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6 août 2022 6 06 /08 /août /2022 05:50

L’auteur propose une analyse détaillée des conditions nécessaires pour que la médecine du travail devienne une véritable médecine de la santé au travail. Ces propositions font suite à une interpellation de l’association nationale de médecine du travail et d’ergonomie du personnel des hôpitaux durant la campagne des élections présidentielles. Le Dr Khayi élargit la réponse à l’ensemble des travailleurs. Cette réponse met en cause la loi du profit.

Pendant la campagne des présidentielles, face aux sollicitations de l’ANMTEPH (association nationale de médecine du travail et d’ergonomie du personnel des hôpitaux) nous avons été conduits à préciser nos positions sur la question de la santé au travail des personnels hospitaliers. Ce questionnement a été élargi à la protection de la santé de l’ensemble des salariés.

L’état des lieux 

Les personnels des services de prévention de la santé au travail de la fonction publique hospitalière expriment une profonde colère et un réel désarroi face à l’abandon de l’hôpital par les pouvoirs publics. Nous partageons cette colère. Cet abandon conduit à la fermeture de services, à la difficulté pour la population de se soigner et donc à l’aggravation de l’état de santé de nos concitoyens. C’est déjà un drame en soi mais c’est économiquement un contresens puisque cela alourdit les dépenses de santé du pays. Mais cet abandon concerne également les personnels qui, en nombre insuffisant et en manque de matériel sont obligés de s’en tenir à l’indispensable dans les soins et même à l’indispensable qui se voit, abandonnant à leur tour le travail, invisible mais pourtant indispensable, de lien social. Ceci plonge ces personnels dans un malaise profond qui se traduit par des réactions de défense bien connus (retrait, isolement, pathologies diverses autant physiques que psychiques, etc). Ceci peut aller jusqu’à la déshumanisation dans un secteur qui ne devrait avoir que le bien-être des personnes comme boussole. Ce scandale, vécu quotidiennement dans leur métier par les personnels des services de santé au travail, autant en tant que salariés maltraités qu’en tant que témoins du malaise des salariés de l’hôpital, fait irruption dans l’espace public avec la mise en lumière de la gestion révoltante des EHPAD du groupe ORPEA, mais dont on s’aperçoit qu’il est comparable dans tout ce secteur privé qui fait de l’argent sur ce qu’ils osent appeler «l’or gris».

Si cette situation de l’ensemble du secteur du soin et du médico-social est particulièrement révoltante, la situation des salariés des autres secteurs de la vie économique suit la même logique. Les médecins du travail et les infirmières en santé au travail des SST (services de santé au travail devenus récemment services de prévention et de santé au travail) font les mêmes constats. Les salariés doivent faire plus avec moins, sont privés des moyens de faire correctement leur travail ; ceci les conduit aux mêmes souffrances et aux mêmes altérations de leur santé avec toutes les difficultés (parfois insurmontables dans certaines régions) d’accès aux soins.

Ceci doit cesser, notre pays a les moyens de soigner sa population, de protéger sa santé, de créer des conditions de travail qui respectent l’intégrité des travailleurs et leur permette même de s’épanouir dans le travail. L’hôpital doit avoir les moyens de soigner tout le monde, l’État doit y pourvoir, d’autant que la protection de la santé est un droit constitutionnel. Cette colère des salariés de la santé est relayée dans les deux chambres parlementaires à travers les actions des députés, des sénatrices et sénateurs. Après avoir fait «un tour de France des Hôpitaux et des EPHAD», au cours duquel ils ont visité 150 établissements aux quatre coins de l’hexagone et dans les territoires d’outre-mer, et rencontré des milliers de personnes (agentes et agents hospitaliers, chefs de services, syndicalistes, usagers, membres des directions), les élus des groupes communistes du Sénat et de l’Assemblée nationale  ont déposé le 7 octobre  2019 une  proposition de loi  ( n°2330) «portant mesures d’urgence pour la santé et les hôpitaux». Cette proposition a été construite avec les professionnels et les usagers car ce sont eux les experts de leurs besoins. Ces élus alertent aussi sur les maladies professionnelles et les accidents du travail; cependant un grand travail reste à faire pour œuvrer à promouvoir la santé au travail. Au-delà du travail nécessaire pour faire en sorte qu’il n’y ait plus de morts au travail ou que les malades soient bien pris en charge et les maladies professionnelles évitées, que les dégâts du travail soient réparés, il faudra travailler à un système qui porte la santé de tous, y compris les salariés, comme priorité absolue. Non pas la santé comme absence de maladie, mais en tant qu’épanouissement de l’être, qui se construit en grande partie dans le travail qui doit donc devenir source de développement et de santé.

Les causes

Mais pour trouver une solution à ces problèmes, il faut faire le bon diagnostic. Or la cause de ces dysfonctionnements (au regard de ce que nous estimerions être un fonctionnement normal!) est la recherche du profit par tous les moyens et dans tous les domaines de la vie. Rien n’échappe à la prédation du capital et des actionnaires. Le secteur des EHPAD est actuellement la partie la plus visible de l’iceberg grâce à la médiatisation du livre « Les fossoyeurs ». Mais la gestion de l’hôpital sur le modèle d’une entreprise, à but lucratif par nature, dénature l’activité de soin, déshumanise l’hôpital et induit une souffrance éthique chez les professionnels qui conduit certains à abandonner un métier qui n’a plus de sens pour eux. Mais le même phénomène s’observe dans de nombreuses branches professionnelles. L’éducation nationale rencontre de la même manière une difficulté extrême pour recruter des enseignants ; les média se font également l’écho du manque de personnels dans la restauration, du manque de bras dans la construction. Tous ces secteurs sont désertés en raison des conditions de travail qui empêchent le salarié de construire sa vie en pleine santé. Comme à l’hôpital, les salariés sont alors en souffrance.

Certains se sont penchés sur ce malaise ressenti par les travailleurs, aussi bien à l’hôpital que dans le reste du monde du travail. A ce titre, les salariés de l’hôpital, comme les salariés des services de santé au travail, sont soumis à des conditions de travail semblables avec des contraintes équivalentes; tous les travailleurs souffrent de la même chose mais chacun à leur façon en fonction de leur métier. Pour apporter une solution, certains ont inventé le terme de RPS (risques psychosociaux !) mais quand les salariés ont commencé à le traduire par «malaise lié aux conditions de travail», on est passé à l’appellation QVT (qualité de vie au travail). Mais la QVT n’est qu’une illusion, un mirage destiné à détourner les yeux de la cause réelle du problème. La qualité de vie au travail sous-entend que le travail est extérieur à la vie, qu’il est seulement un lieu où une partie de la vie se déroulerait. Or le travail c’est beaucoup plus que cela, le travail est la vie elle-même, c’est un moment et un moyen de se construire, autant sur le plan physique que psychique ou social. La qualité de vie dans le travail ce n’est pas simplement de veiller à dire bonjour au collègue, de surveiller qu’il ne s’effondre pas quand la situation devient intenable, de rajouter un baby-foot dans la salle de pause ou l’intervention d’un coach sportif ou d’un kiné dans l’entreprise; tout ceci peut être sympathique mais ne s’attaque pas au fond du problème. Lorsqu’on voit comment les situations se répètent et se ressemblent quel que soit le secteur professionnel, il devient évident que cela fait système. La racine du problème vient du système économique néolibéral qui nous gouverne actuellement. Il n’y aura pas de solution sans changement de système, c’est-à-dire sans une révolution qui donne toute sa place aux travailleurs et aux citoyens. Il n’y a pas de qualité de vie au travail sans qualité du travail comme élément déterminant de la vie des gens.

Le rôle des SST

Et pour cela, les services de santé au travail (SST), à l’hôpital comme ailleurs, doivent pouvoir prendre toute leur place. Les services de santé au travail doivent retrouver, pour toutes les entreprises, leur mission essentielle qui doit redevenir exclusive, de surveiller afin de protéger la santé des salariés : prévenir l’altération de la santé des salariés du fait de leur travail; dans cette phrase chaque mot a du sens et ne peut être substitué, chaque mot est pesé et mesuré. Or les différentes réformes noient cette mission au milieu de bien d’autres telles que le « maintien dans l’emploi ». Or l’action pour le maintien dans l’emploi, que l’on désigne par «prévention de la désinsertion professionnelle» ne peut pas commencer au moment où un salarié a des problèmes de santé, il commence dès l’entrée dans le monde du travail. Améliorer les conditions de travail qui cassent les travailleurs est la seule façon de lutter contre la survenue des problèmes de santé qui conduisent à l’inaptitude et donc à l’éviction du poste et souvent du monde du travail. C’est un énorme gâchis à titre individuel pour ces personnes qui n’arrivent pas le plus souvent à la retraite mais c’est aussi un gâchis économique en raison du coût pour la société mais aussi de la perte de capacité de production pour le pays. La prévention primaire, à ce niveau, prend tout son sens. La prévention primaire dans le travail c’est déjà pouvoir faire son travail dans de bonnes conditions, avec les moyens adéquats et en adaptant le travail à l’homme et non l’homme au travail.

Pour pouvoir intervenir efficacement dans le monde du travail, aussi bien à l’hôpital que dans l’industrie ou dans les autres secteurs d’activité, les services de santé au travail doivent avoir les moyens nécessaires. En personnel médical pour pouvoir assurer une surveillance annuelle de la santé des salariés par le médecin secondé par des IDEST, ces infirmières en santé au travail, qui, comme les médecins et les autres professionnels, doivent être formées sur les risques en entreprise et sur la signification profonde de ce que représente le travail pour les salariés qu’ils ou elles reçoivent. Ils doivent comprendre les effets sur les corps et sur les interactions dans le collectif de travail. Ces IDEST doivent être reconnus dans leurs compétences spécifiques; ils ou elles doivent avoir le temps de coopérer réellement avec les médecins du travail en construisant avec lui ses actions; il ne peut être question de remplacer les médecins par les IDEST pour pallier à la pénurie que les gouvernements ont construite depuis cinquante ans. Car la pénurie de médecins est une réalité pesante que les médecins du travail de l’hôpital connaissent à double titre: par les difficultés à recruter dans tous les SST autant que dans les services hospitaliers de soin où elle sert de prétexte à la fermeture des services et donc au malaise des personnels qu’ils suivent. La formation de ces personnels médicaux devra être relancée et élargie. Les textes prévoient la mise en place d’une pluridisciplinarité. Ce terme désigne effectivement une diversité de métiers non limitée par la loi; en fait il s’agit à l’origine d’apporter au médecin du travail l’aide nécessaire pour comprendre le monde du travail qui se complexifie énormément et pouvoir ainsi agir plus efficacement. Les plus fréquemment rencontrés sont les ergonomes, les toxicologues et les psychologues. Mais leur mission est détournée et ces professionnels peuvent se trouver partagés entre la mission d’aide aux médecins dans la surveillance et la protection de la santé des salariés et la mission de conseil à l’employeur dans le seul but de satisfaire à ses obligations réglementaires qu’ils limitent souvent à la prévention des accidents. L’adjonction de ces nouvelles missions d’aide aux employeurs par les précédentes réformes sert à détourner une partie des moyens des services de santé au travail de l’unique mission qu’ils devraient avoir: la protection de la santé des salariés. Afin de mettre ces professionnels de la santé au travail à l’abri des pressions des employeurs (ou des directeurs de service des SST) et afin de garder les moyens pour l’action en direction de la prévention pour la santé, il serait nécessaire de renforcer l’indépendance de tous les professionnels en leur accordant le statut de salarié protégé, au même titre que les médecins du travail.

La gouvernance des services doit être réformée mais dans le but de donner de nouveaux pouvoirs aux salariés (que ce soit les salariés des SST ou les salariés surveillés par les SST) pour la gestion et l’orientation des services; si la participation des employeurs à la gestion des services peut s’entendre (du fait qu’ils doivent assurer le financement de la réparation et de la prévention des risques qu’ils occasionnent), elle ne peut justifier d’un droit moral de décider seuls des moyens et actions à mettre en place ; si les entreprises (qui sont des structures englobant employeurs et salariés) apportent les moyens financiers à la santé au travail, les salariés suivis par les services apportent à l’entreprise leur santé et parfois leur vie.

Pour améliorer le quotidien de nos concitoyens il faut des propositions concrètes pour aider les gens à vivre mieux; il faut également en définir les moyens financiers et affirmer une volonté politique de les mettre en œuvre. Notre ennemi n’est pas la finance en soit mais parce qu’elle est au service du capital et de la prédation financière. Notre premier objectif sera donc de la mettre au service du bien commun ; c’est un outil que nous devons nous réapproprier.

Les propositions

Le programme des jours heureux a pour ambition d’apporter des solutions pour améliorer le quotidien de la population. Les salariés de l’hôpital sont d’abord des salariés et ils bénéficieraient des mesures destinées à améliorer la situation de tous les salariés.

Proposition 1 : Ce programme propose un mouvement général d’augmentation des salaires (le SMIC à 1500 euros net par mois), des pensions de retraites (à 1200 euros minimum par mois).

Proposition 28 : Les salaires de la fonction publique seraient revalorisés de 30% pour rattraper 10 ans de gel du point d’indice. Les grilles de salaires seraient revues pour tenir compte des qualifications, en même temps des possibilités nouvelles de formation permettraient aux professionnels d’évoluer dans leur carrière.

Proposition 2 : Les CE et CHSCT seraient rétablis  avec leurs prérogatives et de nouveaux droits

Proposition 4 : concernant les orientations stratégiques de l’entreprise et sa gestion. Les salariés pourraient ainsi agir sur les conditions de travail et la définition de ce que doit être leur travail, sa qualité et son utilité. Armés de ces droits nouveaux ils pourraient s’épanouir dans le travail en mettant pleinement en œuvre leur créativité, ce qui est la spécificité d’un travail émancipateur.

Proposition 5 : La mise en place de conférences permanentes pour l’emploi, la formation, la transformation écologique des productions aurait pour but de définir, au plus près des territoires, des objectifs de création d’emploi, de formation, de progression de l’égalité homme femme, de production de biens et de services et de transformation écologique.

Proposition 9 : Si pour nous le travail doit devenir un moment d’émancipation et de développement personnel, il ne résume pas la vie à lui seul: nous avons besoin d’autres temps pour vivre pleinement, pour nous-même, avec nos familles et dans la société, que ce soit à travers les associations ou dans la vie de la cité. Chacun a besoin de se nourrir de cette diversité d’activité et de centres d’intérêt pour nourrir également en retour sa vie au travail. C’est pourquoi nous proposons de porter la semaine de travail à 32h sans diminution de salaire et de rétablir la retraite à 60 ans pour une carrière complète de 18 à 60 ans (avec prise en charge des cotisations pour les périodes de non emploi : études, formation, chômage, congé parental, maladie, invalidité) comme l’ont défendu les députés communistes.

Au-delà des mesures concernant tous les salariés et portant sur les rémunérations et les carrières, il faut donner aux salariés de l’hôpital de meilleures conditions pour accueillir correctement les patients. Effectivement le malaise des personnels soignants vient de l’impossibilité de faire correctement leur travail et donc de la crainte (ou la honte) de devenir de mauvais praticiens, l’angoisse de devenir maltraitants.

Proposition 13 : Les mesures pour permettre l’accès au soin pour tous en luttant contre les déserts médicaux, libérerait les urgences de tout ce qui relève de la médecine générale ; les moyens donnés aux universités auraient l’objectif de permettre la formation de 12000 médecins par an avec un système de pré-recrutement pour libérer les étudiants des problèmes financiers; les quotas plus ou moins officiels sur les formations médicales et paramédicales seraient supprimées.

Proposition 14 : Un plan global de développement de l’hôpital public serait mis en place avec création de 100 000 emplois pour l’hôpital (infirmières, aides-soignants, auxiliaires de vie) et titularisation des contractuels. Les équipes soignantes seraient reconstituées pour faciliter la coopération autour du patient et le respect de l’éthique professionnelle. Les privatisations et restructurations seraient stoppées y compris en psychiatrie. Le financement par la T2A serait remplacé par un financement par un budget global tenant compte des besoins et couvrant l’ensemble des charges et obligations  des établissements sur la base de l’obligation de moyens; des hôpitaux de proximité seraient organisés pour permettre un maillage suffisant dans le cadre de l’aménagement du territoire.

Proposition 15 : Une loi-cadre serait proposée pour la psychiatrie pour lui redonner toute sa place dans le soin. Pour faciliter l’autonomie des personnes âgées, un service public de l’autonomie serait créé, un plan sur 3 ans assurerait la création de 300 000 emplois en EHPAD  et 100 000 pour l’aide à domicile, avec une revalorisation conséquente de ces métiers; les groupes gérant les EHPAD privés seraient mis sous tutelle; les établissements seraient modernisés en associant aux décisions les personnels, les résidents et leurs familles. L’encadrement des résidents devrait obligatoirement atteindre un rapport de 1 soignant pour 1 résident. Les moyens financiers seraient alimentés par une contribution solidarité prélevée sur les actionnaires.

Proposition 17 : D’autres mesures sont de nature à améliorer le fonctionnement de l’hôpital en limitant les dépenses qui paraissent actuellement incompressibles. La mise en place d’un pôle public du médicament en agissant sur le prix des médicaments contribuerait à alléger ce poste de dépense et devrait rapidement assurer les approvisionnements pour tous les produits nécessaires même s’ils ne sont pas rentables pour l’industrie pharmaceutique.

Ces mesures nécessiteraient beaucoup d’argent mais les moyens existent; il n’y a pas de raison que l’on puisse dégager plus de moyens pour sauver les banques que pour sauver l’hôpital. La création d’un pôle public bancaire permettrait de sortir de la logique spéculative. Cette institution bancaire qui peut être créée immédiatement permettrait de réorienter les fonds créés par la Banque européenne vers l’économie réelle en finançant les activités qui servent au développement du pays et à la satisfaction des besoins de chacun. Ceci permettrait de se débarrasser des charges financières qui pèsent sur les entreprises sans créer de richesses. La taxation des bénéfices réalisés durant la pandémie sur le dos des malades et de la Sécurité sociale ne serait que justice. De même pour ceux qui spéculent sur les difficultés liées à la guerre en Ukraine.

En ces jours sombres où la crainte d’un élargissement de la guerre nous rattrape, le combat pour la paix, en tout point de la planète, qui a toujours été le nôtre nous permet de condamner sans réserve l’intervention en Ukraine et à demander que tout soit fait pour arrêter cette guerre. Il n’est pas de dépenses plus inutiles que celles qui conduisent à la destruction des biens et des êtres humains. Toutes ces dépenses d’armement et de mort seraient plus utilement dépensées pour satisfaire les besoins des populations.

Ce catalogue de mesures est loin d’être exhaustif car l’ensemble du programme a pour ambition de créer les conditions pour que les jours heureux reviennent. Des sujets n’ont sûrement pas de réponse encore, beaucoup reste à construire et notamment pour réinventer les services de surveillance et de prévention pour la santé des salariés. Il faudra que nous puissions y travailler tous ensemble, salariés des services de santé au travail, salariés des entreprises avec l’appui des institutions qui œuvrent dans ce domaine.

Conclusion

Toutes les propositions présentées dans le programme de la France des jours heureux sont cohérentes, elles constituent un système nouveau, un modèle de développement qui s’oppose au modèle actuel devenu obsolète car il aboutit à l’épuisement des personnes et de la planète. Leur mise en œuvre nécessitera le travail acharné de députés décidés à se battre à l’assemblée nationale et le soutien des salariés mobilisés pour exiger la prise en compte de leur parole. À l’issue de l’élection présidentielle, les négociations entre les différentes composantes de la gauche ont permis de construire le programme de la nouvelle union populaire écologique et sociale. Ce programme partagé, défendu par les quatre familles de la gauche, peut permettre d’élire une majorité de députés qui défendront des avancées substantielles pour les salariés. Les propositions de la France des jours heureux ont fait leur chemin ; il appartiendra aux députés de les faire vivre à l’assemblée nationale et aux citoyens de s’en saisir pour les porter et les enrichir. Notamment pour la santé au travail : il n’existe pas encore de projet élaboré de reconstruction de la santé au travail.

Il est pourtant capital de la repenser non pas comme la médecine générale sur le lieu de travail mais plutôt comme la mise en œuvre de modalités de travail permettant de construire sa santé.

 

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5 août 2022 5 05 /08 /août /2022 14:34

 

À l’heure où j’écris ces lignes, plus de 800 000 ha de forêt ont été brulés en Europe. En Gironde, nous avons à faire à une grande catastrophe écologique ; près de 40 000 personnes ont dû être évacuées. La dune du Pilat est menacée. Son écosystème est bouleversé. Il a fait 40°C à Dieppe ; 39,3°C à Brest. Au lieu de faire le lien avec le réchauffement climatique et d’aider aux débats et aux mobilisations pour y faire face et faire cesser cette course à l’abime, pouvoir et télévisions se contentent de constater « un record triste d’incendies » comme l’a benoitement dit le porte-parole du gouvernement à la sortie du Conseil des ministres.

 

Le pays et le monde battent des records de chaleur, mais il n’y a personne pour expliquer les bouleversements que subit notre planète parce que les grandes sociétés multinationales et les pouvoirs à leur service refusent de mettre en œuvre la transition écologique de nos appareils productifs. C’est parce que le chemin de la bifurcation est long qu’il faut s’y prendre dès maintenant. Seulement une question se pose à toutes et tous : la métamorphose écologique est-elle possible dans un système qui promeut d’abord la rente financière, les profits pour des actionnaires dont la seule motivation est d’accumuler du capital ? Or, il faut beaucoup investir pour rechercher et développer de nouvelles formes d’énergie non polluantes, pour développer le transport fret–rail au lieu du camion, pour de nouveaux véhicules propres, pour une nouvelle agriculture, pour rénover les bâtiments, etc. Au lieu de cela, le pouvoir nous parle de débrancher des prises électriques, de fermer la lumière, de baisser le chauffage cet hiver, de couper le wifi. Très bien. Cela ne fait pas un projet politique, social et écologique à la hauteur des forts enjeux auxquels l’humanité est confrontée

Ajoutons que les pouvoirs ne sont pas à une contradiction près pour embobiner les citoyens. Ainsi, un jour ils expliquent que Poutine va voir ce qu’il va voir avec les sanctions qui lui seront imposées. Plus de pétrole, de gaz russe, proclame-t-on en cœur dans les couloirs sombres de Bercy jusqu’aux vastes corridors silencieux et mystérieux de la Commission européenne. Puis le lendemain, tout ce beau monde se met à pleurnicher parce que le même Poutine menace de fermer le robinet de gaz. Il vient de ré-entrouvrir le robinet du gazoduc Nord-Stream 2. Et nos généraux des sanctions demandent l’ouverture complète du robinet après avoir montré les dents sur nos écrans de télévision.

 

Et puis, il y a cette sinistre farce : de grandes sociétés de transport ou des géants du pétrole, souvent à base américaine, vont chercher du pétrole en Inde ou en d’autres pays. Ce pétrole provient de Russie. La Russie la vend à prix cassé à l’Inde. L’Inde nous le revend au prix cher. Quelle intelligence de cette classe dirigeante décadente. Qui n’a pas vu que les dirigeants américains poussent l’Europe a multiplier les sanctions pour nous vendre leurs produits ? Ainsi, les mêmes qui de temps en temps, l’air sombre et pénétré, nous expliquent qu’il faut quatre ministres de la transition écologique et autant d’autres à qui ils ont ajouté le mot « souveraineté » au bout de l’intitulé de leurs ministères, achètent le gaz de schiste nord-américain, reçoivent les rois, princes et sous princes des pétromonarchies du golfe pour leur acheter plus de pétrole en échange de plus d’armes sophistiquées.

 

Pas de hasard à tout ceci ! Les affaires sont les affaires et le capitalisme ne fait pas dans la dentelle ; la sinistre et injustifiable guerre de Poutine lui donne des arguments. Les profiteurs de guerre qu’ils soient américains, russes, européens, qataris qui ensemble sirotent leur apéritif frais sur la Costa Del Sol ou dans un yacht sur la Méditerranée pendant que les soldats se font trouer la peau et qu’on prépare les peuples à « la sobriété », autre terme pour dire qu’on va se serrer la ceinture, sont aux anges !

C’est pour protéger tous ceux-là que le gouvernement ne veut en aucun cas relever les salaires des travailleurs. Le pouvoir macronien veut bien des compromis. Mais la limite de ceux-ci est qu’ils ne touchent pas au capital. On vient de le voir avec force au cours du débat prétendument pour le pouvoir d’achat. Le pouvoir a dû concéder une légère augmentation des retraites et des prestations sociales de 4%, et enfin accepté la déconjugalisation de l’allocation adulte handicapé après l’avoir refusé à six reprises lors du précédent quinquennat. Mais sa loi n’est pas une loi pour le pouvoir d’achat ; aucune mesure ne compense les pertes de ces dernières années, ni ne couvre l’inflation actuelle et à venir. C’est plutôt une loi actant la baisse du pouvoir d’achat qu’ont voté ensemble les députés macronistes, de droite et d’extrême-droite ; trois forces qui en aucun cas ne veulent l’augmentation des rémunérations du travail par un peu de partage des richesses que créent les travailleurs.

Leur obsession : maintenir le règne de la captation de la plus-value créé par le travail. Il y avait pourtant une disposition de « compromis » défendue par nos amis Pierre Dharéville et François Ruffin en séance : réindexer les salaires sur les prix. Cela ne fait pas augmenter le pouvoir d’achat, mais empêche que les salaires perdent en pouvoir d’achat. Le combat doit continuer.

La fête de l’Humanité, les 10 -11- 12 septembre prochain, va être un des lieux uniques pour qu’ensemble les forces de gauche et écologistes puissent dialoguer avec les participants à la fête, des combats à mener pour une vie meilleure et un processus de transition écologique. Avec une multitude d’activités culturelles, de rencontres diverses à l’agora de l’Humanité, à l’espace des amis de l’Humanité, au village du monde, au village solidaire, au forum social, sur les différentes scènes, au stand du Parti communiste et ceux des autres forces de gauche et de l’écologie politique, chacune et chacun apportera son expérience, ses idées et propositions, ses aspirations dans les débats et rencontres. Faisons-en un grand lieu de l’Unité populaire pour la transformation sociale, démocratique et écologique. Un lieu de l’Unité pour la Paix et un monde commun où tous les êtres humains sont égaux et libres

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4 août 2022 4 04 /08 /août /2022 14:31

 

 

Nous y sommes. Malheureusement ! C’est la fournaise. Des immensités de forêts, poumons de notre nature, sont avalées par des méga-feux. Sans le courage, l’abnégation et le savoir-faire de nos pompiers, ce serait encore pire. Ces feux obligent des centaines de milliers de familles à laisser leur maison ou leur camping. La terre est toute craquelée et les murs se fissurent sous l’effet des gonflements et des dégonflements des terres argileuses. Les champs jaunissent à vue d’œil sous le regard incrédule des animaux étreints par le stress, tenaillés par la faim et la soif. Les fleurs de maïs qui crament sous le soleil ne donneront pas de grains. Les cours d’eau s’assèchent et les poissons étouffent. Les glaciers semblent se consumer. Quand le soleil ne brûle pas, la grêle massacre les cultures et les maisons. Nos corps s’épuisent. Nos poumons sont atteints par des pollutions de l’air dont on connaît encore peu les effets secondaires. Tout juste sait-on déjà que celle-ci provoque 48 000 morts en France par an.


Oui, c’est la fournaise ! Elle est mondiale. Des États-Unis à la Chine, de l’Inde au cœur de l’Afrique, du Pakistan à l’Ukraine, le dérèglement climatique ne choisit pas sa patrie. Il fait mal. Très mal. Après la pandémie de Covid 19, puisse-t-il nous faire comprendre que nous vivons sur une même planète. Nous sommes de la même humanité. Quels que soient nos couleurs de peau, nos genres, nos religions, nos opinions politiques ou philosophiques, nos lieux d’habitations, nous sommes entrés ensemble dans une nouvelle ère. Un moment de notre histoire commune où la combinaison des activités humaines sur la nature (l’anthropocène) et du système politique - qui a pour seul crédo, la concurrence, la compétition, le productivisme capitaliste débridé, l’organisation par les mastodontes du commerce d’une consommation prédatrice (le capitaloscène) - saccage, détruit, menace l’avenir de notre humanité commune. À continuer ainsi, les villes deviendront inhospitalières, les campagnes improductives. Les forêts sont réduites en cendre, l’eau se raréfie, les glaciers s'évanouissent à l’état de souvenirs. Des espèces animales s'éteignent et la santé est affectée. Comme pour la pandémie, celui qui habite une grande ville, comme celui qui habite la campagne, est tout autant à la peine. La question est de savoir quelles orientations politiques seront prises pour mettre à la disposition des uns et des autres les moyens de faire face au péril qui s’avance. Quels services publics ? Quelle politique de l’eau ? Quels choix nouveaux pour les paysans - travailleurs ? Quels systèmes productifs nouveaux ? Quels systèmes de transports inventer avec les travailleurs et les scientifiques ? Quel type de logements ? Quelle ville demain ?

Fondamentalement, il n’y a pas d’autres choix que de mettre toutes ces questions sur le tapis et de permettre un débat argumenté et les actions nécessaires avec toutes les populations, pour agir radicalement sur deux fronts : diminuer les émissions de gaz carbonique et lutter contre les effets dévastateurs de leur concentration.


Or il faut une surdose de cynisme et être imbibé des pires dogmes ultra-libéraux pour qu’aux États-Unis – le territoire le plus pollueur par habitant - une Cour suprême à la botte du sinistre Trump puisse décider de restreindre l’action de l’Agence américaine de protection de l’environnement. Et ici, dans un mélange d'imprécisions et d’improvisations, de calculs politiciens et d’espoirs en de juteuses affaires, on réhabilite des centrales à charbon et on va supplier les monarchies du golfe d’ouvrir en grand les robinets du pétrole, tout en s’agenouillant devant l’oncle Sam pour lui acheter son pétrole et son gaz de schiste.

Les mêmes viennent discourir devant les caméras la larme à l’œil sur les effets du réchauffement climatique. Quelle honte ! Leurs traités de libre-échange, comme le dernier signé le 30 juin avec la Nouvelle-Zélande qui permet le transport de viande de moutons et de bovins par grands bateaux, comme leurs incitations à la circulation des camions contre le rail, ne les rendront jamais crédibles. L’énergie est partie intégrante de la guerre mondiale au sein de laquelle celle de M. Poutine contre l’Ukraine.


D’autres foyers de conflits tout aussi dangereux couvent en Méditerranée pour l'accaparement et l’extraction des réserves de gaz qui s’y trouvent. Ils impliquent Israël, la Turquie, Chypre, Syrie, Liban, Égypte, Libye. Que du beau monde qui n’a que faire du soleil brûlant.

Les multinationales de l’énergie n’ont que faire de l’avenir humain. Leur souci est de sécuriser l’avenir de leurs profits. La guerre en Ukraine est pour eux une « opportunité » comme on dit dans les salons huppés et les conseils d’administration des majors du pétrole et du gaz.

Ils nous font trembler d’inquiétude pour les générations à venir. Les enjeux civilisationnels sont énormes : diversifier nos productions d’énergie en investissant avec les chercheurs et les salariés dans le nucléaire de demain et les énergies renouvelables, de l’hydraulique au solaire, de l’hydrogène à la marémotrice. Développer le rail contre les camions, rénover des centaines de milliers de logements, impulser un programme européen de plusieurs années pour l’agro-écologie et l’adaptation de la production agricole aux modifications climatiques, modifier les processus industriels avec les salariés, les cadres et les chercheurs.


L’objectif d’une telle métamorphose doit viser à améliorer le bien-être, la qualité de vie, la santé humaine, animale et améliorer la biodiversité. Bien loin de cette fameuse « sobriété » qui sert de programme au chef de l'État.

Ce mot n’a qu’une fonction : tenter d’imposer une nouvelle cure d’austérité pendant que les super profits de Total ne cessent de battre des records, comme ceux des grandes compagnies internationales du transport. Notre monde a besoin d’un grand projet humain de paix, de justice sociale, de démocratie et de métamorphose écologique. Il a besoin d’inventer dans le débat et dans l’expérimentation, un grand projet d’avenir. Un projet sécurisant le monde et l’avenir des générations futures.


Voici un processus à construire : celui allant vers une sécurité humaine globale, loin des divisions, loin de la minorité des affairistes, loin des dogmes capitalistes. C’est un autre monde qu’il faut inventer. Un monde dans lequel enfin les êtres humains, la nature, les animaux priment en toute chose. La fournaise nous appelle à l’action. Une action internationale unie, comme ont commencé à la faire les jeunes pour le climat. Une action qui doit changer d’échelle pour porter « l’après-capitalisme ». Après le féodalisme, puis le capitalisme, vient le temps du commun.

 

 

 

 

 

 

 

 

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4 août 2022 4 04 /08 /août /2022 05:48

L’auteur donne une analyse politique de la situation de l’hôpital public et avance des solutions structurées et radicales de nature à régler les problèmes au moment où la France va choisir ses nouveaux députés.

En mai 2020, nous écrivions : Plus que jamais à l’ordre du jour ! Un plan d’urgence pour les hôpitaux publics et les Ehpad! Et nous avions réactualisé notre plan d’urgence de 2018. Deux ans plus tard, l’hôpital public est en détresse vitale. On est bien donc toutes et tous d’accord qu’il faut que ça bouge et vite. Après la grande claque du Covid et l’objectif programmé de l’effacement de l’hôpital public, nous devons apporter des réponses à court et moyen termes.

Avant même de repenser la globalité de notre système de santé, en incapacité aujourd’hui de répondre à l’ensemble des besoins de santé, il faut stopper l’acharnement mis depuis plus de trente ans à détruire l’hôpital public et les mensonges de Véran/Macron ! Et, il ne suffit pas de changer de ministre pour changer de politique ! La séquence que nous vivons à la veille de congés d’été, risque de donner le coup de grâce à l’hôpital public : par plusieurs milliers, les soignants et les soignantes, les médecins hospitaliers, quittent leur établissement, entraînant la fermeture de centaines de lits et de services entiers, tels que les urgences.

La commission des affaires sociales du Sénat a lancé, le 17 novembre 2021, une mission d’enquête sur la situation de l’hôpital et le système de santé en France. Le constat dressé par les représentants des personnels soignants et des praticiens auditionnés est un constat de désastre. Selon le Syndicat national des professionnels infirmiers, 7 500 postes vacants d’infirmiers étaient recensés en juin 2020, en septembre 2020, ils étaient 34 000 Aujourd’hui, ce sont 60 000 postes qui manquent. Après la Covid-19, 10 à 20 % des postes infirmiers sont vacants, 10 % des effectifs en maladie, burn-out, dépression. Ils parlent d’une spirale infernale : « Plus les conditions de travail se dégradent, plus vous avez de départs ! Et plus la charge de travail augmente pour ceux qui restent, plus vous avez de nouveaux départs ». Les hôpitaux publics fonctionnent aujourd’hui avec la moitié du personnel paramédical (IDE et AS) en intérim ou vacations afin de remplacer les absences. Ce qui pose le problème de la précarité, avec en filigrane la remise en cause du statut, mais aussi d’une réelle difficulté de fonctionnement des services. L’expertise s’en va, avec des difficultés d’accompagnement des nouveaux arrivants. Une équipe, c’est un collectif de travail, ce n’est pas une somme d’individus.

Côté médecins, c’est la même chose, avec des plannings de travail éreintants, avec le cumul des heures, le manque de contacts avec les patients, il y a un accroissement de la perte d’intérêt au travail notamment chez les jeunes médecins. Beaucoup de services et particulièrement les urgences, fonctionnent aujourd’hui avec des médecins à diplôme hors Union européenne (les PADHUE) qui, malgré la reconnaissance de leur diplôme (pour près de 5 000 d’entre eux), et en exercice dans les hôpitaux sur tout le territoire, attendent un poste, un contrat pérenne tandis que les fermetures de lits et de services d’urgence se multiplient, faute de personnels.

Et pendant ce temps-là, sournoisement les grands groupes de la santé privée se restructurent, se substituent au secteur public avec la bénédiction des ARS et l’argent de la Sécurité sociale ! Vendredi 27 mai, sur France info, Lamine Gharbi, président de la Fédération de l’hospitalisation privée a d’ailleurs lancé un appel: « Nos services d’urgences ne sont pas saturés, on demande que le 15 nous envoie des patients ». Le privé entre en scène : « on peut vous aider, nous on sait gérer».

À l’origine de ce dysfonctionnement, les politiques publiques des vingt dernières années, qui ont privilégié les restrictions budgétaires, au détriment de la qualité des soins, des conditions de travail des personnels, des investissements dans le matériel, du maintien des établissements de santé de proximité, des capacités d’accueil des hôpitaux et plus globalement de la démocratie sanitaire. Le quinquennat d’Emmanuel Macron a poursuivi méthodiquement cette politique d’affaiblissement de la santé et de l’hôpital public avec l’amplification du virage ambulatoire entraînant des suppressions de lits – au nombre de lits que le ministère a fait fermer pour réaliser des économies (5 700 en 2020, 3 400 en 2019, 4 000 en 2018), s’ajoutent les 69 000 places d’hospitalisation à temps complet qui ont disparu entre 2003 et 2017 – le maintien de la T2A qui asphyxie financièrement les établissements, la fermeture d’hôpitaux de proximité et de maternités, ou encore les fusions d’établissements au sein des groupements hospitaliers de territoires (GHT) qui assèchent l’offre de soins au plus près des populations.

Comment fait-on aujourd’hui pour s’en sortir ? Les salaires, les recrutements, la formation sont au cœur des solutions !

Les revendications d’hier et d’aujourd’hui sont vitales : elles doivent faire l’objet d’une négociation nationale, dès juillet2022, avec les représentants des personnels hospitaliers et des usagers. Le plan d’urgence pour l’hôpital proposé par le PCF bien avant la crise sanitaire est plus que jamais d’actualité : son fil rouge reste l’humain pour restaurer les missions del’hôpital public, avec au cœur la place des personnels, leur bien-être au travail, leur reconnaissance et le respect de leur éthique de soin.

A court terme :

  • Les rémunérations :

Les salaires bloqués depuis 12 ans participent à l’hémorragie du personnel. Les 183 euros mensuels du Ségur de la Santé en plus sur la feuille de paye restent encore décalés par rapport au salaire moyen des infirmières en Europe, malgré ce qu’a osé déclarer le 12 mai 2022 l’ex-ministre de la santé O. Véran : « Non, ce n’est pas un problème salarial, ce n’est pas un problème d’effectif, c’est un problème d’organisation ». Revaloriser les salaires en relevant le point d’indice à 6 € (pour la CGT) est une des priorités pour donner envie de rester ou d’intégrer l’hôpital public, comme l’est autant la titularisation de tous les contractuels. Au-delà et simultanément, il est indispensable de réaliser une refonte des grilles indiciaires pour que celles et ceux qui sont sur la brèche voient les rémunérations enfin réévaluées en compensation de leur place indispensable dans la société… Dans le même temps, il faut moduler et réglementer les revenus des médecins du privé ; c’est le marché qui fixe le financement des médecins dans les cliniques à but lucratif ; il faut mettre fin à ce « mercato » pour enrayer la fuite des médecins du public, tentés par des salaires mirobolants.

  • Les recrutements et formations paramédicales et médicales

L’estimation d’un besoin de 100 000 emplois est largement dépassée ! La situation exige de faire le compte des besoins par établissement, par département (ou bassin de vie) : les emplois soignants et non-soignants qui peuvent faire l’objet d’embauches  immédiates avec la reconnaissance par les salaires, le financement et l’encouragement aux formations promotionnelles continues qualifiantes, permettant à des professionnels exténués de reprendre goût au soin à travers de nouvelles qualifications, un nouveau métier ; des pré-recrutements salariant des jeunes pendant leur formation en échange d’un engagement dans le public doivent être financés dans un vaste plan de formation national. Le secteur de la santé et du social est un remarquable terrain de mise en application des propositions de Sécurité Emploi Formation, un investissement pour notre santé. Les moyens des facultés et instituts de formation doivent être revus à la hausse dès cette rentrée 2022. Enfin, il faut donner envie aux personnels de rester, d’y venir, en reconstituant les équipes, le travail concerté dans les services, revaloriser les services rendus, notamment des médecins hospitaliers, dont les médecins étrangers non-européens dont l’avenir est menacé, en restaurant des instances démocratiques à l’hôpital. L’urgence est bien de redonner la parole aux soignants et à l’ensemble des hospitaliers ! Autre exigence non négociable, stopper les restructurations, la fermeture des lits et en ré-ouvrir tout de suite afin d’éviter le casse-tête des urgences aujourd’hui, pour trouver des lits d’aval disponibles pour leurs patients en voie d’hospitalisation. Revoir avec la médecine de ville (généralistes et spécialistes) et les établissements privés la permanence des soins la nuit et les week-ends. Le nouveau ministère de B. Bourguignon consacré exclusivement à la santé et à la prévention sera impuissant si les cordons de la bourse, le contrôle de la Sécurité sociale sont toujours à Bercy, dans les mains des émissaires des marchés financiers ! La nouvelle Assemblée nationale devra d’urgence voter une loi rectificative à la loi de financement 2022 de la Sécurité sociale pour donner enfin aux hôpitaux les moyens financiers nécessaires pour répondre aux besoins des populations, pour redonner espoir au personnel en des jours heureux et arrêter l’hémorragie des soignants. Dans la perspective du PLFSS 2023, il faudra en finir avec la T2A et restaurer des budgets de fonctionnement permettant la sécurisation des activités et leur évolution. Ces dotations de financement pourraient s’opérer en fonction des besoins des bassins de population facilement identifiables par la CPAM qui recense tous les actes médicaux, en lien avec des instances démocratiques départementales, régionales et nationales réunissant tous les acteurs (professionnels et leurs représentants, élus, usagers, directions d’établissement). Et ceci en remplacement à terme des ARS (agences régionales de santé). Des mesures financières fortes doivent être prises, comme la suppression de la taxe sur les salaires qui pénalise les embauches hospitalières (estimée à 4 Md€) et le remboursement à l’Etat de la TVA qui freine l’investissement et les achats indispensables. Ces 2 mesures, qui ne coûteraient rien à la Sécurité sociale, dégageraient immédiatement plus de 10 %de marge de manœuvre pour le budget hospitalier. Les 30 Md€ de dettes cumulées par les établissements doivent faire l’objet d’une reprise totale par l’État. Cette dette peut être refinancée par la BCE dans le cadre de prêts à taux très bas delong terme.

  • Relance de l’investissement

Les 19 milliards d’investissement annoncés à grand coup de communication lors du Ségur et étalés sur 10 ans vont, on ne peut en douter, constituer un levier pour restructurer encore et encore l’hôpital public et le système de santé. Nous pensons que la France a les moyens de réorienter le pôle public financier autour de la CDC. Ce pôle financier public pourrait devenir l’acteur pivot d’une nouvelle politique de financement, notamment de leurs investissements lourds. Dans l’immédiat, il pourrait effacer les emprunts toxiques, renégocier les autres via la BCE. Ainsi, notre proposition d’un fonds européen prend toute sa crédibilité, tout en libérant les ressources de la Sécurité sociale. C’est le choix ultra-libéral de baisse des dépenses de santé remboursées qui détruit l’hôpital public sciemment et méthodiquement, au profit du privé… Penser à l’avenir de l’hôpital public, remettre à flot notre système de soins, tout en répondant à l’urgence sanitaire exige un plan massif de soutien aux hôpitaux, accompagné d’une grande loi de santé publique, loi programmatique sanitaire et budgétaire pluriannuelle.

 

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3 août 2022 3 03 /08 /août /2022 14:28

 

Avec les travaux des JOP 2024, la Fête est contrainte de déménager, mais nos équipes tout comme les collectivités du Cœur d’Essonne mettent tout en œuvre pour accueillir les quelque 600 000 personnes qui, comme chaque année, viendront rejoindre les allées de la Fête de l’Humanité pour partager un moment festif, culturel et politique.

 

 

 

La Fête de l’Humanité, qui se tiendra les 9, 10 et 11 septembre, sur un nouveau terrain, au cœur de l’Essonne, sur l’ancienne Base aérienne 217, sera un moment unique de la rentrée sociale et politique.

Construite par les équipes de l’Humanité, des milliers de militantes et de militants communistes, politiques, syndicaux et associatifs, elle est ouverte à toutes celles et ceux qui veulent venir y partager un moment, entre amis ou en famille, participer à un débat, assister à un concert, découvrir un film ou un livre ou simplement faire la fête dans les nombreux stands militants ou du Village du monde.

La Fête, notre bien commun

Pendant trois jours, les espaces de débats, de l’Agora, de l’Humanité, du Forum social, du Village du livre, du nouvel Espace des territoires et du tourisme, mais aussi ceux de nombreux stands militants, donneront à entendre les réponses aux besoins urgents d’augmentation des salaires, du pouvoir d’achat et de la nécessaire bataille pour la réindustrialisation et notre souveraineté énergétique.

Dans les allées de la Fête de l’Humanité résonneront aussi les combats pour la paix en Ukraine, mais également partout dans le monde, en Palestine, au Yémen, pour les Kurdes, les Sahraouis, les combats antiracistes, écologistes, féministes.

On peut affirmer modestement qu’inscrite dans le paysage politique et social depuis des décennies, la Fête de l’Humanité l’est au patrimoine populaire de notre pays, singulièrement pour les progressistes et leurs amis. Elle est un bien commun qui dépasse nos frontières nationales, qui traverse des générations qui ont construit l’événement, y ont des souvenirs impérissables et heureux. C’est tout cela qui en fait un lieu si important.

La mobilisation populaire qui nous porte

L’an dernier, lors de l’édition 2021 de la Fête de l’Humanité – après les vagues de Covid, de confinements et de couvre-feux –, le bonheur de se retrouver était palpable, visible dans les larges sourires des visiteurs, sensible dans l’atmosphère conviviale, détendue et enthousiaste tout à la fois.

Comme nous avons su le faire par le passé, notre Fête est marquée par sa capacité de résilience et d’adaptation. Les dernières crises ont eu des impacts sur notre organisation auxquels s’ajoutent les difficultés économiques. Nous les avons surmontées à chaque fois par la mobilisation populaire qui nous porte et nous permet de réussir le rendez-vous.

 

Nous sommes aussi précurseurs et novateurs comme dans notre démarche pratique pour vous accueillir en essayant d’intégrer les exigences écologiques, de prendre en compte les évolutions et les manières de faire la fête à notre époque, de sécuriser notre site et de faire vivre les acteurs locaux par les pratiques les plus socialement ambitieuses.

Nous devons mesurer que cette Fête se déroulera alors que des crises successives s’accumulent et font planer des menaces inédites sur le genre humain. Il ne faut pas sous-estimer ce qu’il se déroule chaque jour. Les ruptures qui s’exacerbent quotidiennement sont le signal d’un système à bout de souffle qui ne répond plus aux besoins humains.

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2 août 2022 2 02 /08 /août /2022 05:47

L’auteur retrace ici l’histoire de la médecine ambulatoire et montre comment les corporatismes et les décisions politiques ont créé la pénurie de médecins et bloqué la réponse aux besoins des populations. Il avance des solutions, particulièrement l’idée d’un réseau national territorial de centres de santé avec un maillage national avec des équipes de soins primaires pluriprofessionnelles, de proximité. L’augmentation du nombre de professionnels de santé reste une urgence.

Le système français de santé repose schématiquement sur une double dualité :

a) Un système hospitalier

  • Public fortement structuré par les lois Debré, qui représente 60 % des places, avec un maillage national organisé et des missions d’enseignement, renforcé par les ESPIC (établissement de santé privé d’intérêt collectif, les ex PSPH) qui représentent environ 15 % des établissements.
  • Privé à but lucratif porté par des professionnels de santé libéraux qui représente environ 25 %, dont l’intervention est très variable selon les disciplines.

b) Un système ambulatoire de soins

  • Libéral, massivement majoritaire qui représente 94% de l’offre plutôt en baisse
  • Salarié, surtout en centre de santé, représente 6 % de l’offre plutôt en hausse

 

Attention aux faux cousins 

Sous la présidence de François Hollande, la ministre de la santé Marisol Touraine a lancé en 2016 une vaste stratégie ayant pour thème « la révolution de l’ambulatoire » (rien que ça). Président de la Fédération Nationale des Centres de Santé à l’époque, j’avais été invité avec le Président de la Fédération Française des Maisons de Santé au lancement de cette stratégie de « virage ambulatoire ». Nous attendions une vraie stratégie pour relancer et dynamiser une organisation du système de santé qui réponde aux besoins des habitants dans tous les territoires de France, dans les villes et les campagnes en souffrance de médecins, au plus près des habitants, combattant efficacement les déserts médicaux qui gagnaient tous les départements du pays. Il ne s’agissait de fait que de traiter de l’accélération de la conversion des services, principalement de chirurgie, à l’hospitalisation de jour, pratique qui consiste à réaliser une intervention chirurgicale dans la journée, le patient ressortant le soir même, avec en objectif annoncé de passer de 43% de patients en 2013 traités en hôpital de jour à 62% en 2020, sans passer la nuit à l’hôpital, donc en « ambulatoire » mais à l’hôpital.

Cet abus de langage n’était qu’une des escroqueries de cette annonce. La ministre s’indignait du « procès d’intention » qui lui était fait de ne faire cette réforme que pour supprimer 16 000 lits d’hôpital. L’histoire nous a appris qu’il y a eu de fait 17 500 lits de fermés pendant cette période. Le directeur associé de l’Agence Nationale d’Appui à la Performance (ANAP) disait candidement à cette époque que l’atteinte de l’objectif fixé par le ministère de la santé d’être à 62% d’hospitalisation de jour entrainait mécaniquement une baisse de 35 000 lits dont 20 000 dans le public. Objectif presqu’atteint pour le secteur public !!!

De l’origine des déserts médicaux

Notre sujet ne concerne que le système de soins ambulatoire, ce que l’on appelle par ailleurs la « médecine de ville », (mais qui concerne également la médecine en zone rurale) qui concerne les gens en consultation dans les cabinets médicaux ou en visite à leur domicile, ce qui actuellement fait angoisser et courir de plus en plus de gens au quotidien. Ceci fait que les élus locaux, sous la pression des habitants de leur territoires sont obligés d’inventer des solutions, seuls parfois, bricolant souvent avec des professionnels, des habitants, des réponses qu’ils portent sans capacité technique ni accompagnement. La réflexion politique est souvent lapidaire : les médecins ne veulent pas spontanément venir dans certains territoires, il faut donc les contraindre à le faire, après tout c’est la société qui paie leurs études en grande partie, c’est la solidarité nationale qui, avec la Sécurité sociale, finance et garanti leurs revenus. Ils ont donc des comptes à rendre à la société et doivent en retour répondre aux besoins des territoires. Ce n’est pas aussi simple.

Cette situation des déserts médicaux est une construction progressive qui résulte de décisions corporatistes, politiques, économiques et scientifiques depuis plus de 100 ans.

  • Décisions corporatistes :

La révolution française avait décidé de mettre en place une médecine sociale de proximité prenant en charge gratuitement tous ceux qui en avaient besoin, s’appuyant sur des médecins et une catégorie de professionnels de santé intermédiaire entre infirmière et médecin créé en 1793 : les Officiers de santé. De formation plus courte, ils ne pouvaient pas effectuer la totalité de l’activité médicale (sauf sous contrôle d’un docteur) et ne pouvaient exercer que dans les départements qui leur délivrait leur diplôme. Les docteurs en médecine n’ont eu de cesse de combattre cette pratique jugée concurrente à la leur pour l’obtenir par la loi du 30 novembre 1892: « Nul ne peut exercer la médecine en France s’il n’est muni d’un diplôme de docteur en médecine ». Cet épisode a sacralisé le monopole d’exercice de la médecine et structuré l’ensemble du système de santé, avec le « syndrome du tout médecin », expliquant que de nombreux actes soient aujourd’hui réservés en France aux médecins alors qu’ils sont pratiqués dans d’autres pays par des professionnels ayant une formation moins complète, faisant perdre au passage plus de 130 ans à la France dans l’organisation des soins ambulatoires, jusqu’à la création des « infirmières en pratique avancée » par la loi Touraine de 2016. À cette occasion les docteurs ont une nouvelle fois, à l’unanimité des organisations syndicales, refusés la création des professions médicales intermédiaires et continuent de le faire.

  • Décisions politiques :

Lors du retour des 3 départements d’Alsace et Moselle au sein de la mère patrie en 1918, la France dû faire face à leur intégration avec les acquis du système bismarckien de santé et protection sociale qui repose sur une délégation de service public avec indépendance administrative et financière, l’État n’intervenant que comme régulateur et contrôleur financier, avec des cotisations assises sur les salaires qui ouvrent droit à remboursement. Elles sont collectées par des organismes indépendants de l’Etat : les caisses, qui assurent également le paiement des soins reçus par les assurés. Cette organisation est en opposition au système beveridgien de Grande Bretagne où l’État assure la collecte des recettes et la prise en charge du système de santé dans le cadre d’un service public.

Le système de 1921 nécessitait une entente entre les Caisses et les professionnels de santé sur une tarification homogène au plan national, les médecins étant payés par les Caisses et sur une base d’une liste de prescriptions autorisées prise en charge intégralement. Plutôt que de limiter ce système aux seuls départements réintégrés, la Loi sociale de 1921 organisait sa généralisation à toute la France, le prix à payer pour les 1,650 million de morts et les 4,250 millions de blessés et « gueules cassées » de la première guerre mondiale. Les médecins se sont soudés en un « front du refus » bloquant pendant 7 ans le débat parlementaire pour aboutir une loi adoptée en 1928 complètement vidée de sa substance progressiste.

Les médecins sont sortis une nouvelle fois renforcés dans leur toute puissance, ayant réussi à faire reculer les différents gouvernements qui se sont succédés et le peu qui avait été maintenu a été réduit à néant pas la deuxième loi sociale de 1930. Les médecins ont pu se fédérer au sein du premier syndicat national, la Confédération des syndicats médicaux français (CSMF), et autour d’un socle revendicatif la « charte de la médecine libérale de 1927 ».

Lors de la mise en place de la Sécurité sociale en 1945, celle-ci visait le rétablissement du projet initial et donc nécessitait également un partenariat avec les professionnels de santé dans le cadre d’une contractualisation conventionnelle et d’une « co-gestion ». Au même projet les mêmes problèmes, les médecins ont bloqués les négociations conventionnelles jusqu’en octobre 1971, date de la signature de la 1ère convention médicale nationale. Cette négociation n’a pu aboutir que dans le cadre d’un abandon par l’État de son rôle de décideur politique, laissant les médecins et l’Assurance Maladie organiser l’ambulatoire, avec les « Principes de la charte libérale » sanctuarisés par la loi (création dans le code de la Sécurité Sociale en juillet 1971 de l’article qui deviendra le L.162-2), qui grave dans le marbre de la loi ces exigences des libéraux : « Dans l’intérêt des assurés sociaux et de la santé publique, le respect de la liberté d’exercice et de l’indépendance professionnelle et morale des médecins est assuré conformément aux principes déontologiques fondamentaux que sont le libre choix du médecin par le malade, la liberté de prescription du médecin, le secret professionnel, le paiement direct des honoraires par le malade, la liberté d’installation du médecin ». Ce dernier « principe » a été négocié en échange de l’abandon de l’entente directe.

Ces mêmes « principes » sont inscrits dès le Préambule de la 1ère convention nationale, en échange de l’abandon par les médecins de la liberté de décision de leurs honoraires (entente directe), avec l’engagement exigé en complément de ne permettre aucune autre forme d’exercice de la médecine que l’exercice libéral dans l’article 18 de cette convention :

  • Les parties signataires conviennent qu’en ce qui concerne les malades relevant de la médecine praticienne, le système de soins de santé doit être tel que les assurés sociaux et leurs ayants droit puissent avoir recours facilement pour les soins de toute nature dont ils ont besoin, à des praticiens placés sous le régime de la présente convention…
  • Les caisses d’assurance maladie acceptent de ne pas créer, développer ou subventionner des centres de soins et de diagnostic sans avoir reçu préalablement l’accord des syndicats médicaux les plus représentatifs et adhérant à l’une des organisations syndicales médicales signataires. Les dispensaires et centres existants ne pourront, sous réserve de l’avis motivé des parties signataires, recevoir les prêts des caisses que pour maintenir leur valeur technique au niveau nécessaire afin de garantir la qualité des soins donnés dans ces établissements »

L’État a mis entre les mains des seuls libéraux l’organisation des soins ambulatoires et s’est privé du seul outil qui permettait de contre balancer la toute-puissance médicale, les centres de santé. Cette année là, l’État s’est tiré une balle dans le pied.

 

A) Décisions économiques :

 

  • La création d’un concours très sélectif en début des études de médecineest revendiquée par les dirigeants syndicaux libéraux depuis les années trente et surtout dès le lendemain de la guerre avec la création de la Sécurité sociale, avec le soutien du Conseil National de l’Ordre des Médecins et de la Fédération des médecins de France (FMF, syndicat ultralibéral des médecins) qui souhaitaient préserver le « prestige » de la profession médicale et voulaient éviter qu’une « armée de médecins aux pieds nus en viennent à accepter une étatisation de la médecine ».
  • Le contre coup de mai 68 : Du fait de l’augmentation importante des étudiants en 1ère année de médecine (+ 68% entre 1962 et 1968), pour faire face aux besoins du pays, ceux-ci ont revendiqué et obtenu que tous les étudiants de 2ndcycle soient formés à l’hôpital (ce qui n’était le cas que pour les étudiants ayant passé le concours de l’externat). Face à l’arrivée importante de ces étudiants dans les services hospitaliers, les « patrons » hospitaliers et les directeurs d’hôpitaux ont demandé pour éviter une « baisse de la qualité et une fuite vers les cliniques » que leur nombre soit réduit.
  • La maitrise des dépenses de santé : L’augmentation importante des étudiants entraine une augmentation du coût de la formation avec « l’externat pour tous » et les médecins formés détiennent le pouvoir d’engager les dépenses de la Sécurité sociale : plus leur nombre augmente plus les dépenses croissent… Ceci est favorisé par un paiement des médecins exclusivement à l’acte, système très inflationniste.

La convergence de ces causes a abouti à la mise en place d’un Numerus Clausus, de fait concours en fin de première année, qui n’a jamais été remis en cause jusqu’en 2020. La réduction par ailleurs du nombre de lits et de services dans les hôpitaux, qui sont la base de la détermination des places de formation possible ne permettra qu’un effet limité de « l’ouverture » du nombre de place au concours.

B) Décisions scientifiques :

En 1971 Abdel OMRAN, épidémiologiste Nord-Américain, décrit des modifications des profils des pathologies observées en 3 étapes, l’âge des « épidémies et des famines » avec une moyenne d’âge à 30 ans, l’âge de la régression des maladies infectieuses et des épidémies grâce aux progrès de l’hygiène et de la pharmaco chimie avec une durée moyenne de vie qui passe à 60 ans et le 3ème âge des maladies chroniques, dégénératives et sociétales, dans laquelle nous sommes et qui se caractérise principalement par la modification de la prise en charge des patients qui sont suivis par une équipe pluri-professionnelle non pour être guéris mais pour vieillir avec leurs maladies le plus longtemps possible dans les meilleures conditions possibles.

Cette analyse, largement partagée dans le monde, oblige à revoir l’organisation des soins ambulatoires traditionnels qui ne doivent plus être fondés sur le seul colloque singulier avec un paiement à l’acte mais sur une prise en charge par des équipes de soins primaires, rémunérés pour une prise en charge populationnelle en lien avec un territoire donné et les professionnels des champs sanitaires, médico-sociaux et sociaux.

Les organisations scientifiques, professionnelles et politiques pointaient que le système ambulatoire devait profondément être réformé. Les syndicats libéraux, ignorant les alertes des scientifiques, sont restés campés sur leurs principes et leur toute puissance politique et n’ont porté comme objectifs de négociation que la seule valorisation de leurs actes et avantages corporatiste. L’État n’a pas joué son rôle de régulateur et de pilote et n’a pas assumé son rôle politique de projection et d’anticipation. Une telle évolution percutait complètement le modèle libéral dominant et aurait conduit les élus à s’affronter aux médecins à qui ils avaient remis les clés de l’ambulatoire. La lâcheté politique était plus confortable.

Quelles solutions ?

À l’analyse des causes, il est aisé de comprendre qu’une simple décision organisationnelle visant à contraindre des médecins à s’installer dans des territoires déficitaires est inopérante. Les médecins se battront pour ne pas aller sous la contrainte dans des territoires de « relégation », les habitants de ces territoires se sentiront méprisés et déconsidérés. Ce ne sont pas les discours de certains élus ou technocrates qui changeront les choses comme ceux qui demandent aux territoires d’être « plus attractifs », alors que leurs habitants y sont heureux ! La décision de contrainte à l’installation ne pourrait se mettre en place qu’à partir de la première année d’étude et donc ne sera opérationnelle que dans 10 ans. Rallonger l’internat d’un an pour contraindre à faire de la 4ème année un « service public de santé » dans les territoires déficitaires aboutit à une médecine instable avec des médecins qui tourneront tous les ans, ne concourant pas à la qualité du suivi des patients, et pourquoi là et pas ailleurs ? Qui définira les territoires le nécessitant ? Tous les élus considèrent que leurs besoins sont prioritaires. Les différentes solutions basées sur la contrainte ont enfin le « mérite » de dédouaner l’État de son obligation de définir un projet politique, pérenne, qui réponde aux besoins de tous les habitants dans tous les territoires du pays et qui ne soit pas des rustines prises par défaut pour des territoires déficitaires en attendant que se réalise le mythe « demain ça ira mieux ».

Face à un construit politique, une seule réponse : un autre construit politique.

L’État doit définir un projet politique d’organisation de l’ambulatoire. Lors de la seconde guerre mondiale, le Conseil National de la Résistance (CNR) a élaboré un programme « Les jours heureux » qui donnait une claire vision politique d’une France à reconstruire après la destruction du pays par l’occupant allemand assisté par la droite la plus réactionnaire et collaborationniste française. Dans son programme le CNR créait le système français de Sécurité sociale qui a été mis en œuvre par Ambroise Croizat. Dans ce même programme le Pr Robert Debré avait contribué par la définition de la réforme de l’hospitalisation, qui a donné lieu aux Ordonnance Debré (son fils) de 1958. Pour faire simple, l’hôpital public a une obligation de mailler le territoire national avec les hôpitaux de proximité, des hôpitaux généraux dans tous les départements avec les services de médecine et de chirurgie pour les besoins les plus courants, des hôpitaux régionaux avec des plateaux techniques et spécialisés de pointe, couplés à l’enseignement universitaire au sein de CHU.

À côté du service public hospitalier (ou des hôpitaux privés participant au service public hospitalier) les établissements privés à but lucratif pouvaient continuer d’exister et de se créer, l’État devant garantir à toute la population l’accès aux soins hospitaliers. Robert Debré avait ébauché de la même façon un projet de réforme de l’ambulatoire, s’appuyant sur des centres de santé de proximité, travaillant avec une équipe pluri-professionnelle et s’appuyant sur un petit plateau technique ambulatoire (radio et biologie) avec des spécialités essentielles à l’époque, en lien étroit avec les services sociaux car la santé était déjà considérée comme un « état de complet bien être physique, mental et social ». Cette partie du projet n’a pas pu être portée, les freins contre la réforme de l’hospitalisation et la mise en place de la Sécurité sociale étaient déjà immenses. Toutes ces décisions étaient essentiellement de nature politique, visant un projet de société, mettant en place une médecine sociale qui priorisait l’humain avant les finances.

De même le projet de modernisation du système de santé ambulatoire que nous portons doit résolument être politique. Il s’agit de décider d’un maillage national avec des équipes de soins primaires pluriprofessionnelles, de proximité, s’appuyant sur des centres de santé, dans tous les territoires dons la maille est à définir (canton ?, pour un bassin de vie de 50 000 habitants ?). À ces centres, s’adossent des antennes pour rapprocher les équipes de soins des populations isolés. Ils devront répondre aux besoins des territoires, embarquant les missions de médecine de santé publique, comme la protection maternelle et infantile (PMI), santé sexuelle, handicap, personnes âgées, à définir avec les différents partenaires des territoires.

La rémunération de ces centres ne se fera plus sur la base de l’activité, système pervers qui modifie la structure de l’activité des équipes comme le démontre la pratique libérale qui favorise la sélection des patients et le fonctionnement des établissements de santé privés dont la « tarification à l’activité » a contribué à la désorganisation de notre système hospitalier. Le financement de ces centres de santé devra s’appuyer sur une rémunération d’équipes pluri-professionnelles, adaptée à la population prise en charge et embarquant les missions de prévention, de promotion de la santé adaptée au bassin d’implantation, construit avec les autres professionnels de santé, les établissements publics d’hospitalisation, les établissements médicaux sociaux, les habitants et les élus du territoire.

Il faudra lancer un vaste plan de recrutement pour couvrir les besoins en professionnels de santé de ces centres, dans le cadre d’un statut de Praticien ambulatoire territorial, avec garantie de mobilité, avec une rémunération alignée sur la grille de la Fonction publique hospitalière et permettant des passerelles entre les carrières hospitalières et ambulatoires. Une telle stratégie nécessite une volonté politique, portée par une majorité qui considère le rôle essentiel de la médecine sociale, dans une pratique d’équipe pluriprofessionnelle, coordonnée.

L’augmentation du nombre de professionnels (médecins, infirmières, etc) est une urgence. La mise en place de ce projet politique national permettrait de laisser aux professionnels qui souhaitent de maintenir leur activité libérale, la possibilité de conserver leur liberté d’installation.

Il faut définir un projet politique positif plutôt que reposant sur la contrainte d’une catégorie de personnes ; c’est plus acceptable et cela relève plus de choix politiques que seule une majorité progressiste peut mettre en place.

 

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31 juillet 2022 7 31 /07 /juillet /2022 08:00
Revalorisation des retraites : le sale coup de la Macronie

Assemblée nationale. Le gouvernement a fait revoter les députés en pleine nuit afin d’empêcher une revalorisation des retraites de 5,5 %, adoptée quelques heures plus tôt, mardi soir, contre l’avis de l’exécutif.

Revalorisation des retraites : le sale coup de la Macronie

Il y a des jours où la Macronie promet de « nouvelles méthodes », du « dialogue », du « compromis » et de la « coconstruction ». Et puis, il y a des nuits où les troupes présidentielles retombent dans leurs travers. L’examen du budget rectificatif, voté par 293 voix contre 146 lors d’une séance nocturne entre mardi et mercredi, s’est achevé sur un psychodrame.

Tout commence lorsque le gouvernement est battu, une nouvelle fois, par l’opposition. Et pas sur n’importe quelle mesure : le centriste Charles de Courson présente un amendement pour que la hausse des retraites prenne en compte le niveau réel de l’inflation pour 2022, soit 5,5 % à ce jour, contre 4 % comme proposé par Bercy. Sans surprise, le gouvernement appelle à voter contre.

Dans la confusion générale

La Macronie fait bloc, mais les députés de gauche, ceux du RN et neuf élus LR, votent pour. L’amendement est adopté par 186 voix contre 181. La gauche jubile. « Victoire ! Contre l’avis du gouvernement, l’Assemblée vient de relever les pensions à hauteur de l’inflation. Une bonne nouvelle pour ceux qui ont travaillé toute leur vie et ont droit à une vie digne ! » s’enthousiasme le secrétaire national du PCF, Fabien Roussel.

Oui, mais voilà, tard dans la nuit, le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, revient à la charge et demande un second vote, comme le règlement l’y autorise. Alors que plusieurs députés brandissent le règlement intérieur, protestent contre la manœuvre et réclament une suspension de séance, la députée Modem Élodie Jacquier-Laforge, qui préside les débats, convoque subitement le vote.

Dans la confusion générale, la hausse de 5,5 % des retraites est rejetée par 224 voix contre 121. « Plein de collègues n’ont pas eu le temps de voter ou se sont trompés de bouton dans la précipitation. J’ai déjà vu des ministres organiser une seconde délibération après avoir été battus, ce que je trouve déjà très problématique. Mais là, c’était lunaire. C’est la pire séance à laquelle j’ai assisté de toute ma vie, à plus d’un titre ! » s’indigne le député FI Ugo Bernalicis.

40 demandes de rectification de vote !

Plusieurs parlementaires se ruent pour remplir des feuilles de correction, ce qu’ils font quand ils se trompent de vote. Quarante « mises au point » ont été comptabilisées. Un chiffre rare, preuve d’un scrutin tenu loin de toute la sérénité nécessaire à un vote. Beaucoup d’élus crient leur colère. Les députés RN, qui étaient 80 à s’être prononcés pour la hausse de 5,5 %, semblent désemparés. Lors du deuxième scrutin, 9 ont voté avec le gouvernement et 24 contre.

Beaucoup réclament un nouveau décompte, à droite comme à gauche. C’est possible : il suffit que l’exécutif dépose un nouvel amendement. Mais Élodie Jacquier-Laforge propose aux élus revendicatifs de se rattraper en votant pour ou contre l’article 8, lequel comporte pourtant d’autres mesures que la revalorisation des retraites… Scandalisés, les députés RN quittent l’Hémicycle et refusent de participer au vote final sur le budget rectificatif.

Le gouvernement, qui sait pourtant qu’un scrutin dans les règles lui serait favorable puisque les députés LR ont changé de position en quelques heures et assurent la bascule, ne cherche même pas à dissiper le doute. « Réglementairement, vous avez raison. Mais politiquement, vous avez fondamentalement tort. Cette méthode du rattrapage, du passage en force, on l’a vécue de 2017 à 2022. À chaque fois que l’on gagnait un amendement, vous reveniez dessus ! » alerte le président FI de la commission des Finances, Éric Coquerel, qui ajoute à l’adresse de la Macronie : « Laissez le texte vivre sa vie, transmettez-le au Sénat et à l’arrivée, on verra bien. Mais ne revenez pas à ces méthodes de passage en force. Vous ne tiendrez pas cinq ans comme ça. »

Le gouvernement aurait pu lever le gage

Reste que Charles de Courson lui-même a voté avec le gouvernement lors du second scrutin, l’exécutif s’étant engagé à revaloriser les retraites en… janvier 2023. « L’amendement de Courson aurait eu de fâcheuses conséquences : 500 millions d’euros auraient été retirés aux retraites militaires », pointe le rapporteur général du budget, Jean-René Cazeneuve.

Le texte était ainsi techniquement rédigé car toute nouvelle dépense doit être compensée par une économie pour qu’un amendement soit recevable. « Mais le gouvernement peut lever le gage, note Ugo Bernalicis. C’est ce qu’il a fait quand nous avons voté contre son avis l’aide de 230 millions d’euros pour les ménages se chauffant au fioul. Elle était financée via des ponctions sur les politiques de la ville. Mais cette conditionnalité a été retirée : le gouvernement a levé le gage. » Il a décidé de ne pas le faire pour une hausse des retraites de 5,5 %. Alors que, selon l’Insee, l’inflation globale pour 2022 sera de 7 %.

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29 juillet 2022 5 29 /07 /juillet /2022 05:28

 

L’auteur, au terme des élections de 2022 rappelle les attentes exprimées par la population en matière de santé et de protection sociale. Elle donne les positions des différents candidats et restitue le programme commun adopté par la gauche pour les élections législatives.

Lors de la campagne pour les élections présidentielles, la Mutualité Française, dans le cadre de son « Grand Oral de la Mutualité » dédié aux propositions en matière de santé et de protection sociale des candidats et candidates, a sollicité l’institut de sondage Harris Interactive pour  connaître  les attentes des Français en matière de santé et de protection sociale. Voici quelques résultats du sondage de manière non exhaustive[1]:

  • 66% des Français estiment que les candidats ne parlent pas assez de santé. Les attentes principales résident comme en 2017 autour des enjeux de financement de la protection sociale et d’accès aux soins pour tous.
  • De manière générale, les Français sont très attachés à la Sécurité sociale et ne sont pas prêts à en remettre en cause les principes, même s’ils sont inquiets à l’égard du déficit perçu, jugé très conséquent, et pensent que les soins seront moins bien remboursés à l’avenir. 
  • 50% des Français ont déjà renoncé à des soins de santé pour des raisons financières. 42% par manque de professionnel de santé à proximité.
  • Pour améliorer l’accès aux soins pour tous, les mesures jugées les plus importantes sont la lutte contre les déserts médicaux et la limitation des coûts qui pèsent sur les patients (dépassements d’honoraires, prix de certains produits). Notons que plus de la moitié des Français déclarent avoir déjà dû renoncer à des soins pour l’une de ces raisons.
  • 76% des Français sont préoccupés par le risque de dépendance et de perte d’autonomie.

 

Sans surprise, la santé et la protection sociale reste l’une des préoccupations majeures de nos concitoyens.

Si 4 des 12 candidats, dont Fabien Roussel, sont venus présenter en personne leur programme le 1er mars 2022 lors de ce grand oral « Place de la Santé », les questions de santé et protection sociale portées par les 12 candidats ont fait l’objet d’un décryptage[2]. Quelles réponses pour l’avenir de l’hôpital, des déserts médicaux, de l’autonomie, du financement de la Sécurité Sociale, de la retraite ont été portées par les différents candidats? Suivant le comparateur[3], une large majorité des 12 candidats affichent dans leurs projets, la lutte contre les déserts médicaux, la revalorisation de l’hôpital public et la revalorisation des métiers de l’autonomie mais seulement 3 sur12 dont Fabien Roussel et Jean-Luc Mélenchon soutiennent l’idée d’un remboursement à 100 %  des soins prescrits par l’Assurance maladie avec quelques différences quant à l’avenir des mutuelles et des complémentaires santé.

Sans surprise, la promotion des centres de santé comme une des réponses aux déserts médicaux est mentionnée par les représentants  de la gauche à l’exception d’Anne Hidalgo et de Yannick Jadot (salariat au sein des maisons de santé), les autres familles politiques de la droite à l’extrême droite avançant la multiplication des maisons de santé libérales.

Pour l’hôpital public, E. Macron joue dans la continuité en proposant de poursuivre le sauvetage de l’hôpital public dans le prolongement du Ségur de la Santé et de recruter, sans toutefois mentionner un objectif chiffré d’embauches. V. Pécresse propose un plan d’urgence pour la santé en formant 20 000 médecins par an et en promouvant la coopération public/privé. Quant à Mme le Pen, son ambition de changement pour l’hôpital public, sera financé entre autre, par la diminution de 75 % des dépenses d’AME (aide médicale d’état) dans la perspective d’un programme santé fondé sur la priorité nationale.

Du côté de la gauche, il y a consensus sur la nécessité d’un plan d’urgence pour l’hôpital public, d’une reconstruction du service public hospitalier et d’un grand plan de développement de l’hôpital public. Tous sont favorables à l’arrêt des fermetures de services, à la suppression de la T2A (tarification à l’activité) à l’exception de Yannick Jadot qui entend la moduler, à des embauches et des formations massives et à la défense des hôpitaux de proximité.

Concernant la retraite, les candidats de droite et d’extrême droite sont pour un report de l’âge de départ à la retraite, hormis Mme le Pen qui défend le retour de l’âge de départ à 60 ans sans toutefois s’expliquer sur sa faisabilité. A gauche, il y a unanimité sur le maintien ou l’avance de l’âge de départ à 60 ans, Anne Hidalgo prônant le maintien à 62 ans.

Enfin sur l’autonomie, la revalorisation des métiers de l’autonomie, les taux d’encadrements dans les Ehpad et les mesures concernant les politiques du handicap sont portés par une majorité de candidats. Mais un seul candidat remet en cause le financement de l’autonomie par la 5ème branche ou 5ème risque de la Sécurité Sociale, c’est Fabien Roussel le candidat du PCF. Il est également le seul à porter la question du financement de la Sécurité Sociale et la prise en charge globale des risques entièrement financée par les cotisations, en ayant la volonté de construire une Sécurité Sociale du XXIe siècle[4].

Le 2ème tour de la présidentielle où se sont affrontés E. Macron et M. Le Pen n’a pas été marqué par de nouvelles propositions de la part des 2 candidats, alors que l’accès aux soins de premier recours est de plus en plus compliqué, que l’hôpital n’assure plus son rôle de service public d’accueil en dernier recours. E. Macron a remporté cette présidentielle mais uniquement par la volonté majoritaire du pays de barrer la route à l’extrême droite. Et sans surprise, il perdure dans sa volonté de limiter les dépenses de santé et maintient l’hôpital public, la tête sous l’eau! On ne change rien!

Un espoir s’est levé néanmoins avec l’élection prochaine de nouveaux députés et le rassemblement de la gauche (LFI, PCF, PS, EELV) autour d’une coalition, la NUPES (Nouvelle union populaire écologique et sociale). Espoir et attente du mouvement populaire d’avoir une majorité de députés issues de cette union porteuse au sein de la prochaine Assemblée Nationale, de réels changements dans la vie de tous les jours. Des objectifs communs ont pu être actés autour d’un programme partagé, d’autres resteront à débattre à l’Assemblée.

Les points qui ont rassemblés l’ensemble des forces de gauche de la Nupes afin de faire passer la santé d’abord et reconstruire les établissements de santé publics, notamment les hôpitaux[5] :

  • Reconstruire le service public hospitalier et instaurer le « 100 % Sécu » en remboursant à 100 % les soins de santé prescrits.
  • Ré-ouvrir des services d’urgences, de maternités et des EHPAD publics assurant un service de santé public de proximité à moins de trente minutes de chaque Français.
  • Sortir du tout T2A (tarification à l’activité).
  • Engager un plan pluriannuel de recrutement et de pré-recrutement des professionnels du soin et du médico-social (médecins, infirmiers, aides-soignants et personnels administratifs), revaloriser les métiers et les revenus et augmenter les capacités d’accueil des établissements de santé publics, notamment les hôpitaux.
  • Actionner tous les leviers pour combattre les déserts médicaux : création de centres de santé pluridisciplinaires publics et embauche de médecins salariés, augmentation des moyens des facultés de médecine, mobilisation de la médecine libérale et hospitalière, coopératives médicales, conventionnement sélectif, obligation temporaire d’installation, etc.
  • Faire de la santé mentale une grande cause du quinquennat : renforcer les moyens des centres médico-psychologiques (CMP) et des structures dédiées au handicap psychique, et augmenter le nombre de places en faculté de médecine dans la filière psychiatrique.
  • Construire un service public de la dépendance, développer un réseau public de maisons de retraite, former, qualifier et recruter en nombre suffisant le personnel nécessaire : au moins 210 000 personnels médico-sociaux et médicaux, revaloriser les métiers et revenus de l’ensemble des professionnels du grand âge à domicile comme en institution en refondant les grilles de rémunération et de qualifications.
  • Lever les obstacles à l’autonomie des personnes en situation de handicap
  • Assurer l’autonomie financière des personnes en situation de handicap, en revalorisant l’AAH au niveau du SMIC et en la rendant indépendante des revenus du conjoint.
  • Garantir une retraite digne : restaurer le droit à la retraite à 60 ans à taux plein pour toutes et tous après 40 annuités de cotisation ; financer l’équilibre des retraites en soumettant à cotisation patronale les dividendes, participation, épargne salariale, rachats d’action, heures supplémentaires.

Ces objectifs communs, sont pour certains mis à la sagesse de l’Assemblée, c’est à dire qu’ils resteront à débattre entre les groupes au sein de la prochaine Assemblée Nationale.

 

Deux exemples parmi d’autres :

Le Parti communiste français proposera de financer la garantie d’emploi par un redéploiement des aides publiques aux entreprises et de nouvelles cotisations sociales et d’intégrer les années d’études dans le calcul des annuités pour la retraite.

Le Parti communiste français proposera de remplacer la CSG par des cotisations sociales plutôt que de la rendre progressive.

OUI, les 12 et 19 juin prochains, un vent d’espoir peut se lever sur la France. OUI, il faut vite, une autre politique pour l’hôpital et la santé ! Il faut leur assurer un financement à hauteur des enjeux par la Sécurité Sociale et les cotisations. La nouvelle Assemblée Nationale devra d’urgence voter une loi rectificative à la loi de financement 2022 de la Sécurité Sociale pour donner enfin aux hôpitaux les moyens financiers nécessaires pour répondre aux besoins des populations, pour redonner espoir au personnel en des jours heureux et arrêter l’hémorragie des soignants. Cette loi rectificative devra s’accompagner de revalorisations salariales pour tous les personnels, de reconnaissance de la pénibilité du travail de nuit, d’un véritable plan de formation de soignants et d’un changement dans la gestion des hôpitaux, la tournant vers l’intérêt général et non la rentabilité.

[1] https://harris-interactive.fr/opinion_polls/regard-des-francais-sur-le-systeme-et-les-enjeux-de-sante-dans-la-perspective-de-lelection-presidentielle/

[2] https://www.placedelasante.fr/election-presidentielle-2022/les-programmes-decryptes/

[3] https://www.placedelasante.fr/election-presidentielle-2022/comparateur-des-programmes/

[4] https://www.placedelasante.fr/candidats/fabien-roussel/

[5] https://nupes-2022.fr/le-programme/

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28 juillet 2022 4 28 /07 /juillet /2022 05:36

 

Les incendies qui ravagent la forêt girondine, comme ceux qui frappent le Vaucluse, la Manche ou le Finistère sont une tragédie.

Ils posent la question de la prévention et du traitement des départs de feu, pour que ceux-ci ne se transforment pas en "méga-feux" incontrôlables, comme c'est aujourd'hui le cas en Gironde.

Le réchauffement climatique, le recul de l’agriculture pastorale ou le manque d’entretien de nos forêts multiplient les risques d'incendie.

J'en appelle au Ministre de l'intérieur Gerald Darmanin :

Nos politiques publiques doivent être repensées pour en limiter l’ampleur et l’impact sur les populations et les territoires.

Attaquons-nous aux causes profondes qui favorisent les incendies de forêt et repensons l'organisation des moyens d'intervention sur les incendies !

A cet égard, le grand Sud-Ouest doit désormais être considéré comme un territoire très menacé et disposer de moyens spécifiques, en particulier dans le domaine aérien, pour attaquer tout départ de feu, en complément des dispositifs terrestres.

Nous devons pour cela acquérir de nouveaux vecteurs aériens, type Canadairs et bombardiers d’eau.

Nous devons former et embaucher des commandants de bord, aujourd’hui en nombre insuffisant face au risque de multiplication des incendies.

Nos services d’incendie et de secours doivent être d'avantage soutenus et ne plus dépendre des financements des Départements.

Si nous saluons le courage et le dévouement des pompiers, ils méritent une plus grande reconnaissance ainsi que des moyens supplémentaires, ce qui encouragerait également l’engagement de pompiers volontaires.

 

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27 juillet 2022 3 27 /07 /juillet /2022 05:45

 

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