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15 janvier 2017 7 15 /01 /janvier /2017 07:50
Israël-Palestine: le Paris de la paix ce dimanche 15 janvier 2017 (L'Humanité, 13 janvier)

La France organise ce dimanche à Paris une conférence internationale pour tenter de renouer avec l’idée d’une paix possible entre Israéliens et Palestiniens. Les faits d’hier, les enjeux d’aujourd’hui. 

Ce dimanche 15 janvier 2017, quelque soixante dix pays seront représentés (notamment par leur ministre aux affaires étrangères) à la conférence internationale organisée à Paris pour tenter de relancer le processus de paix entre Israéliens et Palestiniens. Il était souhaité que les deux parties soient elles-mêmes représentées. Il n’en sera rien.

Quelques rappels pour comprendre :

Cette conférence fait suite à la réunion ministérielle internationale, moins étendue, qui s’était tenue en juin déjà à Paris et qui était arrivée au constat suivant : « la solution à deux Etats est la seule voie pour arriver à une paix durable, avec Israël et la Palestine, vivant côte à côte dans la paix et la sécurité ». Un tel rendez-vous diplomatique n’avait pas eu lieu dans le monde depuis neuf ans.

Le ministre français des Affaires étrangères Jean-Marc Ayrault soulignant qu’« il faut agir d’urgence pour préserver la solution des deux Etats et la ranimer avant qu’il soit trop tard ». Au cœur des préoccupations : la politique de colonisation qui se poursuit mais aussi le fossé qui se creuse de plus en plus « dans les cœurs et dans les esprits » des populations.

Le chef de la diplomatie française avait alors promis de plancher sur les moyens de la paix, évoquant des « incitations en matière économique, en matière de coopération et de sécurité régionale (…) à présenter aux Israéliens et aux Palestiniens » lors de la conférence internationale, initialement prévue à l’automne 2016. Elle aura finalement lieu ce dimanche 15 janvier 2017. Les propositions précises devaient y être mises sous les yeux des représentants d’Israël et de la Palestine Mais, on a d’abord appris qu’Israël ne participerait pas. Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu (67 ans) ayant décidé de boycotter l’initiative qualifiée d’« imposture ». L’Elysée a du coup fait savoir que le palestinien Mahmoud Abbas (81 ans) serait reçu "dans un cadre bilatéral dans les prochaines semaines". Les deux hommes ne se sont pas rencontrés depuis 2010.

L’ américain John Kerry sera quant à lui présent ce dimanche à Paris. Un dernier voyage à l’étranger sous sa casquette de secrétaire d’état avant la passassion de pouvoir entre Barack Obama et Donald Trump.

A voir : le webdocumentaire  réalisé en partenariat avec l'Humanité par Sarah Mauriaucourt dans les territoires palestiniens occupés. 

Cinq points qu'il faut avoir en tête pour comprendre les enjeux de la conférence internationale de Paris

1) Pourquoi le conflit ?

Le conflit remonte à 1947 quand les Nations unies ont proposé la création de deux États, l'un juif et l'autre arabe, sur le territoire. Israël a été proclamé l'année suivante.

En 1967, Israël a saisi par les armes la Cisjordanie et Jérusalem-Est, alors sous contrôle de la Jordanie. Il a depuis annexé Jérusalem-Est, site de lieux saints révérés par les chrétiens, les juifs et les musulmans. Son armée continue à occuper la Cisjordanie.

Le conflit a donné lieu à de multiples tentatives de paix. La solution de référence de la communauté internationale est la création d'un État palestinien qui coexisterait en paix avec Israël.

Le règlement du conflit se heurte à des querelles qui paraissent de plus en plus insolubles pour certaines: la sécurité d'Israël, le tracé des frontières, le statut de Jérusalem, le droit aux retours des réfugiés palestiniens ayant fui ou été chassés de leurs terres.

Après des années de lutte armée, deux soulèvements populaires palestiniens (intifadas), plusieurs guerres dans la bande de Gaza gouvernée par le mouvement islamiste Hamas qui refuse de reconnaître Israël, les Territoires palestiniens, Jérusalem et Israël sont en proie depuis l'automne 2015 à un nouvel accès meurtrier de violences.

Une large part de la communauté internationale s'inquiète du fait que la solution à deux États ne soit plus qu'un souvenir. La conférence de Paris vise à la ranimer.

2) Des discussions dans l'impasse

Les Palestiniens disent que des années de négociations bilatérales avec Israël n'ont servi à rien. Ils ont choisi d'internationaliser leur cause.

Pour reparler au Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, le président palestinien Mahmoud Abbas exige un arrêt de la colonisation dans les territoires palestiniens, parmi d'autres conditions.

Ce dernier refuse toute condition préalable. Mais il réclame que les Palestiniens reconnaissent Israël comme un État juif. Les Palestiniens refusent de crainte de sacrifier le droit au retour des réfugiés.

Pour les deux, des facteurs intérieurs rendent toute concession ardue. M. Netanyahu est à la tête d'un des gouvernements les plus à droite de l'histoire d'Israël. Certains membres sont ouvertement opposés à un État palestinien et défendent ardemment la colonisation.

M. Abbas n'a lui aucun contrôle sur la bande de Gaza. Il est également largement déconsidéré auprès des Palestiniens.

3) La violence, les colonies

Israël accuse l'Autorité palestinienne d'encourager la violence et affirme que la conférence de Paris fait "reculer la paix".

Une grande partie de la communauté internationale redoute que la poursuite de la colonisation ne scelle le sort d'un éventuel État palestinien, tant ces implantations juives étendent le territoire occupé par Israël.

Environ 600.000 colons israéliens vivent en Cisjordanie et à Jérusalem-Est.

Le conseil de sécurité de l'ONU a adopté le 23 décembre 2016 pour la première fois depuis 1979 une résolution condamnant la colonisation, grâce à l'exceptionnelle abstention américaine.

4) Qu'attendre de la conférence ?

La tenue de la conférence est en soi une victoire pour les Palestiniens, mais M. Netanyahu a d'ores et déjà prévenu qu'Israël ne serait pas lié par ses résultats.

5) L'inconnue Trump

La conférence a lieu cinq jours avant la prise de fonctions de Donald Trump à la présidence des États-Unis. Après des années de frictions avec l'administration Obama, le gouvernement israélien attend une politique américaine bien plus favorable.

M. Trump, qui a condamné la résolution du 23 décembre, a promis de reconnaître Jérusalem comme la capitale d'Israël. Un haut responsable palestinien a estimé lundi qu'avec M. Trump, "tous les signaux (étaient) négatifs".

 

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13 janvier 2017 5 13 /01 /janvier /2017 16:53
"La France doit reconnaître l'Etat Palestinien avant qu'il ne soit trop tard" (tribune d'un collectif d'ambassadeurs dans le journal Le Monde, 9 janvier 2016)
« La France doit reconnaître l’Etat palestinien avant qu’il ne soit trop tard »

Dans un texte collectif, des ambassadeurs français estiment que tout le monde aurait à gagner à la reconnaissance, y compris Israël. Une conférence internationale sur le Proche-Orient doit s’ouvrir le 15 janvier à Paris.

Texte collectif d’ambassadeurs français, Le Monde, lundi 9 janvier 2017

Depuis plusieurs mois, un débat s’est engagé sur la possibilité de réaliser un Etat palestinien. L’accaparement systématique des terres palestiniennes par la colonisation israélienne, la mainmise grandissante sur Jérusalem, l’état de siège permanent à Gaza laissent peu de place à ce projet.

Le Conseil de sécurité des Nations unies, bénéficiant de l’abstention américaine, vient de demander l’arrêt immédiat des implantations et a rappelé son attachement au principe de deux Etats. Le premier ministre israélien a rejeté brutalement cette résolution au mépris du droit international.

L’Etat palestinien peut-il encore résulter d’une négociation bilatérale ? C’est l’espoir du secrétaire d’Etat John Kerry qui vient de réaffirmer à juste titre les paramètres d’un accord de paix, sans toutefois définir les moyens d’y parvenir.

La présence à la tête d’Israël d’un gouvernement au nationalisme religieux déterminé, qui profite des troubles du monde arabe, enlève toute crédibilité à la reprise d’un processus de paix dont la stérilité a été maintes fois déplorée, dès lors que nulle pression ne s’exerce sur Israël, sûr de sa force et de l’appui occidental qui lui est consenti.

Mahmoud Abbas disqualifié auprès de son opinion

Faute de résultat, le négociateur palestinien, Mahmoud Abbas, président de l’Autorité palestinienne, se trouve disqualifié auprès de son opinion publique sur qui pèsent les humiliations de l’occupation, qui est soucieuse de récupérer les milliers de prisonniers politiques et qui n’a devant elle qu’un avenir sans espoir dans lequel toute évolution démocratique est paralysée par les contraintes matérielles et politiques que la situation impose. Il en résulte que le Hamas, lui, jouit des avantages de l’intransigeance.

Les Etats-Unis ont échoué à faire émerger une solution et ont renouvelé leur aide à Israël sans poser aucune condition, malgré leur condamnation maintes fois réaffirmée d’une colonisation contraire à l’établissement d’un Etat palestinien qui était pourtant jusqu’à présent leur objectif officiel. Il est probable que le nouveau président Donald Trump, appuyé par une majorité républicaine déterminée, ira encore plus loin dans le soutien inconditionnel à Israël et dans la négation des droits des Palestiniens.

Une autre solution est-elle possible ? Certains appellent à la création d’un Etat binational où l’égalité des droits des deux communautés serait respectée. Mais cette perspective est illusoire car un Etat juif ne peut abandonner son caractère national et religieux, imprégné de l’histoire biblique. L’expérience montre que cet Etat unique aboutirait à une situation d’apartheid qui existe d’ailleurs déjà largement sur le terrain.

Garanties de sécurité

Comment ne pas voir que le conflit israélo-palestinien, s’il est éclipsé dans l’opinion mondiale par les malheurs de la Syrie, de l’Irak et du Yémen, ainsi que par l’omniprésence du péril que représente l’organisation Etat islamique, est appelé à perdurer, engendrant dans l’opinion publique arabe le ressentiment contre le monde occidental, accusé de complicité avec Israël ?

L’insertion définitive d’Israël dans son environnement régional ne peut être assurée par la force. Elle doit résulter d’une acceptation qui lui a été proposée par les pays de la Ligue arabe en échange de la reconnaissance d’un Etat palestinien crédible. Israël n’a pour le moment jamais consenti à cette proposition, malgré les garanties de sécurité qu’elle lui apporterait.

Il existe certes des pacifistes israéliens prêts à s’engager dans ce sens mais ils ne sont pas relayés par les politiques, tandis que certaines organisations juives extérieures à Israël appuient résolument les positions les plus contestables de l’extrême droite israélienne, en oubliant l’appartenance prioritaire des communautés qu’elles représentent aux Etats dans lesquelles elles évoluent.

Il est donc évident qu’un Etat palestinien ne pourra naître sans pression internationale. Il a déjà été reconnu par 137 Etats aux Nations unies mais pas par les Etats occidentaux majeurs, paralysés par l’Histoire et en proie trop souvent à des influences électorales partisanes. Il n’a probablement plus aucune chance d’émerger après le 20 janvier, date d’entrée en fonction du nouveau président américain.

Péril des sanctions

Dans cette situation, la France a un rôle éminent à jouer en tant qu’avocate des libertés humaines au service de la paix. Elle a engagé un nouveau processus de consultation des pays directement intéressés par le conflit, qui doit aboutir à des principes directeurs dont les négociateurs devront obligatoirement s’inspirer.

Une étape déterminante doit être franchie en ce début d’année. Malgré les aléas de la politique intérieure française, l’échéance doit être tenue. Ce peut être l’occasion d’une ultime réflexion de l’administration américaine en partance. Il est malheureux cependant que M. Nétanyahou a, dès le départ, annoncé qu’il ne voulait pas rencontrer M. Abbas à Paris. Mais ce refus montre la nécessité d’une pression internationale pour recadrer un dialogue impossible.

A défaut, on voit mal comment Israël échapperait au péril des sanctions. En demandant l’étiquetage des produits en provenance des colonies israéliennes, l’Union européenne, en se montrant cohérente avec sa condamnation des colonies, a ouvert la voie. Elle est périlleuse pour Israël, ouvert au monde extérieur, et donc vulnérable. On se rappelle le rôle des sanctions dans la fin de l’Apartheid en Afrique du Sud.

Réparer une injustice de l’Histoire

Pour les Palestiniens, rien n’est pire que l’absence d’Etat. Sa proclamation ne changera certes rien sur le terrain. Mais elle créera une dynamique imposant des réalités nouvelles. Ce serait à l’honneur de la France de reconnaître l’Etat palestinien. Un tel geste, dont la signification politique et morale est incontestable, s’inscrirait dans sa politique traditionnelle en faveur de la liberté et des droits humains. Il est temps de réparer une injustice de l’Histoire. Israël, au destin duquel nous sommes tous attachés, en serait le premier bénéficiaire, tant pour sa sécurité que pour son rôle attendu dans le développement de la région où il faut pérenniser sa présence. Ni la loi du plus fort ni le messianisme religieux ne peuvent être considérés comme fondateurs de droits territoriaux au profit de l’Etat d’Israël. L’appropriation progressive de Jérusalem-Est et d’une partie croissante des terres de Cisjordanie est inconciliable avec l’idée de négociation. Un partage équitable ne peut être obtenu par une négociation bilatérale en raison de la disproportion des forces des parties en présence.

Un encadrement international s’impose donc dans lequel la France, amie des Israéliens et des Palestiniens, doit être au premier rang. L’initiative diplomatique qu’elle a prise est essentielle et doit être soutenue par tous les Etats responsables, proches ou lointains, désireux de définir les conditions d’une paix juste et durable. Avec l’arrivée du président Trump au pouvoir, l’espoir d’un Etat palestinien disparaît sans doute pour les années à venir. Mais sa nécessité demeure. La France et l’Union européenne doivent s’engager avant qu’il ne soit trop tard.

Les diplomates signataires : Yves Aubin de La Messuzière ; Denis Bauchard ; Philippe Coste ; Bertrand Dufourcq ; Christian Graeff ; Pierre Hunt ; Patrick Leclercq ; Stanislas de Laboulaye ; Jean-Louis Lucet ; Gabriel Robin ; Jacques-Alain de Sédouy ; Alfred Siefer-Gaillardin

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10 janvier 2017 2 10 /01 /janvier /2017 18:34
La condamnation d’un soldat-assassin fissure la société israélienne
 PAR CHLOÉ DEMOULIN

La condamnation pour homicide du soldat franco-israélien qui a abattu un Palestinien gisant au sol montre les contradictions d’une société israélienne éprouvée par le conflit et rongée par la tentation de l’ultranationalisme.

 

 notre correspondante à Jérusalem.-  La scène a été filmée par un militant de l’ONG de défense des droits de l’homme B’Tselem. Le 24 mars 2016, un soldat franco-israélien, Elor Azaria, a achevé un Palestinien gisant au sol, qui avait été neutralisé après avoir blessé un autre soldat à Hébron, au sud de la Cisjordanie. Au terme d’un procès fleuve, largement relayé par la presse israélienne, ce sergent, aujourd’hui âgé de 20 ans, a été reconnu coupable d’homicide le 4 janvier 2017 par un tribunal militaire israélien. Le verdict des juges est sans équivoque : « Puisqu’il nexiste aucune circonstance atténuante quant à la culpabilité criminelle du défendeur, nous ne pouvons que statuer que les éléments du crime dhomicide ont été prouvés devant nous au-delà de tout doute raisonnable », peut-on y lire (voir ici pour les conclusions du verdict en anglais).

Les juges militaires ont ainsi rejeté les deux principales lignes de défense des avocats d’Elor Azaria : la première consistait à dire que l’assaillant palestinien était déjà mort, la seconde, que le soldat avait tiré, car il s’était senti menacé. « Vous ne pouvez pas soutenir les deux à la fois », a tranché le colonel Maya Heller, l’une des trois magistrates chargées de l’affaire, ajoutant que le témoignage du soldat n’était pas fiable. Au début de son interrogatoire en mars 2016, Elor Azaria avait assuré avoir vu le Palestinien bouger et lui avoir tiré dans la tête, de peur qu’il ne porte une ceinture d’explosifs. Une version très vite contredite par le témoignage d’un autre soldat, qui se tenait à ses côtés avant le tir et l’aurait entendu déclarer qu’un « terroriste qui poignarde un soldat mérite de mourir ». « Le terroriste ne présentait aucune menace », a précisé Maya Heller, rappelant qu’Elor Azaria avait enfreint le protocole de l’armée israélienne. Ce dernier oblige les soldats à maintenir un périmètre de 25 mètres autour des « menaces potentielles », comme celle d’un terroriste susceptible de déclencher un engin explosif.

Pourtant, aux yeux d’une grande partie de la société israélienne, Elor Azaria aurait dû bénéficier de circonstances atténuantes, et même échapper à un tel procès. Deux jours après les faits, un sondage dévoilé par la chaîne Arutz 2 avait montré le regard tolérant porté par les Israéliens sur l’attitude du jeune soldat : 57 % des sondés condamnaient l’arrestation du militaire, 42 % jugeaient son comportement « responsable » et seulement 5 % considéraient son tir comme un meurtre. Un élan de solidarité s’était alors amorcé au sein de l’opinion, avec de nombreuses manifestations et une déferlante de commentaires sur les réseaux sociaux qualifiant le soldat de « héros ». Aujourd’hui, un nouveau sondage réalisé pour Arutz 2 par l'institut iPanels indique que plus des deux tiers des Israéliens (67 %) sont favorables à une grâce pour le soldat, 19 % y étant opposés.

 

Elor Azaria attend son verdict dans l'enceinte du tribunal le 4 janvier 2017 © ReutersElor Azaria attend son verdict dans l'enceinte du tribunal le 4 janvier 2017 © Reuters

 

Pour mieux appréhender cette vague d’indulgence, plusieurs explications sont avancées, la plus répandue consistant à dire que les Israéliens ont cédé à la tentation de l’ultranationalisme. « C’est une longue tendance : depuis les années 2000, la société israélienne glisse vers la droite. Le cas Azaria en est un reflet », confirme Daniel Bar-Tal, professeur à l’Université de Tel-Aviv, spécialisé en psychologie sociologique et politique.

Cet ultranationalisme, dans sa version la plus enragée, s’est donné à voir le 4 janvier à l’extérieur du tribunal, au cœur de Tel-Aviv. Des dizaines de manifestants, pour la plupart très jeunes et appartenant à la frange la plus radicale de la droite israélienne, certains faisant partie des supporteurs de l’équipe de football Beitar Jérusalem, connus pour leurs dérives racistes, s’étaient réunis pour soutenir le soldat.

« La juge est la putain d’un Arabe ! », « Elle collabore avec l’ennemi », a-t-on pu entendre dans la foule après l’annonce du verdict. Le slogan « Sois prudent Gadi, Rabin cherche un ami » a aussi été entonné, par référence au chef d'état-major de l’armée, Gadi Eizenkot, qui défend la procédure lancée contre le soldat, et à l’ancien premier ministre Yitzhak Rabin, assassiné par un extrémiste juif en 1995. « Le peuple d’Israël n’abandonne pas l’un de ses soldats sur le champ de bataille », pouvait-on également lire sur une pancarte. Des échauffourées ont éclaté entre certains des participants et les forces de l’ordre qui avaient été mobilisées en nombre. Deux personnes ont été arrêtées pour avoir tenté de bloquer une artère voisine.

Ces manifestations de violence se sont également déversées sur les réseaux sociaux, avec notamment la publication de photos des trois juges affublés d’une moustache à la Hitler. Le lendemain, la police a arrêté un homme de 54 ans à Jérusalem et une femme de 22 ans à Kyriat Gat, dans le centre du pays, pour avoir posté des messages de menaces. « Le colonel Maya Heller ne finira pas l’année », avait écrit le premier sur Facebook, tandis que la seconde appelait à employer une grenade contre la juge. Pour les protéger de toutes représailles, l’armée a posté des gardes du corps auprès des trois magistrats.

Cette violence et ce mépris pour les institutions ont été relayés, au sein même du gouvernement, par le ministre de l’éducation, fervent défenseur de la colonisation et chef du parti HaBayahit HaYehudi (Le Foyer juif), Naftali Bennett. « Ce soldat qui a tué un terroriste qui méritait de mourir a été condamné comme un criminel », a-t-il déploré, reprenant mot pour mot l’expression prêtée à Elor Azaria.

Mais cette dérive raciste et amorale, qui prétend décider de qui mérite de mourir sans passer par la case justice, ne suffit pas à expliquer la résonance du cas Azaria au sein de la société israélienne. Plus globalement, on ne peut ignorer « la situation psychologique » dans laquelle le conflit israélo-palestinien a plongé les Israéliens. Le cas Azaria « reflète très bien tous les dilemmes » auxquels elle est confrontée, analyse Daniel Bar-Tal. Selon l’expert en psychologie, toutes les sociétés confrontées à un tel conflit construisent une « narration fonctionnelle » qui leur permet de faire face à la situation. Cette narration est fondée sur trois principes : « la déshumanisation du rival », « l’auto-glorification » et « l’auto-perception d’être la victime du conflit ».

« Occuper une société, de tout temps et partout, a toujours suscité une résistance violente »

« Les Israéliens refusent de s’écarter de la narration qu’ils ont intégrée depuis leur plus jeune âge. C’est l’idée que les Palestiniens ne sont pas humains, que les Israéliens, eux, ont une morale et que, finalement, ils sont les victimes dans ce conflit », résume-t-il. « Cela fonctionne particulièrement bien dans le cas d’Azaria, puisque le Palestinien avait tenté de tuer un soldat israélien. Mais dans le contexte israélien, je dirai que c’est peut-être le prix de l’occupation. Car occuper une société, de tout temps et partout, a toujours suscité une résistance violente », estime Daniel Bar-Tal. L’expert en psychologie souligne qu’Elor Azaria « a évolué dans un milieu de droite très extrémiste, proche des thèses du Kahanisme [mouvement nationaliste et anti-arabe fondé par le rabbin américain Meir Kahane – ndlr] », particulièrement porteur de cette narration.

Autre élément d’explication, les Israéliens ont quasiment tous un fils, une fille ou un membre de leur famille en uniforme. L’armée reste un rite de passage obligé, à quelques exceptions près, pour chaque génération, au minimum deux ans pour les filles, trois ans pour les garçons. Certains, comme Elor Azaria, insistent pour être dans des unités combattantes et sont très vite confrontés à la réalité du terrain, à Gaza ou ailleurs en Cisjordanie. D’autres tentent de s’en tenir éloignés. Mais tous deviennent des cibles privilégiées, comme l’a encore montré l’attentat au camion-bélier qui a tué quatre soldats dimanche 8 janvier, à Jérusalem.

« Ces soldats sont nos enfants. Quand ils sont tués, comme dimanche, c’est un désastre dont tout le monde a conscience. Car ils n’avaient pas à mourir. Ils auraient pu tranquillement profiter de la vie. Pour les Israéliens, Azaria ne fait pas exception. Il a été envoyé sur le terrain, alors qu’il aurait pu rester chez lui », explique Daniel Bar-Tal. Un sentiment parfaitement exprimé par la ministre de la culture et des sports Miri Regev : « Ce procès n’aurait jamais dû avoir lieu. Elor Azaria est notre fils, notre enfant », s’est-elle émue. Les déclarations du premier ministre Benjamin Netanyahou vont aussi dans ce sens : « Les soldats de Tsahal sont nos fils et nos filles, et doivent être placés au-dessus de tout différend », a-t-il réagi, se disant « favorable » à ce que le soldat « soit gracié ».

On peut en outre se demander si certains Israéliens, auparavant modérés, n’ont pas atteint un seuil critique de tolérance face au conflit, estimant impossible d’avoir encore à en payer le prix, quel qu’il soit. Un seuil au-delà duquel ils commencent à devenir plus sensibles au discours de la droite radicale. Dans les conversations autour du cas Azaria, il n’est pas rare que surgisse l’argument d’une certaine violence haineuse cultivée par les Palestiniens à l’égard des Israéliens. Pourquoi continuer à jouer selon les règles face un « ennemi » qui ne les respecte pas ?

C’est pourtant au nom de l’argument inverse qu’une autre partie de la société israélienne, certes plus minoritaire, et qu’un grand nombre de gradés de l’armée soutiennent la procédure lancée contre Elor Azaria. « Nous ne pouvons pas et nous ne nous laisserons pas entraîner au niveau de ceux qui cherchent à nous annihiler. Parce que notre moralité est au centre de notre légitimité, et que cela n’a rien à voir avec ce que le monde pense de nous », affirmait le 5 janvier le rédacteur en chef et fondateur du journal en ligne Times of Israel, David Horowitz. Quelques jours avant le verdict, le chef d'état-major Gadi Eizenkot avait tenu à rappeler sa position : « Un homme de 18 ans servant dans l’armée nest pas “lenfant de tout le monde”. [...] Cest un combattant, un soldat qui doit consacrer sa vie à accomplir les tâches que nous lui donnons. Nous ne pouvons pas nous tromper à ce sujet. » Au lendemain du verdict, pas moins de cinq de ses prédécesseurs au poste de chef d’état-major se sont élevés contre le mouvement remettant en cause le jugement, exprimant leur ferme soutien à l’armée et à son système judiciaire. Ce mouvement « pose la question de savoir qui nous sommes, quelles valeurs sont les nôtres et comment les protéger », s’est notamment indigné Shaul Mofaz, ministre de la défense de 2002 à 2006.

La classe politique israélienne, pour sa part, n’a pas cessé de tergiverser sur le cas Azaria et a finalement suivi, dans sa grande majorité, le sens de l’opinion. À gauche, l’ancienne chef du parti travailliste, Shelly Yachimovich, a elle aussi plaidé en faveur de la grâce du soldat. « Les épaules du sergent Elor Azaria sont trop minces pour porter le lourd fardeau et la peine des divisions grandissantes au sein de la société israélienne », a-t-elle jugé. Elle avait pourtant tenu un tout autre discours sur sa page Facebook il y a plusieurs mois, refusant l’idée que le jeune soldat soit « notre enfant à tous ». « Mes enfants n’aurait pas fait une telle chose », avait-elle assuré.  

Le cas Azaria risque encore d’agiter la société israélienne pendant plusieurs semaines. Des milliers de personnes, 3 000 selon la police, se sont rassemblées samedi 7 janvier, place Rabin, à Tel-Aviv, pour dénoncer le mouvement « d’incitation à la haine » déclenché après la condamnation du soldat et militer en faveur de « la solidarité et de l’unité du peuple israélien »

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9 janvier 2017 1 09 /01 /janvier /2017 06:27
Palestine: l'Europe au pied du mur, par Francis Wurtz (L'Humanité, 8 janvier 2016)

Lire la chronique de Francis Wurtz, député honoraire du Parlement européen. 

(*) Député honoraire du Parlement européen. 

Contre toute attente, la cause palestinienne vient d'être propulsée au rang des priorités sur l'agenda diplomatique international ! Le vote de la résolution 2334 du Conseil de sécurité de l'ONU, le 23 décembre, exigeant d'Israël d'arrêter « immédiatement et complètement » la colonisation des territoires palestiniens, est, dans le contexte abominable du ProcheOrient, une chance inespérée : celle de pouvoir s'appuyer sur le droit international, désormais gravé dans le marbre. Le fait que Washington ait enfin renoncé à mettre son veto à la condamnation officielle de la colonisation, rompant avec une pratique vieille de près de 40 ans, met plus que jamais en lumière l'isolement international de Tel-Aviv dans son torpillage systématique de toute perspective de création d'un État palestinien viable et acceptable. Dans cette situation inédite, toute initiative pour une paix juste au ProcheOrient acquiert une dimension nouvelle : c'est le cas de la conférence internationale sur le conflit israélo-palestinien qui se tiendra à Paris à la mi janvier avec la participation de quelque 70 pays. À plus forte raison s'il s'ensuivait un nouveau vote consensuel au Conseil de sécurité sur un plan de paix global conforme au droit international.
Certes, en elle-même, une résolution ne règle rien. Certes, le fait que Obama ait attendu la veille de son départ de la Maison-Blanche pour prendre une position que l'on attendait dès le début de son premier mandat retire une grande partie de son effet à ce texte. Certes, Israël a le gouvernement le plus ultra de son histoire et le plus hostile à des négociations. Lourde est la responsabilité de tous ceux qui ­ de part et d'autre de l'Atlantique ­ ont encouragé cette dérive désastreuse : malgré l'annexion de Jérusalem-Est, l'installation progressive de 590 000 colons (1) dans les territoires palestiniens occupés, la construction du mur, les massacres de Gaza, les arrestations de résistants ou les assassinats ciblés..., ils ont garanti l'impunité aux dirigeants et accordé des aides colossales, y compris militaires, à leur gouvernement, fût-il peuplé de racistes assumés et de va-t-enguerre d'extrême droite. Leur réveil est assurément tardif alors qu'un dangereux aventurier s'apprête à prendre les rênes du pouv ir dans la première puissance mondiale !
Raison de plus pour mettre coûte que coûte à profit le consensus arraché in extremis au plus haut niveau des Nations unies afin de favoriser un sursaut devant l'abîme ! En particulier, l'Union européenne ­ comme telle ainsi qu'à travers chacun de ses gouvernements ­ doit être mise devant ses responsabilités (2) ! Nul ne lui demande de se montrer anti-israélienne (le « camp de la paix » en Israël soutient d'ailleurs la résolution de l'ONU) ni pro-palestinienne : il s'agit simplement de se mettre au service du droit international, qui vient d'être solennellement réaffirmé et qu'il n'est au pouvoir de personne, pas même de Donald Trump, d'effacer ! Si l'équipe de M. Netanyahou continue de témoigner son mépris à l'égard des exigences du droit international, réaffirmées comme jamais, la seule issue sera que d'innombrables voix s'élèvent pour demander que soit appliquée au régime d'occupation israélien la même mesure d'exception qui finit jadis par être imposée ­ avec succès ! ­ au régime d'apartheid sud-africain : des sanctions économiques, cette mesure ultime, ainsi qu'une saisine du Tribunal pénal international ! L'Union européenne cherche à jouer un rôle dans le monde ? La voici au pied du mur.
 
(1) Chiffre cité par l'ambassadrice des États-Unis à l'ONU elle-même !
2) L'UE est le premier partenaire commercial d'Israël. Elle finance nombre de programmes israéliens comme la recherche-développement dans les hautes technologies.
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9 janvier 2017 1 09 /01 /janvier /2017 06:19
A quand la reconstitution d'une filière de déconstruction navale en France et en Bretagne?

A quand la reconstitution d'une filière de déconstruction navale en France et en Bretagne?

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8 janvier 2017 7 08 /01 /janvier /2017 08:55
Raoul le rouge affole la gauche belge (Ouest-France, 5 janvier 2017)

Patrick Angevin

La gueule, le ton, l'humour et les propositions révolutionnaires... Raoul Hedebouw, communiste tendance puriste, fait un carton.

Il faut voir la vidéo au Parlement belge. Debout, sans notes mais avec force gestes, comme sur la scène d'un one-man-showRaoul Hedebouw reprend de volée lePremier ministre Charles Michel : « Les gens ont de plus en plus de mal à nouer les deux bouts ! Sur quelle planète vivez-vous ? Allô la Terre ? »

En 2015, Hedebouw avait porté plainte pour vol contre le même Michel, coupable d'avoir rogné les pensions de retraite. Avant de faire pschitt, la procédure a fait lebuzz. Enfant de la génération Coluche, Hedebouw rappelle que « l'humour est la résistance des pauvres ».

A voir et écouter absolument: ça décoiffe! Raoul EST DEBOUT - Raoul Hedebouw, un nom prédestiné!

Son Parti des travailleurs de Belgique ne fait pourtant plus rire les socialistes belges. Des sondages placent le PTB à 18 % d'intentions de vote en Wallonie et à 10 % à Bruxelles. Pas mal pour un parti qui plafonnait à 3 % et n'a que deux députés.

Fondé en 1979 contre un Parti communiste jugé trop tiède, le PTB serait resté confidentiel s'il n'avait renoncé au stalinisme en 2008. Et s'il n'avait propulsé comme figure de proue Hedebouw, qui n'en est pas le n° 1.

Leader étudiant

Tout petit, Raoul est tombé dans la marmite marxiste. Son papa a arrêté ses études de psy pour entrer à l'aciérie et y faire la révolution. À 16 ans, l'ado vit un drame quand sa syndicaliste de mère est licenciée. À 19 ans, étudiant en bio, il est l'un des leaders de la contestation dans les facs belges.

Aujourd'hui, Hedebouw veut la semaine de trente heures, l'augmentation des retraites, taxer les millionnaires... Irréaliste ? En attendant, le showman, aussi à l'aise en français qu'en néerlandais, ringardise les politiciens accrochés à leur clientèle, de chaque côté de la frontière linguistique.

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8 janvier 2017 7 08 /01 /janvier /2017 08:20
Juncker

Juncker

UE. Juncker rattrapé par l’évasion
THOMAS LEMAHIEU
MARDI, 3 JANVIER, 2017
L'HUMANITÉ

Les nouvelles révélations sur le dumping fiscal pratiqué par le Luxembourg s’avèrent gênantes pour le président de la Commission.

À l’automne 2014, lors du scandale LuxLeaks, avec ces centaines d’accords de rescrits fiscaux conclus entre le Luxembourg et des multinationales, Jean-Claude Juncker avait opté pour la bonne vieille technique de défense du « responsable, mais pas coupable ». Ministre des finances et premier ministre du grand-duché entre 1995 et 2013, il a toujours plaidé l’ignorance face à cette gigantesque machine à dumping fiscal qui permet aux très grandes entreprises de réduire au strict minimum les impôts payés en Europe, rejetant toute la faute sur « l’administration » de son pays. Mais, avec les nouvelles révélations du Guardian, appuyées sur des documents transmis au Consortium international des journalistes d’investigation (Icij), déjà à l’origine des LuxLeaks, le président de la Commission européenne, costumé en héraut du combat contre l’évasion fiscale, risque d’avoir plus de mal encore à convaincre. Il y a un an déjà, après à la publication d’un rapport parlementaire luxembourgeois datant de la fin des années 1990, qui avait été présenté dans une forme tronquée aux députés européens, l’argument de Jean-Claude Juncker avait été grandement affaibli : dans ce passage camouflé par lui-même, l’ex-premier ministre luxembourgeois était invité à « suivre au plus près » les accords de rescrits fiscaux opérés par son pays.

« Le parrain du dumping fiscal à la tête de la Commission européenne »

Aujourd’hui, selon le quotidien britannique, une série de câbles diplomatiques allemands mettent sévèrement en cause la sincérité des dirigeants luxembourgeois dans la lutte contre le dumping fiscal au sein de l’Union européenne. Ces notes portent sur les réunions d’un comité très discret (dit « groupe Primarolo », du nom de sa présidente, Dawn Primarolo), rassemblant depuis près de vingt ans à Bruxelles les représentants des États membres et dédié officiellement à l’application d’un « code de conduite » visant à empêcher la concurrence entre eux pour attirer les multinationales. D’après The Guardian, « une poignée de petits États membres, souvent menés par le Luxembourg », ont utilisé, et continuent d’utiliser, leurs sièges au comité pour faire échouer toute action concertée de l’Union européenne et protéger leurs propres régimes fiscaux ; la plupart des procédures envisagées auraient ainsi été « régulièrement retardées, diluées ou tronquées ». Le quotidien anglais cite en particulier trois propositions particulièrement combattues par le Luxembourg, alors dirigé par Jean-Claude Juncker : soumission obligatoire aux autres États membres des accords conclus par les pays avec les multinationales ; lancement d’une enquête sur les « dispositifs hybrides » qui, en jouant sur les différences de traitement fiscal d’un État à l’autre, sont au cœur de toutes les stratégies d’« optimisation » ; amélioration de l’échange d’informations sur les régimes fiscaux auxquels sont soumis les multinationales.

Cette obstination luxembourgeoise à maintenir le dumping fiscal au cœur de la construction européenne ne constitue pas une grande surprise, évidemment : à l’instar de l’Irlande ou, dans une moindre mesure, des Pays-Bas, la richesse faramineuse du grand-duché, qui figure parmi les six fondateurs de la Communauté européenne du charbon et de l’acier (Ceca), s’est, en quelques décennies, construite précisément sur cette capacité à attirer les très grandes entreprises, au détriment des autres États membres de l’Union européenne. Selon The Guardian, elle se poursuit aujourd’hui, malgré les dénégations des autorités du grand-duché qui prétendent figurer « en première ligne dans la tendance globale vers plus de transparence fiscale et dans le combat contre la concurrence fiscale dommageable ». Citant un veto mis sur la proposition d’un abandon de la règle de l’unanimité dans les processus de prise de décision, le quotidien britannique accuse : « En 2016, le Luxembourg s’est vivement opposé aux efforts de plusieurs pays pour renforcer et étendre le travail du groupe de bonne conduite. Il est impressionnant de voir comment certains États se présentent comme des partisans des réformes fiscales internationales et en même temps de voir comment ils se comportent en réalité dans les discussions au sein de l’UE, qui sont protégées par la confidentialité. »

Vice-président du comité d’enquête sur le blanchiment, l’optimisation et l’évasion fiscales au Parlement européen, Fabio De Masi, membre du groupe GUE-GVN, réagit avec fermeté à ces nouvelles révélations, réclamant un débat parlementaire en plénière, en présence du président de la Commission. « En guise de résolution de nouvelle année, Juncker devrait démissionner pour le bien de l’Europe, appelle-t-il. En empêchant tout progrès dans le combat contre les accords fiscaux des multinationales dans l’Union européenne, il est une part du problème, et pas la solution. Il est absurde que des millions d’Européens qui ont enduré les politiques d’austérité se retrouvent maintenant avec le parrain du dumping fiscal à la tête de la Commission européenne. » Pour l’eurodéputé allemand, « la Commission doit se libérer elle-même de l’ombre portée par Jean-Claude Juncker et elle doit mettre fin à la compétition fiscale, au lieu de prôner toujours la baisse des impôts pour les multinationales ».

rubrique économie-social
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8 janvier 2017 7 08 /01 /janvier /2017 06:03
Espagne: un millier de migrants, qui cherchaient à rejoindre l'Europe, arrêtés à Ceuta
Espagne. Un millier de migrants, qui cherchaient à rejoindre l’Europe, arrêtés à Ceuta
LINA SANKARI
MARDI, 3 JANVIER, 2017
L'HUMANITÉ

Victimes de violences policières régulières, des personnes originaires d’Afrique subsaharienne ont tenté le passage en force vers l’enclave espagnole, considérée comme une zone de non-droit par les associations.

Onze ans après les événements tragiques de Ceuta et Melilla qui s’étaient achevés par la mort par balles de migrants subsahariens tentant de franchir la frontière entre le Maroc et l’Espagne, les clôtures sont toujours debout. Et les postes-frontières inexistants. ­Dimanche, 1 100 migrants originaires d’Afrique subsaharienne ont de nouveau pris d’assaut ces barrières de 6 mètres de haut. Selon la préfecture de Ceuta, ­cinquante policiers ont été blessés, dont six gravement, dans cette tentative ­désespérée de rallier l’Europe. Une centaine de migrants seraient parvenus à escalader en haut de la clôture. Ils y ­seraient restés plusieurs heures avant d’être délogés par des grues. Dotés de barres de fer, de cisailles et de pierres, l’ensemble des migrants ont été arrêtés. Seules deux personnes, grièvement blessées, ont été admises à Ceuta afin d’y être hospitalisées.

Violation du droit international, notamment du droit d’asile

« Ces tentatives d’immigration illégales placent leurs auteurs en marge de la loi. (...) Dorénavant, les auteurs seront présentés devant les juridictions compétentes, qui statueront sur leur possible expulsion du Maroc, et seront condamnés à des peines plus lourdes selon la gravité de leurs actes », ont précisé les autorités. Le 9 décembre 2016, près de 400 personnes avaient déjà tenté de forcer le passage. La confrontation quotidienne avec la police, et les bavures récurrentes, permettent d’expliquer le caractère violent des événements du 1er janvier. En décembre 2015, deux Camerounais d’une vingtaine d’années étaient ainsi morts par asphyxie lors d’une opération d’évacuation d’un campement de migrants dans la ville de Fnideq, au Maroc, à 7 kilomètres de Ceuta. « Il existe des vidéos où l’on voit comment la police marocaine frappe (les migrants) en territoire espagnol, les fait tomber et les expulse », assure Amnesty International, qui définit Ceuta et Melilla comme « des territoires sans droits ».

En décembre 2014, l’Espagne a en outre adopté une loi autorisant la police et les gardes civils à reconduire directement à la frontière marocaine les migrants qui franchissent clandestinement les frontières à Ceuta et Melilla, en violation du droit international, notamment du droit d’asile et du principe de non-refoulement. 15 000 policiers, gendarmes, garde-côtes et douaniers marocains sont ainsi postés en permanence afin de bloquer le passage vers l’Europe. Entre début janvier et le 30 septembre 2016, on estime que quelque 10 800 migrants ont atteint l’Espagne par voie terrestre ou maritime, selon l’Organisation internationale des migrations.

Le Maroc passe de pays de transit à terre d’accueil par procuration

Depuis mi-décembre, le Maroc a parallèlement lancé une campagne de régularisation, passant ainsi de pays de transit à terre d’accueil par procuration. Si 25 000 migrants avaient été régularisés en 2014, on ne sait combien de migrants seront concernés cette fois par la mesure. Fin décembre, plus de 3 000 demandes de régularisation, émanant essentiellement de Syriens, de Sénégalais, de Congolais (RDC) et d’Ivoiriens, ont été déposées dans le royaume. Il y a deux ans, les conjoints de Marocains ou d’autres étrangers en résidence régulière au Maroc, et leurs enfants, les étrangers disposant de contrats de travail effectifs, les étrangers justifiant de cinq ans de résidence continue et ceux atteints de maladies graves étaient concernés par la campagne. Une manière pour l’Europe de déléguer au Maroc la gestion de sa politique d’asile et d’immigration.

rubrique internationale
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7 janvier 2017 6 07 /01 /janvier /2017 08:05
L'Arabie Saoudite dans les sables du Proche-Orient: entre guerre du Yemen et guerre de succession - par Alain Gresh  (Orient XXI, 5 janvier 2016)

Deux ans après son accession au trône, le roi Salman est confronté à de nombreux défis. L’intervention au Yémen s’enlise et l’Arabie saoudite subit des revers en Syrie, en Irak et au Liban. Et tandis que les réformes économiques engagées suscitent de nombreuses critiques, les questions sur sa succession restent sans réponse.

Si un point fait consensus parmi les diplomates en poste à Riyad, c’est que la direction saoudienne analyse la situation régionale à travers la grille de « la menace iranienne ». « Ils voient la main de Téhéran partout et prennent au premier degré les déclarations que l’on peut lire dans la presse iranienne, fanfaronnant que l’Iran contrôle désormais quatre capitales arabes — Bagdad, Sanaa, Beyrouth et Damas », explique l’un d’eux sous couvert d’anonymat. « Ils sont obsédés par l’Iran, renchérit un autre. Ils finissent par oublier que c’est leur voisin, que quelle que soit l’appréciation qu’on porte sur sa politique, ce pays ne va pas disparaître brusquement. » Tous voient dans cette obsession la raison première de l’intervention saoudienne au Yémen.

« Nous n’avions pas le choix, c’était une obligation. » Cette affirmation d’un diplomate saoudien est partagée par la plupart des responsables rencontrés à Riyad. « Le Yémen, poursuit-il, est pour nous un problème intérieur : nous avons besoin d’un régime ami et stable à nos frontières. C’est une question de sécurité nationale. » Et de rappeler que le Yémen est aussi peuplé que l’Arabie saoudite.

UNE OPÉRATION « TEMPÊTE » TOUT SAUF « DÉCISIVE »

Succédant au roi Abdallah ben Abdelaziz Al-Saoud, Salman venait de monter sur le trône le 23 janvier 2015 et, renonçant à une politique étrangère prudente, voire conservatrice, il voulait montrer que le royaume était prêt à défendre ses intérêts vitaux. Avec d’autant plus de détermination que les États-Unis ne semblaient plus un allié fiable, comme en témoignaient leur rapprochement avec Téhéran sur le dossier du nucléaire ou leur passivité en Syrie. En mars 2015 donc, Riyad, à la tête d’une coalition d’une dizaine de pays, est intervenue militairement, avec pour objectif de rétablir à Sanaa le gouvernement « légitime » chassé par les rebelles houthistes et leurs alliés, accusés d’être manipulés par Téhéran.

Pourtant l’opération « Tempête décisive » a été tout sauf décisive. Elle a mis en lumière les limites de la puissance militaire (et politique) saoudienne. Malgré le déploiement de dizaines de milliers de soldats à sa frontière, l’Arabie saoudite a dû évacuer une bande de territoire de 200 kilomètres de long sur 20 à 30 de large ; 7 000 personnes ont été contraintes de quitter leurs villages de peur des incursions des houthistes et ceux-ci continuent à tirer contre les villes du sud saoudien comme Jizan des missiles, certes peu efficaces, mais qui créent une insécurité permanente, entraînant parfois la fermeture des écoles ou des institutions de l’État. Si les autorités ne reconnaissent qu’une cinquantaine de soldats tués, ils seraient en réalité plus de 800, la plupart de ces morts étant « camouflées » sous la rubrique « accidents ». Enfin, les très graves « bavures » de l’aviation saoudienne — comme le bombardement en plein cœur de Sanaa d’une cérémonie funéraire le 9 octobre 2016, avec ses 140 morts — ont provoqué une forte émotion internationale et amené les États-Unis à suspendre la livraison par la société Raytheon de 16 000 munitions de précision à l’Arabie saoudite. Après avoir, durant des mois, nié leur utilisation, Riyad a annoncé officiellement le 19 décembre son renoncement à l’usage de bombes à fragmentation britanniques.

L’euphorie nationaliste qui avait soudé une partie importante de la population saoudienne s’est dissipée au fur et à mesure que l’on s’engageait dans une guerre sans fin, avec de nombreuses victimes civiles. « Nous sommes en train de détruire un pays très pauvre, regrette un jeune universitaire. Et cela nous affecte, même si nous n’avons aucune sympathie pour l’Iran. » Et il ajoute : « Nous commençons aussi à faire le lien entre les politiques d’austérité qui nous sont imposées et le coût de cette guerre. » Celui-ci est estimé selon les sources à 2, 3 voire 7 milliards de dollars par mois, alors même que l’effondrement des prix du pétrole a asséché les ressources de l’État.

Essayant de nuancer ce bilan, un officiel saoudien explique :« Nous nous sommes emparés de 80 % des missiles que contrôlaient les houthistes, et nous avons empêché que le sud du Yémen et l’ensemble du pays ne tombent entre leurs mains. »C’est une maigre consolation, très éloignée des objectifs fixés, notamment la reconquête de Sanaa. Riyad cherche donc à se dégager de ce bourbier. Or sortir de la guerre est, comme toujours, plus difficile que d’y entrer. Non seulement l’Arabie doit tenir compte de ses ennemis — fin novembre, la presse saoudienne mettait en exergue des déclarations du chef d’état-major iranien évoquant la création de bases navales en Syrie et au Yémen —, mais ses alliés développent souvent leur propre stratégie. Ainsi, les Émirats arabes unis, très actifs au Yémen avec des centaines de soldats sur le terrain se méfient d’Al-Islah, la branche yéménite des Frères musulmans, pourtant alliée au président « légitime » Abd Rabbo Mansour Hadi soutenu par les Saoudiens. Et ce dernier refuse d’être sacrifié dans le cadre d’un accord qui se négocie avec la médiation du secrétaire d’État américain John Kerry et dans lequel Riyad semble mettre tous ses espoirs pour se sortir de ce que ses adversaires appellent, de manière très exagérée, un « Vietnam saoudien ».

INSTABILITÉ ET DIVISIONS RÉGIONALES

L’intervention au Yémen n’était, pour le nouveau roi Salman, que la première étape du retour de son pays sur la scène régionale. Pour la première fois depuis 1973 et l’embargo imposé aux exportations de pétrole durant la guerre israélo-arabe d’octobre 1973, il se dégageait de la tutelle américaine. Il tentait de freiner la normalisation entre l’Iran et le reste du monde. L’exécution par Riyad du leader saoudien chiite Nimr Baqer Al-Nimr le 2 janvier 2016, suivie de l’attaque en représailles contre l’ambassade saoudienne à Téhéran ont débouché sur la rupture des relations diplomatiques avec l’Iran. Plusieurs pays du Golfe ont suivi l’Arabie. « Désormais, explique un diplomate occidental,la machine est bien huilée : chaque incident entre le royaume et l’Iran débouche sur une condamnation de Téhéran par le Conseil de coopération des États du Golfe (CCG), puis par la Ligue arabe et enfin par l’Organisation de la coopération islamique (OCI). »Mais il suffit de jeter un coup d’œil sur la situation régionale pour mesurer les limites de cette offensive saoudienne.

En Syrie, la conquête d’Alep en décembre 2016 par l’armée syrienne, avec l’aide de l’aviation russe, des conseillers iraniens et des milices chiites libanaises et irakiennes conforte le pouvoir de Bachar Al-Assad que Riyad cherche à renverser. En Irak, les tentatives de renouer avec le gouvernement formé en août 2014 par Haïdar Al-Abadi ont tourné court. Le nouvel ambassadeur saoudien Thamer Al-Sabhan, nommé en décembre 2015 après une rupture qui remontait à la guerre du Golfe (1990-1991), a multiplié les dénonciations du rôle des milices chiites (hashd chaabi) en Irak, coupables d’aggraver les tensions avec les sunnites, ce qui a amené Bagdad à demander le 28 août 2016 le départ de l’ambassadeur. « Mais, se rassure un diplomate saoudien, les relations avec l’Irak demeurent, même si nous voulons que le gouvernement soit plus inclusif. Daesh est né de la politique de non-inclusion, de l’ostracisme à l’égard des sunnites. Le départ de Nouri Al-Maliki — l’ancien premier ministre ayant mené une politique confessionnelle favorable aux chiites — était nécessaire, toutefois son influence demeure. »

Au Liban, après avoir gelé le don de 3 milliards de dollars pour l’achat d’armes (françaises) pour punir Beyrouth de ne pas avoir signé une déclaration de la Ligue arabe dénonçant le Hezbollah comme organisation « terroriste », après avoir coupé les vivres à leur allié Saad Hariri, dont il faut reconnaître qu’il ne fut pas un investissement très profitable pour Riyad, les Saoudiens se sont retirés de la scène. Lorsque le général Michel Aoun, allié du Hezbollah, a été élu président le 31 octobre 2016, on a vu débarquer à Beyrouth successivement le ministre iranien des affaires étrangères Mohammad Javad Zarif et l’envoyé spécial de Bachar Al-Assad, Mansour Azzam, pour le féliciter, alors que l’ambassadeur saoudien avait déserté Beyrouth depuis deux mois. Il a fallu attendre le 21 novembre pour que le prince Khaled Al-Fayçal Al-Saoud, gouverneur de La Mecque, rencontre enfin le président Aoun.

TENSIONS PERSISTANTES AVEC L’ÉGYPTE

Sur le fronton du ministère saoudien des affaires étrangères, on peut lire ce verset du Coran :

Ô vous les humains ! Nous vous avons créés d’un homme et d’une femme et Nous avons fait de vous des peuples et des tribus pour que vous appreniez à vous connaître.

Une exhortation que les diplomates saoudiens ont bien du mal à traduire dans la réalité, même avec les pays sunnites. Il faut dire, à leur décharge, que jamais la situation régionale n’a été aussi instable, marquée par le retrait des États-Unis, par la puissance de groupes armés non étatiques et par des alliances fluctuantes où l’ennemi d’hier devient l’allié d’aujourd’hui. Au bord de l’affrontement il y a trois ans, le Qatar et l’Arabie saoudite se sont rapprochés ; parallèlement les relations entre Riyad et Le Caire n’ont pas cessé de se dégrader ces derniers mois. Les Émirats arabes unis ont échoué dans leurs tentatives de médiation entre les deux pays. Le séjour en Éthiopie au mois de décembre d’un conseiller du roi Salman — suivi par celle du ministère des affaires étrangères du Qatar —, sa visite au barrage Renaissance sur le haut Nil, peuvent être considérés comme un message : l’Égypte considère en effet que cette construction porte atteinte à son approvisionnement en eau. Et pour couronner le tout, le CCGa condamné les déclarations égyptiennes accusant le Qatar de complicité dans l’attentat contre l’église copte du Caire du 11 décembre 2016. Comme le regrette le commentateur saoudien Khalid Al-Dakhil, « cette crise survient après trois ans d’échanges, de visites, d’aide. Cela signifie donc qu’il n’y avait pas de vrai accord sur les questions régionales. Pourtant une menace sur l’un des deux pays est une menace sur l’autre. L’effondrement de l’Égypte serait une menace majeure pour l’Arabie et réciproquement. »

La tentative de créer une grande coalition des pays musulmans sunnites contre le terrorisme, annoncée le 15 décembre 2015 dans la hâte — certains pays n’étaient même pas prévenus —, n’a pas été au-delà des effets d’annonce. Même le projet de transformer leCCG en une union plus solide et efficace se heurte non seulement au refus tranché d’Oman, mais aussi aux réticences des autres membres qui craignent l’hégémonie saoudienne. Le sommet duCCG qui s’est tenu au mois de décembre à Bahreïn en présence du roi Salman n’a abouti, de ce point de vue, à aucun résultat concret. Et s’il est encore trop tôt pour évaluer la signification du ralliement d’Oman à la coalition antiterroriste fin décembre dernier, il ne semble pas que cela marque un changement radical de la politique extérieure du sultanat.

Dans son face à face avec Téhéran, le roi Salman ne peut se targuer que d’un succès majeur : son rapprochement avec Ankara, engagé en 2015 et dont a témoigné la visite du président Recep Tayyip Erdogan en Arabie saoudite fin décembre 2015. La Turquie est un allié puissant, disposant de capacités économiques importantes et d’une armée qui peut peser dans les rapports de force face à l’Iran. Cependant, ces derniers mois, elle s’est rapprochée de la Russie avec laquelle elle avait frôlé la guerre en 2015 !

DIVISIONS DANS LA FAMILLE ROYALE

Ce bilan pour le moins contrasté a ravivé le débat au sein de la famille royale, comme en témoigne un étrange incident qui a fait beaucoup jaser à Riyad. Le quotidien saoudien Al-Watan a publié sur son site le 2 juin 2016 des propos attribués au prince héritier et ministre de l’intérieur, Mohammed Ben Nayef (connu sous ses initiales MBN) en marge d’une réunion des pays du Golfe à Jeddah. Ils ont été retirés quelques heures plus tard, sous prétexte que le site avait été piraté et que le journal n’avait jamais relayé de telles déclarations ! Personne n’a cru, bien sûr, à ces démentis.

Que disait le prince MBN ? Bien que nous ayons répondu à l’appel du pouvoir légitime au Yémen, expliquait-il en substance, l’opération Tempête décisive « s’est prolongée et a échappé à nos calculs, notamment en raison du refus des pays membres de la coalition d’accomplir leurs tâches », l’Égypte étant indirectement visée pour n’avoir pas envoyé des troupes au sol. « En Syrie,poursuivait-il, nous voulions un renversement du régime avec l’aide de la Turquie et des États-Unis », ce qui ne s’est pas produit. Il concluait : « nous devons revoir nos politiques et nos calculs » et sur ces deux dossiers faire « des concessions véritables et douloureuses » si nous ne voulons pas que le monde arabe sombre dans des conflits sans fin.

Dans un pays où les arrestations de « présumés terroristes » sont quotidiennes — le 30 octobre, on annonçait le démantèlement de cellules terroristes qui préparaient des attentats contre des officiels et des stades de football —, où désormais des primes sont offertes pour dénonciation de « terroristes », le prince héritier et ministre de l’intérieur est avant tout préoccupé par le combat contre les groupes transnationaux, du type Al-Qaida ou l’organisation de l’État islamique (OEI). Il privilégie un règlement politique des conflits régionaux, de peur que leur extension ne favorise de tels groupes.

Mais ce débat sur la stratégie cache aussi une lutte pour le pouvoir. L’arrivée du roi Salman sur le trône s’est traduite par l’ascension fulgurante de son fils âgé alors d’à peine 30 ans, Mohammed Ben Salman (MBS), nommé d’abord ministre de la défense puis propulsé vice-prince héritier, soit numéro 3 dans la ligne de succession. « L’ambition de Salman, notait ironiquement un responsable égyptien interrogé au Caire, est de créer une Arabie salmanienne pour remplacer l’Arabie saoudite » et donc de se débarrasser du prince héritier. Celui-ci a été marginalisé, la guerre du Yémen comme les importantes réformes économiques étant confiées à MBS, principal promoteur d’un ambitieux plan de développement nommé « Vision 2030 », lancé en avril 2016 et censé réformer l’économie selon des préceptes que n’aurait pas reniés Margaret Thatcher.

Or, ce plan adopté pour faire face à la chute des revenus pétroliers a provoqué d’importantes augmentations de prix — notamment de l’eau et de l’électricité —, la diminution du pouvoir d’achat des couches moyennes (par la réduction sans précédent des salaires et des primes des fonctionnaires, les premiers touchés étant les universitaires et les militaires, qui ont perdu jusqu’à 50 % de leurs revenus). L’économie a connu en 2016 sa première récession depuis 2009 et le déficit budgétaire a dépassé les 85 milliards de dollars. Il devrait être réduit à 53 milliards en 2017 selon le nouveau budget. La centralisation du pouvoir dans les mains du roi et de son fils rend aussi le processus de décision plus opaque, plus incertain, au grand dam des hommes d’affaires, déjà déstabilisés par les retards de paiement de l’État. Sans parler de l’instabilité gouvernementale marquée par la fusion de diverses administrations et une valse des ministres (quatre ministres de l’éducation en deux ans).

« MBN, le prince héritier, explique un diplomate européen, a eu l’intelligence de se tenir à l’écart à la fois de la guerre au Yémen et des réformes économiques, dont les résultats se font attendre. Il commence à recueillir les fruits de sa patience et il a fait son retour sur la scène politique et médiatique. » D’autant qu’il avait fait connaître ses réticences à l’égard de cette politique à travers des relais d’information denses qui irriguent la société saoudienne, mélange de relations familiales et tribales, mais aussi d’un usage intensif de Twitter — le royaume compte un taux de pénétration de 35 à 40 %, l’un des plus élevés du monde — et de WhatsApp (plus sécurisé), plus de 90 % de la population accédant à Internet à travers le téléphone mobile1. À Riyad, tous ceux qui s’y intéressent connaissent ces jeux de pouvoir, alors que, bien évidemment, rien ne transpire dans les médias.

Pour l’instant, le roi, malgré son âge avancé (plus de 80 ans), tient solidement les rênes du pouvoir. A-t-il toutefois encore les moyens d’imposer son fils comme successeur ? Beaucoup dépendra des suites de la réforme économique, des évolutions régionales, mais aussi de la nouvelle administration qui se mettra en place aux États-Unis le 21 janvier. Tout le monde attend à Riyad, avec un mélange de crainte et d’espoir, la prise de fonction de Donald Trump. Personne, dans les cercles du pouvoir, ne regrettera le président Barack Obama, accusé d’avoir abandonné à son sort Hosni Moubarak, d’avoir trop cédé aux Iraniens, d’avoir failli en Syrie. Et oubliant ses déclarations islamophobes et son penchant pour Israël, on veut espérer que Trump — avec les hommes qu’il a nommés pour conduire la politique des États-Unis — se placera résolument dans le camp hostile à la République islamique, le spectre qui hante la monarchie saoudienne.

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7 janvier 2017 6 07 /01 /janvier /2017 08:02
Nurit Peled-Elhanan

Nurit Peled-Elhanan

Israël et sionisme: lumière sur une idéologie et sa propagande
Retours sur un échange passionnant avec Nurit Peled-Elhanan, enseignante-chercheuse israélienne, dont les travaux nous éclairent considérablement sur l'idéologie sioniste et sa propagande, ainsi que sur la politique raciste et dévastatrice d'Israël.

Peut-être connaissez-vous Nurit Peled-Elhanan? Il est bien dommage qu'elle ne soit pas davantage connue et reconnue en France.

Ses travaux sont traduits en de nombreuses langues, mais pas en français. Son livren'est disponible que sur Internet et acheminé via la Grande-Bretagne, on ne le trouve pas en France dans les sites classiques de distribution.

 

Je me suis entretenue avec elle hier matin par Skype, n'ayant malheureusement pas eu l'occasion de la rencontrer à Jérusalem durant mon récent séjour. Nurit est en effet israélienne et vit à Jérusalem Ouest. Elle est professeure de sciences du langage à l’université hébraïque de Jérusalem, et est également chercheuse et militante. 

Je ne vais pas vous parler ici de son passé, de son histoire ou de ses activités militantes, car ce n'est pas là-dessus que nous nous sommes entretenues. Par ailleurs, ce sont des éléments que vous pouvez trouver sur Internet.

Non, je souhaite plutôt vous parler de ses travaux, qui sont aussi passionnants qu'édifiants.
En effet, Nurit Peled-Elhanan a étudié en profondeur les manuels scolaires israéliens, et plus précisément les discours racistes dans la représentation des Arabes/Palestiniens dans lesdits livrets. Actuellement, Nurit travaille sur Israël en tant que « colon-colonisateur » et plus spéficiquement sur son système d’oppression sociale, culturelle, politique et religieuse des minorités (juifs arabes, éthiopiens, yéménites, etc).

Elle a décortiqué pendant des années les manuels scolaires, visité et fréquenté les écoles, parlé aux élèves, aux instituteurs, aux directeurs d’établissements, etc. Et son étude fait froid dans le dos !

Elle m'en a résumé quelques aspects fondamentaux, avant que je puisse la lire complètement.

Elle explique par exemple comment Israël pratique « l’éducation à l’holocauste ». « On apprend aux enfants israéliens que les Juifs sont sous la menace constante d’un holocauste imminent et que donc pour l’éviter, il faut imposer un holocauste aux autres. » Le but est d’en faire des soldats, des machines à tuer sans réfléchir et sans contester. Car le service militaire est obligatoire en Israël à partir de 18 ans, il est de 3 ans pour les garçons et 2 ans pour les filles. Et les hommes restent mobilisables jusqu'à 55 ans. « Tout cela est très agressif » ajoute Nurit. « C’est de l’endoctrinement et de l’empoisonnement mental qui commence dès 3 ans et se poursuit jusqu’à 18 ans. »

Depuis la publication de son livre, elle est bannie de toutes les conférences qui évoquent le sujet. Classique… Elle enseigne néanmoins toujours à l’Université hébraïque, où elle tente d’éveiller les consciences. Elle participe également à des conférences et séminaires sur les sciences du langage, l'écriture et le racisme dans l'éducation.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que Nurit ne mâche pas ses mots, et qu’elle sait de quoi elle parle. Née en Israël, de parents israéliens déjà très critiques envers le sionisme et le gouvernement israélien, elle dévoile des réalités dont on ignore souvent tout en Europe !

« Je crois qu’Israël est le seul pays au monde qui fait venir les gens pour ensuite les discriminer ». Effectivement, dans sa politique démographique et sa logique d'occupation de la terre, Israël fait venir des juifs des quatre coins du monde, leur faisant miroiter toutes sortes de choses, les attirant avec de belles promesses. Au final, pour les minorités non-blanches, c’est la discrimination et l’oppression qui les attendent. « C’est un génocide culturel en cours depuis les années 50 » s’exclame Nurit.

Les éthiopiens, les marocains, les yéménites… Tous ceux qui ne sont pas blancs, pas européens, sont discriminés, agressés, sommés de changer de culture et de pratiques religieuses.

« Je crois que le pays le plus antisémite au monde, c’est Israël ! Parce que les Juifs sont persécutés pour leur façon de pratiquer le judaïsme. On ne peut pas pratiquer son judaïsme librement comme dans le reste du monde. Les Ethiopiens par exemple, quand ils arrivent on exige d’eux qu’ils se reconvertissent! Alors qu’ils sont juifs depuis des générations, on leur fait comprendre qu’ils ne sont pas juifs. Ils sont même parfois re-circoncis ! C’est horrible ce qu’ils subissent »

Nurit explique que le sionisme est une idéologie occidentale, blanche, laïque, qui se sert de la religion à des fins politiques.

Je commence à mieux comprendre pourquoi Israël est tant soutenu par les puissances occidentales. Car au bout du compte, il reproduit le même schéma de domination des minorités, le même schéma de colonisation et d’oppression sociale, culturelle et politique que ses « alliés ».  Le sionisme n'est rien d'autre qu'une idéologie blanche de domination, et la dernière "démocratie" coloniale du monde, à l'aube de 2017. Combien de gens pensent encore que l'Etat d'Israël a été créé en réponse à l'holocauste? Combien de gens sont persuadés que le sionisme date de 1945? Alors qu'il s'est développé bien avant la shoah et que les négocations pour la création d'un Etat juif avaient déjà débutées bien avant la guerre.

Quand on commence à changer de prisme, à s'extraire des discours dominants et des langues de bois, à écouter celles et ceux qui sont experts sur la question, à s'intéresser aux recherches et expériences des rares israélien-ne-s qui remettent tout cela en question, les masques tombent et la réalité devient beaucoup plus claire. Ce qu'on appelle aujourd'hui et depuis quelques années - à tort selon moi -  "le conflit israélo-palestinien" est en réalité tout sauf un conflit!

C'est une colonisation en bonne et due forme d'un pays par un groupe de gens venus d'Europe qui depuis presque 70 ans pillent les terres, tuent celles et ceux qui se placent en travers de leur route, refusent toute négociation de "paix" ou compromis, méprisent les lois et les droits humains les plus basiques, et ont construit leur État sur le sang, les ruines et sur une idéologie raciste. Non ce n'est pas un conflit et ça ne l'a jamais été.

D'ailleurs, peut-on parler de conflit ou de guerre quant l'une des deux parties a, à l'origine, été attaquée par surprise sans comprendre ni connaître les réelles motivations des attaquants? Les Palestiniens se sont retrouvés du jour au lendemain, au printemps 1948, au coeur d'une tempête qu'ils n'avaient pas vue venir, et qui ravageait tout sur son passage.

Concernant les Palestiniens justement, Nurit explique qu'ils n'existent pas dans la conscience collective israélienne. C'est à dire qu'ils n’existent pas en tant qu'êtres humains, en tant que peuple, en tant que culture. Ils ne sont mentionnés dans les manuels scolaires que sous forme de problèmes, problèmes qu’il faut éliminer d’une manière ou d’une autre. A aucun moment ils ne sont considérés comme des êtres humains.

La Nakba (1948) est présentée dans les manuels comme "une guerre" et les massacres qui en ont découlé sont considérés comme légitimes. Il fallait "gagner" cette terre, puis relier Tel Aviv à Jérusalem, en faisant le ménage au passage...

Dans le cadre de son étude, Nurit constate que la rhétorique dans les manuels scolaires est de pire en pire depuis les années 70. « Ils sont devenus des manifestes politiques et religieux, les faits ont disparu, ne reste que l’idéologie. »

Parallèlement à cela, Nurit pointe une jeunesse israélienne de plus en plus raciste.Bien sûr! Avec un gouvernement formé par des gens ouvertement racistes, cela ne peut que renforcer les discours et actes racistes sur le terrain. « On donne pratiquement aux gens un permis de tuer, même les enfants palestiniens. »

Lorsque je l'interroge sur la récente et assez inédite - de par la position des Etats-Unis - résolution de l'ONU, Nurit se montre très réservée. Elle considère que tant que les Etats-Unis donneront des milliards à Israël, rien de concret ne changera sur le terrain. D'ailleurs Israël n'existe et ne perdure que grâce aux financements extérieurs. Car concrètement, il est en train de sombrer. Nurit m'explique que l'économie s'écroule, le taux de chômage est très élevé, le taux de pauvreté ne cesse d'augmenter (1 enfant sur 3 a faim en Israël, même lorsque ses parents travaillent), le système de santé, le système politique... Tout part en vrille.

En fin de conversation, et puisque nous abordons la question des problèmes économiques d'Israël, je lui demande son opinion sur les gens qui font leur « aliyah » (migrer en « terre d’Israel ») et qui après quelques temps regrettent. Nurit me répond dans un soupir: « c’est bien fait pour eux, ils le méritent. Les français qui viennent ici par exemple, ils sont extrêmement racistes, ils viennent pour « tuer de l’arabe » parce qu’ils sont dans l’idée que les arabes les tuent (en France), ils ont choisi de ne pas voir la vérité sur Israël, et maintenant ça leur tombe dessus. Ils n’ont plus qu’à assumer... »

Non, Nurit Peled-Elhanan ne mâche pas ses mots, et elle sait de quoi elle parle.Ses travaux et ses analyses sont extraordinairement éclairants sur une idéologie dont on a encore du mal, en 2016, à remettre en question et à voir telle qu'elle est vraiment. Une machine de guerre qui broient les êtres humains aussi sûrement qu'elle écrase la paix.

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