Le 19 avril dernier, Fabien Roussel révélait que Pfizer envisageait une augmentation des prix des vaccins. Aujourd'hui nous apprenons que c'est effectivement le cas. Le prix du Pfizer va passer à 19,5 euros la dose pour 15 euros actuellement, alors que ce laboratoire prévoit un profit de l'ordre de 30 milliards de dollars!! Tout ça avec l'assentiment de la commission européenne qui se cache derrière le secret des négociations.
Nous réaffirmons le besoin absolu que la transparence soit faite sur les négociations entre l'UE et les bigpharmas et qu'une levée des brevets soit décrétée pour produire les doses suffisantes et mettre fin à la rapacité des laboratoires pharmaceutiques.
Quelques 13 millions de retraité-es perçoivent une pension de l'AGIRC-ARRCO. Ce régime complémentaire enregistre une baisse de ses recettes liée à la forte diminution de ses cotisations due au chômage partiel et aux délais de paiement accordés aux entreprises impactées par la crise sanitaire. Face à cette perte de ressources, son conseil d'administration a décidé, contre l'avis de plusieurs syndicats, de revoir à la baisse la revalorisation des pensions indexées sur l'inflation.
Avec cette décision, chaque mois, les retraités affiliés à l'AGIRC-ARRCO perdront donc en moyenne 2 à 3 euros, et bien plus pour certains pensionnés. Mais pour des millions de pensionnés, cette perte constitue un nouveau recul insupportable du pouvoir d’achat, déjà très maigre.
Car, dans le même temps, les factures d'électricité, de gaz, les mutuelles, les assurances, les carburants continuent de flamber !
Ce n'est pourtant pas à nos aînés de payer les effets d’une crise sanitaire qu’ils subissent déjà violemment et pour laquelle l’Etat a beaucoup plus accompagné les entreprises que les familles et les salariés. Par ailleurs, les caisses de l'AGIRC-ARRCO ne sont pas vides, puisqu’elles assurent encore l’équivalent de 9 mois de réserve.
Avec Fabien Roussel, candidat communiste à l’élection présidentielle, nous proposons une toute autre logique que cette nouvelle mise en cause du pouvoir d’achat des retraités avec :
L’augmentation sensible des pensions de base pour qu’aucune d’entre elles ne soient inférieures au SMIC ;
Une modulation des cotisations patronales qui pénalisent notamment les grandes entreprises qui s’en prennent à l’emploi et aux salaires et assèchent ainsi les ressources des caisses de retraites;
Une cotisation exceptionnelle sur les revenus financiers des entreprises pour qu’elles participent aussi à l’effort d’équilibre financier des caisses de retraites complémentaires, les retraités ayant déjà vus leur pension de retraite gelée l’année dernière.
Le PCF appelle à faire des échéances de 2022 un temps fort de débat et d’exigences pour consolider le droit à la retraite dès 60 ans, garantissant des pensions dignes pour toutes et tous et mobilisant de nouvelles ressources. Il faut pour cela cesser de s’attaquer aux salaires et aux pensions et s’attaquer aux immenses privilèges de la finance, qui profite allègrement de la crise sanitaire.
Emmanuel Macron remet sur le tapis la question du financement des retraites. Depuis la grande bataille de l’hiver 2019-2020, des évolutions ont eu lieu :
la Bourse s’est envolée ;
l’espérance de vie a reculé, ôtant aux partisans d’un recul de l’âge de départ un de leurs arguments les plus cyniques (ce qui amène le président du MEDEF à des contorsions dans son interview aux Echos du 9 juin).
Précisément, le pré-rapport du Conseil d’orientation des retraites (COR) relativise fortement l’ampleur des déficits dans l’immédiat, et table sur les évolutions démographiques pour alléger le coût des retraites dans le long terme :
le nombre de retraités baisserait dès 2022,
ceux qui restent toucheraient moins longtemps une retraite,
en effet, le COR anticipe un recul de trois ans de l’espérance de vie d’ici à 2070.
Extrait du pré-rapport du COR (page 9 du document de synthèse) :
« les réserves resteraient positives à l’horizon de la période de projection et contribueraient sur toute la période à l’équilibre du système de retraite. Dit autrement, les déficits temporaires du système de retraite ne nécessiteraient pas de recourir à l’endettement dans ces scénarios. Dans le scénario 1,0 %, un léger endettement temporaire serait nécessaire (au maximum de 2,2 % du PIB) mais cette dette serait résorbée en fin de période de projection ».
Mais cela laisse entier le problème du financement d’un système de retraites permettant le départ à 60 ans pour toutes celles et tous ceux qui le souhaitent, avec un revenu de remplacement net au moins égal au SMIC et égal à 75 % du salaire des meilleures années d’activité, avec la prise en compte de la pénibilité des emplois occupés…
Il faut consacrer plus de richesses aux pensions versées à un nombre croissant de retraités, destinés à vivre plus longtemps. Mais il faut aussi plus de dépenses pour préserver la santé et l’autonomie des personnes âgées, plus de dépenses pour l’éducation, la formation, la recherche, la sécurité, la justice, l’écologie, bref pour tous les services publics. En résumé, il faut une plus grande « part du gâteau » pour les retraites, mais à l’intérieur d’un « gâteau » plus gros et produit autrement, c’est-à-dire une autre logique économique que celle du capital. Ces dépenses de service publics et des retraités pourraient ainsi stimuler cette autre logique économique et une production accrue de richesses. À ce titre, nos propositions pour le financement des retraites sont cohérentes avec celles que nous faisons pour sortir de la « crise siamoise », sanitaire et économique[2].
Le principal obstacle, c’est le comportement des entreprises et des banques. Toutes leurs décisions sont dominées par la logique du capital (profit et accumulation) :
ses prélèvements sur les richesses créées
toutes ses décisions d’investissement matériel ou de délocalisations contre l’emploi et contre la création de richesses.
Nous devons entrer dans un bras de fer avec le capital et sa logique pour inverser radicalement la tendance. C’est possible.
Pour produire plus de richesses, il faut davantage d’emplois, plus qualifiés. On peut estimer qu’en créant 2 millions d’emplois supplémentaires en cinq ans, l’économie française, à l’issue de cette période, pourrait dégager 300 milliards de PIB supplémentaires chaque année. Si, au cours de la même période, la part des richesses consacrées aux salaires et au financement de la Sécurité sociale revenait à son niveau d’avant la libéralisation financière des années 1980, les ressources supplémentaires dégagées pour le financement de la Sécurité sociale approcheraient 140 milliards d’euros.
Cela exprimerait le passage progressif à un nouveau fonctionnement de l’économie, plus efficace parce qu’émancipé de la domination du capital et fondé sur le développement des capacités des travailleurs. Cela suppose
la conquête de nouveaux pouvoirs des salariés dans les entreprises sur les décisions d’embauche, d’investissement, de recherche, de financement ;
et des leviers de politique économique incitant les entreprises à viser une production efficace de richesses utiles à l’ensemble de la population, et non les profits financiers et la baisse du coût du travail pour augmenter la rentabilité du capital ;
Deux mesures sont centrales dans notre projet de financement des retraites :
un prélèvement sur les revenus financiers des entreprises pour les dissuader de placer leurs profits en titres financiers et les pousser à les utiliser, plutôt, pour des investissements porteurs d’emplois et d’efficacité économique. Les revenus financiers des entreprises ont atteint 261,4 milliards d’euros en 2020, dont 81,8 milliards d’intérêts et 162 milliards de dividendes (voir tableau ci-dessous). Si ces revenus étaient soumis à un prélèvement au même taux que celui des cotisations patronales vieillesse sur les salaires, cela rapporterait à la Sécurité sociale 27,3 milliards d’euros la première année.
Toutefois, l’effet attendu de cette mesure est une réduction des placements financiers des entreprises, et donc des revenus qu’elles en tirent. Le produit de ce prélèvement est donc appelé à fondre avec le temps. Il serait progressivement remplacé par les ressources nouvelles dégagées d’une création de richesses accrues et des salaires distribués à partir de ces richesses.
moduler les cotisations patronales pour agir sur les entreprises et changer leur relation à l’emploi. À partir d’un taux normal (qui pourrait être plus élevé qu’aujourd’hui), le taux de cotisation sociale employeur serait augmenté pour les entreprises dont la part du total (salaires + dépenses de formation) dans la valeur ajoutée diminue, ou augmente moins, que la moyenne de leur branche. Les autres entreprises bénéficieraient du taux normal. L’incitation à accroître les salaires tendrait à augmenter la base des cotisations en valeur ajoutée produite et leur assiette salaire et, donc, la masse des cotisations.
Deux autres leviers d’action sur les gestions d’entreprises concourraient au même résultat :
une modulation du taux de l’impôt sur les sociétés en fonction du respect par les entreprises de critères précis en matière économique (création de valeur ajoutée en économisant le capital matériel et financier), sociale (emploi, formation, salaires) et écologique (économies d’énergie et de matières premières).
Une réorientation du crédit bancaire et de la politique monétaire pour faire baisser l’influence des marchés financiers et le coût du capital et pour favoriser les investissements porteurs d’emploi de qualité.
Au total, si les dépenses de retraites étaient augmentées de 100 milliards d’euros au bout de cinq ans, elles passeraient de 14 % du PIB de 2020 à 16 % du PIB de 2025. La « part du gâteau » consacrée aux retraites serait plus grande mais ce ne serait pas au détriment des autres parts puisque le gâteau grossirait lui aussi.
Revenus financiers des entreprises (milliards d’euros)
Total des revenus financiers à soumettre à prélèvement
174,6
86,8
261,4
Montant du prélèvement au taux des cotisations sociales patronales (maladie, vieillesse, famille, chômage : 30,955%)
54,0
26,9
80,9
Dont cotisations retraites (10,45%)
18,2
9,1
27,3
* pour les sociétés financières : intérêts perçus nets des intérêts versés.
Source : INSEE, comptes nationaux 2020.
Un peu d’histoire
D’après les comptes de la Nation, les organismes d’administration de Sécurité sociale (ODASS) ont été déficitaires de 1949 à 1954, le poids de ce déficit oscillant entre 1,3% et 0,4% du PIB.
Rapporté au PIB d’aujourd’hui, cela ferait entre 9 et 31 milliards ! En clair, notre système de Sécurité sociale a été développé « à crédit », c’est à dire par un déficit financé, et l’activité dynamique qui a caractérisé la période, avec un essor de l’emploi et de la productivité, a résorbé ce déficit, au point qu’on oublie souvent, aujourd’hui, le rôle qu’il a joué dans le développement de notre système social.
[1] Frédéric Boccara, Denis Durand, Catherine Mills (coord.), Les retraites, un bras de fer avec le capital, Delga, 2020.
[2] Frédéric Boccara, « Financer l’action d’urgence contre la crise. Les propositions du PCF », Économie&Politique, juillet-août 2020, n° 792-793.
L’obligation vaccinale des soignants et plus encore l’extension du « passe sanitaire » décidées par Emmanuel Macron divisent les Français. Gestion autoritaire de la crise, inégalités entre les citoyens, atteinte au droit du travail et aux libertés... Alors que de nouvelles manifestations contre le « passe sanitaire » se tiennent ce samedi 31 juillet dans plusieurs villes de France, les raisons de la colère sont nombreuses.
Emmanuel Macron a tranché. Face à la quatrième vague née du variant Delta, le président de la République a souhaité donner un grand coup d’accélérateur à la vaccination. Pas en déployant une meilleure stratégie, mais en rendant la vaccination obligatoire pour les personnels soignants et en étendant le « passe sanitaire », tandis que les tests ne seront plus remboursés à l’automne. Des décisions qui ont provoqué la colère de milliers de personnes descendues dans la rue pour des raisons diverses. Ces manifestations ont choqué du fait de comparaisons scandaleuses faites par certains entre la Shoah et les mesures sanitaires du gouvernement. Reste certaines critiques légitimes, dont des parlementaires se sont fait l’écho lors de l’examen du texte.
1. La démocratie toujours mise de côté
Une dictature sanitaire ? C’est l’un des mots d’ordre des rassemblements contre les nouvelles mesures du gouvernement. Si la dénomination ne correspond pas à la réalité du régime, elle naît cependant d’une gestion solitaire et autoritaire de la crise par Emmanuel Macron. Le 12 juillet, c’est seul que le chef de l’État a annoncé les futures restrictions, avant de convoquer le Parlement à la hâte pour les faire valider. Malgré les tensions suscitées par ce projet de loi, ce texte n’a été examiné qu’en cinq jours, par l’Assemblée nationale et le Sénat et validé à l’issue d’une commission mixte paritaire lors de laquelle les marcheurs ont imposé la vision présidentielle, malgré quelques modifications. Ce projet de loi contient également une énième prorogation du régime d’exception permettant au gouvernement de légiférer par décrets dans de nombreux domaines, jusqu’au 15 novembre.
2. Une stratégie vaccinale source de rupture d’égalité
Les nouvelles restrictions de liberté ont créé de fortes crispations, d’autant qu’elles ne sont pas les mêmes pour tous les citoyens. Cette rupture d’égalité est d’autant plus mal perçue que, faute de doses, tous les Français risqueraient de ne pas être vaccinés à l’automne, lorsque les tests ne seront plus remboursés. La gauche déplore que ces mesures aient été rendues nécessaires par un manque d’anticipation du gouvernement, incapable par ailleurs de porter une véritable stratégie vaccinale auprès des précaires et des personnes à risques, les moins vaccinés d’Europe de l’Ouest. Pour certains, l’injonction à la vaccination constituerait également une atteinte aux libertés individuelles. « La liberté est le fruit d’un approfondissement constant de la relation entre les citoyens et la communauté nationale pour que les contraintes soient admises comme un progrès et non pas un affaiblissement démocratique. C’est pourquoi la vaccination ne peut être un acte liberticide », estime le député André Chassaigne (PCF).
3. Un contrôle des citoyens par les citoyens
« Bienvenue dans la société du contrôle permanent. Celle où vous triez les bons et les mauvais citoyens ! » a interpellé la députée insoumise Mathilde Panot. Comme de nombreux restaurateurs et responsables de lieux de loisirs et culture concernés, les parlementaires de gauche ont déploré le choix du gouvernement de faire peser sur eux le contrôle des passes sanitaires. « Dans toute démocratie, ces contrôles incombent à l’État », jugent les élus socialistes, qui proposent la mise en place d’une vaccination obligatoire pour tous les adultes. Pour André Chassaigne, le système mis en place par le gouvernement est une obligation vaccinale qui « ne veut pas dire son nom. Et elle est instaurée par le pire des détours : celui de la contrainte individuelle en mettant en avant une vision utilitariste et consumériste du vaccin ».
4. Des sanctions inacceptables pour les travailleurs
Autre point de crispation : les sanctions prévues pour certains travailleurs. Les personnes qui travaillent dans des lieux accueillant du public devront présenter un « passe sanitaire » à partir du 15 septembre, au risque de voir leur contrat et leur rémunération suspendus. Si la situation perdure plus de trois jours, la personne sera convoquée pour un entretien afin d’examiner « les moyens de régulariser sa situation, notamment les possibilités d’affectation ». Alors que le gouvernement souhaitait introduire un nouveau motif de licenciement après deux mois de suspension, cette possibilité a été écartée pour les salariés en CDI, sous la pression des syndicats et de la gauche. En revanche, « un contrat à durée déterminée pourra être rompu avant l’échéance du terme ». Les soignants qui ne seraient pas vaccinés au 15 octobre seront aussi suspendus et ne pourront plus exercer, tant que l’obligation vaccinale reste imposée par la loi.
Infirmière à l’hôpital Saint-Antoine à Paris, et militante CGT, Aurélie Jochaud décrit un quotidien mis à rude épreuve par dix-huit mois de crise sanitaire.
Elle n’est pas du genre à raconter ses coups de blues. Si elle en a eu, on n’en saura rien. Car ce qui anime Aurélie Jochaud, 43 ans, c’est la colère. À l’heure où ses collègues démissionnent en cascade, l’infirmière au service hématologie de l’hôpital Saint-Antoine, à Paris, garde vaille que vaille le goût du travail en équipe et l’envie tenace de s’occuper des autres. Mais elle n’oublie pas, à chaque fois qu’elle le peut, de pester contre les manques de l’hôpital. Contre cette politique du gouvernement qui « ne veut pas lâcher de moyens ». À Saint-Antoine, tout le monde connaît la militante CGT.
Quand l’inéluctable tsunami arrive
Depuis vingt et un ans qu’elle exerce, elle s’est toujours bagarrée. À l’hôpital de l’Hôtel-Dieu d’abord. Où elle a lutté contre la fermeture de l’établissement. En vain. « On a perdu la bataille, mais pas la guerre », sourit-elle. La pandémie n’aura fait que renforcer ses convictions. Février 2020. Avec ses collègues, elle regarde avec attention ce qui est en train de se passer à Mulhouse, l’un des principaux foyers de l’épidémie de Covid. En dix jours, l’hôpital était saturé. « On savait que le tsunami allait arriver ici. On craignait de ne pas réussir à être à la hauteur », se souvient-elle. Toutes les équipes feront front. « On s’est démultiplié pour que l’hôpital tienne. Sans protection, avec des masques qui faisaient défaut. J’avais la sensation de ne pas être protégée et de ne pas protéger mes patients, déjà très fragiles. » Une dizaine de ses collègues sont transférés du service hématologie pour s’occuper des malades du Covid. « La première vague a été très importante. On a accepté beaucoup de choses : de travailler plus, de ne pas prendre de repos ni de vacances. » Aurélie garde la rage. Comment, en 2021, l’hôpital n’est-il pas en capacité de faire face ? Dans son service, il manque encore aujourd’hui 25 infirmiers. « Mes collègues pensaient que le gouvernement, qui mettait tant en avant le dévouement du personnel soignant, allait prendre conscience que l’hôpital allait mal, bien avant le Covid. Moi, je savais que non. L’hôpital, c’est pas son problème. » Elle en est convaincue : les choses bougeront de l’intérieur. « Il ne faut compter que sur nous-mêmes. Si nous n’avions pas été là, les hospitaliers, ça aurait été une catastrophe. » Alors qu’une quatrième vague se profile, l’infirmière voit ses collègues quitter le navire, de guerre lasse et épuisés. Les postes vacants s’accumulent. « On ne nous facilite pas la tâche, souffle Aurélie. Une nouvelle vague arrive et les conditions ont empiré… » Pourtant, assure-t-elle, la jeune garde ne demande qu’à prendre du service. « Sur Parcoursup, 80 000 étudiants ont demandé la formation d’infirmier, pour très peu d’élus par manque de places. Un comble ! » Elle le sait : si le gouvernement avait débloqué des moyens, les soignants n’auraient pas vécu la pandémie de la même manière. Dernier exemple en date : la vaccination obligatoire. « On était des héros, on est maintenant des zéros si on ne se fait pas vacciner », tempête l’infirmière. Vaccinée, elle ne supporte pas cette injonction et surtout cette culpabilisation. « Les collègues sont fatigués. Avec l’impression de toujours donner sans jamais rien avoir en retour. » Alors beaucoup prennent la douloureuse décision de partir car « ils n’ont pas envie d’y laisser leur peau ». Aurélie, elle, ne lâchera rien. « C’est la colère qui me porte. » Encore et toujours.
Christophe Prudhomme est médecin au Samu 93. Il publie, chaque semaine, une chronique dans nos colonnes.
La focalisation ces dernières semaines du débat autour des mesures concernant la vaccination obligatoire et le passe sanitaire permet au gouvernement d’avancer sur d’autres sujets, en passant sous la ligne d’horizon et en évitant ainsi d’éventuelles réactions. C’est ce qui est en train de se passer autour de projets de réforme, actuellement travaillés par le gouvernement, concernant les assurances maladie complémentaires, encore appelées à tort « mutuelles ». En effet, le constat partagé est que notre système à plusieurs étages – Sécurité sociale, complémentaire, surcomplémentaire – est devenu de plus en plus complexe et coûteux.
Ce dernier aspect a alerté la Cour des comptes qui pointe le fait que les coûts de gestion du système sont disproportionnés et qu’il faut le simplifier. Comme toujours, lorsque les fameux « sages » de cette institution font des préconisations, il faut être particulièrement attentif, car leur objectif unique et obsessionnel est de « faire des économies » et de « réduire les dépenses publiques ». Si nous pouvons adhérer au constat, les préconisations avancées par la Cour des comptes ne peuvent que nous inquiéter.
En effet, il est proposé de réduire la prise en charge par l’assurance-maladie à un socle, dit « panier de soins », minimal, c’est-à-dire en réalité à un filet de sécurité pour les plus pauvres, notamment pour les soins hospitaliers les plus coûteux. Pour le reste, il faudra faire appel à une assurance privée pour couvrir les autres dépenses. Pour aller vite, il s’agit de glisser rapidement vers un système à l’américaine, en ouvrant encore plus au marché le secteur de la santé, tant au niveau de l’assurance que de l’offre de soins.
Il est urgent que les citoyens s’intéressent à cette question pour bloquer cette évolution et réclamer une Sécurité sociale intégrale, prenant en charge l’ensemble des dépenses de santé, de la naissance à la mort. Un système avec un seul opérateur est performant et peu coûteux du fait de l’unicité du gestionnaire. À l’inverse, le système de marché est coûteux, car il multiplie les intervenants afin de multiplier les sources de profit.
En France, la sélection génétique a fait de la charolaise, la limousine et quelques autres les plus belles races bovines dans l’Union européenne et au-delà. Mais les prix des bovins de boucherie sont bas et il devient de plus en plus difficile de vivre de son travail quand on prend soin chaque jour d’un troupeau de vaches allaitantes. Ratifier l’accord de libre-échange signé voilà deux ans entre la Commission européenne et les pays du Mercosur aggraverait encore la situation.
Par Gérard Le Puill
Dans son numéro de juin 2021, le « magazine de la génétique et de la reproduction des ruminants » connu sous le sigle « BTIA » consacre un article à l’élevage des bovins à viande en France et un autre à ce même élevage en Argentine. L’Argentine fait partie des pays du Mercosur avec lesquels la Commission européenne a signé un accord de libre-échange en juin 2019. Cet accord prévoit d’augmenter sensiblement les exportations de viande bovine de quatre pays d’Amérique du sud en Europe. Deux ans après sa signature, on ne sait toujours pas s’il sera ratifié, ou non, par les pays membres de l’Union européenne.
En attendant, l’article publié dans « BTIA » sous le titre « Où va l’élevage allaitant ? », précise que le territoire français « perd en moyenne 740 ateliers allaitants chaque année. Cette rupture démographique, accompagnée d’une décapitalisation marquée n’est pas homogène selon les territoires et les types d’atelier. Elle touche surtout les éleveurs exclusivement allaitants, dans une moindre mesure ceux qui exercent de façon mixte (troupeau allaitant plus troupeau laitier, ndlr) . Ni ceux qui s’installent, ni ceux qui se maintiennent, ni ceux qui se développent ne compensent cette tendance lourde que les études cherchent aujourd’hui à caractériser le plus finement possible au fur et à mesure que les données de la base nationale d’identification animale ou de la Mutualité sociale agricole s’enrichissent ».
Une rémunération inférieure de 50 % au revenu moyen des paysans
La principale raison de ce recul est facile à comprendre. L’article avance l’explication suivante : « Le décrochage du revenu des exploitations spécialisées viande, - en moyenne inférieur de 50 % au revenu agricole moyen n’est pas nouveau. Mais la trésorerie des exploitations s’est davantage ainsi fragilisée d’année en année depuis 2016 ». Pourquoi 2016 ? L’article ne le dit pas. Mais nous savons qu’entre 2013 et 2015 inclus, le cheptel des vaches laitières a beaucoup augmenté dans plusieurs pays membres de l’Union européenne. Ces pays voulaient vendre plus de lait à partir d’avril 2015, date de la sortie des quotas laitiers qui régulait, en la limitant depuis 1984, la production laitière des pays membres de l’Union. En 2016, le pic de surproduction laitière a fait chuter sensiblement le prix du lait et beaucoup d’éleveurs ont vendu des vaches laitières de réforme en plus grand nombre. Mais il y avait aussi sur le marché plus de jeunes bovins mâles de deux ans que ces vaches avaient fait naître entre-temps. Cette augmentation durable de l’offre en viande bovine dans l’Europe des 27 continue de peser sur les cours des jeunes bovins issus des races à viande comme sur ceux des vaches de réforme.
Du coup, comme 21 % des éleveurs à la tête d’un troupeau de bovins allaitants ont plus de 62 ans actuellement contre 10 % il y 20 ans ; comme 55 % de ces mêmes éleveurs ont entre 50 et 60 ans, les cessations d’activité débouchent de moins en moins sur l’installation d’un jeune éleveur, faute de pouvoir dégager un revenu quand il faut rembourser les emprunts liés à l’installation. L’article note aussi fort justement que « sécheresse et concept de l’autonomie alimentaire aidant, les éleveurs français ont mis au centre de leur préoccupation le fait de devoir adapter leur cheptel au potentiel fourrager ou herbager des surfaces dont ils disposent. Celles-ci s’accroissent des deux hectares par an en moyenne, sécurisant davantage le fait de pouvoir gérer ses prairies et cultiver de l’herbe, afin de parer aux besoins mais sans nécessairement accueillir de nouveaux animaux. La tendance est donc à l’extensification ».
Ne pas favoriser la déforestation en Amérique du sud
Et voilà qui nous amène à l’autre article de la revue « BTIA » consacrée à l’Argentine. L’Europe achète déjà 40 % des viandes bovines exportées par l’Argentine sous la forme de « pièces nobles réfrigérées sous vide » et ces quotas d’importations résultent d’un accord commercial antérieur à celui signé le 29 juin 2019 entre la Commission européenne et les pays du Mercosur. Si ce dernier accord était ratifié, l’Europe importerait chaque année 99.000 tonnes supplémentaires de pièces nobles de viandes bovines désossées avec seulement 7,5 % de droits de douane. En France, cela ne pourrait que faire baisser le prix des animaux des élevages spécialisés en races à viande comme la charolaise, la limousine, la blonde d’Aquitaine, la salers et quelques autres.
La revue « BTIA », cite Philippe Chotteau, de l’Institut de l’élevage. Alors que la forêt primaire ne cesse de reculer en Amérique du sud, cet observateur résume le développement de l’élevage bovin en Argentine et au Brésil de la manière suivante : « On abat les arbres, on met en culture deux ans, puis on met en pâture ». Ce qui nous vaut ce commentaire suivant dans le même article : « Par conséquent, importer de la viande bovine argentine et au-delà des autres pays du Mercosur (Uruguay, Paraguay, Brésil) équivaut à, en quelque sorte, importer du gaz à effet de serre et altérer les ambitions et les résultats de la filière bovine française plus vertueuse de ce point de vue ».
Le silence du président Macron sur l’accord UE-Mercosur
C’est la triste réalité, surtout quand le même article précise que « l’élevage argentin, dont certaines exploitations frisent les 40.000 têtes est étroitement associé à la viande ». Du coup, « conquérir les marchés d’exportation est une commande politique de la part du gouvernement argentin ». Préserver notre souveraineté alimentaire et freiner le réchauffement climatique en cours sont des arguments que la France et les autres pays européens devraient utiliser pour ne pas ratifier cet accord signé entre la Commission européenne et les pays du Mercosur. Dans un premier temps, Emmanuel Macron avait déclaré que cet accord était « bon en l’état », avant de déclarer plus tard que la France « ne le signera pas en l’état ». Cette prise de position temporaire du chef de l‘État intervenait suite à la multiplication des incendies criminels en forêt amazonienne dans le but d’accélérer les mises en cultures, puis l’élevage du bétail pour gagner des parts de marché en Europe.
Mais depuis bientôt deux ans le président Macron ne dit plus un seul mot sur le sujet et on devine facilement ce que cache ce silence prolongé.
Après l'adoption du projet de loi sanitaire par le Parlement , 74 députés de gauche ont saisi le Conseil constitutionnel afin de censurer certains articles représentant une "atteinte ...
Après l'adoption du projet de loi sanitaire par le Parlement, 74 député-e-s de gauche ont saisi le Conseil constitutionnel afin de censurer certains articles représentant une « atteinte disproportionnée et contraires à plusieurs droits et libertés que la constitution garantit ». L'Humanité s'est entretenu avec Pierre Dharréville, député communiste des Bouches-du-Rhône.
Les parlementaires alertent les membres de l'institution sur les dangers que fait peser l'extension du passe sanitaire sur de nombreuses libertés et dénoncent « une atteinte au principe d'égalité ».
Le projet de loi rend obligatoire la vaccination des personnels des hôpitaux, cliniques, Ehpad et maisons de retraite, sapeurs pompiers, de certains militaires, ainsi que pour les professionnels et bénévoles auprès des personnes âgées, y compris à domicile.
Le Conseil constitutionnel, saisi lundi 26 juillet par 74 député-e-s des groupes Gauche démocrate et républicaine, de la France insoumise, Socialistes ainsi que Libertés et Territoires, rendra sa décision le 5 août sur la loi relative à la gestion de la crise sanitaire.
Rupture d'égalité entre les salariés
Pierre Dharréville dénonce une première rupture d'égalité entre les salariés qui sont en CDI et ceux qui sont en CDD ou en intérim : « Les salariés en situation précaire pourraient voir leur contrat rompu du jour au lendemain, sous prétexte qu'ils ne remplissent pas les conditions du passe sanitaire. »
« Concernant la suspension du contrat de travail pour les salariés en CDI, sans rémunération évidemment, on peut se demander si le licenciement ne pourra pas être provoqué par cette absence liée au passe sanitaire », alerte le parlementaire.
« Si nous contestons le principe du passe sanitaire, nous ne contestons pas la nécessité d'engager une action publique en faveur de la vaccination », insiste l'élu, qui estime que le gouvernement ne pourra de toute façon pas faire l'économie d'une véritable campagne de santé publique.
Dès le 9 août
Avec ce projet de loi, dès le 9 août, le passe sanitaire pourrait être étendu aux cafés, restaurants, foires et salons professionnels, ainsi qu'aux avions, trains, cars longs trajets et aux établissements médicaux sauf urgence. Et aux centres commerciaux sur décision des préfets.
« La méthode choisit est celle du chantage, de la pression et de la contrainte », prévient le député communiste.
Isolement
Par ailleurs, les personnes dépistées positives au Covid-19 devront se placer à l'isolement pour une durée non renouvelable de dix jours dans le lieu d'hébergement qu'elles déterminent.
« Des mesures de contrôle permanent des uns par les autres, pour pouvoir continuer à vivre... Est-ce une société comme celle-là que nous souhaitons ? » s'inquiète le député.
Selon « Syndilait », l’organisme regroupant les professionnels du lait liquide en France, son prix de revient a augmenté de 8 % ces derniers mois en raison de la hausse de 50 % du prix des emballages en plastique ; celui des cartons ayant augmenté de 20 %. Mais les distributeurs ne veulent pas prendre en compte cette hausse inattendue des coûts de mise en marché souvent supportés par des petites laiteries.
Par Gérard Le Puill
Nous avons, la semaine dernière, consacré quatre articles successifs à la situation difficile des producteurs de lait de vache en France. Car depuis la fin de la régulation de la production dans les pays membres de l’Union européenne intervenue en avril 2015 avec la suppression des quotas annuels de production par pays, le prix du lait au départ de la ferme fluctue souvent à la baisse dans les pays membres de l’Union. Cette pression est encore plus forte dans les pays exportateurs nets de produits laitiers, dont la France et quelques autres, comme nous l’expliquions dans notre article publié vendredi.
Dans la mesure où les transformateurs négocient annuellement les prix auxquels ils vendent leurs produits laitiers aux enseignes de la grande distribution entre le début de mois de mars de l’année en cours et la fin du mois de février de l’année suivante, il leur arrive aussi d’être « pris dans la seringue » en cas d’augmentation de leurs coûts de production de manière imprévue. C’est ce que signale « Syndilait », l’organisation professionnelle regroupant en France la majorité des fabricants de laits liquides dans un communiqué daté du 20 juillet dernier.
50 % de hausse sur les matières plastiques
On apprend à sa lecture que « la filière française de lait liquide conditionné, qui fournit 97 % du lait consommé en France, est aujourd’hui victime de fortes tensions en matière d’emballages, tant au niveau de la hausse spectaculaire des coûts que de l’allongement des approvisionnements. La reprise de l’économie dans le monde, notamment marquée par forte demande en Chine, entraîne une flambée de l’ordre de + 50 % sur un an pour les matières premières plastiques et de + 20 % pour les cartons (…) En conséquence, les laiteries doivent supporter une hausse de leurs coûts de production pouvant aller jusqu’à + 8 % en un an. Pourtant, dans le même temps, le prix de vente du lait au consommateur en grande distribution continue de stagner, voire de chuter. Pour les marques nationales il est passé d’un prix moyen de vente au consommateur de 1,17 euro en juin 2020 à 1,10 euro en juin 2021, soit un recul de -6 % sur un an » (1).
Depuis le début de la pandémie de coronavirus, les grandes enseignes comme Leclerc, Carrefour, Auchan, Casino et autres n’en finissent pas de multiplier les dépliants publicitaires pour tenter de gagner des parts de marché les unes contre les autres en multipliant les promotions sur différents produits de consommation courante, à commencer par les viandes et certains les produits laitiers. Mais ce n’est pas le cas pour le lait liquide dont les achats sont réguliers avec une demande qui évolue en légère baisse selon de récentes statistiques.
Comme chaque année, les fournisseurs se sont engagés à fournir aux grandes enseignes un volume donné de produits alimentaires pour un prix fixé avant le 28 février 2021 pour la période qui va du 1 er mars de cette année à la fin du mois de février 2022 dans le cadre des négociations annuelles. Du coup, ils n’ont pas l’accord de ces enseignes pour répercuter la hausse du prix du conditionnement du lait liquide et d’autres produits sous emballage, bien que ces emballages fassent croître de 8 % le prix de revient du litre de lait conditionné.
Succès du logo « lait collecté et conditionné en France »
Cette déclaration de « Syndilait » est intervenue 7 jours après la note de l’INSEE qui constatait qu’en juin 2021 « les prix à la consommation augmentent de 0,1 % sur un mois et de 1,5 % sur un an. Cette note indiquait les prix alimentaires avaient baissé de -0,2 % sur un an. Dans le détail, elle ajoutait qu’en juin, « hors produits frais, les prix de l’alimentation augmentent légèrement (+ 0,3% après + 0,2 %. Les prix de la viande accélèrent (+ 0,6% après + 01 %) ainsi que ceux du lait, du fromage et des œufs (+ 0,6% après + 0,3 %) ». Ainsi, les grandes surfaces augmentent donc légèrement leurs prix de vente mais ne restituent pas un centime à leurs fournisseurs, même quand ces derniers subissent des coûts de production en hausse avec la flambée des prix des emballages.
Notons enfin cette information à propos du logo « Lait collecté et conditionné en France » lancé en 2016 et apposé désormais sur 60 % des briques et bouteilles de lait dans notre pays. Le communiqué de « Syndilait » indique que « son déploiement est accompagné d’une chute de 70 % des importations de lait en France sur cinq ans, de 2015 à 2020. Ce logo garantit un lait issu de vaches uniquement élevées en France et conditionné par une laiterie française ».
Voilà qui montre aussi que les consommateurs donnent majoritairement leur préférence à la production nationale dès lors qu’ils sont informés. Il est donc possible de leur expliquer une petite hausse du prix induite par ce coût de production des emballages depuis plusieurs mois. Ce sujet n’est pas évoqué dans l’éditorial intitulé « E. Leclerc, partenaire des entreprises françaises » et signé Michel-Édouard Leclerc avec la photo de ce dernier en page 2 du dépliant publicitaire qui met en exergue les promotions de ses magasins du 27 juillet au 7 août.
On peut donc se poser des questions sur la sincérité de Michel-Édouard Leclerc en lisant ceci dans son édito : « Derrière cette campagne de promotion, il faut en effet savoir qu’il y a toute une politique d’accompagnement qui vise à soutenir ces productions françaises, avec des délais de paiement privilégiés, des initiatives commerciales adaptées et des engagements pluriannuels qui offrent une visibilité rassurante pour ces entrepreneurs ».
Mais lire ces lignes ne doit pas nous faire oublier que c’est à la demande du même Michel-Édouard auprès de Nicolas Sarkozy que fut rédigé en 2007-2008, par un dénommé Emmanuel Macron, le rapport de la commission Attali. Ce rapport servit de justification au gouvernement Fillon pour faire voter la Loi de modernisation économique (LME) dont le fonctionnement sert depuis à piller les fournisseurs des grandes surfaces, à commencer par les paysans.
Après un examen express dans chacune des chambres du Parlement, députés et sénateurs ont tenté de se mettre d’accord, dimanche, sur les mesures sanitaires voulues par le gouvernement.
Engagé par le gouvernement dans une folle course de vitesse, le Parlement a examiné tout le week-end le projet de loi instituant l’obligation vaccinale pour les soignants, l’extension du passe sanitaire à compter du 1er août, ou encore le contrôle de l’isolement. Dimanche, députés et sénateurs se sont retrouvés, à 15 heures, en commission mixte paritaire (CMP) pour tenter de se mettre d’accord sur un texte que les premiers ont adopté, vendredi, autour de 6 heures du matin, avant que les seconds ne le modifient, puis le votent dans la nuit de samedi. La concertation devait se révéler concluante mais les détails n’étaient pas encore connus à l’heure où nous écrivions ces lignes. Bien que l’exécutif ait poussé à la roue, pressé par les délais qu’il a lui-même imposés, l’accord a été long à bâtir tant les retouches apportées par la majorité de droite du palais du Luxembourg ont été nombreuses.
Selon les modalités adoptées au Sénat, le passe sanitaire ne serait ainsi exigible que dans les lieux confinés (les terrasses de restaurant en seraient, par exemple, exemptées) et ne s’appliquerait plus aux centres commerciaux. Son entrée en vigueur pour les salariés des lieux publics concernés a, en outre, été repoussée par les sénateurs au 15 septembre, tandis qu’il a été purement et simplement supprimé pour les mineurs. Un aménagement soutenu par la gauche : « Comment peut-on obliger un mineur à avoir un passe sanitaire alors que ses parents lui refusent la vaccination ? » a interrogé en séance le communiste Pierre Ouzoulias. Un amendement du PS permet aussi la vaccination sans autorisation parentale à partir de 16 ans. La gauche sénatoriale a, en revanche, échoué à faire tomber, au profit de l’obligation vaccinale, le dispositif dans son ensemble. La question a pourtant divisé jusqu’au sein de la majorité, à l’instar du centriste Loïc Hervé qui a plaidé au nom des « libertés publiques » contre cette « fausse bonne idée » de passe sanitaire.
« Atteinte à la liberté de travailler »
Contre toute attente, la droite a aussi redonné vie à l’état d’urgence sanitaire jusqu’au 31 octobre. « C’est un souci de vérité. Sortons de cette espèce d’euphémisation permanente », a justifié le rapporteur LR Philippe Bas, appelant le gouvernement à « assumer ses responsabilités ». Comme à l’Assemblée, la gauche s’est également élevée contre les mesures relatives aux sanctions, suspension de contrat sans rémunération et licenciement encourus par les salariés pour lesquels le passe sanitaire est rendu obligatoire. « C’est une brèche inacceptable dans le droit du travail ! » a fustigé le sénateur PCF Fabien Gay. La création d’un motif spécifique de licenciement a d’ailleurs été supprimée par la Chambre haute, contrairement à l’interruption avant l’échéance d’un CDD ou d’un contrat de mission temporaire.
Dès vendredi, plusieurs syndicats ont aussi alerté sur ces dispositions. « C’est transgressif, dangereux et inquiétant de voir apparaître pour la première fois un motif de licenciement à la charge du salarié pour une raison relevant de sa vie privée », a dénoncé la CFE-CGC, tandis que Solidaires s’est affirmé « contre le passe sanitaire, qui se construit contre les travailleuses et les travailleurs ». Plus tôt dans la semaine, la CGT avait déjà interpellé les parlementaires afin qu’ils « en mesurent toutes les conséquences sociales », dénonçant un texte qui « porterait atteinte à la liberté de travailler » des salariés. Après son adoption, le projet de loi devra franchir une dernière étape avec l’examen par le Conseil constitutionnel, que le premier ministre, Jean Castex, s’est engagé à solliciter.
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