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22 mars 2025 6 22 /03 /mars /2025 07:21
« Que ma mort apporte l’espoir, poèmes de Gaza » - Poètes et poètesses de Gaza publiés aux éditions Libertalia, Orient XXI
Voici un poème de la première partie du livre « Que ma mort apporte l’espoir, poèmes de Gaza », poème écrit par une femme, Neeamat Hassan, sous les bombardements le 26 octobre 2023
 
ÊTRE MÈRE À GAZA
 
Être mère à Gaza
C’est ne pas dormir
C’est tendre l’oreille
Dans le noir
Tâter ses moindres franges
Trier un à un tous les sons
En choisir un, de quoi créer
Un conte à sa mesure
En faire une berceuse
Et quand tout le monde dort
Se dresser comme un bouclier
Face à la mort
Être mère à Gaza
C’est ne pas pleurer
C’est ramasser la peur
La colère
Et les prières
À pleins poumons
Attendre que les avions
Finissent de rugir
Pour libérer le soupir
Être mère à Gaza
C’est ne pas pouvoir être comme toutes les autres mères
C’est faire du pain frais grâce au sel de ses yeux
Et voir ses tout-petits mangés par la patrie
 
Neeamat Hassan
 
« Que ma mort apporte l’espoir, poèmes de Gaza », Libertalia, ORIENT XXI, poème sélectonné et traduit par Nadia Yafi
« Je rêve d’une mort retentissante, laissez-moi mourir comme je l’entends »
 
Par Haïdar Al Ghazali
 
Texte écrit le 27 octobre 2023
Là, maintenant, personne ne pourra me pleurer, personne ne pourra composer d’éloge funèbre, mon corps ne sera sans doute même pas retrouvé, et personne ne pourra donc m’enterrer, l’air libre sera ma tombe et le témoin de cette tombe un simple nuage, qui fera de l’ombre aux enfants, et ils grandiront.
Dieu merci, ils n’ont pas pu inclure l’air dans le blocus, ce qui me laisse encore la possibilité d’écrire cette folie, certes je ne suis pas libre dans cette absence, je ne suis pas libre puisqu’à tout moment exposé à une mort silencieuse, dont personne ne saura rien, je ne suis pas libre si je ne peux choisir ma mort, et pourtant je reste libre en mourant, alors allez-y détruisez toujours plus, faites exploser encore davantage, labourez donc la terre avec la mort, toute la terre, notre terre est une immense flûte de roseau, plus on y creuse de trous et plus elle est capable d’exhaler de nouvelles mélodies, de ces maqâms de l’impossible retour des ruines.
Il est maintenant vingt heures quinze, je vais me coucher, je vais préparer mon corps pour le missile impromptu qui l’explosera. Je vais préparer mes souvenirs, préparer mes rêves à devenir cette petite ligne de brève, ou ce simple numéro dans un dossier. Pourvu que le missile vienne dans mon sommeil, afin que je ne ressente aucune douleur ; voilà donc nos ultimes souhaits dans la guerre, une pitoyable conclusion de nos rêves grandioses.
Je quitte la frayeur de la famille vers mon matelas en me posant la question suivante : qui donc disait déjà au Gazaoui que le dormeur ne souffrait pas ? Et je me suis endormi. »
Haïdar Al Ghazali
 
« Que ma mort apporte l’espoir, poèmes de Gaza », Libertalia, ORIENT XXI, poème sélectionné et traduit par Nadia Yafi
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22 mars 2025 6 22 /03 /mars /2025 07:11
Trump: symptôme de la décomposition américaine - Revue Cause Commune n°42, Janvier/ février 2025 - Pierre Guerlain, professeur de civilisation américaine à l’université Paris-Nanterre.
Par

Les États-Unis viennent d’élire Trump pour la deuxième fois : pourquoi les classes populaires désertent-elles les partis dits « centristes » ou « modérés » pour choisir l’extrême droite ou ceux que l’on appelle d’une désignation problématique les « populistes » ?

Les néolibéraux américains sont souvent prompts à insulter les classes populaires, que ce soit Hillary Clinton qui les appelle deplorables (minables, pathétiques) ou Joe Biden qui reprend un terme trumpiste pour les qualifier d’« ordures » s’ils votent pour Donald Trump.

L’insulte psychologisante tient lieu d’analyse mais, à gauche, il est crucial de comprendre le pourquoi de cet exode vers les politiques du pire de ceux qu’aux États-Unis on appelle la « classe moyenne » mais que l’on peut désigner collectivement comme les travailleurs, voire la classe ouvrière. Les analyses du philosophe allemand Axel Honeth ou de son homologue américain, Michael Sandel, sur la reconnaissance ou la « condescendance méritocratique » sont pertinentes ici.

Le Monde diplomatique du mois de décembre 2024 a publié un graphique montrant pour qui les Américains et les Américaines avaient voté. Il ressort très clairement que les populations diplômées ont voté pour Kamala Harris alors que les non diplômés ont choisi Trump. Les moins fortunés ont également donné une courte majorité à Trump. La deuxième élection de Trump acquise avec cette fois une majorité des voix, contrairement à 2016, étant donné le caractère non démocratique du mode de scrutin américain, est un point d’aboutissement d’un long cycle historique.

Le néolibéralisme des démocrates

Depuis les années du New Deal de Franklin Roosevelt, le Parti démocrate était considéré comme le parti de la classe ouvrière et l’est resté, au moins sur le plan électoral, jusqu’à la présidence Clinton (1993-2001). Le triomphe politique du néolibéralisme s’accompagne d’une lente érosion des résultats électoraux des démocrates, érosion un temps enrayée par les succès de Barack Obama (2009-2017). Si le néolibéralisme a commencé à envahir les systèmes politiques à partir des succès de Margaret Thatcher (1979-1990) en Grande-Bretagne et de Ronald Reagan (1981-1989) aux États-Unis, il avait été théorisé bien avant. Barbara Stiegler a retracé l’histoire du néolibéralisme américain dans l’ouvrage intitulé Il faut s’adapter (Gallimard, 2019).

« Le discours de la diversité détaché d’une problématique de luttes sociales déplace les lignes de combat : les adversaires ne sont plus les capitalistes ou plus généralement le monde des affaires mais cette rhétorique peut conduire à la formation de structures identitaires. »

Bill Clinton, qui avait été élu avec les voix de la classe ouvrière, a pris des décisions qui ont eu des effets catastrophiques sur les revenus et la situation économique générale des classes défavorisées. Il a notamment validé les accords de libre-échange de l’ALENA, signés par son prédécesseur George Bush père (1989-1993). Ces accords ont permis la délocalisation des productions industrielles, en particulier vers les maquiladoras du Mexique, usines employant des travailleurs mexicains payés dix fois moins cher que les travailleurs américains qui eux ont perdu leurs emplois bien rémunérés dans des entreprises
fortement syndicalisées. Bien évidemment la délocalisation capitaliste entraîne la désindustrialisation des États-Unis, hors secteur armement. Un président démocrate a donc pris une part directe dans la paupérisation de la classe ouvrière. À la fin de son second mandat, Clinton a fait entrer la Chine dans l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Il s’agissait alors, à nouveau, de produire à bas coûts en Chine puis d’importer des produits bon marché. La logique néolibérale insistait sur les économies que les travailleurs américains pouvaient réaliser en achetant ces produits chinois.

La balance commerciale entre la Chine et les États-Unis n’a cessé de se dégrader mais, puisque le dollar est la monnaie de réserve du monde, les économistes ne considéraient pas que c’était un problème. Pour les travailleurs qui voyaient fuir leurs emplois vers le Mexique ou la Chine, il était évidemment impossible de voir les avantages supposés de la « mondialisation heureuse », selon le titre d’un ouvrage d’Alain Minc. Les travailleurs qui ont perdu leur emploi ou ont dû accepter un emploi plus mal payé ne peuvent se réjouir des avantages des consommateurs pris dans leur globalité.

« Trump le démagogue parvient à donner l’impression de s’intéresser aux classes populaires, alors même qu’il mène la lutte des classes depuis sa position de privilégié réactionnaire. »

Biden a fait campagne en 2020 en utilisant des arguments auxquels les classes populaires sont sensibles mais, pas plus qu’Obama, il n’a cherché à instaurer une assurance maladie universelle ou à légiférer sur le salaire minimum.

Le discours public américain, surtout de la part des démocrates, parle de diversité raciale ou d’orientation sexuelle mais oublie ou marginalise le discours en matière de classes sociales, qui pourtant n’ont pas disparu, et Trump le démagogue parvient à donner l’impression de s’intéresser aux classes populaires, alors même qu’il mène la lutte des classes depuis sa position de privilégié réactionnaire. La conscience de classe a eu tendance à s’estomper lors des années de la montée du néolibéralisme pour être remplacée par des combats autour du racisme, du sexisme et de l’homophobie. Mais le parcours de Bernie Sanders montre pourtant qu’une analyse de classe pourrait facilement s’imposer à nouveau.

Comprendre la défaite de Kamala Harris

Après l’élection, le sénateur Sanders a formulé une analyse tout à fait pertinente : « Il n’est pas très surprenant qu’un parti démocrate qui a abandonné les gens de la classe ouvrière découvre que la classe ouvrière l’a abandonné. » Il ajoute : « Alors que les dirigeants du Parti démocrate défendent le statu quo, les Américains sont en colère et veulent du changement. Et ils ont raison. »

L’analyse de Sanders a le mérite de remettre la problématique de la lutte des classes dans le débat public. Une campagne américaine se déroule sous le règne de l’argent et cette fois-ci les démocrates ont dépensé plus que les républicains.

Les dépenses militaires des États-Unis, les plus importantes au monde, qui s’élèvent à plus de 900 milliards de dollars (et plus si on inclut les dépenses liées aux problèmes médicaux des soldats), orientent l’économie vers le secteur des armements au détriment de la santé et de l’éducation. Les États-Unis ont dépensé 182 milliards de dollars pour la guerre en Ukraine et plus de 18 pour soutenir Israël dans ses guerres et crimes de guerre au Moyen Orient.

Un autre aspect à considérer : l’influence de l’inflation sur les budgets des classes populaires, un aspect négligé par les économistes qui évoquent plutôt la bonne santé de l’économie américaine. Les prix de l’essence, de l’alimentation et de l’immobilier ont explosé affectant donc en premier lieu les plus défavorisés et la classe moyenne.

« Il n’est pas très surprenant qu’un parti démocrate qui a abandonné les gens de la classe ouvrière découvre que la classe ouvrière l’a abandonné. » Bernie Sanders

Trump a fait mine de s’intéresser aux problèmes de la classe ouvrière, tandis que Harris a voulu plaire à ses donateurs et conseillers et n’a même pas évoqué ces problèmes et que Biden a remis une couche de mépris social. Le philosophe Michael Sandel parle dans son analyse des résultats de l’élection d’« élites méritocratiques » qui expriment à la fois leur « triomphalisme méritocratique » et leur « condescendance méritocratique ». Il existe une expression en anglais qui résume assez bien le type de relations que le Parti démocrate entretient avec la classe ouvrière : add insult to injury (ajouter l’insulte à la blessure). Les détériorations réelles des conditions de vie pour la majorité de la population sont aggravées par des discours suintant le mépris social et l’arrogance.

Le discours de la diversité détaché d’une problématique de luttes sociales déplace les lignes de combat : les adversaires ne sont plus les capitalistes ou plus généralement le monde des affaires mais cette rhétorique peut conduire à la formation de  structures identitaires.

Disparition de la gauche ?

Si l’on conçoit la gauche comme étant une force d’opposition au capital, celle-ci a presque disparu aux États-Unis, sur le plan politique. Sur le plan syndical, le taux d’appartenance à un syndicat est d’environ 10% des travailleurs, soit deux fois moins qu’en 1983. Le syndicat des Teamsters (chauffeurs routiers) a envoyé un représentant à la convention républicaine. Le choix des démocrates de se détourner de la classe ouvrière a ouvert la voix aux républicains pour exprimer leur mécontentement.

Si le taux de syndicalisation est bas, il faut cependant noter un nombre élevé de grèves et le renouveau de certains syndicats comme celui de l’automobile (UAW, United Auto Workers). On pourra lire à ce propos l’article d’Alec Desbordes dans Recherches internationales (n° 130) : «  Aux États-Unis : la lutte industrielle comme nouvelle phase du syndicalisme ? ». Le renouveau de la gauche passera par les syndicats qui ne peuvent durablement se tromper d’adversaire.

Sur l’immigration il y a de multiples facteurs dont celui de la responsabilité des États-Unis par leurs sanctions punitives, mais notons aussi que le monde des affaires est fortement favorable à une immigration dite « illégale » pour avoir une main-d’œuvre docile et sous-payée.

Les guerres, qui de fait représentent un transfert d’argent des contribuables américains vers le secteur de l’armement, affectent les classes populaires par l’intermédiaire des impôts et de l’inflation.

Par ailleurs, les statistiques du chômage seraient, selon certains économistes dissidents, de 24% et donc bien plus hauts que les chiffres officiels, ce qui explique la perception justifiée des classes populaires concernant leurs baisses de revenus.

En conclusion on peut donc dire que les démocrates ont créé les conditions de leur défaite et que Trump le démagogue n’est que le symptôme d’une société en décomposition qu’il n’a pas créée. 

Pierre Guerlain est professeur de civilisation américaine à l’université Paris-Nanterre.

Cause commune n° 42 • janvier/février 2025

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17 mars 2025 1 17 /03 /mars /2025 16:24
Photos du marché artisanal de l'AJPF - Morlaix Wavel au profit des réfugiés palestiniens du dimanche 16 mars : une réussite!
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Photos de Jean-Luc Le Calvez et Patrick Gambache

 

Et le mot de bilan de la présidente de l'association AJPF - Morlaix Wavel Michèle Gambache.

 

"Quelle journée !

Nous ne pouvions pas espérer une telle réussite car c’était notre coup d’essai.

Bien sûr nous avions à la tête de l’organisation un trio chevronné, mobilisé depuis des mois avec une énergie prodigieuse. Nicole bien sûr, la professionnelle de l’artisanat de grande qualité recruteuse de nos exposants et maîtresse des panneaux de ronds-points, Dominique et son expérience des salons et de la communication et Annie qui connait toutes les ficelles du ravitaillement en petite restauration ; ces deux dernières ayant assuré également l’approvisionnement du stand des plantes, de la bière et du chocolat.

Un grand merci à elles et la reconnaissance éternelle de notre association qui redémarre en beauté.

Remerciements également à Marianne et Marie aux crêpes, Martine et Dominique aux sandwichs et à tous les bénévoles ayant trimé à l’installation de la salle, la tenue des stands, au démontage et au ménage…,

Nous avons eu des compliments de la part d’exposants, de visiteurs et même du maire de Plourin, Guy Pennec, partie prenante du projet sur l’accès à l’eau du camp de Jalazone, qui face à la qualité de l'événement propose de nous accueillir de nouveau.

Le bilan financier provisoire annoncé par Annie, la trésorière de notre association est d’environ 1000€ de bénéfice.

Comme nous l’avons déjà dit, Cette somme sera utilisée pour le camp de Wavel si les contacts sont rétablis, sinon sur le projet d’aide à l’accueil de jeunes palestiniens à Morlaix.

J’ajouterais que 3 nouvelles adhésions à l’association, ainsi qu’une ré-adhésion ont été faites sur le salon.

Merci encore à toutes et tous, à très vite…

Michèle Gambache, 

présidente de l’association Morlaix-Wavel"

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17 mars 2025 1 17 /03 /mars /2025 07:40
Histoires d'Algérie: L'histoire d'un poème anticolonialiste de 1952 de Kateb Yacine: Le fourgon cellulaire
Histoires d'Algérie: 
 
L'histoire d'un poème anticolonialiste de 1952 de Kateb Yacine
Le fourgon cellulaire
 
Bienheureux soit ce printemps d'orage
Qui fermera ton poing sur le pavé d'Houriya
Tu jouais pensive à l'ombre de la prison
Quand la brute tira son arme
Et ne sut dans quelle poitrine
Poursuivre son appel obstiné
Libérez les patriotes
Qui sinon toi
Patrie au cercueil décloué
Qui souffle aux lèvres de Lucie en veste rouge
Le cri de Houriya emmurée
Debout au passage des héros!
Dans le fourgon obscur
Les assassins ont cru dissimuler nos chaînes
Ils ont cru t'enterrer toute vive Houriya
Mais ce deuil n'est pas le nôtre
Les vrais captifs de ce fourgon funèbre
Ce sont les oppresseurs
Par notre union mis en bière
Bienheureux soit ce printemps d'orage
 
Lucette Larribère Hadj Ali alors militante du Parti communiste algérien, comme son père (docteur à Oran pratiquant les accouchements sans douleurs) et ses sœurs, raconte dans ses mémoires (Itinéraire d'une militante algérienne aux éditions du Tell, 2011):
 
"Je me souviens aussi, en avril 1952, le parti organisa une manifestation sur la petite place en face de la prison Serkadji (Barberousse alors) dans la Haute-Casbah, pour saluer et soutenir les militants nationalistes de l'OS (Organisation spéciale) au moment où dans leurs fourgons, ils réintégraient la prison au retour du Palais de justice. A "Alger républicain", nous fûmes nombreux à aller y participer. La police accourut aussitôt, arrêtant de nombreux militants et se jetant sur les enfants qui avaient envahi la place. Je me lançai alors en hurlant pour protéger les gosses et arrêtée, je fus "jetée" dans le commissariat.
Le lendemain, rue d'Isly, une femme, voilée en haïk blanc, m'arrêta et m'embrassa, m'expliquant qu'elle m'avait vu la veille sur la place, du haut de son balcon, et qu'elle m'avait reconnue car je portais en effet "la même veste rouge". Kateb Yacine, qui avait participé à cette manifestation, écrivit ensuite un poème: "Le fourgon cellulaire".
 
***
Lucette Larribère, dite Lucie, est née à Oran en 1920. Et morte à 94 ans le 26 mai 2014 à La Seyne-sur-Mer (Var). Fille du célèbre docteur des quartiers pauvres d'Oran Jean-Marie Larribère, communiste après guerre, et d'une maire institutrice, elle fut géographe, puis journaliste à Liberté (PCA) puis à Alger Républicain ; directrice de Femmes d’Algérie et présidente de l’Union démocratique des femmes ; membre du Comité central du PCA ; épouse en secondes noces du dirigeant communiste Bachir Hadj Ali ; clandestine depuis 1955 jusqu’à l’indépendance, agent de liaison et secrétaire du PCA interdit. Pendant la guerre, elle rencontre un dessinateur au service topographique, Robert Manaranche qui est né et a grandi en milieu petit-blanc colonial, se réclamant certes de la Commune de Paris mais empreint de racisme anti-arabe. Ils se marient en 1943 et auront deux garçons. Par anti-racisme, son mari devient communiste en 1945 sous l’impulsion de sa femme et de ses amis Henri Alleg et David Cohen. Communiste de famille et d’instruction, devenue journaliste, Lucette Larribère collabore d’abord au quotidien du PCA Liberté ; elle doit interrompre un an pour raison de santé ; à son retour, le PC lui confie la direction de Femmes d’Algérie, le périodique de l’Union démocratique des femmes.
En 1946, elle succède à Lise Oculi, morte du typhus, à la tête de cette Union démocratique des femmes. Le PCA est revenu sur sa dénonciation des nationalistes du PPA accusés de faire le jeu du nazisme en 1945 en suscitant un complot qui, à travers la campagne des AML (Amis du manifeste et de la Liberté), a conduit aux manifestations du 8 Mai 1945 suivies de la terrible répression et des massacres. Le PCA relance la demande d’un Front démocratique algérien ; l’Union des femmes participe à cette ouverture. À Oran en particulier, compensant des abandons de femmes européennes, l’Union des femmes gagnent des femmes algériennes ; la présidence régionale est assurée par une algérienne, Abassia Fodhil*, femme de dirigeant du PCA, et qui entre elle-même au comité central.
La ligne devient plus combative et Lucette Larribère retrouve plus foncièrement pied quand, avec la guerre froide, à partir de l’été 1947, la solidarité se porte au soutien des grèves et des femmes de grévistes, au port d’Oran et au port minier de Beni-Saf. Les grèves de 1951 et 1953 se doublent de grèves des ouvriers agricoles du vignoble oranais. Dans cet affrontement classe contre classe, les femmes de l’Union démocratique sont aussi au premier rang des manifestations contre l’impérialisme américain. Lucette Larribère a encore renforcé ses convictions acquises au marxisme soviétique d’enseignement stalinien en suivant, en 1949, l’école de formation des cadres communistes pour l’Afrique du Nord. Elle entre au comité central du PCA.
Depuis 1947, elle est proche de Bachir Hadj Ali qui devient en 1949 secrétaire du PCA et membre du Bureau politique. Ils travaillent souvent dans le même bureau ; cet homme rayonne comme poète du parti, poète et connaisseur de musique andalouse ; il écoute les leçons d’histoire de son amie et romance en une geste ininterrompue une suite glorieuse d’histoire de l’Algérie faite de Résistance. Attentif à l’évolution intellectuelle, il est un des nouveaux dirigeants communistes qui veut réussir l’algérianisation du PCA. Ils sont nés le même jour mais lui en 1921 et elle en 1920 ; aussi est-ce rituellement Lucie Larribère (Manaranche) qui est chargée de lui porter le bouquet d’anniversaire. Ils manifestent ensemble ; ils sont arrêtés ensemble en délégation devant la prison de Barberousse, et Yacine Kateb célèbre « Lucie à la veste rouge ». Bref, ils se marient devant le cadi après l’indépendance. Bachir Hadj Ali a quatre enfants de son premier mariage.
« En 1952, le Parti m’a demandé d’aller travailler comme permanente au journal Alger Républicain où j’étais responsable de l’équipe de jour, celle qui relate tout ce qui se passe dans une journée, jusqu’à la saisie du journal en 1955 ». À cette date Bachir Hadj Ali est déjà clandestin, à la tête même de la direction clandestine du PCA avec Sadek Hadjerès. Cette direction va préparer la mise en place d’un maquis communiste après le détournement d’armes d’Henri Maillot (avril 1956) et conduire des négociations avec la direction du FLN à Alger qui ne pourront que concéder le ralliement individuel des communistes aux maquis de l’ALN.
Libre encore de ses mouvements, ayant son logement propre à Alger, Lucie Manaranche, pour la légalité française, sert de secrétaire et d’agent de liaison. Après un passage à Oran, elle revient en clandestinité à Alger en septembre 1956. Robert Manaranche est arrêté ; les enfants recueillis à Oran. Lucette Larribère échappe aux arrestations ; elle est aux côtés des dirigeants Bachir Hadj Ali et Sadek Hadjerès qu’assiste Élyette Loup, aidant à la sortie des tracts et publications et à des transports de matériel et de personnes ; elle passe de cache en cache mettant souvent à contribution des catholiques progressistes. Malgré l’OAS, elle revient au jour en 1962.
(Source Maitron, René Gallissot)
***
Kateb Yacine
Kateb Yacine naît en 1929 à Constantine.
Il est issu d'une famille chaouie originaire des Aurès. Son grand-père maternel est juge suppléant du cadi, à Condé Smendou, son père est avocat et sa famille le suit dans ses mutations successives.
Le jeune Kateb (nom qui signifie « écrivain» en arabe) entre en 1934 à l'école coranique de Sedrata, et en 1935 à l'école française à Lafayette (aujourd'hui Bougaa en Petite Kabylie, actuelle wilaya de Sétif), où sa famille s'est installée, puis en 1941, comme interne, au lycée de Sétif : le lycée Albertini.
Kateb Yacine se trouve en classe de troisième quand éclatent les manifestations du 8 mai 1945, auxquelles il participe et qui s'achèvent sur le massacre de plusieurs dizaines de milliers d'Algériens par la police, l'armée françaises et des milices.
Quatorze membres de sa famille sont tués au cours du massacre. Trois jours plus tard, il est arrêté et détenu durant deux mois. Il est définitivement acquis à la cause nationale, tandis qu'il voit sa mère « devenir folle ».
Il dira: «Je suis né quand j’avais seize ans, le 8 mai 1945. Puis, je fus tué fictivement, les yeux ouverts, auprès de vrais cadavres et loin de ma mère qui s’est enfuie pour se cacher, sans retour, dans une cellule d’hôpital psychiatrique. Elle vivait dans une parenthèse, qui, jamais plus, ne s’ouvrira. Ma mère, lumière voilée, perdue dans l’infini de son silence»
Exclu du lycée, traversant une période d'abattement, plongé dans Baudelaire et Lautréamont, son père l'envoie au lycée de Bône.
Il y rencontre Nedjma (l'étoile), « cousine déjà mariée », avec qui il vit « peut-être huit mois », confiera-t-il,et y publie en 1946 son premier recueil de poèmes.
Il se politise et commence à faire des conférences sous l'égide du Parti du peuple algérien, le parti nationaliste de masse de l'époque.
En 1947, Kateb arrive à Paris, « dans la gueule du loup ». Il prononce en mai, à la Salle des Sociétés savantes, une conférence sur l'émir Abdelkader et adhère au Parti communiste algérien.
Au cours d'un deuxième voyage en France métropolitaine, il publie l'année suivante Nedjma ou le Poème ou le Couteau (« embryon de ce qui allait suivre ») dans la revue Le Mercure de France.
Journaliste au quotidien communiste de rassemblement "Alger républicain" entre 1949 et 1951, son premier grand reportage a lieu en Arabie saoudite et au Soudan (Khartoum).
À son retour, il publie notamment, sous le pseudonyme de Saïd Lamri, un article dénonçant l'« escroquerie » du lieu saint de La Mecque.
Après la mort de son père, survenue en 1950, Kateb devient docker à Alger, en 1952. Puis il s'installe à Paris jusqu'en 1959, où il travaille avec Malek Haddad, se lie avec M'hamed Issiakhem, Armand Gatti et, en 1954, s'entretient longuement avec Bertolt Brecht, dialogue avec Cesaire, Glissant.
En 1954, la revue Esprit publie « Le Cadavre encerclé » qui est mis en scène par Jean-Marie Serreau, mais interdit en France.
Son chef d’œuvre, Nedjma paraît en 1957 (et Kateb se souviendra de la réflexion d'un lecteur : « C'est trop compliqué, ça. En Algérie vous avez de si jolis moutons, pourquoi vous ne parlez pas de moutons ? »).
Nedjma, c’est à la fois la femme et l’Algérie, l’incarnation de la résistance à toutes les oppressions. Nedjma lui confère une place singulière dans la littérature, le propulse au premier rang, le consacre comme l’écrivain de la littérature moderne algérienne. Avant lui, Mammeri, Feraoun, ­Mohamed Dib, Malek Haddad avaient entrouvert la porte. Kateb la pousse définitivement.
Et la figure de Nedjma fera des apparitions récurrentes dans son œuvre, fantôme incarné qui franchit le temps et l’espace, toujours là avec, à ses côtés, ­Lakhdar et Mohamed.
En 1958, le metteur en scène et ami Jean-Marie Serreau monte le Cadavre encerclé, de Kateb. Cela fait quatre ans que l’Algérie est le théâtre d’une guerre sans nom. Les autorités françaises interdisent la pièce. Elle se jouera au Théâtre Molière, à Bruxelles, dans un climat de grande tension. Dans la distribution, Serreau, mais aussi José Valverde, Edwine Moatti, Paul Crauchet ou encore Antoine Vitez.
Durant la guerre d'Algérie, Kateb, harcelé par la Direction de la surveillance du territoire, connaît une longue errance, invité comme écrivain ou subsistant à l'aide d'éventuels petits métiers, en France, Belgique, Allemagne, Italie, Yougoslavie et Union soviétique.
En 1962, après un séjour au Caire, Kateb est de retour en Algérie peu après les fêtes de l'Indépendance.
Il reprend sa collaboration à "Alger républicain", mais il effectue entre 1963 et 1967 de nombreux séjours à Moscou, en Allemagne et en France tandis que "La Femme sauvage", qu'il écrit entre 1954 et 1959, est représentée à Paris en 1963.
Il publie en 1964 dans "Alger républicain" six textes sur "Nos frères les Indiens" et raconte dans Jeune Afrique sa rencontre avec Jean-Paul Sartre, tandis que sa mère est internée à l'hôpital psychiatrique de Blida (« La Rose de Blida », dans Révolution Africaine, juillet 1965). En 1967, il part pour le Vietnam, abandonne complètement la forme romanesque et écrit "L'Homme aux sandales de caoutchouc".
Lorsqu’il décide de rester plus durablement en Algérie, en 1970, il abandonne l’écriture en français et se lance dans une expérience théâtrale en langue dialectale dont Mohamed, prends ta valise, sa pièce culte, donnera le ton. Fondateur de l’Action culturelle des travailleurs (ACT), il joue dans les lieux les plus reculés et improbables, usines, casernes, hangars, stades, places publiques... avec des moyens très simples et minimalistes — les comédiens s’habillent sur scène et interprètent plusieurs personnages —, le chant et la musique constituant des éléments de rythme et de respiration.
« Lorsque j’écrivais des romans ou de la poésie, je me sentais frustré parce que je ne pouvais toucher que quelques dizaines de milliers de francophones, tandis qu’au théâtre nous avons touché en cinq ans près d’un million de spectateurs. (...) Je suis contre l’idée d’arriver en Algérie par l’arabe classique parce que ce n’est pas la langue du peuple ; je veux pouvoir m’adresser au peuple tout entier, même s’il n’est pas lettré, je veux avoir accès au grand public, pas seulement les jeunes, et le grand public comprend les analphabètes. Il faut faire une véritable révolution culturelle. »
L’engagement politique de Kateb détermina fondamentalement ses choix esthétiques : « Notre théâtre est un théâtre de combat ; dans la lutte des classes, on ne choisit pas son arme. Le théâtre est la nôtre. Il ne peut pas être discours, nous vivons devant le peuple ce qu’il a vécu, nous brassons mille expériences en une seule, nous poussons plus loin et c’est tout. Nous sommes des apprentis de la vie . » Pour lui, seule la poésie peut en rendre compte ; elle est le centre de toutes choses, il la juge « vraiment essentielle dans l’expression de l’homme ». Avec ses images et ses symboles, elle ouvre une autre dimension. « Ce n’est plus l’abstraction désespérante d’une poésie repliée sur elle-même, réduite à l’impuissance, mais tout à fait le contraire (...). J’ai en tous les cas confiance dans [son] pouvoir explosif, autant que dans les moyens conscients du théâtre, du langage contrôlé, bien manié »
Un « pouvoir explosif » qu’il utilisera dans "Le Cadavre encerclé", où la journée meurtrière du 8 mai 1945, avec le saccage des trois villes de l’Est algérien, Guelma, Kherrata et Sétif, par les forces coloniales, est au cœur du récit faisant le lien entre histoire personnelle et collective.
Kateb Yacine a fait le procès de la colonisation, du néocolonialisme mais aussi de la dictature post-indépendance qui n’a cessé de spolier le peuple. Dénonçant violemment le fanatisme arabo-islamiste, il luttait sur tous les fronts et disait qu’il fallait «révolutionner la révolution ».
S’il considérait le français comme un « butin de guerre », il s’est aussi élevé contre la politique d’arabisation et revendiquait l’arabe dialectal et le tamazight (berbère) comme langues nationales. Surnommant les islamo-conservateurs les « Frères monuments », il appelait à l’émancipation des femmes, pour lui actrices et porteuses de l’histoire : « La question des femmes algériennes dans l’histoire m’a toujours frappé. Depuis mon plus jeune âge, elle m’a semblé primordiale. Tout ce que j’ai vécu, tout ce que j’ai fait jusqu’à présent a toujours eu pour source première ma mère (...). S’agissant notamment de la langue, s’agissant de l’éveil d’une conscience, c’est la mère qui fait prononcer les premiers mots à l’enfant, c’est elle qui construit son monde »
L’éventail et la radicalité de sa critique lui ont valu autant de passions que d’inimitiés.
En 1986 il livre un extrait d'une pièce sur Nelson Mandela, et reçoit en 1987 en France le Grand prix national des Lettres.
Dans la perspective du bicentenaire de la Révolution française, on lui commande une pièce. Il écrit le Bourgeois sans-culotte ou le Spectre du parc Monceau. Elle est jouée en 1984 à Arras, puis en 1988 au Festival d’Avignon. Il faut lire et relire cette pièce. C’est une sorte de grand embrasement révolutionnaire de 1789 aux luttes pour l’indépendance. Les terroristes – tels que les qualifiaient les royalistes, les pétainistes et les nazis, les défenseurs de l’Empire colonial français – sont des révolutionnaires. Kateb prend le contre-pied des thèses en vogue d’un Furet, qui s’acharne à détruire la figure de Robespierre. Pour lui, les révolutionnaires de 1789 sont les ancêtres des indépendantistes algériens : « Le préfet de police Papon achève l’œuvre de La Fayette. À Charonne comme au Champ-de-Mars, la police française a tué des Français. (…) Cinq cent mille Parisiens ont assisté à l’enterrement des neuf morts de Charonne. La France de la Révolution vient de se reconnaître dans l’Algérie indépendante. »
« Notre théâtre, confiait-il en 1975 à Colette Godard dans le Monde, est de combat. (…) Nous défendons, nous attaquons, c’est une forme d’action politique dans la ligne de la Révolution.(…) Nous ne faisons peut-être pas du théâtre, mais nous créons le débat idéologique sans lequel toute révolution n’est qu’un exercice militaire. » Kateb ne cède rien, ni aux sirènes de la gloire, ni au confort d’une reconnaissance réelle, ni au public qu’il bouscule dans ses retranchements : « Il faut le harceler, ne pas le laisser reprendre son souffle. Le vrai théâtre est un combat pour le public et contre lui », dira-t-il.
Son théâtre est aussi subversif par sa langue : indisciplinée, rugueuse, joyeuse. Le lire et le relire aujourd’hui est à la fois vertigineux et salutaire. Comme un Gatti, un Benedetto, ses écrits sont à redécouvrir. Il serait temps de retourner à ces création denses, d’oser les remettre sur le métier. À Paris, un square dans le 13e arrondissement porte son nom. À Grenoble, une bibliothèque. Le théâtre de Tizi Ouzou. C’est peu au regard de l’immensité de son talent, de son engagement. On ne connaît pas la date de naissance exacte de Kateb Yacine. On est sûr qu’il est mort le 28 octobre 1989. Laissant une œuvre inachevée qui respire encore…
Il est enterré au cimetière d'Al Alia à Alger.
 
Source: Wikipedia, article de Marina Da Silva dans Le Monde Diplomatique, article de Marie-José Sirach dans L'Humanité
 
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16 mars 2025 7 16 /03 /mars /2025 07:02
Ouest-France, 13 mars 2025.

Ouest-France, 13 mars 2025.

Morlaix Wavel - AJPF - Un salon artisanal pour financer l'accueil des Palestiniens ce dimanche 16 mars à Plourin-les-Morlaix de 10h à 18h (article Ouest-France, 13 mars 2025)
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11 mars 2025 2 11 /03 /mars /2025 06:15
Après plusieurs bains de sang dans la région alaouite, le nouveau régime syrien sur un fil - Mazhen al Gazali, L'Humanité, 10 mars 2025
« Les autorités ne parviennent pas à endiguer la violence » : après plusieurs bains de sang dans la région alaouite, le nouveau régime syrien sur un fil

Depuis le 7 mars, une violence sans précédent s’est abattue sur les provinces de l’ouest du pays, où se concentre l’essentiel de la communauté alaouite. Les victimes se compteraient par milliers.

Mazen al Ghazali

Homs (Syrie), correspondance particulière.

Les images macabres ont fait le tour du monde : des hommes armés massacrant des civils jusque dans leurs maisons, des piles de corps devant des femmes hurlant au désespoir, des combattants à visage découvert frappant des civils à terre avant de les abattre froidement. Un déchaînement de violence que tout le monde redoutait et qui a fini par avoir lieu.

Le jeudi 6 mars au soir, des rebelles opposés au nouveau gouvernement syrien avaient pourtant frappé les premiers. Au cours d’une attaque surprise sur des positions de forces de sécurité proches de la base russe de Hmeimim, dans la province de Lattaquié, seize soldats loyalistes trouvaient la mort avant qu’une série d’actions coordonnées n’embrase une grande partie de la côte syrienne.

Le spectre d’une vague d’épuration ethnique

Emmenée par Muqdad Fatiha, ancien homme fort du régime baasiste connu pour ses nombreux crimes de guerre, la Brigade de défense de la côte (Liwa Deraa al Sahel), frappe alors les forces de sécurité du gouvernement de transition tout en appelant à un soulèvement général en Syrie.

Rapidement dépassées par l’ampleur de cette attaque, les autorités syriennes font aussitôt appel à des renforts pour repousser les rebelles. Des milliers de combattants accourent de tout le pays. Prélude au drame, les combats font au moins deux cents victimes militaires, dont une majorité dans les rangs des forces gouvernementales.

 

Si les combattants de Hayat Tahrir al-Cham (HTC), que dirige le président intérimaire Ahmed Al Charaa sont généralement disciplinés, c’est loin d’être le cas de nombre d’autres milices syriennes. Une fois les rebelles repoussés vers le maquis, des images de massacres se succèdent.

Ivres du désir de vengeance, des hommes armés s’adonnent depuis lors aux pires exactions sur la côte, selon des témoignages que nous avons pu recueillir. Sur le littoral, les zones les plus touchées sont situées dans et aux alentours des villes de Lattaquié, Jableh et Baniyas, une région désormais inaccessible aux journalistes indépendants.

Sur les réseaux sociaux, des combattants se filment mettant à mort par dizaines des hommes désarmés et plus rarement des femmes et des enfants. Désemparée, la population fuit où elle peut. « On est terrorisés, on ne sait pas où aller. Qu’ils nous dépouillent de tous nos biens, mais qu’ils nous laissent vivre, par pitié ! » s’écrie dans un état de grande détresse Abou Zaid, originaire du village d’Ain Shqaq, près de Lattaquié.

Sa famille et lui-même se cachent dans des oliveraies depuis deux jours ; ils observent le va-et-vient de soldats sur les routes au rythme de coups de feu incessants alors que brûlent de nombreux villages de la montagne. « On ne sait pas qui sont ces soldats. Il faut que les forces régulières du gouvernement viennent nous protéger, il nous faut de l’aide et vite, nous n’avons rien à manger », ajoute-t-il, terrorisé.

Abou Zaid décrit des scènes de carnage dans les villages de la côte où des soldats non identifiés et lourdement armés vont de maison en maison pour abattre tous les Alaouites qu’ils croisent, n’oubliant pas au passage de piller leurs biens.

Totalement dépassé par les événements, le gouvernement syrien de transition n’a pas anticipé ce déchaînement de violence sectaire pourtant latent depuis des semaines. Les franges les plus radicales des milices syriennes sont en effet composées de nombreux combattants qui ont fait étalage d’une rhétorique anti-alaouite décomplexée depuis la chute du régime de Bachar Al Assad.

Complicité d’inaction

Si des massacres d’une telle ampleur n’avaient encore jamais eu lieu, c’est parce qu’aucun prétexte sécuritaire n’avait pu le justifier. Pourtant, les meurtres et les exactions contre les Alaouites sont monnaie courante, surtout dans les provinces de Hama et de Homs, où ils sont minoritaires, contrairement aux régions côtières.

De manière quotidienne, des enlèvements, des meurtres, des vols et des expropriations ont eu lieu ces derniers mois dans l’indifférence quasi générale des autorités locales, plus soucieuses d’entraver le travail des journalistes que d’enquêter sur cette criminalité systémique.

Depuis les événements de la côte, des crimes ont d’ailleurs également eu lieu dans la province de Hama et Homs, où des familles entières ont été massacrées, notamment à Thuwaym et Mahrousseh où des dizaines de victimes, dont des enfants, sont à déplorer.

Dans le village de Salhab, le cheikh Chaabane Mansour, un dignitaire religieux nonagénaire et philanthrope a été enlevé puis retrouvé assassiné au bord d’un chemin. « Son fils a lui aussi été tué dans des circonstances similaires », explique Bilal, un habitant de Salhab contacté par téléphone.

Dans ces régions comme sur la côte, les Alaouites vivent dans la terreur. « Les villages sont les plus vulnérables. Les forces du gouvernement central n’y sont que rarement déployées et des milices indépendantes radicales peuvent frapper à tout moment, déplore Nibal. Mais quoi qu’il arrive, les autorités ne parviennent pas à endiguer la violence. »

La majorité des crimes sont aujourd’hui imputés à des milices radicales comme la brigade Hamza ou la division Sultan Mourad, toutes deux parrainées par la Turquie et accusées de sérieux crimes de guerre depuis des années. Cependant des témoignages de membres de HTC incriminent également les troupes du président intérimaire.

En attendant que justice soit faite, le bain de sang se poursuit dans de nombreux villages isolés du djebel alaouite sans que la communauté internationale n’ait encore pris conscience de l’étendue de l’horreur que connaissent à nouveau les Syriens. Dans un communiqué déconcertant, la porte-parole de l’Union européenne aux affaires de sécurité dénonce ainsi les crimes… des forces loyales au régime baasiste.

Stop aux massacres de masse des alaouites en Syrie !
Publié le 09 mars 2025

Le Parti Communiste Français exprime sa profonde indignation et sa vive condamnation face aux massacres de masse perpétrés contre les communautés alaouites en Syrie depuis la chute du régime de Bachar al-Assad en décembre 2024. Ces crimes et exactions survenus notamment dans les régions côtières du pays, ont entraîné la mort de centaines de civils innocents. Ils ont été menés par des unités des forces de sécurité du pouvoir en place à Damas dominé par le mouvement islamiste HTC et ses alliés.

L'Observatoire Syrien des Droits de l'Homme (OSDH), rapportent qu'au moins 750 civils ont été tués entre le 6 et le 8 mars 2025 lors de 29 massacres distincts. Ces atrocités ont été commises principalement dans les gouvernorats de Lattaquié, Tartous et Homs, des régions à forte population alaouite.

En outre, nous ne pouvons exclure la possibilité que des armes françaises aient été utilisées dans ces atrocités. Il est donc essentiel de mener des investigations approfondies pour déterminer l'origine des armements employés et, le cas échéant, établir les responsabilités dans leur transfert et leur utilisation.

Le Parti Communiste Français appelle la communauté internationale à réagir fermement face à ces crimes odieux pour y mettre un terme. Il est impératif que des enquêtes indépendantes soient menées pour identifier et traduire en justice les responsables de ces massacres. Nous exhortons également le gouvernement français et l'Union européenne à prendre des mesures concrètes pour protéger les minorités en Syrie et assurer leur sécurité.

Paris, le 9 mars 2025

Parti communiste français.

Après plusieurs bains de sang dans la région alaouite, le nouveau régime syrien sur un fil - Mazhen al Gazali, L'Humanité, 10 mars 2025
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10 mars 2025 1 10 /03 /mars /2025 06:15

 

Les propos du président de la République Emmanuel Macron illustrent le vent de panique qui s’est emparé des classes dirigeantes européennes. Celles-ci sont aujourd’hui dans une impasse faute d’avoir pris la moindre initiative diplomatique depuis trois ans.

Il n’est pas trop tard pour garantir la sécurité des peuples d’Europe et la paix sur notre continent !

Mais pour cela, notre pays ne peut pas s’engager dans un fédéralisme européen botté et nucléarisé comme le propose Emmanuel Macron, ni en déclarant « ouvrir le débat stratégique » sur l’extension à l’échelle européenne de la couverture de la force nucléaire française.

Ce n’est pas assurer la paix, c’est prendre le risque d’une confrontation nucléaire en Europe.

Trois ans après l'agression russe, criminelle et injustifiable, contre l’indépendance de l’Ukraine, après un million de victimes, il est évident qu’il n’y aura pas de solution militaire, mais uniquement une solution négociée politique et diplomatique.

Nous appelons la France à s’engager dans la voie de la désescalade militaire et de choisir une autre voie : celle de la diplomatie garantissant la sécurité de la France, celle des peuples d’Europe et le respect du international.

Elle doit prendre l’initiative pour l’arrêt des combats et l’ouverture de négociations pour une paix durable, solide, respectant les principes de la charte des Nations Unies et de l’acte final de la déclaration d’Helsinki. Elle doit engager le dialogue avec les BRICS et appeler à une réunion du G20 pour enrayer tout risque de 3ème guerre mondiale.

Osons le dialogue avec l’ensemble des nations inquiètes pour la Paix !

Depuis des années, le PCF appelle à sortir de l’OTAN et à construire notre propre sécurité européenne. Nous y sommes.

Il faut donc sortir des logiques libérales qui nous ont conduit à vendre notre industrie à des puissances étrangères dont les États-Unis et reconstruire un véritable pôle public de la défense au service de la France et de la Paix.

Des entreprises stratégiques françaises sont actuellement menacées. Sauvons les !

Oui à l'autonomie stratégique au service de la Paix et des peuples.

Fabien Roussel, secrétaire national du PCF,

Le 5 mars 2025.

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5 mars 2025 3 05 /03 /mars /2025 06:22
55 personnes au Mardi de l'éducation populaire avec l'AJPF, Erwann Dupont, Saïd Touquan, Patrick et Michèle Gambache, sur le conflit israélo-palestinien et l'exigence de solidarité avec le peuple palestinien soumis à la plus noire oppression (photos Pierre-Yvon Boisnard)
55 personnes au Mardi de l'éducation populaire avec l'AJPF, Erwann Dupont, Saïd Touquan, Patrick et Michèle Gambache, sur le conflit israélo-palestinien et l'exigence de solidarité avec le peuple palestinien soumis à la plus noire oppression (photos Pierre-Yvon Boisnard)
55 personnes au Mardi de l'éducation populaire avec l'AJPF, Erwann Dupont, Saïd Touquan, Patrick et Michèle Gambache, sur le conflit israélo-palestinien et l'exigence de solidarité avec le peuple palestinien soumis à la plus noire oppression (photos Pierre-Yvon Boisnard)
55 personnes au Mardi de l'éducation populaire avec l'AJPF, Erwann Dupont, Saïd Touquan, Patrick et Michèle Gambache, sur le conflit israélo-palestinien et l'exigence de solidarité avec le peuple palestinien soumis à la plus noire oppression (photos Pierre-Yvon Boisnard)
55 personnes au Mardi de l'éducation populaire avec l'AJPF, Erwann Dupont, Saïd Touquan, Patrick et Michèle Gambache, sur le conflit israélo-palestinien et l'exigence de solidarité avec le peuple palestinien soumis à la plus noire oppression (photos Pierre-Yvon Boisnard)
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55 personnes au Mardi de l'éducation populaire avec l'AJPF, Erwann Dupont, Saïd Touquan, Patrick et Michèle Gambache, sur le conflit israélo-palestinien et l'exigence de solidarité avec le peuple palestinien soumis à la plus noire oppression (photos Pierre-Yvon Boisnard)
55 personnes au Mardi de l'éducation populaire avec l'AJPF, Erwann Dupont, Saïd Touquan, Patrick et Michèle Gambache, sur le conflit israélo-palestinien et l'exigence de solidarité avec le peuple palestinien soumis à la plus noire oppression (photos Pierre-Yvon Boisnard)
L'origine coloniale du conflit israélo-palestinien et la situation actuelle de l'oppression du peuple palestinien et de son aspiration à la liberté, à la souveraineté, à la dignité, à la solidarité internationale, la situation des camps de réfugiés palestiniens en Cisjordanie, le soutien des États-Unis et des états européens à la politique génocidaire et de nettoyage ethnique d'Israël, bras armé des États-Unis au Proche-Orient, au menu du mardi de l'éducation populaire du PCF Pays de Morlaix avec l'AJPF, Erwann Dupont, Saïd Touquan, Patrick Gambache, Michèle Gambache, au local du PCF du 2 petite rue de Callac. 
 
Merci à l'AJPF - Morlaix Wavel pour l'organisation de cette belle et forte soirée d'éducation populaire.
 
Des interventions très éclairantes et poignantes en solidarité avec le peuple palestinien. Les amis de l'AFPS étaient présents en nombre également, dont François Rippe, vice-président national de l'AFPS, Claude Léostic, ancienne présidente de la plateforme des ONG pour la Palestine, Christine Bernas, responsable du groupe local de l'AFPS.
 
Saïd Touquan, réfugié palestinien qui a passé sa jeunesse dans le camp de Balata, a notamment exposé le plan du gouvernement d'extrême-droite israélien pour mater la jeunesse palestinienne et vider les camps de réfugiés contestataires en détruisant les habitations des civils et les infrastructures des camps de réfugiés, ce qui a déjà été fait à Nur Shams (jumelé avec Rostronen), Jenine, Tulkarem (évacuation de 40 000 réfugiés palestiniens y vivant), les prochains sur la liste étant Balata, El Arroub (jumelé avec Carhaix), Jalazone (partenariat avec Morlaix, Morlaix-Communauté, l'AFPS Morlaix et l'AJPF)
 
55 personnes étaient présentes en tout et ont suivi avec beaucoup d'intérêt et d'émotion cette soirée.
 
Merci à Pierre-Yvon Boisnard pour ses très belles photos.
Une date à retenir de nouveau: le samedi 16 mars: marché artisanal d'artisans locaux à la salle du Cheval Blanc de Plourin-les-Morlaix organisé par l'AJPF-Morlaix Wavel au profit des actions de solidarité avec les réfugiés palestiniens du Liban et de Palestine.
 
Voir page Facebook:
55 personnes au Mardi de l'éducation populaire avec l'AJPF, Erwann Dupont, Saïd Touquan, Patrick et Michèle Gambache, sur le conflit israélo-palestinien et l'exigence de solidarité avec le peuple palestinien soumis à la plus noire oppression (photos Pierre-Yvon Boisnard)
55 personnes au Mardi de l'éducation populaire avec l'AJPF, Erwann Dupont, Saïd Touquan, Patrick et Michèle Gambache, sur le conflit israélo-palestinien et l'exigence de solidarité avec le peuple palestinien soumis à la plus noire oppression (photos Pierre-Yvon Boisnard)
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28 février 2025 5 28 /02 /février /2025 06:00

A quoi joue l'ancienne puissance coloniale vis-à-vis de l'Algérie. Non content de donner un blanc-seing au Maroc pour une annexion pure et simple du Sahara occidental dont les réfugiés sont nombreux accueillis en Algérie, qui soutient les revendications légitimes du peuple sahraoui à la souveraineté sur son territoire historique depuis toujours, les ministres du gouvernement Bayrou et le président Macron passent leur temps depuis 6 mois à taper sur l'Algérie à des fins souvent de politique intérieure (jouer sur le racisme et la xénophobie post-coloniales hérités de la guerre d'Algérie, sur le rejet des arabes, sur la phobie vis-à-vis de l'immigration pour des exécutions systématiques des OQTF). La France chassée par la plupart des États africains d'Afrique de l'ouest qui tournent le dos à la Françafrique va t'elle se couper d'une relation économique, politique sécuritaire essentielle avec un État important avec lequel nous partageons une histoire, une langue, des éléments culturels en commun, une dette de sang et de souffrance, mais aussi de fraternité? Ce serait complètement irresponsable, contraire aux intérêts de la France sur le long terme (comme de l'Algérie), et ce serait un crève-cœur aussi pour les millions de français originaires d'Algérie ou franco-algériens car nos nations sont imbriquées durablement! Rappelons avec ce bon article du journal Le Monde aujourd'hui que la remise en cause des accords bilatéraux franco algériens de 1968, hérités des négociations de la fin de la guerre d'Algérie, est demandée par l'extrême-droite depuis des années. Extrême-droite que Macron et le gouvernement Bayrou sont en train de contenter au mépris d'un partenariat certes souvent compliqué mais essentiel pour l'avenir.

I.D

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25 février 2025 2 25 /02 /février /2025 06:40
4 mars : Israël/ Palestine: histoire d'un conflit - Conférence des mardis de l'éducation populaire animée par Erwann Dupont et Saïd Touquan de l'AJPF
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