement comparables à une diminution d’environ 3% du montant forfaitaire du revenu de solidarité active(RSA)».

Macron et Philippe veulent encore appauvrir les plus pauvres 

A la lecture de ce diagnostic , il est clair que la décision prise par le président de la République et le gouvernement dirigé par Edouard Philippe de n’augmenter que de 0,3% les pensions de retraite, les allocations familiales et l’Aide personnalisée au logement (APL) en 2019 et en 2020 ne va pas seulement réduire sensiblement le pouvoir d’achat des retraités modestes , des locataires disposant de revenus faibles, des familles pauvres chez lesquelles les allocations constituent une part importante du revenu mensuel . Parce que ces ménages sont dans l’incapacité d’épargner du fait de leurs trop faibles revenus mensuels, ces maigres revenus sont amputés dans leur totalité via la TVA sur chaque achat. Pour tout citoyen épris de justice sociale, le moment est donc venu de dénoncer dans les débats à venir cette agression contre le pouvoir d’achat des plus modestes que constitue le quasi blocage des pensions de retraite , de l’APL et des allocations familiales en 2019 et en 2020.

 

 

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17 février 2019 7 17 /02 /février /2019 06:33

 

Le gaz de schiste va-t-il être le sauveur énergétique des États-Unis ? Les derniers chiffres auraient tendance à le démontrer, mais reflètent-ils la réalité ?

Gazoducs et usines de liquéfaction se multiplient un peu partout aux États-Unis. La ruée vers l’or noir schisteux est en effet en plein boom et, avec les exportations, le Mexique, le Canada, mais aussi l’Europe ou encore la Chine en sont à ce jour les bénéficiaires. Résultats : En 2017, les États-Unis sont ainsi devenus exportateurs de gaz et devraient le rester encore une dizaine d’années. Et fin 2018, ce sont les exportations de pétrole brut qui ont dépassé leurs importations, et ce, pour la première fois depuis plus de soixante ans.

Dès 2020, les États-Unis devraient être un exportateur majeur

Cette nouvelle, qui n’a rien de réjouissant d’un point de vue écologique, devrait en entraîner d’autres. Notamment celle de voir les États-Unis devenir, d’ici peu, totalement indépendants d’un point de vue énergétique. Selon les estimations de l’Energy Information Administration (EIA), dès 2020, le pays devrait même être un exportateur de premier choix et dépasser dès 2025 les productions cumulées de la Russie et de l’Arabie saoudite. L’administration américaine, pas en reste, estime même que cette courbe ascendante est encore loin d’avoir atteint son pic, fixé à 2050.

Interrogé par les Échos, Artem Abramov, analyste chez Rystad Energy, estime ainsi que « tant que les prix moyens restent au-dessus de 50 dollars le baril, la tendance positive pour la production américaine persistera », avant d’ajouter que « les réserves ne sont pas près de se tarir. Même dans les bassins les plus matures du Texas et du Dakota du Nord, environ 70 % des ressources économiquement exploitables sont encore à développer ».

Pourtant, derrière ces prévisions réjouissantes pour le président américain, chantre du charbon et des hydrocarbures non conventionnels, se cachent quelques fractures. D’après DeSmogBlog, site américain qui lutte contre la désinformation à propos du climat, les réserves de pétrole et de gaz de schiste seraient largement surestimées, ou tout au moins approximatives : « Dès 2011, le New York Times s’inquiétait déjà de la fiabilité des réserves prouvées de gaz de schiste des États-Unis. Ces réserves sont les estimations des réserves de pétrole et de gaz que les foreurs indiquent aux investisseurs qu’ils seront en mesure d’exploiter. » Or, toujours d’après le New York Times, ces réserves « prouvées », sur lesquelles les investisseurs et les sociétés pipelinières misent, pourraient potentiellement être beaucoup moins exploitables qu’il n’y paraît. Une ombre sur l’avenir soi-disant prometteur de l’industrie pétrolière et gazière américaine. Car, d’après ce site écologique, ces réserves « prouvées » non mises en valeur représenteraient en moyenne un peu plus de la moitié des réserves de pétrole des quarante sociétés de forage actives dans les bassins de gaz de schiste à l’échelle nationale.

« Les banques préfèrent fermer les yeux »

Pis, dans le bassin permien du Texas et du Nouveau-Mexique – le plus grand bassin pétrolier au monde –, cela irait même jusqu’à 47 % des réserves. Mais pourquoi dès lors tous ces petits mensonges ? DeSmogBlog a une réponse : « Les sociétés pétrolières ont de nombreuses raisons de présenter un tableau aussi merveilleux… Une fois qu’un prêt est consenti, les prêteurs sont peu enclins à demander leur retour sur investissement dans l’espoir de pouvoir être remboursés. Au lieu de s’en prendre aux entreprises pour avoir poussé leurs chiffres à la hausse, les banques préfèrent fermer les yeux. » Une bulle financière qui pourrait exploser à tout moment.

 

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17 février 2019 7 17 /02 /février /2019 06:31

 

Avec 65 500 exploitations disparues depuis dix ans, c’est l’équivalent d’une usine de 6 500 salariés qui ferme chaque année. Reportage auprès de producteurs laitiers, les plus touchés par la crise.

Dans la stabulation où subsiste encore un peu de paille, on n’entend plus le bruit métallique des cornadis qui claquent quand les chèvres y passent la tête pour attraper le fourrage que Thierry (1) leur donnait chaque jour. Depuis 2016, l’agriculteur a été contraint de vendre ses animaux, faute de pouvoir dégager un revenu suffisant de la vente du lait. « Pourtant, le lait de chèvre est payé plus cher que le lait de vache. La coopérative m’en donnait 50 centimes d’euro le litre au lieu de 30. » Ça n’a pas suffi. Les coûts de production, qui montent en flèche, ont dépassé le produit de la vente. Après s’être installé en 1996 à la suite de ses parents, c’est à contrecœur que Thierry a dû vendre ses bêtes. « J’aimais mon métier », lâche-t-il le cœur plus serré qu’il ne veut le laisser paraître. Sans forcément s’en rendre compte, noyé dans le travail quotidien rythmé par la traite deux fois par jour, les choses vont vite. Un tracteur qui tombe en panne au mauvais moment oblige à prendre une entreprise de travaux agricoles pour travailler les champs. Puis il faut bien effectuer les réparations. À 70 euros de l’heure pour faire intervenir un mécanicien d’une concession de matériel agricole, les exploitants accusent souvent le coup. Petit à petit, les factures s’accumulent sans que le prix payé après le passage du camion de la laiterie suffise. Pour beaucoup, c’est alors la spirale de l’endettement. « Les types au plus mal, comme moi, cumulent des crédits qui servent uniquement à rembourser leurs dettes », témoigne Christophe Le Monnier, dans son livre Le jour où on a vendu nos vaches (2), coécrit avec son épouse Ludivine Le Monnier. « Aujourd’hui, c’est un céréalier qui a repris les 76 hectares que j’exploitais ! » lance Thierry, qui va de ferme en chantier du bâtiment pour gagner sa vie. Son fils, qui suit des études d’agriculture, n’envisage pas de se lancer dans l’élevage.

Quelques kilomètres plus loin, dans le département voisin d’Indre-et-Loire, Jean-Paul Potier, en Gaec (groupement agricole d’exploitation en commun) avec son cousin, rentre de la stabulation. Une panne électronique a enrayé le bon fonctionnement de leur robot de traite et les vaches piétinent devant le portillon. « Le robot est fini de payer, mais il faudrait investir pour le renouveler », témoigne-t-il. Ce n’est pas ce qui arrivera.

si le lait est payé 325 euros les 1 000 litres, le compte n’y est pas

Dans quelques mois, les deux associés se préparent à arrêter leur élevage de vaches. C’est en 2005 qu’ils avaient décidé d’installer un robot de traite. Une machine mise en place au cœur de la stabulation où déambulent et s’alimentent les vaches et qui évite d’avoir à traire les ruminants matin et soir. « À cette époque, le lait était plus rentable et on avait davantage de visibilité sur l’avenir », se souvient l’agriculteur. Aujourd’hui, si le lait est payé 325 euros les 1 000 litres, le compte n’y est pas. Et ce n’est pas l’annonce du relèvement de 10 % du seuil de revente à perte qui est de nature à rassurer l’exploitant : « Qui peut croire qu’augmenter les prix du Ricard et du Nutella va permettre aux paysans d’être mieux rémunérés de leur travail ? Ce sont toujours les grandes surfaces et l’industrie qui font leurs prix. » Jean-Paul égrène les coûts de production qui ont tous augmenté. Le fioul pour faire tourner les tracteurs, les engrais, les produits phytosanitaires, « il faut y ajouter les primes de la PAC qui ont diminué de 25 % et le relèvement de certaines taxes », ajoute-t-il. Et il ne faut pas compter sur les veaux mâles vendus à l’engraissement pour venir combler la trésorerie. « Une bête de 15 jours est à peine vendue 80 euros. Quand on paye une insémination 50 euros, il y a un problème… » relève l’agriculteur, qui se souvient que les petits mâles noir et blanc étaient payés 120 euros, il n’y a encore pas si longtemps. Jean-Paul Potier a pourtant étudié les scénarios possibles : « Si on renouvelle le robot, il faut réinvestir par ailleurs. Comme notre secteur est désormais en zone vulnérable, on devrait aménager une nouvelle fosse à lisier, ainsi qu’une fumière couverte. Mais les prix payés ne nous permettent pas de nous lancer dans de tels investissements. » Et d’ajouter : « Pour les financer, il faudrait doubler la production de lait. Je suis déjà à 500 000 litres avec 50 vaches (basé sur les quotas disparus en 2015 – ndlr). Mais pour doubler la production, il faudrait deux robots, deux hangars, etc. À quelques années de la retraite, ce n’est pas sérieux de se lancer là-dedans. »

Pourtant, Jean-Paul fait partie de ceux qui se sont battus pour que le travail des éleveurs laitiers soit mieux rémunéré. En 2010, avec l’Association des producteurs de lait indépendants (Apli), il s’organise avec d’autres éleveurs de son territoire pour dénoncer l’immobilisme du syndicat majoritaire (FNSEA), dont il a claqué la porte à l’âge de 25 ans, face à la crise qui touche déjà la production laitière. « On s’est battus pour réguler le marché et pour établir un office européen du lait », se souvient Jean-Paul, qui s’est donné sans compter dans cette bataille, arpentant les routes et écumant les réunions. Aujourd’hui, l’éleveur ne regrette pas son combat, même s’il n’a pas abouti, mais n’a sa carte dans aucun syndicat agricole. À la veille de voir partir ses vaches, il compte les fermes qui en élèvent encore dans son entourage. « À Saint-Flovier, il ne restera que deux éleveurs laitiers une fois que j’aurai arrêté, alors qu’il y en avait au moins sept, il y a quinze ans. » Avant que les meuglements ne s’éloignent dans les dernières bétaillères qui emporteront son troupeau, Jean-Paul ne cache pas son ressentiment à l’égard de ce système qu’il n’a pas choisi et qui l’a contraint à prendre cette décision. Pourtant, il est persuadé que les agriculteurs peuvent être autre chose que de simples fournisseurs de matières premières. « Du minerai », même. C’est ainsi que la filière laitière perçoit le lait que les éleveurs produisent, explique Nicolas Girod, secrétaire national de la Confédération paysanne et lui-même producteur de comté dans le Jura. Il fait remarquer que, si de nombreux éleveurs disparaissent, la production totale ne diminue pas. « Elle se concentre entre les mains d’un nombre d’actifs de plus en plus petit, qui ont des exploitations de plus en plus grandes. »

« Il s’agit d’un hold-up sur la valeur ajoutée »

Sans connaître son confrère d’Indre-et-Loire, il fait ce même constat, en employant presque les mêmes mots : « Entre l’amont et l’aval, les agriculteurs font vivre beaucoup de monde autour d’eux, alors qu’eux et leur famille ont souvent du mal à se dégager un revenu. Il s’agit d’un hold-up sur la valeur ajoutée qu’ils créent. » Comme Jean-Paul Potier, qui décrit des coopératives laitières dans lesquelles les éleveurs ont perdu la main, Nicolas Girod dénonce des structures géantes qui font pression sur les prix à la production « au lieu de faire du marketing ou de chercher des débouchés ». Pour s’en sortir, il prône le modèle des fruitières de comté où il est coopérateur. Des structures à taille humaine, où le produit est valorisé sous appellation d’origine protégée (AOP) et où les volumes sont régulés : « Pour y parvenir, il faudra que la PAC soit orientée différemment. Plutôt que de faire des cahiers des charges au minimum, sous le prétexte de n’exclure personne, il faut que la PAC permette de changer les pratiques pour avoir un cahier des charges exigeant. Les consommateurs s’y retrouveraient car ils auraient des produits de qualité, et les paysans seraient fiers de fournir un produit de qualité qui soit bien rémunéré. » Mais, pour y parvenir, prévient l’agriculteur, « il faudra que les politiques arrêtent de se faire guider par les pouvoirs économiques ». Dans les fermes, si les coups sont parfois durs, on se dit toujours que « demain, il fera jour ».

(1) Le prénom a été modifié à la demande de l’intéressé. (2) Le jour où on a vendu nos vaches. Ludivine et Christophe Le Monnier. Éditions Flammarion, 300 pages, 19 euros.

 

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17 février 2019 7 17 /02 /février /2019 06:27

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16 février 2019 6 16 /02 /février /2019 06:21

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16 février 2019 6 16 /02 /février /2019 06:19

 

Mathilde Basset était infirmière en Ehpad, Anne-Sophie Pelletier est auxiliaire de vie. Toutes deux, « dégoûtées, attristées », racontent et alertent sur le sort que la société réserve aux aînés et à ceux qui prennent soin d’eux.

Elle parle de Juan les yeux embués de chagrin, encore aujourd’hui. Lorsque Anne-Sophie Pelletier fait sa connaissance, elle a quitté son poste confortable de direction d’établissements hôteliers et recommencé sa vie professionnelle pour devenir aide à domicile chez les personnes âgées. Elle devait intervenir chez Juan une heure, chaque matin. Aider au lever, préparation du petit déjeuner et ménage. La fiche de poste n’en disait pas plus. Le vieil homme vivait dans un taudis. Très vite, il lui demanda de partager avec lui son café et ses tartines et lui raconta sa vie, moitié en espagnol, moitié en français. Il avait fui la dictature de Franco. Il avait été mécanicien et travaillé dur toute sa vie. Une fois partie, elle l’imaginait seul toute la journée, dans son gros fauteuil, devant la télévision. Son état se dégradait de jour en jour. Il était grand temps de réclamer un certificat d’aggravation d’état de santé afin de financer un lit médicalisé. « J’ai dû attendre trois semaines. Juan est mort quelques jours avant. Il était mon urgence, un être humain en souffrance. Aux yeux de l’administration, un simple numéro de dossier. » Elle a de la colère dans la voix. La faute à l’État, dit-elle. Qui ne sait pas, ne veut pas mettre les moyens humains nécessaires. Et qui, au final, a abandonné Juan. Anne-Sophie Pelletier raconte cette histoire, et bien d’autres, dans un livre empli d’engagements, de colère et surtout d’humanité, « Ehpad, une honte française », sorti le 28 janvier aux éditions Plon.

La décision s’impose comme une évidence un soir, durant le dîner, après la mort de sa grand-mère tant chérie : à 43 ans, Anne-Sophie Pelletier décide de changer radicalement de métier pour se consacrer aux aînés, à domicile puis en Ehpad (établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes). « Je me suis lancée dans le grand bain, sans aucune formation, sans jamais avoir vu une personne âgée nue. » Son tout premier contrat la mènera chez Georgette, 94 ans. Elle reste à son chevet en attendant l’infirmière pour la toilette. « Elle n’enleva même pas son manteau, dit à peine bonjour, remplit la bassine et débuta la toilette. Elle déshabilla Georgette, à vrai dire sans grande délicatesse. Elle commença par lui laver le torse ; Georgette était seins nus. J’étais gênée. Son regard dans le mien, je n’osais imaginer ce qu’elle vivait. Sa pudeur était sacrifiée sur l’autel de l’efficacité, du temps à ne pas perdre », écrit Anne-Sophie Pelletier. Rentrée chez elle, elle pleure, longtemps. Elle avait compris ce matin-là que « la société refusait de prendre ses anciens en compte, elle préférait les cacher ».

Non-assistance à personne en danger

Aide à domicile puis auxiliaire de vie pour une association en Camargue, et à l’Ehpad des Opalines à Foucherans (Jura), elle prend très vite conscience de ce manque d’humanité dans la prise en charge des aînés. « Non seulement l’État ne remplit pas son devoir, mais il y a aussi non-assistance à personne en danger. Il laisse le champ libre aux associations d’aide à domicile, qui se frottent les mains devant ce juteux marché qui leur tend les bras. » Elle raconte comment Fantine a dû quitter sa chambre du jour au lendemain : la direction de l’Ehpad privé à but lucratif lui avait fait croire à un concours de tricot, sinon, elle ne serait jamais partie. Les soignants n’avaient pas été informés de cette décision. Tout avait été organisé en petit comité. « Si vous n’avez plus les moyens de payer, on vous vire, on vous place là où c’est moins cher. Ici, pas de trêve hivernale pour les expulsions ! » Anne-Sophie Pelletier tempête. « Après cette mascarade, je n’oublierai jamais que je travaille pour des actionnaires, pas pour des philanthropes. » Dans les maisons de retraite, elle est confrontée à une course permanente contre la montre. Les soignants enchaînent les chambres sans respecter le rythme des personnes. Au suivant ! Les douches ? Pas toujours le temps. Elle dénonce les « 3F » : « Figure, fesses, fauteuil. » Trois lettres qui symbolisent ce que les soignants sont contraints de faire. « Sans le vouloir, nous sommes acteurs de la régression des aînés. »

La jeune infirmière en Ehpad, Mathilde Basset, témoigne dans son livre « J’ai rendu mon uniforme », sorti le 23 janvier aux Éditions du Rocher, des mêmes cadences, insoutenables, dangereuses souvent. « Lorsqu’on est seule pour quatre-vingt-dix-neuf résidents, on a à peine cinq minutes à consacrer par personne. On en devient délétère. Quand on doit surveiller une femme qui est en train de faire un œdème aigu du poumon et qu’en même temps on distribue les médicaments sans regarder la prescription car il faut gagner du temps, on peut faire des bêtises… » Dans son ouvrage, elle raconte les difficultés d’une profession à bout de forces, des équipes en sous-effectif chronique dont la formation ne correspond pas à la réalité de leur quotidien, entre distribution de pilules et soins à la chaîne, avec le sentiment, tenace, de bâcler le travail et de totalement négliger la relation humaine.

La 400e fortune de france

Fraîchement sortie de sa formation, Mathilde Basset se voit peu à peu devenir « stressée, stressante et maltraitante ». Elle fulmine. « Expliquer qu’il faut soigner toujours plus de personnes avec de moins en moins de moyens, cela se nomme des injonctions contradictoires. C’est juste pas possible ! » Elle porte le douloureux souvenir de ces résidents, réveillés dès 7 heures le matin parce qu’il y en a dix-sept autres à voir derrière. « On adapte le résident à l’organisation des soins alors qu’il faudrait faire le contraire ! De quel droit décide-t-on de bafouer les habitudes et la dignité des personnes sous prétexte qu’elles se retrouvent en collectivité ? » Elle se voit encore s’enfermer dans les toilettes d’un couloir et pleurer à chaudes larmes « pour essayer de supporter un peu la pression », avant de reprendre le service les yeux rougis.

Mathilde Basset et Anne-Sophie Pelletier passeront par les mêmes chemins : l’épuisement, le sentiment d’impuissance, les larmes – beaucoup de larmes –, la colère et l’engagement. Le 27 décembre 2017, Mathilde Basset rentre chez elle plus démoralisée que jamais. La boule au ventre, elle décide de quitter son service et elle lance sur Facebook un cri de colère, une bouteille à la mer. Elle dénonce le manque de moyens, décrit l’épuisement des soignants, la souffrance des personnes âgées dans ce qui est devenu une véritable usine. « Je me suis aperçue que je n’étais pas seule. Très vite, 20 000 personnes avaient partagé ma lettre. » Elle écrit alors à la ministre de la Santé, comme un exutoire, sans espoir d’un quelconque retour. « J’ai peur, Madame la ministre. Votre politique gestionnaire ne convient pas à la logique soignante. Ce fossé que vous avez créé, que vous continuez de creuser, promet des heures bien sombres au “système de santé”. Venez voir, rien qu’une fois. Moi, je rends mon uniforme, dégoûtée, attristée. » Une lettre qui restera sans réponse. Mais qui aura un écho retentissant.

Anne-Sophie Pelletier choisira, elle, de mener le combat par la grève. « Les burn-out se multipliaient dans l’équipe, les pleurs, les boules au ventre en arrivant au travail – notre quotidien. Il était temps de faire entendre nos voix, nous ne pouvions décemment plus être ces soignants qui souffraient », écrit-elle. Une réunion de crise est mise en place. Viennent sur la table les salaires des aides-soignantes diplômées, en moyenne à 1 250 euros pour onze heures de travail par jour. Le manque d’effectifs criant… « Nous n’avons pas les moyens de prendre des intérimaires ! » assène la direction de l’Ehpad des Opalines. « Pas les moyens ? Nos actionnaires sont la quatre centième fortune de France et vous n’avez pas les moyens ? » rétorque le personnel. « La précarité féminine est très présente dans ces métiers, rappelle Anne-Sophie Pelletier. Il y a cette conscience collective qui dit que, comme les femmes savent s’occuper des enfants – c’est dans leurs gènes –, elles peuvent donc très bien aussi s’occuper des personnes âgées. Eh bien non ! Si nous ne sommes pas formées, on s’accidente, on se tue. Le métier de soignant compte plus d’accidents du travail que ceux du bâtiment. »

Seniors : une richesse, pas un coût

Aux Opalines, le mot est lâché. La grève est décidée. Cent dix-sept jours où l’auxiliaire de vie va « manger, dormir, vivre grève ». Elle adhère à la CGT, devient la porte-parole emblématique du conflit social. La presse s’empare de l’affaire. « L’Humanité » d’abord, puis « le Monde », puis toute la presse nationale. « Je crois que le thème que l’on défendait – la prise en charge de nos aînés – a touché tout le monde. » Le deuxième livre d’Anne-Sophie Pelletier portera uniquement sur cette lutte. « Ce sera un message d’espoir, pour dire que, oui, l’exemple des Opalines prouve qu’il est possible de l’emporter, même dans un village. Ce combat, nous l’avons commencé à 12 et, au final, nous étions des milliers. » Grâce à la solidarité citoyenne et au soutien des syndicats, aucun des grévistes n’aura perdu un centime de salaire. Depuis, les conditions de travail et de vie dans les Ehpad sont connues de tous.

Pourtant, la victoire a un goût amer. Car, finalement, « rien n’a changé », écrit-elle. « Sur le terrain, les soignants sont en souffrance, les familles cadenassées dans leur parole, et l’État dans une logique illogique avec recours à des groupes privés, dont beaucoup n’ont comme mot d’ordre que la rentabilité. » Mathilde Basset l’affirme : la priorité absolue passe par l’augmentation des effectifs. Aujourd’hui infirmière en psychiatrie, elle a rendu son uniforme en Ehpad par souci d’honnêteté professionnelle. « Je ne voulais pas cautionner ce fonctionnement, qu’un tel travail soit admis. » Anne-Sophie Pelletier, elle, a choisi d’entrer en politique : elle est candidate aux élections européennes sur la liste de la France insoumise. Elle compte porter haut et fort l’idée que la vieillesse doit être considérée comme une richesse, une transmission des valeurs et non comme un handicap. « Aujourd’hui, l’Union européenne prône dans ses traités l’ouverture à la concurrence de nos services publics, on le voit avec La Poste, la SNCF… Des sujets de société régaliens ne doivent pas entrer dans le champ de la privatisation. La vieillesse en fait partie. » En modifiant les lois, en s’engageant en politique, sa résistance commence.

 

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16 février 2019 6 16 /02 /février /2019 06:17

 

Alors que 2018 a été la quatrième année la plus chaude depuis l’époque préindustrielle juste après 2016, année record, suivie de 2015 et 2011, le feu ravage la Nouvelle Zélande en ce moment tandis qu’en Australie des pluies torrentielles succèdent à une longue période de sécheresse et entraînent la mort de centaines de milliers de bovins et de moutons, après que le manque d’eau ait tué des millions de poissons. Mais, trois ans après la conférence de Paris sur le climat, les émissions de gaz à effet de serre continuent d’augmenter dans le monde comme en France.

Tôt ce matin, une dépêche d’agence nous indiquait, qu’en Nouvelle Zélande, un départ de feu venait de brûler plus de 2.300 hectares de forêt en quelques heures et qu’il allait probablement durer encore pendant des semaines en raison de la sécheresse extrême de la végétation dans le nord de l’île du sud. « La chaleur est très forte et il reste encore beaucoup de zones qui n’ont pas brûlé. Ces feux mobiliseront des pompiers jusqu’au mois de mars. Les habitants qui rentrent chez eux doivent comprendre qu’ils doivent être prêts à évacuer à nouveau si les conditions changent », déclarait un responsable régional de la Protection civile.

Voilà juste dix jours nous faisions état des nouvelles en provenance d’Australie. Elles nous informaient sur un taux de mortalité effrayant des poissons de rivière en raison d’une sécheresse prolongée qui a fait baisser le niveau des cours d‘eaux tandis que la prolifération des algues faisait parallèlement baisser la teneur de l’eau en oxygène. Les informations fournies par le ministère australien de l’Agriculture, suite à la mort de plus d’un million de poissons d’eau douce, se résumaient dans cette phrase : « Nous nous attendons à de nouveaux décès de poissons dans le fleuve Darling car nous avons relevé la présence d’un grand nombre de poissons en détresse».

On évoquait alors la situation du « bassin Murray-Darling, région agricole clé, s’étend sur plusieurs Etats et recouvre des milliers de kilomètres. « Les températures doivent augmenter durant les prochains jours et aucune pluie n’est à l’horizon si bien qu’il y a un risque de nouveaux décès de poissons dans les jours et les semaines à venir » indiquait la dépêche, citant des responsables politiques désemparés devant le désastre en cours. 

 

Avec la pluie se sont les vaches et les brebis qui meurent 

 

La pluie est arrivée quelques jours plus tard. On ne sait si elle a facilité la survie des poissons dans les eaux boueuses débordant subitement sur les champs et les prairies. Mais elle a provoqué la noyade de milliers de bovins et d’ovins, privant aussi de nourriture des centaines de milliers d’autres sur des terres inondées. « Nous nous attendons à des centaines de milliers de bêtes mortes déclarait » le Premier ministre australien Scott Morisson le 8 février devant des journalistes australiens. 

Les précipitations les plus importantes ont touché l’Etat du Queensland, soumis à un déluge la semaine dernière. Certaines zones ont reçu l’équivalent d’une année de pluie en quelques heures. A Townsville, des vues garées dans les rues avaient de l’eau jusqu'au toit tandis que des crocodiles avaient investi certains quartiers de la ville.

Ces phénomènes climatiques extrêmes aux Antipodes intervenaient tandis que l’Organisation météorologique mondiale (OMM) confirmait le 6 février que l’année 2018 a été la quatrième année la plus chaude derrière 2016, puis 2015 et 2017 ex aequo, depuis les premiers relevés effectués de températures effectués en 1850. C’est dans les zones habituellement les plus froides que les hausses de températures sont les plus rapides. Alors que la température moyenne de l’année 2016 a été supérieure de 1,2°C à celle de la période préindustrielle, le Groenland enregistre un réchauffement de 3°C en un siècle. Cette information nous montre que le pire est à venir avec la fonte accélérée des glaces et la montée du niveau des océans. 

 

En France, l’année 2018 a la plus chaude en moyenne annuelle la plus élevée depuis que l’on effectue des relevés de température. Cela donne + 1,4°C au dessus de la moyenne de référence devant l’année 2014 avec + 1,2°C et 2011 avec +1,1°C. Ainsi, en dépit de son été caniculaire, l’année 2003 n’a pas été la plus chaude en France depuis ce début de XXIème siècle.

 

Trois ans après la Cop 21, les émissions de CO2 augmentent encore 

 

Qu’en sera-t-il du climat dans le monde d’ici 2050 année pour laquelle la COP 21 de Paris s’est donnée pour objectif de capter autant que carbone qu’il e ns sera émis au niveau planétaire ? L’Australie brûle beaucoup de charbon pour produire de l’électricité et veut continuer d’en exporter. Les Etats Unis visent le même objectif avec une exploitation optimale du pétrole et du gaz de schiste. En France, l’irruption du mouvement des « gilets jaunes » sur les ronds-points a montré que la politique de métropolisation des activités dans les grandes villes et dans leur proche périphérie avait pour conséquence le renchérissement permanent de l’habitat en accession à la propriété comme en location dans ces grandes villes dont décideurs nationaux comme les élus locaux veulent faire des pôles de compétitivité. Comme cette politique éloigne toujours le lieu de résidence des salariés de leur lieu de travail, l’usage de la voiture individuelle sur de longues distances est devenu le quotidien incontournable d’un nombre croissant de personnes avec un coût de plus en plus élevé. Ainsi, selon un sondage BVA-Orange-RTL publié ce lundi matin, 40% des personnes interrogées disent ne pas avoir la moindre alternative à l’utilisation de la voiture pour leurs déplacements quotidiens.

Dans un discours que lui avait préparé la Fondation Nicolas Hulot, Jacques Chirac, à l’époque président de la République, déclarait le 2 septembre2002 au Sommet de la Terre à Johannesburg devant Nelson Mandela : «Notre maison brûle et nous regardons ailleurs. La nature, mutilée, surexploitée ne parvient pas à se reconstituer et nous refusons de l’admettre… ». La nature est plus mutilée que jamais et les décideurs des grands pays capitalistes continuent de regarder ailleurs. Comme l’ont fait Nicolas Sarkozy, François Hollande et maintenant Emmanuel Macron après Jacques Chirac !

 

 

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16 février 2019 6 16 /02 /février /2019 06:14

 

Rappel de quelques éléments souvent oubliés sur l’exode vers la frontière française de plus de 450.000 Républicains espagnols, vaincus par le fascisme, mais pas détruits.

Au milieu des célébrations, commémorations (nombreuses) d’une défaite : la « Retirada », il convient de souligner que cette victoire du fascisme en Espagne fut délibérément organisée par une sorte de « front antirépublicain » très large. Pour ce front, non désigné comme tel, l’ennemi reste les communistes, l’URSS, les révolutionnaires et la « révolution sociale »... que l’URSS ne souhait pas en Espagne.

 

La fin des années 1930, très convulsive, produit en Europe une sorte de climat de psychose, notamment anti-étrangers. Georges Bonnet, ministre français des Affaires Etrangères du gouvernement du « radical » Daladier, collabore à Paris ouvertement avec le représentant de Franco, Quiñones de León, avant même la fin du conflit... Le gouvernement français se précipite d’ailleurs pour reconnaître le « gouvernement putschiste de Burgos » et son chef, Franco, le 27 février 1939 (Accords Bérard-Jordana), avec l’Angleterre, et bloquera en France notamment le dernier envoi d’armes soviétiques aux Républicains espagnols. Daladier « offrira » à Franco l’or de la République, déposé à Mont-de-Marsan, qu’il avait précédemment refusé aux gouvernements républicains pourtant légitimes.

 

Et si toute cette Guerre, suivie de la Deuxième mondiale, ne fut « qu’une immense erreur d’intentions et de réalités » ? s’interrogeait le journaliste espagnol Eduardo Haro Tecglen. Une lettre de Roosevelt du 8 novembre 1942 s’adresse à Franco en ces termes : « L’Espagne n’a rien à craindre des Etats-Unis, mon Général, je suis votre ami sincère ».

 

Winston Churchill, quant à lui, avait pris les devants, en déclarant le 14 août 1938 au journal « La Nation » de Buenos Aires  : « Franco a entièrement raison, parce qu’il aime sa patrie. Franco défend en outre l’Europe du péril communiste. (...) Mais je préfère le triomphe des autres, parce que Franco peut être un bouleversement, ou une menace pour les intérêts britanniques, alors que les autres non ». Et Franco admirait beaucoup Churchill... Sans compter qu’une haine viscérale de l’URSS rapprochait la plupart des protagonistes.

 

Le 6 janvier 1938, Juan Negrín, chef socialiste du dernier gouvernement républicain, adressa un télégramme à Roosevelt, dans lequel il écrivait : « L’histoire sera inexorable envers tous les hommes d’Etat qui ont fermé les yeux face aux évidences ». La guerre d’Espagne, c’est l’histoire de classes, d’une « trahison ». La République s’était attaquée, timidement, aux inégalités structurelles de l’Espagne, aux déséquilibres, aux injustices d’un système de classe aux relents féodaux.

 

La fin de la Guerre Espagne sous forme de coup d’Etat (le 5 mars 1939) contre le dernier gouvernement républicain, présidé par Juan Negrín, considéré aujourd’hui par de nombreux historiens comme un homme d’Etat particulièrement avisé, et la plus fantasmée que réelle « hégémonie communiste » précipitèrent la défaite totale, le chaos, et rendirent impossible l’évacuation de milliers de Républicains qui continuaient le combat dans la « poche » de la zone centre (Valence, Alicante, etc.). Negrín, après avoir passé la frontière française fin janvier, comme tous, était retourné en Espagne, dans la zone centrale, pour tenter d’éviter le pire, et sauver le plus grand nombre de vies. Des milliers d’hommes et de femmes y refusaient encore d’admettre la défaite. Cela s’avéra impossible ; les bateaux français et anglais, les « bateaux de la liberté », restèrent, en France comme en Angleterre, à quai, ou bien encore au loin, au large.

 

Les promoteurs de ce coup d’Etat de la « junte » du Colonel Sigismundo Casado pensaient obtenir de Franco une « paix des braves », notamment en donnant comme gage l’emprisonnement à Madrid des dizaines de communistes. Franco exigea de Casado, et des autres, une « reddition inconditionnelle ».

 

Le 10 janvier 1939, le ministre de Negrín, Alvarez del Vayo, à la tribune de la Société des Nations, déclarait, s’adressant aux Anglais, aux Français, aux Américains : « Le jour viendra où vous vous souviendrez de nos avertissements, et vous comprendrez... »

 

Il faut rappeler que la « Retirada », le 28 janvier 1939, ne fut pas la fin de la guerre. Franco proclama pompeusement sa « victoire » le premier avril 1939. Ce dernier reçut un télégramme du Pape Pie XII : « Nous adressons nos sincères remerciements à Votre Excellence pour la victoire de l’Espagne catholique ».

 

La répression franquiste qui marqua la Guerre d’Espagne fut organisée, méthodiquement planifiée, avec l’appui des autorités civiles et militaires, de la Guardia civil et avec la bénédiction active de l’Eglise. Franco voulait l’anéantissement de toute opposition, l’écrasement définitif du prolétariat espagnol des campagnes et des villes. Il fallait donc « nettoyer, purifier le pays », des expressions que l’on retrouve aujourd’hui dans la bouche de Bolsonaro.

 

Les Républicains espagnols réfugiés en France seront placés par le « pays des Droits de l’Homme » au cœur des processus d’exclusion et de répression de la Troisième République, et au cœur du Statut « d’indésirables » (à partir du printemps 1938, de nombreuses lois, décrets, sont imprégnés de l’esprit sécuritaire, raciste et xénophobe, anti-classe ouvrière). Un esprit de « Croisade », de « guerre froide » (qui pourtant ne commencera officiellement qu’en 1948) soufflait également sur une partie de la France ; les classes dominantes voulaient une revanche, en France comme en Espagne, sur les Fronts populaires.

 

Pour les antifascistes espagnols exilés en France, dont 10% environ d’entre eux résistèrent, il s’agissait pour eux d’un même combat antifasciste, et leurs guerrilleros furent parmi les premiers à prendre les armes, à verser leur sang, contre le fascisme, essentiellement par internationalisme.

 

Nous rappelons tous ces faits, parce que la Guerre d’Espagne est souvent l’objet d’une insupportable réécriture. Les commémorations ne sauraient se limiter à de l’émotionnel ; il convient de leur donner le contenu politique qu’elles méritent, et exigent.

 

 

 

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15 février 2019 5 15 /02 /février /2019 07:52

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15 février 2019 5 15 /02 /février /2019 07:44
COMMENT LES DIRECTIVES DE LIBERALISATION ASSASSINENT NOS SERVICES PUBLICS (Groupe GUE/NGL au parlement européen, groupe dont le PCF est membre)
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