Pour tenter d’étouffer le mouvement populaire des gilets jaunes, réduire son ampleur, dévoyer son contenu, élimer sa détermination et affaiblir le soutien dont il bénéficie, il a été décidé en haut lieu d’instrumentaliser des violences, et les hideux visages de l’antisémitisme et des racismes qui parcourent certains cercles minoritaires du mouvement.
À cette fin, des images ont abondamment tourné en boucle sur les écrans de télévision, cachant du même coup l’ampleur de manifestations pacifiques dans plusieurs villes, les demandes sociales et démocratiques alors que, par ailleurs, le pouvoir prétend organiser un grand débat public. Nous n’excuserons jamais des violences gratuites contre des policiers, des commerçants, ou ces insultes proférées dans le métro parisien envers une dame déportée à Auschwitz. Mais elles sont infiniment minoritaires comme le sont les violences policières contre des manifestants.
Ce ne sont ni le mouvement, ni les forces de l’ordre qui produisent ces tensions. Pourquoi les met-on alors ainsi en scène ? Tout simplement pour faire retourner les gens de peu, les invisibles à leur invisibilité. La nature originelle du mouvement doit être recherchée dans la soif d’égalité face à l’injustice fiscale et sociale, face à l’inégale répartition des richesses et contre le mépris et la dépossession des citoyens et des classes laborieuses des affaires qui les concernent. Aucune complaisance ne doit donc exister vis-à-vis des tentatives de récupération de l’extrême droite, antisémite, raciste, xénophobe, parce que cela reviendrait fondamentalement à détruire les exigences démocratiques, sociales que porte ce mouvement.
Le jeu dangereux que joue le pouvoir
Le poison identitaire n’est que la grande béquille pour perpétuer l’ordre des inégalités sociales et économiques. Il n’est que l’antichambre des pouvoirs autoritaires à rebours des exigences démocratiques qui s’expriment notamment avec le référendum d’initiative citoyenne. Le racisme a toujours été une arme utilisée par les dominants décadents pour tuer les demandes sociales et les aspirations démocratiques. Mais tout est fait dans les allées du pouvoir et dans quelques salles de rédaction pour grossir tel ou tel incident ou acte inadmissible afin de discréditer le mouvement, à la façon des bourgeoisies du XIXe siècle assimilant les « classes laborieuses à des classes dangereuses ». Tout est ainsi fait pour que l’extrême droite sorte gagnante de cette profonde crise venant de loin, afin de la retrouver, demain encore, dans des seconds tours de scrutins pour sauver la mise aux tenants du système. Tel est le jeu dangereux que jouent le pouvoir et les institutions européennes qui ne tirent aucune leçon de ce qui se passe dans de nombreux pays en Europe depuis des mois. À moins que pour empêcher l’alternative progressiste ils n’aient, comme en d’autres temps, choisi le pire.
Il convient donc de mesurer la gravité du moment et de se hisser au niveau des exigences historiques. Dans ces conditions, tout militant de gauche et écologiste a la responsabilité de se porter au-devant du débat, de conforter son esprit unitaire, de mettre sur la table des propositions de transformation progressistes et écologistes. Au fond, n’est-ce pas le système capitaliste financiarisé et mondialisé qui est aujourd’hui puissamment contesté ? Ce mouvement était bel et bien imprévisible, mais ses causes aisées à cerner. Il n’est qu’à parcourir l’Humanité depuis le référendum sur le traité de Maastricht pour s’en convaincre. Il peut déboucher sur des avancées significatives. Il ne restera pas, quoi qu’il advienne dans les jours et semaines qui viennent, sans conséquence. Tout en respectant son autonomie, les forces de gauche et d’émancipation devraient avoir pour seule ambition d’unir et de se mettre à son service.
Les fonctionnaires ne toucheront pas de prime exceptionnelle défiscalisée.
Leur point d’indice est gelé comme c’est le cas depuis de nombreuses années. Cela veut dire des salaires non revalorisés alors que nombre d’entre eux perçoivent entre 1 et 1,5 fois le SMIC.
Certes des fonctionnaires (600 000) pourront bénéficier de la prime d’activité (comme les salariés du privé) …. mais pris en charge par l’Etat donc par les Français !
Certes des fonctionnaires pourront bénéficier de la défiscalisation des heures supplémentaires (comme les salariés du privé) …. à condition d'en avoir.
Mais à partir du 1er janvier 2020, la fiche de paye va baisser.
Voici un article du journal Marianne, article qui date un peu mais qui a gardé toute sa validité.
Le gouvernement a mis en place depuis le 1er janvier 2018 une indemnité destinée à compenser à l'euro près l'augmentation de la CSG sur la fiche de paye des fonctionnaires. Mais dans deux ans, le montant de la compensation sera… gelé ! Année après année, le salaire des agents de la fonction publique va donc recommencer à s'éroder.
Décidément, l'ère Macron promet d'être glaciaire pour les fonctionnaires. Après le gel rétabli de leur point d'indice qui empêche toute augmentation automatique de leur fiche de paye, le gouvernement leur a prévu un autre gel dont il ne s'est pas vanté. En examinant de près les mesures prises pour compenser l'augmentation de la CSG depuis le 1er janvier 2018, on découvre en effet un détail préoccupant pour les agents du service public…
Pour rattraper "à l'euro près" le manque à gagner induit par la hausse de la CSG d'1,7 point, le gouvernement leur a concocté quelques aménagements de la fiche de paye, dont principalement la création d'une "indemnité compensatrice". Maigre consolation, déjà : alors que les salariés du privé bénéficient de leur côté d'une baisse de cotisations qui aboutit à un gain de salaire net, l'opération est simplement neutre pour les agents du service public. Enfin, pas si neutre que ça…
Comme nous vous l'expliquions dans un précédent article, l'indemnité compensatrice est en effet calculée sur le salaire de l'année précédente, alors que la CSG l'est sur la paye actuelle. Pour ceux qui entretemps ont passé un échelon, cela fait donc quelques euros de différence chaque mois. Mais ce n'est pas tout : à partir du 1er janvier 2020, la manière de calculer l'indemnité compensatrice va changer. Elle sera alors gelée en un montant fixe, qui n'accompagnera donc plus les prochaines hausses de rémunération.
Conclusion : en actant le gel en 2020 de l'indemnité compensatrice à un montant fixe, le gouvernement prévoit en fait de la rendre... de moins en moins compensatrice. Pour les fonctionnaires, c'est donc une perte à retardement de pouvoir d’achat qui a été déclenchée. Marianne a soumis cette remarque à une source gouvernementale chargée du dossier de la fonction publique. Manifestement embarrassé, notre interlocuteur nous a répondu : "Vous avez malheureusement raison".
Le retour de l’ISF est la limite que le gouvernement ne semble pas déterminé à franchir. Pour une raison simple : c’est le cœur du macronisme. Mais c’est aussi la clé de la sortie de crise.
C’est la limite qui ne sera jamais franchie, la concession qui ne sera jamais faite. Jeudi sur France Inter, Gérald Darmanin, le ministre des comptes et de l’action publique, a prévenu : « Nous ne reviendrons pas sur la suppression de l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF). »
Si, pour apaiser la colère des « gilets jaunes », le gouvernement a finalement décidé de ne pas inscrire les hausses de taxe sur le carburant dans le projet de loi de finances 2019, allant plus loin que le moratoire de six mois initialement annoncé, il n’entend pas répondre à cette demande, désormais forte du mouvement : engager plus de redistribution.
Pourtant, dès lundi 3 décembre, l’économiste proche d’Emmanuel Macron, Philippe Aghion, a proposé un « rétablissement temporaire » de cet impôt pour financer l’abandon des taxes sur les carburants. Il n’a pas été entendu. Puis, la secrétaire d’État à l’égalité entre les hommes et les femmes, Marlène Schiappa, a indiquéqu’elle demanderait le rétablissement de l’ISF si l’évaluation de sa transformation en un impôt sur la fortune immobilière (IFI) montrait un manque d’inefficacité. Un propos également avancé par le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux, qui a, lui aussi, évoqué la nécessité d’une évaluation de cette exonération des patrimoines. Mais le chef de l’État a, en conseil des ministres, fermé toute possibilité de retour en arrière. Et cette fin de non-recevoir a été confirmée officiellement par Gérald Darmanin ce jeudi.
Cette décision met au jour la nature profonde du pouvoir.La priorité reste la défiscalisation du capital et cette priorité est placée absolument hors de la portée du politique. Le règlement de la crise politique ne peut passer par un recul sur ce point : le patrimoine mobilier est devenu intouchable, sacré et hors du champ des concessions. Il rappelle la définition des buts du néolibéralisme avancé par l’historien étasunien Quinn Slobodian dans son dernier ouvrageGlobalists (édition des Presses universitaires de Harvard) : « Ce que les néolibéraux recherchent, ce n’est pas une protection partielle, mais une protection complète des droits du capital privé» de la demande démocratique.
Emmanuel Macron, proclamé en mai dernier « leader des marchés libres » par le magazine des milliardaires d’outre-Atlantique Forbes, entend absolument assurer cette protection. À tout prix.
Certes, il y a là une justification économique, elle aussi fondée sur une logique néolibérale et néoclassique. Le capital « libéré » de l’impôt redistributif est censé réaliser, par le jeu du marché, les « bonnes allocations d’actifs » qu’un État démocratique, préoccupé par les agendas électoraux et le manque de vision à long terme des populations, est incapable de réaliser.
Dans cette vision, l’économie n’est qu’une somme de décisions microéconomiques qui se jouent au niveau du processus de production et qui, à long terme, parviennent à un équilibre parfait par le jeu du marché. Frapper le capital, c’est gêner la formation de l’équilibre et c’est pourquoi, dans l’esprit de la majorité, les sommes qui ne sont pas versées au titre de l’ISF ne peuvent qu’être bénéfiques à la structure économique (donc à ce qui relève du long terme).
L’argent que l’État ne récolte pas par l’ISF reviendrait en emplois et en salaires par les investissements. Mais la population, « inculte » ne saurait comprendre ce phénomène et le temps nécessaire à son déploiement. Dans Le Figaro de ce vendredi 7 décembre, Gérald Darmanin le confirme et justifie ainsi cette position sur l’ISF : « Taxer de nouveau plus le capital, qui crée le travail, pour satisfaire le ressentiment de certains, non. » Certes, le ministre prétend qu’il est prêt à des adaptations après une évaluation. Mais dans un tel cadre, le résultat de l’évaluation de la fin de l’ISF ne fait pas de doute. C’est ce qu’a confirmé mercredi le président du groupe LREM au Sénat, François Patriat, qui s’est dit « sûr que l’évaluation montrera des résultats positifs ».
Comment pourrait-il en être autrement ? Les évaluations macroéconomiques sont réalisées à partir de modèles qui intègrent la logique décrite plus haut. Ils donneront donc nécessairement de « bons résultats ». Quant aux évaluations empiriques, celles du terrain, l’exemple du CICE montre que, quand bien même les résultats seraient nuls ou presque (peu d’emplois créés, pas d’effets sur les exportations et les investissements pour un coût total de 100 milliards d’euros), on en dresserait un tableau idyllique en utilisant toujours l’arme du long terme : il faut attendre encore et toujours, puisque l’on est dans le « structurel ».
C’est là la clé qu’il faut bien saisir : pour le gouvernement, l’exonération du capital de l’ISF n’est pas une simple « mesure fiscale », c’est une réforme structurelle. C’est pourquoi la distinction proposée par Philippe Aghion de lâcher du lest sur l’ISF pour faire accepter les réformes structurelles ailleurs ne saurait être acceptée par l’Élysée. On ne cède pas sur les réformes, donc on ne cède pas sur l’ISF. Voilà la cohérence d’un gouvernement qui s’est fait fort précisément d’éviter ce type de concession sur le « structurel ». Lorsque la majorité s’oppose à « la politique menée depuis trente ans », elle le fait sur ce seul point : les majorités précédentes ont cédé sur le structurel, celle-ci ne le fera pas.
Sur Europe 1, Xavier Niel, président de Free, a ainsi estimé qu’Emmanuel Macron était un « super président » parce qu’il « réformait la France », ce que, selon lui, les majorités précédentes n’avaient pas fait. C’est l’incarnation de cette identité de l’actuelle majorité.
Certes, on peut adopter de moindres avantages au capital pour apaiser les tensions et rétablir la paix sociale. Xavier Niel incitait ainsi l’Élysée à « avoir un marqueur de gauche ». On peut ainsi reporter les baisses de cotisations supplémentaires au niveau du Smic, comme l’envisage le gouvernement selon Les Échos, ce qui représenterait non pas une perte, mais un « manque à gagner » pour les entreprises. On peut aussi durcir, comme l’a fait l’exécutif, l’assouplissement de l’« exit tax » venant frapper l’évasion fiscale. Mais ces mesures sont différentes d’un rétablissement de l’ISF dans la logique d’un assouplissement de la fiscalité du capital. Ce serait un retour en arrière, pas un simple accroc à cette logique.
C’est donc l’essence du macronisme qui est en jeu. Le choix est profondément politique. Et il l’est d’autant plus que c’est une position profondément idéologique. Le lien entre taxation du capital et investissement n’est absolument pas établi dans les études empiriques. Malgré l’ISF, la France a affiché une croissance de l’investissement solide dès la fin 2013 et un taux d’investissement global supérieur à celui de l’Allemagne (22,5 % du PIB contre 20,3 % outre-Rhin). Et, précisions importantes, c’est le cas depuis 2002 !
Le problème français n’est donc pas le manque de financement de l’investissement, mais la qualité de ce dernier. Autrement dit, le problème, ce sont les choix des décideurs, donc la liberté d’allocation du capital. Les mesures « structurelles » qui renforcent cette tendance erronée n’ont aucune autre justification qu’une « intuition » ou un « bon sens » de façade. Et aucune autre base que celle d’un choix politique destinée à favoriser le capital.
Symbolique pour ses opposants, l’ISF l’est aussi et au plus haut point pour Emmanuel Macron. Mais c’est aussi la preuve de l’impasse économique dans laquelle il se trouve. En refusant de revenir sur cette décision, l’hôte actuel de l’Élysée assume une politique de creusement des inégalités sociales, car c’est bien cette mesure (avec une autre mesure de défiscalisation des revenus du capital qu’est le prélèvement forfaitaire unique ou flat tax) qui a contribué à l’injustice fiscale de ce début de quinquennat dont l’exécutif ne s’est jamais remis. Il prend même le risque de devoir, pour trouver les ressources budgétaires manquantes, de prendre des mesures « d’économie » aggravant encore ce phénomène.
L’ISF est un des nœuds gordiens de la crise actuelle. Il représente pour les deux parties l’inacceptable. Pour le gouvernement, ce serait perdre sa raison d’être ; pour ses opposants, c’est le symbole d’une politique folle et aveugle. Rien ne se réglera sans doute sans trancher ce nœud. Et rien ne montre que l’on puisse y parvenir.
José Kervision, ici en 2016, lors d’une réunion de la Fnaca de Guilvinec-Treffiagat. Il occupait le poste de trésorier. (Photo d’archives) Le Télégramme
Nous avons appris le décès de José Kervision à l’âge de 83 ans. Le Treffiagatois (né au Guilvinec) a joué un rôle actif dans la vie syndicale locale en tant que secrétaire de la CGT du Pays bigouden à partir de 1968. Il occupera ces responsabilités pendant une quinzaine d’années. Il faisait partie du collectif de rédaction du Travailleur Bigouden, journal mensuel du PC bigouden qui a paru jusqu’en 1997. Il occupait également des fonctions de trésorier au sein de la Fnaca de Guilvinec-Treffiagat.
Sa première carte syndicale en 1955
De 1951 à 1955, pendant les grandes vacances scolaires, ce fils de marin-pêcheur pratiquait la pêche au chalut sur le navire « Les Travailleurs » et la sardine à la bolinche sur le « Miss Cavell ». En 1955, ses études terminées, il rentre aux usines Batignolles de Nantes comme technicien en chaudronnerie. Il demande alors sa première carte syndicale. En 1957, il quitte ce poste pour entrer aux P.T.T comme contrôleur des installations électromécaniques. José Kervision est appelé sous les drapeaux en janvier 1958 à Épinal. Le Bigouden est mobilisé d’avril à décembre 1959 en Algérie. En 1968, il devient inspecteur au centre des câbles sous-marins de Penmarc’h. Avant, il avait intégré le Centre National des Télécommunications à Lannion en 1962 puis celui de Roc Tredudon près de Commana en 1965.
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José KERVISION, qui vient de disparaître, est le frère de Jean KERVISION.
José n'était plus membre du Parti communiste depuis plusieurs décennies, suite à un différend local. Son frère a Jean KERVISION a été secrétaire de la section, un des fondateurs du TRAVAILLEUR BIGOUDEN. Il est toujours - bien entendu - membre du Parti ainsi que son épouse Marianne.
Elu secrétaire national du Parti communiste français fin novembre, Fabien Roussel revient pour Paris Match sur l'année écoulée et se penche sur l'avenir de la gauche.
Depuis son élection à la tête du Parti communiste français, Fabien Roussel a passé plus de temps sur les ronds-points aux côtés des «gilets jaunes» et sur les plateaux de télévision que dans son nouveau bureau, au siège historique du PCF, place du Colonel-Fabien à Paris. Mi-décembre, lui qui jure qu’il ne s’était «jamais imaginé» dans le fauteuil autrefois occupé par Georges Marchais, n’avait pas encore eu le temps de défaire ses cartons. C’est donc dans une salle de réunion qu’il nous a reçus, dans les étages du bâtiment emblématique conçu par l’architecte Oscar Niemeyer, que la lumière traverse de part en part. A la fenêtre, le Sacré-Cœur, symbole haï des communards, semble vous toiser depuis sa butte.
A 49 ans, Fabien Roussel a pris les commandes d’un PCF qui n’est plus que l’ombre de ce qu’il était lorsque, jeune lycéen engagé au milieu des années 1980, il milita contre l’Afrique du Sud de l’apartheid. A l’époque, se souvient-il, Nelson Mandela n’était pas encore devenu un symbole politique universel, courtisé bien au delà des rangs de la gauche révolutionnaire. Cette participation des communistes au combat contre le racisme d’Etat sera rappelée, assure Fabien Roussel, au moment du centenaire du PCF, en 2020. Cet anniversaire «sera l’occasion pour nous de montrer le rôle qu’a joué le parti dans l’Histoire de France», souligne-t-il. Interrogé par Match à l’issue d’une année intense, le nouveau secrétaire national espère trouver, dans le tumulte, le temps pour réfléchir, et pas seulement réagir. L’enjeu est vital, car dans une gauche en mutation, le risque est grand que le PCF ne soit bientôt rien de plus qu’un symbole du passé.
Paris Match. Le mouvement des «gilets jaunes» a bousculé la majorité et l’exécutif. Il a sans doute été un moment de rupture dans le quinquennat d’Emmanuel Macron. Qu’a-t-il signifié pour la gauche?
Fabien Roussel. Il signifie que pour nous à gauche, c'est le moment de montrer que c'est possible de mieux répartir les richesses, de redonner du pouvoir d'achat aux retraités et d'augmenter les salaires. Pour moi, Macron est maintenant identifié comme le président des riches mais aussi comme celui qui mène une politique clairement à droite en faveur du capital. Cette politique-là, ça fait 40 ans qu'on la subit. Il ne faut pas plus de capitalisme, mais un nouveau modèle économique qui respecte l’humain et la planète.
Vous avez soutenu sans ambiguïté les «gilets jaunes». Que répondez-vous à ceux qui, au sein de ce mouvement, réclament un régime plus autoritaire, incarné par exemple par des personnalités militaires?
Fabien Roussel. Je ne crois pas que la réponse soit liée à une personnalité, quelle qu'elle soit. Il faut, là aussi, changer de modèle, car actuellement, on peut changer de président de la République tout en conservant la même politique. Il faut qu’aboutisse une prise de conscience, qui a été accélérée par le mouvement des «gilets jaunes». Certains disent : «Il nous faut un homme d’autorité». Mais il y a aussi une envie d’être entendus et respectés. C’est contradictoire, mais il faut prendre ce mouvement avec ses excès et ses contradictions, même si on ne partage pas tout.
"Il faut découpler les législatives de la présidentielle"
Vous défendez régulièrement le rôle des partis dans la vie politique. La popularité du référendum d’initiative citoyenne, auprès des «gilets jaunes», n’est-elle pas une mise en cause directe de ces partis?
Fabien Roussel. Je défends l'idée d'une démocratie véritable avec des élus représentants du peuple, en lien avec le peuple et respectueux du peuple. Le référendum, ça peut être l'occasion de solliciter l'avis du pays sur une question qui se pose à un moment donné. Mais ça ne résoudra pas tout. Il faut aussi élire des sénateurs et des élus respectueux du choix des Français.
La démocratie ne s’est-elle pas exprimée en juin 2017, lorsqu’après la victoire d’Emmanuel Macron face à Marine Le Pen, les électeurs ont donné à son parti une large majorité à l’Assemblée nationale?
Fabien Roussel. C’est le problème de nos institutions actuelles : il faut découpler les législatives de la présidentielle pour sortir de ce piège. La dernière présidentielle a été l’occasion d’un appauvrissement de la démocratie : ce n’était plus le choix d'un projet de société, mais un vote pour l’un afin de faire barrage à l’autre. Il faudrait qu’après une victoire dans de telles circonstances, le président soit obligé de tenir compte des prochaines élections susceptibles de remettre les compteurs à zéro.
En 2020, à l’occasion du centenaire du Parti communiste français, vous avez l’intention de rappeler la place du parti dans l’Histoire de France. Quelles leçons en tirez-vous pour le présent? Fabien Roussel. Cette histoire illustre ce qu’est le PCF, notre manière de travailler. Nous ne regardons pas l'étiquette de ceux qui sont en face de nous pour dire : «Travaillons ensemble.» Quand nous avons participé à la Résistance, nous étions avec d'autres forces, car c'était dans l'intérêt du pays. Quand nous avons rebâti la France avec le général De Gaulle, c'est parce qu'il y avait un programme issu du Conseil national de la Résistance, que nous avions construit et écrit ; et avec lui, nous l’avons mis en œuvre. C’est cela aussi, l’héritage du Parti communiste français.
Vous qualifiez parfois le ministre de l’Action et des comptes publics Gérald Darmanin de «camarade». Est-ce l’illustration de cette capacité à travailler avec vos adversaires? Fabien Roussel. On se connaissait avant. Il connaît la problématique économique du bassin minier : cela permet d’avoir des contacts directs. Par ailleurs, je ne connais pas Bruno Le Maire, mais nous avons travaillé de manière étroite sur le dossier de l’aciérie Ascoval. Je dis toujours que nous ne sommes pas un parti d’opposition mais de propositions. Je n’attaque pas les personnes, je combats les idées. Je soutiens par exemple la suppression de la hausse de la CSG pour une partie des retraités.
Il y a vingt ans, les communistes participaient à la gauche plurielle. Le PCF relevait alors de la «gauche de gouvernement». Aujourd’hui, on peine à imaginer que ce qualificatif, souvent employé pour désigner le centre-gauche ou la gauche libérale, puisse s’appliquer à vous. Comment l’expliquez-vous? Fabien Roussel. Le Parti socialiste, qui était hégémonique et qui a eu le pouvoir, a déçu. Malgré les 35 heures et les avancées importantes obtenues à l’époque, on n’est pas sorti du modèle économique dominant. La gauche doit se fixer pour objectif d’en inventer un nouveau et ça n’a pas été fait sous Jospin. A l’époque, j'ai été le conseiller de la ministre du Tourisme : je l’ai vécu de l’intérieur. On avait un ministre de l’Economie qui s’appelait DSK et qui, pour bien des grandes mesures, disait : ça n’est pas euro-compatible. Il fallait s'inscrire dans les clous des traités européens et donc dans le modèle libéral.
"L'impôt, c'est le prix à payer pour vivre dans un monde civilisé"
Vous prônez le changement de modèle économique. Au cœur des inquiétudes contemporaines en matière d’économie se trouve le sujet de la dette, souvent présentée avant tout comme un fardeau pour nos enfants. Quelle réponse y apportez-vous? Fabien Roussel. Une réponse simple. Le déficit de la France, c’est 70 milliards d’euros. Si l’on s’attaque à l’évasion fiscale et si l’on augmente les recettes de l’Etat, on peut faire rentrer 100 milliards d’euros. Et je parle de l’évasion fiscale mais il faut considérer les mesures récentes de ce gouvernement : la suppression de l'ISF, de l’exit tax, la flat tax… Cela représente 12 milliards d’euros de cadeaux fiscaux! Comment voulez-vous qu’ils nous parlent de déficit? Ils le creusent eux-mêmes. Ils ne peuvent plus demander d’efforts aux Français.
Une expression est arrivée dans le lexique politique durant le mandat de François Hollande : le «ras-le-bol fiscal». Cette idée est au cœur du mouvement des «gilets jaunes». N’y a-t-il pas un problème en France autour de la question du consentement à l’impôt? Fabien Roussel. Il y a un problème à cause de ces grandes fortunes et de ces «grosses têtes», comme on dit dans le peuple, qui ne payent pas l'impôt comme tout le monde. Les Français ne sont pas contre l'impôt. Ils sont pour un impôt juste et pour que tout le monde paie. D'ailleurs, nous disons, nous les communistes, que l'impôt, c'est le prix à payer pour vivre dans un monde civilisé. Les «gilets jaunes» que j'ai reçus récemment m'ont dit : «Mais nous on veut payer l'impôt sur le revenu. On veut gagner suffisamment pour le payer.» Ils ne réclament pas «zéro impôt». Certains réclament une baisse des taxes sur les produits de première nécessité pour augmenter le pouvoir d’achat. Cela, nous le défendons aussi.
Fabien Roussel. Il se trouve dans l’impasse! Quand Bruno Le Maire annonce qu’il va taxer les multinationales dont le siège se trouve dans les paradis fiscaux, de quels paradis fiscaux parle-t-il? Sa liste est bidon! Quelle multinationale a son siège au Botswana ou à Niue (île de l'Océan pacifique, Ndlr)? Ce sont pourtant ces Etats qui figurent sur la liste française.
Les relations entre les communistes et la France insoumise sont un des sujets importants pour l’avenir de la gauche. Lorsque Jean-Luc Mélenchon et son parti ont fait l’objet de perquisitions à l’automne dernier, vous lui avez apporté votre soutien. Pourquoi?
Fabien Roussel. Concernant cette perquisition, j’ai trouvé les moyens démesurés par rapport au sujet. C’est donc ce que j’ai dit. Mais je n’aurais pas eu le même comportement que Jean-Luc Mélenchon : nous sommes différents. Sa colère explose, moi j’ai un autre tempérament.
Qu’est-ce qui sépare les communistes des insoumis?
Fabien Roussel. Notre histoire et notre conception du rassemblement. Comme je l’ai dit, je ne demande pas aux gens quelle est leur étiquette politique avant de discuter avec eux et d’envisager de faire un bout de chemin ensemble. On peut avoir des rassemblements qui vont même au-delà de la gauche si c’est dans l’intérêt de la France et des Français.
"Quand des femmes ou des enfants fuient la guerre ou la sécheresse, il ne faut pas leur dire : 'Non. Mourrez dans la mer.'"
Cette année, il est apparu qu’il pouvait exister des divergences au sein de la gauche sur la question de l’immigration. Y a-t-il une distinction entre vous et Mélenchon sur ce point? Fabien Roussel. Non. Franchement, j’en ai reparlé avec Jean-Luc Mélenchon. Nous disons qu’il faut s’attaquer à la racine du mal, à ce qui cause les migrations, tout en créant les conditions d’accueillir dignement ceux qui de toute façon traverseront les mers et passeront au dessus de tous les murs pour venir chez nous. Quand des femmes ou des enfants fuient la guerre ou la sécheresse, il ne faut pas leur dire : «Non. Mourrez dans la mer.»
La question climatique est le défi politique et diplomatique du siècle. Emmanuel Macron n’a-t-il pas eu raison d’en faire son cheval de bataille sur la scène internationale? Fabien Roussel. Ça me fait penser à Hollande qui a dit : «Mon ennemi, c’est la finance». C’est bien beau, «Make Our Planet Great Again»… Je signe des deux mains, camarade, mais tu fais quoi? La France va être en dessous de ses objectifs définis lors de la COP21. Pourquoi? Parce que l’on a pris du retard sur les secteurs les plus émetteurs de gaz à effet de serre. Il faudrait rénover 500 000 logements par an pour en finir avec les passoires thermiques et ce gouvernement réduit les crédits. Il faudrait utiliser moins la voiture et ce gouvernement privatise la SNCF, met des bus à la place des trains et ferme les petites lignes.
A la question climatique s’ajoute celle de la qualité de l’air. Soutenez-vous les villes qui ont décidé de bannir les véhicules diesel?
Fabien Roussel. Oui, si il y a une alternative : des voitures non polluantes au même prix ou des transports collectifs moins chers et accessibles à tous. Sinon, c’est de l’écologie punitive.
Êtes-vous favorable au principe d’une taxe carbone?
Fabien Roussel. S’il s’agit de taxer le kérosène des avions ou le fioul des porte-conteneurs qui importent dans notre pays des produits venus d’Asie ou d’Amérique, oui.
L’année 2018 a de nouveau été marquée par le terrorisme, notamment dans l’Aude puis à Strasbourg. Une réponse politique souvent martelée à droite et à l’extrême droite vise les «fichés S», que certains politiques proposent de placer en rétention administrative. Quelle est la réponse du Parti communiste sur ces questions?
Fabien Roussel. On ne peut pas mettre les fichés S en prison sur une simple présomption. En revanche, il faut pouvoir les suivre. Il faut beaucoup plus de moyens dans la police et dans les ministères pour cela, sans priver d’autres services. Et puis il faut une réponse dans les prisons, qui sont un foyer de radicalisation. Enfin, il faut faire revenir l’Etat de droit là où il a disparu. Il faut des moyens pour l’école, pour la vie associative, pour les services publics, pour cesser d’entretenir des poudrières où se concentre le chômage. Rien n’excuse le passage à l’acte, mais on sait que la radicalisation intervient dans ces poches de misère et de pauvreté.
Vous avez récemment déclaré que vous souhaitiez que le Parti communiste ait un candidat à la prochaine élection présidentielle. Pourquoi pas vous?
Fabien Roussel. Et pourquoi pas un autre? On verra bien! La question est prématurée. Mais ce que j’ai dit aux communistes, c’est que l’on ne décidera pas ça six mois avant. Nous serons en campagne suffisamment en amont pour pouvoir exprimer nos idées.
Que lisez-vous en ce moment?
Fabien Roussel. Je ne lis que pendant les vacances, parce que quand j’ouvre un bouquin je ne peux pas m’en détacher et je suis capable d’y passer une nuit entière. Pour ces vacances, j’ai mis de côté le dernier livre de Blandine Lejeune, qui est une avocate qui écrit des polars dont l'intrigue est située dans le Nord. Et tous les jours, j’épluche deux journaux : «L’Humanité» et «Le Figaro»
On oublie pas : Le Colonel Fabien, de son vrai nom Pierre Georges mort sur le Front d’Alsace, à Habsheim près de Mulhouse, le 27 décembre 1944.
"Pierre Georges, Jeune communiste engagé très tôt dans l’action contre le fascisme, s’engage en 1936 à 17 ans dans les Brigades Internationales pour combattre aux côtés des républicains espagnols après le coup de force du général Franco.
Dès l’occupation allemande, Pierre Georges participe à la réorganisation des groupes clandestins des jeunes communistes dans le 19è arrondissement, et en 1941, il devient l’adjoint du colonel Albert Ouzoulias, chef des Bataillons de la jeunesse, au sein des Francs-tireurs et partisans (FTP).
Il réalise lui-même ce qui est considéré comme le premier attentat meurtrier contre les troupes d’occupation, en abattant le 21 août 1941 un militaire de la Kriegsmarine, l’aspirant Moser, au métro Barbès-Rochechouart."
Article de Maurice Ulrich dans L'Humanité:
21 août 1941 : à Barbès-Rochechouart, Fabien tire
L’acte du militant communiste et résistant, qui, à vingt et un ans, a déjà combattu le fascisme en Espagne, donne le signal de la lutte armée contre l’occupant. Il est encore tôt, ce matin du 21 août 1941 à Paris.
Au métro Barbès-Rochechouart, un officier de la Kriegsmarine s’apprête à monter dans la rame. Deux coups de feu claquent, il s’écroule.
C’est dans la France occupée le premier acte de la résistance armée.
Son auteur, Pierre Félix Georges, entrera dans l’histoire sous le nom de colonel Fabien.
Né dans le 19e arrondissement, il n’a que vingt et un ans, mais il a déjà combattu le fascisme, en Espagne. À la fin de l’année 1936, il s’est engagé dans les brigades internationales en mentant sur son âge. Il est communiste.
Les deux coups de feu de Fabien vont avoir un sens clair. Pour les nazis, cela veut dire qu’en dépit de la collaboration active du gouvernement de Pétain, de l’appui de la police française dirigée par Bousquet, ils ne seront plus en sécurité. Pour une part de l’opinion française, encore fidèle à Pétain, c’est le signe que la guerre continue. Certes, depuis Londres, le général de Gaulle l’a dit dès le 18 juin 1940. Mais il s’agit de rassembler les forces de l’empire colonial et de reconstituer à partir de Londres une force combattante, s’appuyant en France sur des réseaux de résistance tournés vers le renseignement ou constituant des forces d’appoint dans l’attente du grand jour.
L’action de Fabien signifie que le combat au cœur même de la capitale et des villes passe par la lutte armée. C’est aussi un acte politique majeur. La résistance française, pour le PCF, sera populaire, sur la terre de France. La portée de cette décision est considérable. Sans elle, à tout bien considérer, la libération de Paris « par lui-même », selon la formule du général, n’aurait peut-être pas eu lieu. « Paris a froid, Paris a faim, Paris ne mange plus de marrons dans la rue, Paris a mis de vieux vêtements de vieille », écrivait Paul Eluard.
Pas pour tout le monde. La collaboration est devenue pleinement active, ce qui ne va pas sans interrogations dans l’opinion.
Le 12, Pétain déclare à la radio qu’il sent souffler un vent mauvais : « L’inquiétude gagne les esprits, le doute s’empare des âmes, l’autorité de mon gouvernement est discutée. » Le 14, Vichy décrète que les magistrats, les hauts fonctionnaires et les militaires doivent prêter serment au maréchal. Le 20, la police française, à la demande des Allemands, arrête 3 447 juifs, internés à Drancy.
Au matin du 21 août, un communiqué officiel annonce : « Pour activité en faveur de l’ennemi, le juif Samuel Tyszelman et le nommé Henri Gautherot, tous deux domiciliés à Paris, ont été condamnés à mort. Ils avaient participé à une manifestation communiste dirigée contre les troupes d’occupation allemandes. En exécution de l’arrêt, ils ont été fusillés. » Tous deux étaient des amis de Fabien. Pour les communistes français, le trouble du pacte germano-soviétique de 1939 est déjà loin. Pas seulement parce que l’Allemagne est lancée depuis juin contre l’Union soviétique, mais parce que la répression contre les communistes, dès juillet 1940, ne laisse guère de place aux ambiguïtés. Pour Vichy comme pour les nazis, les communistes sont l’ennemi principal. Dès octobre 1940, les communistes ont créé les OS, organisations spéciales, dont le but est d’agir contre l’occupant. Le 15 mai, le PCF lance un appel à la constitution d’un front national de lutte pour la libération de la France, et des attentats et sabotages, en particulier contre les installations ferroviaires, commencent à se multiplier. Mais il faut faire plus. Les nazis, dès septembre 1940, ont déjà désigné des otages qui seraient exécutés en cas de troubles. Ils ont exécuté des patriotes. Jacques Bonsergent qui a « bousculé des soldats allemands » en décembre 1940, André Masseron qui a chanté la Marseillaise, le 19 juillet 1941, Roger Roig le 24 qui a tenu des propos injurieux. Le premier, sans doute, fut à Rouen, Étienne Dechavanne, dès juillet 1940. Il faut un choc. Ce n’est pas si simple. Est-ce la bonne stratégie ? Fabien va donner l’exemple.
Ce jeune homme est déjà un combattant aguerri, devenu sous-officier en Espagne, grièvement blessé en 1938. Revenu à Paris il est « ajusteur d’avion » et épouse Andrée Coudrier qui sera déportée à Ravensbrück. Élu au Conseil national de la jeunesse communiste, puis arrêté dans son usine où les ouvriers se solidarisent en se mettant en grève, il s’évade, commence à organiser l’activité clandestine du PCF dans différentes régions. Il revient à Paris début 1941, à la demande de la direction du PCF. Le 21 août, il tire. Fabien installe ensuite le premier maquis de France dans le Doubs, attaqué en octobre par la gendarmerie. Il est de nouveau blessé, à la tête. Il traverse le Doubs à la nage, regagne Paris. Arrêté par la police française, il est torturé et remis à la Gestapo. Il s’évade du fort de Romainville et reprend les combats dans divers maquis. En 1944, il est l’un acteurs importants de l’insurrection parisienne. Le groupe qu’il commande devient le 151e régiment d’infanterie sous les ordres du général Delattre de Tassigny. Ce dernier le voyait déjà général.
Le 27 septembre 1944, Pierre Georges, le colonel Fabien, saute sur une mine dans des conditions restées imprécises. Il avait vingt-cinq ans.
Maurice Ulrich
Pierre Georges est le 21 août 1941 l'adjoint d'Albert Ouzoulias, à qui l'on doit "Les Bataillons de la jeunesse", un témoignage passionnant sur les débuts héroïques de l'organisation de la résistance communiste, notamment chez les jeunes, lycéens, ouvriers, étudiants, à Paris.
Suite à la décision de la direction du GHPSO et avec l'accord de l'ARS pour la fermeture prochaine de la MATERNITÉ de Creil le Docteur Loïc Pen chef du service des urgences, démissionne de ses fonctions car les conditions de sécurité ne sont pas réunies pour faire accoucher les mamans.
Les médecins présents aux urgences ne sont pas formés pour pratiquer des accouchements dans l'urgence en sécurité.
Les services des urgences de CREIL ne sont pas adaptés pour les accouchements.
Le chef des urgences de Creil démissionne suite à l'annonce de la fermeture de la maternité
Loïc Pen, chef du service des urgences de l'hôpital de Creil dans l'Oise, démissionne de son poste. Il s'oppose à la fermeture de la maternité de l'établissement décidée par l'agence régionale de santé (ARS) des Hauts-de-France.
Il travaillait aux urgences de l'hôpital de Creil (Oise) depuis 2003. Le 24 décembre, Loïc Pen a annoncé qu'il quitte son poste de chef de ce service. C'est dans le dernier numéro de Oise avenir, le média interne du Parti Communiste de l'Oise, que le médecin explique sa décision.
Il y a 10 jours, le transfert de la maternité de Creil vers celle de Senlis a été officialisée dans un compte-rendu de l'agence régionale de santé (ARS). Après des mois de mobilisation des personnels, des habitants et des élus, il n'y aura plus de maternité à Creil dès janvier 2019. Les femmes enceintes du secteur devront aller accoucher à une dizaine de kilomètres, à Senlis.
40% de la population n'a pas de véhicule
Le problème pour le Dr. Pen , c'est le danger auquel cette fermeture expose le personnel médical et les patientes. Cette décision ne prend pas en compte la spécificité du bassin de population dans lequel se situe l'hôpital de Creil : "les urgences vont se retrouver à faire des accouchements alors qu'aucun des médecins qui y travaillent n'est formé pour ça, explique-t-il au téléphone. Nos urgences sont déjà largement saturées et ajouter des accouchements à la liste de nos domaines d'intervention, c'est aggraver le problème : 40% des habitants du plateau creillois n'ont pas de véhicule. Donc ce sera vers nous que les femmes enceintes se tourneront quand viendra le moment pour elles d'accoucher. C'est un bel exemple de macronisation du service public".
Loïc Pen juge par ailleurs scandaleux qu'une maternité de niveau trois, à savoir, capable de prendre en charge des accouchements problématiques, soit fermée : "c'est une première en France", assure-t-il.
Plus que trois maternités dans l'Oise
Autre aberration pur lui dans cette décision de l'ARS : la scission en deux du service pédiatrique de Creil, la néonatalogie étant elle aussi transférée à Senlis.
Chaque année, 1 500 enfants naissent à la maternité de Creil. Le projet de transfert des services de la maternité de Creil et de celle de Clermont vers l'hôpital de Senlis, annoncé fin 2017, prendra effet en janvier prochain. Le département ne comptera alors plus que trois maternités, à Beauvais, Senlis et Compiègne. Un nombre important de femmes enceintes pourraient alors se retrouver à une demi-heure de voiture de l'un des trois sites.
Une mobilisation est prévue le 28 décembre pour tenter de faire revenir l'ARS sur sa décision.
EVENEMENT ! Le Docteur Loïc PEN, démissionne de sa fonction de chef du service des urgences de l'Hôpital de Creil. Son interview-choc au journal Oise-Avenir pour expliquer les raisons de sa décision. Une forme de SOS citoyen alors que la Ministre de la Santé poursuit la folle décision de fermeture de la maternité de Creil.
Urgences de l’hôpital de CREIL : le chef de service démissionne !
Le Docteur Loïc PEN répond à nos questions.
Oise Avenir a interviewé le docteur Loïc Pen, chef de service des urgence du groupement hospitalier public du Sud de l’Oise qui refuse de poursuivre son rôle de chef des urgences. Le docteur PEN, aux urgences de Creil depuis 2003, syndicaliste, a été interviewé dans plusieurs émissions de télévision, de radio, et fait l'objet de plusieurs articles de presse au sujet de la crise des urgences. C’est également l’auteur, au nom de la CGT, de l'accord sur le temps de travail des médecins urgentistes de Creil. Cet accord imposé après trois mois de grève des urgentistes de Creil en 2005 sera finalement repris et généralisé à tous les urgentistes de France en 2015 par Marisol Touraine après un mouvement national animé par l’AMUF et la CGT médecin.
OA : qu’est ce qui motive votre décision de quitter vos responsabilités au sein des urgences ?
Loïc Pen: La goutte d’eau qui a fait déborder le vase, c’est la fermeture annoncée de la maternité de Creil. C’est la première fois en France qu’on fermerait une maternité de niveau trois ( apte à prendre en charge les accouchements les plus complexes).
Conséquence de cette fermeture, on demande aux urgentistes d’assumer les accouchements inopinés qui se présenteraient aux urgences de Creil. Hormis les médecins smuristes, qui ont une petite expérience, aucun des médecins actuellement en poste aux urgences ne sait pratiquer un accouchement en sécurité. OA : Mais cela arrive dans d’autres urgences en France
Loïc Pen: C’est vrai, mais outre le fait que les urgences de Creil sont déjà totalement saturées, il faut regarder l’environnement de notre hôpital. Nous sommes dans un bassin de population cumulant des problèmes sociaux et de mobilité. Notre population a également un mauvais accès aux soins et une faible éducation à la santé. De plus, je le disais, ce n’est pas une petite maternité que l’ARS veut fermer, c’est une maternité à 1500 accouchements, dans le bassin de vie présentant la plus forte démographie de l’Oise … . Des grossesses mal suivies, un risque d’un grand nombre d’accouchements inopinés, des urgences saturées, des professionnels non formés, tous les ingrédients sont présents pour des accidents graves.
OA : Ne peut on former les urgentistes ?
Loïc Pen: En guise de formation, on nous propose un cours théorique puis de monter en salle d’accouchement pour apprendre, cela pourrait même se faire sur notre temps de garde aux urgences nous dit-on. Outre le fait que cette proposition révèle la méconnaissance totale de ce que sont les gardes aux urgences; on n’a pas vraiment le temps d’enfiler des perles, elle n’est absolument pas sérieuse. Les sages femmes sont formées pendant 4 ans pour accoucher et elles nous disent qu’elles refusent de gérer au sein de l’hôpital des accouchements inopinés, ( et donc potentiellement à risque élevé) seules, sans l’appui potentiel d’un obstétricien et d’un anesthésiste.
Et nous en deux heures de cours et quelques passages au bloc obstétrical, nous en serions capables. Les urgentistes doivent être superman ou wonder woman je pense. Et tout ça doit se faire fin janvier !
Je ressens cette proposition de formation faite par l’administration comme un moyen de se dédouaner des accidents potentiels, pas comme une solution de prise en charge des femmes et des enfants en sécurité.
Oise Avenir: Vous disiez que la maternité est la goutte d’eau qui fait déborder le vase, il était donc déjà bien plein ?
Loïc Pen: En effet, Creil n’est pas un cas isolé, l’actualité récente vient encore de nous le rappeler avec le drame aux urgences de la Riboisière. Mais notre situation s’est particulièrement tendue depuis un an et demi avec la fermeture d’une centaine de lits sur l’ensemble de l’établissement. Nous manquons cruellement de lits pour hospitaliser nos patients. Ils stagnent dans les urgences, et cela entraine une augmentation de la charge de travail. Il s’en suit des baisses de qualité dans les prises en charges, une augmentation des délais d’attente et donc des risques, un personnel médical et paramédical au bout du rouleau.
Nous payons une logique d’austérité pour la santé, et l’organisation de la pénurie médicale dans le pays.
J’ai discuté avec mes collègues à l’occasion de ma décision de démissionner de la chefferie de service. Nos urgences, sont déjà en grandes difficultés, et nous considérons collectivement qu’il n’est pas possible de nous demander de gérer les accouchements inopinés en plus.
A ce titre, je refuse de prendre la responsabilité d’organiser l’application d’une décision qui n’est pas la mienne et que je considère dangereuse.
La dégradation des conditions de prise en charge aux urgences est déjà ancienne et rien ne me semble aujourd’hui aller dans le sens de sa possible amélioration.
La politique de santé actuelle va dans le sens de l’ aggravation et d’une logique de privatisation. En effet, cet affaiblissement volontaire du service public sert à dégager le marché pour la santé privée à but lucratif.
Je ne vois plus désormais de possibilité pour les responsables médicaux d’infléchir les choix qui nous sont imposés, dans le cadre institutionnel.
L’alternative est donc claire, soit je me fais le relais de choix que je réprouve, soit je démissionne. C’est cette deuxième solution que j’ai choisie.
Oise Avenir: Il n’y aurait donc plus rien à faire pour retrouver un système de santé public pour tous et toutes ?
Loïc Pen: Bien sur que si ! J’ai juste dit que je ne pensais plus possible d’infléchir les choix libéraux dans le cadre de l’institution. Je pense par contre qu’il faut faire monter nos exigences dans un cadre de lutte, syndical et politique.
De l’argent, il y en a, il suffirait de traquer la fraude aux cotisations sociales pour récupérer 20 milliards d’euros pour la sécu, il suffirait de faire cotiser le capital comme le travail pour en récupérer 20 autres et je ne vous parle pas des 40 milliards de CICE de cette année ou des 80 milliards de fraude fiscale.
La France n’a jamais été aussi riche de son histoire, on devrait crouler sous un pognon de dingue et ça n’a jamais été aussi mal réparti.
L’argent, c’est le nerf de la guerre, nous en avons besoin pour notre matériel vieillissant ou absent, pour rénover ou reconstruire nos locaux. Mais aussi dans les facs et les écoles pour former plus de professionnels de santé.
Mais c’est à une réforme complète qu’il faut s’atteler, basée sur l’interdiction du privé à but lucratif dans la santé. Nous devons repenser notre modèle qui pourrait s’appuyer sur des centres de santé en ville, conventionnés avec les hôpitaux publics et les hôpitaux privés participant au service public, avec de véritables maillages territoriaux par canton, appuyés sur les besoins des populations et non pas sur la restriction de l’offre.
Bref, je ne vais pas quitter mon gilet rouge, et en ce moment, j’y rajouterai bien un peu de jaune.
26 décembre 1930 – 26 décembre 2018. 88e anniversaire de la naissance de Jean FERRAT
Écoutons, réécoutons encore et encore Jean FERRAT.
Jean FERRAT, le poète, le citoyen, le visionnaire, le compagnon de nos combats progressistes…
De plaines en forêts de vallons en collines
Du printemps qui va naître à tes mortes saisons
De ce que j'ai vécu à ce que j'imagine
Je n'en finirai pas d'écrire ta chanson
Ma France
Au grand soleil d'été qui courbe la Provence
Des genêts de Bretagne aux bruyères d'Ardèche
Quelque chose dans l'air a cette transparence
Et ce goût du bonheur qui rend ma lèvre sèche
Ma France
Cet air de liberté au-delà des frontières
Aux peuples étrangers qui donnaient le vertige
Et dont vous usurpez aujourd'hui le prestige
Elle répond toujours du nom de Robespierre
Ma France
Celle du vieil Hugo tonnant de son exil
Des enfants de cinq ans travaillant dans les mines
Celle qui construisit de ses mains vos usines
Celle dont monsieur Thiers a dit qu'on la fusille
Ma France
Picasso tient le monde au bout de sa palette
Des lèvres d'Éluard s'envolent des colombes
Ils n'en finissent pas tes artistes prophètes
De dire qu'il est temps que le malheur succombe
Ma France
Leurs voix se multiplient à n'en plus faire qu'une
Celle qui paie toujours vos crimes vos erreurs
En remplissant l'histoire et ses fosses communes
Que je chante à jamais celle des travailleurs
Ma France
Celle qui ne possède en or que ses nuits blanches
Pour la lutte obstiné de ce temps quotidien
Du journal que l'on vend le matin d'un dimanche
A l'affiche qu'on colle au mur du lendemain
Ma France
Qu'elle monte des mines descende des collines
Celle qui chante en moi la belle la rebelle
Elle tient l'avenir, serré dans ses mains fines
Celle de trente-six à soixante-huit chandelles
Ma France
C'est un joli nom Camarade
C'est un joli nom tu sais
Qui marie cerise et grenade
Aux cent fleurs du mois de mai
Pendant des années Camarade
Pendant des années tu sais
Avec ton seul nom comme aubade
Les lèvres s'épanouissaient
Camarade Camarade
C'est un nom terrible Camarade
C'est un nom terrible à dire
Quand, le temps d'une mascarade
Il ne fait plus que frémir
Que venez-vous faire Camarade
Que venez-vous faire ici
Ce fut à cinq heures dans Prague
Que le mois d'août s'obscurcit
Camarade Camarade
C'est un joli nom Camarade
C'est un joli nom tu sais
Dans mon cœur battant la chamade
Pour qu'il revive à jamais
Se marient cerise et grenade
Aux cent fleurs du mois de mai
Rien n’a jamais justifié et rien ne justifiera jamais des propos et des comportements antisémites…
Le MRAP condamne avec force ceux qui ont été tenus par des « gilets jaunes », à une vieille dame qui les mettait en garde contre le caractère antisémite que revêt le geste de la « quenelle » ou encore ceux tenus par des « gilets jaunes » qui ont entonné, - à l’instar de l’ « humoriste » antisémite Dieudonné dans ses spectacles -, le nauséeux chant de la « quenelle ».
Le MRAP n’est pas insensible au caractère social et politique des revendications « des gilets jaunes ». Le combat antiraciste est intimement lié aux problématiques économiques et sociales. La montée de la précarité, du chômage, des inégalités, de la pauvreté minent nos sociétés. C'est sur ce terreau que prospèrent les idées, les porteurs idéologiques du racisme et de la xénophobie.
Cependant, aucune cause sociale, économique, politique, aussi pertinente soit elle, ne pourra jamais légitimer des comportements racistes, homophobes, xénophobes, sexistes, etc.
Le MRAP appelle tous ceux qui sont attachés à l’égalité et à la justice sociale, “gilets jaunes” ou non, à isoler les porteurs de haine qui ruinent l’espérance d’une société émancipatrice.
Paris le 24 décembre
Mouvement contre leRacisme et pour l'Amitié entre lesPeuples
Pour finir l’année, «Libération» a choisi de suivre des personnes engagées dans un combat local, héros du quotidien. Aujourd’hui, Jacques Montal, retraité de la SNCF, qui mène la mobilisation en faveur de la desserte locale et le passage du train de nuit dans son village.
Il est 19 heures, un mercredi de décembre à Assier, patelin de 700 âmes dans le Lot, au milieu des causses verdoyants du Quercy. La pluie qui tombe, l’épicerie qui ferme, les travailleurs qui rentrent à la maison. Et les trois restaurants du village aux portes désespérément closes ce jour-là. On attend le train de nuit pour remonter à Paris, censé se pointer à 0 h 29. Autant dire que la soirée sent le sapin.
On se dirige vers un portail à quelques pas de l’église Saint-Pierre, cinq siècles au compteur. Au fond d’une courette, une lueur d’espoir : le Caf’Causse, café associatif, ouvre ses portes d’octobre à avril. Sauvé ! A l’intérieur, Bruno, Philippe, Karim et les autres sont à l’apéro. On leur explique qu’on est venu à Assier pour rencontrer Jacques Montal, l’ancien chef de gare. Avalanche de louanges : «Un héros» ;«Le padre» ;«Il a pris des risques pour nous tous» ;«L’homme de tous les combats» ;«Un type sur qui tu peux compter : tu l’appelles, il est là dans les cinq minutes.»
Mais qui est donc ce Superman lotois ? L’état-civil répond Jacques Montal, 58 ans, à la retraite depuis septembre. Ce natif de Saint-Céré, à une trentaine de kilomètres, est entré à la SNCF en 1977. Il a alors 17 ans et ne connaîtra pas d’autres entreprises. Quarante et une années de «sacerdoce», dit-il, un terme qui convient bien à son abord réservé et modeste. Au gré de ses premières affectations, l’homme, encarté à la CGT, sillonne l’ancienne région Midi-Pyrénées : «Je déménageais beaucoup, mais ça allait, j’étais tout seul à l’époque.»
En 1998, Jacques Montal pose ses valises à Assier, avant d’en devenir le chef de gare. Mais aussi, et surtout, l’ardent défenseur, par le biais d’une association (1), contre divers projets menaçant son existence. Car, mine de rien, la survie de la gare assiéroise - ouverte en 1862 - est une incongruité dans un contexte plutôt morose pour les structures de ce type. En temps normal, dix-sept trains passent ici tous les jours, en direction de Brive (Corrèze) ou de Rodez (Aveyron). Depuis que la gare voisine de Figeac est partie en fumée, il y a quelques semaines, le rythme s’est restreint à onze passages quotidiens.
Une incongruité
L’autre grand œuvre du village lotois, c’est d’avoir conservé le passage du train de nuit, alias le Ruthénois. Cette liaison Paris-Rodez (avec des variantes vers Latour-de-Carol, dans les Pyrénées-Orientales, et Portbou, en Espagne) est la seule ligne nocturne à avoir survécu en France, avec celle reliant la capitale à Briançon. En septembre, la ministre des Transports, Elisabeth Borne, a même promis le maintien de ces deux axes, annonçant en prime un investissement de 30 millions d’euros pour moderniser les trains à couchettes.
Parmi les arguments souvent avancés, il est question de lutte contre l’enclavement des départements ruraux et d’absence de solutions de substitution. Jacques Montal le sait : «En province, des villages comme le nôtre, il n’y en a pas beaucoup ! Sans la lutte qu’on a menée, la gare ne serait peut-être plus là.» Sur la table de son salon, entre deux exemplaires de l’Humanité, il a déposé des dossiers cartonnés avec l’historique de l’association. Il rembobine. Lancement en 2002, avec, très vite, les premières opérations pour dénoncer la suppression du train de nuit venant de Carmaux. «Les militants attendaient à toutes les gares le long du parcours. A Assier, on était là vers minuit. En deux ou trois minutes, le temps de l’arrêt, on devait coller un maximum d’autocollants et d’affiches A3 sur les wagons.» Il se marre : «A l’arrivée à Paris, le train devait filer au service nettoyage. Ils ont dû y user pas mal de machines…»
En 2003, les habitants d’Assier occupent la gare le temps d’un week-end. La SNCF doit affréter des autocars pour permettre aux voyageurs de terminer leur trajet. En 2007, c’est le président de l’association qui se lance dans une grève de la faim d’une semaine pour la défense du service public. D’après la légende locale, le nom des irréductibles assiérois serait remonté jusqu’aux hautes sphères parisiennes de la SNCF, sur l’air de «Mais qui sont donc ces fous furieux ?»
Plus qu’un axe structurant, la ligne de chemin de fer est le symbole d’un village qui vit intensément. Ici, on compte une école maternelle et primaire, une maison de retraite, un bureau de poste, une pharmacie, une boulangerie, une boucherie… «Il y a dans le village une conscience et un attachement au service public, analyse Jacques Montal. Il y a quelques années, il y a eu le projet d’ouvrir un supermarché à Assier. Un collectif d’habitants s’est formé pour défendre nos commerces de proximité du centre-ville. Le supermarché n’a pas ouvert.»
A voix haute, il se prend à imaginer les «beaux jours» que pourrait connaître la SNCF avec la «transition énergétique». «Si on le voulait vraiment, on pourrait offrir un service intéressant aux usagers. Certains pourraient abandonner la voiture si les horaires étaient adaptés. Prenez le matin : le premier train pour Brive part d’ici à 8 h 50. C’est beaucoup trop tard», peste-t-il.
«Pas loin de réussir»
L’homme a évidemment participé au mouvement social du printemps contre la réforme de la SNCF, qui instaure selon lui une «privatisation rampante» : «On n’était pas loin de réussir, mais il a manqué quelque chose.» Il regarde le mouvement des gilets jaunes avec un mélange de circonspection et de déception. «Depuis le temps qu’on manifeste et qu’on porte les mêmes revendications pour les services publics, contre la fracture territoriale, soupire-t-il. On aurait pu converger… Peut-être que syndicalement, on a loupé le coche.»
Minuit approche. L’ancien cheminot nous dépose à la gare. Le coup d’œil est encore là. Il repère deux ampoules cassées le long du quai, les indique à son successeur de garde pour la nuit : «C’est signalé, on nous a répondu qu’il n’y avait pas le budget pour les changer.» 0h29 : «Assier, deux minutes d’arrêt, tout le monde embarque !» Huit heures plus tard, le train arrivera avec dix minutes d’avance en gare d’Austerlitz.
(1) Association de défense de la gare d’Assier et de promotion du Rail.
:
Favoriser l'expression des idées de transformation sociale du parti communiste.
Entretenir la mémoire des débats et des luttes de la gauche sociale.
Communiquer avec les habitants de la région de Morlaix.