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29 décembre 2017 5 29 /12 /décembre /2017 09:47
La gynécologie en voie de disparition en France: "Il faut que les femmes se rebellent" (Ouest-France, 28 décembre 2017)

Yves-Marie ROBIN.

Les gynécologues médicaux ne sont plus que 1 136 en France pour 28 millions de femmes âgées de plus de 16 ans. Et il reste moins de mille médecins accoucheurs dans le privé.

Cela devient une spécialité très rare en France. En l’espace d’une décennie, entre les années 2007 et 2017, le nombre de gynécologues médicaux (spécialisés dans les problèmes hormonaux, la contraception, la stérilité, le diagnostic de tumeur, la ménopause…) a chuté de 41,6 % dans l’Hexagone, selon une enquête du journal Le Monde parue mercredi soir. Ces praticiens ne sont plus, aujourd’hui, que 1 136 en France pour 28 millions de femmes âgées de plus de 16 ans. Et ils pourraient n’être que 531 en 2025 contre 1 648 en 2010.

Dans de nombreuses villes, décrocher un premier rendez-vous est devenu mission impossible ou quasiment, nombre de médecins n’acceptant de nouvelles patientes que sur orientation expresse d’un confrère généraliste. Dans la Creuse, on ne compte plus que 4,2 gynécologues médicaux pour 100 000 habitants ; 4,32 en Dordogne ; 4,37 % dans l’Ain. Mais 28,6 à Paris et 67,4 à Neuilly.

Certaines villes de la banlieue parisienne n’en ont plus aucun. Des femmes n’ont ainsi plus de suivi ou doivent changer de département dans l’espoir de pouvoir consulter. Six départements n’offrent plus aucun gynécologue médical actuellement.

La disparition du certificat d’études spéciales

L’origine de cette situation ? La décision des pouvoirs publics de ne plus former de spécialistes de la santé des femmes entre 1987 et 2003, "afin de s’aligner sur les formations des autres pays européens".

"Après-guerre, la France avait pourtant engagé une politique forte de formation des gynécologues, raconte le Dr Bertrand de Rochambeau, président du Syndicat national des gynécologues obstétriciens de France, joint par Ouest-France. Deux filières de formation ont ainsi vu le jour : l’internat et le certificat d’études spéciales. Grâce à ce CES, beaucoup de praticiens ont été formés. Mais quand la France a intégré l’Europe, le CES n’existant pas dans les autres pays, on n’a plus formé que par l’internat, sans augmenter le nombre d’étudiants…"

Une pénurie que critique le professeur Israël Nizand, président du Collège national des gynécologues et obstétriciens français, interrogé ce jeudi matin sur RTL. "La bureaucratie sanitaire a estimé que moins il y a de médecins, moins il y a de dépenses. C’est une gestion catastrophique de la démographie médicale."

Depuis une quinzaine d’années, une soixantaine de ces spécialistes sont de nouveau formés chaque année, mais insuffisamment pour compenser les départs à la retraite. Près des deux tiers des gynécologues médicaux en activité ont, en effet, plus de 60 ans.

Les médecins généralistes prennent, alors, parfois le relais. Ce n’est pourtant pas la meilleure solution, selon les gynécologues médicaux. "Une spécialité de quatre années d’études ne se remplace pas par une formation de trois mois en gynéco pour un généraliste", explique Anne Gompel, professeure de gynécologie à l’université Paris-Descartes, citée par Le Monde.Quant aux sages-femmes, elles sont insuffisamment formées au diagnostic et au traitement médical.

Autre problème, et non des moindres : les tarifs affichés par certains spécialistes peuvent, également, être un frein au suivi des femmes. En France, seuls 38,5 % des gynécologues pratiquent, en effet, la consultation à 30 €, appliquant donc le tarif Sécu. Chez 45 % des 3 000 gynécologues (médicaux et obstétriciens) exerçant dans les cent plus grandes villes de France, il faut débourser au moins 60 € pour une consultation standard, rapporte le journal Le Monde. 

"Que les femmes se rebellent"

La population des gynécologues obstétriciens n’est pas en meilleure forme. Dans trente départements, il n’existe plus aucun praticien en libéral. Les femmes doivent donc se rendre dans les hôpitaux pour le suivi de leur grossesse. Des établissements de soins qui commencent, eux aussi, à manquer de spécialistes des accouchements…

"Actuellement, il reste moins de mille accoucheurs dans le privé en France, poursuit le Dr Bertrand de Rochambeau. Il n’y a plus que 20 % des accouchements qui se font dans le privé". La raison ? " Les conditions de travail et des tarifs d’assurance professionnelle qui n’en finissent pas de grimper. Conséquence : de nombreuses femmes patientent à la porte des hôpitaux, avec pour certaines d’entre elles, un gros retard de suivi".

Quelle solution, alors, pour remédier à cette situation tendue ? Le Dr Rochambeau milite pour une augmentation sensible du nombre d’étudiants, mais il faut douze ans pour « fabriquer » un gynécologue obstétricien. Le praticien prône aussi l’amélioration des parcours de soins "pour éviter que des femmes n’errent de cabinet médical en cabinet médical".

Mais face à la quasi-disparition d’une spécialité médicale en France, une seule chose pourrait faire bouger les lignes, selon le Dr Bertrand de Rochambeau : "Que les femmes se rebellent. Avec urgence !"

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29 décembre 2017 5 29 /12 /décembre /2017 08:54
L'audiovisuel public est en grave danger (Laurent Mauduit, Médiapart, 27 décembre 2017)
L’audiovisuel public est en grave danger
 PAR 

Emmanuel Macron veut une réforme de l’audiovisuel public. Ce projet pourrait créer une holding rassemblant toutes les entreprises, ce qui renforcerait la mainmise du pouvoir. Le chef de l’État se méfie des journalistes et va jusqu’à s’afficher avec Cyril Hanouna, sanctionné pour homophobie et sexisme.

 

Depuis plusieurs jours, c’est la question dont se délectent tous les journalistes médias : recevant le lundi 4 décembre les députés de la commission des affaires culturelles de l’Assemblée nationale, Emmanuel Macron leur a-t-il bel et bien confié qu’à ses yeux l’audiovisuel public était « la honte de la République », comme l’ont rapporté peu après L’Express ou encore Télérama ? Ou bien faut-il donner quelque crédit au démenti de l’Élysée, assurant qu’on a prêté au chef de l’État des propos qu’il n’avait pas tenus ? Avouons-le : comme nous n’avons pas assisté à l’échange, nous n’avons pas de certitude quant à l’exactitude du verbatim placé dans la bouche du président de la République. Et, au demeurant, l’interrogation paraît parfaitement secondaire.

Car quand bien même Emmanuel Macron aurait prononcé ces mots qui ont indigné beaucoup de journalistes de France Télévisions ou de Radio France (voir ici la réaction du SNJ de Radio France), le compliment pourrait lui être retourné. Si « honte » il y a, elle peut être imputée à de nombreux acteurs. Au PDG de Radio France, Mathieu Gallet, comme à la dirigeante de France Télévisions, Delphine Ernotte ; au président du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA), Olivier Schrameck, et aux membres de cette instance, qui ont installé ces deux PDG dans leur fonction et qui sont à l’origine de ce désastre de l’audiovisuel public ; à la haute fonction publique de Bercy, qui ne s’est jamais intéressée au dossier de l’audiovisuel public autrement que pour lui faire rendre gorge, et l’étrangler financièrement ; mais tout autant au chef de l’État, qui a apporté de nombreuses preuves – pas plus tard encore que dimanche 17 décembre, lors de son entretien tout en connivence sur France 2 avec Laurent Delahousse –, qu’il entendait maintenir l’insupportable lien de subordination que le pouvoir présidentialiste a toujours fait peser depuis les débuts de la Ve République sur l’audiovisuel public, au mépris des droits des citoyens à disposer d’une information libre et honnête, cette relation de servitude qui déshonore le journalisme et anémie notre démocratie

Une « honte » ! Assumons donc le mot à sa place, puisque de toute évidence Emmanuel Macron ne le revendique pas et surtout puisqu’il est bien mal placé pour mener cette charge, sauf à dresser un réquisitoire contre lui-même. Et cherchons à comprendre pourquoi l’audiovisuel public traverse une crise aussi grave.

Cet audit est d’autant plus impérieux qu’Emmanuel Macron au moins n’a pas caché qu’il préparait une grande réforme de l’audiovisuel public. Lors de ce même entretien sur France 2, le 17 décembre, il a en effet évoqué un possible « big-bang » pour le début de 2018 : il a annoncé le lancement imminent d’un grand travail de réflexion autour de l’audiovisuel public « structuré dans son architecture sur le monde d’avant ». C’est,« pour l’État, de très loin le premier budget de la culture » ; « il y a de l’argent mais est-ce qu’on le met au bon endroit et, surtout, est-ce l’organisation collective la plus pertinente ? », a-t-il déclaré.

En réalité, l’audiovisuel public soulève une cascade de questions : pourquoi se porte-t-il si mal ? Que prépare secrètement la puissance publique ? Et quels devraient être les ressorts d’une refondation démocratique de l’audiovisuel public ?

1. Le bilan calamiteux de Delphine Ernotte

Il y a d’abord un constat : comme Mediapart l’avait révélé en mai 2015 (lire France Télévisions : la désignation de la PDG entachée d’irrégularités) la désignation par le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) de Delphine Ernotte au poste de présidente de France Télévisions (FTV) a été en son temps entachée de nombreuses et graves irrégularités. Une instruction judiciaire est d’ailleurs toujours en cours à ce sujet. Et la nouvelle promue, loin de s’appliquer à faire oublier ce sulfureux épisode, a depuis multiplié les faux pas. Tant et si bien que du début de son mandat jusqu’à aujourd’hui, elle a constamment alimenté un procès en illégitimité.

Que l’on se souvienne de ce que nous avions à l’époque révélé. Lors de la procédure de nomination organisée par le CSA, nous avions mis au jour d’invraisemblables intrigues organisées dans les coulisses du pouvoir pour biaiser la décision de l’autorité supposée indépendante et pour avantager Delphine Ernotte. Issue du groupe Orange, cette dernière a ainsi bénéficié de l’appui confidentiel de David Kessler, qui lui aussi avait le même groupe Orange comme port d’attache, mais qui peu avant officiait à l’Élysée comme conseiller de François Hollande pour les médias et la communication. En clair, après avoir conseillé le chef de l’État pour choisir Olivier Schrameck comme nouveau président du CSA, David Kessler s’est mis au service de Delphine Ernotte, pour que le CSA la désigne comme présidente de France Télévisions. Le système de la barbichette…

L’Élysée a tiré en cachette les ficelles d’une nomination qui pourtant était supposée impartiale, et ne devait dépendre que du seul CSA, sans intervention ou pression extérieure. Si à l’époque, Delphine Ernotte a ainsi pris le dénommé Denis Pingaud, pour piloter la communication de sa candidature, c’est que ce dernier avait un lien direct avec l’Élysée, par l’intermédiaire du nouveau conseiller en communication de François Hollande, Gaspard Gantzer. Par la suite, les deux amis n’ont même pas pris la peine de cacher qu’ils faisaient équipe : sans la moindre gêne, ils ont depuis créé ensemble une agence de communication baptisée « 2017 ».

Au même moment, Delphine Ernotte a aussi bénéficié des conseils secrets d’un autre cadre dirigeant d’Orange, Xavier Couture. Pis que cela ! Comme nous l’avions également révélé, ce dernier s’était initialement mis au service d’un autre candidat, Didier Quillot, mais avait en cours de compétition changé de patron et s’était rallié à Delphine Ernotte, lui faisant vraisemblablement profiter de sa connaissance du programme élaboré par Didier Quillot. Tant et si bien que l’on a pu découvrir de fortes ressemblances entre les programmes des deux candidats.

 

Et pour finir, c’est le vote du CSA lui-même qui est apparu l’objet de pressions. Bref, Delphine Ernotte l’a emporté au terme d’une procédure viciée, indigne d’une grande démocratie. Emmanuel Macron n’ignore sans doute rien de toutes ces opaques péripéties, puisqu’il a longtemps officié aux côtés de Gaspard Gantzer, qui a été l’un de ses camarades de promotion à l’Élysée, et auquel son parti LREM a voulu donner une investiture aux dernières législatives, ce que Gaspard Gantzer a accepté, avant de jeter l’éponge.

Les ménages de Michel Field

Or, par la suite, Delphine Ernotte n’a effectivement rien fait pour faire oublier cette tache originelle. Elle a, au contraire, multiplié les faux pas. Elle s’y est pris de telle manière qu’elle est même paradoxalement parvenue à faire oublier – ou du moins à reléguer au second plan – le bilan tout aussi désastreux de son homologue de Radio France, Mathieu Gallet qui, par sa politique d’austérité, son arrogance ou sa folie des grandeurs, est parvenu à la même époque à dresser toute la Maison ronde contre lui, dans une lon D’abord, Delphine Ernotte a pris comme bras droit à France Télévisions le même Xavier Couture, dont les états de service, dans le passé, comme PDG de Canal+ étaient pourtant peu glorieux, et qui venait tout juste de trahir le candidat avec lequel il faisait équipe, Didier Quillot. En somme, les deux personnalités qui, en 2015, ont pris le pouvoir à France Télévisions avaient l’une comme l’autre le signe distinctif d’avoir été portées à leur fonction par le fait de sombres intrigues et non par la reconnaissance de leur qualité ou expérience professionnelle.

Puis, c’est un autre choix qui a ébranlé France Télévisions, celui de Michel Field, d’abord comme directeur de France 5, puis très vite, comme directeur de l’information pour l’ensemble des rédactions du groupe. Sans doute Delphine Ernotte ne pouvait-elle pas mieux manifester le peu de respect qu’elle avait pour l’information indépendante et de qualité. Car, dans le passé, l’intéressé s’était déjà distingué dans des conditions qui auraient dû le disqualifier pour une telle fonction. De 2005 à 2007, il a par exemple présenté l’émission « Politiquement Show » sur LCI, avec Patrick Buisson, l’ancien dirigeant du journal d’extrême droite Minute, qui devient à cette même époque le conseiller de l’ombre de Nicolas Sarkozy – émission qu’a aussi animée dans le passé David Pujadas, avec le même chroniqueur d’extrême droite.

Dans le passé, on l’a aussi vu animer des meetings de l’UMP (l’ancêtre du parti Les Républicains), ou même des spots publicitaires, par exemple au profit du géant de la grande distribution Casino (voir la vidéo ci-dessous), ce que prohibent formellement toutes les chartes déontologiques des journalistes (voir par exemple l’article 9 de la charte la plus connue, celle de Munich) 

Comment un tel personnage a-t-il pu être installé comme patron de l’information sur l’ensemble des chaînes du groupe France Télévisions ? Ce simple choix de Delphine Ernotte a lancé le coup d’envoi de la chronique d’un désastre annoncé. Il est aussitôt devenu clair qu’à l’heure où une dizaine de milliardaires ont pris possession de la quasi-totalité de la presse française, dans des logiques de connivence ou d’influence, l’audiovisuel français, et au moins l’un de ses deux principaux piliers, France Télévisions, serait moins que jamais un lieu sanctuarisé où les journalistes pourraient travailler librement, et où les citoyens pourraient trouver une information honnête et de qualité.

La suite des événements l’a naturellement démontré : avec Michel Field à leur tête, les rédactions de France Télévisions sont allées de crise en crise, malmenées par une direction dont les logiques n’avaient pas grand-chose à voir avec le droit de savoir des citoyens.

Contesté par les journalistes de la maison, et par les syndicats, sur fond d’un mouvement de grève suscité par la fusion des rédactions de France 2 et France 3, Michel Field affiche ainsi le mépris qu’il a pour ceux qu’il dirige : « Ça m’en touche une sans faire bouger l’autre », assène-t-il avec vulgarité, en avril 2016.

Nouvelle polémique à peine quelques semaines plus tard : dans l’insupportable logique présidentialiste, qui fait du chef de l’État le véritable patron de France Télévisions, sinon même le rédacteur en chef des émissions les plus importantes, France 2 est sommé d’organiser une émission spéciale « Dialogues citoyens », construite tout exprès pour redorer le blason d’un président de la République de plus en plus discrédité. Et cette émission de complaisance au profit de François Hollande, c’est encore une fois Michel Field qui en est la principale cheville ouvrière. Résultat de ces faux pas : une première motion de défiance est ratifiée par 65 % des votants contre Michel Field, que Delphine Ernotte décide pourtant de maintenir à son poste.

À l’époque, tout continue donc de travers. Avec, en bout de course, une nouvelle crise ouverte, qui éclate en septembre 2016, quand Michel Field décide de déprogrammer une enquête sur l’affaire Bygmalion que la journaliste Élise Lucet doit présenter dans le cadre de l’émission « Envoyé spécial » sur France 2. Motif invoqué par le directeur de l’info de France Télé : en pleine campagne des primaires des Républicains, l’audiovisuel public ne peut pas se permettre de faire des révélations embarrassantes sur l’un des candidats, en l’occurrence Nicolas Sarkozy. L’affaire tourne à l’esclandre public, car la journaliste fait, elle, valoir que le droit à l’information des téléspectateurs ne saurait être dépendant des agendas ou des intérêts de dirigeants politiques, quels qu’ils soient.

En cet automne 2016, France Télévisions apparaît alors en pleine lumière : on peut y discerner que l’information est constamment sous tutelle, mais que quelques journalistes de la grande maison constituent des poches de résistance. Et pour une fois, ce sont les logiques de l’information indépendante qui l’emportent : l’enquête sur Bygmalion est normalement diffusée le 29 septembre 2016. Pour mémoire, revoici ce passionnant documentaire, qui a recueilli les confidences inédites de Franck Attal, ex-cadre de la société Bygmalion, lequel a organisé les 44 meetings du président-candidat Nicolas Sarkozy en 2012 :

L’histoire est donc écrite : discrédité à l’extérieur, désavoué en interne, Michel Field démissionne finalement en mai 2017, alors qu’une nouvelle motion de défiance contre lui est en préparation. Mais la suite de l’histoire n’en reste pas moins accablante. Car au lieu de tirer enfin les enseignements de toutes ces turbulences dont elle est la première responsable, Delphine Ernotte continue par la suite à vouloir remettre au pas les journalistes de France Télévisions. Et puisque la manière confuse et complaisante de Michel Field n’est plus possible, elle opte à l’automne 2017 pour la voie austéritaire.

Dans le cadre du plan d’économie de 50 millions d’euros que le gouvernement lui a demandé de mettre au point pour 2018, elle fait en effet vite comprendre que les deux émissions phares de France 2, « Envoyé spécial » et « Complément d’enquête », paieront un lourd tribut. Avec à la clef combien de suppressions de postes ? La présidente de FTV se garde de le préciser, mais la rédaction comprend que si tous les CDD de ces deux émissions devaient être supprimés, il ne resterait plus que cinq journalistes en CDI à la première émission et seulement deux à la seconde. Autant dire que les deux émissions sont condamnées.

 

Les colères des personnels contre les projets de fusion

Et le syndicat ajoute : « Quoi qu’on pense de la motion de défiance [contre Delphine Ernotte], elle met en lumière une crise de France Télévisions qui remonte à loin. Le premier choc historique est la décision de Nicolas Sarkozy de supprimer la pub en 2008 sans compensation dynamique et pérenne. L’entreprise ne s’est jamais remise de cette fragilisation de son modèle économique. Cette politique de déstabilisation s’est poursuivie avec le gouvernement Hollande. En 2012, Rémy Pflimlin annonce un plan drastique de 200 millions d’euros d’économies et 650 suppressions d’emplois. En fin de quinquennat Hollande, Delphine Ernotte, nouvellement nommée, s’engage dans son contrat d’objectifs et de moyens signé avec l’État à supprimer 500 emplois supplémentaires d’ici 2020 (dont 171 l’an prochain). C’est ce que nous subissons tous. Et comme si ça ne suffisait pas, Emmanuel Macron taille encore dans le budget. Une diminution brutale de 80 millions d’euros pour tout l’audiovisuel public, dont 50 millions d’euros rien que pour France Télévisions. »

À la crise de l’information vient donc se cumuler une crise budgétaire, organisée par le pouvoir, avec à la clef des suppressions de postes, des regroupements et fusions de rédactions. Et ce qui est vrai à France Télévisions l’est tout autant à Radio France. Témoin, le dernier communiqué commun du SNJ et du SNJ-CGT (il est consultable ici), qui ont réagi avec colère, le 23 décembre, à l’arrivée d’une transfuge de TF1, Catherine Nayl, à la tête de l’information de France Inter :

« Le choix de celle qui était directrice de la rédaction de TF1 jusqu’en octobre dernier est finalement assez logique puisque la direction de Radio France ne croit plus qu’aux recrutements externes, malgré les succès d’audience que connaît la rédaction de France Inter, grâce notamment à ses journalistes et aux responsables issus de ses rangs […]. Mais on imagine que le choix d’une personnalité extérieure est surtout lié aux projets de Laurent Guimier et de Mathieu Gallet de fusionner les rédactions. Une décision qui videra très vite le poste de directeur de la rédaction de tout son sens et qui pourrait surprendre Catherine Nayl, si on ne lui a pas expliqué… Car, et c’est là l'information la plus importante, une nouvelle étape vers la fin des rédactions a également été annoncée vendredi soir. Conformément au projet stratégique 2018 de Radio France, présenté mercredi en CCE et vendredi en CA, qui prévoit “la mise en place de nouveaux services communs à toutes les chaînes”, Laurent Guimier a annoncé que Jean-Marc Four allait prendre la tête de ce qui sera “la Direction de l’information internationale de Radio France” et qui a vocation à remplacer les services étrangers de France Inter, France Culture et France Info. » 

Et les deux syndicats de journalistes ajoutent : « Des fusions en interne qui précèdent celles que la Tutelle veut nous imposer. Le nouveau poste de Jean-Marc Four est d’ailleurs taillé en ce sens puisque – selon le texto qui annonce sa nomination – il “participera aux travaux engagés avec les autres entreprises en matière d’information internationale, dans le contexte actuel de réflexion autour de l’avenir de l’audiovisuel public”. On démonte Radio France brique par brique malgré – ou à cause – des succès de ses chaînes. La concurrence doit se frotter les mains ce soir. »

« On démonte Radio France brique par brique » : la formule, qui pourrait tout autant s’appliquer à France Télévisions, résume de fait parfaitement le souhait de la puissance publique, relayée par les deux PDG des deux entreprises publiques. À un détail près, qui est décisif : c’est que dans le même temps, dans ce vaste projet de démantèlement ou de reprise en main – on ne sait pas bien comment le qualifier –, l’Élysée a vraisemblablement le projet de créer une structure de tête, qui vienne à l’avenir chapeauter l’ensemble du secteur de l’audiovisuel public. Sans doute ne serait-ce pas le retour à l’ex-ORTF, mais, à tout le moins, l’idée chemine d’une holding qui pourrait coiffer tout à la fois France Télévisions, Radio France et les autres entreprises publiques du secteur.

Ce projet de holding, évoqué par Emmanuel Macron quand il était candidat à l’élection présidentielle, c’est Le Monde, le 13 novembre, qui a révélé qu’il cheminait plus que jamais, en rendant public un document secret de travail du ministère de la culture. Lequel document envisage bel et bien, selon le quotidien, « de regrouper France Télévisions, Radio France et les autres sociétés du secteur au sein d’une structure commune, une “holding”, mais aussi de supprimer France Ô, la chaîne des outre-mer, ou de cantonner les médias jeunesse France 4 et la radio Le Mouv’ à une diffusion seulement numérique ». Peu avant, le ministre du budget, Gérald Darmanin, avait de son côté évoqué une possible fusion, en région, de France 3 (groupe France Télévisions) et de France Bleu (groupe Radio France).

De quoi conduire au plus près la politique d’austérité voulue par le pouvoir et renforcer la tutelle de la puissance publique sur des entreprises réputées pourtant indépendantes. Au risque d’aggraver encore un peu plus toutes les dérives que nous venons d’évoquer…

Le grand Meccano qui se prépare pourrait encore aller au-delà, puisque dans le cadre de cette holding qui pourrait voir le jour, un sénateur LREM, André Gattolin (ici un entretien de lui sur la chaîne Public Sénat), a déposé une proposition de loi pour modifier le mode de nomination des dirigeants de l’audiovisuel public. Son texte prévoit que les dirigeants ne soient plus nommés par le CSA mais par les conseils d’administration de chaque société, c’est-à-dire France Télévisions, Radio France et France Médias Monde (RFI et France 24). Et les personnalités civiles siégeant dans ces conseils seraient nommées… par le premier ministre, avec l’accord du Parlement.

De quoi, là encore, verrouiller encore un peu plus le système. On se croirait bel et bien revenu au temps de l’ORTF, quand le président de la République, Georges Pompidou, le 2 juillet 1970, revendiquait le système de tutelle qui pesait sur les journalistes, en lâchant sa phrase passée à la postérité : « Être journaliste à l’ORTF, ça n’est pas la même chose que d’être journaliste ailleurs. L’ORTF, qu’on le veuille ou non, c’est la voix de la France. » (C’est à écouter dans la vidéo ci-dessous, à partir de 7 min 20 s)

4. La crise éthique dont personne ne parle

À toutes les crises que traverse l’audiovisuel public sans doute faut-il en ajouter encore une autre, dont on parle moins, voir pas du tout, mais qu’il faut aussi prendre en compte : la crise éthique. Pendant longtemps, l’audiovisuel public a été conçu comme un lieu sanctuarisé où certaines dérives, constatées dans le secteur privé, n’avaient pas leur place : la porosité, par exemple, avec les idées racistes ou xénophobes, véhiculées par l’extrême droite. Et puis, progressivement, la porosité s’est installée…

Les règles mortifères d’une monarchie (assez peu) républicaine

Du coup, c’est à nouveau la colère qui monte dans la rédaction. Et les membres des deux émissions menacées le font savoir à Delphine Ernotte, dans une lettre ouverte qu’ils lui adressent un peu avant la fin du mois de novembre 2017 : « Une rédaction des magazines de service public, c’est la possibilité de pouvoir enquêter sur Bygmalion sans être censuré, d’envoyer une équipe en Érythrée sans être accusé de sous-traiter le risque, de dévoiler les dessous de la communication d’Emmanuel Macron sans payer les mécontentements du Château […], d’être la seule rédaction suffisamment indépendante pour pouvoir enquêter sur Vincent Bolloré et de remporter ainsi le prestigieux prix Albert-Londres. »

L’épilogue de l’histoire est toujours le même : une nouvelle motion de défiance est encore votée, mais cette fois elle vise directement Delphine Ernotte. Les journalistes des rédactions nationales approuvent le 12 décembre 2017 à une majorité écrasante, soit 84 % des votants, une motion de défiance à l’encontre de la présidente, à l’initiative des Sociétés des journalistes (SDJ) du groupe public.

2. Le mépris pour l’information libre

Le constat qui saute aux yeux est que l’information est le cadet des soucis des responsables publics – la bonne information est visiblement celle qui est sous tutelle – et que les questions de gestion et d’économies budgétaires sont les seules qui comptent.

De ce mépris pour l’information, on trouve des indices permanents, du quinquennat de François Hollande jusqu’à celui d’Emmanuel Macron. En somme, avec l’un comme avec l’autre, les règles mortifères de la monarchie (assez peu) républicaine, selon lesquelles l’audiovisuel public doit être sous la coupe de l’Élysée, perdurent.

On en a vu, plus haut, une première indication : l’un comme l’autre ont fait en sorte que des émissions sur mesure leur soient consacrées : il y a donc eu (entre autres…) le 14 avril 2016 cette émission « Dialogues citoyens », toute en connivence, organisée par France 2, pour François Hollande ; et, sur le même modèle flagorneur, il y a eu le 17 décembre dernier cet entretien, également sur France 2, avec Emmanuel Macron, conduit par Laurent Delahousse, sur un registre que mon collègue de Mediapart, Hubert Huertas a résumé dans cet article : Macron, interview debout, journalisme couché.

Pour la petite histoire – mais c’est évidemment hautement révélateur et tout à fait inquiétant –, la prestation télévisuelle d’Emmanuel Macron a été saluée par une ribambelle de députés de la majorité présidentielle. Comme l’ont relevé par un tweetplusieurs journalistes, dont ma consœur de Mediapart Ellen Salvi, il s’est même trouvé deux députés LREM, Céline Calvez et Pascal Bois, pour applaudir exactement de la même façon, au mot près, l’émission de leur champion :

Si c’est à ce type d’information passée à la moulinette du pouvoir que doit conduire pour le service public la grande réflexion annoncée par le chef de l’État, il y a, de fait, de quoi s’inquiéter. D’autant que, pour ce qui le concerne, Emmanuel Macron ne manque jamais une occasion pour dire tout le mal qu’il pense des journalistes, dès que ceux-ci le forcent à s’écarter des logiques de communication qu’il a lui-même tracées.

En revanche, il a aussi affiché sans la moindre gêne son soutien à ce que l’univers télévisuel a produit de pire : l’émission populiste « Touche pas à mon poste » animée par Cyril Hanouna sur la chaîne C8. Le 21 décembre, on a ainsi pu assister à une scène proprement surréaliste sur la chaîne du milliardaire Vincent Bolloré. L’animateur a appelé en direct au téléphone Emmanuel Macron pendant son émission, pour lui souhaiter bon anniversaire. Et le chef de l’État, qui avait déjà manifesté sa sympathie envers l’animateur pendant la campagne présidentielle, s’est prêté au jeu.

L’animateur Cyril Hanouna est celui qui a été le plus souvent sanctionné pour des manquements graves par le CSA. À lui tout seul, il a focalisé la moitié des plaintes reçues en 2017 par le gendarme de l’audiovisuel. Le 26 juillet 2017, le CSA a même infligé à la chaîne C8 une amende record de 3 millions d’euros, à la suite d’une émission diffusée le 18 mai, au cours de laquelle l’animateur s’était livré à un canular homophobe. Peu avant, en juin, le même CSA avait infligé une interdiction de publicité pendant trois semaines à l’émission de Cyril Hanouna, pour avoir diffusé à la fin de 2016 deux séquences, l’une portant atteinte au respect de la personne humaine, l’autre contrevenant aux règles prohibant le sexisme.

Résumons. Le 4 décembre, devant des députés, Emmanuel Macron stigmatise l’audiovisuel public, qu’il présente comme « la honte de la République ». SelonL’Express, il fustige « la mauvaise gestion, le gaspillage, la médiocrité des programmes et des contenus, les relations malsaines entre l’audiovisuel et ses partenaires extérieurs (animateurs, producteurs, etc.) » Et à peine quelques jours plus tard, le 21 décembre, le même Emmanuel Macron s’affiche avec cet animateur sanctionné pour homophobie et sexisme.

Autre exemple : le chef de l’État a accordé un entretien stupéfiant de connivence au pure player Konbini.fr, lors de son déplacement le 23 décembre, lors de la soirée de Noël organisée à Niamey avec les soldats français engagés au Niger. Les images se passent de commentaires ! Elles ont été aussi retweetées par le compte Twitter du parti présidentiel La République en marche, qui y a sans doute vu la forme de journalisme obséquieux qu’il appelait de ses vœux à l’avenir. Précision : la vidéo ci-dessous peut être visionnée sur tous les navigateurs, sauf sur Firefox.

L’ancien journaliste de Challenges, Bruno Roger-Petit, qui s’est illustré dans le passé par ses articles en faveur de François Hollande d’abord, puis d’Emmanuel Macron, et que ce dernier a appelé à ses côtés à l’Élysée, s’est lui aussi empressé de retweeté l’entretien.

Précision utile, qui révèle un total mélange des genres : Ariane Vincent, l'auteure de l'interview d'Emmanuel Macron au Niger, est à la fois journaliste, directrice de la communication de Konbini... et ancienne responsable de la communication du PS et de François Hollande. On n'est jamais mieux servi que par de bons communicants, n'est-ce pas?

C’est dire si la télévision de demain dont rêve le chef de l’État peut légitimement susciter de l’inquiétude. Sinon même de l’effroi…

3. L’austérité pour seul horizon

Si elle ne se soucie guère du droit à l’information des citoyens, la puissance publique, d’un quinquennat à l’autre, semble en revanche avoir une obsession : imposer à l’audiovisuel public une cure radicale d’austérité. Dans un tract récent (on peut le télécharger ici (pdf, 1 B)), le syndicat CGT de France Télévisions, résume la colère qui chemine parmi les différentes catégories de personnel : « On se souvient de ce qui a mis le feu aux poudres : des annonces d’économies avec la suppression de 66 ETP[équivalents temps pleins] dans les rédactions nationales (dont 10 dans les magazines), des rumeurs sur la suppression du « Soir 3 » week-end et sur la réduction du nombre de magazines mensuels. Après une première mobilisation, la fréquence des magazines a été maintenue et la suppression des ETP a été divisée par deux dans les rédactions nationales et ramenée à trois dans les magazines. Les économies sont toujours là… mais elles se feront ailleurs ou sont reportées. »

Donner aux rédactions des droits moraux

Un premier exemple, celui d’Éric Zemmour. Propagandiste de la haine, xénophobe déclaré, pamphlétaire de la droite radicale, il a longtemps eu son rond de serviette au sein même du service public, comme chroniqueur de « On n’est pas couché », l’émission de France 2 animée par Laurent Ruquier. Cette participation s’est certes déroulée avant que le chroniqueur ne soit condamné à plusieurs reprises pour « provocation à la haine raciale », une première fois le 18 février 2011, ou encore une autre fois le 17 décembre 2015.

Mais, pendant longtemps, même après la première condamnation, le sulfureux gourou de la fachosphère a continué d’avoir ses entrées non seulement dans les radios privées (RTL, tout particulièrement), mais aussi dans le service public : par exemple le 6 octobre 2014, sur France Inter, à l’occasion d’un entretien avec la journaliste Léa Salamé…

Mais il existe des exemples encore beaucoup plus récents de cette porosité de l’audiovisuel public. Celui, notamment, d’Alain Finkielkraut. On se souvient en effet de sa détestable sortie, pas plus tard que le 10 décembre 2017, sur la radio RCJ : « Le petit peuple des petits Blancs est descendu dans la rue pour dire adieu à Johnny. Il était nombreux et il était seul. […] Les non-souchiens brillaient par leur absence. » Peu après, le journaliste Claude Askolovitch a dit, dans un billet remarqué sur Slate, ce qu’il pensait de cette formule nauséabonde sur les « non-souchiens » : « Il pense ainsi, Alain Finkielkraut, que le réel n’est qu’une césure ethnique. Ne le penserait-il pas qu’il en serait resté à son antienne sur les valeurs. Il n’aurait été “que” réactionnaire. Mais il fallait que sorte, non pas malgré lui, mais au plus profond de ce qu’il pense, la guerre des races qu’il redoute mais à laquelle il travaille. »

On peut dire les choses avec plus de brutalité : de néoréactionnaire, Alain Finkielkraut est devenu tout bonnement raciste. Ce que confirment d’autres déclarations innombrables, marquées par une obsession islamophobe. 

Or, avec l’émission « Répliques », dont il est le producteur et animateur depuis 1985, Alain Finkielkraut est l’une des figures de France Culture. Preuve d’une mithridatisation de l’audiovisuel public, au moins partielle…

5. Les pistes d’une véritable refondation

Ce qu’il y a de très inquiétant dans la politique conduite par le gouvernement sous l’impulsion de l’Élysée, c’est que le pouvoir veut préparer une révolution de l’audiovisuel public, mais sans tenir le moindre compte des pistes innombrables de refondation qui sont en débat, notamment dans les milieux attachés à l’indépendance de la presse. En somme, c’est une réforme radicale et autoritaire qui est en préparation.

Car des pistes nombreuses existent, en effet, tout particulièrement pour refonder l’audiovisuel public.

Une première piste : les deux principaux syndicats de journalistes, le SNJ et le SNJ-CGT, comme de nombreuses Sociétés de journalistes (SDJ), défendent de longue date l’idée que les rédactions devraient enfin disposer d’un statut juridique, leur conférant des droits moraux. En clair, le droit, garanti par la loi, de pouvoir approuver par un vote le choix du directeur de leur rédaction, proposé par les actionnaires ; et puis le droit aussi de révoquer ce même directeur de la rédaction, en cas de faute commise par lui, mettant en cause le droit de savoir des citoyens.

Or, cette garantie d’indépendance, si un jour elle était gravée dans le marbre de la loi, il serait impérieux qu’elle profite aux rédactions de la presse privée, mais tout autant aux rédactions de l’audiovisuel public. De sorte que les journalistes sachent qu’ils n’ont de comptes à rendre sur la qualité et l’honnêteté de leur travail qu’aux téléspectateurs, et pas à l’Élysée ou à Matignon. Ce qui aurait pour effet de mettre immédiatement un terme aux émissions de complaisance qui fleurissent d’un quinquennat à l’autre ; ou aux promotions dont les logiques ne répondent pas à des critères professionnels. À titre d’illustration, les rédactions de France Télévisions auraient dû avoir le droit de voter pour refuser la nomination de Michel Field, en arguant du fait élémentaire qu’il avait par le passé contrevenu aux règles éthiques de la profession…

Dans le même esprit, toujours pour couper le cordon entre le pouvoir et l’audiovisuel public, il serait tout aussi urgent de revoir la procédure de nomination des PDG des entreprises publiques concernées. Car au cours des quinquennats de Nicolas Sarkozy et de François Hollande, deux procédures distinctes ont été utilisées, qui se sont avérées aussi détestables l’une que l’autre.

Sous le premier quinquennat, c’est le chef de l’État lui-même qui nommait les PDG de l’audiovisuel public. Et cela a eu les conséquences désastreuses que l’on sait : Nicolas Sarkozy a placé des proches à tous les postes clés. Contestant cette procédure, François Hollande a, lui, décidé que les nominations concernées relèveraient de nouveau de la compétence du CSA. Mais comme le président de cette autorité est nommé par le chef de l’État, cela a conduit au même résultat : au terme d’embrouilles opaques, c’est finalement, comme on l’a vu, la candidate de l’Élysée qui a été choisie pour la présidente de FTV. Pis que cela ! Le nouveau pouvoir concédé au CSA de procéder à la nomination des présidents de l’audiovisuel public s’est accompagné d’une scandaleuse régression démocratique : les projets des candidats aux postes de PDG ont été tenus secrets ; et les auditions des candidats par le collège du CSA se sont déroulées à huis clos. 

Alors que c’est évidemment l’inverse qui devrait se passer : les citoyens, qui paient la redevance audiovisuelle, devraient pouvoir avoir accès aux programmes défendus pas les différents candidats ; les professionnels et les syndicats du secteur devraient être consultés sur les projets d’avenir ; et le départage des candidats devrait avoir lieu de manière publique, par exemple sous l’autorité des élus de la nation. Ce qui permettrait de sortir du système actuel, avec le CSA pour arbitre ; lequel CSA, avec à sa tête Olivier Schrameck, s’est totalement discrédité au cours des dernières années en portant Mathieu Gallet puis Delphine Ernotte aux présidences de Radio France et de France Télévisions. Autant dire qu’il est en grande partie responsable du naufrage de ces deux présidences…

Cette refondation de l’audiovisuel public devrait-elle aller encore au-delà ? Force est de constater que la privatisation de TF1 en 1987 – qui a été menée à bien au prétexte que les nouveaux actionnaires veilleraient sous peine de sanction à respecter la règle… du mieux-disant culturel ! – a dynamité tout le secteur audiovisuel, et a eu pour effet que les règles de l’audimat et de l’audience se sont imposées à la plupart des acteurs du secteur, privés comme publics, au mépris dès règles de la pertinence et de la qualité.

 

Pis que cela ! La puissance publique a continué à offrir gratuitement des fréquences audiovisuelles à des acteurs privés – fréquences qui sont des ressources rares et des biens publics –, sans jamais user de la sanction ultime que devrait être le retrait de fréquence, en cas de manquements graves. C’est grâce à cette tolérance que Vincent Bolloré a pu faire violence aux rédactions de Canal+ ou de I-Télé (rebaptisée CNews), ou que Pascal Houzelot a pu faire fortune avec sa chaîne Numéro 23. Dans l’équilibre public/privé, comme dans les règles qui encadrent l’audiovisuel, un gouvernement progressiste pourrait donc être autrement audacieux.

Bref, dans le débat public, il arrive fréquemment que soient évoquées des réformes pour la presse écrite : pour endiguer les dérives que l’on a constatées avec le rachat de quasiment toute la presse par une poignée de milliardaires ; ou, dans le cadre de la révolution numérique, pour aider à l’émergence d’une presse jeune, libre et indépendante, renouant avec la grande ambition du Conseil national de la Résistance :« Rétablir la liberté de la presse, son honneur et son indépendance… »

Mais pourquoi l’audiovisuel public échapperait-il à cette grande ambition républicaine ? C’est précisément pour cela, à l’origine, qu’il a été conçu : pour qu’il existe au moins un lieu à l’abri des puissances d’argent, un lieu sanctuarisé. Pour l’instant, on en est bien loin. Emmanuel Macron semble même vouloir aller dans le sens exactement opposé…

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29 décembre 2017 5 29 /12 /décembre /2017 06:23

 

 

À en croire E.Macron et le gouvernement, après une « liberté » donnée au patronat via la casse du code du travail, la réforme sur l'assurance chômage devait « rééquilibrer » les choses, avec davantage de « sécurité » pour les salariés. Tartuferie comme en témoigne le contenu  du document provenant du Ministère  du travail, révélé par le Canard Enchaîné. Rédigée par un ancien cadre du Medef, aujourd'hui installé dans le fauteuil de la direction de cabinet de la Ministère du travail, cette note annonce un très sévère durcissement des sanctions contre les chômeurs qui devront par ailleurs remplir un « rapport d'activité mensuel ». Pierre Gattaz avait sonné la charge en octobre dernier en proposant ce contrôle. 

Liberté et impunité pour les « premiers de cordées » et, « en même temps », contrôle, sanctions, tri et relégation sociale pour les plus fragiles. Voilà le vrai visage du macronisme qui n'est en rien une politique équilibrée, bienveillante, pragmatique...mais une offensive inédite des forces de l'argent contre nos valeurs républicaines et le progrès social.

Faut-il rappeler qu'un chômeur sur deux n'est pas indemnisé et que cette indemnisation est un droit obtenu via les cotisations sociales ? Faut-il préciser qu'une récente enquête de Pôle emploi a fait rendre gorge à ceux qui stigmatisaient les chômeurs accusés de ne pas chercher de travail. 

Avec de telles recommandations, le contrôle et la sanction des chômeurs - qui existent déjà -  si durement renforcés seraient un basculement dans une société de la défiance et du rejet vis à vis de celles et ceux qui ne trouveraient pas leur place dans la France Start-up de Macron. Après les Gad, les costards, ceux qui foutent le bordel ou qui n'aiment pas les réformes...tout cela fait sens.

Les chômeurs n'ont pas besoin d'un contrôle renforcé mais d'un service public de l'emploi avec des moyens supplémentaires, d'une véritable sécurisation de l'emploi et de la formation, de contrats de travail permettant de se projeter dans la vie, de salaires décents. Les combats pour des droits élargis, pour  une égalité réelle, pour la dignité des salariés comme des migrants, sont et seront essentiels pour, dans les prochains mois, faire grandir en force et en crédibilité une alternative de progrès au pouvoir actuel. Il y a urgence car E.Macron et ses alliés, eux, n'attendent pas

 

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29 décembre 2017 5 29 /12 /décembre /2017 06:21

 

« Nous avons une grande tradition française : celle de l'agenda caché, ou des trahisons successives », a déclaré Emmanuel Macron, hier, dans le quotidien espagnol El Mundo. Le document sur le contrôle des chômeurs, dévoilé cette semaine par le Canard enchaîné, va prolonger cette histoire : de la flexisécurité ne reste déjà que la flexibilité, et la protection promise aux salariés après le saccage du Code du travail s'est évanouie. Doublement des sanctions, obligation de remplir un rapport mensuel d'activité, surveillance renforcée, radiations même au cas où deux formations ou petits boulots seraient refusés... L'auteur de cette note confidentielle, Antoine Foucher, un ancien du Medef, ne s'est pas creusé la tête. Il a puisé dans le stock de propositions de son ancien patron, Pierre Gattaz.

L'objectif de cette mise en examen des chômeurs répond à l'objectif de dégonfler les statistiques du chômage. Mais elle vise plus fondamentalement à contraindre les privés d'emploi à accepter n'importe quel poste, à s'engager sur un véritable toboggan social, à admettre la précarité comme un nouveau mode d'existence. Déjà, un chômeur sur deux n'est pas indemnisé. Le paradoxe tient en ce que ce formidable ébranlement des conditions de vie et de travail vise avant tout à la conservation des privilèges des plus hautes fortunes, à la pérennisation de profits gigantesques, à la perpétuation de la domination politique des nantis. Cette contradiction constitue l'espace dans lequel le nouveau pouvoir peut se mouvoir et qui prend à contre-pied les syndicalistes et les progressistes. L'émancipation du travail doit devenir un objectif commun pour que, selon le mot de Jaurès, l'emploi cesse d'être traité « comme une marchandise que les détenteurs du capital acceptent ou refusent à leur gré ».

 

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28 décembre 2017 4 28 /12 /décembre /2017 06:51

 

Emmanuel Macron a, paraît-il, une qualité extraordinaire : il fait ce qu'il a dit qu'il ferait. On nous l'a répété à longueur de média en cette fin d'année. Ce don serait tellement hors du commun qu'il se passerait de la moindre preuve, le regain de popularité du chef de l'État dans les enquêtes d'opinion suffisant à en constater l'évidence. Subtilement, un glissement s'opère ainsi au profit du président et de la majorité les plus mal élus de la Ve République : la légitimité d'une politique ne se mesurerait plus à son approbation par les Français, mais au seul fait d'avoir été prétendument annoncée avant l'élection.

On pourrait aussi demander leur avis à ceux qui font les frais de ces soi-disant « promesses » tenues, par exemple en interrogeant les salarié-e-s de chez Pimkie. Deux cents d'entre elles et eux pourraient être remercié-e-s l'an prochain par la famille Mulliez, les fondateurs d'Auchan, qui pointent au quatrième rang des fortunes de France. Ces milliardaires propriétaires de la marque de vêtements auraient toutes les raisons de dire « merci Macron », puisque les ordonnances leur donnent la possibilité d'éviter les tracasseries d'un plan social en cas de licenciements économiques pour leur préférer la voie de la « rupture conventionnelle collective », sans obligation de reclassement ni indemnités supralégales. Or, non seulement de telles régressions sociales n'ont jamais été évoquées pendant la campagne ­ le contenu des ordonnances ayant été caché puis nié par ses auteurs une fois le texte dévoilé dans la presse une semaine avant les législatives ­, mais Emmanuel Macron avait aussi indiqué que son projet de rendre le licenciement moins coûteux avait pour objectif de « lever les freins à l'embauche en CDI »... On voit ce qu'il en est dans le cas de Pimkie.

Le chef de l'État ne joue pas plus franc-jeu que ses prédécesseurs. Être journaliste et affirmer le contraire sans sourciller est problématique dans une démocratie malade du soupçon de connivence du pouvoir et des « médias »

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27 décembre 2017 3 27 /12 /décembre /2017 07:05

 

Faut-il le dire, au lendemain de Noël, l'Humanité et ses lecteurs se sentent plus proches de l'homélie du pape François que des circulaires du ministre de l'Intérieur français et de la loi antimigrants que diligente Emmanuel Macron... « Dans les pas de Joseph et de Marie, se cachent de nombreux pas », a expliqué le souverain pontife, « nous voyons les traces de familles entières qui, aujourd'hui, se voient obligées de partir ». Et il a évoqué « les traces de millions de personnes qui ne choisissent pas de s'en aller mais qui sont obligées de se séparer de leurs proches, sont expulsées de leur terre ». Et de préciser : « Dans beaucoup de cas, ce départ est chargé d'espérance, chargé d'avenir ; dans beaucoup d'autres, ce départ a un seul nom : la survie. Survivre aux Hérode de l'heure qui, pour imposer leur pouvoir et accroître leurs richesses, n'ont aucun problème à verser du sang innocent. »

Ces mots ont de la force, quand, dans les neiges des Alpes, des réfugiés, politiques ou économiques, sont traqués par des policiers, quand ceux qui les secourent ou leur ouvrent leurs portes sont poursuivis devant des tribunaux, quand un régime veut transformer les associations en auxiliaires. De bonnes paroles sur l'aide au développement ne suffisent pas ; des actes urgents doivent bousculer la violence de l'ordre du monde.

Nous aurons encore demain des désaccords avec le pape lorsque nous défendrons le droit des femmes à disposer de leur corps ou celui de chaque être de vivre la sexualité de son choix. Mais qu'on les trouve dans une crèche de Bethléem ou au cœur des solidarités populaires les raisons de se dresser, les points de vue communs peuvent devenir des rencontres. Alors que des Noëls profanes ou chrétiens sont célébrés, celui qui croyait au ciel et celui qui n'y croyait pas peuvent se retrouver dans le devoir que Jaurès fixait à tous : Aller « où la vérité souffrait, où l'humanité criait ».

 

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27 décembre 2017 3 27 /12 /décembre /2017 06:57

Il est totalement inacceptable que Rokhaya Diallo et Axiom aient été exclus du conseil national du numérique après une campagne orchestrée par la droite, relayée par le printemps républicain.

Le PCF se félicite que Marie Ekeland à la tête de cet organe consultatif ait démissionné en signe de protestation et avec elle la majorité des membres récemment désignés.

Le procès en illégitimité fait à Rokhaya Diallo, par « crainte d'un manque de sérénité » est dangereux pour la démocratie. 

Il est temps que l'affichage pour la diversité dont se réclame Mr Macron se traduise par une politique volontariste pour faire reculer le racisme sous toutes ses formes et faire de l'égalité de traitement une réalité pour tou-te-s les discriminé-e-s : cela passe par leur juste représentation dans les différentes instances démocratiques.

AFFAIRE ROKHAYA DIALLO : UN NOUVEAU MACCARTHYSME
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24 décembre 2017 7 24 /12 /décembre /2017 15:38

S'appuyant sur une base de 175 millions de données permettant de mesurer les différences de revenus et de patrimoine, les économistes de plus de 70 pays dénoncent une montée en flèche des disparités dans le monde depuis quarante ans.

Le travail des économistes compilé dans le Rapport sur les inégalités mondiales dessine un profil des inégalités qui, malgré les différences entre continents et pays, semble suivre la même trajectoire. Les économistes en ont identifié plusieurs causes.

 

1 - LES VAGUES DE PRIVATISATIONS

Tout commence par l'inégale répartition du capital entre privé et public. Si la richesse nationale a considérablement augmenté, dans le même temps, la privatisation des services et des entreprises s'est accélérée. « Ces dernières décennies, d'importants transferts du patrimoine public vers le privé se sont opérés dans la plupart des pays, riches comme émergents », expliquent les auteurs. Le patrimoine privé a doublé ­ passant de 200350 % du revenu national en 1970 à 400-700 % aujourd'hui ­, voire même triplé ou quadruplé en Russie et en Chine.

À l'inverse, le patrimoine public net (les actifs publics moins les dettes) a diminué partout, jusqu'à rester tout juste positif en Allemagne, en France ou au Japon, devenant négatif au Royaume-Uni et aux États-Unis. « Le fait que l'on observe des pays avec un patrimoine public négatif est un fait économique majeur et tout à fait particulier, alerte l'économiste Lucas Chancel. Cela veut dire que, si le gouvernement américain vendait l'ensemble de ses écoles, hôpitaux, infrastructures de transport et titres, il ne serait même pas en mesure de rembourser sa dette. » Ce qui « limite la capacité d'action des États contre les inégalités ». De plus, la hausse du capital privé a profité essentiellement aux plus riches, alors que les États, en vendant leurs actifs, se sont privés d'une rente régulière. Au final, « les détenteurs de patrimoine privé se sont enrichis, mais les États se sont appauvris », expliquent les auteurs, alors que richesse nationale a largement augmenté.

COMMENT LES INEGALITES SE CREUSENT (L’HUMANITE – VENDREDI 15 DECEMBRE 2017 – CLOTILDE MATHIEU)

 

2. - CHUTE DE LA FISCALITE POUR LES PLUS RICHES

« Entre 1970 et le milieu des années 2000, la progressivité de l'impôt a été fortement réduite dans les pays riches et dans certains pays émergents », annoncent les auteurs. « Notre rapport est un cri d'alarme contre cette lourde tendance inégalitaire. Car, chaque pays pris isolément a envie d'attirer chez lui les plus riches », note Thomas Piketty. Dans le même temps, l'impôt des classes moyennes augmente. Pour les auteurs, si la réduction des inégalités passe par la généralisation de l'impôt progressif, celle-ci ne pourra se faire qu'à condition de lutter contre l'évasion fiscale. « Les capitaux placés dans les paradis fiscaux ont considérablement augmenté depuis les années 1970 et représentent aujourd'hui plus de 10 % du PIB mondial », écrivent-ils.

Du fait d'un plus grand recours à ces artifices, « il est difficile de mesurer et d'imposer correctement le patrimoine et les revenus du capital à l'heure de la mondialisation », regrettent les économistes. Et de proposer la création d'« un registre mondial des titres financiers permettant d'identifier les détenteurs ».

COMMENT LES INEGALITES SE CREUSENT (L’HUMANITE – VENDREDI 15 DECEMBRE 2017 – CLOTILDE MATHIEU)
COMMENT LES INEGALITES SE CREUSENT (L’HUMANITE – VENDREDI 15 DECEMBRE 2017 – CLOTILDE MATHIEU)

3 - BAISSE DES DÉPENSES PUBLIQUES POUR LES PLUS PAUVRES

L'autre problème concerne les plus bas revenus. Les divergences « entre l'Europe de l'Ouest et les États-Unis, qui avaient des niveaux d'inégalité comparables en 1980, mais se trouvent aujourd'hui dans des situations radicalement différentes », s'expliquent, selon Thomas Piketty, par « une inégalité considérable en matière d'éducation ». « Cela montre que les politiques publiques ont un fort impact sur les inégalités », ajoute-t-il. Aux États-Unis, sur 100 enfants dont les parents appartiennent aux 10 % des revenus les plus bas, seuls 20 à 30 vont à l'université. Ce chiffre passe à 90 lorsque les parents appartiennent aux 10 % des plus hauts revenus. Or, rappellent les auteurs du rapport, « une démocratisation de l'accès à la formation est un puissant levier », même si « l'éducation ne suffira pas à réduire les inégalités ». Dans leur rapport, ils préconisent une « meilleure représentation des travailleurs dans les organes de direction des entreprises et des salaires minimaux corrects ».

Reste que les inégalités pourraient encore s'aggraver. Dans leur rapport, les auteurs anticipent une nouvelle hausse d'ici à 2050, sur la base des tendances actuelles. La part de patrimoine des plus riches passerait ainsi de 33 % à 39 %, tandis que « la classe moyenne mondiale » verrait sa part de patrimoine « comprimée », de 29 % à 27 %. Pour autant, « le but de ce rapport (n'est) pas de se lamenter », mais de voir « comment il est possible, au sein d'une même mondialisation, d'avoir différentes politiques nationales », a expliqué Thomas Piketty sur France Inter.

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24 décembre 2017 7 24 /12 /décembre /2017 15:36

14 000, C'EST LE NOMBRE D'ÉTRANGERS EXPULSÉS DE FORCE EN 2017, SELON LE MINISTÈRE DE L'INTÉRIEUR.

 

Le projet de loi en préparation au ministère de l'Intérieur prévoit une série de mesures jugées inquiétantes par les associations. L'Humanité décrypte les plus graves.

Le ministre de l'Intérieur, Gérard Collomb, devait rendre sa copie au Conseil d'État la semaine dernière. Mais le projet de loi sur l'immigration qu'Emmanuel Macron voulait voir à l'Assemblée avant la fin de l'année tarde à se finaliser. D'abord annoncé pour le mois de janvier, c'est désormais au printemps qu'est censé fleurir ce texte considéré par beaucoup comme un poison. Et notamment par les associations à qui l'exécutif a présenté ses propositions ces dernières semaines.

Résultat : elles sont vent debout contre le projet gouvernemental, qui ne prévoit aucune régularisation de sans-papiers, ni d'intervenir sur la question du délit de solidarité. Au contraire, c'est bien à une amplification des politiques répressives à l'égard des étrangers que travaille le gouvernement.

 « Ça va au-delà de ce que préconisaient Charles Pasqua et Jean-Louis Debré, en leur temps », analyse Dominique Noguères, vice-présidente de la Ligue des droits de l'homme (LDH). « On dépasse toutes les lignes rouges », abonde Jean-Claude Mas, secrétaire général de la Cimade.

 

1 - LE DROIT D'ASILE EN VOIE DE DÉCONSTRUCTION

Emmanuel Macron et Gérard Collomb ont décidé de s'attaquer en premier lieu à l'asile. Le texte en préparation place Beauvau prévoit que le délai de traitement des demandes par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) et la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) soit revu à la baisse. « L'objectif du président est de les réduire à deux mois », indique dans le JDD le directeur de l'Ofpra, Pascal Brice, sans s'interdire de pointer « les difficultés sérieuses (...) qui doivent être résolues ». À la suite d'un rejet de l'Ofpra, un réfugié n'aura plus que quinze jours pour formuler un recours devant la CNDA, contre un mois aujourd'hui. Dans le cadre de certaines procédures, le caractère suspensif de ce recours pourra même être levé, s'il y a un risque de trouble à l'ordre public, par exemple, ou si la personne est en provenance d'un pays jugé « sûr ».

Le gouvernement souhaite, par ailleurs, réduire le nombre de demandeurs d'asile. Il pourrait atteindre les 95 000 personnes fin 2017, pour seulement 87 000 places d'hébergement prévues en 2019. Le texte en cours d'écriture propose donc une série d'autres mesures. Le membre d'une organisation reconnue comme terroriste par un pays de l'Union européenne (UE) ne pourra, par exemple, plus déposer de demande d'asile. L'exécutif veut également « appliquer la logique des accords de Dublin à des pays qui n'en sont pas signataires », explique Dominique Noguères. L'idée de Gérard Collomb est de créer une liste de pays de transit sûrs. « Une façon pour le gouvernement de se soustraire à son devoir d'accueil », commente le secrétaire général de la Cimade.

 

2 - L'ENFERMEMENT ET L'ÉLOIGNEMENT GÉNÉRALISÉS

Le principe est d'appliquer le plus strictement possible les accords de Dublin, qui prévoient de renvoyer un demandeur d'asile vers l'État de l'UE où il a été préalablement enregistré. Le ministre de l'Intérieur digère d'ailleurs très mal l'arrêt pris par la Cour de cassation, le 27 septembre dernier, censurant l'enfermement des « dublinés » en centre de rétention administrative (CRA). Estimant que le taux de « dublinés » dont la demande d'asile a été rejetée par un État de l'UE est de 75 %, le gouvernement entend créer les moyens législatifs pour les enfermer avant de les renvoyer.

 

 

3 - DE NOUVEAUX OUTILS DE CONTRÔLE DÉPLOYÉS

Afin que personne n'échappe à la machine infernale que nos dirigeants sont en train d'élaborer, l'exécutif prévoit enfin de multiplier les outils de contrôle. La durée de la retenue pour vérification du droit au séjour, actuellement fixée à 16 heures, passera ainsi à 24 heures. Le Siao (service intégré d'accueil et d'information) et l'Office français de l'immigration et de l'intégration devront également échanger leurs informations. Le principe d'inconditionnalité de l'hébergement risque de fait d'être remis en cause par le contrôle systématique de la situation administrative des bénéficiaires des centres d'hébergement d'urgence. « Des circulaires préfectorales demandant aux associations gestionnaires de collaborer ont déjà été émises, alerte Claire Rodier, du Gisti. On ne sait pas jusqu'où ira ce projet de loi, mais c'est très inquiétant.» Cerise sur le gâteau, Gérard Collomb entend retirer à l'aide sociale à l'enfance la mission d'évaluation de l'âge des mineurs non accompagnés pour que l'État s'en charge seul. « C'est le signe d'une défiance à l'égard des services de la protection de l'enfance, et d'une suspicion envers tous les jeunes étrangers », conclut Dominique Noguères.

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EN RÉSISTANCE POUR LA JOURNÉE INTERNATIONALE DES MIGRANTS

Collectifs citoyens et associations nationales s'unissent progressivement pour faire face aux politiques gouvernementales qui visent les étrangers et leurs soutiens. Dans le cadre des états généraux des migrations, lancés à Paris il y a quelques semaines, et à l'approche de la Journée internationale des migrants, ce week-end, des manifestations ont eu lieu partout en France. Hier, à Névache (Hautes-Alpes), au pied du col de l'Échelle, plusieurs centaines de personnes se sont encordées sur les sentiers empruntés par les exilés à travers les montagnes enneigées.

Au même moment, dans le secteur, plusieurs réfugiés se sont trouvés piégés par la neige en cherchant à passer la frontière. Vingt-cinq personnes sont parties leur prêter main-forte. Plus bas, à Menton (Alpes-Maritimes), 500 personnes se sont rassemblées, samedi, pour exiger l'abrogation du délit de solidarité.

Aujourd'hui, à Nice, à 19 h 30, se tient à l'hôtel Splendid une conférence avec Régine Ailhaud-Blanc, mairesse de Champtercier (04), Philippe Bouyssou, maire d'Ivry (94), et Damien Carême, maire de Grande-Synthe (59), trois édiles porteurs de projets solidaires dans leur commune.

Un texte allant dans ce sens, porté par « les constructifs », a été adopté jeudi dernier par les députés. L'exécutif entend aller plus loin en créant des centres dédiés aux dublinés. « Ils veulent les enfermer avant même qu'une décision d'éloignement ait été prise, s'indigne Jean-Claude Mas. On tombe dans l'arbitraire. » La rétention devient l'outil privilégié du couple Macron-Collomb dans sa lutte contre l'immigration. Une personne pourra ainsi être enfermée quatre - vingt – dix jours en CRA, contre quarante-cinq aujourd'hui, et même jusqu'à cent dix jours dans certains cas. Deux cents nouvelles places seront créées. Et la vidéoconférence y deviendra obligatoire.

Gérard Collomd souhaite, en outre, qu'aucune nationalité ne reste inéloignable. Il est donc prêt à user de pressions et autres accords bilatéraux pour que les pays tiers délivrent plus rapidement leurs laissez-passer consulaires, lorsque la France souhaite expulser un de ses ressortissants. « Il ne s'agit plus seulement de récompenser les États qui acceptent de coopérer, mais de faire en sorte qu'ils n'aient pas les moyens de s'y opposer, par l'inclusion de la dimension migratoire dans tous les domaines de coopération (économique, commercial, politique ou militaire), y compris l'aide au développement », développe la Cimade.

 

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21 décembre 2017 4 21 /12 /décembre /2017 19:48
Laurence Cohen, sénatrice communiste (présente à la fête du premier mai à Morlaix en 2017), membre de la Commission des Affaires Sociales du Sénat et de la Commission Egalité femmes-hommes du PCF

Laurence Cohen, sénatrice communiste (présente à la fête du premier mai à Morlaix en 2017), membre de la Commission des Affaires Sociales du Sénat et de la Commission Egalité femmes-hommes du PCF

URGENCE POUR LES EHPAD et L’Aide à Domicile
Communiqué de Laurence Cohen et Dominique Watrin -
 Par /21 décembre 2017

Reçus le 19 décembre 2017 par la conseillère parlementaire de la Ministre de la Santé Agnès Buzyn, le sénateur Dominique Watrin et la sénatrice Laurence Cohen, accompagnés d’élues départementales* ont illustré par des exemples précis la crise profonde vécue par le secteur de l’aide à domicile d’une part et d’autre part celle des EHPAD publics et non lucratifs. Ces derniers sont encore plus pénalisés financièrement par la politique de convergence tarifaire alors que tous les indicateurs sont déjà au rouge (manque de personnel, suppressions de contrats aidés, précarisation des salarié-e-s, qualité des services réduits au minimum pour un reste à charge élevé…).

L’échange franc et direct n’a pas permis toutefois que soient prises en compte leurs demandes de rémunérations des services d’aide à domicile « au juste prix » et d’abandon d’une réforme de la tarification des EHPAD aux conséquences catastrophiques en adoptant un moratoire par exemple.

D’ores et déjà, certains départements sont obligés de dépenser des centaines de milliers d’euros supplémentaires pour limiter la casse : perte de 4 à 5 aides-soignantes dans certains EHPAD ; budgets amputés de dizaines de milliers d’euros dès 2018…

Cette situation ne peut pas durer !

Les parlementaires communistes soutiennent les mouvements de grève en cours dans certains EHPAD et saluent l’initiative de grève nationale à l’appel des syndicats de salarié-e-s le 30 janvier (CFDT, CFTC, CGT, FO et UNSA). Ils renouvellent leur désaccord total avec un système profondément injuste qui aboutit à diminuer encore les moyens des EHPAD publics et non lucratifs. Ils s’inquiètent de la dégradation des conditions de travail de l’aide à domicile, de la non valorisation de ces métiers si difficiles.
Ils appellent la Ministre à en tirer au plus vite toutes les conséquences.


*La délégation était composée de la sénatrice Laurence Cohen et du sénateur Dominique Watrin, ainsi que de Brigitte Jeanvoine, Vice-Présidente en charge de l’Autonomie au CD94, Françoise Fitter, Vice-Présidente au Handicap au CD66 et Claudine Le Bastard, élue départementale des Côtes d’Armor.

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