La question du port du masque et de son obligation continue a être le chiffon rouge agité par le gouvernement, accompagné de la menace d’un reconfinement généralisé. La stratégie du pouvoir depuis le début de la crise est erratique. Tout d’abord des mensonges pour cacher la pénurie, puis un débat ubuesque sur les lieux où s’applique l’obligation, utilisé pour échapper au vrai problème qui est la difficulté à se faire tester, pour arriver à une décision autoritaire et infantilisante de la généralisation de l’obligation, y compris dans la rue. Heureusement, nous avons échappé à l’aberration du masque pour les cyclistes et les joggeurs !
Si le nombre de personnes testées positives augmente fortement depuis deux semaines, il n’en va pas de même du nombre de malades. Cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas rester vigilants car nous en apprenons tous les jours avec cette épidémie et toutes les hypothèses, y compris les plus alarmistes, doivent être envisagées. Mais cela ne veut pas dire qu’il est nécessaire d’affoler la population et surtout de l’infantiliser, avec la menace de sanctions vis-à-vis de mesures qui n’apparaissent pas convaincantes au niveau de leur priorité pour lutter contre l’infection. En effet, aucune étude sérieuse n’a montré la réalité des contagions en milieu ouvert hormis quand la distanciation n’était pas respectée. La mesure essentielle est donc bien de respecter avant tout les distances et de porter le masque quand cela n’est pas possible. D’ailleurs, alors qu’aucune dérogation ne semble possible dans la rue, la ministre du Travail vient elle-même d’annoncer que des aménagements au cas pas cas seraient possibles en entreprise. Quelle logique, alors que nous constatons qu’un bon nombre de foyers, donc de lieux de contamination, sont justement situés en milieu professionnel !
Il serait bien plus utile pour obtenir une adhésion de la population aux mesures proposées en expliquant plutôt que qu’en imposant. Seule la conviction de la justesse des contraintes mises en place permettra d’obtenir une attitude adaptée et d’éviter les oppositions virulentes de groupes de personnes, souvent instrumentalisés par des organisations politiques dangereuses justement pour les libertés qu’elles disent défendre.
Face à une épidémie, il faut bien entendu prendre des mesures pour en limiter son extension, tout en restant humble, car c’est plus souvent son évolution naturelle plus que les mesures barrières qui aboutissent à son extinction. Aujourd’hui la stratégie doit être mutifactorielle : bien entendu le masque mais avec ses limites, surtout les tests et l’isolement le plus rapide des personnes contaminantes et surtout une capacité du système de santé à pouvoir répondre aux besoins, tant en ville qu’à l’hôpital. Or c’est sur cette dernière question que le bât blesse et que les moyens ne sont toujours pas à disposition. Car il s’agit bien d’éviter que le gens tombent malades, mais surtout d’être en capacité de les soigner quand il le sont. Or l’ampleur de la crise dans notre pays a été uniquement liée aux difficultés de nos hôpitaux à accueillir un afflux de patients, assez brutal dans le temps mais somme toute limité en nombre, car ils étaient exsangues du fait des politiques de restrictions budgétaires imposées depuis plus de 20 ans.
On les appelle les « rois de l’or gris ». Ce sont ces multimillionnaires qui, profitant de la défaillance de l’État en matière de maisons de retraite, ont multiplié les Ehpad privés dans les années 80/90. Ils s’appellent Yves Journel (Fabien Roussel en a fait état dans son intervention à Dunkerque), Dominique Pellé ou Jean-François Gobertier. Leur fortune personnelle s’élève respectivement à 750, 600 et 350 millions d’euros. La crise ? Vous avez dit la crise ? Un concept que ces gens semblent ignorer. Le dernier nommé, Gobertier, est connu pour collectionner les Harley, les voitures de luxe, les restaurants, les hôtels. C’est vrai qu’il accumule aussi les enquêtes préliminaires pour corruption, abus de biens sociaux et blanchiment. Remarquez : un roi de l’or gris, qui spécule sur les têtes blanches et soupçonné de blanchiment, on va dire qu’il y a là une certaine logique.
Mesure phare du plan de relance, la baisse des impôts aux entreprises devrait atteindre 20 milliards d’euros sur deux ans.
Un plan de relance des profits. Sauf surprises peu probables, c’est ce que le gouvernement présentera ce jeudi. Sous couvert de retrouver le niveau de PIB d’avant le confinement, les mesures chiffrées à 100 milliards d’euros, dont la plupart sont déjà connues, donnent surtout satisfaction aux revendications patronales. Comme il l’a annoncé lors de l’université d’été du Medef le 27 août dernier, le premier ministre, Jean Castex, devrait confirmer une baisse des impôts des entreprises de 20 milliards d’euros sur deux ans qui s’ajoutera à la baisse du taux d’imposition sur les sociétés déjà inscrite dans la loi de finances. Ce nouveau cadeau devrait prendre la forme d’une diminution de la contribution sur la valeur ajoutée des entreprises (CVAE). Cet impôt porte sur les richesses créées. Les entreprises ne s’en acquittent donc pas « avant même d’avoir commencé à produire », comme le prétend de manière éhontée le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire. La mesure est censée profiter aux PME, mais les donneurs d’ordres auront tôt fait d’en récupérer l’essentiel en imposant une baisse des prix à leurs fournisseurs. À terme, cette baisse fragilisera un peu plus le financement des collectivités locales, à laquelle la CVAE contribue. Le plan de relance comprend également 6,5 milliards d’euros de mesures déjà annoncées d’allégement du « prix du travail » sous forme de prime de 4 000 euros pour l’embauche des jeunes de moins de 25 ans et de suppression des cotisations jusqu’à 2,5 fois le Smic.
Quelques 5 milliards d’euros iront à la SNCF
Les aides ciblant les entreprises véritablement en difficulté sont le parent pauvre du dispositif. Seuls 3 milliards d’euros devraient être mobilisés pour renforcer leurs fonds propres. De la même manière, « la priorité » gouvernementale à la relocalisation des productions ne serait dotée que d’un fonds de 1 milliard d’euros.
Côté demande, le plan de relance devrait comprendre une enveloppe de « 4 à 5 milliards d’euros », selon la ministre déléguée au Logement, Emmanuelle Wargon, affectée à la rénovation thermique des écoles et des Ehpad mais aussi des logements et sans condition de ressources. 5 milliards d’euros iront à la SNCF. Le plan de relance devait intégrer aussi les 6 milliards d’euros promis au système hospitalier lors du Ségur de la santé. Quant aux plus modestes, une aide de 1 000 euros pour l’achat de produits de première nécessité est évoquée. La lutte contre les licenciements n’est en revanche pas à l’ordre du jour. Aucune mesure n’est prévue pour empêcher les entreprises de réduire les effectifs pour restaurer leurs marges.
Le plan de relance, présenté ce jour par le Premier ministre, confirme le choix du Président et du gouvernement de relancer les profits plutôt que de répondre aux défis des crises sanitaire, économique et écologique.
Les grands gagnants du « jour d’après » sont le capital, les actionnaires des grands groupes, les fonds de pension, les banques qui continueront d’agir contre l’emploi et la transition écologique pour que tout continue comme avant… en pire ! Alors que notre pays compte plus de 6 millions de privé·e·s d’emploi, l’annonce de création de 160 000 emplois en 2021 apparaît d’autant plus faible que la logique du plan gouvernemental ne peut en rien la garantir.
Après les milliards d’argent public versés à de grands groupes qui licencient, la baisse des impôts dits de production coûtera 20 milliards aux Français·es sans aucune garantie sur l’emploi privé, les jeunes ne reçoivent d’autre promesse que celle d’emplois précaires, aucune création de postes ou de mise en formation significative n’est prévue dans les services publics essentiels que sont la santé, l’éducation et la culture est le parent pauvre du plan. Quant aux PME, TPE, artisans, ils sont condamnés à subir les stratégies mortifères des grands groupes.
En matière de transition écologique, le gouvernement avait déjà envoyé le pire signal avec la levée de l’interdiction des néonicotinoïdes qui provoquera des dégâts irréparables. Les annonces du plan de relance en matière de transports, d’énergie, de rénovation thermique sont en contradiction avec le soutien du gouvernement à la baisse du soi-disant « coût du travail » dans les grandes entreprises publiques et privées de ces secteurs : à la SNCF, à General Electric, chez Air France, les suppressions d’emplois se poursuivent.
A l’inverse de ce plan, les communistes proposent aux Français·es de construire « le système d’après » !
L’heure est à une révolution sociale et écologique de la production et au développement des services publics. Pour cela, il faut sécuriser, non les profits, mais sécuriser l'emploi, au lieu de conforter le chômage, développer la formation et les compétences au lieu de favoriser le capital financier, en engageant la marche vers un système donnant le droit et la liberté à chacun et chacune d’alterner entre période d’emploi et période de formation avec des droits et des revenus garantis.
Cette sécurité de l’emploi et de la formation, mettons-la en œuvre toute de suite pour les jeunes de notre pays, à commencer par les plus de 700 000 jeunes arrivant sur le marché du travail. Garantissons à chaque jeune une sécurité professionnelle dès la sortie de ses études, avec un emploi, un salaire ou une formation professionnelle, et cela pour toute la durée de sa vie. C’est la proposition des communistes en cette rentrée : pas un seul jeune au chômage ! Priorité à la jeunesse !
Le PCF lancera lors de son conseil national du 5 septembre une campagne nationale pour l’emploi. Il appelle à participer massivement à la journée d’action interprofessionnelle du 17 septembre et organisera, le 10 octobre, des rassemblements dans tout le pays pour une alternative au plan de relance gouvernemental. Dans le cadre de cette campagne nationale, le PCF appelle à la création de comités locaux pour l’emploi réunissant salarié·e·s, acteurs économiques et sociaux, syndicats, associations, habitant·e·s et élu·e·s : pour demander des comptes sur l’utilisation de l’argent des banques, des grands groupes, et l'argent public ; et pour porter des objectifs précis, chiffrés, de créations d’emplois, de formation pour les jeunes et pour tous les travailleurs tout au long de la vie, de développement des services publics, de productions utiles sur le plan social et écologique. Ces comités pourraient préfigurer de nouvelles institutions locales, des conférences permanentes pour l’emploi, la formation et la transformation écologique des productions.
C’est à ces objectifs que la société tout entière doit exiger que soit consacré l’argent qui coule à flot aujourd’hui sur le capital, à commencer par les milliers de milliards d’euros que la BCE déverse en ce moment sur les banques et sur les marchés financiers.
L’exécutif détaille ce jeudi matin son plan de 100 milliards d’euros. Emmanuel Macron et Jean Castex préparent aussi plusieurs réformes afin d’enterrer définitivement le monde d’après dès cet automne.
La présentation du plan de relance du gouvernement, sur RTL, marque une rentrée politique décidément très à droite pour la Macronie. Loin de relever les défis posés par le Covid, en s’attaquant à toutes les injustices mises en lumière, l’Élysée cherche à enterrer le monde d’après pour imposer des réformes qui risquent d’aggraver la crise.
Au moins, le gouvernement n’avance pas masqué : « C’est un plan de relance de l’offre et de l’investissement », a annoncé Jean Castex, lors des universités d’été du Medef. Sans surprise, le plan de relance sera donc de droite, en grande partie dirigé en faveur des grands patrons et des actionnaires. L’exécutif privilégie les cadeaux au capital au détriment des travailleurs et des ménages, au motif que leurs revenus auraient déjà été « préservés ». Le premier ministre fait ainsi fi des grandes inégalités économiques et sociales exacerbées par la crise sanitaire et de l’occasion historique de relancer l’économie à partir de la réponse aux besoins des populations et de la répartition des richesses créées.
Un plan de relance pro-CAC 40
Sur les 100 milliards d’euros mis sur la table, un tiers de la somme sera même consacré à la « compétitivité ». Comprendre, la baisse de la fiscalité des entreprises, qui n’auront à souffrir d’aucune conditionnalité sociale ou environnementale en contrepartie. Le tout après avoir déjà bénéficié de plus de 100 milliards liés au Cice sans pour autant créer le million d’emplois promis alors par Pierre Gattaz, ex-patron du Medef. Ces pertes de recettes massives pour l’État annoncent déjà la rigueur budgétaire à venir : le déficit devra « retrouver son niveau de fin 2019 d’ici à la fin du quinquennat », affirme Jean Castex. Les services publics, pourtant si utiles et d’autant plus en temps de crise, sont déjà dans le viseur.
Au plus fort de la crise, Emmanuel Macron n’avait plus assez de mots pour louer le travail indispensable des « métiers essentiels » : caissières, éboueurs, manutentionnaires, professeurs, chauffeurs livreurs… Ces femmes et ces hommes « que nos économies reconnaissent et rémunèrent si mal ». Si, à l’issue des négociations du Ségur de la santé, les personnels soignants, en première ligne pendant la crise, ont obtenu des revalorisations salariales qu’ils estiment d’ailleurs insuffisantes, les salariés de la deuxième ligne attendent toujours des actes. Mi-mai, Muriel Pénicaud, alors ministre du Travail, avait assuré que les branches professionnelles seraient convoquées afin de prendre en compte ces métiers « qui ont besoin d’être valorisés ». En septembre, toujours rien. Pis, ceux qui étaient aux avant-postes pendant le confinement, souvent précaires, vont recevoir en guise de récompense deux réformes particulièrement nocives que le gouvernement ne veut pas abandonner malgré les larges oppositions. Celle de l’assurance-chômage, dont certaines mesures sont reportées à 2021, et celle des retraites promise « avant la fin du quinquennat » par Laurent Pietraszewski, secrétaire d’État en charge du dossier.
La grande diversion sur l’insécurité
La crise du Covid a mis en lumière toute la nocivité des choix politiques pris par Emmanuel Macron depuis son élection. Comment faire diversion, tout en préparant au passage le terrain pour 2022 ? En multipliant les déclarations sur l’insécurité et en promettant une loi contre les « séparatismes » pour la rentrée, comme le fait le premier ministre, Jean Castex. Son ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, va encore plus loin, multipliant quotidiennement les provocations. Loin de porter jusqu’à présent des mesures concrètes pour lutter contre les incivilités et l’insécurité, il s’attelle méthodiquement à instiller un climat d’insécurité pour détourner les esprits du monde d’après à bâtir. Celui qui parle d’ « ensauvagement » de la société malgré des statistiques stables assène également qu’ « avoir le droit d’asile ne créer par le droit de mettre le bordel », dans le plus pur style sarkozyste. Si le droit à la sécurité doit bien sûr être garanti à tous, les coups de menton de l’exécutif visent surtout à masquer un « séparatisme » qu’il organise lui-même : celui des plus riches d’avec les pauvres.
Des territoires mis en concurrence
Dans les discours, Emmanuel Macron et son premier ministre, Jean Castex, ne cessent de louer les territoires. À les entendre, ils souhaiteraient confier un rôle toujours plus important aux maires, aux départements et aux régions pour relever la longue liste des défis posés par le Covid. Celui du respect des règles sanitaires, bien sûr, mais aussi celui de l’amortisseur social, de la relance économique et du débat citoyen. Problème : la loi 3D que concocte l’exécutif est une bombe à retardement pour les collectivités locales. Derrière son surnom se décline une volonté de « décentralisation, déconcentration et différenciation ». Officiellement, l’objectif serait de « faire confiance au terrain », mais la réalité du projet est tout autre.
Le gouvernement veut poursuivre à tout prix la mise en concurrence des territoires, qui donc fera des gagnants et des perdants, en les montant les uns contre les autres sur le terrain économique. Il souhaite aussi faire voler en éclats le principe d’unicité de la République en permettant de « différencier » les lois selon les territoires, au risque de rompre avec la promesse d’égalité. De quoi renforcer les conséquences négatives du Covid plutôt que d’y remédier. Enfin, le projet suscite l’ire des représentants des associations d’élus locaux, qui le trouvent trop « technique » et sans garantie de pouvoirs et moyens suffisants.
Alors que le gouvernement tente de survendre le « Plan de relance » qui sera publié demain, il n’est pas inutile de rappeler ce que le futur président Macron vint dire aux salariés de Whirlpool entre les deux tours de l’élection présidentielle de 2017. D’autant que le quotidien « Les Échos », plutôt pro-Macron, vient de publier un article qui retrace les étapes du fiasco de la réindustrialisassions du site d’Amiens promise par le candidat Macron et totalement oubliée après son accession à l’Élysée.
Tandis que le « Plan de relance » du gouvernement prévoit d’évoquer certaines relocalisations de productions industrielles, il n’est pas inutile de revenir de sur ce que fut la première promesse non tenue d’Emmanuel Macron concernant l’emploi en France. Courant derrière Marine Le Pen entre les deux tours de l’élection présidentielle, il s’était rendu auprès des salariés de Whirlpool qui luttaient contre la fermeture du site d’Amiens, alors que la firme américaine délocalisait la production de ses lave-linge en Pologne. Fidèle à ses convictions d’ancien banquier et d’ancien ministre de l’Économie favorable aux décisions patronales, Emmanuel Macron déclara ce jour-là aux salariés en lutte : « Je ne suis pas en train de vous dire que je vais sauver vos emplois, parce que personne ne peut le faire dignement ». Évoquant la décision du groupe américain, il s’était contenté d’ajouter : « Ils ont une responsabilité compte tenu des dividendes qu’ils ont versés ».
Le quotidien « Les Échos » n’est pas du genre à cogner sur le patronat. Néanmoins, dans l’édition datée du 27 août dernier, Guillaume Roussange, correspondant de ce journal à Amiens, retrace, en page 20, ce que fut le fiasco de la réindustrialisation du site que promettait Emmanuel Macron. Notre confrère commence par rappeler que l’annonce de la fermeture datait de l’hiver 2017 et que les dirigeants de la firme justifiaient « la fermeture de l’unité amiénoise par des prix français de fabrication supérieurs de 7,5 % par rapport à la Pologne ». Un tel chiffre n’a rien de surprenant quand on sait que les salaires en Pologne sont trois fois plus bas qu’en France en moyenne. Mais, la Pologne étant membre de l’Union européenne, ses produits entrent en France sans le moindre droit à verser aux douanes.
Le fiasco du président du MEDEF de la Somme
Guillaume Roussange rappelait aussi que Whirlpool, en rachetant un peu plus tôt l’entreprise italienne Indesit, s’était retrouvé avec plusieurs sites en doublon. Dans un premier temps, trouver un repreneur pour le site d’Amiens s’avéra difficile. Dans un second temps, Nicolas Decayeux, président du MEDEF dans la Somme et producteur de boîtes aux lettres, s’engagea sur les 55,000 m2 libérés par Whirlpool afin d’y produire « des casiers connectés réfrigérés » pour le commerce de produits alimentaires commandés sur internet et livrés par de nouveaux esclaves. S’y ajoutaient une possible production de véhicules électrique et d’autres activités, dans le cadre d’un projet d’entreprise baptisé « XN », le tout devant permettre d’embaucher à terme 277 personnes.
Le correspondant des Échos indique qu’une centaine de personnes furent embauchées dans un premier temps avant de poursuivre en ces termes : « Las ! C’est déjà trop pour une activité dont la feuille de route semble de plus en plus confuse, et dont le carnet de commandes semble désespérément vide. Rapidement, les salariés donnent l’alerte sur l’inactivité patente de WN. La préfète de la Somme commande un audit indépendant qui révèle « l’impasse financière » de l’entreprise et recommande qu’elle se place sous la protection du tribunal de commerce ».
Ce projet avait obtenu 12 millions d’euros de fonds publics et privés. Mais il n’a finalement débouché sur rien. Pourtant, que ce soit Emmanuel Macron à l’Élysée, Édouard Philippe à Matignon, Bruno Le Maire à Bercy avec Gérald Darmanin en charge des comptes publics, ou encore Muriel Pénicaud au ministère du Travail, on ne trouve aucune trace d’intervention de ces cinq personnalités afin que soit tenue la promesse faite aux salariés de Whirlpool par Emmanuel Macron. Il leur avait pourtant dit : « Je serai là pour protéger un plan social qui défend vos intérêts ».
La « Révolution » vue par le candidat de patrons
Faut-il s’en étonner ? Non si on relit le livre programme publié en 2016 par Emmanuel Macron sous le titre « Révolution » (1). On peut y lire en pages 86 et 87 ces quelques phrases révélatrices de ses choix : « Nous devons apprendre à célébrer et à consacrer ceux qui réussissent dans tous les domaines (…) Pour que cet entreprenariat réussisse et se développe en France, je souhaite deux choses simples. D’abord une fiscalité qui récompense la prise de risques, l’enrichissement par le talent, le travail et l’innovation plutôt que la rente et l’investissement immobilier. Notre fiscalité, et j’inclus ici l’actuel impôt sur la fortune, ne dois plus pénaliser ceux qui réussissent de leur vivant et investissent dans les entreprises et dans l’innovation ».
Avant même l’élection d’Emmanuel Macron à l’Élysée, les dirigeants de Whirlpool appliquaient ses préconisations comme l’ont montré les « Paradise Papers », en révélant une note du cabinet de conseil Backer-McKenzie fournissant aux dirigeants de la firme ces éléments de langage : « En tant que compagnie cotée en Bourse nous avons la responsabilité envers nos actionnaires de gérer au mieux nos opérations mondiales et de fournir du retour sur investissement. Ce sont des activités d’optimisation fiscales et financières normale ».
Voilà une stratégie patronale qui cadre bien avec cette partie du texte citée plus haut et tirée du livre d’Emmanuel Macron. Là encore, faut-il s’en étonner ? Non, quand on se souvient que cet homme fut chargé de négocier des fusions acquisitions entre grandes firmes à la Banque Rothschild après avoir pris la lumière quand il rédigea le rapport de la Commission Attali demandé par Nicolas Sarkozy en 2007. À partir des préconisations de ce rapport, la droite vota en 2008 une loi qui permet toujours à la grande distribution de piller les paysans.
Un « pognon de dingue » empoché chez Rothschild
Chez Rothschild, en 2011, avant de devenir le conseiller économique de François Hollande à l’Élysée à partir du printemps 2012, Emmanuel Macron empocha un salaire annuel de 403 600 € auquel s’ajoutèrent 706 300 € de « bénéfices industriels et commerciaux » et encore 291 300 € provenant de « parts de dividendes dans les sociétés du groupe Rothschild ». Ainsi, sur une rémunération totale de 1,4 million d’euros perçus par Macron chez Rothschild en 2011, quelque 997 600 € provenaient d’une « fiscalité qui encourage la prise de risque », au détriment des salariés qui perdent leur emploi ; condition pour parvenir à « l’enrichissement par le talent » des patrons et de leurs serviteurs zélés comme le fut Macron chez Rothschild ! Devenu président de la République, il dénoncera en juin 2018 le « pognon de dingue » consacré aux minima sociaux dans un pays miné par le chômage et la précarité de l’emploi, une situation qui dure depuis et dont on a de bonnes raisons de redouter une forte dégradation dans les prochains mois.
Car, en dépit du « Plan de relance » annoncé demain, voire à cause de lui, on imagine que beaucoup de grands patrons et leurs proches collaborateurs seront tentés de profiter de la conjoncture incertaine pour mettre faire leurs préconisations rédigées en 2016 par Macron dans son livre programme. Sauf qu’il n’avait rien d’une révolution !
Depuis des mois nous savons que la rentrée 2020 ne sera pas une rentrée comme les autres. D’abord parce que le virus circule toujours, et qu’il faut assurer la sécurité sanitaire des enfants, des personnels et de leurs familles ; ensuite parce que les élèves ont été privés d’école pendant près de six mois, et que cette interruption les a éloignés de la culture et des habitudes scolaires, tout en accroissant les inégalités. Pourtant, rien n’a été fait pour répondre à ce double défi.
Le ministre annonce une rentrée « comme les autres » : il préfère ignorer les difficultés plutôt que de donner au service public d’éducation nationale les moyens de les surmonter. C’est irresponsable !
L’impréparation de cette rentrée pousse les familles qui ont le choix vers l’enseignement privé, tandis que le risque de déscolarisation des élèves les plus éloignés de l’école est réel. Le service public d’éducation nationale risque de devenir un service minimal pour ceux qui n’ont pas d’autre choix. C’est la stratégie du choc : le gouvernement prend prétexte de la crise sanitaire pour en finir avec l’ambition d’une école commune à toutes les classes sociales.
Que se passera-t-il dans quelques jours, dans quelques semaines, quand des élèves tomberont malades ? Le ministère s’en lave les mains : aux collectivités locales de décider quand et comment fermer les établissements et d’organiser l’accueil des enfants, aux familles de s’organiser si elles comptent des personnes vulnérables. Le virus sert de prétexte pour en finir avec le cadre national du service public d’éducation : à chaque commune son école ! Dans tel département, les masques seront gratuits, dans le département voisin, les familles des collégiens et des lycéens devront les payer. Les collectivités locales sont mises dans une situation impossible : comment répondre aux attentes légitimes des populations et assurer la sécurité des enfants, sans moyens supplémentaires ? Comment pallier la défaillance de l’État sans faire le jeu de la dénationalisation de l’éducation ?
Pour défendre et renforcer l’école commune, cette rentrée doit être une rentrée de luttes. Face à la crise, l’éducation a besoin d’un plan d’urgence.
L’État doit prendre ses responsabilités : les conditions de l’enseignement doivent être définies et financées nationalement ; la gratuité des masques doit être garantie et un fonds national doit être mis en place pour aider les collectivités locales à faire face aux dépenses nouvelles occasionnées par la crise.
Les programmes scolaires doivent être aménagés pour tenir compte de l’interruption scolaire et permettre un rattrapage progressif. Quand M. Blanquer affirme que le retard sera rattrapé en un trimestre, il se moque du monde ! Élèves et enseignants ont besoin de temps. Cela fait des années que les réformes successives réduisent le temps dédié aux apprentissages. Aujourd’hui il est évident que profs et élèves ont besoin de plus de temps, qu’il faut revenir sur ces réformes et augmenter le temps scolaire.
Pour assurer la sécurité des élèves et pour permettre à toutes et tous de rattraper le retard pris ces derniers mois, les effectifs doivent être réduits. Il faut donc recruter d’urgence des personnels nouveaux : plus d’enseignants, de personnels éducatifs, mais aussi administratifs et techniques, de personnels de santé pour reconstruire une médecine scolaire... Commençons par recruter l’ensemble des admissibles au concours et par titulariser les contractuels, tout en développant la formation continue. Ces recrutements d’urgence doivent s’inscrire dans un plan pluriannuel, appuyé sur une revalorisation des salaires.
Dès maintenant, nous revendiquons le recrutement de milliers de jeunes sous le statut de MISE pour soutenir les enseignants et accompagner les élèves.
La crise révèle à quel point les politiques libérales imposées ces dernières années ont affaibli le service public d’éducation nationale. Au-delà de mesures d’urgence, c’est d’un changement radical de politique dont notre école a besoin. Il faut en finir avec les logiques d’individualisation et de sélection pour construire une école véritablement commune, dans laquelle tous les enfants pourront s’approprier des savoirs complexes et construire une culture commune. C’est pourquoi nous appelons à un moratoire sur l’ensemble des réformes en cours et à l’ouverture d’un grand débat national sur l’école dont nous avons besoin. Dans les salles des maîtres, dans les préaux, dans nos villages et dans nos cités, il est temps de reprendre la main sur l’avenir de l’éducation et de dessiner ensemble le projet d’une école véritablement commune, qui donnera aux citoyennes et aux citoyens de demain les moyens de maîtriser leur avenir.
Marine Roussillon, membre du CEN, responsable du collectif Révolution de la connaissance, éducation, enseignement supérieur et recherche.
Les données françaises de santé, qu’elles proviennent de la Sécurité sociale, du système hospitalier ou du fichier des causes médicales des décès, sont pour l’instant utilisées essentiellement à des fins administratives ou budgétaires. Mais comme le montre déjà certaines expérimentations et recherches, leurs exploitations informatiques généralisées à des fins médicales pourraient amener d’importants progrès thérapeutiques.
Cependant ce trésor national de données, quasi unique au monde pour leur qualité, excite bien des convoitises de la part de l’industrie pharmaceutique mais aussi des GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft), des assurances, des banques, et voire des directions des ressources humaines.
Suite aux préconisations du rapport Villani sur l’intelligence artificielle et son corolaire le « big data » (1), la loi de juillet 2019 relative à la transformation du système de santé incluait la création d’une « plateforme de données de santé » rassemblant l’ensemble de celles-ci à partir du « Système national des données de santé » créé par la loi de janvier 2016. Il s’agit des informations de santé des 67 millions de Français incluant entre autres les données cliniques recueillies par les soignants, les pharmaciens, les centres hospitaliers : dates d’entrée et de sortie, diagnostic, traitements administrés, résultats d’examens complémentaires, comptes rendus médicaux, génomique et imagerie médicale,…
Outre un débat réel questionnant la nécessité et le danger de regrouper toutes les données de santé sur une plateforme unique, la constitution de cette plateforme aurait pu être l’occasion d’une coopération fructueuse et d’avenir entre soignants, informaticiens, chercheurs des différentes institutions de santé publique, entreprises (2) et organismes (3) de recherche français travaillant dans les domaines de l’intelligence artificielle, du « Cloud » (4), de la sécurité informatique et des supercalculateurs, avec bien sûr le contrôle de la CNIL (5) et de l’ANSSI (6). On aurait pu, par exemple, s’appuyer sur des plateformes existantes comme Teralab, développée au sein d’un institut de recherche de Mines Télécom, qui peut stocker et analyser de très grandes quantités de données. Ses machines sont à Douai et fonctionnent grâce à des logiciels libres, l’équipe technique est à Rennes et le reste à Paris et elle héberge déjà des données de santé.
Malheureusement, à partir de la loi de juillet 2019, c’est tout le contraire d’une telle démarche qui se mit en place sous la houlette de Cédric O, sous-ministre au numérique et obscur petit marquis de la macronie. La plateforme fut baptisée « Health Data Hub » : tout un programme en soi. Un consortium public-privé nageant dans le conflit d’intérêts fut institué afin de mettre en œuvre la plateforme et proposer les prestataires « techniques » pour la réaliser et l’héberger. Ainsi, le principal architecte du « Health Data Hub », le haut fonctionnaire Jean-Aubert (7), vient de rejoindre la société étatsunienne Iqvia qui est le plus gros marchand de données de santé du monde.
Malgré les très fortes réserves de la CNIL et de l’ANSSI, et en dehors de tout appel d’offre propre à tout marché public, Cédric O a imposé Microsoft comme maître-d’œuvre de la plateforme des données de santé de 67 millions de Français, c’est-à-dire l’hébergement mais aussi les outils logiciels d’analyse et de traitement des données.
Interpellé par le Sénat sur ce choix de confier les données de santé des Français à Microsoft, Cédric O osait se justifier ainsi : « Nous avions le choix entre prendre une solution française, et l’évaluation technique était très claire, qui ne nous permettait pas, et je le regrette, de faire les recherches scientifiques que nous souhaitions faire sur les données de santé (…) Étant donné le retard européen dans le Cloud, nous n’avions pas la possibilité de faire tourner des algorithmes d’intelligence artificielle aussi développés sur une infrastructure française que sur une infrastructure américaine. »
À cet énorme mensonge de Cédric O, la société française « OVH », spécialisée en Cloud et concurrente en la matière de Microsoft, répliquait par la voix de son créateur Octave Klaba : « Comment dire qu’on est « pas capable » alors qu’il n’y a toujours aucun cahier de charge ? Vous avez fini par décrire ce dont vous avez besoin ? [... ] Pas de cahier de charge. Pas d’appel d’offres. Le POC (8) avec Microsoft qui se transforme en solution imposée. Tout ceci à la limite je m’en fous. Mais de là à dire que l’écosystème qu’on représente est incapable de proposer mieux et moins cher, c’est non ! »
Pour défendre sa décision, Cédric O argue que les données seront anonymisées, chiffrées et stockées sur les centres de données de Microsoft en Hollande, donc en théorie sous le régime du règlement européen de protection des données. Il s’agit d’un triple mensonge.
En effet, les données ne seront pas anonymisées mais pseudonymisées, c’est-à-dire qu’on remplace les nom, prénom, numéro de sécurité sociale… d’une personne par un identifiant verrouillé par une clé de cryptage. Or, une étude de l’université de Louvain et de l’Impérial Collège de Londres a montré que sur les données de santé pseudonymisées des États-Unis, il suffisait d’accéder à trois variables pour ré-identifier 83 % des personnes. Le chiffrage des données n’offre aucune garantie de sécurité par rapport à Microsoft car cette entreprise ne se contente pas d’héberger les données, elle en assure l’analyse et le traitement et à donc accès aux clefs de déchiffrement comme l’a révélé l’analyse du Conseil d’État (9). Enfin l’hébergement aux Pays-Bas ne garantit rien car Microsoft étant une société américaine, elle est soumise au Cloud Act des États-Unis qui permet aux autorités des États-Unis d’accéder aux données gérées par une entreprise sur le territoire américain comme à l’étranger en vertu de l’extra-territorialité de la loi américaine. Notons de plus que la Cour de justice de l’Union européenne a annulé le 16 juillet l’accord de protection juridique des transferts de données personnelles entre les États-Unis et l’Europe.
Poursuivant sa fuite en avant au bénéfice de l’entreprise de Seattle, et passant une nouvelle fois outre l’avis de la CNIL, Cédric O, avec son complice Olivier Véran, a profité du régime d’état d’urgence sanitaire en mai pour faire transférer les données du nouveau fichier relatif aux individus infectés par la Covid-19 à Microsoft sans le consentement des personnes concernées.
Cette forfaiture au profit de Microsoft montre le peu de crédit que l’on peut accorder à la communication de Macron et de son gouvernement sur une relocalisation des productions stratégiques de santé. La réalité est loin de la fiction du discours macronien : On paye avec l’argent public le M de GAFAM pour exploiter les données de santé de notre pays.
Heureusement la résistance s’organise, plusieurs associations de soignants, d’informaticiens, de chercheurs, de partisans du logiciel comme InterHop (10), des syndicats s’opposent à cette trahison du gouvernement et proposent des alternatives. Pour sa part, le PCF soutient toutes ces actions et considère qu’un grand service public des données de santé associant expertises des soignants, organismes de recherche public et entreprises nationales, assis sur une renaissance industrielle de notre pays, est nécessaire et qu’il participerait à la construction d’une souveraineté numérique de la France dans le cadre de coopérations européennes et internationales. µ
Yann Le Pollotec, responsable de la commission Révolution numérique du PCF.
1. En effet le fonctionnement d’un algorithme d’intelligence artificielle nécessite de gigantesques jeux de données et inversement les masses de données que constitue le big data impliquent pour être exploitées des algorithmes d’intelligence artificielle.
2. OVH, Dassault système, Atos…
3. L'Institut national de recherche en informatique et en automatique (INRIA) par exemple.
4. Un serveur Cloud, ou serveur nuage en français, est une infrastructure informatique physique ou virtuelle puissante en réseau qui mutualise des capacités de calcul et de stockage et qui exécute des applications et stocke des données.
5. Commission nationale informatique et liberté.
6. Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information.
Élèves et enseignants se retrouvent ce mardi matin avec pour premier défi de rattraper les dégâts du confinement. Une situation exceptionnelle, dont le ministre n’a pas pris la mesure, en termes de moyens comme en termes pédagogiques.
Une « rentrée normale », dans une école qui est « prête » et qui doit « maintenir le cap des réformes » : tout va bien pour Jean-Michel Blanquer. Comme si rien ne s’était passé entre le 13 mars et aujourd’hui. Comme si, surtout, l’immobilisme et l’impréparation qu’il a soigneusement organisés allaient permettre à 12 millions d’élèves et 1,2 million de personnels de relever le défi de cette rentrée semblable à aucune autre. Décryptage.
1 Covid : le protocole impossible
Le protocole sanitaire mis à jour le 19 août et assorti depuis de fiches thématiques pour les cantines, le sport ou les récréations réussit un tour de force : être jugé à la fois peu protecteur et inapplicable. Distanciation physique, limitation du « brassage » des élèves, nettoyage et désinfection systématiques… deviennent facultatifs. De toute façon, assurait Jean-Michel Blanquer le 25 août, dans le secondaire, « normalement, les emplois du temps sont conçus pour limiter les croisements d’élèves ». Surréaliste, d’autant que la réforme du lycée voulue par le ministre oblige chaque élève à croiser en quelques jours la totalité des autres élèves du même niveau !
Le port du masque devient obligatoire pour tous les adultes et pour les élèves à partir de 11 ans. Obligatoire mais pas gratuit, ce qui posera problème aux familles les plus fragiles sur le plan économique. Le lavage des mains reste obligatoire… et tout aussi impraticable, quand environ 25 % des écoles ne disposent toujours pas de lavabos en nombre suffisant. Les fiches thématiques sont à l’inverse constituées de préconisations assez fortes : retour au non-brassage des élèves à la cantine et pendant les récrés, où la distanciation doit être « recherchée », respect de la distanciation – sans masque – pendant le sport… Mais, comme il s’agit de recommandations, non d’obligations, et comme elles sont quasi impossibles à mettre en pratique, elles apparaissent pour ce qu’elles sont : un moyen pour le ministre de rejeter les responsabilités sur les directions des établissements et les collectivités locales, en cas de contamination.
2 Rattraper le temps perdu
Pour les élèves, l’école s’est, en pratique, arrêtée le 13 mars. Les efforts des équipes pédagogiques pour maintenir le contact avec les élèves, les dispositifs numériques… tout cela n’a permis au mieux que de consolider des acquis. Les programmes n’ont pas été bouclés. Le bon sens (et les organisations syndicales) demandait que ces derniers puissent être lissés sur deux, voire trois années, afin de ne pas transformer l’année 2020-2021 en un impossible marathon couru au sprint. Refus du ministre : il ne faut pas « édulcorer les contenus » afin de permettre une « élévation du niveau général ».
Au lycée, où les programmes sont ressortis alourdis de la réforme, l’opération risque de tourner à la boucherie pédagogique avec, en pratique, quelques semaines pour remettre tout le monde à peu près à niveau avant de se préparer aux premiers examens de contrôle continu, en janvier. Mais, pour le ministre, tout est prévu : les « vacances apprenantes », les évaluations standardisées imposées dès le 14 septembre, alors que de nombreux professeurs dénoncent leur inutilité, le dispositif – volontaire – « devoirs faits » : l’existant y pourvoira. Pas d’embauches, ni de locaux supplémentaires pour permettre un travail qualitatif en petits groupes de niveau. « Accueillez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens », pourrait-on résumer, parodiant l’appel au massacre des hérétiques lancé par le légat du pape devant Béziers en 1209…
3 Collèges, lycées : les sacrifiés
Quand l’Italie recrute 50 000 encadrants supplémentaires avant cette rentrée exceptionnelle, Jean-Michel Blanquer se rengorge des moins de 1 300 postes offerts à l’école primaire, prioritaire, et du quasi-moratoire sur les fermetures de classes en milieu rural. Mais passe sous silence le fait que, dans les collèges et lycées, qui s’apprêtent à accueillir entre 18 000 et 20 000 élèves de plus, ce sont, selon le Snes-FSU (premier syndicat du secondaire), 440 postes en moins qui sont prévus.
Le ministre sort alors de sa manche 1,5 million d’heures supplémentaires, censées permettre d’absorber le choc et de déployer le fameux dispositif « devoirs faits ». Sauf que, l’an dernier, seulement un tiers des heures supplémentaires déjà budgétées ont pu être utilisées, faute de professeurs pour les endosser. Une situation qui rend d’autant plus incompréhensible le choix de n’embaucher que 4 000 des 8 000 candidats admissibles aux concours internes du professorat, les 4 000 refusés étant déjà des enseignants expérimentés et employables, dont les établissements auraient le plus grand besoin. Et comme il n’est décidément pas à une incohérence près, le ministre assure que les personnels malades – qui risquent fort d’être plus nombreux qu’en temps normal – seront bien remplacés.
4 Le risque d’une « vente à la découpe »
« Nous allons maintenir le cap des réformes. » C’est bien là l’essentiel aux yeux de Jean-Michel Blanquer, ministre en mission. Celle des bacs – général comme professionnel – continuera donc son chemin ; les dédoublements en CP, CE1 et à présent en maternelle pour les grandes sections de l’éducation prioritaire, resteront l’alpha et l’oméga de sa politique en primaire, fût-ce au détriment des autres classes.
Mais, tout indique que le ministre a, avec un bel opportunisme, utilisé la crise sanitaire pour avancer d’autres pions. La place du numérique, par exemple : en dépit du constat général que, faute d’un accès égal de tous, le « distanciel » creuse les inégalités sociales devant l’éducation, Jean-Michel Blanquer compte bien faire des États généraux du numérique une occasion d’ancrer ces outils à l’école, confiant ainsi tout un pan des missions de l’éducation nationale aux entreprises, privées, de l’EdTech.
Pas besoin non plus d’être médium pour comprendre que, derrière le dispositif « 2S2C » (Sport, santé, culture, civisme), il s’agit de sortir des disciplines comme le sport, la musique ou les arts plastiques du périmètre de l’école (mais, à terme, sur le temps scolaire) pour les confier aux collectivités locales. Avec, là encore, l’assurance d’un accès inégal selon les choix et les moyens de celles-ci. Ce que le coprésident de la FCPE (première fédération de parents d’élèves), Rodrigo Arenas, a qualifié récemment de « vente à la découpe » de l’école publique. Personne, jusqu’ici, n’a osé le contredire.
Les profs sont « désabusés ». Voilà comment Frédérique Rolet, porte-parole du Snes-FSU, qualifie l’état d’esprit du corps enseignant. 10 milliards d’euros, puis 500 millions, puis 400 millions : l’enveloppe qui devait être consacrée à la revalorisation du métier rétrécit sans cesse. La « prime d’équipement » informatique reste dans le flou. Comme celle promise aux directeurs. Et tout cela conditionné à une « transformation profonde » du métier, à travers un « Grenelle des professeurs » annoncé par un ministre qui devrait prendre garde, quand même, que ces désillusions enchaînées ne finissent par déchaîner la colère.
Une fois de plus, le journal Valeurs Actuelles connu pour sa ligne éditoriale raciste, xénophobe, romophobe et islamophobe fait scandale. L'unanimité, ou presque de la réprobation est porteuse d'espoir pour le mieux vivre ensemble demain. Le directeur de la publication doit désormais rendre des comptes car un tel acte tombe sous le coup de la Loi Gayssot contre le racisme. L'Etat devrait se porter partie civile et déposer plainte plutôt que de labourer le terrain de l'extrême droite avec son projet de loi contre les séparatismes.
Car ce journal d'extrême droite est un habitué du genre, connu aussi pour ses unes nauséabondes sur des femmes politiques comme Christiane Taubira, Najet Belkacem, a franchi un nouveau pas dans l'abject : sous prétexte d'une fiction, la député insoumise Danielle Obono, enchaînée comme une esclave, expérimente la responsabilité des africains dans les horreurs de l'esclavage avant d'être sauvée par un religieux catholique blanc : cette fiction humiliante et dégradante pour une élue de la république vise, de surcroît, à atténuer la responsabilité des états occidentaux dans l'organisation de la traite négrière alors que c'est le commerce triangulaire reconnu comme crime contre l'humanité qui leur a permis d'assoir leur domination sur le monde en enfermant l'Afrique dans le sous-développement.
Le parquet de Paris a ouvert une enquête contre le journal pour injures à caractère raciste et c’est une bonne chose ! Contre le racisme il ne faut jamais baisser la garde. Le PCF réaffirme un soutien inconditionnel à Danielle Obono et entend participer aux manifestations de protestation et de solidarité qui pourraient être initiées.
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Favoriser l'expression des idées de transformation sociale du parti communiste.
Entretenir la mémoire des débats et des luttes de la gauche sociale.
Communiquer avec les habitants de la région de Morlaix.