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11 juillet 2016 1 11 /07 /juillet /2016 13:57
le blanchiment des troupes coloniales en 1944

le blanchiment des troupes coloniales en 1944

LUNDI 11 JUILLET, 23h00 sur France 3

Documentaire de

  • Jean-Baptiste Dusséaux / Réalisateur

Le blanchiment des régiments se définit comme le renvoi et le remplacement des soldats noirs venus d'Afrique par des recrues blanches pour la dernière étape de la Libération. Cette opération logistique méconnue est appliquée à l'automne 1944. Environ 20 000 soldats noirs de l'armée française sont rapidement retirés du front et renvoyés chez eux. Cette décision a été prise, au début, pour satisfaire à la demande des Américains qui ne souhaitaient pas voir de soldats de «couleur » dans la 2e DB du général Leclerc puis par le Gouvernement Provisoire de la République (GPRF) pour les autres régiments.

Lire aussi cet article de 2011 du Chiffon Rouge à partir des enquêtes de la morlaisienne Anne Cousin sur les Tirailleurs Sénégalais: Comment les autorités françaises ont spolié, humilié, massacré les tirailleurs Sénégalais parqués à Morlaix à l'automne 1944.

Morlaix a été le théâtre à la Libération d'un moment honteux de l'injustice faite aux tirailleurs sénégalais, prisonniers de guerre en France pendant cinq ans ou anciens combattants de la France libre dont on ne voulait plus sous les drapeaux. Dans un livre publié cet année chezL'Harmattan, Retour tragique des troupes coloniales (Morlaix-Dakar, 1944), petit essai enrichi par des documents tels que d'émouvantes photos et correspondances privées entre tirailleurs sénagalais et morlaisiens, la journaliste Anne Cousin rapporte et contextualise ces évènements qui révèlent tout à la fois la solidarité de beaucoup de familles françaises avec ces combattants africains démunis et parqués comme des animaux dormant sur la paille exposés au courant d'air dans la Corderie de la Madeleine et le manque de considération déshonorant dont ils ont été victime de la part de l'Etat français.

Ils étaient soudanais, gabonais, maliens, ivoiriens, sénégalais: on les avait recrutés avant le déclenchement de la seconde guerre mondiale dans les rangs des tirailleurs sénégalais avec des méthodes alternant entre la promesse de gloire et d'une promotion sociale et l'enrôlement de force. 149 000 « Sénégalais » étaient mobilisés en métropole en 1940, dont 40000 engagés dans les combats en métropole. Ce sont ces soldats africains qui vont payer le plus lourd tribut de sang dans les combats extrêmement violents de l'été 1940 17000 (et 38%) d'entre eux environ vont mourir pour défendre le territoire français parce que l'état major les place en première ligne pour accomplir les missions les plus dangereuses ou les plus désespérées, parce que l 'armée allemande les considère comme appartenant à une race inférieure et n'a aucune pitié, aucun ménagement pour eux quand ils sont vaincus. « L'armée nazie traque fréquemment les hommes de couleur, rappelle Anne Cousin, comme à Chasselay dans le Rhône où le 25e régiment de tirailleurs sénégalais qui défendait Lyon sera anéanti, 180 d'entre eux seront écrasés par les chenilles des chars allemands ou froidement exécutés ».

Les prisonniers africains et coloniaux de l'armée française ne seront pas envoyés en Allemagne dans les stalags avec les autres prisonniers de guerre français. L'Allemagne nazie craint la « contamination raciale ». Ces 15000 tirailleurs sénégalais prisonniers, ajoutés 54000 Malgaches, Nord-Africains, Indochinois, Martiniquais, vont être dirigés au printemps 1941 vers 22 camps de rétention spécialement destinés aux hommes de couleur en zone nord, nommés frontstalags. « La majorité d'entre eux, écrit Anne Cousin, sont employés dans les usines, en agriculture, sur les routes et les chantiers de l'organisation Todt... Ils vivent dans des conditions très précaires, manquant souvent de nourriture, reclus dans des baraquements sans chauffage ». Comble d'ignominie, comme l'Allemagne à partir de 1943 a besoin de combattants, la surveillance des frontstalags se fera par l'armée pétainiste. L'armée coloniale française gardée comme des bêtes de somme par l'armée française...

Mais la France gaulliste n'est pas en reste d'ingratitude vis à vis de ses soldats coloniaux. Jugez plutôt. L'armée de de Lattre de Tassigny qui s'illustre en Italie, en Corse, dans le débarquement de Provence en août 1944 est composée en grande majorité d'Africains qui seront accueillis triomphalement par les populations du sud de la France. Les troupes d'Afrique du Nord et d'Afrique Noire vont ensuite être engagées dans des combats très meurtriers dans les Vosges et en Alsace, dont témoigne le récent film Indigènes de Rachid Boucharef.

« Mais, écrit Anne Cousin, à la veille de fouler le sol allemand, les troupes indigènes vont être rapatriées en octobre 1944 vers le sud de la France car l'armée de la France libre organise une opération de blanchiment, ce qui est parfois frustrant pour ces contingents noirs qui se sentent si près du but et laissés pour compte ». Ils sont remplacés par de 50000 jeunes recrues de la FFI (Forces françaises de l'Intérieur), d'anciens résistants, souvent jeunes et réfractaires du STO, qui s'engagent ensuite dans l'armée régulière pour abattre l'Allemagne.

Au total, ce sont 20 000 Africains qui sont retirés des unités de combat et regroupés dans le midi de la France en attente de rapatriement. « Cependant, rappelle Anne Cousin, par manque de transports maritimes disponibles, les combattants coloniaux vont attendre, vivant dans des conditions matérielles déplorables, car beaucoup d'entre eux n'ont rien perçu. Dans les régions, des familles françaises et marraines de guerre vont permettre à ces soldats malades et démunis, de survivre ».

Morlaix est libéré le 8 août par des troupes américaines motorisées et des groupes de résistants. Il faudra attendre mai 1945 pour voir le retour des 23 survivants des camps de concentration nazis raflés avec 37 autres otages en représailles de l'attentat commis contre le Foyer des soldats allemands le soir du 24 décembre 1943. En octobre 1944, le retour en Afrique des prisonniers coloniaux qui ont quitté leurs frontstalags et leurs camps de transit s'organise. Le port de Morlaix est choisi pour acheminer 2000 hommes vers Dakar pour un départ prévu le 4 novembre 1944. 2000 tirailleurs sénégalais arrivent donc à partir du 26 octobre à Morlaix, venus de La Flèche, Versailles, Rennes, Coetquidan, Cholet.

On a prévu de les loger dans un cantonnement rue de Callac et dans la corderie de la Madeleine, au-dessus du cimetière Saint Charles et de la place Saint Nicolas. Les autorités militaires ont formellement défendu aux familles françaises d'héberger les troupes, mais « cette consigne ne sera pas respectée car les Morlaisiens vont vite constater que certains d'entre eux sont mal nourris et malades. Des familles vont leur donner alimentation et médicaments, prêter leurs cuisines, les héberger, les accueillir chaleureusement » ( Retour tragique des troupes coloniales, p. 39). Les Africains mangent souvent la soupe le soir dans les familles, ils jouent avec les enfants, sont soignés et on leur permet même souvent de se reposer au chaud sur des vrais matelas dans les maisons du quartier populaire de la Madeleine. Certains d'entre eux fraternisent avec la population morlaisienne et correspondront avec des familles pendant des semaines, mais beaucoup aussi sont excédés par les épreuves endurées pendant leur captivité sous surveillance française et l'ingratitude de la France. Surtout, ils craignent de se faire rouler comme les soldats africains de la première guerre mondiale, revenus au pays après tant de sacrifices sans soldes ni pensions d'anciens combattants.

Avant le départ prévu le 4 novembre, les tensions et les inquiétudes s'exacerbent parmi les tirailleurs sénégalais et des incidents éclatent. Ce qui allume la mèche est le constat d'une inégalité de traitement entre les anciens prisonniers venant de Versailles, qui ont reçu des rappels de solde de 7000 anciens francs (soit 10,67€) alors que les soldats africains d'autres centres de regroupement ont perçu seulement 2200 francs, soit 3,05€. Le 28 octobre, un capitaine venu du Mans à Morlaix pour régler le rappel de solde est séquestré quelques instants par les sénégalais et doit se justifier sur ces déséquilibres constatés. Il peine à convaincre que ceux qui ont reçu moins de rappels de soldes seront payés à leur arrivée à Dakar. Finalement, à l'aube du 5 novembre, 300 hommes refusent d'embarquer sur le Circassia, le navire appartenant à la marine britannique qui doit les ramener à Dakar.

Pendant 6 jours, ils sont cantonnés dans la Corderie de la Madeleine jusqu'à ce que 100 gendarmes surarmés les réveillent brutalement à 6heures du matin le 11 novembre, les obligeant à sortir dans le froid, puis à revenir dans le bâtiment pour fouiller leurs bagages dans le noir, avant de les obliger d'acheminer tous leurs bagages à pied jusqu'à la gare de Morlaix, distante de 1,5km. Les Sénégalais se révoltent contre ce traitement brutal qui revient à les traiter comme des criminels et des coups de poings, des coups de crosse et des coups de feu sont échangés, faisant 8 blessés sérieux, dont un gendarme. Dans l'édition du 18 au 25 novembre de l'hebdomadaire de tendance républicaine socialiste avec des sympathies communistes qui reparaît localement, L'Aurore, on s'émeut et s'indigne de la brutalité de l'armée vis à vis de ses Africains qui l'ont servi avec loyauté et qui ont tant sacrifié pour elle:

P. 49 de Retour tragique des troupes coloniales. Le journal L'aurore titre: « 11 novembre sanglant à Morlaix: cent gendarmes tirent sur des Sénégalais désarmés (…). Deux mille Sénégalais récemment délivrés de camps de concentration et groupés à Morlaix attendaient depuis quelques jours leur départ pour l'Afrique. Après plus de quatre ans de captivité, leur arriéré de solde était très important, aussi en attendaient-ils le paiement avec fébrilité. La plupart furent réglés sauf 325 d'entre eux, cantonnés (baugés conviendrait mieux) au quartier de la Madeleine. Le jour du départ arriva et ces 325 infortunés refusèrent d'embarquer avant d'avoir été alignés en solde, disant qu'ils ne voulaient pas être dupes comme leurs pères, qui en 1918 après avoir versé généreusement leur sang pour la France, étaient rentrés au pays sans solde, que depuis ils attendent toujours. Nos braves bamboulas restent inflexibles et inséparables dans leur résolution et le bateau partit sans eux. (…). Vendredi, l'arrivée insolite d'un fort contingent de gendarmes harnachés et armés en vrais guerriers excita quelque peu la curiosité populaire. (…). Vers cinq heures du matin, l'attaque commença. Des gendarmes pénétrant dans la bauge-dortoir intiment à tout le monde de sortir illico en joignant le geste à la parole empoignant les hommes en caleçon ou à demi vêtus pour les faire sortir de force. Ce réveil surprise ne fût pas du goût des Sénégalais qui, les premiers moments de stupeur passés, comprirent le genre de brimades et de provocations dont ils étaient l'objet. (…) Tout à coup dans la nuit claqua un coup de feu. Ce fut le commencement du drame: qui avait tiré? D'après la version officielle ce serait un Sénégalais? Mais nous nous refusons d'y croire, car ils étaient venus désarmés de leurs camps et ils ne possédaient que quelques baïonnettes-souvenirs dont ils n'avaient pas fait usage. (…) Ce fut la fusillade générale... Entre temps les maisons du voisinage furent assiégées par les gendarmes pour en faire sortir les Sénégalais que les habitants hébergent par charité (…). Triste aube du 11 novembre, disent les habitants de ce paisible et populaire quartier qui furent réveillés par le vacarme. »

Dans le rapport du commandant de la gendarmerie du Finistère sur les incidents du 11 novembre, il est bien précisé que « les conditions matérielles d'installation des Sénégalais dans une baraque de plus de cent mètres de long, ouverte à tous les vents, un parquet recouvert seulement d'une mince couche de paille étaient vraiment inadmissibles et ont pu entraîner l'explosion spontanée d'une irascibilité collective latente au moment de l'intervention des gendarmes ». Le commandant de gendarmerie dénonce aussi le racisme décomplexé du colonel Mayer, chef d'état major de la région, qui au téléphone, le 11 novembre à 13h, a tancé le capitaine de gendarmerie Wahart en ces termes: « Il ne s'agit pas de parlementer avec les Sénégalais- Ne pas hésiter à employer la force si nécessaire. Si les Sénégalais ne sont pas rendus à destination dans la soirée, le capitaine et le lieutenant de gendarmerie seront arrêtés pour refus d'obéissance et traduits devant un tribunal militaire ».

Les 300 tirailleurs sénégalais indignés ayant refusé leur embarquement vont donc parvenir au camp de Trévé près de Loudeac dans les Côtes d'Armor (Côtes du Nord à l'époque) le 11 novembre 1944, et ils vont rester encore en rétention jusqu'au 18 janvier 1945, avant d'être transférés à Guingamp.

Pendant ce temps, leurs compagnons tirailleurs sénégalais sont embarqués pour Dakar et un climat d'agitation règne sur le bateau, puisqu'à chaque escale – Plymouth, Cardiff, Casablanca- les soldats demandent à ce qu'on leur paye leurs arriérés de soldes, tandis qu'on leur répond invariabalement qu'il n'y a pas assez de liquidités sur le moment dans les caisses et que leur réglera ce qu'on leur doit un peu plus tard. A Casablanca, pour calmer un peu le climat, on oblige 400 tirailleurs à débarquer.

Le massacre de Thiaroye

Quand le Circassia arrive à Dakar le 21 novembre, les 1200 ex-prisonniers sont directement transférés au camp de transit de Thiaroye, ville proche de la capitale sénégalaise, avant de pouvoir regagner leurs pays d'origine. Là-bas, les tirailleurs sont très inquiets, craignant qu'on les disperse avant de leur verser leur dû, auquel ils devraient finalement renconcer, roulés dans la farine par une armée menteuse et manipulatrice comme la génération passée en 1918. A l'arrivée des tirailleurs à Thiaroye, le gouverneur général de l'Afrique Occidentale Française envoie un télégramme au ministère des colonies à Paris disant qu'il y a urgence à satisfaire les légitimes réclamations des soldats démobilisés en disant sinon qu' « il n'est pas impossible que incidents graves se produisent malgrés précautions prises... ».

C'est pourtant ce qui arrive. Ne voyant pas venir leur solde alors qu'on leur demande maintenant de reprendre le train en partance pour Bamako au Mali, 500 tirailleurs refusent de prendre le train et retiennent le général Dagnan, commandant la division Sénégal-Mauritanie pendant une heure dans sa voiture. « Le général, raconte Anne Cousin, les informe qu'il va en référer aux autorités supérieures afin de régler les problèmes exposés. Fort de ces nouvelles promesses, on le laisse partir. Mais le général Dagnan considérant qu'il a été pris en otage et qu'un climat de rébellion existe dans le camp de Thiaroye, va demander au commandant supérieur de Boisboissel son accord pour faire « une démonstration de force » à l'égard de ces ex-prisonniers indisciplinés ».

Au petit matin, ajoute l'auteur, « plusieurs bataillons de régiment d'artillerie coloniale, pelotons de gendarmerie, et tirailleurs sénégalais du bataillon Saint Louis, ouvrent le feu sur leurs camarades qui sortent hébétés des baraquements. C'est avec un char M3, deux half-tracks, trois automitrailleuses que l'assaut est donné. Les rapports officiels font état de 24 morts et onze blessés qui ne survivront pas aux blessures, ce qui porte à 35 le nombre de tués et à 34 le nombre de blessés, 48 mutins seront arrêtés et présentés devant un tribunal militaire » (p.69). L'ancien président des anciens combattants et prisonniers de guerre du Sénégal, Doudou Diallo rapporte que ce massacre contre des hommes désarmés a eu lieu après un dernier ultimatum effectué quand ils sont sortis de leurs baraquements (« Embarquez dans les wagons où nous tirons »), mais les tirailleurs avaient appris à n'avoir plus peur des blancs ni de la mort, à placer la dignité au-dessus de tout, et ces ingrédients, ajoutés au cynisme et à la barbarie de l'armée française et de l'Etat colonial, rendaient inéluctables la décolonisation. Après la fusillade, Doudou Diallo raconte qu' « un commandant a voulu obliger un blessé à marcher à pied jusqu'à l'hôpital. L'homme a refusé: « Même l'ennemi nous ferait transporter » ». Devant le train, un autre tirailleur qui refusait d'embarquer a été abattu froidement...

Cette ignominie a été parachevée, au tribunal militaire permanent de Dakar, par une parodie de procès pour mutinerie en mars 1945 de 45 tirailleurs survivants dont on rendait responsable « leur contamination par la propagande allemande » (sachant que plusieurs d'entre eux, dont Doudou Diallo, s'étaient engagés dans la Résistance FFI) : 34 ont été condamnés, certains à des peines allant jusqu'à 10 ans d'emprisonnement.

Une loi du 16 avril 1946 adoptée grâce à la pression exercée par le député Léopold Sedar Senghor sur Vincent Auriol, permit d'amnistier et de libérer les condamnés mais les anciens combattants condamnés ne recevront jamais d'indemnités ni de réhabilitation. A l'indépendance des anciens Etats colonisés, les pensions d'anciens combattants seront gelées. En 2000, la retraite du combattant selon le GISTI (groupe d'information et de soutien des immigrés) s'élevait à 430 € pour un Français, 175€ pour un Centrafricain, 85€ pour un Malien, 57€ pour un Algérien, 16€ pour un Cambodgien ». C'est à Chirac que l'on doit d'avoir si tardivement, alors qu'il ne reste que très peu d'anciens combattants survivants, rétabli cette injustice en revalorisant les pensions des anciens soldats des colonies et en reconnaissant, par l'intermédiaire de Pierre André Wiltzer, ancien ministre délégué à la coopération, la tâche pour la République Française qu'a constitué la tuerie de Thiaroye.

Compte-rendu du beau livre d'Anne Cousin dont on ne saurait trop recommander l'achat (11 €) et la lecture réalisé par Ismaël Dupont.

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11 juillet 2016 1 11 /07 /juillet /2016 11:31
NONO, 40 ans de dessins en Bretagne, aux éditions Palantines, PAUL BUREL- YVES QUENTEL- NONO, 2012 - 190 p. 25€

NONO, 40 ans de dessins en Bretagne, aux éditions Palantines, PAUL BUREL- YVES QUENTEL- NONO, 2012 - 190 p. 25€

Nono - C'était il y a 40 ans...

Nono - C'était il y a 40 ans...

Tout le monde connaît les dessins de Nono, découverts chaque jour avec curiosité, sourire ou rire franc, dans le Ouest-France d'abord, il y a plus d'une vingtaine d'années, puis dans le Télégramme. Un style clair, tendre, joyeux, bourré de clins d’œil à la culture bretonne, jamais franchement méchant mais presque toujours gentiment ironique.

On découvrait aussi les dernières trouvailles de Nono dans le magazine municipal de la ville de Vannes, sur les documents électoraux de la gauche, puis dans les albums annuels de Nono offerts par ma belle-mère, une ex-collègue et amie du dessinateur vannetais, avec plusieurs dessins de presse inédits, refusés ou auto-censurés car pas très politiquement corrects, qui permettent de reparcourir les événements de l'année en se tordant de rire.

J'ai chez moi une nappe en papier couverte de dessins politiques hilarants de Nono à l'occasion d'un banquet politique quand j'avais 18 ans. Mais aussi des carnets de voyage du Maroc car Nono est un amoureux des marches dans l'Atlas.

Nono est en plus un super mec, modeste avec son génie du dessin humoristique et son activité débordante (il a pu être prof de philo tout en dessinant plusieurs dessins par jour pour la presse quotidienne régionale, et en produisant d'autres projets pour illustrer des textes de toutes sortes), chaleureux et ouvert.

Ce livre biographique de Paul Burel et de Yves Quentel, préfacé par René Pétillon, et illustré par des dessins anciens ou inédits de Nono lui-même permet de mesurer la richesse du parcours du dessinateur de presse breton le plus talentueux. Je l'ai acheté au festival étonnants voyageurs de Saint Malo où j'ai eu une longue conversation avec Nono qui vendait aussi son histoire illustrée et drolatique de la philosophie et son livre sur l'humour de l'arsenal aux éditions Dialogues, et bien d'autres livres encore, car il est extrêmement prolifique, surtout depuis qu'il est en retraite de sa carrière de professeur, menée pendant plusieurs années au lycée Charles de Gaulle de Vannes.

Nono, Joël Auvin de son vrai nom, est né à Inzizac-Lochrist, il a découvert le dessin dans Vaillant et l'a expérimenté dans la feuille de chou de son lycée, puis sur les bancs de la fac de philo, avec les régionalistes bretons de l'UDB dont il était sympathisant, et l'écrivain fétiche du journal Le Peuple Breton. Il a mené ensuite en parallèle une carrière de prof de philo et de dessinateur à Carhaix, où il entre au lycée comme maître auxiliaire à 23 ans en 1972, et à Vannes.

Il entre au service de plusieurs rédactions locales du Ouest-France après son service militaire, en 1975.

Dans ce livre indispensable aux commentaires écrits par deux complices, on découvre le sens de l'amitié et de la convivialité de Nono, son amour du whisky, des fest-noz, ses dessins coquins d'étudiant, ses impertinences par rapport au religieux, son anti-militarisme, ses engagements écolos et pour la défense de la culture et de la langue bretonne, ses réserves par rapport aux sectarismes de tout poil.

Politiquement, Nono est engagé à gauche, pour la culture bretonne et pour l'écologie. Mélenchon n'est pas sa tasse de thé, et notre ami n'est pas non plus très tendre avec les communistes, souvenirs du combat anti-nucléaire de Plogoff, des régimes autoritaires communistes.

Cela ne l'a pas empêché de dessiner pour nous pour la campagne des législatives de 2012 du Front de Gauche à Morlaix, par sympathie entre nous.

Au fond de ses dessins, il y a tout de même une tendresse profonde pour le peuple, un désir de solidarité, une sympathie pour les luttes sociales.

Nono a beaucoup servi par exemple la cause de la défense de la maternité de Carhaix, il s'est engagé dans les luttes des syndicalistes enseignants contre les réformes de droite engagés par des gouvernements UMP ou PS (Claude Allègre).

On découvre dans ce livre des dessins beaucoup plus féroces et moins consensuels, plus hilarants aussi, que ceux qu'il peut délivrer au Télégramme.

Voici quelques bonnes pages des dessins contenus par le livre qui peuvent donner envie de l'acheter.

C'est une lecture d'été idéale.

Ismaël Dupont.

Nono découvre le dessin dans "Vaillant" en recopiant les personnages

Nono découvre le dessin dans "Vaillant" en recopiant les personnages

NONO- 40 ans de dessins en Bretagne, sous la plume de Paul Burel et de Yves Quentel aux Editions Palantines: une rétrospective hilarante à savourer
NONO- 40 ans de dessins en Bretagne, sous la plume de Paul Burel et de Yves Quentel aux Editions Palantines: une rétrospective hilarante à savourer
NONO- 40 ans de dessins en Bretagne, sous la plume de Paul Burel et de Yves Quentel aux Editions Palantines: une rétrospective hilarante à savourer
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le Brest de Nono

le Brest de Nono

NONO- 40 ans de dessins en Bretagne, sous la plume de Paul Burel et de Yves Quentel aux Editions Palantines: une rétrospective hilarante à savourer
NONO- 40 ans de dessins en Bretagne, sous la plume de Paul Burel et de Yves Quentel aux Editions Palantines: une rétrospective hilarante à savourer
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11 juillet 2016 1 11 /07 /juillet /2016 11:19
Nono 2003 les Etats-Unis bombardent l'Afghanistan

Nono 2003 les Etats-Unis bombardent l'Afghanistan

Nono 2003 la réforme Ferry de l'éducation contestée

Nono 2003 la réforme Ferry de l'éducation contestée

Nono 2003 défense des maternités de proximité

Nono 2003 défense des maternités de proximité

Nono 2003 Ni putes ni soumises

Nono 2003 Ni putes ni soumises

Nono 2003 Raffarin utilise le 49-3

Nono 2003 Raffarin utilise le 49-3

Nono 2004 Hiver breton

Nono 2004 Hiver breton

Nono 2004 le procès Juppé

Nono 2004 le procès Juppé

Nono 2005 référendum sur le TCE et inégalités nord-sud

Nono 2005 référendum sur le TCE et inégalités nord-sud

L'actualité croquée par NONO - petite rétrospective
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10 juillet 2016 7 10 /07 /juillet /2016 06:36
Photo d’archives de la grève des mineurs de 1948 dans le Nord-Pas-de-Calais © Maxppp

Photo d’archives de la grève des mineurs de 1948 dans le Nord-Pas-de-Calais © Maxppp

Situation des mineurs grévistes de 1948 et 1952

J’ai sollicité à plusieurs reprises le Gouvernement sur l’injustice subie par les mineurs grévistes de 1948 et 1952.
J’ai dénoncé notamment le terrorisme d’État et la répression brutale de la grève de 1948 qui a compté 340.000 mineurs dans toute la France. Plus qu’une grève, c’est bien une guerre des classes qui s’est déroulée tant la répression a été féroce, avec un appel à l’armée pour casser les piquets de grève et occuper les puits. Les forces de l’ordre étaient alors autorisées à tirer sur les mineurs, faisant des milliers de blessés et des dizaines de morts. Au total, 3 000 mineurs furent licenciés et leurs vies irrémédiablement bouleversées.

Il aura fallu attendre plus de 65 ans pour que l’État reconnaisse enfin «le caractère discriminatoire et abusif du licenciement pour faits de grève des mineurs grévistes en 1942 et 1952». Pourtant, depuis le départ de Mme Taubira, la situation est bloquée et les mineurs toujours vivants ne reçoivent plus de réponse de l’État.

Devant tant d’inertie, nous venons de saisir le Ministre de la Justice avec mes collègues parlementaires du Front de Gauche de la région.

Alors que des propos honteux ont récemment comparé la CGT à une organisation terroriste, alors que des syndicalistes risquent la prison ferme pour avoir défendu leur usine et leurs emplois face à une multinationale et à des patrons voyous, alors que les menaces d’interdiction planent sur les manifestations, je ne peux tolérer que les mineurs qui ont vécu avec l’injustice et le déshonneur pendant près de 70 ans continuent à voir l’État piétiner leurs droits. Il est temps que ceux qui luttent soient considérés autrement que comme des parias ou des criminels dans ce pays.

Le député PCF - Front de Gauche Jean-Jacques Candelier se bat pour la reconnaissance des violences de classe de la représsion d'Etat contre les mineurs du Nord en 1948 et 1952
Le député PCF - Front de Gauche Jean-Jacques Candelier se bat pour la reconnaissance des violences de classe de la représsion d'Etat contre les mineurs du Nord en 1948 et 1952
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10 juillet 2016 7 10 /07 /juillet /2016 06:00
Les soeurs Papin, esclaves aux mains sales (les séries d'été de l'Humanité, Marie Barbier: sur un crime de classe et un procès retentissant de 1933)

Les sœurs Papin, « esclaves » aux mains sales

Les séries d'été de L'Humanité

MARIE BARBIER

MERCREDI, 6 JUILLET, 2016

L'HUMANITÉ

Nos grands proçès. 1933 Christine et Léa ont sauvagement assassiné leurs patronnes. Dans un article resté célèbre, l’Humanité dénonce les « sept ans d’esclavage » qui ont précédé ce « crime de classe » et prend la défense des deux bonnes.

Crime social, crime sexuel, crime psychiatrique ? L’affaire Papin fit couler beaucoup d’encre et tourner beaucoup de bobines. Jean Genet, Claude Chabrol et Jean-Pierre Denis la racontèrent dans les Bonnes (1947), la Cérémonie (1995) et les Blessures assassines (2000). Elle fascina les surréalistes, les existentialistes et même un jeune interne des hôpitaux de la Seine, Jacques Lacan, qui développa grâce à elle le thème de la psychose paranoïaque…

Les faits sont les suivants : le 2 février 1933, Christine Papin, 28 ans, et sa sœur Léa, 22 ans, domestiques dans une famille bourgeoise du Mans depuis sept ans, tuent sauvagement leurs patronnes. Mme Lancelin et sa fille Geneviève, 21 ans, étaient rentrées chez elles vers 17 h 30. « Christine fit remarquer à sa patronne qu’un fer à repasser électrique était pour l’énième fois détraqué, raconte l’Humanité le 29 septembre 1933 à l’ouverture du procès des deux sœurs. Cela n’eut pas le don de plaire à la parfaite bourgeoise qu’était la notairesse, qui fit mine de lever la main sur Christine. Mal lui en a pris, cette dernière se défendit en attaquant, armée d’un pichet, elle frappa, et comme la fille de la patronne venait au secours de la mère, la sœur de Christine, Léa, défendit sa sœur en danger. Les deux patronnes furent rapidement hors de combat et les deux sœurs, en proie à un accès de fureur folle, les achevèrent à coups de couteau et de marteau. Après quoi, Léa et Christine allèrent se laver, se déshabillèrent et se mirent au lit, où la police vint les arrêter. » Le journaliste de l’Humanité épargne ses lecteurs : la réalité est encore plus sordide. Les deux patronnes furent énucléées, frappées à coups de marteau et de couteau et ciselées comme des lapins prêts à cuire. Les plus cyniques diront que, jusqu’au bout, les sœurs Papin auront été des cuisinières modèles. Évidemment, le fait qu’elles soient retrouvées nues et enlacées dans le même lit décupla l’intérêt que la presse à scandale portait au meurtre…

D’une aussi courte durée, le procès évoque à peine la vie des deux sœurs

Près de huit mois après les faits, le procès des deux sœurs est incroyablement court (treize heures). « Après six mois d’instruction, la police n’a pas pu ou plutôt n’a pas voulu rechercher les causes exactes de ce drame », dénonce l’Humanité. Le ou la journaliste (les articles ne sont pas signés à l’époque) opte clairement pour un crime social : « Les véritables raisons de ce meurtre, on peut les chercher dans l’enfer que vivaient ces deux “domestiques” dans cette famille bourgeoise. Oh ! Non pas qu’elles soient mal nourries ou mal logées, mais plutôt les vexations, les rabaissements que chaque jour leur faisaient subir les patrons, et la patronne en particulier. (…) Et il y avait sept ans que la vie d’esclave durait. Trouvez-vous étonnant qu’à la suite d’une dernière menace, toute la rancœur, toute la haine que l’imbécile bourgeoise avait accumulées au cœur de ses servantes aient tout à coup explosé avec une rage folle ? Certes, il ne s’agit pas ici d’approuver le geste des deux sœurs, mais de l’expliquer, de montrer comment ces servantes modèles quant à leur travail en sont arrivées à cette absurde extrémité. » Et le ou la journaliste de conclure : « Ce procès ne devrait pas être celui des sœurs Papin toutes seules, mais aussi celui de la sacro-sainte famille bourgeoise au sein de laquelle se développent et fleurissent, quand ce n’est pas les pires turpitudes, la méchanceté et le mépris pour ceux qui gagnent leur vie à la servir. »

D’une aussi courte durée, le procès évoque à peine la vie des deux sœurs. Pour Christine, « “éducation” reçue dans un dur orphelinat du “bon pasteur”, ensuite sept ans de vie de “bonne” avec des patronnes hautaines et méchantes, pour qui une bonne, même modèle, ça n’est fait que pour obéir aux moindres désirs de “madame” », dénonce encore l’Humanité. Le cocktail est explosif : « Éducations défectueuses, vies renfermées, haine latente mais profonde, détraquement cérébral et c’est soudain le drame féroce, sadique, le double crime qui a fait frémir toutes les bourgeoises du Mans. »

Durant toute l’audience, les deux sœurs restent muettes : « Malgré les appels du président, Christine ne répond que de la tête, affirmativement ou pour nier. » Les psychiatres ? « Elles ne présentent pas de tares », assurent-ils à l’audience, et sont « totalement responsables ».

Après une brève bataille d’experts psychiatres (lire ci-dessous), le verdict tombe : Christine Papin est « condamnée à avoir la tête tranchée sur la place du Mans ». « Ainsi, la justice bourgeoise a rendu son arrêt terrible après un réquisitoire forcené, féroce – un réquisitoire de bourgeois haineux, un réquisitoire de classe – du procureur Riegert, dont nous rappelons la phrase typique : “Pas de pathologie dans cette affaire ! De la psychologie simplement. Ce sont des chiennes hargneuses qui mordent la main quand on ne les caresse plus.” Et c’est bien le langage féroce d’un bourgeois pour qui les exploités sont des chiens que l’on doit cingler à coups de fouet. (…) Quant aux caresses dont parle M. Riegert, les jeunes exploitées des places bourgeoises savent ce que cela veut dire et qui est une exploitation de plus. »

Et l’Humanité de conclure dans une internationale féministe des bonnes : « Que les dizaines de milliers de “petites bonnes”, partie de la jeunesse exploitée, viennent aux côtés de leurs sœurs des usines et des bureaux à l’action pour la défense de leur revendication, pour leur émancipation totale. »

Dans l’Humanité du 30 septembre 1933

« Puis, le docteur Schutzen Berger, médecin en chef des asiles de la Sarthe, vient affirmer qu’elles ne présentent pas de traces de tares. “Elle nous parle à la troisième personne, en bonne bien stylée”, commente-t-il. M. le docteur voit-il donc dans cette habitude d’esclave une absence de “tares” ? Pour conclure que les deux sœurs Papin sont “totalement responsables”. Me Pierre Chautemps, un des avocats, demande alors au docteur s’il n’a pas communiqué à la presse déjà ses conclusions, en “affirmant leur infaillibilité”. Pas de réponse. Des détenues viennent témoigner et signaler des gestes et actes de Christine qui montrent son détraquement tournant au sadisme. Le docteur Lagre, aliéniste, cité par la défense, appuie dans ce sens. Après cette controverse entre médecins, Me Pierre Chautemps demande un supplément d’information que le procureur repousse ainsi que la cour. »

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10 juillet 2016 7 10 /07 /juillet /2016 05:41
Une audience lors du Procès de Germaine Berton (au centre, entre deux gendarmes). Photo :Albert Harlingue / Roger-Viollet

Une audience lors du Procès de Germaine Berton (au centre, entre deux gendarmes). Photo :Albert Harlingue / Roger-Viollet

Nos grands procès (1/9). 1923. Dans le climat délétère de l’entre-deux-guerres, la jeune anarchiste est jugée pour avoir abattu le royaliste Marius Plateau d’un coup de revolver. Elle voulait venger Jaurès et dénoncer l’Action française...

On est d’abord surpris par le degré de violence politique dans cette France de l’entre-deux-guerres. La salle du tribunal est remplie de policiers corrompus, de nervis armés de l’Action française (AF), de crapules toisées, de l’autre côté de la salle, par des militants communistes et anarchistes. La jeune anarchiste au banc des accusés est une récidiviste : trois mois de prison pour outrage et violence à agents, quinze jours pour port d’armes prohibées. « Des condamnations nullement infamantes ! » la défend le journaliste de l’Humanité. Du 18 au 24 décembre 1923, l’ancien avocat Marcel Willard couvre le procès de Germaine Berton pour notre journal. Cette militante de 20 ans a abattu Marius Plateau d’un coup de revolver, au siège de l’Action française. Plateau était dirigeant des Camelots du roi, branche militante de l’AF et instrument d’une politique de tumulte fasciste et royaliste. De son geste, Germaine Berton ne regrettera qu’une chose : s’être contentée d’un second couteau alors qu’elle voulait assassiner une figure. À la face de Charles Maurras, elle crachera en pleine audience : « J’aurais voulu vous tuer à la place de Marius Plateau ! »

La jeune femme est un étendard, un symbole à protéger

En 1923, la démocratie française est instable, hantée par la crainte d’un coup de force et sa justice est sous influence. Nous sommes quatre ans après l’acquittement de Raoul Villain, l’assassin de Jaurès. Les factions révolutionnaires et contre-révolutionnaires s’affrontent régulièrement dans les rues de Paris. La militariste Action française, avec « ses dénonciateurs, ses calomnies et ses agitateurs multicolores », bénéficie d’une inquiétante aura. En tirant sur Plateau, Germaine Berton dit avoir voulu protester contre l’occupation de la Ruhr, l’assassinat de Jean Jaurès et celui du journaliste anarchiste Miguel Almereyda, père du cinéaste Jean Vigo. Marcel Willard le dit sans détour : la jeune femme est un étendard, un symbole à protéger. Pour la soutenir, sont présents Marcel Cachin, Paul Vaillant-Couturier ou encore Léon Blum, qui condamne « les vendettas personnelles mais aussi judiciaires », pour mieux tacler l’Action française.

Après deux journées d’audience, la jeune femme est éclipsée par les débats. On l’oublie presque, son procès devient celui de l’Action française. Marcel Willard lui réserve ses plus belles piques militantes, chargées d’une verve acide sans doute acquise lorsqu’il portait lui-même la robe noire du barreau. Il note : « Maurras prend l’audace de se présenter comme un ami du prolétariat. Il fait devant les jurés ahuris de la surenchère démagogique et se perd dans un cours de sociologie contre-révolutionnaire », avant de pourfendre « ces émules du fascisme ultra-bourgeois ». À la barre, sont rappelées les innombrables ratonnades, agressions et attaques de locaux politiques dont sont coupables les militants de l’AF.

L’Action française cultive un incessant terreau de violence

Le journaliste de l’Humanité cite jusqu’aux adversaires catholiques et radicaux socialistes du PCF, « parmi les victimes venues flétrir la réputation de l’Action française : les Gohier, les Judet, les Sangnier, pour ne parler que de nos adversaires ». Car les royalistes frappaient tous azimuts, avec l’aide des Camelots du roi. Composés d’anciens militaires, les Camelots sont « une armée de métier », « un véritable organisme de mouchardage, de délation et d’agressions ». Coup de grâce : lorsque les Camelots produisent un policier comme témoin, il s’avère que c’est l’un de « leurs nombreux mouchards dans les forces de l’ordre ». « Si le ridicule tue, si l’odieux tue, l’Action française se sera suicidée au cours des débats ! » tonne Marcel Willard. L’objectif de l’Humaité est là : montrer que l’Action française cultive un incessant terreau de violence et prouver par la même occasion que le meurtre de Plateau est un légitime retour de bâton. La défense de Germaine Berton par le journaliste ne souffre aucune nuance, car ce serait reculer face au péril fasciste.

« Vous devez acquitter Germaine Berton pour tout ce qu’elle représente »

Au-dessus de ces débats plane l’ombre tant aimée de Jean Jaurès. Le fondateur de l’Humanité manque terriblement aux progressistes, dans ces années d’entre-deux-guerres. Il est partout évoqué, cité, loué, dans les papiers de Willard qui rappelle « l’acquittement odieux » de son assassin. Jugé pour homicide volontaire avec préméditation, « le patriote Villain » a été acquitté en 1919, au terme d’un délibéré qui n’a duré qu’une demi-heure. Au lendemain de cette guerre dont la France est sortie victorieuse, le tribunal a estimé que l’assassin de Jaurès n’avait pas commis de faute. « Vous devez acquitter Germaine Berton pour tout ce qu’elle représente, comme vous avez acquitté Villain. Un terrible compte est ouvert depuis la mort de Jaurès : vous devez acquitter sinon ce serait dire que, des deux corps couchés, c’est celui de Plateau le plus grand ! Vous devez acquitter dans un esprit d’apaisement, demain vous aurez le droit de sévir », plaide l’avocat de la militante anarchiste, le communiste Henry Torrès, futur mentor de Robert Badinter. Acquittée, elle ne devra verser qu’un franc à la partie civile. La camarade Berton sauvée, c’est la mémoire de Jaurès qui est vengée.

Dans l’Humanité du 25 décembre 1923 par Marcel Willard

« Germaine Berton n’est pas mue par un mobile égoïste. Elle ne frappe pas parce qu’elle aurait été blessée, soit dans sa sensibilité, soit dans son amour-propre. Non, son mobile est plus élevé : elle frappe pour une idée, pour venger la classe ouvrière, les assassinats de Jaurès et même d’Almereyda. Quant à la brochure ‘‘De l’acte individuel à l’acte collectif’’, elle est sans aucun lien. Car cet attentat n’a pas la moindre analogie avec cette brochure où il s’agit de frapper n’importe qui pour répandre la terreur. Germaine Berton a été l’interprète du sentiment des masses populaires qui sont exaspérées de subir les provocations impunies de l’Action française. Dans son livre Sylla et son destin, Léon Daudet fait une apologie de la délation et c’est la menace constante du fascisme. Devant tout cela la conscience populaire crie : Assez ! Pas de fascisme en France. »

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10 juillet 2016 7 10 /07 /juillet /2016 05:24
Alger, 1956. Ahmed ben Bella, Mohamed Bodiaf, Hocine Ait Ahmed, Mostefa lacheraf et Mohamed Khider (de gauche à droite). Ces dirigeants du FLN arrêtés par l’armée française seront défendus par des avocats progressistes, dont Pierre Braun. Photo : Rue des Archives/Tallandier

Alger, 1956. Ahmed ben Bella, Mohamed Bodiaf, Hocine Ait Ahmed, Mostefa lacheraf et Mohamed Khider (de gauche à droite). Ces dirigeants du FLN arrêtés par l’armée française seront défendus par des avocats progressistes, dont Pierre Braun. Photo : Rue des Archives/Tallandier

Avocats de la lutte anticolonialiste

ÉDITEUR ET MILITANT ANTICOLONIALISTE NILS ANDERSSON

JEUDI, 7 JUILLET, 2016

L'HUMANITÉ

Itinéraire d’un avocat de conviction (1945-1998), de Pierre Braun, préface de Roland Rappaport. M. Stoufflet-Braun, 25, rue de Coulmiers, Paris 14e. Pierre Braun, ami d’Henri Alleg, a écrit ses souvenirs. Il raconte comment, dès les années 1950, le collectif d’avocats dont il fait partie intervient en Algérie et dénonce les sévices subis.

Avec la modestie qui le caractérise, Pierre Braun a écrit des souvenirs qui témoignent de son rôle d’avocat anticolonialiste. Adolescent, il connaît la clandestinité pour éviter le Vel’d’Hiv et Auschwitz. Étudiant en droit à Grenoble, il facilite le départ au maquis de réfractaires STO ; recherché, il se réfugie à Valence ; lui et ses camarades seront médaillés de la Résistance à la Libération.

Devenu avocat, avec Henri Douzon et Yves Dechézelles, il appartient au premier collectif d’avocats anticolonialistes qui se constitue, à l’initiative de Pierre Stibbe, pour défendre les députés malgaches accusés d’êtres les instigateurs du soulèvement implacablement réprimé en 1947.

Code de l’indigénat et travail forcé sont la réalité coloniale, que dénonce le Rassemblement démocratique africain. Pierre Braun défend ses militants au Cameroun, en Côte d’Ivoire, au Sénégal, au Niger et en Haute-Volta. Il est l’avocat et l’ami de Ruben Um Nyobé, qui fut le premier dirigeant de l’Afrique francophone à appeler à l’indépendance.

Dès les années 1950, le collectif d’avocats intervient en Algérie. Il dénonce les sévices subis par les militants algériens. Triste constat : « Nos récits ne rencontrent qu’un écho poli. » La répression va s’intensifiant, Pierre Braun plaide à Oran, Bône, Blida. Défenseur de Ben Bella, celui-ci intervient sur le droit à l’indépendance des Algériens et demande à ses coaccusés s’ils approuvent sa déclaration. « Ceux-ci, menottés les uns aux autres, levèrent les doigts en signe d’approbation, ce fut une véritable chaîne humaine qui se déploya », écrit Pierre Braun.

Après le déclenchement de la lutte de libération, arrestations et condamnations se multiplient. Le collectif est rejoint par Nicole Dreyfus, Michel Bruguier, Léo Matarasso, Roland Rappaport, Marcel Manville, Charles Lederman, Gisèle Halimi, Michèle Beauvillard. La « justice coloniale » ne lâche pas ses proies : les condamnés à mort sont l’angoisse des avocats ; les recours pas entendus ; sur le chemin de la mort, le supplicié est accompagné « d’une immense clameur qui (était) non seulement une protestation contre (son) châtiment, mais aussi la solidarité et l’admiration qui entouraient celui qui allait mourir ».

En 1957, alors qu’il est à Alger avec son confrère Jules Borker, une dame les contacte, c’est Josette Audin : elle les informe de la disparition de son mari, Maurice Audin. Les autorités militaires leur font part de la thèse de son évasion. C’est le début de l’affaire Audin, que l’historien Pierre Vidal-Naquet et l’éditeur Jérôme Lindon rendront publique. Si la vérité est connue depuis 1957, elle reste niée. Henri Alleg est arrêté avec Pierre Braun, ils se lient d’amitié.

Il est aussi relaté ce qui opposa, dans la conception de défense des militants algériens, le collectif du Secours populaire à Jacques Vergès. Aucune menace ne le fait reculer. Jusqu’à l’indépendance, Pierre Braun n’a cessé de défendre les militants algériens. Celle-ci acquise, malgré les obstacles qui lui sont opposés par les laquais du néocolonialisme, il retourne au Cameroun, défendre des militants de l’UPC.

Il faut connaître ce témoignage d’un avocat de conviction et d’un homme de qualité, dont le rôle et l’engagement, scrupules et modestie, sont trop ignorés.

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7 juillet 2016 4 07 /07 /juillet /2016 09:05
Léon Blum et Maurice Thorez en 1936, au début du Front Populaire

Léon Blum et Maurice Thorez en 1936, au début du Front Populaire

Ce texte est édité pendant la drôle de guerre par le Parti Communiste sous forme de brochure clandestine. La vigueur et l'âpreté polémique de Maurice Thorez s'expliquent par les circonstances de l'heure. Léon Blum, instigateur de la politique de non-intervention dans la guerre d'Espagne qui provoqua la première brèche dans le Front populaire, partisan des accords de Munich en 1938, avait, dès les premiers jours de la guerre, à la suite du pacte germano-soviétique, demandé l'interdiction du Parti communiste et de sa presse, l'arrestation, la condamnation de ses députés et militants.

Portrait (Blum tel qu'il est)

" C'était un de ces fils de bourgeois enrichis, qui font de la littérature aristocratique et jouent les patriciens de la Troisième République. Il se nommait Lucien Levy-Cœur. Il avait... la parole câline, des manières élégantes, des mains fines et molles qui fondaient dans la main. Il affectait toujours une très grande politesse, une courtoisie raffinée... Il s'attaquait à tout ce qu'il y a de viril, de pur, de sain, de populaire, à toute foi dans les idées, dans les sentiments, dans l'homme. Au fond de toute cette pensée, il n'y avait qu'un plaisir mécanique d'analyse, d'analyse à outrance, une sorte de besoin animal de ronger la pensée, un instinct de ver... Lucien Lévy-Cœur était socialiste. Il n'était pas le seul à ronger le socialisme. Les feuilles socialistes étaient pleines de ces petits bonhommes de lettres, art pour art, qui s'étaient emparés de toutes les avenues qui pouvaient conduire au succès. Ils barraient la route aux autres et remplissaient les journaux qui se disaient les organes du peuple, de leur dilettantisme décadent..."

Dans La Foire sur la Place, le cinquième livre de Jean Christophe, Romain Rolland a brossé de main de maître ce portrait du pharisien socialiste qu'on vient de lire. L'auteur écrivant en 1908, peignait d'après nature. Il connaissait bien son modèle... le citoyen Léon Blum, autrefois son condisciple à l'Ecole Normale Supérieure.

Le leader socialiste appartient en effet, à une famille de la grande bourgeoisie d'affaires. Les comptoirs de la Maison Blum sont toujours installés au cœur de Paris, dans le quartier commerçant du Sentier, à deux pas de la Bourse, le temple moderne du Veau d'Or. Comme il est de règle dans les grandes familles de la bourgeoisie dominante, des fonctions différentes, mais complémentaires, furent réservées aux frères Blum. L'un d'eux, placé à la tête de l'entreprise paternelle, fut chargé de faire fructifier le capital de la famille en exploitant les prolétaires. L'autre, celui qui nous intéresse particulièrement, fut commis à la défense des intérêts de la Maison Blum et de toutes les maisons capitalistes, à la sauvegarde des intérêts des exploiteurs. Il fit carrière dans la haute administration et dans la "politique". La politique pour les Levy-Cœur, c'est l'art faisandé de truquer et de brouiller les cartes, pour tromper la classe ouvrière, pour l'abuser à force de mensonges et d'hypocrisie, pour la démoraliser et la détourner de la lutte libératrice, bref pour maintenir la domination de la bourgeoisie.

Léon Blum se vit donc avocat. Il entra au Conseil d'Etat. On sait que ce super-parlement, dont les membres sont recrutés avec soin, veille au contenu et à la forme des lois et décrets. Il assure la continuité du pouvoir exécutif - et la réalité de la dictature du Capital - en déléguant ses "légistes" dans les bureaux des ministères et à la direction des grandes administrations de l'Etat bourgeois. C'est ainsi que Blum devint chef du cabinet de Marcel Sembat, ministre socialiste pendant la première guerre impérialiste.

Car Léon Blum était socialiste. Mais, confessa t-il au Congrès de Tours, "je ne suis entré qu'à deux reprises dans la vie publique du parti". Il est très vrai que Léon Blum n'avait effectué, en 1904-1905, qu'un stage limité dans le parti socialiste, juste le temps d'appuyer l'aile révisionniste et opportuniste que condamna le Congrès international d'Amsterdam. Il est vrai qu'il ne reprit du service actif - pour le compte de la bourgeoisie - qu'en 1917, en qualité de partisan de la guerre impérialiste avec le sang des prolétaires, en qualité de désorganisateur du monde ouvrier.

Avant de se glisser à la direction du parti socialiste, Léon Blum s'était consacré à des travaux littéraires. On chercherait vainement dans sa prose équivoque la moindre trace d'une pensée forte. Le délicat esthète écrivit alors un Essai sur le mariage, qui obtint un certain succès dans la société des salonnards et autres profiteurs du régime aux mœurs dissolues, mais qui reste ignoré des prolétaires révolutionnaires. Léon Blum fut l'un des principaux collaborateurs de la Revue Blanche, périodique d'un éclectisme douteux. Il y soutint le millerandisme, rompant les lances contre le marxisme. Plus d'une fois, il s'attaqua, dans la forme cauteleuse et enveloppée qui lui est propre, à Jules Guesde, en ce temps-là le leader ouvrier le plus proche de Marx en France. Léon Blum se consacra par la suite à la critique théâtrale dans les colonnes du Matin, le plus vénal des journaux parisiens, le principal bénéficiaire des chèques Raffalovich, dont la caisse était alimentée par l'or du tsar. Le Matin déversait quotidiennement des tombereaux d'ordures sur Jaurès et les socialistes, tout comme il bave aujourd'hui sur les communistes et l'Union soviétique.

Survient la première guerre impérialiste. Le Parti socialiste sombre dans l'Union sacrée. Cependant, en 1917, après trois années de deuils, de souffrances, voici que des masses plongées dans l'horreur s'élèvent en France les premières rumeurs de mécontentement. A l'Est, la vague révolutionnaire a déjà chassé le tsar. Elle s'élève et s'élèvera jusqu'à se transformer en octobre en une marée humaine formidable guidée par les bolcheviks, guidée par Lénine et Staline, qui submergera tout, et fera place nette sur un sixième de la terre pour un monde nouveau, pour le monde du socialisme. Les répercussions de la révolution russe ne se font pas attendre. Dans la classe ouvrière, dans les syndicats, dans le parti socialiste, l'opposition à la guerre grandit. Et Léon Blum fait sa "rentrée" dans le parti socialiste. Or, par ses origines, par son activité, par son genre de vie, Léon Blum est absolument étranger à la classe ouvrière. Tout en lui trahit l'aristocratie: son maintien, son souci d'élégance, son langage, son style maniéré. Il est simplement l'agent conscient de la bourgeoisie dans les rangs du mouvement ouvrier.

En décembre 1920, le Congrès de Tours décide à une énorme majorité l'adhésion du parti socialiste à l'Internationale communiste fondée par Lénine. Léon Blum prend la parole au nom de la minorité chauvine et impérialiste. Le discours qu'il prononce porte bien la marque de son habituelle mauvaise foi, de sa casuistique fielleuse. Se prétendant révolutionnaire, et même partisan de la dictature du prolétariat, Léon Blum s'efforce de démontrer que les communistes tournent le dos au marxisme - pas moins- qu'ils sombrent dans l'anarchisme, le blanquisme, et même le carbonarisme. Léon Blum sait très bien aligner les mots en "isme"; il aime jongler avec les idées. Il sait aussi prêter à ses adversaires des conceptions extravagantes qu'il se donne la gloire facile de pourfendre. Dans cette période de poussée révolutionnaire consécutive à la première guerre impérialiste, Blum avait pour mission de démoraliser les masses, de les effrayer, de les détourner de la lutte pour le pouvoir. Calomniant les travailleurs, insultant leur enthousiasme révolutionnaire, Blum parle, non sans mépris, du danger qu'il y aurait à "s'appuyer sur l'espèce de passion instinctive, de violence moutonnière des masses profondes et inorganiques". La thèse communiste fixe comme première tâche le rassemblement, l'organisation et la direction des masses laborieuses en vue de les conduire à la lutte consciente et efficace contre le pouvoir de la bourgeoisie. Léon Blum caricature, dénature cette pensée juste. Il veut jeter le discrédit sur toute forme d'action révolutionnaire. Il ose provoquer le Congrès en déclarant que les travailleurs eux-mêmes "ne pourraient même pas prendre une caserne de pompiers".

Blum se livre à un autre numéro de prestidigitation. Il s'avoue prêt à l'action illégale - ah mais! - puis il ajoute qu'il a horreur de l'action clandestine. (...).

Après Tours, voici Léon Blum à la tête du parti socialiste, puis plus tard, directeur de son quotidien. Léon Blum méprise les adhérents de base du parti socialiste; il n'a jamais aucun contact avec les milieux ouvriers. Il va surtout s'employer à prévenir, à réduire les oppositions. Il est l'homme de la "synthèse", de la "conciliation", c'est à dire des motions "nègre-blanc" qui escamotent les divergences, qui "noient le poisson". Entre temps, le conseiller d'Etat en retraite ne néglige pas son cabinet d'avocat. Les magnats de la finance se disputent ses précieux avis. Il plaide leurs causes méprisables devant les tribunaux. On voit même un jour Blum défendre l'industriel Lederlin contre un autre avocat politicien, alors socialiste, Paul Boncour, qui représentait, lui aussi, une firme capitaliste, les blanchisseries de Thaon. On apprend une autre fois à la Chambre que Léon Blum ne dédaigne pas d'effectuer des démarches personnelles auprès des ministres réactionnaires, en faveur de riches capitalistes qu'il veut faire exonérer d'une partie de leurs impôts, de plusieurs millions est-il précisé.

Il est vrai que Léon Blum est au mieux avec les personnages consulaires de la République bourgeoise. Le dirigeant socialiste, toujours si digne en public et devant les adhérents de son parti, est "à tu et à toi" avec les Tardieu et les Herriot. Il y a bien parfois un peu de tirage dans le parti socialiste, par exemple lorsque Blum favorise trop ouvertement contre le candidat de son parti le réactionnaire Forgeot. Alors on ne tarde pas à apprendre que c'est le prix du service rendu au directeur du Populaire par ce Monsieur Forgeot, qui a casé le fils Blum chez Hispano-Suiza.

Quand on connaît les intérêts considérables de cette firme industrielle en Espagne, la "non-intervention" qui a fait la triste célébrité de Léon Blum, n'est plus tout à fait un mystère.

En 1924 ont lieu les premières élections législatives vraiment "libres" depuis la guerre. Le Parti Communiste a lutté courageusement contre le traité de Versailles, contre l'occupation de la Ruhr. Il a combattu le chauvinisme et appelé les soldats français à la fraternisation avec le peuple allemand. Il propose au parti socialiste d'unifier l'action de la classe ouvrière et de réaliser, en vue des élections et pour après, le Bloc ouvrier et paysan. Mais Blum fait repousser les propositions communistes. Il conduit le parti socialiste à un accord avec le parti radical, au Cartel des gauches. Au lieu d'unir la classe ouvrière, il la divise davantage, il met une fraction de cette classe ouvrière au service de la bourgeoisie. Le résultat, deux ans après le succès électoral du Cartel des gauches, c'est la pire réaction de nouveau au pouvoir.

En 1925-1926, Blum est l'un des responsables directs de la guerre au Maroc et en Syrie. Il réclame la flétrissure contre les députés communistes qui condamnent la guerre. Il demande des poursuites contre le Comité central d'action contre la guerre. Son rôle ignoble de fauteur de guerre est démasqué par la publication de la fameuse lettre Vatin-Pérignon. Ce haut-fonctionnaire français au Maroc expose le plan général d'opérations politiques et militaires conçu par les cercles impérialistes et indique à la fin: "Blum fera le reste". C'est à dire que le bourgeois chargé de "travailler" le parti socialiste exécutera sa besogne exécrable dans le mouvement ouvrier.

En 1926, le parti socialiste, inspiré par Blum, décide de "laisser faire l'expérience Poincaré". Les finances de l'Etat bourgeois se trouvent dans un désordre inextricable. Le déficit budgétaire augmente. Le trésorerie se vide. Le franc dégringole. Le coût de la vie monte en flèche. La classe ouvrière est mécontente. Les manifestations se multiplient. Les grèves éclatent. La réaction réinstalle au pouvoir Poincaré, l'homme de la Ruhr et du double-décime... Et Léon Blum se démène pour éviter les difficultés à son "ami Poincaré", lequel lui a rendu un hommage chaleureux et solennel dans son discours de Bordeaux (1927). Avec l'aide de son autre compère et complice Tardieu, Léon Blum fait élire un socialiste, Fernand Bouisson, à la présidence de la Chambre. Cependant les travailleurs de Paris ne tardent pas à exprimer leurs sentiments envers le traître Blum. En 1928, les ouvriers du XXe arrondissement, de ces quartiers qui virent combattre et mourir les derniers communards, chassent Blum de la Chambre des Députés: ils élisent à sa place un militant communiste poursuivi et alors recherché par la police, Jacques Duclos. Blum, d'ordinaire si prudent, perd quelque peu la tête, il exhale rageusement son dépit. Il insulte les travailleurs parisiens, dont le cœur reste et restera acquis au parti de la classe ouvrière. Blum écrit "qu'il faut détruire les cadres communistes".

(...) Pendant de longues années, Léon Blum a combattu avec un acharnement digne d'une meilleure cause, les multiples propositions communistes d'unité d'action... Enfin en 1934, Blum doit faire l'aveu, en première page de son journal, que par leur action persévérante, les communistes ont rendu le front unique "inévitable". A ce moment, la direction du parti socialiste se trouve tout simplement débordée par la volonté unitaire des travailleurs. La majorité des ouvriers socialistes, de nombreuses sections locales, plusieurs organisations départementales sont déjà entraînés par les communistes dans l'action commune. Blum agit alors selon la fameuse boutade: "Je suis leur chef, donc je les suis"...

En mai 1936, le Front populaire remporte un immense succès aux élections législatives. En sa qualité de leader du parti socialiste - le parti qui avait obtenu le plus grand nombre de sièges à la Chambre, Léon Blum devient président du Conseil. Il alors au Congrès extraordinaire du parti socialiste en 1936; "Je ne serai pas Kérinski: si je m'en allais, ce ne serait pas Lénine qui recueillerait l'héritage.". En un tel moment, et compte tenu de la différence entre la situation de la Russie en 1917, en pleine révolution, et celle de la France en 1936, où la caractéristique essentielle était le recul de la réaction sous la pression des masses, la phrase de Léon Blum a la signification suivante: "Mes chers amis capitalistes, soyez tranquilles. Je ferai tout pour briser l'élan des masses. Je ferai tout pour que le Front populaire n'ouvre pas à la classe ouvrière et au peuple la perspective d'une amélioration substantielle et durable de leur sort, pour que votre profit ne soit pas réduit, pour que votre domination, "notre" domination ne soit pas mise en péril..."

Et de fait, Blum et son gouvernement ne tardent pas à tourner le dos au programme du Front populaire. Dès le début d'août 1936, un coup terrible est porté au Front populaire. Léon Blum prend l'initiative désastreuse de la prétendue "non-intervention", cette "erreur tragique que le peuple espagnol paye de de son sang", écrivit un jour le parti socialiste espagnol au parti socialiste français... Le chargé d'affaires des capitalistes de France et d'Angleterre prive sans hésiter le peuple espagnol des moyens qui lui permettrait de face victorieusement à la rébellion des généraux parjures et à l'invasion étrangère. Il sacrifie aux buts de réaction et de guerre des capitalistes de tous les pays la cause du Front Populaire, l'avenir de la classe ouvrière et même la sécurité de la frontière française des Pyrénées...

Et ce Tartuffe immonde essaye de justifier par des phrases sur la paix la condamnation à mort qu'il porte contre les centaines de milliers d'hommes, de femmes, et d'enfants espagnols. Il devient hideux d'hypocrisie, jusqu'à donner la nausée à ceux qui doivent parfois l'approcher, non sans répulsion. Ce comédien consommé essuie une larme, il sanglote, il va défaillir.

Un jour, Blum reçoit dans son luxueux cabinet de l'Hôtel Matignon les représentants du Front populaire d'Espagne. Ils sont venus demander la levée du blocus infâme. En leur nom parle Dolorès Ibarruri, la Pasionaria.

Dolorès Ibarruri

Dolorès Ibarruri

Sa voix ardente expose les souffrances du peuple espagnol: elle dit la volonté de résistance qui anime les héros sans armes; elle dit leur courage surhumain; elle dit que ceux qui luttent, que ceux qui meurent, ont la conviction de lutter et de mourir pour la cause de tous les partisans du progrès et de la paix dans le monde, pour l'avenir des travailleurs de tous les pays. Elle dit avec émotion la gratitude des républicains espagnols envers le peuple de France qui a envoyé ses meilleurs fils dans les tranchées devant Madrid inviolé, et qui s'efforce d'aide matériellement l'Espagne libre. Elle dit aussi, sans farder les mots, que malheureusement on ne retrouve pas chez les ministres, et en particulier chez le président du Conseil, les sentiments de solidarité active qui sont ceux du peuple de France, avant tout du magnifique prolétariat de Paris. Sur ces mots, la Pasionaria se tait.

Alors Blum, qui a baissé le front sous les reproches amers, se lève comme avec peine et se dirige vers Dolorès. Il paraît accablé. De sa poitrine oppressée s'exhale un long soupir. Puis s'arrêtant, il lève les bras au ciel et s'écrie: "En vérité, je suis torturé! Je vous comprends. Je suis d'accord avec vous! Mais... Je ne puis agir autrement!".

Le cœur froid et sec du répugnant personnage ne peut l'empêcher de veiller avec une rare férocité au maintien rigoureux du blocus...

En février 1937, Léon Blum, à l'étonnement des travailleurs, décrète la "pause". Il estime qu'il est temps de "souffler", de "digérer" les réformes du Front populaire. Or, les seules acquiositions notables ont celles que la classe ouvrière a imposées par son action directe en mai 1936: la semaine de 40 heures, les congés payés, les conventions collectives.

Lorsque les délégués de la CGT se trouvaient en juin 1936 dans son bureau de l'hôtel Matignon, Blum leur disait; "C'est entendu, je présente tous ces projets en octobre!" Benoît Frachon lui répondit: " c'est tout de suite, avant 48 heures, que tout doit être voté", ce qui fut fait sous la pression des masses.

Blum opère en septembre 1936 une première dévaluation du franc, ce qui provoque la hausse du coût de la vie et annule partiellement le bénéfice des augmentations de salaires. En février 1937, les vieux attendent la retraite. Les chômeurs attendent du travail. Les postiers, sous l'administration des Lebas, attendent les 40 heures. Les jeunes attendent l'organisation de l'apprentissage. Les paysans attendent la caisse des calamités agricoles, l'exécution des grands travaux de voirie, d'irrigation et d'électrification. Mais Blum décide de tourner ouvertement le dos au programme du Front populaire...

En juin 1937, sans que la Chambre ait jamais voté contre le gouvernement, Blum abandonne la direction des affaires. Il prend prétexte des difficultés d'ordre parlementaire qu'il rencontre au Sénat. Les communistes proposent à Blum et au parti socialiste de ne pas céder à la pression réactionnaire, d'organiser la résistance des masses, de mener une vigoureuse action commune au Parlement et hors du Parlement, comme on l'avait fait en février 1934, en juillet et en août 1935, en mai 1936.

Mais Blum réussit à empêcher toute action commune. Il déclara ouvertement par la suite qu'une telle lutte "se serait propagée dans le pays; elle se serait traduite par de graves mouvements poulaires gagnant sans cesse en amplitude et en énergie" (Le Populaire, 5 juillet 1937). Et cela, Blum et la bourgeoisie ne le voulaient à aucun prix. La crainte du mouvement des masses, voilà bien ce qui domine chez Blum. Naturellement, les petits bourgeois effrayés - et aussi le grand bourgeois qui pose au socialiste - prêtent à la classe ouvrière leurs propres sentiments de couardise et de lâcheté. Léon Blum expliqua donc à Bordeaux qu'on ne pouvait songer à lutter "parce que dans les masses populaires un besoin de repos, de répit, de tranquillité, se joint aujourd'hui à l'ardeur passionnée des convictions" (sic). Comme cette phrase bien balancée transporte d'aise le petit bourgeois socialisant: "Ardeur des convictions et besoin de tranquillité." Soyons ardents, mais ne bougeons pas! Parlons, bavardons, pérorons, mais surtout ne laissons pas agir la classe ouvrière! Telle est la ligne de conduite des Blum.

En septembre 1938, Léon Blum se fait l'avocat de la capitulation de Munich. Il a livré l'Espagne à Franco, il ne peut manquer d'applaudir à une trahison qui livre la Tchécoslovaquie à Hitler. Tout le monde, aujourd'hui, a pu se convaincre que Munich n'était pas la paix, que c'était au contraire un complot tramé par la réaction internationale contre la paix, contre les peuples, contre l'Union soviétique. Munich a posé, d'une façon aiguë, le problème du partage du monde entre les Etats capitalistes rivaux... Mais Léon Blum, en octobre 1938, chante la douceur de vivre. Avec ses façons insupportables et indécentes d'analyse publique de soi-même, le jouisseur égoïste fait l'aveu "des sentiments de lâche soulagement et de honte" qu'il éprouve. Plus tard, il confessa naturellement son erreur munichoise. Pour l'instant, il ne songe qu'à apporter tout son appui à Daladier, cet autre politicien sans scrupule. Le 4 octobre, le groupe socialiste, sur les instances de Léon Blum, ratifie la trahison de Munich. Le même jour, il décide de ne pas s'opposer à la demande de pleins pouvoirs formulée par Daladier. La suite, ce sont les décrets-lois qui sabrent à travers la législation sociale imposée le Front populaire: c'est la grève du 30 novembre 1938, trahie par Blum et Jouhaux et brutalement reprimée par leur complice Daladier. La suite, c'est le coup de grâce porté à la République espagnole; c'est l'apparition odieuse des camps de concentration où sont parqués comme des malfaiteurs les héros de l'armée populaire espagnole et les glorieux combattants des Brigades internationales. La suite, c'est l'attaque sur tous les fronts contre la classe ouvrière, contre les travailleurs, et c'est la guerre impérialiste.

A suivre

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24 juin 2016 5 24 /06 /juin /2016 15:31
Jaurès dans son grand meeting pour la paix au pré Saint Gervais en 1913

Jaurès dans son grand meeting pour la paix au pré Saint Gervais en 1913

Clemenceau, Jaurès, la CGT et… Valls !

Jean-Paul Scot Historien et auteur de Jaurès et le réformisme révolutionnaire (Seuil)

Manuel Valls avouait en 2008 dans Pour en finir avec le vieux socialisme… et être enfin de gauche : « J’ai mis du temps à admettre que j’aurais plus facilement applaudi le Tigre que le fondateur de l’Humanité. Maintenant, j’assume. » À Jaurès, il préfère toujours Clemenceau qui avait refusé de « se laisser abuser par l’idéologie binaire de la lutte des classes ». D’abord un rappel.

1er mai 1906 : la CGT lance la grève générale pour les 3x8 ; les travailleurs sont appelés à arrêter le travail au bout de huit heures. Depuis la catastrophe de Courrières où 1 100 mineurs ont péri en mars, le climat social est très lourd. Clemenceau, le ministre de l’Intérieur, a décrété l’état de siège, fait arrêter des militants CGT et envoyé l’armée pour briser la grève générale reconduite par référendum des mineurs du Nord-Pas-de-Calais. Depuis avril, la grande presse agite le spectre du Grand Soir, des bourgeois fuient Paris, des capitaux passent à l’étranger. Clemenceau prétexte un complot syndical et fait arrêter la direction de la CGT. Pourtant, 200 000 grévistes manifestent à Paris et plus encore en province : les chasseurs à cheval chargent place de la République, des centaines de travailleurs sont blessés et arrêtés. Mais des grèves se poursuivent dans de grandes usines.

Lors d’une fameuse joute oratoire à la Chambre des députés du 12 au 19 juin, Clemenceau, devenu président du Conseil, se flatte d’avoir sauvé l’« ordre républicain » et la « liberté du travail ». Il dénonce les syndicalistes « qui agissent contre la classe ouvrière », reproche aux socialistes de ne pas soutenir son programme de « réformation sociale ». Ce à quoi Jaurès réplique qu’« il s’agit de savoir quel sens précis nous mettons sous ces mots » de réformes. Le tribun socialiste met en cause « la responsabilité profonde et meurtrière des grands patrons, des grands capitalistes ». Il démonte la rhétorique officielle sur la violence ouvrière « visible », accuse la « violence cachée » du patronat et démasque le « maintien de l’ordre public » en faveur des « classes dirigeantes ».

Désormais, pour Jaurès, le programme républicain des radicaux est « achevé » car « c’est la question économique, c’est la question sociale, c’est la question de la propriété qui apparaît au premier plan ». Certes, Jaurès critique fermement les tactiques de l’« action directe » et de la « grève générale » d’une CGT dirigée alors par des anarcho-syndicalistes, mais, affirme-t-il, une « nouvelle époque » s’ouvre, celle de « l’unité d’action du socialisme et du mouvement ouvrier » dans le respect de leur autonomie. Quant à Clemenceau, il continuera à briser, par la répression et la manipulation policière, les grèves des ouvriers du bâtiment et les manifestations des vignerons du Midi en 1907. Fier d’être « briseur des grèves », il interdira encore de manifester le 1er mai 1910 à Paris, bien que la CGT se soit engagée à assurer « l’ordre légal » par un rassemblement pacifique au Champ-de-Mars.

Un peu de réflexion maintenant. L’histoire ne se répète certes pas, mais elle nous laisse des héritages et des… dettes. C’est à ­Clemenceau que nous devons ce culte obsessionnel de l’« ordre public »… ainsi que le sinistre traité de Versailles, ferment de tous les nationalismes et fauteur de la Deuxième Guerre mondiale. Jaurès, lui, nous a légué son amour de la paix et de l’internationalisme, ainsi qu’une conception révolutionnaire de la démocratie sociale bien oubliée aujourd’hui. Le Parti socialiste devait « compléter la démocratie politique par la démocratie sociale ». La « souveraineté du peuple » exprimée par la proportionnelle intégrale devait être complétée par la « souveraineté du travail ». Les élus des travailleurs devaient assumer « une part de responsabilité, de contrôle, de direction » en participant aux conseils d’administration de toutes les entreprises, privées, coopératives et publiques, avec autant de pouvoir que les actionnaires. L’orientation de l’économie nationale devait être confiée à un Conseil démocratique du travail élu par tous les travailleurs et remplaçant le Sénat « bourgeois et réactionnaire ». Mais les socialistes ont occulté dès 1920 la stratégie jaurésienne de l’« évolution révolutionnaire ». Et les communistes ont longtemps oublié la conception de Jaurès d’un socialisme démocratique sans dictature du prolétariat.

Nous avons oublié également son analyse des contradictions inhérentes au réformisme qui « affirme et nie tout à la fois le régime capitaliste ». Sans trop simplifier l’histoire, nous pouvons dire que nous avons hérité de la CGT et du PCF les conquêtes sociales du Front populaire et de la Libération, les luttes contre les guerres coloniales, la défense du modèle social français et la résistance face au capitalisme mondialisé. Et nous devons aux dirigeants socialistes, à Léon Blum la non-intervention en Espagne et la guerre ­d’Indochine, à Guy Mollet, l’enlisement dans celle d’Algérie, à ­François Mitterrand la non-application du programme de la gauche unie et le oui à l’Europe de Maastricht, à François Hollande… On ne peut pas servir à la fois deux maîtres, le capital et le travail, quand la démocratie dépend fondamentalement du rapport des forces entre les classes sociales.

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24 juin 2016 5 24 /06 /juin /2016 05:55
Hébron

Hébron

Palestine : l’archéologie au secours de la mémoire

Une équipe française d’archéologie révèle les vestiges oubliés de la Palestine et sensibilise les Palestiniens à leur histoire.

Nicolas Ropert, France Inter, mercredi 22 juin 2016

>>Ecouter l’émission

Nous sommes en Palestine et vous venez d’entendre Bertrand Riba, un archéologue français qui travaille pour l’Institut Français du Proche-Orient. Il dirige une équipe de quatre Français et de neuf Palestiniens qui fouillent dans la région d’Hébron, dans le sud de la Cisjordanie. Les vestiges, vieux de 15 siècles, se trouveraient à l’endroit décrit dans la Bible où Saint Jean-Baptiste a réalisé ses premiers baptêmes. Mais travailler dans les territoires palestiniens occupés par Israël est un combat de tous les jours. Le correspondant de France Inter et RFI en Cisjordanie, Nicolas Ropert leur a rendu visite.

En contre-bas du village palestinien de Taffouh, l’équipe retourne délicatement la terre avec des pioches et des truelles. Sandrine Bert Geith, archéologue franco-suisse, montre un petit morceau trouvé dans le sol.

Le site n’a pas été fouillé depuis la fin des années 1940. Il est plutôt bien conservé mais l’occupation israélienne complique le travail des archéologues, confie Bertrand Riba.

Malgré tout, ces fouilles menées conjointement avec le ministère palestinien du tourisme et des antiquités permettent de sensibiliser les palestiniens à leur histoire. Étudiant en marketing, Basheer Fisal Khamasy, n’avait jamais participé à une telle expédition.

C’est la première fois que je fais ce travail. Ça me plait beaucoup. On fait du beau boulot et ce n’est pas très difficile. La Palestine a beaucoup de vestiges comme ceux-là parce que c’est une région chargée d’histoire. Donc il faut en prendre soin. Les palestiniens l’ont compris ici.

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