Les richesses produites dans notre pays sont gigantesques. Pourtant, elles ne profitent qu’à une extrême minorité : les actionnaires du CAC 40.
Le Gouvernement a refusé de s’y attaquer. Il a préféré les pseudo-solutions que sont la défiscalisation des heures supplémentaires, la fausse hausse du SMIC, financée par les contribuables, la prime exceptionnelle sans impôt ni contribution jusqu’à 1 000 euros et le rétablissement du taux de CSG antérieur en 2019.
La majorité des groupes du Sénat était opposée à la hausse de la CSG infligée aux retraités modestes. Mais il aura fallu attendre le 10 décembre dernier pour que le Président de la République reconnaisse lui-même que la mesure était injuste ; et la prise de conscience de M. Macron est restée bien relative, puisque la hausse de la CSG est simplement annulée pour une partie des retraités, et uniquement pour 2019 !
La droite sénatoriale avait fait voter le recul de l’âge de départ à la retraite pour compenser cette hausse. Notre groupe, lui, s’y était opposé. Il avait fait d’autres propositions de financement, notamment en mettant à contribution les revenus financiers des grandes entreprises.
Pour ce qui concerne le SMIC, les annonces qui ont été faites sont une véritable escroquerie. Le Gouvernement a finalement décidé d’augmenter la prime d’activité de 90 euros. Cette mesure a été présentée comme une hausse de salaire par le Président de la République. Mais, alors qu’une hausse du SMIC bénéficierait à tous les salariés, la prime d’activité concerne seulement les salariés gagnant moins de 1 500 euros nets par mois, pour une personne seule, et 2 200 euros nets, pour un couple.
En outre, afin d’en bénéficier, il faudra se rendre dans les agences de la CAF, pour accomplir diverses démarches et réactualiser sa situation tous les trois mois !
Enfin, cette prime est limitée, puisqu’elle ne concernera pas les fonctionnaires. Or 40 % d’agents publics sont au niveau du SMIC ; dans la fonction publique territoriale, ce taux approche même les 75 %.
La défiscalisation et la désocialisation des heures supplémentaires, présentées comme un gain annuel de 155 euros, constituent, elles aussi, un leurre. En réalité, en incitant les salariées et les salariés à effectuer plus d’heures supplémentaires, l’on provoquera une augmentation de la durée du temps de travail au détriment de l’emploi. L’Observatoire français des conjonctures économiques, l’OFCE, estime ainsi que 19 000 emplois seront supprimés d’ici à 2020, et que le taux de chômage s’en trouvera augmenté de 0,1 point.
En outre, madame la ministre des solidarités et de la santé, comment cette mesure va-t-elle bénéficier aux personnels soignants et non soignants des hôpitaux et des EHPAD, alors qu’ils voient leurs heures supplémentaires exploser sans contrepartie financière et sans possibilité de récupération ?
J’ajoute que vous taisez un point essentiel : les heures supplémentaires désocialisées et défiscalisées en vertu de la dernière loi de financement de la sécurité sociale et de ces mesures d’urgence vont mettre en péril les recettes de la sécurité sociale et de notre système de retraites.
Je le disais déjà lors du débat consacré au projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2019, et je persiste : « En utilisant le budget de la sécurité sociale pour réduire le déficit de l’État, votre gouvernement se livre au plus grand hold-up du siècle. » Vous pourrez utiliser à loisir les ressources de la sécurité sociale, payées par les assurés sociaux, pour renflouer les caisses de l’État.
Enfin, il est regrettable que la prime exceptionnelle ne soit pas une obligation pour les grandes entreprises qui réalisent des profits colossaux.
Mesdames, monsieur les ministres, ces mesures ne font pas le compte. Les femmes en sont particulièrement exclues ; or elles sont souvent parmi les plus précaires.
Les Françaises et les Français ne sont pas dupes. Malgré l’écran de fumée que vous répandez afin de masquer vos choix profondément inégalitaires, ils voient bien que les plus fortunés ont droit à toutes vos largesses.
Vos largesses, ce sont 40 milliards d’euros pour les grandes entreprises et les actionnaires, sans aucune contrepartie, via le remboursement du CICE pour l’année 2018 et la baisse des cotisations patronales, voire leur suppression, décidée pour 2019 ; il s’agit là d’une mesure inique adoptée, ici même, avec la droite sénatoriale.
Vos largesses, c’est aussi le maintien de la suppression de l’ISF, soit 4,2 milliards d’euros offerts au détriment d’une politique de justice sociale pour toutes et tous.
D’un côté, de somptueux cadeaux de Noël ; de l’autre, des miettes : mais la brèche est ouverte, car vous venez de démontrer que la sacro-sainte loi des 3 % de déficit du pacte de stabilité et de croissance de l’Union européenne n’est pas indépassable. La prise de conscience gagne du terrain : c’est une bonne nouvelle, et vos premiers reculs en appellent d’autres. L’argent existe pour répondre aux besoins des populations, non pour être détourné vers la finance, au détriment de l’humain et de notre planète !
Monsieur le président, mesdames, messieurs les ministres, mes chers collègues, ma question s’adresse à Mme la ministre chargée des transports.
L’opérateur Vinci Autoroutes veut demander la régularisation des paiements des péages autoroutiers dont les automobilistes n’ont pas pu s’acquitter lors des opérations « péages gratuits » menées par le mouvement des « gilets jaunes » depuis le 17 novembre dernier.
Cette initiative est tout simplement inacceptable. Je veux, à ce stade, rappeler quelques chiffres éloquents.
Pour l’année 2017, dernières données disponibles, le groupe Vinci Autoroutes a réalisé un chiffre d’affaires de 4,3 milliards d’euros, en hausse de 3,4 % par rapport à 2016, pour des recettes de péage approchant les 3 milliards d’euros, dégageant un résultat net de 1,1 milliard d’euros. Quant à l’investissement sur l’année, il pointait à 537 millions d’euros, en baisse de 11,2 % par rapport à l’exercice précédent.
Mme la ministre, quelle est la position du Gouvernement sur cette démarche du groupe autoroutier ? (Applaudissements sur les travées du groupe communiste républicain citoyen et écologiste et sur des travées du groupe socialiste et républicain.)
M. le président. La parole est à Mme la ministre chargée des transports.
Mme Élisabeth Borne, ministre auprès du ministre d’État, ministre de la transition écologique et solidaire, chargée des transports. Monsieur le président, mesdames, messieurs les sénateurs, monsieur le sénateur Bocquet, j’ai effectivement pris connaissance de l’intention de certaines sociétés concessionnaires d’engager des procédures de recouvrement auprès des automobilistes qui n’ont pas pu acquitter leurs péages du fait de blocages ou de dégradations d’installations.
Je le dis fermement, cette annonce est totalement inopportune et inappropriée. Dans la situation que connaît notre pays, chacun doit jouer son rôle pour contribuer à l’apaisement.
Par ailleurs, tout indique que cette décision ne serait pas fondée sur le plan juridique. En effet, les images de vidéoprotection n’ont pas vocation à être utilisées pour la régularisation des paiements.
J’ai donc demandé aux sociétés concessionnaires de se conformer strictement à la loi et de ne pas mettre en œuvre de tels recouvrements.Je les recevrai ce soir afin de faire le point sur les perturbations en cours et les nombreuses dégradations qui sont à déplorer.
Je le redis, ces violences sont inacceptables. Aucune cause ne justifie de s’en prendre aux biens et aux personnes, et je veux en particulier dire ma solidarité avec les agents des sociétés d’autoroutes, qui ont été la cible d’actions violentes et d’incendies.
Nous sommes et nous continuerons à être d’une fermeté totale envers ceux qui commettent de tels actes.
Nous sommes à quelques jours d’un week-end de grand départ, et nos concitoyens ont le droit de circuler librement sur le réseau autoroutier. Pour ce faire, il faut que le calme revienne au plus vite sur le terrain. C’est ce pour quoi nous sommes totalement mobilisés, et c’est l’objet de la réunion de ce soir.
La réponse à la colère exprimée ces dernières semaines doit être collective ; les grandes entreprises doivent y prendre toute leur part. (Applaudissements sur les travées du groupe La République En Marche, du groupe Les Indépendants – République et Territoires et sur des travées du groupe du Rassemblement Démocratique et Social Européen.)
M. le président. La parole est à M. Éric Bocquet, pour la réplique.
M. Éric Bocquet. Madame la ministre, j’entends bien votre réponse, mais nous restons, pour notre part, convaincus que la question de la maîtrise publique des infrastructures autoroutières se pose plus que jamais.
Les autoroutes françaises réalisent un chiffre d’affaires de 8 milliards d’euros par an. En privatisant, l’État a renoncé aux dividendes futurs estimés à 40 milliards d’euros d’ici à 2032. La marge nette des groupes autoroutiers oscille entre 20 % et 24 % depuis la privatisation. Enfin, 14,6 milliards de dividendes ont été distribués aux actionnaires.
Lors d’un débat au Sénat en 2014, sur l’initiative de notre groupe, nombreux ici furent les collègues sur toutes les travées à déclarer que la privatisation des autoroutes avait été une erreur. Nous pensons qu’il faut procéder à la renationalisation des concessions autoroutières. L’emprunt à contracter serait remboursé par les bénéfices dégagés, et non pas par l’impôt. Il y va, selon nous, de l’intérêt général. Pour agir ainsi, les concessionnaires autoroutiers privés seraient-ils devenus un État dans l’État ?
Ian Brossat : "Je veux construire une liste à l'image de la France du travail"
7 minutes
Ian Brossat, porte-parole du PCF, tête de liste aux européennes et adjoint à la Mairie de Paris en charge du logement, est l'invité de Frédéric Métézeau.
La question du logement est centrale pour lui dans la politique locale nationale. "Le logement n'est pas considéré comme une priorité depuis des années par les différents gouvernements", assène Ian Brossat. "[L'actuel gouvernement], à chaque fois qu'il faut faire des économies, tape dans le budget du logement. Or on ne peut pas avoir des collectivités territoriales qui règle seules ce problème fondamental."
"À Paris en 2001, quand Bertrand Delanoë est devenu maire, il y avait 20.000 logements insalubres. Il a fallu batailler comme des chiens pour réussir à éradiquer l'insalubrité, soit 3,5 milliards d'euros. Des tas de collectivités n'ont pas ces moyens financiers et ne peuvent pas y arriver. On a besoin d'une mobilisation nationale sur cette question de l'insalubrité ou du mal-logement."
Sur le programme de construction de logements à "prix cassé" que va lancer la ville de Paris, "un dispositif inspiré par Bernie Sanders [sénateur démocrate américain]", Ian Brossat précise qu'il "s'agit de dissocier le foncier du bâti". "Vous n'achetez pas le terrain, vous n'achetez que le bâti, ce qui permet de payer 2 à 3 fois moins cher. Le logement est bien à vous, pour 99 ans."
Des gilets jaunes aux européennes pour le PCF ?
C'est ce que souhaite l'élu parisien, qui estime que "cette mobilisation sociale bouscule tout le monde, y compris le Parti communiste. Nous avons souffert collectivement que la voix populaire de millions d'hommes et de femmes, qui veulent vivre dignement de leur travail, n'ait pas été entendue".
"Tout le monde doit tenir compte de ça", précise-t-il. "Quand on voit le taux d'abstention à chaque élection force est de constater qu'on n'est pas arrivé à mobiliser une partie de la population française qui a besoin d'être mieux représentée. Au Parlement européen, il y a trois ouvriers sur environ 700 eurodéputés ! On ne peut pas avoir des Français qui se reconnaissent dans la politique dès lors que les institutions ne leur ressemblent pas."
Le secrétaire général de la CGT revient sur la mobilisation qui bouscule le pays. Pour Philippe Martinez, ce mouvement ne s’oppose pas aux luttes syndicales, mais souligne les obstacles à lever sur lesquels bute l’action collective des salariés.
La crise des gilets jaunes questionne fortement la capacité des syndicats à défendre efficacement les intérêts des salariés. Leur utilité est-elle remise en cause ?
Philippe Martinez
Ce qui est intéressant dans ce mouvement, c’est qu’alors que l’action collective a été dénigrée par ceux qui nous dirigent depuis des décennies, on voit un corps social qui retrouve le chemin de la mobilisation. Mais celle-ci se construit dans un contexte de mise à l’écart des organisations syndicales par les gouvernements successifs et par le patronat. Trop souvent, quand il y a des mobilisations, ceux-ci font comme si elles n’existaient pas, ou refusent de répondre aux attentes. En 2016, par exemple, il y a eu plus de monde dans les rues pendant quasiment un trimestre entier contre la loi El Khomri qu’avec les gilets jaunes aujourd’hui. Et le soutien de l’opinion publique aux manifestations était comparable. Or qu’a fait le gouvernement de l’époque ? Il a fait le choix de jouer la carte de la division des syndicats. Cela ne veut pas dire que nous ne portons aucune responsabilité dans le fait que, parmi les gilets jaunes qui portent des revendications sociales, beaucoup n’ont jamais ou alors rarement croisé des syndicats. Dans ces conditions, il est difficile pour ces salariés de se convaincre de leur utilité. Nous sommes très en retard dans notre déploiement dans l’ensemble du monde du travail. Tant que la CGT ne rayonnera que sur 25 % du salariat, les 75 % de salariés restants ne connaîtront des syndicats que ce qu’on peut leur raconter par ailleurs. Et, en général, ce ne sont pas des compliments.
Comment la CGT appréhende-t-elle ce mouvement sans organisation ni coordination ?
Philippe Martinez
Notre position est claire sur ce mouvement des gilets jaunes. Il est parti d’une révolte contre la hausse du prix de l’essence, que partage la CGT, mais derrière on voyait bien le risque des mots d’ordre du refus de toutes taxes, cotisations comprises. Très vite, cependant, les banderoles ont affiché des slogans pour la hausse du Smic et l’impôt sur la fortune, comme sur les tracts de la CGT. Cela montre qu’on ne prêche pas dans le désert. Même si les jonctions ne sont pas évidentes au premier abord, ce mouvement est un mouvement social, hétéroclite dans sa composition, avec l’existence qu’il faut dénoncer de certains comportements inacceptables en son sein.
Les gilets jaunes ont obtenu des concessions du président de la République que le mouvement syndical a échoué à arracher malgré ses mobilisations ces dernières années. Cela vous conduit-il à repenser votre stratégie ?
Philippe Martinez
Nous devons constamment nous interroger sur la stratégie la plus efficace pour gagner. Ce que font les gilets jaunes percute d’ailleurs nos débats dans la CGT sur l’efficacité des « journées saute-mouton » (les journées d’action espacées dans le temps – NDLR) et des mobilisations du samedi. Or, si on ne conjugue pas les actions le samedi avec des actions dans les entreprises, le Medef pourra continuer à dormir tranquille. Quant aux manifestations, aux occupations de carrefours ou de péages autoroutiers, elles font partie des formes diverses de l’expression collective du mécontentement que le mouvement syndical a lui-même expérimentées. En 2016, on a connu aussi des occupations, des formes de lutte identiques. J’entends bien la volonté d’une partie des représentants politiques et des médias d’installer l’idée que certains seraient plus efficaces que d’autres. À mon sens, ce que démontre avant tout l’action des gilets jaunes comme celle des syndicats, c’est que l’action collective paie. Mais paie-t-elle à la hauteur des revendications ? C’est, me semble-t-il, la question à poser. Dans leur lutte, les cheminots aussi ont obtenu des choses. Mais ils n’ont pas gagné tout ce qu’ils voulaient. De leur côté, les gilets jaunes ont arraché la hausse de la prime d’activité, la prime exceptionnelle dans certaines entreprises, mais ils n’ont pas gagné la hausse du Smic qu’ils revendiquent, ni le rétablissement de l’impôt sur la fortune. Si l’on veut obtenir davantage, il faut donc être encore plus nombreux à se mobiliser, et cela vaut pour tout le monde, gilets jaunes, rouges ou d’une autre couleur. Cela pose aussi la question de notre capacité collective de taper le cœur du système, c’est-à-dire le capital. Et le capital, ce sont les grands groupes, les multinationales.
Le contournement des syndicats n’est-il pas aussi la conséquence de luttes qui ne se traduisent plus par de nouvelles conquêtes ?
Philippe Martinez
Oui, le monde du travail peine à arracher de nouvelles conquêtes. Il y a eu des mobilisations importantes, mais sur les enjeux nationaux, depuis les 35 heures, nous avons empêché des reculs mais nous n’avons rien gagné de nouveau. Cela pose la question de l’action collective, des formes de lutte. Ce sont des constats que l’on fait nous-mêmes, on est d’accord de ce point de vue.
N’est-ce pas aussi le produit d’une politique qui a visé à casser les syndicats ?
Philippe Martinez Depuis une dizaine d’années, le pouvoir a cultivé l’idée que le rôle des syndicats était d’accompagner ses mesures, et que ceux qui s’y refusaient devaient être mis sur la touche. En 2007, Nicolas Sarkozy faisait huer la CGT dans ses meetings. Emmanuel Macron est même allé plus loin en décidant d’écarter tous les syndicats, sans exception. Désormais, il fait son mea culpa tous les six mois. Il l’a fait en juillet, et encore ce mois-ci avec sa grande réunion avec les élus et les représentants syndicaux. Mais c’est de la communication.
Rien n’a donc changé à l’Élysée depuis la crise des gilets jaunes ?
Philippe Martinez
Le président de la République a-t-il écouté nos revendications après cette réunion ? Absolument pas. À part dire qu’il parle trop brutalement, il n’a pas fait de remise en cause sur le fond. Quand le chef des députés de la République en marche (Gilles Le Gendre – NDLR) dit « notre erreur est d’avoir été trop subtils, trop intelligents », cela signifie qu’ils prennent ouvertement les gens pour des idiots. C’est du Macron dans le texte. Et quand le premier ministre déclare qu’une partie des smicards font partie des « foyers les plus aisés », on voit bien que rien n’a changé réellement. La CGT ne leur servira pas d’alibi.
Les divisions du syndicalisme ne participent-elles pas du sentiment qu’il n’est pas au service des salariés dans leur diversité ?
Philippe Martinez
En effet. Tous les syndicats ont pour rôle de défendre les intérêts du monde du travail : c’est ainsi que raisonnent les citoyens. À partir du moment où ils estiment que ce n’est pas la préoccupation centrale des organisations, on entend sur les ronds-points : pourquoi n’arrivez-vous pas à vous mettre d’accord ? Tant que ce sentiment perdurera, notre crédibilité sera entachée.
Les gilets jaunes ne posent pas la question de la lutte à l’entreprise ni ne désignent le Medef comme leur adversaire. Est-ce un obstacle pour réaliser la jonction avec les luttes et les grèves syndicales ?
Philippe Martinez
Pour la plupart, les manifestants sur les ronds-points ne travaillent pas dans les grandes entreprises. Ce sont des chômeurs, des retraités, des salariés de TPE-PME, voire des petits patrons et artisans, ce n’est pas la masse de nos syndiqués. Le capital, le CAC 40, les actionnaires, ils ne les croisent pas dans leur vie. Pour eux, le Medef, qui est le symbole de la puissance de l’argent, c’est lointain. La CGT doit donc être plus précise dans la désignation des premiers responsables de la situation. Le plus heureux des mesures du gouvernement, c’est le Medef : il ne met pas la main à la poche. Geoffroy Roux de Bézieux (le président du Medef – NDLR) affirme d’ailleurs que ce mouvement social ne le concerne pas, puisque les usines ne sont pas occupées et que ses permanences ne sont pas attaquées. C’est le travail de la CGT que de rappeler qu’il y a de l’argent mais qu’il est mal orienté, parce qu’il va aux actionnaires et non aux salariés. La prime d’activité sera payée par les impôts de tous, pendant que ceux qui détiennent le capital vont toucher encore plus d’argent. Les syndiqués à la CGT discutent sur les ronds-points avec les gilets jaunes pour pousser ce débat. Tous les salariés de ce pays sont soumis à la pression des actionnaires, qu’on travaille dans une grande ou une petite entreprise, et même dans les services publics.
Il n’y aura pas de coup de pouce au Smic mais une augmentation de la prime d’activité, que ne toucheront pas tous les salariés payés au salaire minimum. Est-ce une avancée partielle ou bien une supercherie ?
Philippe Martinez
Quand on n’a rien ou pas grand-chose, 100 euros de plus, c’est toujours ça de pris. Mais la mesure reste une supercherie parce que ce sont les contribuables qui vont payer à la place de l’augmentation des salaires due par les patrons. Et puis, cette prime est inégalitaire, puisque la référence pour la toucher est le revenu du foyer. Comme les hommes gagnent souvent plus que les femmes, une grande part d’entre elles payées au Smic n’auront pas droit à ces 100 euros. C’est scandaleux ! On a interpellé le gouvernement pour que s’ouvre une véritable négociation sur l’augmentation du Smic. Une telle hausse permet en effet de faire évoluer tous les salaires, et pas seulement le plus bas. Et, à la différence de la prime d’activité, qui ne génère aucun droit pour la retraite ni pour la protection sociale en général, le salaire produit des cotisations sociales qui comptent dans la rémunération du travail. Au lieu de cela, le gouvernement considère toujours que le travail est un coût et que le capital doit être épargné. Les cadeaux stupides continuent, comme la défiscalisation des heures supplémentaires. Croit-on que c’est en faisant travailler plus ceux qui ont déjà un emploi que ça va permettre à ceux qui n’en ont pas d’en trouver un ?
Le gouvernement a annoncé vouloir maintenir le train de ses réformes. Qu’envisage la CGT comme riposte pour le début de 2019 ?
Philippe Martinez
Nous estimons qu’il faut remettre le couvert rapidement, en mobilisant dès le début de l’année sur des questions essentielles comme les salaires et la justice fiscale. Nous sommes à l’initiative pour porter ces revendications avec le maximum d’organisations syndicales de salariés et de jeunesse à l’occasion d’un temps fort après les congés, dans des formes qui restent à définir.
Louis Aragon meurt le 24 décembre 1982, dans la nuit du jeudi au vendredi, à 0h05, dans son domicile parisien du 56, rue de Varenne.
Le lendemain, samedi 25 décembre, L'Humanité lui dédie huit pages d'hommages et d'articles sur sa vie et son œuvre, souvent très denses. Et six pages encore le lundi 27 décembre 1982 pour ses obsèques prévues le lendemain.
Il y a d'abord l'hommage adopté par le Comité Central du PCF, magnifique, qui mérite d'être cité intégralement.
Il est sous un encadré avec une photo d'Aragon prise en 1982 avec son chapeau, et la formule de La Diane française "Mon parti m'a rendu mes yeux et ma mémoire"
C'est notre honneur
"Aragon n'est plus.
Pour ses camarades communistes dont il était la fierté, pour tous ceux en qui a retenti sa parole aux plus forts moments de notre vie nationale, pour les femmes et les hommes innombrables que le rayonnement de son art a atteints jusqu'au bout du monde, la perte est immense?
Présent à tous les rendez-vous de notre peuple et de sa culture avec l'histoire, Aragon a marqué son siècle.
Il l'a marqué par son œuvre, infiniment diverse et profondément une: œuvre poétique chantant sur tous les tons, à travers toutes les formes, l'amour et la colère, la douleur et l'espoir: œuvre romanesque à la taille du monde réel et de l'histoire, indissolublement croisée avec celle d'Elsa Triolet; œuvre critique attentive à tous les chemins nouveaux de la création, sans cesse attachée à mettre l'héritage au présent. Riche de cette assimilation exceptionnellement inventive de la culture française et mondiale, retrouvant et continuant notre grande tradition humaniste à travers les ruptures les plus révolutionnaires, élaborée jusqu'au plus extrême raffinement et capable d'entrer dans la sensibilité populaire jusqu'à devenir chanson, l’œuvre d'Aragon est un sommet de l'art contemporain.
Il a marqué en même temps son siècle par cette manière de vivre jusqu'au bout l'engagement du créateur dans les combats pour changer le monde. Bien des écrivains ont joué un rôle civique dans notre histoire. Mais rares sont ceux qui ont poussé si loin la liaison délibérée de l'écriture et de l'acte politique. Ce fil perpétuel qui noue dans son œuvre vie intime et vie publique, ce croisement sans cesse renouvelé de la création littéraire avec la prise de position du journaliste et l'intervention du militant font d'Aragon une des personnalités les plus fortes de la France contemporaine.
Ce prodigieux inventeur de formes a été une haute voix de notre temps.
Au sortir de la Première Guerre, en rupture radicale avec une esthétique et une morale qui s'étaient faites complices de la tuerie impérialiste où l'on avait jeté ses vingt ans, Aragon est l'un des fondateurs, une des figures décisives du mouvement surréaliste, cette insurrection de l'esprit dont jamais il ne reniera les choix fondamentaux.
C'est à partir d'eux que, poussant jusqu'au bout sa remise en question de l'inacceptable ordre établi, Aragon adhère dès 1927 au jeune Parti communiste. De cette rencontre capitale avec la classe ouvrière révolutionnaire, de sa découverte concrète de l'Union soviétique naît une dimension nouvelle de son engagement politique comme de son art. A la pointe de l'action antifasciste et pour la paix, au cœur du Front populaire, il est de ceux qui ont le plus ardemment contribué à unir en une même démarche combat de classe et combat national, grandeur française et solidarité internationale.
Dans les années de douleur et de courage où la France trahie est occupée par les nazis, Aragon est au premier rang pour organiser la résistance chez les intellectuels, animer le Front national, fonder Les lettres françaises et le Comité national des écrivains. En des termes inoubliables, il est une voix sans pareille de la France debout dans la lutte contre l'envahisseur.
Lorsque, après la grande espérance de la Libération, vient l'époque de la guerre froide et des guerres coloniales, de l'inféodation atlantique, puis du long règne de la droite, Aragon le poète, le romancier, l'essayiste, le directeur de Ce Soir et des Lettres Françaises met sans compter son prestige et son génie dans la balance de toutes les causes où se joue le bonheur des hommes, du mouvement mondial pour la paix et de la solidarité avec les pays socialistes au combat national pour l'indépendance et la démocratie. Il se voue avec Elsa à la défense et illustration de notre culture à sa rencontre avec toutes les autres. Bouleversé par ce qui vient ternir l'image du socialisme, il milite pour son visage humain. Soucieux de rassembler, il a été inlassablement de la longue bataille pour la victoire de la gauche.
Peu de vies ont à ce point fait honneur aux couleurs de la France.
Et c'est notre honneur que pendant plus d'un demi-siècle, liant au chemin de tous sa démarche singulière, Aragon ait été sans jamais faire défaut un communiste.
Ce qu'il a apporté à notre Parti est inestimable. Il a pris dans les années 30 sa part des efforts pour en surmonter les maladies infantiles. Il n'a cessé de rendre puissamment sensibles, par-delà les cris et chuchotements de la calomnie, l'inspiration démocratique et nationale de notre politique, le souffle libérateur du marxisme, la stature de l'homme communiste. Toujours il a voulu servir, comme il aimait à le dire, et parfois jusqu'à la déchirure, ce parti qu'il avait fait sien une fois pour toutes il y a cinquante-cinq ans à partir de raisons plus profondes que toutes les failles de l'histoire.
Devant ce qui n'y fut pas toujours selon son cœur, devant l'amertume des erreurs un temps partagées, jamais il n'a songé à rebrousser chemin, mais à agir pour avancer. Membre du Comité central depuis 1950, il a été au sens le plus vrai du mot un homme politique.
Artisan passionné d'une conception démocratique et nationale de la culture, partisan convaincu de l'alliance capitale de la classe ouvrière et des intellectuels, explorateur hardi de l'ouverture et de l'union, il a joué un grand rôle à sa mesure dans ces grands pas en avant de notre Parti qui s'appellent Argenteuil et Champigny, dans cet acte décisif qu'a été notre 22e congrès. La marque d'Aragon se lit à livre ouvert dans notre conception et notre pratique de l'avancée démocratique vers un socialisme à la française.
Lors de son 80e anniversaire, il exprimait sa joie devant ce que son Parti était devenu. Sa disparition nous fait redire avec solennité combien nous mesurons la part qu'il y a prise.
Au moment où Aragon nous quitte, où son œuvre achevée appareille vers les plus lointains lendemains, nous, ses camarades des nuits noires et des jours lumineux, nous saluons en lui, du fond de notre douleur et avec une ineffable gratitude, l'une des plus hautes images de l'homme d'aujourd'hui".
Le Comité Central du Parti Communiste Français
Aragon et Marchais
Georges Marchais est cité page 3:
"Je suis bouleversé"
Aussitôt connue la mort d'Aragon, Georges Marchais, secrétaire général du Parti communiste français, a déclaré:
"Aragon n'est plus. Les mots me manquent pour dire la peine immense qui m'étreint. Je perds un ami très proche, notre Parti un des meilleurs des siens, la France son plus grand poète du siècle. Je suis bouleversé".
Plus tard, après avoir salué la dépouille mortelle d'Aragon, Georges Marchais, interrogé par les journalistes, a déclaré:
"J'ai beaucoup de peine, car je perds un ami. Pour beaucoup de gens, cela peut apparaître comme une attitude prétentieuse de ma part. Ce n'est pourtant pas le cas.
"Aragon a parlé avec moi pour la première fois en 1956, lorsque j'ai été élu au Comité central. Depuis, il a toujours joué un grand rôle auprès de moi. Par exemple, en 1968, quand avec Waldeck Rochet, nous avons travaillé au Manifeste de Champigny, les conseils d'Aragon ont été précieux".
Puis il a poursuivi: "Par la suite, quand Waldeck Rochet est tombé malade et que j'ai été investi des responsabilités qui sont les miennes aujourd'hui, j'ai souvent rencontré Aragon et il m'a beaucoup aidé.
"A la veille du XXIIe Congrès, qui a été un tournant pour le Parti, Aragon est venu me voir dans mon bureau. Il m'a apporté un témoignage qui avait une grande signification: "La Joconde", par Marcel Duchamp.
" Aragon avait une dimension nationale et internationale, une dimension qui n'a rien à voir avec la mienne. Mais c'était un ami. C'était un des meilleurs des nôtres, dans sa fidélité constante au Parti communiste, à ce Parti dont il disait "Je démissionne chaque soir, je réadhère chaque matin"
"C'est le plus grand poète de ce siècle. Pour nous, et pas seulement pour nous.
"Aragon, c'est la fidélité à son engagement, comme écrivain surréaliste, et à son engagement comme membre de son Parti. C'est un exemple de fidélité, au sens le plus fort de ce terme. Une fidélité qui n'a jamais été aveugle. C'était Aragon avec tout ce qu'il était".
Trois mots à la une : Aragon est mort
Lundi, 24 Décembre, 2012
C’est ainsi que l’Humanité annonçait sa disparition, le 25 décembre 1982, avec une photo de ses dernières années. Une foule grave avait assisté trois jours plus tard à l’hommage qui lui fut rendu, place du Colonel-Fabien, à Paris.
Le 25 décembre 1982. Sans doute est-ce alerté la veille par la radio ou la télé que l’on était allé acheter l’Huma ce matin de Noël. Un titre, un seul titre à la une, d’une clarté tranchante : « Aragon est mort ». Ces trois mots et une photo. Il n’avait sans doute pas été facile de la choisir. Quel était l’Aragon des lecteurs de l’Huma, et, bien au-delà, de tous ses lecteurs ? Le jeune homme si élégant des années surréalistes, aux mille cravates, mais qui avait déjà sur le front de la guerre, puis à l’hôpital du Val-de-Grâce où il avait rencontré André Breton, connu la souffrance, la mort et la folie ? Le poète de la Résistance ? L’auteur d’Aurélien ou celui de la Semaine sainte, celui de la Défense de l’infini en 1927 ou de ces pages hallucinées des Communistes, où il décrit comme le Triomphe de la mort, de Bruegel, le désastre de Dunkerque ? Le membre du Comité central du PCF, ancien directeur du quotidien Ce soir, directeur des Lettres françaises qui avait offert à Georges Marchais l’une des trois Joconde à moustache de Marcel Duchamp, portant ces mots en forme de provocation : « LHOOQ » ? « Autant il y a d’artistes véritables, écrivait Marcel Proust, autant il y a de mondes différents. » Aragon fut un inventeur de mondes. L’une des logiques sans doute de cet enfant sans nom, qui ne connaissait pas son père, un enfant de l’amour, comme on disait à la fin du XIXe siècle. Un enfant qui crut longtemps que sa mère était sa sœur et pour qui écrire était un « mentir-vrai ». Inventeur de mondes, se récriera-t-on peut-être, et le monde réel, alors, qu’il avait donné comme titre à son cycle romanesque des années trente ? Bien sûr… mais jamais il ne le confondit avec un plat réalisme, fût-il baptisé socialiste.
«Il nous restera de lui le pouvoir infini des mots »
Le journal avait choisi une photo des dernières années. Ces années où souvent il s’exprimait avec un de ces masques blancs des mimes, comme si dans cette traversée du siècle il s’était senti devenir une ombre. « Siècle martyr, siècle blessé, c’est de sang que sa bouche est peinte. »
Ses obsèques avaient eu lieu trois jours après. Le président de la République, François Mitterrand alors, le gouvernement n’avaient pas cru bon d’organiser des obsèques nationales. Ce fut au PCF qu’il échut de lui rendre hommage. Non qu’il lui appartînt, mais aussi parce que, peu à peu, comme le dira alors Georges Marchais, le PCF s’était reconnu en lui. Ce jour-là, place du Colonel-Fabien, devant la façade de verre de Niemeyer, il y avait une grande foule grave, avec partout les couleurs des drapeaux et des roses rouges. Pierre Mauroy, premier ministre, était venu. « Il nous restera de lui le pouvoir infini des mots et cela qui lui faisait toujours discerner la lueur d’une aube. » Le cercueil après la cérémonie publique avait été emporté à Saint-Arnoult-en-Yvelines pour être inhumé sous la grande dalle de pierre où reposait déjà Elsa avec ces mots gravés : « Quand côte à côte nous serons enfin gisants »… 25 décembre 1982. Dans un autre journal, le Figaro, Jean d’Ormesson saluait « le plus grand poète français. Un romancier de génie ».
L’actualité d’Aragon
Pour commémorer le trentième anniversaire de la mort d’Aragon, l’Équipe de recherche interdisciplinaire sur Elsa Triolet et Aragon (Erita), met en ligne un dossier, l’Actualité d’Aragon, prélude à un numéro spécial de sa revue Recherches croisées. Ce dossier comporte un bilan de la recherche aragonienne, des textes d’Aragon, des contributions de chercheurs, écrivains, artistes ainsi qu’un hommage à Michel Apel-Muller, l’un des fondateurs de l’Erita, qui vient de disparaître.
Le groupe Vinci, a osé réclamer aux automobilistes qui ont franchi gratuitement les péages lors de leur occupation par les gilets jaunes, la somme dont ils auraient dû s’acquitter.
Voici une entreprise multinationale qui dégage des milliards de profit et qui cherche à gagner de l'argent sur le dos d’un mouvement social. Ceci prouve une chose : le mouvement des gilets jaunes a fait plus peur au gouvernement qu’aux grandes entreprises qui se sentent les coudées franches pour étaler sans vergogne leur rapacité.
La décision prise par un gouvernement de droite en 2005 d’offrir sur un plateau d’argent aux multinationales du BTP le réseau autoroutier payé par des générations de contribuables est un véritable scandale ! Un vol d’argent public avec la complicité de l’Etat qui représente des dizaines de milliards en moins pour le trésor public. L’actuel gouvernement comme le précédent ont encore aggravé la note en accordant de nouvelles faveurs inespérées aux concessionnaires.
En 10 ans, les profits issus des péages ont ainsi augmenté de près de 20%. Les tarifs ont augmenté dans la même proportion sur la même décennie, de loin supérieurs de l’évolution du coût de la vie. Les concessionnaires ont immédiatement liquidé des centaines d’emplois pour dégager de nouvelles marges de profits et leurs actionnaires empochent 1,5 milliard € de dividendes par an. Un des meilleurs placements qui soient pour les capitalistes ! Leurs bénéfices nets représentent presqu’un quart de leur chiffre d’affaire.
Ces revenus permettraient à l’Etat de financer l’entretien du réseau autoroutier, mais aussi des éléments de la transition environnementale, notamment par l’entretien et le développement du réseau ferré. L’Etat a préféré s’amputer de ressources gigantesques pour satisfaire les appétits des géants du BTP Vinci ou Eiffage, et se défausse sur leurs filiales pour financer l’entretien et le développement des infrastructures autoroutières.
Il est temps de renationaliser le réseau autoroutier. Les concessionnaires sont dans une situation de quasi-monopole qui légitime le retour dans le giron public des autoroutes. Cela couterait certes cher dans l’actuel cadre juridique de protection aveugle et indéterminée de la propriété privée, quand elle est d’une cupidité sans limite.
Mais, non, ce n’est pas au citoyens de payer deux fois : une fois pour le vol de leur bien public, une autre pour leur réintégration dans le bien commun. La morgue avec laquelle Vinci a agi et les profits colossaux qu’elle dégage en exploitant le besoin de mobilité des français, devrait pousser à vrai débat national sur sa nationalisation sans indemnité.
Cet exemple devrait enfin alerter sur les privatisations en cours d’Aéroport de Paris et de la Française des jeux, des propriétés publiques largement bénéficiaires qui rapportent beaucoup d’argent au trésor, et dont la vente sera prétexte à de nouveaux sacrifices dans les budgets publics et sociaux. Voici un sujet qui pourrait être discuté autour des tablées de fin d’année.
Patrick Le Hyaric, directeur de l'Humanité, député européen communiste
Stephane Peu et Laurence Cohen (parlementaires PCF) au côté des Kurdes et de France Kurdistan: stop Erdogan!
Collectif Paix et Démocratie - Solidarité avec les peuples de Turquie(18 décembre 2018)
Le nouveau contexte des élections de juin 2018
Erdogan est devenu en 2014, le premier président de la République élu au suffrage universel. Les amendements constitutionnels, entrés en vigueur en 2018, qui établissent un régime hyperprésidentiel, lui permettent de gouverner en autocrate sans contre-pouvoirs.
Il entend être le dirigeant d'une nouvelle Turquie. Pour cela, il promeut un islam politique turc, il redéfinit le nationalisme dans la perspective de retrouver une grandeur perdue sur la base d'une refondation civilisationnelle. Ce projet a commencé à se concrétiser dans plusieurs sphères de la vie publique et privée par des postures moralistes, intrusives et paternalistes (enseignement religieux, restrictions des droits des femmes, vente d'alcool...).
L'autoritarisme, profondément ancré dans la vie politique et sociale, a permis à Erdogan de poursuivre une politique de refondation conservatrice. Le nationalisme à connotation ethnoreligieuse est le plus grand dénominateur commun idéologique de la société turque. L'image de la Turquie comme puissance assiégée reste vive dans l'imaginaire populaire. Il permet de justifier la politique de répression face aux prétendus périls extérieurs et intérieurs. Cet autoritarisme qui se traduit par une paramilitarisation de l'appareil d'État fait bon ménage avec les politiques néolibérales.
Depuis la disparition de la carte européenne pour établir son pouvoir, Erdogan a misé sur la polarisation sociale pour s'assurer du soutien des sunnites conservateurs. Il attise les fractures de la société turque : ethniques (kurdes), confessionnelles (alévis) et culturelles (modernistes). Il est le défenseur de l'unicité de la nation face aux Kurdes. Au nom de l'oumma il refuse aux alévis de séparer leurs lieux de culte des mosquées.
Le majoritarisme constitue la limite de sa conception démocratique. Mais comme la plupart des régimes autoritaires il a besoin de la souveraineté incarnée dans le suffrage universel. D'où la nécessité de remporter les élections. Erdogan s'appuie sur une large base sociale constituée de la bourgeoisie anatolienne, des différents milieux islamistes et des populations les plus pauvres convaincues que la résolution des problèmes sociaux se relève de la charité. Il dispose enfin d’un quasi-monopole des médias. Le scrutin de juin a montré que les 2/3 des électeurs turcs votent pour des formations conservatrices ou ultranationalistes.
Purges, violations des droits de l'Homme et crise économique
Depuis plusieurs années maintenant, la répression ne faiblit pas et s'est amplifiée depuis la tentative avortée du putsch de juillet 2016. Des coups de filets sont annoncés chaque semaine.
220 000 personnes ont été interpellées depuis le coup d’État et plus de 50 000 condamnés. Médias, secteurs éducatifs, judiciaires, militaires, économiques sont affectés. La répression a des ramifications à l'étranger : pression sur des États mais aussi disparitions et enlèvements (dont 200 revendiqués), intimidations et pressions diplomatiques, tortures dans des centres de détention arbitraires.
Cette répression frappe tous les opposants et notamment les démocrates : syndicalistes, défenseurs des droits de l'Homme et plus particulièrement le HDP : 5 000 militants, la quasi-totalité des parlementaires et des maires ont été ou sont incarcérés.
Mais ne nous y trompons pas, ce régime de guerre et de terreur place la Turquie au bord du gouffre.
- Sur le plan économique : Le PIB de la Turquie a augmenté de 30% en 16 ans et ses taux de croissance demeurent impressionnants (7,2% en 2017). Cependant cette économie n'en connaît pas moins des difficultés structurelles. En 2018 et 2019, la croissance devrait être divisée par 2 alors que la livre a perdu 40% de sa valeur, l'inflation flirte avec les 20% et que le chômage s'accroît. Les investissements reculent alors que l'endettement explose. Cette crise monétaire s'explique fondamentalement par la politique du dollar fort. L'économie turque est trop dépendante du dollar pour combler le déficit de ses comptes courants et rembourser la dette de son secteur privé.
- Sur le plan politique : L'AKP a connu un net recul aux législatives de juin 2018 et ne doit sa majorité qu'à une alliance avec l'extrême droite. Mais Erdogan n'est pas parvenu à endiguer les contestations et les résistances. Il a échoué dans sa tentative d'éliminer le HDP, seule force progressiste et pacifiste turque qui parvient à dépasser 10% des voix et dispose d'un groupe parlementaire. Les mouvements sociaux contre la crise connaissent une vigueur nouvelle en dépit de l'interdiction de la grève dans de nombreux secteurs et des arrestations. Les mobilisations sont également fortes sur la défense des libertés : mouvements des femmes, grève de la faim dans les prisons à l'image de la députée Leyla Güven, le succès de librairie de l'ouvrage de S. Demirtas... L'action opiniâtre des parlementaires HDP auprès de la Cour Européenne des Droits de l'Homme a abouti à un arrêt exigeant la libération immédiate de S. Demirtas... qu'Erdogan a rejeté. Dans la même perspective, la commission des Droits de l'Homme du Conseil de l'Europe vient de recommander la sortie du PKK de la liste des organisations terroristes. De telles décisions mettent en difficultés Ankara et répondent à la demande de paix des peuples de Turquie.
Les démocrates turcs n'ont pas dit leur dernier mot. L'heure est plus que jamais à la solidarité internationaliste.
Le retour de la Turquie sur la scène internationale
Les choix géostratégiques de la Turquie de 2011 à 2016 l'avaient placée dans une situation croissante d'isolement. Ankara n'était pas parvenue à renverser le régime de Bachar al-Assad et avait vu avec stupeur s'installer, à sa frontière nord, un espace kurde autonome.
Aujourd'hui la Turquie est sortie de cet isolement diplomatique depuis son rapprochement avec Moscou en 2016. Elle se replace dans le jeu régional.
- Elle a pu lancer en 2016 et 2018 (Afrin) des opérations contre les Kurdes lui permettant d'établir un protectorat dans le nord de la Syrie installant des rebelles djihadistes et empêchant l'unification des cantons kurdes. Elle s'apprête à engager une nouvelle offensive généralisée au Rojava contre des Kurdes, affaiblis dans leurs capacités militaires et diplomatiques avec des djihadistes recyclés , l'appui de l'artillerie et des drones. Cela constituerait un nouvel embrasement régional
- La décision de Poutine, mobilisé pour parvenir à une paix en Syrie, d'accorder sa confiance aux Turcs dans le règlement d'Idlib est un élément essentiel dans la mesure où Ankara a la capacité de négocier avec les organisations djihadistes.
- Un mini-sommet organisé à Istanbul avec la Russie, la France et l'Allemagne, pour discuter d'un schéma de sortie de crise et envisager la reconstruction de la Syrie conforte et confirme le rôle incontournable de la Turquie. Elle se permet le luxe de remettre en scène Paris et Berlin qui n'ont aucun poids.
- L'affaire Khassoghi amplifie cette capacité de la Turquie à peser sur les évolutions régionales et de devenir incontournable. Elle met en lumière les rivalités entre la Turquie et l'Arabie Saoudite pour devenir le porte-étendard de l'islam sunnite.
La région est traversée par deux axes antagoniques :
. La Turquie et le Qatar, favorables aux Frères Musulmans et hostiles au wahhabisme de Riyad
. L'Arabie Saoudite, les Émirats Arabes Unis et l'Égypte s'opposent à cet islam politique. Les Frères Musulmans sont perçus comme des terroristes.
Les États-Unis, marginalisés à l'échelle régionale, prennent la mesure de ces évolutions.
Ces derniers mois, plusieurs dossiers ont introduit des divergences entre les États-Unis et la Turquie. La plus importante réside dans le soutien apporté par Washington aux Kurdes du PYD. Il s'agit d'un dossier vital pour la Turquie. Mais dissensions et frictions ne veulent pas dire séparation d'autant qu'ils disposent d'intérêts communs au sein de l'OTAN.
Pour les États-Unis la marge est étroite. Trump a encore besoin de donner, pour quelque temps encore, des gages aux Kurdes dans la lutte contre les dernières poches de l'État Islamique, avant d'envisager le retrait. Mais il est clair que l'objectif est de parvenir à créer une zone sous contrôle de l'OTAN dans le nord de la Syrie, par l'intermédiaire de la Turquie et de ses alliés.
Washington a besoin de conserver de bonnes relations avec la Turquie afin de tenter de contrecarrer l'influence russe et iranienne. Les relations avec Ankara sont infiniment plus importantes qu'avec les Kurdes d'Irak ou de Syrie. Les États-Unis ont dernièrement mis à prix la tête de trois dirigeants du PKK. Le statut de pivot central de la Turquie au sein de l'OTAN doit être préservé d'autant que Trump envisage de créer une OTAN "arabe".
Nos tâches
Afin d'empêcher des engrenages mortifères et de faire prévaloir la paix, la solidarité avec les peuples de la région est indispensable.
1. Manifestation du 12 janvier 2019
En 2013, trois militantes kurdes étaient assassinées dans Paris. La justice française a reconnu ce crime d'État et a identifié le MIT (services secrets turcs) comme commanditaire. L'ambassadeur actuel de Turquie en France, Ismaël Hakki Musa, était alors directeur adjoint du MIT. Le procès n'a pas eu lieu en raison de la mort du meurtrier mais de nouvelles procédures judiciaires sont engagées. Comme chaque année, une manifestation européenne, se tiendra le 12 janvier à l'initiative des organisations kurdes. Chaque année, le PCF y participe à un haut niveau avec ses élu(e)s. Notre visibilité est donc indispensable (drapeaux, badges...).
2. Célébration de Newroz
À quelques jours des élections municipales en Turquie, les Kurdes célébreront leur nouvel an (week-end du 21 mars). Partout où Newroz sera célébré, le PCF s'y exprimera. Le collectif tient à la disposition des fédérations une trame d'intervention.
À ces deux initiatives nous reprendrons nos mots d'ordre STOP ERDOGAN ! et nous aurons probablement un matériel (autocollant) autour du thème : Paix et Démocratie avec les Peuples de Turquie
Pascal Torre, avec Berivan Firat, et une militante de France-Kurdistan, au stand du PCF Finistère à la fête de l'Huma 2018: solidarité avec les démocrates et les peuples opprimés de Turquie, le combat des Kurdes pour l'égalité et la liberté!
Au moins 200 euros net de plus sur le Smic mensuel, c’est indispensable pour vivre dignement. Et c’est possible sans piquer, comme veut le faire le gouvernement, dans les salaires socialisés et les impôts des ménages.
Non, le Smic n’augmente pas de 100 euros au 1er janvier ! Pressé par la colère populaire, Emmanuel Macron a tenté de semer la confusion lors de sa prestation télévisée le 10 décembre. Sa petite phrase taillée au cordeau – « le salaire d’un travailleur au Smic augmentera de 100 euros par mois dès 2019 » – n’a fait illusion que quelques heures. Un peu plus d’attention à la chute – « sans qu’il en coûte un euro de plus aux entreprises » – aurait évité ce bref malentendu !
Même si les choses sont encore floues, les 100 euros viendraient d’une baisse de cotisations sociales et de la hausse – prévue, mais accélérée – de la prime d’activité. Un pseudo-cadeau financé, pour une part, par les salaires socialisés, en pompant dans ce qui doit revenir au financement de la protection sociale. Et, pour l’autre, par le budget de l’État, donc les impôts – ceux des ménages tout particulièrement qui en assurent l’essentiel. Dans les deux cas, ce sont les salariés qui paient, et même deux fois puisque ce tour de passe-passe contribue à assécher les ressources disponibles pour la protection sociale solidaire et les services publics. Et dans le privé, les soins, l’enseignement, l’assurance santé ou retraite… c’est plus cher.
Autre problème, technique cette fois : la prime d’activité, s’adressant à ceux qui ont un petit salaire (entre 0,5 et 1,2 fois le Smic mensuel pour une personne seule), est attribuée sous condition de ressources du foyer, en tenant compte de la situation familiale, et obéit à des calculs complexes. Tous les salariés payés sur la base du Smic sont donc très loin d’en bénéficier (seuls 27 % la perçoivent). Un conjoint gagnant un peu mieux ou un trop petit temps partiel… et finie la prime ! Les conseillers du prince sont donc en train de carburer pour construire une usine à gaz permettant de coller à peu près à cette nouvelle promesse présidentielle (aux dernières nouvelles, 50 % des smicards). Quoi qu’il en soit, cette prime d’activité, même relookée pour l’occasion, restera une prestation sociale, n’ouvrant aucun droit à la retraite ou à une indemnisation en cas de chômage. Et vite réversible au gré des aléas budgétaires. Pour que le travail paie, comme aime à le seriner le gouvernement, c’est le salaire minimum lui-même qu’il faut augmenter. Voilà 7 bonnes raisons de le faire.
1- Pour vivre, il faut au moins 200 euros de plus
Le Smic n’augmentera au 1er janvier qu’en suivant son indexation légale – une formule prenant en compte l’inflation (hors tabac) mesurée pour les 20 % de ménages ayant les revenus les plus faibles et la moitié du gain de pouvoir d’achat du salaire horaire moyen des ouvriers et des employés. Soit de 1,54 % au 1er janvier. Cette hausse sera donc inférieure à l’indice général des prix (pour l’ensemble des ménages et tabac compris) qui, en novembre, a progressé de 1,9 % sur un an. Le Smic brut s’établirait ainsi à 10,03 euros de l’heure, soit 1 521,56 euros brut par mois pour un temps plein (35 heures par semaine). Cotisations sociales déduites, le Smic mensuel net à temps plein s’établirait autour de 1 204 euros. Même en tenant compte d’une nouvelle baisse de cotisations de 20 euros (soit 1 224 euros par mois) et de la « prime Macron », pas de quoi boucler sereinement son budget – sans même parler des temps partiels !
En 2015, une étude de l’Observatoire national de la pauvreté estimait que, pour vivre décemment en logement social dans une ville moyenne, il fallait déjà un budget mensuel d’au moins 1 424 euros pour une personne seule et de 3 284 euros pour un couple avec deux enfants. Depuis, la hausse des prix, notamment celle sur les dépenses contraintes (logement, chauffage, énergie, mutuelle…), est passée par là. Bref, pour vivre, il faut au moins 200 euros net de plus par mois. Ce que réclament, sous des formes diverses, le PCF et la CGT (1 800 euros brut).
2 - En France, le travail ne « coûte » pas cher
Le Smic « est trop élevé » en France, pérorait encore, l’année dernière, le groupe d’« experts indépendants » censé éclairer le gouvernement sur le sujet. Il s’est fait, cette année, plus discret en plein mouvement des gilets jaunes. Mais l’argument est sans cesse resservi par le patronat et les économistes libéraux pour qui, quoi qu’il arrive, le « coût » du travail en général est toujours trop élevé. Un récent document de la direction du Trésor (annexe à la loi de finances 2019) reconnaît pourtant, en se fondant sur les chiffres 2017 (avant même la transformation du Cice en baisse de cotisations sociales, et avant la diminution de 10 % de cotisations au niveau du Smic), que « le coût annuel du travail en France apparaît modéré par rapport à ses principaux partenaires ». Plus précisément : « Au niveau du salaire minimum, (…) le coût du travail français est inférieur à celui de la Belgique, de l’Allemagne et des Pays-Bas », des pays de niveau de développement économique comparable. Tout compris, grâce aux allégements de cotisations successifs dont ont bénéficié les patrons français, le « coût » annuel du travail pour un salaire minimum à plein-temps est inférieur de 2 527 euros en France à ce qu’il est en Allemagne.
Quant à l’Espagne, le gouvernement vient d’y annoncer une hausse du salaire minimum de 22 % pour 2019. Le brut mensuel passerait ainsi de 858 à 1 050 euros. Un niveau certes inférieur au Smic français, mais, à comparer au niveau de salaire moyen des deux pays, inférieur de 30 % environ en Espagne. Et à la trajectoire du salaire minimum qui, en Espagne, avait déjà augmenté de 4 % en 2018 et 8 % en 2017, alors que l’inflation ne dépassait pas 2 % (contre respectivement 1,24 % et 0,93 % en France).
3 - Un coup de pouce, ça ne détruit pas d’emplois
Pas de coup de pouce au Smic, car « ça détruit des emplois », affirmait la ministre du Travail, Muriel Pénicaud, le 9 décembre. C’est le bréviaire des libéraux depuis quinze ans : 1 % de hausse du Smic, c’est 15 000 à 25 000 emplois détruits. Les économistes keynésiens, comme ceux de l’OFCE mettent, eux, en évidence un « effet demande » (la hausse de pouvoir d’achat des salariés au Smic leur permet de consommer plus, ce qui est bon pour l’ensemble de l’économie) qui crée 11 500 emplois. Et ajoutent que la hausse du Smic fait automatiquement augmenter le seuil au-dessous duquel les entreprises bénéficient d’exonérations de cotisations sociales conséquentes (1,6 fois le Smic). Elles rattrapent d’une main les miettes qu’elles lâchent de l’autre ! Résultat, sur le papier, une hausse de 1 % du Smic n’aurait aucun effet significatif sur l’emploi. Dans les faits, comme le rappelle l’économiste Henri Sterdyniak (« la Marseillaise », 12 décembre), une hausse du Smic ne détruit pas d’emplois car il faut toujours des « employés pour vous servir votre hamburger, pour vérifier vos bagages dans les aéroports, pour nettoyer les bureaux tôt le matin ou tard le soir, pour refaire les chambres dans les hôtels entre deux clients… » Le peuple des « smicards » est indispensable, et, pour l’essentiel, ne travaille pas dans des secteurs exposés à la concurrence internationale !
4 - C’est la meilleure façon de taxer les profits
Entre les baisses d’impôts consenties par les gouvernements successifs et les pratiques d’optimisation fiscale des entreprises, une grosse partie des profits échappe à l’impôt. La meilleure façon de les taxer, c’est le prélèvement à la source ! Soit agir au plus près de la création de richesses en augmentant la part des salaires dans la valeur ajoutée des entreprises. On peut commencer par le Smic, ce qui aura un très léger effet d’entraînement sur les autres rémunérations (une hausse du Smic de 1 % entraînerait une hausse de 0,14 % du salaire moyen selon le rapport 2017 des « experts » du Smic). Au plan macroéconomique, il y a de l’argent pour le faire ! Par le biais du Cice (crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi qui va être transformé en baisse de cotisations pérennes), la masse salariale brute a été allégée de 7 % dans les entreprises. Et les entreprises ont augmenté leur taux de marge (32 %), qui a quasiment retrouvé les niveaux d’avant la crise financière de 2008.
5 - Ce n’est pas la fin des « petites boîtes »
Environ 11,5 % des salariés du privé, soit 1,98 million de personnes, sont rémunérés sur la base du Smic, en majorité des femmes (58 %), une bonne moitié à temps partiel. Et 42 % travaillent dans des entreprises de moins de 10 salariés (TPE). Ils se concentrent dans l’hôtellerie, la restauration, le tourisme, le nettoyage, le commerce alimentaire, et pour l’industrie, dans le textile, l’habillement et le cuir. Une hausse du Smic tuerait-elle ces petites boîtes ? En fait, une bonne part de ces petites boîtes sont des franchisés de grandes enseignes ou des sous-traitantes de grandes entreprises auxquelles elles sont pieds et poings liés. C’est à ces grandes entreprises d’assumer la hausse du Smic en baissant leurs royalties ou en payant mieux leurs sous-traitants – le législateur pourrait les y contraindre. Quant aux autres TPE, c’est sur elles que devraient se concentrer les quelque 150 milliards à 200 milliards d’euros annuels (selon les estimations) d’aides publiques aux entreprises.
6 - C’est une bonne façon de lutter contre les inégalités
Aujourd’hui, même le FMI alerte sur le creusement des inégalités (voir page 34) dans les pays riches ! Et si l’on en croit l’Institut des politiques publiques, les mesures prises ou envisagées par le gouvernement (via les budgets 2018 et 2019, avant les colmatages annoncés le 10 décembre par Emmanuel Macron) ne vont pas dans le bon sens. Le revenu disponible des 20 % les plus pauvres baisserait de 1 % alors que celui des 1 % les plus riches augmenterait de 6 %.
Or, depuis vingt ans, le Smic décroche des autres salaires, pourtant peu mirobolants pour l’essentiel. La formule d’indexation du Smic a été faite sur mesure pour que celui-ci augmente moins vite que le salaire moyen ouvrier-employé. Entre 2008 et 2017 et malgré le coup de pouce de 2012, le Smic brut a augmenté de 3,7 % alors que le salaire moyen a augmenté de 7 %. Et si de 2000 à 2008, le Smic brut avait augmenté plus vite que le salaire moyen, le Smic « brut-brut » – c’est-à-dire « tout compris » pour l’employeur – avait évolué moins vite du fait des multiples allégements de cotisations consentis à ce niveau de salaire. Augmenter le Smic, c’est donc un bon moyen de lutter contre les inégalités et d’éviter que se multiplient les salariés pauvres.
7 - C’est bon pour tout le monde
Un bon Smic, c’est bon pour tout le monde. Parce que c’est une norme qui s’applique à l’ensemble du marché du travail : pas question de payer moins que ça. Et donc, par ricochet, pas question de multiplier les « boulots de merde » – déqualifiés, peu productifs et sous-payés – pour dégonfler artificiellement les statistiques du chômage tout en développant la pauvreté laborieuse.
Et, globalement, un bon salaire c’est bon pour la productivité. L’idée n’a rien de révolutionnaire ! Depuis les années 1950, de nombreux économistes états-uniens ont travaillé sur la notion de « salaire efficient », liant la productivité d’un travailleur au montant du salaire qui lui est versé. Dans les années 1980, trois d’entre eux ont contribué à cette théorie. Deux ont eu le Nobel d’économie – Joseph Stiglitz et George Akerlof. La troisième, Janet Yellen, a été la première femme à présider la Réserve fédérale, de 2014 à 2018.
:
Favoriser l'expression des idées de transformation sociale du parti communiste.
Entretenir la mémoire des débats et des luttes de la gauche sociale.
Communiquer avec les habitants de la région de Morlaix.