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10 mars 2025 1 10 /03 /mars /2025 06:15

 

Les propos du président de la République Emmanuel Macron illustrent le vent de panique qui s’est emparé des classes dirigeantes européennes. Celles-ci sont aujourd’hui dans une impasse faute d’avoir pris la moindre initiative diplomatique depuis trois ans.

Il n’est pas trop tard pour garantir la sécurité des peuples d’Europe et la paix sur notre continent !

Mais pour cela, notre pays ne peut pas s’engager dans un fédéralisme européen botté et nucléarisé comme le propose Emmanuel Macron, ni en déclarant « ouvrir le débat stratégique » sur l’extension à l’échelle européenne de la couverture de la force nucléaire française.

Ce n’est pas assurer la paix, c’est prendre le risque d’une confrontation nucléaire en Europe.

Trois ans après l'agression russe, criminelle et injustifiable, contre l’indépendance de l’Ukraine, après un million de victimes, il est évident qu’il n’y aura pas de solution militaire, mais uniquement une solution négociée politique et diplomatique.

Nous appelons la France à s’engager dans la voie de la désescalade militaire et de choisir une autre voie : celle de la diplomatie garantissant la sécurité de la France, celle des peuples d’Europe et le respect du international.

Elle doit prendre l’initiative pour l’arrêt des combats et l’ouverture de négociations pour une paix durable, solide, respectant les principes de la charte des Nations Unies et de l’acte final de la déclaration d’Helsinki. Elle doit engager le dialogue avec les BRICS et appeler à une réunion du G20 pour enrayer tout risque de 3ème guerre mondiale.

Osons le dialogue avec l’ensemble des nations inquiètes pour la Paix !

Depuis des années, le PCF appelle à sortir de l’OTAN et à construire notre propre sécurité européenne. Nous y sommes.

Il faut donc sortir des logiques libérales qui nous ont conduit à vendre notre industrie à des puissances étrangères dont les États-Unis et reconstruire un véritable pôle public de la défense au service de la France et de la Paix.

Des entreprises stratégiques françaises sont actuellement menacées. Sauvons les !

Oui à l'autonomie stratégique au service de la Paix et des peuples.

Fabien Roussel, secrétaire national du PCF,

Le 5 mars 2025.

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5 mars 2025 3 05 /03 /mars /2025 06:22
55 personnes au Mardi de l'éducation populaire avec l'AJPF, Erwann Dupont, Saïd Touquan, Patrick et Michèle Gambache, sur le conflit israélo-palestinien et l'exigence de solidarité avec le peuple palestinien soumis à la plus noire oppression (photos Pierre-Yvon Boisnard)
55 personnes au Mardi de l'éducation populaire avec l'AJPF, Erwann Dupont, Saïd Touquan, Patrick et Michèle Gambache, sur le conflit israélo-palestinien et l'exigence de solidarité avec le peuple palestinien soumis à la plus noire oppression (photos Pierre-Yvon Boisnard)
55 personnes au Mardi de l'éducation populaire avec l'AJPF, Erwann Dupont, Saïd Touquan, Patrick et Michèle Gambache, sur le conflit israélo-palestinien et l'exigence de solidarité avec le peuple palestinien soumis à la plus noire oppression (photos Pierre-Yvon Boisnard)
55 personnes au Mardi de l'éducation populaire avec l'AJPF, Erwann Dupont, Saïd Touquan, Patrick et Michèle Gambache, sur le conflit israélo-palestinien et l'exigence de solidarité avec le peuple palestinien soumis à la plus noire oppression (photos Pierre-Yvon Boisnard)
55 personnes au Mardi de l'éducation populaire avec l'AJPF, Erwann Dupont, Saïd Touquan, Patrick et Michèle Gambache, sur le conflit israélo-palestinien et l'exigence de solidarité avec le peuple palestinien soumis à la plus noire oppression (photos Pierre-Yvon Boisnard)
55 personnes au Mardi de l'éducation populaire avec l'AJPF, Erwann Dupont, Saïd Touquan, Patrick et Michèle Gambache, sur le conflit israélo-palestinien et l'exigence de solidarité avec le peuple palestinien soumis à la plus noire oppression (photos Pierre-Yvon Boisnard)
55 personnes au Mardi de l'éducation populaire avec l'AJPF, Erwann Dupont, Saïd Touquan, Patrick et Michèle Gambache, sur le conflit israélo-palestinien et l'exigence de solidarité avec le peuple palestinien soumis à la plus noire oppression (photos Pierre-Yvon Boisnard)
55 personnes au Mardi de l'éducation populaire avec l'AJPF, Erwann Dupont, Saïd Touquan, Patrick et Michèle Gambache, sur le conflit israélo-palestinien et l'exigence de solidarité avec le peuple palestinien soumis à la plus noire oppression (photos Pierre-Yvon Boisnard)
55 personnes au Mardi de l'éducation populaire avec l'AJPF, Erwann Dupont, Saïd Touquan, Patrick et Michèle Gambache, sur le conflit israélo-palestinien et l'exigence de solidarité avec le peuple palestinien soumis à la plus noire oppression (photos Pierre-Yvon Boisnard)
55 personnes au Mardi de l'éducation populaire avec l'AJPF, Erwann Dupont, Saïd Touquan, Patrick et Michèle Gambache, sur le conflit israélo-palestinien et l'exigence de solidarité avec le peuple palestinien soumis à la plus noire oppression (photos Pierre-Yvon Boisnard)
55 personnes au Mardi de l'éducation populaire avec l'AJPF, Erwann Dupont, Saïd Touquan, Patrick et Michèle Gambache, sur le conflit israélo-palestinien et l'exigence de solidarité avec le peuple palestinien soumis à la plus noire oppression (photos Pierre-Yvon Boisnard)
55 personnes au Mardi de l'éducation populaire avec l'AJPF, Erwann Dupont, Saïd Touquan, Patrick et Michèle Gambache, sur le conflit israélo-palestinien et l'exigence de solidarité avec le peuple palestinien soumis à la plus noire oppression (photos Pierre-Yvon Boisnard)
55 personnes au Mardi de l'éducation populaire avec l'AJPF, Erwann Dupont, Saïd Touquan, Patrick et Michèle Gambache, sur le conflit israélo-palestinien et l'exigence de solidarité avec le peuple palestinien soumis à la plus noire oppression (photos Pierre-Yvon Boisnard)
55 personnes au Mardi de l'éducation populaire avec l'AJPF, Erwann Dupont, Saïd Touquan, Patrick et Michèle Gambache, sur le conflit israélo-palestinien et l'exigence de solidarité avec le peuple palestinien soumis à la plus noire oppression (photos Pierre-Yvon Boisnard)
55 personnes au Mardi de l'éducation populaire avec l'AJPF, Erwann Dupont, Saïd Touquan, Patrick et Michèle Gambache, sur le conflit israélo-palestinien et l'exigence de solidarité avec le peuple palestinien soumis à la plus noire oppression (photos Pierre-Yvon Boisnard)
55 personnes au Mardi de l'éducation populaire avec l'AJPF, Erwann Dupont, Saïd Touquan, Patrick et Michèle Gambache, sur le conflit israélo-palestinien et l'exigence de solidarité avec le peuple palestinien soumis à la plus noire oppression (photos Pierre-Yvon Boisnard)
55 personnes au Mardi de l'éducation populaire avec l'AJPF, Erwann Dupont, Saïd Touquan, Patrick et Michèle Gambache, sur le conflit israélo-palestinien et l'exigence de solidarité avec le peuple palestinien soumis à la plus noire oppression (photos Pierre-Yvon Boisnard)
55 personnes au Mardi de l'éducation populaire avec l'AJPF, Erwann Dupont, Saïd Touquan, Patrick et Michèle Gambache, sur le conflit israélo-palestinien et l'exigence de solidarité avec le peuple palestinien soumis à la plus noire oppression (photos Pierre-Yvon Boisnard)
55 personnes au Mardi de l'éducation populaire avec l'AJPF, Erwann Dupont, Saïd Touquan, Patrick et Michèle Gambache, sur le conflit israélo-palestinien et l'exigence de solidarité avec le peuple palestinien soumis à la plus noire oppression (photos Pierre-Yvon Boisnard)
55 personnes au Mardi de l'éducation populaire avec l'AJPF, Erwann Dupont, Saïd Touquan, Patrick et Michèle Gambache, sur le conflit israélo-palestinien et l'exigence de solidarité avec le peuple palestinien soumis à la plus noire oppression (photos Pierre-Yvon Boisnard)
55 personnes au Mardi de l'éducation populaire avec l'AJPF, Erwann Dupont, Saïd Touquan, Patrick et Michèle Gambache, sur le conflit israélo-palestinien et l'exigence de solidarité avec le peuple palestinien soumis à la plus noire oppression (photos Pierre-Yvon Boisnard)
55 personnes au Mardi de l'éducation populaire avec l'AJPF, Erwann Dupont, Saïd Touquan, Patrick et Michèle Gambache, sur le conflit israélo-palestinien et l'exigence de solidarité avec le peuple palestinien soumis à la plus noire oppression (photos Pierre-Yvon Boisnard)
55 personnes au Mardi de l'éducation populaire avec l'AJPF, Erwann Dupont, Saïd Touquan, Patrick et Michèle Gambache, sur le conflit israélo-palestinien et l'exigence de solidarité avec le peuple palestinien soumis à la plus noire oppression (photos Pierre-Yvon Boisnard)
55 personnes au Mardi de l'éducation populaire avec l'AJPF, Erwann Dupont, Saïd Touquan, Patrick et Michèle Gambache, sur le conflit israélo-palestinien et l'exigence de solidarité avec le peuple palestinien soumis à la plus noire oppression (photos Pierre-Yvon Boisnard)
55 personnes au Mardi de l'éducation populaire avec l'AJPF, Erwann Dupont, Saïd Touquan, Patrick et Michèle Gambache, sur le conflit israélo-palestinien et l'exigence de solidarité avec le peuple palestinien soumis à la plus noire oppression (photos Pierre-Yvon Boisnard)
55 personnes au Mardi de l'éducation populaire avec l'AJPF, Erwann Dupont, Saïd Touquan, Patrick et Michèle Gambache, sur le conflit israélo-palestinien et l'exigence de solidarité avec le peuple palestinien soumis à la plus noire oppression (photos Pierre-Yvon Boisnard)
L'origine coloniale du conflit israélo-palestinien et la situation actuelle de l'oppression du peuple palestinien et de son aspiration à la liberté, à la souveraineté, à la dignité, à la solidarité internationale, la situation des camps de réfugiés palestiniens en Cisjordanie, le soutien des États-Unis et des états européens à la politique génocidaire et de nettoyage ethnique d'Israël, bras armé des États-Unis au Proche-Orient, au menu du mardi de l'éducation populaire du PCF Pays de Morlaix avec l'AJPF, Erwann Dupont, Saïd Touquan, Patrick Gambache, Michèle Gambache, au local du PCF du 2 petite rue de Callac. 
 
Merci à l'AJPF - Morlaix Wavel pour l'organisation de cette belle et forte soirée d'éducation populaire.
 
Des interventions très éclairantes et poignantes en solidarité avec le peuple palestinien. Les amis de l'AFPS étaient présents en nombre également, dont François Rippe, vice-président national de l'AFPS, Claude Léostic, ancienne présidente de la plateforme des ONG pour la Palestine, Christine Bernas, responsable du groupe local de l'AFPS.
 
Saïd Touquan, réfugié palestinien qui a passé sa jeunesse dans le camp de Balata, a notamment exposé le plan du gouvernement d'extrême-droite israélien pour mater la jeunesse palestinienne et vider les camps de réfugiés contestataires en détruisant les habitations des civils et les infrastructures des camps de réfugiés, ce qui a déjà été fait à Nur Shams (jumelé avec Rostronen), Jenine, Tulkarem (évacuation de 40 000 réfugiés palestiniens y vivant), les prochains sur la liste étant Balata, El Arroub (jumelé avec Carhaix), Jalazone (partenariat avec Morlaix, Morlaix-Communauté, l'AFPS Morlaix et l'AJPF)
 
55 personnes étaient présentes en tout et ont suivi avec beaucoup d'intérêt et d'émotion cette soirée.
 
Merci à Pierre-Yvon Boisnard pour ses très belles photos.
Une date à retenir de nouveau: le samedi 16 mars: marché artisanal d'artisans locaux à la salle du Cheval Blanc de Plourin-les-Morlaix organisé par l'AJPF-Morlaix Wavel au profit des actions de solidarité avec les réfugiés palestiniens du Liban et de Palestine.
 
Voir page Facebook:
55 personnes au Mardi de l'éducation populaire avec l'AJPF, Erwann Dupont, Saïd Touquan, Patrick et Michèle Gambache, sur le conflit israélo-palestinien et l'exigence de solidarité avec le peuple palestinien soumis à la plus noire oppression (photos Pierre-Yvon Boisnard)
55 personnes au Mardi de l'éducation populaire avec l'AJPF, Erwann Dupont, Saïd Touquan, Patrick et Michèle Gambache, sur le conflit israélo-palestinien et l'exigence de solidarité avec le peuple palestinien soumis à la plus noire oppression (photos Pierre-Yvon Boisnard)
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28 février 2025 5 28 /02 /février /2025 06:00

A quoi joue l'ancienne puissance coloniale vis-à-vis de l'Algérie. Non content de donner un blanc-seing au Maroc pour une annexion pure et simple du Sahara occidental dont les réfugiés sont nombreux accueillis en Algérie, qui soutient les revendications légitimes du peuple sahraoui à la souveraineté sur son territoire historique depuis toujours, les ministres du gouvernement Bayrou et le président Macron passent leur temps depuis 6 mois à taper sur l'Algérie à des fins souvent de politique intérieure (jouer sur le racisme et la xénophobie post-coloniales hérités de la guerre d'Algérie, sur le rejet des arabes, sur la phobie vis-à-vis de l'immigration pour des exécutions systématiques des OQTF). La France chassée par la plupart des États africains d'Afrique de l'ouest qui tournent le dos à la Françafrique va t'elle se couper d'une relation économique, politique sécuritaire essentielle avec un État important avec lequel nous partageons une histoire, une langue, des éléments culturels en commun, une dette de sang et de souffrance, mais aussi de fraternité? Ce serait complètement irresponsable, contraire aux intérêts de la France sur le long terme (comme de l'Algérie), et ce serait un crève-cœur aussi pour les millions de français originaires d'Algérie ou franco-algériens car nos nations sont imbriquées durablement! Rappelons avec ce bon article du journal Le Monde aujourd'hui que la remise en cause des accords bilatéraux franco algériens de 1968, hérités des négociations de la fin de la guerre d'Algérie, est demandée par l'extrême-droite depuis des années. Extrême-droite que Macron et le gouvernement Bayrou sont en train de contenter au mépris d'un partenariat certes souvent compliqué mais essentiel pour l'avenir.

I.D

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25 février 2025 2 25 /02 /février /2025 06:40
4 mars : Israël/ Palestine: histoire d'un conflit - Conférence des mardis de l'éducation populaire animée par Erwann Dupont et Saïd Touquan de l'AJPF
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22 février 2025 6 22 /02 /février /2025 08:04
Histoires d'Algérie - "Le camp des oliviers. Parcours d’un communiste algérien" (PUR, 2012)

Le camp des oliviers. Parcours d’un communiste algérien, William Sportisse

Presse Universitaire de Rennes, 2012

Éditions El-Ijtihad- Alger 2013

Entretiens avec Pierre-Jean Le Foll-Luciani  

 
William Sportisse est né à Constantine dans une famille juive arabophone dont les ancêtres sont pour partie des Juifs expulsés d'Espagne au moment de la Reconquista et des berbères. Il passe une grande partie de sa jeunesse au Camp des Oliviers dans le quartier de Bellevue, à la périphérie de Constantine, un quartier d'habitations à bon marché (HBM) que des juifs du centre-ville rejoignent en même temps qu'une minorité de musulmans et qu'une majorité d'européens. Les "communautés" différentes y vivent en relatif bon voisinage, notamment les juifs et les musulmans qui s'échangent gâteaux et plats lors de leurs fêtes religieuses. Pendant le Front Populaire, son frère Bernard Sportisse joue un rôle dans la mobilisation de la jeunesse, au côté d'autres jeunes juifs engagés au PCA et à la CGT. A Constantine, les jeunesses socialistes sont principalement constituées de juifs, et les jeunesses communistes sont constituées principalement de juifs et de musulmans. Bernard Sportisse en fait partie, au côté de Maurice Laban, de George Raffini, qui rejoindront ensuite les maquis rouges du PCA pendant la guerre d'Algérie au côté des indépendantistes algeriens, de Pierre Bartoli, de Simon Khalfa. En 1936, les JC de Constantine note William Sportisse devaient regrouper 60 à 70 adhérents. William qui a 12-13 ans en fréquente au sein du cercle populaire de jeunes du quartier d'El Kantara. Son frère Lucien, instituteur à Akbou, est communiste lui aussi. Le 5 août 1934, une émeute populaire musulmane avait visé les juifs de Constantine, plus de 200 magasins avaient été saccagés et pillés, plusieurs familles attaquées, et 25 juifs tués, dont six femmes et cinq enfants. Parmi eux un parent de William Sportisse, cousin de sa mère, l'agriculteur au village de Bizot, Michel Attal, dont le fils Robert Attal deviendra membre du PCA et correspondant local d'"Alger Républicain". Lucien en tant que communiste, critique du colonialisme et de sa pratique de division entre juifs, musulmans, Européens, est accusé d'avoir eu une responsabilité dans ces émeutes violentes visant les juifs, y compris par des antisémites proches de l'Action française, ou des milieux juifs conservateurs. Dans ses entretiens avec l'historien Pierre-Jean Le Foll-Luciani, William Sportisse laisse entendre que les autorités coloniales auraient pu trouver un intérêt dans ces émeutes anti-juives et leur récupération, voire les provoquer, ou ne rien faire pour les empêcher. "La vision raciale du monde" que celles-ci ont propagé a contribué à creer un antagonisme entre musulmans et juifs là où la coexistence dans le monde précolonial était ancienne, et la culture en grande partie commune. L'impérialisme déviait aussi la colère des fellahs contre des boucs-émissaires, la petite bourgeoisie juive, ce qui avait le double avantage de pouvoir s'appuyer sur elle comme une alliée en besoin de protection. Néanmoins, Lucien Sportisse dès cette époque refuse de minimiser la réalité de l'antisémitisme, aussi bien chez les Européens que chez les musulmans. Germaine, la sœur de Lucien, Bernard, et Lucien, deviendra également communiste après la seconde guerre mondiale, se mariant avec un dirigeant du parti communiste espagnol, l'ancien combattant républicain Luis Delage.
Lucien Sportisse, né en 1905, est le premier des Sportisse à s'être engagé au Parti communiste algérien, en 1927, après un premier passage à la SFIO, adhésion communiste qui se fera sur des bases anticolonialistes, liées à ces expériences de la misère algérienne comme instituteur en zone rurale. A l'époque dans la région de Constantine, les effectifs du Parti communiste n'excèdent pas les 200 adhérents. C'est un instituteur partisan des méthodes Freinet, qui militait au sein de la tendance "L'école émancipée" du SNI (syndicat national des instituteurs). Dès le début des années 30, il milite avec les ouvriers boulangers de Constantine ou les dockers de Philippeville (Skidda) regroupés dans la CGTU. Dès le début des années 30, comme activiste communiste, Lucien est pisté par la police, la gendarmerie, la Sûreté départementale. Il milite avec d'autres militants communistes comme Lucien Monjauvis, Antoine Hajje, Aloïs Zimmerman, dépêchés par le PCF pour enquêter sur les émeutes antijuives du 5 août 1934. Les prises de position anticolonialistes de Lucien Sportisse et sa critique de l'expropriation des paysans musulmans par les gros propriétaires et l'administration coloniale, et ses engagements communistes, lui valent une révocation de son poste d'instituteur. Après sa révocation, Lucien part en Oranie, où il travaille dans le bâtiment avec un autre militant communiste, Nicolas Zannettacci. Il prend la direction de l'UD des syndicats d'Oran, mobilise les chômeurs, principalement musulmans, d'Oran en1935-1936, ce qui lui vaut d'être de nouveau dans le collimateur de la police, qui arrête les participants des meetings où il intervient comme syndicaliste. Le 2 août 1935, Lucien est arrêté et emprisonné lui-même, ciblé aussi bien en tant que communiste que en tant que juif et anticolonialiste. En septembre 1935, il est condamné à 4 mois de prison. C'est à ce moment que sa mère, analphabète, apprend le français, pour mieux pouvoir participer à la défense de son fils aîné adoré, notamment à partir de la lecture de "L'Humanité". En 1936, Lucien Sportisse va être conduit à quitter l'Algérie, l'administration de l'éducation nationale se déclarant prête à le réintégrer en France, mais pas dans le Constantinois, ni en Algérie. C'est une manière de l'expulser par contrainte. Ses camarades du PCA l'encouragent à accepter un poste en France où il pourra militer tout aussi utilement. A l'époque, Lucien et son épouse, Alice Cremades, se sont séparés. William Sportisse précise qu'Alice Cremades est une "militante importante du PCA à Oran, élue au Comité central aux côtés de Lucien en 1936" et qu'elle était allée à Paris puis en Espagne organiser la solidarité concrète avec le peuple espagnol contre le franquisme. Alice gardera le nom de Sportisse quand elle militera au PCF et au PCA clandestin pendant la seconde guerre mondiale et qu'elle sera élue conseillère générale d'Alger-Bab al Oued (1945-1951) et députée communiste d'Oran (1945-1951). En décembre 1954, c'est elle qui intervient à l'Assemblée Nationale pour dénoncer la politique du tout répressif conduite par Mitterrand et Mendès-France après le 1er novembre 1954 et exiger des réformes politiques et sociales en Algérie qui prennent en compte le fait national algérien et l'aspiration à la liberté du peuple algérien. Au début de la guerre, Lucien Sportisse est âgé de 1934, et il est instituteur à Sevran. Envoyé dans les Alpes comme pionnier dans un régiment de génie, il est privé d'armes comme d'autres militants communistes. A l'armistice, la politique anticommuniste et les lois anti-juives de Vichy rendent sa réintégration comme instituteur "impossible". Lucien est aidé par des bénévoles de la Croix Rouge, des chrétiens, et reprend contact avec le PC clandestin dans le sud de la France. En août 1941, alors qu'il travaille et milite clandestinement à Aubenas, Lucien Sportisse est arrêté par la police française en tant que communiste. Il est envoyé avec des droits communs dans la forteresse de Sisteron en Provence, puis au camp de Fort-Barraux en Isère, puis au camp de Saint-Sulpice-la-Pointe dans le Tarn, où il donne des cours à d'autres détenus, politiques, syndicalistes, ou juifs. Il s'évade dans la nuit du 11 au 12 juillet 1943 avec une cinquantaine de co-détenus après avoir creusé un tunnel, puis il rejoint la résistance communiste et FTP. Le Front National de Libération de la France (structure communiste de résistance et de rassemblement) lui enjoint de prendre la direction du "Patriote", le journal de la Résistance communiste pour la région lyonnaise. Il y travaille notamment clandestinement avec Madeleine Braun, première présidente femme de l'Assemblée Nationale, à la libération, directrice du "Patriote", avec George Marrane, Yves Farge. Lucien Sportisse, rappelle son frère William, est "également en lien avec des résistants maghrébins musulmans, nombreux à Lyon, par l'intermédiaire d'un autre résistant juif communiste algérien, né à Tlemcen, Joseph Boukobza. Lucien est dénoncée par une collaboratrice infiltrée dans leur réseau et abattu par la Gestapo aidé de collaborateurs doriotistes du PPF le 24 mars 1944 dans le quartier de la Croix-Rousse à Lyon. Joseph Boukobza sera lui aussi abattu par des miliciens français après avoir été dénoncé par la même indicatrice.
Pendant que son frère Lucien devient un héros de la Résistance, William a vécu la guerre en militant au PCA clandestin, en tant que jeune communiste, avec George Raffini notamment, et d'autres militants communistes juifs comme Emile Attali, ouvrier imprimeur, ou "musulman" et européen, selon la terminologie consacrée à l'époque, dans un contexte où l'antisémitisme d’État de Vichy s'applique aussi à plein en Algérie et dans le reste de l'Afrique du Nord, les juifs ayant perdu la nationalité française par l'abrogation du décret Crémieux le 8 octobre 1940, devenant des "indigènes" encore plus discriminés que les autres par le racisme du système colonial très bien adapté à l'antisémitisme d'état du régime du maréchal Pétain. Son frère Bernard Sportisse est arrêté avec d'autres communistes algériens, certains, membres de la direction, sont condamnés à mort comme Thomas Ibanez, Ahmed Smaïli, Georges Raffini, Lisette Vincent, Emile Touati, Danielus Dietmar. Ces militants sont embastillés souvent à la prison de Barberousse au-dessus de la Casbah d'Alger qui allait quelques années plus tard accueillir d'autres condamnés à mort du PCA comme Yveton et surtout du FLN. Après le débarquement allié en Algérie, William Sportisse s'engage dans les FFL, engagé dans l'armée en Mauritanie, où la très grande majorité des officiers sont hostiles aux juifs. Il se battra en France contre les nazis, notamment dans les poches de l'Atlantique encore aux mains des Allemands à l'ouest de la France. C'est à Marseille qu'il apprend les massacres de Sétif, Guelma, et du nord-Constantinois suite aux manifestations du 8 mai 1945. Entre 15 000 et 45 000 algériens tués au cours de véritables chasses à l'homme auxquelles participent milices de colons, armée et police coloniale, pour venger la mort de 102 européens suite aux tirs contre des manifestants nationalistes à Sétif et Guelma. William Sportisse va devenir dirigeant des JC et de l'UJDA à Constantine et Alger entre 1945 et 1948. C'est un permanent de la JC (payé irrégulièrement et mal, comme les journalistes et collaborateurs d'"Alger Républicain"), un "fonctionnaire de la révolution"!
Il se déplace beaucoup dans les Aurès, à Khenchela notamment, où il constate l'ampleur du sentiment national, portant haut l'UDMA dans l'électorat musulman. Le PCA compte à cette époque environ 9000 militants. La JC, suite à l'impulsion du PCA, va créer l'Union de la jeunesse démocratique algérienne (UJDA) pour intégrer un maximum de musulmans, parfois mêmes des organisations, comme les Scouts musulmans algériens de Blida, offrir une base d'action et de rassemblement élargie au mouvement communiste. Les militants musulmans deviendront bientôt majoritaires au sein du PCA, lequel entretient de plus en plus de lien avec les nationalistes autonomistes ou indépendantistes musulmans et affirme de plus en plus une ligne de critique radicale du colonialisme. "A Constantine, rappelle William Sportisse, au sein des JC et de l'UJDA, il y a des militantes actives comme Reinette Zaoui (demi-soeur d'Emile Attali et future épouse de Georges Raffini), Edith Zerbib (qui épousera Bernard Sportisse) ou Raymonde Peschard (morte au maquis pendant la guerre de Libération). Les secrétaires nationaux de l'UJDA sont Henri Alleg et René Azoulay, et William Sportisse, lui, en est le dirigeant de Constantine. Plusieurs militants de l'UJDA rejoindront les rangs indépendantistes et le combat national algérien pendant la guerre de Libération comme Hamib Gherab, Henri Maillot, Maurice Laban, ou d'autres camarades communistes, qui deviendront membres du maquis des Combattants de la libération. Henri Maillot et Maurice Laban seront assassinés par l'armée française.
A cette époque, William Sportisse est très lié à Henri Alleg. Il intègre le comité central du PCA en avril 1947 et devient permanent du PCA entre 1948 et 1953, rendant compte des luttes sociales dans le journal communiste "Liberté", particulièrement actif dans les luttes anticolonialistes du Constantinois et de Kabylie. Dans son livre d'entretien avec Pierre-Jean Le Foll-Luciani, William Sportisse revient de manière passionnante sur son quotidien de dirigeant communiste dans cette atmosphère d'ébullition et d'oppression coloniale, dans le monde urbain et rural algérien, sur les évolutions politiques et stratégiques du PCA, de plus en plus engagés pour l'indépendance algérienne, sur le rapport des juifs algériens et des communistes juifs au sionisme, à l’État naissant d'Israël, sur le soutien aux mouvements d'émancipation nationale au Maroc et en Tunisie. William Sportisse devient à la demande du PCF et du PCA journaliste radio en Hongrie, à Budapest, dans une radio communiste diffusant des émissions en langue arabe et il reviendra en 1955 en Algérie pour retrouver son pays en guerre, rentrer en clandestinité avec le PCA, puis avec le mouvement national algérien, à Constantine pendant toute la durée de la guerre, changeant de nom et d'apparence physique pour échapper à l'arrestation, établissant la liaison avec le FLN et l'ALN, organisant la collecte et la solidarité financière avec les camarades engagés dans les maquis, la liaison avec les prisonniers des bagnes et camps français. Son expérience de la lutte clandestine acquise sous Vichy lui est utile pendant la guerre d'Algérie. William Sportisse écrit dans un journal clandestin "Le Patriote", le même nom que le journal communiste de Résistance à Lyon pour lequel son frère Lucien travaillait. Il y fait notamment, en décembre 1957, l'éloge de la résistante communiste Raymonde Peschard tuée les armes à la main pour défendre la liberté du peuple algérien contre l'oppression coloniale:
" Traquée par la police et les parachutistes, notre camarade Raymonde Peschard est morte au combat. Elle a versé son sang généreux pour l'indépendance de sa patrie qu'elle aimait tant. Venue très jeune à notre parti, parce que sensible aux souffrances de son peuple, elle haïssait le racisme et l'oppression colonialiste. Patriote algérienne, elle avait pu rejoindre le maquis, après avoir été poursuivie par les parachutistes de Massu. Son souvenir restera vivant dans le cœur des Algériens et des Algériennes. De nouveaux combattants et combattantes se lèveront pour poursuivre son combat héroïque afin de réaliser son désir le plus cher, la liberté de son peuple" (William Sportisse, Le Patriote, décembre 1957).
A l'Indépendance, William Sportisse sort de sa clandestinité, les chefs du FLN l'identifient comme dirigeant communiste. A cette époque, le journal du PCA "Al Houriya" est très bien accueilli et se vend très bien à Alger aussi bien qu'à Constantine. Le Parti communiste algérien à l'Indépendance compte 8000 à 10 000 adhérents. Mais l'anticommunisme est fort au sein du FLN, que cela soit chez les ruraux ou des nationalistes des villes issus de la bourgeoisie musulmane, et les tendances autoritaires et hostiles au multipartisme aussi, et le PCA va être inquiété dans ses activités et son indépendance très vite, avec la complicité de la grande majorité des parlementaires et hommes politiques qui n'ont rien dit. Le PCA est privé de son journal "Al Houriya" mais sa sensibilité continue à s'exprimer au sein d'""Alger Républicain" où William Sportisse entre en 1963, un journal qui tire à cette époque à 70 000 exemplaires et où Sportisse travaille avec Henri Alleg, Boualem Khalfa, Lakhdar Kaïdi, Jean-Pierre Saïd, Jacques Salort, Georges Marcelli, Mustapha Kaïd. En 63, lors des débats du code de la nationalité, malgré l'opposition publique des députés Abdelkader Guerroudj, ancien communiste, d'Hocine Aït Ahmed, Meriem Belmihoub, et des députés d'origine européenne qui avaient participé à la lutte anticolonialiste, et d'une opposition publique égalemment de Claude Sixou, la poétesse Anna Greki (Colette Grégoire), Lucien Hanoun, Francine Serfati, Jacqueline Guerroudj, Jean-Claude Melki et André Beckouche, tous compagnons de la libération algérienne, une conception étroite de la nationalité, indexée à la confession musulmane, est adoptée qui exclut potentiellement les Européens et les juifs qui se sont battus pour la nation algérienne et sa liberté, ou bien leur accorde la nationalité à titre exceptionnel et sous condition. Au moment du coup d'Etat de Boumediene, William Sportisse est emprisonné comme beaucoup de militants communistes (beaucoup seront torturés, nombreux seront liquidés). Le PCF et "L'Humanité", et également les pays du bloc communiste, organisent une solidarité internationale avec William Sportisse et d'autres détenus progressistes et communistes algériens, comme Bachir Hadj Ali, Henri Zannettacci, Jacques Salort. Bachir Hadj Ali tirera de cette expérience le livre "L'arbitraire". William Sportisse sera ensuite libéré de prison en 68, assigné à résidence à Tiaret, et il participera à la construction du PAGS clandestin, parti communiste héritier du PCA, à Tiaret avec Sadek Hadjerès et d'autres militants ayant échappé aux arrestations.
William Sportisse reste en Algérie pendant la décennie noire des attentats et meurtres islamistes et de la guerre civile avant d'être poussé à partir par des camarades d'"Alger Républicain", sachant qu'il était une cible en tant que militant de gauche et communiste. Il quittera l'Algérie son pays natal en 1994.
Comme l'a écrit Augustin Paillière dans La Revue du Projet du PCF en 2014:
"Depuis la période coloniale jusqu’à l’aube de la « décennie noire » de la guerre civile, ce témoignage sur le « parcours d’un communiste algérien » est passionnant pour nous, communistes français, à plus d’un titre.
Son plus grand mérite est de faire sortir de l’ombre l’histoire des communistes algériens. Dans une société que la colonisation avait construite sur des bases racistes, plusieurs générations de juifs, d’Européens et de musulmans se sont battu ensemble contre le fascisme, le colonialisme et le capitalisme, presque toujours dans la clandestinité. À l’heure où, même en France, la lecture raciale des crises sociales et économiques regagne du terrain, l’histoire de l’engagement de ces militants, et on pense évidemment aussi à Henri Alleg, constitue un héritage précieux pour les communistes du siècle présent.
William Sportisse analyse, sans complaisance, la contribution des communistes à la guerre d’indépendance et explique la difficulté à maintenir l’union des Algériens sans mettre de côté leurs positions en tant que communistes.
À l’indépendance, le PCA a payé cher cette position. D’abord toléré, il est formellement interdit dès 1964 et ses militants sont réprimés, y compris physiquement. Malgré la prison, malgré la torture (infligée à des Algériens par des Algériens) et malgré vingt ans passés en résidence surveillée, William Sportisse continue d’analyser les orientations contradictoires prises par le FLN en fonction des progrès réels ou des reculs qu’elles ont représentés pour la grande majorité des ouvriers et des paysans algériens. Cela force le respect."
Note de lecture réalisée par Ismaël Dupont - 20 février 2025
 

lire aussi: 

Histoires d'Algérie : Blanche et André Moine, militants communistes du PCA pendant la guerre d'Algérie

La grande aventure d'Alger Républicain, par Henri Alleg, Abdelhamid Benzine, Boualem Khalfa

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D'une guerre civile à l'autre... - La guerre civile en France (1858-1962) par l'historien américain Grey Anderson (La Fabrique, 2018)

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A Khenchela, les colonialistes ont arrêté un instituteur français à titre d'otage - Marie Perrot, L'Humanité, 11 novembre 1954

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22 février 2025 6 22 /02 /février /2025 07:51
Camp d'El Arroub (photo site de l'UNWRA)

Camp d'El Arroub (photo site de l'UNWRA)

Un camp de réfugiés palestiniens jumelé à Carhaix envahi par l’armée israélienne

Quentin Saison, Ouest-France, 20 février 2025

Un camp de réfugiés palestiniens jumelé à Carhaix envahi par l’armée israélienne

Le camp de réfugiés palestiniens d’El Arroub (Cisjordanie), jumelé à la ville de Carhaix (Finistère) depuis 2002, a fait l’objet d’une incursion de l’armée israélienne, mercredi 12 février 2025, comme a pu le confirmer Ouest-France auprès de l’UNRWA. Des organisations du Centre Bretagne expriment « leur soutien à la population du camp ».

Dans un communiqué du 19 février 2025, l’Association France Palestine solidarité (AFPS) Centre Bretagne et l’antenne locale du parti communiste français (PCF) expriment leur « solidarité avec la population du camp d’El Arroub, une nouvelle fois victime des violences de l’occupation israélienne ».

Jumelé à la ville de Carhaix (Finistère) depuis 2002, le camp de réfugiés palestiniens situé à une vingtaine de kilomètres de Jérusalem (Israël) a en effet fait l’objet d’une incursion de l’armée israélienne, le 12 février 2025, comme a pu le confirmer l’office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA) auprès de Ouest-France.

L’agence onusienne explique notamment « qu’un incident s’est produit au centre de santé du camp, qui a été utilisé par l’armée israélienne comme un lieu de détention temporaire pour interroger plusieurs dizaines de Palestiniens, en violation du droit international ». L’organisation ne dresse aucun bilan humain.

Une dernière visite en 2018

La situation suscite un vif émoi au sein de l’antenne locale de l’AFPS, rapidement rejointe par le PCF. « Nous condamnons le mépris que l’armée israélienne affiche envers la population palestinienne et les institutions internationales de l’ONU », écrivent-ils. « Ce qui se passe est un drame », complète Pierre-Yves Thomas, conseiller municipal communiste.

« On a encore une correspondante régulière, qui nous raconte ce qu’il se passe là-bas », raconte Jean-Pierre Jeudy, membre de l’AFPS. La dernière venue d’habitantes du camp, à Carhaix, remonte à 2018.

Le Télégramme Carhaix - 21 février 2025

Le Télégramme Carhaix - 21 février 2025

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20 février 2025 4 20 /02 /février /2025 08:45
Invasion par l'armée israélienne du camp de réfugiés El Arroub jumelé avec Carhaix - Communiqué du PCF Carhaix Huelgoat
Communiqué envoyé aux médias hier après-midi, 19 février 2025
PCF Carhaix-Huelgoat
 
C’est avec une vive émotion que nos amis de l’AFPS centre Bretagne (Association France Palestine Solidarité) nous informent que l’armée israélienne a envahi le camp d’El Arroub en Cisjordanie. 
Notre ville de Carhaix-Plouguer est jumelée avec ce camp de réfugiés. Plusieurs habitant(e)s de notre ville ont pu s’y rendre par le passé. 
L’armée a investi les locaux de l’UNWRA (Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine et du Proche-Orient). 
Ceux-ci sont normalement protégés par la loi internationale des Nations-Unies. 
Force est de constater que le gouvernement de Netanyahou et ses ministres d’extrême droite, confortés par Trump, bafouent une fois de plus les lois internationales. 
Les communistes du Centre Bretagne apportent une nouvelle fois leur soutien au peuple Palestinien. Il est grand temps que la France, comme l’Espagne et l’Irlande au niveau Européen reconnaisse l’État de Palestine.
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19 février 2025 3 19 /02 /février /2025 10:21
"L'armée la plus morale du monde"? Au Liban, c'est bien le contraire qui se vérifie.

Liban - dessin de Nono en 2006, dessin de presse présenté dans un exposition à l'institut culturel français d'Alger où il était invité et à l'honneur avec des dessinateurs de presse algériens, Wolinski, Petillon, etc. 

19 ans plus tard, on en est toujours au même point avec des voisins israéliens qui peuvent semer la mort et la désolation, ruiner des régions entières au Liban, mettre à la rue et endeuillée des milliers de familles, sans qu'il n'y ait pour eux aucune sanction ni répercussion au niveau international, mais au contraire avec le blanc seing des États-Unis, et les armes de l'OTAN dont les munitions se retrouvent partout aujourd'hui dans les ruines du Liban. 

Le 26 janvier 2025 sonnait la fin des 60 jours prévus pour le retrait des troupes israéliennes des territoires libanais, selon l'accord de cessez-le-feu au sud Liban. 

4000 violations de cet accord de la part d'Israël ont été enregistrés par la FINUL sur les deux mois de transition (incursion et occupation supplémentaires des villages frontaliers dans la zone libanaise, bombardements, villages rasés au bulldozer, civils visés, etc). 

Le 26 janvier, des milliers de libanais attendaient de rentrer dans leurs villages au sud dans la zone occupée et détruite par l'armée israélienne, faisant face aux chars israéliens, offrant leur poitrine comme seule défense. 

Le soir du jour-même d'application de l'accord du retour des civils, on comptait 25 morts libanais civils (hommes, femmes, enfants) selon nos correspondants sur place, à qui le PCF Finistère a transmis 2500 euros pour organiser l'accueil des réfugiés aux maisons bombardées dans leur ville de Doha el Hoss, au sud de Beyrouth, et 3 soldats libanais tués par les israéliens.

Un massacre des innocents qui pourrait rappeler celui de la place Tien An Men avec le symbole de civils désarmés face aux chars qui se font massacrés et dont curieusement presque aucun media n'a parlé. 

De la part de "l'armée la plus morale du monde" n'est-ce pas, qui n'est pas à un crime de guerre près.

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18 février 2025 2 18 /02 /février /2025 11:51
La grande aventure d'Alger Républicain, par Henri Alleg, Abdelhamid Benzine, Boualem Khalfa

La grande aventure d'Alger républicain

aux éditions DELGA (2012, 17€), première édition aux éditions Messidor en 1987

Par Henri Alleg, Abdelhamid Benzine, Boualem Khalfa

"Alger Républicain" naît en octobre 1938 dans le quartier ouvrier de "Bab-el-Oued" dans un immeuble face au front de mer à l'angle de la rue Koechlin (Toumyat-Abderrahmane) et de l'avenue Malakof (Abderrahmane-Mira) au moment du Front populaire. Il fait partie d'un réseau de quotidiens libres, échappant à l'emprise des grandes fortunes capitalistes de la colonie. Il naît un peu plus tard que "Oran Républicain" et "Constantine Républicain" qui n'auront pas la même longévité ni la même évolution politique et ses actionnaires sont des hommes du peuple, français d'Algérie surtout, partisans du front populaire, hommes de gauche. On y trouve beaucoup de socialistes, des radicaux-socialistes, des "libéraux" (au sens "humanistes"), mais aussi des communistes, critiques de l'exploitation et de l'arbitraire en régime colonial sans être pour autant anticolonialistes. Dans le Conseil d'administration, sur 24 titulaires, on compte trois indigènes algériens, deux instituteurs et un commerçant.

Jean-Pierre Faure, le petit-fils d'Elie Faure, critique d'art et théoricien de l'art, et arrière-petit-fils d'Elisée Reclus, historien de la Commune, va diriger le journal assez vite, choisissant Pascal Pia comme rédacteur en chef. C'est Pascal Pia qui va recruter Camus à "Alger républicain". C'est à "Alger républicain" que le futur prix Nobel fait son apprentissage de l'écriture, à 25 ans. Après un court passage au Parti communiste, il a orienté plutôt ses sympathies vers les libertaires et les objecteurs de conscience. Camus va dénoncer la misère, les inégalités et injustices qui frappent les algériens "musulmans" sans pour autant remettre en cause la logique de la colonisation elle-même.   

A l'époque, Alger républicain milite pour l'égalité des droits sociaux et économiques, et se veut le journal des travailleurs, proche de la CGT, du Secours populaire algérie,  des organisations de gauche, des travailleurs français et "musulmans".  Avant guerre, Alger républicain paraît pendant onze mois, d'octobre 1938 à septembre 1939, devenant le journal progressiste qui dénonce les injustices coloniales, appelle aux réformes.

Pendant la période où le régime de Vichy contrôle l'Algérie, "Alger républicain" cesse de paraître, laissant toute la place aux grands journaux de la collaboration et du capitalisme colonial. Il reparaît en février 1943 après le débarquement anglo-américain en Afrique du nord. Une équipe de français d'Algérie de gauche partiellement renouvelée le prend en main, avec une sensibilité antifasciste, républicaine et anti-vichyste, mais le journal compte aussi quelques contributeurs algériens "indigènes" tel le communiste Ahmed Smaïli, condamné à mort par contumace sous Vichy, Abdelkader Safir, Aziz Kessous, et à partir de 1944, Boualem Khalfa, le père de Nazim Khalfa (1950-2018), ancien secrétaire de section du PCF à Carhaix, ancien responsable de l'AFPS, dont l'épouse, Colette Khalfa, est toujours adhérente à la section communiste de Carhaix-Huelgoat.

Boualem Khalfa était un ancien instituteur d'Orléansville (aujourd'hui Chlef) dont le père était déjà lecteur d'"Alger républicain", et notamment des articles de Camus. "Dans les escaliers aux marches ébréchées et mal éclairies de l'imprimerie, Khalfa croise de temps à autre un jeune de son âge, Henri Alleg, secrétaire de la Jeunesse communiste d'Algérie. Khalfa et Alleg se saluent au passage, sans se connaître et sans savoir qu'ils se trouveront réunis plus tard dans un long, difficile et exaltant combat à la tête justement d'"Alger républicain".

Membre du parti communiste algérien dès avant la guerre, Henri Alleg avait été condamné à mort par un tribunal de Vichy, puis libéré de prison après le débarquement des troupes alliées. A ses côtés vont travailler à l'imprimerie d'Alger républicain d'autres "libérés" des camps de concentration vichyssois d'Algérie, notamment des républicains espagnols.

Au moment des massacres de Sétif à la suite du 8 mai 1945, Alger Républicain, tout à la ferveur de la Libération nationale et en soutien d'un gouvernement officiellement "antifasciste", ignore partiellement la violence de la répression, même si dès juillet 1945 il s'en fera écho avec un reportage de l'ancien militant socialiste Michel Rouzé et de Jean Amrouche, écrivain kabyle d'origine et de langue française, et d'Abdelkader Moulfi, ami de Ferhat Abbas.  Ce reportage servira de base à l'intervention d'Etienne Fajon à l'Assemblée Nationale au nom du PCF qui pour la première fois, plusieurs mois après les évènements, dénoncera la brutalité de la répression dans la région de Sétif, Guelma et tout le Constantinois. Boualem Khalfa après le vote d'une loi d'amnistie pour les Algériens impliqués dans les évènements de Sétif écrira un article sur les tortures pratiquées par les Français dans "la villa des Oiseaux". 

En novembre 1946, "Alger républicain" va récupérer en vertu des lois contre les titres de presse de la collaboration les locaux de "La Dépêche algérienne" qui s'est distinguée par son zèle pro-nazi et anti-juif et il s'installe dans son cossu immeuble du boulevard Laferrière, en récupérant une imprimerie toute neuve. En juillet 1947, Michel Rouzé, qui s'apprête à quitter l'Algérie pour Paris où il rejoindra le journal "Ce soir" de Louis Aragon, passe un accord avec l'Union française d'information (UFI) qui gère l'administration des quotidiens communistes ou issus de la Résistance et proches du PCF et Alger Républicain devient désormais, avec plus de moyens (quoique bien inférieurs à ceux de la presse colonialiste et capitaliste algérienne) un journal communiste, ouvert et de rassemblement.  Karl Escure, survivant du camp de concentration nazi de Thelka, aux environs de Leipzig, ancien métallo lyonnais, qui a travaillé pour le journal de la JC "L'Avant-Garde" et pour "Regards", devient le nouveau dirigeant du journal "Alger républicain", avec pour mission d'aider "au développement d'un grand journal moderne, vivant, reflétant aussi largement que possible tous les courant démocratiques et anticolonialistes".  Boualem Khalfa, devenu communiste en juillet 1946, date à laquelle le Parti Communiste Algérien s'est prononcé pour une ligne de rupture nette avec le statut quo colonial, devient à 25 ans le rédaction en chef d'"Alger républicain". C'est le premier algérien à occuper une telle responsabilité dans un quotidien en Algérie. A cette époque, Gilles Lapouge collabore à Alger Républicain, comme le feront bientôt les grands écrivains algériens Mohamed Dib et Kateb Yacine.

A partir du début de la guerre froide, s'opposant résolument à la guerre d'Indochine, "Alger républicain" va faire preuve également d'une orientation anticolonialiste résolue en Algérie. En septembre 1949, la rédaction apprend que les gendarmes de Bordj-Ménaïel, en Kabylie, ont commis des exactions sur les civils dans le douar Sidi Ali Bounab. Boualem Khalfa se charge de l'enquête sur le terrain, accompagné du député communiste d'Alger, Pierre Fayet, de de Karl Escure, ainsi que d'Ahmed Mahmoudi, membre du bureau politique du PCA et de Georges Raffini, alors secrétaire du Secours populaire algérien. L'article qui paraîtra quelques jours après, le 9 octobre 1949, fera grand bruit, décrivant les vieillards molestés, les femmes bousculées, humiliées, violées, tout cela pour un paysan ayant refusé la conscription.  Le journal dénonce également dès cette époque les tortures systématiques sur les militants algériens nationalistes arrêtés. Le Gouvernement Général d'Algérie, que dirige le socialiste Marcel-Edmond Naegelen, dénonce des "calomnies antifrançaises" et inculpe Boualem Khalfa pour diffamation. 

"L'affaire est finalement évoquée à l'Assemblée Nationale. On y voit le ministre de l'Intérieur socialiste, Jules Moch, voler au secours de Marcel-Edmond Naegelen, son camarade de parti. Le gouvernement et sa majorité de "Troisième Force", dans lesquels sont associés droite "modérée" et gauche anticommuniste, couvrent les responsables du saccage et des viols de Sidi Ali Bounab comme ils couvriront les assassinats "légaux", les tortures et exactions de toutes sortes que les "forces de l'ordre" vont multiplier jusqu'à l'explosion insurrectionnelle du 1er novembre 1954. Par 396 voix contre 197, l'Assemblée refuse l'envoi d'une commission d'enquête en Algérie. Boualem Khalfa, quant à lui, est lourdement condamné. Les rédacteurs et gérants de "Liberté" et d'"Algérie nouvelle", organes du PCA, qui ont repris l'accusation sont également condamnés. Naegelen et Jules Moch ont veillé personnellement à ce que la "justice" fasse bonne mesure. En toute indépendance, comme il se doit!" (La grande aventure d'Alger républicain, éditions Delga, 2012, p.60-61). 

"Au début des années 50, la répression va frapper plus durement encore. Pas une semaine ne s'écoule sans qu'"Alger républicain" n'ait à signaler des poursuites intentées à des militants nationalistes et progressistes, des arrestations, des condamnations, des matraquages et des fusillades de grévistes et de manifestants. Quelques mots de solidarité en faveur du Viêt-nam en guerre, de la lutte libératrice des peuples marocain et tunisien, le mot "indépendance" utilisé dans un article ou un discours, et c'est l'inculpation en vertu du fameux "article 80" pour "atteinte à la sûreté intérieure de l’État". En mars 1953, l'administration coloniale monte une grande affaire autour de la prétendue entreprise de "démoralisation de l'armée et de la nation". Abdelhamid Boudiaf, Alfred Strich et d'autres militants du Parti communiste algérien, en même temps que quelques conscrits de l'armée française qui font leur service militaire en Algérie, sont arrêtés et emprisonnés. Parmi eux, Claude Lecomte, militant de la Jeunesse communiste de France (quelques années plus tard l'un des journalistes les plus connus et les plus appréciés de "L'Humanité"). On les accuse d'avoir rédigé puis distribué un tract appelant les jeunes soldats à exiger la paix au Viêt-nam. Une campagne de protestation, largement relayée par "Alger républicain", les arrachera (après huit mois de détention) à la prison sans qu'aucun procès n'ait jamais eu lieu par la suite". 

En février 1951, Henri Alleg a succédé à Karl Escure, rejoignant la France. A l'image d'une équipe de la rédaction du journal très jeune, Henri Alleg, le nouveau directeur, n'a pas trente ans, mais a déjà une solide expérience politique. Militant de la Jeunesse communiste algérienne clandestine sous Vichy, instructeur itinérant du parti communiste algérien, il a déjà parcouru toute l'Algérie, rencontré la plupart des dirigeants nationaux et locaux des différents partis progressistes, suivi la conduite de grèves et de mouvements sociaux et campagnes diverses. Il a été confronté à la misère algérienne et à l'oppression coloniale. Il n'est pas né en Algérie mais y a débarqué après le début de la seconde guerre mondiale après l'interruption de ses études de lettres à la Sorbonne. Aux côtés d'Ahmed Khellef, Hachi Djillali, Ahmed Akkache, Hamou Kraba, Malki Tayeb, et de jeunes "européens" comme William Sportisse, Henri Maillot, René Navarro, Alfred Strich, Georges Torrès, il a fait de l'Union de la jeunesse démocratique algérienne l'organisation de jeunesse de masse la plus ouverte et représentative qui soit à l'époque, et il est devenu membre du comité central du PCA il y a plusieurs années.

Au début des années 50, "Alger républicain" joue un rôle majeur pour l'éducation politique de millions d'Algériens. Zohra Drif, militante des groupes armées du FLN à Alger en 1956, figure de la bataille d'Alger, raconte dans ses "Mémoires d'une combattante de l'ALN - Zone autonome d'Alger" combien le quotidien "Alger Républicain", délivré sous le manteau par sa condisciple de lycée communiste Mimi Bensmaïnn, a contribué à sa formation politique, elle qui venait d'un milieu musulman très bourgeois (c'était la fille du Cadi rouge de Vialar), et a nourri sa culture des exactions et injustices de la domination coloniale. 

Yahia Briki, futur figure communiste de la lutte de l'indépendance à Alger lui aussi, ami avec le finistérien André Castel, compagnon de l'indépendance algérienne, originaire d'Akbou, dans la vallée de la Soumman en Kabylie, figure aussi parmi les rédacteurs d'"Alger Républicain", de l'équipe des rédacteurs de nuit, avec Elissa Rhaïs, Nicolas Zannettacci, ex-conseiller général et maire communiste d'Oran. Henri Maillot, futur héros et martyr de l'indépendance algérienne, militant du Parti communiste algérien ayant déserté de l'armée et volé un camion plein d'armes pour les remettre au maquis aux indépendantistes algériens, qui fut exécuté par l'armée française, travaille à l'administration d'"Alger républicain", le seul journal qui pratique la fraternité entre arabes/kabyles et français d'Algérie et qui soutient l'Algérie "qui travaille et qui lutte", apparaissant comme "le porte-parole et le lieu de rencontre privilégié de toutes les forces engagées dans la lutte contre le régime colonial". N'oublions pas qu'en juin 1951, encore, aux élections législatives, le Parti communiste algérien recueille 21% dans le premier collège, celui des européens. 

Au début des années 50, "Alger Républicain" est un lieu de discussion pour toutes les familles algériennes qui défendent un objectif de libération nationale et de sortie du colonialisme, y compris les nationalistes, les messalistes du MTLD notamment.

La réaction du journal "Alger républicain" après la "Toussaint rouge", dans l'éditorial du 2 novembre, détonne dans le paysage de la presse algérienne: 

"Plusieurs attentats se sont produits en Algérie dans la nuit de dimanche à lundi. Et pourtant, il y a seulement quelques semaines, des personnalités officielles - et tout dernièrement, même un ministre - prétendaient faire partager leur sérénité de façade à propos du "calme" qui régnait ici. A la vérité, elles ne faisaient que répéter ce qui avait été fait quelques mois auparavant pour le Maroc, quelques années plus tôt pour la Tunisie. Et puis, il y a eu les groupes de Tunisiens armées. Et puis il y a eu les attentats du Maroc. Et aujourd'hui, il y a les attentats de l'Algérie. 

"Mais que, cette fois, les intéressés ne jouent pas la surprise. Car ils auront été prévenus. Prévenus par les évènements de Tunisie. Prévenus par les évènements du Maroc. Et prévenus par l'opinion algérienne. Car, ici, comme dans le reste de l'Afrique du nord, compte tenu des particularités propres à chaque pays, il y a un problème: problème vital pour l'immense majorité des gens de ce pays, problème de la suppression de l'état de fait colonial, pour l'appeler par son nom

"Pendant de trop longues années, les hommes au pouvoir ont cru qu'il suffisait de le nier pour qu'il ne se pose pas. Puis, comme il se posait quand même, ils ont cru que la violence réglerait les choses. Mais rien n'y a fait: ni la politique de l'autruche, ni celle de la mitrailleuse? 

"Et aujourd'hui, rien de semblable ne réglera le problème. Ni des renforts de parachutistes et de police annoncés dans les communiqués officiels ni les arrestations arbitraires de militants progressistes comme à Batna, Khenchela, Biskra.

"Mais alors où est la solution?

"Elle est dans la reconnaissance de l'existence du problème algérien. Elle est dans la recherche d'une solution démocratique à ce problème. Elle est dans la fin des méthodes de coercition et de répression...".

Alger Républicain dénonce les jours suivants la dissolution du MTLD de Messali Hadj, la terreur des ratissages exercés dans les Aurès et le Constantinois par les compagnies républicaines de sécurité et les parachutistes coloniaux rapatriés d'Indochine. Mendès France et Mitterrand appellent à la fermeté contre tous les séditieux.    

Le 10 novembre, Alger Républicain fait paraître intégralement une déclaration du Parti communiste français datée du 8 novembre:

"La situation devient chaque jour plus sérieuse en Algérie. Plusieurs régions sont mises en état de siège, des villages entiers sont ratissés, des organisations dissoutes, des centaines d'hommes emprisonnés, des journaux démocratiques saisis ou suspendus.
Les colonialistes et la presse à leur service poussent à une répression sans cesse accrue. Une telle situation préoccupe à juste titre la classe ouvrière et l'ensemble des français.
Le Parti communiste français souligne que les évènements qui se déroulent actuellement en Algérie résultent essentiellement du refus opposé par les gouvernants français aux revendications nationales de l'immense majorité des Algériens, ce refus s'ajoutant à une misère généralisée et croissante, conséquence directe du régime coloniale qui sévit dans le pays.
En prétendant nier l'existence en Algérie des problèmes politiques de caractère national, en s'obstinant à camoufler le régime colonial sous le vocable des "trois départements français" le gouvernement tourne le dos à la réalité algérienne et à la volonté de tout un peuple de vivre libre et de gérer démocratiquement ses propres affaires.
Le Parti communiste dénonce les mesures de violence prises pour tenter de briser le mouvement national algérien, qu'il s'agisse des véritables opérations de guerre actuellement en cours ou de la dissolution arbitraire du Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques, prétexte à une répression encore accentuée. La politique de force pratiquée par le gouvernement ne résoudra pas davantage les problèmes qui se posent en Algérie qu'elle n'a résolu ceux qui se sont trouvés posés en Indochine, en Tunisie et au Maroc. Ainsi qu'il en a été dans ces divers pays, une telle politique ne peut qu'aggraver la situation et rendre les problèmes encore plus difficiles à régler". (...).

Le 24 novembre 1954, Henri Alleg est inculpé pour un article. 

A la mi-décembre, Boualem Khalfa, rédacteur en chef d'"Alger Républicain", comparait devant le tribunal d'Alger avec des dirigeants du Parti communiste algérien et il est condamné à 18 mois de prison et 250 000 francs d'amende, ainsi que 10 ans d'interdiction de droits civiques, en vertu de l'article 80, rédigé au départ contre les autonomistes bretons, comme le rappelle l'article en Une d'Alger républicain du 17 décembre 1954, ajoutant malicieusement: "MM Mendès France et Mitterrand n'ont donc rien inventé".

Le 25 décembre, le lecteur d'"Alger Républicain" apprend la condamnation inique de Boualem Khalfa, en tant que rédacteur en chef du journal communiste "Liberté", tandis que le secrétaire du PCA, Larbi Bouhali, est condamné à 3 ans de prison, 250 000 francs d'amende, et le gérant du journal Alger Républicain, Salignac, à un an de prison avec sursis,  250 000 francs d'amende, et 5 ans de privations de droits civiques. Justice colonialiste... 

Déjà le 8 décembre 1954, dans son éditorial à la Une d'"Alger Républicain", Henri Alleg dénonçait avec force la répression féroce dans les Aurès, commise sous la direction du premier ministre Mendès France et du ministre de l'intérieur Mitterrand:

"L'ordre règne"

"L'ordre règne, nous dit-on. Sur les routes des Aurès, par certaines, femmes, enfants, vieillards, hommes de tous âges, chassés de leur foyer, transis par le froid, leur maigre bagage avec eux, gagnent les zones où on a décidé de les parquer tandis que l'on ratisse leurs douars.
Par camions entiers, les "suspects" sont arrêtés, emprisonnés, jetés dans des geôles de fortune. Ainsi à la piscine de Batna, des hommes attendent de comparaître devant le tribunal, enfermés dans des cabines de bain transformées en cellules.
A tour de bras, on condamne ceux qui hier n'étaient que des "suspects". Est "suspect" un homme que l'on arrête dans son douar, si ce douar est considéré comme "zone d'opération". Le "suspect" devient vite "inculpé". Et d'"inculpé" ... condamné. Car contrairement à toutes les jurisprudences, on juge maintenant en "flagrant délit" des hommes inculpés en vertu de l'article 80!
Des dizaines d'années de prison ont déjà frappé des hommes à qui l'on n'avait même pas donné la possibilité de se défendre normalement. Sur 30 inculpés qui ont comparu samedi à Batna, 28 n'avaient pas d'avocat!
Nombre d'entre eux ont été condamnés sans l'ombre d'une preuve morale ou matérielle! 10 ans de prison pour un fusil de chasse inutilisable!
Condamne t-on pour l'exemple ou pour prouver à ceux qui en doutent encore que l'Algérie est bien la France.
MM Mendès France et Mitterrand seront donc contents.
Décidément l'ordre règne dans les Aurès.
Mais verrait-on de telles méthodes en Bretagne ou en Provence?
Les profiteurs de la grosse colonisation, premiers responsables de la tragique situation que connaît aujourd'hui l'Algérie, applaudissent. Ils trouvent que l'on ne frappe pas assez fort! Pas assez de gendarmes, pas assez de prisons, pas assez d'inculpations et d'arrestations!
Accrochés au passé, hostiles à toute idée neuve, ils sont pris de panique dès lors qu'on leur montre la réalité. Mais ni la répression ni le refus de voir ce qu'est n'apporteront de solution au problème posé à l'échelle de tout un pays.
La solution existe pourtant, une solution juste et sensée. On la trouvera en tenant compte des aspirations et des intérêts de tous, en permettant à tous de confronter librement leurs opinions.
Alors pourra naître ici un ordre véritable autre que celui de la misère et de la mitraille. Un ordre fraternel et humain reposant sur la justice et la confiance".
Henri Alleg.

Le 29 décembre 1954, "Alger Républicain" dénonce une centaine d'arrosage au napalm de l'aviation militaire française, comme en Indochine et des ratissages de grande envergure dans les douars de grande Kabylie.

Le harcèlement sera continu contre "Alger Républicain" entre la fin d'année 1954 et toute l'année 1955 comme sur les autres journaux communistes algériens et leurs journalistes et militants jusqu'à ce que le 12 septembre 1955, le gouvernement français décrète l'interdiction du Parti communiste algérien et de ses "filiales". "Alger Républicain", bien qu'il n'est pas l'organe centrale du PCA, ne peut plus paraître. Beaucoup de ses journalistes militants vont alors rentrer dans l'action clandestine anticoloniale, jusqu'aux camps de concentration et aux prisons, aux chambres de torture et jusqu'à la mort parfois.

 

"Alger Républicain" ne connaîtra un nouveau départ qu'après 7 ans de guerre d'Algérie, à l'Indépendance, en 1962. A l'heure de l'indépendance, Henri Alleg, torturé par l'armée française, qui a exécuté son ami le mathématicien Maurice Audin, Henri Alleg l'inoubliable auteur de "La Question", est évadé de la prison de Rennes, où sera également enfermée Djamila Boupacha, défendue par l'avocate Gisèle Halimi, et réfugié à Prague. Boualem Khalfa est évadé, et clandestin en France. Abdelhamid Benzine a été fait prisonnier au maquis comme Jacques Salort. Le numéro 1 du nouvel "Alger républicain" est daté des mardis 17 et mercredi 18 juillet 1968. "Alger Républicain" a troqué son en-tête bleu d'autrefois pour la couleur nationale de l'Algérie indépendante: le vert. Le nouvel "Alger républicain" de l'Algérie nouvelle, toujours dirigé par Alleg et Benzine (Khalfa n'est pas encore rentré de France) tire à 80 000 exemplaires, un nombre d'exemplaires inégalé pour le journal progressiste, avant d'être de nouveau interdit au moment du coup d'Etat de Boumediene en 1965.

Compte rendu de lecture par Ismaël Dupont

Capture d'écran de la Une d'Alger Républicain le 3 novembre 1954 (Gallica)

Capture d'écran de la Une d'Alger Républicain le 3 novembre 1954 (Gallica)

Capture d'écran de la Une d'Alger Républicain le 2 novembre 1954 (Gallica)

Capture d'écran de la Une d'Alger Républicain le 2 novembre 1954 (Gallica)

Une d'Alger Républicain - 10 novembre 1954

Une d'Alger Républicain - 10 novembre 1954

Une d'Alger Républicain 28 novembre 1954

Une d'Alger Républicain 28 novembre 1954

Une d'Alger Républicain du 30 novembre 1954 avec l'annonce de la comparution d'Henri Alleg devant le juge d'instruction, préalable à une future interdiction pure et complète du journal, avec l'interdiction du parti communiste algérien et de ses activités

Une d'Alger Républicain du 30 novembre 1954 avec l'annonce de la comparution d'Henri Alleg devant le juge d'instruction, préalable à une future interdiction pure et complète du journal, avec l'interdiction du parti communiste algérien et de ses activités

Alger Républicain, 8 décembre 1954

Alger Républicain, 8 décembre 1954

Une d'Alger Républicain, 17 décembre 1954

Une d'Alger Républicain, 17 décembre 1954

Une d'Alger Républicain, 25 décembre 1954

Une d'Alger Républicain, 25 décembre 1954

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17 février 2025 1 17 /02 /février /2025 07:37
Rassemblement au port du fret devant l'Ile longue en janvier 2025 avec Shigemitsu Tanaka, survivant de Nagasaki

Rassemblement au port du fret devant l'Ile longue en janvier 2025 avec Shigemitsu Tanaka, survivant de Nagasaki

Rassemblement au port du fret devant l'Ile longue en janvier 2025 avec Shigemitsu Tanaka, survivant de Nagasaki

Rassemblement au port du fret devant l'Ile longue en janvier 2025 avec Shigemitsu Tanaka, survivant de Nagasaki

Shigemitsu Tanaka, survivant de Nagasaki : « Nous, rescapés de l'arme atomique, craignons l'oubli »

Dirigeant de Nihon Hidankyo, organisation de survivants japonais des bombes A et H lauréate du Nobel de la Paix 2024, Shigemitsu Tanaka prône la fin des armes nucléaires. À 84 ans, il observe avec effroi l'essor d'un bellicisme global.

Axel Nodinot, L'Humanité, 14 février 2025

Il avait 4 ans, mais se souvient encore de ce 9 août 1945, quatre-vingts ans plus tard. Le jeune Shigemitsu Tanaka jouait dans le jardin familial avec son petit frère et son grand-père. « Papi, papi, l’avion ! » se rappelle-t-il avoir crié quand le bombardier B-29 états-unien a survolé la vallée de Nagasaki. Le pilote avait déjà largué « Fat Man », la bombe atomique qui a tout ravagé sur 4 kilomètres carrés à la ronde.

« À peine l’avais-je entendu qu’un nuage blanc a tout soufflé », se remémorait l’octogénaire lors d’une conférence de presse organisée par le Mouvement de la paix et la CGT. « Tanaka-senpai » (l’aîné) est encore en forme pour son âge. Sûrement parce qu’il refuse de quitter ce monde sans l’avoir vu débarrassé de ses 9 500 ogives nucléaires, partagées par neuf pays. Ce combat, mené avec ses camarades de Nihon Hidankyo, la confédération japonaise des organisations des survivants des bombes A et H, leur a valu le prix Nobel de la Paix 2024.

Ainsi que la reconnaissance de tous ces hibakusha (les survivants et leurs descendants), qui veulent qu’on se souvienne des « trois catastrophes » : Hiroshima, Nagasaki et 1954, quand les États-Unis testent la bombe H, « mille fois plus puissante que la bombe atomique », dans le Pacifique.

« Ma mère se demandait s’ils étaient vraiment humains », se rappelle-t-il, montrant d’horribles photos de paysages désolés, d’enfants gravement brûlés ou malformés à cause des radiation

s. « Plus jamais ça », que ce soit au Japon ou à Crozon, en Bretagne, où Shigemitsu Tanaka a imploré la France, quatrième puissance nucléaire, de démanteler ses ogives.

Comment, vos camarades et vous-même, avez-vous ressenti le fait d’avoir reçu le prix Nobel de la paix 2024 ?

Évidemment, nous avons été extrêmement émus lorsque nous l’avons appris, ainsi que lors de la réception de ce prix Nobel à Oslo. Et nous avons conscience de notre responsabilité quant à la nécessité de renforcer encore notre mouvement pour l’abolition des armes nucléaires. Lors de la conférence de presse dans la capitale norvégienne, nous avons pu voir qu’il y avait des journalistes du monde entier devant nous.

Ça a vraiment été le moment où nous avons réalisé que les irradiés et les hibakusha étaient enfin mis sur le devant de la scène. Maintenant, nous sommes vraiment reconnus. Je le vois dans ma ville de Nagasaki, où j’habite toujours. Il y a maintenant beaucoup plus de demandes de la part des médias, depuis l’attribution du prix Nobel à Nihon Hidankyo.

Cet événement bouleverse beaucoup de choses. Par exemple, au sein du conseil de la préfecture de Nagasaki, il y a des élus du Parti libéral démocrate (PLD, parti de droite nationaliste du premier ministre Shigeru Ishiba – NDLR). Bien qu’ils soient très militaristes et proches des États-Unis, nous leur demandons depuis des années de plaider pour la ratification du traité sur l’interdiction des armes nucléaires (Tian). Ils s’y opposaient fermement, ça ne les intéressait pas. Juste après l’attribution du prix Nobel de la paix, ce sont ces élus PLD de Nagasaki qui ont proposé aux élus de l’opposition de porter cette résolution !

Le 8 janvier, les membres de Nihon Hidankyo rencontraient justement le premier ministre japonais Shigeru Ishiba. Qu’en retenez-vous ?

Oui, nous étions sept délégués de la confédération. C’est peut-être la seule et unique fois que nous avons ressenti que nous étions reçus par quelqu’un qui ne se réjouissait pas de cette attribution. D’abord, nous ne sommes restés que trente minutes. En plus, nous n’avons eu droit qu’à un verre d’eau !

Nous avons parlé, surtout pour leur demander, au premier ministre et au gouvernement, de participer à la ratification du Tian, d’améliorer les indemnisations des hibakusha, qui sont largement insuffisantes. Mais, sur ces questions, il n’a même pas daigné nous répondre. En fait, il ne nous a pas vraiment écoutés. Nous avons l’impression que cette reconnaissance ne lui plaît pas.

Lors de l’aller-retour en Scandinavie, nous avons pris la compagnie aérienne scandinave SAS Airlines. Celle-ci a vu que nous étions en classe économique et a tout de suite réagi en disant : « Mais ce n’est pas possible, on va vous mettre en business ! »

Donc nous avons pu revenir au Japon plus confortablement. Cela pour vous dire que nous sommes beaucoup mieux traités et considérés à l’étranger que dans notre propre pays. Il faut savoir que de tout temps et jusqu’à maintenant le gouvernement japonais s’est toujours comporté de cette manière envers les irradiés et les hibakusha, sans jamais nous considérer.

Nous commémorons cette année les 80 ans des bombardements de Hiroshima et de Nagasaki. Votre combat pour la mémoire est-il prégnant au sein de la société japonaise, en dehors du gouvernement, notamment chez les jeunes générations de l’archipel ?

Quatre-vingts ans après ces bombardements, il est vrai que la mémoire s’estompe un peu chez les jeunes générations. Les années qui ont suivi, beaucoup d’efforts ont été faits pour l’éducation à la paix, mais le gouvernement ne fournit plus autant d’efforts désormais.

Cette question est mise de côté, nous avons donc un peu peur que notre mémoire, celle des bombardements et de la guerre, disparaisse. La question de la transmission est évidemment très importante pour nous, c’est pourquoi nous essayons de témoigner le plus possible, de raconter ce que nous avons vu, ce que nous avons vécu. 

Malgré tout, la mémoire a été entretenue par des monuments, des expositions, des activités menées par exemple par Gensuikyo (une ONG japonaise contre les bombes A et H – NDLR). Chaque année, nous prenons également part à la conférence internationale contre les bombes A et H à Hiroshima et Nagasaki.

Ce sont les efforts des associations, des gens, des hibakusha de la 2e et de la 3e génération qui permettent tout de même cette transmission. L’université de Nagasaki, par exemple, est le seul endroit au monde qui dispose d’un centre de recherche travaillant aux moyens d’abolir les armes nucléaires. Il y a aussi des séminaires qui sont conduits auprès des lycéens pour transmettre nos témoignages et étudier les bombardements atomiques. C’est en fait la question la plus importante pour nous.

Plus largement, on observe une volonté de remilitarisation du Japon chez les derniers gouvernements de droite. Que pensez-vous de cette remise en question de la Constitution pacifique ?

C’est absolument incroyable. Avant et pendant la Seconde Guerre mondiale, l’empire du Japon a tué des millions de personnes lors de ses invasions en Asie. Entre 2 et 3 millions de soldats japonais sont également morts. On s’était donc dit, à l’époque, « plus jamais la guerre ».

C’est pourquoi la Constitution pacifique est très importante pour les Japonais. Je pense qu’encore aujourd’hui la majorité d’entre eux veut conserver ce texte fondamental. Par contre, parmi les élus de la nation, de droite notamment, il y a effectivement de plus en plus une volonté de changer la Constitution pour pouvoir faire la guerre. C’est aussi l’alliance avec les États-Unis qui les pousse à se réarmer.

Même les soldats des Jieitai (les Forces japonaises d’autodéfense – NDLR) sont mécontents, beaucoup veulent les quitter, et les jeunes ne souhaitent pas forcément y travailler. Heureusement que, lors des dernières élections, le PLD a perdu sa majorité au Parlement.

Le détricotage de la Constitution est progressif, sous la houlette des gouvernements de droite. L’administration Shinzo Abe de 2012 à 2020 a décrété que le Conseil des ministres pouvait désormais changer les lois. Ils en ont donc profité pour autoriser le déploiement des membres des Jieitai sur les zones de conflit.

Ensuite, les années de Fumio Kishida (2021-2024) ont vu le budget militaire augmenter considérablement, et Shigeru Ishiba (depuis 2024) continue cette œuvre néfaste. Il veut que la défense compte pour 2 % du PIB japonais d’ici à 2027 (contre environ 1 % d’habitude – NDLR). Cela représenterait le double du budget de l’éducation et 10 % du budget de l’État !

Cette militarisation est malheureusement à l’œuvre partout, en Asie-Pacifique mais aussi dans le monde entier. Du haut de vos nombreuses années d’expérience à prôner la paix, comment inverser la tendance ?

Je ne suis pas homme politique, je ne suis qu’un hibakusha ! Mais, effectivement, j’observe l’état du monde, où de plus en plus de forces veulent consolider leur arsenal et leur dissuasion militaires. Même à l’intérieur de chaque pays, on a l’impression que les gens et les dirigeants cherchent les divisions, les conflits.

Ce sont des conséquences de la montée de l’extrême droite, un peu partout dans le monde. Nous, qui sommes à l’opposé de leur vision, devons promouvoir le dialogue et la solidarité. C’est comme cela que les gens se connaîtront, se comprendront et seront en paix.

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