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2 novembre 2016 3 02 /11 /novembre /2016 21:09
Tsiganes, cette longue ségrégation (Adrien Rouchaléou, L'Humanité - 31 octobre 2016)
Tsiganes, cette longue ségrégation
ADRIEN ROUCHALEOU
LUNDI, 31 OCTOBRE, 2016
L'HUMANITÉ

La reconnaissance de la responsabilité de la France dans l’internement des Tsiganes durant la Seconde Guerre mondiale n’est qu’un premier pas.

« Le jour est venu et il fallait que cette vérité soit dite. » Ce 29 octobre, à Montreuil-Bellay (Maine-et-Loire), François Hollande visitait le plus grand des camps dans lequel l’État français internait les Tsiganes durant la Seconde Guerre mondiale. « La République reconnaît la souffrance des nomades qui ont été internés et admet que sa responsabilité est grande dans ce drame », a reconnu le président de la République. Il fallait que cette vérité soit dite, en effet, mais est-ce pour autant toute la vérité ? Si elle en est l’apogée criminel, l’histoire des vexations, des discriminations, de la haine de la France pour les communautés nomades vivant sur son territoire ne se limite pas à cette période.

L’historien Emmanuel Filhol, spécialiste de l’histoire des Tsiganes de France, la fait remonter au XVIIe siècle, celui des premières politiques raciales, celui du Code noir de Colbert. C’est de cette époque que datent les premières sédentarisations forcées de nomades manouches, roms, gitans ou bohémiens, sous peine de galères pour les hommes ou de tonsure (déjà) pour les femmes. Par la suite, la IIIe République obligera, par une loi du 6 juin 1912, chaque nomade à partir de 13 ans à posséder un carnet anthropométrique, avec empreintes de chacun des doigts, données anthropométriques et photos de face et de profil, comme celles que les policiers utilisaient pour les bandits. Chaque famille détient un carnet collectif, avec obligation de le faire viser par la gendarmerie chaque fois qu’elle s’installe dans une commune. Quand éclate la Première Guerre mondiale, les « Romanichels » d’Alsace et de Lorraine sont déjà perçus par les autorités françaises comme des traîtres potentiels, des espions de l’ennemi. Sans autre cause que leur appartenance à la communauté tsigane, ils sont alors arrêtés, déportés et « internés » dans près de 70 camps, souvent dans le sud de la France (Alès, Saint-Maximin, Crest, etc.). Des familles y sont séparées, la nourriture est rationnée. Ils vivent sans carreaux aux fenêtres. Un enfer qui ne prendra fin qu’avec le traité de Versailles, en 1919.

Dans des camps insalubres et non chauffés

Tout cela nous rappelle qu’il n’a pas fallu attendre la Seconde Guerre mondiale pour que la France et la République ne maltraitent ses populations tsiganes. Mais avec celle-ci, la répression envers ces populations va prendre une ampleur inédite. Et là aussi, il sera difficile de faire porter le chapeau au seul envahisseur nazi. C’est par un décret signé par le président français Albert Lebrun, le 6 avril 1940, soit près de trois mois avant la capitulation devant l’Allemagne, que les nomades sont interdits de circulation. Et si sous l’Occupation les nazis font ouvrir de nombreux camps pour les enfermer, c’est le gouvernement français de Vichy qui décidera tout seul de l’ouverture des camps de Saliers et de Lannemezan, en zone libre, deux endroits spécialement dédiés aux Tsiganes, en plus de ceux de Rivesaltes, du Barcarès ou d’Argelès-sur-Mer, où étaient aussi enfermés des juifs. En tout, le pays comptera plus d’une trentaine de camps dans lesquels seront internés plus de 6 000 Tsiganes.

Dans ces camps insalubres et non chauffés, les Tsiganes français ne sont pas déportés vers les camps de la mort, comme ceux des autres pays d’Europe. Les hommes sont contraints au travail et les enfants (qui représentent plus du tiers des internés) reçoivent une « éducation », notamment religieuse, dans le but de les faire rompre avec leur culture en leur imposant les préceptes d’une société sédentaire. Certains quand même sont envoyés vers les camps de la mort, comme à Poitiers où, selon les travaux des historiens Daniel Pechanski et Jacques Sigot, la municipalité décide de les déporter à la place de jeunes de la région. Dans les camps de la mort, du moins dans un premier temps, les Tsiganes ne sont pas exterminés, mais on les laisse mourir de faim ou de maladies, quand ils ne servent pas de cobayes aux sinistres expériences du Dr Mengele. À partir de 1944, les nazis finissent tout de même par décider de les gazer.

En 1945, c’est la Libération. Mais pas pour les Tsiganes de France. Il faut attendre le 1er juin 1946 pour que les derniers internés soient autorisés à quitter le camp des Alliers, en Charente. Mais pour aller où ? Ils sont relâchés dans la nature, dépossédés de leurs biens. Les communes ne les acceptent plus. Une circulaire du 24 juillet 1946 invite même les maires à distinguer les « bons » Tsiganes sédentarisés des « mauvais » qui perpétuent leur mode de vie. Jamais depuis, ces populations n’ont été indemnisées. Elles patienteront jusqu’au 2 février 2011 pour qu’une institution, le Parlement européen, ne commémore enfin le « génocide des Roms par les nazis ». Aujourd’hui encore, en France, les nomades sont tenus de posséder un livret de circulation.

Une telle histoire laisse des traces… et des stéréotypes sur ce qu’il est désormais convenu d’appeler les « gens du voyage ». Les déclarations d’un ancien ministre de l’Intérieur socialiste, depuis devenu premier ministre et qui considérait en septembre 2013 que « seule une minorité » de Roms avaient vocation à s’intégrer et que « ces populations ont des modes de vie extrêmement différents des nôtres et sont évidemment en confrontation », résonnent étrangement. La reconnaissance par la République de la responsabilité de la France dans la sombre histoire de la Seconde Guerre mondiale est évidemment tardive, mais bienvenue. Elle ne peut être qu’un début.

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31 octobre 2016 1 31 /10 /octobre /2016 09:09
Fresque de Diego Rivera , Palais national du Mexique, L'épopée du peuple mexicain (1929-1935)

Fresque de Diego Rivera , Palais national du Mexique, L'épopée du peuple mexicain (1929-1935)

Frida Kahlo et Diego Rivera au cours d'une manifestation du 1er mai 1929 (photo de Tina Modotti)

Frida Kahlo et Diego Rivera au cours d'une manifestation du 1er mai 1929 (photo de Tina Modotti)

Une nouvelle ère s'ouvre au Mexique quand la révolution contre la dictature du président Porfirio Diaz, élu pour la septième fois, éclate, avec l'insurrection menée par Madero, Emiliano Zapata, Pancho Villa. Vont suivre dix années de guerre civile terrible qui vont faire un million de morts au bout desquels une stabilité relative va finir par s'installer.

La septième élection que brigue Diaz met le feu aux poudres. Le 20 novembre 1910, « l’apôtre de la révolution », Francisco Ignacio Madero, déclencha une insurrection. Commençait alors dix ans d’une guerre civile qui fait un million de mort.

C’est finalement Alvaro Obregons qui, ayant assassiné Zapata le 10 avril 1919, met fin à ces dix années de lutte. 

"A partir de 1920, avec la création d'un ministère des affaires culturelles au Mexique sous la direction de José Vasconcelos, l'alphabétisation fut non seulement poussée, mais un vaste mouvement de renouveau culturel fut en même temps mis en branle. Son but était l'assimilation sociale et l'intégration culturelle de la population indienne ainsi que le recouvrement d'une culture mexicaine autonome. Alors que les éléments culturels indiens avaient été refoulés depuis la conquête espagnole et que l'art académique influencé par l'Europe avait été encouragé depuis le XIXe siècle jusqu'à la Révolution, la réorientation ne tarda plus. Beaucoup d'artistes, qui avaient trouvé dégradante l'imitation des modèles étrangers jusque-là courante, réclamèrent désormais un art mexicain indépendant détaché de l'académisme. Ils exigèrent que l'on se souvienne de ses origines mexicaines et que l'on revalorise l'art populaire" (Andrea Kettenmann, Frida Kahlo 1907-1954: Souffrance et passion, Taschen).     

L'exposition du Grand Palais consacrée aux artistes mexicains apporte une grande bouffée d'air frais aux musées de peinture parisiens, des couleurs chatoyantes et une beauté brute, violente, renvoyant à la vie, à l'histoire vibrante et au peuple. On y découvre ou y redécouvre des artistes extraordinaires, profondément originaux, qui avaient un engagement social et  révolutionnaire très fort.  

Auparavant, au début du siècle, plusieurs artistes mexicains vont trouver aussi leur inspiration à Paris, ville des avant-gardes au début du XXe siècle, comme le très grand Diego Rivera qui s'installe à Montparnasse en 1911 et restera dix ans, partageant un temps le même immeuble que Mondrian. A Montparnasse, il fréquente Pablo Picasso et Fernand Léger, deux artistes qui deviendront communistes comme lui. André Salmon décrit Rivera alors comme "un géant bafouilleur, modérément chevelu mais échevelé, barbu suffisamment, montrant les dents, costaud jusqu'à faire impression mais mal bâti; quelque chose comme un gorille abonné aux séances de croquis d'une Académie..."

Un "gorille" épicurien beau parleur et jouisseur et un homme à femme. Comme en témoigne la beauté de ses conquêtes, Lupe sa seconde femme, Guadalupe, "au port de reine, un rien hautaine, la démarche d'un félin" qui fait l'admiration de Edmund Winston, le grand photographe américain amant de Tina Modotti vivant avec elle à Mexico de 1923 à 1926, Frida Kahlo, bien sûr, sa seconde femme, et ses conquêtes passagères comme la belle artiste italienne Tina Modotti. Diego Rivera rencontra Frida Kahlo en 1929 grâce au cercle communiste de Tina Modotti et du réfugié cubain Julio Antonio Mella.         

Edmund Winston dans son journal raconte ses soirées avec Diego Riviera et Lupe: 

"19 novembre, le soir. Diego et Lupe Rivera étaient chez nous, roucoulant, cette fois, comme des tourtereaux. Ce sont des "nino" par ci, "nina" par là. Elle arborait un nouveau collier de corail. Elle plaisante: "A Guadalajara, tout le monde prenait Diego pour mon père. Quand je disais que c'était mon mari, on me demandait: comment peut-on épouser un tel éléphant?"  

" 7 décembre. Chez Monna et Rafael pour le chocolat, lequel est servi à six heures l'après-midi, au lieu de cinq heures, pour le thé. Présence d'un sénateur mexicain et de sa guitare, charro (cow-boy) élancé et chic. Il s'est battu deux ans aux côtés de Villa, pendant la Révolution. Chacun, ici, semble avoir participé aux combats. "Villa était sans doute l'homme le plus aimé des Mexicains, nous confie le sénateur. C'était une personnalité exceptionnelle, qui a mené un juste combat pour les opprimés". Et nous qui, aux Etats-Unis, grâce à la presse censurée, prenions Villa pour un gangster! Lupe et le sénateur fredonnent tout au long de la soirée des chansons populaires mexicaines, quelques-unes à la mémoire et à la gloire de Pancho Villa. Diego est présent. Je l'examine avec attention. Son six-coup et sa cartouchière, prêts à servir, contrastent étrangement avec son sourire avenant. On l'a surnommé le Lénine de Mexico. Ici les artistes sont proches du Parti Communiste.. Rivera possède de petites mains délicates, celles d'un artisan. Ses cheveux se dégarnissent autour du front, laissant un vide de près de la moitié de son visage, sorte de dôme majestueux, large, étiré. Chandler, sidéré par Diego, ses formes imposantes, son rire contagieux, son énorme pistolet, me demande: "S'en sert-il lorsqu'on critique ses oeuvres?"   

Rentré au Mexique en 1922, Diego Rivera va devenir un des très grandes peintres muralistes mexicains, avec le français émigré au Mexique Jean Charlot, Orozco, Siqueiros, peintre communiste comme Rivera.

   

  

 

Diego Rivera à Paris

Diego Rivera à Paris

Guadalupe Marin - la seconde femme de Diego Rivera (ils se sont mariés en 1922)

Guadalupe Marin - la seconde femme de Diego Rivera (ils se sont mariés en 1922)

Tina Modotti (1924) - portrait d'Edmund Winston

Tina Modotti (1924) - portrait d'Edmund Winston

Diego Rivera et Frida Kahlo en 1932

Diego Rivera et Frida Kahlo en 1932

Diego Rivera (1886-1957) - Portait d'Alfonso Best Maugard (réalisé à Paris en 1913)

Diego Rivera (1886-1957) - Portait d'Alfonso Best Maugard (réalisé à Paris en 1913)

Paysage zapatiste (1913, Paysage zapatiste) - à cette époque les paysages et portraits cubistes de Diego Rivera rivalisent avec ceux de Picasso que Rivera n'hésitera pas d''ailleurs à accuser de plaggiat

Paysage zapatiste (1913, Paysage zapatiste) - à cette époque les paysages et portraits cubistes de Diego Rivera rivalisent avec ceux de Picasso que Rivera n'hésitera pas d''ailleurs à accuser de plaggiat

Portrait de Ramon Gomez de la Serna (DIego Rivera, 1913)

Portrait de Ramon Gomez de la Serna (DIego Rivera, 1913)

vendeuses d'arums

vendeuses d'arums

Diego Rivera - fresque sociale représentant la vie (idéalisée) des Indiens dans le Sud du Mexique

Diego Rivera - fresque sociale représentant la vie (idéalisée) des Indiens dans le Sud du Mexique

Mexique enchanté, Mexique maudit, Mexique de l'art et de la culture révolutionnaires: une exposition magnifique au Grand Palais à Paris sur les artistes du Mexique entre 1900 et 1950
Diego Rivera: "L'homme à la croisée des chemins" (1924) - fresque au Rockefeller Center de New York ( Rivera y introduit le portrait de Lénine)

Diego Rivera: "L'homme à la croisée des chemins" (1924) - fresque au Rockefeller Center de New York ( Rivera y introduit le portrait de Lénine)

Pan American Unity (1940), Diego Rivera

Pan American Unity (1940), Diego Rivera

Frida Kahlo représentée sur "Pan American Unity"

Frida Kahlo représentée sur "Pan American Unity"

Autoportrait de Frida Kahlo (vers 1938) - "The Frame" - pour l'exposition Mexique organisée par André Breton à Paris en 1939, petit format avec des ornements floraux

Autoportrait de Frida Kahlo (vers 1938) - "The Frame" - pour l'exposition Mexique organisée par André Breton à Paris en 1939, petit format avec des ornements floraux

"Les deux Frida" (1939): ce tableau fascinant et atroce peint peu après le divorce de Frida Kahlo avec Diego Rivera exprime toute la souffrance de l'artiste, divisée entre elle-même, dont le coeur est mis à nu

"Les deux Frida" (1939): ce tableau fascinant et atroce peint peu après le divorce de Frida Kahlo avec Diego Rivera exprime toute la souffrance de l'artiste, divisée entre elle-même, dont le coeur est mis à nu

Frida Kahlo (1940): "Autoportrait aux cheveux coupés"

Frida Kahlo (1940): "Autoportrait aux cheveux coupés"

Frida Kahlo, après sa rupture en 1939, se remarie avec Diego Rivera en 1940 à San Francisco. Cette photo bouleversante prise à l'hôpital ABC de Mexico où Frida séjourna 9 mois suite à la dégradation de son état de santé date de 1950: Frida est opérée 7 fois de la colonne vertébrale et passe neuf mois à l'hôpital. Elle mourra dans sa maison bleue en 1954 tandis que Rivera mourra la même année que Malcom Lowry, l'auteur de "Au-dessous du volcan", en 1957. Frida Kahlo avait adhéré au Parti Communiste Mexicain en 1948. Elle était déjà un compagnon de route, s'engageant dans la solidarité avec les républicains espagnols, même si elle avait hébergé Léon Trotski et sa femme Natalia Sedova en 1937. Diego Rivera était allé à Moscou en 1927, Siqueiros en 1928.

Frida Kahlo, après sa rupture en 1939, se remarie avec Diego Rivera en 1940 à San Francisco. Cette photo bouleversante prise à l'hôpital ABC de Mexico où Frida séjourna 9 mois suite à la dégradation de son état de santé date de 1950: Frida est opérée 7 fois de la colonne vertébrale et passe neuf mois à l'hôpital. Elle mourra dans sa maison bleue en 1954 tandis que Rivera mourra la même année que Malcom Lowry, l'auteur de "Au-dessous du volcan", en 1957. Frida Kahlo avait adhéré au Parti Communiste Mexicain en 1948. Elle était déjà un compagnon de route, s'engageant dans la solidarité avec les républicains espagnols, même si elle avait hébergé Léon Trotski et sa femme Natalia Sedova en 1937. Diego Rivera était allé à Moscou en 1927, Siqueiros en 1928.

"Sueno de la Malinche" - le rêve de Malinche (la femme aztèque de Cortès) de Antonio Ruiz (1939): huile sur bois 30 x 40 cm

"Sueno de la Malinche" - le rêve de Malinche (la femme aztèque de Cortès) de Antonio Ruiz (1939): huile sur bois 30 x 40 cm

la marchande de fruits - Olga Casta (1931) - tableau présent à l'exposition du Grand Palais

la marchande de fruits - Olga Casta (1931) - tableau présent à l'exposition du Grand Palais

Francisco Goita, Tata Jesuchristo (1925-1927) - Francisco Goita donne une image non idéalisée, emprunte d'un dégoût profond de la violence et des horreurs de la guerre, de la révolution mexicaine

Francisco Goita, Tata Jesuchristo (1925-1927) - Francisco Goita donne une image non idéalisée, emprunte d'un dégoût profond de la violence et des horreurs de la guerre, de la révolution mexicaine

Francisco Goita, paysage de Zacatecas avec pendu (1914)

Francisco Goita, paysage de Zacatecas avec pendu (1914)

"La Révolution, le peuple en armes: Les Soldats de Zapata" - David Alfaro Siqueiros, fresque du musée national d'histoire à Mexico

"La Révolution, le peuple en armes: Les Soldats de Zapata" - David Alfaro Siqueiros, fresque du musée national d'histoire à Mexico

Les funérailles de Caïn - le poulet sacrifié représente le capitalisme (1947)

Les funérailles de Caïn - le poulet sacrifié représente le capitalisme (1947)

Notre Image Actuelle - 1947, Siqueiros

Notre Image Actuelle - 1947, Siqueiros

Siqueiros 1945: Nouvelle Démocratie - la Démocratie inquiète et douloureuse se libère du fascisme après la victoire contre les nazis

Siqueiros 1945: Nouvelle Démocratie - la Démocratie inquiète et douloureuse se libère du fascisme après la victoire contre les nazis

David Alfaro Siqueiros naît à Chihuahua (nord du Mexique) en 1896. Il a 13 ans quand ses parents partent s'installer à México. Comme Orozco, il est étudiant à l'école des Beaux-arts de Mexico, anciennement Académie "Sans carlos" ainsi qu'à l'école de Peinture Santa Anita. Comme beaucoup d'autres jeunes, c'est un idéaliste qui ne supporte plus la dictature étouffante de Porfirio Díaz. En 1914, il décide de s'engager aux côtés des révolutionnaires. A 20 ans, il est sous-lieutenant de l'Armée Constitutionnaliste. Il reste quatre ans et devient gradé. Cette expérience guerrière le marquera profondément et influencera son œuvre. Comme il le dira lui-même : « Sans cette participation à la Révolution, il n'aurait pas été possible plus tard de concevoir et de réaliser le mouvement pictural moderne mexicain ». Oui, de cette révolution politique naîtra une révolution artistique qui se concrétisera dans les fresques de Siqueiros mais aussi dans celles de Rivera, d'Orozco, d'O'Gorman... En 1919, il part en Europe. Il visite Paris où il peut y rencontrer Diego Rivera qui s'y trouve déjà depuis quelques années. Cette amitié lui permet de rencontrer les cercles artistiques alors en pleine ébullition à Paris. Il aiguise aussi sa conscience politique et sociale au contact des théoriciens et des activistes de tous bords. En septembre 1922, on le retrouve à Barcelone, où il publie un « Manifeste pour un Art Révolutionnaire Mexicain ». Le ton est donné...

L'énorme colonel - portrait de David Alfaro Siqueiros (1896- 1974)

L'énorme colonel - portrait de David Alfaro Siqueiros (1896- 1974)

Ethnographie - peinture de Siqueiros (1928)

Ethnographie - peinture de Siqueiros (1928)

José Clemente Orozco, Hispanic -America from The Epic of American Civilization - Baker Library - Dartmouth College, 1932-1934

José Clemente Orozco, Hispanic -America from The Epic of American Civilization - Baker Library - Dartmouth College, 1932-1934

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27 octobre 2016 4 27 /10 /octobre /2016 10:40
Georges Guigouin, le préfet du maquis (L'Humanité - Magali Jauffret, 27 octobre 2005)

Disparition de Georges Guingouin, le 27 octobre 2005


Georges Guingouin : « Le préfet du maquis », un article de Magali Jauffret publié dans l’Humanité du 8 juillet 2010
Chef de la Résistance du Limousin, maire de Limoges, il était un personnage de légende, héroïque et désobéissant. Il ne se soumettra pas, d’ailleurs, aux directives du Parti communiste lorsqu’elles lui sembleront injustifiées, ce qui lui vaudra d’être évincé pour n’être réhabilité qu’en 1998.
Nous sommes en février 1941. Il vient d’avoir vingt-huit ans. À quoi pense Georges Guingouin, caché dans la cabane souterraine d’une sapinière du mont Gargan, en ce Limousin boisé et peuplé de croquants, pour échapper aux Allemands et à la milice ? S’autorise-t-il même à penser, à rêver alors que le temps dicte de faire entrer les paroles dans la vie ? Il faut faire tourner la ronéo pour sortir l’Humanité clandestine, imaginer un plan pour nourrir le maquis, trouver de quoi imprimer de faux papiers, arriver à saboter les batteuses. Empêcher la livraison de blé à Hitler sera de la première importance…
Les soirs de combat, quand la mort rôde trop, après avoir assisté les blessés, accompagné les mourants, des vers de Victor Hugo, appris par cœur à l’école à Bellac, puis transmis aux enfants du temps où il était instituteur à Saint-Gilles-les-Forêts, remontent le fil de sa mémoire et calment son envie de hurler. Dans ces moments-là, toucher ainsi à la fragilité de l’humain le rapproche de son père qu’il n’a pas eu le temps de connaître et qui repose, avec sept cents de ses camarades, dans la fosse commune d’un village du Nord.
Évoquer Georges Guingouin, c’est explorer les qualités de désobéissance, d’héroïsme, de loyauté de l’homme, lorsqu’il est à son meilleur niveau. C’est aussi comprendre la singularité fondatrice de ce Limousin rouge qui, après avoir bercé de nombreux communards, offre à la nation de sacrés maquisards.
Juste après ce 18 juin 1940, blessé, mais déterminé à ne pas être fait prisonnier par les Allemands, Guingouin s’enfuit de l’hôpital Sainte-Madeleine de Moulins. Il est l’un des premiers à penser la nécessité de créer un réseau clandestin contre Vichy. Il n’a aucun mal à convaincre les paysans communistes de la région d’Eymoutiers, parmi lesquels Andrée Audouin, qui deviendra journaliste à l’Humanité, de grimper avec lui dans la montagne avec des fusils. « Tu as été le seul normalien de Limoges à participer à la grève du 12 février 1934, lui disent-ils. Tu es solide. On te suit. »
Les années passent. Le charisme, l’intelligence terrienne de Georges Guingouin s’affirment. Chef de la résistance civile dans la région, il est capable de diriger, à l’apogée de la lutte, des hommes aussi différents que 8 750 FTP, 4 100 membres de l’Armée secrète, 1 000 membres de l’organisation Résistance armée, 300 républicains espagnols et 500 ex-Vlassov. Cerveau de nombreux sabotages, il multiplie les coups gagnants contre l’économie de guerre, contre les lignes de communication de l’armée allemande. Ce faisant, il ne néglige pas la lutte des classes et s’allie les paysans en leur permettant de garder le fourrage et le blé, en rémunérant correctement les produits agricoles, en faisant revenir le pain blanc sur les tables grâce à des décrets signés « le préfet du maquis ».
Enfin, on le découvre stratège. La capture, le 9 juin 1944, du Sturmbannführer Kämpfe, « héros » de la division d’élite SS Das Reich, retarde cette dernière de deux jours, dans sa mise en mouvement vers la Normandie. Le général Eisenhower reconnaît que ce retard a sauvé la tête de pont alliée. Mais ce n’est pas tout. Le 3 août, procédant à une manœuvre d’encerclement de Limoges, il obtient sans effusion de sang la capitulation du général Geiniger. Mieux : des escadrons de gendarmes et de gardes mobiles, qui se terraient dans la campagne limousine, se rendent à lui après l’avoir pourchassé.
Les années passant, l’isolement gagnant, Georges Guingouin, sans contacts ni directives, prend insensiblement ses distances avec les décisions du Parti qui ne lui semblent pas opportunes. Lorsqu’il ne partage pas les mêmes analyses, lorsque les directives lui semblent aventureuses, lorsque le coût en vies humaines lui paraît trop élevé, il désobéit. Son personnage n’en finit pas de soulever la controverse. Prend-il conscience que pareilles libertés, insoumissions, prises de distance avec l’appareil sont inconcevables dans un contexte de guerre froide, d’adhésion à la IIIe Internationale, de culte de la personnalité ? En tout cas, le portrait dressé de lui, à l’époque, est terriblement schizophrénique. Surnommé affectueusement Lou Grand à l’intérieur du maquis, il est, à l’extérieur, traité de « fou qui vit dans les bois, se levant la nuit pour écraser des chiens ».
Guingouin l’ignore, mais il est déjà diabolisé, pris dans les mâchoires d’une étrange et double tenaille, étranglé par les manœuvres conjointes de socialistes, de vichystes revanchards, mais aussi des siens, qui l’accusent de « travail fractionnel », d’« acceptation sans protestation des éloges de la presse américaine », de razzia sur les fonds secrets de la Résistance ! Deux exclusions valant mieux qu’une, un procès de Moscou est en marche dans le Limousin contre celui qui devient maire communiste de Limoges de 1945 à 1947 et que de Gaulle élève au grade de compagnon de la Libération. Un grave accident automobile, une machination judiciaire qui l’envoie en prison, dans le coma et en hôpital psychiatrique parachèvent ce tableau de l’indignité.
Georges Guingouin, finalement réhabilité par le secrétaire national du PCF d’alors, Robert Hue, en février 1998, est l’honneur des communistes français. Anticipant la déstalinisation, sa vie atteste que les valeurs communistes se valident à l’aune d’une liberté ressentie, questionnée en permanence et nourrie de l’humain. En 1964, il rédige une adresse aux membres du 17e Congrès du Parti communiste français. Se plaignant de la rupture entre les paroles et les actes au détriment de l’idéal proclamé, il conclut par ces mots : « Au soir des combats, j’ai bercé dans mes bras des mourants (...), j’ai tenté des actions désespérées pour sauver ceux qui étaient destinés aux fours crématoires et au poteau d’exécution. Croyez-moi, c’est cette vertu de compréhension qu’il faut pratiquer pour trouver l’art d’avancer. »

(Lu sur la page Facebook de Robert Clément)

Georges Guigouin, le préfet du maquis (L'Humanité - Magali Jauffret, 27 octobre 2005)
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27 octobre 2016 4 27 /10 /octobre /2016 09:35
Il y a vingt-six ans mourait Robert Antelme, résistant déporté à Buchenwald et Dachau, l'auteur de "L'espèce humaine" - par Robert Clément

Mort de Robert Antelme le 26 octobre 1990

 


Robert Antelme entra dans la Résistance en 1943, fut arrêté par la Gestapo et déporté en 1944, d'abord à Buchenwald, puis à Dachau, d'où il fut libéré le 29 avril 1945, à la limite de l'épuisement. De retour en France, Antelme chercha aussitôt à tirer de sa détention dans les camps de concentration un récit qui, au-delà d'un témoignage, constituât une réflexion sur la nature profonde de l'humanité ; tel est le propos de son unique livre, l'Espèce humaine, publié en 1947. Il démissionna du Parti communiste français en 1956. En septembre 1960, il signa le Manifeste des 121, qui proclamait le droit à l'insoumission pendant la guerre d'Algérie. Il mourut le 26 octobre 1990 à l'hôpital des Invalides, à Paris. Il avait été marié à Marguerite Duras.
 

L'Espèce humaine
À sa parution, en 1947, le livre de Robert Antelme passa pratiquement inaperçu. Réédité dix ans plus tard, il connut alors une diffusion plus large. Antelme pousse, sans doute jusqu'à ses dernières limites, la réflexion sur le sens de la volonté exterminatrice des SS. Son livre met en lumière ce paradoxe qui finit par avoir raison de l'entreprise de destruction des nazis : en cherchant à nier l'humanité des déportés et à prouver leur supériorité sur les autres hommes, les SS aboutirent à l'inverse à montrer la commune appartenance des bourreaux et des victimes à une seule espèce : « … il n'y a pas des espèces humaines, il y a une espèce humaine. C'est parce que nous sommes des hommes comme eux que les SS seront en définitive impuissants devant nous. C'est parce qu'ils auront tenté de mettre en cause l'unité de cette espèce qu'ils seront finalement écrasés. »
Les SS réduisirent les déportés à n'être plus que des êtres préoccupés par la seule tentative de ne pas mourir, tentative dérisoire au regard de l'idée que l'on peut se faire de l'humanité : « Militer, ici, c'est lutter raisonnablement contre la mort. » Pour expliquer cette volonté de ne pas mourir, Antelme n'invoque pas la nécessité de survivre afin de pouvoir, une fois libéré, apporter un témoignage ; selon lui, les déportés n'avaient rien d'autre à vivre que leur vie de déporté : « Mais c'est une vie, notre vraie vie, nous n'en avons aucune autre à vivre. Car c'est bien ainsi que des millions d'hommes et leur système veulent que nous vivions et que d'autres l'acceptent. »
Cette intolérable vérité n'est pas sans conséquences. Elle jette une lumière horrible sur la vie de chaque déporté, cette vie qui n'est réduite qu'à sa non-mort en tant que membre de l'espèce humaine – ce qui pousse le déporté à se comporter de façon parfois ignoble face à plus faible que lui, ainsi qu'Antelme en donne divers exemples. Ensuite, et bien au-delà des seuls déportés, cette vérité bouleverse le sens de la vie de tous ceux qui la connaissent. Face à la haine et à l'insupportable volonté de destruction de certains hommes, d'autres hommes n'ont donc survécu que parce qu'ils n'avaient pas d'autre vie à vivre.
Cependant, l'espoir – ou en tout cas une issue – n'est pas absent de cette réflexion sans concession : en luttant pour vivre, le déporté lutte « pour justifier toutes les valeurs, y compris celles dont son oppresseur, en les falsifiant d'ailleurs, tente de se réserver la jouissance exclusive ». Ainsi, plus le SS nie l'humanité du déporté en le forçant à la déchéance, plus il confirme l'humanité profonde de ce déporté qui n'accepte sa propre déchéance que pour faire triompher les perspectives de libération de l'humanité.
Le message d'Antelme est à la fois intérieur et politique ; il s'adresse à chacun de ses lecteurs en particulier, et à l'espèce humaine dans son ensemble. Si Antelme témoigne, ce n'est pas d'abord d'une souffrance, mais de ce fait fondamental que plus une dictature ou un ordre quel qu'il soit s'acharne à nier l'humanité de l'homme, plus il la met en évidence. Un SS, un bourreau « peut tuer un homme, mais il ne peut pas le changer en autre chose ». Contraindre un homme à la déchéance n'abolit pas l'appartenance de chacun, bourreau et victime, à la même espèce ; cette défaite de la volonté de destruction n'est sans doute pas pour autant la victoire d'une perspective de libération de l'humanité, mais Antelme redonne toute sa valeur à la vie que les déportés ont vécue dans les camps de concentration et d'extermination. En ce sens, l'Espèce humaine est un livre unique, bouleversant, d'une élévation de pensée absolue et d'une actualité terrifiante.

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27 octobre 2016 4 27 /10 /octobre /2016 09:23
Mitterrand et le tournant libéral : y avait-il une alternative ? - Regards, 26 octobre 2016

S’attachant à tirer un bilan « raisonné et positif » de la présidence de Mitterrand, Jean-Luc Mélenchon va jusqu’à défendre le "tournant de la rigueur" comme inévitable dans le contexte de l’époque. Une autre voie était pourtant possible.

Qui se réclame encore aujourd’hui de François Mitterrand, qui aurait eu 100 ans aujourd’hui ? Si les mitterrandistes autoproclamés se font rares dans les rangs du PS, il en est un qui n’a jamais cessé de s’en revendiquer : Jean-Luc Mélenchon. Dans Le choix de l’insoumission, le candidat du Parti de gauche rend de nouveau un hommage vibrant à un « grand premier de cordée ».

Et pour cause, les débuts de son premier septennat sont marqués par l’application de l’audacieux Programme commun : augmentation de 10% du smic, de 25% des allocations familiales, de 25% de l’allocation logement, la semaine de 39 heures, la cinquième semaine de congés payés, la retraite à soixante ans, l’impôt sur les grandes fortunes, le recrutement de dizaines de milliers de fonctionnaires, la nationalisation de grands groupes industriels et bancaires… Mais aussi le remboursement de l’IVG, l’abolition de la peine de mort, la décriminalisation de l’homosexualité… Qui, à gauche, peut prétendre avoir fait mieux depuis ?

Compromis ou compromissions ?

Là où le bilan « raisonné et positif » de Mélenchon laisse perplexe, toutefois, c’est dans sa défense du tournant libéral qui a suivi : blocage des salaires en 1982, politique de la rigueur en 1983, dérégulation bancaire en 1986, libéralisation des flux de capitaux en 1988… Que François Hollande tente d’instrumentaliser l’héritage "réaliste" mitterrandien pour justifier que l’on ne fait pas toujours tout ce qu’on veut lorsqu’on arrive à l’Élysée est une chose. Mais comment Mélenchon peut-il pardonner au premier président socialiste de la Ve République de s’être rallié à la raison austéritaire et pro-finance de la Deuxième gauche de Michel Rocard et Jacques Delors, tout en critiquant la capitulation de Tsipras face à ses créanciers de l’Union européenne ?

La réponse est simple. Pour l’ex-socialiste, Mitterrand n’avait pas le choix : les promesses généreuses du Programme commun étaient fondées sur une analyse dépassée de la conjoncture et de la crise en cours : « La mutation du capitalisme et sa transnationalisation n’étaient pas du tout comprises », affirme-t-il dans un entretien accordé à la revue Charles. « Ce qui est incroyable est que le résultat de l’agression du capital à cette époque soit aujourd’hui présentée comme étant le produit de nos erreurs et que nos compromis soient vus comme des "compromissions". Enfin, tout de même ! La France a été assaillie, agressée par le capital dès l’arrivée au pouvoir de François Mitterrand. Nous avons dû subir trois dévaluations, un contrôle des changes et un emprunt forcé ! »

L’argument mérite d’être considéré. Car l’enjeu est de taille : il s’agit de déterminer si le funeste There is No Alternative cher à Thatcher peut être vrai… Or la question de savoir si le gouvernement aurait pu poursuivre sur la lancée (de gauche) du Programme commun est loin d’être simple.

Profits, investissements et "coût du travail"

Aujourd’hui, l’Europe est confrontée à une crise keynésienne de la demande ; Tsipras a donc la rationalité économique de son côté lorsqu’il appelle à en finir avec les désastreux programmes d’austérité. Mais dans les années 1980, la France subit bel et bien une crise de l’offre, c’est-à-dire une crise de baisse du taux de profit. Même les économistes de gauche, notamment ceux de l’École de la régulation, comme Alain Lipietz, Robert Boyer, Benjamin Coriat ou encore Michel Aglietta, le reconnaissent à l’époque : les salaires représentent une part trop élevée de la valeur ajoutée par rapport aux profits.

La progression rapide des salaires réels après la Libération, sous l’effet des conventions d’indexation des salaires sur les prix et des avantages salariaux obtenus par des syndicats forts, ne pose aucun problème tant qu’elle reste en ligne avec la croissance forte de la productivité du travail. Or le début des années 1970 voit une chute du rythme des gains de productivité des méthodes "tayloriennes" de production de masse. Résultat, les profits sont laminés et les taux d’investissement s’effondrent. De plus, dans un contexte d’ouverture progressive de l’économie, le niveau élevé des salaires français devient un poids pour la compétitivité : on commence à parler du "coût du travail" qui nuit à l’exportation.

Dans une telle situation, il est vrai que les plans de relance sont voués à l’échec : d’une part le manque d’investissement ne provient pas d’une insuffisance de la demande et d’autre part le surcroît de consommation risque de se porter sur des produits fabriqués à l’étranger, et donc de ne pas inciter les entreprises françaises à investir.

Un modèle américain plutôt que scandinave ou japonais

En ce sens, le fatalisme de Mélenchon est justifié : il fallait bien réajuster à la baisse la part salariale afin de rétablir la profitabilité et la compétitivité des entreprises. « Mais le blocage des salaires et la flexibilité n’étaient pas le seul moyen d’y arriver », explique l’ex-eurodéputé EELV Alain Lipietz, qui défendait à l’époque une politique alternative : « L’autre moyen, c’était de conserver des salaires décents et des droits renforcés, mais de relancer la productivité. Pour cela, on aurait pu faire comme les Allemands, les Scandinaves et les Japonais : mobiliser le savoir-faire des travailleurs à travers des "cercles de qualité" pour élaborer avec eux les méthodes d’une meilleure efficacité technique de la production. »

Lipietz poursuit : « C’est ce que prônaient le PDG de Danone Antoine Riboud ou le socialiste Jean Auroux, en vain. Partis comme "sherpas" aux États-Unis pour préparer le sommet de Versailles de 1982, Jacques Attali et François Hollande sont revenus à l’Élysée complètement séduits par la politique de compression et de flexibilisation salariale de Reagan. Et c’est ce modèle anglo-saxon qui a été suivi la même année ».

Avec une efficacité redoutable : en quatre ans, la part des profits dans la valeur ajoutée refait tout le chemin perdu, revenant en 1986 aux 29% de 1970 et atteignant son sommet en 1989 avec 33%.

Construction de l’Europe contre justice sociale

Le résultat est en revanche médiocre en termes de reprise de l’investissement, dont le niveau cesse de remonter dès 1986 : on découvre alors qu’il ne suffit pas que les entreprises engrangent des profits pour qu’elles consentent à investir. En l’occurrence, elles vont préférer les transférer sous forme de dividendes aux actionnaires ou les faire fructifier sur les marchés financiers à mesure que ces derniers sont libéralisés.

Quant à l’orthodoxie budgétaire et à la libéralisation des flux de capitaux, elles n’étaient pas plus inévitables que ne l’était le gel des salaires : elles étaient simplement requises pour rester dans le Système monétaire européen. La France avait la possibilité de se retirer du SME pour laisser le franc se déprécier – plutôt que de faire reposer la compétitivité, la lutte contre l’inflation et la résorption du déficit commercial sur la compression du "coût du travail" –, maintenir le contrôle des changes pour parer les attaques spéculatives, instaurer des mesures protectionnistes pour investir dans l’appareil productif.

Certes, ceci aurait impliqué de mettre entre parenthèse la construction européenne ou du moins de lui imposer une autre orientation. Mitterrand qui, en 1978, voulait « l’Europe des travailleurs, contre l’Europe marchande, l’Europe des profits, l’Europe des grandes affaires », comprend qu’il va falloir choisir : « Je suis partagé entre deux ambitions : celle de la construction de l’Europe et celle de la justice sociale », confie-t-il en 1983 à Attali. Il y avait donc bien une alternative. Et il a tranché.

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25 octobre 2016 2 25 /10 /octobre /2016 17:27
Roger Berthelot, ici avec un drapeau patriotique, et en présence de Line Renaud après la cérémonie du 18 juin 2015

Roger Berthelot, ici avec un drapeau patriotique, et en présence de Line Renaud après la cérémonie du 18 juin 2015

Hommage aux fusillés du Bouguen

Il y a 70 ans : libération de Brest

 

samedi 20 septembre 2014 par Parlons-en !

 

 

 

Dans le cadre des commémorations du 70 e anniversaire de la libération de Brest, Patricia Adam, députée, Bernadette Abiven, adjointe au maire, Jacqueline Here, maire adjointe de Bellevue, Marc Coatanea, conseiller municipal délégué aux anciens combattants, Hans-Werner Tovar, président de la ville de Kiel et Jean-Claude Martin, président de l’UNC grand Brest ont rendu hommage aux fusillés du Bouguen et déposé des gerbes devant la stèle située dans l’enceinte de l’UBO..

 

Le texte ci dessous a été lu par Roger Berthelot, fils de Pierre Berthelot, Chevalier de la Légion d ’Honneur, Croix de Guerre 39/45, et petit-fils de Louis Berthelot, tous deux résistants finistériens déportés dans les camps nazis.   .  

 

Engagé volontaire pour la durée de la guerre" le 17 JUIN 1940.

Le lendemain,le 18 JUIN 1940  à bord du pétrolier ravitailleur rapide "le Tarn",avec toute la Flotte de guerre, il prit la mer direction l'Angleterre. Sous la mitraille des avions allemands, au milieu des mines flottantes, près du Conquet il vit l'aviso le "Vauquois" exploser, se couper en deux au contact d'une mine magnétique dérivante lâchée la veille par des avions allemands.

Plusieurs de ses camarades travaillant avec lui à L'Arsenal de Brest périrent avec environ 132 autres marins.

Ordre fût donné de changer de cap!

Direction SUD vers le Maroc !

Devant St Nazaire, le Jean Bart rejoint la Flotte.

Son Commandant le Capitaine de Vaisseau Ronarch  avait réussi l'exploit, de faire sortir le cuirassé du fin fond de l'arsenal. Sous la mitraille des avions allemands,

le "Tarn" ravitailla en mazout ,en eau et en munitions le Jean Bart

Après Casablanca,( avec Georges Abalain, frère de Albert tous les deux de Pont-de- Buis comme mon père) ,Toulon et les camps de jeunesses du côté de  Aix en Provence, à Meyrargues, puis à Gap

En mars 1941 ,Albert Abalain vînt du Pont de Buis en Finistère   jusqu'à Gap dans les Hautes Alpes (près de 1200 kms). contacter son frère Georges Abalain et Pierre Berthelot,pour qu'ils quittent leur camp de jeunesse , et rejoignent le Finistère pour combattre l'occupant nazi et ses collaborateurs français.

 

A Pont de Buis , son père Louis Berthelot et Albert Abalain (fusillé au Mont Valérien avec ses 18 autres camarades en septembre 1943) avaient créé un groupe de Résistance "Organisation Spéciale" du Parti Communiste Français, les futurs FTPF (Francs Tireurs et Partisans Français).

Après de nombreuses actions offensives, avec ses camarades,

 

VENISE GOSNAT responsable inter régional des FTPF pour la Bretagne le nomma

 Responsable de la direction des opérations armées des Francs Tireurs et Partisans Français (FTPF) pour le Sud Finistère, avec Jean Louis Prima et Pierre Corre, fusillés en 1943.

Pierre Berthelot mon père a été torturé à la prison de Pontaniou à Brest, par des policiers français sous le portrait du traître Pétain, il nia farouchement toute participation à la Résistance. C’est lui qui approvisionnait en dynamite ses camarades brestois dont nous allons saluer la mémoire, tout à l ’heure, au jardin des 19 fusillés du Mont Valérien.

Chaque envoi arrivait à la gare de Brest, "en bagage accompagné ", le ticket de retrait était mis dans une enveloppe attachée au bagage portant le nom du destinataire. C’était ,en général, 50 kilos de dynamite, 2 valises de 25 kilos chacune !

Les FTP ont fait la plupart de leurs attentats à l ’explosif avec cette dynamite.

Déporté le 24 janvier 1943 au camp de concentration nazi de Oranienburg Sachsenhausen, puis de Dachau, dans le même train que Danielle Casanova, Marie Claude Vaillant Couturier (qui témoigna au procès des criminels nazis à Nuremberg), Héléne Langevin fille du professeur Paul  Langevin, épouse de Jacques Solomon, Maï Politzer épouse de Georges Politzer .Jacques Solomon et Georges Politzer ont été fusillés le 23 mai 1942 au Mont Valérien , Charlotte Delbo,Suzanne Mormon,la mère de Gilbert Brustlein, qui avec Pierre Georges (plus connu sous le nom de Fabien) participa à l'attentat du métro Barbès,puis à l'exécution de Karl Hotz, Feld kommandant de la place de Nantes avec 2 autres militants communistes, Marcel Bourdarias et Spartaco Guisco, et 230 femmes venant du fort de Romainville. Leurs 4 wagons furent détachés à Halle, et dirigés vers Auschwitz.

Le train des 1600 hommes continua vers Berlin .

 

Je suis aussi le petit fils de Louis Berthelot , Officier de le Légion d’Honneur, Croix de Guerre14/18 et 39/45.....amputé d’une jambe en 14/18. Déporté Résistant au camp de Buchenwald.

Après l ’arrestation de son époux et de son fils aîné, la naissance d’ une petite fille (PAULETTE) le 22 juin 1941, jour de l ’attaque par les armées nazies de l ’Union Soviétique, l’URSS,ma grand mère ANNA FICHE, ses fils René et LOUIS (LILI) avec un courage qui fît l' admiration de tous leurs camarades, continuèrent la lutte dans les rangs des FTP jusqu ’à la Victoire pour que VIVE LA FRANCE !

 

Hommage aux fusillés du Bouguen

La Gestapo, sentant le vent de la défaite en ce début d’année 1944, procédait un peu partout à l’arrestation et à la déportation des chefs et des membres des réseaux et de résistance . Les armées alliées accentuaient leur avance. Les maquisards bretons, suivant les ordres reçus, harcelaient partout l’armée allemande en déroute.

A la suite d’on en sait quelle dénonciation, la GESTAPO arrêtait dans la journée du 27 juin 1944, la plupart des chefs et plusieurs membres des réseaux de résistance “OCM”, “Century” et “Défense de la France” de Saint-Pol-de-Léon.

En tout 18 patriotes saintpolitains tombaient dans les griffes de la Gestapo.

Ils étaient d’abord conduits sur Morlaix, où certains subissaient déjà les premiers coups des tortionnaires nazis pour essayer de les faire avouer et dénoncer les noms de leurs camarades de résistance.

Les dernières nouvelles reçues par leurs familles parvenaient ensuite de Brest. Pendant des mois et des années c’était en fait le silence complet sur leur sort.

En juin 1962, au moment de la construction de l’IUT qui s’élève derrière nous, des ouvriers découvraient une fosse refermant de nombreux ossements. Grâce à certains objets personnels trouvés parmi ces ossements, on arrivait à identifier les restes, grâce à leur alliance notamment, comme étant ceux des résistants saint-politains, mêlés à ceux de résistants brestois.

C’est donc non loin d’ici, dans les douves de la prison du Bouguen dont les Allemands avaient pris possession dès l’été 1940 et où ils avaient dressé les poteaux d’exécution, que s’est achevé le combat de ces héros. Leurs corps furent ensuite enterrés pêle-mêle quelque-part dans le champ de tir proche de la prison, là où nous nous trouvons.

Selon Guy Caraes, c’est très probablement faute d’avoir pu constituer à temps un convoi susceptible de quitter Brest avant que les Américains n’y mettent le siège qu’un commandant allemand (non identifié à ce jour) a donné l’ordre de « liquider » les 52 prévenus de l’enclave de Pontaniou, arrêtés depuis la fin du mois de juin 1944 et, donc, en attente de jugement. Les 52 personnes seront toutes fusillées sans autre forme de procès au Bouguen. Parmi elles, les résistants brestois Viaron, Hily et Kervella, membres du corps francs “Défense de la France”.

La porte Castelnau (poterne) vue de l'intérieur des douves. Après avoir franchi la voûte, les condamnés descendaient par la rampe de gauche. Les poteaux d'exécution étaient dressés face à la butte de terre dont on distingue le début derrière la rampe.

La porte Castelnau (poterne) vue de l'intérieur des douves. Après avoir franchi la voûte, les condamnés descendaient par la rampe de gauche. Les poteaux d'exécution étaient dressés face à la butte de terre dont on distingue le début derrière la rampe.

Prison du Bouguen (Wiki-Brest)

Lorsqu'à Brest une personne étrangère au quartier évoquait Le Bouguen, la première image qui venait à l'esprit, c'était la prison. Evidemment, en matière d'image de marque, il y a mieux. Quant à la population du quartier elle n'en était pas plus affectée que s'il s'était agit d'une usine ou d'un bâtiment administratif quelconque. Pour nous, les jeunes, il en émanait comme une atmosphère de mystère mêlée de crainte. Le haut mur d'enceinte en maçonnerie et la porte monumentale qui donnaient sur la route du Bouguen y étaient sûrement pour quelque chose.

Au-delà du mur, des jardins étaient mis à la disposition des gardiens, dont quelques-uns logeaient à l'intérieur de la prison. L'ensemble, prison et jardins, occupait l'emplacement de l'actuel stade municipal. La prison fut construite de 1857 à 1859, en remplacement de l'ancienne geôle qui se trouvait au Château. C'était la prison civile, la prison de Pontaniou étant la prison militaire.

Il en fut ainsi jusqu'à l'été 1940, moment où l'occupant s'en appropria une partie pour y incarcérer des détenus, qui eux n'étaient pas des droits communs, mais des patriotes ayant dès le début de l'occupation, pris le parti de résister. Il y a tout lieu de penser que, pour certains d'entre eux, leur combat s'acheva à proximité, dans les douves, juste derrière la porte Castelnau, contre une butte de terre, où étaient dressés les poteaux d'exécution. Nous sommes quelques-uns à avoir vu ces poteaux ensanglantés, déposés à proximité des trous où ils avaient été dressés. Il y a des images qui ne s'effacent jamais. J'imagine souvent ces condamnés, franchissant la porte Castelnau pour se rendre au supplice. Ils la voyaient, peut-être, commme la porte de l'Au-Delà. Décidément, pour moi, la porte Castelnau ne sera jamais un monument comme les autres. Le temps est peut-être venu de la rebaptiser autrement ?

Dans la nuit du premier au deux juillet 1941, une bombe anglaise de forte puissance détruisit la prison, provoquant la mort de sept personnes, dont quatre allemands. Certains prisonniers réussirent à s'enfuir. Un témoin se souvient, alors qu'il se trouvait dans l'abri décrit plus haut, en avoir vus passer pour franchir les fortifications. Je me souviens parfaitement des patrouilles allemandes qui sillonnaient le quartier à la recherche des fugitifs.

Les bombardements anglais débutèrent presque immédiatement après l'arrivée de l'occupant. Ils étaient le plus souvent nocturnes et ciblés sur un objectif précis, avec souvent un résultat décevant. La prison comme objectif ? c'était peu vraisemblable. Il me revint en mémoire que quelques jours avant le bombardement, me promenant sur les hauteurs du Bouguen donnant une vue plongeante sur la Penfeld, j'aperçus, sous leurs filets de camouflage, accostés au quai rive gauche, trois sous-marins à couples. A vol d'oiseau la prison se trouvait à 2 ou 300 mètres. Etait-ce la véritable cible ? Sans doute, mais ceci n'est qu'une hypothèse.

La prison ayant été détruite, les détenus furent transférés dans d'autres établissements pénitentiaires, probablement à la prison militaire de Pontaniou en ce qui concerne les politiques. Les exécutions n'en continuèrent pas moins puisqu'on sait qu'en 1944, 23 résistants furent fusillés dans les douves. Leurs dépouilles ne furent découvertes que longtemps après, lors de la construction de la faculté. Incarcérés à Pontaniou ils empruntèrent vraisemblablement la route du Bouguen, et franchirent eux aussi la porte Castelnau.

Une question reste tout de même en suspens : qui étaient les fusillés de 1940 à 1944 ? Espérons qu'un jour peut-être, un historien y répondra et que leurs noms iront rejoindre ceux gravés sur la plaque commémorative inaugurée récemment près de l'IUT.

 

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25 octobre 2016 2 25 /10 /octobre /2016 08:09

Photos Ismaël Dupont - le Père Lachaise, samedi 22 octobre 

le mur des fusillés de la Commune, auprès desquels sont enterrés plusieurs dirigeants et personnalités emblématiques du mouvement socialiste de la fin du XIXe siècle et du début du XXème siècle, puis du Parti Communiste

le mur des fusillés de la Commune, auprès desquels sont enterrés plusieurs dirigeants et personnalités emblématiques du mouvement socialiste de la fin du XIXe siècle et du début du XXème siècle, puis du Parti Communiste

Monument d'hommage aux déportés du camp de concentration nazi de Flossenbürg ( dix otages morlaisiens raflés le 26 décembre 1943 y sont morts: en tout 13 déportés morlaisiens mourront à Flossenbürg, sur 31 qui y transiteront)

Monument d'hommage aux déportés du camp de concentration nazi de Flossenbürg ( dix otages morlaisiens raflés le 26 décembre 1943 y sont morts: en tout 13 déportés morlaisiens mourront à Flossenbürg, sur 31 qui y transiteront)

Flossenbürg (inauguré le 8 octobre 1988)

La base du monument est constituée d’une stèle de granit extraite de la carrière du camp, posée verticalement. Au bas de la stèle, sont esquissées les marches de l’escalier menant à la carrière. Au sommet, en granit rouge, le triangle des déportés politiques français. Au pied, quelques blocs à peine taillés provenant également de la carrière. Ce monument révèle le souci pédagogique de l’amicale de Flos senbürg, de par sa conception très simple et la présence d’une carte de localisation du camp.

 

Sur la colonne est gravé : Aux déportés du camp de concentration de Flossenbürg et de ses 95 Kommandos

Une plaque situe géographiquement le camp de Flossenbürg.

En-dessous est gravé : A l’intérieur de cette stèle édifiée en granit provenant de la carrière du camp est déposée une urne contenant des cendres recueillies dans l’enceinte du four crématoire de Flossenbürg libéré par la 3 e armée américaine le 23 avril 1945

Sur la gauche de la colonne est repris l’insigne et : 1945 – 1995 KZ Flossenbürg 50 Jahrestag der Befreiung (50 e anniversaire de la libération) In Erhfurcht vor den Opfern (en hommage aux victimes) Gemeinde Flossenbürg (la commune de Flossenbürg)

Le camp de Flossenbürg

Le KL Flossenbürg ouvre en mai 1938, près de Weiden, non loin de la frontière actuelle entre l’Allemagne et la République tchèque. Plus de 115000 détenus (dont 16000 femmes) sont passés dans le camp central et dans ses 95 Kommandos. 70000 sont morts. Flossenbürg fournit de la main-d’œuvre aux entreprises de l’Allemagne centrale. Le camp, pratiquement vidé de tous ses détenus, évacués depuis plusieurs jours, est libéré par des troupes américaines le 23 avril 1945. Plus de 4500 Français et 950 Françaises sont passés par Flossenbürg. Aucun n’est arrivé directement de France, tous sont passés par au moins un autre camp.

Monument d'hommage aux déportés de Ravensbruck, le camp où fut déportée Germaine Tillon, et où souffrirent au moins douze déportés morlaisiens: 120 000 femmes, dont 6600 françaises, et 20 000 hommes furent déportés à Ravensbrück, 60 000 déportés au moins y périrent)

Monument d'hommage aux déportés de Ravensbruck, le camp où fut déportée Germaine Tillon, et où souffrirent au moins douze déportés morlaisiens: 120 000 femmes, dont 6600 françaises, et 20 000 hommes furent déportés à Ravensbrück, 60 000 déportés au moins y périrent)

Sculptés par Emile Morlaix dans le granit, deux énormes avant-bras surgissent d’un chaos rocheux devant un mur aux blocs parfaitement taillés.

L’ensemble traduit la brutalité et l’oppression à la fois organisées et arbitraires de l’univers concentrationnaire. Les poignets sont liés en signe d’asservissement.

Une des mains, qui retombe vers le sol, évoque l’affaiblissement et la mort de nombre de déportées.

L’autre, paume tournée vers le ciel, dressée mais contractée sous l’effet d’une violence invisible, rappelle la permanence de l’espoir et la quête de liberté. 

Gravé sur l’une des pierres du socle : Ici reposent des cendres de femmes déportées martyres de la barbarie nazie 1939 – 1945 À l’arrière du monument une plaque : Le 29 avril 1951

Les déportées de Ravensbrück ont déposé ici des cendres de leurs camarades assassinées dans ce camp. Souvenez-vous d’elles.  

Source: Association Française pour la Mémoire de la Déportation

Monument d'hommage aux victimes des camps de concentration nazi de Buchenwald et de Dora: 5 déportés morlaisiens sont morts à Dora, 12 à 14 à Buchenwald

Monument d'hommage aux victimes des camps de concentration nazi de Buchenwald et de Dora: 5 déportés morlaisiens sont morts à Dora, 12 à 14 à Buchenwald

" Qu’à jamais ceci montre comme l’Homme dut tomber et comment le courage et le dévouement lui conservent son nom d’Homme" Aragon  

" Qu’à jamais ceci montre comme l’Homme dut tomber et comment le courage et le dévouement lui conservent son nom d’Homme" Aragon  

Monument inauguré le 5 avril 1964 

La sculpture en bronze de Louis Bancel (ancien résistant du Vercors), installée sur une dalle de granit par l’architecte M. Romer (déporté à Buchenwald), rassemble dans une composition saisissante un groupe de trois déportés. La maigreur des trois hommes témoigne de la déchéance physique où conduit le système concentrationnaire. L’attitude de chacun des déportés renvoie à une symbolique précise: souffrance (homme renversé, figé dans la mort), solidarité (homme soutenant son compagnon), résistance et dignité (homme debout face à ses bourreaux).

Les camps de Buchenwald et de Dora

Le KL Buchenwald ouvre en juillet 1937, près de Weimar. Près de 240000 dé- tenus sont immatriculés à Buchenwald, dont 30000 femmes, et près de 60000 y meurent. Le camp compte plus de 130 Kommandos qui fournissent de la maind’œuvre aux industries de l’Allemagne centrale. En novembre 1938, Buchenwald est le principal lieu de détention des juifs arrêtés après la «nuit de cristal ». Durant la guerre, il accueille des prisonniers de marque pouvant servir d’otages. En 1945, arrivent un millier d’enfants juifs transférés du camp d’Auschwitz. Début avril 1945, les SS évacuent une grande partie des détenus. Les troupes américaines entrent à Buchenwald le 11 avril 1945, quelques heures après qu’une insurrection lancée par le Comité international clandestin eut libéré le camp. Ouvert en septembre 1943, le camp de Dora, situé près de la ville de Nordhausen, est d’abord un Kommando de Buchenwald. Il est associé à la construction des tunnels destinés à abriter les usines souterraines de fabrication des fusées V1 et V2. Les conditions de travail et de vie sont particulièrement terribles. En octobre 1944, Dora, Ellrich et d’autres Kommandos sont séparés administrativement de Buchenwald et sont rattachés au nouveau KL Mittelbau. Dans les dernières semaines, la masse des détenus est évacuée vers Bergen-Belsen ou Ravensbrück. Les troupes américaines entrent dans un camp presque vide le 11 avril 1945. 40000 déportés sont passés à Dora, 25500 sont morts, dont 11000 lors des évacuations. Environ 26000 Français sont passés à Buchenwald et dans ses Kommandos. Plus de la moitié meurt, notamment à Dora. En juin 1944, le Comité des intérêts français (CIF), dirigé par Frédéric-Henri Manhès, Marcel Paul et Jean Lloubes, est reconnu par le Comité international clandestin de résistance mis en place durant l’été 1943. Son action permet de soutenir le moral des Français et d’en sauver certains, sans pouvoir éviter la mort de beaucoup d’autres. Le Comité des intérêts français participe à l’insurrection libératrice du camp

Source: Association Française pour la Mémoire de la Déportation 

Monument de Dachau: où 7 déportés morlaisiens vécurent le martyre

Monument de Dachau: où 7 déportés morlaisiens vécurent le martyre

Monument de Dachau (inauguré le ler juin 1985)

Description et interprétation du monument Dû aux architectes Louis Docoet et François Spy, ce monument est une évocation de la tenue des déportés: triangle en granit rouge de Finlande soutenu par deux colonnes en granit bleuté de Vire. L’ensemble représente également l’étroit passage de la porte du camp que beaucoup n’ont franchie que dans un seul sens. La masse du monument exprime la volonté de résistance des déportés face à leurs bourreaux.

Le camp de Dachau Le KL Dachau ouvre dès mars 1933, près de Munich, quelques semaines après l’arrivée au pouvoir des nazis. Environ 200000 détenus sont immatriculés dans le camp central et dans les 160 Kommandos. Près de 76000 y meurent. Dachau fournit de la main d’œuvre pour les entreprises d’Allemagne du Sud. Le camp est libéré le 29 avril 1945 par des troupes américaines, alors qu’une partie des détenus a été évacuée dans les jours précédents. Dachau est le lieu d’internement de catégories particulières de détenus: les prêtres arrêtés sont regroupés dans le camp à partir de 1941-1942; des personnalités y sont placées sous surveillance afin de servir d’otages. Environ 12500 Français sont passés à Dachau, dont 6000 déportés directement depuis la France et 2100 prisonniers de guerre ou travailleurs arrêtés dans le Reich.

 

Promenade au Père Lachaise: mémoire de la déportation, de l'histoire du mouvement ouvrier et du parti communiste

Monument d'hommage aux déportés de Auschwitz-Birkenau (inauguré le 26 juin 1949)

La sculpture due à Françoise Salmon, déportée à Auschwitz, est composée d’une colonne en lave de Volvic à peine dégrossie d’où se dégage la forme simplifiée d’un déporté. La tête disproportionnée par rapport au corps exprime la primauté de l’esprit sur la matière qui permet à l’individu de survivre et de lutter contre la volonté d’anéantissement, d’asservissement et de déshumanisation. 

Textes du monument Sur la dalle: une plaque avec ces mots:

"1941 – 1945 Auschwitz – Birkenau

Camp nazi d’extermination

Victimes des persécutions antisémites de l’occupant allemand et du gouvernement collaborateur de Vichy. 

76000 juifs de France, hommes, femmes et enfants furent déportés à Auschwitz. La plupart périrent dans les chambres à gaz. Victimes de la répression policière, 3000 résistants et patriotes connurent à Auschwitz la souffrance et la mort. Un peu de terre et de cendres d’Auschwitz perpétuent, ici, le souvenir de leur martyre".

Le texte actuel remplace depuis 1995 le texte d’origine qui comportait plusieurs erreurs, notamment dans le nombre des victimes.

Et sur la dalle, une phrase écrite en bronze:

" Lorsqu’on ne tuera plus ils seront bien vengés.

Le seul voeu de justice a pour écho la vie". (Paul Eluard) 

 

Les camps d’Auschwitz

Ouvert en 1940, le camp de concentration d’Auschwitz (ou KL Auschwitz I), près de Cracovie, en Haute-Silésie, est d’abord destiné à l’internement des opposants et résistants polonais. Le camp d’extermination de Birkenau (ou KL Auschwitz IIBirkenau) est ouvert en 1942. Il devient le principal lieu de déportation des Juifs d’Europe. Sur les 1,3 million de déportés arrivés à Auschwitz, 1,1 million sont morts. Seuls 270000 hommes et 130000 femmes sont immatriculés (et tatoués, ce qui est une spécificité du camp d’Auschwitz), tous les autres sont assassinés dès leur arrivée au camp. Le complexe d’Auschwitz est libéré par les troupes soviétiques le 27 janvier 1945. Il reste environ 7000 détenus, 58000 autres ayant été évacués dans les jours précédents. Près d’un million d’hommes, de femmes et d’enfants déportés de toute l’Europe sont assassinés dans les chambres à gaz d’Auschwitz-Birkenau parce que juifs. Figurent également parmi les victimes plus de 70000 Polonais non juifs, plus de 20000 Tsiganes et plus de 15000 prisonniers de guerre soviétiques, dont 600 exécutés lors du premier gazage à Auschwitz à l’automne 1941. Presque tous les Juifs arrêtés en France ont été déportés et sont morts à AuschwitzBirkenau. Deux convois de résistants (les «45000» en juillet 1942, et les «Tatoués » en avril 1944) et un autre de résistantes (les «31000» en janvier 1943), partis de France, arrivent à Auschwitz. Les déportés survivants de ces convois sont transférés vers d’autres camps par la suite.

Source: association française pour la mémoire de la déportation

 

Promenade au Père Lachaise: mémoire de la déportation, de l'histoire du mouvement ouvrier et du parti communiste
Monument de Bergen-Belsen: 7 déportés morlaisiens sur 9 qui y sont passés au moins y sont morts

Monument de Bergen-Belsen: 7 déportés morlaisiens sur 9 qui y sont passés au moins y sont morts

Bergen-Belsen (inauguré le 23 mars 1994)

 Description et interprétation du monument Dû à l’architecte Guillaume d’Astorg, le monument en pierre de taille et béton rappelle celui qui se dresse sur le site du camp de Bergen-Belsen, au milieu d’une lande de bruyère. Le mur retient le regard du visiteur et le dirige vers la fracture centrale qui ouvre sur l’obscurité et le néant mais laisse apparaître l’obélisque de l’espoir pointé vers le ciel. Les rails d’époque posés sur des murets et les traces de pas au sol rappellent les transports arrivant au camp

Le camp de Bergen-Belsen

Bergen-Belsen est d’abord un camp de prisonniers de guerre, où près de 20000 soldats soviétiques meurent de faim et de froid. En 1943, les SS le transforment en un camp particulier au sein du système concentrationnaire nazi: ils rassemblent dans un même camp, mais dans des secteurs séparés, des catégories de détenus distinctes. Les intitulés utilisés par les SS ne peuvent masquer la terrible réalité: les camps «d’hébergement » ou «de séjour » regroupent des Juifs maintenus en vie en vue d’échanges éventuels mais les mauvais traitements sont fréquents et, si plusieurs centaines de ces détenus sont convoyés jusqu’en Suisse, plusieurs milliers d’autres sont transférés à Auschwitz pour y être exterminés; le camp «de convalescence» est destiné aux détenus des camps de concentration incapables de travailler, mais les soins nécessaires ne leur sont pas fournis et la mortalité est donc très élevée. Les effectifs de Bergen-Belsen gonflent considérablement dans les derniers mois de la guerre avec l’arrivée des déportés évacués des camps de l’Est, dégradant les conditions sanitaires déjà désastreuses. Les troupes britanniques entrent dans le camp le 15 avril 1945. Près de 30000 hommes et femmes tentent de survivre à la famine et à la maladie au milieu des cadavres. 125000 déportés sont passés à Bergen-Belsen, 37000 sont morts avant la libération et 13000 après. Parmi eux, plusieurs milliers d’hommes et de femmes déportés de France en tant que Juifs, résistants, opposants ou otages.

Monument de Buna Monowitz Auschwitz III (1993)

Monument de Buna Monowitz Auschwitz III (1993)

Buna Monowitz Auschwitz III

(inauguré le 4 février 1993)

Sur un socle de granit, le sculpteur Louis Mitelberg, dit Tim (ancien Français libre) a disposé cinq figures longilignes en bronze. Leurs silhouettes affaissées témoi - gnent de la souffrance et de l’épuisement des déportés. Le corps transporté dans la brouette rappelle la forte mortalité dans le camp de concentration de BunaMonowitz. La lumière qui passe au travers des personnages et dessine les rayures de leur tenue de déportés souligne la fragilité de leur existence et leur situation de morts en sursis. u Textes du monument Sur le socle de pierre: Buna-Monowitz-Auschwitz III et ses Kommandos

Sur une plaque de bronze, en contrebas du socle de pierre: "De 1941 à 1945 Auschwitz III comptait 39 camps nazis, tous exploités par le trust allemand de la chimie IG Farbenindustrie : Buna-Monowitz, Blechhammrer, Gleiwitz I, II, III, IV, Rajko, Fürstengrube, Günthergrube, Jawischowitz, Jaworzno, Feudenstadt... 30000 déportés dont 3500 arrêtés en France, Juifs pour la plupart, y moururent de faim, de froid, sous les coups et d’épuisement, ou désignés par les SS lors des sélections, ils furent exterminés dans les chambres à gaz d’Auschwitz-Birkenau. N’oublions jamais !" 

Le camp d’Auschwitz III – Monowitz

Ouvert fin octobre 1941 à proximité des usines Buna fabricant du caoutchouc synthétique pour l’entreprise IG-Farben, le camp de Monowitz est rattaché à celui d’Auschwitz. En novembre 1943, Monowitz devient un camp autonome sous le nom d’Auschwitz III, auquel sont rattachés près d’une quarantaine de Komman - dos travaillant pour l’industrie allemande implantée en Haute-Silésie. Les détenus sont pour la plupart des Juifs. Les conditions de travail sont extrêmement dures et des sélections envoient dans les chambres à gaz d’Auschwitz-Birkenau ceux qui s’épuisent le plus vite. Le camp est libéré par les troupes soviétiques le 27 janvier 1945, alors que  la plus grande partie des déportés a été évacuée vers les camps de l’ouest.

Monument en hommage aux déportés du camp d'Oranienienburg-Sachsenhausen (1970)

Monument en hommage aux déportés du camp d'Oranienienburg-Sachsenhausen (1970)

Oranienburg-Sachsenhausen (inauguré le 2 mai 1970)

La sculpture en cuivre martelé de Jean -Baptiste Leducq s’impose à tous les visiteurs par son ampleur et sa force. La couronne hérissée à la base du monument représente la clôture barbelée des camps. Les poteaux de la clôture portent des racines qui donnent naissance à un arbre de douleur dont le sommet se change en flamme du souvenir. Au centre, s’élève comme un cri vers le ciel, l’image tragique d’un déporté, le corps tendu dans l’espoir de renaître et de vivre dans la mémoire des hommes qui le regardent.

Textes du monument Autour du socle de granit, en lettres de bronze est écrit: Oranienburg-Sachsenhausen Sur le socle une plaque avec ces mots: Aux 100000 morts du camp de concentration nazi Le camp d’Oranienburg-Sachsenhausen

Le KL Sachsenhausen ouvre en août 1936 au nord de Berlin. Il succède au camp d’Oranienburg ouvert en mars 1933, peu après l’arrivée au pouvoir des nazis. Près de 200000 détenus sont immatriculés et 100000 y meurent. Le camp compte plus de 60 Kommandos travaillant pour les industries d’Allemagne du Nord. Le camp, évacué dans les jours précédents, est libéré le 22 avril 1945 par les Soviétiques. À partir d’août 1938, le complexe Oranienburg-Sachsenhausen accueille l’Inspection des camps de concentration (IKL) qui supervise l’ensemble du système concentrationnaire depuis 1934. Il devient ainsi le modèle inspirant les autres camps. Plus de 8500 Français sont passés par Sachsenhausen, notamment les déportés du premier convoi parti de France (244 mineurs du Nord arrivés le 25 juillet

Tombe d'Henri Krasucki et de sa famille

Tombe d'Henri Krasucki et de sa famille

Henri Krasucki, un destin exceptionnel de réfugié juif polonais communiste.  

Son père Isaac ouvrier tricoteur de Varsovie était membre du Parti communiste polonais dans la Pologne du maréchal Pilsudski, où l’anticommunisme le dispute à l’antisémitisme. 

Isaac s’expatrie, en 1926. 

Deux ans plus tard, son épouse, Léa (« Léyelé ») Borszczewska, ouvrière du textile et militante du parti communiste polonais comme lui, et son fils quittent à leur tour leur petit village juif de la banlieue de Varsovie, et le rejoignent à Ménilmontant, dans le 20e arrondissement de Paris.

Isaac et Léa travaillent dans « la maille » (le tricot), tenant un petit atelier de textile de Belleville qui compte alors une importante communauté yiddish et reprennent, aussitôt arrivés, le "combat des exploités" dans la CGTU, au PCF et dans des organisations juives révolutionnaires.

Pendant son enfance, Henri Krasucki est « l’un des plus célèbres pionniers rouges » de l’une des sections les plus représentatives des Jeunesses Communistes, celle de Belleville. Il y fait la connaissance de Pierre George, le futur Colonel Fabien, de 5 ans son aîné et qui devient son instructeur. Alors que ses parents souhaitaient le voir poursuivre des études,  il préfère se faire embaucher chez Renault une fois son CAP d'ajusteur en poche ; ses qualités de syndicaliste le font vite remarqué. 

En septembre 1939, le PCF est interdit par le gouvernement à la suite de la signature du pacte germano-soviétique. Isaac Krasucki doit plonger dans la clandestinité. Son fils a quitté l’école. En 1940 quand les Allemands entrent à Paris, il travaille dans une usine de Levallois, comme ajusteur. Il a quinze ans. À la fin de l’année 1940, Henri intègre les Jeunesses Communistes dans la section juive de la FTP-MOI du Parti Communiste dans le 20e arrondissement. Il a d’abord des responsabilités dans son quartier, puis à l’échelon de son arrondissement, et enfin en 1942 au niveau de la région parisienne.

À la suite du premier coup de feu du Colonel Fabien, le , qui marque le début de la Résistance armée des communistes français, Henri Krasucki prend sa part de risques : sabotages lancement de tracts depuis le métro aérien, actions militaires.

Le 20 janvier 1943, le père d'Henri Krasucki est arrêté pour sabotage et interné à Drancy ; il est déporté le 9 février à Birkenau et gazé dès son arrivée le 13 février.

Sous le pseudonyme de « Mésange » (une houppe de cheveux noirs coiffant alors son jeune visage émacié), Henri Krasucki, dit également « Bertrand », s’occupe des cadres et du recrutement des jeunes avec sa compagne Paulette Sliwka

Il est arrêté le , à h 15, à la sortie de son domicile, 8 rue Stanislas-Meunier Paris 20e,

Les inspecteurs de la Brigade spéciale no 2 des Renseignements généraux en feront le portrait suivant:

« Bertrand: 22 ans, 1,70m, mince, nez long, visage type sémite, cheveux châtain clair rejetés en arrière, retombant sur le côté. Pardessus bleu marine à martingale, pantalon noir, souliers jaunes, chaussettes grises. »

Comme sa mère et sa sœur, il est torturé pendant six semaines parfois devant sa mère, mais il ne lâche rien.

Les Français de la Brigade spéciale no 2 le livrent à la Geheime Feldpolizei, qui l’enferme à la prison de Fresnes, où il demeure privé de tout contact, dans le quartier des condamnés à mort avant d'être transféré au camp de Drancy. Il y retrouve ses camarades, Roger Trugnan et Samuel Razynski, dit « Sam ».

À la mi-juin, c’est la déportation vers l'Allemagne. Les jeunes manifestent dans le camp. Roger Trugnan raconte : « Nous chantions La Marseillaise et les gendarmes tapaient sur celles et ceux qui chantaient. » Son convoi depuis Drancy, le numéro 55, du 23 juin 1943, déportait 1 002 juifs, dont 160 enfants de moins de 18 ans, transportés dans des wagons à bestiaux. Deux jours et une nuit plus tard, ils arrivent à Birkenau, annexe d'Auschwitz. Seules 86 personnes de ce convoi ont survécu à la Shoah.

Henri et ses camarades sont affectés au camp annexe de Jawischowitz. Ils travaillent à la mine, seize heures par jour, avec la faim, les coups, et la crainte d’être malade, qui signifie la mort. Mais aussi la résistance : aussitôt arrivés, Henri, Roger, leur copain Sam ont cherché le contact. Ils continuent la lutte derrière les barbelés. Ils la continueront jusqu’au bout. Jusqu’à Buchenwald, où ils sont évacués en janvier 1945 - la terrible « marche de la mort ». Là, épuisés, ils sont pris en charge par l’organisation de Marcel Paul et du commandant Manhès.

Ils participent à l’insurrection du camp : « J’avais un vieux chassepot, raconte Roger, Henri avait un bazooka ! » (il faut faire la part des déformations de la mémoire : le Chassepot, fusil français de 1870, n'était pas courant en Allemagne ; et on ne s'improvise pas tireur au bazooka).

Henri Krasucki en revient le , « juste à temps pour manifester le 1er mai », comme il dira avec humour. Le lieutenant Krasucki, au titre des FTPF de Charles Tillon, travaille comme ouvrier métallo dans diverses usines de la métallurgie.

Henri Krasucki prit en charge Simon Rayman — le frère cadet de son meilleur ami Marcel Rayman, fusillé le  par les nazis — qui se retrouve sans famille après que sa mère fut gazée dès son arrivée à Auschwitz, et s'en occupe comme d'un frère.

Après la guerre, il devient l'un des dirigeants du PCF, mais son principal engagement reste syndical. Il est naturalisé français en 1947, l'année même où il devient permanent syndical à la CGT En 1949, il est secrétaire de l’Union départementale de la CGT de la Seine. En 1953, il entre au bureau fédéral de la Seine du PCF, puis en 1956, au comité central du PCF en tant que membre suppléant. En 1961, il entre au bureau confédéral de la CGT, puis devient directeur de La Vie ouvrière (la « VO »), le journal du syndicat qu'il dirige pendant dix ans. En 1964, il devient membre du bureau politique du PCF. Avec Roland Leroy et Louis Aragon, il est l’un des « accoucheurs » du comité central d’Argenteuil, tournant historique du Parti dans ses relations à la culture, la recherche et aux intellectuels. En 1966, grâce aux liens tissés avec Marcel Paul à Buchenwald, il règle le long conflit entre Marcel Paul et la direction de la fédération de l'éclairage.

Quand Benoît Frachon se retire, en 1967, « Krasu » se trouve aux côtés de Georges Seguy. Il est un temps pressenti en 1967 pour prendre la direction de la CGT, mais Séguy lui est préféré. Un an plus tard, à l’occasion de la plus grande grève que la France ait jamais connue, Henri Krasucki est l’un des principaux négociateurs des accords de Grenelle.

Il succède à Georges Seguy en juin 1982, lors du 41e congrès à Lille, il va rester 10 ans à la tête de la CGT.

 

 

 

tombe d'Albert Soboul - historien de la Révolution Française

tombe d'Albert Soboul - historien de la Révolution Française

tombe du dirigeant socialiste espagnol, acteur essentiel du camp républicain pendant la guerre d'Espagne, Largo Caballero

tombe du dirigeant socialiste espagnol, acteur essentiel du camp républicain pendant la guerre d'Espagne, Largo Caballero

Monument pour la Brigade Fabien - Brigades Internationales

Monument pour la Brigade Fabien - Brigades Internationales

Promenade au Père Lachaise: mémoire de la déportation, de l'histoire du mouvement ouvrier et du parti communiste
Monument pour les Brigades Internationales

Monument pour les Brigades Internationales

tombe de Georges Marchais

tombe de Georges Marchais

Monument pour le groupe FTP-MOI Manouchian avec le texte de L'Affiche Rouge de Louis Aragon

Monument pour le groupe FTP-MOI Manouchian avec le texte de L'Affiche Rouge de Louis Aragon

monument FTP MOI

monument FTP MOI

Tombe de Waldeck Rochet

Tombe de Waldeck Rochet

Tombe de Jacques Duclos

Tombe de Jacques Duclos

Tombe de Marcel et de Marguerite Cachin dans le granit de Bretagne

Tombe de Marcel et de Marguerite Cachin dans le granit de Bretagne

Promenade au Père Lachaise: mémoire de la déportation, de l'histoire du mouvement ouvrier et du parti communiste
Promenade au Père Lachaise: mémoire de la déportation, de l'histoire du mouvement ouvrier et du parti communiste
Tombe de Maurice Thorez

Tombe de Maurice Thorez

Tombe de Paul Eluard

Tombe de Paul Eluard

Tombe de Jean(Baptiste Clément, auteur du "Temps des Cerises"

Tombe de Jean(Baptiste Clément, auteur du "Temps des Cerises"

Tombe de Jean Longuet, gendre de Marx, leader de la gauche de la SFIO, critique de l'Union Sacrée pendant la Grande Guerre mais non rallié à la IIIe Internationale, qui vécut à Morlaix

Tombe de Jean Longuet, gendre de Marx, leader de la gauche de la SFIO, critique de l'Union Sacrée pendant la Grande Guerre mais non rallié à la IIIe Internationale, qui vécut à Morlaix

Monument de Paul Brousse, leader socialiste de la fin du XIXe siècle

Monument de Paul Brousse, leader socialiste de la fin du XIXe siècle

Monument des martyrs de Chateaubriant

Monument des martyrs de Chateaubriant

Promenade au Père Lachaise: mémoire de la déportation, de l'histoire du mouvement ouvrier et du parti communiste
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tombe de Georges Moustaki

tombe de Georges Moustaki

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24 octobre 2016 1 24 /10 /octobre /2016 13:55
Camille Lainé (MJCF) et Pierre Laurent (PCF) rendent hommage aux 27 fusillés dans la carrière de la Sablière. Photo : Patrice Morel

Camille Lainé (MJCF) et Pierre Laurent (PCF) rendent hommage aux 27 fusillés dans la carrière de la Sablière. Photo : Patrice Morel

À Châteaubriant, des appels à « être dignes » des 27 fusillés de 1941
COMMÉMORATION
GÉRALD ROSSI
LUNDI, 24 OCTOBRE, 2016
L'HUMANITÉ

Sur le site de la Sablière, plusieurs centaines de personnes ont rendu hommage, hier, en présence de personnalités comme Pierre Laurent (PCF), Philippe Martinez (CGT), ou encore le secrétaire d’État Jean-Marc Todeschini, aux 27 otages assassinés par les nazis, il y a 75 ans.

 

Châteaubriant (Loire-Atlantique), envoyé spécial.

Le souvenir est toujours vif. En dépit d’une météo particulièrement médiocre, c’est un public à la fois attentif, ému et combatif, qui a participé hier à la cérémonie marquant le 75e anniversaire de l’exécution de 27 otages par l’armée allemande, le 22 octobre 1941, dans la carrière de la Sablière, à Châteaubriant (Loire-Atlantique). Ce jour-là, à 15 h 50, 16 heures et 16 h 30, trois salves ont ôté la vie à ces jeunes hommes morts en chantant la Marseillaise, après avoir refusé de se laisser bander les yeux. Le même jour, 16 otages ont été exécutés à Nantes, au champ de tir du Bêle, et cinq autres au Mont-Valérien. « Leur massacre est le départ des exécutions massives perpétrées à titre de représailles par les Allemands », rappelle un fascicule édité par le ministère de la Défense.

Samedi, une nouvelle stèle devait être inaugurée sur le terrain du camp de Choisel, qui, qui a compté jusqu’à 45 000 prisonniers, était le plus important centre d’enfermement de Châteaubriant. Les cérémonies organisées sous l’égide de l’Amicale Châteaubriant-Voves-Rouillé-Aincourt, présidée par l’ancienne résistante Odette Nilès, étaient marquées cette année par la présence de Pierre Laurent et Philippe Martinez, respectivement dirigeants du PCF et de la CGT, du secrétaire d’État à la Mémoire et aux Anciens combattants, Jean-Marc Todeschini, ou encore du directeur de l’Humanité et député au Parlement européen, Patrick Le Hyaric.

« Soyons dignes d’eux »

En marge du défilé qui a conduit les participants du rond-point Fernand-Grenier à la carrière, avec dépôts de gerbes de fleurs, nombreux sont ceux qui ont tenu à se recueillir devant les stèles portant les noms et la photo des 27, dont Claude Lalet, « 21 ans, de Paris, étudiant » ; Jules Auffret, « 29 ans, maire adjoint communiste de Bondy (Seine-Saint-Denis) », ou encore Guy Môquet, « 17 ans, de Paris, étudiant, militant de la Jeunesse communiste clandestine ». Dans la foule, parmi les autocollants de la CGT, du PCF, du Mouvement jeunes communistes de France (MJCF), de nombreux badges sont arborés reproduisant le monument érigé dans la carrière avec la mention sobre mais chargée de sens : « Soyons dignes d’eux. »

Un message que Pierre Laurent a relayé à son tour : « Nous n’avons pas le droit d’oublier le crime, ni ceux qui en ont été les acteurs, nous sommes là en mémoire de nos frères. » Le secrétaire national du PCF a évoqué « ces hommes qui ont rallumé les étoiles de la fraternité humaine » et « qui ne voulaient renoncer ni à leur humanité, dans leur diversité, ni à l’humanité du monde ». Accompagné à la tribune par Camille Lainé, secrétaire générale du MJCF, Pierre Laurent a insisté sur la toujours actuelle « détermination qu’il faut démultiplier pour déjouer les scénarios du pire ». « Allons nous plier ou résister ? » a-t-il interrogé, dénonçant la criminalisation des syndicalistes, car « ce n’est pas un honneur à la mémoire » de ceux célébrés ce 23 octobre. Pierre Laurent a alors « renouvelé l’appel au rassemblement des hommes et des femmes de progrès » dans la perspective des prochaines échéances. « Nous devons ensemble construire un monde de fraternité » contre les exclusions, la xénophobie, a-t-il invité, en lançant : « Oui, nous serons unis pour revendiquer le droit à la paix et au bonheur. »

Philippe Martinez a lui aussi salué « ces militants exemplaires dont la mémoire ne peut pas s’effacer ». En dénonçant « la haine de l’autre », le secrétaire général de la CGT a fustigé « un FN qui parfois séduit avec ses idées simplistes, alors qu’il ne peut y avoir aucune place pour la xénophobie dans notre pays ». Pour lui, le « combat » à mener est celui pour « accentuer encore (les) actions pour être des héritiers fidèles » des 27. « Nous comptons sur cette jeunesse, ici présente, pour mener ce combat », a-t-il poursuivi.

Avant le spectacle au cours duquel des bénévoles, dont de nombreux jeunes communistes, ont incarné les 27, Jean-Marc Todeschini, concluant l’hommage, a rappelé lui aussi que « le choix des otages ne s’est pas fait pas hasard. Ils étaient syndicalistes, ils étaient communistes ». « Leur combat demeure. (...) Puisse cette confiance en l’avenir nous inspirer pour les défis à venir », a insisté le secrétaire d’État à la Mémoire et aux Anciens combattants, qui a annoncé le versement d’une aide de 110 000 euros à l’Amicale de Châteaubriant pour faire vivre cette mémoire.

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19 octobre 2016 3 19 /10 /octobre /2016 05:00
17 octobre 1961: "Il y a du sang dans Paris", par Sorj Chalandon (Libération, 1991)
17 octobre 1961. « Il y a du sang dans Paris », par Sorj Chalandon

Le quotidien Libération daté des 12 et 13 octobre 1991 consacre un dossier de 8 pages à la publication de La bataille de Paris, 17 octobre 1961 de Jean-Luc Einaudi (1). Un long et terrible article de Sorj Chalandon  raconte, à partir du livre d’Einaudi, le 17 octobre 1961 à la façon d’un reportage. 

 

Mardi 17 octobre 1961. Ce matin, il pleut. Une eau froide qui cogne la tôle ondulée des bidonvilles de Nanterre et Gennevilliers. Transforme les chemins pauvres en boue, les ornières en flaques, les premiers levés en ombres glacées. Ici, les noms chantonnent. Rue des Pâquerettes, de la Garenne, des Prés. Cabanes en carton, baraquements misérables, constructions approximatives de planches disjointes où s’entassent des milliers d’Algériens. Des taudis. De l’autre côté, dans la brume, des immeubles hauts. Le bois de Boulogne, Paris, les lisières devinées de la ville. A Sannois, un peu plus au nord, Ramdane, responsable local du FLN, regarde amèrement le ciel. « Dieu n’est pas avec nous ».
Cela va faire bientôt sept ans que dure la guerre d’Algérie. Au mois d’août 1958, pour la première fois, des continentaux tombent sous les balles rebelles. Le FLN vient de lancer une offensive militaire « anticoloniale » d’envergure sur l’ensemble du territoire français. Attaques de casernes, de commissariats, attentats spectaculaires contre des cibles économiques. Des soldats et des policiers sont tués, des combattants du FLN abattus, alors que des immigrés italiens ou portugais pris pour des Arabes sont exécutés par la police sans autre forme de procès.
17 octobre. Il est 9 heures. Maurice Papon, préfet de police de Paris, vient d’apprendre que le FLN appelle les Algériens à une manifestation le soir même afin de protester contre le couvre-feu qui leur est imposé à Paris et dans sa banlieue depuis le 5 octobre. Ancien délégué aux Affaires juives à Bordeaux de 1942 à 1944, où, sous son autorité, des centaines de personnes ont été internées à Mérignac, avant d’être convoyées à Drancy puis vers les camps d’extermination, le préfet compte ses hommes. 7000 policiers, 1400 CRS et gendarmes mobiles, plus les « forces de police auxiliaires », brigades composées de harkis créées par lui en mars 1961 et spécialisées dans l’interrogatoire poussé de leurs compatriotes nationalistes.
De Matignon, l’ordre tombe. Carte blanche. Aucune tentative de rassemblement, aucun début de manifestation ne peuvent être tolérés. Et pour mieux contrôler la situation, la police décide de prendre de l’avance sur les manifestants. Déjà, dans Paris et en périphérie, les premières arrestations. Les premières insultes, les premiers coups. Au poste de police de la Vigie, Oudina Moussa est obligé de manger ses cigarettes avant de boire de l’eau mélangé à de la javel.
Depuis l’été 1961, il n’y a pas là de quoi faire tourner la tête au passant parisien. Il est habitué aux perquisitions, aux rafles brutales. Il s’est résigné au sang sur le visage arabe. En août, les supplétifs harkis investissent des hôtels algériens de jour comme de nuit, brisent les mobiliers, cognent, lâchent les chiens. Il y a des files de basanés contre les murs, attendant le car de police. On interpelle sans ménagement les cheveux frisés. Alors que l’OAS commence à frapper, des Arabes sont attaqués en pleine rue par des policiers. Chasse au faciès. Méthodique, crapuleuse, terrible. Le 29 août, c’est le FLN qui passe à l’attaque. A l’aveugle, les symboles de l’autorité sont pris pour cible. N’importe qui, n’importe où, sans discernement. Seul l’uniforme compte. Bezons, deux clandestins abattent un policier. A Petit-Colombes, le gendarme Hubert tombe sous les balles du FLN. A Saint-Denis, l’officier de police Langlet est assassiné. Depuis quatre ans, dans l’ensemble de la métropole, 61 policiers sont tués par les nationalistes. Du 1er janvier au 31 août 1961, 460 Algériens sont abattus.
Du côté de l’Ordre, c’est la colère. Des policiers parlent de former des commandos. D’autres crient vengeance. Le « Français musulman d’Algérie » devient le « raton », le « bicot », le « fellouze » des racistes. La machine haineuse s’emballe. Les supplétifs torturent dans les caves de la Goutte-d’Or, XVIIIe arrondissement de Paris. De la porte du commissariat tout proche, les policiers se ruent, la matraque haute, sur tout ce qui ressemble à un Arabe. Les Algériens savent qu’il faut éviter cet arrondissement.
Et puis les noyés. Au milieu du mois de septembre, des cadavres sont retirés de la Seine. Certains ne seront jamais identifiés. D’autres nous sont désormais connus. Latia Younes, tunisien, arrêté le 6 septembre, repêché le lendemain. Le 7, Salat Belkacem est interpellé, matraqué et jeté à l’eau. Il s’en tire. Chebbah Iddir, qui voit un coreligionnaire mourir dans l’eau avant d’y être poussé à son tour après avoir été assommé. Réveillé par le froid, il regagne lentement la rive, sous les pierres des policiers qui tentent de le noyer. Chaque jour ou presque, la presse rapporte la découverte de cadavres à la dérive. Certains ont les mains liées derrière le dos. Le 24 septembre, Ouiche Mohammed est arrêté sur le chemin de la Sécurité sociale. On retrouve son corps douze jours plus tard. Le 26, deux Algériens sont étranglés avec leurs propres ceintures puis jetés à la Seine. Le 27, Mohammed Alhafnaoussi se noie. Le même jour, deux hommes, ficelés par des policiers, sont précipités dans le fleuve. Le 29 septembre, Chabouki Kassa, interpellé quatre jours auparavant, est retiré d’un canal.
17 octobre. Il est midi. A la gare St-Lazare, luttant pour de meilleurs salaires, les employés de la SNCF sont en grève. Plus de trains. Des dizaines d’Algériens, bloqués sur les quais depuis le matin alors qu’ils se rendaient à leur travail banlieusard, sortent brusquement dans la rue et marchent sur l’Opéra, devançant l’appel du FLN. « Non au couvre-feu raciste », « vive le FLN », « Algérie algérienne ».
Essentiellement, la communauté algérienne de France est masculine. Ouvrière dans le bâtiment ou vissée aux chaînes des usines, souvent miséreuse, elle envoie la majeure partie de ce qu’elle gagne à la famille restée au pays. Des hommes s’entassent à plusieurs dans des logements sordides. D’autres, en fonction du travail de jour ou de nuit, se partagent l’unique lit de la chambre. On ne loue pas aux Arabes. Ils restent groupés aux lisières de la ville, ou, pour les habitants des Aurès et de la Kabylie, dans quelques quartiers bien délimités. Au milieu des bidonvilles, ils ont organisé leurs propres réseaux de distributions. Des cafés de fortune ont été installés sous des planches. « FLN : capitale, Paris », écrivait Michel Debré en septembre 1958. Alors ministre de la Justice sous De Gaulle, il estimait nécessaire « une véritable croisade contre le terrorisme ». Les Français musulmans ont conscience du danger. Depuis quelques temps, ils évitent de circuler en groupe. Fréquentent moins les boulevards à la mode. Marchent seuls dans les rues. Mais aujourd’hui est un autre jour.
17 octobre, il est 13 heures. Les premiers manifestants ont tous été arrêtés sans protester. A la porte des usines, la police interpelle les Algériens qui entrent ou qui sortent. Des bars sont fouillés, les consommateurs arabes molestés. A l’Assemblée Nationale, le député Ahmed Djebbour, opposé aux « tueurs du FLN », annonce que les députés musulmans n’assisteront plus aux séances de nuit par « solidarité avec les travailleurs musulmans ». Pour les matraques de la rue, le parlement le sait parfaitement, un Arabe en vaut un autre. Au même moment, au cimetière de Thiais, huit Nord-Africains sont inhumés dans une fosse commune. Parmi eux, Akli Yahiaoui, tué à Châtillon de deux balles de révolver et Boussouf Achour, étranglé le 7 octobre puis jeté dans la Seine par des policiers. A Noisy-le-Sec, un automobiliste algérien percute un camion. Grièvement blessé, il est emmené à l’hôpital par la police. L’interne de garde constate le décès de l’homme. Une balle de 7,65 dans le ventre.
17 octobre 16 h30. Des interpellés sont battus dans une cave du 18e arrondissement. Selon les témoins, les policiers semblent ivres. Un prisonnier est brûlé à l’aide d’essence enflammée. Les Algériens sont à terre, les uns contre les autres, recroquevillés pour se protéger mutuellement des coups. Dans Paris, le dispositif policier se met en place. Ponts gardés, barrages, cars de ramassage prêts. Les hommes ont le casque sur la tête, le mousqueton, le pistolet-mitrailleur ou la matraque. Il y aura aussi des barres de fer, de bois, des nerfs de bœufs et des cannes plombées.
17 octobre. Il est 18 h 30. A Asnières, la police interpelle une centaine d’Algériens qui essayaient de prendre un improbable train. Pont de Neuilly, un policier interpelle un travailleur arabe. « Algérien ? ». « Oui », répond l’autre. Sans un mot, le policier lui tire une balle dans le ventre et s’en va.
17 octobre, 19 heures. Dans les banlieues le FLN organise « l’évacuation ». C’est- à-dire le rassemblement de tous les Algériens devant participer aux marches. Ce n’est un secret pour personne. Le FLN s’organise et organise sa propre communauté. Systématiquement, dans chaque foyer, chaque bidonville et chaque hôtel, les nationalistes exercent un vigoureux quadrillage de l’immigration algérienne. Les militants existent, mais aussi les sympathisants réels ou obligés. Sur 400 000 Algériens vivant en France, 138 000 font partie de structures du FLN. Tous les autres, qu’ils le souhaitent ou non, cotisent à l’organisation. Car, en ces temps, qui n’est pas pour le FLN est contre. Ce qui n’est pas simple, car l’organisation est elle-même en crise, déchirée par des luttes intérieures violentes, l’état-major et le gouvernement provisoire se disputant âprement le contrôle de la Fédération de France. Ici et là, le Front rend aussi une « justice de guerre », pourchasse les mouchards ou arbitre les querelles. Aujourd’hui, il assure efficacement le suivi de ses directives. Elles sont simples. Tout le monde dans la rue. Mis à part les handicapés et les excusés. La manifestation sera silencieuse et pacifique. Aucune arme ne doit être portée par des manifestants. Pas un bâton, pas un canif. « Quiconque aura ne serait-ce qu’une aiguille sur lui sera passible de la peine de mort », affirme même Omar Boudaoud, chef de la fédération de France du FLN.
Par groupe de 20 ou 30, les Algériens se mettent en marche vers les bus et les cars. Certains arrivent à pied. Les plus fortunés tentent le taxi. Depuis quelques minutes, ils connaissent l’heure et les trois points de rassemblement. Rendez-vous de 20 h 30 à 21 h 30 sur les Champs-Elysées direction Concorde, de la République à Opéra et de St-Michel à St-Germain-des-Près. Ils ont en tête la consigne majeure. Ne répliquer à aucune provocation, ne pas répondre aux coups autrement que par un slogan favorable à l’indépendance algérienne.
Paris est cerné. La police campe aux portes et sillonne le centre. De nombreux chauffeurs de bus refusent les Algériens. « Pas de ratons dans mon véhicule ». Tous les Arabes sont systématiquement interpellés. Les policiers investissent les bus, entrent, font sortir les Français musulmans les mains levées. La majorité des Français de métropole ne réagissent pas. Déjà, un peu partout, des haies de matraqueurs se forment. Les Algériens passent au milieu. Tombent, hurlent, saignent abondamment. Les coups pleuvent encore dans les cars, à l’arrivée dans les centres de tri, aux portes du Palais des Sports transformé en camp de prisonniers deux jours avant le concert de Ray Charles. Dans la rue, des Italiens protestent, les mains en l’air. Un touriste américain, moustachu, doit prouver sa nationalité. Porte de Pantin, des centaines d’Algériens attendent, face contre le mur et les mains sur la tête. Cette image terrible va hanter Paris toute une nuit. Dans les rues, sur les boulevards, dans les portes cochères, contre les restaurants où dînent les Français, près de l’Olympia où Brel chante Marieke, contre le Rex où tonnent les canons de Navarone. Partout, dans les flaques de pluie et de sang, il y aura ces visages blafards, ces mains tremblantes, ces yeux effarés, ces corps blottis les uns contre les autres, debout, assis, couchés, en équilibre entre morts et mourants. Et le bruit des matraques, des crosses, des coups de pieds. L’ordure des injures.
17 octobre. Vers 20 heures, Maurice Papon décide de réquisitionner les bus parisiens. Trop d’arrestations. La dernière fois que la RATP a été mise à contribution, c’était les 16 et 17 juillet 1942. Les regards capturés étaient juifs. Dans le 12e arrondissement, Yahloui Larbi s’enfuit. Abattu dans le dos. A Puteaux, Ahmed Tahly est assommé et jeté du haut d’un pont dans la Seine. Deux Français le repêchent. Au métro Etoile, le piège s’est refermé sur les manifestants. « Tuez nous, tuez nous donc », hurle une Algérienne. « Renvoyez les ratons chez eux et fusillez les meneurs », répondent des jeunes Français. Arrivés dans la cour de la préfecture, on oblige les manifestants à sortir du bus RATP par les fenêtres, sous un déluge de coups.
Des Algériens sont regroupés un peu partout et marchent en silence. Parfois sur les trottoirs, parfois sur un côté de la rue pour ne pas gêner la circulation. Les Parisiens regardent les foules avec stupeur. Certains fuient. D’autres, impressionnés par le calme et la dignité des manifestants, restent figés sur le trottoir. Il y a des femmes, des enfants, des hommes. Et tous ont mis leurs vêtements du dimanche. Il y a des cravates autour des cous, des robes de fêtes, des pantalons pour flâner sur les grands boulevards le samedi soir, des vestons un peu justes, des imperméables ruisselants de pluie. Ils s’appellent frère, sœur. Ils se sont fait beaux et fiers, en habit de dignité.
Paul Rousseau, un gardien de la paix syndicaliste, voit des policiers jeter des Algériens par-dessus le pont de Clichy après les avoir massacrés au nerf de bœuf. « On a eu des collègues tués, pas de cadeaux. Les bicots ont des armes ». La fausse rumeur se répand dans la ville. Le syndicaliste assiste aux fusillades. Pas de tir en rafale, de doigt oublié sur la queue de détente pour conjurer la peur. Des crimes au coup par coup, pistolet au poing. Et ceux qui avaient tiré ont touché des cartouches pour que le lendemain dans leur chargeur, le compte y soit toujours.
Il y a du sang dans Paris. Ce n’est pas une image. Sur les trottoirs, les pavés, la rambarde des ponts, sur les vitres brisées de magasins enfoncés par les corps, sur le sol des autobus. Et peu de Français réagissent. Dans les bouches de métro, sur les quais, des centaines d’hommes saignent encore, attendent, en files interminables, les mains levées. Au photographe Elie Kagan, qui vole une image de souffrance, une employée de la RATP hurle : « Mais vous savez, monsieur, c’est interdit de prendre des photos sur les quais de métro ». Les Français sont autorisés à n’emprunter que le dernier wagon de chaque rame. Pour mieux cerner les Arabes dans les autres. « Foncez dans le tas », hurle un homme à la police qui hésite, boulevard St-Michel.
Mais les Algériens marchent toujours. Partout. En groupes, en famille, en manifestation. C’est l’heure officielle du couvre-feu. Quand on les arrête, quand on les frappe, ils s’écroulent en criant « vive le FLN », « Libérez Ben Bella », « à bas le couvre-feu raciste ». Et ne résistent pas. Il n’y a pas de drapeau, pas de pancarte. Peut-être, ici, une dame qui accroché un foulard vert sur son parapluie blanc, esquisse minimale des couleurs algériennes. La police charge pont de Bezons. Des supplétifs ouvrent le feu au pistolet. Les femmes sont sévèrement matraquées. D’autres, pieds nus, s’enfuient. Il y a des bérets, sur les trottoirs, des chapeaux de feutre, des gamelles d’ouvriers, des musettes d’usine. Des dizaines d’hommes, les mains en l’air, se font bastonner contre les grilles de l’hôtel Crillon. Il y a des hurlements place des Ternes, avenue Hoche, rue de Courcelles où a crosse des pistolets mitrailleurs s’abat sur les têtes et les dos. Les quartiers chics se défendent. « Là, Monsieur l’agent », crie un jeune homme posté place de l’Etoile, « il y en a deux derrière l’arbre ». Les cafés n’ont pas même été désertés.
Boulevard St-Michel, des guéridons en fonte sont jetés sur des Algériens. Là, un policier brise son bâton à force de coups. Haine pure, brutale. Des agents qui débouchent en courant frappent des hommes immobiles, couchés dans leur sang depuis de longues minutes. Matraquages méthodiques, silencieux. « On vous impose une guerre subversive, vous devez être subversif aussi dans la guerre qui vous oppose aux autres. Vous serez couverts, je vous en donne ma parole », avait lancé, le 2 octobre à Montrouge, Maurice Papon qui visitait des policiers. Avant de leur rappeler toutefois qu’ils devaient « employer les moyens légaux de répression ».
Place de la République. Dans la nuit, le youyou des femmes arabes. A la Défense, de leurs fenêtres, des Français jettent des bouteilles sur les manifestantes. D’autres Français, minoritaires, aident comme ils le peuvent ou retiennent chaque scène, pour la mémoire du lendemain. Boulevard Bonne-Nouvelle, à côté du cinéma Le Rex, un policier s’avance seul face à la foule, tire deux coups de semonce en l’air et fait feu après avoir ordonné aux manifestants de s’arrêter. Arrivés en renfort, des CRS tirent sur la foule. Panique. Sept corps restent sur la chaussée. Devant l’immeuble de L’Humanité, Guy Chevalier, un Français, s’effondre à son tour, le crâne brisé par la crosse d’un fusil. C’est le seul qui, deux jours plus tard, aura son nom et sa photo imprimés dans des journaux parisiens parlant de « bataille rangée ».
La nuit se termine. « Et un raton, un ! », lance un homme de salle de l’hôpital de Nanterre, voyant arriver un Algérien au crâne défoncé. Dans les commissariats, des policiers délestent les manifestants de leurs montres et de leur argent. Abadou Lakdar, jeté d’un pont à Argenteuil, meurt noyé. Les prisonniers s’entassent dans le stade Pierre-de-Coubertin, accueillis par les coups et les insultes. Dans le Palais des Sports, les internés ont aménagé un petit espace au milieu d’eux pour faire leurs excréments. Ils sont 6000, la plupart sanglants. Dans un tract anonyme distribué le 31 octobre, des « policiers républicains » affirment que « des dizaines de prisonniers ont été tués à coup de crosses et de manche de pioche dans l’enceinte du parc des expositions de la porte de Versailles. D’autres ont eu les doigts arrachés ». Dès le lendemain, des Algériens sont envoyés dans des camps de détention, en Haute-Marne ou dans l’Aveyron. D’autres, sont « renvoyés dans leurs douars », en Algérie. Des dizaines d’hommes ont disparu. On ne les reverra jamais.
Et puis Fatima Bédar, 15 ans à peine, fille d’un soldat musulman évadé de captivité pendant la dernière guerre, qui a rejoint les Forces françaises libres durant la campagne d’Italie. Elle s’est disputée avec sa mère le matin même pour avoir le droit d’assister aux manifestations. On la retrouvera le 31 octobre, noyée dans le canal St-Denis.
Le bilan officiel concernant la journée et la nuit du 17 octobre 1961, publié le lendemain, est de 3 morts (2 Algériens, 1 métropolitain) et de 64 blessés côté policier, on affirme que 13 gardiens ont été blessés, l’un n’ayant pu normalement reprendre son service le mercredi 18 octobre. Depuis lors, jamais ces chiffres n’ont été révisés.
Sorj CHALANDON

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18 octobre 2016 2 18 /10 /octobre /2016 13:54
Massacre des algériens de Paris du 17 octobre 1961: 55 ans après, intervention de Henri Pouillot au nom du MRAP et de l'ARAC au Pont Saint Michel à Paris

Intervention de Henri POUILLOT, au nom du MRAP / de l'ARAC

17 octobre 2016 - au Pont Saint Michel à Paris

Le 17 octobre 1961, sera commis l'un des plus grands crimes d'états commis dans le monde, en Europe en particulier, avec ces centaines de victimes.

Il faut se souvenir que la France domina l'un des plus importants empire colonial du monde. Le colonialisme, basé sur le racisme, justifié parfois comme nécessaire pour "apporter la civilisation" en fait avait pour but essentiel d'exploiter, piller les richesses locales au profit de sociétés coloniales. Il faut se souvenir du film documentaire de notre ami René Vautier "Afrique 50" qui illustrait remarquablement comment le colonialisme était mis en œuvre. Ce, film fut saisi et interdit pendant des dizaines d'années.

Il serait temps que la France reconnaisse, comme pour l'esclavagisme, que le colonialisme est un crime contre l'humanité. Il serait temps que la loi du 23 février 2005 soit abolie, cette loi qui avait dit "les programmes scolaires reconnaissent en particulier le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord…". Même si cette phase a été retirée, cette loi reste profondément imprégnée de colonialisme.

Pour l'Algérie, la France a la lourde responsabilité d'avoir usé de tous les moyens pour tenter d'y conserver sa domination. C'est au prix de crimes d'états (8 mai 1945 –Sétif, Guelma, Kherrata.., 17 octobre 1961, Charonne 8 février 1962) de crimes de guerre (utilisation du gaz VX et Sarin, de villages –entre 600 et 800 -rasés au napalm, des essais nucléaires au Sahara dont les conséquences sont encore sensibles aujourd'hui), des crimes contre l'humanité (institutionnalisation de la torture, du viol, des camps d'internement –pudiquement appelés camps de regroupement-, des exécutions sommaires –corvées de bois, exécutions d'otages, crevettes Bigeard…-…) que la France a tenté d'écraser ce mouvement de libération nationale. Il serait plus que temps que la France reconnaisse sa responsabilité dans ce domaine et condamne ces crimes commis en son nom, comme cela fut fait par Jacques Chirac pour la Shoah.

Certains disent que la France, avec François Hollande, a fait quelques pas dans ce domaine comme sur le 17 octobre, la disparition de Maurice Audin et tout récemment au sujet des Harkis. Reprenons ces 3 points :

17 octobre 61. Certes François Hollande a déclaré le 17 octobre 2012 "Le 17 octobre 1961, des Algériens qui manifestaient pour le droit à l'indépendance ont été tués lors d'une sanglante répression. La République reconnaît avec lucidité ces faits. Cinquante et un ans après cette tragédie, je rends hommage à la mémoire des victimes." Mais le terme de crime n'est pas repris, et la responsabilité, sous entendue, n'est pas clairement définie. Pourtant le 15octobre 2011, à la veille du 50ème anniversaire de ce massacre, il avait personnellement signé la pétition que notre collectif avait initiée, diffusée par Médiapart demandant au futur président de la République de reconnaître et condamner ce crime d'état. Il avait même rajouté qu'il irait jeter les fleurs au pont de Clichy, ce qu'il fit d'ailleurs. Il faut dire que ce 15 octobre là, c'était un samedi, la veille du second tour des primaires socialistes qui l'opposait à Martine Aubry et que celle-ci venait de signer quelques instants plus tôt cette même pétition. Fort de cet encouragement notre collectif lui proposa un mois à l'avance, pour le 17 octobre suivant, alors qu'il avait été élu, de confirmer son engagement de candidat. N'ayant pas d'échos à ce courrier, nous annonçons que le 17 octobre, à 15h, nous allions venir chercher la réponse. Nous lui n'avons pas été reçus, nous sommes restés un heure sous la pluie, sur le trottoir, en face du palais présidentiel. Devant ce mépris nous sommes partis pour assurer le rassemblement du Pont Saint Michel où nous pensions annoncer la position du Président de la République. C'est dans le métro que nous avons appris ces 3 phrases que je viens de rappeler, expédiées sur les télescripteurs des agences de presse, mais qui ne nous ont même pas été remises en main propre.

 

Maurice Audin. Quand François Hollande est allé à Alger, en décembre 2012, il s'est recueilli devant la stèle de Maurice Audin, située sur la place qui porte son nom près du tunnel des facultés. Mais ce crochet n'a été rajouté à son programme de visites que la veille de son départ, et le mot de torture n'y a pas été prononcé. Plus tard, le 17 juin 2014, un communiqué officiel remettait enfin en cause la version officielle de l'évasion de Maurice. Ce communiqué disait entre autre : "Mais les documents et les témoignages dont nous disposons aujourd’hui sont suffisamment nombreux et concordants pour infirmer la thèse de l’évasion qui avait été avancée à l’époque. M. Audin ne s’est pas évadé. Il est mort durant sa détention". Mais on ne sait pas encore comment est mort Maurice Audin : à cet âge là, il est difficilement admissible de croire à un décès naturel. Depuis 2 ans maintenant, ni les documents, ni les témoignages nombreux et concordants ainsi évoqués ne sont connus. La famille, les historiens n'ont pu avoir accès à ces informations. L'assassinat de Maurice Audin reste donc encore un mystère.

 

Au sujet des Harkis : il y a quelques jours, le 25 septembre dernier, le Président de la République s'exprimait "…et je l'affirme ici clairement, au nom de la République. Je reconnais les responsabilités des gouvernements français dans l'abandon des Harkis, des massacres de ceux restés en Algérie, et des conditions d'accueil inhumaines des familles transférées dans les camps en France. Telle est la position de la France." Mais il a "oublié" de dire que ce sont des victimes du colonialisme. La majorité ne "s'est pas mise sous le drapeau français" comme il l'a dit. Une grande partie de ces harkis a été enrôlée de force, ils ne se sont pas engagés "pour contrôler un territoire de plus de 2 millions de kilomètres carrés que l'Armée Française ne pouvait soumettre". Dans ce discours il est sous-entendu que la majorité des Harkis restés en Algérie furent donc massacrés. Certes plusieurs milliers furent l'objet de répressions organisées localement parce qu'ils avaient été reconnus pour les exactions dont ils avaient été responsables, et souvent, comme en France après la libération en 1945, par les "résistants de la 25ème heure" (les marsiens en Algérie). Certains ont adhéré à la notion d'Algérie Française, et parmi ceux-ci certains ont eu un comportement condamnable. Mais la majorité des anciens harkis vit encore en Algérie et des dizaines de milliers perçoivent même la retraite d'Anciens Combattants. Effectivement, les Harkis et leurs familles "parqués" dans les camps de Rivesaltes, Jouques… ont connu une discrimination honteuse. Certes quelques uns, très rares, de leurs enfants sont parvenus à réaliser une scolarité leur permettant se sortir de la condition sociale misérable de leurs parents, mais la majorité continuent encore aujourd'hui, ainsi que les petits enfants à connaître la discrimination liée à leurs origines d'indigènes. La journée du 25 septembre est humiliante : en effet, ces harkis ont porté le même uniforme que moi-même dans cette période, ils ont vécu les mêmes difficultés, horreurs que moi. Il est donc scandaleux qu'il y ait une journée spéciale, différente de commémoration entre les militaires qui portaient le même uniforme que les militaires métropolitains, c'est constituer une discrimination inqualifiable à leur égard, une forme de racisme d'état à leur égard, les considérant comme des citoyens de seconde zone.

On voit bien par ces 3 exemples que même les dirigeants actuels de la France n'entendent pas faire la lumière sur l'histoire de notre pays et tentent de la travestir, y compris par des propos de compassion, pour éviter d'en affronter la réalité. Cela a des conséquences sur le quotidien pour les ressortissants de ces familles originaires d'Algérie à qui on refuse toujours de les reconnaître comme des citoyens à part entière, qui restent discriminé, des indigènes.

55 ans après ce 17 octobre 1961, la France qui revendique souvent être le pays des droits de l'homme, n'en montre pas vraiment le chemin. Comment peut-on donner des leçons dans ce domaine ? Je rappelle les coups de menton au sujet de l'utilisation du gaz Sarin en Syrie en 2013 contre la population civile, et tout récemment contre la Russie. Tant que notre passé sera entaché par ces nombreuses violations que je rappelais il y a quelques instants, la voix de la France sera difficilement audible au plan international.

Mais cette non reconnaissance de ce passé, et la poursuite d'une politique colonialiste (la Françafrique en particulier) ont des effets importants dans la population française, pour le vivre ensemble harmonieux. Pour l'illustrer je ne rappellerai qu'une expression "issu de l'immigration". Elle est entrée dans le parler courant, dans le subconscient de nos concitoyens. Mais qui concerne-t-elle ? Manuel Valls ? Nicolas Sarkozy ? Eux sont considérés comme des Français, et peut-être même des gaulois !!! par contre ceux qui ont un nom, un prénom, une couleur de peau qui peut traduire une origine de colonisé, même s'ils ne connaissent pas le pays de leurs ancêtres ne sont toujours pas considérés comme des Français à part entière, ils restent des sous-citoyens, discriminés…

C'est sur ces mots que je conclurai, en vous demandant de ne pas baisser les bras, de continuer à soutenir ces actions pour notre fierté de défenseurs des droits de l'homme.

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