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Malte ou le sommet de l’abandon
Le sommet européen qui s’est tenu à Malte le 3 février a été en partie consacré aux questions migratoires.
Dans le prolongement du sommet de La Valette il y a un an, les chefs d’Etats ont décidé de confier la responsabilité à des pays du sud de la Méditerranée centrale de bloquer les migrants sur le territoire et de les renvoyer chez eux.
Tous les regards se sont tournés vers la Libye d’où partent une grande partie des migrants venant d’Afrique de l’est. Les mesures adoptées par les chefs d’Etats à l’unanimité sont le renvoi des migrants parvenus sur le sol européen vers la Libye où ils seront accueillis dans des camps, en échange de compensations financières. Par ailleurs, « il sera fait appel aux tribus dans le sud de la Libye », a déclaré le Premier ministre maltais et les moyens de garde-côtes libyens seront renforcés.
Ces mesures consacrent la volonté de l’Union européenne de tout mettre en œuvre pour faire obstacle à la venue de nouveaux exilés voulant fuir les guerres, les persécutions, la misère dans leur pays. C’est un pas de plus dans l’abandon et le reniement des valeurs et des devoirs d’accueil et d’asile que l’UE s’était elle-même fixée à sa naissance.
Cet accord a aussitôt été dénoncé par les ONG. L’ambassadeur d’Allemagne au Niger a déclaré en parlant de la Libye : « Sur une base quotidienne il y a des cas d’exécutions de migrants, de tortures, de viols, et d’abandons dans le désert ». L’hypocrisie est à son comble quand Donald Tusk ose, à l’issue du sommet de Malte, déclarer « que les plans européens seront mis en œuvre dans le respect total des droits de l’Homme ». Et la France s’est tue devant les nouveaux drames qui se préparent.
A cela s’ajoute le renforcement des frontières à l’intérieur de l’Europe, de plus en plus infranchissables, mettant à bas le principe de libre circulation. Du vrai Trump, dont beaucoup s’offusquent en Europe et en France mais ferment les yeux sur les murs anti-migrants construits sur notre sol et chez nos voisins du sud.
Heureusement, tous ne cèdent pas à des supposées peurs. « En Europe, il y a des personnes qui ne perçoivent pas ces réfugiés comme une menace mais des personnes comme elles qui ont besoin d’un accueil et d’un accompagnement » déclare Jean-François Dubost d’Amnesty international. Démonstration a été faite encore il y a quelques jours à Barcelone où 160 000 personnes sont venues réclamer « dès maintenant » des milliers de réfugiés que l’Espagne devait accueillir ; 1100 l’ont été sur les 16 000 prévus. En Allemagne, plusieurs Landers se refusent de participer à l’opération expulsion lancée par le gouvernement Merkel à l’encontre de plusieurs centaines d’Afghans vers leur pays en guerre.
En France aussi les actes de solidarité se multiplient dans les villes, avec les associations et les citoyens. La réalité est qu’il y a bien plus de capacités d’accueil au plan local que le nombre de réfugiés que la France s’est engagée à accueillir.
Le Parti communiste, nombre de ses élus et militants sont de ce combat et refusent de vivre dans une France et une Europe xénophobe et dans l’indifférence face aux drames humains de la migration. Ils font le choix de la solidarité pour un monde de paix et de justice.
La brochure qu’il vient d’éditer revient sur toutes ces questions et permet d’éclairer les enjeux des politiques migratoires et l’urgence de la solidarité n
Les accords de paix de 1998 prévoient un partage du pouvoir régional entre les partis arrivés en tête aux élections, le premier désignant un premier ministre et le second un vice-premier ministre. Alors que l’Irlande du Nord a voté à 56 % contre le Brexit, l’élection a été marquée par la crainte d’un retour à la frontière entre les deux Irlandes, menace potentielle pour la paix et la prospérité économique. Plaçant à quasi-égalité un parti « protestant » et un « catholique », le scrutin met à l’épreuve les règles de partage du pouvoir dans une province conçue en 1920 par Londres pour assurer une majorité aux protestants.Le DUP a remporté 28,06 % des voix et 28 des 90 sièges de l’assemblée régionale de Stormont alors que le Sinn Fein a rallié 27,91 % des voix et gagné 27 sièges lors du vote de jeudi.
Au cours des précédentes élections, en mai 2016, le DUP avait remporté 38 sièges contre 28 au Sinn Fein, dans une assemblée qui comportait alors 108 sièges. Vendredi soir, le président du Sinn Fein, Gerry Adams, a estimé que le vote marquait la confiance dans les positions anti-Brexit de son parti. « C’est un vote pour l’unité de l’Irlande, un vote pour notre rassemblement en tant que peuple(…). Nous n’avons pas besoin des Anglais pour nous gouverner », a déclaré M. Adams, dont la formation réclame un statut particulier, maintenant l’Irlande du Nord dans l’Union européenne après le Brexit. De son côté, Arlene Foster, première ministre sortante et leader du DUP, a appelé le Sinn Fein à « respecter le mandat qui [lui] a été donné ». Elle a accusé le parti rival d’avoir provoqué ces nouvelles élections pour faire avancer la cause républicaine.
Le scrutin a été marqué par un record de participation (64,8 %), taux le plus élevé depuis le référendum sur les accords de paix. Il avait été provoqué par la démission, en janvier, de Martin McGuinness, le vice-premier ministre, ancien commandant de l’IRA, âgé de 66 ans, atteint d’une maladie grave. Le Sinn Fein voulait faire tomber le gouvernement de Mme Foster, accusée d’avoir mis en place un coûteux programme de subventions pour développer les énergies renouvelables. Des hangars vides ont été chauffés au bois juste pour toucher des primes mirobolantes. Dans la foulée, le Sinn Fein avait choisi Michelle O’Neill, 40 ans, pour remplacer M. McGuinness. Cette fille d’un ex-combattant de l’IRA représente un passage de génération pour l’ancienne branche politique de l’ex-armée républicaine clandestine.
Pour le parti nationaliste, il n’est pas question de gouverner désormais avec MmeFoster et les négociations en vue de la formation d’un nouvel exécutif s’annoncent difficiles. Si elles restent infructueuses au bout de trois semaines, Londres pourraitreprendre l’administration directe de la province, marquant un échec du processus de paix.
lire aussi:
Turquie. Tugba Hezer n’a pas 30 ans. Députée du HDP, elle est la plus jeune parlementaire turque. Elle ne peut pas rentrer dans son pays. Nominativement citée et menacée par le président turc, Recep Erdogan, elle poursuit néanmoins son combat en Europe. Elle a accordé une interview exclusive à l’Humanité.
Pourquoi avez-vous été contrainte de quitter la Turquie alors que vous êtes une membre du Parlement, donc élue du peuple ?
Tugba Hezer J’avais été chargée par mon parti, le HDP (Parti démocratique des peuples), de mener des rencontres en Europe. Et il y a eu un coup mené par le pouvoir et visant notre parti le 4 novembre dernier, avec la levée de nos immunités parlementaires. Après cette date, de nombreux députés et élus ont été privés de liberté. Puis les coprésidents du HDP, Selahattin Demirtas et Figen Yüksekdag, ont également été arrêtés et incarcérés. En ce qui me concerne, il y a un mandat d’arrêt par défaut. Cela signifie qu’en cas d’arrestation, je suis immédiatement incarcérée. Mais je suis tout de même chargée de mener les activités pour mon parti, ici, en Europe.
Quelles sont les raisons politiques qui amènent le pouvoir turc et Erdogan à s’attaquer au HDP de cette manière ?
Tugba Hezer En réalité, les attaques contre notre parti ont commencé à la veille des élections du 7 juin 2015. À cette époque, nous avions dénoncé l’attitude de Recep Tayyip Erdogan qui, alors qu’il était président de la République, tenait des meetings au nom de son parti, l’AKP (Parti de la justice et du développement), au lieu d’être neutre. Avec 13 % des suffrages, nous avons réussi à passer la barre des 10 %, condition pour pouvoir entrer au Parlement. D’où une attaque féroce contre le HDP. On parle beaucoup de la tentative de coup d’État du 15 juillet 2016, mais en réalité Erdogan a entamé son coup d’État civil au lendemain des élections du 7 juin 2015, en menant des attaques non seulement contre nous mais également contre tous les autres opposants. Parce qu’en réalité, il a refusé de reconnaître le résultat des élections de juin 2015 et de former un gouvernement de coalition, ce qui lui a permis de convoquer de nouvelles élections le 1er novembre 2015.
Dans le même temps, il s’est aperçu que les résultats ne seraient pas sensiblement différents et donc qu’il ne pourrait pas être le président ultrapuissant qu’il voulait devenir en modifiant la Constitution directement au Parlement car son parti, l’AKP, ne posséderait pas la majorité des deux tiers requise. Il avait déjà gelé les pourparlers de paix avec les Kurdes mais, en renversant littéralement la table des négociations, il a mené des attaques sans merci contre le HDP et a fait instaurer, dans les villes où nous étions le plus plébiscités, des couvre-feux, et a envoyé la gendarmerie et l’armée mener des attaques contre la population civile. Si on regarde ce qui s’est passé depuis deux ans, on s’aperçoit qu’il y a eu des décisions politiques qui ont enfoncé le pays. Et quoi qu’il arrive maintenant, la population va en payer le prix pendant de très longues années.
Que cherche Erdogan ?
Tugba Hezer On voit comment, d’une façon pratique, Erdogan mène une politique dictatoriale et fasciste sur toute la Turquie. Parce que ce qu’il veut est une Turquie non séculaire, qui ne respecte pas le droit des minorités, qui n’a aucun respect pour l’opposition. Il veut une Turquie qui se trouverait en permanence sous état d’urgence, sous couvre-feu, pour mener à bien sa politique. Erdogan essaie d’imposer une mentalité unique sous sa direction. C’est pour cela que son adversaire principal est le HDP, qui représente son antithèse : multiculturalisme, reconnaissance des minorités, liberté d’expression, résolution de la question kurde… D’où les attaques contre les villes qui ont voté pour nous et contre nos députés, nos maires. On parle de plus de 3 000 membres du HDP et plus de 80 maires et co-maires (mais le chiffre augmente chaque jour) qui sont détenus et leurs villes placées sous tutelle. Il faut aussi dire que 13 députés sont en prison, dont les deux coprésidents du HDP. Il y a une semaine, Figen Yüksekdag a été privée de son mandat de députée et cela de façon tout à fait illégale, même au regard de la loi turque. À la suite d’un dossier ouvert contre elle en 2012, elle a été condamnée à dix mois de prison, condamnation ratifiée au mois de septembre dernier par la Cour de cassation et portée devant le Parlement en novembre.
Or, la déchéance ne peut être prononcée que si l’élu est condamné à plus d’un an de prison pour des infractions bien précises et si cette condamnation est ratifiée. Figer Yüksekdag a été condamnée à moins d’un an de prison et pour une affaire qui n’entre pas dans la liste des motifs de déchéance inscrits dans la loi. Le même jour, le 21 février, où la déchéance de Figen Yüksekdag a été prononcée, Selahattin Demirtas a été condamné à cinq mois de prison. Le même jour encore, Idris Baluken, député qui avait été libéré le 31 janvier, a été à nouveau incarcéré à la suite de l’intervention du procureur de la République. Une semaine auparavant, Ferhat Encü, député de la ville de Sirnak, avait été libéré et réincarcéré deux jours plus tard. C’est l’œuvre d’une justice qui n’est plus indépendante et obéit aux directives d’Erdogan. Tout cela est aussi organisé pour empêcher notre parti de mener la campagne dans le cadre du référendum prévu le 16 avril et, pour Erdogan, de gagner les votes des ultranationalistes.
On assiste à un rapprochement entre l’AKP et le MHP (Parti d’action nationaliste, extrême droite), quelle est la signification de ce rapprochement ?
Tugba Hezer Auparavant, le MHP se déclarait contre le système présidentiel. Puis, son président, Devlet Bahceli, a infléchi la position en disant qu’actuellement il existait un système présidentiel qui n’avait pas de réalité juridique et qu’il fallait y remédier. Puis, 18 articles constitutionnels ont été rédigés dans le plus grand secret et approuvés en dix jours entre l’AKP et le MHP, articles qui renforcent le pouvoir présidentiel, notamment le rattachement de l’armée à la présidence, et qui seront présentés lors du référendum. Pour être certain que ces articles soient approuvés par les élus de son groupe, le président du MHP a même menacé ses propres parlementaires de les remplacer ! De la même façon, l’AKP a fait pression sur ses députés en exigeant qu’ils montrent leur vote, en affirmant que ceux qui voteraient contre seraient accusés d’être des partisans de Fethullah Gülen. Même dans ce camp les pressions ont donc été très fortes. Dans ces conditions, comment imposer à la population une telle modification de la Constitution ?
On parle beaucoup de la présidentialisation du régime à l’occasion du référendum mais on parle moins d’autres articles qui concernent les droits sociaux. Qu’en est-il exactement ?
Tugba Hezer Ces deux dernières années, et plus encore après le coup d’État manqué du 15 juillet dernier, des décrets ont été approuvés, avec application immédiate, qui ont en réalité géré le pays. Ils ont présenté ces décisions comme nécessaires pour nettoyer le pays de tous les putschistes. En réalité, ces décrets ont été utilisés parce que Erdogan veut s’attaquer aux acquis sociaux. Par ce biais, les associations de femmes ont été interdites. Des centaines de milliers de fonctionnaires ont été renvoyés de leur travail, jetés à la rue sans le moindre revenu. En dehors des pro-Erdogan, plus personne, aucune organisation, n’a le droit d’organiser le moindre rassemblement, le moindre meeting, ni même de faire la moindre déclaration. Les grèves ont été interdites. Ces décrets ont été utilisés pour détruire nos droits démocratiques, contre la liberté d’expression, contre toute forme d’opposition. Tous les acquis sociaux ont été remis en cause. On voit bien le danger que représente le projet d’Erdogan de cette présidentialisation à outrance du système politique, qui lui donnerait tous pouvoirs en ce sens qu’il pourrait ainsi émettre des décrets qui iraient à l’encontre de tous ceux qui ne pensent pas comme lui.
Comment se positionne le HDP et avec qui peut-il agir aujourd’hui ?
Tugba Hezer Le pays vit sous l’état d’urgence, ce qui permet une attaque sans précédent contre notre parti et contre nos élus, contre les médias. Nous n’avons plus de presse dans laquelle nous pouvons nous exprimer. Tout est pratiquement entre les mains de l’AKP. Depuis toujours nous avons dit non à la politique d’Erdogan. Dès qu’Erdogan a annoncé son intention de renforcer le système présidentiel à son profit, nous avons lutté contre et nous avons été violemment réprimés. Dans le cadre de la campagne du référendum, nous allons utiliser tous les moyens qui nous restent pour dire encore plus fort non à ce système, non à cette nouvelle constitution qui ne représente les intérêts du peuple ni pour aujourd’hui ni pour demain.
Il y a plusieurs sensibilités qui disent non. En tant que HDP, notre but est de rassembler le maximum de gens pour dire non à ce changement constitutionnel, mais pas seulement. Il s’agit aussi de dire non à ce statu quo existant avant la mise en place de ce système présidentiel. Il nous faut donc convaincre le maximum de personnes et leur montrer les dangers de ce changement de constitution.
Comment pouvez-vous agir dans les conditions actuelles ?
Tugba Hezer Nous ne sommes pas seuls à prôner le non. Le CHP (kémaliste, social-démocrate – NDLR) appelle ainsi à voter contre ce projet de nouvelle constitution. Certains éléments du MHP aussi. Pour des raisons qui ne sont évidemment pas les mêmes. Mais notre objectif, à l’issue du référendum du 16 avril, est avant tout de jeter dans les poubelles de l’histoire ce système qui donnerait le pouvoir à une seule personne. Nous sommes, nous, pour que soient représentées toutes les communautés composant la Turquie. Il est intéressant de constater que, parmi ceux qui appellent à voter non, un certain nombre considèrent le système comme nous le faisions il y a quelques années. À l’époque les mêmes s’accommodaient de ce qui se passait ou étaient silencieux, mais aujourd’hui ils s’expriment et disent non.
Est-ce qu’en Europe vous rencontrez un écho à la campagne de sensibilisation que vous menez sur la situation en Turquie ?
Tugba Hezer Nous avons initié des rencontres partout en Europe, avec le président du Parlement européen, avec certains groupes de ce Parlement dont la Gauche unitaire européenne/Verts nordiques (GUE). Lors de ces rencontres, nous avons souligné le fait qu’on ne pouvait pas parler de démocratie en Turquie, que celle-ci n’existait tout simplement pas. Nous dénonçons le fait que la Turquie, sous prétexte de lutte contre le terrorisme, perpètre des massacres contre les Kurdes. Le village de Korukoy (Xerabe Bava), près de la ville de Nusaybin (frontalière avec la Syrie – NDLR), est soumis au couvre-feu, les maisons sont détruites, le bétail abattu et/ou laissé sans nourriture. C’est la barbarie. Alors qu’Erdogan est très proche des groupes islamistes.
La Turquie est candidate à l’entrée dans l’Union européenne (UE). Elle est membre de l’ONU. Elle est dans le Conseil de l’Europe. Elle doit donc respecter certains textes, certains traités. Malheureusement, jusqu’à maintenant, il n’y a pas eu de position nette prise contre la politique menée par Erdogan. D’un côté, ce dernier utilise les migrants comme un instrument de chantage envers l’Europe et, malheureusement, il y parvient. L’UE considère comme plus important l’arrivée des réfugiés que les atteintes aux droits de l’homme, que les attaques contre la liberté d’expression. Pis, Erdogan essaie d’utiliser ces réfugiés dans le cadre du référendum en leur accordant la nationalité turque. L’UE doit prendre clairement position vis-à-vis du système actuel. C’est ce que nous demandons.
Le premier ministre turc, Binali Yildirim, a participé à un meeting, samedi, dans la capitale Ankara, pour lancer, devant des dizaines de milliers de personnes, la campagne référendaire du Parti de la justice et du développement (AKP). Le 16 avril, un projet de révision constitutionnelle sera soumis aux électeurs. Il vise essentiellement à concentrer les pouvoirs dans les mains du président. Le Parti démocratique des peuples (HDP, gauche) et le Parti républicain du peuple (CHP, kémaliste) se prononcent contre la modification de la loi fondamentale.
Bon courage et la victoire à nos amis du Sinn Féin qui représentent la gauche républicaine et anti-austérité en Irlande et siègent avec le Parti Communiste au Parlement Européen et dans la Gauche Unie Européenne! Au printemps, nous les inviterons pour un événement politique régional dans la région de Morlaix, pour une journée avec les communistes bretons, Xavier Compain, Anne Sabourin, représentante du PCF dans le PGE et sur les questions européennes.
Thomas Lemahieu, L'Humanité - 1er mars 2017
Rien n'est joué, loin s'en faut, mais les circonstances n'ont peut-être jamais été aussi favorables pour les Républicains à Belfast. A la veille des élections, ce jeudi, à l'assemblée nord-irlandaise qui siège dans le palais de Stormont, le Sinn Féin a de quoi nourrir quelques ambitions.
Partageant le pouvoir avec leurs vieux ennemis de Democratic Unionist Party (DUP) depuis le processus de pacification ouvert avec la signature en 1998 de l'accord du vendredi saint (Good Friday Agreement), les républicains pourraient pour la première fois arriver en tête et se placer au centre du jeu d'alliances qui s'ouvrira immanquablement à l'issue du scrutin.
L'année dernière le DUP avait recueilli près de 29% des voix (contre 25% au Sinn Féin). Le vent tourne cette fois; provoquées par le retrait du vice-premier ministre Sinn Féin, Martin Mc Guiness, les élections sont marquées par des scandales de corruption à l'encontre d'Arlene Foster, leader du DUP et premier ministre d'Irlande du Nord. Les unionistes sont au coeur d'un scandale financier, accusés d'avoir favorisé à travers un mécanisme incitatif de promotion des énergies renouvelables, les gros propriétaires terriens et les grandes entreprises. Une affaire de corruption à grande échelle qui pourrait coûter 600 millions d'euros aux contribuables nord-irlandais. Mais ce n'est pas tout: la perspective de la sortie du Royaume-Uni de l'Union Européenne est également au centre de la campagne. Or, à rebours du reste du pays - en dehors de l'Ecosse - , l'Irlande du Nord a voté majoritairement contre le Brexit (56% pour le maintien dans l'UE). Très proche des conservateurs britanniques et de leurs épigones ultras de l'Ukip, le DUP, favorable au Brexit, se trouve ainsi en porte-à-faux avec la majorité du pays. Depuis quelques jours, les loyalistes irlandais traînent une autre casserole: ils sont accusés d'avoir reçu des fonds d'un mystérieux groupe de patrons britanniques favorables au Brexit - le Constitutional Research Council - , qui aurait payé la propagande du parti lors du référendum en juin dernier.
(...) Président du Sinn Fein, Gerry Adams joue sur du velours et ne manque jamais une occasion de réclamer, comme ses collègues écossais, un "statut spécial pour l'Irlande du Nord au sein de l'Union Européenne". "C'est la seule manière de garantir qu'il n'y aura pas de frontière physique sur toute l'île d'Irlande entre un Etat européen et un Etat non membre de l'UE", indique t-il en effet. Alors que l'Angleterre et le pays de Galles entraîne tout le Royaume-Uni dans leur Brexit, les républicains réclament que les Nord-Irlandais puissent obtenir des passeports irlandais et conserver donc leurs droits en tant que citoyens européens. Un point essentiel et très marquant pour beaucoup d'électeurs. "La première ministre britannique s'apprête à déclencher la procédure de sortie de l'Union européenne, avec l'article 50, dans les deux semaines à venir, insiste Gerry Adams. Les implications économiques pour les deux économies de l'île et en particulier, pour les communautés frontalières, vont être énormes. 60% des exportations du Nord vers l'Union européenne sont fait en direction de l'Etat irlandais. Plus de 14 000 personnes traversent quotidiennement la frontière pour travailler ou étudier. C'est tout cela que le Brexit met en danger et que le scrutin pour Stormont permet de déjouer".
par Tom Miles - Challenges, 16 février 2017
GENEVE (Reuters) - Plus de 20 millions de personnes risquent de mourir de faim au cours des six prochains mois dans quatre famines distinctes, prévient l'économiste en chef du Programme alimentaire mondial (Pam) des Nations unies, Arif Husain.
Les combats au Yémen, dans le nord-est du Nigeria et au Soudan du Sud ont dévasté plusieurs régions et fait monter les prix. Dans l'est de l'Afrique, c'est la sécheresse qui a ruiné l'agriculture traditionnelle.
"Cela fait près de quinze ans que je travaille au Programme alimentaire mondial et c'est la première fois que nous parlons littéralement de famine dans quatre régions différentes du monde en même temps", a dit Arif Husain lors d'un entretien à Reuters.
"C'est presque bouleversant de réaliser qu'au XXIe siècle, des gens continuent de connaître des famines d'une telle ampleur. On parle d'environ 20 millions de personnes, et tout cela dans les six prochains mois, ou dès maintenant. Au Yémen, c'est maintenant, au Nigeria, c'est maintenant, au Soudan du Sud, c'est maintenant."
"En Somalie, quand je vois que les indicateurs montrent des prix alimentaires extrêmement élevés ainsi que des prix du bétail et des revenus agricoles qui chutent, les choses vont très vite."
Ces famines constituent une source supplémentaire de tension pour le système mondial d'aide humanitaire, déjà confronté à une hausse historique des flux migratoires, mobilisé par les opérations en cours en Syrie, en Irak et en Afghanistan et sollicité par des situations tendues dans plusieurs pays comme l'Ukraine, la Libye et le Zimbabwe, a-t-il expliqué.
"Et puis il y a des endroits comme la RDC (République démocratique du Congo), la RCA (République centrafricaine), le Burundi, le Mali, le Niger, où l'insécurité alimentaire est chronique (...) Il n'y a tout simplement pas assez de ressources pour y arriver."
"AUCUNE SOLUTION EN VUE"
Si l'aide humanitaire internationale atteint des niveaux sans précédent, la demande augmente plus vite encore, ce qui creuse l'écart entre les besoins et les moyens, explique-t-il.
"Dans le nord-est du Nigeria, nous nourrissons plus d'un million de personnes alors qu'il y quelques mois, nous n'avions même pas un bureau là-bas".
Il reste un mince espoir que la sécheresse en Somalie ne soit pas aussi grave que ne le craignent certains mais dans la capitale, Mogadiscio, les prix alimentaires ont déjà augmenté d'un quart depuis début janvier et les prévisions pour la saison des pluies, soit de mars à mai, ne sont guère optimistes.
En 2011, la famine avait fait environ 260.000 morts en Somalie, alors que la saison des récoltes avait été bonne, ce qui n'a pas été le cas pour les deux dernières.
Au Soudan du Sud, les prix des produits alimentaires ont doublé, voire quadruplé en un an.
Au Yémen, de nombreuses familles ont déjà dû se séparer de leurs avoirs en or, en argent ou en armes.
"J'étais au Yémen il y a deux semaines", dit Arif Husain, "Il y a de la nourriture sur les marchés mais les gens ne sont pas payés, notamment dans les villes, qui représentent environ un tiers de la population".
"Une fois qu'ils ont perdu leurs seules ressources, il leur est presque impossible de remonter la pente et cela ne fait que perpétuer la pauvreté."
Le Yémen est pour l'instant considéré comme une situation d'"urgence" mais pourrait être déclaré en famine d'ici trois mois, a-t-il précisé.
Au Nigeria, dans l'Etat de Borno, où des millions de personnes ont trouvé refuge après avoir fui Boko Haram, l'absence de commerces, de marchés et de possibilités de se déplacer rend les réfugiés dépendants de l'aide humanitaire.
"Ils survivent dans des camps, par 50°C, dans des huttes au toit de tôle, avec un point d'eau, des cuisines communes et un repas par jour", explique Arif Husain.
"Et il n'y a aucune solution en vue."
(Marc Angrand pour le service français, édité par Gilles Trequesser)
AFP - Orient le jour
Le coprésident du principal parti prokurde de Turquie Selahattin Demirtas a été condamné mardi à cinq mois de prison pour "dénigrement de la nation turque", a rapporté l'agence de presse progouvernementale Anadolu.
Cette décision survient quelques heures après l'annonce par le Parlement turc de la déchéance de son mandat de députée de Figen Yüksekdag, qui codirige avec M. Demirtas le Parti démocratique des peuples (HDP).
Incarcéré depuis le mois de novembre, M. Demirtas a été condamné pour "dénigrement de la nation turque, de l'Etat et des institutions de la République de Turquie" par un tribunal de Dogubeyazit (sud-est), a détaillé Anadolu.
Le charismatique chef de file du HDP est visé par des dizaines de procédures judiciaires et risque notamment 142 ans de prison dans le cadre d'un procès où il est accusé de "diriger une organisation terroriste" et de faire de la "propagande terroriste".
Les autorités turques accusent le HDP d'être la vitrine politique des séparatistes du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), une organisation classée "terroriste" par Ankara, Washington et Bruxelles.
Mme Yüksekdag a été déchue de son mandat d'élue de la Grande assemblée nationale de Turquie en raison de la validation par la Cour de cassation d'une condamnation pour "propagande terroriste", a indiqué mardi la coprésidente du Parlement Ayse Nur Bahçekapili.
Le deuxième parti d'opposition de Turquie a été durement frappé par les purges qui ont suivi le putsch manqué en juillet, suscitant l'inquiétude des pays européens et d'ONG qui accusent le président Recep Tayyip Erdogan de vouloir étouffer toute voix d'opposition.
Le HDP a été décapité par l'arrestation de ses deux coprésidents et d'une dizaine de cadres en novembre dernier. L'un des rares poids lourds du HDP encore en liberté, Idris Baluken, a été placé en détention mardi, ont rapporté les médias turcs.
Ces développements surviennent à quelques semaines d'un référendum sur une révision constitutionnelle qui renforcerait les pouvoirs de M. Erdogan, un projet auquel est farouchement opposé le HDP.
Le HDP a indiqué lundi avoir saisi la Cour européenne des droits de l'Homme (CEDH) pour protester contre l'arrestation de ses dirigeants.
Lire aussi, dans L'Humanité du 20 février:
Des élus du HDP demandent à la Cour européenne des Droits de l’Homme d’exiger d’Erdogan qu’il libère les 12 députés du HDP actuellement emprisonnés sans jugement, dans un contexte où débute en Turquie la campagne du referendum destiné à renforcer les pouvoirs du président.
Ils ont fait spécialement le voyage de Turquie jusqu’à Strasbourg. Députés du Parlement turc, élus municipaux ou responsables politiques du HDP ( Parti démocratique des Peuples ), une dizaine de femmes et d’hommes, soutenus par de nombreux militants, ont déposé lundi matin à la Cour européenne des Droits de l’Homme les dossiers des 12 députés du HDP incarcérés en Turquie depuis novembre dernier, dont ceux des deux co-présidents, Figen Yuksekdag et Selahattin Demirtas.
« Nous sommes venus ici parce que tous les recours juridiques ont été épuisés en Turquie, » explique l’avocate internationale Reagan Yalçindag. « En réalité aujourd’hui, on ne peut plus entreprendre aucune action juridique en Turquie, toutes les voies sont barrées. Il faut que la Cour européenne des droits de l’Homme prenne ses responsabilités, » ajoute-t-elle.
Et il y a urgence. Vendredi dernier, le président turc Recep Tayyip Erdogan a en effet lancé lui-même la campagne en faveur du « Oui » pour le referendum, qui se déroulera le 16 avril prochain, et dont l’enjeu est de modifier la constitution pour accorder plus de pouvoirs au président turc. Erdogan tient à dominer cette campagne qu’il a soigneusement préparée pour éviter toute contestation possible. Depuis juillet dernier, profitant du climat provoqué par le coup d’état manqué des partisans supposés du mouvement Gülen, il a fait notamment fait emprisonner des députés d’opposition ou des élus régionaux, mais aussi des journalistes, des magistrats et des universitaires, procédant dans le même temps à la fermeture près de 160 journaux, radios, télés et autres organes de presse. « On entre dans la campagne du referendum, mais les représentants de l’opposition n’ont pas le droit de s’exprimer, » explique la députée d’Istanbul Flize Kerestesioglu ( HDP. ) « Le gouvernement de Recep Tayyip Erdogan a fait mettre en prison non seulement nos députés, mais aussi des militants, et des élus municipaux. Les maires des villes kurdes ont été soit arrêtés, soit destitués. Dans ces conditions là, comment voulez-vous qu’on fasse campagne ? » demande-t-elle.
C’est dans ce contexte que les élu(e)s du HDP ont décidé d’en appeler à la Cour européenne des Droits de l’Homme. Un de ses articles ( l’article 16 ), signé par la Turquie, qui est membre du Conseil de l’Europe, stipule en effet qu’aucun député ne peut être jugé en étant incarcéré, et que d’autre part, en cas d’incarcération d’un député, la Cour Suprême de Turquie doit faire un rapport et se prononcer dans les 3 jours. « Or il y a aujourd’hui plus de 90 jours que les 12 députés du HDP sont en prison, et rien n’a été fait, » explique Reagan Yalçindag.
Quel peut être la portée réelle de cette démarche auprès de la Cour européenne des Droits de l’Homme ? L’avocate du HDP explique que même si la Turquie n’a pas respecté une décision déjà prise il y a 4 ans par la Cour dans une autre affaire, il faut néanmoins insister pour que la CEDH prenne une décision rapidement. « On est en train de changer la nature d’un régime en changeant la constitution, par contre les représentants politiques ne peuvent pas parler dans leur pays, comment peut-on parler de démocratie ? » s’insurge la députée Flize Kerestesioglu, qui ajoute : « la seule chose qu’on peut dire c’est qu’une dictature se prépare. »
L’année 2016 a été une année « terrible » pour les droits de l’Homme dans le monde, et « très préoccupante » en France, estime Amnesty International dans son rapport annuel publié ce mercredi. L’association, qui a exceptionnellement choisi de présenter son rapport à Paris, estime que le contexte pré-électoral « apportait un fort écho » à son analyse. Elle s’alarme en particulier de la montée des discours politiques xénophobes et extrémistes.
Amnesty International, dans son rapport annuel, pointe les discours de « rejet des autres » qui ont d’après l’association « dominé » le débat politique, notamment en Europe et aux États-Unis, ont « alimenté » un « recul mondial des droits humains » qui risque de se confirmer en 2017, juge-t-elle.
« En 2016, l’utilisation cynique de ces discours rejetant la faute sur les « autres » et distillant la peur et la haine a atteint des niveaux inégalés depuis les années 1930 », estime dans un communiqué Salil Shetty, secrétaire général d’Amnesty International. « Les discours clivants des marchands de peur sont devenus une force dangereuse dans les affaires de la planète », ajoute-t-il, citant notamment le président américain Donald Trump, dont les propos de campagne ont, selon l’organisation, été « particulièrement emblématiques ».
« Les discours clivants de Donald Trump, Viktor Orban (Hongrie), Recep Tayyip Erdogan (Turquie), Rodrigo Duterte (Philippines)… s’acharnent sur des groupes entiers de population, les désignent comme boucs émissaires et propagent l’idée selon laquelle certaines personnes sont moins "humaines" que d’autres », les premiers visés étant les réfugiés, dénonce Amnesty international.
Et de citer le décret anti-immigration fermant temporairement les frontières des États-Unis aux réfugiés et aux ressortissants de sept pays à majorité musulmane, suspendu depuis, ou encore l’accord « illégal et irresponsable » conclu entre l’Union européenne et la Turquie, permettant de renvoyer des demandeurs d’asile dans ce pays.
En France, l’association déplore aussi une année « extrêmement préoccupante » pour les droits humains. Amnesty estime notamment que la prolongation de l’état d’urgence décidé dans la foulée des attentats de 2015, « injustifiable » au regard du droit international, remet « dangereusement » en cause des libertés essentielles.
« Le risque est que la France s’habitue à ce que des droits considérés comme acquis soient remis en cause », écrit l’association, qui s’interroge par ailleurs sur l’efficacité de ces mesures. De fin 2015 à fin 2016, seules 0,3 % des mesures liées à l’état d’urgence ont débouché sur une enquête judiciaire pour des faits de terrorisme, avance-t-elle.
Amnesty fustige également la réponse « inadéquate » de la France en matière d’accueil des réfugiés, et le « climat de stigmatisation » qui a selon elle régné dans le pays, visant notamment les migrants, mais aussi la population musulmane. Plusieurs autres pays d’Europe sont épinglés pour leur accueil des migrants.
L’organisation de défense des droits de l’Homme a examiné les situations dans 159 pays. Des crimes de guerre ont été perpétrés dans au moins 23 pays en 2016, et 36 pays ont renvoyé des réfugiés - « boucs émissaires faciles » - dans des pays où leurs droits étaient menacés, assure-t-elle.
Le journal Le Monde publie aujourd'hui des données chiffrées très inquiétantes sur le réarmement mondial et l'explosion des ventes d'armes qui ont cru de 8,4% dans le monde sur les 4 dernières années, sur la période 2012-2016, par rapport aux 4 années antérieures, retrouvant leur niveau de la fin de la guerre froide. Ces données ont été recueillies par l'Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (Sipri).
Avec 56% des parts de marché, les Etats-Unis (33% "de part de marché", exportations d'armes à une centaine de pays) et la Russie (23% de "part de marché") sur les deux premiers exportateurs d'armes. Loin devant la Chine et la France.
La France est le 4e exportateur d'armes du monde, ses exportations représentant environ 5% de part de marché sur les ventes d'armes mondiales.
L'Inde figure en tête des pays acheteurs d'armement avec une croissance de ses importations de 43% (13 milliards d'importations) L'Arabie Saoudite arrive en seconde position. Les Emirats Arabes en 3e position, avec 4,6 milliards d'achats d'armes en importation.
En 2016, la France a enregistré 20 milliards d'euros de commandes, grâce aux contrats des Rafale et des sous-marins (36 Rafale vendus pour 8 milliards d'euros à l'Inde, 8 sous-marins Shortfin Barracuda vendus à l'Australie pour 8 milliards...).
Le budget de la défense en France est de 47,2 milliards de dollars, le deuxième d'Europe derrière la Russie (58,9 milliards de dollars) le Royaume-Uni (52,5 milliards de dollars), loin derrière les Etats-Unis (12 fois plus: 604,5 milliards de dollars) et la Chine (125 milliards de dollars).
Ces chiffres affolants, surtout quand on les confronte à la violence et à l'horreur des conflits dans le monde, devraient nous encourager à construire une politique de paix, délivrée des logiques impérialistes et néo-coloniales, appuyée sur une politique de défense ne privilégiant pas le business de l'exportation d'armes.
On en est loin quand on voit comment les industries d'armement sont imbriquées dans l'appareil d'Etat et la diplomatie de la France.
Ismaël Dupont.
Humanite.fr / 16 Février 2017
Le vote en faveur du CETA a confirmé la domination, au sein du Parlement européen, des partisans d’une Europe libérale favorisant les multinationales au détriment de l’environnement, de la santé, des droits sociaux et de la transparence démocratique. Le ralliement d’une majorité de sociaux-démocrates à la droite libérale et conservatrice, a assuré la victoire du OUI.
Justin Trudeau, a eu beau venir faire le service après-vente du CETA au lendemain du vote du Parlement européen, il n’aura pas réussi à convaincre par des arguments vérifiables, que cet accord était bon pour les citoyens. On a même frôlé un grand moment de solitude politique quand le premier ministre canadien - en authentique représentant de commerce d’une multinationale de luxe - s’est hasardé, devant des députés au sourire équivoque, à vanter le nouveau tarif des bottes canadiennes de marque Manitobah qu’allait nous offrir le CETA: « moins 17% ! » ( sic !) Que le premier ministre d’un pays de 36 millions d’habitants - aussi jeune et sympathique soit-il - profite de la tribune d’une grande institution internationale pour lancer les soldes de printemps, n’est pas seulement pathétique, c’est surtout très peu convaincant - a fortiori quand on constate que le prix moyen des bottes nationales tant vantées, tourne autour de 250 à 300 dollars la paire… Comme l’a avoué à plusieurs reprises Justin Trudeau, avec un brin de naïveté qu’on hésite à mettre sur le compte de sa méconnaissance des réalités européennes: « ce sont les classes moyennes que le CETA veut favoriser. » Des classes moyennes plus-plus, a-t-on envie d’ajouter, quand même.
Lors du débat précédent le vote de mercredi, la députée hollandaise Anne-Marie Mineur ( GUE-GVN ) a bien résumé l’enjeu général : « le commerce mine les bases de la démocratie, » a-t-elle dit , entendant par là, non pas qu’il fallait se passer du commerce ou l’entraver par principe ( personne n’y pense ), mais que ce qu’on appelle le « libre-échange », par son côté sauvage, et par les dérégulations qu’il instaure, était effectivement une menace pour une société démocratique. Car comme l’a rappelé Patrick Le Hyaric ( GUE-GVN ), « le CETA n’est pas un accord commercial, c’est un accord de libre échange. » Sa particularité, ce n’est donc pas simplement de favoriser le commerce, c’est très particulièrement de lever toutes les barrières, tant tarifaires ( les taxes ) que non tarifaires ( les règlements, normes, etc.. ) entre l’Union européenne et le Canada. C’est ce qu’exigent d’ailleurs les grandes institutions financières internationales, à commencer par le FMI. En votant pour le CETA, les parlementaires européens leur ont simplement obéi.
Avec le CETA disparaîtront effectivement toutes les taxes appliquées à certains produits en situation de concurrence dominante, destinées à protéger les producteurs nationaux qui sans cela risqueraient d’être mis en difficulté ou de disparaître. Le CETA affaiblira aussi des normes réglementaires, notamment en matière d’environnement et de droits sociaux. Il s’agit donc là de tout autre chose que d’un pur accord de commerce. Il s’agit de changer concrètement la façon dont les gens entendent vivre, dans quel type de société, et avec quelles règles démocratiques. Le député Vert allemand Klaus Buchner ( Verts-ALE ), l’a expliqué :« le CETA est truffé d’articles qui n’ont rien à voir avec le commerce, mais avec la destruction de la démocratie, » exhortant le Parlement à « refuser ce coup d’état institutionnel au service des puissances financières.» Même Tiziana Beghin, du mouvement « 5 étoiles », a dénoncé « le coup d’état silencieux » que représentait le CETA qu’elle refuse de qualifier de traité. « Nous allons voter un accord qui place les droits des multinationales et des investisseurs au dessus des droits sociaux et environnementaux, » a condamné pour sa part la députée belge Maria Arena, la première députée du groupe socialiste ( S et D ) à avoir pris la parole dans l’hémicycle pour appeler à voter contre le CETA. Elle sera suivie par le député français Emmanuel Maurel. Tous les autres députés sociaux-démocrates, qui interviendront appelleront au contraire à voter pour le CETA.
Au cours du débat de 4 heures qui a précédé le vote du CETA par le Parlement européen, un contraste flagrant est en effet apparu dans les arguments avancés par la vingtaine de députés qui se sont exprimés sur le sujet. D’un côté des conservateurs et des libéraux défendant une position purement idéologique qui peut se résumer en une phrase: le commerce avec le Canada est bon pour l’Europe - on entendait surtout qu’il est bon pour le commerce. Là encore, aucun preuve tangible pour justifier cette position. De l’autre, des arguments fondés sur de multiples rapports, des enquêtes, et des analyses, prouvant que dans de nombreux domaines, le CETA allait avoir des effets désastreux. Ces rapports, réalisés sur plusieurs années, sont publics, tout le monde y a accès, tout le monde peut les contester, mais personne ne les a beaucoup contredit jusqu’à maintenant. Se basant sur l’une de ces études, la députée italienne Eleonora Forenza ( GUE-GVN ) a par exemple rappelé, que 200 000 emplois seraient perdus en Europe à cause du CETA.
Qui a voté quoi ?
« Il y a un goût amer dans ce vote, » nous confiait Younous Omarjee juste avant le scrutin, « parce que si le groupe des Sociaux-démocrates en bloc avait rejeté cet accord, il y avait une majorité pour rejeter le CETA, et ça aurait constitué un moment fondateur pour une nouvelle politique commerciale européenne.» Le vote a entièrement confirmé le pronostic du député de la Gauche Unitaire européenne.
Deux groupes politiques au sein du Parlement européen ont démontré leur parfaite unité dans le refus du CETA : la Gauche Unitaire européenne ( GUE-GVN ) et les écologistes ( Verts-ALE ). Aucune exception dans les rangs de la GUE, les 49 députés présents ont voté contre le CETA, et parmi eux, les quatre députés français ( Marie-Christine Vergiat, Patrick Le Hyaric, Jean-Luc Mélenchon, et Younous Omarjee. ) Même chose ( presque ) pour les Verts-ALE, à l’exception de deux d’entre eux - un député croate, et un Estonien – qui ont préféré donner dire OUI au CETA.
A droite, pratiquement aucune voix des Libéraux n’a manqué en faveur du CETA, sauf 4, dont celle - notable - du député français Jean Arthuis ( ALDE ), qui a été ministre de l’économie et des finances de 1995 à 1997, et qui fait partie des opposants au CETA - il a voté contre. De même le parti des conservateurs ( PPE ) - parti dominant du Parlement européen - a voté massivement pour le CETA, sauf 4 députés qui ont voté contre, tandis que 7 d’entre eux ont préféré s’abstenir. Parmi eux, Michèle Alliot-Marie, Brice Hortefeux, et Nadine Morano.
C’est au sein du groupe des sociaux-démocrates que le fossé entre partisans et opposants au CETA a été le plus profond : 96 POUR et 66 CONTRE. Si tous les socialistes européens avaient décidé de s’opposer au CETA, il n’est pas certain que le NON l’aurait finalement emporté. Mais en offrant presque 100 voix supplémentaires à l’accord de libre échange entre l’Union européenne et le Canada, le groupe socialiste ( S et D ) apportait au camp du OUI - celui de la droite et des libéraux - un renfort qui rendait illusoire la victoire du NON. C’est la raison pour laquelle de nombreux députés opposés au CETA criaient à la trahison des sociaux-démocrates dans les couloirs du Parlement européen, à l’issue du vote. Ne sont cependant concernés, aucun des députés socialistes français, puisque tous, ont voté CONTRE le CETA, rejoignant ainsi les Verts et la GUE. A l’extrême-droite de l’hémicycle, une majorité de députés s’est opposée au CETA, plus par opposition de principe à tout accord international, ou à tout vote en faveur d’une proposition européenne. Au final, le CETA est passé par 408 voix POUR, 254 CONTRE et 33 abstentions. Au cours du débat Jean-Luc Mélenchon ( GUE-GVN ) avait martelé que le CETA est « un très mauvais coup contre l’Europe, » ajoutant : « les générations futures s’en souviendront. »
Jean-Jacques Régibier