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«Une vanne», une «légende urbaine». Ce jeudi matin, des responsables du Parti communiste français (PCF) se sont étranglés en découvrant, dans Libération, un responsable socialiste expliquer qu’Arnaud Montebourg disposait d’un accord avec eux pour obtenir les 500 parrainages s’il décide d’aller à la présidentielle sans en passer par la primaire organisée par son parti les 22 et 29 janvier. Porte-parole du PCF, Olivier Dartigolles dément tout «deal» avec l’ex-ministre de l’Economie : «C’est une information erronée, ce n’est pas la vérité», assure-t-il à Libération.
Ce proche du patron du PCF, Pierre Laurent, rappelle le calendrier que se sont fixé les communistes, lors de leur congrès début juin. D’abord, tenter de «mettre autour d’une table» les forces et personnalités politiques soucieuses de présenter une «alternative au fiasco de ce quinquennat» et de «décider de priorités» communes. Puis organiser une «votation citoyenne gigantesque», afin de faire valider cette démarche par, selon Dartigolles, «un soutien populaire et citoyen». Et, enfin, choisir un candidat. «La question des parrainages se posera donc en temps et en heure», insiste l’élu d’opposition à Pau.
Sûrement après une conférence nationale fixée au 5 novembre et au cours de laquelle il sera temps de choisir un candidat pour la présidentielle : que ce soit au final Jean-Luc Mélenchon, pourtant parti en campagne dès le printemps sans le Front de gauche mais avec ses«insoumis». Ou bien derrière quelqu’un d’autre. Avant cela, Pierre Laurent a prévu, selon Dartigolles, de «faire des propositions» lors de son discours, le 27 août à Angers, à l’occasion de l’université d’été du PCF puis à la Fête de l’Humanité, organisée du 9 au 11 septembre au parc départemental de La Courneuve (Seine-Saint-Denis).
Bagnolet, ce jeudi. Les tomates en vente directe étaient proposées à 1,50 € le kg. Une initiative solidaire du parti communiste et du syndicat agricole Modef, proposée dans une quinzaine de communes du département.
Ils se sont échappés quelques instants du travail pour avoir des fruits et légumes à prix cassé : 1,50 € le kg de tomates et moins de 2 € pour les pêches. « Parce que ce n’est pas cher mais aussi parce que ça vient de producteurs locaux. Au supermarché on trouve des patates d’Allemagne et des tomates d’Espagne, toutes en piteux état », explique Régis, qui a ramené ses collègues de travail ce jeudi matin dans le quartier Sud de Bagnolet.
Comme eux, ils sont une quarantaine à se presser devant des caisses débordantes de fruits et légumes. « On fait ça depuis vingt ans, le bouche-à-oreille fonctionne et les gens sont au rendez-vous », décrit Nordine qui est bénévole.
Le Parti communiste français (PCF) est à l’origine de l’événement. Les militants se sont tournés vers le Modef (Mouvement de défense des exploitants familiaux), un syndicat d’agriculteurs, et proposent de vendre directement aux consommateurs. « Il n’y a aucune marge, c’est de la vente directe, reprend Nordine, comme ça les gens voient qu’en circuit court le prix des produits n’est pas excessif. Ce sont les grandes surfaces qui font de la marge. »
Cette distribution arrange bien Liliane. Appuyée sur sa canne, l’octogénaire ne peut plus se déplacer ailleurs que dans la petite supérette de quartier : « Je suis bien contente qu’ils soient venus au cœur de la cité ». Une cinquantaine de stands (le principal était à Bastille) ont été mis en place ce jeudi en Ile-de-France, dont une quinzaine en Seine-Saint-Denis.
leparisien.fr
Et même dans le Figaro:
Le Mouvement de défense des exploitants familiaux (Modef) organise ce jeudi une vente de fruits place de la Bastille et en banlieue. Cette année, le syndicat paysan dénonce aussi l'importation de produits traités avec des pesticides.
Douze tonnes de fruits et légumes à bas prix pour Paris, 50 tonnes en comptant aussi les points de vente installés en banlieue. Le Mouvement de défenses des exploitants familiaux (Modef) organise son marché éphémère annuel. Nectarines, melons, ou encore pommes de terre venant du Lot-et-Garonne, sont vendus ce jeudi place de la Bastille à Paris «au juste prix». En fait, il s'agit d'un tarif qui ne comprend pas la marge du distributeur mais seulement les coûts de production, de conditionnement et de transport. Le Modef veut ainsi sensibiliser les Franciliens sur la situation des producteurs de fruits et légumes.
Mais, cette année, autant que sur les prix, le syndicat met l'accent sur le «laxisme consenti» des autorités françaises qui fermeraient les yeux sur certains produits importés. Pour le Modef, l'État doit «interdire les importations de fruits et légumes touchés par des produits phytosanitaires proscrits en France». Outre la situation financière des exploitants agricoles, la santé des consommateurs serait également menacée par ces fruits et légumes cultivés en utilisant des pesticides. Le Modef appelle l'État à «prendre ses responsabilités pour informer le consommateur» en affichant «en plus de l'origine, le nom des produits interdits en France qui ont été utilisés dans les pays exportateurs».
Lors de l'opération de l'année dernière, le Modef dénonçait déjà la concurrence déloyale des pays où le coût de production est plus faible, et les marges «abusives» de la grande distribution.
Les supporters, souvent d'origine irlandaise et prolétaire, du Celtic Glasgow, en connaissent un rayon en matière de colonialisme.
D'où leur implication civique et internationaliste, si peu commune dans le foot...
J'ai trouvé mon nouveau favori en ligue des Champions ou en coupe de l'UEFA!
Risquant une lourde amende, des centaines de supporters écossais ont agité des drapeaux de la Palestine en guise de protestation alors que leur équipe recevait les Israéliens du Hapoël Beer Sheva en match barrage de la Ligue des Champions.
Au cours de la rencontre du 17 août, remportée par les Ecossais sur le score de 5 buts à 2, des centaines de fans du Celtic Glasgow ont affiché des drapeaux de la Palestine, qui se mêlaient aux couleurs verte et blanche de leur club.
De nombreuses photos de l’action, préparée depuis plusieurs semaines par un groupe de supporters se revendiquant du mouvement politique Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BDS), ont fleuri sur les réseaux sociaux.
Avant le coup de sifflet, des dizaines de fans de football soutenant la cause palestinienne s’étaient rassemblés devant le Celtic Park.
Ce n'est pas la première fois que le club rencontre des démêlées judiciaires en raison de sa prise de position dans le conflit israélo-palestinien, toute mise en avant d'idées politiques étant formellement interdite dans le football.
En 2014, le Celtic Glasgow avait été condamné à verser 16 000 livres (soit plus de 18 000 euros) à l'UEFA après le déploiement par un groupe de supporters de drapeaux palestiniens au cours d’un match contre l’équipe islandaise du KR Reykjavic pour protester contre l’opération israélienne «Bordure protectrice» à Gaza.
L'enseigne a annoncé la réintégration de Stéphanie, caissière, licenciée pour 0,85 euro.
Une première manche. Deux pétitions signées par près de 6000 personnes, les appels au boycott de la clientèle et autres nombreux soutiens auront été nécessaires pour faire céder le géant de la grande distribution Auchan. Mardi, la direction du groupe a annoncé la réintégration de Stéphanie, caissière préposée aux caisses minute (où le client scanne lui-même ses achats) du Auchan City de Tourcoing (Nord), virée le 9 juillet pour « malversation » et « fraude », accusée de ne pas avoir vu une cliente omettre de scanner un pot de sauce tomate de 85 centimes et deux paquets de pâtes.
Cela alors que la famille Mulliez, propriétaire (entre autres) de l'enseigne Auchan City, arrive en tête du classement des 100 plus grosses fortunes françaises et est de plus soupçonnée de fraude fiscale. « C'est une victoire du monde ouvrier; la plupart des gens sont résignés, ils se laissent dominer, nous, on n'a pas accepté, on s'est levés contre l'injustice et ça a fonctionné », a réagi Habib Hamdoud, délégué syndical CGT à Auchan City. Cette victoire « montre que, quand on se bat, quand on s'organise, on peut gagner. C'est important, surtout dans une période où on instaure une loi (la loi El Khomri ¬ NDLR) qui facilitera les licenciements », ajoute Samuel Meegens, secrétaire de la CGT de Tourcoing.
De son côté, la direction évoque le nouveau témoignage de la cliente qui, selon le communiqué, « a pris contact avec l'entreprise pour apporter son éclairage ». À la lumière de ces « éléments nouveaux sur le contexte et les circonstances des faits », l'entreprise a décidé de « proposer à la collaboratrice une réintégration dans l'un de ses établissements ».
Des « salariés surchargés de travail et virés pour faute »
Une explication rocambolesque qui vise surtout à ne pas perdre la face. Car, selon la CGT, « un employé à la sécurité du magasin » serait en mesure de confirmer que Stéphanie, également syndiquée CGT, « a été placée sous surveillance ¬ comme cela se fait régulièrement envers d'autres collègues, en particulier liés à la CGT ¬ et que cette surveillance a démontré qu'elle était parfaitement innocente de toute "malversation" ». Tout comme le syndicat assure disposer « d'éléments probants mettant gravement en cause certains personnels de direction du magasin quant à leur volonté de "faire le ménage" ». Une enquête conduite par l'inspection du travail est en cours.
~~Le combat est loin d'être terminé, car Stéphanie n'est pas un cas isolé. Dans ce magasin, les « salariés sont très vite en surcharge de travail, virés pour faute et le turnover est très important, explique le syndicaliste. Il est grand temps que la direction accepte que des évolutions aient lieu, en termes de salaires, d'embauches, de stabilité du personnel. J'espère maintenant qu'elle acceptera le dialogue ».
Cette vidéo postée sur le site du magazine Kedistan montre des images transmises en direct par la chaine IMC, une web-TV critique envers le régime. La journaliste de cette chaine, et son cameraman, se trouvent dans les locaux du journal turco-kurde Özgür Gündem alors que la police effectue une perquisition. Ce journal opposant turco-kurde est fermé, ses journalistes ont été arrêtés. Les journalistes de la chaîne IMC en train de filmer ont également été arrêtés et molestés à leur tour, et leur matériel confisqué.
La vidéo témoigne des arrestations. L’image se fige, et on continue à entendre la journaliste en contact téléphonique. « Nos cameras sont en train d’être confisquées, en ce moment… nos caméras sont confisquées ! » dit-elle, « Nous sommes dans les locaux d’Özgür Gündem, avec ses journalistes… Nooon, nooon, je suis de la chaîne IMC !….. » ensuite on entend des cris, et l’appel est coupé. Cela se passe devant les téléspectateurs, en direct.
Même le présentateur de la chaîne est choqué, comme on peut le constater sur les images.
« L’Humanité » avait donné la parole au rédacteur-en-chef d’Özgür Gündem et du coordinateur de l’information d’IMC. « Tout peut nous arriver » disaient-ils alors. C’était le 26 juillet dernier…
Un mois après la tentative de coup d'État en Turquie, beaucoup de questions restent en suspens. Le pouvoir turc, un temps ébranlé, s'est vite ressaisi et, à coup d'arrestations et de purges, semble vouloir, une fois pour toutes, forger une administration, une justice, une police et une armée à sa main. Dans une sorte d'autoritarisme désespéré, mais aussi comme si Reçep Erdogan craignait qu'un autre coup d'État soit déclenché, victorieux cette fois.
La promptitude des dirigeants du Parti de la justice et du développement (AKP) à accuser la confrérie Fethullah Gülen amène à se pencher un peu plus sur les liens qui unissaient Erdogan et Gülen, notamment leur islamisme et leur anticommunisme. Mais on oublie peut-être trop vite le rôle de l'armée, longtemps considérée comme un bastion du nationalisme, certainement infiltrée par les gülénistes et qui a toujours poursuivi son propre agenda.
Le 30 novembre 2014, Abdullah Öcalan, le leader du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), reçoit une délégation du Parti démocratique des peuples (HDP) venu le rencontrer sur l'île d'Imrali, au large d'Istanbul, où il purge une peine de prison à vie. À ses interlocuteurs, il dit en substance que si le processus de paix et les négociations en cours sont rompus, une mécanique de coup d'État va se mettre en place. Ce n'est pas de la prémonition. Juste une analyse fine de ce qui se passe et peut se passer en Turquie. En juin 2015, lors des élections législatives, Reçep Erdogan, à qui tout avait réussi jusqu'à présent et qui envisageait de renforcer son pouvoir en modifiant la Constitution, trébuche. Non seulement il n'obtient pas suffisamment de voix pour transformer seul le régime parlementaire en un régime présidentiel, mais il voit le HDP, conduit par Selahattin Demirtas, obtenir près de 13 % des suffrages! Et le 24 juillet, l'an dernier, les premiers bombardements étaient déclenchés sur la montagne de Kandil, au Kurdistan d'Irak, où se trouve le quartier général des HPG, la branche militaire du PKK.
Très vite, les opérations militaires ont pris le dessus en Turquie même. Le rôle de l'armée a été croissant au fur et à mesure de l'augmentation de l'intensité des combats qui se déroulaient dans les villes de Cizre, Sirnak, Nusaybin. Un rôle croissant pas seulement pour les opérations. « Selon certaines informations qui viennent de l'armée même, le commandement a donné son accord pour remplacer l'administration civile mais a exigé de pouvoir décider de la fin des opérations tout en bénéficiant d'une impunité juridique », révèle Celal Baslangiç, journaliste turc d'investigation qui intervient maintenant plutôt sur des sites Internet après avoir vu fermer, ces dernières années, les publications avec lesquelles il collaborait.
Il relève également que, « alors qu'on votait la possible levée de l'immunité pour les parlementaires, Erdogan a signé le décret de l'immunité militaire le 14 juillet. Le lendemain, le coup d'État était déclenché. Ce qui donne raison à Öcalan. Ceux qui ont bombardé Kandil sont les mêmes que ceux qui ont bombardé le Parlement ».
Des affaires en cascade masquent les véritables buts politiques
À Istanbul, la plupart des observateurs font remarquer que, plusieurs semaines avant le coup d'État manqué, existait une atmosphère de crainte dans les milieux du pouvoir. Erdogan lui-même, habituellement ultraprésent à travers les médias, faisait, là, profil bas. Un putsch allait avoir lieu, mais quand ? Autre question troublante: selon toute vraisemblance, le chef des services de renseignements (MIT), Hakan Fidan, était au courant du coup d'État mais n'a prévenu Erdogan que six heures après. Après s'être fait tancer, le chef des espions a néanmoins été conforté à son poste. Ce qui est pour le moins étonnant. D'ailleurs, peut-on vraiment penser que les services de renseignements occidentaux, à commencer par la CIA, n'avaient pas eu vent de cette tentative de renversement d'Erdogan, qu'ils n'auraient pas appuyée par manque d'alternative civile mais pas empêchée non plus ?
Reste qu'Erdogan, dans un même élan, voit dans les instigateurs et les exécutants du putsch la seule main de la confrérie Fethullah Gülen, du nom du prédicateur longtemps compagnon de route de l'actuel président. L'armée turque, héritière de Mustafa Kemal Atatürk et de son épopée, est-elle minée par le gülénisme? Certes, certains officiers sont des adeptes de la confrérie. Un noyautage qui a d'autant pu se produire que, dans les années 2000, une première purge a eu lieu dans l'armée, visant justement les kémalistes.
C'est le procès Ergenekon, du nom d'une association présumée et décrite comme « terroriste » qui agirait au sein même de l'État. On comprend vite, malgré les affaires en cascade qui masquent les véritables buts politiques, que les kémalistes sont visés, y compris au sein du haut commandement militaire. « L'opposition commence à émettre des soupçons sur un réseau de policiers et de juges, proches de la communauté Gülen, les accusant d'être derrière ces procès qui créent un climat d'inquiétude dans la société, notamment chez ceux qui ont affiché d'une manière ou d'une autre leur opposition au gouvernement », écrit Ahmet Insel dans son livre la Nouvelle Turquie d'Erdogan (La Découverte).
Voilà qui explique comment, avec la bénédiction, si l'on peut dire, d'Erdogan qui, en tant que premier ministre de l'époque, a couvert toute cette stratégie qui ne s'embarrassait pas de respect du droit ni de la Constitution, la confrérie a fait son nid dans l'armée. Et, s'il est un point où les gülénistes et les kémalistes ont une position commune, c'est bien sûr la question kurde et le refus de toute négociation. Erdogan, lui, a compris l'avantage qu'il pourrait retirer de négociations avec les Kurdes, à condition qu'il parvienne à créer des organisations à sa botte. Ce qu'il a échoué à réaliser, malgré de multiples tentatives et le musellement habituel des forces progressistes et démocratiques kurdes.
Erdogan et Gülen se sont retrouvés d'autant plus facilement qu'ils partageaient nombre d'idées. Islamistes convaincus, ils ont grandi dans l'anticommunisme le plus notable. Fethullah Gülen, en particulier, a toujours eu d'énormes dispositions en ce sens. C'est ainsi qu'en 1980, alors qu'il est recherché en tant qu'imam en cavale pour activités islamistes en lien avec des réseaux extrémistes, il épouse la cause des putschistes.
Ce qui lui vaut un abandon de toute poursuite. C'est un point important. « J'ai beaucoup travaillé sur la violence islamiste du début des années 1990, souligne Mehmet Güç, journaliste. Une trentaine de journalistes et d'intellectuels avaient été assassinés par des islamistes. J'ai étudié les dossiers judiciaires et je me suis aperçu que tous les auteurs de ces crimes avaient des liens avec les institutions étatiques et avec l'armée. J'ai alors enquêté sur toutes les organisations illégales et leurs vitrines légales, y compris Fethullah Gülen. Celui-ci a ainsi vu les charges contre lui levées grâce à un colonel lié à la junte d'alors. »
En 2011, le torchon avait déjà commencé à brûler
Sa confrérie connaît alors un essor d'autant plus extraordinaire qu'après le putsch de 1980 « la plupart des partis politiques de centre droit accueillent les groupes islamistes, qui se trouvent ainsi intégrés à la vie politique », insiste Mehmet Güç. Gülen constitue un réseau hors du commun : écoles, associations d'entraide, médias... Un premier scandale éclate à la fin des années 1990 avec le vol des sujets des examens pour le concours d'entrée dans les académies militaires.
Quel meilleur moyen pour faire entrer ses propres cadres dans cette institution jusque-là très protégée ? Aujourd'hui c'était le 3 août, devant un parterre de dignitaires religieux , Erdogan se dit « attristé de ne pas avoir pu révéler bien avant le vrai visage de cette organisation traîtresse ». Ce qui est un peu court. « Quand Erdogan a accédé au pouvoir, son parti, l'AKP, n'avait pas de cadres suffisamment formés. C'est Gülen qui les a fournis », rappelle Celal Baslangiç.
Au départ, l'idylle était presque parfaite entre Erdogan et Gülen, malgré l'installation de ce dernier aux États-Unis en 1999. En mai 2013, encore, le président turc voyait la perspective de rencontrer le vieux prédicateur comme une « bénédiction de dieu ». En réalité, le torchon avait déjà commencé à brûler entre les deux hommes. « En 2011, lors des élections, Gülen réclamait 120 députés mais il n'en a eu que 15, explique Celal Baslangiç. C'était le début de l'épuration des gülénistes et de la diversification islamiste pour affaiblir la confrérie. La réplique ne se fait pas attendre, des dossiers de corruption sont révélés. Des ministres sont inquiétés et même le propre fils d'Erdogan est mis en cause. Autant dire qu'à ce moment-là, la guerre était déclarée. »
La force du réseau güléniste va-t-elle s'éteindre aussi vite ?
Tout annonçait donc un coup d'État possible. Et tous s'y préparaient. Tous sauf peut-être les putschistes eux-mêmes! On est confondu par tant d'impréparation, d'amateurisme, voire des coïncidences troublantes. « Personne n'a avoué qu'il était güléniste et qu'il revendiquait le coup d'État, fait remarquer Cela Baslangiç. Le général de brigade qui a voulu encercler Erdogan lorsqu'il se trouvait à Marmara a dit qu'il était nationaliste, qu'il était pour le coup d'État et qu'il était prêt à en assumer les conséquences. Mais on peut penser qu'un certain nombre de paramètres ont empêché de coordonner leurs actions. » Le boulet est néanmoins passé tout près d'Erdogan. Ce qui explique peut-être le nombre incroyable d'arrestations au lendemain du 15 juillet. Tellement que 38000 prisonniers condamnés pour des faits s'étant produits avant le 1er juillet, donc avant le putsch raté de la mijuillet, seront libérés sous contrôle judiciaire, apparemment pour désengorger les prisons turques! En revanche, le gouvernement turc a pris deux décrets révoquant plus de 2 000 policiers ainsi que des centaines de militaires et de membres de l'autorité nationale des technologies de l'information et de la communication (BTK).
Parallèlement aux dizaines de milliers de fonctionnaires suspendus ou révoqués, plus de 35000 personnes ont été interpellées, dont la moitié environ ont été officiellement arrêtées et placées en détention provisoire.
La force du réseau güléniste va-t-elle s'éteindre aussi vite ? Ce n'est pas certain. D'autant que ce réseau dépasse les frontières de la Turquie et se déploie dans des dizaines de pays. Reçep Erdogan a en partie repris les choses en main et renforcé son pouvoir. En tout cas en apparence. S'il a pris le soin de placer désormais l'armée sous sa coupe, c'est qu'il comprend bien le rôle que celle-ci peut encore jouer. Or, en éliminant les cadres gülénistes, il redonne tout son poids à la hiérarchie nationaliste et obère une possible reprise du dialogue avec les Kurdes. C'est sans doute pour cela qu'il a besoin de deux partis de l'opposition, le MHP (extrême droite nationaliste) et le CHP (social-démocrate), sur lesquels il a toujours pu compter. « Finalement, la plus grande chance pour Erdogan, ce sont les dirigeants du MHP et du CHP », lâche en plaisantant (quoique...) Celal Baslangiç.
la loterie de l'indécence - un dessin très juste qui met en miroirs les préjugés contraires sur la tenue des femmes
Du contrôle social sur les corps et les esprits
Dans les discours sur l'interdiction du burkini sur les plages, ou dans l'obligation faite de se baigner en maillot de bain ou d'être en maillot de bain sur les plages, au nom de la lutte contre l'islamisme, n'y a t-il pas un discours d'exclusion des musulmans en général, des amalgames honteux et pousse-au-crime faits entre les musulmans et le terrorisme islamiste, et aussi une volonté de contrôle et assujettissement du corps des femmes qui n'est pas nouvelle, mais qui cette fois-ci se fait à rebours des normes anciennes, la décence imposant désormais de se dévoiler aux yeux des autres, de s'exposer nos corps mutuellement?
Pour une femme musulmane pratiquante, dans les formes majoritaires de l'Islam du moins, se baigner habillée et le corps non découvert n'est pas une marque d'islamisme radical, une forme de prosélytisme, de "revendication religieuse", c'est normal: elle serait mal à l'aise si elle ne pouvait pas le faire, et du coup elle s'interdirait les joies de la baignade. Au début de la mode des bains de mer en France et en Europe, le corps des femmes était aussi largement couvert.
Va t-on interdire les plages aux musulmanes?
Aux familles musulmanes?
Sous prétexte que leur tenue, que leur présence, pourrait choquer ceux qui montrent leurs nombrils et les formes de leurs corps, voire attirer des bagarres, des tensions...
Le soleil, la plage et la mer sont à tous, c'est même dans la beauté et le plaisir que nous pouvons nous réunir, au-delà de nos différences.
Les plages sont des endroits publics certes, mais les lieux publics - la rue, les places, la plage - ne sont pas des casernes où chacun devrait avoir le même uniforme sous prétexte d'assurer la tranquillité publique. La laïcité consiste à n'être pas l'objet de pression injonctive de la part d'une religion ou d'un Etat se mettant au service d'une religion et à vivre ses convictions et sa foi éventuelle dans le respect des autres, en respectant leur liberté, et pour l'Etat à assurer cette coexistence respectueuse des libertés. Rien d'autre! La laïcité ne prescrit pas telle ou telle tenue vestimentaire, ni de ne jamais exposer ses appartenances religieuses ou autres dans l'espace public.
Ainsi, moi, je n'aurais plus le droit de mettre mon tee-shirt du Che à la plage sous prétexte que cela pourrait être perçu comme du prosélytisme, créer des tensions.
Tant que les musulmans dévots ne réclament pas un bout de plage séparée pour que leurs femmes soient à l'abri des regards impudiques, ou tant qu'ils n'imposent pas aux autres leur tenue sur la plage, quel mal y a t-il à accepter chacun comme il veut être sur les plages, les seins nus et les femmes voilées.?
Va t-on exclure ceux qui ne se découvrent pas à la plage, les allergiques au soleil, les disgracieux, les trop tatoués, les punks?
Le burkini permet aux femmes musulmanes qui le veulent de se baigner couvertes sans les inconvénients des vêtements mouillés.
Peut-être que ses initiateurs poursuivent des objectifs d'islamisation ou de réislamisation de la société.
On peut ne pas être en accord avec la philosophie morale et religieuse vieillotte et ringarde - voire hypocrite, misogyne, liberticide et pudibonde - imposant de couvrir les femmes au nom de la décence et pour protéger leur vertu. On peut et il faut très certainement combattre l'islam traditionaliste sur le plan des idées sans mettre hors de la communauté nationale des hommes et des femmes, nos concitoyens, qui s'y reconnaissent.
Sans créer un discours et une pratique redoutables sur nos prétendus "ennemis de l'intérieur" car c'est en stigmatisant et en excluant a priori que l'on crée de l'adversité et de l'hostilité à notre vivre ensemble démocratique et républicain, car il devient alors très largement une illusion et un leurre pour certaines franges de la société qui se sentent déjà pointées du doigt et stigmatisées quasiment en permanence.
Dans cet entretien à Libération, l'auteur d'un Petit manuel pour une laïcité apaisée (La Découverte) Jean Baubérot, sociologue de la laïcité, prend parti avec des arguments raisonnables et percutants pour une conception ouverte et tolérante de la laïcité et du vivre ensemble républicain, la laïcité ne devant pas être la nouvelle couverture de la paranoïa, de l'angoisse identitaire et de la xénophobie.
Ismaël Dupont
Pour le sociologue de la laïcité Jean Baubérot, se focaliser sur le burkini risque d’accentuer un sentiment d’exclusion.
Jean Baubérot, fondateur de la sociologie de la laïcité, qui s’était prononcé contre l’interdiction du voile à l’école en 2003, prône une laïcité non stigmatisante.
Que vous inspire la polémique autour du burkini ? Y a-t-il une bouffée laïcarde ? Ou serait-ce de l’ultravigilance nécessaire ?
C’est bien le dilemme. Depuis les attentats de janvier 2015, il existe une menace jihadiste à laquelle est confrontée la très grande majorité des Français, musulmans compris. Alors, où met-on la frontière entre les amis et les ennemis de la République ? L’actuelle polémique autour du burkini conforte ma position en faveur d’une laïcité la plus inclusive possible, pour ne pas rendre attirants les ennemis de la République. Il faut se souvenir qu’après Nice et le meurtre du père Hamel, on a vu des femmes en foulard manifester contre les auteurs des attentats.
Dans cette situation grave et incertaine que nous vivons, il existe un débat, vraiment sérieux, entre deux options : d’un côté, donner au plus grand nombre le sentiment qu’ils font partie de la collectivité et isoler les ennemis de la République ; de l’autre, dire «il y a glissement» et sévir à la moindre occasion qui semble choquante. Mais alors Daech va pouvoir jouer de la victimisation, dire «voyez, on vous stigmatise, vous n’êtes pas inclus dans la communauté française».
On peut être choqué, par le voile, par le burkini, et il peut et il doit y avoir débat, mais sans pour autant interdire. C’est le principe de la démocratie : tolérer la différence, accepter l’altérité.
Les arrêtés anti-burkini sont-ils précipités, ou disproportionnés ?
Ils majorent le problème. Je remarque, d’ailleurs, qu’on est passé de la lutte contre les femmes pas assez vêtues des années 60, à celle contre les femmes désormais trop vêtues… Quand mes sœurs ont commencé à porter des maillots de bain deux pièces, ma mère était contre, alors qu’elle ne se jugeait pas particulièrement étroite d’esprit ! Il y a par ailleurs en France une société du voir qui accorde beaucoup trop d’importance au paraître. Personnellement, je pense que l’habit ne fait pas le moine.
Que les musulmans aient une réflexion à faire sur le rapport hommes-femmes, je suis d’accord, comme les autres d’ailleurs, et qu’il faille un féminisme musulman, d’accord aussi. Mais laissons-les débattre ensemble, évoluer, c’est au sein d’elles-mêmes que les communautés religieuses doivent décider de leurs manières de s’habiller.
Interdire comme ça peut au contraire empêcher l’évolution, crisper. La laïcité consiste à mettre la religion dans le droit commun, or on a le droit d’aller à la plage habillé des pieds à la tête. Plus largement, ce genre de polémique masque des problèmes de non-reconnaissance sociale, économique mais aussi culturelle. On voudrait en faire une opposition entre laïcité dure et laïcité molle mais, à mes yeux, il s’agit juste de mesures stratégiquement contre-productives.
Laurence Rossignol, la ministre des Familles, de l’Enfance et des Droits des femmes, condamne le burkini au nom du féminisme.
En tant que ministre de la République, représentante de l’Etat, Laurence Rossignol se devrait d’être neutre alors qu’elle moralise… Il faut être ferme vis-à-vis de tout acte qui limiterait la liberté des femmes. Mais la société ne peut pas se donner une virginité féministe sur pareil prétexte. Moi, j’attends plutôt Mme Rossignol sur l’égalité des sexes et les inégalités socio-économiques qui perdurent.
Cette polémique sur le burkini n’est-elle pas liée au contexte post-attentats ?
Elle avait commencé en août 2014, avec une publication sur Facebook de Nadine Morano qui avait déclaré, à propos d’une femme voilée croisée sur une plage :«Lorsqu’on choisit de venir en France, Etat de droit, laïc, on se doit de respecter notre culture et la liberté des femmes, sinon on va ailleurs !» Le contexte en cours depuis janvier 2015 exacerbe encore ce type de polarisation et la campagne électorale ne va pas arranger les choses.
Cette polémique a été précédée d’une autre, en mars, autour de la «mode pudique», qui ne pose pas de problème dans d’autres pays occidentaux, par exemple en Angleterre. Pourquoi tant de stress ?
Les pays anglo-saxons ont une culture de la diversité, cultuelle et culturelle, plus forte. C’est Voltaire qui a écrit :«Un Anglais, comme homme libre, va au ciel par le chemin qui lui plaît.» En France, une mentalité «catholique et français toujours» perdure, une mentalité de l’unité. On parle encore de«la France une et indivisible» alors que, depuis la Constitution de 1946,«une» a été enlevé au profit de«indivisible, laïque, démocratique et sociale», et ça n’est pas pour rien ! Or, culturellement, on a l’impression que ça n’a jamais été intégré, et«démocratique et sociale», on l’entend peu. C’est une conception de l’unité assez uniforme qui prédomine, peu inclusive de la diversité. Résultat, on ne sait plus séparer ce qui peut être dangereux de ce qui peut choquer mais peut être accepté par la démocratie. On ne met pas la frontière au bon endroit.
Jean Baubérot et le Cercle des enseignant-e-s laïques publient fin août un Petit manuel pour une laïcité apaisée (Editions la Découverte).
Étonnant paradoxe : alors que les médias en parlent constamment, la laïcité est encore très mal connue ! Sujette à des interprétations divergentes, parfois instrumentalisée ou consciemment falsifiée, elle apparaît par moments comme un principe nébuleux, ce qui place les enseignant.e.s, les élèves et leurs parents dans une situation difficile. Cherchant à clarifier le débat, un collectif d’enseignant.e.s s’est réuni autour de Jean Baubérot, historien et sociologue spécialiste de la laïcité, pour répondre aux questions concrètes du personnel éducatif et des usager-ère.s de l’Éducation nationale. Retraçant avec pédagogie l’histoire de la laïcité et redonnant les grands principes de son application, ce petit manuel offre des clés indispensables pour comprendre la philosophie véritable de cet idéal républicain et propose des solutions pratiques pour l’appliquer sereinement. Car ce livre est aussi un plaidoyer pour une laïcité (enfin !) apaisée et pour une école publique ouverte, capable d’offrir à tou.te.s, quelles que soient leurs origines et leurs convictions, un enseignement de qualité. La laïcité, rappellent les auteur.e.s, ne devrait pas être un instrument de stigmatisation des élèves et un casse-tête pour les professeur.e.s. Au contraire, elle peut, quand elle est bien comprise, apporter des solutions pour une vie collective harmonieuse et respectueuse des convictions de chacun.e.
Jean-Pierre Dupuy : le dernier ouvrier PS
Opposé à la loi travail, cet ouvrier d’une usine de fournitures auto a quitté la CFDT, critique Hollande mais reste au PS.
Longtemps, Jean-Pierre Dupuy a cru en la gauche. En 2012, il a soutenu François Hollande dès les primaires. Il a posé des congés pour faire campagne, a distribué des tracts, collé des affiches, cherché à convaincre ses collègues à l’usine, non seulement de voter pour lui, ce que tous ont fait, mais même d’adhérer au PS. Il a failli réussir avec certains d’entre eux, mais à la dernière minute, ils se sont rétractés. Prescience ? Méfiance ? En tout cas aujourd’hui, ils en rigolent amèrement ensemble. Ils lancent à Dupuy : «Tu as bien failli nous avoir, quand même !»
Celui qui était le plus proche de prendre sa carte, c’était son ami Franck Bagnost, le secrétaire du CHSCT (comité d’hygiène et sécurité des conditions de travail) de l’usine Pierburg de Basse-Ham, près de Thionville. Avec Eugène Dos Santos, ils étaient les représentants CFDT de cette fabrique de pompes à eau et à huile pour l’automobile, ancienne filiale de Renault rachetée il y a vingt-cinq ans par un grand groupe industriel allemand. Aux élections professionnelles de 2014, ils ont rassemblé 80 % des suffrages. Eugène est délégué syndical. Jean-Pierre les soutient et adhère :«Moi, je juge sur l’humain, c’est grâce à leur travail pour les ouvriers que j’ai rejoint la CFDT.» Il a rendu sa carte il y a trois mois, lorsque Eugène s’est vu retirer son mandat syndical (un fait rare) par le secrétaire régional de la CFDT.
L’histoire ? «Dès le début de la loi travail, on a beaucoup discuté dans l’usine avec les collègues. Tout le monde était contre. On a donc lancé un appel à manifester le 9 mars à Metz. On n’a rien caché : on a même envoyé une copie de notre tract au secrétariat régional.» On les retrouve dans les cortèges, défilant avec leur gilet et leur drapeau orange. Ils décident même de créer une page Facebook. Sous le nom de leur section : CFDT Pierburg. Coup de fil furieux du responsable régional : «Vous allez arrêter vos conneries !» Bizarrement, la page Facebook est bloquée. Ils réagissent rapidement en changeant le nom :«On a cherché un personnage connu de tous et qui symbolise les ouvriers. On a pensé à Victor Hugo et aux Misérables. On a choisi Jean Valjean.» La page Facebook de Jean Valjean Pierburg rassemble plusieurs dizaines de supporteurs. Rien de bien méchant, juste des informations pour se rendre aux manifestations et des articles de juristes sur la loi travail. Elle est bloquée elle aussi. «Très vite, Eugène a reçu des pressions, des coups de fil, une lettre recommandée nous convoquant pour une réunion à la fédération régionale.» Ce jour-là, ils sont en négociations salariales avec la direction de Pierburg. Bravaches, ils sèchent la convocation. Résultat : le mandat d’Eugène lui est retiré. Au sein du syndicat dit réformiste, la contestation venue de l’intérieur passe mal. Pour les ouvriers de l’usine, la colère ne fait que redoubler.«Ça a été rapide. Par solidarité avec Eugène, nous avons tous rendu nos cartes.» Ils ne veulent pour autant pas rester sans syndicat :«On en a besoin pour défendre les ouvriers.» L’ensemble de la section se tourne alors vers Sud-Solidaires, entraînant au passage une partie des anciens syndicalistes CFDT d’Arcelor Mittal.
Jean-Pierre Dupuy a encore du mal à digérer : «Au moment de Florange, j’ai commencé à avoir des doutes sur la politique de Hollande. Mais la bascule, ça a été la loi travail. Après le discours du Bourget, on avait tellement d’espoir… Mais là, c’est un flop total. La désillusion est complète.» Ce qui le fait hurler, c’est que la gauche n’a pas été élue pour ça : «Dans la gauche, j’ai toujours vu l’aspect social, proche du peuple, à l’écoute, toutes les lois qui ont favorisé le bien-être des ouvriers.» Au-delà de l’article 2, c’est notamment l’article 52 de la loi qui le scandalise, prévoyant que Pôle Emploi puisse prélever directement des sommes sur le compte des chômeurs. Il voit ça comme une atteinte aux droits des pauvres. Il cite le chômeur qui s’est immolé parce qu’il n’avait pas touché ses indemnités :«Son employeur n’avait pas renvoyé les papiers à temps.» On pense à Emilie Loridan, cette jeune mère de deux enfants qui s’est pendue car elle ne s’en sortait plus. Il n’est pas misérabiliste, au contraire, il est révolté. Certains copains lui demandent pourquoi il ne rend pas sa carte du PS. Il confesse avoir hésité, mais :«Qui représente encore le monde ouvrier au PS ? Le peu que les copains me disent, au moins, je le fais remonter.» Même déçu, Dupuy considère qu’il faut s’engager en politique. «Le monde ouvrier se laisse embourgeoiser. Dès que les gens ont une maison à payer, ils ne veulent plus s’investir.» Il est venu à la politique après un parcours de dirigeant associatif dans un club de boxe qui visait à donner une activité aux enfants les plus défavorisés. Il sait que les accidents de la vie peuvent être fatals quand on gagne un peu plus que le Smic et cela grâce aux primes (nuit, ancienneté). En 1999, il a dû tout arrêter après un grave accident de vélo qui l’a laissé paralysé plusieurs mois. C’était une mauvaise période dans sa vie, la loi des séries en quelque sorte. Entre 1997 et 2004, lui, le benjamin de 6 enfants - tous de la classe ouvrière - a connu la mort de son frère d’un cancer, puis celle de son père, de sa mère et de sa sœur. Plus un divorce. Depuis, ce blond costaud au regard rieur a retrouvé l’âme sœur. Sa voix vibre de fierté quand il prononce le mot devenu tabou d’ouvrier, comme lorsqu’il parle du bac qu’a obtenu chacun de ses 3 enfants. Mais on sent aussi la rage :«Qu’est-ce qui a été fait pour le monde ouvrier ?» Loin des discours iréniques sur le travail le dimanche, lui sait que «les gens qui travaillent au SD [samedi, dimanche, ndlr] 2×12 heures, ils n’ont droit à rien». Que des ouvriers se tournent vers le Front national, il le déplore mais l’analyse comme le fruit d’une immense déception vis-à-vis de ce qui s’est passé sous Sarkozy et Hollande.«Le Pen n’a même pas besoin de programme, la politique qui est menée actuellement fait monter le FN.» Il refuse la culpabilisation des classes populaires.
Il a soutenu Jean-Pierre Masseret, le candidat PS qui a refusé de se désister, jusqu’au second tour des régionales, parce que la «gauche ne doit pas être absente». «Bien sûr», il votera aux primaires, ne«lâche rien». Aussi heureux dans son nouveau syndicat que dans son entreprise qui«a continué à embaucher même pendant la crise» et qui vient d’inaugurer une nouvelle ligne de production 100 % française. Preuve pour lui que de vrais industriels savent mieux gérer que les financiers. Bref, un ouvrier toujours de gauche qui a envie d’en découdre en 2017 avec ceux qui la trahissent, dégoûté mais pas découragé, qui aime son entreprise et n’a pas besoin qu’on le lui dise. Fier de son travail même s’il ne s’achète pas de costard.
Le Parti communiste français condamne avec la plus grande fermeté l'interdiction du journal turc Özgür Gündem intervenue hier, 16 août 2016. Chaque jour qui passe, chaque heure presque, la répression du pouvoir, qui a mis la justice au pas, agit comme un rouleau-compresseur sur la société turque.
Depuis des mois déjà, les droits les plus élémentaires ne sont plus respectés par le régime d'Erdogan lequel, en un mois, a accéléré ce mouvement en organisant l'une des plus lourdes périodes de purges de l'histoire du pays.
L'heure est à la mobilisation sans précédent d'une solidarité internationale populaire et, plus largement encore, des gouvernements de tous les continents attachés à la paix, à la démocratie et aux droits humains.
Le PCF exprime son soutien aux forces démocratiques des peuples de Turquie, particulièrement au HDP et au BDP, à leurs militant-e-s, dirigeant-e-s et élu-e-s, ainsi qu'aux forces syndicales et associatives, aux journalistes et universitaires poursuivis, et aux habitant-e-s des villes soumises à la répression policière et la présence militaire.
Le PCF presse le gouvernement français de condamner les atteintes aux libertés et droits perpétrées par le pouvoir d'Ankara, et d'agir pour une suspension des accords de coopération bilatéraux et européens avec la Turquie en vue de contraindre le régime à accepter le dialogue démocratique sans discrimination ni exclusion des forces politiques démocratiques progressistes ni de l'ensemble des composantes des peuples de Turquie.