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6 janvier 2017 5 06 /01 /janvier /2017 07:26
Congrès du Parti de la Gauche Européenne (PCF, Ensemble, Die Linke, Izquierda Unida, Sinn Fein, Syrisa, gauche écologiste nordique...): document politique d'orientation adopté au Congrès de Berlin

Congrès du PGE - Document politique adopté lors 5e Congrès à Berlin

 

Document politique, 5ème Congrès du PGE

Refonder l’Europe, créer de nouvelles convergences progressistes

 

 

Depuis le IVe congrès du PGE qui s’est tenu à Madrid en décembre 2013 et singulièrement depuis le début de l’année 2015, crises et ruptures se sont aggravées dans toute l'Europe, jusqu'à devenir pour l'Union européenne une crise existentielle. Les problèmes économiques et sociaux se sont aggravés. Cette période a associé un autoritarisme grandissant des politiques d'austérité et dans la dernière période des éléments de dislocation. Les forces politiques dominantes, qu’elles soient conservatrices, démocrates-chrétiennes, libérales, auxquelles il faut ajouter l’aile droite des sociaux-démocrates, qui considèrent le capitalisme comme un horizon indépassable, sont dans une impasse. Elles sont confrontées à la crise du capitalisme, au bourbier dans laquelle elles ont elles-mêmes conduit l’UE et à des divisions importantes au sein même de leurs familles politiques. L'avenir de l'Europe est plongé dans une incertitude croissante d'autant que la recomposition des rapports de force internationaux a des conséquences directes sur l’UE et sur la manière dont elle s’inscrit dans le monde.

L’ensemble de l’édifice européen craque et peut s’effondrer. La question européenne est de nouveau posée dans son ensemble, et même dans ses fondements. Les valeurs qui prétendaient fonder l'Union européenne sont de facto réduites à néant. La différence de traitement entre des pays comme la Grèce, et ceux qui peuvent se targuer du rang de puissance régionale, tels que le Royaume-Uni, montre la violence des rapports de force, entre autres institutionnels, au sein même de l’Union Européenne. Le Brexit marque un tournant dans l’histoire de l’Union Européenne. Avant même le vote, les négociations sur le Brexit ont sanctuarisé un peu plus la pratique du dumping social dans l’Union Européenne elle-même. Le fait que pour la première fois depuis 1957 un peuple décide de quitter l’Union Européenne marque la faillite de l’Europe marchande et financière. L’échec cinglant et le refus de l’UE de traiter question des migrants en appliquant les principes de solidarité et du droit international cristallisent la faillite du modèle actuel et renforcent des tendances lourdes à la dislocation de l’UE. L’impasse et l’échec de la politique de la BCE, qui injecte encore à perte 1500 milliards d’euros d’ici mars 2017 pour le seul profit des banques et des très grandes entreprises démontrent son incapacité structurelle à envisager un autre modèle économique. On nous oppose depuis des années les dogmes des traités pour refuser les changements progressistes que nous proposons. Mais aujourd'hui, la vérité est que tout est sur la table, tous les débats sont à nouveau ouverts.

Aujourd’hui, les forces du statu quo sont dépassées et celles de la réaction sont à l’offensive partout en Europe. Les courants de droite et d’extrême droite poussent en avant des solutions rétrogrades et xénophobes. La crise politique est générale. Le continent est au seuil d’un basculement qui peut conduire les peuples à se refermer sur eux-mêmes, avec tous les risques de tensions et de dislocation que cela comporte, alors que la guerre est aux portes de l’Union européenne, en Ukraine et sur les rives de la Méditerranée.

Dans ce contexte, le PGE se doit d’être plus que jamais à l’offensive pour une Europe solidaire, féministe, démocratique et coopérative. Le PGE rassemble des forces diverses, communistes, socialistes, républicaines, anticapitalistes, écologistes, féministes, écosocialistes et d’autres forces démocratiques et progressistes. En cette période de lutte de classes exacerbée, il se conçoit comme un outil au service des intérêts du plus grand nombre en Europe en défendant la perspective du socialisme démocratique pour les peuples d’Europe. La crise historique de la social-démocratie est due à l’alignement de ses directions sur le néolibéralisme et à la construction libérale de l’Union Européenne depuis les années 80. Elle peut ouvrir la voie à la construction d’une Gauche portant un projet alternatif au néolibéralisme. Le PGE veut dialoguer avec toutes les forces disponibles pour un tel projet. Conscient des enjeux, le PGE propose à l’ensemble de la gauche politique européenne, aux forces sociales et citoyennes disponibles d’ouvrir de larges espaces de débat, de larges fronts de lutte pour construire des majorités antilibérales aptes à renverser les rapports de force en faveur des peuples. L’issue des convulsions politiques et économiques n’est pas écrite. Nous voyons surgir le pire avec la poussée permanente de forces de droite extrême et d'extrême droite dans toute l'Europe. Nous voyons aussi la poussée de forces de gauche qui cherchent à ouvrir, certes dans un rapport de forces encore très défavorable, des issues progressistes, comme en Grèce, au Portugal, en Espagne, en Irlande.... Dans cet affrontement aux tendances très contradictoires, les responsabilités de la Gauche européenne sont plus grandes que jamais. Il est urgent de sortir les peuples européens du dilemme mortel dans lequel les classes dirigeantes cherchent à les enfermer : ou bien l’acceptation de l’austérité sans fin et de la concurrence anti- sociale, ou bien la soumission autoritaire ou l’expulsion de la zone Euro, voire de l’UE elle-même ; ou le libre-échangisme sans barrière de la mondialisation capitaliste ou le repli sur soi. Nous refusons ce qui accentuerait encore davantage la crise par un déchaînement plus brutal encore de la mise en concurrence et de la spéculation contre les peuples, et peut même conduire à une régression civilisationnelle majeure dans toute l'Europe. Nous voulons une Europe de la solidarité et du progrès social partagé.

Ouvrir un autre possible, un autre chemin est notre ambition. Ce nouvel espoir doit prendre le chemin de profonds changements en Europe, pour refonder l’Europe, pour fonder une autre Europe et sauver les peuples de l’austérité et des replis xénophobes. Cela souligne l’urgence d’un changement des rapports de force, pas seulement dans chacun de nos pays, à fortiori dans un seul, mais progressivement dans plusieurs pays et à l'échelle de l'Europe toute entière.

I- Crise historique de la construction européenne : les éléments de rupture

1) Un contexte international aggravé

L’incapacité des classes dirigeantes à apporter des solutions durables à la crise systémique du capitalisme de 2008 est un élément structurant de la crise européenne. La gestion de la crise qui a éclaté en 2008 s’est construite en cherchant à reconstituer le modèle néo-libéral d’avant la crise en garantissant les privilèges des « 1% » et la liberté d’action des banques et des grandes entreprises. La crise a fait chuter la production, développer le chômage, avec des inégalités explosives dans chaque pays et entre pays. Le spectre d’une stagnation séculaire fait son chemin. Pire, les conditions d'une suraccumulation financière se reproduisent pour un nouveau krach financier, de plus grande ampleur, dans les années à venir.

Depuis le début des années 2000, la déréglementation financière a entrainé une flambée des prix des logements, des montants imprévisibles de crédits pour les promoteurs immobiliers et les propriétaires, ce qui a entrainé d'énormes endettements et des bulles de crédit. Les grandes villes ont connu une restructuration du centre des zones urbaines qui a mené à la gentrification, avec comme résultat un nettoyage social massif des pauvres. Autour de la ventilation financière de 2008, nous avons vu un soutien massif des sociétés financières, avec le versement de milliards dans un renflouement, endettant les Etats et combiné avec des mesures d'austérité contre la population. Les défauts de paiements et les expulsions massifs, d'abord et avant tout en Espagne, se sont répandus dans toute l'Europe. Les fonds d'investissements privés internationaux et les fonds spéculatifs de 2015 sont entrés dans le secteur européen du logement, créant ainsi les conditions pour le prochain éclatement de la crise.

La crise européenne multiforme, qui s’étend jusqu’à la Russie, s'inscrit dans les nouveaux déséquilibres mondiaux et les aggrave : les évolutions des économies américaines et chinoises sont de plus en plus divergentes et l’ensemble de l’économie mondiale s’en trouve déstabilisée. Les pays « émergents » sont également secoués : baisse du prix des matières premières, taux de change erratiques, tentations du tout-à-l’exportation. L’accumulation des dettes publiques comme privées déstabilise encore davantage l’économie. Celles-ci ont plus que doublé entre 2004 et 2015. Alors que la production industrielle a décru de 3% en 2015, la politique de la BCE est incapable de relancer l’économie de manière significative. Pire, cette politique nourrit une bulle spéculative sur les dettes publiques. Tout cela illustre l’incapacité des classes dirigeantes à concevoir une autre politique et l’impasse politique et morale dans lesquelles elles plongent l'Europe.

Trois nouveaux éléments sont apparus depuis 2013.

D'abord, la guerre est redevenue l’horizon immédiat de l’Europe. La guerre civile en Ukraine a fait plus de 10 000 morts depuis avril 2014. Elle provoque de profondes divisions en Europe qui rappellent celles de la guerre froide. Les accords de Minsk ne sont toujours pas intégralement appliqués. La Gauche Européenne exige l’application réelle des accords de Minsk par l’ensemble des parties en présence. La situation de chaos qui règne dans de vastes régions du globe, de l’Afrique au Proche et Moyen-Orient, déstabilise les rapports géopolitiques mondiaux. La dislocation d'Etats entiers comme l'Irak, la Lybie, la Syrie, sous le coup à la fois de guerres, notamment provoqués par l’impérialisme occidental, et de politiques de libéralisation à outrance, laisse le champ libre à de nouveaux totalitarismes et de nouveaux obscurantismes tels que l’« organisation de l’état islamique ». Des régions entières du globe sont aux prises avec une remise en cause barbare des principes d'égalité et de justice.

La guerre civile en Syrie est en passe de devenir le conflit le plus meurtrier depuis 1945. La guerre civile provient du fait que le mouvement démocratique et pacifique a été aux prises avec la brutale réaction du régime d’Assad, puis cette guerre civile s’est transformée en guerre régionale voire internationale indirecte, du fait de l’intervention de puissances régionales ou internationales. Le PGE soutient dans ce contexte la lutte du peuple Kurde, dont les forces sont pratiquement les seules à lutter à une échelle significative pour société démocratique, pluraliste et antipatriarcale. La Gauche Européenne défend l’urgence d’une solution pacifique et politique durable. Elle promeut l’idée d’un plan global de paix pour le Proche et le Moyen- Orient et pour la région méditerranéenne.

L’accord conclu par les grandes puissances avec l’Iran écarte, au moins provisoirement, un risque de guerre. Il enlève également aux états de la région le prétexte de se doter de l’arme nucléaire. La Gauche Européenne défend l’établissement d’une zone sans arme nucléaire ni arme de destruction massive au Proche et Moyen- Orient. Cela s’applique donc également à Israël. Le PGE défend la perspective d’un désarmement nucléaire global.

Les conflits au Proche-Orient, exacerbés par les interventions impérialistes, ont ouvert la porte à l’extrémisme et au terrorisme qui atteignent désormais le cœur de l’Europe. Les attentats terroristes sont les pires ennemis de la démocratie, à la fois par eux-mêmes et parce qu’ils sont utilisés comme prétexte pour la mise en place de politiques « anti-terroristes » qui font reculer les droits fondamentaux. De plus, ils offrent un espace à la propagande xénophobe et raciste et aux forces d’extrême-droite. Pour ces raisons, de tels phénomènes fruits d’une idéologie totalitaire doivent être combattus sans répit.

Ensuite, la crise écologique s'aggrave malgré toutes les alertes. La question n’est pas si nous allons entrer dans une crise écologique, mais comment nous construisons une issue à la crise écologique dans laquelle nous sommes entrés depuis plusieurs années. Nous savons qu’au-delà de 1,5°C de hausse par rapport à l’ère préindustrielle, le réchauffement de la basse atmosphère entraînera plus que probablement des catastrophes écologiques et sociales très difficilement réversible. La crise écologique est une conséquence de l’extension du mode de production capitaliste qui entraîne d’une part un productivisme sans limite, au détriment des ressources naturelles et d’autre part un consumérisme aliénant. Le tout se faisant au détriment des productions et des besoins sociaux qu’il serait nécessaire de développer et de satisfaire. Le monde du futur qui est à repenser est inséparable de la prise en compte du « temps long » de notre environnement naturel, des limites que la société doit être capable de se fixer dans l’exploitation des ressources naturelles, de la recherche d’un « bien vivre » qui envisage l’épanouissement humain de façon inséparable au développement d’un environnement vivable. Aujourd’hui, toute perspective socialiste est inséparable de la transition écologique, de transformation des modes de production dans le sens de la satisfaction des besoins sociaux et de la préservation de l’environnement.

Le monde est confronté à un défi de civilisation. L’élection de Donald Trump, aventurier milliardaire sans scrupule, belliciste, sexiste et raciste, soutenu par les courants ultra conservateurs et d’extrême-droite américains, à la tête de la première puissance mondiale peut annoncer une période de grande instabilité. La candidature d’Hillary Clinton ne représentait certes pas une réelle alternative, d’autant plus qu’elle était soutenue par des forces libérales et interventionnistes. Mais désormais, le basculement des Etats-Unis peut devenir le point de départ d’une nouvelle crise économique et d’une spirale de guerre. Ce résultat est le fruit des fractures sociales causées par la mondialisation capitaliste, et des sentiments de peur et de haine que la faillite de l’ordre du monde provoque.

2/ Des sociétés fracturées et mises à genoux

Les politiques d’austérité engendrent une régression sociale majeure sur le continent. Les salaires, les conventions collectives et les systèmes de répartition sont la cible permanente des politiques d'austérité. Les classes dirigeantes mettent à profit la crise pour prendre leur revanche sur les conquêtes sociales issues des luttes ouvrières du XXe siècle. Le chômage de masse, la précarité et la pauvreté défigurent toutes les sociétés européennes. Le libre-échange à l’intérieur des frontières de l’UE sans aucune harmonisation sociale favorise le dumping social, une dérégulation généralisée et l’abaissement du prix du travail. Au nom de ce chantage on casse les protections sociales, on licencie plus vite et plus facilement, on précarise, on étrangle l’activité économique. L’UE est là encore une machine qui accélère la destruction massive de l’emploi et de fabrication du chômage et de la pauvreté. Les inégalités femmes-hommes se renforcent avec la précarisation. Les inégalités femmes-hommes et la surexploitation des femmes augmentent. Les femmes sont de moins en moins protégées dans le monde du travail. Les emplois non déclarés comme aide-ménagère frappent particulièrement les femmes immigrantes. Le commerce avec les femmes migrantes et les femmes de l'Europe de l'Est comme aide domestique doit cesser. A la place, nous devons lutter pour des offres de services de garderie publique de qualité et abordable pour tous les enfants, pour que les femmes puissent participer au marché du travail sur un pied d'égalité avec les hommes, c'est à dire que les femmes devraient avoir un salaire égal à celui des hommes. Sur les questions sociales et sociétales, rien n'est fait pour harmoniser les droits vers le haut, en particulier le droit d'avoir un emploi et les droits des femmes. Cette régression des droits des femmes est fatale. Les politiques d’austérité les poussent vers le travail au noir, l’exclusion voire la prostitution.

Les remises en cause des garanties et accords collectifs régissant les rapports entre patrons et salariés s’accumulent en Europe. La quasi-totalité des pays de la zone Euro sont à une croissance infime voire nulle (0,3% de moyenne dans la zone Euro pour le 2e trimestre 2015). Cette vision fondée sur la réduction à tout prix des « coûts » (du travail, de la dépense publique, de la protection sociale) empêche toute relance saine de l’activité économique, encourage la diminution de l’investissement, entretient le chômage de masse. Un Européen sur quatre (122 millions d’habitants) est menacé de pauvreté. Les chiffres sont encore plus élevés pour les femmes, les jeunes, les enfants. Cela va jusqu’à provoquer une crise humanitaire, aggravée par le démantèlement des services publics de santé. Les services publics sont partout attaqués par le capitalisme néolibéral.

Ces politiques d'austérité et la stagnation économique qui en résulte aggrave les déséquilibres internes à l'Europe. La divergence croissante des indicateurs économiques et sociaux entre les pays d’Europe du Nord et ceux du Sud s’approfondissent. L’écart se creuse entre les pays où le taux de chômage est au plus bas, et ceux où il ne cesse d’augmenter. Une amplitude de 20 points sépare la Grèce de l’Allemagne, selon les chiffres officiels. Ce contraste est encore plus visible chez les jeunes de moins de 25 ans, pour qui les écarts vont du simple au septuple. La nouvelle génération sait qu'elle vivra globalement moins bien que ses parents. La mise en concurrence des régions et des métropoles accentue les déséquilibres territoriaux. La casse des services publics rend nos sociétés plus fragiles et de plus en plus porteuses d’exclusion. Sur ces divisions, prospèrent des idéologies dangereuses et ségrégatives.

En Europe centrale et en Europe de l’Est, les années qui ont suivi la restauration capitaliste et la transition, marquée par l’intégration européenne, n’ont pas eu les résultats escomptés. Les niveaux de vie et de salaires demeurent bien plus bas que dans les autres pays européens. Presque toutes les banques sont privatisées et la majorité d’entre elles sont entre les mains de banques occidentales. Les systèmes productifs sont démantelés, ce qui conduit au chômage de masse et à l’émigration des centaines de milliers de personnes à la recherche d’une vie meilleure. Les régions rurales sont complètement abandonnées.

L'ensemble de ces éléments souligne le risque de régression sociale majeure qui plane sur le continent. L'Union Européenne n'est ici plus un élément de régulation, mais un promoteur de politiques qui renforcent la crise et d'exacerbation de ses conséquences.

3 / La crise démocratique : les peuples bafoués, l'UE éclatée

Une fracture démocratique s'est aggravée depuis 2015 avec le traitement différencié selon les pays et selon les sujets. Les classes dirigeantes s'arc-boutent sur l’autoritarisme monétariste fiscal et financier et sur le fédéralisme autoritaire appliqué à la question budgétaire et de la dette. Les déclarations de Junker après la victoire de Syriza en janvier 2015 selon laquelle il n'y aurait "pas de choix qui va à l'encontre des traités européens" montrent que plus ce modèle échoue, plus il est porté au pinacle par les promoteurs de ces traités. L'absurdité économique du dogme des "3%" de déficit budgétaire est aujourd'hui largement reconnue, même chez les libéraux, sans que les positions des dirigeants européens soient maintenues comme un outil politique d'asservissement des peuples et des gouvernements qui cherchent à s'en extraire. Le diktat imposé à la Grèce et au gouvernement d'Alexis Tsipras et de Syriza a été précédé par un véritable coup d'état bancaire qui visait à couper les vivres au pays. Il montre la brutalité des méthodes de pression exercées par la troïka ainsi que leur mépris total pour le verdict des urnes. Les tentatives plus indirectes de déstabilisation du gouvernement portugais s'inscrivent in fine dans la même logique. Mais quand David Cameron, au nom de la Grande- Bretagne, dont la puissance économique est autrement plus grande, et le rôle dans les rapports de force internationaux autrement plus influent, exige des concessions qui vont dans le sens d'une précarisation renforcée, il est entendu.

Les gouvernements ultranationalistes, autoritaires et cléricaux qui sont arrivés au pouvoir en Europe de l’Est accentuent cette régression démocratique et le recul des droits. Ils livrent en outre une bataille de réécriture de l’histoire dans un sens réactionnaire. Les forces de gauche et les communistes sont l’objet d’attaques incessantes dans les pays d’Europe centrale et orientale. Les gouvernements ne lésinent pas sur les moyens pour discréditer et détruire les forces progressistes, afin de se maintenir au pouvoir. Depuis 2014, l’ensemble de l’appareil d’état ukrainien s’est focalisé sur la destruction du Parti communiste d’Ukraine. Les campagnes de « décommunisation » en Ukraine, en Roumanie, en Pologne, en Bulgarie et dans d’autres pays ont pour objectif d’interdire les organisations communistes et de faire disparaître les monuments et les toponymes communistes du paysage. Il est cependant possible de s’opposer par des voies légales à de tels processus, comme le montre l’exemple de la République de Moldavie et de la Hongrie. Dans de nombreux pays de l'UE, il existe une réelle réaction hostile sur le droit des femmes à disposer de leur propre corps. Il y a de fortes attaques contre les droits à l'avortement de la part des Gouvernements de droite et de l'Eglise Catholique et Orthodoxe. Les femmes se sont battues durement pour récupérer leur droit sur leur propre corps. Les Polonaises ont eu une victoire. Une interdiction totale de l'avortement a été changée en avortement sous certaines conditions. Les Polonaises continuent leurs luttes pour le droit de décider elles-mêmes de l'avortement. Le corps d'une femme est le sien et elle a le droit de décider si elle veut mettre fin à une grossesse ou non. Le Parti de la Gauche Européenne revendique le droit à l'avortement dans tous les pays européens.

Sur les questions sociales et sociétales, rien n'est fait pour harmoniser par le haut les droits, en particulier le droit du travail et les droits des femmes. La régression des droits des femmes à disposer de leur corps et les violences machistes à leur encontre ne sont nullement sanctionnées par l'UE. Quand un pays décide unilatéralement de fermer ses frontières et de ne pas respecter les règles européennes sur les migrants, il n'encourt pas les foudres de Bruxelles. Huit pays ont aujourd'hui fermé leur frontière, et l'Union européenne laisse faire.

Le Brexit a donné une nouvelle dimension à la crise. Le résultat du Brexit doit être accepté comme un fait. Le choc du Brexit révèle l'ampleur du rejet de l'intégration néolibérale de l'UE. Il met en évidence la profondeur des lignes de fractures territoriales et sociales, suite à plus de trente ans d'austérité et de mondialisation capitaliste. C'était une protestation sociale. Cependant, l'extrême droite a exploité la protestation. La stratégie de la droite a déchainé les forces de la xénophobie. Le nouveau Gouvernement Britannique cherche à être encore plus à droite que le précédent, en combinant une austérité encore plus brutale avec une plus grande stigmatisation des travailleurs immigrés, de la démocratie et de la direction politique dans toute l'UE. Prenant en compte les conséquences réelles qui émergeront du Brexit, ce processus devra être soumis à une évaluation et une décision démocratiques. Pour la gauche au Royaume-Uni, le combat pour maintenir la liberté de circulation, les droits humains et la protection des postes de travail est d’une actualité brulante et pourrait former la base d’un changement radical dans la démocratie et dans la direction politique a travers l’UE. Le PGE soutient le droit des personnes d'Irlande du Nord et d'Ecosse, qui ont voté contre le Brexit, de voir leur souhait respecté au sujet du Brexit. Cela soulève aussi une question pour la Gauche et pour sa capacité à avancer avec une alternative pour les peuples d'Europe.

4 / Le continent au seuil d'un basculement idéologique

La crise politique se généralise en Europe. Les gouvernements sortants sont presque systématiquement sanctionnés lors des échéances électorales. Des chocs politiques rapides et contradictoires polarisent le débat public européen. La montée des sentiments xénophobes et nationalistes pose un défi existentiel à la gauche en Europe. Le continent est menacé par un basculement idéologique d'ampleur. Dans différents pays, selon différentes formes, des forces d'extrême-droite et des populismes droitiers cherchent à imposer leurs thèmes de prédilection. La désorientation, le désespoir, la peur face aux évolutions internationales leur offrent une importante caisse de résonance. Le discours "protecteur" voire "social" de l'extrême-droite, qui s'inscrit dans une ancienne tradition de ce courant remontant aux fascismes européens, est utilisé afin d'assurer leur marche au pouvoir et de marginaliser la gauche et le mouvement ouvrier.

La ligne politique de certains gouvernements légitime leur discours et en font des forces de recours, comme en Slovaquie. Un bloc autoritaire est au pouvoir dans plusieurs capitales européennes : à Varsovie, à Budapest, à Bratislava. Les évolutions des gouvernements Baltes s'inscrivent dans la même logique.

Lors du troisième tour de l'élection présidentielle en Autriche, le candidat de l'extrême droite nationaliste allemand du Parti de la liberté, a été battu par un large front allant des forces critiques de la société civile aux représentants des partis traditionnels. C'est un grand succès, mais le danger n'est pas écarté, parce que les causes sociales et politiques de la montée de l'extrême droite existent toujours. Les poussées de l'extrême- droite en Allemagne sont un phénomène inconnu depuis 1945. En France, le FN se place au cœur du jeu politique et affiche ses ambitions pour les élections générales de 2017. En Belgique, un parti nationaliste flamand proche de l’extrême-droite siège au gouvernement. Même dans les pays Scandinaves, auparavant réputé pour leur humanisme et leur solidarité, l'extrême droite a connu un développement dangereux. Il y a, depuis longtemps, un parti fort d'extrême droite au Danemark, le Parti Populaire Danois, qui a réussi à mettre en œuvre la politique d'immigration la plus xénophobe jamais vue. En Norvège, Suède et Finlande, il y a également de fort partis de droite, et le parti Suédois "Démocrates Suédois" a même ses origines dans le mouvement néo-nazi. Enfin, l’essor de Aube Dorée en Grèce après 2012 a permis à ce gang criminel néonazi d’acquérir une représentation dans les institutions locales, nationales et Européenne, en dépit du fait qu’une large partie de sa direction est en procès pour meurtre et possession illégale d’armes, etc.

En Europe centrale et en Europe de l’Est, l’essor du nationalisme, du néo-fascisme et de la xénophobie profite de l’appauvrissement de la population et de la crise démocratique. En Ukraine, dans les Pays Baltes et dans d’autres pays d’Europe orientale, l’extrême-droite est en situation de participer, sous une forme ou sous une autre, à des solutions de pouvoir. La dénonciation des « ennemis de l’intérieur » connaît un impact important dans les populations. La crise économique et le chômage provoquent le renforcement de la haine contre les migrants et les Roms, devenus boucs émissaires.

En Turquie, Erdogan utilise le régime de l’été d’urgence comme un instrument pour détruire violement la démocratie, écraser les libertés, museler les médias, réduire les pouvoirs de l’opposition, lever l’immunité parlementaire, emprisonner les Députés du HDP et mener une guerre meurtrière contre la population Kurde du Pays.

Mais cette évolution idéologique est en bute à d'importants contre-points qui font que ce basculement vers une régression historique du continent ne s'est pas encore produite. Les peuples se mobilisent contre la corruption des classes dirigeantes et contre le blocage politique de certains pays. Le renversement du Gouvernement Roumain en novembre 2015 et les manifestations massives en République de Moldavie contre la corruption en sont des signes. En Europe de l'Ouest et surtout en Grèce, le mouvement de solidarité envers les migrants montre que l'esprit d'accueil demeure vivace en Europe et qu'il ne s'agit pas d'un "luxe" de pays riches. Ce mouvement de solidarité est un frein et un pôle de résistance contre le basculement des sociétés vers la xénophobie.

5 / La question des migrants comme catalyseur de la crise historique de l'Union Européenne

Le mélange d'impuissance et d'abjection avec lequel l'Union Européenne et la plupart des gouvernements ont réagi face à l'afflux des migrants révèle l'ampleur de la crise de l'Union Européenne et de ses principes. Cette crise oblige en même temps l'Europe à se reposer autrement la question de son avenir.

La crise des migrants recouvre une crise systémique. Il s'agit d'un phénomène massif et structurel qui est la conséquence de la dégradation rapide de la situation internationale et des politiques qui l'ont provoquée, parmi lesquels figurent les propres politiques de l'UE et de ses Etats. On estime que d'ici 2050, s’il n’y a pas de changement politique, 200 millions de migrants vont fuir les guerres, la crise économique, la dislocation des états, le chaos qui s'abat sur de vastes régions en Afrique et au Proche et Moyen-Orient, ainsi que les effets de la crise climatique. L'Union Européenne en porte une part importante de responsabilité. La conclusion d'accords bilatéraux de libre-échange a encouragé le démantèlement des services publics et, par conséquent, des politiques publiques dans nombre d'états africains. La participation de certains états européens aux guerres dans ces régions est également à porter au passif du bilan de l'UE. La crise des migrants signe la crise des rapports de l'UE au monde.

En outre, le fait que 1 million de réfugiés suscite tant de turbulences dans une construction politique qui regroupe 510 millions d'habitants souligne l'ampleur de la crise de l'UE. La situation humanitaire des réfugiés est un scandale international. La tentation d'utiliser les réfugiés comme outil de dumping social renforce les sentiments de repli voire de xénophobie dans les populations. La situation des femmes et des jeunes est particulièrement grave. Ils sont la cible privilégiée de violences, y compris sexuelles, et de la surexploitation au travail. La création de dispositifs spécifiques de protection, de protections juridiques et de personnel spécialisé est nécessaire.

Les pires relents de l'histoire se font sentir dans les mesures prises par un certain nombre de gouvernements : les gouvernements des états du groupe de Visegrad, le gouvernement danois. Les déclarations de Manuel Valls lors de la conférence de sécurité de Munich en février 2016 et celles, pires encore, du ministre de l'intérieur belge montrent que les pays d'Europe occidentale ne sont pas épargnés par l'ignominie.

Cette crise est l’occasion une fois de plus d’imposer un chantage à la Grèce, qui se retrouve seule pour gérer l'arrivée des migrants en Europe, alors que ce pays est l'un des seuls à avoir mis à disposition un grand nombre de places d'accueil. Il faut aussi saluer le courant de solidarité qui traverse la société grecque et qui permet de faire face à une situation très complexe, sans que cela ne profite à l'extrême-droite.

L'accord entre l'Union Européenne et la Turquie, condamné par les associations humanitaires, est un blanc- 6

seing insupportable donné au pouvoir d'Erdogan alors même que sa politique est un des facteurs de la crise au Proche et Moyen-orient, et qu'il déploie une répression féroce contre la population kurde, les démocrates turcs, la liberté de la presse. Il confirme la volonté des dirigeants européens de fermer les portes d'entrée de l'Europe aux populations fuyant la guerre, les violences et la misère. La quasi-totalité des chefs d'Etats ont tout accepté, trop heureux de se dégager de leurs responsabilités d'accueil et d'asile de populations en détresse.

La gestion de la crise des réfugiés par l’UE est une autre preuve solide de la banqueroute politique et morale du projet d’intégration européenne néolibéral. Les dirigeants de l’UE demeurent silencieux au lieu d’appliquer les sanctions contre les Etats-membres qui violent unilatéralement l’accord pour la relocalisation en sécurité et proportionnée des réfugiés qui arrivent et restent bloqués en Grèce et en Italie.

Conclusion : une nouvelle période historique

Au total, l’Union européenne et l'Europe toute entière entrent dans une nouvelle période historique. Après la période des deux blocs et du Marché Commun conclu originellement entre six pays, le Traité de l’Acte unique et les traités qui s’en sont suivis ont érigé la concurrence au rang d’un droit supérieur dans l’Union. Cela s’est accompagné d’une mise en concurrence des systèmes sociaux et de démantèlement des conquêtes sociales les plus avancées. Depuis quelques années, cet édifice bâti dans les années 1980 et 1990 se lézarde. Il traverse une grave crise de légitimité et le projet qui le sous-tend est aujourd’hui minoritaire parmi les peuples d’Europe. Une nouvelle période historique s'ouvre qui voit l’UE travaillée contradictoirement et parallèlement par le renforcement du fédéralisme autoritaire et des éléments de dislocation. Le continent européen se trouve donc bien à un tournant : soit les valeurs réactionnaires d’un bloc droitier combinées à un autoritarisme fiscal vont l’emporter, soit un nouveau bloc politique et social en faveur des intérêts des peuples réussit à émerger en Europe.

Si rien n’est fait, le dilemme pour les peuples est terrible : soit l’ensemble de l’édifice déraille sans que personne, en premier lieu parmi les classes dirigeantes, n’y soit préparé ; soit le continent continue de s’enfoncer dans l'austérité et le chômage de masse, et dans la fermeture des frontières.

Ce basculement n’est pas irrémédiable. Les peuples n’ont pas capitulé, bien au contraire. Des forces politiques, sociales et citoyennes existent pour refuser ce dilemme. C’est vers l’ensemble de ces forces que le PGE se tourne pour leur proposer de formuler une offre politique nouvelle au service d'une union des peuples souverains et solidaires d’Europe.

II- Un contrat social entre les peuples souverains et solidaires d'Europe

Les axes d’actions de la gauche européenne pour sortir de l’austérité et des logiques libérales des traités européens

Le Parti de la Gauche européenne regroupe des organisations politiques qui portent une analyse différenciée sur le projet européen, mais ont en commun des objectifs : - refuser le dilemme des classes dirigeantes, soit un fédéralisme autoritaire foulant aux pieds la souveraineté populaire et les droits des nations ; soit l'exacerbation des égoïsmes et des rivalités nationales. Et unir les peuples européens autour d'un projet commun de solidarité et de justice sociale. Quels que soient les points de vue sur l’UE, la question centrale est celle du contenu et de la perspective politiques.

Le Parti de la Gauche européenne défend la perspective socialiste, définie comme une société de justice fondée sur la mise en commun des richesses, des moyens de production et sur la souveraineté des choix démocratiques, en harmonie avec les ressources limitées de la planète. Il rejette le capitalisme, générateur d’inégalités, d’injustice, de pauvreté et de guerres, ainsi que le patriarcat et toute discrimination.

Le Parti de la Gauche européenne s'est résolument engagé dans une démarche de construction et d'un front large avec des courants politiques, des acteurs sociaux et citoyens qui, même s'ils ne partagent pas l'ensemble de ses analyses, se retrouvent sur des axes politiques clés, de gauche, permettant de larges rassemblements à vocation majoritaire. Les exigences de la situation présente mettent les enjeux politiques à un niveau très élevé. Les axes du PGE visent à permettre d'engager le débat et des campagnes politiques sur des solutions concrètes, jusqu'à rendre possible les ruptures et les solutions alternatives nécessaires.

Le PGE défend l'idée d'un contrat social entre les peuples souverains et solidaires d'Europe. L'Europe doit devenir une union de nations et de peuples dont la souveraineté est respectée, dont l'objectif commun est le progrès humain. Nous sommes prêts à travailler à cette perspective avec les forces politiques, citoyennes, syndicales, sociales et intellectuelles disponibles à partir de cinq axes principaux. Ces axes prioritaires sont des axes d’action pour la gauche européenne. Ils supposent une remise en cause fondamentale du cadre existant de l’Union européenne.

Nous contestons les logiques du traité de Lisbonne et par conséquent des autres traités qui y sont contenus. Au prochain sommet européen en mars à Rome, à l’occasion de l’anniversaire du Traité de Rome, les dirigeants européens ont l’intention de jeter les bases d’une réforme des Traités. Il faut que la gauche européenne dénonce haut et fort qu’un approfondissement de cette Union libérale est contraire à l’intérêt des peuples. Nous nous opposons à un renforcement de l’Union économique et monétaire (UEM) ; à l’inscription dans le marbre du semestre européen et nous opposons tout autant au projet d’armée européenne en cours, a fortiori quand il fonctionne main dans la main avec l’organisation belliciste, l’OTAN. Nous nous fixons comme horizon la sortie du pacte budgétaire européen. Si nous nous battons en toute circonstance pour faire reculer ces logiques dans les choix politiques nationaux et européens, nous ne souhaitons pas aménager le cadre existant mais refonder l'Europe, tant il est visible qu'aucune politique de transformation sociale n'est possible sans rompre avec des traités fondés sur le dogme de la concurrence libre et non faussée et sur la remise en cause du droit des peuples et des nations à se gouverner démocratiquement.

Nous avons besoin d’un projet de solidarité Européenne ; cela nécessite que les peuples européens recouvrent leur souveraineté politique et économique. Ce projet est à construire avec les pays et les peuples qui ont la volonté d’affirmer cette souveraineté et de construire un nouveau projet européen avec les valeurs et les principes de solidarité de d’internationalisme.

Il est possible et nécessaire de coordonner le vœu de souveraineté nationale provoqué par des coupes budgétaires et les politiques d'austérité dans l'UE avec notre tradition internationaliste. En ce sens, c'est important de donner la priorité aux alliances avec ces pays qui souffrent de l'endettement et qui sont soumis à l'architecture de l'UE, en motivant et en coordonnant un projet de gauche avec d'autres forces européennes.

1/ Pour une Europe respectueuse de la souveraineté populaire

Nous défendons une refondation de l'Europe en application des principes de justice, de progrès social et de démocratie en respectant les droits démocratiques des nations et des états européens, y compris par le recours au référendum sur les évolutions nécessaires de la construction européenne. Il appartient aux peuples de décider des compétences d’un espace politique démocratique pour l’Europe, de l’architecture démocratique pour le continent et des prérogatives des Parlements, en respect des droits démocratiques et souverains des peuples.

Il est nécessaire de revoir la manière dont le cadre européen et les prérogatives des états membres et des nations s’articulent. L’Europe ne doit pas se substituer aux états, au niveau national et à leurs prérogatives mais favoriser la coopération sur des projets communs et les défis mondiaux. La souveraineté de chaque état doit être respectée. La légitimité démocratique de chaque pays doit primer sur les traités européens actuels. Un état doit pouvoir bénéficier d'un droit de non application sur les directives et décisions européennes qui sont une régression par rapport aux acquis sociaux et démocratiques et aux droits dont bénéficie sa population. Les lois européennes doivent être élaborées dans un cadre associant le Parlement européen et les Parlements nationaux. La Commission européenne ne peut pas avoir le droit d’initiative législative, qui doit appartenir conjointement aux Parlements nationaux et au Parlement européen. De même, les pressions des lobbies doivent être interdites.

Nous voulons aider les gouvernements qui veulent sortir de la logique libérale et qui veulent faire avancer l’idée de progrès en Europe.

2/ Un pacte pour un nouveau modèle de développement

Il est nécessaire de rompre avec les règles de la mise en concurrence libérale et avec l’austérité. Le pacte de développement que nous proposons répond aux besoins sociaux.

La reconstruction du tissu économique et des outils monétaires de l’Europe doit être mise au service d’un nouveau modèle de développement axé sur des investissements publics et des créations d’emplois conditionnés à des critères sociaux et écologiques. L'argent que la BCE injecte à perte pour les banques et les multinationales doit être réorienté au service d'une politique de relance audacieuse, socialement utile et écologiquement soutenable, de la relocalisation industrielle qui s'impose et de la création de postes de travail stables. Cette politique permet de mettre en œuvre la nécessaire transition écologique. L’Europe, en collaboration avec les états, doit assurer une concertation stratégique sur les grandes filières industrielles pour la défense de la production, du travail, ou de leur reconversion. Cela suppose d'identifier les besoins relatifs à la transformation énergétique, aux infrastructures de transports, à l'éducation et à la formation, à l'avenir industriel et des processus de fabrication en Europe qui évoluent vers de nouvelles problématiques telles que l'économie circulaire et des gisements d'activités et de travail que recèle ce secteur. Cela implique d'assurer la maîtrise publique de l’énergie. Les privatisations doivent être stoppées et le secteur public doit récupérer tout ce qui a été privatisé. Un moratoire sur toutes les politiques de déréglementation de l’énergie et des transports doit être promulgué, ainsi qu’un plan pour la sobriété, l’efficacité et la diversification énergétiques. Le développement durable doit être fondé sur de l’investissement dans la recherche scientifique et technologique. La Politique Agricole Commune doit être réformée pour rompre avec le pouvoir de l'agro- industrie et ses logiques productivistes et être mise au service d'une agriculture qui garantit des prix de base et stables aux agriculteurs et aux pécheurs, ainsi que pour assurer une nourriture saine et abordable pour les gens. Les fonds publics ne doivent pas être utilisés pour soutenir le système de production industriel chimique et faciliter des prix bas sur le marché mondial, qui s'impose aux petits et moyens agriculteurs en Europe, ainsi que les agriculteurs dans les pays du tiers-monde. La pratique de l'agriculture biologique devrait être une condition préalable à l'obtention d'un soutien financier et il faut un plafond de soutien financier par unité agricole afin de promouvoir un développement structurel rural soutenable. De plus, l'aide financière doit être consacré au soutien des biens publics : emploi, marchés locaux et régionaux forts, projet de développement de l'agriculture biologiques à petite échelle, à l'installation de jeunes agriculteurs et pécheurs pour un renouvellement et une vitalité des générations dans les zones rurales, à une nourriture et alimentation de qualité, au bien-être des animaux et à la protection de la biodiversité, de l'eau et du climat. C’est ainsi que l’UE peut devenir un acteur majeur de la question environnementale et climatique.

Ce nouveau modèle de développement doit être élaboré démocratiquement, en associant les états et en venant en appui aux politiques mises en œuvre au niveau national. Un fonds de développement social et écologique européen, au contrôle et aux décisions duquel sont associés les états membres, doit être mis en place pour ce faire.

La défense et l’extension des services publics, au niveau national et au niveau européen, sont des outils pour mettre en œuvre une nouvelle politique de développement qui prenne le contre-pied de la logique libérale. Cela doit s’appuyer sur un outil de contrôle transparent et démocratique. Un observatoire de la dégradation des services publics, avec des critères communs dans chaque pays, doit être instauré. Pour les pays qui le souhaitent, différents services publics nationaux peuvent se rapprocher afin de prendre en compte les défis communs qui se posent pour les peuples d’Europe.

3 / Lutter contre les inégalités et pour l’emploi, rompre avec le dumping social

La lutte contre le dumping social est un élément fondamental si l'on veut que l’idée de solidarité et de rapprochement entre les peuples européens subsiste. L’Europe doit agir pour faire converger les droits sociaux et démocratiques en vigueur dans les états membres vers le haut pour mettre fin au dumping social. Nous exigeons l’introduction d’un principe de non- régression sociale dans l’UE qui permette de n’appliquer des dispositions de l’UE en matière sociale et environnementale que si elle est supérieure à la législation nationale. La directive sur les travailleurs détachés, qui organise une différence de traitement, pouvant aller jusqu'à 30 % de la rémunération doit être retirée. Et une nouvelle directive affirmant le principe « à travail égal, salaire égal » doit être adoptée. D'une manière générale l'objectif doit être d'assurer progressivement à tous les travailleurs l'égalité de traitement en termes de salaire et de protection sociale et de conditions de travail.

Le droit à un revenu décent pour toutes et tous implique d'assurer réellement l'égalité femmes/hommes en matière de salaires et de progression de carrière. Selon les chiffres d'Eurostat de 2012, le taux d'emploi chez les 20-64 ans est inférieur de 12 points chez les femmes par rapport aux hommes (58% contre 70%). L'écart de rémunération est de 16%. Les contrats à temps partiels sont de 32% pour les femmes et de 9% pour les hommes. 21% des Européennes ont un revenu inférieur aux salaires minimums. Bien que les traités européens promeuvent officiellement l'égalité femmes-hommes, la réalité est tout autre.

La réduction du temps de travail pour toutes et tous doit être encouragée dans toute l'Europe, pour faire reculer le chômage et permettre l'accès à l'emploi des jeunes. La suppression du temps partiel imposé, la lutte contre la division sexuée du travail, la mise en place et le renforcement d’un véritable service public de la petite enfance et d’un système européen de congé parental égal et intransférable entre les femmes et les hommes feront reculer les discriminations dont sont victimes les femmes. Un revenu suffisant pour vivre dignement doit être assuré pour chacun, y compris pour les personnes sans emploi.

Le plan de développement européen, la réduction des inégalités salariales et la défense de l'emploi en Europe pose la question de la manière dont l'UE s'inscrit dans le commerce international. La rupture avec le TTIP, CETA et TISA doit être immédiatement opérée. Il s'agit pour le PGE, comme pour d'autres secteurs, d'une revendication politique immédiate majeure. Le PGE entend renforcer et élargir les cadres unitaires de campagne pour la fin des négociations sur le TTIP, CETA et TISA. Le PGE appelle au développement de la mobilisation contre le CETA afin d’empêcher sa ratification par les Parlements nationaux et régionaux.

L'UE doit opposer au système de libre-échange et de baisse des normes sociales et environnementales des règles rendant les échanges mutuellement avantageux.

4 / Se réapproprier l’argent : rompre avec le dumping fiscal, lutter contre l’évasion fiscale, reprendre le pouvoir sur les banques et sur l'Euro

L'Europe doit combattre le dumping fiscal. Le cadre actuel permet la floraison de paradis fiscaux et organise la compétition fiscale entre les pays. Aujourd'hui, l'Allemagne, le Royaume-Uni, l’Irlande, les Pays-Bas et d’autres pays de l’UE entrent de plus en plus de facto dans cette catégorie. Les affaires luxleaks et swissleaks ainsi que les Panama Papers ont révélé l’ampleur de ce système organisé. Le démantèlement des paradis fiscaux et la lutte sans concession contre l’évasion fiscale et contre toutes les formes de criminalité financière sont des enjeux majeurs pour l’Europe. Il s’agit d’un chantier et une lutte structurants pour les prochaines années, afin de bâtir un système fiscal qui servent les intérêts de plus grand nombre et qui soit au service du bien commun. Un système fiscal qui transférera le fardeau fiscal des classes populaires et moyennes vers les classes supérieures, afin d'aider les couches sociales les plus vulnérables, de remédier aux inégalités existantes et de promouvoir une croissance en faveur de l'intérêt public. Dans ce combat, nous devons construire un large front pour lever le voile du secret qui entoure les places financières et les paradis fiscaux qui, en plus d'offrir une taxation très faible ou nulle, constitue également des destinations pour couvrir des activités potentiellement illégales. Les intérêts des peuples doivent reprendre le pas sur les intérêts protégés des multinationales. Les mouvements de capitaux doivent être contrôlés et les opérations à visée uniquement spéculative prohibées. Une taxe sur les transactions financières et un impôt sur le capital, entre autres, pourraient financer un fonds européen de développement social et écologique, qui pourra ainsi être financé par un investissement massif annuel. Le PGE étudiera la proposition de la CES d’un plan d’investissement à hauteur de 2% du PIB européen pendant 10 ans.

La rupture avec l’austérité implique la rupture avec la dictature de la dette. La dette des états des pays d’Europe du sud doit être annulée ou renégociée par une conférence européenne de la dette. En premier lieu, l'exigence du gouvernement grec de renégociation de la dette doit être entendue par le conseil européen et la commission européenne.

Se réapproprier l'argent implique de refonder le rôle des banques dans tous les pays européens et l'architecture de la zone Euro. La mise en place d'un contrôle démocratique de la BCE, ainsi que de la réforme de son rôle et de son fonctionnement exige des changements fondamentaux. La BCE doit s’engager en faveur de la défense de l’emploi et du développement écologiquement soutenable. Elle doit pouvoir prêter aux Etats en dernier ressort. Pour les états qui souhaitent en faire partie, l’union monétaire doit également être refondée. L’Euro est devenu aujourd’hui une arme de guerre des classes dirigeantes. Il faut rompre avec la conception de l'Euro comme instrument disciplinaire. La conception de la monnaie européenne doit être profondément refondée. La monnaie doit être un outil au service de l'économie réelle, de nouveaux objectifs de développement industriel, agricole, social, écologique et du bien commun, et non un fétiche. Les peuples doivent reprendre la main sur l’Euro. A l'intérieur de la zone Euro, la monnaie doit être utilisée de manière commune et concertée en incluant des mécanismes prenant en compte les évolutions économiques et sociales des différents états. En tout état de cause, aucun pays ne peut se voir obligé de rejoindre la zone Euro. Un pays qui décide démocratiquement de quitter l’Euro doit pouvoir le faire sans subir de mesures punitives, de pressions et de chantage.

Le PGE poursuit la réflexion et le débat sur la monnaie unique et étudie les alternatives qui ne pénaliseraient pas les peuples et ne remettraient pas en cause leurs conquêtes sociales et démocratiques.

5/ Pour une Europe de la transition écologique et énergétique socialement juste

L'urgence est à la construction d'une Europe « bas carbone » qui doit montrer l'exemple avec de nouvelles politiques publiques énergétiques, de transport, du logement ou encore de l'agriculture. Les mix énergétiques doivent être composés d'énergies les plus décarbonées possibles avec une emphase croissante sur les sources renouvelables. Les choix de production et d’investissement doivent être opérés suivant des critères de préservation des écosystèmes locaux et de protection de la biodiversité. Nous refusons le productivisme et le consumérisme capitalistes. Le PGE privilégie des différentes modes de production, découlant de politiques industrielles qui permettent la création de technologies propres, qui sont respectueuses de l'environnement. L’Europe est un espace politique qui permet de porter la lutte contre le réchauffement climatique à une échelle continentale, pour développer les énergies écologiquement soutenables et promouvoir des économies d’énergie. Tout pas en avant vers le progrès social est indissociable de la mise en œuvre de la transition écologique et énergétique. Il s’agit d’un processus de long terme dans lequel les efforts pour « verdir » le capitalisme n’ont pas leur place. La logique du profit à court terme n’est pas compatible avec la préservation des écosystèmes. Cela implique que les peuples s’approprient les questions environnementales et énergétiques. La question de l’accès aux ressources naturelles qui se raréfient, telles que l’eau, les surfaces cultivables ou les énergies fossiles, deviennent des enjeux géopolitiques majeurs. La COP 21 s’est fixé des objectifs mais non les moyens de les atteindre. L’Accord de Paris sur le climat est un pas dans la bonne direction mais il reste très insuffisant. La réduction des émissions de CO2 est un objectif politique majeur pour limiter le réchauffement climatique à 2 degrés : elle devrait représenter 75% des émissions actuelles en 2030. Les objectifs de réduction des émissions de CO2 à 30% en 2020 et à 40% en 2030 sont bien trop bas. Les économies d’énergie et le développement, par un développement des investissements publics, des énergies écologiquement soutenables sont absolument nécessaires. Cela concerne en premier lieu les transports et l’industrie. L’extraction des gaz de schiste doit cesser. L’Europe doit agir pour mettre fin à la spéculation sur les matières premières.

Nous défendons une Europe autosuffisante pour les produits alimentaires majeurs. L’avenir de la politique agricole et alimentaire européenne doit être décidé dans le cadre de politiques publiques qui répondent aux besoins réels et aux défis de la santé publique. L’usage des pesticides polluants doit être abandonné. Nous portons l’ambition de fournir à tous une alimentation variée et de qualité. Les politiques agricoles européennes soient un bouclier contre l’intrusion des marchés spéculatifs dans le domaine de l’agriculture. Nous défendons une nouvelle politique agricole qui puisse rompre avec les logiques productivistes et être mise au service d’une agriculture qui garantisse des prix de base stables aux agriculteurs et aux pêcheurs. Les aides doivent être conditionnées en fonction de la production, des enjeux écologiques et de la fragilité des filières. La production agricole doit respecter une conception juste et bénéfique pour tous des échanges internationaux avec les pays en développement.

6/ Pour une Europe de l’égalité des droits pour toutes et tous

Le PGE se place dans l’héritage de celles et ceux qui ont fait prévaloir en Europe et dans le monde les « droits naturels et imprescriptibles » de toutes les femmes et de tous les hommes et entend poursuivre leur combat. Comme le disait la déclaration des droits de 1793 : « Il y a oppression contre le corps social, lorsqu’un seul de ses membres est opprimé. Il y a oppression contre chaque membre lorsque le corps social est opprimé ». La violence de l’offensive néoconservatrice et la menace des hystéries ethnicistes à travers le continent européen fait de la question de la défense et de l’extension des droits humains un terrain d’affrontement majeur. Le PGE se place au premier rang des défenseurs d’une société de liberté et d’égalité. La lutte contre le racisme, la xénophobie et les conceptions essentialistes de la nation fondées exclusivement sur le sang est une de priorités. La lutte contre le terrorisme ne doit pas mener à une réduction des libertés publiques.

Les droits politiques et syndicaux doivent être partout défendus. L’état d’exception qui s’instaure peu à peu dans divers pays européens doit être aboli. La criminalisation des mouvements sociaux et des mouvements démocratiques doit être combattue. Un véritable pluralisme et une véritable indépendance de la presse, contre les intérêts des grands groupes de médias, assuré.

Partout en Europe, les droits politiques, sociaux, démocratiques et plus largement l’ensemble des droits humains doivent être alignés sur le mieux-disant. Les travailleurs d’Europe ont besoin de droits communs forts en matière de droit du travail et de droit d’accès à une sécurité sociale, surtout dans un contexte de développement des mouvements transfrontaliers de main d’œuvre.

C’est également le cas de l’application de l’égalité femmes-hommes dans les domaines économiques et politiques. L’égalité salariale entre les femmes et les hommes est un impératif immédiat. Partout en Europe les femmes doivent pouvoir disposer librement de leur corps. Nul ne peut être vendu ou contraint à louer son corps. Nous appelons au renforcement de la lutte contre les trafics humains. Nous défendons la perspective de l’abolition de la prostitution.

Le droit d’accès à une éducation laïque, de profiter d’un système de santé performant, de vivre dans un environnement sain, de pouvoir s’exprimer librement, le droit à la sureté, le droit d’accès à un système juridique indépendant des pressions et permettant à un procès équitable ainsi que la résistance à l’arbitraire doivent être assurés partout en Europe. Les LGBTIQ sont victimes de discriminations voire, dans un certain nombre de pays, de persécutions, à l’école, sur les lieux de travail, dans l’accès aux traitements médicaux, avec souvent la complaisance des autorités étatiques et des forces de police. Ils sont la cible des discours conservateurs sur la famille qui veulent renforcer le patriarcat. Dans la plupart des pays européens, les transgenres sont souvent privés du droit à l’autodétermination de leur identité de genre.

L’éducation joue un rôle important dans la formation des citoyennes et des citoyens. Nous défendons une conception de l’éduction qui rompe avec l’idée d’une formation utilitariste adaptée uniquement pour les besoins économiques immédiats. L’éducation doit préparer les futurs citoyens délivrés des préjugés liés aux origines ou au sexe. Elle doit combiner la transmission des connaissances avec celle du savoir-faire. L’école doit être gratuite, laïque, délivrée de l’emprise des intérêts privés. L’université et la recherche doivent être libérées des pressions économiques.

Le PGE se bat pour l’harmonisation des droits et un alignement des politiques économiques, sociales et fiscales tirant vers le mieux disant en Europe.

7/ Pour une Europe espace de paix et de sécurité

Une coopération régionale de progrès pourrait considérablement transformer le cours de la mondialisation en faveur d’un monde de paix et d’échanges internationaux équitables pour tous, répondant aux besoins humains et aux défis environnementaux mondiaux.

La politique de voisinage et de relations internationales de l’Europe doit être guidée par les principes de coopération, de co-développement, notamment avec les pays méditerranéens, africains, asiatiques et latino- américains.

L’Amérique Latine et les Caraïbes sont redevenues un front d’offensive des classes dominantes qui veulent récupérer leur influence perdue et renverser les gouvernements progressistes de la région qui défendent les droits des peuples contre les intérêts capitalistes et impérialistes. Le PGE travaille avec les partis alliés de la région, pour que les intérêts du plus grand nombre priment sur ceux des 1%.

Les accords d’association avec l’UE doivent être un levier de progrès social et de défense des droits. Ils peuvent être suspendus. C’est notamment le cas de l’accord avec Israël qui doit être suspendu aussi longtemps qu’Israël viole les droits humains internationaux. L’Europe doit être un levier pour la paix et la défense des droits des peuples, notamment dans son voisinage immédiat, au Proche-Orient et en Ukraine.

Il est nécessaire de prendre les initiatives diplomatiques nécessaires pour faire naître des solutions politiques aux conflits du Proche et Moyen-Orient, rétablir une paix juste dans cette zone et promouvoir un développement économique et social répondant aux besoins fondamentaux des peuples. L'ensemble des pays européens et l'UE elle-même doivent reconnaître la Palestine. La Gauche Européenne défend l’établissement d’une paix juste et durable entre Israéliens et Palestiniens, en application des résolutions de l’ONU, c’est-à- dire la reconnaissance d’un état palestinien viable dans les frontières de 1967 avec Jérusalem-Est comme capitale.

Une solution politique doit être trouvée pour la reconnaissance des droits du peuple sahraoui, par la tenue du referendum d’autodétermination.

Le PGE s’oppose à la militarisation accrue de la politique étrangère de l’UE et à la participation des forces militaires des pays européens à des opérations extérieures. La présence agressive de l'OTAN en Europe doit être combattue, et le combat doit s'amplifier pour la dissolution de l'OTAN. Nous devons nous opposer résolument au diktat de l'OTAN cherchant à que les nations européennes consacrent au moins 2 % de leurs PIB aux fins militaires. Les investissements militaires renforcés des états-Unis notamment en Europe de l'Est doivent faire l'objet d'une condamnation. Les installations en cours de construction ou déjà opérationnelles du bouclier anti-missile doivent être démantelées immédiatement. Le renforcement de la militarisation des sociétés en Europe de l'Est, par la création de milices provenant souvent de milieux ultra- nationalistes, doit être combattu. L'Union Européenne et la Russie doivent retrouver le moyen d'un dialogue apaisé et constructif, en mettant sur la table l'ensemble des sujets de friction, militaires, politiques, territoriaux, énergétiques.

Le problème Chypriote est essentiellement un problème international d'invasion et d'occupation illégale, en violation des principes fondamentaux du droit international et de la Charte des Nations Unies, mais il a également un aspect interne, de restauration des relations entre les deux communautés de Chypre, le Chypriote Grec et le Chypriote Turc. Les négociations entre les dirigeants des deux communautés à Chypre, qui se déroulent sous les auspices de l'ONU, sont à un moment crucial. La solution pacifique globale du problème Chypriote doit être conforme aux accords de haut niveau de 1977 et 1979, à la Charte des Nations Unis, au droit international et à l'acquis communautaire de l'UE. Elle doit respecter le cadre convenu pour un Etat Fédéral, bizonal et bicommunautaire doté d'une souveraineté unique, d'une personnalité internationale unique et d'une citoyenneté unique, comme il est prescrit dans de nombreuses Résolutions du Conseil de Sécurité de l'ONU. Dans le même temps, elle doit prévoir l'égalité politique des deux communautés dans le cadre de la fédération, comme cela a été formulé par les Résolutions de l'ONU.

Le Parti de la Gauche Européenne soutient les négociations en cours et rappelle le rôle décisif, coopératif et constructif des forces de gauche dans la défense du droit du peuple Chypriote, des Chypriotes Grecs et des Chypriotes Turcs, de vivre dans un pays réunifié et libre. Pour cette raison, la solution doit prévoir le retrait des troupes d'occupations Turques et des colonisateurs, la fin du système anachronique de garanties étrangères et rétablir l'unité et l'intégrité territoriale de la République de Chypre. Elle devrait aussi restaurer et protéger les droits de l'Homme et les libertés fondamentales de tous les Chypriotes, y compris celles du droit au retour des réfugiés dans leurs maisons et dans leurs propriétés.

Il faut rompre avec l’idée d’«Europe forteresse». L’Europe et les états membres doivent accueillir décemment les migrants, dans un contexte où la crise de la mondialisation libérale, les guerres, le chaos et la barbarie ravagent des régions entières du globe. La politique envers les migrants doit mettre en avant le critère de responsabilité européenne partagée. Cela implique également de lutter contre la surexploitation au travail et le travail illégal. Les accords de Schengen doivent être renégociés en faveur de politiques nouvelles concernant les migrations internationales et la liberté de circulation, devenues un phénomène structurel à l’échelle de la planète, et de co-développement.

L’Afrique représentera dans quinze ans le quart de l’humanité. A la fin du siècle, la moitié de la population mondiale de 15 à 64 ans sera africaine. Au-delà des urgences, il est nécessaire de travailler à un partenariat pour un codéveloppement durable entre les pays européens et africains. L’Afrique sub-saharienne présente un enjeu crucial pour le XXIe siècle, du point de vue de l’explosion démographique et du retard économique. La paix et la prospérité de la planète dépend donc en grande partie des réponses qui doivent être apportées à ces défis: assurer un emploi et l’accès aux biens et aux services fondamentaux à la population. L’exploitation des ressources naturelles doit être confisquée aux grandes multinationales pour revenir aux peuples.

Conclusion : les axes de campagne

Le PGE entend décliner ces axes politiques en axes de campagnes larges et ouvertes, en renforçant les actions déjà engagées :

 Pour une Europe qui permette aux peuples de reprendre la main sur les choix économiques : pour la sortie du pacte budgétaire, pour un plan d'investissement européen, en faveur de l'emploi, des services publics et de la transition écologique et énergétique soumis à l’acceptation des pays membres, pour la restructuration et la renégociation de la dette, pour une réforme profonde et la réorientation des injections monétaires de la BCE en faveur d'une politique de développement utile pour tous. Pour une harmonisation sociale seule à même d’empêcher le dumping généralisé entre les Etats-membres. Cela signifie remettre en cause les Traités Européens existants, à commencer par celui de Lisbonne, ainsi que les mécanismes de gouvernance économique, le pacte budgétaire et le semestre européen.

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 Pour la constitution d’un large front populaire et progressiste de la gauche contre l’extrême-droite et le fascisme.

 Promouvoir une large unité entre la classe ouvrière et les pauvres en luttant contre la pauvreté et en promouvant la solidarité.

 Pour la lutte contre l’évasion fiscale. Impunité 0 contre l’évasion fiscale.

 Pour la réduction du temps de travail, un revenu décent pour tous et une politique publique

d’investissements en faveur de l’emploi.

 Pour la rupture des négociations du TTIP, TISA et pour l’empêchement de la ratification du CETA.

 Pour l’égalité des droits pour toutes et tous : pour l'égalité femmes/hommes dans tous les

domaines.

 Pour un accueil digne et une politique d'aide des migrants et des réfugiés.

 Pour un changement fondamental dans le système énergétique, avec une réduction drastique des

émissions de CO2 et un avenir basé sur une énergie écologiquement durable.

 Pour une Europe promotrice de la paix: pour le désarmement nucléaire, pour le démantèlement du bouclier anti-missiles, pour une initiative de paix au Proche et au Moyen-

Orient. Le PGE soutient les mouvements pacifistes et les campagnes de désarmement.

III. Changer les rapports de force partout en Europe

1/ Promouvoir l’unité pour un front commun des forces de progrès

Nous avons des leçons importantes à tirer des trois années écoulées. L’arrivée au pouvoir d’un gouvernement de gauche en Grèce montre tout à la fois que des victoires sont possibles et que le changement des rapports de forces politiques dans un seul pays ne suffit pas. Il faut ouvrir des brèches dans les autres pays pour renverser le rapport de force en Europe. L'expérience de la Grèce est en cours et le peuple grec aura à nouveau besoin de gagner des batailles européennes face à la troïka et dans l'Eurogroup.

Les progrès des convergences à gauche en Europe ces dernières années démontrent que l’unité sur un contenu n’est pas un vain slogan. L’évolution des rapports de force en Europe peut dessiner progressivement un autre futur possible pour rompre à la fois avec les logiques austéritaires, les politiques néolibérales et les logiques xénophobes d’où qu’elles viennent.

C'est le défi pour l'ensemble des forces de la gauche européenne. Il faut des victoires qui rendent crédibles, dans nos pays et au niveau européen, une alternative de gauche. Ce qui est vrai pour la Grèce ou pour le Portugal, sera vrai également si dans les années prochaines une autre force de gauche est amenée aux plus hautes responsabilités.

Pour lutter plus efficacement contre la poussée des forces xénophobes, développer un projet politique crédible alternatif à l’austérité, contester l’attitude défaitiste et l’orientation libérale de la majorité des directions sociales-démocrates, la gauche doit se donner les moyens de travailler à la refondation d'un nouveau front historique, majoritaire et susceptible d'unir les forces sociales ayant intérêt au changement, autour des questions de justice sociale, des droits fondamentaux et de la souveraineté populaire.

Notre objectif est tout simplement d'unir tous les secteurs de la population ayant intérêt à en finir avec les dévastations d’un capitalisme prédateur, en particulier les couches populaires, qui forment la majorité de la population, dont le niveau de vie stagne ou diminue.

Des brèches existent. Des secteurs sont disponibles ou susceptibles de l’être : ce sont les énergies politiques, sociales, citoyennes, intellectuelles qui affichent leur opposition à la doxa budgétaire et austéritaire. Le PGE appelle donc à unifier le plus largement à gauche tous ceux qui partagent la volonté de porter un coup d’arrêt aux dévastations provoquées par des politiques ruinant jusqu’à l’idée même d’un rapprochement entre les peuples européens.

Les organisations syndicales qui luttent pour les intérêts des travailleuses et des travailleurs sont des points d’appui fondamentaux pour refonder l’Europe. Un mouvement syndical actif est nécessaire pour rompre avec les politiques d’austérité. Des mouvements sociaux organisés à l’échelle européenne, à l’image de celui des dockers contre la directive de libéralisation des ports, le sont également. Le PGE soutient leur développement. Le PGE est disponible pour travailler à l’échelle européenne avec la CES et les organisations syndicales disponibles afin de porter un projet européen au bénéfice des travailleurs. Le PGE reconnait l’importance cruciale des Syndicats et des mobilisations sociales pour changer le rapport de force dans le monde du travail et plus largement dans le peuple. Nous apporterons notre soutien aux travailleurs en grève et nous faciliterons toutes formes de solidarité et d’informations sur ces mobilisations en Europe.

La bataille culturelle revêt une importance cruciale. La diversité culturelle des peuples d’Europe est une richesse et elle doit être préservée. Les classes dirigeantes utilisent l’arme culturelle pour imposer leurs propres représentations aux peuples et pour légitimer l’offensive néo-libérale et néo-conservatrice dans les consciences et les représentations, souvent en dévoyant les concepts politiques et sociaux venus de la gauche. La culture pour la gauche européenne est un outil d’émancipation pour faire avancer les idées de liberté, de résistance à l’oppression, de solidarité et de défense du bien commun.

La rapidité des évolutions politiques ces derniers mois montre qu'une telle vision est réaliste. L'arrivée au pouvoir de Syriza en Grèce, malgré les coups de barrage et les coups de force imposés par les classes dirigeantes européennes, l'élection de Jeremy Corbyn à la tête du Parti travailliste, la poussée de la gauche au Portugal, les changements en Espagne illustrent ces possibilités. Le PGE affirme sa volonté de travailler avec toutes les forces de gauche engagées dans l'opposition d'austérité, même quand des débats les traversent sur les solutions à la crise européenne. Il affirme aussi sa volonté de travailler avec les sociaux-démocrates qui n’acceptent pas de renoncer aux valeurs de la gauche et refusent de relayer l’offensive néo-libérale. Le PGE souhaite approfondir les relations avec les forces écologistes qui ne se résignent pas au « capitalisme vert » et qui partagent le souci d’allier transformation sociale et transformation écologique.

De plus, l'émergence dans toute l'Europe de mouvements citoyens, et de forces politiques qui, de manière parfois confuse, s'en réclament, montrent qu'il existe une volonté importante en Europe de réappropriation par la population des outils de la puissance publique et de la souveraineté populaire ainsi qu'une demande d'invention de nouvelles formes d'interventions politiques. Les aspirations concernent aussi bien des revendications concrètes par exemple la question du logement, de l'eau, de l'énergie, du climat ou des exigences de transparence politique, de démocratisation de l’espace public. Ces mouvements remettent au cœur du débat public la question centrale du bien commun.

2/ Construire un cadre permanent des forces de progrès en Europe

Le PGE s'est lui-même construit en rassemblant des forces issues de traditions diverses. Il a su avancer grâce au consensus qui a respecté sa diversité. En même temps, il a gagné en cohérence. De nouveaux débats nous traversent liées aux défis de la nouvelle phase en cours. Nous devons mieux travailler en permanence avec des forces nombreuses qui ne rejoindront pas le PGE.

Partant de l'état réel des rapports de forces en Europe, notre parti européen décide de prendre les initiatives nécessaires pour franchir une nouvelle étape dans notre ambition de convergence et de solidarité des forces progressistes. La question centrale est celle de la construction permanente de la coopération avec toutes les forces progressistes d'Europe. Et cela de manière résolument audacieuse. Nous devons travailler avec toutes les forces présentes dans la GUE-NGL. La GUE-NGL joue un rôle majeur dans la défense des principes de solidarité, de justice, des droits humains, des droits des femmes, des services publics et de la paix. Nous devons également travailler avec les nouvelles forces de gauche qui émergent dans différents pays européens, comme en Espagne, en Belgique, en Irlande, en Pologne, dans les pays des Balkans, ainsi qu’avec de nouveaux mouvements ou de nouvelles initiatives citoyennes, sans exclusive sur le rapport critique aux institutions et à la monnaie européennes. .Il existe aussi des forces désormais disponibles au travail commun parmi les écologistes ou certains secteurs de la social-démocratie.

Pour cela, le PGE souhaite renforcer les initiatives d’ores et déjà lancées, telles que le forum du sud à Barcelone, le forum des alternatives à Paris et l’Alliance contre l’austérité à Athènes. Ces cadres permettent la rencontre avec les mouvements sociaux, citoyens et intellectuels. Les Initiatives citoyennes européennes sur l'eau, sur le TTIP et les campagnes sur l’égalité femmes/hommes et les droits des femmes sont encore d’autres lieux d’élaboration et d’actions communes et pluralistes auxquels le PGE participe fortement.

Se pose aujourd'hui la question d'un nouveau saut qualitatif dans cette démarche. Les défis de l’heure illustrent la nécessité de nouvelles alliances élargies. Nous appelons à la création et à la structuration d'un nouvel espace politique de convergence à l'échelle de l'Europe, qui pourrait dans un premier temps être un forum politique européen annuel. Cet espace aura pour vocation de regrouper toutes les forces politiques, sociales, syndicales, intellectuelles, associatives qui aujourd'hui, cherchent des voies de sortie de crise par le progrès. Ces différentes forces peuvent ne pas être entièrement d’accord sur la meilleure manière de mener la bataille. L’essentiel est de partager un objectif commun. Le forum de Sao Paulo montre une voie possible. Le spectre politique couvert est délibérément large, regroupant les forces partageant le même souci de défense des droits humains, des droits sociaux et de la souveraineté populaire. Il s’agirait à la fois d’un lieu d’échanges d’expérience, d’élaboration et d’actions. Cela mettra en valeur les intérêts historiques convergents dans la situation actuelle, en partant des rapports de force réellement existant, en portant notre regard au-delà des divergences sur des questions conjoncturelles.

Pour remplir cet objectif et se mettre au service de cette ambition, le PGE propose donc à toutes les forces disponibles la construction d'un Forum européen annuel ouvert à toutes les forces politiques, démocratiques et progressistes en Europe. Ce Forum permettrait d'établir les batailles communes pour construire de nouveaux rapports de force en Europe. Il devrait être ouvert, pluriel et participatif, avec des mouvements et des intellectuels, pour un travail de convergence.

Le PGE propose la tenue de ce premier Forum à l'automne 2017 à Marseille.

Le PGE qui accueille de nouvelles forces et compte aujourd'hui 38 partis membres, observateurs ou partenaires issus de 25 pays européens, s'engagera dans ce projet dans le respect de tous et sous la responsabilité de ses nouvelles instances de direction et de représentation, la Présidence collégiale, le secrétariat politique et le Bureau exécutif.

Plus globalement, le PGE fera désormais le point de son action, non seulement lors de ses Congrès tous les trois ans, mais tous les ans lors d'une Assemblée générale annuelle telle que définie par ses statuts.

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6 janvier 2017 5 06 /01 /janvier /2017 07:25
WOLFGANG SCHÄUBLE, « LE FOSSOYEUR DE L’EUROPE » ! - par Francis Wurtz

Le dernier coup de Jarnac de l’indigne M. Schäuble contre la Grèce dépasse l’entendement ! Elle fait suite à bon nombre d’autres manifestations de la vision repoussante de « l’Europe » qu’incarne mieux que quiconque le ministre des finances du gouvernement Merkel.

Rappelons les faits en question . Le gouvernement Tsipras, ayant enregistré un excédent budgétaire (hors service de la dette) supérieur à ce qui était exigé par les créanciers, a décidé de piocher dans ce surplus pour alléger un peu le calvaire de deux catégories de la population particulièrement sinistrées : les retraités les plus modestes et les habitants des îles où se concentrent des milliers de réfugiés. Aussitôt, à la demande expresse du grand argentier de Berlin, Athènes a été puni pour cette « action unilatérale intolérable » : l’allègement -lilliputien- du coût de la dette grecque, décidé au début de ce mois par les créanciers après d’interminables tergiversations, a été suspendu jusqu’à nouvel ordre ! Par cette sanction symbolique, Schäuble entend signifier spectaculairement au peuple grec que son sort dépend jusque dans le moindre détail du bon vouloir de ses créanciers.

Le ministre allemand est, certes, loin d’être le seul responsable européen à nourrir une obsession maladive de la « discipline budgétaire », et à se montrer imperméable à toute forme de solidarité ! Mais il y ajoute, à un degré inédit, un esprit de domination et une volonté de briser, voire d’humilier tous les récalcitrants -surtout s’ils sont en situation de faiblesse .

On en avait eu une illustration fin 2012 puis à nouveau en janvier 2013, lorsque la République de Chypre (membre de la zone euro) avait demandé avec insistance une aide financière d’urgence, son système bancaire ayant été gravement déstabilisé du fait de son exposition à la Grèce. Schäuble s’y opposa chaque fois : « Il faut vérifier si Chypre constitue un danger pour la zone euro dans son ensemble » osa-t-il répondre à ce petit pays aux abois ! Ce n’est que, des mois plus tard, lorsque le risque de contagion à d’autres pays de la zone fut avéré, qu’il consentit une « aide »…moyennant des « contreparties » à la limite du supportable pour la population.

Même quand elles émanent de son propre camp, les critiques lui paraissent intolérables. Exemple : la Commission européenne tente-t-elle de se racheter auprès des opinions publiques en suggérant, le 5 décembre dernier, pour la première fois, de songer à sortir de la politique d’austérité à tout crin ? Elle est immédiatement remise en place par le bras financier d’Angela Merkel : « le rôle de la Commission est d’évaluer si les budgets de chacun des pays correspondent aux règles européennes ! » lance-t-il à l’adresse de Jean-Claude Juncker, pourtant peu suspect de transgression. De même, lorsque le Fonds Monétaire International (FMI) énonce, comme la plupart des économistes, cette évidence : « la dette grecque est à un niveau tout à fait insupportable et aucune réforme structurelle ne pourra la rendre supportable sans mesure d’allègement », Schäuble envisage de se passer du concours financier du FMI plutôt que de céder à ses pressions et renouvelle vis-à-vis de Tsipras son chantage au « Grexit » : « la Grèce doit faire des réformes ou quitter la zone euro ! » Ce à quoi de plus en plus de voix, y compris dans des milieux très favorables à l’amitié franco-allemande, rétorquent : « Ce n’est pas d’un « Grexit » que l’Europe a besoin, mais d’un « Schäubxit ». Wolfgang Schäuble est le fossoyeur de l’Europe ». (1)

——–
(1) « Eurojournalist », quotidien franco-allemand du Rhin supérieur (16/6/2015)

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5 janvier 2017 4 05 /01 /janvier /2017 12:43

2017, une année pour se souvenir de trois sombres anniversaires dans l’histoire de la Palestine

Seuls la résistance pacifiste des Palestiniens face aux épreuves qu’ils traversent depuis de nombreuses années et l’activisme de la société civile à l’échelle internationale semblent avoir la capacité d’agir positivement sur le statu quo.

Richard Falk, Middle East Eye, lundi 2 janvier 2017

Un drapeau national palestinien flotte au passage des soldats israéliens lors d'une manifestation commémorant le jour de l'indépendance de la Palestine à Hébron, en Cisjordanie, le 15 novembre 2016 (AFP)

Les Palestiniens semblent un peu plus chaque jour voués à se soumettre ou, tout au mieux, à devenir des citoyens de deuxième zone sur leurs terres natales. L’expansionnisme israélien, combiné au soutien inconditionnel affiché par les États-Unis et à l’impuissance des Nations-unies ne laissent entrevoir que des perspectives moroses quant à l’autodétermination du peuple palestinien et à une paix négociée qui prendrait à la fois en compte les droits et les attentes des Palestiniens et des Juifs.

Le fait de commémorer, en 2017, trois anniversaires majeurs pourrait nous aider à mieux comprendre l’histoire douloureuse du peuple palestinien au cours de ces 100 dernières années.

De telles commémorations pourraient peut-être même permettre de corriger les erreurs du passé et, mieux vaut tard que jamais, de soutenir les efforts, aussi modestes soient-ils, visant à trouver un moyen d’aller de l’avant. À l’heure actuelle, les initiatives les plus prometteuses sont celles qui s’inscrivent dans le cadre d’un mouvement de solidarité mondiale croissant dont l’objectif est d’instaurer une paix équitable pour les deux peuples.

Jusqu’à aujourd’hui, ni les Nations unies, ni les voies de recours diplomatiques traditionnelles n’ont semblé avoir un poids suffisant pour agir sur les forces sociales et politiques qui sont au cœur de la lutte palestinienne. Seules la résistance pacifiste des Palestiniens face aux épreuves qu’ils traversent depuis de nombreuses années et l’activisme de la société civile à l’échelle internationale semblent avoir la capacité d’agir positivement sur le statu quo et de leur permettre de garder espoir.

Des partisans pro-palestiniens appellent à la reconnaissance de l'État palestinien au Parliament Square de Londres le 13 octobre 2014 (AFP)

1917

Le 2 novembre 1917, le ministre britannique des Affaires étrangères, Arthur Balfour, a adressé une lettre ouverte au baron Lionel Rothschild, l’un des plus ardents défenseurs de la cause sioniste au Royaume-Uni, afin d’exprimer son soutien quant aux aspirations du mouvement. Le message est le suivant :

« Le gouvernement de Sa Majesté envisage favorablement l’établissement en Palestine d’un foyer national pour le peuple juif, et emploiera tous ses efforts pour faciliter la réalisation de cet objectif, étant clairement entendu que rien ne sera fait qui puisse porter atteinte ni aux droits civils et religieux des collectivités non juives existant en Palestine, ni aux droits et au statut politique dont les Juifs jouissent dans tout autre pays. »

Un premier questionnement est immédiatement soulevé par cette lettre : qu’est-ce qui a poussé le Royaume-Uni à prendre une telle initiative au beau milieu de la Première Guerre mondiale ? L’explication la plus spontanée est que la guerre ne se déroulait pas bien, ce qui a poussé les dirigeants britanniques à croire et à espérer que le fait de se rallier au mouvement sioniste inciterait les Juifs des quatre coins de l’Europe, en particulier en Russie et en Allemagne, à soutenir la cause des alliés.

Une seconde motivation consistait à servir les intérêts britanniques en Palestine que Lloyd George, alors Premier ministre, considéraient comme stratégiquement essentiels afin de protéger la route commerciale terrestre vers l’Inde et de garantir l’accès au Canal de Suez.

La Déclaration Balfour a fait l’objet de nombreuses controverses dès le jour de sa publication et ce, même au sein de la communauté juive. Le fait que le ministère britannique des Affaires étrangères se prononce en faveur d’un tel engagement constituait une initiative purement colonialiste qui ne traduisait pas la moindre volonté de prendre en compte les sentiments de la population, essentiellement arabe, vivant en Palestine à cette époque (les Juifs représentaient moins de 10 % de la population en 1917), ni le soutien international croissant affiché quant au droit à l’auto-détermination de tous les peuples.

L’opposition des Juifs face à Balfour

À l’initiative d’Edward Montagu, alors secrétaire d’État à l’Inde, d’éminents Juifs ont exprimé leur opposition à la déclaration, craignant qu’elle ne fasse naître un sentiment antisémite, en particulier dans les villes d’Europe et d’Amérique du Nord.

Le peuple arabe s’est par ailleurs senti trahi par l’initiative de Balfour car elle venait briser la promesse qui lui avait été faite d’obtenir son indépendance politique à l’issue de la guerre en contrepartie de son engagement dans les combats contre la Turquie. Elle présageait en outre de difficultés à venir du fait de la promotion, par la population sioniste, de l’immigration juive en Palestine face à la résistance de la population arabe indigène.

Il convient de signaler que même les dirigeants sionistes n’étaient pas pleinement satisfaits de la Déclaration Balfour. Son contenu laissait planer un certain nombre d’ambiguïtés délibérées. Les sionistes auraient par exemple préféré l’utilisation du déterminant « le » plutôt que « un » devant l’expression « foyer national ». Aussi, la promesse de protéger le statu quo des collectivités non juives était perçue comme une source de conflits dans le futur, même si cette déclaration de responsabilité colonialiste n’a au final jamais été suivie d’effets.

Enfin, le soutien affiché aux sionistes était en faveur d’un foyer national, et non d’un État souverain, alors que les Britanniques avaient accepté, lors de discussions non officielles, l’éventualité de l’émergence d’un État juif dès lors que la population juive serait devenue majoritaire en Palestine.

Il est bon de se souvenir de la Déclaration Balfour car elle témoigne de la transformation d’une simple ambition coloniale en un sentiment de responsabilité et une empathie humanitaire vis-à-vis du sort des Juifs d’Europe au sortir de la Seconde Guerre mondiale, alors qu’elle plongeait la population palestinienne dans un cauchemar sans fin qui lui offrait la déception et l’oppression comme seules perspectives d’avenir.

Le ministre britannique des Affaires étrangères, Arthur James Balfour, et sa lettre de 1917 (Wikipédia)

1947

À l’issue de la Seconde guerre mondiale, alors que le conflit palestinien atteignait des sommets et que l’Empire britannique se trouvait en mauvaise posture, le Royaume-Uni a fait le choix de renoncer à son mandat sur la Palestine et de laisser aux Nations-unies, qui n’en étaient alors qu’à leurs balbutiements, le soin de décider du sort du pays.

Les Nations-unies ont mis en place un groupe de haut niveau qui avait pour objectif d’élaborer une proposition, laquelle s’est traduite par un ensemble de recommandations débouchant sur la division de la Palestine en deux États : un État juif et un État arabe. Jérusalem a été placée sous contrôle international : la population juive, tout comme la population arabe ne pouvaient y exercer leur autorité dirigeante, pas plus qu’elles n’étaient en droit de revendiquer la ville au nom de l’appartenance à une identité nationale. Le rapport des Nations-unies a été adopté en tant que proposition officielle par le vote de la résolution 181 de l’Assemblée générale.

Le mouvement sioniste a accepté la résolution 181, tandis que les gouvernements arabes et les représentants du peuple palestinien l’ont rejetée, affirmant qu’elle allait à l’encontre de leur droit à l’auto-détermination et qu’elle était totalement injuste. À cette époque, les Juifs représentaient moins de 35 % de la population et se voyaient attribuer plus de 55 % du territoire palestinien.

Comme l’on pouvait s’y attendre, une guerre a éclaté et les armées des pays arabes voisins qui s’étaient engagés dans le conflit en Palestine ont été vaincues par les milices sionistes, particulièrement bien formées et armées. Israël a remporté la guerre ; ayant dépossédé plus de 700 000 palestiniens et détruit plusieurs centaines de villages palestiniens, son territoire s’étendait sur 78 % de la Palestine au moment de la signature de l’armistice. Cette période marque les heures les plus sombres de l’histoire de la Palestine, et reste connue sous le nom de nakba, ou catastrophe.

Des réfugiés palestiniens quittent la Galilée en octobre et novembre 1948 (Wikimédia)

1967

Le troisième anniversaire de l’année 2017 est associé à la guerre de 1967 qui a vu, une nouvelle fois, la défaite des armées des pays arabes voisins de la Palestine, ainsi que l’occupation par Israël de la totalité du pays, y compris de la ville de Jérusalem et de la bande de Gaza.

Le partenaire stratégique des États-Unis

La victoire israélienne a changé considérablement la donne. Autrefois perçue comme un fardeau stratégique, Israël a subitement été reconnue par les États-Unis comme un partenaire stratégique en droit de bénéficier d’un soutien géopolitique inconditionnel. En date du 22 novembre 1967, le Conseil de sécurité des Nations-Unies a décidé de manière unanime, par le vote de la célèbre résolution 242, que le retrait des forces israéliennes devait faire l’objet de négociations et que certaines frontières devaient être redessinées après accord des pays concernés, afin de parvenir à un accord de paix reposant notamment sur une résolution équitable du différend concernant les réfugiés palestiniens vivant dans toute la région.

Au cours des 50 années qui ont suivi, la résolution 242 n’a jamais été mise en œuvre. Bien au contraire, Israël a continué d’agrandir le territoire palestinien occupé en établissant des colonies et en construisant des infrastructures, à tel point qu’aujourd’hui, peu de personnes estiment qu’une coexistence entre un État palestinien indépendant et Israël est encore possible ou souhaitable.

Des manifestants palestiniens lors de la Journée de Jérusalem commémorant la « réunification » de la ville par Israël à l'issue de la guerre des Six jours, en 1967 (AFP)

Ces anniversaires marquent trois étapes à l’origine de la détérioration de la situation en Palestine. Ils témoignent également de l’incapacité des Nations unies et de la diplomatie internationale à résoudre le problème du partage du territoire entre Palestiniens et Juifs.

Il est désormais trop tard pour inverser complètement ces tendances fermement ancrées dans l’histoire. Tout le défi est aujourd’hui de trouver une alternative permettant à ces deux peuples de vivre, d’une manière ou d’une autre, soit ensemble soit au sein de communautés politiques distinctes.

Espérons qu’une solution satisfaisante puisse être trouvée avant qu’un nouvel anniversaire n’attire notre attention.

Richard Falk est un spécialiste en droit international et relations internationales qui a enseigné à l’université de Princeton pendant 40 ans. En 2008, il a été nommé par l’ONU pour un mandat de six ans en tant que Rapporteur spécial sur les droits de l’homme dans les territoires palestiniens.

 
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2 janvier 2017 1 02 /01 /janvier /2017 09:00
Alep: danse sur les décombres - une tribune du grand intellectuel libanais Elias Khoury (L'Autre quotidien)

Bachar Al Assad peut danser sur les décombres d'Alep, après son entrée avec avec son armée et les milices de ses alliés fondamentalistes dans la ville, se venger de sa citadelle et détruire le tombeau d'Al-Mutanabbi [1], annonçant sa victoire sur la belle ville et ce qu'il en reste.

Pendant ce temps, les pays arabes et de la région, qui ont rasé au sol le soulèvement populaire syrien avec de l'argent, du pétrole, du gaz et des armes inutilisables peuvent chanter, y compris en voyant comment leurs adeptes sont mis en déroute, parce qu'ils ont réussi à faire avorter l'idée de liberté et de dignité humaine qui avait amené des centaines de milliers de Syriens à occuper les rues pour monter à l'assaut du ciel avec leurs proclamations et en affrontant la mort.

Poutine peut se vanter que l'intervention de ses avions, de ses spécialistes et de la machine de destruction de la Russie ait fait de la Syrie un nouveau Grozny et ait réalisé le désir du petit dictateur syrien, qui avait lancé le slogan: "Asad ou nous brûlons le pays" .

La diplomatie US peut donner au monde une leçon de scélératesse, d'indignité et de mots vides de sens alors qu'elle assiste à une destruction de la Syrie, qui a réussi avec un coût beaucoup plus faible que celui de la destruction de l'Irak.

Le despote syrien a détruit son pays de ses propres mains, en se fondant sur une alliance noire régionale et internationale et croit pouvoir récupérer la Syrie détruite d'un aberrant Empire russe ou du rêve impérial iranien.

L'Israël raciste du Likoud peut se sentir en état d'ivresse au spectacle de la destruction de Bilad al-Sham opérée par le dictateur.

Enfin, les fondamentalistes peuvent être fiers du fait que leur répression du peuple syrien dans les zones dont ils ont pris le contrôle n'a pas été moins sauvage que celle du régime. Lorsqu'ils ont piétiné le drapeau de la révolution syrienne, ils ont foulé aux pieds le rêve démocratique. En cela, ils ont passé un nouveau test sanglant leur permettant de jouer de nouveaux rôles au service de leurs parrains directs et indirects.

Tous les assassins et les nervis se sont rassemblés pour assassiner la Syrie et humilier son peuple. Lorsque Razan Zaitouneh et Samira Khalil sont kidnappées à Douma, contrôlée par l'Armée de l'Islam, quand les fondamentalistes ne pensent qu'à humilier les femmes syriennes, lorsque les seules préoccupations de Daesh sont le kidnapping, l'assassinat et la destruction, nous revivons des scènes évoquant  la sauvagerie de la prison de Tadmor [2], l'insistance des shabbiha du régime pour obliger les détenus à déifier Asad, célébrant l'assassinat, le  viol et l'humiliation que ces shabbiha maîtrisent à la perfection, faisant revivre à la Syrie l'époque de Tamerlan.

Réjouissez-vous, meurtriers et ruffians, vous avez des bonnes raisons pour cela. La Syrie marque un basculement, annonçant l'effondrement des valeurs morales et humaines, et l'entrée du monde, sous la direction de l'occident US, dans un tunnel de sauvagerie et de racisme.

Nous ne voulons blâmer personne. Le peuple syrien a déclenché une révolution noble qui était un modèle de volonté, de détermination et de capacité de sacrifice d'un peuple affrontant la dictature et le despotisme. Les manifestations dans les villes et villages de Syrie, les slogans nationaux qui ont été réprimés par des balles, l'assassinat, la torture et l'humiliation indiquaient clairement que l'appel à la vérité et à la liberté peut créer son propre langage, malgré tout.

Nous ne voulons blâmer personne. Mais bien sûr, nous devons blâmer ceux qui sont apparus comme des dirigeants incapables de diriger, et ont été emportés par l'illusion d'une intervention étrangère, se précipitant, au moins certains d'entre eux, dans les bras du pétrole et du despotisme arabes, et mangeant la révolution de l'extérieur, par l'argent, les armes et la pensée fondamentaliste obscurantiste. Le peuple syrien s'est retrouvé seul dans sa confrontation avec les instruments aveugles de la mort. Oui, nous devons revoir  radicalement notre culture, non pas parce que c'est un simple problème culturel, c'est en premier lieu un problème politique et économique, mais pour remodeler les élites politiques et intellectuelles,  qui doivent recueillir l'héritage de ce sang syrien et en faire un fait historique en liaison étroite avec les gens et en partageant leur douleur et leur souffrance. Ainsi, nous pourrons convertir ce massacre et cette grande douleur en une histoire dans laquelle nous pourrons entrevoir un avenir de liberté. Oui, il ne faut pas pardonner aux assassins et aux voyous, et nous devons les juger dans notre conscience nationale à tout instant jusqu'à leur rendez-vous avec la justice. Oui, il ne faut pas oublier les longues caravanes de morts sous la torture et d'assassinés, les images d'enfants sous les décombres, les souffrances de millions de réfugiés et les lamentations des villes d'où la vie a été éradiquées.

Les assassins peuvent chanter, car le fascisme envahit le monde. Le nouveau président US incarne la vulgarité, la sauvagerie capitaliste et l'esprit de vengeance de l'homme blanc, car  il voit dans le dictateur arabe qui a détruit son pays le meilleur allié pour maintenir les Arabes dans la décadence,  l'humiliation et la frustration. En cela, il converge avec le tsar russe et le fasciste sioniste, qui ne voient dans nos pays que la destruction causée par le désert de sang. Les Syriens et les Syriennes, qui nous ont donné une leçon de sacrifice et de fierté, sont témoins aujourd'hui de la destruction de notre temps, mais ils et elles savent que les victoires du despotisme, du fascisme et du fondamentalisme aveugle ne sont rien de plus qu'une illusion.

Il est vrai que les images de destruction ont aveuglé les yeux et que les gorges ont été tranchées, les cadavres des enfants ont été déformés et la dignité humaine a été cachée par la poussière des bombardements. Mais ce que les dictateurs ignorent, c'est que ceux qui jouent avec la destruction finiront par en être victimes, et que leur joie d'aujourd'hui devant la destruction d'une terre et d'un peuple, est un moment qui ne peut durer. Un peuple qui a brisé le mur de la peur et s'est drapé dans la liberté ne peut retourner au temps de l'obscurité, si brutale que soit l'oppression.  Un peuple qui a démoli les statues du dictateur ne les  relèvera pas, même si toutes les forces de la terre l'y poussent. Un peuple aujourd'hui humilié dans des tentes pour réfugiés et dans des villes syriennes totalement dévastées n'acceptera pas l'humiliation. Le dictateur célèbre un fantasme de victoire :  oui, il a gagné, mais sa victoire est une illusion et il verra que personne ne peut jouer éternellement avec la mort.

Nous sommes dans le temps de la douleur, mais pas du désespoir. C'est le début d'un temps après le désespoir, que nous devons construire avec patience et en insistant sur le rêve de liberté.

 [1] Al Mutanabbi (Celui qui se dit prophète), 915-965 ap. J-C, considéré comme le plus grand poète arabe : "Je suis celui dont l'aveugle a lu la littérature/Et celui dont les paroles ont fait entendre le sourd". Assassiné pour un poème.

 [2] Tadmor : nom arabe de Palmyre. Un massacre de 500 à 800 détenus, principalement des Frères musulmans, a été commis par une soixantaine de soldats sous les ordres de Rifaat El Assad dans cette prison le 27 juin 1980, suite à un attentat raté contre Hafez El Assad. Cette prison construite par les Français dans les années 1930 et agrandie par le régime Assad dans les années 1970, a été détruite par Daech en mai 2015.

 

Elias Khoury (né à Beyrouth en 1948) est un romancier, dramaturge et critique libanais . Il a publié près de dix romans, qui ont été traduits dans beaucoup de langues étrangères, ainsi que de nombreux ouvrages de critique littéraire. Il a aussi écrit trois pièces de théâtre. Il est actuellement rédacteur en chef du journal Al-Mulhaq, le supplément hebdomadaire du quotidien libanais Al-Nahar, et est un intellectuel de renommée internationale.

 

 

Elias Khoury

Elias Khoury

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2 janvier 2017 1 02 /01 /janvier /2017 08:25
Israël-Palestine: "L'Etat binational est un concept fourre-tout": entretien de Médiapart avec l'historien Vincent Lemire
Israël-Palestine: «L'Etat binational est un
concept fourre-tout»
 PAR JOSEPH CONFAVREUX

Comment expliquer le bras de fer tardif entre l’administration Obama et le

gouvernement de Netanyahou ? Le discours prononcé par John Kerry sur Israël et la

Palestine a-t-il une portée autre que symbolique ? Entretien avec l’historien Vincent

Lemire.

Vincent Lemire est historien, maître de conférences à l’université Paris-Est / Marne-la-Vallée, directeur du projet européen «Open-Jerusalem ». Il vient de publier avec Katell Berthelot, Julien Loiseau et Yann Potin Jérusalem. Histoire d’une ville-monde (Champs-Flammarion).

Comment expliquer la très vive réaction de Netanyahou au discours de John Kerry qui n’énonce guère plus que ce que dit l’ONU depuis des décennies ? Est-ce un signe de fébrilité ?

C’est même un signe de faiblesse, totalement contre-productif. De même qu’il avait largement contribué à amplifier la polémique en critiquant les résolutions de l’Unesco sur Jérusalem en avril et en octobre derniers, Netanyahou crée de la tension et de la visibilité autour de ce discours, il met en scène l’isolement diplomatique croissant d’Israël, alors qu’il aurait pu se contenter d’un bref communiqué ironique sur le « testament diplomatique » d’une administration Obama sur le départ, puisque, effectivement, les paramètres posés par Kerry ne sont pas nouveaux.

Mais, selon moi, ce discours a quand même une portée historique, précisément parce qu’il est testamentaire. C’est un discours qui s’autorise à être vrai, sincère, avec une liberté de ton et de parole assez rare en diplomatie. Justement parce qu’il est sur le départ, Kerry peut se permettre de dire ses quatre vérités aux Israéliens, d’employer par exemple le mot de nakba, et d’essayer de sauver la possibilité d’une paix juste et durable, même si cette possibilité est infime.

C’est sans doute cette dimension historique qui fait réagir à ce point Netanyahou, en plus du fait qu’il a dans son gouvernement des ministres comme Naftali Bennett qui militent ouvertement contre une solution à deux États, et que par ailleurs il est personnellement encerclé par des affaires de corruption qui se rapprochent de plus en plus de lui. Or Israël, contrairement à d’autres pays, n’hésite pas à emprisonner ses dirigeants quand ils sont reconnus coupables (par exemple, récemment, l’ancien président Moshe Katsav et l’ancien premier ministre Ehud Olmert).

Ce discours de Kerry est donc autre chose qu’une communication hypocrite et tardive d’une administration Obama qui continue par ailleurs d’aider militairement et financièrement Israël, tout comme la dictature égyptienne en échange du maintien de la paix à la frontière sud d’Israël ?

On a assisté à l’intervention la moins hypocrite de Kerry depuis qu’il est secrétaire d’État. Il n’avait pas besoin de faire ce long discours, surtout après la résolution 2334 sur la colonisation. Il décide de s’exprimer pendant près d’une heure et demie, et seulement sur Israël et la Palestine. Le long développement qu’il a effectué sur la possibilité et les risques d’un État binational, en rappelant qu’il ne pourra alors pas être à la fois juif et démocratique, mais qu’il devra choisir entre ces deux exigences, cela avait déjà été formulé par de nombreux observateurs, mais jamais avec une telle netteté par un secrétaire d’État américain.

Le discours de Kerry est historique au sens premier du mot, en ce qu’il cristallise un moment historique, et il est paradoxal comme l’est le moment historique que traverse le Proche-Orient ; en tout cas il est puissant et ses effets seront durables, comme c’est le cas pour un testament. D’un côté, il marque la fin de la fin du processus d’Oslo, même s’il réanime au passage quelques pacifistes old-school en réactivant sur le plan théorique la solution à deux États. De l’autre, il décrit une situation qui est l’inverse de la solution à deux États, avec 600 000 colons en Cisjordanie et à Jérusalem-Est (100 000 de plus depuis l’arrivée d’Obama), et il place ainsi les dirigeants israéliens devant une responsabilité historique.

 

Il est vrai qu’on peut aussi faire le parallèle avec Bill Clinton et le sommet de Taba, en 2001, comme si les présidents américains en fin de mandat ramassaient le consensus minimal pour le transmettre à l’administration suivante. Il était frappant d’entendre Kerry répéter ce qu’a été la position américaine depuis des décennies, citer plusieurs fois George W. Bush, en précisant bien que cette position n’était pas « démocrate » ou « républicaine », mais américaine. En ce sens, ce discours s’adresse aussi à Trump et à ses soutiens… mais le problème est que Trump n’est ni démocrate, ni républicain, il est juste « Trump », par nature imprévisible et incontrôlable.

Peut-on voir aussi dans ce discours testamentaire une forme de chant du cygne de la diplomatie occidentale dans la région, quand on voit que le sort de la Syrie se décide aujourd’hui à Astana, au Kazakhstan, entre la Russie, la Turquie et l’Iran, sans les États-Unis et sans l’Europe ?

Effectivement, le sort du Proche-Orient ne semble plus se décider à Genève ou à New York. Après tout, un des axes majeurs de la politique d’Obama était de se retirer de la région, notamment d’Irak, parce que les interventions américaines dans la région se sont soldées par des échecs patents ; dans le même temps, la Russie fait un retour remarqué au Proche-Orient. Et on peut faire un lien entre l’agressivité de Netanyahou vis-à-vis d’Obama et son rapprochement avec Poutine, qui se rend fréquemment en Israël.

Il ne faut pas oublier que, jusqu’au début des années 1960, c’est l’URSS qui était l’allié privilégié d’Israël et fournissait le pays en armes, en même temps que la France, tandis que les États-Unis avaient promulgué un embargo sur les livraisons d’armes à Israël qui a couru jusqu’en 1962. Dans l’esprit de Netanyahou, il y a peut-être la possibilité d’une autre alliance, dirigée vers la Russie avec laquelle il a déjà un deal sécuritaire sur le Golan syrien ; mais c’est une prise de risque immense pour un premier ministre israélien que de fragiliser l’alliance historique avec les États-Unis en espérant un hypothétique soutien russe.

La « solution » à un ou deux États partage-t-elle de manière claire le champ politique israélien ?

Il faut souligner que l’option binationale n’est pas une idée récente ; ce qui a changé, c’est la couleur politique de ses porte-voix, et donc la définition même de cette option. En gros, ce qui était une idée « de gauche » et fondamentalement palestinienne est en train de devenir une idée portée par l’extrême droite israélienne. L’option binationale est très ancienne et elle s’est forgée au sein de nombreux foyers idéologiques, du côté palestinien comme du côté israélien. Il faut rappeler que jusqu’en 1974, et même jusqu’en 1988 dans la Charte de l’OLP, l’option binationale est l’option palestinienne défendue officiellement par l’OLP, et de façon encore plus surprenante c’est l’option qui demeure aujourd’hui la position officielle du Hamas, qui refuse les amendements introduits dans les années 1980 par l’OLP. Dans cette optique, l’État de Palestine irait de la Méditerranée au Jourdain et serait un État laïque et démocratique, où les différentes communautés pourraient coexister pacifiquement.

À l’origine, cette vision palestinienne était donc une déclinaison du droit du sol, une citoyenneté ouverte à vocation universaliste, qui insistait sur le fait qu’il ne pouvait exister sur ce territoire singulièrement mixte un État-nation homogène, mais seulement un État laïque et hétérogène. C’est d’ailleurs ce qui explique en grande partie l’attraction qu’a eue la cause palestinienne sur les extrêmes gauches occidentales. Le FPLP (Front populaire de Libération de la Palestine, tendance marxiste-léniniste de l’OLP) a été particulièrement engagé dans la défense de ce modèle binational. Finalement, c’est seulement le processus d’Oslo, au début des années 1990, qui a réactivé du côté palestinien la solution à deux États, l’un juif et l' autre arabe, solution prônée par l’ONU depuis le plan de partage de novembre 1947.

Côté israélien, le motif d’un État binational est également très ancien, porté notamment par Martin Buber et Judah Magnès au sein du Brit Shalom (« l’alliance pour la paix ») dans les années 1920. Ce sont alors des voix minoritaires, mais qui portent fortement au sein du mouvement sioniste. Cette vision est ensuite reprise par les sionistes marxistes du parti Mapam, sur une base ouvriériste, et on en retrouve encore quelques traces dans ce qu’est aujourd’hui le parti Meretz.

Plus près de nous, Edward Saïd s’était positionné explicitement pour l’option binationale. Encore plus récemment l’écrivain et intellectuel Avraham Yehoshua, clairement positionné à gauche, a publié une tribune en octobre 2015 en expliquant qu’il était depuis 1967 pour une solution à deux États, mais que ce n’était plus envisageable. D’abord parce qu’il a fallu mobiliser 50 000 militaires pour évacuer moins de 8 000 colons à Gaza, à une époque où l’armée israélienne était nettement moins religieuse qu’aujourd’hui, ce qui rend techniquement impossible l’évacuation de 500 000 ou 600 000 colons de Cisjordanie. Le journaliste et écrivain très marqué à gauche Gideon Levy a également changé d’avis et milite désormais pour un État binational, laïque, avec une stricte égalité des droits entre Juifs et Arabes.

Le retour de cette option binationale crée-t-elle aujourd’hui une situation nouvelle ?

Ce qui est nouveau, c’est que l’idée est reprise et captée par de plus en plus de sionistes religieux, qui ne sont plus du tout marginaux, puisqu’ils sont menés par des ministres de premier plan, comme Naftali Bennett, aujourd’hui ministre de l’éducation nationale dans le gouvernement Netanyahou. Que des membres puissants d’un gouvernement israélien explicitent l’idée que la solution à deux États a échoué et qu’il faut annexer la Cisjordanie, c’est effectivement un tournant historique dans l’histoire d’Israël et du mouvement sioniste.

Ce qui est également nouveau, c’est aussi que le président de l’État d’Israël Reuven Rivlin, qui vient du Likoud, dise qu’il faut créer un État démocratique sur la totalité du territoire, alors que la présidence était occupée avant lui par Shimon Pérès qui était le symbole même d’Oslo et de la solution à deux États. Mais si Rivlin et Bennett affichent tous les deux leur soutien à une solution binationale et s’ils sont tous les deux clairement à droite de l’échiquier politique israélien, ils ne parlent pas de la même chose. L’un est un vrai démocrate, l’autre un authentique colon, religieux, habité par une vision messianique du destin d’Israël. L’État binational est donc aujourd’hui un concept fourre-tout, utilisé de manière très ambiguë dans un moment où toutes les lignes politiques ont explosé. 

Kerry a-t-il raison de souligner que l’État binational est en train de devenir une réalité sur le terrain ?

Oui, l’État binational existe aujourd’hui de fait parce que la souveraineté israélienne s’exerce partout dans l’ancienne Palestine mandataire, sauf à Gaza et dans les quelques confettis de la zone A qui s’apparentent à des bantoustans. En réalité, comme le dit Gideon Levy, de la Méditerranée au Jourdain, on a aujourd’hui un seul État souverain, une seule monnaie (le shekel), une seule direction politique, une seule armée, qui contrôle toutes les frontières. Un seul État souverain avec trois régimes politiques distincts : un régime démocratique pour les Juifs ; un régime de discriminations pour les Palestiniens israéliens ; et un régime d’apartheid pour les Palestiniens de Cisjordanie.

Le discours de Kerry pointe précisément cela, en démontrant que la déclaration faite en juin 2009 à l’université de Bar-Ilan par Netanyahou, qui faisait mine d’accepter la solution à deux États, était en réalité un plan de communication externe destinée à la seule communauté internationale, alors qu’en interne le discours était tout à fait différent et que toute la politique de son gouvernement allait à l’encontre de cette option, en soutenant les colons par tous les moyens matériels et idéologiques. Kerry dit aujourd’hui aux Israéliens : l’État binational vers lequel vous allez à toute vitesse ne peut pas être à la fois juif et démocratique, il sera l’un ou l’autre, et donc les fondements mêmes de votre projet national sont en péril.

Comment la question démographique et la question démocratique s'emboîtent-elles aujourd’hui ?

Les deux verrous qui s’opposent à l’option binationale sont effectivement l’horizon démocratique et l’horizon démographique, et ce sont les deux arguments forts que Kerry a opposés aux Israéliens dans son discours du 28 décembre dernier. Car derrière la controverse théorique et rhétorique sur un ou deux États, il y a concrètement la question de qui est aujourd’hui et de qui sera demain majoritaire et minoritaire, à la fois sur le plan démographique et sur le plan juridico-politique. La Cisjordanie compte environ 2,3 millions de Palestiniens et 600 000 colons, dont 200 000 autour de Jérusalem. Avec un taux de fécondité supérieur à 4 enfants par femme, alors que côté israélien on est autour de 3 enfants par femme, la démographie joue pour les Palestiniens, ce qui a de quoi faire paniquer l’opinion publique israélienne.

Face à cette situation démographique, l’option d’un État binational « de droite » est assez pragmatique : c’est l’annexion de la zone C, qui compose 60 % du territoire de la Cisjordanie. Il faut rappeler que le plan de partage de 1947 sur la Palestine mandataire proposait 55 % du territoire pour l’État juif et 45 % pour l’État palestinien, sachant qu’on estimait alors la propriété juive à moins de 15 % du territoire. Après la guerre de 1948-1949, Israël est installé sur 78 % de la Palestine mandataire, dans des frontières internationalement reconnues. Kerry a rappelé exactement ces chiffres en citant Shimon Pérès et en suggérant qu’il valait mieux sécuriser ces 78 % plutôt que de se lancer dans des aventures au-delà de la ligne verte de 1949-1967.

Avec l’annexion de la seule zone C, le territoire israélien occuperait 90 % de la Palestine mandataire. L’intérêt pour la droite israélienne est que la zone C englobe une grande partie des colonies et ne compte « que » 150 000 Palestiniens. Cela ne modifierait donc guère l’équilibre démographique actuel, puisque Israël compte déjà environ 1,5 million de citoyens d’origine palestinienne. Dans la vision de l’extrême droite israélienne, il resterait donc les zones A et B, représentant moins de 10 % du territoire de l’ancienne Palestine mandataire avec plus de 2 millions de Palestiniens enfermés dans ces bantoustans, puisqu’il ne serait pas plus question qu’aujourd’hui de les autoriser à voyager, à s’installer à Tel-Aviv ou à Beer-Sheva, à concourir pour les emplois publics ou à intégrer l’armée. C’est vraiment un retournement historique puisqu’il faut se souvenir que ces zones A, B et C sont à l’origine des concepts cartographiques et juridiques forgés à Oslo et destinés à fixer les trois étapes de la restitution de la Cisjordanie aux Palestiniens !

Mais face à ce « binationalisme de droite », l’argument de Kerry est robuste. Il rappelle aux Israéliens que, s’ils font cela, ils auront un État juif, mais pas démocratique. Ce sera en effet un « État d’apartheid » – il a déjà utilisé le terme publiquement – et un État d’apartheid est destiné à sombrer, comme l’a montré l’exemple sud-africain. À l’inverse, si l’égalité de droits était accordée aux Palestiniens annexés, alors Israël serait bien un État démocratique mais ne serait plus un État juif, parce qu’à l’échéance d’une vingtaine d’années, les Palestiniens seraient majoritaires et pourraient accessoirement décider de se rendre aux urnes.

La démographie est fondamentale parce qu’elle traduit ce qui se passe dans l’intimité des familles et dans la profondeur du « pays réel ». La résistance palestinienne, brisée militairement et politiquement, s’est déplacée sur le plan démographique, à Gaza, en Cisjordanie et à Jérusalem. Il faut rappeler qu’à Jérusalem, la population juive a été multipliée par 2,5 depuis 1967, alors que dans le même temps la population palestinienne a été multipliée par 4, et cela sans permis de construire et donc presque sans augmentation du nombre de mètres carrés disponibles. Un indice de fécondité de quatre enfants par femme, alors que le niveau d’éducation et l’encadrement médical est un des plus élevés du monde arabe, constitue une aberration statistique qui ne s’explique que par une démographie de résistance qui pose d’énormes problèmes à Israël sur le long terme.

Finalement, avec les victoires diplomatiques récentes (Unesco, ONU), la démographie est la seule stratégie qui s’est révélée gagnante pour les Palestiniens. Même si l’orthodoxisation de Jérusalem-Ouest et l’augmentation corollaire de l’indice de fécondité côté israélien ralentissent cette tendance, la population palestinienne à Jérusalem est aujourd’hui de presque 40 % alors qu’elle n’était que de 25 % en 1967. Une minorité de 5 % ou 10 %, vous pouvez toujours envisager de la marginaliser efficacement ou de la dissoudre, comme les anciennes populations indiennes autochtones d’Amérique du Nord. Mais pas une minorité de 40 %, surtout si elle continue de s’accroître.

Vous êtes spécialiste de l’histoire de Jérusalem. Le discours de John Kerry d’une part et la possibilité évoquée par Donal Trump d’installer l’ambassade américaine à Jérusalem d’autre part constituent-ils des tournants ?

Oui, sans aucun doute. Dans son paramètre numéro 4, Kerry ne dit rien de neuf en affirmant que Jérusalem doit être « la capitale des deux États », Israël et la Palestine. Mais il le dit de façon plus ferme et surtout il abandonne le paradigme Clinton qui était de fait fondé sur une division de la ville, posant d’infinis problèmes et donc hautement improbable. En passant d’un paradigme de la division à un paradigme du partage, même si les modalités pratiques restent à préciser, Kerry met le doigt sur un point fondamental : alors que Jérusalem est souvent décrite comme le nœud du problème israélo-palestinien, son histoire nous apprend qu’elle est au contraire le lieu – le seul – où pourrait s’inventer le début d’une solution, concrètement, et à brève échéance. Jérusalem n’est pas le nœud du conflit ; les deux points vraiment durs, ce sont les colonies du côté israélien et la question des réfugiés du côté palestinien.

 

Par ailleurs, il faut arrêter de dire que Donald Trump bluffe sur le transfert de l’ambassade à Jérusalem. La nomination annoncée de David Friedman comme ambassadeur des États-Unis en Israël est déjà très inquiétante : Friedman se situe politiquement à la droite de Netanyahou ! Mais on peut dire aussi, comme l’ont fait certains activistes, qu’il est tout à fait logique que les ambassades américaine ou française s’installent à Jérusalem, mais qu’il en faut deux, une pour Israël et une pour la Palestine, puisque il n’y a pas d’autre option possible que Jérusalem soit la capitale à la fois des Palestiniens et des Israéliens.

Techniquement, cela ne pose pas de problèmes particuliers. Bruxelles est à la fois la capitale d’un État (la Belgique), de deux nations (la Flandre et la Wallonie) et d’une entité supranationale (l’Europe) et cela fonctionne, même si les quartiers ne se ressemblent pas et s’agencent diversement entre eux. Par chance, Jérusalem se trouve encore aujourd’hui sur la frontière entre Israël et la Palestine : on peut y accéder des deux côtés, et cela permet d’en faire la capitale légitime et effectives des Israéliens et des Palestiniens, que ce soit dans le cadre d’une solution à deux États ou à un État avec une structure fédérale. Non seulement Jérusalem n’est pas le principal problème, mais on peut même imaginer que ce soit le premier palier d’une solution future. Il existe d’autres exemples de villes dans le monde qui ont des statuts compliqués avec des souverainetés emboîtées et des impôts levés à plusieurs niveaux. Dans le livre Jérusalem – Histoire d’une ville-monde, nous avons montré que l’histoire de cette ville, sur la longue durée, est fondamentalement supranationale. C’est pour cela que Jérusalem est un lieu possible d’expérimentations et peut-être même de solutions.

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30 décembre 2016 5 30 /12 /décembre /2016 08:22
Syrie: entrée en vigueur d'un cessez-le-feu global (Ouest-France, 30 décembre)

Un cessez-le-feu négocié par la Russie et la Turquie, qui soutiennent des parties opposées en Syrie, est théoriquement entré en vigueur jeudi à minuit sur l’ensemble du territoire syrien.

Un cessez-le-feu entre régime et rebelles était globalement respecté vendredi matin en Syrie en proie à une guerre civile depuis près de six ans, seuls quelques accrochages isolés étant signalés. Le cessez-le-feu est entré en vigueur jeudi à minuit avant l’ouverture de négociations de paix, en vertu d’un accord conclu sous l’égide de la Russie et de la Turquie, sans les États-Unis.

 

L’accord, qui n’implique pas ceux que les parties désignent comme « terroristes » comme le groupe État islamique, avait été annoncé dans la journée par le président Vladimir Poutine et confirmé par l’armée syrienne et l’opposition.

Dans la nuit, des accrochages ont été signalés dans la province de Hama (nord). « Le cessez-le-feu est respecté dans la plupart des régions de Syrie […] mais des factions islamistes ont attaqué des positions du régime près de la ville chrétienne de Mahrada », a indiqué Abdel Rahman, chef de l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH). Selon lui, « des petits groupes rebelles et des forces loyalistes cherchent à détruire la trêve ».

Trouver une « solution politique »

Le président turc Recep Tayyip Erdogan, dont le pays soutient les rebelles, a qualifié cet accord d'« opportunité historique » pour mettre fin à la guerre qui a fait plus de 310 000 morts et des millions de réfugiés.

Le chef de la diplomatie syrienne Walid Mouallem a lui aussi estimé que le cessez-le-feu offrait une « véritable opportunité » pour trouver « une solution politique » au conflit.

L’annonce de trêve intervient une semaine après la reprise totale d’Alep par le régime du président Bachar al-Assad, sa plus importante victoire depuis 2011, obtenue avec le soutien de ses alliés indéfectibles, Iran et Russie.

Sept groupes rebelles ont signé la trêve
 

Après plusieurs rencontres en Turquie entre émissaires russes et représentants rebelles soutenus par Ankara, Vladimir Poutine a annoncé l’entrée en vigueur d’une trêve.

« Trois documents ont été signés : un premier entre le gouvernement et l’opposition armée sur un cessez-le-feu sur l’ensemble du territoire syrien », et le deuxième sur des mesures visant à contrôler le respect de la trêve, a indiqué M. Poutine.

« Le troisième est une déclaration sur la volonté (des parties en conflit) de lancer des négociations de paix », a-t-il poursuivi.

Selon la Russie, le cessez-le-feu a été approuvé par « les principales forces » de la rébellion. Au total, sept groupes rebelles, dont le puissant Ahrar al-Cham, ont signé.

Des précédents éphémères

Depuis le début de la guerre en mars 2011, plusieurs cessez-le-feu négociés par Washington et Moscou ont rapidement volé en éclats.

Les États-Unis, jusque-là en désaccord continu avec la Russie sur le conflit syrien et qui attendent l’arrivée prochaine à la Maison Blanche de Donald Trump, ont été écartés de ces négociations. Ils ont malgré tout salué « une évolution positive ». « Tout effort pour arrêter la violence, épargner des vies et créer les conditions pour une reprise de négociations politiques constructives est le bienvenu », a réagi le porte-parole de la diplomatie américaine Mark Toner.

En revanche, c’est la première fois que la Turquie parraine pareil accord. Selon le Kremlin, M. Poutine et son homologue turc « se sont dit satisfaits des accords obtenus », lors d’un entretien téléphonique.

Ils « se sont prononcés pour un renforcement de la coopération antiterroriste » et ont également « souligné l’importance des efforts en cours pour organiser des négociations à Astana », la capitale du Kazakhstan.

Des pourparlers en janvier

Le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov a précisé que ces discussions devraient avoir lieu probablement en janvier.

« Nous commençons avec les Turcs et les Iraniens à préparer la rencontre d’Astana », a-t-il dit sans préciser quels groupes de l’opposition y participeraient en face d’émissaires du régime, sous le patronage de la Russie, de la Turquie et de l’Iran.

Dans un entretien téléphonique, M. Poutine et M. Assad ont estimé que le lancement des négociations à Astana « serait un pas important vers le règlement définitif de la crise », selon le Kremlin.

Le Haut comité des négociations (HCN), regroupant une grande partie de l’opposition syrienne, devrait participer aux prochaines négociations, a indiqué depuis Ankara Oussama Abou Zeid, conseiller juridique auprès des rebelles dits « modérés » alliés à la Coalition nationale syrienne.

Évacuer et aider les civils

La réunion d’Astana précédera des négociations inter-syriennes qui doivent être organisées par l'ONU le 8 février à Genève. Astana n’est pas « une alternative à Genève », selon le ministre turc des Affaires étrangères Mevlüt Cavusoglu mais « une étape complémentaire ».

Pour sa part, l’émissaire de l'ONU pour la Syrie Staffan de Mistura a espéré que le nouveau cessez-le-feu « faciliterait l’apport d’aide humanitaire » dans le pays et aboutirait à « des entretiens productifs à Astana ».

La coopération russo-turque sur le dossier syrien a repris en juin après des mois de crise. Elle a accouché mi-décembre d’un cessez-le-feu à Alep qui a permis l’évacuation de civils et des rebelles des derniers quartiers insurgés dans cette cité.

Après l’annonce du nouvel accord de trêve, l’agence de presse turque Dogan a fait état de raids par l’aviation russe à Al-Bab (nord), bastion de l’EI en Syrie que des rebelles syriens appuyés par Ankara tentent de prendre.

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29 décembre 2016 4 29 /12 /décembre /2016 17:00
Le sort des 21 détenus sahraouis de Gdeim Izik, qui doivent être rejugés le 23/janvier 2017, à Rabat, jette une lumière crue sur la monarchie marocaine.

Le sort des 21 détenus sahraouis de Gdeim Izik, qui doivent être rejugés le 23/janvier 2017, à Rabat, jette une lumière crue sur la monarchie marocaine.

Sahara occidental. La justice marocaine, instrument de pouvoir et de répression
ROSA MOUSSAOUI
MERCREDI, 28 DÉCEMBRE, 2016
L'HUMANITÉ

La cour d’appel de Rabat a refusé, lundi, de remettre en liberté les 21 détenus sahraouis de Gdeim Izik, condamnés en 2013 par la justice militaire sur la seule base d’aveux extorqués sous la torture. Jugement pourtant annulé cet été par la Cour de cassation.

Vêtus d’amples derâas blanches, Ennaâma Asfari et ses compagnons font les cent pas, derrière la cage de verre ceinturée de policiers, d’habitude réservée aux suspects de terrorisme. Sur le banc des accusés, dans un cauchemar judiciaire commencé il y a six ans, avec les affrontements qui ont coûté la vie à onze agents des forces de sécurité et deux civils lors du violent démantèlement d’un camp de protestation de Gdeim Izik, près de Laâyoune, au Sahara occidental occupé, le 8 novembre 2010.

Comment peut-on faire passer des militants des droits humains en criminels de droit commun ? Le sort des 21 détenus sahraouis de Gdeim Izik, qui doivent être rejugés le 23 janvier 2017, à Rabat, jette une lumière crue sur la « consolidation de l’État de droit » que la monarchie marocaine cherche à mettre en scène depuis 2011 et l’adoption d’une nouvelle Constitution. Cette affaire est si obscure que la justice militaire, qui a instruit l’affaire en première instance, a été désavouée par la Cour de cassation, qui ordonnait, le 27 juillet dernier, la tenue d’un nouveau procès, devant une juridiction civile. Au-delà de l’interdiction désormais faite aux tribunaux militaires de juger des civils, la plus haute instance judiciaire relève, dans son arrêt, maintes irrégularités égrenées par Me Ingrid Metton et Me Olfa Ouled, avocates françaises des détenus sahraouis, lors de l’audience de lundi, devant la cour d’appel de Rabat. « Ennaâma Asfari, condamné à trente ans de prison, a été arrêté, conduit au commissariat où il a été battu, humilié, torturé la veille des événements de Gdeim Izik. Comment, dans ces conditions, aurait-il pu se rendre coupable du meurtre d’un gendarme ? » s’indigne Me Metton, elle-même interpellée à Rabat, retenue durant trois heures dans un commissariat, puis expulsée le 6 avril dernier, alors qu’elle venait rendre visite à son client. Les noms des victimes que les accusés sont présumés avoir tuées n’ont même pas été mentionnés lors du premier procès, en 2013. Sans autopsie, sans preuves matérielles, ni témoignages, les 21 ont été condamnés à des peines allant de vingt ans de prison à la perpétuité, sur la seule base d’aveux extorqués sous la torture. C’est ce qu’a rappelé Me Joseph Breham, lundi, lors de sa plaidoirie maintes fois interrompue par le président de la cour d’appel de Rabat, alors qu’il demandait la remise en liberté des 21 détenus.

« Cette privation de liberté que rien ne justifie ! »

La simple mention par l’avocat français de la récente condamnation du Maroc par le Comité de l’ONU contre la torture, à la suite de la plainte déposée par l’Association des chrétiens pour l’abolition de la torture (Acat) au nom d’Ennaâma Asfari, suffisait à déclencher l’ire des juges et l’hystérie parmi les avocats des familles des agents de sécurité tués à Gdeim Izik. « Cette décision onusienne vous impose de réparer tous les dommages causés à mon client, et le premier des dommages, c’est cette privation de liberté que rien ne justifie ! » a insisté Me Breham. Demande rejetée, sans surprise, après les arguments ahurissants du procureur général du roi, Hassan Daki, qui refuse de « discuter des allégations de torture, qui ne constituent pas un fondement suffisant pour une demande de remise en liberté provisoire ». Le même s’est félicité de la présence d’observateurs étrangers et de médias nationaux et internationaux, qui « consolide », selon lui, « la transparence du procès et garantit les conditions d’un procès juste et équitable ».

Venu de Naples en observateur, le magistrat italien Nicola Quatrano ne tire pas du tout les mêmes conclusions de cette audience. « Ce n’est pas un procès, c’est une vitrine. Lorsque Me Breham a expliqué que les condamnations avaient pour seul fondement des aveux obtenus sous la torture, des faits établis par le Comité de l’ONU contre la torture, il a été empêché de parler, littéralement, au prétexte que ses arguments n’étaient pas pertinents. C’est au contraire très pertinent ! Écarter cette question fondamentale suffit à dissiper le mirage d’un procès équitable », analyse-t-il, en soulignant la « bizarrerie » judiciaire que constitue le renvoi de l’affaire devant la cour d’appel de Rabat, après l’annulation du jugement militaire par la Cour de cassation. « Il aurait fallu recommencer le procès en première instance », estime le juge italien. Bien que la cour d’appel ait décidé de renvoyer l’examen de l’affaire au 23 janvier, les questions de fond ont affleuré tout au long de cette première audience. Me Mohammed Messaoudi, un avocat de la défense lié à l’Association marocaine des droits de l’homme (AMDH), a ainsi rappelé que la plupart des accusés étaient engagés dans un dialogue avec les autorités marocaines pour trouver une issue pacifique et négociée au mouvement de protestation de Gdeim Izik. « Comment peut-on infliger six ans de détention provisoire à des personnes qui sont innocentes aux yeux de la loi ? Il n’y a pas de flagrant délit ! Ce sont des militants sociaux, certains sont des fonctionnaires. Ils étaient des interlocuteurs du wali de Laâyoune (l’équivalent du préfet – NDLR) dans les moments de crise », a-t-il rappelé.

Entrave à l’accès aux journalistes aux territoires occupés

Tenues jusqu’ici à l’écart de l’affaire, les familles des gendarmes et membres des forces auxiliaires tués dans les affrontements de 2010 sont, elles, au cœur de toutes les attentions. Elles sont défendues par des avocats liés, pour la plupart, aux partis politiques associés au pouvoir : Abdelkabir Tabih (USFP), Abdellatif Ouahbi (PAM), Abdellatif Ouammou (PPS) et Abdessamad Idrissi (PJD). Officiellement, les affrontements du 8 novembre 2010 ont fait treize morts, dont deux civils sahraouis. Bilan invérifiable : les autorités marocaines entravent, depuis, l’accès des journalistes et des observateurs étrangers aux territoires occupés. Quant à la mission onusienne, la Minurso, toutes les tentatives d’élargir sa mission à la surveillance des droits de l’homme ont suscité, jusqu’ici, d’agressives croisades diplomatiques de Rabat, avec le soutien de Paris. « Le démantèlement du camp de Gdeim Izik fut un moment de paroxysme dans la répression d’un vaste mouvement pacifique pour le droit du peuple sahraoui à l’autodétermination », rappelle un observateur espagnol. D’où la crispation que suscite cette affaire du côté des autorités marocaines, déterminées à faire taire toutes les voix discordantes sur le statut de l’ex-colonie espagnole annexée en 1975. « Au Maroc, la justice reste un instrument de pouvoir et de répression, regrette Khadija Riadhi, ancienne présidente de l’AMDH. Depuis 1975, la question du Sahara a toujours été instrumentalisée pour réprimer, mettre en scène un faux consensus. De nombreux Marocains sont allés en prison pour s’être prononcés pour le droit des Sahraouis à l’autodétermination. ».

Repiquet, fidèle avocat du palais

Les familles des membres des forces de sécurité tués le 8 novembre 2010 à Gdeim Izik ont, elles aussi, fait appel à un avocat français, lundi : Yves Repiquet. Ancien bâtonnier, ex-président de la Commission nationale consultative des droits de l’homme en France, connu pour avoir défendu Christine Lagarde dans l’affaire Tapie, ce proche du palais n’hésite jamais à volet au secours du royaume dans des affaires sensibles.

Journaliste à la rubrique Monde
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29 décembre 2016 4 29 /12 /décembre /2016 08:42
asli erdogan est détenue depuis le 17/août à la priso n pour femmes de Barkirköy, à Istanbul. Depuis, une vague de solidarité, qui dépasse largement le monde de la culture, s’est constituée.

asli erdogan est détenue depuis le 17/août à la priso n pour femmes de Barkirköy, à Istanbul. Depuis, une vague de solidarité, qui dépasse largement le monde de la culture, s’est constituée.

Le procès de l’écrivaine Asli Erdogan, ou la farce d’un apprenti dictateur
JEUDI, 29 DÉCEMBRE, 2016
L'HUMANITÉ

 

L’écrivaine comparaît aujourd’hui avec huit autres intellectuels turcs. En soutien, Ses textes sont lus à haute voix à l’étranger.

Asli Erdogan a l’oppression  inscrite dans la chair. Dans son autoportrait que nous publions aujourd’hui, la romancière turque explique comment les idéaux d’émancipation ont toujours valu à sa famille la répression et l’enfermement. Devenue adulte et brillante physicienne, c’est grâce à l’écriture qu’Asli Erdogan parviendra à toucher du doigt la liberté dans un pays où l’armée reste une institution. Aux mains du sultan Erdogan, la Turquie d’aujourd’hui emprisonne de nouveau tous ceux qui ont l’égalité chevillée au corps. Pour avoir dénoncé la guerre au Kurdistan et l’état de siège dans lequel vit son pays depuis le coup d’État avorté du 15 juillet dernier dans le journal d’opposition Özgür Gündem, Asli Erdogan est de nouveau derrière les barreaux. Elle est aujourd’hui citée à comparaître avec huit autres intellectuels devant la 23e chambre de la cour d’assises du palais de justice de Caglayan. Tous risquent la réclusion à perpétuité. Un procès politique à l’abri des regards, que la romancière annonce « kafkaïen ». Aux portes du tribunal, et partout en Europe, la journée sera le point d’orgue d’une mobilisation du monde intellectuel et de tous ceux qui ont compris que la dictature mise en marche par le président Erdogan fait courir des risques au-delà des frontières turques. 

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28 décembre 2016 3 28 /12 /décembre /2016 09:44
Israël : arrogance, mépris de l’ONU et mépris du droit appellent des sanctions

Communiqué de l’AFPS, mardi 27 décembre 2016

 

L’adoption par le Conseil de sécurité de l’ONU de la résolution 2334 continue à provoquer une tempête de réactions indignées dans les milieux dirigeants israéliens. La palme du grotesque revenant au ministre de la défense, Liberman, qui parle de « nouvelle Affaire Dreyfus » à propos de la Conférence de Paris annoncée pour le 15 janvier et appelle les Juifs de France à rejoindre Israël … s’ils veulent rester juifs ! Et une autre palme à Netanyahou qui vient de découvrir qu’Obama complotait contre lui après lui avoir octroyé … 38 milliards de dollars.

 

Entendre Netanyahou parler de sanctions contre les pays ayant voté la résolution a quelque chose de surréaliste, alors qu’Israël, qui bafoue avec constance les résolutions de l’ONU le concernant, n’a jamais été sanctionné. Suspension des aides au développement du Sénégal et de l’Angola, annulation de la visite du président ukrainien, annulation d’une rencontre avec Theresa May en marge du sommet de Davos… Pour un peu on s’attendrait à le voir proclamer unilatéralement la suspension de l’Accord d’association avec l’Union européenne ! Il s’en gardera bien sachant qu’Israël en est le grand bénéficiaire et jouit quasiment d’une place de 28ème membre.

 

On est là devant le résultat de cette culture de l’impunité profondément installée chez des dirigeants israéliens qui se voient rappeler le droit par le Conseil de sécurité pour la 1ère fois depuis 1980. Tout rappel au droit est ainsi considéré comme une agression par un Etat qui, au fil des ans, s’est ancré dans l’idée qu’il ne peut accepter d’être traité comme les autres Etats du monde. L’impunité engendre nécessairement l’arrogance.

 

Pas complètement inconscient quand même, Netanyahou a demandé à ses députés de ne plus s’exprimer « sur l’annexion de territoire et la construction dans les implantations, parce qu’il pourrait y avoir une autre mesure internationale (contre Israël) avant le changement d’administration américaine le 20 janvier ». Il suffirait ainsi d’attendre Trump pour remiser l’Onu au magasin des antiquités, lui pour qui elle est « juste un club pour prendre du bon temps ». Et reprendre alors en toute tranquillité la suite du dépeçage de la Palestine.

 

La question posée à la communauté internationale, et donc à la France, est à la fois celle de la nécessité de choisir entre l’ONU et la loi de la jungle et celle d’une réponse politique face à la griserie de dirigeants voyous.

 

Cette réponse politique tient en quelques termes simples : reconnaissance immédiate pleine et entière de l’Etat de Palestine dans les frontières de 1967 avec Jérusalem-Est comme capitale, suspension de l’Accord d’association entre l’Union européenne et Israël et de toute coopération militaro sécuritaire, interdiction des produits des colonies et de tout service lié à la colonisation...

 

Juste de quoi amener les dirigeants israéliens à s’interroger sur leur stratégie et contraindre Israël à prendre le chemin de la paix.

 

Le Bureau national de l'AFPS

 

Voir aussi notre communiqué du 23 décembre :
Le Conseil de Sécurité de l’ONU condamne sans appel la colonisation de la Palestine par Israël

Un rappel bienvenu du droit international, face à un avenir menaçant

Israël: arrogance, mépris de l'ONU et mépris du droit appellent des sanctions (communiqué de l'AFPS, 27 décembre 2016)
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28 décembre 2016 3 28 /12 /décembre /2016 08:34
3000 nuits, de Mai Masri

3000 nuits, de Mai Masri

En salle en France le 4 janvier 2017, le nouveau film de la réalisatrice palestinienne Mai Masri 3000 Nuitsporte avec force la voix des détenues palestiniennes. Nous avons pu le voir dans le cadre de la quatrième édition des rencontres internationales des cinémas arabes à l’initiative de l’association de promotion et de diffusion des cinémas arabes à Marseille et en Méditerranée (Aflam) au musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée (Mucem).

Une pluie battante qui tombe cinglante. Des prisonniers dans un fourgon menottés. Les images en fondu enchaîné se figent sur le visage ensanglanté de Layal Asfour. La jeune institutrice de Ramallah était là au mauvais moment. Elle est intervenue pour porter secours à un tout jeune Palestinien blessé. Il est poursuivi pour terrorisme. Elle le sera à son tour, mécaniquement. Descente aux enfers. Prison israélienne de haute sécurité. Le scénario se déroule dans les années 1980, lorsque les prisonniers politiques et de droit commun israéliens et palestiniens sont encore détenus ensemble.

Cette captivante œuvre de fiction ancrée dans le réel est la dernière création de Mai Masri, que l’on connaît davantage pour son travail documentaire, souvent en coréalisation avec son compagnon Jean Chamoun. Tous deux archivent la résistance palestinienne et libanaise. Mai Masri a abondamment traité de la guerre et de la détention, et plus particulièrement de leurs conséquences sur la vie des femmes et des enfants. Cette première fiction lui a déjà valu d’être distinguée par une vingtaine de prix, dont sept en France, et une présentation aux Oscars, avant que le film, réalisé de manière indépendante (Nour Films, Orjouane Productions, Les Films d’ici) ne sorte en salle en janvier 2017.

NOUR (LUMIÈRE) DANS LA NUIT

Une fois incarcérée, Layal Asfour devient le matricule 735. Elle est d’abord mise en cellule avec des Israéliennes qui éructent leur haine des Arabes et de la langue arabe au premier regard. Un huis clos insoutenable. Puis elle rejoindra des Palestiniennes. Il y a là Jamilé, Ouma Ali, Sanaa, résistante libanaise qui a perdu un bras… : tous les visages et toutes les générations de femmes en lutte contre l’occupation. Layal Asfour découvre avec stupéfaction qu’elle est enceinte, puis que l’homme qu’elle aimait, son mari, ne va pas hésiter à l’abandonner, refusant de renoncer au visa qu’ils avaient demandé pour rejoindre le Canada. Contre son chantage à l’avortement et à la dénonciation, pour sauver la peau du jeune Palestinien qu’elle a aidé, elle n’hésite pas une seconde et lui tourne le dos et le cœur. Pour Mai Masri, il fallait aussi montrer cette facette de la réalité. Parler des femmes détenues, sur lesquelles il existe très peu de documentation, mais aussi de cet abandon par les hommes — un grand classique universel — tandis que les prisonniers sont toujours soutenus par les femmes et les familles.

Lorsque la condamnation à huit ans de réclusion, soit trois mille nuits, tombe, Layal Asfour est sonnée. En prison, elle va devenir une autre. C’est d’abord l’arrivée de son fils, Nour, dont elle accouche menottée, qui change son rapport au monde et la relation avec ses codétenues. L’enfant devient pour elles une flamme de vie à protéger et faire grandir. Les images de Mai Masri et de son opérateur, Gilles Porte, sont d’une beauté rare, saisissant la vie et la joie comme des herbes folles surgies de ce monde de non-droit et de terreur parfaitement restitué par le travail sur les décors d’Hussein Baydoun.

LE PRIX DE L’INSOUMISSION

Mai Masri creuse aussi jusqu’à l’os toutes les relations perverses et sadiques mises en place par les gardiennes, le chantage permanent à la dénonciation et à la collaboration, la complexité des relations entre détenues. Les Palestiniennes sont assignées au ménage et à la cuisine. Les scènes de rébellion sont quotidiennes et finissent parfois en batailles homériques de nourriture entre détenues israéliennes et palestiniennes. Mais ce qui va vraiment devenir l’insoumission absolue, c’est lorsque les nouvelles du massacre de Sabra et Chatila pénètrent à l’intérieur de la prison. Plus rien ne peut arrêter la rage et la grève de la faim des prisonnières qui vont s’étendre au bâtiment voisin où sont détenus les hommes. La répression est sauvage. « Je ne veux plus les entendre respirer », hurle une geôlière.

Encerclement, gaz, coups. Layal Asfour va payer le prix fort pour sa révolte. Elle se verra arracher son fils qui a atteint ses deux ans et que seule la soumission aurait pu lui permettre de garder auprès d’elle un peu plus longtemps.

Mai Masri a tourné ce film fort et dérangeant dans une prison jordanienne désaffectée, avec d’anciens détenus palestiniens qui ont interprété tous les rôles après un long travail de recueil de témoignages. L’interrogateur israélien est un Palestinien qui a été détenu durant cinq ans en Israël. L’une des actrices a rendu visite à son frère durant quinze ans et retrouvé en jouant la violence de cette histoire intime et collective. Layal Asfour est interprétée à fleur de peau par Maisa Abd Elhadi, actrice palestinienne qui crève l’écran et joue ici son premier rôle aussi politiquement engagé, inspiré de l’histoire vraie d’une jeune mère palestinienne, et qu’elle porte avec fierté.

UN MIROIR AUX YEUX DU MONDE

Depuis 1948, plus de 700 000 Palestiniens ont été détenus dans les geôles israéliennes. Ils sont aujourd’hui près de 7 000, hommes, femmes et enfants à y croupir. Pourquoi inscrire le film dans les années 1980 alors que la situation perdure ? Pour la documentariste, ces années étaient particulièrement éclairantes et rendent compte d’un parcours de lutte politique avec des avancées et des reculs. Aujourd’hui les détenus politiques et de droit commun, israéliens et palestiniens, sont séparés. Les moyens de déjouer les interdictions de communiquer sont devenus plus difficiles à contourner. La détention frappe toutes les familles. Entre août 2015 et avril 2016, le nombre d’enfants emprisonnés a triplé. Les prisonniers restent donc un enjeu emblématique et déterminant de la lutte pour l’autodétermination, et l’obtention de leur libération s’inscrit dans l’histoire nationale. Comme lors de cet échange, en 1983, — auquel le film fait référence —, de six Israéliens détenus parl’Organisation de libération de la Palestine (OLP) contre 4 700 prisonniers palestiniens et libanais. Un événement marquant que Mai Masri fait jouer et qu’elle redouble d’images d’archives, tout comme pour l’évocation de Sabra et Chatila. Cela participe aussi à donner à la fiction son ancrage et son souffle. Ici l’on sait que tout est vrai. Les histoires se mélangent et se télescopent, mais elles ont toutes été vécues. Et elles perdurent.

Le film a été projeté dans plusieurs pays arabe, primé à Carthage, et aussi diffusé en Israël, en Cisjordanie et à Gaza. Un miroir brandi aux yeux du monde.

 

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