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Second tour Ce sont à nouveau les moins de 35 ans et les classes populaires qui ont le moins voté. Quant aux reports de voix, ils donnent à voir l’effritement du front républicain.
Le scrutin de dimanche a ouvert une période d’incertitude avec une majorité toute relative pour Ensemble ! mais aussi une arrivée en force de la gauche à l’Assemblée et une percée historique du Rassemblement national. La carte politique du territoire s’en trouve bouleversée : si 324 circonscriptions conservent la même étiquette, 148 ont basculé plus à gauche et 105 plus à droite. Mais le second tour des élections législatives a été marqué par un autre phénomène majeur : l’abstention, à nouveau, de plus de la moitié des citoyens appelés aux urnes (53,77 %, contre 52,49 % le 12 juin). « Ce sont plus de 26 millions d’électeurs qui n’ont pas voté. C’est le premier parti de France », a mesuré dès l’issue du vote sur TF1 le directeur général de l’Ifop, Frédéric Dabi. Mais le phénomène continue de frapper différemment les électeurs selon leur profil.
Ce sont les jeunes, comme lors des précédents scrutins, qui sont les plus abstentionnistes, malgré les appels lancés par la Nupes pour les inciter à se déplacer. Selon Ipsos, 71 % des 18-24 ans et 66 % des 25-34 ans ne se seraient pas rendus aux urnes, dimanche. La non-participation reste majoritaire jusque dans la tranche d’âge des 50-59 ans, où elle s’élève à 57 %, pour chuter à 42 % parmi les 60-69 ans et à 34 % parmi les plus de 70 ans. Soit 37 points de différence d’un bout à l’autre de la pyramide des âges. Un écart encore plus important que lors de la présidentielle. À ce second tour-là, il était de 19 points entre les plus jeunes (42 % n’avaient pas voté) et les plus âgés (23 %), signe d’une intermittence du vote particulièrement marquée chez les plus jeunes.
Le niveau de participation est aussi sensiblement différent selon la catégorie socioprofessionnelle. Les ouvriers se seraient ainsi abstenus, dimanche, à 67 %, contre 54 % des cadres et seulement 35 % des retraités. De même, selon le niveau de revenu : 64 % de ceux ayant moins de 1 250 euros de revenu par mois ne se sont pas déplacés, contre 49 % de ceux qui disposent de plus de 3 000 euros mensuels. Ce sont également – phénomène déjà observé lors du premier tour – 57 % des sondés ne se déclarant « pas satisfaits » de leur vie qui ont boudé les urnes, contre « seulement » 48 % des « satisfaits ».
« La campagne extrêmement dure menée l’un contre l’autre par Jean-Luc Mélenchon et Emmanuel Macron n’a pas suscité de remobilisation de leur camp respectif », affirme Mathieu Gallard, de l’institut Ipsos. Un constat nuancé par Frédéric Dabi, qui rappelle la moindre démobilisation par rapport à l’entre-deux-tours des législatives de 2017. Cette fois, c’est « 1,5 point de plus par rapport au premier tour, c’était 6 points de plus en 2017 où il y avait eu un record d’abstention avec 57 % », note- t-il. Il y voit l’effet de « la dramatisation de cette campagne » avec la confrontation entre la gauche, le camp présidentiel et le RN.
Avantage tout de même pour la Macronie, qui partait avec de l’avance. Ainsi, on compte 53 % d’abstention parmi les électeurs de Jean-Luc Mélenchon du premier tour de la présidentielle, 52 % parmi ceux de Marine Le Pen et 38 % parmi ceux d’Emmanuel Macron. Elle est également moindre (à 50 %) parmi les Français qui préféraient « qu’Emmanuel Macron obtienne une majorité », que parmi ceux (59 %) qui la souhaitaient pour la gauche : « Globalement, le différentiel de mobilisation entre partisans et opposants de la majorité présidentielle a été d’une dizaine de points », résume Ipsos.
Reste que « le sentiment est très fort que la campagne n’a pas abordé les enjeux qui intéressent les Français, dont le pouvoir d’achat, largement en tête de ceux-ci depuis des mois », note Mathieu Gallard, pointant une médiatisation concentrée d’abord sur la constitution du gouvernement, puis sur l’affrontement Nupes-Ensemble !, mais peu sur le fond.
Aux près de 54 % d’abstentionnistes, « il faut aussi ajouter les 7,7 % d’électeurs qui ont voté blanc et nul, alors qu’ils étaient 2,2 % au premier tour. Dans les différentes configurations de duels, avec la tripolarisation, énormément d’électeurs du camp éliminé ont fait le choix de ne pas choisir », observe le politologue de l’Ipsos.
Les reports de voix entre les deux tours montrent d’ailleurs à quel point le barrage républicain face à l’extrême droite est affaibli. « Dans les duels entre Ensemble ! et le RN, 7 électeurs de la Nupes sur 10 n’ont pas voté ou voté blanc et nul. Et c’est la même chose dans les duels Nupes-RN pour les électeurs Ensemble ! – environ 7 sur 10, là aussi, ne choisissent pas », relève Mathieu Gallard. Selon une enquête Harris Interactive, cette proportion serait un peu moindre : 48 % des électeurs d’Ensemble ! ne se seraient pas exprimés en cas de duel Nupes-RN, 34 % auraient choisi un bulletin Nupes et 18 %, RN. Dans les duels RN-Ensemble !, ce serait 45 % des électeurs Nupes qui n’auraient pas choisi ; 31 % auraient glissé un bulletin Ensemble ! dans l’urne, et 24 %, celui du RN. Quant aux électeurs RN du premier tour, en cas de duel Nupes-Ensemble !, 51% n’y auraient pas participé, 24 % auraient choisi le candidat Nupes et 25 %, celui d’Ensemble !.
Déclaration d'André Chassaigne, président du groupe communiste GDR sous les deux précédents mandats:
"La proposition de Jean-Luc Melenchon me surprend. En effet, elle n'était pas dans l'accord de la NUPES.
Je m'interroge sur l'intérêt d'un groupe unique qui gomme les sensibilités et les richesses de chacune et chacun.
Par ailleurs, 4 groupes au sein de l'Assemblée seront plus forts qu'un seul. Pour la gauche, ce sera du temps de parole en plus et plus de droit de tirage ( commissions d'enquête, niches parlementaires,
etc...) .
Pour ma part, je n'ai qu'une seule boussole : l'intérêt pour le peuple de gauche... Sur ce point, qu'apporterait un groupe unique?
Par ailleurs, concernant les postes à responsabilité au sein de notre Assemblée, qui constituent un enjeu secondaire, une coopération intelligente entre nos groupes aboutira au même résultat que la constitution d'un groupe unique. C'est d'ailleurs tout l'intérêt de la constitution d'un intergroupe."
Les députés PCF siégeront à nouveau dans ce groupe technique, complété par « six à huit » élus ultramarins, selon André Chassaigne. Une première réunion est prévue mercredi.
«L e groupe GDR est sur de bons rails. » Au lendemain des élections législatives, André Chassaigne, président du groupe de la Gauche démocratique et républicaine (GDR), a annoncé sa reconduction ; y siégeront les douze députés communistes. Dimanche, huit élus PCF sortants ont été réélus. Sébastien Jumel, Jean-Paul Lecoq et Hubert Wulfranc sont facilement reconduits en Seine-Maritime, de même pour André Chassaigne dans le Puy-de-Dôme. En Île-de-France, Elsa Faucillon (70,17 %) et Stéphane Peu (78,70 %) repartent également pour un second mandat. Ils sont rejoints par Soumya Bourouaha qui succède à Marie-George Buffet, en Seine-Saint-Denis. Dans l’Allier, Yannick Monnet l’emporte et remplace Jean-Paul Dufrègne au Palais-Bourbon. Le secrétaire national du PCF, Fabien Roussel, et Pierre Dharréville sont également sortis vainqueurs de ce scrutin dans des circonscriptions compliquées face au Rassemblement national (RN) sur fond de vague brune.
La percée de l’extrême droite dans le Nord n’a pas permis à Alain Brunel de siéger à nouveau à l’Assemblée. Une défaite qui s’est jouée à 277 voix. « Un grand regret, Alain était un député de terrain, très présent dans les luttes, déplore André Chassaigne, Il s’est notamment investi dans la défense des hôpitaux en initiant le tour de France des centres hospitaliers et Ehpad », effectué par les parlementaires communistes en 2019. Mais le PCF peut compter sur le renfort de deux nouveaux parlementaires. Jean-Marc Tellier, d’abord, dans le Pas-de-Calais, qui s’impose dans une circonscription jusqu’alors détenue par le RN. Fils de mineur, le maire d’Avion confirme le travail de terrain effectué par la gauche, autour de Lens, contre le parti de Marine Le Pen, et qui avait déjà conduit à des victoires aux départementales. Dans le Cher, Nicolas Sansu s’impose aussi face à l’extrême droite. Le maire de Vierzon retourne à l’Assemblée nationale, après un premier mandat débuté en 2012 avant d’être emporté par la vague LaREM de 2017. Réputé pour sa rigueur, il s’était notamment illustré en commission des Finances.
Pour composer ce groupe technique, les douze parlementaires PCF devraient être rejoints par « six à huit » députés de gauche d’outre-mer. « Des discussions sont encore en cours » avec deux d’entre eux, explique André Chassaigne. Le groupe GDR devrait notamment accueillir les trois élus de Polynésie, Moetai Brotherson, Tematai Le Gayic, Steve Chailloux, qui ont « d’ores et déjà pris l’engagement d’y siéger », précise l’élu communiste, et ceux de La Réunion, Karine Lebon, Emeline K/Bidi et Frédéric Maillot, proches de l’ancienne députée GDR et présidente de région Huguette Bello. Les élus GDR doivent se réunir, mercredi, pour une première réunion de groupe.
Face à une Macronie sans majorité absolue, Ian Brossat estime que la gauche devra démontrer son utilité au plus grand nombre pour contrer la politique de casse sociale du gouvernement.
Forte des 138 députés Nupes (hors outre-mer), la gauche sera la principale opposition à la politique de casse sociale d’Emmanuel Macron. Mais pour le porte-parole du PCF, Ian Brossat, face à l’inquiétante percée du Rassemblement national (RN), elle devra « affronter » les réalités qui poussent une partie de la France rurale et populaire dans les bras de l’extrême droite.
Les électeurs ont infligé un revers électoral à Emmanuel Macron, sans majorité absolue à l’Assemblée nationale. La France est-elle entrée dans une zone de turbulences ?
Le président de la République s’est pris une claque monumentale. Il ne dispose pas d’une majorité absolue, plusieurs de ses proches ont été battus, trois ministres ont été balayés. Ce n’est plus un gouvernement, c’est un cimetière. Ce n’est pas ce résultat qui crée des turbulences. C’est l’inverse : le chaos engendré par sa politique qui produit ce résultat. Les Français rejettent son bilan autant que son projet. Ils ne veulent pas de la retraite à 65 ans et de ses réformes punitives. La situation actuelle est porteuse de nouvelles réjouissantes, mais aussi de périls. Au registre des bonnes nouvelles, la sanction encaissée par le pouvoir et la gauche, qui renforce sa présence grâce au rassemblement. La progression exponentielle de l’extrême droite, en revanche, doit nous alerter. Je salue au passage la magnifique victoire de Jean-Marc Tellier, maire PCF d’Avion, qui est le seul à battre le RN dans une circonscription que l’extrême droite avait gagnée en 2017. Il est le seul à réaliser cette performance.
Avec 138 députés pour la Nupes et les élus progressistes d’outre-mer, la gauche sera la principale force d’opposition. Quelles sont ses marges de manœuvre pour contrer la politique de casse sociale ?
Nous ne dévions pas de notre ligne de conduite : être utiles au plus grand nombre, au monde du travail, en portant nos propositions sur le pouvoir d’achat, la santé, le service public. C’est ce que nous avons toujours fait, mais le gouvernement a bien souvent fait le choix de les balayer d’un revers de main. Il a fallu qu’André Chassaigne s’y prenne à plusieurs reprises pour imposer la revalorisation des retraites agricoles. Sur la déconjugalisation de l’allocation aux adultes handicapés, par contre, il n’a jamais voulu accéder à nos demandes. C’est pourtant une simple question d’humanité. Le gouvernement changera-t-il d’attitude au vu du nouveau rapport de forces ? Cela reste à vérifier. En tout état de cause, notre présence renforcée à l’Assemblée, couplée au mouvement social, sera un atout pour mener le combat.
Alors que l’objectif de la Nupes était de rassembler des électeurs dont le RN capte la colère, celui-ci réalise une percée historique. Pourquoi n’a-t-elle pas réussi à les convaincre ? Quelles responsabilités pour la Macronie, qui s’est refusée au barrage républicain ?
Le RN national progresse nettement, c’est incontestable. Le choix fait par Macron de renvoyer dos à dos la gauche et l’extrême droite a produit des effets ravageurs. Il est comptable de la présence de 89 députés RN : par sa politique qui a contribué à semer la division chez les Français et par ses tergiversations entre les deux tours. Il va nous falloir affronter ces réalités, analyser cette percée, particulièrement dans la France rurale. C’est l’une des questions centrales qui nous est posée. La gauche enregistre des performances remarquables dans les grandes métropoles, dans les quartiers populaires. C’est moins le cas dans la France des villages. Il va falloir travailler à unir les deux car c’est la condition de la victoire.
Bien embarqués à l’issue du premier tour, huit députés communistes sortants ont été réélus.
En Seine-Maritime, Sébastien Jumel (57,81 %), Jean-Paul Lecoq (65,76 %) et Hubert Wulfranc (61,07 %) confirment l’implantation du PCF dans ce département.
En Île-de-France, Stéphane Peu et Elsa Faucillon sont tous deux reconduits pour un second mandat.
Fabien Roussel (54,5 %), Pierre Dharréville (52,67 %) et le président du groupe GDR, André Chassaigne (69,43 %), s’imposent face au RN.
Dans l’Allier, où Jean-Paul Dufrègne passait la main, Yannick Monnet (55,51 %) l’emporte face à la macronie. Enfin, dans la 4e circonscription de Seine-Saint-Denis, Soumya Bourouaha, qui succédait à Marie-George Buffet, était seule en lice, dimanche, après le retrait du maire de Stains, Azzédine Taïbi. En revanche, Alain Bruneel perd son siège dans le Nord, battu de 277 voix par l’extrême droite.
« La Nupes a largement contribué à nos succès. La gauche se renforce à l’Assemblée. C’est une très bonne nouvelle avec la constitution de quatre groupes, s’est réjoui Fabien Roussel. Il reste beaucoup à faire pour que la gauche soit majoritaire. Il faudra prendre le temps de comprendre pourquoi de nombreux électeurs n’ont pas franchi le pas. »
Dans les 31 circonscriptions où le PCF était présent au second tour, la formation remporte deux nouveaux sièges.
Nicolas Sansu (57,7 %) dans le Cher et Jean-Marc Tellier (50,11 %) dans le Pas-de-Calais s’imposent face à l’extrême droite. À 71 voix près, le maire d’Avion parvient à reprendre une circonscription au RN, malgré la dangereuse vague brune.
En revanche, Jean-Marc Lespade (48,06 %) s’incline dans les Landes, face à Ensemble !. Bruno Nottin (36,64 %), Gabriel Blasco (40,81 %) dans l’Hérault et Patrick Soloch (42,85 %) dans le Nord sont, eux, battus par le RN. Loïc Pen (43,3 %) dans l’Oise chute face à LR. Pour former un groupe, les 12 parlementaires communistes devraient s’appuyer sur leurs partenaires ultramarins. Jean-Philippe Nilor en Martinique, Karine Lebon à La Réunion et Moetai Brotherson en Polynésie française ont été reconduits. Tavini, la formation de ce dernier, envoie par ailleurs deux autres députés à Paris.
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Le mercredi 8 juin, un vote majoritaire du Parlement européen, indiquait que la vente des voitures neuves à moteur thermique sera interdite dans les 27 pays membres de l’Union européenne à partir de 2035. Affirmer cela n’est pas prendre la meilleure voie pour atteindre la neutralité carbone en Europe d’ici 2050. C’est pourtant ce que promettent la Commission européenne et les gouvernements des 27
Les voitures particulières à moteur thermique seraient responsables aujourd’hui de 12 % des émissions de CO2 en Europe. À supposer que la vente de ces voitures neuves soit interdite dans treize ans, leur interdiction ne réduira que dans une assez faible proportion les émissions globales de gaz à effet de serre chez les 27 tant que rouleront les véhicules à moteurs thermiques vendus avant cette date. On sait aussi que beaucoup de ces voitures retirées du marché en Europe sont revendues en Afrique, ce qui n’est pas de nature à réduire le bilan global de la voiture thermique au niveau planétaire.
D’autres paramètres sont à prendre en compte pour contester le calcul simpliste aboutissant à une réduction automatique de 12 % des émissions de CO2, suite à l’arrêt des ventes de voitures neuves équipées d’un moteur thermique en Europe. Avant de les remplacer par des voitures électriques, il faut construire ces dernières et produire les batteries dont elles seront équipées. Pour cela, une course de vitesse est déjà engagée dans l’extraction du cuivre, du lithium, du cobalt, du nickel et autres métaux précieux issus des terres rares, lesquels ne se trouvent que dans un nombre très limité de pays. Leur extraction et leur transformation pour équiper les voitures et les batteries se traduiront par beaucoup d’émissions de CO2. Certains calculs indiquent qu’une telle voiture doit parcourir environ 40 000 kilomètres avant de voir son bilan carbone passer sous celui d’une voiture à moteur thermique. Il est également difficile de savoir quel sera le prix de la voiture électrique dans quelques années, du seul fait de la raréfaction de certains métaux.
Délocalisations, publicité et bilan carbone
Pour réduire les coûts de production de ces nouvelles voitures, les grandes firmes européennes font déjà le choix de délocaliser les chaînes de production dans des pays à bas coûts de main-d’œuvre, comme elles l’avaient fait précédemment pour les chaînes de production dans l’automobile, imposant la même stratégie aux équipementiers. On peut déjà prévoir que le bilan carbone de ces nouvelles délocalisations contribuera de façon importante à l’augmentation des émissions de CO2 d’ici 2035 à l’échelle planétaire. Mais tout cela fut occulté par des députés européens qui ont manifesté leur enthousiasme après le vote du 8 juin. On voit aussi que la publicité pour vendre des voitures équipées d’un moteur électrique ne cesse d’augmenter depuis cette date. Elle va continuer de croître, avec un bilan carbone en forte croissance au fil des ans.
Il faudra aussi produire en 2035 beaucoup plus d’électricité qu’aujourd’hui dans les pays membres de l’Union européenne pour faire rouler ces voitures. Or, dans l’immense majorité de ces pays, l’électricité provient des centrales à charbon et à gaz qui sont très émettrices de CO2. En renonçant à l’énergie nucléaire, l’Allemagne a relancé la combustion du charbon, que la Pologne et d’autres pays d’Europe centrale utilisent aussi massivement. On nous rétorquera que la part des éoliennes et des panneaux solaires ne cesse d’augmenter dans les pays membres de l’Union européenne. Mais, là aussi, le bilan carbone de la construction de cette filière produisant de l’électricité par intermittence est très élevé pour une durée de vie des installations relativement courte. Leur production accroît aussi la pression sur les ressources fossiles dont les réserves mondiales diminuent rapidement.
Énergies « vertes » ou souveraineté alimentaire ?
En Allemagne, mais aussi en France et dans d’autres pays membres de l’Union, la méthanisation des effluents d’élevage, pour produire du gaz que l’on transforme en électricité, nous est présentée comme une production idéale d’énergie verte. La réalité est beaucoup plus contradictoire. En Allemagne, du fait de la fermeture des centrales nucléaires, la méthanisation des effluents des fermes porcines et laitières s’est beaucoup développée ces dernières années. Surtout quand la production d’énergie paie mieux que la viande porcine et le lait de vache. Afin d’augmenter la production gazière de chaque installation de méthanisation, on cultive de plus en plus de plantes comme le maïs, que l’on déverse directement dans les fosses à lisier. Cela accélère la fermentation et accroît la production de gaz que l’on transforme sur place en électricité intégrable dans le réseau. Du coup, les superficies consacrées à la culture du maïs ont doublé en dix ans outre Rhin. Car les fosses à lisier consomment autant de maïs que les vaches laitières. L’autre conséquence, en plus du bilan carbone des labours et des engrais azotés, a été un doublement du prix des terres agricoles dans certaines régions du pays.
« L’énergie verte » un « pique-assiette » contre les pauvres
Chez nous, lors d’une assemblée tenue le 1 er juin en Seine-Maritime, Jean-François Delaitre, président de l’Association des Agriculteurs Méthaniseurs de France, déclarait : « Pour cette année 2022, je formule deux vœux : tout d’abord que le biogaz, cette énergie verte produite par les agriculteurs, soit reconnue à sa juste valeur par les pouvoirs publics et trouve sa place dans le mix énergétique ; et que la méthanisation s’intègre pleinement dans les filières agricoles à l’aube des discussions qui s’engagent ».
Mais s’engager sans limite dans une telle voie c’est aussi mettre la production d’énergie en concurrence directe avec la production alimentaire, ce qui débouche sur des hausses de prix alimentaires, laquelle est de 4,3 % sur douze mois et continue de croître. Alors que le gouvernement tourne en rond pour, soi-disant, permettre aux ménages les plus pauvres de bénéficier de chèques alimentaires, nous avons de bonnes raisons de douter de la lucidité et du réalisme de ce vote majoritaire le 8 juin au Parlement européen sur l’interdiction des voitures à moteur thermique en 2035. Sans un fort recul de l’usage de la voiture individuelle en Europe et ailleurs dans le monde, il n’y aura pas de recul du bilan carbone de ce mode de transport au niveau planétaire.
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Alors que les prix à la consommation ont augmenté de 5,2 % sur douze mois en juin 2021 et mai 2022, dont 27,8 % pour l’énergie, la vague de chaleur de cette semaine est susceptible d’accroître la spéculation sur les produits agricoles. Il serait pourtant possible d’échapper aux spéculateurs en contractualisant des volumes production soumis à un cahier des charges avec un prix garanti. Voilà de quoi étoffer la feuille de route de Marc Fesneau, le nouveau « ministre de l’Agriculture et de la souveraineté alimentaire ».
En raison des conséquences de la guerre en Ukraine, mais aussi de la sécheresse et de la chaleur sévissant sur la France, la presse écrite et audiovisuelle multiplie les commentaires sur le recul du pouvoir d’achat des ménages face aux hausses spéculatives des prix des produits de première nécessité, à commencer par le pain, les pâtes alimentaires et l’huile. Les mêmes médias annonçaient récemment que les industriels bourguignons qui produisent la moutarde de Dijon voyaient le prix de la graine s’envoler, évoquant même un risque pénurie mondiale cette année. On ne rappelait guère, en revanche, que la production de graines de moutarde en Bourgogne est passée de 12.000 tonnes annuelles en 2016 à 4.000 tonnes en 2021 alors que les besoins annuels de l’industrie locale sont estimés à 16.000 tonnes par an.
Cette division par trois de la production régionale résulte de l’accord de libre-échange signé entre la Commission européenne et le Canada, puis approuvé par les 27 pays membres de l’Union européenne, dont la France. Connu sous le sigle CETA, cet accord est entré en vigueur en 2016. À partir de cette date, les industriels français produisant de la moutarde ont augmenté les importations de graines en provenance du Canada au détriment de la production régionale qui coûtait un peu plus cher.
Selon, Fabrice Genin, qui produit de la graine de moutarde à Marsannay-le-Bois, « la filière française n’a pas droit aux insecticides utilisés au Canada » pour protéger cette plante contre les ravageurs, ce qui diminue les rendements en Bourgogne et fait subir aux producteurs une distorsion de concurrence au profit des producteurs canadiens. À cause d’aléas climatiques, la production de graines de moutarde au Canada est passée de 135.000 tonnes en 2020 à 99.000 tonnes en 2021, ce qui s’est traduit par un quasi-doublement de son prix en un an. La production canadienne pour 2022 est encore attendue en baisse de 28 % cet été tandis que les prix continuent d’augmenter.
Le sarrasin entre libre-échange et contractualisation
Ces dernières semaines, plusieurs médias ont également braqué les projecteurs sur un risque de pénurie de sarrasin. Bien que ses galettes bretonnes de blé noir aient de plus en plus de succès auprès des consommateurs, la Bretagne ne produit plus que 3.000 tonnes de graines de sarrasin par an alors qu’elle en utilise 11.000 tonnes. 70 % du sarrasin utilisé en France est importé. Il peut provenir du Canada, de Chine et des pays d’Europe de l’est, sans véritable traçabilité. Il existe pourtant une indication géographique protégée (IGP) depuis 2010 pour un sarrasin breton répondant à un cahier des charges. Les utilisateurs le paient autour de 700€ la tonne contre 450 à 550€ pour le sarrasin importé. L’association « Blé Noir Tradition Bretagne » s’est ainsi créée pour tenter de répondre aux besoins. Sous ce logo, 1.400 producteurs sont habilités à produire du blé noir sur l’ensemble de la Bretagne.
Au XIXème siècle, la France a cultivé annuellement jusqu’à 700.000 hectares de sarrasin contre 30.000 actuellement. En Bretagne et au-delà, dans les zones d’élevage de vaches laitières comme de bovins de boucherie, il serait possible de contractualiser des productions annuelles de sarrasin. Celle culture dont le semis s’effectue au printemps peut servir de « tête d’assolement », à savoir de première culture, quand on laboure une prairie temporaire pendant trois ou quatre ans avant d’y ressemer de l’herbe. Il serait donc possible de passer des contrats gagnant-gagnant avec les éleveurs avec un prix rémunérateur pour cette graine de la famille des « polygonacées » que l’on récolte à la fin de l’été. Entre-temps, elle fleurit, ce qui donne aux abeilles de quoi butiner.
De la lentille verte du Puy au coco de Paimpol
Outre le sarrasin des contrats de production pour des graines riches en protéines comme la lentille, le pois chiche, le haricot sec et les fèves devront être mises en place dans les prochaines années pour renforcer notre souveraineté alimentaire en réduisant notre dépendance aux importations. Alors que la réduction de la consommation annuelle de viande par habitant doit aussi intervenir pour freiner le réchauffement climatique, se fixer un objectif annuel de consommation de 7 à 8 kilos de légumes secs par an et par habitant contre moins de 2 kilos actuellement doit aussi déboucher sur une production croissante de protéines végétales. Le pois chiche donne de bons rendements sur nos terres à blé. Les lentilles produites en France le sont souvent sous signe de qualité, qu’il s’agisse de celle du Berry, de la blonde de Saint-Flour et la verte du Puy. Il en va de même pour les haricots secs de nos garbures et autres cassoulets avec le haricot tarbais et le lingot de Castelnaudary. Au sud, on a aussi le coco de Pamiers et à l’ouest celui de Paimpol, sans oublier les « mogettes », nom donné aux haricots blancs du côté de la Vendée.
Inciter les consommateurs à manger des légumes secs deux à trois fois par semaine et contractualiser la production dans leurs zones de culture traditionnelle aurait de double avantage de renforcer notre souveraineté alimentaire et de réduire le bilan carbone de notre assiette. Cela se fait dans d’autres productions parmi lesquels le lait à comté produit par 1.400 paysans dans les départements du Jura et du Doubs pour l’essentiel. La contractualisation fonctionne aussi depuis longtemps entre Bonduelle, spécialiste des légumes en conserve, et les maraîchers de plusieurs régions qui lui fournissent des produits de qualité, dont les petits pois et les haricots verts, dans le respect d’un cahier des charges avec un prix fixé chaque année avant la mise en culture.
Voilà de quoi inspirer Marc Fesneau, le nouveau ministre de l’agriculture, s’il parvient à conserver son siège de député dimanche soir.
Avec plus de candidats qualifiés qu’en 2017, les communistes pourraient voir leur groupe se renforcer à l’Assemblée nationale.
Sur les 50 candidats présentés aux législatives par le PCF, dans le cadre de la Nupes, pas moins de 32 disputeront le second tour le 19 juin. Un chiffre en nette progression par rapport à 2017, où 12 de ses prétendants s’étaient qualifiés. Parmi ces communistes en lice dimanche prochain figurent ceux des 11 circonscriptions sortantes du PCF, soit 9 députés qui sollicitent un nouveau mandat, et 2 passages de relais. Le premier en Seine-Saint-Denis : Soumya Bourouaha remplace Marie-George Buffet, devenue sa suppléante, et est arrivée avec 36,13 % devant le dissident Azzédine Taïbi (21,43 %). Le second dans l’Allier : Jean-Paul Dufrègne, élu en 2017, a laissé sa place de titulaire à Yannick Monnet, qui, fort de 30,57 % des voix, affrontera Michel Barbarin (LaREM, 19,44 %). Dans le département voisin, c’est le président sortant du groupe GDR, André Chassaigne, qui, face à un candidat du RN, est favori après ses 49,13 %. Le secrétaire national du PCF, Fabien Roussel, réalise également un bon score dans sa circonscription du Nord, avec 34,13 %, face au RN (32,64 %). Soit un bond de près de 11 points par rapport au premier tour de 2017 (23,61 %).
« Le PCF peut espérer en conquérir 4 ou 5 de plus », selon Adrien Tiberti, l’un de ses dirigeants nationaux qui n’exclut pas d’autres surprises. Il cite notamment la circonscription de Vierzon, où Nicolas Sansu est en bonne position pour faire son retour à l’Assemblée nationale (lire notre entretien). Il a rassemblé 32,36 % des voix au premier tour, tandis que la députée sortante du Modem, Nadia Essayan, a été éliminée. Il affrontera la candidate du RN (22,99 %). Jean-Marc Lespade, maire de Tarnos, dans les Landes, est également qualifié au second tour avec 30,24 %, et ambitionne de l’emporter face au député macroniste sortant, Lionel Causse (33,78 %). Le PCF place également ses espoirs à Sète, dans l’Hérault, où le député sortant Christophe Euzet (LaREM) a été éliminé. Son candidat Gabriel Blasco (21,75 %) compte battre celui du RN (31,01 %) dimanche prochain. À Lens-Avion, dans le Pas-de-Calais, Jean-Marc Tellier (PCF) est au second tour avec 35,37 %, face au candidat du RN (38,35 %).
André Chassaigne s’est réjoui des résultats de la gauche. « Si la dynamique électorale initiée dimanche se poursuit, le groupe de la Gauche démocrate et républicaine, qui comprend deux composantes – celle des députés communistes et celle des députés des outre-mer –, aura vocation à s’exprimer au sein de la gauche unie à l’Assemblée nationale, en toute indépendance, et dans le respect de la singularité politique de chacun de ses membres », a-t-il réagi.