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3 septembre 2016 6 03 /09 /septembre /2016 05:59
"Mai 1981: une victoire douce amère" (les séries de l'Humanité): Roger Martelli

Mai 1981 Une victoire douce-amère…

les séries d'été de l'Humanité 29/33

ROGER MARTELLI HISTORIEN

LUNDI, 29 AOÛT, 2016

L'HUMANITÉ

Mai 1981, François Mitterrand est élu président de la République. C’est l’aboutissement de la stratégie de programme commun. C’est aussi la traduction d’une forte attente de changement.

En une de l’Humanité, ce 21 mai 1981, deux présidents. Le battu s’apprête à quitter le cadre de l’image en même temps que le pouvoir : c’est Valéry Giscard d’Estaing. Le vainqueur, François Mitterrand, avance droit, face au lecteur. Le suffrage universel a tranché. « Que le changement commence. »

En décembre 1965, le nouveau président élu avait été le premier candidat de gauche – et le premier candidat de toute la gauche – à la première élection présidentielle au suffrage universel. Depuis, le peuple de gauche attendait la victoire, « sa » victoire. Elle est acquise le 10 mai 1981. Le soir même, la Bastille archicomble est en liesse :

Regarde/

Quelque chose a changé/

L’air semble plus léger/

C’est indéfinissable, chante à l’époque Barbara.

Le PCF propose que toute la gauche s’unisse sur un programme commun

L’éditorial du directeur de l’Humanité, Roland Leroy, se veut dans l’air du temps. « Joie et espérance sont nôtres aussi », affirme-t-il. Pour les communistes d’alors, cela n’a rien d’évident. Quelques semaines plus tôt, le 26 avril, au soir du premier tour de l’élection présidentielle, ils sont proprement K.O. Leur candidat, leur secrétaire général, Georges Marchais, est distancé de dix points par rapport à celui qui n’est encore que le premier secrétaire du Parti socialiste. De 1945 à 1978, les communistes ont été en tête de la gauche et souvent de loin. Cette fois, les socialistes ont creusé l’écart. Le choc est rude, inattendu.

Depuis 1962, alors que la Ve République accentue son caractère présidentiel, le PCF propose que toute la gauche s’unisse sur un programme commun. Les engagements programmatiques étant consignés précisément par écrit, il ne sera pas possible aux socialistes de leur tourner le dos, expliquent alors les dirigeants communistes. Et ils sont convaincus que le processus profitera au PCF : les électeurs français en tiendront compte dans leur vote, dès l’instant où il a été le principal initiateur du Programme et son plus vigilant défenseur.

Les espoirs seront bien vite écornés. Quand le Parti communiste lance l’idée du Programme, le Parti socialiste de l’époque – la SFIO – est dans une situation inconfortable. Il a été associé aux déboires de la République précédente, il s’est enlisé dans les guerres coloniales et il a soutenu le général de Gaulle quand celui-ci est revenu au pouvoir. Au printemps 1969, il est au bord du gouffre : son candidat à l’élection présidentielle, Gaston Defferre, peine à franchir la barre des 5 % au premier tour !

Tout change en 1971 avec… François Mitterrand. Il est déjà un vieux cheval de la politique et il n’est pas du tout socialiste. Mais il prend la tête du vieux parti, le transforme en profondeur, lui donne un coup de barre à gauche et signe un programme commun avec les communistes et les radicaux de gauche, le 27 juin 1972. Contrairement aux attentes communistes, son intuition réussit : en mars 1973, aux élections législatives, le PCF reste en tête de la gauche, mais de peu, et il obtient un score plus bas qu’en 1967 et 1969.

Pour les communistes, responsables et militants, c’est un mystère. La faute à l’anticommunisme ou à l’image désastreuse de l’URSS ? Problème conjoncturel ou problème structurel ? On ne sait plus très bien du côté de la place du Colonel-Fabien. Pendant quelques années, le PCF oscille entre l’ouverture unitaire et la critique à l’égard d’un PS qui veut manifestement occuper l’essentiel de l’espace à gauche. Au milieu des années 1970, sous le drapeau de « l’eurocommunisme », les communistes se lancent même dans une ambitieuse tentative de mise à jour.

En vain… À la fin de l’été 1977, conscients de l’allant de leur partenaire, Georges Marchais et ses camarades tentent un bras de fer avec le parti de François Mitterrand : il faut ancrer le PS le plus à gauche possible. En fait, la mauvaise humeur communiste arrange le partenaire aux aguets : Mitterrand peut ainsi arguer de ce qu’il n’est pas l’otage des communistes…

En mai 1981, son pari est gagné. L’équilibre à gauche est bouleversé. Beaucoup, au PCF, ont souhaité ouvertement ou discrètement l’échec du numéro un socialiste. Mais la gauche « d’en bas » n’en peut plus d’attendre et la droite est divisée. L’heure de Mitterrand est donc venue. Les communistes n’ont plus qu’à en tenir compte. L’éditorial de Roland Leroy participe de ce réajustement. Le PCF, qui a tant fait pour le Programme commun, ne peut pas bouder la victoire. Désormais, il entend faire partie de la nouvelle majorité, et cela jusqu’au gouvernement.

Son score législatif (16,1 %) est à peine plus élevé que celui de la présidentielle. Les députés communistes sont moins nombreux, mais il y a, en juin, quatre ministres communistes pour la première fois depuis mai 1947. Hélas pour le PCF, dans la majorité ou dans l’opposition, en alliance avec le PS ou en concurrence directe avec lui, la dynamique électorale va rester défavorable. Mais c’est bien sûr une autre histoire…

TEL QUEL Dans l’Humanité du 21 mai 1981Par Roland Leroy « Joie et espérance sont nôtres aussi. Toute la campagne de Georges Marchais a été conduite avec un seul objectif : battre Giscard et sa politique, ouvrir la voie au changement. Au second tour, l’apport des voix communistes a été décisif. Sans nous la victoire du 10 mai aurait été impossible. Sans nous, elle ne pourrait pas être parachevée. (…) Nous sommes – pour notre part – animés d’une seule volonté : réussir le changement. C’est pourquoi nous ferons tout ce qui dépend de nous pour qu’aucun obstacle, aucune difficulté n’empêche l’élection d’une majorité parlementaire bien ancrée à gauche, grâce à une réelle représentation communiste et l’installation d’un gouvernement d’union de toutes les forces qui ont permis la victoire. »

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25 août 2016 4 25 /08 /août /2016 07:44

C'était l'époque où les sections du PCF avaient encore des cellules bien vivantes et une capacité, grâce au nombre de militants et à leur motivation, mais aussi aux moyens financiers des sections, de sortir des bulletins quartiers par quartiers pour réagir et proposer au plus proche des préoccupations quotidiennes des gens.

La section PCF de Morlaix et sa cellule des quartiers du Plateau Nord-Est, animée entre autres par Jean-Luc et Annie Le Calvez, sortaient ainsi le premier numéro du Journal de quartier communiste "La Butte Rouge" en avril 1987 où il est question des revendications des boulistes, d'une alerte au rat à Troudousten, d'une pétition d'habitants contre le bruit du groupe électrogène du Supermarché de La Boissière, des caddies du supermarché qui se baladent dans le quartier et de la nécessité de consigner les caddies pour éviter ces désagréments avec une pièce de 10 francs comme d'autres supermarchés, de la défense de la Sécu et des remboursements médicaux, avec les propositions de financement des communistes, et de la défense de la 3ème classe de maternelle de l'école Emile Zola de la Vierge Noire, depuis disparue, par l'adjoint communiste aux Affaires Scolaires Alain David et des parents d'élèves qui se sont déplacés avec lui à l'inspection académique. Du local au global, le propre d'un Parti qui se veut populaire et proche des gens.

La Butte Rouge, PCF Morlaix, journal de cellule Plateau Nord-Est archives Jean-Luc Le Calvez - avril 1987 (page 1)

La Butte Rouge, PCF Morlaix, journal de cellule Plateau Nord-Est archives Jean-Luc Le Calvez - avril 1987 (page 1)

La Butte Rouge, PCF Morlaix, journal de cellule Plateau Nord-Est archives Jean-Luc Le Calvez - avril 1987 (page 2)

La Butte Rouge, PCF Morlaix, journal de cellule Plateau Nord-Est archives Jean-Luc Le Calvez - avril 1987 (page 2)

La Butte Rouge, PCF Morlaix, journal de cellule Plateau Nord-Est archives Jean-Luc Le Calvez - avril 1987 (page 3)

La Butte Rouge, PCF Morlaix, journal de cellule Plateau Nord-Est archives Jean-Luc Le Calvez - avril 1987 (page 3)

La Butte Rouge, PCF Morlaix, journal de cellule Plateau Nord-Est archives Jean-Luc Le Calvez - avril 1987 (page 4)

La Butte Rouge, PCF Morlaix, journal de cellule Plateau Nord-Est archives Jean-Luc Le Calvez - avril 1987 (page 4)

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25 août 2016 4 25 /08 /août /2016 06:04
Pierre Guéguen, fusillé le 22 octobre 1941 dans la carrière de Châteaubriant - Ancien conseiller général et maire communiste de Concarneau, acteur majeur du Front Populaire

Pierre Guéguen, fusillé le 22 octobre 1941 dans la carrière de Châteaubriant - Ancien conseiller général et maire communiste de Concarneau, acteur majeur du Front Populaire

Marc Bourhis, fusillé le 22 octobre 1941 dans la carrière de Châteaubriant

Marc Bourhis, fusillé le 22 octobre 1941 dans la carrière de Châteaubriant

1979: Hommage de Pierre Le Rose, ancien dirigeant FTP et secrétaire départemental du PCF, aux fusillés concarnois de Chateaubriant: Marc Bourhis, et surtout Pierre Guéguin

1979: Hommage de Pierre Le Rose, ancien dirigeant FTP et secrétaire départemental du PCF, aux fusillés concarnois de Chateaubriant: Marc Bourhis, et surtout Pierre Guéguin

Pierre Le Rose (à un congrès de la FCPE en 1973)

Pierre Le Rose (à un congrès de la FCPE en 1973)

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25 août 2016 4 25 /08 /août /2016 06:00

Sous le grand titre "Non à l'élargissement de l'Europe", le journal L'Unité du PCF de Concarneau déconstruit en page 3 du n°99 daté de février 1979 le discours pro-européen et se justifie contre les socialistes notamment, mais aussi Giscard d'Estaing, de l'accusation infamante de xénophobie, particulièrement déplacée de la part de ceux qui ont soutenu l'oppression coloniale.

L'opposition à l'entrée dans la CEE de l'Espagne, du Portugal, de la Grèce, était surtout une désapprobation de l'orientation libérale et de mise en concurrence fragilisant l'emploi et les économies nationales portée par la construction européenne. Elle peut se lire aujourd'hui comme une frilosité dont l'histoire a montré qu'elle était une erreur, encore que... Ce qui est important, c'est la constance des arguments: du côté du PCF, l'idée que l'Europe est le cheval de Troie d'une plus grande domination capitaliste. Du côté des pro-européens et des libéraux, l'idée que s'opposer à cette construction et intégration européenne, c'est être chauvin, souverainiste, xénophobe...

L'Unité, journal du PCF de Concarneau- février 1979

L'Unité, journal du PCF de Concarneau- février 1979

L'Unité, journal du PCF de Concarneau - février 1979

L'Unité, journal du PCF de Concarneau - février 1979

L'Unité- Journal du PCF de Concarneau, février 1979: une très forte réponse à l'accusation faite au PCF par les Giscard, Mitterrand, Edmond Maire, parce qu'il milite contre l'élargissement de l'Europe, d'être un parti xénophobe: une accusation particulièrement déplacée quand on connaît l'histoire et les engagements des militants communistes. Un article écrit sans doute par Pierre Le Rose, ou par Paul Le Gall

L'Unité- Journal du PCF de Concarneau, février 1979: une très forte réponse à l'accusation faite au PCF par les Giscard, Mitterrand, Edmond Maire, parce qu'il milite contre l'élargissement de l'Europe, d'être un parti xénophobe: une accusation particulièrement déplacée quand on connaît l'histoire et les engagements des militants communistes. Un article écrit sans doute par Pierre Le Rose, ou par Paul Le Gall

En janvier 1979, déjà, dans l'Unité, le journal de la section PCF de Concarneau, les militants de Concarneau mettaient en exergue, outre le rapport de l'élu communiste Christian Delannee, aujourd'hui un de nos camarades du PCF de Morlaix, sur les conséquences des politiques européennes et de l'élargissement de la CEE à l'Espagne pour la pêche bretonne, des analyses sur l'impact des politiques européennes en matière d'agriculture et la prise de position des élus communistes de Concarneau contre l'élargissement européen.

Rapport de Christian Delannee sur l'impact des politiques gouvernementales et européennes sur la pêche et Sporomer à Concarneau - L'Unité, janvier 1979

Rapport de Christian Delannee sur l'impact des politiques gouvernementales et européennes sur la pêche et Sporomer à Concarneau - L'Unité, janvier 1979

Janvier 1979: L'Unité, article sur la pêche et la CEE, la politique des quotas, les prix communautaires

Janvier 1979: L'Unité, article sur la pêche et la CEE, la politique des quotas, les prix communautaires

1979: Xénophobes, les communistes? Le PCF et le journal L'Unité de Concarneau plaident contre le marché commun et l'élargissement de l'Union Européenne à la Grèce, au Portugal et à l'Espagne
"Agriculture et CEE" - résolution présentée par l'élu communiste de Concarneau Yvon Quéroué: L'Unité, 1979

"Agriculture et CEE" - résolution présentée par l'élu communiste de Concarneau Yvon Quéroué: L'Unité, 1979

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25 août 2016 4 25 /08 /août /2016 05:22
L'Unité, numéro 110 - journal communiste de Concarneau, mai 1980

L'Unité, numéro 110 - journal communiste de Concarneau, mai 1980

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25 août 2016 4 25 /08 /août /2016 05:20
Article de Paul Le Gall sur les "Sept communistes condamnés au tribunal de Quimper" pour défendre les gares et les productions agricoles bretonnes contre les démantèlements liées à la politique européenne : L'Unité, journal du PCF de Concarneau, novembre-décembre 1979

Article de Paul Le Gall sur les "Sept communistes condamnés au tribunal de Quimper" pour défendre les gares et les productions agricoles bretonnes contre les démantèlements liées à la politique européenne : L'Unité, journal du PCF de Concarneau, novembre-décembre 1979

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25 août 2016 4 25 /08 /août /2016 05:15
Expression commune des fédérations communistes de Bretagne condamnant l'exclusion des adjoints communistes de Brest et la marche à droite du PS

Expression commune des fédérations communistes de Bretagne condamnant l'exclusion des adjoints communistes de Brest et la marche à droite du PS

L'Unité, journal communiste de Concarneau - avril 1980, n°109: "La preuve par Brest"... Preuve que le PS, après le programme commun, tourne casaque à droite! Et oui, ça ne date pas d'hier...

L'Unité, journal communiste de Concarneau - avril 1980, n°109: "La preuve par Brest"... Preuve que le PS, après le programme commun, tourne casaque à droite! Et oui, ça ne date pas d'hier...

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24 août 2016 3 24 /08 /août /2016 12:53
1920, le congrès de Tours par Alexandre Courban - L'Humanité, 2004

1920, le congrès de Tours Par Alexandre Courban, historien

SAMEDI, 8 MAI, 2004

L'HUMANITE

L'historien Alexandre Courban, retrace les circonstances de la création du Parti communiste par la majorité de l'ancienne SFIO au congrès de Tours et le rôle nouveau désormais dévolu au journal fondé par Jaurès.


Pourriez-vous dresser un tableau de la France de 1920 à l'orée du congrès de Tours ? Quelle est sa situation économique et sociale ?

Alexandre Courban. Nous sommes au sortir de la Grande Guerre. Neuf millions de soldats ont été tués, dont plus d'un million de Français et près de deux millions d'Allemands. Les années 1919-1920 sont marquées par des conflits sociaux extrêmement durs. Deux mille grèves réunissent plus d'un million de grévistes. La démobilisation commence en juillet 1919. Elle précède la victoire de la droite aux élections législatives de novembre 1919. La campagne électorale a lieu alors que se déroule une grève des imprimeurs à Paris. Deux journaux seulement paraissent dans la capitale : l'un avec l'autorisation du comité de grève, l'autre à l'initiative des grands patrons de presse. Les combattants qui ont la chance d'être rentrés n'ont donc pas accès à une information complète.

Au cours du premier semestre de l'année 1920, un grand mouvement social prend forme chez les cheminots. Les manifestations du 1er Mai 1920 se soldent par deux morts, comme c'est souvent le cas le 1er Mai à l'époque.

Au cours de ces journées, la SFIO va se scinder en deux et donner naissance au Parti communiste. La ligne de fracture se situe-t-elle réellement entre révolutionnarisme et réformisme, avec les vingt et une conditions d'adhésion à l'Internationale communiste (la troisième) comme pierre d'achoppement ?

Alexandre Courban. Lorsque le congrès s'ouvre, les participants savent qu'il va y avoir scission : l'état des forces en présence est connu grâce aux congrès fédéraux qui se sont tenus quelque temps auparavant. Mais alors que le congrès a pour principal objet l'adhésion à l'Internationale communiste, il n'existe pas de version française officielle des vingt et une conditions. Les militants les connaissent soit à partir d'une traduction allemande publiée dans la presse, soit à partir d'une version italienne. Cela signifie que le choix ne se fait pas en fonction des vingt et une conditions elles-mêmes, mais plutôt pour ou contre ce que les militants imaginent que seront les nouvelles pratiques politiques ; ils ne se situent pas complètement dans la réalité. Le véritable enjeu du congrès c'est : quelle va être la place accordée par les partisans de l'Internationale aux " reconstructeurs " comme Jean Longuet, militants favorables à l'adhésion avec des réserves ? Ensuite, au sein du Parti socialiste, le comité pour la IIIe Internationale, l'aile gauche du parti, s'allie avec une partie du " centre ". Mais idéologiquement, les choses n'évoluent pas immédiatement après le congrès. De 1921 à 1923 ont lieu au sen du nouveau parti des débats très importants pour décider du sens et de l'application des vingt et une conditions. Certains pensent longtemps que ces conditions sont purement formelles.

Le ralliement à la IIIe Internationale se fait à une écrasante majorité. Cela signifie-t-il que le socialisme français était plus révolutionnaire que ses homologues européens ?

Alexandre Courban. La majorité du Parti socialiste se prononce effectivement pour l'adhésion, par 3 208 mandats contre 1 022, ce qui n'est pas le cas dans les autres partis socialistes. Plusieurs interprétations rendent compte de ce phénomène. Tout d'abord, les jeunes membres du parti se sont massivement prononcés pour l'adhésion. Ensuite, celle-ci est davantage idéale que programmatique : il s'agit plus d'un rejet des anciennes directions du parti socialiste, de leur participation aux gouvernements d'" Union sacrée " que d'une adhésion réelle aux vingt et une conditions.

Cette adhésion se traduit-elle par une influence accrue des révolutionnaires russes au plan international ?

Alexandre Courban. Elle n'est pas perçue comme ça. C'est justement la raison pour laquelle les années qui suivent la scission sont compliquées au sein du Parti communiste, qui perd rapidement une partie de ses effectifs. Le noyau " bolchevik ", ex-comité pour la IIIe Internationale, prend de plus en plus d'importance au sein du nouveau parti. Et lors de son quatrième congrès, à la fin de l'année 1922, Trotski, au nom de la direction de l'Internationale communiste soucieuse d'homogénéiser le mouvement, impose aux militants français de choisir entre leur appartenance au Parti et à la Ligue des droits de l'homme ou à la franc-maçonnerie. C'est un moyen de se débarrasser des " intellectuels petit-bourgeois de gauche ". Certains, comme Marcel Cachin, renoncent à leurs autres organisations, mais d'autres comme Frossard, alors secrétaire général du parti, et quelques journalistes de l'Humanité, refusent cet oukase et démissionnent du parti le 1er janvier 1923. La grande inquiétude de l'Internationale en décembre 1922 était que le parti français perdît la majorité de ses militants et son quotidien.

Venons-en justement à l'Humanité. Quelle est sa place dans l'espace public avant de passer dans le giron du Parti communiste ?

Alexandre Courban. C'est un acteur politique au sens plein du terme. Le journal ouvre ses colonnes à toutes sortes d'initiatives. Il invite régulièrement ses lecteurs à venir financièrement en aide aussi bien aux victimes de la répression de la révolution russe en 1905, qu'aux familles des mineurs de Courrières après la catastrophe de 1906, qu'aux grévistes de Draveil en 1908 ou encore les cheminots en grève en 1910. C'est lui qui organise en 1913 la lutte contre le passage de deux à trois ans du service militaire en faisant signer des pétitions. Il joue le rôle d'" organisateur collectif ", pour reprendre une formule utilisée par Lénine.

Quel enjeu le contrôle du journal représente-t-il pour les socialistes du congrès de Tours ?

Alexandre Courban. Quelques semaines après la scission prononcée à Tours, en janvier 1921, se décide l'avenir du journal. Il s'agit très clairement pour les socialistes divisés de contrôler le seul quotidien de quatre pages diffusé nationalement à plus 150 000 exemplaires, et qui a de surcroît derrière lui seize ans d'histoire, donc un réseau d'abonnés et des habitudes de lecture. L'enjeu est de maîtriser le principal vecteur de la propagande du parti. Autre spécificité française, l'Humanité est le seul quotidien socialiste qui devient communiste. À ma connaissance, tous les autres journaux de ce type sont des créations.

Qui est alors propriétaire du journal ? Pourquoi suit-il la majorité du Congrès de Tours ?

Alexandre Courban. L'Humanité est une entreprise de presse au sens classique, son capital appartient à des actionnaires représentés par le trésorier du Parti, Zéphirin Camélinat, ou d'autres personnalités. Lors de l'assemblée générale de janvier 1921 qui décide du sort du journal, Camélinat répartit les actions au prorata des voix recueillies lors du congrès, soit 70 % en faveur des partisans de l'adhésion à la Troisième Internationale, et 30 % à ses adversaires. Philippe Landrieu, administrateur du journal quasiment depuis sa fondation, détient de son côté des actions achetées en 1907 par les partis sociaux-démocrates allemand, autrichien et tchèque. Pourtant proche de Jaurès, il se prononce pour l'adhésion. La famille de Jaurès, elle, ne se fait pas représenter. Contrairement à ce que l'historiographie et la tradition militante ont retenu, ce n'est pas le choix de Camélinat qui a permis au futur parti communiste de conserver le journal, mais la décision ou l'absence de décision des plus proches de Jaurès (sa famille et Landrieu). Camélinat ayant été " ministre des Finances " de la Commune de Paris et Landrieu exclu du parti en 1923, le Parti communiste fait le choix de mettre en avant cette figure historique de la Commune de Paris. Cela arrange également les socialistes qui peuvent alors faire croire que les communistes leur ont volé le journal de Jaurès.

Par quels changements, humains et éditoriaux, s'opère la mue de l'Humanité ?

Alexandre Courban. En 1921, les quelques journalistes opposés à l'Internationale communiste s'accordent avec leur choix politique et quittent le journal d'eux-mêmes. Les changements plus " visibles " surviennent deux ans plus tard, même si en novembre 1920, on pouvait déjà voir poindre des titres comme " Vive la République des Soviets " sur six colonnes à la une au moment de l'anniversaire d'Octobre. Les relations entre le journal et le parti ont rarement été simples. La première des conditions de l'Internationale est que les journaux soient dirigés par " des communistes authentiques, ayant donné les preuves de sacrifice à la cause du prolétariat ",selon la traduction française de la version italienne. Tout cela donne lieu à des débats intenses au sein du mouvement entre 1921 et 1924 sur la fonction de la presse, sur ce que doivent être les journalistes, qui doit procéder à leur nomination. À partir de 1921, le parti se transforme : l'objectif est désormais de prendre le pouvoir, y compris par la force, sur le modèle de ce qu'ont fait les bolcheviks en Russie. En parallèle à ce parti d'un type nouveau, les communistes souhaitent mettre en place un journal de type nouveau. Le rôle assigné au journal évolue, la ligne éditoriale connaît un net coup de barre à gauche. Comme le bureau politique du Parti doit aider le directeur à imprimer une ligne et à veiller à son respect, le journal ne peut pas être en porte-à-faux avec le Parti. Dès lors, l'Humanité doit devenir plus qu'un journal : l'organe central du Parti. En 1921 tout d'abord, le sous-titre, de " journal socialiste ", devient " journal communiste ". En 1923, il change une nouvelle fois pour devenir " organe central du Parti communiste (SFIC) "". En 1924, s'ouvre alors la période de la mise en pratique des décisions adoptées depuis 1921 : la " "bolchevisation ".

Entretien réalisé par Théophile Hazebroucq

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20 août 2016 6 20 /08 /août /2016 05:56

Qui proteste ? Quelques intellectuels, des éléments de la gauche socialiste, des journalistes (l’Observateur, Témoignage chrétien). Et les communistes. Lorsque Raymond Guyot, à l’Assemblée nationale, condamne les plans d’agression en gestation, il est interrompu par un retentissant « il suffit qu’une cause soit étrangère pour qu’elle soit vôtre » du même Guy Mollet (3 août 1956).

La crise du canal de Suez et les bombardements impérialistes de Guy Mollet: à la Une de l'Huma en 1956 (Alain Ruscio, L'Humanité)

La crise du canal de Suez

les séries d'été de l'Humanité 21/33

ALAIN RUSCIO HISTORIEN

MERCREDI, 17 AOÛT, 2016

L'HUMANITÉ

Les aviations française et britannique bombardent, en soutien à l’attaque israélienne de l’Égypte de Nasser. Pierre Courtade est sans appel : c’est une « guerre coloniale ».

L’avènement d’un groupe d’officiers modernistes à la tête de l’État égyptien, en 1952, n’avait pas été vu d’un très bon œil par l’Occident. Son leader, le colonel Gamal Abdel Nasser, donne rapidement une orientation neutraliste à la politique de son pays. La présence de l’Égypte à Bandung (avril 1955) en est un symbole fort.

Les Français ont une autre raison de considérer Nasser avec méfiance et antipathie : depuis le début de la guerre d’Algérie, l’Égypte héberge divers services du Front de libération nationale, sa radio est le relais vers l’extérieur des thèses du FLN. Aussi, lorsque l’Égypte, le 26 juillet 1956, nationalise le canal de Suez, lésant la Compagnie internationale, détenue à 44 % par Britanniques et Français, le cabinet dirigé par le socialiste Guy Mollet et une presse majoritairement au diapason se déchaînent. « Laissera-t-on un dictateur marcher à la conquête du monde ? » interroge le président du Conseil. Il y a, dans une opinion française chauffée à blanc, une vague qui porte vers la guerre. Les comparaisons avec Hitler commencent à fleurir dans la presse et chez certains hommes politiques. Mollet, décidément intarissable sur la question, ajoute : « Ce qui m’a guidé (…), c’est en quelque sorte un réflexe antimunichois », oubliant au passage que son parti, en 1938, avait été moins véhément contre Munich.

Washington et Moscou ont la même opinion : ils condamnent l’agression

Qui proteste ? Quelques intellectuels, des éléments de la gauche socialiste, des journalistes (l’Observateur, Témoignage chrétien). Et les communistes. Lorsque Raymond Guyot, à l’Assemblée nationale, condamne les plans d’agression en gestation, il est interrompu par un retentissant « il suffit qu’une cause soit étrangère pour qu’elle soit vôtre » du même Guy Mollet (3 août 1956).

Les 22 et 23 octobre, à Sèvres, les gouvernements français, britannique et israélien mettent au point la « réplique » militaire à l’Égypte. Le 29, Israël attaque. Le 31, l’Égypte est bombardée par les aviations française et britannique. Pour la seule fois, durant l’ère de guerre froide, Washington et Moscou ont la même opinion : ils condamnent l’agression. Mais, pour le PCF, l’opinion française doit jouer son rôle, la protestation doit monter d’un cran. L’Humanité, ce 1er novembre, cite les débrayages, manifestations et délégations qui commencent à se mettre en place, à l’initiative des militants communistes (mobilisation qui va être vite contrariée par le soutien du PCF à l’intervention soviétique en Hongrie, exactement contemporaine).

Pierre Courtade condamne « une guerre applaudie par la pire réaction »

L’éditorial, ce jour-là, est signé par Pierre Courtade, chef de la rubrique internationale, l’une des signatures les plus illustres, à juste titre, de toute l’histoire du journal. Et le verdict est sans appel : le déclenchement d’« une guerre coloniale, en violation flagrante de la charte des Nations unies, une guerre applaudie par la pire réaction » a bel et bien été le fait d’un gouvernement socialiste. L’auteur condamne également la « guerre préventive » d’Israël. Cette politique est tout sauf « improvisée », commente Courtade : « Il s’agit d’une machination soigneusement agencée dans le secret, comme si les gouvernements de Londres et de Paris avaient voulu substituer à la politique, à la diplomatie la tactique expéditive des commandos. » Et dans quel but ? Certes, pour défendre les intérêts des vieux impérialismes. Mais aussi, mais surtout, pour tenter de mettre à genoux le FLN et le peuple algérien. C’est une vieille illusion de l’idéologie coloniale : expliquer les déboires du système par les influences extérieures, par les manipulations de l’« étranger ». Ainsi, agresser l’Égypte serait le moyen de mettre fin à la résistance algérienne !

L’opinion mondialeest très remontée. L’ONU demande l’arrêt des opérations

Ensuite, tout va très vite. L’armée israélienne, suréquipée (entre autres par la France), avance très vite dans le Sinaï et à Gaza. Le 5 novembre, Français et Britanniques effectuent une opération aéroportée sur Port-Saïd. La ville est vite contrôlée. Le corps expéditionnaire marche vers le canal. Victoires à la Pyrrhus. L’opinion mondiale est très remontée. L’ONU demande le 2 novembre l’arrêt des opérations. Tel-Aviv, puis Londres, enfin Paris, bon dernier, finissent par accepter le cessez-le-feu. L’opération s’achève piteusement par le retrait des forces franco-britanniques.

Une fois de plus, la politique de confrontation avec le monde arabe avait produit des fruits empoisonnés.

TEL QUEL. Dans l’Humanité du 1er novembre 1956 « La réaction se moque parfaitement des Israéliens comme s’en moquent les conservateurs anglais qui leur firent jadis une guerre acharnée. La seule chose qui intéresse ces gens, c’est de trouver un prétexte et des troupes auxiliaires pour “donner une leçon aux Arabes”. Les colonialistes français espèrent que cette “leçon” résoudra le problème algérien, et les colonialistes anglais espèrent rétablir leur situation gravement compromise dans une région, le Moyen-Orient, qu’ils considéraient comme leur fief, au point d’expulser jadis sans ménagement les Français de Syrie. La liaison étroite entre la guerre d’Algérie et la décision d’entreprendre cette folle campagne d’Égypte a été soulignée par le gouvernement lui-même et par ses services de police. »

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19 août 2016 5 19 /08 /août /2016 06:02
Federico Garcia Lorca, poète assassiné le 19 août 1936 par les franquistes

Federico Garcia Lorca, poète assassiné le 19 août 1936 par les franquistes

Assassinat de Federico Garcia Lorca le 19 août 1936, il ya 80 ans.

- Par Pierre Clément (page Facebook Histoire Populaire de Pascal Bavencove)


La mort du poète espagnol Federico Garcia Lorca le 19 août 1936, durant la guerre civile (1936-1939), a toujours été un objet de fantasmes et de controverses en Espagne. Jamais le régime franquiste n’a reconnu avoir assassiné l’auteur de Noces de sang et de La Maison de Bernarda Alba. Pressé de s’expliquer sur une affaire qui l’a embarrassé durant ses quarante ans à la tête de l’Espagne, le dictateur Francisco Franco (1936-1975) assurait que « l’écrivain mourut mêlé aux révoltés ». Et d’ajouter « ce sont les accidents naturels de la guerre ».
Ce déni n’a pas empêché les historiens de publier de nombreux essais sur les conditions probables, les raisons possibles et le lieu approximatif de la mort du poète. Mais malgré les recherches des historiens et archéologues, le corps est resté introuvable et le mystère jamais entièrement résolu.
C’est sans doute pour ces raisons que la publication, le 23 avril 2015 par le site d’information Eldiario.es et la radio Cadena SER, d’un rapport de police inédit, datant de 1965, a mis l’Espagne en ébullition. Ce document, élaboré après une requête de l’écrivaine française Marcelle Auclair – auteure du livre Enfances et mort de Garcia Lorca (Seuil, 1968) – avait été maintenu secret par le régime franquiste. Trop sensible. Il vient confirmer les thèses des principaux historiens qui ont travaillé sur Lorca : son assassinat était bien un crime politique, et non un hasard de la guerre.
Traqué par les phalangistes
Deux pages à peine résument l’affaire. Il y est écrit que le poète était « socialiste », « franc-maçon » et « connu pour ses pratiques d’homosexualité [sic], une aberration qui devint connue de tous ». S’ensuit le récit de son arrestation et de son exécution : « surpris » par les phalangistes à Grenade, le poète « prit peur et se réfugia dans la demeure de ses amis les frères Rosales Camacho, d’anciens phalangistes ». Ces derniers tentèrent, en vain, d’intercéder en sa faveur.
Arrêté et emmené dans une caserne, il fut ensuite conduit à « Viznar, près de Grenade, à proximité d’un endroit connu comme Fuente Grande [la Grande Fontaine], avec un autre détenu, et fusillé après avoir été confessé ». Qu’a confessé Lorca ? Qu’il était socialiste, franc-maçon ou homosexuel ? Ou les trois ? Le rapport de police ne le précise pas. En revanche, il donne des indications sur le lieu où il fut enterré, « à fleur de terre, dans un fossé situé à environ deux kilomètres à droite de cette Fuente Grande, dans un endroit très difficile à localiser ». Le gouvernement andalou assure que les recherches pour retrouver le corps de Garcia Lorca vont reprendre, dans l’espoir d’élucider définitivement l’un des crimes les plus commentés de la guerre civile.
Il est aujourd'hui établi que la milice franquiste est responsable de sa disparition dans la nuit du 16 au 17 août 1936. Un ancien militaire, Antonio Benavides, a d'ailleurs revendiqué lui avoir mis deux balles dans la tête. En réalité, il semble bien que ce soit un peloton d'exécution qui ait exécuté Federico García Lorca.
C'est pour identifier ses membres que la magistrate, Maria Servini, vient de décider de relancer les investigations. La nouvelle a été confirmée par l'ONG, l'Asociación para la Recuperación de la Memoria Histórica (ARMH), sur les réseaux sociaux. Cette association qui collecte les traces des victimes du régime de Franco est pour beaucoup dans la réactivation de l'enquête entourant ce que les Anglo-saxons appellent un "cold case". C'est en effet cette ONG qui a demandé en avril à la magistrate de s'emparer de l'affaire. Cette dernière a accepté.
"L'affaire a été incorporée à une enquête en cours par la juge Maria Servini pour crimes contre l'humanité", a indiqué l'association ARMH. Cette juge enquêtait, de fait, sur des crimes commis pendant la période franquiste, englobant à la fois des faits de torture et des exécutions sommaires.
Parviendra-t-elle à faire toute la lumière sur cette affaire ? Entre 2006 et 2008, un autre magistrat, Baltásar Garzón, avait tenté de rouvrir une enquête sur les crimes du régime. Mais il avait dû abandonner en raison de la loi d'amnistie adoptée en 1977. Garzón avait d'ailleurs été poursuivi en justice par deux associations pro-Franco qui lui reprochaient d'enfreindre cette loi, censée couvrir d'un voile ces années noires au cours desquelles 500 000 personnes ont trouvé la mort.

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